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Accueil du site > 11- Livre Onze : FEMMES - CONTRE L’OPPRESSION > Quand les femmes s’y mettent, c’est la révolution sociale

Quand les femmes s’y mettent, c’est la révolution sociale

mercredi 23 février 2011, par Robert Paris, Tiekoura Levi Hamed

Site : Matière et révolution

www.matierevolution.fr

Sommaire du site

Pourquoi ce site ?

11-1 L’origine de la famille et de l’oppression des femmes

11-2 La femme et le socialisme

11-3 Un point de vue récent sur l’oppression des femmes

11-4 La révolution russe et l’oppression des femmes

11-5 Le "socialiste" Proudhon contre les femmes

11-6 La religion judéo-chrétienne contre les femmes

11-7 Quand les femmes s’y mettent, c’est la révolution sociale

11-8 La lutte contre l’oppression des femmes est inséparable de la révolution sociale

11-9 Les revendications de la suppression de l’oppression des femmes

11-10 Le mouvement féministe et le rôle de la femme travailleuse dans la lutte de classe

11-11 La question de la femme

11-12 Les femmes révolutionnaires dans la Révolution française

11-13 Le stalinisme et l’oppression de la femme

11-14 Une pièce de théâtre : les femmes reprennent le pouvoir

11-15 La femme algérienne a besoin de révolution

11-16 Femmes au Mali


GREVE GENERALE DE 1936

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1- Les femmes dans la révolution française

2- Les femmes dans lle Commune de Paris

3- Les femmes dans la révolution russe de 1917

4- Les femmes dans la révolution espagnole de 1936

DANS UN ÉLAN SPONTANÉ DE RÉVOLTE, LES FEMMES DU PARIS RÉVOLUTIONNAIRE PRENNENT D’ASSAUT LE PALAIS DU ROI A VERSAILLES

Les femmes dans la Révolution française

Dans "Le peuple et le révolution française", l’historien Gwynne Lewis écrit : « Exclues du vote et de la majorité des sociétés populaires, les femmes pouvaient jouer, et ont effectivement joué un rôle de premier plan dans les insurrections, en particulier celles d’octobre 1789, du 10 août 1792 et du printemps de 1795. Mêmes les femmes les plus radicales demandaient rarement qu’on leur accorde le droit de vote, conditionnées qu’elles étaient par la distinction qui plaçait l’homme dans la "sphère publique" et la femme dans la "sphère privée". Elles ont constitué des sociétés populaires de femmes, dont la plus connue était la Société des Citoyennes Républicaines Révolutionnaires. Mais ce club n’a duré que de mai à octobre 1793. Cependant, cela ne signifie pas que les femmes ne partageaient pas le programme économique et politique des hommes. Les femmes soutenaient les hommes, et les poussaient même à l’action. Elles prenaient place dans les galeries des sociétés populaires ; elles créaient leur propre espace politique à la sortie des boulangeries, sur les marchés, dans les rues. »

George Rudé, dans "La foule dans la révolution française" :

« Les femmes ont commencé à prendre les choses en main. La crise du pain les affectait tout particulièrement, et ce sont elles, plus que les hommes, qui ont joué le rôle dirigeant dans le mouvement. Le 16 septembre, Hardy rapporte que des femmes ont arrêté, à Chaillot, cinq charrues chargées de blé et les ont amenées à l’Hôtel de Ville de Paris. Le 17, à midi, l’Hôtel de Ville était assiégé par des femmes en colère qui fustigeaient l’attitude des boulangers ; elles ont été reçues par Bailly, au Conseil Municipal. "Ces femmes, notait Hardy, disaient hautement que les hommes n’y entendaient rien et qu’elles voulaient se mêler des affaires". Le jour suivant, l’Hôtel de Ville était de nouveau assiégé, et les femmes reçurent des promesses. Le soir même, Hardy rapporte avoir vu des femmes saisir un chargement de blé, Place des Trois Maries, et l’escorter jusqu’au quartier général le plus proche. Ce mouvement devait se poursuivre jusqu’à la manifestation politique du 5 octobre, et au-delà. (...) Les femmes convergèrent vers l’Hotel de Ville. En premier lieu, elles réclamaient du pain, et en deuxième lieu des armes et des munitions pour leurs hommes. Un marchand passant par le vieux marché, vers 8 h 30, dit avoir aperçu des groupes de femmes qui arrêtaient des passants et les forçaient à les suivre jusqu’à l’Hôtel de Ville, "où l’on devait aller pour se faire donner du pain". Les gardes étaient alors désarmés et leurs armes livrées aux hommes qui suivaient les femmes en les encourageant. Un autre témoin, caissier de l’Hôtel de Ville, rapporte comment, vers 9 h 30, un grand nombre de femmes, parmi lesquelles se trouvaient également des hommes, ont dévalé les escaliers et pénétré de force dans tous les bureaux du bâtiment. Un témoin dit qu’elles étaient armées de bâtons et de piques, et un autre qu’elles avaient des haches, des pieds-de-biche, des matraques et des mousquets. Un caissier de la Mairie qui avait eu la témérité de protester s’est entendu dire "qu’ils étaient les maîtres et les maîtresses de l’Hôtel de Ville". A la recherche d’armes et de poudre, elles déchiraient des documents et des livres de compte. Une liasse de billets de la Caisse des Comptes disparût de l’un des bureaux. Mais leur but n’était pas de piller ou de voler de l’argent. Le trésorier municipal rapporta à la police que les femmes n’avaient pas touché aux 3,5 millions de livres en billets qui se trouvaient sur les lieux, et, quelques semaines plus tard, la liasse de billets manquante a été intégralement restituée. Après avoir sonné le tocsin, les manifestants se retrouvèrent Place de la Grève, vers 11 heures. (...) C’est à ce moment que Maillard et ses Volontaires arrivèrent. D’après son témoignage, les femmes menaçaient de mort Bailly et Lafayette. Soit pour les empêcher de mettre leur menace à exécution, soit pour promouvoir les objectifs politiques des "patriotes", Maillard s’est persuadé de la nécessité de prendre la tête de la longue marche sur Versailles, où une pétition réclamant du pain devait être remise au roi et à l’Assemblée. En partant, dans l’après-midi, elles enlevèrent les canons du Châtelet et obligèrent les femmes de toutes conditions – "même des femmes à chapeau"– à se joindre à elles. »

"Les militantes de 1789 sont pour l’essentiel tricoteuses, marchandes de halles, pauvresses, révoltées contre la misère, l’insolence et les privilèges. Peu d’entre elles ont conscience d’un combat pour les droits de leur sexe. Seules quelques marginales, vite persécutées, donnent à leurs actes une dimension proprement féministe. Parmi ces militantes, on peut se pencher plus longuement sur une personnage marquant, Olympe de Gouges, vouée à un destin tragique. Née en 1748, sous le nom de Marie Gouze à Montauban, elle était connue comme la fille du boucher de la ville mais était en réalité la fille du puissant Lefranc de Pompignan, noble influent. Elle s’éduque seule, vite et mal, ne saura jamais ni bien parler ni bien écrire le français. Mariée à seize ans, elle devient presque aussitôt veuve. Elle conservera dès lors sa liberté. Montée à Paris, elle devient une femme galante. Elle se lance malgré son parler approximatif dans la littérature et entreprend la rédaction de pièces de théâtre, qui seront longtemps boudées par la Comédie Française, théâtre officiel sans l’aval duquel le dramaturge n’existe guère. Sans doute aussi parce qu’en plus d’être une femme, elle se positionne comme anticolonialiste et donc comme adversaire du racisme plus largement. Sensible aux injustices, elle ne peut que mener, à côté de ses combats politiques, économiques et sociaux un combat spécifique relatif à l’égalité des sexes. Elle choisit une voie pacifiste pour mener son combat, loin des Enragées de la Révolution auxquelles adhérent Claire Lacombe et Pauline Léon. Elle parodie le style de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen dans une Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne.

Article 1 La femme naît libre et demeure égale à l’homme en droits ... Article 3 Le principe de toute souveraineté réside essentiellement dans la Nation qui n’est que la réunion de la Femme et de l’Homme.

Mais la société n’évoluera pas immédiatement de concert avec Olympe et celle ci, ayant dénoncé avec hargne Philippe d’Orléans, cousin du Roi, après l’avoir admiré, sera traînée dans la rue par des hommes envoyés par Philippe d’Orléans lui même. Elle sera par le suite guillotinée sous la Terreur pour avoir réclamé le droit de monter à la tribune. Les femmes attendent beaucoup de la Révolution et expriment leurs revendications par le biais de pétitions, adresses et cahiers de doléances. Leurs revendications portent sur des problèmes auxquelles elles sont traditionnellement confrontées : absence d’instruction, mortalité en couches, droit d’exercer un métier, protection des travaux féminins (couturière, brodeuse…) Les revendications touchant aux droits politiques sont rares car rares sont celles qui ont conscience de leur importance. Les femmes de Provence protestent en 1789 contre la composition des Etats Généraux dont elles sont exclues. Les députés répondent alors à ces revendications : ne sont-ils pas, eux, les députés de tous et donc des femmes ? Par le biais d’un cahier de doléance, une madame B.B. du pays de Caux rétorque " Etant démontré avec raison qu’un noble ne peut représenter un roturier, […] les femmes ne pourraient donc être représentées que par des femmes " En plus de revendications écrites, les femmes revendiquent par l’action : le 5 octobre 1789 elles constituent l’essentiel du cortège de Versailles et pénètrent dans le château. Jules Michelet dira : " Ce qu’il y a dans le peuple de plus instinctif, de plus inspiré, ce sont les femmes. […] Les hommes ont pris la Bastille, et les femmes ont pris le Roi " Durant l’ensemble de la période révolutionnaire, elles occupent la rue dans les semaines précédent les insurrections, et appellent les hommes à l’action, en les traitant de lâches. De cette façon, les femmes pénètrent la sphère du politique et y jouent un rôle actif. Mais dès que les associations révolutionnaires dirigent l’événement, les femmes sont exclues du peuple délibérant, du corps du peuple armé (garde nationale), des comités locaux et des associations politiques. Ne pouvant prendre part aux délibérations des assemblées politiques, les femmes prennent place dans les tribunes ouvertes au public. Elles y acquièrent le surnom de " tricoteuses " (1795) : " postées dans les tribunes, elles influencent de leurs voix enrouées les législateurs assemblés ". Dans la mentalité populaire, ces tribunes ont une fonction politique capitale et y prendre place signifie exercer une part de souveraineté. Les femmes se regroupent également en clubs à Paris et en province. Elles y tiennent des séances régulières ponctuées par la lecture des lois et des journaux, discutent des problèmes politiques et s’occupent des tâches philanthropiques. A partir de 1792, l’activité des clubs se radicalise, et aux côtés de Jacobins ces clubs prennent part à la vie politique de leur région. Parmi les plus réputés à Paris on peut citer la Société Patriotique et de Bienfaisance des Amis de la Vérité (1791-1792). Fondé par Etta Palm d’Aedlers, ce club de femmes plaide pour l’éducation des petites filles pauvres puis réclame le divorce et les droits politiques. Enfin, les salons, tenus par les femmes des milieux dirigeants, tels ceux de Mme Roland et de Mme de Condorcet, ont également joué un rôle important sous la Révolution. Le salon est à la fois un espace privé et un espace public, lieu d’échange entre les sexes.

Note sur Claire Lacombe :

« Avant la Révolution, elle avait commencé une assez bonne carrière d’actrice, notamment à Lyon et à Marseille. Au début de 1792, elle monta à Paris et fréquenta les Cordeliers. Le 10 août, elle participa à l’assaut des Tuileries avec un bataillon de Fédérés, ce qui lui valut une couronne civique. Pendant l’hiver 92-93, proche des Enragés (elle fut un temps la compagne de Leclerc), elle milita contre l’accaparement et le chômage. En février 93, elle fonda avec Pauline Léon la Société des Républicaines Révolutionnaires, société exclusivement féminine et très engagée sur le plan social. Le 12 mai, des femmes de cette société demandèrent le droit de porter des armes pour aller combattre en Vendée. Claire Lacombe joua un rôle important pendant les journées du 31 mai et du 2 juin. Elle participa aux délibérations de la Commune et poussa fortement à l’insurrection. En août, elle demanda dans une pétition à la Convention la destitution de tous les nobles de l’armée. Le 5 septembre, elle réclama carrément l’épuration du gouvernement... Les Jacobins s’en prirent alors à elle avec violence, l’accusant de toute sortes de délits : elle aurait volé des armes, caché des aristocrates, etc. Ces accusations n’étaient pas très crédibles, mais elles étaient dangereuses à cette période, et Lacombe se défendit avec force. Elle se présenta le 7 octobre à la barre de la Convention et réfuta les arguments de ses adversaires. Elle osa dénoncer l’oppression dont les femmes étaient victimes, et ajouta : « Nos droits sont ceux du peuple, et si l’on nous opprime, nous saurons opposer la résistance à l’oppression. » Le gouvernement n’apprécia guère, et elle se retrouva quelques jours plus tard impliquée dans une curieuse affaire. Une rixe eut lieu entre des femmes de la Halle et des Républicaines Révolutionnaires. Les premières prétendirent, par la voix d’une députation à la Convention, que les secondes les avaient forcées de prendre le bonnet rouge. Prudhomme, dans les Révolutions de Paris, assura que c’était l’habit masculin que les Républicaines, qui le portaient parfois, avaient voulu forcer les « honnêtes » femmes de la Halle à revêtir. Ces dernières se seraient défendues avec succès, et auraient même fouetté Claire Lacombe, qui participait à l’incident. Le gouvernement révolutionnaire saisit aussitôt le prétexte : les Républicaines Révolutionnaires furent interdites, ainsi que tous les clubs féminins. Lacombe dut se cacher, et la chute des Hébertistes, après celle des Enragés, la mit dans une position inconfortable. Elle fut finalement arrêtée, le 31 mars 1794. Elle demeura un an en prison. Elle reprit ensuite son métier de comédienne, joua en province, puis revint à Paris. On n’a plus de traces d’elle après 1798. »

Note sur Olympes de Gouges (tiré de Wikipedia)

En 1788, elle se fait remarquer en publiant deux brochures politiques qui ont été très remarquées et discutées en leur temps, notamment dans le « Journal général de France » ainsi que dans d’autres journaux. Elle développe alors un projet d’impôt patriotique dans sa célèbre Lettre au Peuple et a proposé un vaste programme de réformes sociales et sociétales dans ses Remarques patriotiques. Ces écrits sont suivis de nouvelles brochures qu’elle adresse sans discontinuer aux représentants des trois premières législatures de la Révolution, aux Clubs patriotiques et à diverses personnalités dont Mirabeau, La Fayette et Necker qu’elle admirait particulièrement. Ses positions sont toujours très proches de celles des hôtes de Mme Helvétius, qui tenait salon à Auteuil, et où l’on défendait le principe d’une monarchie constitutionnelle. En relation avec le marquis de Condorcet et son épouse née Sophie de Grouchy, elle rejoint les Girondins en 1792. Elle fréquente les Talma, le marquis de Villette et son épouse, également Louis-Sébastien Mercier et Michel de Cubières, secrétaire général de la Commune après le 10 août, qui vivait maritalement avec la comtesse de Beauharnais, auteur dramatique et femme d’esprit. Avec eux, elle devient républicaine comme d’ailleurs beaucoup de membres de la société d’Auteuil qui pratiquement tous s’opposèrent à la mort de Louis XVI. Le 16 décembre 1792, Mme de Gouges s’offre pour assister Malesherbes dans la défense du roi devant la Convention, mais sa demande est rejetée avec mépris. Elle considérait que les femmes étaient capables d’assumer des tâches traditionnellement confiées aux hommes et régulièrement, pratiquement dans tous ses écrits, elle demandait que les femmes soient associées aux débats politiques et aux débats de société. Ainsi, elle écrit : « La femme a le droit de monter à l’échafaud ; elle devrait aussi avoir le droit de monter à la tribune. » La première, elle obtient que les femmes soient admises dans une cérémonie à caractère national, « la fête de la loi » du 3 juin 1792 puis à la commémoration de la prise de la Bastille le 14 juillet 1792. Olympe de Gouges défend avec ardeur les droits des femmes. S’étant adressée à Marie-Antoinette pour protéger « son sexe » qu’elle disait malheureux, elle rédige la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne, calquée sur la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789, dans laquelle elle affirme l’égalité des droits civils et politiques des deux sexes, insistant pour qu’on rende à la femme des droits naturels que la force du préjugé lui avait retiré. À cette époque, le suffrage est censitaire car il faut payer trois journées de travail pour voter. Seuls les privilégiés peuvent voter : la majorité du peuple français, dont les hommes, ne vote donc pas. Elle demande la suppression du mariage et l’instauration du divorce qui est adopté quelques mois plus tard. Elle émet à la place l’idée d’un contrat signé entre concubins et milite pour la libre recherche de la paternité et la reconnaissance des enfants nés hors mariage. Elle est aussi une des premières à théoriser, dans ses grandes lignes, le système de protection maternelle et infantile que nous connaissons aujourd’hui par la création de maternités. De plus, elle recommande la création d’ateliers nationaux pour les chômeurs et de foyers pour mendiants qui se rapprochent des foyers d’hébergements actuel. En 1793, elle s’en prend vivement à ceux qu’elle tenait pour responsables des atrocités des 2 et 3 septembre 1792 (« le sang, même des coupables, souille éternellement les Révolutions », disait-elle), désignant particulièrement Marat. Soupçonnant Robespierre d’aspirer à la dictature, elle l’interpelle dans plusieurs écrits ce qui lui vaut une dénonciation de Bourdon de l’Oise au club des Jacobins. Après la mise en accusation du parti girondin tout entier à la convention, le 2 juin 1793, elle adresse une lettre pleine d’énergie et de courage, s’indignant de cette mesure attentatoire aux principes démocratiques (9 juin 1793). Ce courrier est censuré en cours de lecture. S’étant mise en contravention avec la loi de mars 1793 sur la répression des écrits remettant en cause le principe républicain (elle avait rédigé une affiche à caractère fédéraliste ou girondin sous le titre « Les Trois urnes ou le Salut de la patrie, par un voyageur aérien »), elle est arrêtée et déférée au tribunal révolutionnaire le 6 août 1793 qui l’inculpe. Malade à la prison de l’abbaye de Saint-Germain-des-Près, réclamant des soins, elle est envoyée à l’infirmerie de la petite Force, rue Pavée dans le Marais, partageant la cellule d’une condamnée à mort, Madame de Kolly, qui se prétendait enceinte. En octobre suivant, elle obtient son transfert dans la pension de Marie-Catherine Mahay‎, sorte de prison pour riches où le régime était plus libéral et où elle eut semble-t-il une liaison avec un des prisonniers. Il lui aurait alors été facile de s’évader mais, désirant se justifier des accusations pesant contre elle, elle réclame publiquement son jugement dans deux affiches très courageuses qu’elle réussit à faire sortir clandestinement de prison et imprimer pour qu’elles soient largement diffusées (« Olympe de Gouges au Tribunal révolutionnaire » et « Une patriote persécutée », son dernier texte, très émouvant). Traduite au Tribunal au matin du 2 novembre, soit quarante-huit heures après l’exécution de ses amis Girondins, elle est condamnée à la peine de mort pour avoir tenté de rétablir un gouvernement autre que un et indivisible. D’après un inspecteur de police en civil, le citoyen Prévost présent à l’exécution, et d’après le Journal de Perlet ainsi que d’autres témoignages, elle est montée sur l’échafaud avec infiniment de courage et de dignité contrairement à ce que raconte au XIXe siècle l’auteur des mémoires apocryphes de Sanson et quelques historiens dont Jules Michelet. Sa dernière lettre est pour son fils, l’adjudant général Aubry de Gouges, qui, par crainte d’être inquiété, la renia dans une « profession de foi civique »[1]. Dans sa Déclaration des Droits de la Femme, elle avait écrit de façon prémonitoire « la femme a le droit de monter sur l’échafaud ; elle doit avoir également celui de monter à la Tribune ». Le procureur de la Commune de Paris, l’homosexuel misogyne Pierre-Gaspard Chaumette, s’est ouvertement réjoui de ce meurtre légal, fustigeant, dans un discours aux républicaines, la mémoire et applaudissant à l’exécution de « l’impudente Olympe de Gouges qui abandonna les soins de son ménage pour se mêler de la République, et dont la tête est tombée sous les fers vengeurs des lois. Est-ce aux femmes à faire des motions ? Est-ce aux femmes de se mettre à la tête de nos armées ? ».

Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne, écrite par Olympe de Gouges en 1791

Les droits de la femme … par Marie Gouze, dite Olympe de Gouges Homme, est-tu capable d’être juste ? C’est une femme qui t’en fait la question ; tu ne lui ôteras pas du moins ce droit. Dis-moi ? Qui t’a donné le souverain empire d’opprimer mon sexe ? Ta force ? Tes talents ? Observe le créateur dans sa sagesse ; parcours la nature dans toute sa grandeur, dont tu sembles vouloir te rapprocher, et donne-moi, si tu l’oses, l’exemple de cet empire tyrannique. Remonte aux animaux, consulte les éléments, étudie les végétaux, jette enfin un coup d’œil sur toutes les modifications de la matière organisée ; et rends-toi à l’évidence quand je t’en offre les moyens ; cherche, fouille et distingue, si tu peux, les sexes dans l’administration de la nature. Partout tu les trouveras confondus, partout ils coopèrent avec un ensemble harmonieux à ce chef -d’œuvre immortel. L’homme seul s’est fagoté un principe de cette exception. Bizarre, aveugle, boursouflé de sciences et dégénéré, dans ce siècle lumières et de sagacité, dans l’ignorance la plus crasse, il veut commander en despote sur un sexe qui a reçu toutes les facultés intellectuelles ; il prétend jouir de la révolution, et réclamer ses droits à l’égalité, pour ne rien dire de plus.

Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne Préambule Les mères, les filles, les sœurs, représentantes de la nation, demandent d’être constituées en assemblée nationale. Considérant que l’ignorance, l’oubli ou le mépris des droits de la femme, sont les seules causes des malheurs publics et de la corruption des gouvernements, ont résolu d’exposer dans une déclaration solennelle, les droits naturels inaliénables et sacrés de la femme, afin que cette déclaration, constamment présente à tous les membres du corps social, leur rappelle sans cesse leurs devoirs, afin que les actes du pouvoir des femmes, et ceux du pouvoir des hommes pouvant être à chaque instant comparés avec le but de toute institution politique, en soient plus respectés, afin que les réclamations des citoyennes, fondées désormais sur des principes simples et incontestables, tournent toujours au maintien de la constitution, des bonnes mœurs, et au bonheur de tous. En conséquence, le sexe supérieur en beauté comme en courage, dans les souffrances maternelles, reconnaît et déclare, en présence et sous les auspices de l’Etre suprême, les Droits suivants de la Femme et de la Citoyenne.

A décréter par l’assemblée nationale dans ses dernières séances ou dans celle de la prochaine législature.

Article premier. La Femme naît libre et demeure égale à l’homme en droits. Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l’utilité commune. II. Le but de toute association politique est la imprescriptible de la Femme et de l’Homme : ces droits sont la liberté, la propriété, la sûreté, et surtout la résistance à l’oppression. III. Le principe de toute souveraineté réside essentiellement dans la Nation, qui n’est que la réunion de la Femme et de l’Homme : nul corps, nul individu, ne peut exercer d’autorité qui n’en émane expressément. IV. La liberté et la justice consistent à rendre tout ce qui appartient à autrui ; ainsi l’exercice des droits naturels de la femme n’a de bornes que la tyrannie perpétuelle que l’homme lui oppose ; ces bornes doivent être réformées par les lois de la nature et de la raison. V. Les lois de la nature et de la raison défendent toutes actions nuisibles à la société : tout ce qui n’est pas défendu pas ces lois, sages et divines, ne peut être empêché, et nul ne peut être contraint à faire ce qu’elles n’ordonnent pas. VI. La Loi doit être l’expression de la volonté générale ; toutes les Citoyennes et Citoyens doivent concourir personnellement ou par leurs représentants, à sa formation ; elle doit être la même pour tous : toutes les Citoyennes et tous les Citoyens, étant égaux à ses yeux, doivent être également admissibles à toutes dignités, places et emplois publics, selon leurs capacités, et sans autres distinctions que celles de leurs vertus et de leurs talents. VII. Nulle femme n’est exceptée ; elle est accusée, arrêtée, et détenue dans les cas déterminés par la Loi. Les femmes obéissent comme les hommes à cette Loi rigoureuse. VIII. La Loi ne doit établir que des peines strictement et évidemment nécessaires, et nul ne peut être puni qu’en vertu d’une Loi établie et promulguée antérieurement au délit et légalement appliquée aux femmes. IX. Toute femme étant déclarée coupable ; toute rigueur est exercée par la Loi. X. Nul ne doit être inquiété pour ses opinions mêmes fondamentales, la femme a le droit de monter sur l ’échafaud ; elle doit avoir également celui de monter à la Tribune ; pourvu que ses manifestations ne troublent pas l’ordre public établi par la Loi. XI. La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de la femme, puisque cette liberté assure la légitimité des pères envers les enfants. Toute Citoyenne peut donc dire librement, je suis mère d’un enfant qui vous appartient, sans qu’un préjugé barbare la force à dissimuler la vérité ; sauf à répondre de l’abus de cette liberté dans les cas déterminés par la Loi. XII. La garantie des droits de la femme et de la Citoyenne nécessite une utilité majeure ; cette garantie doit être instituée pour l’avantage de tous, et non pour l’utilité particulière de celles à qui elle est confiée. XIII. Pour l’entretien de la force publique, et pour les dépenses d’administration, les contributions de la femme et de l’homme sont égales ; elle a part à toutes les corvées, à toutes les tâches pénibles ; elle doit donc avoir de même part à la distribution des places, des emplois, des charges, des dignités et de l’industrie. XIV. Les Citoyennes et Citoyens ont le droit de constater par eux-mêmes ou par leurs représentants, la nécessité de la contribution publique. Les Citoyennes ne peuvent y adhérer que par l’admission d’un partage égal, non seulement dans la fortune, mais encore dans l’administration publique, et de déterminer la quotité, l’assiette, le recouvrement et la durée de l’impôts. XV. La masse des femmes, coalisée pour la contribution à celle des hommes, a le droit de demander compte, à tout agent public, de son administration. XVI. Toute société, dans laquelle la garantie des droits n’est pas assurée, ni la séparation des pouvoirs déterminée, n’a point de constitution ; la constitution est nulle, si la majorité des individus qui composent la Nation, n’a pas coopéré à sa rédaction. XVII. Les propriétés sont à tous les sexes réunis ou séparés ; elles ont pour chacun un droit lorsque la nécessité publique, légalement constatée, l’exige évidemment, et sous la condition d’une juste et préalable indemnité.

POSTAMBULE.

Femme, réveille-toi ; le tocsin de la raison se fait entendre dans tout l’univers ; reconnais tes droits. Le puissant empire de la nature n’est plus environné de préjugés, de fanatisme, de superstition et de mensonges. Le flambeau de la vérité a dissipé tous les nuages de la sottise et de l’usurpation. L’homme esclave a multiplié ses forces, a eu besoin de recourir aux tiennes pour briser ses fers. Devenu libre, il est devenu injuste envers sa compagne. O femmes ! Femmes, quand cesserez-vous d’être aveugles ? Quels sont les avantages que vous recueillis dans la révolution ? Un mépris plus marqué, un dédain plus signalé. Dans les siècles de corruption vous n’avez régné que sur la faiblesse des hommes. Votre empire est détruit ; que vous reste t-il donc ? La conviction des injustices de l’homme. La réclamation de votre patrimoine, fondée sur les sages décrets de la nature ; qu’auriez-vous à redouter pour une si belle entreprise ? Le bon mot du Législateur des noces de Cana ? Craignez-vous que nos Législateurs français, correcteurs de cette morale, longtemps accrochée aux branches de la politique, mais qui n’est plus de saison, ne vous répètent : femmes, qu’y a-t-il de commun entre vous et nous ? Tout, auriez vous à répondre. S’ils s’obstinent, dans leur faiblesse, à mettre cette inconséquence en contradiction avec leurs principes ; opposez courageusement la force de la raison aux vaines prétentions de supériorité ; réunissez-vous sous les étendards de la philosophie ; déployez toute l’énergie de votre caractère, et vous verrez bientôt ces orgueilleux, non serviles adorateurs rampants à vos pieds, mais fiers de partager avec vous les trésors de l’Etre Suprême. Quelles que soient les barrières que l’on vous oppose, il est en votre pouvoir de les affranchir ; vous n’avez qu’à le vouloir. Passons maintenant à l’effroyable tableau de ce que vous avez été dans la société ; et puisqu’il est question, en ce moment, d’une éducation nationale, voyons si nos sages Législateurs penseront sainement sur l’éducation des femmes.

Les femmes ont fait plus de mal que de bien. La contrainte et la dissimulation ont été leur partage. Ce que la force leur avait ravi, la ruse leur a rendu ; elles ont eu recours à toutes les ressources de leurs charmes, et le plus irréprochable ne leur résistait pas. Le poison, le fer, tout leur était soumis ; elles commandaient au crime comme à la vertu. Le gouvernement français, surtout, a dépendu, pendant des siècles, de l’administration nocturne des femmes ; le cabinet n’avait point de secret pour leur indiscrétion ; ambassade, commandement, ministère, présidence, pontificat, cardinalat ; enfin tout ce qui caractérise la sottise des hommes, profane et sacré, tout a été soumis à la cupidité et à l’ambition de ce sexe autrefois méprisable et respecté, et depuis la révolution, respectable et méprisé.

Les femmes dans la Révolution française de 1789

par Anne Marie Granger le samedi 01 septembre 2007

"La femme naît libre et demeure égale à l’homme en droits", jette Olympe de Gouges à la face des citoyens. Paradoxe majeur d’une Révolution française fondée sur l’universalité du droit naturel : la moitié de la société reste exclue des droits politiques et du suffrage dit universel. Les femmes jouèrent un rôle important, et même souvent un rôle moteur, dans le processus révolutionnaire. Rappelons ainsi la marche de milliers de femmes sur Versailles, les 5 et 6 octobre 1789, qui ramena le roi à Paris et l’obligea à ratifier les décrets du 4 août. Remémorons-nous l’engagement actif des "tricoteuses" parisiennes aux côtés des Montagnards dans le conflit qui les opposa, en 1793, aux Girondins. Ou évoquons encore les manifestations de femmes qui, en avril et mai 1795, marquèrent le déclenchement des grandes insurrections de l’an III.

Contrairement à une vision répandue, la revendication du pain ne fut jamais l’unique étendard des foules féminines.

Présentes à chaque étape

On retrouve la présence des femmes à chacune des étapes qui marquèrent la radicalisation de la Révolution : dans le rassemblement du Champ-de-Mars, le 17 juillet 1791 ; parmi les initiateurs de la pétition pour l’abolition de la royauté ; au sein du mouvement des sans-culottes parisiens, en 1793, et souvent sur les positions politiques les plus avancées. Ce sont elles encore qui peuplèrent les tribunes des grands clubs Jacobins et Cordeliers et de l’Assemblée nationale, d’où elles n’hésitèrent pas à interrompre les orateurs pour manifester leur approbation ou leurs désaccords.

Leur exclusion des droits politiques ne suscita pas la naissance d’un mouvement féministe tel qu’en connut le XXe siècle. Mais la tonalité féministe de nombre de déclarations et d’écrits de ces femmes semble indéniable. Leur action mit souvent en cause concrètement le statut traditionnel que la société, même révolutionnaire, leur réservait alors.

Cette dimension féministe, on en trouve des traces dès les débuts de la Révolution, dans cette floraison de brochures, motions et pétitions à laquelle donne lieu la préparation des états généraux. Quelques femmes, de milieu aisé, prennent elles aussi la plume pour dénoncer la situation de mineures à vie qui est le lot de la moitié de la société. "La devise des femmes est travailler, obéir et se taire, écrit ainsi M.B. dans son « Cahier de doléances et réclamations des femmes », en 1789. « Voilà certes un système digne de ces siècles d’ignorance, où les plus forts ont fait les lois et soumis les plus faibles. »

Les principales revendications alors mises en avant portent sur les droits civils (la fin du privilège de masculinité en matière d’héritage, le divorce) et sur l’instruction. "Ne nous élevez plus comme si nous étions destinées à faire les plaisirs du sérail", proteste encore M.B.

Mais cette période reste avant tout marquée par deux grands textes de portée plus théorique : celui d’un homme, Condorcet ("Sur l’admission des femmes au droit de cité", paru dans la presse en juillet 1790), et la « Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne », d’Olympe de Gouges, en septembre 1791. Tous deux se placent d’emblée sur le terrain de l’égalité. Pour Condorcet, "ou aucun individu de l’espèce humaine n’a de véritables droits, ou tous ont les mêmes" ; si les femmes restent exclues des droits politiques, c’est une violation des principes de 1789, un "acte de tyrannie".

L’égalité ou la tyrannie

De son côté, l’article premier de la Déclaration d’Olympe de Gouges proclame : "La femme naît libre et demeure égale à l’homme en droits." Ce qui inclut les droits politiques (article VI) : "La loi doit être l’expression de la volonté générale ; toutes les citoyennes et tous les citoyens doivent concourir personnellement, ou par leurs représentants, à sa formation. Elle doit être la même pour tous." Anticipation véritablement révolutionnaire, la Constitution du 3 septembre 1791, adoptée au même moment, instaure le suffrage censitaire masculin...

Beaucoup plus modérée sur le plan politique, Olympe de Gouges dénonce à plusieurs reprises la politique des Montagnards : elle meurt sur l’échafaud le 3 novembre 1793. Mais le commentaire publié quelques jours plus tard dans le Moniteur montre bien quel est son principal crime : "Elle voulut être homme d’Etat. Il semble que la loi ait puni cette conspiratrice d’avoir oublié les vertus qui conviennent à son sexe."

D’autres voix s’élèvent également pour dénoncer l’exclusion des femmes des droits naturels. Celle de M. Jodin, qui écrit en 1790, dans ses Vues législatives pour les femmes : "Et nous aussi nous sommes citoyennes." Ou encore, la même année, celle d’Etta Palm, avec son Discours sur l’injustice des lois en faveur des hommes, au dépend des femmes.

Un changement va toutefois se produire à partir de 1792 : les femmes ne vont pas rester en dehors du mouvement qui pousse le peuple à intervenir de plus en plus directement dans le cours d’une histoire en train de s’accélérer (menaces de guerre aux frontières, menées contre-révolutionnaires des "ennemis de l’intérieur", difficultés économiques croissantes, etc.). Et, ainsi, aux prises de position individuelles des premières années succèdent des formes d’action plus collectives et portées par des femmes d’origine plus populaire, qui vont inscrire dans les faits cette aspiration égalitaire.

De la rhétorique à la pratique

Cette évolution est manifeste, par exemple, dans l’histoire des clubs de femmes, qui font leur apparition dès 1790-1791 dans plusieurs villes de province (une trentaine sont actuellement connus). Constitués au début essentiellement de bourgeoises, épouses ou filles de membres des clubs masculins, et principalement tournés vers des activités philanthropiques d’éducation et d’assistance publiques - activités traditionnelles qui traduisent toutefois la volonté de leurs adhérentes de contribuer directement au "service de la patrie" -, la plupart de ces clubs se radicalisent rapidement sous la pression des événements. Ils participent activement à la vie politique de leur ville, en même temps que leur recrutement se démocratise (parallèlement, de nombreuses femmes, et parfois les mêmes, entrent dans les sociétés populaires qui acceptent plus facilement leur participation).

La question de l’armement des femmes est une des revendications les plus souvent mises en avant. Au-delà de la volonté patriotique, il s’agit, pour celles qui avancent cette revendication, de s’affirmer comme citoyennes à part entière. "La société ne peut nous ôter ce droit que la nature nous donne, à moins que l’on ne prétende que la Déclaration des droits n ’a point d’application pour les femmes" : de cette façon s’expriment trois cent dix-neuf Parisiennes en mars 1792 dans une pétition à l’Assemblée nationale.

Quelques jours plus tard, Théroigne de Méricourt, devant la Société fraternelle des minimes, appelle les femmes à s’organiser en corps armé : "Il est temps enfin que les femmes sortent de leur honteuse nullité où l’ignorance, l’orgueil et l’injustice des hommes les tiennent asservies depuis si longtemps." Comme on peut s’en douter, toutes ces demandes sont refusées : "Gardons-nous d’intervertir l’ordre de la nature", réplique un député aux signataires de la pétition...

Dans la rue et les clubs

La volonté des femmes de participer pleinement à la vie politique et de peser directement sur la marche des événements se manifeste aussi par de nombreuses pétitions ou adresses portant sur des thèmes généraux, non spécifiques. Celles de Nantes demandent, par exemple, l’arrestation des nobles ; à Besançon, elles réclament l’arrestation de la reine ; d’autres dénoncent le clergé réfractaire ou exigent "la punition de tous les conspirateurs".

Le même souci anime celles qui, le 10 mai 1793, fondent à Paris le Club des citoyennes républicaines révolutionnaires. Estimant qu’elles ne pouvaient s’exprimer pleinement au sein des clubs et sociétés populaires, elles décident de se regrouper à part afin, expliquent-elles, de "délibérer sur les moyens de déjouer les projets des ennemis de la République".

Elles vont ainsi se mobiliser pleinement, en mai-juin 1793, contre les Girondins, demandant leur mise en accusation et l’épuration des administrations. Elles participent directement à l’insurrection des 31 mai et 2 juin, qui pousse la Convention à décréter l’arrestation de vingt-neuf députés girondins. Durant toute cette période, leur club constitue l’une des principales forces du mouvement révolutionnaire, à l’origine directe de nombreuses initiatives.

L’écrasante majorité des députés n’en continue pas moins à ne pas se poser le problème des droits politiques des femmes (à de rares exceptions près comme Guyomar ou Romme). La Constitution adoptée le 24 juin 1793 ne leur accorde toujours pas le droit de vote. Ce qui n’empêche pas un grand nombre de femmes, lors du référendum de ratification de la Constitution, de venir voter et prêter serment, elles aussi, manifestant dans les faits, une nouvelle fois, leur refus d’être exclues de la nation.

Elles se regroupent donc, dans plusieurs villes, pour voter l’acceptation de la Constitution et rédiger des déclarations à l’adresse de la Convention : "Les citoyennes ont aussi le droit de ratifier un acte auquel elles ont si efficacement concouru. Les droits de l’homme sont aussi les nôtres", affirment les républicaines de Beaumont. Tandis que les citoyennes de la section du faubourg Montmartre regrettent que "la loi les prive du droit précieux de voter".

Un sentiment d’injustice

Ces femmes ont le sentiment légitime d’avoir contribué à la victoire du mouvement révolutionnaire et de représenter une force importante. Ce sentiment de leur force rend l’injustice d’autant plus flagrante. Cela éveille des interrogations, suscite des remises en cause... Cette prise de conscience, si elle reste encore minoritaire, n’est plus limitée, comme au début, à quelques individus isolés. Il ne s’agit pas d’un mouvement organisé, mais d’un débat diffus qui traverse la plupart des clubs et nombre de sociétés populaires.

Début juillet 1793, des citoyennes de la section des Droits de l’homme affirment par exemple qu’elles ne veulent plus être considérées comme des "êtres passifs et isolés", relégués dans la "sphère étroite de leur ménage".

Durant tout l’été et l’automne 1793, les militantes des clubs vont continuer à intervenir directement dans le champ politique. Mais ceux qui viennent de s’assurer le pouvoir grâce à l’appui du mouvement populaire cherchent maintenant à endiguer celui-ci...

Sous l’impulsion de ses dirigeantes, Claire Lacombe et Pauline Léon, le Club des citoyennes républicaines révolutionnaires se rapproche des positions des Enragés. Dans une pétition, le 26 août, ce club dénonce "les prévarications sans nombre qui ont lieu dans les ministères", l’"anarchie et le règne des Intrigants", les "scélérats qui sont à la tête de nos armées". Les signataires demandent aux députés de destituer tous les nobles et les administrateurs coupables et de créer des tribunaux révolutionnaires. Un peu plus tard, le Club se prononce pour le contrôle et la responsabilité des agents de l’Etat, et pour un exécutif placé sous le contrôle direct du peuple organisé dans les sections. Cette conception de la démocratie directe va susciter l’hostilité croissante du gouvernement et des grands clubs masculins.

Auto préservation masculine

A partir de septembre 1793. des députés dénoncent devant la Convention ces "prétendues révolutionnaires". Elles sont désormais considérées comme suspectes, et à double titre : du fait de leurs positions politiques avancées, et parce qu’elles remettent directement en cause la suprématie masculine. La citoyenne Dubreuil l’a bien compris : "Les hommes s’aperçoivent qu’à mesure que les femmes s’éclaireront leur despotisme marital disparaîtra, comme celui du ci-devant roi."

La Convention va se saisir du premier prétexte venu – une rixe entre des membres du Club et des marchandes des Halles au sujet du port du bonnet rouge - pour déclencher l’offensive. Le député Fabre d’Eglantine se fait l’écho des angoisses et des fantasmes masculins devant ces "filles émancipées", ces "grenadiers femelles" qui, prédit-il, après avoir obtenu, peu de temps auparavant, l’extension aux femmes de l’obligation de porter la cocarde, ne vont pas tarder à "demander la ceinture, puis les deux pistolets à la ceinture".

Le lendemain, le 30 octobre, après avoir rappelé dans un long discours que "les fonctions privées auxquelles sont destinées les femmes par la nature même tiennent à l’ordre général de la société", Amar, le rapporteur du Comité de sûreté générale, conclut : "Il n’est pas possible que les femmes exercent des droits politiques." En conséquence, la Convention décrète l’interdiction des clubs et sociétés populaires de femmes, "sous quelque dénomination que ce soit". Un seul député proteste.

Le coup du 9 brumaire

C’est ainsi que le problème des droits politiques des femmes est, pour la première fois, débattu à l’Assemblée nationale... et rapidement tranché ! De ce 9 brumaire an 1 (30 octobre 1793) date la première grande mesure contre-révolutionnaire de la Convention. Ce décret renvoie officiellement les femmes au domaine du privé - que selon beaucoup de gens, elles n’auraient jamais dû quitter.

Reste que, à travers les Citoyennes révolutionnaires, cette mesure vise aussi tous les courants politiques radicaux. Le deuxième article du décret (toutes les séances des sociétés populaires doivent dès ce moment être publiques) annonce déjà l’offensive suivante, contre les sociétés sectionnaires.

Celles qui se veulent des "femmes libres" trouvent bien peu de défenseurs, même parmi les révolutionnaires politiquement les plus avancés. Le rapport Amar exorcise sans doute des peurs masculines largement partagées !

Le décret du 9 brumaire ne met pas un terme à l’intervention politique des femmes, qui continuent à jouer un rôle de premier plan dans toutes les manifestations de mécontentement général, jusqu’à l’insurrection du 1er prairial an III (20 mai 1795). L’échec de ce dernier signe la fin du mouvement féminin de masse : les décrets des 1er et 4 prairial interdisent aux femmes d’assister aux assemblées politiques et de s’attrouper dans la rue à plus de cinq.

En revanche, le 9 brumaire met bien fin à ce mouvement d’idées qui s’est développé depuis le début de la Révolution, pour lequel l’avènement d’une société réellement nouvelle devait signifier aussi l’avènement d’une femme nouvelle, une femme libre. Après le rapport Amar, personne n’élèvera la voix pour défendre les droits des femmes.

Paru dans un supplément à "Rouge", journal de la LCR

Extrait de "La lutte des classes et l’émancipation des femmes" d’Alan Woods

A l’époque de la révolution française, la situation avait beaucoup évolué. Les rapports de classe – et, par conséquent, la conscience de classe – étaient devenus plus nets, plus tranchés. La révolution n’avait plus besoin de se parer d’un voile biblique. Elle parlait désormais le langage de la Raison et des Droits de l’Homme. Mais qu’en était-il des droits des femmes ?

La révolution française ne peut être comprise que d’un point de vue de classe. Les différents partis, clubs, tendances et individus, qui entrent en scène à un rythme déroutant, surgissant et retombant comme les vagues d’une mer agitée, n’étaient que l’expression de la lutte de différentes classes pour le contrôle de la situation, suivant une loi générale de toute révolution qui voit les tendances les plus radicales remplacer les plus modérées, jusqu’à ce que la dynamique de la révolution soit épuisée et que son film commence à se dérouler en sens inverse. Telle est la destinée de toute révolution bourgeoise : l’impulsion qui vient des masses finit par se heurter à la contradiction entre leurs illusions et le contenu de classe réel du mouvement.

Les divisions de classe, au sein du mouvement révolutionnaire, se sont manifestées dès le début. Les Girondins représentaient la tendance bourgeoise qui voulait arrêter la révolution à mi-chemin et conclure un accord avec le roi pour instaurer une monarchie constitutionnelle. C’eut été fatal à la révolution, qui n’a acquis son élan nécessaire que lorsque les masses sont entrées en action et ont commencé à régler leur compte avec la réaction par des méthodes plébéiennes et révolutionnaires. C’est l’irruption des masses qui a garanti la victoire de la révolution et a permis de complètement balayer l’ordre féodal.

On ignore souvent que les femmes ont joué un rôle dirigeant dans la révolution française (comme d’ailleurs dans la révolution russe). Nous ne parlons pas ici des petites-bourgeoises féministes et cultivées qui ont émergé au cours de la révolution, mais des femmes ordinaires du peuple et de la classe ouvrière qui se sont soulevées contre l’oppression de leur classe. Les femmes plébéiennes et semi-prolétariennes qui ont commencé la révolution, en 1789, réclamaient d’abord du pain, sans dans un premier temps poser la question de l’oppression des femmes – bien que cette question ait naturellement surgi au cours de la révolution.

Dans Le peuple et le révolution française, l’historien Gwynne Lewis écrit : « Exclues du vote et de la majorité des sociétés populaires, les femmes pouvaient jouer, et ont effectivement joué un rôle de premier plan dans les insurrections, en particulier celles d’octobre 1789, du 10 août 1792 et du printemps de 1795. Mêmes les femmes les plus radicales demandaient rarement qu’on leur accorde le droit de vote, conditionnées qu’elles étaient par la distinction qui plaçait l’homme dans la "sphère publique" et la femme dans la "sphère privée". Elles ont constitué des sociétés populaires de femmes, dont la plus connue était la Société des Citoyennes Républicaines Révolutionnaires. Mais ce club n’a duré que de mai à octobre 1793. Cependant, cela ne signifie pas que les femmes ne partageaient pas le programme économique et politique des hommes. Les femmes soutenaient les hommes, et les poussaient même à l’action. Elles prenaient place dans les galeries des sociétés populaires ; elles créaient leur propre espace politique à la sortie des boulangeries, sur les marchés, dans les rues. »

Une révolution secoue la société jusque dans ses profondeurs, libérant les sentiments et les aspirations des masses et de toutes les couches opprimées. La revendication de l’émancipation des femmes a donc acquis un caractère brûlant, au cours de la révolution. Mais cette revendication était comprise différemment par les différentes tendances politiques, lesquelles reposaient en dernière analyse sur différents intérêts de classe. Ce n’est pas un hasard si les femmes pauvres du prolétariat et du semi-prolétariat parisiens étaient à l’avant-garde. Elles constituaient la couche la plus opprimée de la société, celles qu’accablaient le plus de souffrances. Par ailleurs, elles n’avaient pas d’expérience de la lutte et des organisations politiques, et sont entrées dans l’action sans être encombrées de préjugés. Par contraste, les hommes étaient plus prudents, plus hésitants, plus « légalistes ». Depuis, on a pu observer ce contraste à de nombreuses reprises. Dans de nombreuses grèves impliquant des femmes, elles ont fait preuve d’une combativité, d’une élan et d’un courage bien supérieurs aux hommes. Il est significatif que, lors de la révolution française, les femmes ont commencé à se mobiliser sur des questions de classe – la question du pain. Et c’était également le cas plus d’un siècle après, à Petrograd.

A chaque tournant décisif de la révolution française – tout au moins dans ses premières phases – les femmes des classes inférieures ont joué un rôle dirigeant. En octobre 1789, alors que les membres de l’Assemblée Constituante se perdaient en discours interminables sur les réformes et la Constitution, les femmes pauvres de Paris – les poissonnières, les lavandières, les couturières, les vendeuses, les domestiques et femmes de travailleurs – se sont spontanément révoltées. Elles ont organisé une manifestation et marché jusqu’à l’Hôtel de Ville, réclamant une baisse du prix du pain. Elles défiaient les hommes de marcher sur Versailles et d’en ramener le roi et la reine pour les placer, à Paris, sous la surveillance du peuple (elles ne faisaient d’ailleurs aucune différence entre le roi et la reine, celle-ci – la « femme autrichienne » – étant peut-être encore plus détestée que son mari). Cette scène est très bien décrite dans le livre de George Rudé, La foule dans la révolution française :

« Les femmes ont commencé à prendre les choses en main. La crise du pain les affectait tout particulièrement, et ce sont elles, plus que les hommes, qui ont joué le rôle dirigeant dans le mouvement. Le 16 septembre, Hardy rapporte que des femmes ont arrêté, à Chaillot, cinq charrues chargées de blé et les ont amenées à l’Hôtel de Ville de Paris. Le 17, à midi, l’Hôtel de Ville était assiégé par des femmes en colère qui fustigeaient l’attitude des boulangers ; elles ont été reçues par Bailly, au Conseil Municipal. "Ces femmes, notait Hardy, disaient hautement que les hommes n’y entendaient rien et qu’elles voulaient se mêler des affaires". Le jour suivant, l’Hôtel de Ville était de nouveau assiégé, et les femmes reçurent des promesses. Le soir même, Hardy rapporte avoir vu des femmes saisir un chargement de blé, Place des Trois Maries, et l’escorter jusqu’au quartier général le plus proche. Ce mouvement devait se poursuivre jusqu’à la manifestation politique du 5 octobre, et au-delà. »

Plus loin : « Les femmes convergèrent vers l’Hotel de Ville. En premier lieu, elles réclamaient du pain, et en deuxième lieu des armes et des munitions pour leurs hommes. Un marchand passant par le vieux marché, vers 8 h 30, dit avoir aperçu des groupes de femmes qui arrêtaient des passants et les forçaient à les suivre jusqu’à l’Hôtel de Ville, "où l’on devait aller pour se faire donner du pain". Les gardes étaient alors désarmés et leurs armes livrées aux hommes qui suivaient les femmes en les encourageant. Un autre témoin, caissier de l’Hôtel de Ville, rapporte comment, vers 9 h 30, un grand nombre de femmes, parmi lesquelles se trouvaient également des hommes, ont dévalé les escaliers et pénétré de force dans tous les bureaux du bâtiment. Un témoin dit qu’elles étaient armées de bâtons et de piques, et un autre qu’elles avaient des haches, des pieds-de-biche, des matraques et des mousquets. Un caissier de la Mairie qui avait eu la témérité de protester s’est entendu dire "qu’ils étaient les maîtres et les maîtresses de l’Hôtel de Ville". A la recherche d’armes et de poudre, elles déchiraient des documents et des livres de compte. Une liasse de billets de la Caisse des Comptes disparût de l’un des bureaux. Mais leur but n’était pas de piller ou de voler de l’argent. Le trésorier municipal rapporta à la police que les femmes n’avaient pas touché aux 3,5 millions de livres en billets qui se trouvaient sur les lieux, et, quelques semaines plus tard, la liasse de billets manquante a été intégralement restituée. Après avoir sonné le tocsin, les manifestants se retrouvèrent Place de la Grève, vers 11 heures.

« C’est à ce moment que Maillard et ses Volontaires arrivèrent. D’après son témoignage, les femmes menaçaient de mort Bailly et Lafayette. Soit pour les empêcher de mettre leur menace à exécution, soit pour promouvoir les objectifs politiques des "patriotes", Maillard s’est persuadé de la nécessité de prendre la tête de la longue marche sur Versailles, où une pétition réclamant du pain devait être remise au roi et à l’Assemblée. En partant, dans l’après-midi, elles enlevèrent les canons du Châtelet et obligèrent les femmes de toutes conditions – "même des femmes à chapeau"– à se joindre à elles. »

Ici, on voit parfaitement comment les femmes pauvres de Paris concevaient la lutte. L’inaction de leurs hommes les frustrait, et elles se lancèrent elles-mêmes dans le combat avec une fougue extraordinaire qui balayait tout sur son passage. Mais à aucun moment elles n’ont considéré cela comme une lutte « des femmes contre les hommes ». C’était une lutte de toute la classe des pauvres et des exploités contre les riches oppresseurs. Avec des revendications économiques (« du pain »), elles marchaient vers la Mairie. Puis une autre revendication a commencé à émerger : les femmes demandaient des armes et des munitions pour leurs hommes. Elles cherchaient à susciter la honte chez les hommes, pour les pousser à l’action. Ce faisant, elle sont brillamment parvenues à sauver la révolution.

L’irruption des masses sur la scène politique est la caractéristique première et fondamentale de toute révolution. C’est tout particulièrement vrai concernant les femmes. Dans la révolution française, les femmes n’avaient pas du tout l’intention de laisser la politique aux hommes. A Paris, les Citoyennes Républicaines Révolutionnaires, vêtues de pantalons rouges et blancs et du bonnet rouge, organisaient des manifestations armées. Elles demandaient que les femmes aient le droit de vote et de siéger dans les plus hautes instances civiles et militaires de la République – c’est-à-dire l’égalité politique complète et le droit de se battre et de mourir pour la cause de la révolution.

Cependant, la révolution se caractérisait par une lutte constante entre différents partis et tendances, dont les plus radicaux devançaient et remplaçaient constamment les plus modérés, jusqu’à ce que la révolution ait épuisé son potentiel et commence à se dérouler en une spirale descendante menant au Bonapartisme et à Waterloo. Cette lutte entre les partis, au sommet, reflétait la lutte entre différentes classes. Les Girondins représentaient la section de la bourgeoisie qui avait peur des masses et cherchait à tout prix un accord avec le roi. Ces antagonismes de classe – qui prirent des formes particulièrement aiguës dans la révolution française – affectaient d’une façon fondamentale la question des femmes.

Les militantes girondines – dont certaines défendaient des positions très avancées sur la question formelle des droits des femmes – posaient la question d’une façon différente des femmes « sans-culottes », que les historiens hostiles appelaient ironiquement les « tricoteuses » à cause de leur habitude de tricoter en regardant les têtes aristocratiques tomber dans le panier de la guillotine. Les femmes des classes pauvres de Paris étaient animées d’un grand esprit révolutionnaire, d’une conscience de classe très nette – et d’une haine sans faille à l’égard des riches. Les Girondines venaient de familles privilégiées des classes moyennes ou de la bourgeoisie, et leurs intérêts immédiats n’étaient pas les mêmes que ceux des femmes des quartiers pauvres de Paris.

Les Girondines firent voter une loi sur le divorce qui était indiscutablement un progrès pour les femmes. Mais les Girondines insistaient beaucoup sur la question du droit des femmes à la propriété. Or, à l’époque de la révolution française, cette revendication n’était certainement pas une question brûlante pour la majorité des femmes, pour la simple raison que ni celles-ci, ni leur mari n’avaient la moindre propriété. Conformément à leur point de vue de classe, les femmes « sans-culottes » étaient opposées au « droit sacré à la propriété ». Hostiles aux femmes bourgeoises, même lorsque celles-ci portaient un bonnet rouge, elles luttaient instinctivement pour une République dans laquelle les hommes et les femmes seraient véritablement égaux – et non seulement égaux devant la Loi. Autrement dit, elles luttaient pour une société sans classes, sans riches et pauvres. Nous savons aujourd’hui que cet objectif était irréalisable, à l’époque. Les forces productives, qui constituent la base matérielle du socialisme, n’étaient pas suffisamment développées. La nature de classe de la révolution française était nécessairement bourgeoise. Mais cela n’apparaissait pas du tout clairement aux masses qui rallièrent la révolution avec un enthousiasme immense, et qui ont versé leur sang pour sa victoire. Ni les hommes, ni les femmes du peuple ne se battaient pour donner le pouvoir à la bourgeoisie ; ils se battaient pour défendre les intérêts de leur classe.

La lutte entre tendances révolutionnaires et modérées s’exprimait d’une façon très aiguë dans les rangs des femmes. Olympe de Gouges (1748-93) était le type même de la féministe girondine. Née Marie Gouges, fille illégitime d’un noble et de la femme d’un boucher de Montauban, dans le sud de la France, elle se rebella contre l’étroitesse de la vie provinciale et la façon dont son père traitait sa mère. Après un mariage malheureux, elle s’empressa d’aller à Paris, changea de nom et s’engagea dans le théâtre. Typique des femmes des classes moyennes que la révolution enthousiasmait, sans jamais vraiment en comprendre l’essence, elle écrivit des pièces de théâtre et des pamphlets, réclamait l’abolition du commerce d’esclaves, des ateliers publics pour les chômeurs (idée adoptée plus tard par le socialiste réformiste Louis Blanc) et un théâtre national pour les femmes. En 1791, elle écrivit une Déclaration des Droits de la Femme, en réponse à la Déclaration des Droits de l’Homme adoptée par l’Assemblée.

Il y a des choses très intéressantes dans ce document, dont ce vibrant appel aux femmes : « Femme, réveille-toi ; le tocsin de la raison se fait entendre dans tout l’univers ; reconnais tes droits. Le puissant empire de la nature n’est plus environné de préjugés, de fanatisme, de superstition et de mensonges. Le flambeau de la vérité a dissipé tous les nuages de la sottise et de l’usurpation. L’homme esclave a multiplié ses forces, a eu besoin de recourir aux tiennes pour briser ses fers. Devenu libre, il est devenu injuste envers sa compagne. Ô femmes ! Femmes, quand cesserez-vous d’être aveugles ? »

Elle écrivit également une Forme de Contrat Social de l’Homme et de la Femme, dont elle voulait qu’il remplace les serments existants, et qui commençait par ces mots : « Nous, __ et __, mus par notre propre volonté, nous unissons pour le terme de notre vie, et pour la durée de nos penchants mutuels, aux conditions suivantes. Nous entendons et voulons mettre nos fortunes en communauté, en nous réservant cependant le droit de les séparer en faveur de nos enfants, et de ceux que nous pourrions avoir d’une inclination particulière, reconnaissant mutuellement que notre bien appartient directement à nos enfants, de quelque lit qu’ils sortent, et que tous indistinctement ont le droit de porter le nom des pères et mères qui les ont avoués, et nous imposons de souscrire à la loi qui punit l’abnégation de son propre sang. Nous nous obligeons également, au cas de séparation, de faire le partage de notre fortune, et de prélever la portion de nos enfants indiquée par la loi ; et, au cas d’union parfaite, celui qui viendrait à mourir se désisterait de la moitié de ses propriétés en faveur de ses enfants ; et si l’un mourait sans enfant, le survivant hériterait de droit, à moins que le mourant n’ait disposé de la moitié du bien commun en faveur de qui il jugerait à propos. »

Plus loin : « J’offre un moyen invincible d’élever l’âme des femmes ; c’est de les joindre à tous les exercices de l’homme : si l’homme s’obstine à trouver ce moyen impraticable, qu’il partage sa fortune avec la femme, non à son caprice, mais par la sagesse des lois. Le préjugé tombe, les mœurs s’épurent, et la nature reprend tous ses droits. Ajoutez-y le mariage des prêtres, le Roi raffermi sur son trône, et le gouvernement français ne saurait plus périr. »

Cependant, les idées d’Olympe de Gouges étaient celles d’une Girondine – c’est-à-dire d’une bourgeoise libérale. Notons que, dans le nouveau contrat de mariage, elle insiste surtout sur la question de la propriété. Et à la fin, elle parle de la nécessité de « raffermir le roi sur son trône ». C’est entièrement dans l’esprit girondin. Plus tard, elle publia un appel contre l’exécution du roi – ce qui scella son sort. Les Jacobins l’exécutèrent. Sur le chemin de la guillotine, elle fit un discours dans lequel elle disait, entre autres choses : « Echafauds et bourreaux – voilà donc les résultats d’une révolution qui devait être la gloire de la France, rayonnant sans distinction sur les deux sexes et servant de modèle à l’univers ? » Ces paroles montraient qu’elle ne comprenait pas la réalité de la révolution. L’exécution du roi était une ligne de démarcation nette séparant les deux phases de la révolution dans sa période ascendante. Elle fut un coup décisif porté au centre nerveux de la contre-révolution, d’où des complots étaient constamment organisés. Elle intimida l’aristocratie et envoya un message de défi à tous les trônes d’Europe. Surtout, elle permit de distinguer les éléments modérés et vacillants de ceux qui brûlaient de faire avancer la révolution.

Des philistins ont condamné la révolution française parce qu’elle a usé de la violence. La Terreur a été universellement condamnée en des termes qui rappellent les dernières paroles d’Olympe de Gouges. Mais sans la Terreur révolutionnaire, la révolution n’aurait pas survécu. Les masses devaient recourir à des mesures extrêmes pour se défendre contre la menace de la contre-révolution royaliste qui, si elle l’avait emporté, aurait noyé la révolution dans le sang. Toute l’histoire, à commencer par la révolte des esclaves dirigée par Spartacus, montre qu’il n’y a pas de limites à la cruauté d’une classe dirigeante qui prend sa revanche. Dans une premier temps, la Terreur dirigée contre l’aristocratie, les prêtres et la contre-révolution avait un caractère progressiste. Lorsque, plus tard, la Terreur fut dirigée contre les révolutionnaires, dans le but de consolider la réaction thermidorienne, elle était contre-révolutionnaire. Nous sommes navrés pour tous ceux qui ne voient pas la différence, mais ils ne peuvent pas être pris au sérieux.

Théroigne de Méricourt (1766-1817) était une autre personnalité féministe et girondine. Elle avait vécu comme une courtisane avant la révolution, et s’est saisie de la question des droits des femmes – là encore, d’un point de vue purement girondin. La malheureuse fut attaquée par des Jacobines alors qu’elle marchait dans le jardin des Tuileries, en juin 1793. Elle fut déshabillée et lapidée. Elle termina sa vie dans un asile de fous.

D’un point de vue humain, on peut éprouver de la sympathie pour cette femme qui, d’une certaine façon, voulait améliorer le sort des femmes – ou plus exactement des femmes bourgeoises. Mais ce que montre avant tout son destin, c’est qu’un abyme de classe séparait la féministe bourgeoise des femmes révolutionnaires des classes opprimées, et qu’une ligne de sang séparait les riches des pauvres, les Girondins des Jacobins. Les appels à l’unité de toutes les femmes, indépendamment de leurs classes sociales, ne rencontraient aucun écho parmi la masse des femmes du peuple qui se battaient aux côtés de leurs hommes pour une société plus juste.

- - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - Les femmes dans la Commune de Paris

"Si la Nation Française ne se composait que de femmes, quelle terrible Nation ce serait ! " Le correspondant du Times en avril 1871

1871 et l’organisation des femmes Dès janvier 1871, des structures d’organisations féminines s’activent ou se réactivent. Ce sont de petits groupes comme les comités de citoyennes, le Comité de vigilance du XVIIIe (dans lequel on retrouve Louise Michel) ou encore l’association civile des citoyennes du VIe. Preuve de l’expression de la démocratie, toutes ces organisations se développeront durant la Commune.

Dès le 18 mars les femmes, en grand nombre, sont présentes sur le terrain. Elles s’opposent aux troupes versaillaises venues confisquer les canons des Fédérés. Ces armes, achetées par souscription populaire pour lutter contre les troupes de Bismarck, sont le symbole de la résistance de la capitale à l’envahisseur. Elles sont sous la protection de peuple de Paris. Les Versaillais n’y toucheront pas ! C’est grâce à l’intervention courageuse des Parisiennes que la troupe a mis crosse en l’air. Édith Thomas, dans son ouvrage Les Pétroleuses : " il serait exagéré de dire que cette journée révolutionnaire fut celle des femmes, mais elles y contribuèrent puissamment. "

Elles restèrent déterminées à se battre et le 3 avril 1871, cinq cents femmes partent de la place de la Concorde pour marcher sur Versailles. Au pont de Grenelle, elles sont rejointes par sept cents autres. L’exemple est donné de la nécessité d’organiser la population. Le 12 avril 1871, le journal d’André Léo La Sociale publie les statuts de la première organisation féminine structurée : L’Union des femmes pour la défense de Paris et les soins aux blessés.

Une organisation féminine structurée Ses dirigeantes sont : Nathalie Le Mel, ouvrière relieuse, Élisabeth Dmitrieff, intellectuelle russe, Marceline Leloup, couturière, Blanche Lefevre, modiste (tuée sur une barricade le 23 mai), Aline Jacquier, brocheuse, Thérèse Collin et Aglaë Jarry. Il faut rappeler ces noms pour qu’ils ne tombent pas dans l’oubli !

L’Union des femmes est organisée avec esprit de responsabilité. Un Comité central constitué par des déléguées de chaque arrondissement de Paris nomme une Commission exécutive de sept membres, chargés de se mettre en rapport avec les commissions gouvernementales.

Le programme reprend des idées essentielles comme l’égalité des salaires. Une première application décidée par la Commune accorde des salaires identiques aux instituteurs et aux institutrices. Il prône aussi l’éducation pour les filles et leur formation professionnelle. André Léo, Anna Jaclard, Mesdames Reclus et Perrier participent à la commission créée par Vaillant " pour organiser et surveiller l’enseignement dans les écoles de filles ". Marie Verdure et Élie Ducoudray rédigent un mémoire sur la nécessité de l’installation de crèches et proposent d’aider les mères non mariées pour les empêcher de sombrer dans la prostitution.

Le 11 avril, le premier appel aux femmes édité par l’Union des femmes est placardé sur les murs de Paris. Elles écrivent : " … Nos ennemis ce sont les privilégiés de l’ordre social actuel, tous ceux qui ont vécu de nos sueurs, qui toujours se sont engraissés de nos misères. " Elles rappellent très clairement pour la première fois que " toute inégalité et tout antagonisme entre les sexes constituent une des bases du pouvoir des classes gouvernantes ".

Une intense activité Courant avril, l’Union des femmes réclame des salles pour organiser des conférences. Les femmes demandent à participer comme les hommes à la défense de la Commune. Elles sont aussi dans les Comités de quartiers, organisations mixtes. Elles pétitionnent pour faire remplacer les religieuses dans les hôpitaux et les prisons par des mères de familles " qui ", disent-elles, " font mieux leur devoir ". Elles arrachent, à la suite d’une demande de plusieurs comités (dont ceux du XIIIe et du VIe arrondissements), la fermeture des maisons de tolérance. Elles sont aussi à l’origine de la reconnaissance de l’union libre, puisqu’elles obtiennent le paiement d’une pension aux veuves des gardes nationaux tués au combat, mariés ou non, ainsi qu’à leurs enfants, légitimes ou naturels. Elles ne mènent pas un combat contre les hommes. Mais elles luttent contre la misogynie, y compris celle des dirigeants de la Commune qui font référence aux thèses de Proudhon, pour tenter de priver les femmes de leurs droits de citoyenne. Un groupe de femmes, dont fait partie Louise Michel, s’adresse à la Commune pour demander des écoles professionnelles et des orphelinats laïcs. Marguerite Tynaire, qui avait été chargée par le gouvernement de Bordeaux de réorganiser les écoles de filles à Paris, se met au service de la Commune. Elle effectue un travail remarquable. Paule Monk organise une école de jeunes filles dans la salle de catéchisme de Saint-Pierre-de-Montmartre.

Un programme révolutionnaire Dans les textes L’Union des femmes va plus loin que les membres de la Commune. Elle définit le cadre de la lutte dans celui de l’abolition du capital et de tout vestige d’exploitation.

Nombre de clubs et de comités ont une activité déterminante. Il y a parfois jusqu’à six cents femmes présentes aux réunions. Au cours d’une de ces réunions, Nathalie Le Mel, qui, avant la Commune, avait créé avec Varlin le syndicat des relieurs, déclare : " Les ateliers dans lesquels on nous entasse vous appartiendront. Les outils seront à vous, vous allez renaître femmes frêles. "

Toutes les associations féminines réclament du travail auprès de Frankel, responsable de la Commission du Travail et des Échanges, qui fait siennes les propositions de l’Union des Femmes, à savoir : " Il s’agit, déclare l’Union des femmes, d’assurer les produits aux producteurs. "

La Commission d’enquête et d’organisation du travail dirigée par Léo Frankel annonce une réunion de toutes les corporations ouvrières des deux sexes. Le texte dit : " Nous engageons tout particulièrement les citoyennes dont le dévouement à la Révolution sociale est d’un si précieux concours, à ne pas rester étrangères à la question si importante de l’organisation du travail… que les diverses professions de femmes… se constituent en syndicats et envoient des délégués. "

L’Union des femmes répond à cet appel et incite à former des chambres syndicales pour envoyer des délégués à la Chambre fédérale. Elles tiendront une réunion le 17 mai. Elle n’aura pas de suites car, le 21 mai, les troupes versaillaises entrent dans Paris.

Se battre jusqu’au bout Durant la semaine sanglante, les femmes continuent à tenir la rue. André Léo écrit que plusieurs milliers de femmes participent à la lutte sur les barricades. Elle cite nommément Louise Michel et Victorine Rouchy (bataillon des Turcos), Léontine Suetens, cantinière au 135e bataillon, et tant d’autres. Jusqu’au dernier jour de la Commune, les femmes se battent. Selon Lissagaray, témoin de son temps, cent vingt femmes environ participent à la barricade de la place Blanche. Cinquante sont sous la direction de Nathalie Le Mel, place Pigalle.

Benoît Malon et Louise Michel avancent le chiffre de dix mille femmes qui combattirent durant la Semaine sanglante (vérification évidemment impossible à faire).

En tout cas, ces chiffres montrent le courage de ces femmes et des centaines d’anonymes qui savaient pourtant pertinemment que la partie était perdue.

Elles n’ont pas fui, écrivant ainsi une page héroïque que l’on a tendance à oublier.

La répression sera terrible pour elles.

La répression Plus de mille, selon l’enquête parlementaire sur l’insurrection du 18 mars, furent arrêtées et comparurent devant le 4e Conseil de guerre. Elles furent humiliées, souvent traitées de prostituées. Et parce que Paris s’enflamme pour se défendre, elles sont appelées les " pétroleuses " par les Versaillais.

Vingt-neuf femmes sont condamnées aux travaux forcés, vingt à la déportation dans une enceinte fortifiée, seize à la déportation simple.

Les condamnées à la déportation sont embarquées sur de vieilles frégates. Á bord de la Virginie, elles sont dix-neuf communardes enfermées dans des cages. Le voyage vers les bagnes de Nouvelle Calédonie dure cent vingt jours ! Et les premiers retours n’auront lieu qu’en 1879.

Le mouvement des femmes fut pour l’essentiel conduit par des ouvrières. Elles ont laissé peu d’écrits. C’est peut-être pour cela aussi que leur nom est tombé dans l’oubli. Femmes du peuple, elles ont surtout agi. Avec leurs organisations, grâce à leurs structures au plus près de la population des quartiers, elles ont pu traduire les revendications des plus larges couches de la population. Elles ont contribué ainsi à faire souffler le vent de la démocratie directe dont il serait bien utile de s’inspirer aujourd’hui encore.

Extrait de "La Revue Commune", n° 38, Floréal 213, juin 2005.

Femmes de la Commune "Le jeudi 25 mai 1871 alors que les gardes nationaux abandonnaient la barricade de la rue du Château-d’eau, un bataillon de femmes vint en courant les remplacer. Ces femmes, armées de fusils, se battirent admirablement au cri de : "Vive la Commune !". Nombreuses dans leurs rangs, étaient des jeunes filles. L’une d’elles, âgée de dix-neuf ans, habillée en fusilier-marin, se battit comme un démon et fut tuée d’une balle en plein front. Lorsqu’elles furent cernées et désarmées par les versaillais, les cinquante-deux survivantes furent fusillées." "L’attitude des femmes pendant la Commune faisait l’admiration des étrangers et exaspérait la férocité des Versaillais" raconte Lissagaray dans son Histoire de la Commune de 1871. Les deux commentaires de presse suivant, illustrent parfaitement cet avis. "En voyant passer les convois de femmes insurgées, on se sent, malgré soi, pris d’une sorte de pitié. Qu’on se rassure en pensant que toutes les maisons de tolérance de la capitale ont été ouvertes par les gardes nationaux qui les protégeaient et que la plupart de ces dames étaient des locataires de ces établissements" Le Figaro "J’ai vu une jeune fille habillée en garde national marcher la tête haute parmi des prisonniers qui avaient les yeux baissés. Cette femme, grande, ses long cheveux blonds flottant sur ses épaules, défiait tout le monde du regard. La foule l’accablait de ses outrages, elle ne sourcillait pas et faisait rougir les hommes par son stoïcisme." The Times 29 mai 1871

Le comité de vigilance des citoyennes Le comité de vigilance des citoyennes du 18e, présidé par une couturière, Sophie Doctrinal, se distingua par sa grande activité. Le comité avait été créé par Clémenceau après le 4 septembre 1870. Parmi les adhérents de ce comité, il y avait Louise Michel et une russe, femme de Victor Jaclard, membre de l’internationale, colonel de la 17e légion fédérée, Anna Jaclard née Korvine Krouskovskaïa à Saint- Pétersbourg, se trouvait à Paris avec sa soeur Sonia qui devint une éminente mathématicienne , et qui, pendant la commune, travailla dans les hôpitaux parisiens. A louise J’aimerais toujours Le temps des cerises C’est de ce temps là que je garde au coeur Une plaie ouverte

Et dame fortune en m’étant offerte Ne pourra jamais calmer ma douleur "Le temps des cerises" Le dernier couplet de la chanson de Jean-Baptiste Clément est dédiée à Louise, une femme qui avait défendu à ses côtés les barricades de la rue des Trois-bornes et dont il n’avait retenu que le prénom. Louise Michel fut condamnée à la déportation en Nouvelle-Calédonie. Elle revint à Paris après l’amnistie, le 9 novembre 1880. Après une vie de militante, elle mourut à Marseille le 10 janvier 1905, elle repose au cimetière de Levallois.

Adresse des citoyennes à la Commission exécutive de la Commune de Paris. J.O du 13 avril 1871 Considérant Qu’il est du devoir et du droit de tous de combattre pour la grande cause du peuple, pour la Révolution Que le péril est immédiat et l’ennemi aux portes de Paris Que l’union faisant la force, à l’heure du danger suprême, tous les efforts individuels doivent se fusionner pour former une résistance collective de la population entière, à laquelle rien ne saurait résister Que la Commune, représentante du grand principe proclamant l’anéantissement de tout privilège, de toute inégalité, par la même est engagée à tenir compte des justes réclamations de la population entière, sans distinction de sexe - distinction créée et maintenue par le besoin de l’antagonisme sur lequel repose les privilèges des classes dominantes Que le triomphe de la lutte actuelle - ayant pour but la suppression des abus, et , dans un avenir prochain, la rénovation sociale toute entière, assurant le règne du travail et de la justice - a, par conséquent, le même intérêt pour les citoyennes que pour les citoyens Que le massacre des défenseurs de Paris par les assassins de Versailles, exaspère à l’extrême la masse des citoyennes et les pousse à la vengeance Qu’un grand nombre d’elles sont résolues, au cas où l’ennemi viendrait à franchir les portes de Paris, à combattre et vaincre ou mourir pour la défense de nos droits communs Qu’une organisation sérieuse de cet élément révolutionnaire est une force capable de donner un soutien effectif et vigoureux à la Commune de Paris, ne peut réussir qu’avec l’aide et le concours du gouvernement de la Commune. Par conséquent Les déléguées des citoyennes de Paris demandent à la commission exécutive de la Commune 1) de donner l’ordre aux maires de tenir à la disposition des comités d’arrondissement et du Comité central, institué par les citoyennes pour l’organisation de la défense de Paris, une salle dans les mairies des divers arrondissements, ou bien, en cas d’impossibilité, un local séparé, où les comités pourraient siéger en permanence 2) de fixer dans le même but un grand local où les citoyennes pourraient faire des réunions publiques 3) de faire imprimer aux frais de la Commune les circulaires, affiches et avis que les dits comités jugeraient nécessaire de propager. Pour les citoyennes déléguées, membre du Comité central des citoyennes : Adélaïde Valentin, Noëmie Colleville, Marcand, Sophie Graix, Joséphine Pratt, Céline Delvainquier, Aimée Delvainquier, Elisabeth Dmitrieff.

Ce sont des femmes, les ouvrières du textile, qui ont débuté la révolution russe de février 1917 qui a renversé la dictature tsariste et fait le premier pas du pouvoir aux travailleurs

1917 Les femmes dans la révolution russe

La Russie au début du 20e siècle a été le théâtre d’évènements extraordinaires, dont le retentissement fut mondial. C’est le 23 février 1917, jour de la célébration de la Journée internationale des Femmes, que la révolution commence. Pour la première fois dans l’histoire, les opprimés et les exploités mènent de bout en bout une révolution sociale, s’opposant à la guerre et aux classes dirigeantes, ils s’organisent à travers les soviets. Pour la première fois dans l’histoire du mouvement ouvrier et socialiste, un Etat des travailleurs voit le jour après l’insurrection d’octobre. Enfin, pour la première fois, la question de la libération des femmes de leur oppression millénaire est à l’ordre du jour. Les femmes et en particulier les femmes de la classe ouvrière, ont pleinement participé à tous ces événements, parfois à la tête, souvent au cœur du mouvement, elles ont su se faire entendre, et ont écrit des pages héroïques de la période révolutionnaire. Le but de cet article est avant tout de restituer la place des femmes dans la révolution russe, et principalement les salariées, et leurs relations avec leurs organisations politiques (féministes et révolutionnaires) et syndicales. Il s’agit aussi d’une défense de la révolution d’octobre, de la politique des bolcheviks en général, et de leur lutte contre l’oppression des femmes en particulier. Tout d’abord nous tracerons le cadre dans lequel le mouvement des femmes réalise ses premiers pas, de la révolution de 1905 aux années de guerre (1914-1916). De 1917 à la première moitié des années vingt, nous verrons, à travers la révolution russe et les premières années du régime soviétique, comment la question de la libération des femmes se pose et quels sont les moyens mis en œuvre pour y parvenir. Enfin, en analysant la nature de classe du « socialisme dans un seul pays », nous assisterons alors à la restauration de l’oppression consacrée par les lois, dans l’URSS de Staline et de ses héritiers. Avant 1905 « La Russie occupait entre l’Europe et l’Asie une situation intermédiaire non seulement par sa géographie mais par sa vie sociale et son histoire (...) La Russie n’eut pas la possibilité de se former sur les modèles de l’Orient parce qu’elle dut toujours s’accommoder de la pression militaire et économique de l’Occident. » Ainsi est résumé tout le dilemme de la Russie dans le premier quart du 20e siècle1. L’empire russe est immense, de Varsovie à Vladivostok sur le Pacifique, sa population croît rapidement (de 123 millions d’habitants en 1897 à 160 millions en 1913), et formellement le pays appartient au club très fermé (et essentiellement européen) des grandes puissances. Mais par rapport à l’Angleterre, la France ou l’Allemagne, la Russie apparaît surtout comme une nation à la traîne du développement. Seulement 15 % de la population est urbaine à la veille de Première guerre mondiale, soit 25 millions de personnes dont environ trois millions d’ouvriers. Le poids du monde rural est écrasant. Les campagnes russes vivent encore à l’heure du féodalisme, les moujiks qui ne sont plus serfs depuis 1861 seulement, vivent souvent dans des conditions misérables et travaillent pour les grands propriétaires, nobles, ecclésiastiques ou négociants. La Russie est une « prison des peuples », car l’élément russe ne représente que 40 % de la population, et les « minorités » sont soumises à la russification. A côté des petites et moyennes entreprises qui fournissent le marché intérieur en produits de première nécessité, la grande industrie moderne s’est développée principalement dans la métallurgie et dans la production énergétique. Mais le textile et la chimie sont deux secteurs importants. L’un des symboles de cette grande industrie, c’est l’usine métallurgique Poutilov de Saint Petersbourg, qui compte 40 000 salariés. Elle est la plus grande usine au monde. Le trait dominant de cette industrie est son caractère concentré. Ainsi, l’industrie russe est bien plus concentrée que l’industrie américaine à la même époque, qui est déjà la première puissance industrielle. Les petites entreprises, dont les effectifs ne dépassent pas 100 personnes, occupent aux Etats-Unis (1914) 35 % de l’effectif total des ouvriers industriels ; en Russie la proportion est de 17,8 %. A l’inverse, les entreprises géantes employant plus de 1000 ouvriers représentent 17 % de l’ensemble des ouvriers en Amérique contre 41 % en Russie2. L’autre caractéristique de l’industrie russe est sa domination par le capital étranger. Les capitalistes occidentaux détiennent 50 % des investissements en moyenne : ils contrôlent l’industrie minière à 90%, le travail du fer à 42%, le textile à 28% et l’industrie chimique à 58%3. La bourgeoisie russe est faible et complètement dépendante des classes dominantes d’Angleterre et de France. Il en est de même de l’autocratie qui vit en empruntant des milliards sur les places boursières de Paris et d’ailleurs. La condition ouvrière Les conditions de vie et de travail des salariés russes sont tout simplement insoutenables. Des familles entières ont été « importées » par les patrons, elles couchent dans des baraquements sommaires, parfois dans des dortoirs de fortune à proximité des machines. Les travailleurs sont abrutis de misère. Par rapport aux travailleurs d’Occident, France, Angleterre ou Allemagne, les ouvriers russes touchent 50 % de moins. Une surexploitation qui s’accompagne d’une totale absence de liberté politique. Ils sont de plus en plus nombreux et très concentrés comme nous l’avons vu ; à St Petersbourg ils sont 73 000 en 1890 et 242 000 en 1914 quand la capitale russifie son nom et devient Petrograd. Pour l’essentiel les ouvriers russes se divisent en deux catégories distinctes : une mince couche de travailleurs qualifiés et l’immense majorité des non qualifiés. Les travailleurs qualifiés savent lire et écrire, ils ont des salaires plus substantiels, donc des conditions de logement meilleures. Leur temps de travail est moins long, ils ont quelques « loisirs », c’est-à-dire qu’ils ont du temps libre pour se réunir, lire et agir4. C’est dans leurs rangs que se formeront les premiers syndicats en 1905, c’est le cas notamment des typographes. Mais la grande majorité des travailleurs sont non qualifiés et souvent illettrés, l’immense majorité des travailleuses appartient à cette catégorie. Un ouvrier qualifié de la métallurgie les dépeint ainsi : « Les travailleurs du textile me semblaient si bizarres. Beaucoup d’entre eux portaient encore des habits de paysan. La majorité était des femmes, et nous ne rations jamais une occasion de nous moquer d’elles. A côté des ouvriers du textile, les métallurgistes semblaient une race à part.5 » La « vie » des travailleuses Si la condition de l’ouvrier est miséreuse, celle de l’ouvrière est pire encore. Son salaire est en moyenne inférieur de 50 % à celui des hommes. En 1913 les femmes travaillent 11 à 12 heures par jour, mais les travailleuses du vêtement font au moins 13 à 14 heures (avec parfois du travail à la maison), les vendeuses et les commis des magasins ont des journées de 16 à 18 heures. En 1913 encore, à St Petersbourg, on dénombre 14 000 accidents du travail, dont les plus importants sont survenus dans les secteurs de la métallurgie et du textile. La salariée qui tombe enceinte met sa vie en danger, car 95 % d’entre elles accouchent sans assistance médicale, et chaque année 30 000 meurent lors de l’accouchement. Il n’y a pas de congé maternité à l’époque, mais en 1894, le gouvernement tsariste (suite à des grèves, voir plus bas) a pris des mesures pour assurer la présence d’une sage femme dans toutes les entreprises de plus de cent femmes, et un lieu pour accoucher dans l’usine mais les patrons ont contourné la loi. Selon certaines estimations 75 % des femmes travaillaient jusqu’aux premières contractions. Enfin, quand la femme accouchait, son absence était considérée comme injustifiée et punie par une amende6. L’illettrisme est bien plus élevé chez les femmes que chez les hommes, cependant il y a du progrès. Si en 1897 environ 13 % des femmes savent lire, elles sont un tiers en 1914, et le pourcentage est plus élevé parmi les salariées. Beaucoup de ces femmes sont des domestiques, ce qui revient à dire qu’elles sont corvéables à merci, à la merci aussi des lubies sexuelles des « maîtres ». Le harcèlement sexuel au travail est une pratique alors courante et nombreuses sont les femmes qui doivent se prostituer pour obtenir un emploi. La prostitution comme « métier » est très répandue. A cela il convient d’ajouter qu’en Russie, une femme mariée qui n’est pas battue fait figure d’exception. La loi l’autorise explicitement. Dans les grandes familles, la tradition voulait que le père remette le fouet à son gendre le jour du mariage. Les femmes n’ont pas le droit d’hériter, et elle est légalement inférieure à tous les adultes hommes de la famille7. Dans les campagnes, le sort de la femme paysanne est proche de celui d’une bête de somme (pour des raisons de place nous ne traiterons pas de la condition paysanne). Avant 1905, il n’y a pas de mouvement féministe à proprement parler, le régime despotique est un obstacle de taille. Il existe des associations caritatives qui se préoccupent du sort des femmes, des prostituées en particulier, mais elles sont l’œuvre des femmes de l’aristocratie et de la famille impériale. C’est ce que l’on appelle des dames patronnesses. Le jeune mouvement ouvrier russe fait ses premiers pas dans la lutte des classes et les femmes participent aux grèves et autres actions de la lutte collective. Un témoin de premier plan, Alexandra Kollontaï (1872-1952), militante du parti social-démocrate, nous dresse un tableau saisissant des premières grandes grèves : « Le mouvement des travailleuses de par sa nature même fait partie du mouvement ouvrier en général. Dans toutes les émeutes d’usine et les insurrections tant détestées par le tsarisme la femme prit une part égale à côté de l’ouvrier homme. La ‘révolte d’avril’ en 1895 à l’usine Yaroslav fut menée avec l’aide et sous l’influence des tisserandes. Lors des grèves économiques de 1894-96 à Saint Petersbourg et lors de la grève historique des ouvriers du textile en 1896, les ouvrières et les ouvriers débrayèrent ensemble à l’unanimité. Lors des conflits et des grèves, la femme prolétaire, opprimée, timide et sans droits, d’un coup apprend à se tenir debout et droite… la participation au mouvement ouvrier rapproche l’ouvrière de sa libération, pas seulement en tant que vendeuse de sa force de travail, mais aussi en tant que femme, épouse, mère et ménagère » Dans le même temps, elle ne peut que constater : « …Dès que la vague de grèves se calma, et les ouvriers retournèrent au travail, que ce soit une victoire ou une défaite, les femmes furent à nouveau éparpillées et isolées. » Pour que les choses changent plus profondément, il faut un bouleversement révolutionnaire, ainsi que l’écrit Kollontaï : « Toute la situation change rapidement une fois que le drapeau rouge de la révolution flotte au dessus de la Russie… Pendant les années révolutionnaires de 1905 et 1906, l’ouvrière était partout. »8 Femmes et mouvement révolutionnaire A la fin du 19e siècle, les populistes russes (les Narodnikis) veulent secouer l’apathie du peuple et le soulever contre le régime en recourant au terrorisme individuel. Des attentats furent commis contre les dignitaires, généraux et autres ministres et y compris contre le tsar. Parmi les populistes on retrouve un nombre assez important de femmes, entre 1880 et 1890 sur quarante-trois révolutionnaires condamnés aux travaux forcés et à la prison à vie, vingt et une sont des femmes. Au sein du parti socialiste révolutionnaire, héritier des populistes, qui est fondé en 1901, 14 % des membres sont des femmes. Au sein de la social-démocratie, la proportion des femmes est bien moins élevée. Mencheviks comme bolcheviks éprouvent les plus grandes difficultés pour organiser les travailleuses. Les premiers sont surtout implantés parmi les ouvriers qualifiés (imprimeurs, cheminots, …), mais les seconds qui ont pourtant des bastions dans le textile, où dominent les femmes, ne réussissent pas mieux. En août 1917, lors du sixième congrès du parti bolchevik, sur 171 délégués il n’y a que dix femmes. Dans leur immense majorité, les femmes qui militent ont une origine sociale élevée, qu’elles soient issues de l’intelligentsia ou fille d’officiers comme Alexandra Kollontaï. Inès Armand (1875-1920) qui adhère au parti bolchevik en 1904, émigre en 1909, n’échappe pas à la règle (nous en reparlerons plus loin). Elle milite dans les structures internationales. Elle y représente le parti bolchevik à Bruxelles en 1914, puis dans les conférences internationalistes de 1915 à Zimmerwald et 1916 à Kienthal ; elle participe aussi au journal bolchevik dans l’émigration. Kollontaï, après avoir adhéré au parti bolchevik rejoint les mencheviks jusqu’en 1915, date à laquelle elle se rallie aux bolcheviks. Sur le plan théorique, elle a décrit comment la nature du travail domestique a changé avec l’industrialisation, elle a souligné la valeur de ce travail pour le capitalisme. La première révolution de 1905 Laissons encore une fois la parole à Kollontaï : « En 1905, il n’y eut aucun endroit où on n’entendait pas la voix d’une femme qui parlait de sa vie et qui revendiquait de nouveaux droits. »9 La révolution de 1905 a été pour des millions de femmes de la classe ouvrière, de la petite-bourgeoise et de la bourgeoisie, un éveil à la vie politique. Pour la première fois, des meetings sur les droits des femmes se tiennent à Moscou, St Petersbourg, Minsk, Yalta, Saratov, Vilnius ou encore Odessa. La force du mouvement révolutionnaire a contraint le régime à lâcher du lest en ce qui concerne les libertés d’organisation, de réunions, de presse. Après le dimanche sanglant de janvier 1905, une vague de grèves politiques souleva le pays, et en particulier les travailleurs des centres industriels de la Pologne russe. Puis au printemps et à l’été, on assiste à une succession de vagues de grèves économiques qui voient de nouvelles couches du salariat entrer dans la lutte (voir à ce propos la brochure de Rosa Luxemburg, Grève de masse). Les revendications spécifiques des femmes salariées affluèrent, soulignant l’éveil des plus opprimées : « Le plus souvent les revendications des grévistes en 1905-1907 reflétaient les besoins des travailleurs femmes. Il existe guère de tract des grévistes dans les industries où travaillent les femmes qui ne revendique pas un congé de maternité payé (en général de dix semaines), des pauses pour l’allaitement des enfants, et la mise en place de crèches dans les usines.10 » Les organisations politiques C’est en février 1905 que se crée l’Union des femmes pour l’égalité des droits, ses membres se recrutent parmi les classes moyennes et l’intelligentsia. Il y a des journalistes, des enseignants et enseignantes (car l’Union est mixte). Parmi les dirigeantes, il y a deux femmes qui viennent des milieux politiques, ce sont Anna Milioukova et Ariadna Tyrkova. Elles sont liées aux milieux d’où sortira le parti dit cadet, celui des libéraux. La croissance de l’Union est rapide. En mai elle compte plus de trente groupes locaux répartis dans dix-neuf villes. Elle tient son premier congrès où elle définit son programme : unité des femmes de toutes les couches sociales dans le combat contre l’autocratie et pour une forme de gouvernement républicain ; elle réclame le suffrage universel sans distinction de sexe, de nationalité ou de religion ; on évoque l’autonomie nationale pour les nombreux peuples non-russes ; l’égalité des sexes devant la loi figure bien sûr en bonne position ; elle revendique des droits égaux pour les paysannes dans toute réforme agraire et des lois pour la protection sociale des ouvrières, et aussi la réforme des lois relatives à la prostitution. En octobre 1905, lors de la tenue de son deuxième congrès, l’Union appelle au boycott des élections à la Douma (pseudo-parlement proposé par le régime tsariste) suivant en cela mencheviks, bolcheviks et socialistes-révolutionnaires. Les congressistes « reconnurent que les objectifs des partis socialistes étaient les plus proches de ceux des femmes.11 » La phase la plus militante de l’Union des femmes correspond à la période où la lutte révolutionnaire atteint sa plus haute intensité, entre octobre et décembre. En octobre, pour la première fois, la grève générale paralyse toute la Russie, les usines comme les chemins de fer. Dans la foulée, à Saint Petersbourg s’est formé le premier Soviet, qui non seulement dirige le mouvement de grève mais commence à prendre en charge l’administration. En décembre, éclate l’insurrection de Moscou dirigée par le Soviet et qui résistera une semaine à l’armée. Durant cette période, les membres de l’Union des femmes sont très actifs. A Moscou, le groupe local participe au défilé des obsèques d’un militant bolchevik assassiné par la police. Celle-ci ouvre le feu sur le cortège et un militant de l’Union des femmes est touché. A Moscou comme ailleurs, les militants sont partis prenante des manifestations, des comités de grève, ils organisent l’aide aux chômeurs, et tiennent des postes de premiers secours, notamment lors des attaques de la police et des Cent-noirs (groupe monarchiste et raciste, connu pour l’organisation de pogroms). Cependant, lors des élections de 1906 à la Douma, de nombreux groupes de l’Union refusèrent de suivre le boycott, préférant s’aligner sur le parti cadet. Du reste, au troisième congrès de l’Union en mai 1906, le boycott est rejeté par la majorité. A cette date l’Union compte environ 8000 membres. A cette date la révolution a cédé la place à la Réaction. Les milieux libéraux et bourgeois, qui ont manifesté de la sympathie pour les ouvriers au début de 1905, dès l’été trouvent odieuses leurs revendications, dont la journée de huit heures. La grève générale et l’insurrection de Moscou achèvent de les convaincre qu’ils n’ont rien de bon à attendre des travailleurs. L’Union glisse elle aussi à droite mais maintient des liens avec les salariées. A la différence de l’Angleterre par exemple, les syndicats russes, qui apparaissent en 1905, sont ouverts dès le début aux femmes. Pour les militants socialistes dans les syndicats il est évident qu’il faut consacrer un maximum d’attention à la syndicalisation des femmes. Ils déploient d’énormes efforts pour y parvenir. Ainsi, le syndicat du textile du district de Moscou, dirigé par les bolcheviks, affirme que : « La seule solution pour améliorer la position de la classe ouvrière en général, et des femmes en particulier, c’est l’organisation du prolétariat » puisque « less femmes, à cause de leur situation économique et domestique ont beaucoup moins de moyens pour se défendre contre les contraintes et l’exploitation du capital » 12 Mais, même dans une période révolutionnaire, le poids du passé pèse lourdement sur les vivants, pour paraphraser Marx. L’analphabétisme demeure un obstacle sérieux, tout comme le sexisme. Et bien entendu la double journée de travail de la femme, qui lui enlève toute possibilité de temps « libre ». Aussi, le taux de syndicalisation reste faible chez les ouvrières. En 1907 : 1,2 % des travailleurs du vêtement sont syndiqués, 3,9 % dans le textile, contre 43 % chez les imprimeurs ou 8,6 % chez les ingénieurs. La défaite de la révolution, après l’écrasement de l’insurrection de Moscou en décembre 1905, est suivie, comme son ombre, par la Réaction. Le gouvernement qui dispose d’une majorité de troupes sûres, et peut s’appuyer sur l’inertie de la majorité des campagnes russes, reprend un à un tous les droits qu’il a dû concéder. La répression est terrible : fusillades, pendaisons, déportations et exils. Féministes contre socialistes En décembre 1908 se tient le premier Congrès des femmes de toutes les Russies, principalement convoqué par l’Union des femmes. C’est le dernier espoir pour relancer le mouvement des femmes : l’objectif des féministes est la création d’un Conseil national des femmes russes par la réunion des différents groupes. Les positions de l’Union sont résumées par cette question d’Anna Filosofova, vétéran et fondatrice du féminisme en Russie, aux congressistes : « Comment gagner des droits politiques et sociaux, comment gagner de l’influence, si nous-mêmes nous ne savons pas nous unir et mobiliser le pouvoir des femmes ? » Le slogan du congrès est : « Le mouvement des femmes doit être ni bourgeois ni prolétaire, mais un seul mouvement pour toutes les femmes. » Dans le congrès, l’écrasante majorité (75 %) des femmes qui travaillent appartiennent aux professions libérales (docteurs, enseignants, écrivains, artistes). Il y a un groupe ouvrier conséquent (mais qui reste minoritaire) et qui se divise en trois blocs : les bolcheviks, qui n’attendent rien de ce congrès et veulent limiter au maximum leur coopération avec les féministes ; les mencheviks, qui prônent quant à eux une alliance démocratique large ; et Kollontaï qui insiste pour clarifier toutes les contradictions entre les féministes et les socialistes. Face à un dirigeant de l’Union qui intervient en faveur de l’unité : « C’est l’union qui fait la force. L’unité n’est possible qu’en rejetant toute affiliation à un parti. » Une déléguée bolchevik lui répond : « Les femmes de groupes différents et de classes différentes ont besoin de droits différents. Elles doivent lutter de manières différentes et leurs organisations doivent également être différentes. Les ouvrières doivent lutter pour tous les besoins de la classe ouvrière » Kollontaï intervient quelques jours après, dans une conférence sur « La travailleuse dans la société contemporaine », et ses vues la rapprochent plus des bolcheviks que des mencheviks : « La question des femmes, selon les féministes, est une question de ‘droits et de justice’. Selon les femmes prolétaires la question des femmes est une question d’un ‘bout de pain pour manger’. Le réveil de la femme, et le développement de ses besoins et revendications spécifiques ne viendra qu’au fur et à mesure qu’elle rejoint l’armée de la population salariée libre. Il n’y a pas de question femmes indépendante ; la question des femmes a surgi comme un élément intégré dans le problème social de notre époque. La libération de la femme, en tant que membre de la société, travailleuse, individu, épouse et mère, est donc possible uniquement en même temps que la solution de la question sociale générale, et avec la transformation fondamentale de l’ordre social actuel. »13

Réaction, Renaissance et marche à la guerre

Le régime tsariste semble remis de sa défaite militaire de 1904, tout comme des événements révolutionnaires de 1905. Les luttes ouvrières reculent (en 1905, il y a plus de 1,8 millions de grévistes politiques, en 1906 ils ne sont plus que 651 000, et en 1909 8000). Ce reflux amorce une hémorragie pour les organisations politiques et syndicales. En 1907, les syndicats comptent 245 000 membres, en 1908 ils sont 40 000 et en 1910 13 000 14. A partir de 1910-1911, sur fond de reprise économique particulièrement forte en Russie, le mouvement ouvrier relève la tête. Parmi les salariées, ce sont les grèves économiques qui dominent très largement (les grèves politiques touchent plus les milieux ouvriers qualifiés). Avec plus de force qu’en 1905, elles avancent leurs revendications spécifiques (congés maternités, vestiaires avec eau courante, hausse des salaires). Surtout, de plus en plus de grèves éclatent en réponse au harcèlement sexuel et aux brimades. « A l’usine Grisov à Moscou en 1913 une grève a éclaté parce que “l’attitude de l’administration de l’usine est révoltante. Il s’agit ni plus ni moins que de la prostitution”. Les grévistes revendiquaient entre autres choses de la politesse envers les ouvrières, et l’interdiction des gros mots .15 » La Journée internationale a été adoptée comme jour de fête pour les femmes du salariat en 1910 par les dirigeantes du Mouvement des Femmes Socialistes, rattaché à la IIe Internationale, mais dont l’une des animatrices, Clara Zetkine appartient à l’aile gauche. Cette journée est introduite en Russie en 1913, et a lieu le 23 février (au lieu du 8 mars en raison du retard du calendrier russe). Sur proposition de Konkordia Samoïlova et d’Inès Armand, le journal bolchevik Pravda publie une série d’articles sur la question des femmes dont le point d’orgue est la parution d’un numéro spécial. Suite à ces publications, le journal reçoit tant de lettres qu’il ne peut pas toutes les publier. Mais cela incite Samoïlova à demander la création d’un journal spécial pour les femmes salariées. Armand, de nouveau en exil, propose la publication qui est adoptée et est lancée pour la journée internationale de 1914. Rabotnitsa (Travailleuse) parait le 23 février avec 12 000 exemplaires, bien que le comité de rédaction en Russie ait été arrêté, et continue jusqu’au déclenchement de la guerre. Bien que l’expérience fut courte, le journal eut un impact. Des groupes se formèrent autour de cette publication. On est alors dans une période de remontée des luttes, ce qui va faciliter le travail du parti.

1917 : année de toutes les révolutions Le premier semestre de l’année 1914 compte plus d’un million de travailleurs en grève sur des revendications politiques. Mais en Russie, comme ailleurs en Europe, le déclenchement de la guerre provoque un élan patriotique qui gagne toutes les couches de la population. Le mouvement socialiste international s’écroule, tous les partis ou presque de l’Internationale Ouvrière se rallient à leur gouvernement respectif. En Russie aussi les mencheviks se rallient en partie, bien qu’une minorité d’internationalistes crée une scission. Au sein du parti bolchevik, Lénine prend position contre la guerre, mais tous les cadres du parti sont loin de le suivre. Le régime tsariste pense avoir gagné la partie face à la vague révolutionnaire montante. Mais la guerre de 1914-18 est une guerre moderne, totale. Exigeant une mobilisation massive tant sur le front qu’à l’arrière et tant du point de vue militaire qu’économique. La Russie tsariste va se révéler incapable de mener la guerre en raison de l’état arriéré du pays, de la faiblesse du réseau ferré. Bien que l’industrie de guerre absorbe l’essentiel des énergies et des investissements, la production est insuffisante pour approvisionner une armée de plus de dix millions d’hommes. Si entre août et décembre 1914, le nombre de grévistes redescend à 34 000, en 1915 il s’élève à 550 000 et il double en 1916 16. Petrograd Entre 1914 et 1917 le nombre de travailleurs à Petrograd passe de 242 000 à 400 000 (3,4 millions la même année pour la Russie, le prolétariat pétersbourgeois en représente donc 10 %). Les femmes salariées sont 130 000 environ, dont 83 000 domestiques. En 1914, elles représentent un quart de la main d’œuvre industrielle et environ 40 % en 1917. La mobilisation a achevé de modifier le prolétariat qui s’est renouvelé dans des proportions de l’ordre de 40 %, dont de très nombreuses femmes issues des campagnes. A Petrograd la métallurgie emploie les deux tiers de la main d’œuvre. Les femmes représentent 1/5 des salariés et sont employées dans la production de masse de cartouches, d’obus et autres armes. Le textile emploie environ 1/4 de la force de travail de la ville dont l’énorme majorité sont des femmes non qualifiées17. Dans cette même période, les loyers des taudis ouvriers ont été multipliés par trois. L’inflation est galopante, mais les salaires ne suivent pas. Alors que sur le front, les défaites et les désastres s’accumulent, à l’intérieur la situation se dégrade. La condition des soldats russes est celle d’un « troupeau » de moujiks, armés de gourdins, que de nobles officiers mènent à la baguette. La condition ouvrière se détériore encore par rapport à l’avant guerre. Un rapport de police du début de 1917 nous donne une idée policière de la situation : « D’après le porte-parole du groupe ouvrier des industries de guerre, le prolétariat de la capitale est au bord du désespoir ; on pense que la plus petite explosion, due au moindre prétexte, conduira à des émeutes incontrôlables (…). Effectivement, les conditions d’une telle explosion sont tout à fait remplies ; la situation économique des masses, en dépit d’une importante hausse des salaires, est proche de la détresse… Même si on estime que les salaires ont augmenté de 100 %, le coût de la vie s’est accru de 300 %. L’impossibilité d’obtenir les produits, la perte de temps que signifient des heures de queue devant les magasins, la mortalité croissante due aux mauvaises conditions de logement, au froid et à l’humidité résultant du manque de charbon… ; toutes ces conditions ont créé une telle situation que la masse des ouvriers industriels est prête à se laisser aller aux excès les plus sauvages d’une émeute de la faim. »18 Journée internationale des femmes A la veille du 23 février, le comité du parti bolchevik du quartier ouvrier de Vyborg (Petrograd) déconseille toute grève pour le lendemain : « L’état d’esprit des masses d’après le témoignage de Kaïourov, un des chefs ouvriers du rayon, était très tendu et chaque grève menaçait de tourner en collision ouverte. (…) Mais le lendemain matin, en dépit de toutes les directives, les ouvrières du textile quittèrent le travail dans plusieurs fabriques et envoyèrent des déléguées aux métallos pour leur demander de soutenir la grève. C’est « à contre-cœur », écrit Kaïourov, que les bolcheviks marchèrent, suivis par les ouvriers mencheviks et socialistes-révolutionnaires. 19 » Ainsi a commencé la révolution de février, et Trotsky, dans son Histoire de la révolution russe, résume la situation avec netteté : « En fait, il est établi que la Révolution de février fut déclenchée par les éléments de la base qui surmontèrent l’opposition de leurs propres organisations révolutionnaires et que l’initiative fut spontanément prise par un contingent du prolétariat exploité et opprimé plus que tous les autres – les travailleuses du textile, au nombre desquelles, doit-on penser, l’on devait compter pas mal de femmes de soldats. » Le 27 février la révolution est victorieuse. La monarchie des Romanov n’est plus. Un gouvernement provisoire composé de libéraux est formé. Dans le même temps, se crée le Soviet de Petrograd, où dominent mencheviks et socialistes-révolutionnaires. Les femmes ont encore joué un rôle déterminant dans le ralliement de la garnison forte de 140 000 soldats et qui assure à l’insurrection sa victoire. Il y a en Russie une situation de double pouvoir. D’un côté les libéraux qui ne veulent plus entendre parler de révolution (et les partis socialistes modérés qui veulent freiner l’élan révolutionnaire), et de l’autre des masses de plus en plus larges d’ouvriers et de soldats qui ne veulent plus de la guerre ni même de l’ancienne société. Comme l’écrit l’historien Marc Ferro dans La révolution de 1917 : « Un immense cri d’espérance jaillit alors du fond de toutes les Russies : il s’y mêlait la voix de tous les malheureux, de tous les humiliés. Ils révélèrent leurs souffrances, leurs espoirs, leurs rêves. Et comme dans un rêve, ils vécurent quelques instants inoubliables. A Moscou, des travailleurs obligeaient leur patron à apprendre les fondements du futur droit ouvrier ; à Odessa, les étudiants dictaient à leur professeur un nouveau programme d’histoire des civilisations ; à Petrograd, les acteurs se substituaient au directeur du théâtre et choisissaient le prochain spectacle ; aux armées, des soldats invitaient l’aumônier à assister à leurs réunions « pourr qu’il donne un sens à sa vie ». Il n’est pas jusqu’aux enfants qui n’aient revendiqué ‘ pour les moins de quatorze ans, le droit d’apprendre la boxe pour se faire entendre des grands.’ C’était le monde renversé. » 20 L’auteur aurait pu citer aussi comme exemple du monde renversé, la pratique des travailleuses de Petrograd qui consistait à transporter le patron dans une brouette. C’est l’humiliation des humiliateurs, magnifique retournement de situation, revanche sur des années de harcèlement verbal, sexuel, de brimades, etc.21 A côté des nombreux soviets, car « dès qu’une fraction de la population se considérait comme défavorisée, elle se constituait en soviet indépendant. »22 , apparaissent les comités d’usine, formés par les salariés dans les entreprises, et qui s’imposent très vite comme les représentants des travailleurs face aux directions. Leur première bataille est la campagne pour la journée de huit heures et le paiement des jours de grève lors de la chute de la monarchie. Les comités sont les premières organisations révolutionnaires à être gagnées au bolchevisme au mois de mai. Dans le même temps, ils obtiennent la majorité au sein du conseil des syndicats de la capitale. Sous leur direction, une campagne est menée contre les licenciements des femmes soi-disant en raison de la crise économique (le chômage ne cesse d’augmenter), mais qui est en fait une arme du patronat pour diviser les travailleurs. Ils en tirent une grande popularité et marquent des gains dans leur politique de syndicalisation des travailleuses. Entre février et l’été, de presque rien, les organisations syndicales se créent dans les industries du textile et de l’alimentation ; dans le textile les femmes représentent 66 % de l’effectif total mais 80 % des membres du syndicat, dans l’alimentation elles sont 69 % du total et 70 % des membres23. De la masse des travailleurs non qualifiés, hommes et femmes, monte l’exigence de l’égalité des salaires au sein du prolétariat. Ce à quoi s’opposent un certain nombre de catégories d’ouvriers qualifiés comme les typographes dans certaines régions de Russie. Les bolcheviks appuient cette revendication. Après des grèves de février à mai dans le textile, les travailleurs qualifiés obtiennent 59 % d’augmentation, les non qualifiés gagnent 125 % ; à Piter, les salariés d’une papeterie gagnent entre 214 % pour les hommes et 234 % pour les femmes d’augmentation. Mais la sous représentation des femmes dans les instances représentatives que sont les syndicats, les soviets ou encore les comités reste un fait incontournable. Une ouvrière décrit sa réalité en tant que femme face aux préjugés sexistes : « Des ouvriers arriérés ne peuvent pas imaginer qu’une femme est capable d’organiser les masses ; ainsi ils se moquent des élues des ouvrières comme si elles étaient des sauvages, en disant ‘Vous avez vu ça, voilà nos représentants élus’. » Une ouvrière et une militante se plaint dans les colonnes du journal des travailleurs du cuir du comportement des hommes : « Au lieu de soutenir et travailler main dans la main avec les femmes, ils se comportent comme si nous n’étions pas des membres égaux de la famille ouvrière, et parfois ils ne veulent rien avoir à faire avec nous. Quand surgit la question des licenciements et du chômage, ils essaient de s’assurer que les hommes restent et les femmes perdent leurs emplois, espérant que les femmes ne pourront pas résister à cause de leur faiblesse et leur manque d’organisation. Quand les femmes essaient de prendre la parole pour expliquer que les hommes se comportent mal et que nous devons trouver des solutions tous ensemble, les hommes refusent de nous laisser parler et n’écoutent pas. Il est difficile, même pour les femmes les plus conscientes, de se battre dans de telles conditions, d’autant plus que souvent la masse des femmes ne comprend pas et ne veut pas non plus nous écouter .24 » La république des soviets « Pour que se fondât un Etat soviétique, il a fallu le rapprochement et la pénétration mutuelle de deux facteurs de nature historique tout à fait différente : une guerre de paysans, c’est-à-dire un mouvement qui caractérise l’aube du développement bourgeois, et une insurrection prolétarienne, c’est-à-dire un mouvement qui signale le déclin de la société bourgeoise. Toute l’année 1917 se dessine là. »25 Ainsi peut-être résumée l’année 1917. Après octobre s’ouvre une nouvelle période dans la révolution. En octobre 1919, second anniversaire, Lénine peut fièrement déclarer : « En deux ans de pouvoir des soviets, dans un des pays les plus arriérés de l’Europe, on a plus fait pour l’émancipation des femmes, pour la rendre égale au “sexe fort”, que ce qui a été fait depuis 130 ans par toutes les républiques avancées, éclairées et ‘démocratiques’ du monde entier. »26 L’œuvre législative de la république des soviets est éloquent : le mariage civil est institué, l’égalité hommes-femmes est proclamée, la loi ne fait plus de différence entre les enfants illégitimes et légitimes, le divorce par consentement mutuel est officialisé (ou à la demande d’un seul conjoint sans besoin de preuve ou de témoin). A l’époque, la Russie est le seul pays où existe un droit du divorce aussi complet. Les nouvelles lois offrent la possibilité de choisir le nom de famille (celui de la femme, celui de l’homme ou les deux). Trotsky prend ainsi le nom de Sedov, celui de Natalia, sa femme. Bien entendu, le droit de vote est reconnu aux femmes (seuls le Danemark et la Norvège l’ont accordé en 1917). Le nouveau code du travail comprend des congés maternités, le salaire égal et l’égalité professionnelle (ainsi que des mesures sur le travail des femmes et leur protection), la journée de huit heures et la semaine de 48 heures, les assurances sociales sont créées. L’adultère comme l’homosexualité sont supprimés du code pénal, de même que l’autorité du chef de famille disparaît du code civil. En 1920 l’avortement est légalisé (il n’est nulle part ailleurs autorisé). Si l’oppression revêt deux formes, institutionnelle et idéologique, la lutte contre l’oppression comporte la législation, une part institutionnelle, et aussi les moyens matériels pour la combattre, dont l’agitation et la propagande sont les deux aspects. Mais le principal est l’idée de socialisation du travail domestique. La première constitution de l’Etat soviétique reconnaît l’utilité sociale du travail ménager. Le programme du parti adopté en 1919 prévoit la socialisation du travail domestique via des équipements communautaires. Cette position est résumée par Lénine : « Le travail ménager écrase, étrangle, rabaisse et dégrade la femme ; il l’enchaîne à la cuisine et à la chambre des enfants, et gaspille sa force de travail dans un esclavage barbare, improductif, mesquin, horripilant, déconsidérant et écrasant… Cantines publiques, crèches, jardins d’enfants : voilà quelques exemples de ce qui est indispensable, voilà les moyens simples et quotidiens, sans grande pompe ni décorum, qui peuvent vraiment résorber et abolir l’inégalité entre hommes et femmes dans le domaine de la production sociale et de la vie publique. » (Lénine, A propos de l’émancipation des femmes, éd. Sociales) Kollontaï et Armand considèrent, elles aussi, que l’abolition des tâches domestiques est une question centrale de la période de transition vers le socialisme. Inès Armand, au Congrès des Femmes ouvrières et paysannes de 1918, fait un exposé sur « la libération des femmes de l’esclavage domestique » : « Sous le capitalisme, la femme travailleuse devait supporter le double fardeau du travail à l’usine et du travail ménager à la maison. Non seulement elle devait filer et tisser pour le patron de l’usine, mais elle devait encore laver, coudre et cuisiner pour sa famille… Mais aujourd’hui, c’est différent. Le système bourgeois est en train de disparaître. Nous approchons d’une période de construction du socialisme. Pour remplacer des milliers et des millions de petites unités économiques individuelles, de cuisines rudimentaires, malsaines et mal équipées, et l’incommode baquet à lessive, il nous faut créer des structures collectives exemplaires, des cuisines collectives, des cantines collectives et des laveries collectives. »27 Elle spécifie que sous le socialisme, les équipements collectifs « seront pris en charge, non par les femmes travailleuses dont on utiliserait les compétences ménagères, mais par des gens employés spécialement pour ces tâches précises. »28 Peu de temps après, elle écrit à propos du congrès et des débats : « Si des questions telles que la protection de la maternité et de l’enfance ont été mises en avant au congrès, ce n’est pas parce que les femmes travailleuses ne s’intéressent qu’à ces problèmes et pas à d’autres. Jusqu’à ce que nous soyons débarrassés des formes anciennes de la famille, de la vie domestique et de l’éducation des enfants, il est impossible de créer l’individu nouveau, il est impossible de construire le socialisme. » Organisation séparée ? Sur l’intervention politique auprès des femmes, les cadres du parti sont loin de partager les analyses de Kollontaï, Armand, ou encore de Lénine telle qu’il l’expose à Clara Zetkine : « Nous ne pouvons pas exercer la dictature du prolétariat sans avoir des millions de femmes avec nous. Nous ne pouvons pas non plus entreprendre la construction du communisme sans elles. Nous devons trouver les moyens de les atteindre ...Nos idées organisationnelles surgissent de nos conceptions idéologiques. Nous ne voulons pas d’organisations séparées de femmes communistes ! Une femme communiste appartient au Parti de la même façon qu’un homme communiste. Ils ont les mêmes droits et les mêmes devoirs. … Cependant nous devons voir la réalité en face. Le parti doit avoir des organes qui ont comme but spécifique de mobiliser les masses larges des femmes. 29 » En novembre 1918, c’est lors du premier congrès panrusse des travailleuses que se décide la création d’une commission d’agitation et de propagande parmi les travailleuses, ouvrières ou paysannes. Puis en septembre 1919, le comité central du parti décide de transformer la commission en Section des femmes ou département, le Zhenotdel (abréviation russe pour Section des femmes du parti). La section est dirigée par Armand. Elle est responsable devant le comité central. En 1920, à la Première Conférence Internationale des Femmes Communistes, Armand annonce que l’un des objectifs de la création des Zhenotdeli est l’accroissement du nombre de femmes dans le parti, elles n’y sont que 7,4 %, soit un peu plus de 40 000. Les sections locales sont rattachées au parti, les membres sont des volontaires recrutées parmi les femmes militantes, elles sont chargées d’organiser les femmes sans parti dans les usines et dans les villages. Nous sommes alors dans une des pires périodes de la guerre civile, l’année 1919. L’organisation à la base des Zhenotdel est constituée par la conférence des déléguées travailleuses et paysannes, calquées sur le modèle des soviets, (élection des déléguées : 1 pour 5 ouvrières ou 25 paysannes), leur mandat est de 2 à 3 mois. Elles sont assignées à diverses tâches dans le parti, l’Etat, les syndicats, les coopératives. Elles ont la charge des institutions communales (santé, éducation, enfance, cantines collectives, qui nourrissent environ 12 millions de personnes à Petrograd et Moscou durant 1919-1920), et sont appelées à siéger dans les tribunaux populaires. En 1923 on compte 58 000 déléguées. Le nombre des femmes dans le parti va augmenter. Il atteint 13 % environ en 1925. Dans deux domaines, l’éducation et le soutien à l’armée rouge, les Zhenotdel vont se distinguer30. A partir de l’été 1918, la contre-révolution redresse la tête, bientôt des armées financées par les grandes puissances étrangères, qui interviennent elles aussi militairement, déferlent des quatre points cardinaux sur la république des soviets. Suspendus dans le vide Au sortir de la guerre civile, la Russie est un pays dévasté, en ruine. Le niveau de la production est tombé à 18 % de ce qu’il était avant guerre, la productivité tombe à 30 % par rapport à 1914. En 1921, 57 % des ouvriers de 1917 ont disparu des usines, morts au combat ou servant dans l’armée rouge, ou incorporés dans la bureaucratie grandissante. Entre 1918 et 1920, environ neuf millions de personnes sont mortes. Pour l’essentiel, elles ont succombé à la famine, aux épidémies, au froid et dans une moindre mesure dans les combats. Des millions d’enfants (neuf millions selon certaines sources31) orphelins (ou abandonnés) vivent dans les rues. L’échec de la révolution européenne est patent, et la Russie soviétique est par dessus tout isolée, encerclée par des pays hostiles. Les campagnes se révoltent contre la politique du « communisme de guerre ». Dans les usines, les nouvelles générations ouvrières contestent la domination du parti. Au sein même du parti l’opposition ouvrière, menée par Kollontaï entre autre, tire à boulet rouge sur la direction. La crise en 1921 atteint son point culminant avec l’insurrection des marins de Cronstadt. C’est dans ces circonstances que Lénine annonce la fin du « communisme de guerre » et l’avènement de la Nouvelle politique économique, la NEP. Pour lui il ne s’agit pas d’un simple arrêt, mais d’un recul, d’un pas en arrière : « C’est le pire qui puisse arriver au chef d’un parti extrême que d’être obligé d’assumer le pouvoir à une époque où le développement n’est pas mûr pour la domination de la classe qu’il représente et pour l’application des mesures qu’exige la domination de cette classe. Ce qu’il peut faire ne dépend pas de sa volonté, mais du stade où en est arrivé l’antagonisme des différentes classes et du degré de développement des conditions d’existence matérielles et des rapports de production et d’échange qui déterminent, à chaque moment donné, le degré de développement des oppositions de classes. Ce qu’il doit faire (…) ne dépend pas non plus de lui, pas plus que du degré de développement de la lutte des classes et de ses conditions (…) Il se trouve ainsi nécessairement placé devant un dilemme insoluble : ce qu’il peut faire contredit toute son action passée, ses principes et les intérêts immédiats de son parti, et ce qu’il doit faire est irréalisable. En un mot, il est obligé de ne pas représenter son parti, sa classe, mais la classe pour la domination de laquelle le mouvement est précisément mûr (…) Quiconque tombe dans cette situation fausse est irrémédiablement perdu. » Ce passage de F. Engels, tiré de La guerre des paysans, illustre exactement la situation de Lénine et des bolcheviks en 1921. Au sortir de la guerre civile, le régime des soviets a vécu, le parti bolchevik et ses dirigeants se retrouvent dans une situation inédite, à la tête d’un état ouvrier sans ouvriers, mais avec un appareil d’état qui n’est autre que le vieil appareil tsariste « peintt en rouge » selon la formule de Lénine. La période du « communisme de guerre » a signifié le plein emploi, toutes les énergies sont alors mobilisées pour la guerre civile. Avec la NEP, le chômage redémarre. En 1922, il y a 175 000 chômeurs, ils sont plus de 600 000 en 1924 et dépassent le million en 1925. Les premiers à subir les licenciements vont être les salariées. Dans le même temps, les budgets sociaux, consacrés aux institutions communales, sont diminués drastiquement. Pour les femmes il s’agit bel et bien d’un pas en arrière. Lénine meurt en 1924, avant d’avoir pu mener son dernier combat (voir M. Lewin, Le dernier combat de Lénine). Pour les dirigeants bolcheviks, la contre-révolution rimait avec la restauration du capitalisme privé et avec une action militaire pour renverser le régime soviétique. Mais en 1921, alors que la dictature des travailleurs via les soviets a cessé d’être, il reste la dictature du parti. L’Etat soviétique est encore un Etat ouvrier malgré des signes évidents de dégénérescence, parce que comme le dit Boukharine à propos de l’armée rouge : « Notre armée est comme toutes les armées du monde, ce qui la distingue c’est le caractère politique de sa direction. » Il en est de même pour l’Etat. Mais cette situation ne pouvait pas durer. Après la mort de Lénine en 1924, Staline, qui occupe une place stratégique au sein de l’appareil, peut commencer son œuvre de contre-révolution. L’opposition de gauche à Staline, comme l’opposition dite ouvrière en 1921, échoue car elle n’a pas de base sociale. Son programme qui revendique le retour à plus de démocratie dans le parti ou dans les soviets ou encore le retour du contrôle ouvrier est irréalisable, faute de classe. C’est là une différence décisive avec la clique stalinienne qui fédère autour d’elle tous les privilégiés, et en particulier les bureaucrates du Parti-Etat. Lorsque Staline lance son idée du « socialisme dans un seul pays », il fait plus que de tourner le dos aux idées révolutionnaires, cela signifie que la bureaucratie s’affirme comme la classe dominante de la Russie au dessus du parti, et au-dessus des paysans et des travailleurs. 1928 : le « grand tournant » La question qui reste d’actualité est : quelle est la nature de l’URSS ? Le débat a commencé en fait dès les années 20. Nous renvoyons au livre de Tony Cliff, Le capitalisme d’Etat en URSS de Staline à Gorbatchev, pour une étude approfondie. Le sens du mot d’ordre « le socialisme dans un seul pays » c’est la construction d’un capitalisme d’Etat en Russie sous la houlette de la bureaucratie étatique. La clique stalinienne n’a pas eu besoin de réaliser un coup d’Etat pour s’emparer du pouvoir. Elle est déjà aux commandes. De même que l’armée et la police lui sont acquises. Il en est de même pour l’économie, puisque les grandes industries étaient nationalisées. Elle est alors une classe en soi. A partir de la collectivisation et du premier plan quinquennal, la situation change. Comme Staline l’a déclaré, la Russie a des décennies de retard sur l’Occident, elle doit rattraper les pays avancés en quelques années. Ce que propose Staline c’est donc une industrialisation à marche forcée, ce qui en Occident a pris deux siècles, doit être réalisé en un ou deux plans quinquennaux. En 1928, le lancement du premier plan signifie que la bureaucratie entre en concurrence avec les pays industriels, elle devient une classe pour soi. Pour la condition des femmes, la contre-révolution stalinienne c’est le grand bond en arrière. Tous les acquis de la période d’octobre sont détruits un à un. En 1931 le slogan du Zhenotdel est : « 100 % collectivisation ». En 1932, le Zhenotdel est dissous. En 1934, l’homosexualité redevient un crime passible de huit ans de prison, tandis qu’une large campagne est lancée contre la liberté sexuelle, l’adultère, les mariages trop rapides. En 1936, l’avortement est interdit sauf en cas de maladie ou de danger de mort ; dans la même période, les divorces sont sanctionnés par des amendes. La morale bourgeoise réactionnaire avec ses louanges sur la famille et sur le bonheur pour la mère d’avoir une ribambelle d’enfants devient la nouvelle morale soviétique. Un système de médailles et de récompenses est mis en place pour les mères ayant au moins cinq enfants. Mais l’industrialisation signifie que la consommation est subordonnée à l’accumulation, et que les travailleurs sont subordonnés aux moyens de production, comme l’homme est subordonné à la propriété (nationalisée ici). Les années trente et les suivantes vont se traduire par une baisse générale du niveau de vie de la majeure partie de la population. Les conditions de logement se détériorent, tout comme les conditions de travail. L’inégalité comme la concurrence deviennent des piliers de la théorie « marxiste » selon Staline. Mais comme le salaire aux pièces n’est pas suffisant pour stimuler les travailleurs, et comme le pays est pauvre en capitaux mais riche en hommes, l’esclavage va devenir une institution clé en URSS, sous la forme des camps de travail. Et puis comme la collectivisation et l’industrialisation se réalisent dans des soubresauts terribles, créant mille difficultés, la clique stalinienne sacrifie comme victime expiatoire tous les vieux-bolcheviks, tous ceux qui ont participé de près ou de loin à 1917. En 1922, le code du travail interdit l’emploi des femmes et de jeunes dans les travaux particulièrement pénibles et insalubres, et dans les travaux souterrains. En 1936, dans un journal soviétique, un article vante le fait que les femmes en URSS représentent plus de 27 % de la main d’œuvre de l’industrie minière, 19 % de femmes dans l’industrie du bâtiment et 24 % dans la métallurgie. En 1932, le Commissariat au travail demande à plusieurs instituts, chargés de la recherche sur les maladies professionnelles dans les bassins houillers, d’étudier les effets du travail souterrain sur les femmes : « De l’avis unanime de tous les instituts chargés de cette enquête, un accroissement considérable de l’emploi des femmes, y compris dans divers travaux souterrains était possible sans aucune nuisance pour le corps de la femme. » Un institut du Caucase, après avoir examiné 500 femmes employées dans l’extraction houillère dont les 4/5 travaillent dans les puits, arrive aux conclusions que le travail souterrain ne nuit pas plus aux femmes enceintes que le travail en surface32. Dans les années trente, une citoyenne anglaise, admiratrice de Staline, décrit le travail des femmes dans un port du Nord : « A Arkhangelsk, il fallait poser une voie ferrée légère sur environ 5 km le long des docks… J’ai vu faire ça entièrement par des femmes. La voie, avec l’aiguillage, fut posée en 48 heures. Elles y travaillaient jour et nuit, à la lumière naturelle et sous celle des projecteurs. Il neigeait et gelait presque tout le temps, mais cela ne changeait rien à leurs travaux. Elles travaillaient par équipes qui se succédaient toutes les vingt-quatre heures. Pendant leur service, elles avaient parfois de brefs repos d’une heure ou deux, pendant lesquels elles rejoignaient une baraque en bois sur le quai où elles mangeaient leur soupe au chou et leur pain noir, buvaient ce qui passait pour du thé, faisaient tant bien que mal un petit somme toutes habillées avant de repartir au travail.33 » Conclusion La contre-révolution russe a constitué l’un des pires événements du début du 20e siècle. Ce « grand mensonge », cette dictature barbare sanguinaire et absurde qui se présentait comme le « socialisme réel » a jeté une chape de plomb sur le mouvement ouvrier pendant plus d’un demi-siècle. Aujourd’hui, ce cauchemar est fini, cela ne nous dispense pas de poursuivre le débat sur la nature de classe de l’URSS. Sur les bolcheviks, il nous semble que nous avons restitué dans l’ensemble ce que furent leurs idées et leurs actions. Il est évident que sur les questions de la division sexuelle des tâches comme de l’oppression sexuelle (ou encore sur la contraception et l’avortement), les militants comme les cadres, et donc comme le parti sur le plan théorique, comportaient des carences majeures. Surtout, lors de la période du « communisme de guerre », ils ont souvent fait de nécessité vertu. On peut leur reprocher leur confusion entre nationalisation (propriété étatique) et la propriété sociale. De même n’ont-ils pas perçu la nature des rapports de production de la période de transition qui restent des rapports de production capitalistes malgré la nature ouvrière de l’Etat et la nationalisation. Néanmoins, nous en réclamons l’héritage, théorique et pratique. Stéphane Lanchon (LCR Montreuil)

Bibliographie sommaire :
- Moshe Lewin, Le dernier combat de Lénine, Editions de Minuit.
- Les quatres premiers congrès de l’Internationale Communiste 1919-1923, Librairie du Travail, Bibliothèque Communiste.
- Pierre Broué, Histoire de l’Internationale Communiste, Fayard.
- E. H. Carr, La révolution bolchevique, 3 tomes, Editions de Minuit.
- Marcel Liebman, Le léninisme sous Lénine, 2 tomes, Seuil, Collection Esprit.
- Paul Avrich, La tragédie de Cronstadt, Seuil, Point Histoire.
- Oskar Anweiler, Les Soviets en Russie 1905-1921, Editions Gallimard.
- Gilbert Badia, Clara Zetkin, féministe sans frontières, Les Editions Ouvrières, Collection La part des hommes.


1 Léon Trotsky, Histoire de la révolution russe, tome 1 Février, Seuil, Point Histoire, p40. 2 L. Trotsky, p46. 3 Marc Ferro, La révolution de 1917, Albin Michel, p43. 4 Michel Launay, Le syndicalisme en Europe, Editions Imprimerie Nationale, p146. 5 Chanie Rosenberg, Women and perestroïka, Bookmarks, p68. 6 C. Rosenberg, p70. 7 C. Rosenberg, p71. 8 Tony Cliff, Class struggle and women’s liberation, 1640 to the present day, Bookmarks, p91. 9 T. Cliff, p87. 10 T. Cliff, p92. 11 T. Cliff, p88. 12 T. Cliff, p92. 13 T. Cliff, p97. 14 M. Launay, p147. 15 T. Cliff, p99. 16 M. Ferro, p46. 17 C. Rosenberg, p68. 18 M. Ferro, p60. 19 L. Trotsky, p143. 20 M. Ferro, p469. 21 C. Rosenberg, p75. 22 M. Ferro, p254. 23 C. Rosenberg, p76. 24 C. Rosenberg, p78. 25 L. Trotsky, p89. 26 T. Cliff, p139. 27 Alix Holt, Femmes et mouvement ouvrier, Les bolcheviks et l’oppression des femmes, La Brèche, p97. 28 A. Holt, p106. 29 T. Cliff, p141. 30 T. Cliff, pp143-145. 31 T. Cliff, p147. 32 T. Cliff, Le capitalisme d’Etat en URSS de Staline à Gorbatchev, EDI, p27. 33 T. Cliff, p28.

4- Les femmes dans la révolution espagnole

Dans son ouvrage "La Révolution et la guerre d’Espagne", Pierre Broué rapporte :

"L’un des signes de la profondeur de la révolution est incontestablement la participation massive des femmes, présentes partout, dans les comités comme dans les milices. Si la révolution est effectivement, comme l’a dit Trotsky, l’action directe des couches les plus profondes des masses opprimées, il faut admettre que ce fut bien le cas de l’Espagne de 1936."

« Ce sont les femmes révolutionnaires qui montrent dans ces moments le plus grand courage. Elles restent en première ligne, se refusant à abandonner leur poste malgré les conseils des travailleurs. Ce sont elles qui encouragent les ouvriers dans ces moments de grand danger. (…) Avant le mouvement, j’avais soutenu que les femmes prolétaires ne prendraient aucune part active à l’insurrection. Je dois confesser mon erreur. Après l’expérience de la Commune asturienne, je dois reconnaître que les ouvrières ou les femmes d’ouvriers peuvent jouer un rôle aussi important dans la révolution que celui des prolétaires. Leur courage surpasse même parfois celui des travailleurs. » écrit Manuel Grossi dans « L’insurrection des Asturies ».

Dans "Femmes et mouvement ouvrier", Jacqueline Heinen écrit : "19 juillet 1936. (...) La tentative de Franco de "rétablir l’ordre en Espagne" et d’instaurer un Etat autoritaire s’appuyant sur l’armée se voit stoppée par la combativité du prolétariat catalan. (...) Comme dans beaucoup d’autres moments insurrectionnels dans l’histoire - de 1789 à la révolution d’Octobre, en passant par la Commune de Paris -, les femmes son au premier rang dans cette lutte. Elles le seront à nouveau à plusieurs reprises dans les mois qui suivent : en novembre 1936 pour la défense de Madrid, en mai 1937 sur les barricades de Barcelone (...) tout comme au moment de la Commune des Asturies, deux ans plus tôt (...)."à suivre....

3 Messages de forum

  • Le droit des femmes violemment contesté aux États-Unis
    Un médecin, pratiquant des avortements, a été assassiné par balle au Kansas dimanche dernier. Il avait déjà été victime d’attentats auparavant, et il n’est pas le premier à mourir aux USA sous les balles des plus violents réactionnaires.

    Ces gens-là tuent au nom du droit à la vie. Ils veulent ramener plusieurs décennies en arrière les droits des femmes. Des droits qu’il est toujours nécessaire de défendre et d’étendre.
    (extrait du site Lutte Ouvrière)

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  • Vive la liberté des femmes !

    Comme preuve de la sollicitude de l’Etat français vis-à-vis des femmes du Maghreb, on a appris l’expulsion le 20 février d’une lycéenne marocaine alors qu’elle venait porter plainte au commissariat pour violences contre son frère et qu’elle faisait ses études en France pour échapper à un mariage forcé !!!

    Quand on vous dit que les policiers sont maintenant motivés pour défendre les femmes battues. Quand on voit des politiciens de droite ou d’extrême droite faire semblant de se préoccuper du sort des femmes au Maghreb comme s’ils s’en préoccupaient en France !

    Au moment de la journée des femmes, alors qu’on dit que la France se soucie des femmes battues, et qu’on apprend que, dans la douce France, il meurt une femme battue tous les trois jours, voilà une nouvelle qui montre qu’on est sur la bonne voie … pour ne rien y changer si on se contente de croire à leurs déclarations de bonnes intentions … une fois par an !

    Ce sont les travailleurs, les jeunes, les exploités, les chômeurs qui peuvent avoir la même révolte que les femmes opprimées. Ensemble, nous renverserons le vieux monde !

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  • Quand les femmes s’y mettent, c’est la révolution sociale

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