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	<title>Mati&#232;re et R&#233;volution</title>
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	<description>Contribution au d&#233;bat sur la philosophie dialectique du mode de formation et de transformation de la mati&#232;re, de la vie, de l'homme et de la soci&#233;t&#233;. Ce site est compl&#233;mentaire de https://www.matierevolution.org/</description>
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		<title>Une force de combat face &#224; la guerre mondiale...</title>
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		<dc:creator>Robert Paris, Tiekoura Levi Hamed</dc:creator>


		<dc:subject>Guerre War</dc:subject>
		<dc:subject>prol&#233;taires</dc:subject>

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&lt;p&gt;Une force de combat face &#224; la guerre mondiale qui vient : la classe ouvri&#232;re organis&#233;e et en armes &lt;br class='autobr' /&gt;
Chaque organisation ouvri&#232;re, chaque parti qui se r&#233;clame des travailleurs, chaque syndicat ouvrier, chaque association travaillant dans les quartiers ouvriers est porteuse d'une affirmation claire et nette : si le monde capitaliste est capable de jeter l'humanit&#233; dans la barbarie meurtri&#232;re mondiale, on le lui fera payer en lui retirant tout pouvoir et tout capital, toute sa domination sur (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique150" rel="directory"&gt;16- EDITORIAUX DE LA VOIX DES TRAVAILLEURS&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot48" rel="tag"&gt;Guerre War&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot58" rel="tag"&gt;prol&#233;taires&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;div class='spip_document_19677 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://www.matierevolution.fr/IMG/jpg/signal-2025-03-14-001657_002-e1743507270777-1024x637.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://www.matierevolution.fr/IMG/jpg/signal-2025-03-14-001657_002-e1743507270777-1024x637.jpg' width=&#034;1024&#034; height=&#034;637&#034; alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://www.matierevolution.fr/IMG/jpg/650070669_1350651927105293_4549329255298594497_n.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://www.matierevolution.fr/IMG/jpg/650070669_1350651927105293_4549329255298594497_n.jpg' width=&#034;1080&#034; height=&#034;1350&#034; alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Une force de combat face &#224; la guerre mondiale qui vient : la classe ouvri&#232;re organis&#233;e et en armes&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Chaque organisation ouvri&#232;re, chaque parti qui se r&#233;clame des travailleurs, chaque syndicat ouvrier, chaque association travaillant dans les quartiers ouvriers est porteuse d'une affirmation claire et nette : si le monde capitaliste est capable de jeter l'humanit&#233; dans la barbarie meurtri&#232;re mondiale, on le lui fera payer en lui retirant tout pouvoir et tout capital, toute sa domination sur la soci&#233;t&#233;. Cette proclamation est affich&#233;e partout, sans cesse rappel&#233;e dans toutes les gr&#232;ves ou mobilisations. Elle p&#232;se comme une &#233;p&#233;e de Damocl&#232;s sur le monde capitaliste sur le sentier de la guerre. Cela signifie qu'au c&#339;ur de chaque revendication, de chaque lutte, de chaque programme, de chaque strat&#233;gie des organisations ouvri&#232;res, de gauche comme de la gauche de la gauche ou de l'extr&#234;me gauche, des r&#233;volutionnaires mais aussi des syndicats, il y a l'affirmation que la troisi&#232;me guerre mondiale sera la derni&#232;re du monde capitaliste parce que la classe exploit&#233;e le renversera, qu'elle s'armera et d&#233;truira le pouvoir imp&#233;rialiste et capitaliste. L'affirmation que la prochaine conflagration mondiale m&#232;nera &#224; la destruction des Etats capitalistes qui s'y lanceront et &#224; la construction des soviets de travailleurs qui oeuvreront &#224; l'&#233;tablissement du pouvoir mondial de la classe ouvri&#232;re et que celui-ci m&#232;nera au socialisme, voil&#224; ce qui est clairement revendiqu&#233; par toutes les organisations ouvri&#232;res dignes de ce nom.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien entendu, ce que nous venons de dire est pure d&#233;rision : aucune organisation se r&#233;clamant de la classe ouvri&#232;re n'a r&#233;cemment lanc&#233; une telle affirmation meurtri&#232;re &#224; l'&#233;gard du syst&#232;me d'exploitation alors que celui-ci se pr&#233;pare &#224; la boucherie g&#233;n&#233;ralis&#233;e &#224; relativement court terme. C'est le grand vide social et politique face au monde capitaliste sur le sentier de la guerre mondiale qui frappe le plus, le grand silence, la totale absence apparente de perspectives, d'alternative. La classe exploiteuse programme la pire boucherie de l'Histoire et, apparemment, la classe exploit&#233;e ne se pr&#233;pare &#224;&#8230; rien ! Ni programme de lutte, ni perspective de se battre, ni strat&#233;gie, ni propagande, ni pr&#233;paratifs, ni proclamations ouvrant d'autres perspectives, montrant que le prol&#233;tariat existe comme force de combat, comme force de guerre m&#234;me, contre la guerre aux peuples que pr&#233;parent les classes poss&#233;dantes&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le seul discours qu'ont &#224; la bouche ces organisations dites ouvri&#232;res, dites sociales, dites parfois socialistes, communistes, trotskystes, anarchistes, r&#233;volutionnaires, mais qui ne repr&#233;sentent en rien les potentialit&#233;s, les capacit&#233;s et les espoirs des exploit&#233;s consiste &#224; dire : &#171; nous sommes pour la paix &#187;, &#171; ce n'est pas notre guerre &#187;, &#171; votons pour des hommes politiques qui sont contre la guerre &#187; et autres balivernes mensong&#232;rement pacifiques ! Comme si on allait pacifier un syst&#232;me mondial qui tout entier a absolument besoin de la marche &#224; la guerre !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pire, c'est que toutes ces organisations ne sont m&#234;me pas capables de dire aux travailleurs, de dire au monde pourquoi le syst&#232;me capitaliste a absolument besoin d'une nouvelle boucherie mondiale, pourquoi il en a urgemment et vitalement besoin&#8230; Elles sont incapables de dire que le syst&#232;me capitaliste est mort dans sa dynamique (l'accumulation de plus-value par la capitalisation des profits r&#233;investis dans la production) et que, de ce fait, il va devoir mener une saign&#233;e &#224; grande &#233;chelle pour &#233;craser pr&#233;ventivement la menace de r&#233;volution prol&#233;tarienne mondiale (celle qui s'est profil&#233;e avec les r&#233;voltes et r&#233;volutions des &#171; printemps &#187; en 2010-2011 &#224; partir de la chute &#233;conomique brutale de 2007-2008 et que la pand&#233;mie a servi &#224; &#233;teindre momentan&#233;ment). En r&#233;sum&#233;, ce que ces organisations dites prol&#233;tariennes se refusent &#224; dire en clair, c'est que la guerre mondiale qui vient a un seul v&#233;ritable ennemi &#224; abattre : le prol&#233;tariat r&#233;volutionnaire mondial qui menace de se r&#233;veiller d&#232;s qu'on s'apercevra que le capitalisme va chuter de mani&#232;re mille fois pire qu'en 2007 ! La guerre mondiale est, une fois de plus, une contre-r&#233;volution mondiale et cela signifie que la seule menace s&#233;rieuse que les classes dirigeantes prennent en compte en se pr&#233;parant &#224; la guerre, c'est la menace r&#233;volutionnaire du prol&#233;tariat. Que ces organisations aient tout fait pour que le prol&#233;tariat lui-m&#234;me n'ait pas sur le moment conscience d'&#234;tre un tel danger mortel pour le syst&#232;me capitaliste, de repr&#233;senter une perspective de changement historique global, n'y change rien, car c'est une r&#233;alit&#233; objective qui ne s'exprime pas que dans la conscience. De multiples discours se propagent pour faire croire &#224; bien d'autres dangers pour le capitalisme que la r&#233;volution sociale. Le syst&#232;me dominant serait pr&#233;tendument menac&#233; par&#8230; le r&#233;chauffement climatique, par&#8230; le gaz carbonique, par&#8230; les migrants, par&#8230; la lutte entre le Nord et le Sud, par&#8230; le djihadisme musulman, par&#8230; la violence des jeunes de banlieues, par&#8230; les IA, par&#8230; la lutte entre jeunes et vieux, par la lutte des races et des religions et autres balivernes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aucune de ces organisations ne souligne que la lutte entre grandes puissances n'est qu'une n&#233;ccesit&#233; pour le monde capitaliste parce qu'il ne fonctionne plus de mani&#232;re dynamique, et pas une cause r&#233;elle de guerre. Aucune ne souligne que la guerre mondiale, c'est d'abord la guerre au prol&#233;tariat r&#233;volutionnaire ! Aucune n'affirme que le capitalisme lance l'humanit&#233; vers la mort en masse parce qu'il sait que son syst&#232;me &#233;conomique et social est d&#233;j&#224; mort !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parce que les petits jeux de ces organisations politiques et syndicales, jeux qui leur donnent leur pr&#233;tendue importance, qui leur attirent du monde et des sous, sont tellement li&#233;s au syst&#232;me d'exploitation et au pouvoir capitaliste qu'ils ne veulent surtout pas sa fin, m&#234;me s'ils n'en ont pas toujours conscience eux-m&#234;mes, et qu'ils ne sont m&#234;me pas capable d'entendre que le mot &#171; FIN &#187; a d&#233;j&#224; sonn&#233; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, la guerre mondiale sonne le tocsin des peuples mais aussi celui du syst&#232;me capitaliste ! Ce n'est pas seulement un espoir, c'est un fait&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et si les peuples se contentent de dire qu'ils ne souhaitent pas la guerre, comme les y appellent les organisations dites &#171; ouvri&#232;res &#187;, &#171; sociales &#187;, &#171; populaires &#187;, &#171; anticapitalistes &#187; ou &#171; de gauche &#187; et m&#234;me &#171; r&#233;volutionnaires &#187;, eh bien ce n'est pas cela qui emp&#234;chera le d&#233;clenchement de cette nouvelle boucherie car elle est n&#233;cessaire, indispensable m&#234;me, aux classes poss&#233;dantes comme bain de sang pr&#233;ventif pour &#233;viter, d&#233;tourner, tromper et &#233;touffer la r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne pourra pas arr&#234;ter les armes et les arm&#233;es, mais on pourra les retourner contre ceux qui les ont lanc&#233;es, contre le syst&#232;me qu'ils devaient d&#233;fendre et prot&#233;ger ! Cela n&#233;cessite de dire d&#232;s maintenant que telles sont nos intentions, cela suppose de pr&#233;parer d&#232;s maintenant les prol&#233;taires au r&#244;le qui va &#234;tre le leur. Les &#171; gauches &#187; politiques et syndicales sont tout au plus capables d'affirmer que &#171; tant que le capitalisme existera, les guerres seront in&#233;vitables &#187; et donc d'affirmer qu'un beau jour on va finir par aller au socialisme, mais pas d'affirmer que nous devons nous pr&#233;parer tout de suite &#224; utiliser la marche &#224; la guerre pour d&#233;truire le capitalisme et l'imp&#233;rialisme. Il ne s'agit pas d'un mot d'ordre vague, d'une proclamation de pure propagande. Il s'agit au contraire de t&#226;ches pr&#233;cises, d&#233;termin&#233;es, efficaces, r&#233;elles, reli&#233;es entre elles et aux aspirations imm&#233;diates des masses par un programme, organis&#233;es dans une strat&#233;gie politique, rendues publiques, permettant au prol&#233;tariat d'avoir une tribune en direction de toutes les couches opprim&#233;es, paup&#233;ris&#233;es, opprim&#233;es&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit de commencer &#224; casser l'appareil militaire de la bourgeoisie, &#224; commencer par sa propagande guerri&#232;re, en d&#233;masquant ses buts, en d&#233;nigrant ses alliances, en d&#233;truisant ses mensonges, en continuant par attaquer son organisation militaire, en continuant par son armement, en d&#233;moralisant ses soldats, en les poussant &#224; s'auto-organiser aux c&#244;t&#233;s des soviets du peuple travailleur, lui-m&#234;me auto-organis&#233; en vue de la lutte mais aussi en vue du pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas du tout le programme que d&#233;fendent la gauche et l'extr&#234;me gauche ni les syndicats quand ils pr&#233;tendent se &#171; mobiliser contre la guerre &#187;. Certes, ils manifestent tous ensemble, partis de gauche, de la gauche de la gauche, de l'extr&#234;me gauche, associations et syndicats et tous clament &#171; &#224; bas la guerre ! &#187; Ils sont contre l'&#233;conomie de guerre, la diplomatie de guerre, la politique de guerre, le gouvernement de guerre, les finances et les profits de guerre, disent-ils&#8230; Mais, par exemple en France, ils sont plus ou moins ouvertement pour l'arm&#233;e fran&#231;aise, le colonialisme fran&#231;ais, l'imp&#233;rialisme fran&#231;ais, ils cachent la r&#233;alit&#233; des interventions arm&#233;es de la France. Et les groupes d'extr&#234;me gauche, qui font semblant d'&#234;tre contre, sont quand m&#234;me tout fiers de manifester aux c&#244;t&#233;s et m&#234;me derri&#232;re les autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela signifie que toutes ces organisations veulent faire croire qu'un simple changement d'orientation politique d'un pays, qu'un simple changement de gouvernement va arr&#234;ter la guerre mondiale, orientation de fond de tout un syst&#232;me parvenu &#224; ses limites infranchissables !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est un choix fondamental de tous ces gens-l&#224; de ne pas dire aux travailleurs que le capitalisme va nous faire mourir parce que lui est irr&#233;m&#233;diablement mort dans ses fondements m&#234;me (l'investissement capitaliste dans la production de richesses et l'accumulation de plus-value issue du travail humain) ! Comme si la prise de conscience de cette situation n'&#233;tait pas un des &#233;l&#233;ments fondamentaux de la lutte des travailleurs !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils font comme si la guerre mondiale n'&#233;tait pas une cons&#233;quence in&#233;vitable de l'effondrement capitaliste, comme si quelques mesures gouvernementales dans tel ou tel pays pouvaient l'&#233;viter, comme si quelques votes en faveur de leur courant politique allait changer la donne mondiale !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et surtout, ils font comme si le grand capital pouvait fourbir ses armes et le prol&#233;tariat, lui, devait rester non seulement l'arme au pied mais compl&#232;tement d&#233;sarm&#233;, d&#233;nu&#233; de tout appel &#224; s'armer et &#224; d&#233;sarmer l'ennemi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Partis de gauche et syndicats ne sont nullement des ennemis de l'arm&#233;e nationale, m&#234;me dans les pays imp&#233;rialistes, m&#234;me quand ceux-ci interviennent directement contre des peuples, contre des r&#233;voltes et des r&#233;volutions ! Ce sont m&#234;me des adeptes de cette arm&#233;e nationale ! Y compris la gauche de la gauche et tous les appareils syndicaux. Car ils sont tous nationalistes, y compris dans les pays imp&#233;rialistes ! Et l'extr&#234;me gauche leur sert de caution, notamment en faisant croire que leurs manifestations contre la guerre sont autre chose que pure hypocrisie&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutes ces organisations soi-disant dans le camp des travailleurs font comme si la guerre n'&#233;tait pas le produit in&#233;luctable de toutes les chutes &#233;conomiques qui ont suivi l'effondrement mondial de 2007-2008, comme si on pouvait &#233;viter les pires catastrophes (guerre, mais aussi fascisme, dictatures, massacres, bandes arm&#233;es, etc) sans r&#233;volution sociale. Et les groupes qui se disent du c&#244;t&#233; de la r&#233;volution sociale pactisent avec les autres qui sont des ennemis ouverts des soviets et de l'armement du prol&#233;tariat, qui font tout pour sauver le capitalisme sous pr&#233;texte de sauver l'&#233;conomie, de sauver les emplois, de sauver les salaires, de sauver la paix&#8230; Et ceux qui se disent d'extr&#234;me gauche les aident dans cette t&#226;che&#8230; contre-r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les pr&#233;tendus r&#233;volutionnaires ne disent jamais qu'il faut se servir de la guerre, du fascisme, de la terreur des classes poss&#233;dantes sous toutes ses formes et de leurs menaces dans cette p&#233;riode d'effondrement du syst&#232;me pour d&#233;velopper le programme r&#233;volutionnaire du prol&#233;tariat et renverser d&#233;finitivement le syst&#232;me. Ils font comme si la guerre des classes poss&#233;dantes n'&#233;tait que des politiques d&#233;sastreuses pour les exploit&#233;s et pas une occasion d'en finir avec l'exploitation. Comme si les dettes, les d&#233;stabilisations du pouvoir, la chute des d&#233;mocraties, comme la guerre n'&#233;taient pas des moyens de s'attaquer au pouvoir capitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les poss&#233;dants nous d&#233;clarent la guerre. Nos soi-disant amis ne rel&#232;vent pas. Ils r&#233;pondent &#171; ce n'est pas notre guerre &#187; selon l'expression du groupe d'extr&#234;me gauche (ou pr&#233;tendu tel) Lutte ouvri&#232;re d'Arthaud-Muro. Ou encore, ils disent &#171; nous ne voulons pas de cette guerre &#187;, &#171; disons &#224; bas la guerre &#187; et autres balivernes pacifistes comme le NPA. Eh oui, ils sont pacifistes &#224; l'&#233;gard du capitalisme ! Ils sont en paix&#8230; avec les classes poss&#233;dantes !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils ne sont pas en guerre contre l'imp&#233;rialisme m&#234;me quand celui-ci m&#232;ne des guerres coloniales comme la France actuellement au Mali, au Niger, dans tout le Sahel. Ils ne d&#233;masquent pas les men&#233;es imp&#233;rialistes de leur propre imp&#233;rialisme. Et ils manifestent avec des organisations qui soutiennent ouvertement leur imp&#233;rialisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et ces pr&#233;tendus r&#233;volutionnaires manifestent avec la gauche et les syndicats qui sont des adversaires mortels des soviets, de toute forme d'organisation qui signifie le pouvoir des travailleurs c'est-&#224;-dire la fin de l'Etat capitaliste mais aussi de leur r&#244;le de tampons&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au lieu de combattre violemment ces organisations r&#233;formistes qui pr&#233;tendent &#339;uvrer &#224; la paix dans le monde sans renverser l'imp&#233;rialisme, sans en finir avec le capitalisme et les Etats capitalistes, les groupes opportunistes se f&#233;licitent de collaborer avec eux &#224; des manifestations et des journ&#233;es d'inaction&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais on peut penser que, d&#232;s qu'une guerre mondiale destructrice se lancera, ces organisations, ou une partie d'entre elles, vont tout mettre en &#339;uvre pour la d&#233;molir, pour la contrer, pour la d&#233;moraliser, pour la d&#233;sarmer. Eh bien non ! Elles n'ont nullement l'intention de le faire, m&#234;me si la classe ouvri&#232;re se lance d'elle-m&#234;me dans une telle t&#226;che.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face au d&#233;clenchement de la guerre mondiale et m&#234;me d&#232;s maintenant, que peuvent faire des organisations ouvri&#232;res autonomes, ind&#233;pendantes des r&#233;formistes et des opportunistes, des soviets de travailleurs auto-organis&#233;s et v&#233;ritablement r&#233;volutionnaires ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier pas dans le sens de la d&#233;faite de l'imp&#233;rialisme consiste &#224; casser le moral de l'arm&#233;e. A casser aussi la cr&#233;dibilit&#233; du patriotisme. A d&#233;voiler et casser les buts pr&#233;tendus de l'imp&#233;rialisme. A d&#233;noncer et d&#233;masquer les amis cach&#233;s de l'imp&#233;rialisme et surtout ceux qui ont du cr&#233;dit parmi les travailleurs. A d&#233;noncer les crimes de l'imp&#233;rialisme et &#224; montrer qu'ils n'ont pas &#233;t&#233; commis pour d&#233;fendre la population contre les crimes d'autres imp&#233;rialismes mais pour des buts bien plus int&#233;ress&#233;s et qui &#171; int&#233;ressent &#187; une part infime de la population, les plus riches et les oppresseurs et exploiteurs du monde, gens qui n'appartiennent pas au m&#234;me monde que nous. Tant que le moral de l'arm&#233;e est haut, que le soldat suit aveugl&#233;ment sa hi&#233;rarchie, aucune r&#233;volution ne peut triompher. Tant que le petit soldat ne sent pas qu'il a des buts diff&#233;rents voire oppos&#233;s &#224; ceux de ses chefs, la r&#233;volution prol&#233;tarienne se heurte &#224; un mur infranchissable. Mais, avec la guerre, le soldat voit tous les jours les mensonges, les exactions, les crimes des chefs militaires et la d&#233;moralisation peut &#234;tre tr&#232;s rapide. Le soldat est chair &#224; canons comme le prol&#233;taire est chair &#224; travail, exploit&#233;, tromp&#233;, expos&#233; et sacrifi&#233; en premier. Encore faut-il que le petit soldat soit attir&#233; par un prol&#233;tariat combatif qui exprime une solidarit&#233; avec lui et qui affirme que tout soldat qui prend parti pour la r&#233;volution sera prot&#233;g&#233; par elle. Car un soldat r&#233;volt&#233; en temps de guerre est tr&#232;s vite &#233;limin&#233; physiquement par la r&#233;pression militaire. D&#232;s lors que l'arm&#233;e se fissure, le pouvoir des classes poss&#233;dantes tient &#224; un fil, qu'il est possible de briser pour peu que les travailleurs s'auto-organisent en soviets dans ce but et combattent les forces r&#233;formistes en leur sein, forces qui ne veulent surtout pas de la d&#233;stabilisation de l'Etat. Il est alors possible que les soviets de travailleurs se lient aux comit&#233;s de soldats. C'est le signal que la r&#233;volution est mure pour pr&#233;parer un nouveau pouvoir face &#224; l'ancien, pour commencer &#224; contester, puis renverser le pouvoir des poss&#233;dants. LA GUERRE N'EST PAS LA FIN DE LA LUTTE DE CLASSE MAIS SON EXACERBATION.&lt;br class='autobr' /&gt;
La d&#233;faite militaire est la meilleure arme des prol&#233;taires qui veulent agir dans le sens des int&#233;r&#234;ts historiques de leur classe, c'est-&#224;-dire vers le pouvoir des conseils de travailleurs en armes. Inversement, la r&#233;ussite du lancement de la guerre d&#233;molit momentan&#233;ment le moral des travailleurs, leur sens de classe, leur confiance dans leurs propres forces. La guerre appara&#238;t toujours comme une victoire du nationalisme exacerb&#233;, renforce la haine des autres peuples, donne la parole aux pires bellicistes, &#233;touffe la voix des internationalistes et de tous ceux qui se revendiquent du prol&#233;tariat. Bien s&#251;r, la guerre ne favorise nullement le moral et la conscience des travailleurs, ni leur organisation, ni leurs luttes, ni leurs liens entre prol&#233;taires. L'accablement, le d&#233;sespoir, le fatalisme, la m&#233;fiance, la peur, le soup&#231;on, le nationalisme, le racisme, le fascisme, les sentiments les plus bas ne peuvent que sortir favoris&#233;s dans un premier temps par l'entr&#233;e en guerre. La propagande y rajoute la d&#233;nonciation des exactions r&#233;elles ou imaginaires de l'imp&#233;rialisme ennemi et le camouflage des crimes de son propre imp&#233;rialisme. Bien entendu, tout cela n'est pas fait pour favoriser la mont&#233;e de la r&#233;volution, bien au contraire, celle de la contre-r&#233;volution. Redisons-le, la guerre n'est pas seulement le produit des rivalit&#233;s inter-imp&#233;rialistes mais de la lutte des classes, qui, en p&#233;riode de crise aigue du syst&#232;me dominant, n&#233;cessite des moyens violents, sanglants, pour &#233;radiquer les risques r&#233;volutionnaires. Et la m&#233;fiance a des fondements bien r&#233;els : la guerre permet d'autoriser la r&#233;pression syst&#233;matique et l'&#233;limination individuelle et collective des &#171; ennemis &#187; par le pouvoir, les ennemis de classe &#233;tant consid&#233;r&#233;s comme des ennemis de guerre. QUAND ILS FONT LA GUERRE, IL FAUT NOUS DIRE QUE C'EST A NOUS, PEUPLE TRAVAILLEUR, QU'ILS FONT LA GUERRE.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et c'est &#224; la r&#233;volution sociale qu'ils d&#233;clarent la guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La vague des r&#233;voltes et r&#233;volutions a &#233;t&#233; la suite de l'effondrement &#233;conomique et social capitaliste mondial de 2007-2008 et elle a eu comme cons&#233;quence la vague des contre-r&#233;volutions (dictatures, fascismes, massacres, racisme, r&#233;pressions violentes, mondialisation de la guerre). La seule issue est le pouvoir mondial des soviets de travailleurs r&#233;volutionnaires. Il faut non seulement en avoir conscience, diffuser cette proclamation mais aussi mener &#224; la guerre politique &#224; tous les faux amis des travailleurs qui refusent cette perspective. Il faut faire connaitre publiquement leur refus de pr&#233;parer r&#233;ellement la fin du pouvoir d'Etat capitaliste et le d&#233;but du pouvoir des travailleurs, y compris pour des organisations qui disent y &#234;tre favorables mais pactisent avec les pires ennemis d'une telle perspective d'avenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lire encore :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8249&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8249&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7406&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7406&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7529&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7529&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.org/spip.php?article9014&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.org/spip.php?article9014&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7529&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7529&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8300&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8300&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7421&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7421&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3226&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3226&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7509&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7509&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1231&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1231&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?breve1368&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?breve1368&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8767&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8767&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6997&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6997&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Quand l'Eglise catholique cloitre les jeunes filles</title>
		<link>http://www.matierevolution.fr/spip.php?article8203</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.matierevolution.fr/spip.php?article8203</guid>
		<dc:date>2026-09-14T22:05:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Religion</dc:subject>
		<dc:subject>Imp&#233;rialisme</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Diderot : &#171; Tuez plut&#244;t votre fille que de l'emprisonner dans un clo&#238;tre malgr&#233; elle ! &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
Victor Hugo : &#171; Les bernardines-b&#233;n&#233;dictines de cette ob&#233;dience font maigre toute l'ann&#233;e, je&#251;nent le car&#234;me et beaucoup d'autres jours qui leur sont sp&#233;ciaux, se rel&#232;vent dans leur premier sommeil depuis une heure du matin jusqu'&#224; trois pour lire le br&#233;viaire et chanter matines, couchent dans des draps de serge en toute saison et sur la paille, n'usent point de bains, n'allument jamais de feu, se (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique96" rel="directory"&gt;09 - Livre Neuf : RELIGION&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot98" rel="tag"&gt;Religion&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot296" rel="tag"&gt;Imp&#233;rialisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Diderot : &#171; Tuez plut&#244;t votre fille que de l'emprisonner dans un clo&#238;tre malgr&#233; elle ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Victor Hugo : &#171; Les bernardines-b&#233;n&#233;dictines de cette ob&#233;dience font maigre toute l'ann&#233;e, je&#251;nent le car&#234;me et beaucoup d'autres jours qui leur sont sp&#233;ciaux, se rel&#232;vent dans leur premier sommeil depuis une heure du matin jusqu'&#224; trois pour lire le br&#233;viaire et chanter matines, couchent dans des draps de serge en toute saison et sur la paille, n'usent point de bains, n'allument jamais de feu, se donnent la discipline tous les vendredis, observent la r&#232;gle du silence, ne se parlent qu'aux r&#233;cr&#233;ations, lesquelles sont tr&#232;s courtes, et portent des chemises de bure pendant six mois, du 14 septembre, qui est l'exaltation de la sainte-croix, jusqu'&#224; P&#226;ques. Ces six mois sont une mod&#233;ration ; la r&#232;gle dit toute l'ann&#233;e ; mais cette chemise de bure, insupportable dans les chaleurs de l'&#233;t&#233;, produisait des fi&#232;vres et des spasmes nerveux. Il a fallu en restreindre l'usage. M&#234;me avec cet adoucissement, le 14 septembre, quand les religieuses mettent cette chemise, elles ont trois ou quatre jours de fi&#232;vre. Ob&#233;issance, pauvret&#233;, chastet&#233;, stabilit&#233; sous cl&#244;tures voil&#224; leurs v&#339;ux, fort aggrav&#233;s par la r&#232;gle. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Quand l'&#233;glise catholique cloitre les jeunes filles&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'enfermement, par claustration impos&#233;e au nom de la foi catholique, vu de l'int&#233;rieur :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/affaires-sensibles/les-magdalene-sisters-l-enfer-du-couvent-9374558&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/affaires-sensibles/les-magdalene-sisters-l-enfer-du-couvent-9374558&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.lemonde.fr/societe/article/2022/04/29/nous-devions-remonter-notre-chemise-de-nuit-cul-nu-et-nous-allonger-sur-notre-lit-le-calvaire-des-filles-perdues-confiees-a-la-congregation-du-bon-pasteur_6124105_3224.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.lemonde.fr/societe/article/2022/04/29/nous-devions-remonter-notre-chemise-de-nuit-cul-nu-et-nous-allonger-sur-notre-lit-le-calvaire-des-filles-perdues-confiees-a-la-congregation-du-bon-pasteur_6124105_3224.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.sudouest.fr/international/europe/des-centaines-de-femmes-enfermees-et-forcees-a-travailler-aux-pays-bas-elles-accusent-un-ordre-religieux-14101048.php&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.sudouest.fr/international/europe/des-centaines-de-femmes-enfermees-et-forcees-a-travailler-aux-pays-bas-elles-accusent-un-ordre-religieux-14101048.php&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://journals.openedition.org/criminocorpus/3735&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://journals.openedition.org/criminocorpus/3735&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://books.openedition.org/pulm/1764?lang=fr&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://books.openedition.org/pulm/1764?lang=fr&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://shs.hal.science/halshs-00839192/document&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://shs.hal.science/halshs-00839192/document&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;file :///C :/Users/Dell/Downloads/les-femmes-sequestrees-par-lettres-de-cachet-dans-la-generalite-de-rouen-au-span-classmarquage-petitecapxviiispansupesup-siecle.pdf&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.parismatch.com/Actu/International/Couvents-de-l-horreur-l-Irlande-devant-son-passe-162343&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.parismatch.com/Actu/International/Couvents-de-l-horreur-l-Irlande-devant-son-passe-162343&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.parismatch.com/Actu/International/Les-atroces-secrets-des-couvents-de-l-horreur-567603&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.parismatch.com/Actu/International/Les-atroces-secrets-des-couvents-de-l-horreur-567603&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le couvent :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Couvent&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/Couvent&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Couvent_de_la_Madeleine&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/Couvent_de_la_Madeleine&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Augustines_de_l%27ordre_de_la_P%C3%A9nitence_de_la_Madeleine&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/Augustines_de_l%27ordre_de_la_P%C3%A9nitence_de_la_Madeleine&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le cloitre :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Clo%C3%AEtre&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/Clo%C3%AEtre&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le monachisme chr&#233;tien :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Monachisme_chr%C3%A9tien&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/Monachisme_chr%C3%A9tien&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur les carm&#233;lites :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Ordre_du_Carmel&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/Ordre_du_Carmel&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Couvents de France :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Liste_des_abbayes,_monast%C3%A8res_et_couvents_catholiques_en_France&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/Liste_des_abbayes,_monast%C3%A8res_et_couvents_catholiques_en_France&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Victor Hugo (pourtant catholique croyant) dans &#171; Les mis&#233;rables &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le couvent, fait historique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au point de vue de l'histoire, de la raison et de la v&#233;rit&#233;, le monachisme est condamn&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les monast&#232;res, quand ils abondent chez une nation, sont des n&#339;uds &#224; la circulation, des &#233;tablissements encombrants, des centres de paresse l&#224; o&#249; il faut des centres de travail. Les communaut&#233;s monastiques sont &#224; la grande communaut&#233; sociale ce que le gui est au ch&#234;ne, ce que la verrue est au corps humain. Leur prosp&#233;rit&#233; et leur embonpoint sont l'appauvrissement du pays. Le r&#233;gime monacal, bon au d&#233;but des civilisations, utile &#224; produire la r&#233;duction de la brutalit&#233; par le spirituel, est mauvais &#224; la virilit&#233; des peuples. En outre, lorsqu'il se rel&#226;che et qu'il entre dans sa p&#233;riode de d&#233;r&#232;glement, comme il continue &#224; donner l'exemple il devient mauvais par toutes les raisons qui le faisaient salutaire dans sa p&#233;riode de puret&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les claustrations ont fait leur temps. Les clo&#238;tres, utiles &#224; la premi&#232;re &#233;ducation de la civilisation moderne, ont &#233;t&#233; g&#234;nants pour sa croissance et sont nuisibles &#224; son d&#233;veloppement. En tant qu'institution et que mode de formation pour l'homme, les monast&#232;res, bons au dixi&#232;me si&#232;cle, discutables au quinzi&#232;me, sont d&#233;testables au dix-neuvi&#232;me. La l&#232;pre monacale a presque rong&#233; jusqu'au squelette deux admirables nations, l'Italie et l'Espagne, l'une la lumi&#232;re, l'autre la splendeur de l'Europe pendant des si&#232;cles, et, &#224; l'&#233;poque o&#249; nous sommes, ces deux illustres peuples ne commencent &#224; gu&#233;rir que gr&#226;ce &#224; la saine et vigoureuse hygi&#232;ne de 1789, &lt;br class='autobr' /&gt;
Le couvent, l'antique couvent de femmes particuli&#232;rement, tel qu'il appara&#238;t encore au seuil de ce si&#232;cle en Italie, en Autriche, en Espagne, est une des plus sombres concr&#233;tions du moyen-&#226;ge. Le clo&#238;tre, ce clo&#238;tre-l&#224;, est le point d'intersection des terreurs. Le clo&#238;tre catholique proprement dit est tout rempli du rayonnement noir de la mort. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le couvent espagnol surtout est fun&#232;bre. L&#224; montent dans l'obscurit&#233;, sous des vo&#251;tes pleines de brume, sous des d&#244;mes vagues &#224; force d'ombre, de massifs autels bab&#233;liques, hauts comme des cath&#233;drales ; l&#224; pendent &#224; des cha&#238;nes dans les t&#233;n&#232;bres d'immenses crucifix blancs ; l&#224; s'&#233;talent, nus sur l'&#233;b&#232;ne, de grands Christs d'ivoire ; plus que sanglants, saignants ; hideux et magnifiques, les coudes montrant les os, les rotules montrant les t&#233;guments, les plaies montrant les chairs, couronn&#233;s d'&#233;pines d'argent, clou&#233;s de clous d'or, avec des gouttes de sang en rubis sur le front et des larmes en diamants dans les yeux. Les diamants et les rubis semblent mouill&#233;s, et font pleurer en bas dans l'ombre des &#234;tres voil&#233;s qui ont les flancs meurtris par le cilice et par le fouet aux pointes de fer, les seins &#233;cras&#233;s par des claies d'osier, les genoux &#233;corch&#233;s par la pri&#232;re ; des femmes qui se croient des &#233;pouses ; des spectres qui se croient des s&#233;raphins. Ces femmes pensent-elles ? non. Veulent-elles ? non. Aiment-elles ? non. Vivent-elles ? non. Leurs nerfs sont devenus des os ; leurs os sont devenus des pierres. Leur voile est de la nuit tissue. Leur souffle sous le voile ressemble &#224; on ne sait quelle tragique respiration de la mort. L'abbesse, une larve, les sanctifie et les terrifie. L'immacul&#233; est l&#224;, farouche. Tels sont les vieux monast&#232;res d'Espagne. Repaires de la d&#233;votion terrible, antres de vierges, lieux f&#233;roces. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'Espagne catholique &#233;tait plus romaine que Rome m&#234;me. Le couvent espagnol &#233;tait par excellence le couvent catholique. On y sentait l'orient. L'archev&#234;que, kislar-aga du ciel, verrouillait et espionnait ce s&#233;rail d'&#226;mes r&#233;serv&#233; &#224; Dieu. La nonne &#233;tait l'odalisque, le pr&#234;tre &#233;tait l'eunuque. Les ferventes &#233;taient choisies en songe et poss&#233;daient Christ. La nuit, le beau jeune homme nu descendait de la croix et devenait l'extase de la cellule. De hautes murailles gardaient de toute distraction vivante la sultane mystique qui avait le crucifi&#233; pour sultan. Un regard dehors &#233;tait une infid&#233;lit&#233;. L'in-pace rempla&#231;ait le sac de cuir. Ce qu'on jetait a la mer en orient, on le jetait &#224; la terre en occident. Des deux c&#244;t&#233;s, des femmes se tordaient les bras ; la vague aux unes, la fosse aux autres ; ici les noy&#233;es, l&#224; les enterr&#233;es. Parall&#233;lisme monstrueux. &lt;br class='autobr' /&gt;
Aujourd'hui les souteneurs du pass&#233;, ne pouvant nier ces choses, ont pris le parti d'en sourire. On a mis &#224; la mode une fa&#231;on commode et &#233;trange de supprimer les r&#233;v&#233;lations de l'histoire, d'infirmer les commentaires de la philosophie, et d'&#233;lider tous les faits g&#234;nants et toutes les questions sombres. Mati&#232;re &#224; d&#233;clamations, disent les habiles. D&#233;clamations, r&#233;p&#232;tent les niais. Jean-Jacques, d&#233;clamateur ; Diderot, d&#233;clamateur ; Voltaire sur Calas, Labarre et Sirven, d&#233;clamateur. Je ne sais qui a trouv&#233; derni&#232;rement que Tacite &#233;tait un d&#233;clamateur, que N&#233;ron &#233;tait une victime, et que d&#233;cid&#233;ment il fallait s'apitoyer &#171; sur ce pauvre Holopherne &#187;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les faits pourtant sont malais&#233;s &#224; d&#233;concerter, et s'obstinent. L'auteur de ce livre a vu, de ses yeux, &#224; huit lieues de Bruxelles, c'est l&#224; du moyen-&#226;ge que tout le monde a sous la main, &#224; l'abbaye de Villers, le trou des oubliettes au milieu du pr&#233; qui a &#233;t&#233; la cour du clo&#238;tre, et, au bord de la Dyle, quatre cachots de pierre, moiti&#233; sous terre, moiti&#233; sous l'eau. C'&#233;taient des in-pace. Chacun de ces cachots a un reste de porte de fer, une latrine, et une lucarne grill&#233;e qui, dehors, est &#224; deux pieds au-dessus de la rivi&#232;re, et, dedans, &#224; six pieds au-dessus du sol. Quatre pieds de rivi&#232;re coulent ext&#233;rieurement le long du mur. Le sol est toujours mouill&#233;. L'habitant de l'in-pace avait pour lit cette terre mouill&#233;e. Dans l'un des cachots, il y a un tron&#231;on de carcan scell&#233; au mur ; dans un autre, on voit une esp&#232;ce de bo&#238;te carr&#233;e faite de quatre lames de granit, trop courte pour qu'on s'y couche, trop basse pour qu'on s'y dresse. On mettait l&#224; dedans un &#234;tre avec un couvercle de pierre par-dessus. Cela est. On le voit. On le touche. Ces in-pace, ces cachots, ces gonds de fer, ces carcans, cette haute lucarne au ras de laquelle coule la rivi&#232;re, cette bo&#238;te de pierre ferm&#233;e d'un couvercle de granit comme une tombe, avec cette diff&#233;rence qu'ici le mort &#233;tait un vivant, ce sol qui est de la boue, ce trou de latrines, ces murs qui suintent, quels d&#233;clamateurs !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;III&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#224; quelle condition on peut respecter le pass&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le monachisme, tel qu'il existait en Espagne et tel qu'il existe au Thibet, est pour la civilisation une sorte de phtisie. Il arr&#234;te net la vie. Il d&#233;peuple, tout simplement. Claustration, castration. Il a &#233;t&#233; fl&#233;au en Europe. Ajoutez &#224; cela la violence si souvent faite &#224; la conscience, les vocations forc&#233;es, la f&#233;odalit&#233; s'appuyant au clo&#238;tre, l'a&#238;nesse versant dans le monachisme le trop-plein de la famille, les f&#233;rocit&#233;s dont nous venons de parler, les in-pace, les bouches closes, les cerveaux mur&#233;s, tant d'intelligences infortun&#233;es mises au cachot des v&#339;ux &#233;ternels, la prise d'habit, enterrement des &#226;mes toutes vives. Ajoutez les supplices individuels aux d&#233;gradations nationales, et, qui que vous soyez, vous vous sentirez tressaillir devant le froc et le voile, ces deux suaires d'invention humaine. &lt;br class='autobr' /&gt;
Pourtant, sur certains points et en certains lieux, en d&#233;pit de la philosophie, en d&#233;pit du progr&#232;s, l'esprit claustral persiste en plein dix-neuvi&#232;me si&#232;cle, et une bizarre recrudescence asc&#233;tique &#233;tonne en ce moment le monde civilis&#233;. L'ent&#234;tement des institutions vieillies &#224; se perp&#233;tuer ressemble &#224; l'obstination du parfum ranci qui r&#233;clamerait votre chevelure, &#224; la pr&#233;tention du poisson g&#226;t&#233; qui voudrait &#234;tre mang&#233;, &#224; la pers&#233;cution du v&#234;tement d'enfant qui voudrait habiller l'homme, et &#224; la tendresse des cadavres qui reviendraient embrasser les vivants. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ingrats ! dit le v&#234;tement, je vous ai prot&#233;g&#233;s dans le mauvais temps. Pourquoi ne voulez-vous plus de moi ? Je viens de la pleine mer, dit le poisson. J'ai &#233;t&#233; la rose, dit le parfum. Je vous ai aim&#233;s, dit le cadavre. Je vous ai civilis&#233;s, dit le couvent. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; cela une seule r&#233;ponse : Jadis. &lt;br class='autobr' /&gt;
R&#234;ver la prolongation ind&#233;finie des choses d&#233;funtes et le gouvernement des hommes par embaumement, restaurer les dogmes en mauvais &#233;tat, redorer les ch&#226;sses, recr&#233;pir les clo&#238;tres, reb&#233;nir les reliquaires, remeubler les superstitions, ravitailler les fanatismes, remmancher les goupillons et les sabres, reconstituer le monachisme et le militarisme, croire au salut de la soci&#233;t&#233; par la multiplication des parasites, imposer le pass&#233; au pr&#233;sent, cela semble &#233;trange. Il y a cependant des th&#233;oriciens pour ces th&#233;ories-l&#224;. Ces th&#233;oriciens, gens d'esprit d'ailleurs, ont un proc&#233;d&#233; bien simple, ils appliquent sur le pass&#233; un enduit qu'ils appellent ordre social, droit divin, morale, famille, respect des a&#239;eux, autorit&#233; antique, tradition sainte, l&#233;gitimit&#233;, religion ; et ils vont criant : &#8212; Voyez ! prenez ceci, honn&#234;tes gens. &#8212; Cette logique &#233;tait connue des anciens. Les aruspices la pratiquaient. Ils frottaient de craie une g&#233;nisse noire, et disaient : Elle est blanche. Bos cretatus. &lt;br class='autobr' /&gt;
Quant &#224; nous, nous respectons &#231;&#224; et l&#224; et nous &#233;pargnons partout le pass&#233;, pourvu qu'il consente &#224; &#234;tre mort. S'il veut &#234;tre vivant, nous l'attaquons, et nous t&#226;chons de le tuer. &lt;br class='autobr' /&gt;
Superstitions, bigotismes, cagotismes, pr&#233;jug&#233;s, ces larves, toutes larves qu'elles sont, sont tenaces &#224; la vie, elles ont des dents et des ongles dans leur fum&#233;e ; et il faut les &#233;treindre corps &#224; corps, et leur faire la guerre, et la leur faire sans tr&#234;ve, car c'est une des fatalit&#233;s de l'humanit&#233; d'&#234;tre condamn&#233;e &#224; l'&#233;ternel combat des fant&#244;mes. L'ombre est difficile &#224; prendre &#224; la gorge et &#224; terrasser. &lt;br class='autobr' /&gt;
Un couvent en France, en plein midi du dix-neuvi&#232;me si&#232;cle, c'est un coll&#232;ge de hiboux faisant face au jour. Un clo&#238;tre, en flagrant d&#233;lit d'asc&#233;tisme au beau milieu de la cit&#233; de 89, de 1830 et de 1848, Rome s'&#233;panouissant dans Paris, c'est un anachronisme. En temps ordinaire, pour dissoudre un anachronisme et le faire &#233;vanouir, on n'a qu'&#224; lui faire &#233;peler le mill&#233;sime. Mais nous ne sommes point en temps ordinaire. &lt;br class='autobr' /&gt;
Combattons. &lt;br class='autobr' /&gt;
Combattons, mais distinguons. Le propre de la v&#233;rit&#233;, c'est de n'&#234;tre jamais excessive. Quel besoin a-t-elle d'exag&#233;rer ? Il y a ce qu'il faut d&#233;truire, et il y a ce qu'il faut simplement &#233;clairer et regarder. L'examen bienveillant et grave, quelle force ! N'apportons point la flamme l&#224; o&#249; la lumi&#232;re suffit. &lt;br class='autobr' /&gt;
Donc, le dix-neuvi&#232;me si&#232;cle &#233;tant donn&#233;, nous sommes contraire, en th&#232;se g&#233;n&#233;rale, et chez tous les peuples, en Asie comme en Europe, dans l'Inde comme en Turquie, aux claustrations asc&#233;tiques. Qui dit couvent dit marais. Leur putrescibilit&#233; est &#233;vidente, leur stagnation est malsaine, leur fermentation enfi&#232;vre les peuples et les &#233;tiole ; leur multiplication devient plaie d'&#201;gypte. Nous ne pouvons penser sans effroi &#224; ces pays o&#249; les fakirs, les bonzes, les santons, les caloyers, les marabouts, les talapoins et les derviches pullulent jusqu'au fourmillement vermineux. &lt;br class='autobr' /&gt;
Cela dit, la question religieuse subsiste. Cette question a de certains c&#244;t&#233;s myst&#233;rieux, presque redoutables ; qu'il nous soit permis de la regarder fixement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;IV&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;le couvent au point de vue des principes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des hommes se r&#233;unissent et habitent en commun. En vertu de quel droit ? en vertu du droit d'association. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ils s'enferment chez eux. En vertu de quel droit ? en vertu du droit qu'a tout homme d'ouvrir ou de fermer sa porte. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ils ne sortent pas. En vertu de quel droit ? en vertu du droit d'aller et de venir, qui implique le droit de rester chez soi. &lt;br class='autobr' /&gt;
L&#224;, chez eux, que font-ils ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Ils parlent bas ; ils baissent les yeux ; ils travaillent. Ils renoncent au monde, aux villes, aux sensualit&#233;s, aux plaisirs, aux vanit&#233;s, aux orgueils, aux int&#233;r&#234;ts. Ils sont v&#234;tus de grosse laine ou de grosse toile. Pas un d'eux ne poss&#232;de en propri&#233;t&#233; quoi que ce soit. En entrant l&#224;, celui qui &#233;tait riche se fait pauvre. Ce qu'il a, il le donne &#224; tous. Celui qui &#233;tait ce qu'on appelle noble, gentilhomme et seigneur, est l'&#233;gal de celui qui &#233;tait paysan. La cellule est identique pour tous. Tous subissent la m&#234;me tonsure, portent le m&#234;me froc, mangent le m&#234;me pain noir, dorment sur la m&#234;me paille, meurent sur la m&#234;me cendre. Le m&#234;me sac sur le dos, la m&#234;me corde autour des reins. Si le parti pris est d'aller pieds nus, tous vont pieds nus. Il peut y avoir l&#224; un prince, ce prince est la m&#234;me ombre que les autres. Plus de titres. Les noms de famille m&#234;me ont disparu. Ils ne portent que des pr&#233;noms. Tous sont courb&#233;s sous l'&#233;galit&#233; des noms de bapt&#234;me. Ils ont dissous la famille charnelle et constitu&#233; dans leur communaut&#233; la famille spirituelle. Ils n'ont plus d'autres parents que tous les hommes. Ils secourent les pauvres, ils soignent les malades. Ils &#233;lisent ceux auxquels ils ob&#233;issent. Ils se disent l'un &#224; l'autre : mon fr&#232;re. &lt;br class='autobr' /&gt;
Vous m'arr&#234;tez, et vous vous &#233;criez : &#8212; Mais c'est l&#224; le couvent id&#233;al ! &lt;br class='autobr' /&gt;
Il suffit que ce soit le couvent possible, pour que j'en doive tenir compte. De l&#224; vient que, dans le livre pr&#233;c&#233;dent, j'ai parl&#233; d'un couvent avec un accent respectueux. Le moyen-&#226;ge &#233;cart&#233;, l'Asie &#233;cart&#233;e, la question historique et politique r&#233;serv&#233;e, au point de vue philosophique pur, en dehors des n&#233;cessit&#233;s de la pol&#233;mique militante, &#224; la condition que le monast&#232;re soit absolument volontaire et ne renferme que des consentements, je consid&#233;rerai toujours la communaut&#233; claustrale avec une certaine gravite attentive et, &#224; quelques &#233;gards, d&#233;f&#233;rente. L&#224; o&#249; il y a la communaut&#233;, il y a la commune ; l&#224; o&#249; il y a la commune, il y a le droit. Le monast&#232;re est le produit de la formule : &#201;galit&#233;, Fraternit&#233;. Oh ! que la Libert&#233; est grande ! et quelle transfiguration splendide ! la Libert&#233; suffit &#224; transformer le monast&#232;re en r&#233;publique. &lt;br class='autobr' /&gt;
Continuons. &lt;br class='autobr' /&gt;
Mais ces hommes, ou ces femmes, qui sont derri&#232;re ces quatre murs, ils s'habillent de bure, ils sont &#233;gaux, ils s'appellent fr&#232;res ; c'est bien ; mais ils font encore autre chose ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Oui. &lt;br class='autobr' /&gt;
Quoi ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Ils regardent l'ombre, ils se mettent &#224; genoux, et ils joignent les mains. &lt;br class='autobr' /&gt;
Qu'est-ce que cela signifie ? &lt;br class='autobr' /&gt;
(&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jean Valjean d&#233;couvrait le monde des clo&#238;tres&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait le deuxi&#232;me lieu de captivit&#233; qu'il voyait. Dans sa jeunesse, dans ce qui avait &#233;t&#233; pour lui le commencement de la vie, et plus tard, tout r&#233;cemment encore, il en avait vu un autre, lieu affreux, lieu terrible, et dont les s&#233;v&#233;rit&#233;s lui avaient toujours paru &#234;tre l'iniquit&#233; de la justice et le crime de la loi. Aujourd'hui apr&#232;s le bagne il voyait le clo&#238;tre ; et songeant qu'il avait fait partie du bagne et qu'il &#233;tait maintenant, pour ainsi dire, spectateur du clo&#238;tre, il les confrontait dans sa pens&#233;e avec anxi&#233;t&#233;. Quelquefois il s'accoudait sur sa b&#234;che et descendait lentement dans les spirales sans fond de la r&#234;verie. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il se rappelait ses anciens compagnons ; comme ils &#233;taient mis&#233;rables ; ils se levaient d&#232;s l'aube et travaillaient jusqu'&#224; la nuit ; &#224; peine leur laissait-on le sommeil ; ils couchaient sur des lits de camp, o&#249; l'on ne leur tol&#233;rait que des matelas de deux pouces d'&#233;paisseur, dans des salles qui n'&#233;taient chauff&#233;es qu'aux mois les plus rudes de l'ann&#233;e ; ils &#233;taient v&#234;tus d'affreuses casaques rouges ; on leur permettait, par gr&#226;ce, un pantalon de toile dans les grandes chaleurs et une rouli&#232;re de laine sur le dos dans les grands froids ; ils ne buvaient de vin et ne mangeaient de viande que lorsqu'ils allaient &#171; &#224; la fatigue &#187;. Ils vivaient, n'ayant plus de noms, d&#233;sign&#233;s seulement par des num&#233;ros et en quelque sorte faits chiffres, baissant les yeux, baissant la voix, les cheveux coup&#233;s, sous le b&#226;ton, dans la honte. &lt;br class='autobr' /&gt;
Puis son esprit retombait sur les &#234;tres qu'il avait devant les yeux. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ces &#234;tres vivaient, eux aussi, les cheveux coup&#233;s, les yeux baiss&#233;s, la voix basse, non dans la honte, mais au milieu des railleries du monde, non le dos meurtri par le b&#226;ton, mais les &#233;paules d&#233;chir&#233;es par la discipline. &#192; eux aussi, leur nom parmi les hommes s'&#233;tait &#233;vanoui ; ils n'existaient plus que sous des appellations aust&#232;res. Ils ne mangeaient jamais de viande et ne buvaient jamais de vin ; ils restaient souvent jusqu'au soir sans nourriture ; ils &#233;taient v&#234;tus, non de vestes rouges, mais de suaires noirs, en laine, pesants l'&#233;t&#233;, l&#233;gers l'hiver, sans pouvoir y rien retrancher ni y rien ajouter ; sans m&#234;me avoir, selon la saison, la ressource du v&#234;tement de toile ou du surtout de laine ; et ils portaient six mois de l'ann&#233;e des chemises de serge qui leur donnaient la fi&#232;vre. Ils habitaient, non des salles chauff&#233;es seulement dans les froids rigoureux, mais des cellules o&#249; l'on n'allumait jamais de feu ; ils couchaient, non sur des matelas &#233;pais de deux pouces, mais sur la paille. Enfin on ne leur laissait pas m&#234;me le sommeil ; toutes les nuits, apr&#232;s une journ&#233;e de labeur, il fallait, dans l'accablement du premier repos, au moment o&#249; l'on s'endormait et o&#249; l'on se r&#233;chauffait &#224; peine, se r&#233;veiller, se lever, et s'en aller prier dans une chapelle glac&#233;e et sombre, les deux genoux sur la pierre. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; de certains jours, il fallait que chacun de ces &#234;tres, &#224; tour de r&#244;le, rest&#226;t douze heures de suite agenouill&#233; sur la dalle ou prostern&#233; la face contre terre et les bras en croix. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les autres &#233;taient des hommes ; ceux-ci &#233;taient des femmes. Qu'avaient fait ces hommes ? Ils avaient vol&#233;, viol&#233;, pill&#233;, tu&#233;, assassin&#233;. C'&#233;taient des bandits, des faussaires, des empoisonneurs, des incendiaires, des meurtriers, des parricides. Qu'avaient fait ces femmes ? Elles n'avaient rien fait. &lt;br class='autobr' /&gt;
D'un c&#244;t&#233; le brigandage, la fraude, le dol, la violence, la lubricit&#233;, l'homicide, toutes les esp&#232;ces du sacril&#232;ge, toutes les vari&#233;t&#233;s de l'attentat ; de l'autre une seule chose, l'innocence. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'innocence parfaite, presque enlev&#233;e dans une myst&#233;rieuse assomption, tenant encore &#224; la terre par la vertu, tenant d&#233;j&#224; au ciel par la saintet&#233;. D'un c&#244;t&#233; des confidences de crimes qu'on se fait &#224; voix basse ; de l'autre la confession des fautes qui se fait &#224; voix haute. Et quels crimes ! et quelles fautes ! &lt;br class='autobr' /&gt;
D'un c&#244;t&#233; des miasmes, de l'autre un ineffable parfum. D'un c&#244;t&#233; une peste morale, gard&#233;e &#224; vue, parqu&#233;e sous le canon, et d&#233;vorant lentement ses pestif&#233;r&#233;s ; de l'autre un chaste embrasement de toutes les &#226;mes dans le m&#234;me foyer. L&#224; les t&#233;n&#232;bres ; ici l'ombre ; mais une ombre pleine de clart&#233;s, et des clart&#233;s pleines de rayonnements. &lt;br class='autobr' /&gt;
Deux lieux d'esclavage ; mais dans le premier la d&#233;livrance possible, une limite l&#233;gale toujours entrevue, et puis l'&#233;vasion. Dans le second, la perp&#233;tuit&#233; ; pour toute esp&#233;rance, &#224; l'extr&#233;mit&#233; lointaine de l'avenir, cette lueur de libert&#233; que les hommes appellent la mort. &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans le premier, on n'&#233;tait encha&#238;n&#233; que par des cha&#238;nes ; dans l'autre, on &#233;tait encha&#238;n&#233; par sa foi. &lt;br class='autobr' /&gt;
(&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pris en soi, et id&#233;alement, et pour tourner autour de la v&#233;rit&#233; jusqu'&#224; &#233;puisement impartial de tous les aspects, le monast&#232;re, le couvent de femmes surtout, car dans notre soci&#233;t&#233; c'est la femme qui souffre le plus, et dans cet exil du clo&#238;tre il y a de la protestation, le couvent de femmes a incontestablement une certaine majest&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Cette existence claustrale si aust&#232;re et si morne, dont nous venons d'indiquer quelques lin&#233;aments, ce n'est pas la vie, car ce n'est pas la libert&#233; ; ce n'est pas la tombe, car ce n'est pas la pl&#233;nitude ; c'est le lieu &#233;trange d'o&#249; l'on aper&#231;oit, comme de la cr&#234;te d'une haute montagne, d'un c&#244;t&#233; l'ab&#238;me o&#249; nous sommes, de l'autre l'ab&#238;me o&#249; nous serons ; c'est une fronti&#232;re &#233;troite et brumeuse s&#233;parant deux mondes, &#233;clair&#233;e et obscurcie par les deux &#224; la fois, o&#249; le rayon affaibli de la vie se m&#234;le au rayon vague de la mort c'est la p&#233;nombre du tombeau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Diderot : &#171; Tuez plut&#244;t votre fille que de l'emprisonner dans un clo&#238;tre malgr&#233; elle ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikisource.org/wiki/La_Religieuse/Texte&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikisource.org/wiki/La_Religieuse/Texte&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.org/spip.php?article7598&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.org/spip.php?article7598&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.org/spip.php?article4968&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.org/spip.php?article4968&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Les principales catastrophes qui nous menacent ne sont pas d'origine climatique</title>
		<link>http://www.matierevolution.fr/spip.php?article8914</link>
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		<dc:date>2026-09-13T22:45:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Climat</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Les principales catastrophes qui nous menacent ne sont pas d'origine climatique &lt;br class='autobr' /&gt;
Pourtant, c'est ce qu'affirment l'ensemble des m&#233;dias, des gouvernants, des partis, des syndicats, des associations et on en passe&#8230; y compris l'extr&#234;me gauche opportuniste&#8230; &lt;br class='autobr' /&gt;
https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/l-info-de-france-inter/les-dix-plus-grosses-catastrophes-climatiques-de-2025-ont-coute-au-moins-120-milliards-de-dollars-selon-une-ong-7911659 (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique38" rel="directory"&gt;G&#233;odynamique et climatologie de la Terre - Protection de la plan&#232;te&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot287" rel="tag"&gt;Climat&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les principales catastrophes qui nous menacent ne sont pas d'origine climatique&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, c'est ce qu'affirment l'ensemble des m&#233;dias, des gouvernants, des partis, des syndicats, des associations et on en passe&#8230; y compris l'extr&#234;me gauche opportuniste&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/l-info-de-france-inter/les-dix-plus-grosses-catastrophes-climatiques-de-2025-ont-coute-au-moins-120-milliards-de-dollars-selon-une-ong-7911659&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/l-info-de-france-inter/les-dix-plus-grosses-catastrophes-climatiques-de-2025-ont-coute-au-moins-120-milliards-de-dollars-selon-une-ong-7911659&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5529&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5529&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5611&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5611&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?breve1025&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?breve1025&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est le climat de la Terre qui est&#8230; le nombril du monde et la cause de tout ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.org/spip.php?article9269&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.org/spip.php?article9269&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La faute au climat (au r&#233;chauffement anthropique global) ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S&#233;isme et tsunami ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?breve936&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?breve936&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Inondation g&#233;ante et catastrophique ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8913&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8913&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les canicules ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8912&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8912&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8858&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8858&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7351&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7351&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;pid&#233;mie de cancers ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8383&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8383&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mort des civilisations ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7599&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7599&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les d&#233;serts chauds ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7877&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7877&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le volcanisme ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7711&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7711&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pollution ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5565&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5565&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4657&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4657&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2554&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2554&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les glaciers ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4982&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4982&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article535&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article535&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5443&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5443&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#233;chauffement ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4338&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4338&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article57&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article57&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.org/spip.php?breve141&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.org/spip.php?breve141&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les incendies ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8885&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8885&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.org/spip.php?article9123&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.org/spip.php?article9123&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.org/spip.php?article8392&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.org/spip.php?article8392&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les grandes catastrophes ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.org/spip.php?article9452&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.org/spip.php?article9452&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'anthropoc&#232;ne ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7476&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7476&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'effet de serre ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3894&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3894&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.org/spip.php?article8619&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.org/spip.php?article8619&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fukushima ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3535&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3535&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le capitalisme ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1737&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1737&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7018&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7018&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les p&#244;les ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5382&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5382&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1178&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1178&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Covid ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8455&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8455&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les classes dirigeantes ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7718&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7718&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2811&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2811&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6804&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6804&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'effondrement du capitalisme et toutes ses cons&#233;quences dramatiques (dictature, r&#233;pression, fascisme, &#233;pid&#233;mies, famines, massacres, chute de la sant&#233; et de la s&#233;curit&#233;, guerres&#8230;) ne sont nullement climatiques !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne faut pas confondre la fin d'un monde (le capitalisme) avec la fin du monde (le r&#233;chauffement global)&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.org/spip.php?article9664&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.org/spip.php?article9664&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le principal probl&#232;me du syst&#232;me n'a rien &#224; voir avec le climat : c'est la limite des investissements productifs !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7478&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7478&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.org/spip.php?article9468&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.org/spip.php?article9468&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Pourquoi la th&#232;se du r&#233;chauffement climatique n'est pas scientifique</title>
		<link>http://www.matierevolution.fr/spip.php?article8868</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.matierevolution.fr/spip.php?article8868</guid>
		<dc:date>2026-09-12T22:07:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Climat</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Pourquoi la th&#232;se du r&#233;chauffement climatique global et anthropique caus&#233; par l'effet de serre n'est pas du tout scientifique et a tout de la th&#232;se id&#233;ologique fabriqu&#233;e sur mesure ? &lt;br class='autobr' /&gt;
1&#176;) Parce qu'une &#233;volution climatique d'&#224; venir signifie un changement qui peut n'&#234;tre vraiment mesurable et incontestable dans quelques&#8230; centaines et m&#234;me milliers d'ann&#233;es et que, par cons&#233;quent, ce n'est pas v&#233;rifiable, pas exp&#233;rimentable, pas plus s&#233;rieux que serait l'affirmation selon laquelle nous (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique38" rel="directory"&gt;G&#233;odynamique et climatologie de la Terre - Protection de la plan&#232;te&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot287" rel="tag"&gt;Climat&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;div class='spip_document_19667 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://www.matierevolution.fr/IMG/jpg/81uyt_p7qhl__ac_uf1000_1000_ql80_.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://www.matierevolution.fr/IMG/jpg/81uyt_p7qhl__ac_uf1000_1000_ql80_.jpg' width=&#034;666&#034; height=&#034;1000&#034; alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_19668 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.matierevolution.fr/IMG/jpg/images-184.jpg' width=&#034;516&#034; height=&#034;387&#034; alt='' /&gt;
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&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_19669 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://www.matierevolution.fr/IMG/jpg/maxresdefault-40.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://www.matierevolution.fr/IMG/jpg/maxresdefault-40.jpg' width=&#034;1280&#034; height=&#034;720&#034; alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_19670 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.matierevolution.fr/IMG/jpg/imagesqqqs-4.jpg' width=&#034;335&#034; height=&#034;597&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Pourquoi la th&#232;se du r&#233;chauffement climatique global et anthropique caus&#233; par l'effet de serre n'est pas du tout scientifique et a tout de la th&#232;se id&#233;ologique fabriqu&#233;e sur mesure ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;1&#176;) Parce qu'une &#233;volution climatique d'&#224; venir signifie un changement qui peut n'&#234;tre vraiment mesurable et incontestable dans quelques&#8230; centaines et m&#234;me milliers d'ann&#233;es et que, par cons&#233;quent, ce n'est pas v&#233;rifiable, pas exp&#233;rimentable, pas plus s&#233;rieux que serait l'affirmation selon laquelle nous entrons dans une &#232;re de refroidissement climatique&#8230; Et m&#234;me si on a l'impression en quelques ann&#233;es qu'on va vers un r&#233;chauffement, cela n'est pas pour autant un fait climatique av&#233;r&#233;. En fait, quand on est &#224; un stade de l'&#233;volution climatique, on ne peut absolument pas pr&#233;dire la suite. Ce n'est pas parce qu'il y aurait quelques canicules ponctuelles successives que cela voudrait dire qu'on arrive dans une p&#233;riode de climat chaud durable. Les &#233;v&#233;nements &#224; petite &#233;chelle n'ont rien &#224; voir avec des &#233;volutions &#224; grande &#233;chelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2&#176;) Parce que ce qui pousse les gens &#224; croire cette th&#232;se n'est pas son fondement scientifique lui-m&#234;me sur lequel ils n'ont aucune connaissance. L'expression &#171; effet de serre &#187; elle-m&#234;me est trompeuse car ce qui se passe dans l'effet physique en question n'est nullement ce qui se passe dans une serre !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3&#176;) Il est faux que toutes les phases climatiques chaudes de la Terre aient &#233;t&#233; caus&#233;e par des exc&#232;s de gaz &#171; &#224; effet de serre &#187;. Il y a bien d'autres facteurs qui entrent en jeu dans le climat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4&#176;) La mont&#233;e en temp&#233;rature n'est m&#234;me pas le seul facteur d&#233;terminant des phases chaudes. Les param&#232;tres fondamentaux du climat ne se limitent pas du tout &#224; la seule temp&#233;rature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5&#176;) La temp&#233;rature moyenne globale n'existe pas (ce n'est pas un param&#232;tre physique au sens scientifique). Il existe des moyennes locales seulement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6&#176;) Les courbes qui relient une temp&#233;rature moyenne de la Terre aux quantit&#233;s de gaz &#224; effet de serre ne sont pas directement interpr&#233;tables. Non seulement cette temp&#233;rature moyenne globale soi-disant calcul&#233;e sur des p&#233;riodes climatiques pass&#233;es est tr&#232;s discutable mais rien ne prouve que ces courbes signifient que ces gaz soient la cause de la hausse. Il est tout &#224; fait possible qu'une autre cause (par exemple du volcanisme &#224; grande &#233;chelle ou une augmentation de la temp&#233;rature du noyau terrestre provoquant des &#233;manations de chaleur importantes en surface) provoque &#224; la fois une hausse des temp&#233;ratures et une hausse des quantit&#233;s de ces gaz.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7&#176;) Il n'est pas exact que tous les sp&#233;cialistes du climat soient d'accord sur la th&#232;se du r&#233;chauffement global anthropique provoqu&#233;e par l'effet de serre accru li&#233; &#224; l'activit&#233; humaine. En fait, l'immense majorit&#233; des climatologues refusent d'&#234;tre explicitement leur avis sur ce sujet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8&#176;) Le GIEC, organisme intergouvernemental et international li&#233; &#224; question du r&#233;chauffement climatique ne rajoute pas de la valeur scientifique &#224; la th&#232;se, bien au contraire. Il la d&#233;fend de mani&#232;re tellement outr&#233;e, quitte &#224; mentir ou trafiquer pour mieux prouver, qu'elle perd m&#234;me en cr&#233;dibilit&#233;. Les dirigeants du GIEC sont des bureaucrates &#224; la botte des Etats que leur formation scientifique ne contraint pas &#224; parler &#224; l'encontre de ce que veulent leur faire dire les gouvernements qui les commandent. Les textes du GIEC n'ont nullement le statut d'articles scientifiques, aucun chercheur n'ayant la responsabilit&#233; d'un seul article et n'ayant le contr&#244;le sur la mani&#232;re dont il va &#234;tre diffus&#233; dans le grand public.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;9&#176;) Les fonctions qui agissent dans le climat ne permettent pas la pr&#233;diction puisqu'elles rel&#232;vent de ce que l'on appelle le chaos d&#233;terministe et sa propri&#233;t&#233; de &#171; sensibilit&#233; aux conditions initiales &#187; appel&#233;e &#171; effet papillon &#187; (dont un exemple connu est la turbulence) dans lequel toute petite diff&#233;rence des param&#232;tres &#224; un moment entraine des divergences fondamentales d'&#233;volution pas tr&#232;s longtemps apr&#232;s. Du coup, cela enl&#232;ve toute cr&#233;dibilit&#233; aux mod&#233;lisations. L'utilisation de superordinateurs ne change rien au probl&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;10&#176;) Aucune mod&#233;lisation du climat n'est parvenue en partant du climat actuel &#224; retrouver les climats du pass&#233;. On ne peut donc pas accorder une fiabilit&#233; &#224; ces mod&#232;les informatiques pour pr&#233;dire l'avenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;11&#176;) Le pr&#233;tendu &#171; consensus des scientifiques sur le r&#233;chauffement global li&#233; &#224; l'effet de serre &#187; est un effet fabriqu&#233; artificiellement et qui n'est nullement r&#233;el. L'immense majorit&#233; des articles sur ce th&#232;me ne prennent nullement parti dans cette pol&#233;mique. Les scientifiques oppos&#233;s &#224; la th&#232;se impos&#233;e par des Etats sont violemment combattus et d&#233;nonc&#233;s. Ils sont accus&#233;s de tous les crimes. La recherche en Physique n'a pas &#224; respecter ce qui fait consensus. Les physiciens ont parfaitement le droit de d&#233;velopper des th&#232;ses contre le Big Bang, contre la relativit&#233; d'Einstein, contre les th&#232;ses de Heisenberg ou Bohr en physique quantique, etc. Il n'y a aucun interdit pour nier l'existence des trous noirs, pour s'opposer &#224; la limite de vitesse de la lumi&#232;re, pour rediscuter la r&#233;alit&#233; du virtuel du vide quantique, etc, etc. Le consensus ne peut absolument pas servir d'argument contre des th&#232;ses nouvelles comme la centrale nucl&#233;aire du noyau terrestre. Le r&#244;le de l'effet de serre dans un r&#233;chauffement climatique global ne peut &#234;tre d&#233;montr&#233;e par&#8230; le consensus de ceux qui y croient, fussent-ils des scientifiques, fussent-ils des climatologues. La croyance ne suffit pas en sciences ! La science n'est pas une s&#233;rie de r&#233;sultats d&#233;finitifs mais une m&#233;thode de r&#233;flexion et de remise en cause des acquis pr&#233;c&#233;dents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;12&#176;) Ce que l'on sait de l'effet physique dit des &#171; gaz &#224; effet de serre &#187; ne permet pas de donner un fondement au r&#233;chauffement actuel de la plan&#232;te. Tout d'abord cet effet n'est pas illimit&#233;. Il ne suffirait pas d'augmenter sans limite les gaz en question dans l'atmosph&#232;re pour que la temp&#233;rature augmente sans limite. Il n'expliquerait pas que des zones se r&#233;chauffent et d'autres se refroidissent. Il n'explique pas les phases de refroidissement dans lesquelles les gaz &#224; effet de serre n'ont pas diminu&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;13&#176;) Il existe une alternative tout &#224; fait cr&#233;dible : le r&#233;chauffement du noyau terrestre qui se manifeste de plusieurs mani&#232;res et notamment par les modifications de la forme du noyau, par les m&#233;taux du noyau qui apparaissent en surface, par la chaleur proche de la surface, par les s&#233;ismes, par le volcanisme et par la tectonique des plaques accrue&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A lire :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7554&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7554&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3894&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3894&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article647&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article647&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article534&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article534&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8448&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8448&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7711&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7711&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7054&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7054&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5721&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5721&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5518&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5518&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5503&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5503&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4906&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4906&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4737&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4737&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4548&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4548&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4338&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4338&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3898&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3898&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3894&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3894&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3324&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3324&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1995&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1995&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article647&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article647&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1099&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1099&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article57&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article57&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?breve283&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?breve283&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.climato-realistes.fr/letude-selon-laquelle-97-des-scientifiques-adherent-a-la-these-du-rechauffement-climatique-dorigine-anthropique-est-biaisee/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.climato-realistes.fr/letude-selon-laquelle-97-des-scientifiques-adherent-a-la-these-du-rechauffement-climatique-dorigine-anthropique-est-biaisee/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://contrepoints.org/un-consensus-scientifique-de-999-sur-le-changement-climatique-anthropique-vraiment/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://contrepoints.org/un-consensus-scientifique-de-999-sur-le-changement-climatique-anthropique-vraiment/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.scienc&#233;climat-energie.be/2022/09/23/changements-meteorologiques-et-changement-climatiqu&#233;un-refroidissement-en-march&#233;sur-latlantiqu&#233;nord-1-2/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.scienc&#233;climat-energie.be/2022/09/23/changements-meteorologiques-et-changement-climatiqu&#233;un-refroidissement-en-march&#233;sur-latlantiqu&#233;nord-1-2/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://contrepoints.org/consensus-climatique/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://contrepoints.org/consensus-climatique/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7793&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7793&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7553&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7553&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4054&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4054&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Th&#233;orie et R&#233;volution - Quand Trotsky th&#233;orisait en 1906 ce qu'allait &#235;tre la R&#233;volution Russe de 1917</title>
		<link>http://www.matierevolution.fr/spip.php?article8289</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.matierevolution.fr/spip.php?article8289</guid>
		<dc:date>2026-09-11T22:43:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Th&#233;orie et R&#233;volution &lt;br class='autobr' /&gt;
L&#233;on Trotsky &lt;br class='autobr' /&gt;
Bilan et Perspectives &lt;br class='autobr' /&gt;
La r&#233;volution et le prol&#233;tariat &lt;br class='autobr' /&gt;
La r&#233;volution est une &#233;preuve de force ouverte entre les forces sociales en lutte pour le pouvoir. L'Etat n'est pas une fin en soi. C'est seulement une machine entre les mains des forces sociales dominantes. Comme toute machine, il a ses m&#233;canismes : un m&#233;canisme moteur, un m&#233;canisme de transmission et un m&#233;canisme d'ex&#233;cution. La force motrice de l'Etat est l'int&#233;r&#234;t de classe ; son m&#233;canisme (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique81" rel="directory"&gt;4- Ce qu'est le socialisme et ce qu'il n'est pas&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Th&#233;orie et R&#233;volution&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;on Trotsky&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bilan et Perspectives&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;volution et le prol&#233;tariat&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;volution est une &#233;preuve de force ouverte entre les forces sociales en lutte pour le pouvoir. L'Etat n'est pas une fin en soi. C'est seulement une machine entre les mains des forces sociales dominantes. Comme toute machine, il a ses m&#233;canismes : un m&#233;canisme moteur, un m&#233;canisme de transmission et un m&#233;canisme d'ex&#233;cution. La force motrice de l'Etat est l'int&#233;r&#234;t de classe ; son m&#233;canisme moteur, c'est l'agitation, la presse, la propagande par l'Eglise et par l'&#201;cole, les partis, les meetings dans la rue, les p&#233;titions et les r&#233;voltes. Le m&#233;canisme de transmission, c'est l'organisation l&#233;gislative des int&#233;r&#234;ts de caste, de dynastie, d'&#233;tat ou de classe, qui se donnent comme la volont&#233; de Dieu (absolutisme) ou la volont&#233; de la nation (parlementarisme). Enfin, le m&#233;canisme ex&#233;cutif, c'est l'administration avec sa police, les tribunaux avec leurs prisons, et l'arm&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Etat n'est pas une fin en soi, mais un moyen extr&#234;mement puissant d'organiser, de d&#233;sorganiser et de r&#233;organiser les rapports sociaux. Selon ceux qui le contr&#244;lent, il peut &#234;tre un puissant levier pour la r&#233;volution, ou un outil dont on se sert pour organiser la stagnation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout parti politique digne de ce nom, lutte pour conqu&#233;rir le pouvoir politique et mettre ainsi l'Etat au service de la classe dont il exprime les int&#233;r&#234;ts. La social-d&#233;mocratie, parti du prol&#233;tariat, lutte naturellement pour la domination politique de la classe ouvri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le prol&#233;tariat cro&#238;t et se renforce avec la croissance du capitalisme. En ce sens, le d&#233;veloppement du capitalisme est aussi le d&#233;veloppement du prol&#233;tariat vers la dictature. Mais le jour et l'heure o&#249; le pouvoir passera entre les mains de la classe ouvri&#232;re d&#233;pendent directement, non du niveau atteint par les forces productives, mais des rapports dans la lutte des classes, de la situation internationale et, enfin, d'un certain nombre de facteurs subjectifs - les traditions, l'initiative et la combativit&#233; des ouvriers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est possible que les ouvriers arrivent au pouvoir dans un pays &#233;conomiquement arri&#233;r&#233; avant d'y arriver dans un pays capitaliste avanc&#233;. En 1871, les ouvriers prirent d&#233;lib&#233;r&#233;ment le pouvoir dans la ville petite-bourgeoise de Paris ; pour deux mois seulement, il est vrai, mais, dans les centres anglais ou am&#233;ricains du grand capitalisme, les travailleurs n'avaient jamais, m&#234;me une heure, tenu le pouvoir entre leurs mains. Imaginer que la dictature du prol&#233;tariat d&#233;pende en quelque sorte automatiquement du d&#233;veloppement et des ressources techniques d'un pays, c'est l&#224; le pr&#233;jug&#233; d'un mat&#233;rialisme &#034; &#233;conomique &#034; simplifi&#233; jusqu'&#224; l'absurde. Ce point de vue n'a rien &#224; voir avec le marxisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A notre avis, la r&#233;volution russe cr&#233;era des conditions favorables au passage du pouvoir entre les mains des ouvriers - et, si la r&#233;volution l'emporte, c'est ce qui se r&#233;alisera en effet - avant que les politiciens du lib&#233;ralisme bourgeois n'aient la chance de pouvoir faire pleinement la preuve de leur talent &#224; gouverner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dressant le bilan de la r&#233;volution et de la contre-r&#233;volution de 1848-1849 pour le journal am&#233;ricain The Tribune, Marx [1] &#233;crivait :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#034;Dans son d&#233;veloppement social et politique, la classe ouvri&#232;re, en Allemagne, retarde autant sur celle de l'Angleterre et de la France que la bourgeoisie allemande sur celle de ces pays. Tel ma&#238;tre, tel valet. L'&#233;volution des conditions d'existence pour une classe prol&#233;tarienne nombreuse, forte, concentr&#233;e et consciente marche de pair avec le d&#233;veloppement des conditions d'existence d'une classe bourgeoise nombreuse, riche, concentr&#233;e et puissante. Le mouvement ouvrier n'est jamais ind&#233;pendant, ne poss&#232;de jamais un caract&#232;re exclusivement prol&#233;tarien avant que les diff&#233;rentes fractions de la bourgeoisie, et surtout sa fraction la plus progressiste, les grands industriels, n'aient conquis le pouvoir politique et transform&#233; l'&#201;tat conform&#233;ment &#224; leurs besoins. C'est alors que l'in&#233;vitable conflit entre patrons et ouvriers devient imminent et ne peut plus &#234;tre ajourn&#233;...&#034;[K. Marx, Germanija v 1848-50, trad. russe, &#233;d. Alexe&#239;eva, 1905, p. 8-9]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette citation est probablement famili&#232;re au lecteur, car les marxistes &#034;&#224; textes&#034; en ont consid&#233;rablement abus&#233; ces derniers temps. Elle a &#233;t&#233; utilis&#233;e comme un argument irr&#233;futable contre l'id&#233;e d'un gouvernement de la classe ouvri&#232;re en Russie. &#034;Tel ma&#238;tre, tel valet.&#034; Si la bourgeoisie capitaliste n'est pas encore assez forte pour prendre le pouvoir, c'est donc, disent-ils, qu'il est encore moins possible d'&#233;tablir une d&#233;mocratie ouvri&#232;re, c'est-&#224;-dire la domination politique du prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le marxisme est avant tout une m&#233;thode d'analyse, non des textes, mais des rapports sociaux. Est-il vrai qu'en Russie la faiblesse du lib&#233;ralisme capitaliste signifie in&#233;vitablement la faiblesse du mouvement ouvrier ? Est-il vrai, pour la Russie, qu'il ne peut y avoir de mouvement ouvrier ind&#233;pendant avant que la bourgeoisie ait conquis le pouvoir ? Il suffit de poser ces questions pour voir quel formalisme sans espoir se dissimule derri&#232;re les tentatives faites pour transformer une remarque historiquement relative de Marx en un axiome supra-historique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant la p&#233;riode du boom industriel, le d&#233;veloppement de l'industrie avait pris en Russie un caract&#232;re &#034;am&#233;ricain&#034; ; mais, du point de vue de ses dimensions actuelles, l'industrie russe est dans l'enfance, si on la compare &#224; celle des Etats-Unis. Cinq millions de personnes - 16,6 % de la population occup&#233;e dans l'&#233;conomie - sont engag&#233;es dans l'industrie en Russie ; pour les &#201;tats-Unis, les chiffres correspondants seraient six millions et 22,2%. Ces chiffres nous en disent encore relativement peu, mais ils deviennent &#233;loquents si l'on se souvient que la population de la Russie est presque le double de celle des Etats-Unis ! Toutefois, pour appr&#233;cier les v&#233;ritables dimensions des industries russe et am&#233;ricaine, il faut observer que, en 1900, les usines am&#233;ricaines ont produit des marchandises pour un montant de 25 milliards de roubles, cependant que, dans la m&#234;me p&#233;riode, les usines russes en produisaient pour moins de deux milliards et demi de roubles [2] !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a pas de doute que le nombre, la concentration, la culture et l'importance politique des ouvriers industriels d&#233;pendent du degr&#233; de d&#233;veloppement de l'industrie capitaliste. Mais cette d&#233;pendance n'est pas directe. Entre les forces productives d'un pays et la puissance politique de ses classes viennent interf&#233;rer &#224; n'importe quel moment divers facteurs politiques et sociaux d'un caract&#232;re national ou international, qui modifient, ou m&#234;me parfois alt&#232;rent compl&#232;tement l'expression politique des rapports &#233;conomiques. Bien que les forces productives des &#201;tats-Unis soient dix fois sup&#233;rieures &#224; celles de la Russie, le r&#244;le politique du prol&#233;tariat russe, son influence sur la politique de son pays et la possibilit&#233; pour lui d'influer sur la politique mondiale dans un proche avenir sont incomparablement plus grands que ce n'est le cas pour le prol&#233;tariat des &#201;tats-Unis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un r&#233;cent ouvrage sur le prol&#233;tariat am&#233;ricain, Kautsky souligne qu'il n'y a pas de rapport direct imm&#233;diat entre le pouvoir politique du prol&#233;tariat ou de la bourgeoisie, d'une part, et le niveau de d&#233;veloppement du capitalisme, de l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#034;Il existe deux &#201;tats, &#233;crit-il, qui sont en contraste absolu l'un avec l'autre. Dans le premier, l'un des &#233;l&#233;ments du mode de production capitaliste s'est d&#233;velopp&#233; d&#233;mesur&#233;ment par rapport au d&#233;veloppement d'ensemble de ce mode de production : dans le second, un autre &#233;l&#233;ment s'est ainsi d&#233;velopp&#233; d&#233;mesur&#233;ment. En Am&#233;rique, cet &#233;l&#233;ment est la classe capitaliste, en Russie, c'est le prol&#233;tariat. Il n'y a pas de pays o&#249; l'on soit plus fond&#233; &#224; parler d'une dictature du capital que l'Am&#233;rique ; cependant, le prol&#233;tariat n'a nulle part acquis autant d'importance qu'en Russie. Cette importance doit augmenter et augmentera sans aucun doute, car c'est seulement r&#233;cemment que ce dernier pays a commenc&#233; &#224; prendre part &#224; la lutte des classes moderne et qu'il lui a laiss&#233; quelque champ libre.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Soulignant que, dans une certaine mesure, l'Allemagne peut s'instruire en Russie sur son propre avenir, Kautsky poursuit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#034;Il est vraiment tout &#224; fait extraordinaire que le prol&#233;tariat russe puisse nous montrer notre avenir, dans la mesure o&#249;, celui-ci trouve son expression, non dans le degr&#233; de d&#233;veloppement du capital, mais dans la protestation de la classe ouvri&#232;re. Le fait que la Russie soit le plus arri&#233;r&#233; des grands Etats du monde capitaliste pourrait para&#238;tre contredire la conception mat&#233;rialiste de l'histoire selon laquelle le d&#233;veloppement &#233;conomique est la base du d&#233;veloppement politique. Mais, en r&#233;alit&#233;, seule se trouve contredite la caricature de la conception mat&#233;rialiste de l'histoire qu'en font ses adversaires et ses critiques, qui voient en elle un sch&#233;ma st&#233;r&#233;otyp&#233; et non une m&#233;thode de recherche.&#034; [K. Kautsky, Amerikanskij i russkij rabo&#233;iy, Saint-P&#233;tersbourg, 1906,p. 4-5 (Cf. Kautsky, &#034; Der Amerikanische Arbeiter &#034;, Die Neue Zeit, t. XXIV, vol. I, Stuttgart, 1906, p.677. - N.d.T.]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous recommandons particuli&#232;rement l'&#233;tude de ces lignes &#224; nos marxistes russes qui remplacent l'analyse ind&#233;pendante des rapports sociaux par des d&#233;ductions faites &#224; partir de textes choisis pour pouvoir servir dans toutes les circonstances de la vie. Personne ne compromet davantage le marxisme que ces marxistes en titre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, selon Kautsky, du point de vue &#233;conomique, la Russie se trouve &#224; un niveau relativement bas de d&#233;veloppement du capitalisme ; du point de vue politique, elle a une bourgeoisie capitaliste insignifiante et un puissant prol&#233;tariat r&#233;volutionnaire. Il en r&#233;sulte que&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#034;la lutte pour les int&#233;r&#234;ts de toute la Russie est devenue le lot de la seule forte classe actuellement existante dans le pays : le prol&#233;tariat industriel. C'est pourquoi le prol&#233;tariat industriel a une &#233;norme importance politique ; c'est pourquoi la lutte pour d&#233;livrer la Russie du carcan de l'absolutisme qui l'&#233;touffe s'est transform&#233;e en un combat singulier entre l'absolutisme et le prol&#233;tariat industriel, un combat singulier dans lequel les paysans peuvent apporter une aide consid&#233;rable, mais ne peuvent jouer un r&#244;le dirigeant. [3]&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Est-ce que tout cela ne nous autorise pas &#224; conclure qu'en Russie, le &#034;valet&#034; prendra le pouvoir avant son &#034;ma&#238;tre&#034; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il peut y avoir deux formes d'optimisme politique. Nous pouvons, dans une situation r&#233;volutionnaire, nous exag&#233;rer nos forces et nos avantages et entreprendre la r&#233;alisation de t&#226;ches qui ne correspondent pas au rapport des forces. D'un autre c&#244;t&#233;, il nous est possible de fixer, avec optimisme, des limites &#224; nos t&#226;ches r&#233;volutionnaires, alors que nous serons in&#233;vitablement amen&#233;s, par la logique de notre position, &#224; d&#233;passer ces limites.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En affirmant que notre r&#233;volution est bourgeoise dans ses buts objectifs et par cons&#233;quent dans ses r&#233;sultats in&#233;vitables, on fixe des limites &#224; tous les probl&#232;mes que pose cette r&#233;volution ; et l'on peut, ce faisant, fermer les yeux devant le fait que, dans cette r&#233;volution bourgeoise, l'acteur principal est le prol&#233;tariat, que le cours tout entier de la r&#233;volution pousse au pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut alors se rassurer en disant que, dans le cadre d'une r&#233;volution bourgeoise, la domination politique du prol&#233;tariat ne sera qu'un &#233;pisode passager ; c'est oublier qu'une fois que le prol&#233;tariat aura le pouvoir entre les mains il ne le rendra pas sans opposer une r&#233;sistance d&#233;sesp&#233;r&#233;e ; ce pouvoir ne pourra lui &#234;tre arrach&#233; que par la force des armes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut se rassurer &#233;galement en soutenant que les conditions sociales de la Russie ne sont pas encore m&#251;res pour une &#233;conomie socialiste ; il faut pourtant consid&#233;rer que le prol&#233;tariat, une fois au pouvoir, sera in&#233;vitablement pouss&#233; par la logique m&#234;me de sa position, &#224; installer une gestion &#233;tatique de l'industrie. La formule sociologique g&#233;n&#233;rale &#034;r&#233;volution bourgeoise&#034; ne r&#233;sout nullement les probl&#232;mes tactiques et politiques, les contradictions et les difficult&#233;s que pose le m&#233;canisme d'une r&#233;volution bourgeoise d&#233;termin&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la fin du XVIII&#176; si&#232;cle, dans le cadre d'une r&#233;volution bourgeoise dont la t&#226;che objective &#233;tait d'&#233;tablir la domination du capital, la dictature des sans-culottes se r&#233;v&#233;la possible. Ce ne fut pas l&#224; un simple &#233;pisode passager ; cette dictature marqua de son empreinte tout le si&#232;cle suivant, bien qu'elle se soit rapidement fracass&#233;e contre les barri&#232;res de la r&#233;volution bourgeoise, qui la limitaient de toutes parts. Au d&#233;but du XX&#176; si&#232;cle, dans une r&#233;volution dont les t&#226;ches objectives directes sont &#233;galement bourgeoises, &#233;merge comme la perspective d'un avenir prochain, la domination politique in&#233;vitable, ou du moins vraisemblable, du prol&#233;tariat. Et celui-ci saura bien veiller lui-m&#234;me &#224; ce que sa domination ne soit pas, comme l'esp&#232;rent quelques philistins r&#233;alistes, un simple &#034; &#233;pisode &#034; passager. Mais nous pouvons d&#232;s maintenant poser la question : Est-il in&#233;vitable que la dictature prol&#233;tarienne aille se fracasser contre les barri&#232;res de la r&#233;volution bourgeoise, ou est-il possible que, dans les conditions historiques mondiales donn&#233;es, elle puisse d&#233;couvrir une perspective de victoire en brisant ces barri&#232;res ? Ce sont alors des questions de tactique qui se posent devant nous : Devons-nous, &#224; mesure que la r&#233;volution se rapproche de cette &#233;tape, pr&#233;parer consciemment un gouvernement ouvrier, ou nous faut-il consid&#233;rer, &#224; ce stade, le pouvoir politique comme un malheur que la r&#233;volution bourgeoise est pr&#234;te &#224; imposer aux travailleurs, et qu'il leur vaudrait mieux &#233;viter ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Faudra-t-il que nous nous appliquions &#224; nous-m&#234;mes le mot du politicien &#034;r&#233;aliste&#034; Vollmar [4] sur les communards de 1871 : &#034;Au lieu de prendre le pouvoir, il aurait mieux fait d'aller se coucher &#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Comme l'on sait aujourd'hui, les articles parus dans le New York Daily Tribune, du 25 octobre 1851 au 22 d&#233;cembre 1852, sous la signature de Karl Marx, et publi&#233;s plus tard en volume sous le titre R&#233;volution et Contre-r&#233;volution en Allemagne, sont en r&#233;alit&#233; d'Engels. Mais il a fallu attendre la publication, en 1913, de la correspondance Marx-Engels pour le savoir. Nous citons ici le texte en fran&#231;ais d'apr&#232;s la R&#233;volution d&#233;mocratique bourgeoise en Allemagne, par F. Engels, &#233;ditions Sociales, p. 208-209.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] D. Mend&#233;l&#233;ev, op. cit., p. 99.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] D. Mend&#233;l&#233;ev, op. cit., p. 10.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] Vollmar, social-d&#233;mocrate r&#233;formiste allemand, le premier sans doute &#224; avoir d&#233;velopp&#233; la th&#233;orie de &#034; l'&#201;tat socialiste isol&#233; &#034;. Voir L. Trotsky, De la R&#233;volution, &#034; La R&#233;volution d&#233;figur&#233;e &#034;, p. 180 et &#034; La R&#233;volution trahie &#034;, p. 630-631, &#233;d. de Minuit, 1963.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le prol&#233;tariat au pouvoir et la paysannerie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la r&#233;volution remporte une victoire d&#233;cisive, le pouvoir passera &#224; la classe qui joue le r&#244;le dirigeant dans la lutte, en d'autres termes, &#224; la classe ouvri&#232;re. Disons tout de suite que cela n'exclut absolument pas l'entr&#233;e au gouvernement des repr&#233;sentants r&#233;volutionnaires des groupes sociaux non prol&#233;tariens. Ceux-ci peuvent et doivent &#234;tre au gouvernement - une politique saine obligera le prol&#233;tariat &#224; appeler au pouvoir les dirigeants influents de la petite bourgeoisie des villes, des intellectuels et de la paysannerie. Tout le probl&#232;me r&#233;side en ceci : qui d&#233;terminera le contenu de la politique gouvernementale qui formera dans son sein une majorit&#233; homog&#232;ne ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est une chose quand les repr&#233;sentants des couches d&#233;mocratiques du peuple entrent dans un gouvernement &#224; majorit&#233; ouvri&#232;re, c'en est une tout autre quand les repr&#233;sentants du prol&#233;tariat participent &#224; un gouvernement d&#233;mocratique bourgeois caract&#233;ris&#233;, dans lequel ils jouent un r&#244;le d'otages plus ou moins honorifiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La politique de la bourgeoisie capitaliste lib&#233;rale, avec toutes ses h&#233;sitations, retraites et trahisons, est parfaitement d&#233;termin&#233;e. La politique du prol&#233;tariat est encore mieux d&#233;termin&#233;e et achev&#233;e. Mais celle des intellectuels, eu &#233;gard &#224; leur caract&#232;re social interm&#233;diaire et &#224; leur &#233;lasticit&#233; politique, celle de la paysannerie, eu &#233;gard &#224; sa diversit&#233; sociale, &#224; la position interm&#233;diaire qu'elle occupe, et &#224; son caract&#232;re primitif, celle de la petite bourgeoisie des villes, eu &#233;gard, encore une fois, &#224; son manque de caract&#232;re, &#224; la position interm&#233;diaire qu'elle occupe, et &#224; son absence compl&#232;te de traditions politiques, la politique de ces trois groupes sociaux est tout &#224; fait ind&#233;termin&#233;e, informe, riche de possibilit&#233;s diverses, donc de surprises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un gouvernement d&#233;mocratique r&#233;volutionnaire sans repr&#233;sentants du prol&#233;tariat est une conception d&#233;pourvue de sens. Il suffit que l'on essaie d'imaginer un tel gouvernement pour s'en apercevoir aussit&#244;t. En refusant d'y participer, les sociaux-d&#233;mocrates rendraient un gouvernement r&#233;volutionnaire tout &#224; fait impossible ; aussi bien, une telle attitude de leur part &#233;quivaudrait &#224; une trahison. Mais c'est seulement en tant que force dominante et dirigeante que la participation du prol&#233;tariat est hautement probable, et admissible en principe. On peut, naturellement, d&#233;crire un tel gouvernement comme &#233;tant la dictature du prol&#233;tariat et de la paysannerie [1] , ou la dictature du prol&#233;tariat, de la paysannerie et de l'intelligentsia, ou m&#234;me un gouvernement de coalition de la classe ouvri&#232;re et de la petite bourgeoisie. La question n'en reste pas moins pos&#233;e : Qui exercera l'h&#233;g&#233;monie au sein du gouvernement lui-m&#234;me, et, par son interm&#233;diaire, dans le pays ? En parlant d'un gouvernement ouvrier, nous r&#233;pondons par l&#224; m&#234;me que l'h&#233;g&#233;monie devra appartenir &#224; la classe ouvri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Convention nationale, organe de la dictature jacobine, n'&#233;tait pas du tout compos&#233;e exclusivement de jacobins. Bien plus, les jacobins y &#233;taient en minorit&#233; ; mais l'influence des sans-culottes hors de l'enceinte de la Convention, et la n&#233;cessit&#233; d'adopter une politique r&#233;solue pour sauver le pays, firent tomber le pouvoir aux mains des jacobins. Ainsi donc, si la Convention, compos&#233;e de jacobins, de girondins, et de ce vaste centre h&#233;sitant qu'on appelait le marais, repr&#233;sentait formellement la nation, dans son essence c'&#233;tait une dictature des jacobins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque nous parlons d'un gouvernement ouvrier, ce que nous avons en vue, c'est un gouvernement au sein duquel les repr&#233;sentants de la classe ouvri&#232;re dominent et dirigent. Le prol&#233;tariat ne peut consolider son pouvoir sans &#233;largir les bases de la r&#233;volution. C'est seulement une fois que l'avant-garde de la r&#233;volution, le prol&#233;tariat des villes, sera au gouvernail de l'&#201;tat que de nombreux secteurs des masses travailleuses, notamment &#224; la campagne, seront entra&#238;n&#233;s dans la r&#233;volution et s'organiseront politiquement. L'agitation et l'organisation r&#233;volutionnaires pourront alors b&#233;n&#233;ficier de l'aide de l'&#201;tat. Le pouvoir l&#233;gislatif deviendra lui-m&#234;me un puissant levier pour r&#233;volutionner les masses. La nature de nos rapports sociaux historiques, qui fait retomber tout le poids de la r&#233;volution bourgeoise sur les &#233;paules du prol&#233;tariat, ne placera pas seulement le gouvernement ouvrier devant de formidables difficult&#233;s, mais lui assurera aussi le b&#233;n&#233;fice d'inestimables avantages, du moins pendant la premi&#232;re p&#233;riode de son existence. Tous les rapports entre le prol&#233;tariat et la paysannerie en seront affect&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les r&#233;volutions de 1789-1793 et de 1848, c'est, apr&#232;s la chute de l'absolutisme, aux &#233;l&#233;ments les plus mod&#233;r&#233;s de la bourgeoisie qu'est &#233;chu le pouvoir, et c'est cette derni&#232;re classe qui &#233;mancipa la paysannerie (de quelle mani&#232;re, c'est une autre question) avant que la d&#233;mocratie r&#233;volutionnaire ne re&#231;&#251;t le pouvoir, ou ne f&#251;t m&#234;me pr&#234;te &#224; le recevoir. La paysannerie, une fois &#233;mancip&#233;e, perdit tout int&#233;r&#234;t pour les affaires politiques des &#034;gens des villes&#034;, autrement dit pour le d&#233;veloppement ult&#233;rieur de la r&#233;volution, et, devenue la pierre angulaire de l'&#034;ordre&#034;, elle trahit la r&#233;volution en faveur de la r&#233;action, sous la forme du c&#233;sarisme ou de l'ancien r&#233;gime absolutiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;volution russe ne peut (et, pour une longue p&#233;riode encore ne pourra) &#233;tablir aucune sorte d'ordre constitutionnel bourgeois susceptible de r&#233;soudre les probl&#232;mes les plus &#233;l&#233;mentaires de la d&#233;mocratie. Tous les efforts &#034;&#233;clair&#233;s&#034; de bureaucrates r&#233;formateurs &#224; la White ou &#224; la Stolypine sont r&#233;duits &#224; n&#233;ant par la lutte qu'ils doivent mener pour leur propre existence. C'est pourquoi le destin des int&#233;r&#234;ts r&#233;volutionnaires les plus &#233;l&#233;mentaires de la paysannerie - m&#234;me de la paysannerie prise comme un tout, en tant qu'&#233;tat - d&#233;pend du destin de la r&#233;volution tout enti&#232;re, donc du destin du prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le prol&#233;tariat au pouvoir sera, aux yeux des paysans, la classe qui les aura &#233;mancip&#233;s. La domination du prol&#233;tariat ne signifiera pas seulement l'&#233;galit&#233; d&#233;mocratique, le droit de se gouverner librement soi-m&#234;me, le transfert de tout le fardeau des imp&#244;ts sur les &#233;paules des classes riches, la dissolution de l'arm&#233;e permanente et l'armement du peuple, l'abolition des imp&#244;ts du clerg&#233;, mais aussi la reconnaissance de toutes les transformations r&#233;volutionnaires (expropriations) accomplies par les paysans dans les rapports sociaux &#224; la campagne. Le prol&#233;tariat fera de ces transformations le point de d&#233;part de nouvelles mesures de l'&#201;tat dans l'agriculture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ces conditions, la paysannerie russe, au cours de la premi&#232;re phase, la plus difficile, de la r&#233;volution, ne sera en tout cas pas moins int&#233;ress&#233;e au maintien du r&#233;gime prol&#233;tarien, de la d&#233;mocratie ouvri&#232;re, que ne l'&#233;tait la paysannerie fran&#231;aise &#224; celui du r&#233;gime militaire de Napol&#233;on Bonaparte, qui garantissait aux nouveaux propri&#233;taires, par la force des ba&#239;onnettes, l'inviolabilit&#233; de leurs possessions. Et cela signifie que l'organisme repr&#233;sentatif de la nation, convoqu&#233; sous la direction d'un prol&#233;tariat qui se sera assur&#233; le soutien de la paysannerie, ne sera rien d'autre qu'un v&#234;tement d&#233;mocratique pour le r&#232;gne du prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais n'est-il pas possible que la paysannerie se d&#233;barrasse du prol&#233;tariat et prenne sa place ? Non, cela est impossible. Toute l'exp&#233;rience historique parle contre une telle hypoth&#232;se. L'exp&#233;rience historique montre que la paysannerie est absolument incapable d'assumer un r&#244;le politique ind&#233;pendant [2] .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'histoire du capitalisme est l'histoire de la subordination de la campagne &#224; la ville. Le d&#233;veloppement industriel des villes europ&#233;ennes, parvenu &#224; un stade d&#233;termin&#233;, a rendu impossible la persistance des rapports f&#233;odaux dans l'agriculture. Mais la campagne elle-m&#234;me n'a jamais produit une classe susceptible d'entreprendre la t&#226;che r&#233;volutionnaire d'abolir la f&#233;odalit&#233;. La m&#234;me ville, qui subordonnait l'agriculture au capital, a engendr&#233; une force r&#233;volutionnaire qui a conquis l'h&#233;g&#233;monie politique sur la campagne, et a &#233;tendu &#224; la campagne la r&#233;volution dans l'&#233;tat et dans les rapports de propri&#233;t&#233;. Et, l'histoire poursuivant son cours, la campagne est finalement tomb&#233;e dans l'esclavage &#233;conomique du capital, et la paysannerie dans l'esclavage politique des partis capitalistes. Ces partis ont ressuscit&#233; la f&#233;odalit&#233; dans le cadre de la politique parlementaire, en faisant de la paysannerie une chasse gard&#233;e pour leurs battues &#233;lectorales. Avec ses imp&#244;ts et son militarisme, l'&#201;tat bourgeois moderne jette le paysan dans les griffes de l'usurier, et, avec ses pr&#234;tres d'&#201;tat, ses &#233;coles d'&#201;tat et la corruption de la vie militaire, fait du paysan la victime d'une politique d'usuriers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La bourgeoisie russe abandonnera au prol&#233;tariat la totalit&#233; des positions de la r&#233;volution. Elle devra aussi lui abandonner l'h&#233;g&#233;monie r&#233;volutionnaire sur les paysans. Il ne restera &#224; la paysannerie rien d'autre &#224; faire, dans la situation qui r&#233;sultera du transfert du pouvoir au prol&#233;tariat, que de se rallier au r&#233;gime de la d&#233;mocratie ouvri&#232;re. Et m&#234;me si elle ne le fait pas avec un degr&#233; de conscience plus &#233;lev&#233; que lorsqu'elle se rallie, comme elle en a l'habitude, aux partis bourgeois, cela n'aura que peu d'importance. Mais, alors qu'un parti bourgeois qui dispose des suffrages des paysans s'empresse d'user du pouvoir pour plumer les paysans et fouler aux pieds leurs aspirations et ses propres promesses, quitte, si les choses tournent mal, &#224; c&#233;der la place &#224; un autre parti capitaliste, le prol&#233;tariat, s'appuyant sur la paysannerie, mobilisera toutes ses forces pour &#233;lever le niveau culturel de la campagne et d&#233;velopper la conscience politique de la paysannerie. De ce que nous avons dit plus haut r&#233;sulte clairement ce que nous pensons d'une &#034;dictature du prol&#233;tariat et de la paysannerie&#034;. La question n'est pas de savoir si nous consid&#233;rons qu'une telle forme de coop&#233;ration politique est admissible en principe, &#034;si nous la souhaitons ou ne la souhaitons pas&#034;. Nous pensons simplement qu'elle est irr&#233;alisable, au moins dans un sens direct et imm&#233;diat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, une telle coalition pr&#233;suppose, ou bien que l'un des partis bourgeois existants tienne la paysannerie sous son influence, ou bien que la paysannerie ait cr&#233;&#233; un puissant parti ind&#233;pendant ; mais nous nous sommes pr&#233;cis&#233;ment efforc&#233;s de d&#233;montrer que ni l'une ni l'autre de ces &#233;ventualit&#233;s n'est r&#233;alisable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Cf. L&#233;nine, Zwei Taktiken der Sozialdemokratie in der demokratischen Revolution, juillet 1905, Werke, Berlin, 1907, vol. IX, p. 44, ouvrage o&#249; L&#233;nine proclame la n&#233;cessit&#233; d'une &#034;dictature r&#233;volutionnaire et d&#233;mocratique du prol&#233;tariat et de la paysannerie&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] L'apparition et le d&#233;veloppement, &#224; la premi&#232;re Douma, d'abord de l' &#034;Union paysanne&#034;, puis du &#034;Groupe du travail&#034; (Troudoviki) contredisent-ils ces arguments et ceux qui suivent ? En aucune mani&#232;re. Qu'est-ce que l'Union paysanne ? Une Union qui rassemble, sur la plate-forme d'une r&#233;volution d&#233;mocratique et d'une r&#233;forme agraire, quelques &#233;l&#233;ments de la d&#233;mocratie radicale &#224; la recherche d'un appui dans les masses, et les &#233;l&#233;ments les plus conscients de la paysannerie, n'appartenant visiblement pas aux couches inf&#233;rieures de celui-ci.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A propos du programme agraire de l'Union paysanne (&#034;&#233;galit&#233; dans l'usage de la terre&#034;), qui est sa raison d'exister, il faut observer ceci plus largement et plus profond&#233;ment se d&#233;veloppera le mouvement agraire, plus t&#244;t il en arrivera &#224; la confiscation et &#224; la distribution de la terre, et plus vite se d&#233;veloppera le processus de d&#233;sint&#233;gration de l'Union paysanne, sous l'effet de mille et une contradictions de classe, locales, quotidiennes et techniques. Ses membres auront leur part d'influence dans les comit&#233;s paysans, organes de la r&#233;volution agraire au village mais il va sans dire que les comit&#233;s paysans, institutions &#233;conomico-administratives, ne pourront abolir la d&#233;pendance politique du pays &#224; l'&#233;gard de la ville, d&#233;pendance qui constitue l'un des traits dominants de la soci&#233;t&#233; moderne. Le radicalisme et le caract&#232;re informel du Groupe du travail n'a fait que refl&#233;ter le caract&#232;re contradictoire des aspirations r&#233;volutionnaires de la paysannerie. Pendant la p&#233;riode des illusions constitutionnelles, ce groupe suivait sans espoir les &#034;cadets&#034; (constitutionnels-d&#233;mocrates). Lorsque la Douma fut dissoute, ils pass&#232;rent tout naturellement sous la direction du groupe social-d&#233;mocrate. L'absence d'ind&#233;pendance des repr&#233;sentants paysans appara&#238;tra avec une clart&#233; particuli&#232;re au moment o&#249; il faudra faire preuve d'initiative et de r&#233;solution, c'est-&#224;-dire au moment o&#249; le pouvoir devra passer aux mains des r&#233;volutionnaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#233;gime prol&#233;tarien&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Le prol&#233;tariat ne peut acc&#233;der au pouvoir qu'en s'appuyant sur un soul&#232;vement national et sur l'enthousiasme national. Le prol&#233;tariat entrera au gouvernement comme le repr&#233;sentant r&#233;volutionnaire de la nation, comme le dirigeant reconnu de la nation dans la lutte contre l'absolutisme et la barbarie f&#233;odale. En prenant le pouvoir, cependant, il ouvrira une nouvelle &#233;poque, une &#233;poque de l&#233;gislation r&#233;volutionnaire, de politique positive, et, &#224; cet &#233;gard, il ne peut nullement &#234;tre assur&#233; de conserver le r&#244;le de porte-parole reconnu de la volont&#233; de la nation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, les premi&#232;res mesures prises par le prol&#233;tariat pour nettoyer les &#233;curies d'Augias de l'ancien r&#233;gime et expulser leurs habitants rencontreront le soutien actif de la nation tout enti&#232;re, en d&#233;pit de ce que peuvent dire, sur le caract&#232;re tenace de certains pr&#233;jug&#233;s dans les masses, les eunuques lib&#233;raux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce nettoyage politique sera compl&#233;t&#233; par une r&#233;organisation d&#233;mocratique de tous les rapports sociaux et &#233;tatiques. Le gouvernement ouvrier sera oblig&#233; sous l'influence des pressions et des revendications imm&#233;diates d'intervenir de fa&#231;on d&#233;cisive en tout et partout...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sa premi&#232;re t&#226;che sera de chasser de l'arm&#233;e et de l'administration tous ceux qui ont du sang sur les mains, et de licencier ou de disperser les r&#233;giments qui se sont le plus souill&#233;s de crimes contre le peuple. Cela devra &#234;tre r&#233;gl&#233; dans les tout premiers jours de la r&#233;volution, bien avant qu'il soit possible d'introduire le syst&#232;me de l'&#233;ligibilit&#233; et de la responsabilit&#233; des fonctionnaires et d'organiser une milice nationale. Mais ce n'est pas tout. La d&#233;mocratie ouvri&#232;re se trouvera imm&#233;diatement plac&#233;e devant la question de la dur&#233;e de la journ&#233;e de travail, devant la question agraire, et devant le probl&#232;me du ch&#244;mage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une chose est claire. Avec chaque jour qui passera, la politique du prol&#233;tariat au pouvoir s'approfondira, et son caract&#232;re de classe s'affirmera de fa&#231;on toujours plus r&#233;solue. En m&#234;me temps se rompront les liens du prol&#233;tariat avec la nation, la d&#233;sint&#233;gration de la paysannerie en tant que classe rev&#234;tira une forme politique, et l'antagonisme entre les divers secteurs qui la composent cro&#238;tra &#224; mesure que la politique du gouvernement ouvrier se d&#233;finira davantage, et cessera davantage d'&#234;tre une politique d&#233;mocratique au sens g&#233;n&#233;ral du terme, pour devenir une politique de classe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'absence, chez les paysans comme chez les intellectuels, de traditions bourgeoises et individualistes accumul&#233;es, comme de pr&#233;jug&#233;s contre le prol&#233;tariat, facilitera, certes, l'accession au pouvoir de ce dernier ; il ne faut cependant pas oublier que cette absence de pr&#233;jug&#233;s n'est pas le fruit de la conscience politique, mais bien de la barbarie politique, du manque de maturit&#233; sociale et de caract&#232;re, et de l'arri&#233;ration. Il n'y a l&#224; rien qui soit susceptible de fournir, pour une politique prol&#233;tarienne coh&#233;rente et active, une base &#224; laquelle on puisse se fier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La paysannerie tout enti&#232;re soutiendra l'abolition de la f&#233;odalit&#233;, car c'est elle qui en supporte le fardeau. Dans sa grande majorit&#233;, elle appuiera l'instauration d'un imp&#244;t progressif sur le revenu. Mais une l&#233;gislation destin&#233;e &#224; prot&#233;ger les prol&#233;taires agricoles ne jouira pas de la sympathie active de la majorit&#233; des paysans ; bien plus, elle rencontrera l'opposition active d'une minorit&#233; d'entre eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le prol&#233;tariat sera contraint de porter la lutte de classe au village, et de d&#233;truire de la sorte cette communaut&#233; d'int&#233;r&#234;ts qui existe incontestablement, encore que dans des limites comparativement &#233;troites, chez les paysans. Imm&#233;diatement apr&#232;s la prise du pouvoir, le prol&#233;tariat devra chercher &#224; prendre appui sur les antagonismes entre paysans pauvres et paysans riches, entre le prol&#233;tariat agricole et la bourgeoisie agricole. L'h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233; de la paysannerie cr&#233;era des difficult&#233;s &#224; l'application d'une politique prol&#233;tarienne, et en r&#233;tr&#233;cira la base ; mais le degr&#233; insuffisant atteint par la diff&#233;renciation de classe de la paysannerie cr&#233;era des obstacles &#224; l'introduction en son sein d'une lutte de classe d&#233;velopp&#233;e sur laquelle le prol&#233;tariat urbain puisse s'appuyer. Le caract&#232;re arri&#233;r&#233; de la paysannerie sera d&#233;sormais une source d'obstacles pour la classe ouvri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le refroidissement de la paysannerie, sa passivit&#233; politique et, plus encore, l'opposition active de ses couches sup&#233;rieures ne pourront pas ne pas influencer une partie des intellectuels et de la petite bourgeoisie des villes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, plus la politique du prol&#233;tariat au pouvoir se fera pr&#233;cise et r&#233;solue, et plus le terrain se r&#233;tr&#233;cira et deviendra p&#233;rilleux sous ses pas. Tout cela est extr&#234;mement probable et m&#234;me in&#233;vitable...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les deux principaux aspects de la politique du prol&#233;tariat qui susciteront l'opposition de ses alli&#233;s, ce sont le collectivisme et l'internationalisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le caract&#232;re arri&#233;r&#233; et petit-bourgeois de la paysannerie, l'&#233;troitesse rurale de ses vues, son &#233;loignement des liens de la politique mondiale seront la source de terribles difficult&#233;s dans la voie de la politique r&#233;volutionnaire du prol&#233;tariat au pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Imaginer que le r&#244;le des sociaux-d&#233;mocrates consiste tout d'abord &#224; entrer dans un gouvernement provisoire et &#224; le diriger pendant la p&#233;riode des r&#233;formes d&#233;mocratiques r&#233;volutionnaires, en luttant pour leur donner un caract&#232;re tout &#224; fait radical, et en s'appuyant, &#224; cette fin, sur le prol&#233;tariat organis&#233;, puis, une fois le programme d&#233;mocratique enti&#232;rement r&#233;alis&#233;, &#224; quitter l'&#233;difice qu'ils auront construit pour y laisser la place aux partis bourgeois et passer dans l'opposition, ouvrant ainsi une p&#233;riode de parlementarisme, c'est envisager la chose d'une mani&#232;re susceptible de compromettre l'id&#233;e m&#234;me d'un gouvernement ouvrier. Cela, non pas parce qu'une telle attitude est inadmissible &#034;en principe&#034; - poser la question sous cette forme abstraite n'a pas de sens -, mais parce qu'elle est absolument irr&#233;elle, parce que c'est de l'utopisme de la pire esp&#232;ce : de l'utopisme philistin-r&#233;volutionnaire. Voici pourquoi : Durant la p&#233;riode o&#249; le pouvoir appartient &#224; la bourgeoisie, la division de notre programme en programme maximum et programme minimum rev&#234;t une signification de principe profonde et fondamentale. Ce fait m&#234;me de la domination de la bourgeoisie &#233;limine de notre programme minimum toutes les revendications qui sont incompatibles avec la propri&#233;t&#233; priv&#233;e des moyens de production. Ces revendications forment le contenu d'une r&#233;volution socialiste ; elles pr&#233;supposent la dictature du prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la division en programme maximum et programme minimum perd toute signification, tant principielle que pratique, d&#232;s que le pouvoir est entre les mains d'un gouvernement r&#233;volutionnaire &#224; majorit&#233; socialiste. Un gouvernement prol&#233;tarien ne peut en aucun cas se fixer &#224; lui-m&#234;me de telles limitations. Prenons la question de la journ&#233;e de huit heures. Comme on sait, cette revendication n'est nullement en contradiction avec l'existence de rapports capitalistes ; c'est pourquoi elle constitue l'un des points du programme minimum de la social-d&#233;mocratie. Mais supposons que cette mesure entre effectivement en vigueur pendant une p&#233;riode r&#233;volutionnaire, donc une p&#233;riode o&#249; les passions de classe sont exacerb&#233;es : il est hors de doute qu'elle provoquerait une r&#233;sistance organis&#233;e et r&#233;solue des capitalistes, qui prendrait, par exemple, la forme de lock-out et de fermetures d'usines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des centaines de milliers de travailleurs se trouveraient jet&#233;s &#224; la rue. Que devrait faire le gouvernement ? Si radical qu'il puisse &#234;tre, un gouvernement bourgeois ne laisserait jamais les choses en venir l&#224;, car, devant la fermeture des usines, il serait impuissant. Il serait contraint &#224; battre en retraite, la journ&#233;e de huit heures ne serait pas appliqu&#233;e et l'indignation des travailleurs serait r&#233;prim&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sous la domination du prol&#233;tariat, au contraire, l'entr&#233;e en vigueur de la journ&#233;e de huit heures aurait de tout autres cons&#233;quences. Un gouvernement qui, contrairement aux lib&#233;raux, ne chercherait pas &#224; jouer le r&#244;le d'un interm&#233;diaire &#034;impartial&#034; de la d&#233;mocratie bourgeoise ; qui chercherait &#224; s'appuyer, non sur le capital, mais sur le prol&#233;tariat, ne verrait pas, dans la fermeture des usines par les capitalistes, une excuse pour allonger la journ&#233;e de travail. Pour un gouvernement ouvrier, il n'y aurait qu'une issue : exproprier les usines ferm&#233;es, et organiser la production sur une base socialiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut naturellement raisonner de la mani&#232;re suivante supposons que le gouvernement ouvrier, fid&#232;le &#224; son programme, d&#233;cr&#232;te la journ&#233;e de huit heures ; si la r&#233;sistance qu'opposera le capital ne peut &#234;tre surmont&#233;e dans le cadre d'un programme d&#233;mocratique fond&#233; sur la pr&#233;servation de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e, les sociaux-d&#233;mocrates d&#233;missionneront, et ils en appelleront au prol&#233;tariat. Une telle solution en serait peut-&#234;tre une pour le groupe dont les membres formeraient le gouvernement ; elle n'en serait pas une pour le prol&#233;tariat, ni pour le d&#233;veloppement de la r&#233;volution. La situation serait la m&#234;me, apr&#232;s la d&#233;mission des sociaux. d&#233;mocrates, qu'au moment o&#249;, pr&#233;c&#233;demment, ils auraient &#233;t&#233; contraints d'assumer le pouvoir. Et prendre la fuite devant l'opposition organis&#233;e du capital serait une trahison plus grave que de refuser de prendre le pouvoir &#224; l'&#233;tape pr&#233;c&#233;dente. Il vaudrait r&#233;ellement beaucoup mieux pour la classe ouvri&#232;re ne pas entrer au gouvernement que d'y entrer pour y d&#233;montrer sa propre faiblesse et partir ensuite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prenons un autre exemple. Le prol&#233;tariat au pouvoir ne pourra que recourir aux mesures les plus &#233;nergiques pour r&#233;soudre le probl&#232;me du ch&#244;mage, car il est &#233;vident que les repr&#233;sentants des ouvriers au gouvernement ne pourront r&#233;pondre aux revendications des ch&#244;meurs en arguant du caract&#232;re bourgeois de la r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais si le gouvernement entreprend de soutenir les ch&#244;meurs - et peu importe ici de quelle mani&#232;re -, cela signifie une modification imm&#233;diate et substantielle du rapport des forces &#233;conomiques en faveur du prol&#233;tariat. Les capitalistes qui, pour opprimer les ouvriers, s'appuient toujours sur l'existence d'une arm&#233;e de r&#233;serve de travailleurs, se sentiraient r&#233;duits &#224; l'impuissance &#233;conomique au moment m&#234;me o&#249; le gouvernement r&#233;volutionnaire les r&#233;duirait &#224; l'impuissance politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En entreprenant de soutenir les ch&#244;meurs, le gouvernement entreprendra par l&#224; m&#234;me de soutenir les gr&#233;vistes. S'il manque &#224; ce devoir, il minera imm&#233;diatement et irr&#233;vocablement sa propre existence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne restera plus alors aux capitalistes d'autre recours que le lock-out, c'est-&#224;-dire la fermeture des usines. Il est tout &#224; fait clair que les employeurs peuvent r&#233;sister beaucoup plus longtemps que les ouvriers &#224; l'arr&#234;t de la production ; il n'y a donc, pour un gouvernement ouvrier, qu'une seule r&#233;ponse possible &#224; un lock-out g&#233;n&#233;ral : l'expropriation des usines, et l'introduction, au moins dans les plus grandes, de la production &#233;tatique ou communale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des probl&#232;mes analogues se poseront dans l'agriculture, du seul fait de l'expropriation de la terre. Il est absolument impossible de concevoir qu'un gouvernement prol&#233;tarien, apr&#232;s avoir expropri&#233; les propri&#233;t&#233;s o&#249; la production se fait sur une grande &#233;chelle, les divise en parcelles pour les mettre en vente et les faire exploiter par de petits producteurs. La seule voie, dans ce domaine, c'est l'organisation de la production coop&#233;rative, sous le contr&#244;le des communes ou directement par l'&#201;tat. Mais cette voie est celle qui conduit au socialisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout cela d&#233;montre sans ambigu&#239;t&#233; qu'il serait impossible aux sociaux-d&#233;mocrates d'entrer dans un gouvernement r&#233;volutionnaire en s'engageant &#224; la fois, &#224; l'&#233;gard des ouvriers, &#224; ne pas abandonner le programme minimum, et, &#224; l'&#233;gard des bourgeois, &#224; ne pas le d&#233;passer. Car un tel engagement bilat&#233;ral ne pourrait absolument pas &#234;tre tenu. Du seul fait que les repr&#233;sentants du prol&#233;tariat entrent au gouvernement, non &#224; titre d'otages impuissants, mais comme la force dirigeante, s'&#233;vanouit la fronti&#232;re entre programme minimum et programme maximum ; c'est-&#224;-dire que le collectivisme est mis &#224; l'ordre du jour. Jusqu'o&#249; ira le prol&#233;tariat dans cette voie ? Cela d&#233;pend du rapport des forces, mais nullement des intentions primitives du parti prol&#233;tarien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pourquoi l'on ne peut parler de je ne sais quelle forme sp&#233;ciale de la dictature du prol&#233;tariat dans la r&#233;volution bourgeoise, d'une dictature &#034;d&#233;mocratique&#034; du prol&#233;tariat - ou du prol&#233;tariat et de la paysannerie. La classe ouvri&#232;re ne pourrait pr&#233;server le caract&#232;re d&#233;mocratique de sa dictature qu'en renon&#231;ant &#224; d&#233;passer les limites du programme d&#233;mocratique. Toute illusion &#224; cet &#233;gard serait fatale. Elle compromettrait d&#232;s le d&#233;but la social-d&#233;mocratie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une fois que le prol&#233;tariat aura pris le pouvoir, il se battra pour ce pouvoir jusqu'au bout. Et s'il est vrai que, dans cette lutte pour maintenir et consolider son pouvoir, il aura recours, surtout &#224; la campagne, &#224; l'arme de l'agitation et l'organisation, il utilisera comme autre moyen une politique collectiviste. Le collectivisme ne sera pas seulement la seule voie par laquelle le parti au pouvoir, dans la position qui sera la sienne, pourra avancer, mais aussi le moyen de d&#233;fendre cette position avec l'appui du prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre presse &#034;progressiste&#034; a pouss&#233; un cri unanime d'indignation lorsque fut formul&#233;e pour la premi&#232;re fois, dans la presse socialiste, l'id&#233;e de la r&#233;volution ininterrompue - une id&#233;e qui rattachait la liquidation de l'absolutisme et de la f&#233;odalit&#233; &#224; une r&#233;volution socialiste, au travers des conflits sociaux croissants, de soul&#232;vements dans de nouvelles couches des masses, d'attaques incessantes men&#233;es par le prol&#233;tariat contre les privil&#232;ges politiques et &#233;conomiques des classes dirigeantes. &#034;Oh, s'&#233;cri&#232;rent-ils, nous avons souffert bien des choses, mais cela, nous ne le tol&#233;rerons pas. La r&#233;volution ne peut &#234;tre &#034;l&#233;galis&#233;e&#034;. C'est seulement dans des circonstances exceptionnelles qu'on peut recourir &#224; des mesures exceptionnelles. L'objectif du mouvement d'&#233;mancipation n'est pas de rendre la r&#233;volution permanente, mais de conduire aussi vite que possible &#224; une situation l&#233;gale&#034;, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les repr&#233;sentants les plus radicaux de cette m&#234;me d&#233;mocratie ne se risquent pas, pour leur part, &#224; prendre position contre la r&#233;volution, du point de vue de &#034;succ&#232;s&#034; constitutionnels d&#233;j&#224; acquis. M&#234;me pour eux, ce cr&#233;tinisme parlementaire qui pr&#233;c&#232;de l'apparition m&#234;me du parlementarisme ne constitue pas une arme suffisante dans la lutte contre la r&#233;volution prol&#233;tarienne. C'est une autre voie qu'ils choisissent. Ils prennent position en se fondant, non sur la loi, mais sur ce qu'ils prennent pour les faits - sur les &#034;possibilit&#233;s&#034; historiques, sur le &#034;r&#233;alisme&#034; politique, et, en dernier ressort... sur le &#034;marxisme&#034;. Et pourquoi pas ? Le pieux bourgeois de Venise, Antonio, l'a dit fort justement : &#034;Le diable peut citer l'&#201;criture pour ses besoins. [1] &#034; Ces d&#233;mocrates radicaux ne regardent pas seulement comme fantastique l'id&#233;e m&#234;me d'un gouvernement ouvrier en Russie, ils nient &#233;galement qu'une r&#233;volution socialiste soit possible en Europe dans la toute prochaine p&#233;riode historique : &#034;Les pr&#233;misses de la r&#233;volution, disent-ils, ne sont pas encore visibles.&#034; Est-ce vrai ? Certes, il n'est pas question de fixer un d&#233;lai pour la r&#233;volution socialiste ; mais il est n&#233;cessaire de faire ressortir ses perspectives historiques v&#233;ritables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Shakespeare, Le Marchand de Venise, acte I, sc&#232;ne III.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les pr&#233;misses du socialisme&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le marxisme a fait du socialisme une science ; cela n'emp&#234;che pourtant pas certains &#034;marxistes&#034; de faire du marxisme une utopie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rojkov [1] , pol&#233;miquant contre le programme de socialisation et de coop&#233;ration, pr&#233;sente de la mani&#232;re suivante les &#034;pr&#233;misses n&#233;cessaires de la soci&#233;t&#233; future, fermement &#233;tablies par Marx&#034; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#034;Les pr&#233;misses objectives mat&#233;rielles sont-elles d&#233;j&#224; r&#233;alis&#233;es ? demande Rojkov. Elles supposeraient un niveau technique suffisant pour r&#233;duire au minimum le mobile du gain personnel et le souci de l'argent comptant (?), de l'effort personnel, de l'esprit d'entreprise et du risque, et qui placerait, par cons&#233;quent, la production sociale au tout premier plan. Un tel progr&#232;s de la technique est &#233;troitement li&#233; &#224; une domination presque compl&#232;te (!) de la production &#224; grande &#233;chelle dans toutes (!) les branches de l'&#233;conomie. Ce stade a-t-il &#233;t&#233; atteint ? M&#234;me les pr&#233;misses subjectives, psychologiques, comme un d&#233;veloppement suffisant, au sein du prol&#233;tariat, de la conscience de classe jusqu'au degr&#233; n&#233;cessaire pour r&#233;aliser l'unit&#233; spirituelle de la tr&#232;s grande majorit&#233; des masses populaires, m&#234;me cette conscience fait d&#233;faut. Nous connaissons, poursuit Rojkov, des associations de producteurs, comme, en France, les fameuses verreries d'Albi et diverses associations agricoles, et pourtant l'exp&#233;rience fran&#231;aise montre mieux qu'aucune autre que les conditions m&#234;me qui existent dans un pays aussi avanc&#233; ne sont pas assez d&#233;velopp&#233;es pour que pr&#233;domine la coop&#233;ration. Ces entreprises sont seulement d'une taille moyenne, leur niveau technique ne d&#233;passe pas celui des entreprises capitalistes ordinaires ; bien loin d'&#234;tre au premier plan du d&#233;veloppement industriel, de le diriger, elles ne font qu'atteindre une modeste moyenne. C'est seulement lorsque l'exp&#233;rience des associations individuelles de producteurs indiquera qu'elles jouent un r&#244;le dirigeant dans la vie &#233;conomique que l'on pourra dire que nous sommes proches d'un nouveau syst&#232;me, que l'on pourra &#234;tre s&#251;r que les conditions n&#233;cessaires &#224; son existence auront &#233;t&#233; r&#233;alis&#233;es. [2]&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec tout le respect d&#251; aux bonnes intentions du camarade Rojkov, nous devons, avec regret, reconna&#238;tre qu'il nous est rarement arriv&#233; de rencontrer une telle confusion &#224; propos de ce qu'on appelle les pr&#233;misses du socialisme, m&#234;me dans la litt&#233;rature bourgeoise. Il nous va falloir examiner cette confusion, sinon pour Rojkov, au moins pour le probl&#232;me pos&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rojkov d&#233;clare que nous n'avons pas encore atteint &#034;un degr&#233; de d&#233;veloppement technique suffisant pour r&#233;duire au minimum le mobile du gain personnel et le souci de l'argent comptant (?), de l'effort personnel, de l'esprit d'entreprise et du risque, et qui placerait, par cons&#233;quent, la production sociale au tout premier plan&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est assez difficile de comprendre ce que signifie ce passage. Ce que Rojkov veut dire, apparemment, c'est, en premier lieu, que la technique moderne n'a pas encore suffisamment chass&#233; le travail humain de l'industrie, en second lieu, que cette &#233;limination supposerait la domination presque compl&#232;te de grandes entreprises &#034;dans toutes les branches de l'&#233;conomie&#034;, et, par cons&#233;quent, la prol&#233;tarisation presque compl&#232;te de la population du pays tout enti&#232;re. Telles sont les deux pr&#233;misses du socialisme qu'il pr&#233;tend &#034;fermement &#233;tablies par Marx&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Essayons d'imaginer le fonctionnement des rapports capitalistes tels que, selon Rojkov, le socialisme les trouvera &#224; son av&#232;nement. &#034; La domination presque compl&#232;te des grandes entreprises dans toutes les branches de l'industrie &#034;, cela signifie, sous le capitalisme, nous l'avons d&#233;j&#224; dit, la prol&#233;tarisation de tous les petits et moyens producteurs tant dans l'agriculture que dans l'industrie, c'est-&#224;-dire la transformation de toute la population en prol&#233;taires. Mais la domination compl&#232;te du machinisme dans ces grandes entreprises aboutirait &#224; r&#233;duire au minimum l'emploi du travail vivant ; par cons&#233;quent, l'&#233;crasante majorit&#233; de la population du pays - disons 90 % - serait transform&#233;e en une arm&#233;e de r&#233;serve vivant aux frais de l'&#201;tat dans des asiles pour les pauvres. Nous disons 90%, mais rien ne nous emp&#234;che d'&#234;tre logiques et d'imaginer un &#233;tat de choses dans lequel la totalit&#233; de la production consiste en un seul m&#233;canisme automatique, appartenant &#224; un seul cartel et n'ayant besoin, comme travail vivant, que de celui d'un unique orang-outan bien dress&#233;. C'est l&#224;, on le sait, la th&#233;orie aveuglante de logique du professeur Tougan-Baranovsky [3] . Dans ces conditions, la &#034; production sociale &#034; n'est pas seulement au &#034; tout premier plan &#034;, elle occupe tout le terrain ; et, de plus, la consommation elle aussi est naturellement socialis&#233;e, puisque la nation tout enti&#232;re, except&#233; les 10 % du trust, vivra sur les fonds publics dans les asiles. Ainsi, derri&#232;re Rojkov, appara&#238;t le visage souriant et familier de Tougan-Baranovsky. Le socialisme peut maintenant faire son entr&#233;e. La population &#233;merge des asiles et exproprie le groupe des expropriateurs. Ni r&#233;volution ni dictature du prol&#233;tariat ne sont &#233;videmment plus n&#233;cessaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le second signe &#233;conomique de la maturit&#233; d'un pays pour le socialisme, c'est, selon Rojkov, la possibilit&#233; pour la production coop&#233;rative de pr&#233;dominer dans ce pays. M&#234;me en France, la verrerie coop&#233;rative d'Albi n'est pas &#224; un niveau plus &#233;lev&#233; que n'importe quelle autre entreprise capitaliste. La production socialiste ne deviendra possible que lorsque les coop&#233;ratives seront &#034;au premier plan du d&#233;veloppement industriel&#034;, qu'elles le &#034;dirigeront&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toute l'argumentation est sens dessus dessous. Si les coop&#233;ratives ne peuvent prendre la t&#234;te du d&#233;veloppement industriel, ce n'est pas parce que celui-ci n'est pas all&#233; assez loin, c'est parce qu'il est all&#233; trop loin. Sans aucun doute, le d&#233;veloppement &#233;conomique jette les bases de la coop&#233;ration, mais de quelle sorte de coop&#233;ration ? S'il s'agit de la coop&#233;ration capitaliste, fond&#233;e sur le travail salari&#233;, alors chaque usine nous offre le tableau d'une telle coop&#233;ration. Et l'importance de cette coop&#233;ration ne fait qu'augmenter avec le d&#233;veloppement de la technique. Mais comment le d&#233;veloppement du capitalisme peut-il placer les coop&#233;ratives de camarades &#034;au premier plan de l'industrie&#034; ? Sur quoi se fonde Rojkov pour esp&#233;rer que les coop&#233;ratives puissent l'emporter sur les cartels et les trusts, et prendre leur place en t&#234;te du d&#233;veloppement industriel ? Il est &#233;vident que, si cela se produisait, il ne resterait plus alors aux coop&#233;ratives qu'&#224; exproprier automatiquement toutes les entreprises capitalistes, puis &#224; r&#233;duire suffisamment la journ&#233;e de travail pour pouvoir donner du travail &#224; tous les citoyens, et r&#233;gler le montant de la production des diverses branches de mani&#232;re &#224; &#233;viter les crises. Les caract&#233;ristiques principales du socialisme seraient alors r&#233;alis&#233;es. Et, l&#224; encore, il est clair que ni r&#233;volution ni dictature de la classe ouvri&#232;re ne seraient plus n&#233;cessaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La troisi&#232;me pr&#233;misse est d'ordre psychologique : il faut que &#034;la conscience de classe du prol&#233;tariat soit suffisamment d&#233;velopp&#233;e pour r&#233;aliser l'unit&#233; spirituelle de la tr&#232;s grande majorit&#233; des masses populaires&#034; au sein du prol&#233;tariat social-d&#233;mocrate. Rojkov suppose &#233;videmment que le capitalisme, transformant les petits producteurs en prol&#233;taires, et la masse des prol&#233;taires en arm&#233;e de r&#233;serve du travail, donnera &#224; la social-d&#233;mocratie la possibilit&#233; d'unir et d'&#233;clairer spirituellement &#034;la tr&#232;s grande majorit&#233;&#034; (90 % ?) des masses populaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l&#224; une &#233;ventualit&#233; aussi impossible dans le monde de la barbarie capitaliste que la domination des coop&#233;ratives dans le cadre de la comp&#233;tition capitaliste. Mais, bien entendu, si cela &#233;tait r&#233;alisable, la &#034;tr&#232;s grande majorit&#233;&#034; de la nation, unie de conscience et d'esprit, n'aurait nulle peine &#224; abattre les quelques magnats du capital et organiserait, sans r&#233;volution ni dictature, une &#233;conomie socialiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une question se pose alors. Rojkov consid&#232;re Marx comme son ma&#238;tre. Or Marx, qui venait d'indiquer &#034;les pr&#233;misses essentielles du socialisme&#034; dans son Manifeste communiste, consid&#233;rait la r&#233;volution de 1848 comme le prologue imm&#233;diat de la r&#233;volution socialiste. Il ne faut &#233;videmment pas beaucoup de p&#233;n&#233;tration pour constater, soixante ans apr&#232;s, que Marx s'est tromp&#233; : le monde capitaliste existe encore. Mais comment Marx peut-il avoir fait justement cette erreur-l&#224; ? Ne s'est-il pas aper&#231;u que les grandes entreprises ne dominaient pas encore toutes les branches de l'industrie ; que les coop&#233;ratives de producteurs n'&#233;taient pas encore en t&#234;te des grandes entreprises ; que la tr&#232;s grande majorit&#233; du peuple n'&#233;tait pis encore unie sur la base des id&#233;es expos&#233;es dans le Manifeste communiste ? Si m&#234;me maintenant, nous le voyons bien, tout cela n'est pas encore r&#233;alis&#233;, comment se fait-il que Marx ne se soit pas aper&#231;u qu'en 1848 rien de la sorte n'existait ? En v&#233;rit&#233;, compar&#233; &#224; beaucoup de nos actuels automates infaillibles du marxisme, Marx n'a &#233;t&#233;, en 1848, qu'un jeune utopiste !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Encore que le camarade Rojkov ne fasse absolument pas partie des critiques de Marx, il &#233;limine compl&#232;tement n&#233;anmoins du nombre des pr&#233;misses essentielles du socialisme, nous l'avons vu, la r&#233;volution prol&#233;tarienne. Mais Rojkov n'a fait qu'exprimer en les poussant jusqu'&#224; leurs ultimes cons&#233;quences des conceptions que partagent, dans les deux tendances de notre parti, bon nombre de marxistes ; c'est pourquoi il importe d'examiner les fondements principiels et m&#233;thodologiques des erreurs qu'il a commises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Observons en passant que l'argumentation de Rojkov fond&#233;e sur le destin des coop&#233;ratives lui est propre. Nous n'avons personnellement jamais ni nulle part rencontr&#233; des socialistes qui croyaient, &#224; la fois, que la concentration de la production et la prol&#233;tarisation du peuple progressaient de fa&#231;on simple et irr&#233;sistible et que les coop&#233;ratives de production acquerraient un r&#244;le dominant avant la r&#233;volution prol&#233;tarienne. Il est beaucoup plus difficile de r&#233;unir la r&#233;alisation de ces deux pr&#233;misses dans l'&#233;volution &#233;conomique que dans la t&#234;te d'un individu ; encore que m&#234;me ce dernier point nous ait toujours, jusqu'&#224; pr&#233;sent, sembl&#233; impossible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Passons maintenant &#224; l'examen de deux autres &#034;pr&#233;misses&#034; qui constituent des pr&#233;jug&#233;s plus r&#233;pandus. Il n'est pas douteux que la concentration de la production, le d&#233;veloppement de la technique et l'&#233;l&#233;vation de la conscience des masses soient des pr&#233;misses essentielles du socialisme. Mais ces processus se produisent simultan&#233;ment ; ils ne se renforcent pas seulement l'un l'autre, mais aussi se retardent et se limitent mutuellement. Chacun de ces processus, &#224; un niveau sup&#233;rieur, exige un certain d&#233;veloppement d'un autre de ces processus, &#224; un niveau inf&#233;rieur. Mais leur d&#233;veloppement complet, pour chacun d'entre eux, est incompatible avec celui des autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;veloppement de la technique trouve incontestablement sa limite id&#233;ale dans un m&#233;canisme automatique unique, extrayant les mati&#232;res premi&#232;res au sein de la nature et les d&#233;posant aux pieds de l'homme sous forme d'objets de consommation achev&#233;s. Si l'existence du syst&#232;me capitaliste n'&#233;tait pas limit&#233;e par les rapports de classe qu'il comporte et la lutte r&#233;volutionnaire qui en r&#233;sulte, nous aurions quelques raisons d'admettre que la technique, en se rapprochant, dans le cadre du syst&#232;me capitaliste, de l'id&#233;al du m&#233;canisme automatique unique, abolirait par l&#224; m&#234;me automatiquement le capitalisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La concentration de la production qui r&#233;sulte des lois de la concurrence a une tendance inh&#233;rente &#224; prol&#233;tariser la population tout enti&#232;re. En isolant cette tendance, nous aurions raison de supposer que le capitalisme accomplirait son &#339;uvre jusqu'au bout, si le processus de prol&#233;tarisation n'&#233;tait pas interrompu par une r&#233;volution ; mais c'est l&#224; ce qui arrivera in&#233;vitablement, dans un rapport de forces d&#233;termin&#233;, bien avant que le capitalisme n'ait transform&#233; la majeure partie de la nation en arm&#233;e de r&#233;serve, confin&#233;e dans des casernes-prisons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans aucun doute, enfin, gr&#226;ce &#224; l'exp&#233;rience des luttes quotidiennes et des efforts conscients des partis socialistes, la conscience progresse graduellement ; si nous isolons ce processus, nous pouvons suivre par l'imagination ce d&#233;veloppement jusqu'&#224; ce que la majeure partie du peuple appartienne aux syndicats et aux organisations politiques et soit unie par un esprit de solidarit&#233; et par un objectif unique. Si ce processus pouvait r&#233;ellement avoir lieu quantitativement sans &#234;tre affect&#233; qualitativement, le socialisme pourrait, &#224; un moment donn&#233; du XXI&#176; ou du XXII&#176; si&#232;cle, &#234;tre r&#233;alis&#233; pacifiquement par un &#034;acte civil&#034; conscient et unanime.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais toute la question est que les processus qui constituent les pr&#233;misses historiques du socialisme ne se d&#233;veloppent pas isol&#233;ment les uns des autres, mais se limitent mutuellement ; lorsqu'ils atteignent un certain point, qui d&#233;pend de nombreuses circonstances, mais est en tout cas tr&#232;s &#233;loign&#233; de leur limite math&#233;matique, ils subissent un changement qualitatif ; leur combinaison complexe engendre alors ce ph&#233;nom&#232;ne que nous appelons r&#233;volution sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Commen&#231;ons par le processus mentionn&#233; en dernier lieu : le progr&#232;s de la conscience. Ce progr&#232;s se r&#233;alise, nous le savons, non dans des acad&#233;mies o&#249; l'on retiendrait artificiellement le prol&#233;tariat pour cinquante, cent ou cinq cents ans, mais au cours de la vie m&#234;me que connaissent, sous tous ses aspects, les ouvriers dans la soci&#233;t&#233; capitaliste, sur la base d'une lutte de classe de tous les instants. Le progr&#232;s de la conscience du prol&#233;tariat transforme cette lutte de classe, elle devient plus profonde, plus enracin&#233;e dans les principes, ce qui, &#224; son tour, entra&#238;ne une r&#233;action correspondante de la part de la classe dominante. La lutte du prol&#233;tariat contre la bourgeoisie a sa propre logique qui, en s'aiguisant, atteindra son d&#233;nouement longtemps avant que les grandes entreprises ne commencent &#224; dominer toutes les branches de l'industrie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En outre, il va de soi que le progr&#232;s de la conscience politique d&#233;pend de la croissance num&#233;rique du prol&#233;tariat, et que la dictature du prol&#233;tariat pr&#233;suppose que celui-ci soit devenu assez nombreux pour l'emporter sur la r&#233;sistance de la contre-r&#233;volution bourgeoise. Mais cela ne signifie pas du tout que &#034;la tr&#232;s grande majorit&#233;&#034; de la population doive devenir prol&#233;tarienne, ni &#034;la tr&#232;s grande majorit&#233;&#034; du prol&#233;tariat consciemment socialiste. Il est clair, bien s&#251;r, que l'arm&#233;e consciemment r&#233;volutionnaire du prol&#233;tariat doit &#234;tre plus forte que l'arm&#233;e contre-r&#233;volutionnaire du capital, tandis que les couches interm&#233;diaires, douteuses ou indiff&#233;rentes, de la population doivent &#234;tre dans une situation telle que le r&#233;gime de la dictature du prol&#233;tariat les attire du c&#244;t&#233; de la r&#233;volution au lieu de les repousser du c&#244;t&#233; de leurs ennemis ; ce que la politique prol&#233;tarienne doit naturellement prendre consciemment en consid&#233;ration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et tout ceci, &#224; son tour, pr&#233;suppose l'h&#233;g&#233;monie de l'industrie sur l'agriculture, et la domination de la ville sur la campagne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous allons maintenant entreprendre l'examen des pr&#233;misses du socialisme dans l'ordre d&#233;croissant de g&#233;n&#233;ralit&#233;, et dans l'ordre croissant de complexit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. Le socialisme n'est pas seulement une question d'&#233;galit&#233; dans la distribution, mais aussi de planification dans la production. La production socialiste, c'est-&#224;-dire la production coop&#233;rative &#224; grande &#233;chelle, n'est possible que si le d&#233;veloppement des forces productives est suffisant pour que les grandes entreprises soient plus productives que les petites. Plus les grandes entreprises surclassent les petites, c'est-&#224;-dire plus la technique est d&#233;velopp&#233;e, et plus avantageuse, au point de vue &#233;conomique, est devenue la production socialis&#233;e ; plus &#233;lev&#233;, par suite, doit &#234;tre le niveau de culture de la population tout enti&#232;re, cons&#233;quence de l'&#233;galit&#233; dans la distribution fond&#233;e sur la planification de la production.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette premi&#232;re pr&#233;misse objective du socialisme existe de longue date : depuis que la division sociale du travail a abouti &#224; la division du travail dans la manufacture, et plus encore depuis que la manufacture a fait place &#224; l'usine, au machinisme. Les grandes entreprises sont devenues toujours plus avantageuses : leur socialisation aurait donc toujours davantage enrichi la soci&#233;t&#233;. Il est clair que, si tous les ateliers artisanaux &#233;taient devenus la propri&#233;t&#233; collective des artisans, ceux-ci n'en auraient pas &#233;t&#233; plus riches d'un liard ; au contraire, la transformation des manufactures en propri&#233;t&#233; collective des travailleurs parcellaires, comme le passage des usines aux mains des ouvriers qui y sont employ&#233;s - ou, plus exactement, le passage de tous les moyens de grande production industrielle aux mains de la population tout enti&#232;re - &#233;l&#232;verait incontestablement le niveau de vie du peuple ; et cela d'autant plus que le stade atteint par la production &#224; grande &#233;chelle serait plus &#233;lev&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On cite souvent, dans la litt&#233;rature socialiste, l'exemple de ce d&#233;put&#233; anglais, Bellers[4], qui, en 1696, un si&#232;cle avant la conspiration de Babeuf, soumit au Parlement un projet de soci&#233;t&#233;s coop&#233;ratives subvenant chacune enti&#232;rement aux besoins. Selon Bellers, ces coop&#233;ratives de production devaient se composer de deux &#224; trois cents personnes. Nous ne pouvons ici discuter sa th&#232;se ; cela n'est d'ailleurs pas n&#233;cessaire &#224; notre propos ; ce qui nous importe, c'est que, d&#232;s la fin du XVII&#176; si&#232;cle, l'&#233;conomie collective, m&#234;me con&#231;ue en termes de groupes de cent, deux cents, trois cents ou cinq cents personnes, &#233;tait consid&#233;r&#233;e comme avantageuse du point de vue de la production.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au commencement du XIX&#176; si&#232;cle, Fourier tira les plans de ses &#034;phalanst&#232;res&#034;, associations de producteurs-consommateurs comptant chacune deux mille &#224; trois mille personnes. Les calculs de Fourier n'ont jamais brill&#233; par leur exactitude ; mais, en tout cas, s'inspirant du d&#233;veloppement des manufactures &#224; son &#233;poque, il donna &#224; ses communaut&#233;s &#233;conomiques une base beaucoup plus large que dans l'exemple cit&#233; plus haut. Il est cependant clair que les associations de John Bellers comme les phalanst&#232;res de Fourier se rapprochaient beaucoup plus, par leur nature, des communes &#233;conomiques libres dont r&#234;vent les anarchistes, et dont le caract&#232;re utopique ne tient pas &#224; leur &#034;impossibilit&#233;&#034; ou au fait qu'elles soient &#034;contre nature&#034; - les communes communistes d'Am&#233;rique ont prouv&#233; qu'elles &#233;taient possibles -, mais &#224; ce qu'elles retardent de cent &#224; deux cents ans sur le d&#233;veloppement de l'&#233;conomie. Le d&#233;veloppement de la division sociale du travail, d'une part, du machinisme, de l'autre, font qu'aujourd'hui le seul organisme coop&#233;ratif qui peut utiliser les avantages de la production collective sur une grande &#233;chelle, c'est l'&#201;tat. Bien plus, tant pour des raisons &#233;conomiques que politiques, la production socialiste ne pourrait rester confin&#233;e dans les limites des &#201;tats individuels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la fin du si&#232;cle dernier, un socialiste allemand qui ne partageait pas le point de vue marxiste, Atlanticus [5] , a calcul&#233; les avantages &#233;conomiques qui r&#233;sulteraient de l'application de l'&#233;conomie socialiste &#224; une unit&#233; comme l'Allemagne. Atlanticus ne se distinguait pas du tout par des &#233;carts d'imagination. Ses id&#233;es se mouvaient g&#233;n&#233;ralement dans le cercle de la routine &#233;conomique du capitalisme. Il fondait ses arguments sur les ouvrages autoris&#233;s d'agronomes et d'ing&#233;nieurs modernes. C'est l&#224; &#224; la fois la faiblesse et la force de son argumentation car il &#233;vite ainsi de tomber dans un optimisme injustifi&#233;. Toujours est-il qu'Atlanticus arrive &#224; la conclusion suivante : avec une organisation socialiste convenable de l'&#233;conomie, en faisant appel aux ressources techniques du milieu de la derni&#232;re d&#233;cennie du XIX&#176; si&#232;cle, le revenu des travailleurs pourrait &#234;tre doubl&#233; ou tripl&#233;, tandis que la journ&#233;e de travail diminuerait de moiti&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne faudrait pourtant pas imaginer qu'Atlanticus a &#233;t&#233; le premier &#224; montrer la sup&#233;riorit&#233; &#233;conomique du socialisme. La productivit&#233; sup&#233;rieure du travail dans les grandes entreprises, d'une part, les crises &#233;conomiques venant souligner la n&#233;cessit&#233; d'une planification de la production, de l'autre, ont constitu&#233; des preuves beaucoup plus convaincantes de la n&#233;cessit&#233; du socialisme qu'Atlanticus avec sa comptabilit&#233;. Son m&#233;rite est seulement d'avoir chiffr&#233; approximativement cette sup&#233;riorit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De ce qui pr&#233;c&#232;de, nous pouvons conclure que si la croissance ult&#233;rieure de la puissance technique de l'homme rend le socialisme toujours plus avantageux, des pr&#233;misses techniques suffisantes de la production collective existent d&#233;j&#224; depuis cent ou deux cents ans ; et que, &#224; l'heure actuelle, ce n'est pas seulement sur le plan national que le socialisme pr&#233;sente une sup&#233;riorit&#233; technique, mais aussi, et cette sup&#233;riorit&#233; est colossale, &#224; l'&#233;chelle mondiale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, la seule sup&#233;riorit&#233; technique du socialisme n'a pas du tout suffi &#224; en assurer la r&#233;alisation. Ce n'est pas sous une forme socialiste, mais sous une forme capitaliste que, au cours du XVIII&#176; et du XIX&#176; si&#232;cle, s'est manifest&#233;e la sup&#233;riorit&#233; de la production &#224; grande &#233;chelle. Ni les projets de Bellers, ni ceux de Fourier n'ont &#233;t&#233; appliqu&#233;s. Pourquoi donc ? Parce qu'il n'existait pas, &#224; leur &#233;poque, de forces sociales aptes &#224; les appliquer, et pr&#234;tes &#224; le faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. Nous passons maintenant des pr&#233;misses technico-productives du socialisme aux pr&#233;misses socio-&#233;conomiques moins g&#233;n&#233;rales mais plus complexes. Si nous avions affaire ici, non &#224; une soci&#233;t&#233; d&#233;chir&#233;e par l'antagonisme des classes, mais &#224; une communaut&#233; homog&#232;ne choisissant consciemment la forme de son &#233;conomie, les calculs d'Atlanticus seraient, sans aucun doute, tout &#224; fait suffisants pour que l'on entreprenne la construction du socialisme. C'est d'ailleurs sous cet angle qu'Atlanticus lui-m&#234;me, socialiste de type tr&#232;s vulgaire, consid&#233;rait son &#339;uvre. Or, &#224; l'heure actuelle, c'est seulement dans les limites d'une exploitation priv&#233;e, personnelle et anonyme, qu'un tel point de vue pourrait s'appliquer. On peut toujours s'attendre &#224; voir un patron d'entreprise accepter n'importe quel projet de r&#233;forme &#233;conomique, tel que l'introduction de nouvelles machines, de nouvelles mati&#232;res premi&#232;res, d'un nouveau mode d'organisation du travail, ou d'un nouveau syst&#232;me de r&#233;mun&#233;ration, pourvu seulement qu'on puisse montrer que ce projet pr&#233;sente un avantage commercial. Mais, s'il s'agit de l'&#233;conomie de la soci&#233;t&#233; tout enti&#232;re, cela ne saurait suffire. Ici, des int&#233;r&#234;ts oppos&#233;s sont en conflit. Ce qui est avantageux pour l'un est d&#233;savantageux pour l'autre. L'&#233;go&#239;sme d'une classe ne s'oppose pas seulement &#224; celui d'une autre classe ; il est &#233;galement dommageable &#224; la communaut&#233; tout enti&#232;re. Par cons&#233;quent, pour que le socialisme puisse &#234;tre r&#233;alis&#233;, il faut que, parmi les classes antagonistes de la soci&#233;t&#233; capitaliste, existe une force sociale qui ait int&#233;r&#234;t, du fait de sa situation objective, &#224; le r&#233;aliser, et qui soit assez puissante pour pouvoir l'emporter sur la r&#233;sistance des int&#233;r&#234;ts hostiles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'un des m&#233;rites essentiels du socialisme scientifique, c'est d'avoir d&#233;couvert th&#233;oriquement une telle force sociale dans le prol&#233;tariat, d'avoir montr&#233; que cette classe, qui se d&#233;veloppe in&#233;vitablement avec le capitalisme, ne peut trouver son salut que dans le socialisme, que toute sa situation la pousse au socialisme et que la doctrine du socialisme ne peut pas, avec le temps, ne pas devenir dans la soci&#233;t&#233; capitaliste l'id&#233;ologie du prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est donc facile de comprendre quel &#233;norme pas en arri&#232;re fait Atlanticus lorsqu'il affirme qu'une fois qu'on a d&#233;montr&#233; &#034;qu'en transf&#233;rant les moyens de production &#224; l'&#201;tat, on peut, non seulement assurer le bien-&#234;tre g&#233;n&#233;ral, mais r&#233;duire la journ&#233;e de travail, il devient indiff&#233;rent de savoir si la th&#233;orie de la concentration du capital et de la disparition des classes interm&#233;diaires de la soci&#233;t&#233; est ou non confirm&#233;e&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon Atlanticus, d&#232;s qu'ont &#233;t&#233; d&#233;montr&#233;s les avantages du socialisme, &#034;il ne sert de rien de se reposer sur les espoirs que l'on met dans le f&#233;tiche du d&#233;veloppement &#233;conomique, il faut faire des recherches &#233;tendues et entreprendre ( !) une pr&#233;paration ample et compl&#232;te du passage de la production priv&#233;e &#224; la production &#233;tatique ou sociale [6] &#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsqu'il critique la tactique purement oppositionnelle des sociaux-d&#233;mocrates, et qu'il sugg&#232;re que l'on &#034;entreprenne&#034; imm&#233;diatement la pr&#233;paration du passage au socialisme, Atlanticus oublie que les social-d&#233;mocrates n'ont pas encore le pouvoir n&#233;cessaire, et que Guillaume II, B&#252;low et la majorit&#233; du Reichstag allemand, encore qu'ayant le pouvoir entre leurs mains, n'ont pas la moindre intention d'introduire le socialisme. Les plans socialistes d'Atlanticus ne sont pas, pour les Hohenzollern, plus convaincants que ne l'&#233;taient, pour les Bourbons de la Restauration, les plans de Fourier, nonobstant le fait que ce dernier trouvait un fondement &#224; ses utopies politiques dans l'imagination passionn&#233;e dont il faisait preuve dans le domaine de la th&#233;orie &#233;conomique, cependant qu'Atlanticus, lui, fondait sa politique, non moins utopique, sur une convaincante comptabilit&#233; d'&#233;picier, d'une philistinesque sobri&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quel est le niveau que doit avoir atteint la diff&#233;renciation sociale pour que puisse &#234;tre r&#233;alis&#233;e la deuxi&#232;me pr&#233;misse du socialisme ? En d'autres termes, quel doit &#234;tre le poids num&#233;rique relatif du prol&#233;tariat ? Doit-il constituer la moiti&#233;, les deux tiers, ou les neuf dixi&#232;mes de la population ? Ce serait une entreprise totalement d&#233;sesp&#233;r&#233;e que de tenter de d&#233;finir, de mani&#232;re purement arithm&#233;tique, les limites de cette deuxi&#232;me pr&#233;misse du socialisme. Pour tenter une telle sch&#233;matisation, il faudrait, en premier lieu, savoir exactement qui il faut inclure dans la cat&#233;gorie du &#034;prol&#233;tariat&#034;. Faut-il y inclure la vaste classe des semi-prol&#233;taires, semi-paysans ? Faut-il y inclure les masses de r&#233;serve du prol&#233;tariat industriel, qui, d'un c&#244;t&#233;, se fondent dans le prol&#233;tariat parasitaire des mendiants et des voleurs, de l'autre remplissent les rues des villes comme petits commer&#231;ants, jouant, &#224; l'&#233;gard du syst&#232;me &#233;conomique pris dans son ensemble, un r&#244;le de parasites ? Voil&#224; un probl&#232;me qui n'est pas simple du tout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'importance du prol&#233;tariat d&#233;pend enti&#232;rement du r&#244;le qu'il joue dans la production &#224; grande &#233;chelle. Dans sa lutte pour la domination politique, la bourgeoisie s'appuie sur sa puissance &#233;conomique. Avant de parvenir &#224; s'assurer le pouvoir politique, elle concentre les moyens de production entre ses mains. C'est l&#224; ce qui d&#233;termine son poids sp&#233;cifique dans la soci&#233;t&#233;. Le prol&#233;tariat, lui, en d&#233;pit de toutes les fantasmagories des coop&#233;rateurs, restera d&#233;pourvu des moyens de production tant que la r&#233;volution socialiste ne sera pas devenue une r&#233;alit&#233;. Les moyens de production appartiennent &#224; la bourgeoisie, mais il est seul &#224; pouvoir les mettre en mouvement : de l&#224; r&#233;sulte sa puissance sociale. Du point de vue de la bourgeoisie, le prol&#233;tariat est aussi l'un de ces moyens de production qui, tous ensemble, ne constituent qu'un seul m&#233;canisme unifi&#233;. Mais le prol&#233;tariat est la seule partie de ce m&#233;canisme &#224; ne pas &#234;tre automatique, et, en d&#233;pit de tous les efforts, il ne peut &#234;tre r&#233;duit &#224; la condition d'automate. Sa situation donne au prol&#233;tariat le pouvoir de suspendre &#224; volont&#233;, partiellement ou totalement, le fonctionnement m&#234;me de l'&#233;conomie de la soci&#233;t&#233;, par des gr&#232;ves partielles ou la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale. Il s'ensuit que l'importance du prol&#233;tariat - suppos&#233;e num&#233;riquement inchang&#233;e - cro&#238;t en proportion de l'importance des forces productives qu'il met en mouvement ; c'est-&#224;-dire qu'un prol&#233;taire d'une grande usine est, toutes choses &#233;gales d'ailleurs, une grandeur sociale plus &#233;lev&#233;e qu'un ouvrier artisanal, et un ouvrier de la ville une grandeur plus &#233;lev&#233;e qu'un ouvrier de la campagne. Autrement dit, le r&#244;le politique du prol&#233;tariat est d'autant plus important que la production &#224; grande &#233;chelle domine la petite production, que l'industrie domine l'agriculture, et que la ville domine la campagne. Consid&#233;rons l'histoire de l'Allemagne ou de l'Angleterre &#224; l'&#233;poque o&#249; le prol&#233;tariat de ces pays y formait la m&#234;me fraction de la nation que le prol&#233;tariat forme aujourd'hui en Russie : nous verrons que non seulement il ne jouait pas, mais que son importance objective ne lui permettait pas de jouer un r&#244;le comparable &#224; celui que joue, &#224; l'heure actuelle, le prol&#233;tariat russe. Il en va de m&#234;me, nous l'avons vu, pour le r&#244;le des villes. Lorsque, comme c'est actuellement le cas en Russie, la population des villes n'&#233;tait en Allemagne que les 15 % de celle du pays tout entier, il &#233;tait impensable de voir les villes allemandes jouer, dans la vie &#233;conomique et politique du pays, le r&#244;le que jouent aujourd'hui les villes russes. La concentration dans les villes des grandes institutions industrielles et commerciales, et la liaison &#233;tablie par chemins de fer entre les villes et les provinces ont donn&#233; &#224; nos villes une importance qui exc&#232;de de loin celle qui r&#233;sulte du seul chiffre de leurs habitants ; leur importance s'est accrue bien davantage que le chiffre de leur population, cependant que l'augmentation de celle-ci, &#224; son tour, a d&#233;pass&#233; la croissance naturelle de la population du pays tout entier. En Italie, en 1848, le nombre des travailleurs artisanaux prol&#233;taires et artisans ind&#233;pendants ensemble - s'&#233;levait &#224; 15 % de la population, c'est-&#224;-dire autant que les artisans et les prol&#233;taires ensemble, en Russie, &#224; l'heure actuelle. Mais leur r&#244;le &#233;tait incomparablement plus restreint que celui jou&#233;, en Russie, par le prol&#233;tariat industriel moderne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est donc en vain - cela doit maintenant &#234;tre clair - que l'on s'efforcerait de d&#233;finir &#224; l'avance quelle proportion de la population totale doit appartenir au prol&#233;tariat au moment de la conqu&#234;te du pouvoir politique. Nous donnerons plut&#244;t quelques chiffres bruts qui indiquent quelle est, &#224; l'heure actuelle, l'importance num&#233;rique relative du prol&#233;tariat des pays avanc&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Allemagne, en 1895, la population active, non compris l'arm&#233;e, les fonctionnaires et les personnes sans profession d&#233;finie, &#233;tait de 20 millions et demi de personnes, dont 12 millions et demi de prol&#233;taires (incluant les salari&#233;s de l'agriculture, de l'industrie, du commerce ainsi que les domestiques) ; le nombre d'ouvriers, industriels ou agricoles, &#233;tait de 10,75 millions. Sur les 8 millions restants, beaucoup &#233;taient en r&#233;alit&#233; aussi des prol&#233;taires, comme les ouvriers &#224; domicile et les membres de leur famille travaillant avec eux, etc. Le nombre de salari&#233;s dans l'agriculture prise &#224; part &#233;tait de 5,75 millions. La population agricole constituait 36 % de la population enti&#232;re du pays. Ces chiffres, r&#233;p&#233;tons-le, sont ceux de 1895. Les onze ann&#233;es &#233;coul&#233;es depuis ont incontestablement apport&#233; un &#233;norme changement, dans le sens d'un accroissement du rapport entre la population urbaine et la population agricole (qui, en 1882, constituait 42 % du total), du rapport entre le prol&#233;tariat industriel et le prol&#233;tariat agricole, et, finalement, du montant du capital productif par t&#234;te d'ouvrier industriel. Mais les chiffres de 1895 suffisent pour montrer que le prol&#233;tariat allemand constituait depuis longtemps d&#233;j&#224; la force productive dominante du pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Belgique, avec sa population de 7 millions d'habitants, est un pays purement industriel. Sur 100 personnes ayant une occupation quelconque, 41 appartiennent &#224; l'industrie, au sens strict du terme, et 21 seulement &#224; l'agriculture. Sur 3 millions de personnes, en chiffres ronds, qui exercent un m&#233;tier, environ 1,8 millions, donc 60%, sont des prol&#233;taires. Ce chiffre deviendrait encore beaucoup plus expressif si nous ajoutions au prol&#233;tariat, fortement diff&#233;renci&#233;, les &#233;l&#233;ments sociaux qui s'y rattachent, les pr&#233;tendus producteurs &#034;ind&#233;pendants&#034;, qui, ind&#233;pendants du capital seulement dans la forme, lui sont en r&#233;alit&#233; encha&#238;n&#233;s, les petits fonctionnaires, les soldats, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la premi&#232;re place, pour l'industrialisation de l'&#233;conomie et la prol&#233;tarisation de la population, revient incontestablement &#224; l'Angleterre. En 1901, le nombre de personnes employ&#233;es dans l'agriculture, l'exploitation des for&#234;ts et la p&#234;che &#233;tait, dans ce pays, de 2,3 millions ; dans l'industrie, le commerce et les transports, de 12 millions et demi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous voyons que, dans les principaux pays d'Europe, la population des villes surpasse en nombre celle des campagnes. Toutefois, sa pr&#233;pond&#233;rance incommensurable ne tient pas seulement &#224; la masse de forces productives qu'elle constitue, mais aussi &#224; la qualit&#233; des &#233;l&#233;ments qui la composent. La ville attire les &#233;l&#233;ments les plus &#233;nergiques, les plus capables et les plus intelligents de la campagne. Cela est difficile &#224; prouver par des statistiques, encore que l'examen de la composition d'&#226;ge de la population urbaine, compar&#233;e &#224; celle de la population rurale, en fournisse une preuve indirecte. Ce dernier fait a sa signification propre. En Allemagne, on a calcul&#233; qu'il y avait en 1896 8 millions de personnes employ&#233;es dans l'agriculture et 8 millions dans l'industrie. Mais, si l'on divise la population par groupes d'&#226;ge, on voit que l'agriculture comptait, entre 14 et 40 ans, un million de personnes valides de moins que l'industrie. Ce sont donc &#034;les vieux et les petits&#034; qui restent surtout &#224; la campagne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout ceci nous am&#232;ne &#224; conclure que l'&#233;volution &#233;conomique - la croissance de l'industrie, des grandes entreprises, des villes, du prol&#233;tariat en g&#233;n&#233;ral et du prol&#233;tariat industriel en particulier - a d&#233;j&#224; pr&#233;par&#233; le terrain, non seulement pour la lutte du prol&#233;tariat pour le pouvoir politique, mais aussi pour la conqu&#234;te de ce pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. Nous en venons maintenant &#224; la troisi&#232;me pr&#233;misse du socialisme, la dictature du prol&#233;tariat. La politique, c'est le plan o&#249; les pr&#233;misses subjectives viennent recouper les pr&#233;misses objectives. Dans certaines conditions techniques socio-&#233;conomiques pr&#233;cises, une classe adopte consciemment un objectif d&#233;termin&#233; : la conqu&#234;te du pouvoir politique ; elle unit ses forces, &#233;value la puissance de l'ennemi et appr&#233;cie la situation. M&#234;me dans cette troisi&#232;me sph&#232;re, cependant, le prol&#233;tariat n'est pas absolument libre. Outre les facteurs subjectifs - la conscience, la pr&#233;paration et l'initiative, dont le d&#233;veloppement a, lui aussi, sa logique propre -, le prol&#233;tariat, dans l'ex&#233;cution de sa politique, se heurte &#224; un certain nombre de facteurs objectifs, comme la politique des classes dominantes et des institutions &#233;tatiques existantes (telles l'arm&#233;e, l'&#233;cole de classe, l'&#201;glise d'&#201;tat), les relations internationales, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Occupons-nous d'abord des conditions subjectives : le degr&#233; de pr&#233;paration du prol&#233;tariat pour la r&#233;volution socialiste. Il ne suffit naturellement pas que le niveau de la technique rende l'&#233;conomie socialiste avantageuse au point de vue de la productivit&#233; du travail social. Il ne suffit pas non plus que la diff&#233;renciation sociale fond&#233;e sur cette technique ait cr&#233;&#233; un prol&#233;tariat qui, en vertu de son nombre et de son r&#244;le &#233;conomique, se trouve &#234;tre la classe principale, et ait objectivement int&#233;r&#234;t au socialisme. Il faut, en outre, que cette classe soit consciente de ses int&#233;r&#234;ts objectifs ; il faut qu'elle comprenne qu'il n'y a pas d'issue pour elle en dehors du socialisme ; il faut qu'elle s'unisse en une arm&#233;e assez puissante pour conqu&#233;rir, dans une lutte ouverte, le pouvoir politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il serait stupide, &#224; l'heure actuelle, de nier la n&#233;cessit&#233; pour le prol&#233;tariat de se pr&#233;parer &#224; une telle t&#226;che. Les vieux blanquistes pouvaient esp&#233;rer le salut de l'initiative d'organisations conspiratives structur&#233;es ind&#233;pendamment des masses ; seuls, au p&#244;le oppos&#233;, les anarchistes peuvent escompter une explosion spontan&#233;e, &#233;l&#233;mentaire, des masses, une explosion dont nul ne puisse dire le but. Les social-d&#233;mocrates, eux, parlent de la conqu&#234;te du pouvoir en tant qu'action consciente d'une classe r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais bien des id&#233;ologues socialistes (id&#233;ologues dans le pire sens du terme : celui d'hommes qui mettent toute chose la t&#234;te en bas) parlent de pr&#233;parer le prol&#233;tariat pour le socialisme dans le sens de le r&#233;g&#233;n&#233;rer moralement. Le prol&#233;tariat, et m&#234;me &#034;l'humanit&#233;&#034; en g&#233;n&#233;ral devraient tout d'abord se d&#233;pouiller de leur vieille nature &#233;go&#239;ste, l'altruisme devrait dominer la vie sociale, etc. Comme nous sommes encore tr&#232;s loin d'un tel &#233;tat de choses, et que la &#034;nature humaine&#034; change tr&#232;s lentement, voil&#224; le socialisme diff&#233;r&#233; de plusieurs si&#232;cles. Un tel point de vue semble probablement tr&#232;s r&#233;aliste et &#233;volutionniste, etc., mais il n'est, en r&#233;alit&#233;, que le fruit de plates consid&#233;rations moralisantes. On admet qu'une psychologie socialiste doit se d&#233;velopper avant l'av&#232;nement du socialisme ; en d'autres termes, qu'il est possible, pour les masses, d'acqu&#233;rir une psychologie socialiste sur la base des rapports capitalistes. Il ne faut pas ici confondre l'effort conscient vers le socialisme avec une psychologie socialiste. Cette derni&#232;re suppose l'absence de motivations &#233;go&#239;stes dans la vie &#233;conomique ; cependant que, si le prol&#233;tariat aspire au socialisme et lutte pour le socialisme, cela r&#233;sulte de sa psychologie de classe. Quel que soit le nombre de points communs qu'il puisse y avoir entre la psychologie de classe du prol&#233;tariat et la psychologie socialiste sans classe, un gouffre profond ne les en s&#233;pare pas moins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La lutte men&#233;e en commun contre l'exploitation engendre de magnifiques traits d'id&#233;alisme, de solidarit&#233; et de sacrifice de soi mais, en m&#234;me temps, la lutte individuelle pour l'existence, l'ab&#238;me toujours b&#233;ant de la pauvret&#233;, la diff&#233;renciation dans les rangs des travailleurs eux-m&#234;mes, la pression exerc&#233;e d'en bas par les masses ignorantes et l'influence corruptrice des partis bourgeois ne permettent pas &#224; ces traits magnifiques de se d&#233;velopper pleinement. N&#233;anmoins, bien qu'il reste &#233;go&#239;ste et philistin, et sans qu'il d&#233;passe en &#034;valeur humaine&#034; le repr&#233;sentant moyen des classes bourgeoises, l'ouvrier moyen sait par exp&#233;rience que ses besoins et ses d&#233;sirs naturels les plus simples ne peuvent &#234;tre satisfaits que sur les ruines du syst&#232;me capitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les id&#233;alistes d&#233;peignent la lointaine g&#233;n&#233;ration &#224; venir qui sera devenue digne du socialisme exactement comme les chr&#233;tiens d&#233;peignent les premi&#232;res communaut&#233;s chr&#233;tiennes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelle qu'ait pu &#234;tre la psychologie des premiers pros&#233;lytes du christianisme (et les Actes des ap&#244;tres relatent des cas de d&#233;tournement de la propri&#233;t&#233; commune), en tout cas, lorsqu'il a commenc&#233; &#224; se r&#233;pandre, le christianisme n'a pas seulement &#233;chou&#233; dans ses efforts pour r&#233;g&#233;n&#233;rer les &#226;mes de la population tout enti&#232;re, mais a lui-m&#234;me d&#233;g&#233;n&#233;r&#233;, devenant mat&#233;rialiste et bureaucratique ; la pratique de l'instruction fraternelle d'un chr&#233;tien par un autre chr&#233;tien a c&#233;d&#233; la place au papisme, la mendicit&#233; errante au parasitisme monacal ; bref, la chr&#233;tient&#233;, bien loin de se soumettre les conditions sociales du milieu dans lequel elle se d&#233;veloppait, s'y est elle-m&#234;me soumise. Ce ne fut pas l&#224; le fruit de la maladresse ou de l'avidit&#233; des P&#232;res de l'&#201;glise, mais bien des lois inexorables qui font d&#233;pendre la psychologie humaine des conditions de la vie sociale et du travail social ; les P&#232;res de l'&#201;glise n'ont fait que d&#233;montrer cette d&#233;pendance en leur personne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le socialisme voulait cr&#233;er une nouvelle nature humaine dans les limites de l'ancienne soci&#233;t&#233;, il ne serait rien d'autre qu'une nouvelle &#233;dition des vieilles utopies moralisantes. Le socialisme n'a pas pour but de cr&#233;er une psychologie socialiste comme pr&#233;misse du socialisme, mais de cr&#233;er des conditions de vie socialiste comme pr&#233;misses d'une psychologie socialiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Nicolas Rojkov (1868-1927), professeur d'histoire &#224; l'universit&#233; de Moscou, bolchevik en 1905. Voir P. Brou&#233;, Le Parti bolchevique, &#233;d. de Minuit, 1963.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Nicolas Rojkov, K agrarnomu voprosu (Sur la question agraire), Saint-P&#233;tersbourg, 1904, p. 21-22.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] Ce th&#233;oricien r&#233;visionniste pr&#233;tendait d&#233;montrer que &#034; la surproduction chronique des moyens de production n'est pas possible &#034;en r&#233;gime capitaliste, et r&#233;futer la loi de la tendance &#224; la baisse du taux de profit. Cf. Studien zur Theorie und Geschichte der Handelskrisen in EngIand, I&#233;na, 1901 (Ire &#233;dition russe &#224; Saint-P&#233;tersbourg en 1894), et aussi Theoretische Grundlagen des Marxismus, Leipzig, 1905.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] John Bellers n'&#233;tait pas d&#233;put&#233; : c'&#233;tait un propri&#233;taire terrien quaker, qui publia son projet sous forme d'adresse au Parlement. (Note de l'&#233;dition anglaise)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] Pseudonyme de Karl Ballod.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[6] Atlanticus, Gosudarstvo budiscago (L'&#201;tat de l'avenir), Saint-P&#233;tersbourg, Dy&#233;lo &#233;d. (Cf. du m&#234;me, Ein Blick in den Zukunftstaat, Produktion und Konsumption in Sozialstaat, Stuttgart, 1898. &#8211; Nd.T.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un gouvernement ouvrier en russie et le socialisme&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Nous avons montr&#233; ci-dessus que les pr&#233;misses objectives d'une r&#233;volution socialiste ont d&#233;j&#224; &#233;t&#233; r&#233;alis&#233;es par le d&#233;veloppement &#233;conomique des pays capitalistes avanc&#233;s. Mais que pouvons-nous dire, sous ce rapport, en ce qui concerne la Russie ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pouvons-nous nous attendre &#224; ce que le passage du pouvoir aux mains du prol&#233;tariat russe soit le d&#233;but de la transformation de notre &#233;conomie nationale en une &#233;conomie socialiste ? Nous avons r&#233;pondu &#224; cette question il y a un an, dans un article qui a &#233;t&#233; soumis, dans les organes des deux fractions de notre parti, aux feux crois&#233;s d'une s&#233;v&#232;re critique. Voici ce que nous y disions :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#034;Les ouvriers parisiens n'exigeaient pas de miracles de la Commune, nous dit Marx, [1]. Nous non plus ne devons pas, aujourd'hui, esp&#233;rer de miracles imm&#233;diats de la dictature du prol&#233;tariat. Le pouvoir de l'&#201;tat n'est pas tout-puissant. Il serait absurde de croire qu'il suffise au prol&#233;tariat, pour substituer le socialisme au capitalisme, de prendre le pouvoir et de passer ensuite quelques d&#233;crets. Un syst&#232;me &#233;conomique n'est pas le produit des mesures prises par le gouvernement. Tout ce que le prol&#233;tariat peut faire, c'est d'utiliser avec toute l'&#233;nergie possible le pouvoir de l'&#201;tat pour faciliter et raccourcir le chemin qui conduit l'&#233;volution &#233;conomique au collectivisme.&lt;br class='autobr' /&gt; Le prol&#233;tariat commencera par les r&#233;formes qui figurent dans ce qu'on appelle le programme minimum ; et la logique m&#234;me de sa position l'obligera &#224; passer directement de l&#224; &#224; des mesures collectivistes.&lt;br class='autobr' /&gt; L'introduction de la journ&#233;e de huit heures et d'un imp&#244;t sur le revenu rapidement progressif sera comparativement facile, encore que, m&#234;me ici, le centre de gravit&#233; ne r&#233;sidera pas dans la passation des &#034; actes &#034;, mais dans l'organisation de leur mise en pratique. Mais la principale difficult&#233; - et c'est l&#224; que se situe le passage au collectivisme - r&#233;sidera dans l'organisation, par l'&#201;tat, de la production dans les usines qui auront &#233;t&#233; ferm&#233;es par leurs propri&#233;taires en guise de r&#233;ponse &#224; la passation de ces actes. Passer une loi pour l'abolition du droit d'h&#233;ritage et mettre cette loi en application seront, comparativement, une t&#226;che facile. Les legs sous forme de capital-argent n'embarrasseront pas le prol&#233;tariat, ni ne p&#232;seront sur son &#233;conomie. Mais, pour remplir la fonction d'h&#233;ritier de la terre ou du capital industriel, l'&#201;tat ouvrier doit &#234;tre pr&#234;t &#224; entreprendre l'organisation de la production sociale.&lt;br class='autobr' /&gt; On peut dire la m&#234;me chose, mais &#224; un degr&#233; sup&#233;rieur, de l'expropriation - avec ou sans indemnit&#233;. L'expropriation avec indemnit&#233; serait politiquement avantageuse, mais financi&#232;rement difficile, cependant que l'expropriation sans indemnit&#233; serait financi&#232;rement avantageuse mais politiquement difficile. Mais c'est dans l'organisation de la production que se rencontreront les plus grandes difficult&#233;s. Nous le r&#233;p&#233;tons : un gouvernement du prol&#233;tariat n'est pas un gouvernement capable d'accomplir des miracles.&lt;br class='autobr' /&gt; La socialisation de la production commencera dans les branches d'industrie o&#249; elle pr&#233;sente le moins de difficult&#233;s. Dans la premi&#232;re p&#233;riode, la production socialis&#233;e sera confin&#233;e dans un certain nombre d'oasis, reli&#233;es aux entreprises priv&#233;es par les lois de la circulation des marchandises. Plus s'&#233;tendra le domaine de la production sociale et plus &#233;vidents deviendront ses avantages, plus solide se sentira le nouveau r&#233;gime politique et plus hardies deviendront les mesures &#233;conomiques ult&#233;rieures du prol&#233;tariat. Il pourra s'appuyer et s'appuiera, pour prendre ces mesures, non seulement sur les forces productives nationales, mais aussi sur la technique du monde entier, exactement comme, dans sa politique r&#233;volutionnaire, il ne s'appuiera pas seulement sur son exp&#233;rience des rapports de classes dans son pays mais bien sur toute l'exp&#233;rience historique du prol&#233;tariat international.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La domination politique du prol&#233;tariat est incompatible avec son esclavage &#233;conomique. Sous quelque drapeau politique que le prol&#233;tariat ait acc&#233;d&#233; au pouvoir, il sera oblig&#233; de prendre le chemin d'une politique socialiste. Il serait du plus grand utopisme de penser que le prol&#233;tariat, apr&#232;s avoir acc&#233;d&#233; &#224; la domination politique par suite du m&#233;canisme interne d'une r&#233;volution bourgeoise, puisse, m&#234;me s'il le d&#233;sirait, borner sa mission &#224; cr&#233;er les conditions d&#233;mocratiques et r&#233;publicaines de la domination sociale de la bourgeoisie. M&#234;me, si elle n'est que temporaire, la domination politique du prol&#233;tariat affaiblira &#224; un degr&#233; extr&#234;me la r&#233;sistance du capital, qui a constamment besoin du soutien de l'&#201;tat, et fera prendre un essor gigantesque &#224; la lutte &#233;conomique du prol&#233;tariat. Les ouvriers ne pourront pas ne pas r&#233;clamer l'appui du gouvernement r&#233;volutionnaire pour les gr&#233;vistes, et un gouvernement s'appuyant sur les ouvriers ne pourra pas le refuser. Mais cela aura pour cons&#233;quence d'annuler les effets de l'existence de l'arm&#233;e de r&#233;serve du travail, d'engendrer la domination des ouvriers, non seulement sur le terrain politique, mais aussi sur le terrain &#233;conomique, et de r&#233;duire &#224; l'&#233;tat de fiction la propri&#233;t&#233; priv&#233;e des moyens de production. Ces cons&#233;quences sociales et &#233;conomiques in&#233;vitables de la dictature du prol&#233;tariat se manifesteront tr&#232;s vite, bien avant que la d&#233;mocratisation du syst&#232;me politique soit termin&#233;e. La barri&#232;re entre le programme minimum et le programme maximum tombe d&#232;s que le prol&#233;tariat acc&#232;de au pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier probl&#232;me que le r&#233;gime prol&#233;tarien devra aborder en arrivant au pouvoir, c'est la question agraire, &#224; laquelle est li&#233; le sort des larges masses de la population russe. Dans la solution de cette question, comme dans celle de toutes les autres, le prol&#233;tariat prendra pour guide l'objectif fondamental de sa politique &#233;conomique : disposer d'un domaine aussi vaste que possible pour organiser une &#233;conomie socialiste. Cependant cette politique agricole, dans sa forme comme dans le rythme de sa mise en &#339;uvre, devra &#234;tre d&#233;termin&#233;e en fonction des ressources mat&#233;rielles dont le prol&#233;tariat disposera, ainsi que du souci de ne pas jeter des alli&#233;s possibles dans les rangs de la contre-r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question agraire, c'est-&#224;-dire la question du sort de l'agriculture telle qu'elle se pose en termes de rapports sociaux, ne se r&#233;duit pas, bien entendu, &#224; la question de la terre, c'est-&#224;-dire des formes de la propri&#233;t&#233; de la terre. Il n'y a pourtant aucun doute que la solution apport&#233;e au probl&#232;me de la terre, m&#234;me si elle ne d&#233;cide pas de l'&#233;volution de l'agriculture, d&#233;cidera au moins de la politique agraire du prol&#233;tariat : autrement dit, ce que fera de la terre le r&#233;gime prol&#233;tarien doit &#234;tre &#233;troitement li&#233; &#224; son attitude g&#233;n&#233;rale &#224; l'&#233;gard du cours et des besoins du d&#233;veloppement de l'agriculture. C'est pour cette raison que la question de la terre occupe la premi&#232;re place.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une solution du probl&#232;me de la terre &#224; laquelle les socialistes r&#233;volutionnaires ont donn&#233; une popularit&#233; qui est loin d'&#234;tre sans reproche, c'est la socialisation de toute la terre ; un terme qui, une fois d&#233;barrass&#233; de son maquillage europ&#233;en, ne signifie rien d'autre que l' &#034;&#233;galit&#233; dans l'emploi de la terre&#034; - ou le &#034;partage noir&#034; [2] . Le programme de la redistribution &#233;gale de la terre suppose donc l'expropriation de toute la terre, non seulement de la terre qui appartient &#224; des propri&#233;taires priv&#233;s en g&#233;n&#233;ral ou &#224; des paysans propri&#233;taires, mais aussi de la terre communale. Si nous consid&#233;rons que cette expropriation devrait &#234;tre l'un des premiers actes du nouveau r&#233;gime, cependant que les rapports de l'&#233;conomie marchande et capitaliste seraient encore compl&#232;tement dominants, il nous faudra alors constater que les paysans seraient (ou plut&#244;t, estimeraient qu'ils sont) les premi&#232;res &#034;victimes&#034; de l'expropriation. Si nous consid&#233;rons que, pendant plusieurs d&#233;cennies, le paysan a pay&#233; l'argent du rachat [3] , qui aurait d&#251; faire de la terre qui lui &#233;tait assign&#233;e en partage sa propri&#233;t&#233; priv&#233;e ; si nous consid&#233;rons que certains des paysans les plus ais&#233;s, en faisant incontestablement des sacrifices consid&#233;rables, sacrifices consentis par une g&#233;n&#233;ration qui est encore en vie, ont acquis de vastes &#233;tendues de terrain, nous pourrons facilement imaginer quelle r&#233;sistance formidable provoquerait la tentative de transformer en propri&#233;t&#233; &#233;tatique les terres communales et celles qui appartiennent &#224; de petits propri&#233;taires. S'il agissait de la sorte, le nouveau r&#233;gime commencerait par soulever dans la paysannerie une formidable opposition contre lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et pourquoi les terres communales et celles des petits propri&#233;taires devraient-elles &#234;tre transform&#233;es en propri&#233;t&#233; d'&#201;tat ? Afin de les rendre disponibles, de fa&#231;on ou d'autre, pour leur exploitation &#233;conomique &#034;&#233;gale&#034; par tous les agriculteurs, y compris les actuels paysans sans terre et travailleurs agricoles. Ainsi donc, du point de vue &#233;conomique, le nouveau r&#233;gime ne gagnerait rien &#224; l'expropriation des petites propri&#233;t&#233;s et des terres communales, car, apr&#232;s la redistribution, les terres &#233;tatiques ou publiques seraient cultiv&#233;es comme des terres priv&#233;es. Du point de vue politique, le nouveau r&#233;gime commettrait une erreur grossi&#232;re, car il dresserait aussit&#244;t la masse de la paysannerie contre le prol&#233;tariat des villes, t&#234;te de la politique r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De plus, une distribution &#233;gale des terres suppose que l'emploi de main-d'&#339;uvre salari&#233;e soit interdit par la loi. Or, l'abolition du travail salari&#233; peut et doit &#234;tre une cons&#233;quence des r&#233;formes &#233;conomiques, mais non pas arr&#234;t&#233;e d'avance par des interdits juridiques. Car il ne suffit pas d'interdire aux propri&#233;taires terriens capitalistes l'emploi de main-d'&#339;uvre salari&#233;e il faut d'abord assurer aux cultivateurs sans terre la possibilit&#233; de vivre, et de vivre une existence rationnelle du point de vue &#233;conomique et social. Sous l'&#233;gide de l'&#233;galit&#233; dans l'usage de la terre, interdire l'emploi de la main-d'&#339;uvre salari&#233;e signifierait, d'une part, contraindre les cultivateurs sans terre &#224; s'installer sur de minimes parcelles, de l'autre, obliger le gouvernement &#224; leur fournir les outils et les fonds n&#233;cessaires &#224; leur production, socialement irrationnelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est bien entendu que le prol&#233;tariat, lorsqu'il interviendra dans l'organisation de l'agriculture, ne commencera pas par attacher &#224; leurs morceaux de terrain &#233;parpill&#233;s des cultivateurs &#233;parpill&#233;s, mais par faire exploiter les grandes propri&#233;t&#233;s par l'&#201;tat ou les communes. C'est seulement lorsque la socialisation de la production aura &#233;t&#233; bien mise en selle que le processus de la socialisation pourra avancer davantage, vers l'interdiction du travail salari&#233;. Le petit fermage capitaliste deviendra alors impossible ; mais il n'en sera pas de m&#234;me des petites exploitations vivant en &#233;conomie plus ou moins ferm&#233;e, dont l'expropriation forc&#233;e n'entre absolument pas dans les plans du prol&#233;tariat socialiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En tout cas, le prol&#233;tariat ne peut sous aucune forme entreprendre l'application d'un programme de distribution &#233;gale qui, d'une part, comporte une expropriation sans objet, purement formelle, des petites propri&#233;t&#233;s, de l'autre n&#233;cessite l'&#233;miettement tout &#224; fait r&#233;el des grandes propri&#233;t&#233;s. Cette politique qui n'est, au point de vue &#233;conomique, que du gaspillage, ne pourrait avoir comme fondement qu'une arri&#232;re-pens&#233;e utopique et r&#233;actionnaire ; par-dessus tout, elle affaiblirait politiquement le parti r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jusqu'&#224; quel point la politique socialiste de la classe ouvri&#232;re peut-elle &#234;tre appliqu&#233;e dans les conditions &#233;conomiques de la Russie ? Il y a une chose que l'on peut dire avec certitude : elle se heurtera &#224; des obstacles politiques bien avant de buter sur l'arri&#233;ration technique du pays. Sans le soutien &#233;tatique direct du prol&#233;tariat europ&#233;en, la classe ouvri&#232;re russe ne pourra rester au pouvoir et transformer sa domination temporaire en dictature socialiste durable. A ce sujet, aucun doute n'est permis. Mais il n'y a non plus aucun doute qu'une r&#233;volution socialiste &#224; l'Ouest nous rendra directement capables de transformer la domination temporaire de la classe ouvri&#232;re en une dictature socialiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1904, Kautsky, discutant les perspectives du d&#233;veloppement social et &#233;valuant les chances d'une prochaine r&#233;volution en Russie, &#233;crivait : &#034;En Russie, la r&#233;volution ne pourrait aboutir imm&#233;diatement &#224; un r&#233;gime socialiste. Les conditions &#233;conomiques du pays sont loin d'&#234;tre m&#251;res pour cela.&#034; Mais la r&#233;volution russe donnerait certainement un puissant &#233;lan au mouvement prol&#233;tarien dans le reste de l'Europe, et les luttes qui en r&#233;sulteraient pourraient bien amener le prol&#233;tariat &#224; acc&#233;der au pouvoir en Allemagne. &#034; Un tel r&#233;sultat, poursuivait Kautsky, devrait avoir une influence sur toute l'Europe. Il devrait conduire &#224; la domination politique du prol&#233;tariat en Europe occidentale, et donner au prol&#233;tariat d'Europe orientale la possibilit&#233; de contracter les &#233;tapes de son d&#233;veloppement et, en copiant l'exemple de l'Allemagne, d'instaurer artificiellement des institutions socialistes. La soci&#233;t&#233; dans sa totalit&#233; ne peut sauter artificiellement aucune des &#233;tapes de son d&#233;veloppement, mais certaines de ses parties constituantes peuvent acc&#233;l&#233;rer leur d&#233;veloppement retardataire en imitant les pays avanc&#233;s et, ainsi, parvenir m&#234;me en t&#234;te du d&#233;veloppement, parce qu'elles n'ont pas &#224; supporter le fardeau de traditions que les pays plus anciens tra&#238;nent avec eux... &#034;Cela peut arriver&#034;, dit Kautsky, &#034;mais, comme nous l'avons d&#233;j&#224; dit, nous laissons ici le domaine de l'in&#233;vitable qui peut &#234;tre &#233;tudi&#233; pour entrer dans celui du possible et il se peut donc aussi que les choses se passent autrement.&#034; [4] ; Ces lignes furent &#233;crites par le th&#233;oricien social-d&#233;mocrate allemand &#224; un moment o&#249; il se demandait encore si une r&#233;volution &#233;claterait d'abord en Russie ou &#224; l'Ouest. Depuis, le prol&#233;tariat russe a r&#233;v&#233;l&#233; une puissance colossale, d&#233;passant les espoirs les plus optimistes des sociaux-d&#233;mocrates russes. Le cours de la r&#233;volution russe a &#233;t&#233; d&#233;termin&#233;, au moins dans ses traits fondamentaux. Ce qui, il y a deux ou trois ans, semblait du domaine du possible, s'est rapproch&#233; du probable et, tout l'indique, est tout pr&#232;s de devenir in&#233;vitable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] La Guerre civile en France, &#233;ditions Sociales, 1952, p. 53.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Tchornyi Peredel, partage spontan&#233; des terres par les paysans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] Apr&#232;s leur affranchissement de 1861, les paysans avaient d&#251; payer des sommes &#233;lev&#233;es pour le rachat de leurs terres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] K. Kautsky, Revoljucionnyja perspektivy (Perspectives r&#233;volutionnaires), Kiev, 1906.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;volution et l'europe&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; En juin 1905 nous &#233;crivions :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#034;Plus d'un demi-si&#232;cle s'est &#233;coul&#233; depuis 1848, plus d'un demi-si&#232;cle de conqu&#234;tes incessantes du capitalisme dans le monde entier ; plus d'un demi-si&#232;cle d'accommodation mutuelle &#034; organique &#034; des forces de la r&#233;action bourgeoise et des forces de la r&#233;action &#034; f&#233;odale &#034; ; plus d'un demi-si&#232;cle pendant lequel la bourgeoisie a manifest&#233; sa soif forcen&#233;e d'une domination pour laquelle elle n'h&#233;site pas &#224; se battre avec f&#233;rocit&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt; Tel un m&#233;canicien fantastique qui, cherchant le mouvement perp&#233;tuel, rencontre obstacle apr&#232;s obstacle, et entasse machine sur machine pour les surmonter, la bourgeoisie a modifi&#233; et reconstruit son appareil d'&#201;tat tout en &#233;vitant un conflit &#034; extra-l&#233;gal &#034; avec les forces qui lui sont hostiles. Mais, de m&#234;me que notre m&#233;canicien autodidacte finit un jour par se heurter &#224; l'ultime et &#224; l'insurmontable obstacle de la loi de la conservation de l'&#233;nergie, de m&#234;me la bourgeoisie doit finalement se heurter &#224; cet ultime obstacle, pour elle insurmontable : les antagonismes de classe, r&#233;gl&#233;s in&#233;vitablement par un conflit.&lt;br class='autobr' /&gt; En liant tous les pays entre eux par son mode de production et son commerce, le capitalisme a fait du monde entier un seul organisme &#233;conomique et politique. De m&#234;me que le syst&#232;me moderne du cr&#233;dit rattache des milliers d'entreprises par de multiples liens et donne au capital une mobilit&#233; incroyable, qui permet d'&#233;viter beaucoup de petites faillites, mais est en m&#234;me temps la cause de l'ampleur sans pr&#233;c&#233;dent des crises &#233;conomiques g&#233;n&#233;rales, de m&#234;me, les efforts &#233;conomiques et politiques du capitalisme, son march&#233; mondial, son syst&#232;me de dettes d'&#201;tat monstrueuses, et les groupements politiques de nations qui rassemblent toutes les forces de la r&#233;action dans une sorte de trust mondial n'ont pas seulement r&#233;sist&#233; &#224; toutes les crises politiques individuelles, mais &#233;galement pr&#233;par&#233; les bases d'une crise sociale d'une extension inou&#239;e. En refoulant tous les sympt&#244;mes maladifs sous la surface, en &#233;ludant toutes les difficult&#233;s, en remettant &#224; plus tard la solution de tous les probl&#232;mes majeurs de la politique int&#233;rieure et internationale, en estompant toutes les contradictions, la bourgeoisie est parvenue &#224; diff&#233;rer le d&#233;nouement ; mais, par-l&#224; m&#234;me, elle a pr&#233;par&#233; une liquidation radicale de son r&#244;le &#224; l'&#233;chelle mondiale. Elle s'est empress&#233;e de s'accrocher &#224; toutes les forces r&#233;actionnaires, sans se pr&#233;occuper de leur origine. Le pape et le sultan ne sont pas les moindres de ses amis. La seule raison qui l'a emp&#234;ch&#233;e d'&#233;tablir des liens d'&#034; amiti&#233; &#034; avec l'empereur de Chine, c'est qu'il ne repr&#233;sente aucune force. Il &#233;tait beaucoup plus avantageux pour elle de piller son territoire que de le conserver &#224; son service, en le payant de ses deniers, dans les fonctions de gendarme. Nous voyons donc que la bourgeoisie a fait largement d&#233;pendre la stabilit&#233; de son syst&#232;me d'Etats de celle des remparts pr&#233;-capitalistes instables de la r&#233;action.&lt;br class='autobr' /&gt; Cela donne imm&#233;diatement aux &#233;v&#233;nements qui se d&#233;roulent actuellement un caract&#232;re international, et ouvre un large horizon. L'&#233;mancipation politique de la Russie sous la direction de la classe ouvri&#232;re &#233;l&#232;vera cette classe &#224; des sommets historiques inconnus jusqu'&#224; ce jour et en fera l'initiatrice de la liquidation du capitalisme mondial, dont l'histoire a r&#233;alis&#233; toutes les pr&#233;misses objectives [1].&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le prol&#233;tariat russe, ayant temporairement acc&#233;d&#233; au pouvoir, ne porte pas, de sa propre initiative, la r&#233;volution en territoire europ&#233;en, il y sera contraint par les forces de la r&#233;action f&#233;odale-bourgeoise europ&#233;enne. Il serait naturellement vain, &#224; l'heure actuelle, de d&#233;terminer les m&#233;thodes qu'emploiera la r&#233;volution russe pour se lancer &#224; l'assaut de la vieille Europe capitaliste. Ces m&#233;thodes pourraient bien appara&#238;tre tout &#224; fait &#224; l'improviste. Prenons la Pologne comme exemple du maillon qui relie l'Est r&#233;volutionnaire et l'Ouest r&#233;volutionnaire, &#233;tant entendu qu'il s'agit l&#224; d'une illustration de notre point de vue plut&#244;t que d'une pr&#233;diction v&#233;ritable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le triomphe de la r&#233;volution en Russie signifiera la victoire in&#233;vitable de la r&#233;volution en Pologne. Il n'est pas difficile d'imaginer que l'existence d'un r&#233;gime r&#233;volutionnaire dans les dix provinces de la Pologne sous occupation russe doive aboutir &#224; une r&#233;volte de la Galicie et de la Posnanie. Les gouvernements des Hohenzollern et des Habsbourg y r&#233;pondront en envoyant des forces militaires &#224; la fronti&#232;re polonaise pour, ensuite, la franchir et &#233;craser leur ennemi dans son v&#233;ritable centre : Varsovie. Il est clair que la r&#233;volution russe ne pourra pas laisser son avant-garde occidentale aux mains de la soldatesque austro-prussienne. Une guerre contre les gouvernements de Guillaume II et de Fran&#231;ois-Joseph deviendrait, dans ces conditions, un acte d'auto-d&#233;fense de la part du gouvernement r&#233;volutionnaire russe. Quelle attitude adopterait alors le prol&#233;tariat d'Autriche et d'Allemagne ? Il est &#233;vident qu'il ne pourrait rester passif pendant que les arm&#233;es de ces deux pays m&#232;neraient une croisade contre-r&#233;volutionnaire. Une guerre entre l'Allemagne f&#233;odale-bourgeoise et la Russie r&#233;volutionnaire conduirait in&#233;vitablement &#224; une r&#233;volution prol&#233;tarienne en Allemagne. A ceux &#224; qui cette affirmation pourrait para&#238;tre trop cat&#233;gorique, nous r&#233;pondrons en leur demandant de chercher quel &#233;v&#233;nement historique aurait plus de chance de contraindre les ouvriers allemands et les r&#233;actionnaires allemands &#224; une &#233;preuve de force ouverte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque notre minist&#232;re d'octobre [2] d&#233;cr&#233;ta &#224; l'improviste la loi martiale en Pologne, une rumeur tout &#224; fait plausible se r&#233;pandit selon laquelle cette mesure &#233;tait prise sur des instructions venues directement de Berlin. A la veille de la dispersion de la Douma [3], les journaux gouvernementaux publi&#232;rent, en les pr&#233;sentant comme des menaces, des informations concernant des n&#233;gociations en cours, entre les gouvernements de Berlin et de Vienne, sur l'&#233;ventualit&#233; d'une intervention arm&#233;e de leur part dans les affaires int&#233;rieures de la Russie, afin d'y r&#233;duire la s&#233;dition. Aucune sorte de d&#233;menti minist&#233;riel ne put affaiblir le choc que produisirent ces informations. Il &#233;tait clair que, dans les palais de trois pays voisins, on pr&#233;parait une sanglante revanche contre-r&#233;volutionnaire. Comment les choses pourraient-elles &#234;tre autrement ? Les monarchies semi-f&#233;odales des pays voisins pourraient-elles rester passives tandis que les flammes de la r&#233;volution l&#232;chent les fronti&#232;res de leurs royaumes ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien qu'elle soit loin d'avoir encore remport&#233; la victoire, la r&#233;volution russe a d&#233;j&#224; eu ses effets sur la Galicie &#224; travers la Pologne. &#034;Qui aurait pu pr&#233;voir, il y a un an - s'est &#233;cri&#233; Daszynsky &#224; la conf&#233;rence de Lvov du parti social-d&#233;mocrate, en mai de cette ann&#233;e -, ce qui se passe en ce moment en Galicie ? Ce grand mouvement paysan a rempli d'&#233;tonnement l'Autriche tout enti&#232;re. Zbaraz &#233;lit un social-d&#233;mocrate au poste de vice-pr&#233;v&#244;t du conseil r&#233;gional. Des paysans publient un journal socialiste r&#233;volutionnaire destin&#233; aux paysans, intitul&#233; Le Drapeau rouge, de grands meetings de paysans, forts de 30 000 personnes, se tiennent, des processions traversent les villages galiciens, autrefois si calmes et apathiques, brandissant des drapeaux rouges et chantant des chants r&#233;volutionnaires... Qu'arrivera-t-il lorsque, venant de Russie, l'annonce de la nationalisation du sol atteindra ces paysans mis&#233;rables ? &#034; Il y a plus de deux ans, au cours d'une discussion avec le socialiste polonais Louznia, Kautsky indiqua que la Russie ne doit plus &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme un boulet attach&#233; au pied de la Pologne, ni la Pologne comme une t&#234;te de pont orientale de l'Europe r&#233;volutionnaire enfonc&#233;e comme un coin dans les steppes de la barbarie moscovite. Si la r&#233;volution russe se d&#233;veloppe et remporte la victoire, la question polonaise, selon Kautsky, &#034;retrouvera son acuit&#233;, mais non dans le sens o&#249; le pense Louznia. Elle dirigera sa pointe, non contre la Russie, mais contre l'Autriche et l'Allemagne, et, si la Pologne sert la cause de la r&#233;volution, son devoir sera, non de d&#233;fendre la r&#233;volution contre la Russie, mais de l'&#233;tendre en Autriche et en Allemagne.&#034; Cette proph&#233;tie est bien plus pr&#232;s de se r&#233;aliser que Kautsky lui-m&#234;me ne pouvait le penser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais une Pologne r&#233;volutionnaire n'est pas du tout le seul point de d&#233;part possible pour une r&#233;volution en Europe. Nous avons indiqu&#233; plus haut que la bourgeoisie s'est syst&#233;matiquement abstenue pendant des d&#233;cennies enti&#232;res de r&#233;soudre bien des questions complexes et graves, tant en politique int&#233;rieure qu'en politique &#233;trang&#232;re. Les gouvernements bourgeois ont mis d'&#233;normes masses d'hommes sous les armes, mais ils ne se d&#233;cident pas &#224; trancher de l'&#233;p&#233;e les n&#339;uds enchev&#234;tr&#233;s de la politique internationale. Seul un gouvernement qui a l'appui de la nation dont les int&#233;r&#234;ts vitaux sont en jeu, ou encore un gouvernement qui sent le sol se d&#233;rober sous ses pas et est inspir&#233; par le courage du d&#233;sespoir, peut lancer au combat des centaines et des milliers d'hommes. Dans les conditions modernes de la culture politique, de la science militaire, du suffrage universel et du service militaire obligatoire, seule une profonde confiance ou un aventurisme insens&#233; peut lancer deux nations dans un conflit. Dans la guerre franco-prussienne de 1870, il y avait, d'un c&#244;t&#233;, Bismarck, qui combattait pour la prussianisation de l'Allemagne, ce qui, apr&#232;s tout, signifiait l'unit&#233; nationale, n&#233;cessit&#233; &#233;l&#233;mentaire ressentie par tous les Allemands ; il y avait, de l'autre, le gouvernement de Napol&#233;on III, insolent, impuissant, m&#233;pris&#233; par le peuple, pr&#234;t &#224; se lancer dans n'importe quelle aventure susceptible de lui assurer douze mois d'existence de plus. La m&#234;me division des r&#244;les a abouti &#224; la guerre russo-japonaise. Il y avait, d'un c&#244;t&#233;, le gouvernement du Mikado, auquel ne s'oppose pas encore un puissant prol&#233;tariat r&#233;volutionnaire, qui luttait pour la domination du capital japonais sur l'Extr&#234;me-Orient, de l'autre un gouvernement autocratique qui avait fait son temps et s'effor&#231;ait de racheter les d&#233;faites subies &#224; l'int&#233;rieur par des victoires &#224; l'ext&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les vieux pays capitalistes, il n'y a pas de pareilles revendications &#034;nationales&#034;, c'est-&#224;-dire de revendications de la soci&#233;t&#233; bourgeoise dans sa totalit&#233;, dont la bourgeoisie dirigeante puisse se faire le champion. Les gouvernements de la France, de l'Angleterre, de l'Allemagne et de l'Autriche sont incapables de conduire des guerres nationales. Les int&#233;r&#234;ts vitaux des masses populaires, les int&#233;r&#234;ts des nationalit&#233;s opprim&#233;es ou la politique int&#233;rieure barbare d'un pays voisin ne sont plus susceptibles d'amener un seul gouvernement bourgeois &#224; faire une guerre qui pourrait avoir un caract&#232;re lib&#233;rateur, donc national. D'un autre c&#244;t&#233;, les int&#233;r&#234;ts des pillards capitalistes, qui conduisent si souvent tel ou tel gouvernement &#224; entrechoquer ses &#233;perons et aiguiser son sabre &#224; la face du monde, ne peuvent susciter aucune r&#233;ponse dans les masses populaires. C'est pourquoi la bourgeoisie ne peut ou ne veut, ni proclamer, ni conduire de guerres nationales. Et ce &#224; quoi aboutissent les guerres antinationales modernes, c'est ce que l'on a vu lors de deux exp&#233;riences r&#233;centes : en Afrique du Sud et en Extr&#234;me-Orient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La s&#233;v&#232;re d&#233;faite parlementaire subie par les conservateurs imp&#233;rialistes en Angleterre n'est pas, en derni&#232;re analyse, due aux le&#231;ons de la guerre contre les Boers ; une cons&#233;quence beaucoup plus importante et plus mena&#231;ante (pour la bourgeoisie) de la politique imp&#233;rialiste, c'est l'autod&#233;termination politique du prol&#233;tariat britannique qui, maintenant qu'elle a commenc&#233;, avancera avec des bottes de sept lieues. Quant aux cons&#233;quences de la guerre russo-japonaise pour le gouvernement de P&#233;tersbourg, elles sont suffisamment connues pour qu'il ne soit pas n&#233;cessaire de les rappeler. Mais, ind&#233;pendamment m&#234;me de ces deux derni&#232;res exp&#233;riences, du moment o&#249; le prol&#233;tariat europ&#233;en a commenc&#233; &#224; se dresser sur ses jambes, les gouvernements europ&#233;ens ont toujours redout&#233; de le mettre devant le dilemme de la guerre ou de la r&#233;volution. C'est pr&#233;cis&#233;ment parce qu'ils craignent la r&#233;volte du prol&#233;tariat que les partis bourgeois sont oblig&#233;s, au moment m&#234;me o&#249; ils votent des sommes monstrueuses pour les d&#233;penses militaires, de faire des d&#233;clarations solennelles en faveur de la paix, de r&#234;ver de tribunaux internationaux d'arbitrage et m&#234;me de l'organisation d'&#201;tats unis d'Europe. Ces pitoyables d&#233;clarations ne peuvent, naturellement, abolir ni les antagonismes entre &#201;tats, ni les conflits arm&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La paix arm&#233;e qui s'est instaur&#233;e en Europe apr&#232;s la guerre franco-prussienne &#233;tait fond&#233;e sur un &#233;quilibre europ&#233;en des puissances qui ne supposait pas seulement l'inviolabilit&#233; de la Turquie, le partage de la Pologne et la sauvegarde de l'Autriche, ce manteau d'Arlequin ethnographique, mais aussi le maintien du despotisme russe, arm&#233; jusqu'aux dents, dans ses fonctions de gendarme de la r&#233;action europ&#233;enne. Mais la guerre russo-japonaise porta un coup s&#233;v&#232;re &#224; ce syst&#232;me, maintenu artificiellement, dans lequel l'autocratie occupait une position de premier plan. La Russie disparut pour un temps du pr&#233;tendu concert des puissances. L'&#233;quilibre des puissances &#233;tait d&#233;truit. D'autre part, les victoires japonaises excitaient les instincts conqu&#233;rants de la bourgeoisie capitaliste. La possibilit&#233; d'une guerre sur le territoire europ&#233;en s'est consid&#233;rablement accrue. Des conflits m&#251;rissent partout, et si, jusqu'&#224; pr&#233;sent, ils ont pu &#234;tre r&#233;gl&#233;s par des moyens diplomatiques, il n'y a, cependant, aucune garantie que ces moyens puissent r&#233;ussir longtemps. Mais une guerre europ&#233;enne signifie in&#233;vitablement une r&#233;volution europ&#233;enne [4].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant la guerre russo-japonaise, le parti socialiste de France a d&#233;clar&#233; que si le gouvernement fran&#231;ais intervenait en faveur de l'autocratie, il appellerait le prol&#233;tariat &#224; prendre les mesures les plus r&#233;solues, jusqu'&#224; la r&#233;volte incluse. En mars 1906, lorsque le conflit franco-allemand sur le Maroc arriva &#224; son point culminant, le bureau socialiste international r&#233;solut, dans l'&#233;ventualit&#233; d'une menace de guerre, de &#034;d&#233;terminer les m&#233;thodes d'action les plus avantageuses pour tous les partis socialistes de l'Internationale et pour toute la classe ouvri&#232;re organis&#233;e, afin d'emp&#234;cher la guerre ou d'y mettre fin&#034;. Ce n'&#233;tait naturellement qu'une r&#233;solution. Il faut une guerre pour mettre &#224; l'&#233;preuve sa signification r&#233;elle, mais la bourgeoisie a toute raison d'&#233;viter une telle &#233;preuve. Cependant, malheureusement pour la bourgeoisie, la logique des rapports internationaux est plus forte que la logique de la diplomatie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La banqueroute de l'&#201;tat russe, qu'elle r&#233;sulte de la continuation de la gestion des affaires par la bureaucratie ou qu'elle soit d&#233;clar&#233;e par un gouvernement r&#233;volutionnaire qui refusera de payer pour les p&#233;ch&#233;s de l'ancien r&#233;gime, aura en France de terribles cons&#233;quences. Les radicaux, qui ont maintenant les destin&#233;es politiques de la France entre leurs mains, ont assum&#233;, en prenant le pouvoir, toutes les fonctions de protection des int&#233;r&#234;ts du capital. C'est pourquoi il y a toute raison d'admettre que la crise financi&#232;re r&#233;sultant de la banqueroute russe se r&#233;percuterait directement en France, et y prendrait la forme d'une crise politique aigu&#235;, qui ne pourrait prendre fin qu'avec le passage du pouvoir aux mains du prol&#233;tariat. D'une fa&#231;on ou de l'autre, que ce soit par l'interm&#233;diaire d'une r&#233;volution en Pologne, des cons&#233;quences d'une guerre europ&#233;enne ou des effets de la banqueroute de l'&#201;tat russe, la r&#233;volution franchira la fronti&#232;re et p&#233;n&#233;trera dans les territoires de la vieille Europe capitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, m&#234;me sans la pression d'&#233;v&#233;nements ext&#233;rieurs comme une guerre ou une banqueroute, la r&#233;volution peut se produire dans un avenir prochain, sous l'effet de l'extr&#234;me aggravation de la lutte des classes, dans l'un des pays d'Europe. Nous n'essaierons pas de former ici des hypoth&#232;ses pour d&#233;terminer lequel de ces pays sera le premier &#224; prendre le chemin de la r&#233;volution ; une chose est certaine, c'est que, dans la derni&#232;re p&#233;riode et dans tous les pays europ&#233;ens, les contradictions entre les classes ont atteint un haut degr&#233; d'intensit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La croissance colossale, dans le cadre d'une constitution semi-absolutiste, de la social-d&#233;mocratie allemande conduira, avec une n&#233;cessit&#233; in&#233;luctable, le prol&#233;tariat &#224; une lutte ouverte avec la monarchie f&#233;odalo-bourgeoise. La question de la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale, en tant que moyen de r&#233;sistance &#224; un coup d'&#201;tat politique, est devenue, l'ann&#233;e derni&#232;re, une question centrale dans la vie politique du prol&#233;tariat allemand. En France, le passage du pouvoir aux radicaux laisse au prol&#233;tariat les mains enti&#232;rement libres, ces mains qui, depuis longtemps, &#233;taient li&#233;es par la coop&#233;ration avec des partis bourgeois dans la lutte contre le nationalisme et le cl&#233;ricalisme. Le prol&#233;tariat socialiste, riche des immortelles traditions de quatre r&#233;volutions, et la bourgeoisie conservatrice, qui se dissimule sous le masque du radicalisme, sont face &#224; face. En Angleterre o&#249;, pendant un si&#232;cle, les deux partis bourgeois ont jou&#233; r&#233;guli&#232;rement le jeu de bascule du parlementarisme, le prol&#233;tariat, sous l'influence de toute une s&#233;rie de facteurs, vient tout juste de prendre le chemin de la s&#233;paration politique. Tandis qu'en Allemagne ce processus a pris quatre d&#233;cennies, la classe ouvri&#232;re anglaise, qui poss&#232;de de puissants syndicats et est riche d'exp&#233;riences dans le domaine des luttes &#233;conomiques, peut, en quelques bonds, rejoindre l'arm&#233;e du socialisme continental.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;volution russe exerce une influence &#233;norme sur le prol&#233;tariat europ&#233;en. Non contente de d&#233;truire l'absolutisme p&#233;tersbourgeois, force principale de la r&#233;action europ&#233;enne, elle cr&#233;era, dans la conscience et dans l'humeur du prol&#233;tariat europ&#233;en, les pr&#233;misses n&#233;cessaires de la r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La fonction du parti socialiste &#233;tait et est de r&#233;volutionner la conscience de la classe ouvri&#232;re, de m&#234;me que le d&#233;veloppement du capitalisme a r&#233;volutionn&#233; les rapports sociaux. Mais le travail d'agitation et d'organisation dans les rangs du prol&#233;tariat a son inertie interne. Les partis socialistes europ&#233;ens, sp&#233;cialement le plus grand d'entre eux, la social-d&#233;mocratie allemande, ont d&#233;velopp&#233; leur conservatisme dans la proportion m&#234;me o&#249; les grandes masses ont embrass&#233; le socialisme, et cela d'autant plus que ces masses sont devenues plus organis&#233;es et disciplin&#233;es. Par suite, la social-d&#233;mocratie, organisation qui embrasse l'exp&#233;rience politique du prol&#233;tariat, peut, &#224; un certain moment, devenir un obstacle direct au d&#233;veloppement du conflit ouvert entre les ouvriers et la r&#233;action bourgeoise [5] . En d'autres termes, le conservatisme du socialisme propagandiste dans les partis prol&#233;tariens peut, &#224; un moment donn&#233;, freiner le prol&#233;tariat dans la lutte directe pour le pouvoir. Mais la formidable influence exerc&#233;e par la r&#233;volution russe montre que cette influence d&#233;truira la routine et le conservatisme de parti et mettra &#224; l'ordre du jour la question d'une &#233;preuve de force ouverte entre le prol&#233;tariat et la r&#233;action capitaliste. La lutte pour le suffrage universel est devenue acharn&#233;e en Autriche, en Saxe et en Prusse, sous l'influence directe des gr&#232;ves d'octobre en Russie. La r&#233;volution &#224; l'Est contaminera le prol&#233;tariat occidental de son id&#233;alisme r&#233;volutionnaire, et &#233;veillera le d&#233;sir de &#034;parler russe&#034; &#224; l'ennemi. Si le prol&#233;tariat russe se trouve lui-m&#234;me au pouvoir, f&#251;t-ce seulement par suite d'un concours momentan&#233; de circonstances dans notre r&#233;volution bourgeoise, il rencontrera l'hostilit&#233; organis&#233;e de la r&#233;action mondiale et trouvera, d'autre part, le prol&#233;tariat mondial pr&#234;t &#224; lui donner son appui organis&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Laiss&#233;e &#224; ses propres ressources, la classe ouvri&#232;re russe sera in&#233;vitablement &#233;cras&#233;e par la contre-r&#233;volution d&#232;s que la paysannerie se d&#233;tournera d'elle. Elle n'aura pas d'autre possibilit&#233; que de lier le sort de son pouvoir politique et par cons&#233;quent, le sort de toute la r&#233;volution russe, &#224; celui de la r&#233;volution socialiste en Europe. Elle jettera dans la balance de la lutte des classes du monde capitaliste tout entier l'&#233;norme poids politique et &#233;tatique que lui aura donn&#233; un concours momentan&#233; de circonstances dans la r&#233;volution bourgeoise russe. Tenant le pouvoir d'&#201;tat entre leurs mains, les ouvriers russes, la contre-r&#233;volution dans leur dos et la r&#233;action europ&#233;enne devant eux, lanceront &#224; leurs camarades du monde entier le vieux cri de ralliement, qui sera cette fois un appel &#224; la lutte finale :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prol&#233;taires de tous les pays, unissez-vous !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Voir ma pr&#233;face &#224; la traduction russe de l'Adresse au jury, de F. Lassalle, &#233;dit&#233;e par Molot. Il s'agit du proc&#232;s intent&#233; contre Lassalle et Weyer pour &#034; incitation &#224; s'armer contre l'autorit&#233; royale &#034;, jug&#233; par les assises de Cologne le 3 mai 1849. (Voir F. Mehring, Geschichte der deutschen Sozial-Demokratie, vol. Il, p. 489-491. N.d.T.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Le minist&#232;re du comte Witte, d&#233;sign&#233; comme Premier ministre par le tsar le jour de la publication du manifeste du 17 octobre 1905.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] La dissolution de la premi&#232;re Douma, le 21 juillet 1906, marqua le d&#233;but de la dictature de Stolypine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] Cette phrase est soulign&#233;e dans l'&#233;dition de 1919.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] Cette phrase est soulign&#233;e dans l'&#233;dition de 1919.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La lutte pour le pouvoir [1]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Nous avons sous les yeux une circulaire consacr&#233;e &#224; notre programme et &#224; notre tactique, et intitul&#233;e - Les T&#226;ches auxquelles doit faire face le prol&#233;tariat russe. Lettre aux camarades en Russie. Ce document est sign&#233; de P. Axelrod, Astrov, A. Martynov, L. Martov et S. Semkovsky.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le probl&#232;me de la r&#233;volution est pos&#233; dans cette &#034;lettre&#034; de fa&#231;on tr&#232;s g&#233;n&#233;rale ; &#224; mesure que les auteurs, apr&#232;s avoir d&#233;crit la situation cr&#233;&#233;e par la guerre, en viennent aux perspectives politiques et aux conclusions tactiques, on voit dispara&#238;tre la clart&#233; et la pr&#233;cision : la terminologie elle-m&#234;me devient confuse et les d&#233;finitions sociales ambigu&#235;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il semble, de l'&#233;tranger, que deux tendances d'opinion pr&#233;valent en Russie : en premier lieu - des Romanov &#224; Plekhanov - le souci de la d&#233;fense nationale ; et en second lieu - de la fronde bureaucratique aux explosions de r&#233;volte dans les rues - un m&#233;contentement universel. Ces tendances se font sentir partout et cr&#233;ent ainsi l'illusion d'une libert&#233; populaire &#224; venir dont la d&#233;fense nationale serait la source. Mais elles sont, dans une large mesure, &#224; l'origine de la mani&#232;re vague dont est pos&#233;e la question d'une &#034;r&#233;volution populaire&#034;, m&#234;me quand on oppose formellement cette r&#233;volution &#224; la &#034;d&#233;fense nationale&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La guerre elle-m&#234;me et les d&#233;faites subies n'ont cr&#233;&#233; ni le probl&#232;me de la r&#233;volution ni aucune des forces r&#233;volutionnaires qui peuvent le r&#233;soudre. L'histoire, pour nous, ne commence pas avec la reddition de Varsovie au prince de Bavi&#232;re. Les contradictions r&#233;volutionnaires comme les forces sociales en pr&#233;sence sont celles-l&#224; m&#234;mes que nous avons rencontr&#233;es en 1905 ; elles ont seulement &#233;t&#233; tr&#232;s consid&#233;rablement modifi&#233;es par les dix ann&#233;es qui ont suivi. La guerre n'a rien fait d'autre que de mettre en pleine lumi&#232;re la banqueroute objective du r&#233;gime. Elle a en m&#234;me temps plong&#233; la conscience sociale dans une confusion qui fait que &#034;chacun&#034; para&#238;t imbu &#224; la fois du d&#233;sir de r&#233;sister &#224; Hindenburg et de la haine que lui inspire le r&#233;gime du 3 juin [2] . Mais l'organisation d'une &#034;guerre du peuple&#034; se heurte, d&#232;s le premier instant, &#224; la police tsariste, ce qui montre bien que la Russie du 3 juin est une r&#233;alit&#233; et la &#034; guerre du peuple &#034; une fiction ; et, de m&#234;me, la marche vers une &#034;r&#233;volution du peuple&#034;, se heurte, d&#232;s ses premiers pas, &#224; la police socialiste de Plekhanov, que l'on pourrait, lui et les siens, consid&#233;rer comme une fiction si, derri&#232;re eux, ne se tenaient pas Milioukov, Goutchkov et, en g&#233;n&#233;ral, les nationaux-lib&#233;raux et nationaux-d&#233;mocrates non-r&#233;volutionnaires et antir&#233;volutionnaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La &#034;lettre&#034; dont nous nous occupons ne peut, &#233;videmment, ignorer la division en classes de la nation, ni le fait que la nation doit, par la r&#233;volution, &#233;chapper aux cons&#233;quences de la guerre et du r&#233;gime actuel : &#034;Les nationalistes et les octobristes [3] , les cadets, les industriels et m&#234;me une partie (!) des intellectuels radicaux proclament d'une seule voix l'incapacit&#233; de la bureaucratie &#224; d&#233;fendre le pays et r&#233;clament la mobilisation des forces sociales pour les besoins de la d&#233;fense...&#034; La &#034;lettre&#034; montre &#224; juste titre ce qu'a d'antir&#233;volutionnaire cette position, qui suppose &#034;l'unit&#233;, pour la d&#233;fense de l'&#201;tat, avec les ma&#238;tres actuels de la Russie, les bureaucrates, les nobles et les g&#233;n&#233;raux&#034;. Elle indique aussi correctement que les &#034;bourgeois patriotes de toutes nuances&#034; ont une position antir&#233;volutionnaire, ainsi que, pouvons-nous ajouter, les sociaux-patriotes, dont la &#034;lettre&#034; ne souffle mot.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De l&#224;, nous devons conclure que la social-d&#233;mocratie n'est pas seulement le parti r&#233;volutionnaire le plus cons&#233;quent, mais bien le seul parti r&#233;volutionnaire du pays ; et que, en dehors de ce parti, on a affaire, non pas &#224; des groupes moins r&#233;solus &#224; appliquer des m&#233;thodes r&#233;volutionnaires, mais bien &#224; des partis non r&#233;volutionnaires. En d'autres termes, dans leur fa&#231;on r&#233;volutionnaire de poser les probl&#232;mes, les sociaux-d&#233;mocrates, en d&#233;pit du &#034;m&#233;contentement universel&#034;, se trouvent compl&#232;tement isol&#233;s sur la sc&#232;ne politique publique. Il importe de tenir le plus grand compte de cette premi&#232;re conclusion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien entendu, les partis ne sont pas identiques aux classes. Entre la position d'un parti et les int&#233;r&#234;ts de la couche sociale sur laquelle il se fonde, il se peut qu'existe un certain manque d'harmonie, susceptible de se transformer ult&#233;rieurement en une contradiction profonde. La conduite d'un parti peut changer sous l'influence de l'attitude des masses. Cela est indiscutable. Il est donc d'autant plus indispensable pour nous de cesser de prendre pour base de nos calculs les &#233;l&#233;ments les moins stables et les moins dignes de confiance, tels que les mots d'ordre et la tactique d'un parti, au lieu de partir de facteurs historiques plus stables : la structure sociale de la nation, le rapport des forces entre les classes et les tendances du d&#233;veloppement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sont pourtant l&#224; des questions dont les auteurs de la &#034;lettre&#034; &#233;vitent compl&#232;tement de parler. Qu'est-ce que cette &#034;r&#233;volution du peuple&#034; dans la Russie de 1915 ? Nos auteurs nous disent simplement qu'elle &#034;doit&#034; &#234;tre faite par le prol&#233;tariat et la d&#233;mocratie. Nous savons ce que c'est que le prol&#233;tariat, mais qu'est-ce que &#034;la d&#233;mocratie&#034; ? Est-ce un parti politique ? &#201;videmment non, d'apr&#232;s ce qui a &#233;t&#233; dit plus haut. Est-ce alors les masses ? Quelles masses ? Il s'agit &#233;videmment de la petite bourgeoisie industrielle et commerciale, de l'intelligentsia et de la paysannerie - ce ne peut &#234;tre que de ces masses-l&#224; dont ils parlent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une s&#233;rie d'articles intitul&#233;e &#034;La crise de la guerre et les perspectives politiques&#034;, nous avons donn&#233; une appr&#233;ciation g&#233;n&#233;rale de la signification r&#233;volutionnaire possible de ces forces sociales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous y avons examin&#233;, &#224; partir de l'exp&#233;rience de la derni&#232;re r&#233;volution, quelles modifications les dix derni&#232;res ann&#233;es ont apport&#233;es dans le rapport des forces tel qu'il existait en 1905 : ces modifications ont-elles &#233;t&#233; en faveur de la d&#233;mocratie (bourgeoise) ou contre elle ? Telle est la question historique centrale pour appr&#233;cier les perspectives de la r&#233;volution et la tactique du prol&#233;tariat. La d&#233;mocratie bourgeoise est-elle devenue plus forte en Russie depuis 1905, ou a-t-elle encore d&#233;clin&#233; ? Toutes nos pr&#233;c&#233;dentes discussions ont eu pour centre le sort de la d&#233;mocratie bourgeoise, et ceux qui sont encore hors d'&#233;tat de donner une r&#233;ponse &#224; cette question ne peuvent qu'errer &#224; t&#226;tons dans l'obscurit&#233;. Pour notre part, nous y r&#233;pondons en disant qu'une r&#233;volution bourgeoise nationale est impossible parce qu'il n'y a pas d'authentique d&#233;mocratie bourgeoise r&#233;volutionnaire en Russie. L'heure des r&#233;volutions nationales est pass&#233;e - au moins pour l'Europe - exactement comme l'heure des guerres nationales est pass&#233;e. Il y a, entre ces deux faits, un lien naturel. Nous vivons &#224; l'&#233;poque d'un imp&#233;rialisme qui n'est pas seulement un syst&#232;me de conqu&#234;tes coloniales mais implique aussi, &#224; l'int&#233;rieur, un r&#233;gime d&#233;termin&#233;. Celui-ci ne met pas la nation bourgeoise en opposition avec l'ancien r&#233;gime, mais bien le prol&#233;tariat en opposition avec la nation bourgeoise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les petits-bourgeois artisans et commer&#231;ants ont d&#233;j&#224; jou&#233; un r&#244;le insignifiant dans la r&#233;volution de 1905. Il est indiscutable que, pendant les dix derni&#232;res ann&#233;es, l'importance sociale de cette classe a encore diminu&#233;. Le capitalisme r&#232;gle de fa&#231;on beaucoup plus s&#233;v&#232;re et radicale le sort des classes interm&#233;diaires en Russie qu'il ne le fait dans les pays qui ont un d&#233;veloppement &#233;conomique plus ancien. L'intelligentsia s'est ind&#233;niablement accrue num&#233;riquement, et son r&#244;le &#233;conomique a &#233;galement augment&#233;. Mais, en m&#234;me temps, elle a vu dispara&#238;tre m&#234;me l'illusion d' &#034;ind&#233;pendance&#034; dont elle jouissait. La signification sociale de l'intelligentsia est enti&#232;rement d&#233;termin&#233;e par ses fonctions dans l'organisation de l'industrie capitaliste et de l'opinion publique bourgeoise. Ses liens mat&#233;riels avec le capitalisme l'ont satur&#233;e de tendances imp&#233;rialistes. Dans le passage que nous avons d&#233;j&#224; cit&#233;, la &#034;lettre&#034; dit que &#034;m&#234;me une partie des intellectuels radicaux... r&#233;clament la mobilisation des forces sociales pour les besoins de la d&#233;fense &#034;. C'est absolument faux ; ce n'est pas une partie qu'il faudrait dire, mais bien la totalit&#233; de l'intelligentsia radicale, et non pas seulement tout le secteur radical, mais une partie consid&#233;rable, sinon la plus grande partie, de l'intelligentsia socialiste. Ce n'est pas en travestissant le caract&#232;re de l'intelligentsia que nous &#233;largirons les rangs de la &#034;d&#233;mocratie&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, la petite bourgeoisie commerciale et industrielle a continu&#233; &#224; d&#233;cliner, cependant que l'intelligentsia a abandonn&#233; ses positions r&#233;volutionnaires. La d&#233;mocratie urbaine ne m&#233;rite pas d'&#234;tre mentionn&#233;e en tant que facteur r&#233;volutionnaire. Seule, la paysannerie reste, mais pour autant que nous le sachions, ni Axelrod ni Martov n'ont jamais nourri de grands espoirs quant &#224; son r&#244;le r&#233;volutionnaire ind&#233;pendant. Sont-ils arriv&#233;s &#224; la conclusion que, du fait de la diff&#233;renciation de classe incessante parmi la paysannerie au cours des dix derni&#232;res ann&#233;es, ce r&#244;le est devenu plus grand aujourd'hui ? Ce serait l&#224; une hypoth&#232;se qui insulterait &#224; toutes les conclusions th&#233;oriques et &#224; toute l'exp&#233;rience historique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais alors, de quelle sorte de &#034;d&#233;mocratie&#034; la &#034;lettre&#034;parle-t-elle donc ? Et dans quel sens ses auteurs parlent-ils d'une &#034;r&#233;volution du peuple&#034; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mot d'ordre d'une assembl&#233;e constituante suppose une situation r&#233;volutionnaire. Y en a-t-il une ? Oui, il y en a une, mais elle ne trouve pas le moins du monde son expression dans la naissance, &#224; la fin des fins, d'une d&#233;mocratie bourgeoise dont on pr&#233;tend qu'elle serait maintenant pr&#234;te &#224; r&#233;gler ses comptes avec le tsarisme, et capable de le faire. Au contraire, s'il y a une chose que cette guerre a mise en lumi&#232;re, c'est bien l'absence d'une d&#233;mocratie r&#233;volutionnaire dans le pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La tentative de la Russie du 3 juin de trouver, dans la voie de l'imp&#233;rialisme, une solution &#224; ses probl&#232;mes r&#233;volutionnaires internes a abouti &#224; un fiasco manifeste. Cela ne signifie pas que les partis qui sont responsables ou &#224; demi responsables du r&#233;gime du 3 juin vont prendre la voie de la r&#233;volution, mais cela signifie que le probl&#232;me r&#233;volutionnaire mis &#224; nu par la catastrophe militaire, qui poussera la classe dirigeante &#224; s'engager davantage encore dans la voie de l'imp&#233;rialisme, double l'importance de la seule classe r&#233;volutionnaire du pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le bloc du 3 juin est secou&#233;, d&#233;chir&#233; par les frictions et les conflits internes. Cela ne signifie pas que les octobristes et les cadets s'emploient &#224; examiner le probl&#232;me r&#233;volutionnaire du pouvoir et &#224; pr&#233;parer la prise d'assaut des positions conjointes de la bureaucratie et de la noblesse. Mais cela signifie que l'aptitude du gouvernement &#224; r&#233;sister &#224; la pression r&#233;volutionnaire s'est ind&#233;niablement affaiblie pour un certain temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La monarchie et la bureaucratie sont discr&#233;dit&#233;es, mais cela ne signifie pas qu'elles abandonneront le pouvoir sans combat. La dispersion de la Douma [4] et les derniers remaniements minist&#233;riels ont montr&#233;, &#224; quiconque pouvait en douter, combien cette derni&#232;re hypoth&#232;se est &#233;loign&#233;e de la r&#233;alit&#233;. Mais l'instabilit&#233; de la politique de la bureaucratie, qui ira encore en augmentant, devrait puissamment contribuer &#224; la mobilisation r&#233;volutionnaire du prol&#233;tariat par les sociaux-d&#233;mocrates.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les classes inf&#233;rieures, dans les villes et les villages, seront toujours plus &#233;puis&#233;es, d&#233;&#231;ues, m&#233;contentes et furieuses. Cela ne signifie pas qu'une force d&#233;mocratique r&#233;volutionnaire ind&#233;pendante op&#233;rera c&#244;te &#224; c&#244;te avec le prol&#233;tariat ; il n'y a, pour une force de cette esp&#232;ce, ni mati&#232;re premi&#232;re sociale ni personnel dirigeant disponibles. Mais cela signifie ind&#233;niablement que le profond m&#233;contentement des classes inf&#233;rieures viendra renforcer la pression r&#233;volutionnaire de la classe ouvri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Moins le prol&#233;tariat comptera sur l'apparition de la d&#233;mocratie bourgeoise, moins il &#233;pousera la passivit&#233; et les limitations de la petite bourgeoisie et de la paysannerie, plus r&#233;solu et irr&#233;conciliable se fera le combat qu'il m&#232;ne, plus manifeste deviendra sa d&#233;termination d'aller &#034;jusqu'au bout&#034;, c'est-&#224;-dire &#224; la conqu&#234;te du pouvoir, et plus grandes seront, au moment d&#233;cisif, ses chances d'entra&#238;ner avec lui les masses non prol&#233;tariennes. Ce n'est pas, bien entendu, en se contentant de lancer des mots d'ordre comme celui de la &#034;confiscation de la terre&#034;, etc., que l'on r&#233;glera quoi que ce soit. Ceci s'applique plus encore &#224; l'arm&#233;e, dont d&#233;pend le maintien ou la chute du gouvernement. L'arm&#233;e, dans sa masse, ne penchera vers la classe r&#233;volutionnaire que lorsqu'elle sera parvenue &#224; se convaincre que cette derni&#232;re ne se contente pas de murmurer et de manifester, mais a entrepris la lutte pour le pouvoir avec quelques chances de l'emporter. Il y a, dans le pays, un probl&#232;me r&#233;volutionnaire objectif, sur lequel la guerre et les d&#233;faites ont projet&#233; une lumi&#232;re &#233;clatante, le probl&#232;me du pouvoir politique. Il y a une d&#233;sorganisation progressive de la classe dominante. Il y a un m&#233;contentement croissant des masses de la ville et de la campagne. Mais le seul facteur r&#233;volutionnaire qui puisse tirer parti de cette situation, et aujourd'hui sur une &#233;chelle incomparablement plus grande qu'en 1905, c'est le prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La &#034;lettre&#034; semble, dans une phrase, se rapprocher de cet aspect d&#233;cisif de la question. Elle dit que les ouvriers sociaux-d&#233;mocrates russes doivent prendre &#034;la direction de cette lutte nationale pour le renversement de la monarchie du 3 juin&#034;. Ce que cette lutte &#034;nationale&#034; peut bien vouloir dire, nous venons de l'indiquer. Mais si &#034;prendre la direction&#034; ne signifie pas seulement que les ouvriers avanc&#233;s doivent r&#233;pandre g&#233;n&#233;reusement leur sang sans demander pourquoi, si cela signifie que les ouvriers doivent prendre la direction politique de la lutte tout enti&#232;re, de cette lutte qui sera, avant tout, une lutte prol&#233;tarienne, il est alors clair que la victoire remport&#233;e dans cette lutte doit avoir pour effet de transf&#233;rer le pouvoir &#224; la classe qui l'aura dirig&#233;e, c'est &#224; dire au prol&#233;tariat social-d&#233;mocrate.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le probl&#232;me n'est donc pas seulement celui d'un &#034;gouvernement provisoire r&#233;volutionnaire&#034; - phrase creuse &#224; laquelle le processus historique donnera son contenu mais bien celui d'un gouvernement ouvrier r&#233;volutionnaire, de la conqu&#234;te du pouvoir par le prol&#233;tariat russe. L'assembl&#233;e nationale constituante, la r&#233;publique, la journ&#233;e de huit heures, la confiscation de la terre des grands propri&#233;taires, ces revendications, ainsi que celles de la cessation imm&#233;diate de la guerre, du droit des peuples &#224; disposer d'eux-m&#234;mes et des &#201;tats unis d'Europe joueront un r&#244;le &#233;norme dans l'agitation des sociaux-d&#233;mocrates. Mais la r&#233;volution, c'est avant tout la question du pouvoir - non de la forme de l'&#201;tat (assembl&#233;e constituante, r&#233;publique, &#201;tats unis), mais du contenu social du gouvernement. Les mots d'ordre d'assembl&#233;e constituante et de confiscation de la terre perdent, dans les conditions pr&#233;sentes, toute signification r&#233;volutionnaire directe, si le prol&#233;tariat n'est pas pr&#234;t &#224; combattre pour la conqu&#234;te du pouvoir ; car si le prol&#233;tariat n'arrache pas le pouvoir &#224; la monarchie, personne d'autre ne le fera.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le rythme du processus r&#233;volutionnaire est une question particuli&#232;re. Il d&#233;pend d'un certain nombre de facteurs militaires et politiques, nationaux et internationaux. Ces facteurs peuvent retarder ou acc&#233;l&#233;rer les d&#233;veloppements, faciliter la victoire de la r&#233;volution ou conduire &#224; une nouvelle d&#233;faite. Mais, quelles que puissent &#234;tre les conditions, le prol&#233;tariat doit voir clairement son chemin, et le prendre consciemment. Par-dessus tout, il doit se lib&#233;rer de ses illusions. Et la pire des illusions dont le prol&#233;tariat ait souffert dans toute son histoire jusqu'&#224; ce jour a toujours consist&#233; &#224; se fier &#224; d'autres qu'&#224; lui-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Article paru &#224; Paris dans Nach&#233; Slovo, le 17 octobre 1915.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Le 3 juin 1907 (le 16 juin dans le calendrier gr&#233;gorien), le Premier ministre Stolypine, apr&#232;s avoir fait arr&#234;ter les cinquante-cinq d&#233;put&#233;s sociaux-d&#233;mocrates en violation de leur immunit&#233; parlementaire, pronon&#231;ait la dissolution de la Douma et promulguait, pour les &#233;lections &#224; la troisi&#232;me Douma, une nouvelle loi &#233;lectorale contraire &#224; la constitution (octroy&#233;e en octobre 1905 par le tsar). Le r&#233;gime qui en r&#233;sulta est connu sous le nom de &#034;r&#233;gime du 3 juin&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] L'Union du 17 octobre, dont les membres sont plus connus sous le nom d' &#034; octobristes &#034;, &#233;tait une organisation de la grande bourgeoisie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] La quatri&#232;me Douma, &#233;lue en 1912, fut dissoute le 3 septembre 1915. La majorit&#233; lib&#233;rale se s&#233;para aux cris de &#034; Vive le tsar ! &#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/bilanp/bpsomm.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/bilanp/bpsomm.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Souvenirs de Klara (ou Louise), militante trotskyste</title>
		<link>http://www.matierevolution.fr/spip.php?article8905</link>
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		<dc:date>2026-09-10T22:16:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Barta</dc:subject>
		<dc:subject>IV&#176; Internationale</dc:subject>
		<dc:subject>trotskisme</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Klara Feigenbaum &lt;br class='autobr' /&gt;
Souvenirs de &#034;M&#233;m&#233;&#034; &lt;br class='autobr' /&gt;
5 d&#233;cembre 1993 &lt;br class='autobr' /&gt;
Roumanie &lt;br class='autobr' /&gt;
Quand j'avais 13-14 ans, vers 1934, on disait dans l'entourage de mon p&#232;re que je serai une future Rosa Luxembourg. Il y avait &#224; peine quinze ans que Rosa avait &#233;t&#233; assassin&#233;e pendant l'insurrection spartakiste &#224; Berlin, mais pour moi elle &#233;tait au firmament lointain, dans les limbes de l'histoire, parmi les h&#233;ros morts dans le combat pour les opprim&#233;s et les offens&#233;s. &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans sa jeunesse, mon p&#232;re &#233;tait militant (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique81" rel="directory"&gt;4- Ce qu'est le socialisme et ce qu'il n'est pas&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot91" rel="tag"&gt;Barta&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot105" rel="tag"&gt;IV&#176; Internationale&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot312" rel="tag"&gt;trotskisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Klara Feigenbaum&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Souvenirs de &#034;M&#233;m&#233;&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5 d&#233;cembre 1993&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Roumanie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand j'avais 13-14 ans, vers 1934, on disait dans l'entourage de mon p&#232;re que je serai une future Rosa Luxembourg. Il y avait &#224; peine quinze ans que Rosa avait &#233;t&#233; assassin&#233;e pendant l'insurrection spartakiste &#224; Berlin, mais pour moi elle &#233;tait au firmament lointain, dans les limbes de l'histoire, parmi les h&#233;ros morts dans le combat pour les opprim&#233;s et les offens&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans sa jeunesse, mon p&#232;re &#233;tait militant socialiste. La guerre de 14, dont il avait v&#233;cu les horreurs comme soldat de l'arm&#233;e austro-hongroise, l'avait amen&#233; en Bucovine, province de l'empire, o&#249; il avait rencontr&#233; ma m&#232;re. Lui &#233;tait ouvrier m&#233;canicien fils unique d'un artisan juif de Graz, ville imp&#233;riale, elle &#233;tait la fille a&#238;n&#233;e de petits commer&#231;ants ais&#233;s de Radautz.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon p&#232;re contestait la monarchie, ma m&#232;re v&#233;n&#233;rait le nom de Fran&#231;ois-Joseph &#233;mancipateur des Juifs. La guerre avait ruin&#233; l'Autriche, r&#233;duite apr&#232;s son d&#233;membrement &#224; la mis&#232;re et &#224; la mendicit&#233;. Gr&#226;ce &#224; ses qualifications, mon p&#232;re trouva du travail en Bucovine, annex&#233;e par les vainqueurs &#224; la Roumanie. C'est &#224; la campagne pr&#232;s de Radautz que je suis n&#233;e par un rude matin d'hiver, un 16 janvier 1920. La sage-femme, une paysanne, se r&#233;conforta avec un verre d'alcool puis lan&#231;a le contenu d'un deuxi&#232;me sur les vitres givr&#233;es, en guise de pr&#233;sage de bonheur et d'une grande destin&#233;e. Mon p&#232;re m'inscrivit &#224; l'&#233;tat civil sous le nom de Clara, fille de Regina Wolf et d'Emmanuel Feigenbaum. J'ignore pourquoi on me choisit ce nom. Bien plus tard, ma m&#232;re m'a racont&#233; qu'une de ses cousines, Clara Wolf, avait &#233;t&#233; cantatrice &#224; l'op&#233;ra de Vienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai retenu de ma m&#232;re quelques r&#233;cits de cette &#233;poque. Par ces temps d'apr&#232;s-guerre et de famine les policiers traquaient dans les trains le petit &#034;march&#233; noir&#034;. Il arriva &#224; ma m&#232;re de se faire t&#226;ter le ventre, comme toutes les femmes enceintes, car parfois la &#034;grossesse&#034; dissimulait du ravitaillement. Le pain &#233;tait fait &#224; la maison ; on p&#233;trissait pendant des heures la p&#226;te dans un bac en bois qu'on couvrait ensuite pour lui laisser le temps de lever. On s'&#233;clairait avec des lampes &#224; p&#233;trole. J'&#233;tais fascin&#233;e par la vari&#233;t&#233; des formes du vase et des tuyaux de verre, par le fait qu'en baissant ou en remontant la m&#232;che on variait l'intensit&#233; de la lumi&#232;re. Ma m&#232;re eut un jour une grande frayeur, j'avais disparu et elle m'appelait en vain. Elle imagina avec horreur que j'avais pu &#234;tre mang&#233;e par la truie. Mais je m'&#233;tais seulement gliss&#233;e sous le lit o&#249; &#233;taient stock&#233;es des pommes pour l'hiver et m'&#233;tais endormie gris&#233;e par leur parfum.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mes parents essayaient de me familiariser un peu avec leur vie pass&#233;e, d'un monde d&#233;sormais r&#233;volu. Ma m&#232;re me parlait des bals avant la guerre, des toilettes pour lesquelles il fallait serrer sa taille dans un corset, des cheveux qu'on coiffait en grandes boucles avec le fer &#224; friser. Elle &#233;voquait aussi un souvenir &#233;mouvant au milieu des mis&#232;res de la guerre. Au moment o&#249; les Russes avaient occup&#233; le pays, un jour un soldat de haute stature &#233;tait venu &#224; la maison. Eux parlant l'allemand et lui le russe, ils ne pouvaient &#233;videmment communiquer. Il prit un enfant sur ses genoux, et se mit &#224; jouer un air gai sur son accord&#233;on tout en s'accompagnant de la voix. Qu'est devenu par la suite ce soldat ? Mon p&#232;re &#233;voquait le cauchemar des tranch&#233;es, les assauts &#224; la ba&#239;onnette en hurlant, les gaz, le camarade tomb&#233; &#224; ses c&#244;t&#233;s le cr&#226;ne emport&#233; par un obus. Il m'apprit &#224; chanter &#034;Ich hatt' einen Kameraden, einen besseren findest Du nicht&#034; (j'avais un camarade, de meilleur tu n'en trouves pas), un chant de combat du d&#233;but du 19&#176; si&#232;cle, et que les troupes hitl&#233;riennes rendirent odieux pendant la deuxi&#232;me guerre. Mais il m'apprit bien d'autres rondes enfantines, toujours vivantes, et je m'&#233;merveillais de son &#034;yodeln&#034;, le chant tyrolien que je n'arrivais pas &#224; imiter. J'admirais son courage lorsqu'il me racontait qu'&#224; cause de la vente du journal socialiste dans la rue il lui arrivait de coucher la nuit au poste de police. En ce temps-l&#224; d&#233;j&#224; certains de ses camarades ne regrettaient pas cette occasion de manger un peu mieux que quand ils &#233;taient en libert&#233;. Peu de temps apr&#232;s la guerre, &#224; Radautz, mon p&#232;re voulut associer celle qu'il courtisait &#224; ses ventes &#224; la cri&#233;e. Mais la jeune fille de bonne famille, celle qui devint ma m&#232;re, n'osa pas &#034;s'exposer&#034; dans la rue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Socialiste, ath&#233;e et exempt de pr&#233;jug&#233;s, mon p&#232;re &#233;tait loin d'&#234;tre une exception dans la population juive de l'empire germanique. L&#233;nine soulignait ce trait dans un texte de 1910 sur la question nationale : &#034;La culture nationale juive, c'est le mot d'ordre de nos ennemis. Mais il est d'autres &#233;l&#233;ments dans la culture juive et dans l'histoire juive. Sur les dix millions et demi de Juifs existant dans le monde entier, un peu plus de la moiti&#233; habitent la Galicie et la Russie, pays arri&#233;r&#233;s, &#224; demi sauvages, qui maintiennent les Juifs par la contrainte dans la situation d'une caste. L'autre moiti&#233; vit dans le monde civilis&#233;, o&#249; il n'y a pas de particularisme de caste pour les Juifs et o&#249; se sont clairement manifest&#233;s les nobles traits universellement progressistes de la culture juive : son internationalisme, son adh&#233;sion aux mouvements progressifs de l'&#233;poque (la proportion des Juifs dans les mouvements d&#233;mocratiques et prol&#233;tariens est partout sup&#233;rieure &#224; celle des Juifs dans la population en g&#233;n&#233;ral).&#034; En Bucovine la population citadine parlait l'allemand. Les paysans qui venaient &#224; la ville pour vendre leurs produits &#233;taient en majorit&#233; des Roumains, mais aussi des Ukrainiens (Ruth&#232;nes).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon p&#232;re &#233;tait fier de moi, parce qu'avec l'esprit d'observation propre aux enfants, je savais distinguer, sans doute d'apr&#232;s le v&#234;tement, une Roumaine d'une Ukrainienne et que selon le cas, en enfant bien &#233;lev&#233;e, je leur disais bonjour dans leur propre langue. Cette diversit&#233; n'&#233;veillait en moi ni curiosit&#233;, ni interrogation. Allemands, Roumains, Ruth&#232;nes, Tsiganes, Juifs, Russes, il y avait des gens habill&#233;s diff&#233;remment, parlant diff&#233;remment, pour moi tous &#233;taient simplement des &#234;tres humains. Je fus d&#233;pouill&#233;e d&#232;s l'enfance de tout sens de nationalit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'&#233;tait la Roumanie des ann&#233;es vingt ? Un pays qui avait doubl&#233; de superficie avec le d&#233;membrement principalement de l'empire austro-hongrois. Entr&#233;e en guerre aux c&#244;t&#233;s de la Triple alliance (en 1916) son arm&#233;e s'&#233;tait pourtant fait battre au premier affrontement. Elle &#233;tait riche en c&#233;r&#233;ales, en fruits, l&#233;gumes, vignes, en p&#233;trole, en minerais, mais la paysannerie et le prol&#233;tariat &#233;taient mis&#233;rables. C'&#233;tait d&#251; &#224; l'h&#233;ritage d'un pass&#233; semi-f&#233;odal et &#224; l'existence d'une f&#233;roce oppression de classe. L'imp&#233;rialisme fran&#231;ais lui octroya, en m&#234;me temps que les nouvelles provinces (la Bucovine, la Transylvanie, la Bessarabie, la Dobroudja) un statut de semi-colonie. La banque centrale &#233;tait gouvern&#233;e par un haut-fonctionnaire fran&#231;ais. L'hymne national, appris &#224; l'&#233;cole, commen&#231;ait par &#034;Vive le roi&#034;... L'Allemand Ferdinand de Hohenzollern avait inaugur&#233; la dynastie en 1914 ; son fils Carol, qui r&#233;gnait de mon temps, vivait publiquement avec sa ma&#238;tresse, Mme Lupescu. Un cousin de mon p&#232;re appel&#233; au Palais pour des r&#233;parations de plomberie, nous racontait que les robinets des salles de bain &#233;taient en or ! Dans la ville de Radautz, que nous avions quitt&#233;e, vivait encore la famille de ma m&#232;re. J'y allais souvent en vacances. J'aimais porter le &#034;dirndel&#034;, la petite robe &#224; fleurs traditionnelle en Autriche. Je retrouvais le bistrot o&#249; les paysans venaient boire les jours de march&#233;, la boutique* de ma grand-tante avec les tonneaux de conserves, les pains de sucre et les pains de sel, et les d&#233;licieux wafferl que je pouvais manger &#224; volont&#233;. Les chevaux &#233;taient un riche th&#232;me de conversation, il y avait &#224; leur sujet mille anecdotes, sur leur intelligence, leur sagacit&#233;, leur fid&#233;lit&#233;. Ma grand'm&#232;re racontait que jeune veuve, elle entendit une nuit sa m&#232;re, qui n'&#233;tait plus de ce monde, l'appeler : r&#233;veille toi ma fille, on vole tes chevaux. Le hennissement des chevaux lui fit sans doute faire ce mauvais r&#234;ve, mais quand elle se r&#233;veilla, un cheval manquait en effet dans l'&#233;curie. Elle et sa s&#339;ur aimaient bien raconter des histoires de revenants. Le soir dans mon lit j'&#233;coutais le tic-tac r&#233;gulier de la pendule, attendant le message de quelque au-del&#224;. Mais je n'en re&#231;us jamais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La campagne &#233;tait toute proche. Il y avait &#034;l'idiot du village&#034; que nous aimions beaucoup.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous le suivions en bande, dansant et chantant &#034;rote Hoserl gr&#252;ne Banderl, oh Marianderl du bist mein Schatz&#034;. Il ne connaissait que cette ritournelle, mais elle nous ravissait. C'est avec effroi que j'assistai un jour au spectacle d'une paysanne sortant ivre du bistrot et s'&#233;croulant dans le caniveau, des bouff&#233;es de vapeur bleue s'&#233;chappant de sa bouche. On pr&#233;tendait que les paysans, une fois leur marchandise vendue, d&#233;pensaient leur argent &#224; boire. Ce dont j'&#233;tais t&#233;moin, c'est qu'ils arrivaient pieds nus &#224; la ville, tenant &#224; la main leurs sandales tress&#233;es, et qu'ils se nourrissaient surtout de &#034;mamaliga&#034;, bouillie de farine de ma&#239;s (la polenta en italien), qui, comme je l'appris plus tard &#224; l'&#233;cole, causait la pellagre. Une cousine de ma m&#232;re avait fait un mariage riche ; elle habitait une maison luxueuse o&#249; j'&#233;tais bien re&#231;ue et o&#249; je jouais avec mes petits-cousins. Mais j'&#233;tais moins &#233;merveill&#233;e par ces richesses que par la boutique d'un vieil artisan juif qui fabriquait des peignes en corne. Il y avait une odeur tr&#232;s sp&#233;ciale un peu suffocante dans son atelier sombre, mais c'&#233;tait fascinant de le voir travailler pench&#233; sur ses outils. C'est &#224; Radautz aussi que j'entendis parler pour la premi&#232;re fois de Paris. Une des cousines r&#233;cemment rentr&#233;e de son voyage de noces, parlait avec enthousiasme de la &#034;Eiffel Turm&#034; (prononc&#233; A&#239;fel). Des ann&#233;es plus tard je d&#233;couvris avec surprise la v&#233;ritable prononciation de cette merveille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand les vacances finies, je retournais dans la capitale, la comparaison n'&#233;tait pas &#224; l'avantage de celle-ci. A Radautz, qui avait pourtant souffert de la guerre, la mis&#232;re et la crasse &#233;taient moins apparentes qu'&#224; Bucarest. Mon p&#232;re avait perdu sa place, bien qu'ayant &#233;t&#233; pr&#233;venu par le truchement d'un messager envoy&#233; &#224; ma m&#232;re, de ne pas faire de &#034;propagande&#034; dans l'usine. Ce fut la raison de notre d&#233;m&#233;nagement &#224; Bucarest ; sa qualification lui permit de trouver du travail, et j'entendais les ouvriers l'appeler &#034;meister&#034; (ma&#238;tre).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce pays pauvre, aux grandes in&#233;galit&#233;s sociales, le langage populaire &#233;tait farci de jurons grossiers. Les gens des couches sociales plus ais&#233;es traitaient avec morgue les gens du peuple et les tutoyaient, m&#234;me sans les conna&#238;tre. J'ai commenc&#233; &#224; aller &#224; l'&#233;cole de bonne heure, &#224; cinq ans. Mon p&#232;re concevait l'&#233;ducation de fa&#231;on s&#233;v&#232;re, et se servait du martinet pour punir la d&#233;sob&#233;issance. Ma m&#232;re n'approuvait pas cette m&#233;thode, elle avait recours &#224; la morale et aux dictons. Il y en avait pour toutes les occasions : la parole est d'argent, le silence est d'or ; ne remets pas &#224; demain ce que tu peux faire aujourd'hui, dont l'&#233;quivalent en allemand &#233;tait assez dr&#244;le : &#034;morgen, morgen, nur nicht heute, sagen alle faule Leute&#034; (demain, demain, pas aujourd'hui, disent tous les paresseux). La politesse, la bonne tenue avaient aussi beaucoup d'importance. Passe encore, pensais-je, de manger la bouche ferm&#233;e, mais c'est bien difficile d'en faire autant pour bailler. Ma grand'm&#232;re paternelle, veuve, habitait chez nous ; elle &#233;tait la f&#233;e du logis. Petite, effac&#233;e, travailleuse, habill&#233;e de noir, un fichu sur la t&#234;te, elle &#233;tait mon idole et j'&#233;tais sa prot&#233;g&#233;e. Elle connaissait des rem&#232;des pour toutes les maladies de l'enfance et racontait des contes que je ne me lassais pas d'&#233;couter, cent fois les m&#234;mes. Mon amie &#233;tait aussi notre servante, une paysanne comme il y en avait tant qui venaient travailler &#224; la ville ;* elle avait laiss&#233; au village ses enfants et son mari &#224; qui elle envoyait l'argent de sa paye. Elle me confiait des &#233;pisodes de sa vie ; ainsi l'humiliation qu'elle ressentit le lendemain de sa nuit de noces, quand, selon la coutume, on exposa les draps pour t&#233;moigner de sa virginit&#233;. Encore jeune, v&#234;tue d'une ample jupe longue et les cheveux serr&#233;s dans un fichu, elle ne laissait voir que son beau visage. Quand elle s'&#233;tait pr&#233;sent&#233;e chez nous cherchant une place de domestique, elle avait remis &#224; ma m&#232;re son livret de travail. Tout salari&#233; en avait un obligatoirement. Sa pr&#233;c&#233;dente patronne, une enseignante (par hasard mon professeur de roumain), avait marqu&#233; sur le livret &#034;communiste&#034;. La paysanne ne savait pas lire et on se garda de lui traduire cette inscription &#034;infamante&#034; ; elle s'int&#233;gra loyalement dans notre famille, alors qu'elle avait par n&#233;cessit&#233; fait le sacrifice d'abandonner la sienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'un caract&#232;re plus hautain et plus s&#233;v&#232;re (&#034;moi, Beila Wolf&#034;, aimait-elle souligner), la grand'm&#232;re maternelle venait chez nous seulement en visite. Elle me laissa un souvenir d&#233;sagr&#233;able le jour o&#249; elle m'emmena dans un sauna et m'imposa un bain de vapeur. Plus on montait de marches, plus je criais, moins elle l&#226;chait ma main. Elle avait deux autres filles (ma m&#232;re &#233;tait l'a&#238;n&#233;e) : H&#233;l&#232;ne avait d&#233;j&#224; &#233;migr&#233; au Canada, tandis que Ida, la plus jeune, habitait chez nous en attendant de partir &#224; son tour. Toutes les deux nous avons &#233;t&#233; enr&#244;l&#233;es dans les activit&#233;s th&#233;&#226;trales de mon p&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car il ne se contentait pas de la vie au jour le jour, il avait besoin d'une vie sociale. Je l'accompagnais au club de lecture et de discussion (gr&#226;ce &#224; quoi je lui pardonnais sa s&#233;v&#233;rit&#233; p&#233;dagogique). M&#234;me si je ne comprenais pas grand'chose aux d&#233;bats, le jeu me passionnait ; ainsi, pourquoi ce participant approuvait-il toujours avec conviction, dans une discussion contradictoire, le dernier qui avait parl&#233; ? Dans ce cercle d'amis, un personnage m'impressionnait particuli&#232;rement : hongrois, il avait perdu une jambe pendant l'insurrection de 1919 &#224; Budapest ; il avait connu Bela Kun et avait fui la r&#233;pression apr&#232;s l'&#233;chec de la r&#233;volution. Il y avait d'autres Hongrois parmi les gens que je c&#244;toyais, notamment des ouvriers, ravis quand je pronon&#231;ais quelques mots dans leur langue. Notre ami, tailleur, chantait d'une voix superbe, comme sa fille, une enfant orpheline de m&#232;re. H&#233;las, le p&#232;re s'&#233;tait remari&#233; avec une blonde mar&#226;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le groupe de th&#233;&#226;tre amateur &#233;tait tr&#232;s actif. A la veille d'un des spectacles mon p&#232;re m'avait pr&#233;venu qu'un personnage de la pi&#232;ce allait faire semblant d'&#234;tre tu&#233;, et que le sang qu'on allait voir couler n'&#233;tait que de l'encre rouge. Mais pour moi l'acteur mourait v&#233;ritablement, c'&#233;tait son vrai sang, la fiction &#233;tait plus forte que la r&#233;alit&#233;. Cette activit&#233; extra-scolaire contrariait ma m&#232;re, qui insistait qu'un enfant devait se coucher de bonne heure. En vain : mon p&#232;re voyait en moi une future grande actrice et voulait mettre en valeur mon talent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'aimais d&#233;clamer, et en classe je n'en voulais pas aux petites filles qui se moquaient de moi parce que je mettais du pathos dans la r&#233;citation et la lecture &#224; haute voix. Il en fut autrement un jour o&#249; ma voix s'&#233;trangla et des larmes brouill&#232;rent ma vue. C'&#233;tait &#224; la lecture d'un passage de &#034;Cuore&#034;, le roman d'une enfance de d'Amicis, traduit en roumain ; j'ai d&#251; passer mon tour et personne ne rit ce jour-l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'avais le rire aussi facile que les larmes. Ce n'&#233;taient pas les &#034;blagues&#034; des adultes, mais des situations qu'eux ne trouvaient pas dr&#244;les qui me faisaient rire aux &#233;clats ; ma m&#232;re s'en inqui&#233;tait, m'expliquant que les gens pouvaient prendre ce rire pour de la b&#234;tise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De mon &#233;cole primaire j'ai gard&#233; le souvenir d'une ma&#238;tresse m&#233;chante, qui tirait les oreilles des petites filles, frappait avec une r&#232;gle les paumes de la main, nous faisait mettre au coin &#224; genoux. Il fallait bien calligraphier les lettres, et c'&#233;tait difficile de tracer un rond bien rond et un trait bien droit. Lors d'une &#233;pid&#233;mie de poux, toutes les petites filles (les &#233;coles n'&#233;taient* pas mixtes) se retrouv&#232;rent en classe le cr&#226;ne ras&#233;, pour notre plus grand amusement. Les maladies d'enfants &#233;taient fr&#233;quentes. Je me souviens d'une &#233;pid&#233;mie de scarlatine : on &#233;tait d'office hospitalis&#233; et maintenu en quarantaine. Les parents pouvaient nous voir seulement &#224; travers la vitre. Au plus fort de ma fi&#232;vre, j'assistais comme dans un cauchemar au vol de mon orange par une autre gamine. Les oranges &#233;taient une friandise, qu'on ne distribuait qu'&#224; No&#235;l.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'une fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, les enfants &#233;taient soign&#233;s &#224; la maison avec des moyens traditionnels : tisanes (tilleul, camomille, verveine, guimauve, queues de cerises), compresses, cataplasmes, &#224; l'occasion l'huile de ricin, et chaque hiver la d&#233;sagr&#233;able cure d'huile de foie de morue, d'un go&#251;t tellement d&#233;plaisant qu'on retenait sa respiration pour avaler, et qu'on m&#226;chait apr&#232;s une olive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En guise de rem&#232;des ma grand'm&#232;re pratiquait aussi la magie. Ainsi, elle versait dans de l'eau froide une cuiller&#233;e d'&#233;tain en fusion et interpr&#233;tait les figures form&#233;es par le m&#233;tal refroidi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un jour o&#249; j'avais de la fi&#232;vre, elle m'enveloppa &#224; l'insu de ma m&#232;re dans une couverture et alla me &#034;vendre&#034; &#224; la voisine : le mauvais &#339;il qui &#233;tait entr&#233; dans notre maison ne pouvait plus m'atteindre. Puis elle me reprit aussit&#244;t. J'en gardai le souvenir comme d'un conte surr&#233;aliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle me d&#233;fendait aussi de toucher &#224; notre chat noir qui sommeillait toute la journ&#233;e sur une soba (nom russe du po&#234;le, adopt&#233; en roumain). Le chat &#233;tait para&#238;t-il un animal sournois et elle me racontait des histoires terrifiantes, &#224; la Edgar Allan Poe, qui m'&#233;tait alors inconnu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans tous les r&#233;cits de ma grand-m&#232;re il y avait un climat fantastique ou inqui&#233;tant. Un pauvre tsigane qui avec ses compagnons traversait la for&#234;t dans une charrette, apercevant des loups se mit &#224; jouer fr&#233;n&#233;tiquement de son violon ; la musique tenait les loups &#224; distance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais arriv&#233; sain et sauf au village, il ne pouvait plus s'arr&#234;ter de jouer. La peur lui avait &#244;t&#233; la raison. La &#034;sorcellerie&#034; de ma grand-m&#232;re &#233;tait pour moi un monde enchant&#233;. Mais mon p&#232;re appelait cela de la superstition, une maladie incurable. La preuve : il se souvenait qu'&#224; l'&#233;poque o&#249; il &#233;tait encore enfant, sa m&#232;re partie faire des courses &#224; la tomb&#233;e du jour, revint hors d'haleine, terrifi&#233;e d'avoir vu un fant&#244;me au coin de la rue. Son &#233;poux, arm&#233; d'un b&#226;ton, la prit par le bras et l'entra&#238;na jusqu'au &#034;fant&#244;me&#034; qui n'&#233;tait qu'un tonneau peint en blanc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Voil&#224; ce que je fais de ton fant&#244;me&#034;, dit-il en frappant le tonneau de son b&#226;ton. Le surnaturel avait cependant un grand attrait. J'ai vu &#224; la maison des amis de mes parents se r&#233;unir autour d'une table, y poser leurs mains &#224; plat et invoquer les disparus. Je regardais cela d'un &#339;il sceptique, d'autant plus que le comportement de mes parents d&#233;mentait toute croyance au surnaturel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ath&#233;e, mon p&#232;re n'allait pas &#224; la synagogue, ne parlait jamais de religion. Mais &#224; P&#226;ques il nous r&#233;unissait autour d'un repas solennel et s'adressant selon la tradition &#224; sa fille a&#238;n&#233;e nous racontait la sortie d'Egypte du peuple juif. J'aimais le go&#251;t du pain azyme, comme j'aimais la brioche de la p&#226;que chr&#233;tienne. Ma grand'm&#232;re allumait des bougies dans un cand&#233;labre le vendredi soir. Elle me racontait que pendant la guerre, elle allumait chaque jour une bougie invoquant Dieu pour qu'il &#233;pargne la vie de son fils unique. Que l'homme ne vit pas seulement de pain, je l'appris d&#232;s ma petite enfance. Mais je v&#233;cus la spiritualit&#233; sous de multiples facettes, et ne fis un choix que vers mes treize ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les ann&#233;es vingt le charleston et le tango &#233;taient &#224; la mode ; d&#233;monstration &#224; l'appui, ma m&#232;re disait que la polka et la mazurka &#233;taient bien plus jolies, et je pensais qu'elle avait raison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le gramophone &#034;La Voix de son Ma&#238;tre&#034; &#233;tait orn&#233; d'un haut parleur en forme d'une grande corolle ouverte, et on remontait &#224; la manivelle le disque qui s'essoufflait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A aucun prix je n'aurais manqu&#233; ma s&#233;ance hebdomadaire de cin&#233;ma. Je v&#233;cus la transition du film muet au parlant sans y voir un &#233;v&#233;nement. Le Tombeau hindou &#233;tait d'autant plus troublant qu'on n'y parlait pas, quant &#224; Laurel et Hardy, ou &#224; Charlot, accompagn&#233;s au piano dans la salle, leur mimique en disait plus que les mots, et on comprend que Charlot ait longtemps h&#233;sit&#233; &#224; franchir le pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'occasion de quelque festivit&#233;, autour de la table chacun son tour devait pousser une chanson ou dire une anecdote. Ce fut pour moi un grand moment d'&#233;motion quand mon p&#232;re f&#234;ta avec ses amis la chance d'avoir &#233;chapp&#233; &#224; la mort : &#224; l'usine, le foulard qu'il portait autour du cou s'&#233;tait pris dans une machine, et c'est de justesse qu'il avait &#233;vit&#233; l'&#233;tranglement. On accrocha l'&#233;charpe au plafond dans la pi&#232;ce o&#249; tout le monde &#233;tait r&#233;uni pour la f&#234;te. Mon p&#232;re savait tout faire de ses mains : plomberie, menuiserie, m&#233;canique et le reste. C'est lui qui fendait &#224; la hache les b&#251;ches pour faire provision de bois, qui construisait en hiver l'abri de paille autour de la pompe &#224; eau dans la cour ; et je n'ai jamais eu de plus beaux jouets que les meubles miniature fabriqu&#233;s par lui - chaises, table, armoire, lit - qu'il m'offrit pour un anniversaire. C'est peut-&#234;tre de l&#224; que datent mon respect et mon admiration pour les gens travaillant de leurs mains. C'est aussi une poup&#233;e de chiffon qui &#233;tait ma pr&#233;f&#233;r&#233;e, car je l'ai vue na&#238;tre des mains de ma grand'm&#232;re. Les poup&#233;es en porcelaine n'avaient pas d'&#226;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le credo de ma m&#232;re &#233;tait la propret&#233;, l'ordre et le travail. Les draps, les serviettes, le linge &#233;taient rang&#233;s dans la grande armoire, attach&#233;s en pile avec des rubans. Les cuivres &#233;taient polis r&#233;guli&#232;rement, et les &#233;tag&#232;res recouvertes de napperons blancs sur lesquels &#233;taient brod&#233;s des objets et des dictons. Elle n'avait pas de pratique religieuse, mais son parler &#233;tait &#233;maill&#233; de &#034;dieu merci, si dieu le veut, &#224; la gr&#226;ce de dieu&#034; ; des ann&#233;es plus tard, &#233;tant en correspondance avec ma tante Ida au Qu&#233;bec, elle m'avoua son &#233;tonnement de n'avoir jamais trouv&#233; dans mes lettres l'expression &#034;Gott sei Dank&#034;. De ma m&#232;re aussi j'appris qu'il existait quelque part un pays de cocagne : d'une personne privil&#233;gi&#233;e, on disait qu'elle vivait &#034;wie Gott in Frankreich&#034; (comme Dieu en France), une expression qui remontait sans doute au 18&#176; si&#232;cle. Mais ce n'est que bien plus tard que j'ai d&#233;chiffr&#233; l'origine de &#034;schank-und-tan&#034; : il s'agissait de payer &#034;argent comptant&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Indulgente, ma m&#232;re me dispensait des courses dans les magasins et achetait sans moi mes v&#234;tements et m&#234;me mes chaussures. Je d&#233;testais le marchandage et le bakchich, pratique incontournable dans ce pays aux m&#339;urs levantines. Ne disait-on pas en roumain aux enfants turbulents : si tu n'es pas sage j'appelle les Turcs ? Souvenir d'une &#233;poque o&#249; la Valachie faisait partie de l'empire ottoman ; gouvern&#233;e par des &#233;missaires grecs, la province subissait sans doute p&#233;riodiquement des raids de punition, quand la Sublime Porte ne recevait pas la d&#238;me pr&#233;lev&#233;e sur la malheureuse population et empoch&#233;e par les Phanariotes. Il faut lire &#224; ce sujet les romans de Pana&#239;t Istrati, vagabond et &#233;crivain de g&#233;nie, fils d'une paysanne roumaine et d'un contrebandier grec.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vers mes six ans, ma m&#232;re eut son deuxi&#232;me enfant, Erika. Puis suivirent Lili et Suzi, rien que des filles au grand dam de mon p&#232;re. La petite Suzi, qu'il ne voulut pas voir &#224; sa naissance, se r&#233;v&#233;la un vrai diablotin, vive et espi&#232;gle, et mon p&#232;re chantonnait avec humour la lamentation d'un paysan ukrainien : &#034;nous avons quatre filles, quatre filles nous avons&#034;. Ma m&#232;re nous lavait les cheveux avec une d&#233;coction de camomille, pour entretenir notre blondeur, mais nous avions droit aussi au p&#233;trole, pour &#233;loigner les poux ! Avec mes joues rondes et mes nattes, j'avais l'air, me disait-on, d'une &#034;babouchka&#034;. Erika, au regard bleu ciel, &#233;tait timide, un peu renferm&#233;e ; Lili, &#233;nergique et d&#233;termin&#233;e, ressemblait &#224; notre m&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En pays &#233;tranger et dans des conditions si diff&#233;rentes de sa jeunesse, mon p&#232;re ne s'engagea plus politiquement. Mais sa sympathie allait nettement &#224; la Russie des soviets. En Roumanie le parti communiste &#233;tait ill&#233;gal. Les militants arr&#234;t&#233;s &#233;taient tortur&#233;s et jet&#233;s en prison pour de longues ann&#233;es. Il y avait parmi ces militants pas mal de juifs et il courait &#224; ce sujet une anecdote : quand des brutes polici&#232;res arr&#234;tent un juif ils le battent &#224; mort en hurlant, &#034;sale juif, &#231;a t'apprendra &#224; &#234;tre communiste dans notre pays&#034;. Mais quand ils arr&#234;tent un Roumain, ils le battent &#224; mort en hurlant, &#034;t'as pas honte d'&#234;tre communiste, &#231;a t'apprendra de trahir la patrie&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'antis&#233;mitisme &#233;tait enracin&#233; dans le langage populaire : on ne disait pas 'evreu' (juif), mais 'jidan' (youpin). La pr&#233;tendue d&#233;mocratie n'&#233;tait qu'une parodie et les &#233;lections &#233;taient truqu&#233;es. J'entendais dire que dans les bureaux de vote on triait les &#233;lecteurs : &#034;ceux qui sont pour le gouvernement, mettez-vous &#224; droite, ceux qui sont contre alignez vous &#224; gauche&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait &#224; peine une boutade. Des sentinelles veillaient le long du Dniestr (Nistru en roumain) qui marquait la fronti&#232;re avec l'URSS (la Bessarabie, partie de la Moldavie qui avait appartenu &#224; l'empire tsariste, avait &#233;t&#233; annex&#233;e &#224; la Roumanie). Il arrivait fr&#233;quemment que des t&#233;m&#233;raires essayant de passer soient abattus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le climat continental de la Roumanie, les saisons &#233;taient tranch&#233;es. Le printemps arrivait brusquement, comme par enchantement, et tout se mettait &#224; fleurir avec une d&#233;bauche de parfums, muguet, &#339;illets, violettes, ch&#232;vrefeuille, roses, tilleuls, et surtout le lilas que je pr&#233;f&#233;rais entre tous. L'&#233;t&#233; &#233;tait torride, avec des pluies abondantes, mais aussi une abondance de fruits. Je n'ai pas de souvenir particulier de l'automne, mais l'hiver &#233;tait une saison terriblement rude. Le matin il fallait d&#233;blayer la neige avant de pouvoir ouvrir la porte. A la maison nous &#233;tions &#224; l'abri du froid, avec les sobas, ces grands po&#234;les en c&#233;ramique, artistement d&#233;cor&#233;s, qui chauffaient les pi&#232;ces. Mais il n'en &#233;tait pas de m&#234;me pour tout le monde. Un ami de mon p&#232;re qui organisait des loisirs pour les enfants pauvres, nous interrogea sur les saisons. Les enfants, mal v&#234;tus, mal nourris, trouvaient l'hiver triste. Alors il nous parla des bonhommes de neige, des glissades sur la glace, des sapins de No&#235;l... A sa mani&#232;re de peindre la vie, il nous fit rire de bon c&#339;ur et oublier les mis&#232;res. Il y avait un moment joyeux &#224; No&#235;l : munis d'un b&#226;ton auquel &#233;taient fix&#233;es des clochettes et une &#233;toile en papier colori&#233; au sommet, les enfants allaient de porte en porte chantant &#034;joyeux No&#235;l&#034;, en &#233;change de quoi ils recueillaient des friandises et de l'argent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les mendiants &#233;taient l&#233;gion. Je m'interrogeais, pourquoi cette d&#233;ch&#233;ance d'&#234;tres humains pareils &#224; moi ? Malades, mutil&#233;s, en haillons, couch&#233;s par terre, qu&#233;mandant d'un ton suppliant, ils suscitaient en moi un sentiment de douleur et de r&#233;volte. Leur donner une pi&#232;ce de monnaie ne changeait pas leur condition ; il fallait trouver le moyen de changer cet &#233;tat de choses. Ma grand-m&#232;re avait son pauvre attitr&#233;, qui lui rendait visite chaque semaine : elle lui pr&#233;parait un sac de provisions, de vieux v&#234;tements, passait un moment avec lui. Il me paraissait que les toilettes, les bijoux, &#233;taient une insulte &#224; cette humanit&#233; mis&#233;reuse. Je voulais me d&#233;barrasser de mes boucles d'oreilles (toutes les filles en portaient) et j'imaginai le stratag&#232;me d'en &#034;perdre&#034; une. Au bout de deux ou trois fois de ce man&#232;ge, ma m&#232;re qui n'&#233;tait pas dupe, renon&#231;a de m'en acheter d'autres. Je ne portais donc plus de bijoux, sauf un jour par an le &#034;martsisor&#034;, une coutume remontant peut-&#234;tre aux Romains : chaque ann&#233;e le 1er mars les petites filles recevaient en cadeau un collier pour f&#234;ter l'arriv&#233;e du printemps. Pour les plus modestes c'&#233;tait une simple cordelette avec une petite m&#233;daille au bout. C'est &#224; peu pr&#232;s &#224; la m&#234;me saison qu'arrivaient les f&#234;tes de P&#226;ques. Les enfants faisaient provision d'&#339;ufs durs peints et colori&#233;s, et nous jouions &#224; cogner l'&#339;uf contre celui d'un autre. Le jeu &#233;tait de garder le sien intact ; je disais en m&#234;me temps, comme le voulait la coutume, &#034;le Christ a ressuscit&#233;&#034; et on me r&#233;pondait, &#034;en v&#233;rit&#233; il a ressuscit&#233;&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pays &#233;tait orthodoxe, c'est-&#224;-dire qu'il y avait les rites et les coutumes de l'&#233;glise byzantine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le clerg&#233;, les popes n'&#233;taient pas aim&#233;s. Entre enfants, nous disions que croiser un pope portait malheur, et nous imitions le cri du corbeau sur son passage. Il faut dire que les popes &#233;taient des sangsues, car ils se faisaient payer tous les actes religieux par ces pauvres paysans qui n'auraient pas pu supporter de na&#238;tre ou de mourir sans l'assistance de l'&#233;glise. 90% ou peut-&#234;tre plus d'entre eux &#233;taient analphab&#232;tes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une autre partie pauvre de la population &#233;taient les tsiganes, de plus m&#233;pris&#233;s. Ferblantiers, chaudronniers, vivant dans des roulottes, on les traitait de voleurs, et je devais m'en m&#233;fier parce qu'ils volaient aussi des enfants ! Moi j'enviais les petits tsiganes qui, tout nus, prenaient des douches sous la pluie torrentielle en &#233;t&#233;. A force de supplication, j'avais obtenu de ma m&#232;re la permission d'en faire autant, mais dans la cour de notre maison, &#224; l'abri des regards.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(A peu pr&#232;s &#224; la m&#234;me &#233;poque en France, comme me l'a racont&#233; plus tard une coll&#232;gue de travail, la petite bretonne catholique qu'elle &#233;tait devait fermer les yeux en se d&#233;shabillant et murmurer : &#034;mon Dieu gardez-moi l'innocence de mon enfance&#034;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les tsiganes jouaient du violon dans les f&#234;tes et c'est sur leur musique que les paysans dansaient la &#034;hora&#034;. Ils &#233;taient aussi montreurs d'ours, un spectacle qui attirait les adultes et amusait les enfants. Mais de m&#234;me que je n'aimais pas le cirque, je m'affligeais &#224; la vue de ce pauvre ours attach&#233; par les narines &#224; une cha&#238;ne et r&#233;duit en esclavage. Il me faisait piti&#233; et je d&#233;testais la cruaut&#233; des hommes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par contre, je ne m'apitoyais pas sur les oies gav&#233;es par ma grand-m&#232;re. Je n'imaginais pas qu'on leur infligeait ainsi une torture. Nous vivions dans la familiarit&#233; des animaux domestiques. La truie qui nourrissait une quantit&#233; de porcelets, la chienne-berger qui avait mis bas en m&#234;me temps et ne repoussait pas les petits cochons voraces, les pigeons dont on exaltait la fid&#233;lit&#233; : un pigeon s'&#233;tait laiss&#233; p&#233;rir de faim apr&#232;s la mort de sa compagne. Les mouches, un fl&#233;au en &#233;t&#233;, se laissaient prendre au pi&#232;ge sur les grandes bandes collantes qui pendaient au plafond &#224; leur intention. Comme les autres enfants, je m'amusais &#224; les capturer du revers de la main. Je n'&#233;crasais pas les fourmis ni les araign&#233;es, dont j'admirais la toile magique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les conditions de vie de ma famille &#233;taient besogneuses, mais nous ne manquions de rien. Ma grand'm&#232;re faisait la cuisine, pr&#233;parait les yaourts, p&#233;trissait la p&#226;te qui lui servait &#224; confectionner les nouilles et des g&#226;teaux de toute sorte. Le d&#233;licieux strudel, qui demandait une longue pr&#233;paration, &#233;tait d'origine autrichienne, le baklava, le halva et le chichkebab &#233;taient turcs. Les &#034;mititei&#034; (brochettes de viande) et le fromage de brebis &#233;taient roumains, le goulache hongrois, et la bi&#232;re Pilsen que buvait mon p&#232;re venait de Boh&#234;me. On pourrait allonger la liste. Les activit&#233;s saisonni&#232;res &#233;taient bien r&#233;gl&#233;es. Pendant l'&#233;t&#233; ma m&#232;re pr&#233;parait, en pr&#233;vision de l'hiver, des conserves et des confitures, les cornichons marin&#233;s dans la saumure aux plantes odorantes, les cerises &#224; l'eau de vie qu'elle servait aux invit&#233;s en m&#234;me temps que le sorbet et le caf&#233; turc ; on lisait l'avenir dans le marc de caf&#233;. Mais &#224; toutes ces bonnes choses je pr&#233;f&#233;rais les fruits ; les pommes encore vertes avaient un d&#233;licieux go&#251;t sur, je mangeais m&#234;me la fleur sucr&#233;e de l'acacia. A la fin de l'&#233;t&#233; le raisin arrivait en abondance, et des marchands ambulants vendaient des noix d&#233;cortiqu&#233;es conserv&#233;es dans des bocaux. La past&#232;que avait un double usage : nous d&#233;coupions au sommet un couvercle pour &#233;vider et manger la pulpe fra&#238;che et sucr&#233;e ; puis nous percions quelques trous sur le pourtour, fixions une bougie &#224; l'int&#233;rieur, et le soir nous nous promenions dans la rue avec notre lanterne. Pour les jeux un peu plus sportifs, glissades, saut &#224; la corde, je me tenais prudemment &#224; l'&#233;cart.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mes parents ne faisaient rien pour corriger ce d&#233;faut ; il en serait all&#233; autrement si j'avais &#233;t&#233; un gar&#231;on...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ma m&#232;re aurait aim&#233; me donner le go&#251;t des activit&#233;s m&#233;nag&#232;res, indispensables pour la tenue du foyer, comme la virginit&#233; pour le mariage. En vain ; j'&#233;tais trop occup&#233;e &#224; observer et &#224; &#233;couter autour de moi. Ainsi les confidences entre femmes du peuple : &#034;vous savez, une telle, son mari ne la bat plus, c'est qu'il ne doit plus l'aimer&#034;, une contradiction qui me laissait perplexe. Mes parents prenaient rarement des vacances. Je me souviens d'un &#233;t&#233; que je passai avec ma m&#232;re sur les bords de la Mer Noire. Non loin de Constantza, le lieu d'exil d'Ovide, il y avait une station baln&#233;aire (Mamaia) o&#249; les curistes, hommes et femmes s&#233;par&#233;s, prenaient des bains de boue. Une vraie joie : le corps nu, enduit de vase, on se laissait s&#233;cher lentement &#224; l'air et au soleil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1929 le krach de la Bourse de New-York se fit sentir aussi &#224; Bucarest. L'entreprise o&#249; mon p&#232;re travaillait ferma ses portes. C'&#233;tait il me semble une grande scierie et j'avais souvent jou&#233; &#224; cache-cache avec mes petits camarades derri&#232;re les piles de planches. La maison o&#249; nous habitions appartenait &#224; l'entreprise. Le temps de se retourner, mes parents me mirent en pension chez des missionnaires luth&#233;riennes. Dans la chambre o&#249; on m'installa, seule, je passais la premi&#232;re nuit en sanglots ; puis mon regard se fixa sur deux images au mur, repr&#233;sentant, comme l'indiquait la l&#233;gende, les sept vierges sages et les sept vierges folles. La m&#233;ditation adoucit mon chagrin. Les s&#339;urs &#233;taient gentilles. Celle qui s'occupait de moi, me voyant maladroite, m'aidait &#224; fabriquer, dans le secret de ma chambre, les cadeaux de No&#235;l que nous devions imaginer et confectionner de nos mains. Chaque semaine les s&#339;urs accueillaient des femmes pauvres autour d'un go&#251;ter et leur offraient une aum&#244;ne. Je fus tr&#232;s &#233;tonn&#233;e de les entendre dire du mal des religieuses. Vaste sujet de r&#233;flexion sur l'ingratitude envers la charit&#233;. On murmurait que le pasteur, qui &#233;tait mari&#233; et avait des enfants, faisait la cour aux filles. Tout cela ne me d&#233;tourna pas de ma r&#233;solution : j'allais &#234;tre missionnaire, peut-&#234;tre dans des pays lointains, et me vouer aux d&#233;sh&#233;rit&#233;s. Jamais je n'&#233;galerai le sacrifice de J&#233;sus-Christ pour l'humanit&#233;. Mais au bout d'une ann&#233;e, je retournai chez mes parents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec ses &#233;conomies, mon p&#232;re avait rachet&#233; &#224; la p&#233;riph&#233;rie de la ville une station d'essence en faillite. Ma m&#232;re et lui eurent vite fait de la remonter, peut-&#234;tre aussi le pays sortait-il de la crise. La maison d'habitation &#233;tait spacieuse, avec plusieurs chambres et la cuisine ; au fond une remise pour les travaux domestiques : lessive, pr&#233;paration des conserves, etc. ; une cour cl&#244;tur&#233;e nous s&#233;parait de la station d'essence, qui donnait sur la rue. En plus de la vente des carburants il y avait l'atelier de m&#233;canique, et les autobus de la ville venaient s'approvisionner chez nous. Mon p&#232;re attirait la sympathie et les chauffeurs l'appelaient famili&#232;rement par un diminutif, Manoul&#233;. Des femmes et des enfants achetaient du p&#233;trole au litre, pour l'&#233;clairage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous, nous avions l'&#233;lectricit&#233; et l'eau courante. Mais pas de salle de bains. Je me baignais dans une grande cuve, une fois par semaine, bien &#224; l'abri des regards.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ma nouvelle &#233;cole, tenue par une mission anglicane, &#233;tait install&#233;e dans un immeuble bourgeois en ville et nous n'&#233;tions qu'une dizaine par classe. Pour m'y rendre je devais prendre le tram, et en hiver, malgr&#233; le manchon de fourrure, le froid me pin&#231;ait les doigts. Nous portions l'uniforme &#224; la mode anglaise : jupe, chemisier, cravate et chapeau. Des enseignantes, et un seul homme, le pasteur. Un jour j'osai lui demander pourquoi on nous apprenait que l'homme descend du singe, alors que c'est Dieu qui cr&#233;a Adam et Eve. En me r&#233;pondant que je ne devais pas poser ce genre de questions, il se discr&#233;dita &#224; mes yeux &#224; jamais. Pourtant je ne connaissais pas &#224; l'&#233;poque cette belle formule de Diderot : &#034;Si la raison est un don du ciel et que l'on puisse dire autant de la foi, le ciel nous a fait deux pr&#233;sents incompatibles et contradictoires&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;coles missionnaires ne manquaient pas, certaines &#233;taient fran&#231;aises. L'&#233;cole secondaire anglicane n'&#233;tait pas l'&#233;quivalent du lyc&#233;e. On enseignait &#224; peine les sciences et les maths, mais largement la litt&#233;rature, les langues, et la Bible. Les moins ennuyeuses &#233;taient les enseignantes anglaises. Une dissertation sur Paradise Lost de John Milton n'&#233;tait pas incompatible avec des jeux et des chansons. On oublie plus facilement les noms des &#233;pouses de Henri VIII, que le texte et la m&#233;lodie de &#034;I married a woman, she was worse than the first&#034;, ou &#034;Pull him away the drunken sailor&#034;, et ainsi de suite. La directrice, Miss Boyd, ses nattes autour de la t&#234;te et des poils au menton, remettait chaque fin de semaine, &#224; la classe la plus m&#233;ritante, l'&#233;cusson &#034;Amor vincit omnia&#034;. Fr&#228;ulein Roth, professeur d'allemand, aimait la po&#233;sie : Goethe, Schiller, Heine... Je ne pouvais m'emp&#234;cher d'apprendre d'une traite de longs po&#232;mes. Comment s'arr&#234;ter en chemin avec la &#034;Lorelei&#034; : &#034;Ich weiss nicht was soll es bedeuten dass ich so traurig bin, ein M&#228;rchen aus alten Zeiten das kommt mir nicht aus dem Sinn&#034; ? (Je ne sais ce que signifie ma tristesse, un conte des temps anciens ne quitte pas mon esprit). Un jour la prof m'interrompt au milieu de la r&#233;citation ; nous voil&#224; dans une autre classe, o&#249; elle demande &#224; sa coll&#232;gue la permission de me faire r&#233;citer devant ses &#233;l&#232;ves. Et je d&#233;clame &#224; ma mani&#232;re, en trag&#233;dienne, le &#034;Erlk&#246;nig&#034; (Le roi des Aulnes) : &#034;Wer reitet so sp&#228;t durch Nacht und Wind ? Es ist der Vater mit seinem Kind&#034;... (Qui chevauche si tard dans la nuit et le vent, c'est le p&#232;re avec son enfant). Je n'aimais cependant pas la comp&#233;tition ; au risque d'une punition, je m'arrangeais m&#234;me pour que ma voisine puisse discr&#232;tement copier sur moi dans les interrogations &#233;crites. Bien des ann&#233;es plus tard, je lisais dans une enqu&#234;te men&#233;e par des &#233;ducateurs am&#233;ricains en Alaska, que les enfants eskimos ignoraient l'esprit de comp&#233;tition et s'entraidaient dans leur travail scolaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La prof de fran&#231;ais, une Mademoiselle, fille d'ambassadeur dont j'ai oubli&#233; le nom, vieille fille aux allures aristocratiques, nous faisait la lecture d'un journal r&#233;actionnaire &#034;Le Petit Parisien&#034; (alors qu'on trouvait dans les kiosques le magazine bourgeois de gauche &#034;Marianne&#034;). Elle nous parlait vaguement de Voltaire et de Rousseau, mais c'est seulement des ann&#233;es plus tard, en France, que je d&#233;couvris le nom de Diderot. La prof de math, indiff&#233;rente, dormait quasiment en classe, ne nous manifestant aucun int&#233;r&#234;t ; celle de sciences aurait voulu bien faire, mais disposait de si peu d'heures. Je trouvais pourtant merveilleux le monde des sciences naturelles et la g&#233;ologie. Nous avions aussi l'&#233;ducation m&#233;nag&#232;re ; c'est ma m&#232;re qui faisait l'ouvrage de broderie ou de tricot que nous devions pr&#233;senter en fin d'ann&#233;e, et la prof gentiment fermait les yeux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mes camarades de classe me paraissaient futiles, &#224; parler toujours de robes et de gar&#231;ons (il est vrai qu'elles avaient un ou deux ans de plus que moi). Dans mon entourage familial il y avait des pr&#233;occupations sociales, un d&#233;bat d'id&#233;es. C'est de l&#224; que me vint de tr&#232;s bonne heure le go&#251;t de la lecture. Enfant je me plongeais dans les magazines &#233;quivalents de B&#233;cassine ou autres Pieds nickel&#233;s, dont je n'&#233;tais pas priv&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Adolescente, je lisais de la &#034;vraie&#034; litt&#233;rature. Mais j'adorais aussi le cin&#233;ma, et ne d&#233;daignais pas les films mi&#232;vres, allemands ou am&#233;ricains, des ann&#233;es 30. Je pastichais m&#234;me les chansons sirupeuses de Jan Kiepura et Martha Eggert (&#034;Meine Liebe, Deine Liebe sind ja beide gleich&#034;), ou celles de Fred Astaire et Ginger Rogers (&#034;Darling, never, never change&#034;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En f&#233;vrier 1933 un &#233;v&#233;nement tragique eut un grand retentissement. L'arm&#233;e tira sur des cheminots en gr&#232;ve, au d&#233;p&#244;t des chemins de fer de Grivitza. Pendant qu'on entendait hurler les sir&#232;nes que les gr&#233;vistes avaient d&#233;clench&#233;es, je composais un po&#232;me que je leur d&#233;diais (je ne l'ai pas gard&#233;). Dans l'entourage de mon p&#232;re il y avait des sympathisants et des militants communistes. Quelques sionistes aussi, mais on plaisantait &#224; leur sujet : &#034;qu'est-ce qu'un sioniste ? c'est un juif qui fait la qu&#234;te aupr&#232;s d'un autre juif pour en envoyer un troisi&#232;me en Palestine.&#034; Mais en Russie, en Pologne et ailleurs il y avait aussi une culture &#034;yiddish&#034; qui n'avait rien de sioniste ; il suffit, pour s'en rendre compte, de lire les &#034;M&#233;moires d'un r&#233;volutionnaire&#034; de Hersch Mendel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En librairie on trouvait plus facilement des livres en fran&#231;ais qu'en roumain. Je d&#233;couvris ainsi Andr&#233; Malraux, Pearl Buck, l'Introduction &#224; la psychanalyse de Sigmund Freud dont on parlait beaucoup, Ilya Ehrenbourg, F&#233;dor Gladkov, Isaac Babel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je lisais &#224; voix haute des pages de La M&#232;re de Gorki, cette paysanne illettr&#233;e reprenant le combat clandestin de son fils emprisonn&#233;. Fini le temps o&#249; dans les spectacles scolaires de fin d'ann&#233;e j'interpr&#233;tais avec ferveur les premiers r&#244;les, d&#233;sormais je voulais jouer un r&#244;le &#224; la hauteur des r&#233;alit&#233;s. Quelques dizaines d'ann&#233;es plus tard, je me reconnaissais dans ces lignes de Man&#232;s Sperber (&#034;Le Pont inachev&#233;&#034;) : &#034;la conscience d'avoir une mission &#224; remplir &#233;tait &#224; ma mesure, comme c'est le cas pour tant de jeunes gens qui, &#224; une &#233;poque de grandes catastrophes, cherchent leur chemin, et, pour le trouver, s'associent &#224; des mouvements qui pr&#233;tendent accomplir une t&#226;che historique : lib&#233;rer telle race, tel peuple, telle classe, l'humanit&#233; enti&#232;re.&#034; Pour moi, l'avenir de l'humanit&#233; devait &#234;tre une soci&#233;t&#233; sans classes, c'est- &#224;-dire sans privil&#232;ges ni d&#233;sh&#233;rit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je pris clandestinement contact avec des militants communistes. On me confia, comme c'&#233;tait l'usage, des petites t&#226;ches : transmettre du mat&#233;riel de propagande &#224; un ouvrier &#224; la p&#233;riph&#233;rie de la ville. J'ignorais quels &#233;taient les salaires ou les conditions de travail des ouvriers. Mais il m'arrivait de voir en passant devant une fabrique, &#224; la belle saison &#224; l'heure de midi, les ouvriers accroupis par terre, avec leur casse-cro&#251;te : un quignon de mamaliga (pain de ma&#239;s) et un oignon cru. Je me souviens confus&#233;ment avoir travers&#233; un terrain vague et d&#233;sol&#233; avant d'arriver &#224; l'adresse indiqu&#233;e et de frapper &#224; la porte d'une masure. L'ouvrier, d'aspect mis&#233;rable, &#233;tait assis &#224; une table sur laquelle il y avait une lampe &#224; p&#233;trole. Il ne me reste aucun souvenir de notre entretien, peut-&#234;tre me suis-je content&#233;e de lui remettre ce que j'avais &#224; lui donner. Je me vois aussi allant &#224; un rendez-vous sous une pluie diluvienne, qui avait immobilis&#233; les trams. Inqui&#232;te, je me demandais s'il &#233;tait &#034;juste&#034; de se d&#233;placer dans des conditions aussi exceptionnelles. Mais mon camarade &#233;tait au rendez-vous ; moralit&#233;, on ne doit pas reculer devant les difficult&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'avais &#224; peine entam&#233;, &#224; l'insu de mes parents, cette relation, qu'eut lieu en ao&#251;t 1936 le proc&#232;s de Moscou. Staline faisait juger par un tribunal, sur r&#233;quisitoire d'un procureur ex-menchevik, un nomm&#233; Vychinski, les anciens dirigeants du parti bolchevik et de la r&#233;volution d'Octobre pour trahison &#224; la solde de Hitler, et les condamnait &#224; mort. L'accusation &#233;tait &#233;norme et inattendue, car je ne savais rien du r&#233;gime stalinien. J'interpellais mon entourage, et la r&#233;ponse &#233;tait : est-ce que tu sais mieux que Staline ? Pourtant je ne pouvais douter : Staline commettait un crime, ses complices &#233;taient des usurpateurs. Trotski avait &#233;t&#233; banni, Zinoviev, Kamenev et quatorze autres bolcheviks de la premi&#232;re heure furent fusill&#233;s. Je ne savais pas que des milliers d'autres, plus obscurs, avaient d&#233;j&#224; subi le m&#234;me sort, sans proc&#232;s. Partout dans le monde, des militants pr&#234;ts &#224; donner leur vie pour la r&#233;volution, ne voulaient pas ou ne pouvaient pas ouvrir les yeux. Pour eux, l'URSS &#233;tait le pays du socialisme et se confondait avec ses dirigeants. Je vis, pour la premi&#232;re fois, ce qu'un engagement pouvait comporter d'aveuglement. J'assistai &#224; une controverse entre l'ami de mon p&#232;re et une militante communiste ; l'entretien tourna court quand elle lui dit : je ne peux pas te croire, parce que ce serait renier ma vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un mois plus t&#244;t, en juillet 36, une grande lueur s'&#233;tait lev&#233;e &#224; l'ouest : le soul&#232;vement ouvrier victorieux de Madrid contre le putsch du g&#233;n&#233;ral Franco. C'&#233;tait le d&#233;but de la guerre civile, l'espoir de la r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la m&#234;me &#233;poque je m'&#233;tais li&#233;e d'amiti&#233; &#224; la seule camarade de classe avec qui je me trouvais une affinit&#233;. Nous discutions sans fin en nous raccompagnant l'une l'autre apr&#232;s la classe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle me parla de son cousin, un communiste &#034;diff&#233;rent&#034;. Nelu Grinberg, un gar&#231;on fris&#233; &#224; lunettes, &#233;tait ins&#233;parable de son ami Delu (D&#233;lou, diminutif de David) K&#246;rner, &#226;g&#233; de 22 ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Militants trotskistes, ils avaient d&#233;cid&#233; de partir pour l'Espagne insurg&#233;e ; ils nous expliqu&#232;rent le bien-fond&#233; de cette d&#233;marche. Ma camarade de classe ne voulait pas se lancer dans l'aventure. Un ami de mon p&#232;re et sa compagne, qui partageaient nos convictions, jugeaient plus utile de rester au pays. Quant &#224; moi, ma r&#233;ponse fut imm&#233;diate, j'&#233;tais volontaire pour l'Espagne. En moi-m&#234;me je me demandais comment j'allais pouvoir servir, avec mon gabarit de 1 m.50 et mes 45 kg. Ce n'&#233;tait pas une question d'&#226;ge (j'avais 16 ans et demi), des jeunes de 15 et 16 ans &#233;taient enr&#244;l&#233;s dans les milices. Je me disais que, de toute fa&#231;on ils avaient besoin l&#224;-bas de &#034;main-d'&#339;uvre&#034;, cantini&#232;res ou autres aides, et qu'on allait bien trouver &#224; m'employer. Le sort de l'humanit&#233; se jouait en Espagne, on avait beau se trouver &#224; des milliers de kilom&#232;tres, l'enjeu &#233;tait &#233;vident, terrible, et du monde entier des volontaires accouraient pour aider la r&#233;volution ou pour vaincre le fascisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne pensais pas &#224; la peine que je pouvais faire &#224; mes parents, &#224; ma grand'm&#232;re ; ma conscience et mes convictions me dictaient d'accomplir mon devoir. Dans la suite toute ma famille allait p&#233;rir avec des millions d'autres, du fait d'une barbarie que nous voulions alors combattre et d&#233;truire. Chacun sait que l'horreur a d&#233;pass&#233; ce que les r&#233;volutionnaires les plus endurcis pouvaient imaginer. Je garde en m&#233;moire les derni&#232;res images, celle de ma grand-m&#232;re, reportant sa tendresse sur ses trois petites-filles, ma m&#232;re un peu alourdie, toujours sur la br&#232;che, mon p&#232;re us&#233; par le travail, avec son pince-nez pour lire et sa montre attach&#233;e au gousset. Un an avant mon d&#233;part il fut tr&#232;s malade et nous craignions de le perdre. Ma m&#232;re restant aupr&#232;s de lui, j'assumais &#224; mes heures libres les fonctions de caissi&#232;re, et les chauffeurs qui venaient payer leur essence (la &#034;benzine&#034;) voyaient mon visage baign&#233; de larmes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour m&#233;nager mes parents, mes nouveaux camarades proc&#233;d&#232;rent avec tact. Ils mirent en sc&#232;ne une demande en mariage de la part de Delu, qui partait, disions-nous, faire ses &#233;tudes &#224; Paris. Son premier voyage &#224; Paris datait de 1933 (il avait 19 ans) et il s'&#233;tait effectivement inscrit &#224; la Facult&#233; de droit, o&#249; il ne mit jamais les pieds. Les bacheliers roumains avaient l'&#233;quivalence avec le bachot fran&#231;ais et pouvaient donc s'inscrire &#224; l'universit&#233;. C'est ainsi qu'un de ses cousins, Solo, que j'allais bien conna&#238;tre par la suite, faisait ses &#233;tudes de m&#233;decine &#224; Montpellier. Delu &#233;tait un gar&#231;on cultiv&#233;, de &#034;bonne famille&#034;, qui ne pouvait que faire bonne impression &#224; mes parents. D'ailleurs en tant que mineure je n'aurais pas pu quitter l&#233;galement le pays, je me souviens que nous avons voyag&#233; avec un passeport commun. Un petit incident se produisit &#224; la mairie le jour du mariage, dont je n'eus l'explication que plus tard, &#224; Paris. Mes parents commen&#231;aient &#224; s'inqui&#233;ter de l'absence du futur mari&#233;, qui n'arriva qu'avec quelque retard. Aussit&#244;t mari&#233;s, nous part&#238;mes sans autres festivit&#233;s &#224; destination de Paris, o&#249; nous devions recevoir des directives de l'organisation. Nous n'&#233;tions que quatre &#224; quitter la Roumanie ; Nelu et sa compagne voyag&#232;rent de leur c&#244;t&#233;, sans doute par mesure de prudence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le voyage fut agr&#233;able, avec une longue halte &#224; Venise. Dans le train nous partagions le compartiment avec un couple de petits bourgeois qui se gavaient de bonnes choses, sans avoir la politesse de nous en offrir. A notre surprise, nous les v&#238;mes remonter dans le train &#224; Venise avec des visages tum&#233;fi&#233;s par les piq&#251;res de moustiques. Nous deux avions &#233;t&#233; pr&#233;venus par la brave logeuse, qui nous donna des fumig&#232;nes pour chasser les insectes. Il y avait une justice immanente. Delu ne me d&#233;clara pas sa flamme, mais me fit bient&#244;t comprendre qu'un mariage fictif n'emp&#234;chait pas une idylle vraie. Pouvais-je d&#233;daigner un gar&#231;on intelligent, avec de beaux yeux et une volont&#233; r&#233;volutionnaire ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paris&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous d&#233;barqu&#226;mes un matin, le 3 octobre 1936, &#224; la gare de Lyon, dans un Paris encore tout fr&#233;missant de la victoire de Juin remport&#233;e par les humbles sur les puissants. Telle n'avait pas &#233;t&#233; en son temps l'impression de Jaur&#232;s, arrivant tout jeune &#224; Paris de son Tarn natal : &#034;...Il me semblait que les milliers et les milliers d'hommes qui passaient sans se conna&#238;tre, foule innombrable de fant&#244;mes solitaires, &#233;taient d&#233;li&#233;s de tout lien. Et je me demandais avec une sorte de terreur impersonnelle comment tous ces &#234;tres acceptaient l'in&#233;gale r&#233;partition des biens et des maux, comment l'&#233;norme structure sociale ne tombait pas en dissolution.&#034; Pour moi, un tout autre sentiment devant ces rues anim&#233;es, &#233;tonnement aussi devant la noirceur des immeubles. Au bistrot en face de la gare, ambiance gaie, odeurs de caf&#233; et de croissants chauds. &#034;Qu'est-ce que je te sers mon vieux ?&#034; Traduit automatiquement en roumain, ce &#034;mon vieux&#034; insolite adress&#233; &#224; un jeune gar&#231;on me fit presque &#233;clater de rire. Il fallut d'ailleurs faire le sacrifice de notre langue. Dans le but d'un apprentissage rapide et efficace, &#224; partir de ce moment nous ne devions plus nous adresser la parole qu'en fran&#231;ais. D&#233;sormais je m'appelais Louise, le nom que m'a donn&#233; Delu ; lui &#233;tait d&#233;j&#224; connu dans le mouvement trotskiste sous le pseudonyme de Barta. Il avait fait plusieurs aller-et-retour entre Bucarest et Paris, y avait v&#233;cu les &#233;v&#233;nements de f&#233;vrier 34, le combat pour le Front unique contre le fascisme, l'entr&#233;e dans la SFIO. C'est l'organisation qui devait d&#233;cider de notre sort et de notre action.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous nous rend&#238;mes au local du POI (Parti Ouvrier Internationaliste), passage Dubail, non loin de la gare de l'Est. Une ruelle &#233;troite, un local peu soign&#233; en haut d'un escalier. La camarade Suzanne Charpy offrit de nous h&#233;berger pour quelques nuits, elle habitait seule un appartement. Brave Suzanne, les larmes coulaient sur son joli visage : Fred Zeller venait de la quitter pour une autre aventure. Venus tous deux des Jeunesses socialistes, ils avaient rejoint les b.-l. (bolcheviks l&#233;ninistes) fin 34 et en avaient &#233;t&#233; exclus en m&#234;me temps qu'eux &#224; l'&#233;t&#233; 35.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fred Zeller, ancien secr&#233;taire des Jeunesses SFIO, &#233;tait une vedette, et me donnait l'impression de se comporter comme telle. Suzanne avait tout ce que j'imaginais d'attrayant de la midinette. Je fus d'autant plus surprise de voir le peu de confort et l'hygi&#232;ne sommaire dont elle se contentait ; ce qui me fut r&#233;v&#233;l&#233; par la suite comme un trait g&#233;n&#233;ral de ce pays civilis&#233; et admir&#233; : pas de salle de bains dans les appartements bourgeois, pas de douches dans les usines, pas d'eau courante dans les logements ouvriers, sans parler de la crasse &#224; la campagne ... et jusque dans les wc des caf&#233;s de Paris. Au bout de quelques jours les camarades trouv&#232;rent &#224; nous loger dans un petit appartement provisoirement inoccup&#233;, dans le 19&#176;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nelu et sa compagne &#233;taient arriv&#233;s en m&#234;me temps. Et &#224; mon &#233;bahissement, ce fut la s&#233;paration. Delu mit &#034;cartes sur table&#034; : j'appris qu'apr&#232;s m'avoir propos&#233; de faire partie de leur &#233;quipe pour l'Espagne, Nelu &#233;mit l'id&#233;e de ne pas m'emmener (je n'&#233;tais qu'une &#034;oie blanche&#034;), tout en prenant l'argent que j'avais subtilis&#233; par petites sommes &#224; mes parents &#034;pour la bonne cause&#034;. Je d&#233;couvrais ainsi la raison du retard de derni&#232;re minute &#224; la c&#233;r&#233;monie de mariage ! Delu trouvait cette logique immorale au point de d&#233;cider la rupture, et partagea notre &#034;magot&#034; en deux parts &#233;gales. Mais nous ne part&#238;mes pas pour l'Espagne ! J'ai rapidement appris que la situation se d&#233;gradait en Espagne du fait de l'emprise stalinienne sur le gouvernement r&#233;publicain. Ici les ouvriers criaient en vain &#034;des canons, des avions pour l'Espagne&#034;, L&#233;on Blum (&#224; la t&#234;te du gouvernement fran&#231;ais) restait &#034;neutre&#034; et verrouillait la fronti&#232;re ; c'&#233;tait la politique franco-anglaise de la &#034;non-intervention&#034; pendant que les fascistes de Mussolini intervenaient ouvertement &#224; c&#244;t&#233; de Franco et que les escadrilles de Hitler bombardaient Guernica. Les Russes envoyaient quelques avions et quelques armes contre de l'or, en &#233;change leurs s&#233;ides du PC espagnol et leurs agents &#233;trangers (Andr&#233; Marty en faisait partie) assassinaient en toute impunit&#233; les militants r&#233;volutionnaires, Erwin Wolf, Andr&#232;s Nin, Kurt Landau et tant d'autres. Apr&#232;s le premier proc&#232;s de Moscou la Pravda &#233;crivait &#034;qu'en Catalogne l'&#233;limination des trotskistes et des anarcho-syndicalistes a d&#233;j&#224; commenc&#233; et se poursuivra avec la m&#234;me &#233;nergie qu'en URSS&#034;. Le POUM et ses milices, tax&#233;s de trotskisme, &#233;taient en butte &#224; une pers&#233;cution f&#233;roce. L'organisation trotskiste proprement dite &#233;tait extr&#234;mement faible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trotski mettait tous ses espoirs dans la mont&#233;e du mouvement ouvrier en France : &#034;le destin de la classe ouvri&#232;re europ&#233;enne pour les d&#233;cennies &#224; venir est en train de se d&#233;cider en France. Il nous faut soutenir de toutes nos forces notre section fran&#231;aise&#034;, &#233;crivait-il en juillet 36. En juin la vague de gr&#232;ves avec occupation des usines avait d&#233;ferl&#233; sur le pays comme un raz-de-mar&#233;e. &#034;La r&#233;volution fran&#231;aise a commenc&#233;&#034; affirmait Trotski en t&#234;te d'un article envoy&#233; de son exil en Norv&#232;ge. Et c'en &#233;tait une, si l'on pense &#224; ce qu'&#233;tait la condition ouvri&#232;re avant juin 36. Pour s'en faire une id&#233;e il suffit de lire, sous ce titre, le livre &#233;crit par Simone Weil, cette intellectuelle qui &#233;tait all&#233;e au peuple et s'&#233;tait fait embaucher comme ouvri&#232;re en usine (pendant que sa condisciple Simone de Beauvoir d&#233;couvrait l'existence du prol&#233;tariat par le releveur du compteur &#224; gaz : voir son livre &#034;M&#233;moires d'une jeune fille rang&#233;e&#034;). Le parti communiste &#233;tait l&#233;gal ; mais ses militants ne pouvaient pas s'afficher ouvertement comme tels &#224; leur travail. Trotski citait l'exemple d'un ouvrier malade jet&#233; &#224; la porte du sana o&#249; il &#233;tait soign&#233;, parce qu'il avait &#233;t&#233; surpris &#224; lire l'Humanit&#233;. Et ce vieil ouvrier alg&#233;rien de chez Citro&#235;n, qui racontait avec fiert&#233;, &#224; la gamine que j'&#233;tais sans doute &#224; ses yeux, comment il avait milit&#233; dans la clandestinit&#233;, seul ouvrier communiste dans l'usine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et voil&#224; que des dizaines de milliers d'adh&#233;rents affluent maintenant au PC, des millions &#224; la CGT enfin unifi&#233;e. Finies les queues de ch&#244;meurs et les charges des flics, ceux &#224; pied et ceux &#224; cheval. Les ouvriers pouvaient se sentir enfin ma&#238;tres des usines et ma&#238;tres de la rue o&#249; ils manifestaient par centaines de milliers au chant de l'Internationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour ma part, en m&#234;me temps que je d&#233;couvrais qu'on distinguait le prol&#233;taire avec sa casquette du bourgeois qui portait le chapeau, je v&#233;cus en cet automne 36, la trahison du Front populaire : une alliance au sommet entre le PCF de Thorez et Duclos, la SFIO de Blum et le parti radical bourgeois des Herriot et Daladier, une alliance pourrie rendue possible apr&#232;s le tournant stalinien dict&#233; par Moscou et le pacte Laval-Staline de 1935. Avec son &#034;il faut savoir terminer une gr&#232;ve&#034; Thorez imposait la collaboration de classe et vendait la classe ouvri&#232;re &#224; ses ennemis. Alors qu'en Allemagne, jusqu'&#224; l'arriv&#233;e de Hitler au pouvoir, les staliniens traitaient les socialistes de &#034;social-fascistes&#034; et refusaient le front unique, il avait fallu en France les &#233;v&#233;nements du 6 f&#233;vrier 34, l'attaque des Croix-de-Feu, pour que sous la pouss&#233;e d'en bas ait lieu le l2 f&#233;vrier l'immense cort&#232;ge unitaire. Et c'est cette alliance ouvri&#232;re que le PC pervertit, sur ordre de Moscou, en &#034;front populaire&#034; avec des politiciens bourgeois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais &#224; la base on ne sentait que l'euphorie et la liesse populaire apr&#232;s les grandes conqu&#234;tes de juin, les conventions collectives, des salaires augment&#233;s, les cong&#233;s pay&#233;s, les d&#233;l&#233;gu&#233;s d'atelier. Quels immenses cort&#232;ges de foules ouvri&#232;res d&#233;filaient dans la rue, quelle bonne humeur r&#233;gnait parmi les ouvriers, quelle libert&#233; d'expression ! Je voyais de mes yeux la r&#233;volution en marche. Mais quel laisser aller aussi dans l'organisation trotskiste. On allait et venait au gr&#233; de chacun, aucune discipline n'&#233;tait impos&#233;e. Nous avions le privil&#232;ge de c&#244;toyer des hommes d'une haute culture, totalement engag&#233;s, Pierre Naville, Jean Rous, Roger Clair, Blasco (Pietro Tresso), de plus jeunes comme Yvan Craipeau, Marcel Hic ; mais nous n'avions pas le sentiment qu'ils &#233;taient &#224; la barre d'un navire naviguant vers un cap. Je d&#233;couvrais chez certains une faconde pour moi fascinante, j'apprenais le jargon parisien. Mais le jour o&#249;, ayant enrichi mon vocabulaire, j'utilisais &#224; mon tour l'adjectif &#034;con&#034;, je d&#233;clenchai un rire hom&#233;rique ; sans doute n'y avais-je pas mis le ton ad&#233;quat. Pourtant ce mot, &#224; c&#244;t&#233; de &#034;merde&#034;, je l'entendais cent fois par jour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me souviens de mon premier hiver, o&#249; c'est en janvier seulement que quelques flocons &#233;pars tomb&#232;rent sur la ville. Quelle chose extraordinaire, un hiver sans gel et sans neige ! Le jour de mes 17 ans je me pris pour Rastignac (sans avoir encore lu Balzac) : je ne me dis pas &#034;&#224; nous deux Paris&#034;, mais &#034;maintenant tu dois donner ta mesure&#034;. Ce discours &#233;tait tout int&#233;rieur, car nous ne f&#234;tions pas nos anniversaires. Je changeai aussi d'allure ; depuis peu je portais des lunettes, et &#224; peine arriv&#233;e je fis couper mes nattes : peigner et tresser les longs cheveux aurait &#233;t&#233; du temps gaspill&#233;. Plus de futilit&#233;s ! Un jour o&#249; nous &#233;tions all&#233;s chez Marcel Hic, qui habitait avec sa compagne un modeste appartement dans le 14e arrondissement, je m'&#233;tonnai de voir sur la table des fleurs dans un vase. Exc&#232;s de &#034;romantisme r&#233;volutionnaire&#034; ? Dans ses souvenirs sur Rosa Luxembourg, Louise Kautsky raconte : &#034;habitu&#233;e qu'elle &#233;tait aux mani&#232;res des &#233;tudiantes russes, je lui causai une d&#233;ception cruelle, ainsi qu'elle l'avoua en riant par la suite. 'La femme de Karl Kautsky porte tablier ! quelle surprise, quelle &#233;pouvantable d&#233;couverte ! ce n'est qu'une de ces m&#233;nag&#232;res allemandes &#224; l'esprit born&#233; !'&#034; Pour l'heure, mon activit&#233; militante n'&#233;tait qu'un apprentissage. Remplir et coller des enveloppes, aller aux r&#233;unions et dans les meetings... C'est dans une immense salle pleine de monde que j'entendis pour la premi&#232;re fois p&#233;rorer Thorez. Comment un pareil d&#233;magogue boursoufl&#233;, me disais-je, peut-il &#234;tre un dirigeant accept&#233; par la classe ouvri&#232;re ? J'avais encore beaucoup &#224; apprendre. Un jour o&#249; j'allais voir un ouvrier &#224; qui je vendais le journal, nous parl&#226;mes longuement de la duperie du Front populaire. Il semblait tout &#224; fait d'accord avec moi. A la fin il me dit : &#034;mais Edouard Herriot, c'est quand m&#234;me quelqu'un de bien&#034;. Ce politicien radical-socialiste de la bourgeoisie fourbe lui en imposait. Je restai sans voix. Avec les militants communistes, la discussion &#233;tait m&#234;me impossible : nous &#233;tions l'ennemi, les &#034;hitl&#233;ro-trotskistes&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'&#233;tude des textes de Trotski (Cours Nouveau, Thermidor et bonapartisme, La R&#233;volution trahie) je compris comment la r&#233;volution russe, parce qu'elle ne pouvait survivre isol&#233;e, dans la Russie arri&#233;r&#233;e et d&#233;vast&#233;e par l'intervention &#233;trang&#232;re et la guerre civile, sans que la r&#233;volution allemande et le prol&#233;tariat d'Europe viennent &#224; son secours, avait &#233;t&#233; r&#233;cup&#233;r&#233;e et d&#233;voy&#233;e par une bureaucratie, caste de profiteurs du &#034;socialisme dans un seul pays&#034;. Mais aussi comment l'immense retentissement qu'avait eu cette r&#233;volution sur les masses travailleuses du monde entier, pouvait permettre &#224; cette m&#234;me bureaucratie usurpatrice de les tromper, derri&#232;re le masque d'h&#233;riti&#232;re de L&#233;nine et du bolchevisme, et de devenir le frein le plus puissant de la r&#233;volution dans les autres pays. Les moyens que leur donnait le pouvoir de l'Etat, leur permettaient non seulement de falsifier et de dissimuler les textes, notamment ceux de L&#233;nine, mais de faire na&#238;tre une l&#233;gende haineuse pouss&#233;e jusqu'au crime &#224; l'&#233;gard des opposants et notamment de Trotski. La calomnie et les pers&#233;cutions staliniennes faisaient rage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; pourquoi nous avions tant de mal &#224; nous faire entendre par les ouvriers qui croyaient militer pour le communisme. Comme devait l'&#233;crire plus tard, dans son livre &#034;Sept ans aupr&#232;s de L&#233;on Trotski&#034;, Van Heijenoort (que nous appelions famili&#232;rement Van) : &#034;il ne faut pas oublier les difficult&#233;s de ces ann&#233;es terribles. Comment faire revivre aujourd'hui, pour ceux qui ne les ont pas connues, les ann&#233;es 30 ?&#034; Je devais apprendre &#224; m'accommoder d'autres contradictions, il est vrai plus frivoles. D'un c&#244;t&#233; les r&#233;citals de Fr&#233;hel ou de Damia, Jacques Pr&#233;vert, le groupe Octobre, &#034;Paris-Irun&#034; ; de l'autre la chansonnette de Tino Rossi qui contredisait l'id&#233;e que je me faisais du peuple fran&#231;ais. D&#232;s les premiers jours j'avais &#233;t&#233; subjugu&#233;e par le prolo parisien (nous &#233;tions il est vrai en 1936) : l'humour, le franc parler, la ga&#238;t&#233; et m&#234;me le manque de vulgarit&#233; dans le langage. Mais je d&#233;couvris aussi le chauvinisme, m&#234;me si chez les ouvriers il n'&#233;tait pas de m&#234;me nature que celui des Croix de feu et de la bourgeoisie r&#233;actionnaire. Le terme &#034;m&#233;t&#232;que&#034; &#233;tait couramment employ&#233; et, &#224; l'ext&#233;rieur de l'organisation, je n'&#233;tais pas &#224; l'aise quand, &#224; cause de mon accent, on me demandait d'embl&#233;e mon origine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paris &#233;tait encore la ville des marchands ambulants, des chiffonniers, de la voiture &#224; bras, des allumeurs de r&#233;verb&#232;res, du crottin de cheval et du dernier tramway. Dans la rue je m'&#233;tonnais de voir les passants prendre leur journal sur un tr&#233;teau, sans vendeur, et d&#233;poser l'argent. De bonne heure le matin, dans le m&#233;tro, j'observais les visages des gens mal r&#233;veill&#233;s, fatigu&#233;s avant d'avoir commenc&#233; leur journ&#233;e de travail. Les conversations &#233;taient rares. Quelques-unes cependant se sont grav&#233;es dans ma m&#233;moire : un ouvrier se vantait de n'avoir jamais manqu&#233; un jour &#224; son travail ; un autre, bien que vieux parisien, ne connaissait pas la place de la Concorde. La r&#233;clame &#034;Du beau, du bon, Dubonnet&#034; dans le tunnel du m&#233;tro m'amusait, mais je n'aimais pas les affiches &#034;Y'a bon Banania&#034; montrant un n&#232;gre hilare. Delu m'emmena &#224; l'op&#233;ra. Quel bel et impressionnant &#233;difice ! Mais les vigiles nous firent faire demi tour &#224; cause des pantalons de golf, tenue &#224; la mode mais non admise &#224; l'op&#233;ra, m&#234;me au poulailler.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est en tenue &#034;correcte&#034; que nous sommes revenus pour l'enchanteur &#034;Lac des cygnes&#034; de Tcha&#239;kovski. Sur les grands boulevards il y avait des boutiques o&#249; l'on pouvait, casque sur les oreilles, &#233;couter des disques. Fascin&#233;e j'entendis l&#224; la Rhapsodie hongroise de Liszt.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En &#233;t&#233; nous partions sac au dos en faisant de l'auto-stop, souvent en compagnie de notre camarade Henri Kunstlinger, mort plus tard en d&#233;portation. Je me mettais en avant-poste et quand une voiture s'arr&#234;tait (elles &#233;taient assez rares &#224; l'&#233;poque) les deux gar&#231;ons se montraient aussi ; l'astuce marchait toujours. Pour la premi&#232;re fois dans l'histoire du peuple, les jeunes comme leurs a&#238;n&#233;s, pouvaient partir en vacances, d&#233;couvrir le pays, ou simplement se reposer. Tr&#232;s fr&#233;quent&#233;es, les Auberges de jeunesse (cr&#233;&#233;es par le socialiste L&#233;o Lagrange) offraient un h&#233;bergement peu co&#251;teux et amical. Elles ne m'enthousiasmaient gu&#232;re ; j'aimais la compagnie des gar&#231;ons et des filles, mais je d&#233;plorais leur ignorance, leur na&#239;vet&#233;. Une chanson stalinienne &#224; la mode &#233;tait &#034;Allons au-devant de la vie, allons au-devant de l'amour&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fascisme planait sur l'Europe, la guerre se profilait &#224; l'horizon, mais on ne pr&#233;parait pas cette jeunesse &#224; faire face.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une nuit, arriv&#233;s tard, nous &#233;chou&#226;mes dans un camping sans avoir d'&#233;quipement. Chacun se casa au hasard et &#224; l'aveuglette sous une tente, et je me retrouvai entre deux gar&#231;ons, dormant comme des souches. Mon &#233;ducation me retenait de me blottir contre l'un d'entre eux pour me r&#233;chauffer. Au petit jour, je rampais dehors, grelottant et appelant d'une voix faible mes deux compagnons de route. Ils me firent avaler un verre d'alcool, pour me remettre. C'est la premi&#232;re fois de ma vie que je go&#251;tais un tel breuvage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; notre absence de &#034;titres&#034;, nous avions acc&#232;s &#224; la Biblioth&#232;que Nationale que nous fr&#233;quentions journellement, ainsi que d'autres camarades. David Rousset en faisait partie ; rondouillard, portant des lunettes sombres, il avait la plaisanterie facile. Je ne fus cependant pas vex&#233;e de l'entendre dire &#224; la ronde : &#034;Barta et sa femme de douze ans&#034;. C'est peut-&#234;tre lui aussi qui lan&#231;a un jour : &#034;Nadeau et sa femme de poche&#034;. Marthe, une bien jolie fille, &#233;tait toute petite &#224; c&#244;t&#233; de son compagnon. A la pause caf&#233;, nous allions en groupe au &#034;Poccardi&#034;, &#224; quelques pas de la B.N. Il faut croire que le petit caf&#233; n'&#233;tait pas cher, pour nos finances indigentes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les ann&#233;es 30 &#233;taient l'&#226;ge d'or du roman qui n'avait rien de proustien. Marx avait appr&#233;ci&#233; Balzac, parce que mieux que tout historien ou sociologue, il mettait &#224; nu la soci&#233;t&#233; de son temps. Nous lisions au fur et &#224; mesure de leur parution les volumes des &#034;Hommes de bonne volont&#233;&#034; de Jules Romains ; &#034;Pr&#233;lude &#224; Verdun&#034; et &#034;Verdun&#034; sont un r&#233;quisitoire terrible contre la boucherie de 14. Il y avait Erich-Maria Remarque (A l'ouest rien de nouveau), Ignazio Silone (Fontamara), Knut Hamsun (La faim), Andr&#233; Malraux (Les Conqu&#233;rants, La condition humaine), les am&#233;ricains Hemingway, Traven, Upton Sinclair, Sinclair Lewis, et des dizaines d'autres. Victor Serge, avec notamment &#034;S'il est minuit dans le si&#232;cle&#034; et &#034;L'affaire Toulaev&#034;, &#233;tait l'&#233;crivain phare dans le combat contre le stalinisme. Dans &#034;Ville conquise&#034; son personnage Zvereva &#233;tait devenu pour nous embl&#233;matique de la mentalit&#233; born&#233;e et du pouvoir arbitraire de la bureaucratie qui se mettait en place. Les meilleurs &#233;crivains russes prenaient le chemin de la &#034;dissidence&#034;, du samizdat et de l'exil (comme Victor Serge). Pour comprendre et nous ouvrir au monde, nous avions autant besoin de cette litt&#233;rature que des livres d'&#233;tude. C'&#233;tait une litt&#233;rature pr&#233;occup&#233;e avant tout d'un monde secou&#233; de convulsions et de crises, qui allait bient&#244;t s'ab&#238;mer dans la guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je dois ici avouer un p&#233;ch&#233; d'orgueil. Des ann&#233;es plus tard, quand furent publi&#233;es des lettres adress&#233;es &#224; Trotski par Denise Naville, je d&#233;couvris mon nom mentionn&#233; dans l'&#233;quipe qui, &#224; la B.N., devait consulter des livres sur l'histoire de la r&#233;volution fran&#231;aise, pour extraire des citations qui &#233;clairent le rapport entre la personnalit&#233; et le milieu. Le Vieux en avait besoin pour son livre sur Staline, qu'il &#233;crivait &#224; Mexico, et rest&#233; inachev&#233; au moment de son assassinat. Combien modeste devait &#234;tre ma contribution !! Peut-&#234;tre Denise Naville avait-elle de la sympathie pour ma jeunesse et mon &#034;s&#233;rieux&#034;. Avec nos a&#238;n&#233;s, j'&#233;tais une &#233;l&#232;ve attentive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Intellectuelle et militante, Denise tenait aussi la biblioth&#232;que de pr&#234;t au local de l'organisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sa s&#233;v&#233;rit&#233; &#224; exiger la modeste cotisation du lecteur m'&#233;tonnait, je compris plus tard seulement qu'elle refusait ainsi l'amateurisme et l'indiscipline. En 1887 (d&#233;j&#224; !) Clara Zetkin &#233;crivait &#224; propos des organisations fran&#231;aises, aussi bien politiques que syndicales : &#034;comment une organisation politique peut-elle exister si elle n'impose aucune obligation mat&#233;rielle &#224; ses membres, si elle n'exige pas le paiement des cotisations ?&#034; Comme dans tout courant non conformiste, il y avait dans le sillage de l'organisation des boh&#234;mes ; la compagne de Blasco, qui avait milit&#233; sous le fascisme italien, les d&#233;sapprouvait et disait qu'un militant devait &#034;gagner sa vie&#034;. Ce raisonnement m'&#233;tonnait, je ne le comprenais pas. &#034;V&#233;rit&#233; en-de&#231;a, mensonge au-del&#224;&#034;. C'est au local aussi que j'entendis r&#233;sonner la belle voix de baryton de Blasco, chantant en duo avec Barta des airs d'op&#233;ra italiens : la dona e mobile... Blasco &#233;tait le pseudonyme de Pietro Tresso, un ancien dirigeant du PC italien. Il m'impressionnait par sa taille et sa prestance. Pierre Naville, totalement engag&#233; dans la vie militante, restait distant et s'exprimait comme un intellectuel. Clair, avec son accent parisien, semblait plus proche du peuple. Je me souviens d'un matin dans un bistro, revenant de l'imprimerie, et Clair disant &#224; Barta &#034;je te paie une tomate&#034;. Pauvre Barta, qui n'aimait pas l'alcool et qui s'attendait &#224; un jus de tomate. Il avala le breuvage en grima&#231;ant, mais accepta la plaisanterie. C'est encore Clair qui, alors que nous d&#233;jeunions dans un petit resto ouvrier, me posa une devinette en pronon&#231;ant tr&#232;s vite les mots : &#034;trou s'y fit rat s'y mit&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je n'arrivai pas &#224; la d&#233;chiffrer et Barta non plus ! C'&#233;tait quand m&#234;me une bonne fa&#231;on d'assimiler la langue. Ce genre de devinettes, mon p&#232;re me les posait jadis, mais en allemand.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec Clair, fier d'&#234;tre un vieux parisien du 11&#232;me arrondissement, nous d&#233;ambulions dans la rue et je l'&#233;coutais confier &#224; Barta ses id&#233;es utopiques sur les moyens de renflouer les finances de l'organisation. D'une mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, les r&#233;sultats obtenus n'&#233;tant pas &#224; la hauteur des efforts, tout le monde critiquait tout le monde. Mais le jour o&#249; je crus pouvoir &#233;mettre devant Barta une critique &#224; l'&#233;gard de Rous, il m'arr&#234;ta tout net : je ne pouvais pas me permettre de juger les autres, aussi longtemps que je n'aurai pas fait moi-m&#234;me mes preuves. C'est dans cet esprit qu'il prit un jour une d&#233;cision. Notre journal &#233;tait &#034;La Lutte Ouvri&#232;re&#034;. A chaque parution, hebdomadaire, les bonnes volont&#233;s s'offraient au local pour faire l'exp&#233;dition, dans la paga&#239;e et la bonne humeur. Aussi la direction recevait-elle sans cesse des lettres d'abonn&#233;s de province protestant contre l'irr&#233;gularit&#233; des envois. Barta demanda &#224; &#234;tre charg&#233; de l'administration du journal. A partir de ce moment, il allait chercher le journal &#224; l'imprimerie, et &#224; nous deux nous faisions l'exp&#233;dition. Une partie de mon travail &#233;tait d'&#233;crire les adresses sur les bandes qui enveloppaient le journal ; j'appris ainsi rapidement par c&#339;ur les noms des quatre-vingt dix d&#233;partements (il n'y avait pas de code postal &#224; l'&#233;poque) avec leurs pr&#233;fectures, sous-pr&#233;fectures et chef-lieux. Le travail disciplin&#233; &#233;tant efficace, la direction ne re&#231;ut plus de r&#233;clamations. Mais personne ne s'int&#233;ressait de savoir comment nous nous y prenions. Ni m&#234;me si j'avais de quoi m'acheter un ticket de m&#233;tro, ce qui n'&#233;tait justement pas le cas. Je me d&#233;pla&#231;ais donc &#224; pied. Notre p&#233;cule &#233;tait si maigre que nous faisions attention &#224; chaque sou d&#233;pens&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il m'arrivait d'acheter la baguette de pain avec la consigne de la bouteille de lait que je rendais, de d&#233;jeuner d'une tasse de caf&#233; au lait avec du pain ou d'une tranche de foie de porc, c'est ce qu'il y avait de moins cher. La concierge, &#224; qui rien n'&#233;chappait, s'aper&#231;ut de notre pauvret&#233; et vint un jour frapper &#224; ma porte, pour m'offrir un plat de poireaux &#224; la vinaigrette. Je la remerciais d'un regard reconnaissant mais intrigu&#233;, car je n'avais jamais mang&#233; de poireaux ainsi accommod&#233;s. &#034;Mangez ma petite, me dit-elle, vous verrez, c'est bon&#034;. Une autre fois (il n'y eut que cette fois-l&#224;) un jeune camarade italien m'offrit deux artichauts cuits. Nous nous d&#233;lect&#226;mes avec les feuilles, sans deviner que sous la barbe de l'artichaut il y avait le c&#339;ur ; on le jeta. C'&#233;tait une bien maigre nourriture pour un tel volume. Quel ne fut mon &#233;bahissement le jour o&#249;, d&#233;jeunant dans un petit restaurant v&#233;g&#233;tarien pr&#232;s de la BN, un convive &#233;tait justement en train de manger... un c&#339;ur d'artichaut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nos r&#233;serves tiraient &#224; leur fin et nous d&#233;cid&#226;mes de rentrer au pays pour nous &#034;refaire une sant&#233;&#034;. C'&#233;tait pendant l'&#233;t&#233; 38. H&#233;las, l'argent qui nous restait nous permettait de payer le train jusqu'&#224; Budapest seulement. Barta avait son id&#233;e. En dernier ressort, nous pouvions aller au consulat et raconter qu'on nous avait vol&#233; le portefeuille avec les billets. En attendant il tenta sa chance sur le quai de la gare ; quand l'Orient-Express s'arr&#234;ta il monta dans le train, et tomba justement sur un ami de la famille, un m&#233;decin qui revenait ou allait &#224; quelque congr&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans h&#233;siter il lui pr&#234;ta l'argent qui nous permit d'acheter le billet jusqu'&#224; Bucarest. Nous voil&#224; revenus &#034;en vacances&#034;, &#224; la joie de mes parents. Ma m&#232;re, qui ignorait bien s&#251;r mon style de vie, fut bien surprise de me voir arriver avec des cheveux courts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce furent des vacances agr&#233;ables, nous nous sommes requinqu&#233;s, et en partant je ne pensais pas que je voyais mes parents pour la derni&#232;re fois. Un petit &#233;pisode comique m&#233;rite le d&#233;tour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Arriv&#233;e &#224; Paris du fin fond des Balkans o&#249; les gens pratiquent des jurons grossiers et des blagues cochonnes, mais affichent publiquement la pruderie, j'avais &#233;t&#233; tr&#232;s &#233;tonn&#233;e de voir les jeunes s'embrasser dans la rue, se tenir serr&#233;s l'un contre l'autre dans le m&#233;tro. A Bucarest 18, Delu voulut m'offrir une d&#233;monstration : un jour dans le tram il fit mine de m'embrasser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aussit&#244;t le wattman stoppa le tram et nous intima rudement l'ordre de descendre imm&#233;diatement. Ce que nous f&#238;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette fois je fis la connaissance de ma belle-s&#339;ur Matilda, la s&#339;ur de Delu, de deux ans son a&#238;n&#233;e, une tr&#232;s belle femme, mari&#233;e &#224; un jeune homme de famille riche, marchands de textiles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle se refusait cependant de subventionner son fr&#232;re : il devait, selon elle, assumer les cons&#233;quences de la voie qu'il avait librement choisie. Ex-pensionnaire des &#034;s&#339;urs de Notre-Dame du Sacr&#233; C&#339;ur&#034;, elle parlait parfaitement le fran&#231;ais. (Les &#233;coles missionnaires &#233;taient nombreuses dans le pays). Je fis aussi le voyage en train &#224; Buhusi, une petite ville de Valachie, lieu de naissance de Delu o&#249; vivaient sa m&#232;re, son p&#232;re, des cousins et des cousines. De la gare je pris un fiacre attel&#233; d'un cheval fourbu, &#224; l'image du cocher. Dans ce bourg o&#249; ses parents tenaient un petit commerce, il n'y avait sans doute pas de lyc&#233;e ; Delu avait donc fait ses &#233;tudes &#224; Ploesti, une importante ville p&#233;troli&#232;re, o&#249; il vivait en famille chez des parents proches. Il m'a racont&#233; plus tard qu'il avait pass&#233; son bac de justesse ; en classe il pr&#233;f&#233;rait lire Alexandre Dumas plut&#244;t que d'&#233;couter le prof.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre s&#233;jour &#224; Bucarest devait surtout nous permettre, gr&#226;ce aux relations de Delu, d'obtenir le divorce. Je pourrai ensuite &#233;pouser un Fran&#231;ais et avoir ainsi le droit de travailler. C'&#233;tait une pratique courante dans les milieux immigr&#233;s. L'organisation obtint l'accord d'un jeune camarade de 23 ans, postier dans la Sarthe. Je dois faire ici un petit retour en arri&#232;re. Quelque temps apr&#232;s notre arriv&#233;e en 1936, j'allai demander &#224; un parent de Delu, m&#233;decin &#224; Aubergenville (une commune de ce qui &#233;tait &#224; l'&#233;poque le d&#233;partement de Seine-et-Oise) de m'aider &#224; trouver du travail. Il me recommanda &#224; un chirurgien, install&#233; avenue de l'Observatoire : le Dr. Pierre Rouqu&#232;s &#233;tait patron d'un service &#224; l'h&#244;pital de Cr&#233;teil, mais aussi membre du Comit&#233; central du PC. Les probl&#232;mes des &#233;trangers, des r&#233;fugi&#233;s, lui &#233;taient connus, et il ne posa pas de questions indiscr&#232;tes &#224; la petite &#233;trang&#232;re que j'&#233;tais. Mais quel emploi me proposer ? Il en inventa un : certains jours de la semaine j'allais l'accompagner &#224; l'h&#244;pital o&#249; il me dicterait les compte-rendus de ses interventions. Je fis connaissance avec le milieu des malades, des infirmi&#232;res, des internes et de leurs blagues de carabins. A la premi&#232;re op&#233;ration &#224; laquelle le chirurgien me demanda d'assister, je tournais naturellement de l'&#339;il. Il soignait aussi, dans un dispensaire &#224; Paris, les bless&#233;s des Brigades internationales rapatri&#233;s d'Espagne. Et plus d'une fois, malgr&#233; l'hommage que je rendais &#224; leur sacrifice, mon c&#339;ur se serrait &#224; la vue de ces hommes jeunes, revenus invalides et trahis par ceux en qui ils mettaient leur confiance. Le Dr. Rouqu&#232;s &#233;tait un homme g&#233;n&#233;reux. Mais la g&#233;n&#233;rosit&#233; ne met pas &#224; l'abri des pires errements. Le docteur avait un ami bulgare, que j'ai rencontr&#233; ; m&#233;decin, communiste, il &#233;tait r&#233;fugi&#233; politique en France. Un jour il disparut et des bruits suspects de trahison circulaient &#224; son sujet. Qui sait quel sort le GPU lui aura r&#233;serv&#233;. Le Dr. Rouqu&#232;s encaissa cette ignominie, et il n'&#233;tait pas le seul.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'automne 1938, quand nous sommes revenus de Bucarest, j'allai demander au Dr Rouqu&#232;s de me faciliter mon mariage. Cela n'avait pour lui rien d'insolite. Il prit contact avec le maire communiste de Bonneuil-sur-Marne et tout fut arrang&#233; le plus l&#233;galement du monde (domiciliation, bans, etc.). Le jour du mariage j'attendais devant la porte de la Mairie, avec &#224; la main un exemplaire du &#034;Temps&#034; (le journal du Comit&#233; des forges comme nous l'appelions et que nous lisions quotidiennement). Marcel Baufr&#232;re, mon promis, devait avoir le m&#234;me signe de reconnaissance. En m'apercevant il eut un regard &#233;tonn&#233; et h&#233;sita un instant ; je ne faisais pas mes 18 ans (voir la blague de Rousset). Nous nous pr&#233;sent&#226;mes devant M. le maire et nous voil&#224; unis pour le meilleur et pour le pire. En grande partie du moins, cela &#233;tait vrai.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec ma nouvelle citoyennet&#233;, je pouvais chercher un travail correctement r&#233;mun&#233;r&#233;. Le Dr Rouqu&#232;s s'&#233;tonna que je veuille &#233;changer la libert&#233; contre l'esclavage et, malgr&#233; quelques r&#233;flexions ironiques, convint qu'il fallait bien &#034;gagner son pain &#224; la sueur de son front&#034;. Mais de quelle mani&#232;re ? Mon atout &#224; l'&#233;poque, o&#249; on ne cultivait pas du tout en France les langues &#233;trang&#232;res, &#233;tait de conna&#238;tre l'allemand et l'anglais. Je postulai, en cherchant dans les petites annonces, un emploi de secr&#233;taire. Le patron d'une entreprise de roulements &#224; billes m'embaucha pour un salaire modeste. En plus d'une petite usine qu'il avait en banlieue, il importait des roulements &#224; billes d'une grande firme allemande (Kugelfischer). Je commen&#231;ai donc, rue Br&#233;guet dans le 11&#232;me arrondissement, mes activit&#233;s de secr&#233;taire st&#233;nodactylo que je pr&#233;tendais &#234;tre. Le patron me demanda de venir au bureau un samedi (on travaillait le matin) pour faire connaissance avec les lieux et de prendre mes fonctions le lundi. A la fin du mois je constatai que la comptable avait &#233;tabli ma fiche de paye &#224; partir du lundi ; sur mon salaire mensuel il y avait donc un manque &#224; gagner de deux jours, samedi et dimanche. J'allai r&#233;clamer aupr&#232;s du patron, qui convoqua la comptable, une vieille fille, et lui donna tort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait bien la peine, me disais-je, d'&#234;tre le chien fid&#232;le du patron. Mais en fait de chiens fid&#232;les, j'eus des exemples plus ex&#233;crables. L'ing&#233;nieur, centralien, jovial, donc au premier abord sympathique, nous raconta un jour des souvenirs de son service militaire en Alg&#233;rie. En riant, comme s'il avait &#233;voqu&#233; une d&#233;ratisation, encore que cela n'aurait rien eu de dr&#244;le, il raconta comment ils (les Fran&#231;ais) mettaient le feu &#224; des grottes o&#249; s'&#233;taient r&#233;fugi&#233; des Alg&#233;riens, bouchaient la sortie et les enfumaient &#034;comme des rats&#034;. Je l'&#233;coutais avec horreur, mais restai muette. Je le regrette encore. Mon patron me &#034;pr&#234;ta&#034; pour quelque temps &#224; l'usine Timken ; je partageais le bureau avec la secr&#233;taire de direction, qui ne connaissait pas de langues &#233;trang&#232;res. Devant moi, sans g&#234;ne, le directeur &#233;changeait avec sa secr&#233;taire des commentaires sur les rapports des mouchards appoint&#233;s. Chaque ouvrier &#233;tait fich&#233;. C'est ainsi que je d&#233;couvris sur le vif l'existence de la surveillance polici&#232;re et l'espionnage exerc&#233;s contre les ouvriers, dans ce pays tout &#224; fait d&#233;mocratique. Les petits employ&#233;s avaient une mentalit&#233; assez r&#233;actionnaire. Heureusement qu'&#224; proximit&#233; du bureau (dans le 11&#232;me) il y avait un petit bistrot o&#249; j'allais d&#233;jeuner pour 4 francs, en compagnie de prolos.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entretemps la r&#233;volution espagnole trahie &#233;tait d&#233;faite. En mai 37 le soul&#232;vement ouvrier de Barcelone est r&#233;prim&#233; ; George Orwell bless&#233;, de retour en Angleterre, &#233;crit son magnifique livre &#034;Hommage &#224; la Catalogne&#034; ; le POUM est interdit, son journal &#034;La Batalla&#034; supprim&#233;, ses dirigeants arr&#234;t&#233;s, Nin assassin&#233;. En septembre 38 le gouvernement r&#233;publicain ordonne le retrait des brigades internationales. D&#233;but 39, c'est la capitulation, les r&#233;fugi&#233;s franchissent en masse la fronti&#232;re et la plupart sont intern&#233;s dans des camps, dans les pires conditions, sous la garde de militaires. En Espagne les r&#233;volutionnaires &#233;taient tomb&#233;s victimes du GPU. Mais en France m&#234;me, le GPU assassinait Rudolf Klement, militant allemand secr&#233;taire du Vieux et du Secr&#233;tariat international, L&#233;on Sedov, le fils de Trotski, et attirait dans un guet-apens en Suisse, Ignace Reiss, un fonctionnaire du GPU qui avait rompu avec staliniens et adh&#233;r&#233; publiquement &#224; la IVe Internationale. Il faut lire &#034;L&#233;on S&#233;dov, le fils, le militant, l'ami&#034;, ce texte poignant que Trotski d&#233;diait &#224; la jeunesse de tous les pays apr&#232;s la mort de son fils, deux ans et demi avant que lui-m&#234;me ne soit abattu par un agent stalinien au Mexique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s Munich, la guerre La gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale de novembre 1938, manifestation tardive de col&#232;re et de d&#233;ception, fut un terrible &#233;chec. Je revois les visages constern&#233;s de Rous et d'Agostini, sa compagne, au cours d'une r&#233;union. De gros nuages s'accumulaient &#224; l'horizon. Apr&#232;s le pacte de Munich entre Hitler, Chamberlain et Daladier, analysant la situation dans un article (&#034;Apr&#232;s Munich&#034;), Trotski fixait presque au mois pr&#232;s l'&#233;clatement de la deuxi&#232;me guerre mondiale. Des foules avaient acclam&#233; &#224; sa descente d'avion Daladier (il apportait la paix), qui aurait murmur&#233; &#034;les cons !&#034; (voir Sartre &#034;Les chemins de la libert&#233;&#034;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ma tante Ida nous offrit l'asile au Qu&#233;bec. L'horreur de la guerre, la menace d'une victoire de Hitler, pesait sur nos t&#234;tes. Mais apr&#232;s avoir d&#233;lib&#233;r&#233; et r&#233;fl&#233;chi, nous d&#233;cid&#226;mes, Barta et moi, de vivre ici notre engagement jusqu'au bout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les forces de notre organisation n'augmentaient pas, mais d&#233;clinaient plut&#244;t. Fin 38 un nouveau parti, fort de quelques milliers d'adh&#233;rents, &#233;tait n&#233; d'une scission de la SFIO. Issu de la Gauche prol&#233;tarienne, le PSOP (Parti ouvrier et paysan) avait &#224; sa t&#234;te des personnalit&#233;s comme Marceau Pivert, Michel Collinet, ou encore Daniel Gu&#233;rin, proche de Trotski. Des camarades, sous la direction de Rous et de Craipeau, se pronon&#231;aient pour l'entr&#233;e dans le nouveau parti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trotski, qui avait si souvent s&#233;v&#232;rement critiqu&#233; les insuffisances et l'incapacit&#233; de l'organisation de se lier aux masses, revenait sur ce sujet en avril 39, dans une interview avec des camarades am&#233;ricains : &#034;notre organisation fran&#231;aise souffre de la m&#234;me maladie, le mal fran&#231;ais traditionnel, cette incapacit&#233; d'organisation et, bien entendu, en m&#234;me temps, de l'absence de conditions qui lui permettraient l'improvisation&#034;. De m&#234;me qu'en 1934 pour la SFIO, il pr&#233;conisait l'entr&#233;e au PSOP, comme une chance de trouver un milieu favorable pour la diffusion de nos id&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s d'&#226;pres d&#233;bats - James Cannon, un dirigeant de la section am&#233;ricaine (le Socialist Workers Party), &#233;tait m&#234;me venu &#224; Paris pour soutenir les th&#232;ses du Vieux - une fraction du POI adh&#233;ra au PSOP en f&#233;vrier 39, avec toute libert&#233; d'expression et la possibilit&#233; d'avoir son propre organe, un mensuel &#034;La Voie de L&#233;nine&#034;. Barta y collaborait. Naville, Hic et quelques autres ne nous suivirent pas. Pour moi, ce tournant fut tout &#224; fait rentable. Je fus affect&#233;e &#224; la 3&#232;me section des Jeunesses (JSOP), quartier de la R&#233;publique, o&#249; il y avait un bon nombre de filles et de gar&#231;ons dont les parents &#233;taient de petits artisans juifs. Le quartier &#233;tait vivant et les jeunes pleins de bonne volont&#233;. Avec ma &#034;culture trotskiste&#034; je pris aussit&#244;t de l'ascendant : l'esprit d'&#233;quipe, la discipline, l'&#233;ducation, cela leur convenait tout &#224; fait. On avait un ordre du jour strict et on v&#233;rifiait l'ex&#233;cution de nos t&#226;ches : prospection du quartier, recensement des commissariats et des casernes, collage de papillons et d'affiches, compte-rendus de lecture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On allait aussi en groupe &#224; des s&#233;ances de cin&#233;ma, dont on d&#233;battait ensuite. Les r&#233;sultats se firent sentir et me valurent les f&#233;licitations du comit&#233; central de notre fraction ! Cependant l'esprit de discipline devait aller de pair avec le respect de l'individu et de la d&#233;mocratie. J'en fis la preuve le jour o&#249; Foirier, un militant connu du groupe Molinier vint, apr&#232;s d'autres, nous expliquer avec emphase les raisons de son adh&#233;sion au PSOP. D&#232;s qu'il e&#251;t fini son discours, je demandai &#224; Fanny, une jeune camarade nouvelle dans la section, de nous dire &#224; son tour les raisons de son adh&#233;sion : en quelques mots, elle parla de fa&#231;on simple et fort bien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'int&#233;r&#234;t pour moi &#233;tait de passer enfin du simple apprentissage - dans le POI je m'&#233;tais le plus souvent content&#233;e d'&#233;couter - &#224; une activit&#233; pratique de recrutement et d'&#233;ducation. Les JSOP avaient leur journal, la Jeune Garde. Ma seule contribution, sur l'insistance d'un camarade, fut un article sur la presse f&#233;minine. J'achetai, pour me documenter, tous les magazines de la presse du c&#339;ur, avec leurs images de princes charmants &#233;pousant des midinettes. L'article parut, je ne sais pas s'il &#233;tait bien &#233;crit, je ne l'ai pas conserv&#233;. Pour une courte p&#233;riode je fus charg&#233;e de la tr&#233;sorerie. Notre tr&#233;sorier, appel&#233; au service militaire, me repassa la casquette.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai revu Louis Bonnel seulement des dizaines d'ann&#233;es plus tard &#224; une f&#234;te de Lutte Ouvri&#232;re ; malgr&#233; les outrages du temps il m'a reconnue, et c'est lui qui vint &#224; ma rencontre pour me rappeler ce vieux souvenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est au JSOP que je recrutai notre camarade Fanny avec qui je devais rester li&#233;e pour la vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans son souvenir (moi-m&#234;me j'ai oubli&#233; cet &#233;pisode) je l'abordai au local : &#034;quel &#226;ge as-tu ?&#034; A cette question qui lui parut un peu insolente venant d'une &#034;fillette&#034; elle me r&#233;pondit : &#034;et toi ?&#034; Nous nous d&#233;couvr&#238;mes le m&#234;me &#226;ge, &#224; quelques mois pr&#232;s : 19 ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le local du PSOP se trouvait Bd. Rochechouart ; il y venait beaucoup de monde et selon les bonnes habitudes, on y discutait beaucoup. Un jour, exc&#233;d&#233;e, je me pris de bec avec un jeune qui p&#233;rorait avec d&#233;magogie, &#224; mon sens d'une fa&#231;on indigne pour un militant trotskiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'appris des dizaines d'ann&#233;es plus tard que le jeune Boussel n'&#233;tait autre que le futur Lambert, l'h&#233;ritier politique de Molinier. Ce groupe ne manquait pas de d&#233;magogues. Pour moi, un militant n'est pas un pr&#234;cheur, encore moins un bateleur. C'est un homme, une femme parmi d'autres, essayant d'&#233;lever son savoir et sa conscience &#224; la hauteur du combat pour l'&#233;mancipation du genre humain. &#034;L'&#233;mancipation des travailleurs sera l'&#339;uvre des travailleurs eux-m&#234;mes&#034;. En m&#234;me temps nous savions que &#034;le capitalisme condamne les travailleurs &#224; l'ignorance, limitant &#224; l'avant-garde du prol&#233;tariat la possibilit&#233; de d&#233;passer ses difficult&#233;s pour arriver &#224; une claire compr&#233;hension des t&#226;ches de la classe ouvri&#232;re&#034;. D&#232;s ma premi&#232;re prise de conscience, bien avant d'avoir lu ce texte du Vieux &#233;crit en 1929, c'est &#224; ce r&#244;le que j'identifiais l'engagement du militant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le PSOP, qualifi&#233; par nous de parti centriste, allait avoir une existence br&#232;ve. En ao&#251;t 1939 le pacte germano-sovi&#233;tique &#034;de non agression&#034;, avec une clause secr&#232;te de partage de la Pologne, &#233;tait sign&#233; par Ribbentrop pour l'Allemagne et Molotov pour l'URSS. La France et l'Angleterre qui n'avaient pas bronch&#233; au moment de l'Anschluss de l'Autriche, de l'annexion des Sud&#232;tes, puis de l'occupation de Prague par Hitler, cri&#232;rent &#224; la trahison sovi&#233;tique. Les staliniens, bien entendu, la justifi&#232;rent. Daladier en prit pr&#233;texte pour dissoudre par d&#233;cret le PC et, dans la foul&#233;e, toutes les organisations d'extr&#234;me-gauche. D'ailleurs, aussit&#244;t apr&#232;s, en riposte &#224; l'occupation par les Allemands de Danzig, enclave polonaise en Prusse, la guerre &#233;tait d&#233;clar&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les militants se dispers&#232;rent, certains &#233;taient mobilis&#233;s, ceux qui restaient ne pouvaient plus avoir d'activit&#233; l&#233;gale. Rous demanda &#224; me voir et, m'expliquant la situation, me chargea de garder les contacts avec les camarades dans toute la mesure du possible. Mais ce possible &#233;tait r&#233;duit &#224; n&#233;ant. (Barta a pr&#233;cis&#233; par ailleurs dans une note, comment il a &#233;t&#233; amen&#233; &#224; quitter le groupe apr&#232;s une r&#233;union avec des camarades &#034;responsables&#034; au jardin du Luxembourg).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous entrions dans l'&#232;re de la &#034;dr&#244;le de guerre&#034;. Des millions d'hommes &#233;taient mobilis&#233;s, mais rien ne se passait. Nous vivions avec le couvre-feu, le camouflage des fen&#234;tres, les masques &#224; gaz en bandouli&#232;re, les affiches &#034;Nous vaincrons parce que nous sommes les plus forts&#034; et &#034;Les oreilles ennemies nous &#233;coutent&#034;. Pour la premi&#232;re fois je pouvais contempler la lune et les &#233;toiles dans le ciel sombre de Paris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Petite Roquette J'avais maintenu des relations avec des jeunes de mon secteur des JSOP. Ce fut suffisant pour d&#233;cider Barta &#224; sortir une feuille polycopi&#233;e, intitul&#233;e &#034;L'Ouvrier&#034;. Une camarade du POI, Julie, me permit d'utiliser sa machine &#224; &#233;crire ; je tapais les textes sur des stencils, et nous nous r&#233;partissions au mieux les feuilles &#224; diffuser. La police daladi&#233;riste arr&#234;tait en masse les militants communistes, ceux qui n'acceptaient pas de d&#233;savouer le parti et le fameux pacte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Thorez prit la poudre d'escampette &#224; Moscou. Mais dans la foul&#233;e, la police ne s'en prenait pas seulement au PC. C'est ainsi que fut arr&#234;t&#233; aussi en ao&#251;t 39 notre camarade Marcel Baufr&#232;re, et incarc&#233;r&#233; &#224; Fresnes. Seule la famille pouvait rendre visite au prisonnier. Il n'en avait pas &#224; Paris, &#224; part son &#034;&#233;pouse&#034;. J'allais donc chaque semaine lui rendre visite &#224; Fresnes, o&#249; les d&#233;tenus vivaient dans les plus mauvaises conditions. L'hiver ils n'&#233;taient pas chauff&#233;s, et je vois encore ses mains enfl&#233;es, des engelures aux doigts. La nourriture &#233;tait infecte. Le d&#233;tenu parlait &#224; son visiteur &#224; travers une double grille et sous la surveillance d'un gardien. Le r&#233;confort que je lui apportais fut de courte dur&#233;e. J'ignorais qu'un des gar&#231;ons de notre cercle &#233;tait en relations avec des militants du groupe Molinier. Quand ils furent arr&#234;t&#233;s, ce jeune indiqua aux policiers l'adresse o&#249; nous devions nous rencontrer. C'est ainsi qu'un soir o&#249; nous &#233;tions r&#233;unies, trois filles, Fanny, Rachel et moi, nous v&#238;mes d&#233;barquer trois inspecteurs malabars qui demand&#232;rent qui d'entre nous &#233;tait Louise. Bien s&#251;r, nous ne connaissions pas de Louise, mais ils nous embarqu&#232;rent quand m&#234;me. Dans la voiture qui nous emmenait au commissariat, les flics demand&#232;rent aux deux filles qui portaient un nom &#224; consonance &#233;trang&#232;re, de tourner la t&#234;te pour voir si elles avaient un profil juif. Et on n'&#233;tait pas encore sous l'occupation nazie ! L'arrestation ne suscita en moi aucun sentiment de panique. &#034;Voil&#224;, c'est arriv&#233;&#034;. Victor Serge a bien d&#233;crit ce moment dans un de ses romans (Les hommes dans la prison).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur ma carte d'identit&#233; j'&#233;tais domicili&#233;e &#224; l'adresse de Baufr&#232;re, dans le 1er arrdt. (il &#233;tait &#224; ce moment employ&#233; &#224; la Poste du Louvre). Les flics m'y emmen&#232;rent donc ; je demandai la cl&#233; &#224; la concierge, qui me connaissait, et nous voil&#224; dans le petit appartement qui &#233;tait rest&#233; en l'&#233;tat, c'est-&#224;-dire dans le plus grand d&#233;sordre, depuis l'arrestation de Marcel, cinq mois avant. Les flics renonc&#232;rent &#224; la perquisition, avec cette r&#233;flexion d&#233;daigneuse : &#034;vous ne faites pas souvent le m&#233;nage&#034;. Nous pass&#226;mes un temps au commissariat, en attendant nos d&#233;positions, assises c&#244;te &#224; c&#244;te sur des chaises dans un couloir et surveill&#233;es par nos flics en civil ; au moment o&#249; ils sommeillaient dodelinant de la t&#234;te, Fanny chuchota : &#034;Louise&#034;. Un moment d'angoisse ! Heureusement les flics n'avaient rien entendu. Ensuite nous f&#251;mes transf&#233;r&#233;es &#224; la Conciergerie pour les formalit&#233;s d'usage. Je passai une nuit dans une cellule avec une d&#233;tenue de droit commun qui se lamentait ; mais quand elle aper&#231;ut deux petites souris sorties de leur trou, elle se mit &#224; pousser des cris d'&#233;pouvante. J'essayais de la raisonner, tout en trouvant la sc&#232;ne comique. Enfin, mesur&#233;es, pes&#233;es, &#233;tiquet&#233;es, nous f&#251;mes embarqu&#233;es dans le panier &#224; salade pour la Petite Roquette, en d&#233;tention pr&#233;ventive. Le lendemain de mon arriv&#233;e &#224; la prison fut aussi celui de mon 20&#232;me anniversaire. J'avais une forte migraine et obtins d'une bonne s&#339;ur un cachet d'aspirine. Les gardiennes &#233;taient toutes des religieuses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour se prot&#233;ger, en tant qu'&#233;tranger, Barta avait r&#233;ussi &#224; se faire embaucher comme ouvrier &#224; l'usine Hispano. Du fait de la mobilisation, les patrons et les fabricants d'armes manquaient de main-d'&#339;uvre ; on en exempta donc et on maintint au travail un certain nombre d'ouvriers, &#034;affect&#233;s sp&#233;ciaux&#034;. Un vieil ouvrier parisien enseigna au nouvel apprenti l'ajustage et l'invitait le dimanche &#224; partager en famille le gigot haricots. Nous habitions &#224; l'&#233;poque Bd. Serrurier une chambre de bonne, sans eau courante, avec seulement un robinet sur le palier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cette adresse resta inconnue aux flics. Le jour de mon arrestation, en partant &#224; ma r&#233;union j'avais laiss&#233; un mot sur la table : &#034;le lait est bouilli&#034;. Ce fut le dernier message qu'il eut de moi (il s'en rappelait encore des ann&#233;es apr&#232;s) et nous ne communiqu&#226;mes plus jusqu'&#224; ma lib&#233;ration. En fait de &#034;message&#034;, les flics en avaient trouv&#233; un dans mon sac : une lettre inachev&#233;e, destin&#233;e &#224; un jeune camarade mobilis&#233; dont j'&#233;tais la &#034;marraine&#034; et l'informant que je lui envoyais &#034;Le Temps&#034;. C'&#233;tait s&#251;rement un mot de code cach&#233; ! Il me fallut argumenter pour les persuader que c'&#233;tait tout simplement un journal, le grand quotidien du soir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la Petite Roquette nous &#233;tions assises en rangs serr&#233;s dans une immense salle, sur des chaises basses, et sous la surveillance d'une religieuse juch&#233;e sur un pupitre qui nous imposait le silence. Pour nous parler, nous devions donc chuchoter. La nuit, qui tombait t&#244;t, on nous enfermait dans nos cellules. Elles &#233;taient pr&#233;vues pour une personne, nous &#233;tions trois dans la mienne ; je la partageais avec une ouvri&#232;re des presses et l'&#233;pouse d'un maire, toutes les deux communistes, comme le reste des d&#233;tenues. L'hiver &#233;tait rigoureux et les cellules n'&#233;taient pas chauff&#233;es. Je passai ma premi&#232;re nuit &#224; grelotter. Mais d&#232;s le lendemain mes compagnes d'infortune m'apprirent comment faire mon lit &#034;en portefeuille&#034; et tout alla bien par la suite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tr&#232;s t&#244;t le matin, au r&#233;veil, nous &#233;tions align&#233;es en file, seins nus, pench&#233;es sur des robinets d'o&#249; coulait une eau glaciale. La s&#339;ur nous surveillait d'un regard s&#233;v&#232;re. La nourriture &#233;tait plus qu'infecte. Des vers grouillaient dans le riz charan&#231;onn&#233;, plat exclusif. Mais la plupart d'entre nous recevaient de l'argent du dehors et se nourrissaient &#224; la cantine. Ce n'&#233;tait qu'un modeste menu, un seul plat, mais mangeable, souvent du hachis parmentier. On allait le chercher &#224; la cuisine et on mangeait &#224; notre place. J'exigeai de Fanny qu'elle ne picore pas dans le plat sur le trajet - il fallait traverser toute la salle - notre dignit&#233; ne devait-elle pas se manifester dans chaque geste ? Pour ma part je ne recevais pas d'argent. Fanny &#233;tait bien soutenue par ses parents et partageait tout avec moi. Son p&#232;re, ouvrier tailleur immigr&#233; de Pologne, avait &#233;t&#233;, comme tant d'autres de sa g&#233;n&#233;ration, li&#233; au mouvement socialiste. Ne voyant pas rentrer sa fille, il prit aussit&#244;t la pr&#233;caution de cacher tout ce qui pouvait &#234;tre &#034;subversif&#034;, et les flics venus perquisitionner ne trouv&#232;rent rien. Par chance ils n'aper&#231;urent pas non plus une brochure rest&#233;e par m&#233;garde bien en vue sur la table ! Nous avons souvent repens&#233; &#224; &#034;La lettre vol&#233;e&#034; d'Edgar Allan Poe... Rachel se tenait &#224; l'&#233;cart, d&#233;cid&#233;e &#224; ne plus recommencer pareille aventure. Gr&#226;ce sans doute &#224; un bon avocat, elle fut la premi&#232;re &#224; &#234;tre rel&#226;ch&#233;e. Chaque jour nous avions droit &#224; la promenade, nous tournions en rond dans la cour, comme dans la gravure de Gustave Dor&#233; (reprise par Van Gogh). Des moineaux grassouillets &#233;taient les seuls messagers d'un monde au-del&#224; des murs. Dimanche, au moment de la promenade, la bonne s&#339;ur arrivait avec un chaudron fumant et nous tendait &#224; chacune, au passage, un morceau de viande de pot-au-feu au bout de sa fourchette.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre grande chance fut l'existence d'une biblioth&#232;que. A longueur de journ&#233;e, nous lisions les romans de Balzac et les commentions (entre nous) &#224; voix basse. Quel monde extraordinaire, nous en oubliions nos mis&#232;res. &#034;Je suis plus libre que beaucoup de ceux qui se prom&#232;nent &#224; ciel ouvert&#034;, avait &#233;crit Louise Michel dans sa prison de St. Lazare ; &#034;ceux-l&#224; sont prisonniers par la pens&#233;e, ils sont encha&#238;n&#233;s par leur propri&#233;t&#233;, par leurs int&#233;r&#234;ts d'argent, par leur stricte n&#233;cessit&#233; de vie, absorb&#233;s au point de ne pouvoir vivre en &#234;tre humains, en &#234;tres pensants.&#034; Fanny essaya aussi de m'apprendre &#224; tricoter. J'y mettais de la bonne volont&#233;, sans succ&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle finit par tricoter elle-m&#234;me le beau pull en laine bleu-roi qu'elle m'offrit, et qui pour moi entra dans la l&#233;gende. La messe dominicale &#233;tait peu fr&#233;quent&#233;e. Sur les fiches d'&#233;tat civil qu'on nous demanda de remplir &#224; notre arriv&#233;e &#224; la Petite Roquette, figurait aussi, &#224; mon grand &#233;tonnement, la religion. A l'insistance de la gardienne nous oppos&#226;mes un obstin&#233; &#034;sans religion&#034;. Pour nous &#233;viter d'&#234;tre mises en quarantaine par les d&#233;tenues staliniennes, ce qui est arriv&#233; &#224; nos camarades trotskistes (du groupe Molinier), nous nous pr&#233;sentions comme des syndicalistes. Je n'ai d'ailleurs jamais entendu ces femmes &#233;changer des r&#233;flexions politiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elles parlaient de recettes de cuisine, de faits divers, ou se faisaient lire les lignes de la main.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On nous pr&#233;venait &#224; l'avance du jour o&#249; nous devions passer devant le juge d'instruction. Au Palais de Justice l'attente &#233;tait longue. Dans la cellule o&#249; on nous enfermait d&#232;s le matin, barbouill&#233;e d'inscriptions ad hoc, on avait droit aussi &#224; un livre correspondant au niveau extr&#234;mement bas qu'on nous supposait. Notre tactique consistait &#224; jouer les na&#239;ves. Menant les interrogatoires &#224; la cha&#238;ne, le juge Rousselet demanda &#224; Fanny : &#034;enfin, vous, qu'est-ce que vous &#234;tes ?&#034;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#034;St&#233;nodactylo, monsieur le juge...&#034; Quant &#224; moi, devant mon air innocent, il s'&#233;tonna que je ne sois pas &#224; Fresnes, avec les mineures. Nous pouvions nous permettre ce jeu, &#233;tant donn&#233; qu'il n'y avait contre nous aucune preuve ; m&#234;me un livre politique aurait suffi, mais chez Fanny les parents avaient intelligemment fait le m&#233;nage, et chez moi, c'est-&#224;-dire &#224; mon adresse, les flics avaient tourn&#233; les talons. Un jour, ce fut la seule fois, je fus moi aussi appel&#233;e au parloir, &#224; mon grand &#233;tonnement. Je parlai &#224; travers la grille &#224; une jeune femme qui se pr&#233;senta comme la s&#339;ur de Marcel ; elle &#233;tait venue de la Sarthe pour voir son fr&#232;re &#224; Fresnes, et le premier souci de Marcel fut de lui demander de me rendre visite &#224; la Petite Roquette.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avions &#233;t&#233; arr&#234;t&#233;es pour &#034;atteinte &#224; la s&#251;ret&#233; de l'Etat&#034; ; mais faute de preuves nous fin&#238;mes par obtenir un non-lieu. Quel &#233;blouissement de se trouver un matin de printemps dans la rue, sur le trottoir, devant les grilles du Palais de justice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais j'avais devant moi un grave probl&#232;me &#224; r&#233;soudre et je m'empressai d'aller consulter un m&#233;decin de notre bord, qui bravait les lois contre l'avortement en vigueur. Dans la situation o&#249; nous &#233;tions et devant les &#233;v&#233;nements qui se pr&#233;paraient, il n'h&#233;sita pas &#224; me faire hospitaliser dans une clinique pour une intervention qui se d&#233;roula dans de bonnes conditions. Je ne nourrissais aucun d&#233;sir d'avoir des enfants, et encore moins quand nous avions devant nous, et nous le savions, les plus dures &#233;preuves. L'exode &#233;tait proche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Forte de mon non-lieu, je retournai voir mon ancien employeur. Il me re&#231;ut avec sympathie et me fit une authentique le&#231;on de d&#233;mocratie. Je m'entendis dire &#224; peu pr&#232;s ceci : &#034;c'est bien que vous soyez de retour parmi nous, mais &#224; l'avenir sachez qu'en France on a le droit de tout dire, mais pas de faire&#034;. Ce m&#234;me mois de mai les chars allemands, les &#034;Panzerdivisionen&#034;, d&#233;ferl&#232;rent sur la Belgique, sur le nord de la France et se dirigeaient sans obstacle sur Paris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La ligne Maginot contourn&#233;e, les soldats &#233;taient fait prisonniers par dizaines de milliers, les officiers d&#233;sertaient &#224; l'approche de Hitler, que beaucoup d'ailleurs admiraient dans leur for int&#233;rieur. Parmi la population, c'&#233;tait l'indiff&#233;rence devant l'impasse, un &#034;d&#233;faitisme passif&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout le monde &#224; Paris parlait d'&#233;vacuation. Mon employeur proposa au personnel de nous replier avec lui par camion en province, ou de verser une indemnit&#233; &#224; ceux qui voulaient se d&#233;brouiller par eux-m&#234;mes. Je choisis bien s&#251;r la derni&#232;re solution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec ce p&#233;cule, nous voil&#224; quittant un Paris d&#233;sert, par un beau temps ensoleill&#233; de juin, un balluchon &#224; la main, pour une longue randonn&#233;e &#224; travers la France. Files interminables de gens de tous &#226;ges, avec ou sans v&#233;hicule, charg&#233;s de toutes sortes d'objets, s'&#233;grenant sur les routes, fuyant le danger. C'&#233;tait l'exode. Nous n'avons pas &#233;t&#233; t&#233;moins de bombardements, que certains r&#233;fugi&#233;s ont subi. On couchait parfois dans des granges ou des &#233;tables, plus ou moins bien accueillis, parfois en plein champ. Devant un verger d'abricotiers, que nous regardions avec convoitise, le paysan nous encouragea d'en cueillir. Les probl&#232;mes de ravitaillement ne se posaient pas encore. Et c'est ainsi que, dans notre tour de France, nous arriv&#226;mes &#224; Perpignan, belle ville ensoleill&#233;e, trop m&#234;me. Heureusement il y avait la fra&#238;cheur des jardins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je n'ai pas le souvenir que nous ayons fait tout ce long chemin autrement qu'&#224; pied ; mais la m&#233;moire peut &#234;tre d&#233;faillante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des tirailleurs s&#233;n&#233;galais, en costume militaire et ch&#233;chia rouge, stationnaient dans la ville, sans doute en instance de d&#233;part. Comme chacun sait, ils avaient pris part &#224; la &#034;d&#233;fense de la patrie&#034;. M'&#233;tant approch&#233;e d'un petit groupe, l'un d'entre eux interpr&#233;ta &#224; sa mani&#232;re ma curiosit&#233; et me proposa le mariage, une belle vie en Afrique. Les malheureux tirailleurs s&#233;n&#233;galais laissaient malgr&#233; eux un bien triste souvenir : ils avaient servi comme gardiens dans les camps o&#249; &#233;t&#233; parqu&#233;s les r&#233;fugi&#233;s espagnols apr&#232;s la victoire de Franco.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jours paisibles en Savoie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La guerre &#233;tait finie, l'armistice sign&#233; par le mar&#233;chal P&#233;tain, le &#034;h&#233;ros de Verdun&#034;. Nous pr&#238;mes le chemin du retour. Me payant d'audace, j'allai &#224; la mairie de Perpignan demander une aide pour le retour. &#034;Vous les Parisiens, vous croyez qu'on est riches et qu'on peut donner de l'argent &#224; tout le monde&#034;. Dite avec l'accent du Roussillon cette remarque me surprit et me fit aussi plaisir : je me voyais trait&#233;e de parisienne, moi &#224; qui on demandait toujours &#224; Paris &#034;d'o&#249; j'&#233;tais&#034;. Je n'eus pas de subvention. Delu connaissait l'adresse de son cousin, Solo K&#246;rner, m&#233;decin &#224; Epierre, un village de Savoie non loin de Chamb&#233;ry. Ce sera notre premi&#232;re &#233;tape.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Arriv&#233;s &#224; Epierre, nous apprenons que le docteur avait &#233;t&#233; mobilis&#233;, mais qu'il avait donn&#233; de ses nouvelles et serait bient&#244;t de retour. Sans m&#233;fiance on nous ouvrit la maison, une vieille demeure spacieuse, avec un grand jardin. De hautes montagnes se dressaient &#224; l'horizon, autour de nous tout &#233;tait vert, le jardin regorgeait de l&#233;gumes et de fruits en ce mois d'ao&#251;t, les vaches rentraient le soir &#224; l'&#233;table en faisant tinter leurs clochettes, nous allions chercher le lait et le fromage &#224; la ferme. La guerre n'&#233;tait pas pass&#233;e par l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le docteur ne tarda pas &#224; rentrer. Il faisait partie des notables, et le maire, qui essayait sans succ&#232;s de le marier &#224; sa fille, nous invitait souvent dans sa maison, et nous r&#233;galait d'excellentes liqueurs de fruits. Le docteur &#233;tait bien int&#233;gr&#233; et tr&#232;s appr&#233;ci&#233; comme m&#233;decin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut dire qu'il avait commenc&#233; sa carri&#232;re au village de Termignon, non loin de Modane, et c'est &#224; dos de mulet qu'il grimpait dans la montagne pour porter secours aux malades, qui en g&#233;n&#233;ral appelaient le m&#233;decin en derni&#232;re extr&#233;mit&#233;. C'&#233;tait un plaisir de l'&#233;couter raconter des anecdotes dr&#244;les ; il ne s'&#233;pargnait pas lui-m&#234;me et avouait qu'&#233;tudiant il avait r&#233;pondu dans un examen que la maladie du charbon &#233;tait une affection des mineurs. En 1940 il y avait encore dans cette r&#233;gion des hameaux o&#249; les maisons n'avaient pas de fen&#234;tres et les paysans goitreux &#233;taient nombreux. Le changement ne vint que plus tard, avec l'installation de l'industrie dans la vall&#233;e de la Maurienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour me rendre utile, le docteur ayant d&#233;j&#224; une femme de m&#233;nage, j'offris de faire la cuisine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait un pari p&#233;rilleux, puisque je ne savais rien faire. A Paris, pour faire cuire des p&#226;tes, ne les avais-je pas plong&#233;es dans l'eau froide ? Mais au village il y avait une ambiance tr&#232;s sociable. Je demandai donc de l'aide &#224; une jeune femme qui me conseilla volontiers. C'est ainsi que je r&#233;ussis m&#234;me &#224; faire des flans pour le dessert, dont on jouait les parts &#224; la belote ; j'avais toujours la plus petite part, ce qui de toute fa&#231;on n'&#233;tait que justice. Je m'attaquai aussi &#224; la soupe de l&#233;gumes, avec les l&#233;gumes du jardin. Prudente, je montrai d'abord ma cueillette au docteur : malheur, ce que j'avais pris pour des poireaux &#233;taient des tiges d'iris ; j'avais failli nous empoisonner. La &#034;blague&#034; eut beaucoup de succ&#232;s et nous en parlions encore longtemps apr&#232;s. Se moquer d'autrui, n'est-ce pas le propre de l'homme ? A condition de respecter les limites : &#034;&#234;tre saoul comme un Polonais&#034; par exemple, valut &#224; Solo une s&#233;v&#232;re le&#231;on de morale de la part de Delu. Cependant, je fus d&#233;&#231;ue par un geste de pingrerie chez ce brave Solo. Mon unique paire de chaussures, avec laquelle j'&#233;tais partie de Paris, &#233;tait maintenant en piteux &#233;tat. Or il y avait au village un cordonnier qui fabriquait des chaussures rustiques &#224; bas prix. Mais le docteur refusa de me donner l'argent pour les acheter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il &#233;tait maintenant temps de songer &#224; remonter sur Paris. Delu avait l'adresse d'un camarade, que nous avons connu en 39 &#224; Paris. A cette &#233;poque il &#233;tait amoureux &#233;conduit d'une jolie rousse, fille d'une &#034;pacifiste&#034; amie de Jean Giono. C'est gr&#226;ce &#224; elle que j'ai d&#233;couvert la musicalit&#233; de la langue fran&#231;aise : comme le parler de cette fille &#233;tait m&#233;lodieux, comme son accent &#233;tait charmeur et raffin&#233; ! A partir de ce jour je d&#233;cr&#233;tai que le fran&#231;ais &#233;tait la langue la plus belle au monde et n'en d&#233;mordrai plus. (&#034;Gott beh&#252;te&#034; (que Dieu nous garde), comme aurait dit ma m&#232;re, qu'on ne l'entende un jour &#233;ruct&#233;e par un Hitler national).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En cet &#233;t&#233; 40, Jacques Ramboz &#233;tait instituteur en Is&#232;re. Enfourchant un v&#233;lo, Barta alla lui proposer de se joindre &#224; nous pour &#034;nous remettre au travail&#034;. Sur le chemin du retour, p&#233;dalant derri&#232;re un camion dans une c&#244;te, il fit une chute en tendant machinalement le bras pour attraper la corde qu'on lui lan&#231;ait. Rentr&#233; avec une clavicule cass&#233;e, il &#233;tait heureusement entre de bonnes mains chez le docteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 21 ao&#251;t 1940 un entrefilet dans un journal local nous apprit l'assassinat de Trotski &#224; Mexico. J'&#233;clatai en sanglots de d&#233;sespoir. Mais la tragique nouvelle ne faisait que renforcer ma d&#233;termination de lutter, &#224; avec mes moyens, jusqu'&#224; la mort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, d&#233;but septembre, nous f&#238;mes nos adieux pour rentrer &#224; Paris. L'arm&#233;e allemande avait occup&#233; la moiti&#233; nord de la France, la moiti&#233; au sud de la Loire &#233;tait &#034;zone libre&#034;, sous l'autorit&#233; du gouvernement de Vichy. Entre les deux il y avait une &#034;ligne de d&#233;marcation&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Arriv&#233;s &#224; cette ligne, des contr&#244;leurs allemands v&#233;rifiaient si les voyageurs dans le train &#233;taient en r&#232;gle, tout en scrutant leur faci&#232;s. Nous pass&#226;mes sans encombre. Il me semble que c'est par notre camarade Ramboz, qui avait sans h&#233;siter quitt&#233; son poste d'instituteur et nous avait suivi &#224; Paris, que nous avons pu nous loger rue de la Grande Chaumi&#232;re, dans le quartier Montparnasse, au dernier &#233;tage d'un vieil immeuble. Un Am&#233;ricain, un de ces nombreux intellectuels ou artistes fr&#233;quentant Paris, avait habit&#233; l&#224; ce petit appartement meubl&#233;, d'une pi&#232;ce cuisine. Tout &#233;tait rest&#233; en l'&#233;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un pari sur l'avenir Paris occup&#233; &#233;tait paisible. L'entreprise o&#249; j'avais travaill&#233; avait repris son activit&#233; sous le contr&#244;le des Allemands ; j'y fus r&#233;embauch&#233;e. Le rationnement &#233;tait institu&#233; pour l'alimentation, le tabac, les textiles. Tout le monde devait s'inscrire &#224; la mairie, qui distribuait les cartes de ravitaillement. Les rations, pour les denr&#233;es essentielles, &#233;taient en dessous du minimum vital, et le march&#233; noir se mit en route. En m&#234;me temps des mesures discriminatoires &#233;taient &#233;dict&#233;es contre les Juifs ; habitu&#233;s au respect de la l&#233;galit&#233;, peu de gens les transgressaient. J'avais une gentille coll&#232;gue de travail, n&#233;e en France de parents polonais. Quand le port de l'&#233;toile jaune fut d&#233;cr&#233;t&#233;, je lui expliquai qu'elle courait moins de dangers &#224; ne pas la porter. Mais, me r&#233;pondit-elle, tout le monde dans le quartier nous conna&#238;t (elle habitait le 11&#232;me). Elle venait donc au bureau avec l'&#233;toile jaune, jusqu'au jour o&#249; on ne la revit plus. L'inspecteur allemand, un monsieur de haute taille, en civil, venait r&#233;guli&#232;rement voir mon patron et j'assistais souvent &#224; ces entretiens, pour prendre des notes. Courtoisement, me parlant en allemand, il releva un jour mon &#034;accent autrichien&#034;. Etait-il dupe ? Je ne le pense pas. Cet Allemand n'&#233;tait certainement pas nazi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous &#233;tions rentr&#233;s avec l'intention de reprendre le travail dans l'ill&#233;galit&#233;, mais nous formions une &#233;quipe bien maigre : &#224; part nous, Ramboz et ma camarade Fanny, que j'avais retrouv&#233;e &#224; son domicile, chez ses parents. Le hasard faisant parfois bien les choses, Barta rencontra un jour Bd. Montparnasse, un camarade du POI, Sabas, qui travaillait dans le cin&#233;ma. Il apprit par lui que des militants s'&#233;taient retrouv&#233;s et avaient reconstitu&#233; un groupe sous le nom de &#034;Comit&#233; pour la 4&#232;me Internationale&#034;. Sous le choc de la d&#233;faite fulgurante, de millions de prisonniers, de l'exode des populations et de l'occupation du pays par l'arm&#233;e allemande, des militants, parmi lesquels Marcel Hic et Jean Rous, &#233;taient tomb&#233;s dans le pi&#232;ge du nationalisme allant jusqu'&#224; pr&#233;coniser une alliance avec &#034;les bourgeois pensant fran&#231;ais&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Barta se mit sur le champ au travail pour d&#233;fendre les id&#233;es fondamentales du texte-manifeste &#034;La Quatri&#232;me Internationale et la guerre&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rappelant simplement les pronostics du Vieux, Barta &#233;crivait en novembre 40 (nous &#233;tions encore &#224; huit mois de l'invasion de l'URSS par Hitler) qu'Hitler aurait en Russie le m&#234;me sort que Napol&#233;on, et que son r&#232;gne &#034;mill&#233;naire&#034; ne durerait pas dix ans. C'&#233;tait reprendre ce que Trotski avait &#233;crit le 30 juin 1940 dans son texte &#034;Notre voie reste inchang&#233;e&#034;. Ainsi vit le jour la brochure de novembre 40 &#034;La lutte contre la deuxi&#232;me guerre imp&#233;rialiste&#034; ; sur la page de couverture Ramboz avait grav&#233; un poing lev&#233; au-dessus des chemin&#233;es d'usine. Le texte &#233;tait tap&#233; au stencil et polycopi&#233; avec de l'encre et un rouleau sur un &#034;plat&#034;. Il fallait faire attention en marchant dans la pi&#232;ce, partout sur le plancher les feuilles fra&#238;chement tir&#233;es &#233;taient pos&#233;es pour s&#233;cher. On peut dire que cette brochure qui d&#233;fendait les th&#232;ses sur la guerre telles que Trotski les avait d&#233;velopp&#233;es maintes fois, mais que les trotskistes sous le choc des &#233;v&#233;nements avaient tout d'un coup oubli&#233;es, resta &#034;confidentielle&#034;, c'est-&#224;-dire qu'elle eut une diffusion infime. Cette guerre ne connut pas son Zimmerwald. Par la suite seulement, la brochure devait conna&#238;tre un sort meilleur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En juin 1941 l'attaque de Hitler contre l'URSS modifia le paysage politique. Les staliniens qui en 1939 avaient retourn&#233; leur veste apr&#232;s la poign&#233;e de main Molotov-Ribbentrop - en 1940 Duclos avait m&#234;me demand&#233; aux Allemands l'autorisation de faire para&#238;tre l'Humanit&#233; - firent une nouvelle volte-face et redevinrent farouches patriotes fran&#231;ais. Nous savions que le sort de la guerre allait se jouer en URSS. Radio-Londres, que tout le monde &#233;coutait en sourdine (&#034;ici Londres, ici Londres, les Fran&#231;ais parlent aux Fran&#231;ais&#034;) &#233;tait notre seule source d'information. Barta &#233;pingla au mur une carte de l'URSS sur laquelle il d&#233;pla&#231;ait des &#233;pingles en m&#234;me temps que se d&#233;pla&#231;aient les fronts. D&#232;s la nouvelle de l'attaque, on diffusa un tract intitul&#233; &#034;Vive l'arm&#233;e rouge&#034;. Nous continu&#226;mes &#224; publier d'autres tracts, dans lesquels nous nous adressions surtout aux militants communistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avions d&#233;cid&#233; de ne pas rechercher le contact avec d'anciens militants, mais de recruter des &#233;l&#233;ments neufs et de construire un noyau. Notre premi&#232;re recrue fut Mathieu Bucholz ; c'est comme si nous avions d&#233;croch&#233; une &#233;toile du firmament. Ramboz avait &#233;t&#233; &#233;l&#232;ve au lyc&#233;e Michelet, y avait milit&#233; aux JC et anim&#233; un club culturel ; c'est l&#224; qu'il connut Mathieu, de quelques ann&#233;es son cadet. En 1941 Ramboz n'eut pas de mal &#224; le gagner &#224; notre cause.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Beau, intelligent, courageux, Mathieu avait de par ses dons plus d'une corde &#224; son arc. Il commen&#231;a par gagner son jeune fr&#232;re, puis deux autres recrues ; ancien camarade de classe de l'&#233;cole primaire de Goussainville, JC &#233;galement, Pierre Bois rejoignit aussit&#244;t notre groupe, avec son fr&#232;re cadet Jean. La machine &#233;tait lanc&#233;e. Jouant au r&#233;sistant, Mathieu sut nous procurer de vraies-fausses cartes d'identit&#233;, des cartes de ravitaillement, des exemptions du STO, le service de travail obligatoire pour l'Allemagne. De proche en proche nous recrutions d'autres jeunes ; parmi eux un gar&#231;on que nous appelions &#034;petit Paul&#034;, parce qu'il vivait chez sa m&#232;re, veuve, et lui &#233;tait tr&#232;s attach&#233;. Je me souviens de mon &#233;tonnement en apprenant qu'ils habitaient leur logement depuis plus de vingt ans, une &#233;ternit&#233; ! Avec le temps, bien s&#251;r, ma perception de la dur&#233;e devait se modifier totalement. Pour obtenir une &#034;permission&#034; pour petit Paul, parti en STO en Allemagne, je pr&#233;sentai &#224; la Kommandantur des papiers ad&#233;quats de mariage ; il rentra effectivement, mais ne devint pas militant. A quelque temps de l&#224; je retournai &#224; la Kommandantur, je ne me souviens plus sous quel autre pr&#233;texte. Je n'avais pas pr&#233;vu que j'allais me trouver en face de la m&#234;me employ&#233;e : elle me regarda, me dit d'une voix calme quelque chose comme &#034;vous &#234;tes d&#233;j&#224; venue&#034; ou &#034;je vous ai d&#233;j&#224; vue&#034;. C'&#233;tait la fin... Mais l'employ&#233;e mit les cachets n&#233;cessaires sur les papiers et me dit au revoir. Ce genre de complicit&#233; devenait, avec le temps, de plus en plus courant. Les &#233;tudiants b&#233;n&#233;ficiant d'un r&#233;gime de sursis pour le STO, Mathieu (que nous appelions d&#233;sormais Pamp) eut l'id&#233;e de munir certains camarades de cartes d'&#233;tudiant. Il s'adressa &#224; un professeur &#224; la Sorbonne ; apeur&#233;, celui-ci pr&#233;tendit ne rien pouvoir faire. Pamp expliqua alors carr&#233;ment l'enjeu au concierge, et obtenait d&#233;sormais autant de cartes en blanc qu'il voulait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jean Bois, muni d'une carte d'&#233;tudiant en philosophie, l'orthographia avec un &#034;y&#034;. Je revois Pamp riant de bon c&#339;ur, la t&#234;te un peu pench&#233;e sur le c&#244;t&#233;, comme il en avait l'habitude quand la moquerie &#233;tait fraternelle. D'o&#249; lui venait son pseudonyme ? Du fait de la p&#233;nurie, on avait mis sur le march&#233; un ersatz (le mot allemand &#233;tait entr&#233; dans le langage) de th&#233;, le &#034;Mat&#233; Pamp&#233;ro&#034;, sorte de tisane. De Mathieu &#224; Pamp il n'y avait qu'un pas. Et Pamp est entr&#233; dans l'histoire, dans notre c&#339;ur et notre souvenir. Il distribua quelques autres pseudonymes astucieux. Pierre Bois travaillait comme employ&#233; aux chemins de fer ; il devint &#034;Vic&#034;, puisque le syndicat des cheminots russes en Octobre 17 (menchevik d'ailleurs) s'appelait Vikjel. Jean &#233;tant son fr&#232;re, il devint Lef&#232;vre. Le fr&#232;re cadet de Pamp travaillait comme laborantin &#224; l'Institut catholique, rue N.D. des Champs ; il devint Labb&#233;. Soit dit en passant, notre &#034;abb&#233;&#034; nous fabriqua au labo du savon (on en manquait totalement) qui avait bien l'aspect d'un savon, mais faute d'huile ne moussait pas. Les pseudonymes que nous nous &#233;tions donn&#233; nous-m&#234;mes &#233;taient ternes. Barta &#233;tait d&#233;sormais Albert, moi j'&#233;tais devenue Ir&#232;ne, Ramboz &#233;tait Lucien, Fanny s'appelait Lucienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nos r&#232;gles de vie &#233;taient tr&#232;s strictes, impos&#233;es par le danger. Vic &#233;tant venu avec &#224; peine quelques minutes de retard &#224; son premier rendez-vous, Pamp lui recommanda d'&#234;tre ponctuel au prochain rendez-vous et, en guise de le&#231;on, prit cong&#233;. Une des relations bourgeoises de Pamp mit son appartement &#224; sa disposition ; on convint de s'y r&#233;unir, en recommandant &#224; tous d'avoir une tenue de circonstance. Vic avait m&#234;me mis un chapeau ; mais Ramboz, qui n'avait peut-&#234;tre pas bien retenu la consigne &#224; cause de sa surdit&#233;, arriva en tenue de campeur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aussit&#244;t la concierge entreb&#226;illa la porte de sa loge, pour lui demander o&#249; il allait. Il bredouilla une r&#233;ponse et passa. Les concierges n'&#233;taient pas toujours du mauvais c&#244;t&#233;. Ainsi, le concierge de l'immeuble o&#249; Ramboz occupait une mansarde, le pr&#233;vint du passage de la police venue enqu&#234;ter ; pour le remercier, Ramboz lui offrit un paquet de papier &#224; cigarettes (encore fallait-il trouver le tabac). Bien s&#251;r, la p&#233;nurie &#233;tait grande, malgr&#233; tout la modestie de ce &#034;cadeau&#034; nous a sembl&#233; quelque peu d&#233;risoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pamp jugea que nous n'&#233;tions pas en s&#233;curit&#233; rue de la Grande Chaumi&#232;re. Il trouva &#224; louer &#224; mon nom un studio confortable dans le 15&#232;me arrdt, ce qui nous rapprochait de lui ; il habitait chez ses parents, &#224; Issy-les-Moulineaux. La Grande Chaumi&#232;re fut un temps occup&#233;e par le camarade Raptis. Barta le connaissait du temps du POI ; c'&#233;tait un militant grec de vieille date, architecte de profession, qui avait fait de la prison comme trotskiste dans son pays, et s'&#233;tait exil&#233;, avec sa compagne, en France. C'est le hasard qui nous l'a fait rencontrer sous l'occupation, et pendant quelque temps Raptis milita dans notre groupe. Les jeunes camarades &#224; l'&#233;poque eurent la chance de s'instruire dans ses cours d'&#233;ducation, d'un haut niveau. Notre s&#233;paration eu lieu sur un diff&#233;rend politique. Il pensait que nous devions rejoindre les trotskistes regroup&#233;s, alors que Barta voulait conserver notre ind&#233;pendance, pour les raisons qu'il a d&#233;velopp&#233;es en 1943 dans son &#034;Rapport sur l'organisation&#034;. Cette s&#233;paration n'emp&#234;cha pas bien s&#251;r de lui laisser l'usage du logement, tout en le pr&#233;venant qu'il n'&#233;tait pas s&#251;r.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme son s&#233;jour se prolongeait, Barta m'envoya en &#034;service command&#233;&#034; lui dire qu'il devait d&#233;m&#233;nager. Bien nous en prit : peu de jours apr&#232;s son d&#233;part, la concierge m'arr&#234;tait au bas de l'escalier pour me pr&#233;venir que la Gestapo (ou la police) &#233;tait pass&#233;e la veille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne trouvait plus de litt&#233;rature marxiste. Tous les livres &#034;subversifs&#034; avaient &#233;t&#233; rafl&#233;s au moment de la vague d'arrestations de 39-40 ; je me souviens avoir vu, dans la nuit pass&#233;e au commissariat (en janvier 40), les livres s'empiler dans un grand tas au fur et &#224; mesure que les heures passaient. Ils ont d&#251; faire l'objet d'un trafic, car par la suite on en trouvait &#224; acheter sur les quais. Pendant les ann&#233;es de clandestinit&#233;, et m&#234;me quelque temps apr&#232;s la fin de la guerre, nous &#034;&#233;ditions&#034; et diffusions des extraits d'ouvrages classiques que nous avions ou que nous nous procurions. J'ai conserv&#233; des copies p&#226;lies de quelques-unes de ces pages que je tapais &#224; la machine. Pamp r&#233;cup&#233;rait des livres chez des &#233;migr&#233;s allemands, publi&#233;s dans les ann&#233;es vingt en caract&#232;res gothiques ; c'est ainsi que j'ai h&#233;rit&#233; d'une vieille &#233;dition de &#034;l'Origine de la famille et de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e&#034; d'Engels et de &#034;l'Origine du christianisme&#034; de Kautsky.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Biblioth&#232;que Nationale nous avait &#224; nouveau ouvert ses portes. Nous y allions tous, une fonctionnaire complaisante nous d&#233;livrait des cartes d'entr&#233;e bien qu'aucun d'entre nous n'avait de titre universitaire, et tous les livres interdits dans les librairies ou les biblioth&#232;ques &#233;taient l&#224;, &#224; notre disposition. Lors l'une des pauses pendant lesquelles nous arpentions le couloir, dans ce fastueux immeuble de la rue de Richelieu, Ramboz fit l'objection qu'on consacrait trop de temps aux livres, au lieu de passer &#224; l'action. &#034;Mets ce r&#233;pit &#224; profit pour t'instruire&#034;, lui r&#233;pondit Barta, &#034;tu en auras bien besoin pour l'action le moment venu&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'action pour l'action n'&#233;tait pas notre but. Il ne s'agissait pas &#233;videmment du travail clandestin de propagande, que nous faisions &#224; notre mesure de diverses fa&#231;ons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les temps &#233;taient durs. Un jour, Fanny s'approcha de Barta, pench&#233; sur son livre sous la lampe &#224; abat-jour vert de la BN, pour lui montrer discr&#232;tement un &#339;uf qu'elle avait r&#233;ussi &#224; se procurer. Mais selon Barta, ce n'&#233;tait vraiment pas le lieu ! Nous avions encore un pot de confiture &#233;paisse de cerises noires, qui nous restait d'un colis envoy&#233; par ma m&#232;re (avant que les liaisons ne soient pour toujours interrompues). Je revois la sc&#232;ne o&#249;, assis &#224; quatre autour de la table, rue de la Grande Chaumi&#232;re, Barta nous sert &#224; chacun une portion. Apr&#232;s avoir mang&#233; les cerises avec d&#233;lice, nous comptons les noyaux. Un ouf ! de soulagement et une s&#233;ance de rigolade : chacun avait dans son assiette le m&#234;me nombre de noyaux ! Les tickets de ravitaillement, cens&#233;s donner droit au &#034;minimum vital&#034;, &#233;taient en r&#233;alit&#233; bien en-dessous de ce minimum. Les jeunes d'une certaine tranche d'&#226;ge avaient des cartes &#034;J3&#034; et b&#233;n&#233;ficiaient de suppl&#233;ments, ainsi que les &#034;travailleurs de force&#034;. Les hommes recevaient des tickets de tabac, que les non-fumeurs &#233;changeaient contre d'autres tickets. Le rationnement portait sur tout, pain, viande, beurre, etc. Hiver comme &#233;t&#233;, avant m&#234;me le lever du jour, des queues s'allongeaient devant les boutiques. Le rutabaga, jadis r&#233;serv&#233; aux b&#234;tes, &#233;tait devenu un l&#233;gume familier, et objet de plaisanterie. En &#233;t&#233;, heureusement il y avait des arrivages de fruits. Ceux qui avaient de l'argent se procuraient de tout au &#034;march&#233; noir&#034; et au-del&#224; de leurs besoins : confirmation par l'absurde que dans le socialisme, o&#249; il y aura suffisamment pour tous, personne ne convoitera le superflu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En hiver les maisons n'&#233;taient pas chauff&#233;es, et malgr&#233; le brasero qu'on avait au bureau, j'avais des engelures &#224; tous mes doigts. Nous n'avions pas non plus d'eau chaude, l'&#233;lectricit&#233; fonctionnait avec des coupures ; un bain-douches &#233;tait ouvert dans le quartier &#224; proximit&#233;, o&#249; nous allions une fois par semaine. Le soir nous nous calfeutrions dans la petite entr&#233;e du studio pour travailler, lire, &#233;crire. On en oubliait les soucis, au point qu'un soir, ayant mis au four &#233;lectrique un lapin, dans la minuscule cuisine, je l'y laissai toute la nuit ; consternation de le trouver carbonis&#233; le lendemain matin. Pour prendre la mesure du drame, il faut dire que le lapin, que Pamp nous avait apport&#233;, provenait d'un troc que sa m&#232;re faisait avec la campagne (tricots contre ravitaillement) et que nous n'en avons jamais eu d'autre. Une fois nous sommes all&#233;s nous ravitailler &#224; la campagne dans une ferme, recommand&#233;s par la m&#232;re de Pamp.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait l'&#233;t&#233;, nous campions et &#233;tions heureux. Comme la p&#233;nurie portait aussi sur le papier de toilette, on s'offrit de bonnes tranches de rire en lisant &#224; haute voix dans Rabelais - que nous avions par co&#239;ncidence dans notre sac - la description des mille et une mani&#232;res de se torcher le derri&#232;re dans la nature. On prolongeait la s&#233;ance de rigolade en demandant &#224; Fanny de nous chanter, avec des tr&#233;molos, &#034;Malbrough s'en va-t-en guerre...&#034; Je ne me souviens malheureusement pas des noms et des visages des jeunes que nous avions &#034;en liaison&#034;. Je leur faisais des cours d'&#233;ducation, pour lesquels je puisais ma &#034;science&#034; dans les livres en prenant consciencieusement des notes. Mon cours de morale sur le mensonge, tout &#224; fait improvis&#233; celui-l&#224;, me parut tr&#232;s convaincant. Aura-t-il convaincu les autres, notamment le jeune ouvrier de chez Gnome-et-Rh&#244;ne qu'il visait particuli&#232;rement ? Je ne r&#233;ussis pas &#224; le gagner au militantisme. Nos forces en tout cas &#233;taient suffisantes pour d&#233;cider, fin 1942, de sortir r&#233;guli&#232;rement un &#034;journal&#034;. L'ing&#233;niosit&#233; de Pamp fit merveille. D&#233;guis&#233; en vieux professeur un peu vo&#251;t&#233;, muni de documents d'un sanatorium pour tuberculeux de l'Is&#232;re, il acheta dans un magasin de la rue de Richelieu une machine &#224; &#233;crire Vary-typer, et tout ce qu'il fallait pour la frappe et le tirage des stencils. La vente de ce genre de mat&#233;riel &#233;tait &#233;videmment interdite, sauf dans des cas sp&#233;ciaux, comme celui que Pamp avait mis en sc&#232;ne. La vary-typer fonctionnait avec une navette, ce qui permettait de varier les caract&#232;res (gras, italiques, etc.) et de justifier les marges. En tant que dactylo j'ai d&#251; me recycler dans cette nouvelle technique, non sans quelque mal au d&#233;but. Et &#224; partir d'octobre 42 nous sortions r&#233;guli&#232;rement &#034;La Lutte de Classes&#034;, une feuille recto-verso, sur deux colonnes, et une mise en page &#034;professionnelle&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre activit&#233; prenant de l'ampleur, je d&#233;cidai de donner ma d&#233;mission de l'entreprise o&#249; j'&#233;tais employ&#233;e &#224; temps complet, pour consacrer plus de temps au travail militant. Je recommandai au patron ma camarade Julie, qui me rempla&#231;a. Notre inconfort mat&#233;riel &#233;tait largement compens&#233; par notre jeunesse et la force de notre engagement. On &#233;tait confin&#233;s dans Paris, mais en &#233;t&#233;, par le m&#233;tro, on pouvait facilement aller le dimanche prendre l'air dans le bois de St. R&#233;my de Chevreuse. Les camarades comblaient mes lacunes culturelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vic m'apprit la chanson des troufions, &#034;le caporal c'est une l&#233;gume... etc... &#231;a ne sait m&#234;me pas &#233;crire son nom, c'est plus b&#234;te qu'un cochon&#034;. Un &#233;tudiant chartiste et norv&#233;gien, m'enseignait &#034;j'ai mal occup&#233; ma jeunesse&#034; en &#233;tirant les syllabes, ou &#034;dans un amphith&#233;&#226;tre y'avait un macchab&#233;e&#034;, et encore d'autres. Sans doute y &#233;taient-ils encourag&#233;s par ma mine, qui a fait dire &#224; notre camarade Blondet, des ann&#233;es plus tard en r&#233;ponse &#224; la curiosit&#233; de sa fille, que j'avais l'air d'une &#034;&#233;l&#232;ve du pensionnat de Saint Cucufa&#034;. Loin de m'en offusquer, je m'amusais de ces plaisanteries grivoises. Car la vulgarit&#233; n'est pas dans les mots mais dans l'usage qu'on en fait et les attitudes entre les &#234;tres humains. Diderot a &#233;crit &#034;Les bijoux indiscrets&#034; et Balzac &#034;Les contes drolatiques&#034;, et nous ne nous privions pas d'y faire r&#233;f&#233;rence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pratiquement nous &#233;tions tous dans la ligne de Barta, sans aucune divergence sur ses &#233;crits et ses prises de position. Il faut dire qu'il avait une exp&#233;rience, une culture et une pens&#233;e politique ; de plus, le don d'aller &#224; l'essentiel, ce que j'avais remarqu&#233; depuis longtemps en contraste avec tant d'autres qui avaient surtout le don de la rh&#233;torique, ou au pire du bavardage. Les articles de La Lutte de Classes, quasiment tous r&#233;dig&#233;s par lui, conservent toute leur force. (Gr&#226;ce au travail d'un camarade de la g&#233;n&#233;ration d'apr&#232;s-guerre, Richard Moyon, cette collection des ann&#233;es 1942-1945, a &#233;t&#233; r&#233;&#233;dit&#233;e en 1992).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut vivre avec peu, des millions de gens le font, mais ce n'est pas par amour de l'art. Pour am&#233;liorer notre ordinaire, nous avions trouv&#233; un arrangement avec Fanny : nous prenions ensemble notre repas de midi, chez elle, rue Castagnary, ce qui n'&#233;tait pas loin de chez nous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fanny, d'un naturel loquace, ne pouvait s'emp&#234;cher de raconter ses prouesses, elle &#233;tait fi&#232;re de trouver du beurre, denr&#233;e rarissime, et elle en parlait. Au point qu'un jour Barta imposa une r&#232;gle : d&#233;sormais le beurre s'appellerait &#034;L&#233;on&#034;. Fanny en rit franchement et en parla par la suite beaucoup moins. Je ne sais pas comment nous faisions pour nous v&#234;tir. Je me souviens seulement avoir port&#233; pendant l'hiver 42 ou 43 un chaud manteau en fausse fourrure, r&#233;cup&#233;r&#233; par Pamp. Cela faisait de l'effet ! La tenue des gens ordinaires &#233;tait assez us&#233;e et tout le monde portait des chaussures &#224; semelles de bois. La coquetterie ne perdant pas ses droits, les femmes peignaient sur leurs mollets un trait vertical simulant la couture des bas, qu'elles n'avaient pas. Le temps de &#034;l'honn&#234;tet&#233;&#034; &#233;tait r&#233;volu ; il n'&#233;tait pas question de laisser sa bicyclette dans la rue, m&#234;me cadenass&#233;e elle &#233;tait aussit&#244;t vol&#233;e. Le carburant pour les voitures n'&#233;tait accessible qu'aux privil&#233;gi&#233;s. Des alertes avaient lieu de temps &#224; autre, mais malgr&#233; le hurlement des sir&#232;nes nous ne descendions plus &#224; la cave, on avait compris que Paris n'&#233;tait pas une cible de la RAF. Il fallait &#234;tre vigilant et garder son sang froid quand en sortant du m&#233;tro on apercevait les flics aux aguets en haut des marches et surtout ne pas avoir le r&#233;flexe de faire demi-tour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La population parisienne vaquait &#224; ses affaires, tout le monde &#233;coutait Radio-Londres et attendait la victoire des alli&#233;s. Les rafles et les arrestations faisaient partie du paysage ; certains passaient indiff&#233;rents, d'autres s'arr&#234;taient pour lire les affiches sur les murs annon&#231;ant l'ex&#233;cution d'otages &#224; la suite de tel ou tel attentat. La plus connue reste celle de f&#233;vrier 44 concernant l'ex&#233;cution des &#034;terroristes&#034; du groupe Manouchian, militants communistes de la MOI (main d'&#339;uvre immigr&#233;e). La direction stalinienne ne les avait pas &#034;livr&#233;s&#034; &#224; la Gestapo, mais les avait sacrifi&#233;s. Dans la Lutte de Classes n&#176; 25, sous le titre &#034;D&#233;fense des terroristes&#034;, Barta &#233;crivait : &#034;vingt-quatre &#034;terroristes&#034; s&#233;lectionn&#233;s viennent d'&#234;tre livr&#233;s &#224; la publicit&#233; par la Gestapo. La classe ouvri&#232;re est r&#233;solument pour ceux qui ont pris les armes contre les bourreaux fran&#231;ais et allemands qui martyrisent les peuples. Mais elle ne comprend pas pourquoi des militants qui autrefois combattaient sans compromis la bourgeoisie de tous les pays, m&#232;nent actuellement la lutte sous le drapeau tricolore et au b&#233;n&#233;fice des arm&#233;es de Washington, de Londres et d'Alger. Servir la classe ouvri&#232;re, c'est lutter pour les Etats-Unis socialistes d'Europe, pour la transformation de la guerre imp&#233;rialiste en guerre civile, pour le socialisme. Lutter pour le triomphe de la soi-disant d&#233;mocratie contre le fascisme, c'est renouveler la trahison de 1914.&#034; (Alger &#233;tait le si&#232;ge du gouvernement provisoire gaulliste, avec la participation de ministres &#034;communistes&#034;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tel &#233;tait le leitmotiv de notre propagande, repris dans le num&#233;ro sp&#233;cial du 9 juin 44, au moment du d&#233;barquement des troupes alli&#233;es en Normandie : &#034;la m&#234;l&#233;e &#224; l'ouest est une m&#234;l&#233;e imp&#233;rialiste ; vive les Etats-Unis socialistes d'Europe... Il faut profiter de toutes les circonstances pour nous armer, surtout en provoquant la d&#233;composition des arm&#233;es imp&#233;rialistes par la fraternisation avec les soldats sous quelque uniforme qu'ils soient.&#034; Et encore le 22 juin (n&#176; 31) : &#034;la question de savoir qui de la bourgeoisie ou du prol&#233;tariat l'emportera, se r&#233;sume &#224; celle-ci : qui l'emportera du chauvinisme ou de l'internationalisme ; la parole est aux travailleurs.&#034; Rien de tel ne se produisit, et les soldats allemands accul&#233;s r&#233;sist&#232;rent le dos au mur un an encore, au sacrifice de leurs vies et de la destruction du pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une propagande internationaliste, pour la fraternisation, a &#233;t&#233; men&#233;e &#224; ce moment par l'organisation trotskiste en liaison avec des camarades allemands ; s'adressant aux soldats allemands le journal &#034;Arbeiter und Soldat&#034; eut une vie br&#232;ve ; des camarades fran&#231;ais, dont les &#233;poux Fili&#226;tre, furent d&#233;port&#233;s, Widelin, le responsable allemand, liquid&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'on a su par la suite que les Alli&#233;s &#233;taient au courant de l'emplacement des camps d'extermination, qu'ils n'ont cependant jamais bombard&#233;s et sur lesquels ils gardaient le silence. C'est seulement au retour des quelques survivants que nous appr&#238;mes ce que furent les camps de concentration et l'&#233;tendue de l'horreur, d&#233;crits par les livres de rescap&#233;s, David Rousset, Primo Levi, Charlotte Delbo. Plus tard aussi, ce que furent les batailles, les morts et les souffrances des peuples de Russie, et la r&#233;sistance de Stalingrad, immortalis&#233;e par le livre de Vassili Grossman &#034;Vie et Destin&#034; (confisqu&#233; par le KGB mais publi&#233; en occident).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ao&#251;t 44 a lieu la lib&#233;ration de Paris. L'Humanit&#233; para&#238;t avec un titre &#233;norme en premi&#232;re page : &#034;A chacun son Boche&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les staliniens sont en toute premi&#232;re ligne pour la mise en sc&#232;ne d'un spectacle ignoble et &#233;c&#339;urant. La police, qui op&#233;rait au service de l'occupant arrestations et rafles, passe en bloc du c&#244;t&#233; de la &#034;r&#233;sistance&#034;. On fait la chasse aux &#034;collaborateurs&#034;, pr&#233;texte &#224; r&#232;glements de comptes. Je vois dans la rue, sous les hu&#233;es et les quolibets, des jeunes femmes &#224; qui on a ras&#233; le cr&#226;ne, pour avoir, dit-on, &#034;couch&#233;&#034; avec des Allemands, spectacle r&#233;pugnant d'un moyen- &#226;ge. Dans des villes et m&#234;me dans des villages on exhibait des femmes torse nu, t&#234;te ras&#233;e, des croix gamm&#233;es trac&#233;es sur le cr&#226;ne ou la poitrine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'atmosph&#232;re &#233;tait litt&#233;ralement empest&#233;e. C'est au milieu de cette honteuse mascarade de &#034;lib&#233;ration&#034; que j'avais rendez-vous, un jour de septembre, chez une militante communiste du 19&#232;me arrdt. Je l'avais connue &#224; la Petite Roquette. Sans m'&#234;tre pr&#233;sent&#233;e comme trotskiste, la propagande que nous faisions, alors qu'elle et ses amis avaient perdu le contact avec l'appareil, convenait tout &#224; fait &#224; leurs aspirations. Beaucoup de communistes (et c'est pour cela que nous nous adressions &#224; eux) en leur for int&#233;rieur n'avaient pas reni&#233; l'Internationale. (Le Komintern avait &#233;t&#233; dissous en 1943).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce jour j'ignorais qu'entre-temps, c'est-&#224;-dire dans un tr&#232;s court intervalle de temps, des &#034;responsables&#034; avaient repris en mains ce secteur. Le m&#233;tro &#233;tant arr&#234;t&#233;, Pamp, qui se servait d'un v&#233;lo ce qui n'&#233;tait pas mon cas, proposa de me remplacer. De ce rendez-vous, o&#249; l'attendaient les tueurs staliniens des FTP, il n'est pas revenu. Nos moyens &#233;taient beaucoup trop faibles pour essayer de le retrouver ou de le sauver. Une de nos sympathisantes qui connaissait Georges Cogniot, un stalinien haut plac&#233; dans l'appareil, s'&#233;tait propos&#233;e de le solliciter (je ne sais pas si elle l'a fait). La police ne voulait pas s'attaquer aux staliniens, trop contente de jouer le jeu de &#034;l'&#233;puration&#034;, se mettant ainsi elle-m&#234;me &#224; l'abri. Le corps martyris&#233; de Pamp a &#233;t&#233; retrouv&#233; dans la Seine, et ses parents m&#234;me n'ont pas pu obtenir l'ouverture d'une enqu&#234;te. Pierre et Jean Bois ont &#233;t&#233; arr&#234;t&#233;s de la m&#234;me fa&#231;on, pour les m&#234;mes motifs, propagande aupr&#232;s de jeunes communistes (les J.C. de Suresnes). Mais ils eurent plus de chance ; l'astuce et le hasard aidant, ils purent s'&#233;chapper, chacun de son c&#244;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mort de Pamp fut pour moi une trag&#233;die. Des semaines, des mois durant je croyais encore le voir marcher dans la rue, entendre sa voix, je n'arrivais pas &#224; admettre qu'il fut mort, et dans des conditions aussi atroces. Le nom de Pamp, notre Pamp, s'ajoutait &#224; la longue liste des martyrs r&#233;volutionnaires victimes de la terreur stalinienne. Nous perdions un ami cher &#224; notre c&#339;ur, et surtout un militant de grande valeur ; &#034;un jeune qui devint tout courage et volont&#233; par les effets d'une pens&#233;e riche et g&#233;n&#233;reuse&#034; devait &#233;crire Barta, en lan&#231;ant l'appel &#224; un comit&#233; d'enqu&#234;te, qui n'aboutit jamais. &#034;Les criminels qui l'ont supprim&#233; ont fait plus que nous enlever &#224; nous notre meilleur camarade. Ils ont enlev&#233; une t&#234;te &#224; la classe ouvri&#232;re, une t&#234;te de talent, et les talents, faisait remarquer L&#233;nine, ne surgissent pas par centaines&#034;. (Lutte de Classes n&#176; 67, 18 septembre 1946).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous &#233;tions maintenant dans la l&#233;galit&#233; ; m&#234;me si dans un premier temps nous n'avons pas pu obtenir l'autorisation de publier un journal et une allocation de papier (il fallait pour cela justifier d'actes de r&#233;sistance), nous n'en avons pas tenu compte. Nous avons m&#234;me reproch&#233; aux trotskistes du PCI de se justifier comme r&#233;sistants devant le gouvernement gaulliste. Un militant de l'Union Communiste (c'&#233;tait le nom de notre groupe) &#233;tait ouvrier typo &#224; l'Imprimerie Nationale. Jour apr&#232;s jour il sortait des caract&#232;res d'imprimerie, cach&#233;s sous son imperm&#233;able. On se procura une presse, qu'on installa dans un appartement bourgeois de Bourg-la-Reine, non habit&#233;. Il appartenait aux parents d'un jeune camarade m&#233;decin. La Lutte de Classes commen&#231;a ainsi &#224; para&#238;tre sur une feuille petit format, imprim&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Espoirs nouveaux Notre groupe se d&#233;veloppait rapidement. Nous avions des contacts dans quelques entreprises, Gnome &amp; Rh&#244;ne, Thomson, Carnaud, Citro&#235;n, etc. C'&#233;tait notre objectif num&#233;ro un, nous avions &#233;t&#233; trop marqu&#233;s par le manque de liaison avec la classe ouvri&#232;re dans le pass&#233;. Chez Renault nous avions un camarade, Renard, qui prit le nom de Goupil. Vic, qui avait travaill&#233; comme ma&#231;on dans son adolescence, puis, apr&#232;s avoir r&#233;ussi le concours, comme employ&#233; &#224; la SNCF, reprit la vie d'ouvrier chez Citro&#235;n, puis chez Renault. Impri (notre typo de l'Imprimerie Nationale) avait recrut&#233; un camarade de travail qui prit le pseudonyme de Tallerdin. Ma curiosit&#233; fut bien r&#233;compens&#233;e quand je lui demandai le pourquoi : &#034;eh bien, parce que j'ai l'air d'un...&#034; Dans la nouvelle fourn&#233;e militante il y avait aussi des provinciales venues faire des &#233;tudes &#224; Paris : Denise, de Bayonne, Fran&#231;oise, fille de fromagers de Lorraine, Dani&#232;le, du Limousin. Nous faisions du &#034;porte &#224; porte&#034;, des ventes &#224; la cri&#233;e, des r&#233;unions, bref le travail militant habituel. Ramboz installa son domicile dans un atelier d'art &#224; deux niveaux, impasse du Rouet, dans le 14&#232;me : nous y tenions une permanence, Ramboz donnait des cours d'&#233;ducation, on avait une biblioth&#232;que de pr&#234;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans se consacrer &#224; l'art, Ramboz aimait peindre et sculpter. Une figurine en bois de sa femme nue, enceinte, &#233;tait une vraie &#034;V&#233;nus callipyge&#034;. Pour le b&#233;b&#233; &#224; venir, il &#233;crivit une fable chinoise sur les personnages &#233;go&#239;stes de &#034;Ki-Ha-Gr&#244;&#034; et &#034;Ki-Ha-Otan&#034;. Elle &#233;tait moins r&#233;ussie que sa sculpture. J'avais fait d&#233;couvrir &#224; Barta le mus&#233;e Rodin (nous ne connaissions avant que sa statue de Balzac, &#224; Vavin). Mais c'est davantage la musique qui faisait partie de notre culture &#034;collective&#034;. Aux concerts Colonne (place du Ch&#226;telet) on pouvait, la veille du concert, assister gratuitement &#224; la r&#233;p&#233;tition g&#233;n&#233;rale ; du haut du poulailler on voyait la calvitie du chef d'orchestre Eug&#232;ne Bigot. Nous fr&#233;quentions aussi de temps en temps la salle Pleyel ; en sortant d'un concert apr&#232;s le triple concerto de Beethoven, je manifestai une telle ivresse qu'on me surnomma &#034;violoncelle&#034;. (Surnom vite abandonn&#233; pour celui de &#034;Jiminy&#034;, l'insecte qui dans le film de Walt Disney &#233;tait la conscience morale de Pinocchio).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Assise &#224; un concert &#224; c&#244;t&#233; de Lis&#233; (un tout jeune camarade d'origine modeste), je le vis piquer du nez et ronfler doucement ; il ne se d&#233;couragea pas pour autant et continua &#224; participer &#224; nos sorties musicales. Nous n'avions rien invent&#233; en ce domaine. Raptis nous avait racont&#233;, qu'en prison en Gr&#232;ce, il avait r&#233;ussi &#224; introduire dans sa cellule un tourne-disque et des disques. Il se r&#233;jouissait de faire &#233;couter &#224; ses camarades la musique de Beethoven. H&#233;las, apr&#232;s un moment un des d&#233;tenus s'impatienta : &#034;tu ne peux pas nous faire jouer quelque chose de plus gai ?&#034; Aimer le beau, c'est aussi une question d'&#233;ducation, telle &#233;tait la le&#231;on.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qu'on appelait la &#034;lib&#233;ration&#034;, n'avait am&#233;lior&#233; en rien les conditions mat&#233;rielles d'existence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La p&#233;nurie, le rationnement et le march&#233; noir ne disparurent pas comme par enchantement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelle aubaine le jour o&#249; je re&#231;us de ma tante Ida du Qu&#233;bec, un gros colis avec des v&#234;tements, du lait, des &#339;ufs en poudre, du chocolat. On se r&#233;unit &#224; plusieurs pour festoyer. Ma tante entreprit aussi des recherches aupr&#232;s de la Croix-Rouge en Europe pour retrouver la trace de mes parents. Ce fut sans r&#233;sultat. J'appris plus tard, par la s&#339;ur de Barta, qu'ils avaient quitt&#233; Bucarest pour retourner en Bucovine, rattach&#233;e &#224; l'URSS en juin 1940. Mes parents jug&#232;rent sans doute qu'ils y seraient plus &#224; l'abri. Mais les atroces p&#233;rip&#233;ties de la guerre eurent vite fait de les pr&#233;cipiter dans la tourmente. Je ne saurai jamais quelle fut leur destin. A cette &#233;poque je ne portai pas leur deuil. Mon &#233;tat d'esprit &#233;tait enti&#232;rement &#224; la lutte, non pas dans l'euphorie, mais dans la tension des forces et la volont&#233; de vaincre. Le Vieux, dans toute sa vie d'exil&#233;, nous avait inspir&#233; cette foi en l'avenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est cette force de conviction, plus que mes capacit&#233;s intellectuelles, qui entra&#238;nait les jeunes que je voulais gagner &#224; notre combat. Comme aimait &#224; le dire Pamp : &#034;il faut faire bouger les gens d'un millim&#232;tre&#034;. Isabelle, la compagne de notre camarade L&#233;glise, m&#233;decin, m'avoua que ce qui la touchait ce n'&#233;tait pas tant ce que je lui disais, mais ma fa&#231;on de le dire. Elle avait &#233;t&#233; coiffeuse de madame Say, et &#224; ce titre log&#233;e au ch&#226;teau avec une nombreuse domesticit&#233; ; les souvenirs qu'elle retenait de cette &#233;poque ne manquaient pas de sel. J'avais aussi une relation amicale avec le fils d'un artisan italien, le camarade Davas, farouchement anti-militariste ; il m'a racont&#233; plus d'une anecdote sur la vie &#224; la caserne, et les bagarres entre &#034;ceux de Lille&#034; et &#034;ceux de Marseille&#034;. Un jour il me demanda : &#034;qu'est-ce qui te pousse &#224; militer avec des ouvriers ?&#034; -&#034;J'aime les gens&#034;. Ma r&#233;ponse spontan&#233;e ne le satisfaisait pas ; pour lui, les hommes &#233;taient &#233;go&#239;stes, m&#233;chants, ils avaient trop de faiblesses. Le hasard nous fit nous rencontrer bien des ann&#233;es plus tard, &#224; un meeting, et apr&#232;s quelques mots &#233;chang&#233;s il m'embrassa. Le souvenir des temps difficiles ne s'&#233;tait pas effac&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1945 Marcel Baufr&#232;re est revenu de Buchenwald et nous avons divorc&#233;, pour lui permettre d'&#233;pouser sa compagne. Nous restions camarades et amis. Il me parla de sa vie dans le camp ; s'il &#233;tait encore de ce monde, me dit-il, c'est gr&#226;ce au prisonnier qui lui fit manger une gousse d'ail le jour o&#249; il n'avait plus la force de se lever (ce qui signifiait la mort).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'assistai &#224; un meeting o&#249; Roland et Yvonne Fili&#226;tre qui eux aussi revenaient de d&#233;portation, &#233;taient &#224; la tribune. Yvonne, que j'avais connue active et volubile, avait le regard d'une revenante d'outre-tombe. David Rousset a bien racont&#233; cette existence entre la vie et la mort, qu'il avait partag&#233;e, dans &#034;L'univers concentrationnaire&#034; et &#034;Les jours de notre mort&#034;. Quand je parlai &#224; Marcel du travail que nous avions entrepris et dans quelle perspective, il me dit que nous &#233;tions irr&#233;alistes. Lui-m&#234;me reprit sa vie de militant avec ses anciens camarades au PCI et au journal &#034;La V&#233;rit&#233;&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la fin de la guerre, en rachat des pers&#233;cutions endur&#233;es par les juifs, un d&#233;cret autorisa les changements de nom, par un jugement de tribunal. Le mien &#233;tant d'une prononciation difficile, j'en profitai pour le franciser. De plus, on ne peut jamais exclure un retour de l'histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Illustration de l'&#233;tat d'esprit de l'&#233;poque : l'avou&#233; qui fit pour moi les d&#233;marches, refusa d'&#234;tre pay&#233;. Je n'ai que m&#233;pris pour les gens qui, le danger pass&#233;, exhibent leur jud&#233;it&#233;. Ainsi Clara Malraux, qui se vantait de ses origines, alors que pendant la guerre elle avait par pr&#233;caution fait baptiser sa fille. On sait que beaucoup de familles, pour sauver leurs enfants de la d&#233;portation et de la mort, les avaient &#224; bon escient cach&#233;s dans des institutions catholiques ou protestantes. &#034;Au revoir les enfants&#034;, le film de Louis Malle, en est un beau t&#233;moignage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1945 c'est la fin de la guerre ; c'est aussi le bombardement de Dresde et de Berlin, et la bombe atomique sur Hiroshima et Nagasaki. Pourtant, les &#034;alli&#233;s&#034; ont perp&#233;tr&#233; ces massacres alors qu'ils avaient d&#233;j&#224; gagn&#233; la guerre. En France, les intellectuels versatiles se prosternent devant le PCF, qui se dit le &#034;parti des 75.000 fusill&#233;s&#034; ; ils ferment les yeux sur le r&#233;pugnant chauvinisme des staliniens, qui interdiront aux ouvriers fran&#231;ais de donner un morceau de pain ou d'&#233;changer une parole avec les prisonniers allemands r&#233;quisitionn&#233;s, leurs compagnons de travail. Picasso lui-m&#234;me adh&#232;re au PCF et lui offre comme embl&#232;me sa c&#233;l&#232;bre &#034;colombe de la paix&#034;. De Gaulle amnistie Thorez, d&#233;serteur en 1939 et rentr&#233; de Moscou, et le nomme vice-premier ministre. En &#233;change de leur participation au gouvernement, les staliniens d&#233;sarment les milices patriotiques (les vieux militants en pleuraient), enterrent les JC devenues UJRF (union des jeunesses r&#233;publicaines de France). Le 1er mai 1945 la CGT donne aux ouvriers la consigne de travailler, mais doit s'incliner devant leur refus. Les d&#233;put&#233;s &#034;communistes&#034; votent les cr&#233;dits pour la guerre d'Indochine, et Charles Tillon ministre de l'air, endosse les bombardements sur S&#233;tif en Alg&#233;rie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s le partage du monde entre &#034;Grands&#034; &#224; Yalta (en f&#233;vrier 45) qui mettait des garde-fous &#224; la r&#233;volution et octroyait &#224; la Russie la main-mise sur la moiti&#233; de l'Europe, les bureaucrates staliniens ne pouvaient-ils pas r&#234;ver de faire la loi comme en &#034;d&#233;mocratie populaire&#034; ? Au moment m&#234;me o&#249; la classe ouvri&#232;re n'avait ni logements, ni v&#234;tements, ni nourriture et o&#249; le patronat, sous pr&#233;texte de se remettre &#224; flot, exigeait de longues heures de travail pour de bas salaires, les staliniens assum&#232;rent ouvertement le r&#244;le de gardes-chiourme contre les ouvriers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'&#233;tait pas &#034;il faut savoir terminer une gr&#232;ve&#034; comme en 36. Non, c'&#233;tait mieux que cela.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;La gr&#232;ve est l'arme des trusts&#034;. &#034;Produire d'abord, revendiquer ensuite&#034;. Tels &#233;taient leurs slogans officiels. Dans les Houill&#232;res nationalis&#233;es Thorez exhortait les mineurs du nord &#224; la &#034;bataille du charbon&#034;, au d&#233;passement des normes. (Trois ans plus tard les mineurs gr&#233;vistes s'affrontaient &#224; la police, aux CRS et aux paras de Massu envoy&#233;s par le ministre &#034;socialiste&#034; Jules Moch).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'en &#233;tait trop pour une classe ouvri&#232;re sortant de cinq ann&#233;es de mis&#232;re, croyant qu'enfin on allait pouvoir vivre mieux. C'&#233;tait l'occasion ou jamais pour nous de d&#233;masquer la vraie nature de la bureaucratie stalinienne et r&#233;formiste, de faire rena&#238;tre une avant-garde r&#233;volutionnaire au sein de la classe ouvri&#232;re. Mais dans ce combat sans merci il y avait un contraste &#233;vident entre notre politique et celle des trotskistes du PCI. Dans leur journal &#034;La V&#233;rit&#233;&#034; on appelait les bureaucrates &#034;camarades&#034; (voir notre &#034;Lettre ouverte contre la propagande pivertiste dans le mouvement trotskiste&#034;, de juillet 1945). Nos militants travaillant en usine diffusaient clandestinement des tracts (d'une demi-page ou d'un quart de page) sign&#233;s &#034;un groupe d'ouvriers&#034;. La CGT r&#233;gnait en ma&#238;tre et un ouvrier surpris &#224; diffuser un tract &#233;tait d&#233;nonc&#233; et mis &#224; la porte. Les militants, gar&#231;ons ou filles, qui vendaient &#034;La Lutte de Classes&#034; &#224; la porte de l'usine ou aux sorties du m&#233;tro &#233;taient agress&#233;s physiquement ; ils ne se laissaient pas intimider et ripostaient, d'autant plus que les ouvriers d&#233;sapprouvaient ces agissements. Mais les trotskistes du PCI, qui s'obstinaient &#224; consid&#233;rer le PCF comme le parti de la classe ouvri&#232;re, pr&#233;tendaient qu'il ne fallait pas donner pr&#233;texte &#224; la provocation et se battre entre ouvriers ! Celui qui ne veut pas voir est aveugle. Voici tel qu'il me l'a racont&#233; plus tard, un &#233;pisode v&#233;cu &#224; l'&#233;poque par notre camarade Rival : &#034;Avec une camarade, au m&#233;tro La Motte-Picquet Grenelle, nous vendions la Lutte de Classes, lorsque quelqu'un s'est approch&#233; et nous a demand&#233; &#224; voir le journal : 'Vous &#234;tes des hitl&#233;ro-trotskistes, des salauds, je vais envoyer la police'. On a pris &#231;a &#224; la rigolade, mais quelques minutes apr&#232;s deux inspecteurs de police nous ont demand&#233; le permis de colportage, l'autorisation de vendre sur la voie publique. Ils nous ont emmen&#233;s au commissariat, le stalinien t&#233;moignait : 'moi, monsieur, je fais partie du PC fran&#231;ais, je suis un patriote, ces gens sont contre la reconstruction de la France'. Ce qui reste grav&#233; dans ma m&#233;moire, c'est la r&#233;flexion du commissaire de police : 'j'ai jamais vu &#231;a, des rouges qui font arr&#234;ter des plus rouges qu'eux', quelque chose qui voulait dire, ils vont se battre entre eux, on n'aura plus besoin de faire la chasse aux communistes.&#034; (Ils furent quittes pour 300 francs d'amende). Le patronat appr&#233;ciait l'aubaine qui leur venait des staliniens, sans que la bourgeoisie leur en sut gr&#233; pour autant. Les patrons &#233;taient les gagnants dans cette collaboration. PCF et PS &#233;taient au gouvernement avec un parti de droite (MRP), et un parti d'extr&#234;me-droite se d&#233;veloppait sous l'&#233;gide de de Gaulle, qui avait d&#233;missionn&#233; en janvier 46.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant tout il nous fallait atteindre la classe ouvri&#232;re. D&#232;s octobre 45 nous f&#238;mes para&#238;tre &#034;La Voix des Travailleurs&#034;, un journal petit format portant en sous-titre &#034;bulletin de l'Opposition syndicale lutte de classe (CGT)&#034;. En m&#234;me temps la Lutte de Classes, notre journal de propagande et d'&#233;ducation politique qui traitait de probl&#232;mes nationaux et internationaux, des luttes d'&#233;mancipation dans les colonies, des combats ouvriers dans d'autres pays, continuait de para&#238;tre. Non sans difficult&#233;s financi&#232;res. Je me souviens que notre camarade Fran&#231;oise (Marguerite Bongrain), qui avait fait l'&#233;cole de la Croix-Rouge, s'embaucha pour un temps comme infirmi&#232;re de nuit dans une usine. Cela lui permettait de militer dans la journ&#233;e et une partie de son salaire allait &#224; l'organisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans La Voix des Travailleurs une grande place &#233;tait laiss&#233;e aux &#034;&#233;chos&#034;, aux articles envoy&#233;s par nos camarades ou sympathisants ouvriers. Des gens &#224; qui on ne donnait jamais la parole, m&#234;me dans les r&#233;unions syndicales, parlaient de leurs conditions de travail, des horaires trop longs, de l'ins&#233;curit&#233;, de la nourriture insuffisante, des conflits avec la ma&#238;trise et les bureaucrates (de vrais &#034;suppl&#233;tifs&#034;), de leur vie en dehors de l'usine, de leurs griefs et de leurs aspirations. C'&#233;tait un journal vivant, passionnant m&#234;me. Mais au bout de douze num&#233;ros nous avons d&#251; y renoncer, pour ne pas mettre en p&#233;ril La Lutte de Classes. C'est dire que les appuis venant de l'ext&#233;rieur &#233;taient maigres. D&#233;sormais les &#233;chos d'usine paraissaient au verso de notre journal politique, organe de l'Union Communiste (trotskiste).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est vers cette &#233;poque (1946) que Goupil, notre principal militant chez Renault, s'avisa que son travail ne menait &#224; rien et donna sa d&#233;mission. Nous avions tort, selon lui, de tout miser sur le travail ouvrier, il fallait viser plus loin, discuter de &#034;la nature de l'URSS&#034;. C'&#233;tait un vieux d&#233;bat ressass&#233; dans le mouvement trotskiste. Pourtant la r&#233;flexion politique ne manquait pas &#224; l'UC. Trois ans auparavant d&#233;j&#224; (Lutte de Classes n&#176;10 du 28.2.43) Barta &#233;crivait : &#034;l'arm&#233;e peut vaincre, mais l'URSS succombera en tant qu'Etat ouvrier si le capitalisme sort indemne de la guerre.&#034; Et dans le N&#176;13 (24.5.43) : &#034;le rapport de forces changera chaque jour davantage en faveur du capitalisme et provoquera l'effondrement brusque de toutes les conqu&#234;tes socialistes qui subsistent encore en URSS.&#034; En mars 1949, dans une r&#233;union, Barta rappelait : &#034;en avan&#231;ant hors du territoire de l'URSS la bureaucratie a inaugur&#233; une politique de pillage des pays occup&#233;s ; c'est en 1944, en exigeant le retrait de toutes les troupes d'occupation, que nous avons marqu&#233; la rupture avec la d&#233;fense de l'URSS.&#034; Souvent des camarades trotskistes nous faisaient ce reproche : &#034;o&#249; sont vos th&#232;ses ?&#034; qu'on avait fini par tourner en plaisanterie. Nous apportions le plus grand s&#233;rieux &#224; notre instruction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'organisation recommandait l'&#233;tude des classiques, r&#233;&#233;ditait des brochures, des camarades ouvriers fr&#233;quentaient p&#233;riodiquement la Biblioth&#232;que nationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans sa lettre ouverte de juillet 45 au PCI (d&#233;j&#224; cit&#233;e) Barta &#233;crivait : &#034;l&#224; se r&#233;sume tout le programme de notre travail. Comment faire bien comprendre la situation &#224; une centaine d'ouvriers, les gagner corps et &#226;me &#224; la politique r&#233;volutionnaire, en faire des cadres de la classe ouvri&#232;re et du trotskisme, c'est par eux que nous pourrons appara&#238;tre aux masses comme leur seuls d&#233;fenseurs, dans ce moment o&#249; elles n'ont que des ennemis. Ce sont l&#224; les probl&#232;mes de la construction du parti, de sa prol&#233;tarisation, de l'attitude envers les questions th&#233;oriques, du lien entre la th&#233;orie et la pratique.&#034; Nos &#034;th&#232;ses&#034; c'&#233;tait d'apprendre &#224; gagner la confiance des ouvriers. Trotski l'avait maintes fois exig&#233; de la part des militants ; nous essayions d'appliquer son conseil : &#034;en premier lieu une bonne oreille et seulement en second une bonne langue&#034; (Oeuvres compl&#232;tes, 10.X.1937). Il y avait une note comique dans notre volont&#233; de rendre compte de cette &#233;coute dans le d&#233;tail : &#034;il m'a dit... alors je lui ai dit... alors il m'a r&#233;pondu...&#034; On s'impatientait parfois : &#034;abr&#232;ge, r&#233;sume...&#034; Mais tout en plaisantant, nous attachions une grande importance &#224; ce dialogue, et le journal en &#233;tait le reflet. Nous &#233;tions dans la bonne tradition socialiste, celle qu'illustre cette pens&#233;e de Jaur&#232;s : &#034;tout progr&#232;s vient de la pens&#233;e ; il faut donner d'abord aux travailleurs le temps et la force de penser&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s la d&#233;fection de Goupil, et compte tenu de la situation, il fut d&#233;cid&#233; d'investir toutes nos forces sur un seul point strat&#233;gique, le bastion ouvrier de Renault Billancourt, avec ses 30.000 travailleurs et son aura des luttes men&#233;es dans le pass&#233;. &#034;Concentrer les forces pour un certain temps sur une certaine t&#226;che, sur un certain quartier, sur une certaine usine m&#234;me&#034;, tel avait d&#233;j&#224; &#233;t&#233; le conseil de Trotski aux militants en 1937. Huit militants formaient notre &#034;commando&#034; (que les staliniens dans leur rage devaient estimer plus tard &#224; 200). Les fr&#232;res Bois, Pierre et Jean, respectivement 24 et 22 ans en 1946, fils d'ouvrier ma&#231;on communiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pierre devait devenir le leader, ou le capitaine du navire comme s'exprimera plus tard Barta, et dont le nom restera associ&#233; &#224; la gr&#232;ve d'avril-mai 47. Henri Durieux, qu'on appelait Blondet parce qu'il &#233;tait blond, 24 ans, d'une famille ouvri&#232;re de l'est. Schwartzman, fils d'artisan de la rue des Rosiers, dont le pseudonyme Lis&#233; rappelait sa boulimie des livres... qu'il oubliait de rendre. Jules Pichot (Gaston), fils de ma&#231;on d'Antony, apprenti p&#226;tissier. Gustave Gel&#233; (Tatave) fils d'ouvrier tulliste et militant communiste de Calais, 19 ans, travaillant en usine tout en poursuivant des &#233;tudes en cours du soir au CNAM. Andr&#233;e Hardy (Claire), une bien jolie rousse, apprentie couturi&#232;re, et enfin le seul qui n'&#233;tait pas d'origine ouvri&#232;re, Labb&#233;, le fr&#232;re cadet de Pamp. Ils avaient chacun leur personnalit&#233; propre, mais leur trait commun &#233;tait une soif illimit&#233;e d'apprendre, d'&#234;tre digne du nom d'avant-garde ouvri&#232;re. Tatave s'&#233;tait fait embaucher avec son vrai CAP d'&#233;lectricien ; ce m&#234;me certificat, maquill&#233;, servit aussi &#224; faire embaucher Pichot et Labb&#233;, qui n'avaient pas de r&#233;f&#233;rences professionnelles. Ils eurent vite fait de s'adapter &#224; un autre poste que celui d'&#233;lectricien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre propagande en usine se faisait toujours &#034;sous le manteau&#034;. Une fois concert&#233;e, l'&#233;quipe marchait comme un seul homme, et &#034;l'intendance&#034;, dont je faisais partie, suivait. Je connaissais assez bien l'argot ouvrier (apr&#232;s dix ans d'apprentissage), et pourtant ! Un jour o&#249; je tapais un texte manuscrit de Vic, je m'arr&#234;tai perplexe devant une phrase que je d&#233;chiffrai comme &#233;tant : &#034;nous voulons du vin et pas de la bibine !&#034; L'&#233;criture n'&#233;tait pas assez nette, je n'avais aucun moyen de joindre Vic et le travail pressait. Il fallait se lancer ; dans l'angoisse de l'incertitude, allons-y pour bibine. Quel soulagement le lendemain de savoir qu'il s'agissait bien de ce mot, en l'occurrence une bi&#232;re de mauvaise qualit&#233; qu'on servait &#224; la cantine, le reste du menu n'&#233;tant pas mieux. Le journal avait d'ailleurs une rubrique r&#233;guli&#232;re sur les cantines et le ravitaillement dont, noblesse oblige, Fanny (Lucienne) &#233;tait la sp&#233;cialiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A part ce travail de dactylo, je prenais en st&#233;no les compte-rendus des discussions dans les r&#233;unions, surtout des expos&#233;s de Barta qui &#233;taient de v&#233;ritables cours d'instruction politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autodidacte en st&#233;no (du temps o&#249; je travaillais chez un patron), j'en imposai &#224; tout le monde par la rapidit&#233; de mes hi&#233;roglyphes. Les notes, tap&#233;es &#224; la machine, &#233;taient distribu&#233;es aux camarades. Gr&#226;ce &#224; ces compte-rendus, conserv&#233;s, on peut retracer l'&#233;laboration de notre travail. Ainsi cette r&#233;union o&#249; nous discutions de la possibilit&#233; d'aller vendre le journal devant Gnome &amp; Rh&#244;ne. Allons-nous devoir tenir t&#234;te, dans cette bo&#238;te nationalis&#233;e, &#224; 300 nervis staliniens, chiffre suppos&#233; des membres du PC, comme le craignaient certains camarades ? ou, comme le supposait Barta, les militants abrutis et cogneurs ne pouvaient pas &#234;tre plus de 30 ; ce qui allait s'av&#233;rer juste. Ou encore cette discussion &#224; propos des agressions staliniennes : Blondet avait &#233;crit dans un tract &#034;&#339;il pour &#339;il, dent pour dent&#034;. Faux, disait Barta, nous voulons imposer la d&#233;mocratie ouvri&#232;re, pas la vengeance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La ponctualit&#233;, le travail impeccable en temps et en heure, &#233;taient des qualit&#233;s indispensables &#224; notre force de frappe. J'y veillais. N'&#233;tais-je pas la plus ancienne, celle qui avait milit&#233; avant la guerre ? Cela me valut aussi, pour peu de temps heureusement, le sobriquet de &#034;petit Staline&#034;, traduisez &#034;secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral&#034;. Cependant les probl&#232;mes d'organisation &#233;taient enti&#232;rement subordonn&#233;s &#224; la r&#233;flexion et au d&#233;bat sur nos perspectives politiques. J'avais eu maintes fois l'occasion de v&#233;rifier la hauteur de vues et la lucidit&#233; de celui dont je partageais la vie et le travail militant, et qui &#233;taient la source de notre moral &#233;lev&#233; (de notre &#034;f&#233;licit&#233;&#034; selon l'expression de Barta dans sa brochure de 43). Et cette richesse de pens&#233;e ne pouvait pas ne pas &#234;tre contagieuse pour tous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Souvent il s'inspirait jusque dans le d&#233;tail des &#233;crits du Vieux, sans les avoir sous les yeux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi dans l'article pol&#233;mique &#034;Qu'est-ce qu'un gouvernement ouvrier et paysan&#034; (du 14 novembre 1945) il cite le h&#233;ros shakespearien du Songe d'une nuit d'&#233;t&#233;, le menuisier Snug qui rev&#234;tu d'une peau de lion promet aux belles dames de rugir comme une colombe. Or on trouve cette m&#234;me &#034;parabole&#034; dans un article de Trotski du 23 mars 1934, &#034;Encore une fois sur le centrisme&#034;. Les &#233;ditoriaux du journal &#233;taient r&#233;dig&#233;s par Barta, ainsi que des articles qu'il signait d&#233;sormais. Mais il n'&#233;tait plus le seul r&#233;dacteur, tout le monde devait prendre sa plume ; selon le cas, les camarades signaient d'un pseudonyme, ou de leur nom quand ils &#233;taient devenus publiquement connus. Certains avaient du talent journalistique ; h&#233;las, ce n'&#233;tait pas mon cas. Mais j'y allais quand m&#234;me de mon article dans chaque num&#233;ro, m'aidant de mes lectures et de nos discussions. Comme il ne contenait rien d'original, je refusais de le signer malgr&#233; l'insistance de Barta. Souvent j'allais travailler chez Fanny. Elle m'interrogeait : &#034;alors, qu'est-ce que tu veux dire ?&#034; -&#034;Eh bien...&#034; suivait mon expos&#233;. -&#034;Ecris-le, comme tu l'as dit.&#034; La m&#234;me angoisse, cependant, me reprenait &#224; la veille de chaque num&#233;ro.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis fi&#232;re, r&#233;trospectivement, d'avoir r&#233;dig&#233; dans le n&#176; 53 du journal, &#034;Le soleil luit de l'Orient&#034;, qui t&#233;moigne de notre pers&#233;v&#233;rante propagande anti-colonialiste. Elle ne se manifestait pas seulement par de nombreux articles, et &#224; l'occasion des tracts. Nous avions un militant vietnamien, Tho, d'un bon niveau politique, qui &#233;tait en relation avec les travailleurs indochinois parqu&#233;s dans les camps d'internement - pendant que la France faisait la guerre en Indochine - ce qui nous permettait de r&#233;v&#233;ler r&#233;guli&#232;rement les informations sur les traitements auxquels ils &#233;taient soumis. Il est remarquable que dans nos listes de souscription pour le journal, les sommes vers&#233;es par les ouvriers des camps, vivant avec une d&#233;risoire allocation, &#233;taient plus &#233;lev&#233;es que celles que nous recueillions par ailleurs. En 1949 l'UC publia une brochure, r&#233;dig&#233;e par Ramboz. Tho finit par rentrer au Vietnam.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien qu'absorb&#233;s par notre travail, Barta et moi ne vivions pas en nous ignorant. Nos go&#251;ts &#233;taient communs, il n'y avait entre nous le moindre accroc. Nous discutions beaucoup du travail, de l'orientation politique, et Barta se plaignait que sa pens&#233;e aille plus vite que le temps n&#233;cessaire pour l'exprimer. Quoi qu'il en soit, ses articles, &#224; mon sens, &#233;taient forts parce qu'ils &#233;taient concis, sans digressions, allant droit au but.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ann&#233;e 46, marqu&#233;e par un intense effort d'agitation, de propagande, d'&#233;ducation, a &#233;t&#233; aussi celle d'un m&#233;morable pied de nez aux bureaucrates. Notre camarade Rival, &#226;g&#233; de 26 ans &#224; l'&#233;poque, travaillait chez Thomson, dans le 15&#232;me arrdt., et y sortait r&#233;guli&#232;rement un bulletin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prot&#233;g&#233; par des camarades, il portait seul, haut et ferme, dans le d&#233;fil&#233; du 1er mai, une pancarte &#034;Echelle mobile des salaires&#034; : c'&#233;tait une de nos revendications essentielles, interdite par les staliniens. Rival raconte lui-m&#234;me cet &#034;exploit&#034; dans ses souvenirs (non publi&#233;s).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'est ici qu'il faut sauter &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais c'est en 1947 que notre commando chez Renault allait montrer de quoi il &#233;tait capable. Il est vrai que la conjoncture s'y pr&#234;tait. Encore fallait-il la comprendre. Car comme l'avait dit Trotski dans sa conf&#233;rence de Copenhague en 1932 : &#034;Le soul&#232;vement des masses n'est pas une entreprise isol&#233;e que l'on peut d&#233;clencher &#224; son gr&#233;. Il repr&#233;sente un &#233;l&#233;ment objectivement conditionn&#233; dans le d&#233;veloppement de la soci&#233;t&#233;. Mais les conditions du soul&#232;vement existent-elles, on ne doit pas attendre passivement la bouche ouverte : dans les affaires humaines aussi, il y a comme le dit Shakespeare, des flux et des reflux : 'there is a tide in the affairs of men which taken at the flood, leads on to fortune'.&#034; (Il y a une mar&#233;e dans les affaires humaines qui, prise au flot montant, m&#232;ne &#224; la fortune). A mainte et mainte reprise le Vieux avait rappel&#233; ce devoir de vigilance. C'est ainsi que dans mes notes de lecture je retrouve cette phrase extraite de son Histoire de la R&#233;volution russe : &#034;la logique de la lutte de classes ne nous dispense pas d'employer notre logique subjective. Celui qui ne sait pas trouver d'espace pour son initiative, son &#233;nergie, son talent et quelque h&#233;ro&#239;sme dans les cadres de la n&#233;cessit&#233; &#233;conomique, celui-l&#224; ne poss&#232;de point le secret philosophique du marxisme.&#034; Il faut savoir saisir l'occasion, il faut aussi s'y pr&#233;parer. Les staliniens y allaient trop fort, la mis&#232;re &#233;tait grande (le plan Marshall n'avait pas encore &#233;t&#233; lanc&#233;), les ouvriers en avaient ras-le-bol. Mais les explosions spontan&#233;es ici ou l&#224; restaient sans lendemain. La gr&#232;ve des ouvriers de la presse, qui avait eu un certain retentissement bien que calomni&#233;e par Croizat, ministre stalinien du Travail, n'avait pas entra&#238;n&#233; les ouvriers de l'industrie. La gr&#232;ve d'avril-mai chez Renault, d&#233;clench&#233;e dans le secteur Collas o&#249; travaillait Pierre Bois, &#233;clata comme un coup de tonnerre. Pierre Bois a racont&#233; l'&#233;v&#233;nement, sous son aspect anecdotique, dans une brochure &#233;dit&#233;e par &#034;Lutte Ouvri&#232;re&#034; en 1971. En juin 1947 d&#233;j&#224; la &#034;R&#233;volution Prol&#233;tarienne&#034; avait publi&#233; un article de Bois. Mais pour l' analyse politique de la gr&#232;ve il faut se reporter &#224; la s&#233;rie d'articles &#233;crits par Barta (il signait A. Mathieu) en 1948 dans &#034;La Voix des Travailleurs&#034; sous le titre &#034;Il y a un an&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quel &#233;pisode exaltant pour nous tous ! C'&#233;tait la bataille de David contre Goliath. La premi&#232;re image que j'ai retenue, c'&#233;tait &#224; midi, place Nationale, le lundi 28 avril (la gr&#232;ve avait commenc&#233; le vendredi 25, confirm&#233;e par le comit&#233; de gr&#232;ve et le vote des ouvriers le lundi suivant). Je sortais du m&#233;tro, seule, le c&#339;ur battant. Y aura-t-il du monde ? Les ouvriers de toute l'usine r&#233;pondront-ils &#224; l'appel du Comit&#233; de gr&#232;ve Collas ? La place Nationale &#233;tait noire de monde ! Je me m&#234;le &#224; la foule, pr&#232;s d'un groupe de femmes. Bois, d&#233;j&#224; juch&#233; sur ce qui me semble &#234;tre une tribune, harangue les ouvriers. Une ouvri&#232;re dit &#224; sa voisine : &#034;tu vois, le gars qui parle c'est un des n&#244;tres&#034;. Paroles pour moi inoubliables. En d'autres mots : maintenant nous allons pouvoir dire ce que nous avons sur le c&#339;ur. Dans les jours qui ont suivi je suis all&#233;e quotidiennement &#224; Billancourt. On tenait une permanence, au caf&#233; Le Terminus, plus tard au Bon Accueil. Je discutais avec les ouvriers, aucun ne m'a jamais demand&#233; qui j'&#233;tais, d'o&#249; je venais. J'&#233;tais l&#224; pour les aider, je parlais leur langage (m&#234;me si c'&#233;tait avec un &#034;accent&#034;), cela leur suffisait. Un jour au bistrot, un ouvrier des forges, plus tout jeune, me prend &#224; t&#233;moin de la trahison des bureaucrates : Linet, qui se pr&#233;tend m&#233;tallurgiste, ne travaille plus de ses mains depuis des d&#233;cennies, et pr&#233;tend dicter aux ouvriers ce qu'ils doivent faire. Il trouvait utiles les petits tracts anonymes que nous diffusions avant la gr&#232;ve ; ne sachant pas &#224; qui en demander, il en avait copi&#233; un &#224; la main en sept exemplaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Berthemin nous est rest&#233; fid&#232;le jusqu'au bout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour le 1er mai de cette ann&#233;e l&#224;, le Comit&#233; de gr&#232;ve Renault lan&#231;ait un appel &#224; la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale. Le tract, r&#233;dig&#233; par Barta et imprim&#233; gratuitement &#224; 100.000 exemplaires par les ouvriers de l'imprimerie de presse R&#233;aumur (t&#233;moignage &#233;loquent de leur soutien) &#233;tait diffus&#233; dans le cort&#232;ge de la manifestation, en d&#233;pit des injures et des bagarres provoqu&#233;es par 40 les staliniens. Tatave faisait office de garde du corps attitr&#233; et discret de Ramboz ; dangereusement vuln&#233;rable d'une oreille, il n'aurait malgr&#233; cela pas accept&#233; d'&#234;tre absent de l'&#233;v&#233;nement. Le 4 mai, les staliniens craignant d'&#234;tre &#034;d&#233;pass&#233;s sur la gauche&#034; (selon l'expression de Duclos) se laiss&#232;rent &#233;jecter du gouvernement du &#034;socialiste&#034; Ramadier. Mais les c&#233;g&#233;tistes man&#339;uvr&#232;rent pour saboter la gr&#232;ve. Faute d'hommes et de femmes &#233;duqu&#233;s, capables de tenir t&#234;te partout, localement, &#224; la pression des petits bureaucrates aux ordres des bonzes syndicaux, les ouvriers ne dirigeaient pas eux-m&#234;mes leur lutte. Partie sur une revendication de 10 francs sur le taux de base, l'usine reprit avec une &#034;prime&#034; de 3 francs. Les ouvriers n'avaient pas de r&#233;serves pour tenir longtemps ; mais la solidarit&#233; aurait pu jouer, la gr&#232;ve pouvait &#234;tre contagieuse. Plus tard Barta se reprochait une erreur de tactique : nous n'aurions pas d&#251; accepter le vote pour la prime de 3 frs impos&#233; par la CGT apr&#232;s la deuxi&#232;me semaine de gr&#232;ve, alors que le vote apr&#232;s la premi&#232;re semaine avait donn&#233; une majorit&#233; pour la continuation de la gr&#232;ve jusqu'&#224; l'obtention des 10 frs. Bois r&#233;cusait cette pr&#233;tention : il n'&#233;tait pas en notre pouvoir de nous y opposer ! Mais la gr&#232;ve elle-m&#234;me d&#232;s le d&#233;part, son succ&#232;s ou son &#233;chec n'ont-ils pas d&#233;pendu d'une strat&#233;gie ? Au d&#233;but Bois et ses camarades ne se sont-ils pas violemment oppos&#233;s aux staliniens, se r&#233;pandant dans les ateliers, arr&#234;tant les machines que les nervis remettaient en marche ? Je me souviens d'un &#233;pisode interne &#224; l'organisation : les militants du PCI chez Renault se proposaient de cr&#233;er des &#034;comit&#233;s de lutte&#034; et Bois fut pressenti la veille de la gr&#232;ve d'en faire partie. Je vois encore Barta, dont les interventions &#233;taient toujours calmes et pos&#233;es, marteler ses paroles (que je retiens de m&#233;moire) : &#034;si nous entrons dans ces combines la gr&#232;ve est fichue, nous devons avancer seuls&#034;. Ainsi fut fait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#244;le que nous avons tenu dans cette gr&#232;ve allait nous plonger dans un oc&#233;an de probl&#232;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les ouvriers combatifs, mais minoritaires, avaient rompu consciemment les amarres avec les bureaucrates et refusaient de reprendre leur carte &#224; la CGT. D&#233;j&#224; dans les mois pr&#233;c&#233;dents, alors que nous voulions rester dans le syndicat et y imposer la d&#233;mocratie, une majorit&#233; d'ouvriers montraient leur d&#233;saffection en ne payant plus leur timbre syndical ; ils s'&#233;tonnaient m&#234;me que Vic le fasse. Ces quelques centaines d'ouvriers devaient-ils &#234;tre laiss&#233;s inorganis&#233;s, leur exemple n'allait-il pas &#224; la longue faire tache d'huile ? Un comit&#233; d'action ne pouvait &#234;tre qu'un organisme &#233;ph&#233;m&#232;re. D'o&#249; l'id&#233;e du SDR, Syndicat D&#233;mocratique Renault, une organisation des ouvriers &#224; la base. Dans un premier temps m&#234;me l'ex-secr&#233;taire de la Commission ex&#233;cutive CGT &#224; Collas (une nouvelle CE &#233;lue par les ouvriers n'avait pas &#233;t&#233; reconnue par la centrale) adh&#233;ra au SDR, ainsi que plusieurs centaines d'ouvriers de la CGT ou de la CFTC (le syndicat chr&#233;tien). Le SDR ne fut &#233;videmment pas reconnu par la direction et une bataille de proc&#233;dure, qui devait durer deux ans, commen&#231;a pour la reconnaissance de sa &#034;repr&#233;sentativit&#233;&#034;. La l&#233;gislation institu&#233;e en 45 &#224; l'instigation des staliniens avait supprim&#233; toute d&#233;mocratie dans l'&#233;lection des d&#233;l&#233;gu&#233;s d'atelier. Seuls les syndicats &#034;reconnus&#034; pour faits de r&#233;sistance pouvaient pr&#233;senter une liste bloqu&#233;e sur l'ensemble de l'usine ; ainsi, dans beaucoup d'ateliers les ouvriers ne connaissaient m&#234;me pas leurs d&#233;l&#233;gu&#233;s &#034;&#233;lus&#034;, en r&#233;alit&#233; impos&#233;s d'en haut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La gr&#232;ve impuls&#233;e par nos militants et l'existence du SDR, &#233;pine au pied des bureaucrates, chang&#232;rent d'une mani&#232;re spectaculaire la vie quotidienne &#224; l'usine. Un vent de libert&#233; soufflait, tout au moins dans le comportement des ouvriers avec la hi&#233;rarchie. Plus question de se laisser insulter par la chiourme patronale ou c&#233;g&#233;tiste, plus question de se cacher pour diffuser un tract. Il suffit de rappeler que dans notre journal, avant la gr&#232;ve, un &#233;cho &#034;O&#249; va se nicher la d&#233;mocratie&#034;, avait relev&#233; des inscriptions hostiles aux bonzes syndicaux dans... les WC. Mais quand le rapport de forces eut chang&#233;, le chef d'atelier qui un jour a surpris Gus 41 assis &#224; lire un livre sur le lieu de travail, lui fit simplement une observation polie. En d'autres temps cela pouvait valoir une mise &#224; la porte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maintes revendications mineures furent impos&#233;es gr&#226;ce au SDR. Le bulletin du syndicat avait aussi un r&#244;le &#233;ducatif, donnant un point de vue sur le r&#244;le du Comit&#233; d'entreprise (on y participait &#224; titre d'observateurs) et sur d'autres probl&#232;mes d'ordre g&#233;n&#233;ral. Des slogans contre les heures suppl&#233;mentaires, tels que &#034;accomplir aujourd'hui le travail de demain c'est faire de toi un ch&#244;meur certain&#034;, &#233;taient relay&#233;s par La Voix des Travailleurs. La cr&#233;ation, non orthodoxe aux yeux du PCI, du syndicat a &#233;t&#233; expliqu&#233;e et argument&#233;e dans plusieurs articles de la Voix. L'argument qui nous &#233;tait ass&#233;n&#233; de bonne ou de mauvaise foi &#233;tait : &#034;vous &#234;tes des diviseurs&#034;. Or voici ce qu'on pouvait lire dans la Voix des Travailleurs du 20 ao&#251;t 1947, sous le titre &#034;Unit&#233; d'action&#034;, &#224; propos d'une simple revendication sur les prix de la cantine : &#034;...si le SDR, en agissant pour la cantine, a oblig&#233; la CGT &#224; en faire autant sous peine de se discr&#233;diter, n'a-t-il pas r&#233;alis&#233;, en m&#234;me temps, l'unit&#233; ? On aurait pu rester longtemps encore tous &#034;unis&#034; derri&#232;re la CGT sans que, pour cela, quoi que ce soit change dans l'usine. Mais les ouvriers conscients qui, en s'organisant ind&#233;pendamment, sont pass&#233;s &#224; l'action sans se soucier des accusations des bonzes, avec confiance dans la force des ouvriers et en se mettant &#224; l'apprentissage de leurs t&#226;ches syndicales, sont, eux, les v&#233;ritables r&#233;alisateurs de l'unit&#233; dans l'action de d&#233;fense des revendications ouvri&#232;res - comme l'ont &#233;t&#233; les camarades du SDR depuis le d&#233;but de leur existence.&#034; On pouvait certes rappeler l'opposition du Vieux &#224; la cr&#233;ation de petits syndicats. Mais Trotski n'enseignait pas des dogmes. Dans le Programme de Transition (1938) il &#233;crivait : &#034;S'il est criminel de tourner le dos aux organisations de masse pour se contenter de fictions sectaires, il n'est pas moins criminel de tol&#233;rer passivement la subordination du mouvement r&#233;volutionnaire des masses au contr&#244;le de cliques bureaucratiques ouvertement r&#233;actionnaires ou conservatrices masqu&#233;es (&#034;progressistes&#034;). Le syndicat n'est pas un but en soi, mais seulement un des moyens &#224; employer dans la marche &#224; la r&#233;volution prol&#233;tarienne.&#034; Cependant la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale sur laquelle nous avions mis&#233; ne se produisit pas. Les mois suivants virent seulement des mouvements sporadiques, en juin aux chemins de fer, dans le m&#233;tro, dans quelques usines. La CGT avait repris un langage revendicatif (on entrait dans l'&#232;re de la guerre froide) : en novembre 47 elle d&#233;clencha une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale arbitrairement, sans consulter les ouvriers, et sans revendication s&#233;rieuse. La gr&#232;ve finit en queue de poisson au bout d'un mois. Le tournant op&#233;r&#233; par les staliniens ne changeait en rien leur nature. Nos camarades devaient se garder contre leurs provocations &#224; l'int&#233;rieur de l'usine, et d&#233;fendre notre droit &#224; la parole physiquement contre leurs nervis &#224; l'ext&#233;rieur, dans les meetings, ou dans la rue. Relevons pour l'histoire que le PCI, loin de nous soutenir, accusait Bois, dans &#034;La V&#233;rit&#233;&#034;, d'&#234;tre &#034;li&#233; &#224; des &#233;l&#233;ments jaunes au service de Lefaucheux&#034; !! Le SDR ne gagnait pas en effectifs. Le chiffre de vente du journal, qui &#233;tait de quelque 2.000 au d&#233;but, stagnait, puis baissait. Les cercles d'&#233;ducation n'attiraient que peu d'ouvriers. Dans une r&#233;union du Conseil syndical, peu de mois apr&#232;s la gr&#232;ve, Bois d&#233;plorait l'absence de cette conscience de classe dont s'enorgueillissait la vieille g&#233;n&#233;ration. &#034;La raison du manque d'&#233;cho &#224; notre politique r&#233;volutionnaire, devait ajouter Barta (r&#233;union du 25.9.49), s'explique par le retard de la conscience r&#233;volutionnaire des masses et par cons&#233;quent l'absence d'une avant-garde, qui ne peut pas se cr&#233;er tant qu'il n'y a pas un courant r&#233;volutionnaire authentique dans toutes les classes. Dans le meilleur des cas les ouvriers posent &#224; leurs dirigeants des probl&#232;mes d'ordre syndical.&#034; Les ouvriers s'en remettaient &#224; nouveau &#224; la &#034;grande CGT&#034;, une fois que celle-ci ne leur montrait plus ouvertement un visage ennemi. En fonction de la volte-face c&#233;g&#233;tiste, notre tactique changea aussi. A c&#244;t&#233; de la CGT et de la CFTC, un autre syndicat &#233;tait apparu, FO (Force Ouvri&#232;re) apr&#232;s la scission fin 47 au sein de la bureaucratie syndicale, entre Frachon et les staliniens d'un c&#244;t&#233;, Jouhaux et les r&#233;formistes de l'autre. Le SDR militait pour imposer l'unit&#233; d'action et sa participation dans le cartel des syndicats avec le droit de libre expression ; c'&#233;tait le seul moyen de mettre les bureaucrates au pied du mur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En mai 47 paraissait &#034;La Voix des Travailleurs-Renault&#034; imprim&#233;e. Il nous fallut en revanche renoncer, faute de moyens, &#224; la publication de la Lutte de Classes. Dans le dernier num&#233;ro dat&#233; du 15 mai, sous le titre &#034;Qui l'emportera ?&#034;, Barta dressait le bilan de la gr&#232;ve : &#034;ils (les ouvriers) sont en gr&#232;ve contre la volont&#233; des dirigeants c&#233;g&#233;tistes et c'est &#224; ces derniers que revient, dans beaucoup de secteurs, la direction d'un mouvement dont ils ne veulent pas. C'est l&#224; que commencent les &#034;victoires&#034; de la CGT.&#034; Un an apr&#232;s, en mai 1948, La Voix des Travailleurs (devenue &#034;organe de lutte de classe&#034;) cessa &#224; son tour de para&#238;tre. Pourtant, cela n'avait pas &#233;t&#233; une mince satisfaction pour nous de lire dans la lettre que Sedova nous adressait le 22 octobre 1947 : &#034;ce journal est bien fait, le ton est combatif et la position prise juste&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous n'avions plus de journal quand se produisit la rupture de Tito avec Staline. Barta fit oralement, en r&#233;union, une analyse de l'&#233;v&#233;nement, dont j'ai gard&#233; les notes. Il expliquait le caract&#232;re nationaliste du PC yougoslave et de la politique de Tito, alors que les autres trotskistes le portaient d&#233;j&#224; aux nues comme un chef &#034;r&#233;volutionnaire&#034;. L'histoire devait confirmer enti&#232;rement le caract&#232;re fantaisiste des appr&#233;ciations du PCI. Barta ne savait pas &#224; l'&#233;poque que son analyse rejoignait enti&#232;rement celle de Sedova. En septembre 1951, la &#034;R&#233;volution Prol&#233;tarienne&#034; publiait une lettre sign&#233;e Natalia Trotski, dat&#233;e de Mexico, le 9 mai 1951, et adress&#233;e au Comit&#233; ex&#233;cutif de la Quatri&#232;me Internationale. J'en extrais ces lignes : &#034;Il m'est impossible de vous suivre dans la question yougoslave. ...Il faudrait tirer avantage des concessions que le r&#233;gime de Tito se trouve &#224; pr&#233;sent oblig&#233; de faire &#224; son peuple. Mais ce qu'on trouve dans tous vos &#233;crits, c'est une id&#233;alisation inexcusable de la bureaucratie titiste... Cette bureaucratie n'est qu'une r&#233;plique, sous une nouvelle forme, de la vieille bureaucratie stalinienne ; elle s'est form&#233;e dans les id&#233;es, la politique et la morale du Gu&#233;p&#233;ou ; fondamentalement, son r&#233;gime ne diff&#232;re en rien de celui de Staline, et il serait absurde de croire ou d'enseigner qu'une direction r&#233;volutionnaire du peuple yougoslave pourra sortir de cette bureaucratie, ou autrement que de la lutte contre elle.&#034; Sedova rompait avec la direction de la 4&#176; Internationale sur un d&#233;saccord fondamental : &#034;Obs&#233;d&#233;s par de vieilles formules p&#233;rim&#233;es&#034;, &#233;crivait-elle dans cette lettre, &#034;vous continuez de consid&#233;rer l'Etat stalinien comme un Etat ouvrier. Je ne peux ni ne veux vous suivre sur ce point.&#034; D&#232;s 1948 un malaise s'&#233;tait install&#233; dans notre organisation ; nous sentions le besoin de faire sortir des camarades de l'usine, notamment Bois, pour leur faire reprendre des forces ; on parlait de redonner sa place au travail politique, qui &#233;tait pass&#233; au second plan &#224; cause des t&#226;ches syndicales. Or notre objectif &#233;tait d'apporter aux ouvriers une conscience politique, car l'action syndicale, indispensable pour pr&#233;server leur dignit&#233; d'hommes, &#233;tait insuffisante pour leur &#233;mancipation. Mais nous &#233;tions entra&#238;n&#233;s par le courant et chaque petit succ&#232;s nous faisait une obligation de continuer. Ce dilemme &#233;tait devenu un leitmotiv : retourner &#224; l'instruction de cadres pour un travail en dehors de l'usine, tout en maintenant notre acquis dans l'usine. Barta r&#233;p&#233;tait sans cesse &#034;on a le choix entre deux genres de mort&#034; : renoncer au travail ouvrier pour revenir au journalisme &#233;tait un genre de mort, c'en &#233;tait un aussi de continuer &#224; se cantonner dans ce travail, faute de forces militantes nouvelles. Il se plaignait de sa solitude, du manque d'&#233;changes &#224; son niveau. Je pensais pour ma part que nous aurions d&#251; faire une retraite strat&#233;gique, impos&#233;e par le rapport de forces. Mais je ne formulai pas ouvertement ce point de vue, et je n'&#233;tais plus dans les m&#234;mes rapports quotidiens avec Barta pour en d&#233;battre avec lui. Plus tard, en revenant sur cette p&#233;riode, Barta se proposait d'&#233;crire un texte intitul&#233; &#034;Efficacit&#233; et limites de l'initiative r&#233;volutionnaire&#034;. Il ne fit que l'&#233;baucher, mais telles quelles les notes qu'il me confia &#233;clairent bien les obstacles sur lesquels nous avons tr&#233;buch&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela vaut la peine d'en citer ces quelques lignes : &#034;Appuy&#233;s sur la volont&#233; de r&#233;sistance ouvri&#232;re aux conditions morales et &#233;conomiques que la bourgeoisie imposa &#224; la &#034;lib&#233;ration&#034; aux travailleurs avec l'aide des staliniens et des social-d&#233;mocrates, une poign&#233;e de militants agissant sur des bases r&#233;volutionnaires put infliger des coups s&#233;rieux aux social-tra&#238;tres et arracher partiellement les ouvriers &#224; leur influence, dans certaines usines parisiennes. Cette action efficace culmina dans la gr&#232;ve Renault d'avril-mai 1947. Mais la volont&#233; ouvri&#232;re fit compl&#232;tement d&#233;faut &#224; la cr&#233;ation de nouvelles organisations prol&#233;tariennes.&#034; C'&#233;tait l'impasse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut subir une d&#233;faite parce qu'on a suivi une politique radicalement fausse. Mais on peut aussi, avec une politique juste, &#234;tre victime d'un rapport de forces d&#233;favorable, &#233;crivait Trotski en mars 1934.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre engagement militant &#233;tait bas&#233; sur une volont&#233; qui avait ses racines dans l'histoire du mouvement ouvrier : celle de contribuer &#224; former une avant-garde instruite et capable de s'&#233;lever &#224; la hauteur de ses t&#226;ches. Nous &#233;tions tous sur la br&#232;che. On affichait, pour pouvoir en rire, la devise : &#034;il est interdit de tomber malade ou de mourir sous peine d'exclusion&#034;. Aux r&#233;unions hebdomadaires du conseil syndical assistaient une vingtaine d'ouvriers et Barta y participait parfois ; malgr&#233; les r&#233;ticences de Bois il expliquait les raisons qui nous dictaient une nouvelle orientation : apr&#232;s le tournant stalinien nous devions agir dans le sens d'un front unique de tous les syndicats et faire admettre notre pr&#233;sence dans leur cartel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Claire, notre militante aux presses, donna sa d&#233;mission dans une lettre o&#249; elle adoptait le point de vue du PCI et nous reprochait la cr&#233;ation du syndicat. J'eus de la peine, car j'aimais cette fille du peuple intr&#233;pide et franche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour prendre quelques jours de repos, Pichot, Labb&#233;, Barta &#224; tour de r&#244;le, allaient &#224; Calais o&#249; les parents de Tatave les accueillaient &#224; bras ouverts dans leur coron. Gustave le p&#232;re, ouvrier communiste d&#232;s sa jeunesse, &#233;tait rest&#233; internationaliste et ouvert &#224; la discussion avec les camarades trotskistes de son fils. Plus tard Gus m'a racont&#233; comment, marchant avec Barta pendant des heures, celui-ci &#233;valuait les qualit&#233;s des uns et des autres, cherchant une issue &#224; nos difficult&#233;s. Les camarades organis&#232;rent, &#224; l'intention des militants du SDR, un voyage en Italie et pour la plupart ce fut leur premier voyage &#224; l'&#233;tranger.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce m&#234;me &#233;t&#233; 48 Denise m'invita pour une semaine chez ses parents &#224; Bayonne. De condition modeste, ils habitaient non loin de la cath&#233;drale, dont la cloche sonnait les heures. Le p&#232;re &#233;tait taciturne, la m&#232;re volubile et d'une grande gentillesse. Fille unique, Denise &#233;tait venue &#224; Paris pour faire des &#233;tudes, comme &#233;l&#232;ve de la Croix-Rouge. &#034;J'ai mauvaise conscience &#224; l'&#233;gard de ma m&#232;re&#034;, m'avait-elle dit un jour o&#249; elle se voyait engag&#233;e dans le travail militant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Pense &#224; toutes les m&#232;res&#034; : ma remarque, inspir&#233;e de Gorki, lui convenait. Je n'ai jamais oubli&#233; cette m&#232;re qui m'a si cordialement accueillie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Naufrage&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelle ann&#233;e terrible que cette ann&#233;e 48 ! Les militants en usine s'&#233;puisaient &#224; la t&#226;che. Barta lui-m&#234;me &#233;tait dans un &#233;tat de grande fatigue. Souvent quand des camarades venaient chez nous pour le travail, ils le trouvaient allong&#233; une compresse froide sur le front ; sans doute s'interrogeaient-ils sur cette d&#233;faillance. Et voil&#224; qu'au beau milieu de nos soucis et peut-&#234;tre &#224; cause d'eux, Barta avait cherch&#233; refuge dans une relation amoureuse avec une camarade. Ce fut pour moi un coup tr&#232;s rude.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N'ayant d'autres ressources que mon salaire, je travaillais alors quelques heures par semaine chez le caricaturiste Jean Effel. Ses dessins avaient du succ&#232;s. Un exemple d'humour de l'&#233;poque : dans un caf&#233; fr&#233;quent&#233; par les &#034;existentialistes&#034; (comme on appelait &#224; l'&#233;poque Sartre et sa cour), la &#034;dame-pipi&#034; renseigne un curieux : &#034;ce sont les excr&#233;mentialistes&#034;. J'eus droit aussi &#224; ma caricature, en petit ange ail&#233;, figure et lunettes rondes. Tous ses dessins, c&#233;l&#232;bres &#224; l'&#233;poque, portaient &#224; c&#244;t&#233; de sa signature une petite marguerite ; c'&#233;tait le nom de sa femme. Ce qui ne l'emp&#234;chait pas d'&#234;tre &#034;galant&#034; par ailleurs. J'&#233;tais loin de ce genre de pr&#233;occupations ! Nous &#233;tions un petit groupe, nous nous c&#244;toyions tous les jours, la situation cr&#233;&#233;e par Barta &#233;tait pour moi intenable ; il essaya de m'expliquer que malgr&#233; tout nous restions unis &#034;comme les deux doigts de la main&#034;. Mais peut-on raisonner dans ces cas ? Je me souvenais avec amertume qu'en 1938 j'avais rapport&#233;e dans ma valise un joli corsage roumain brod&#233;. Je le portais justement un jour o&#249;, sans malice, je racontais &#224; Barta que notre camarade Baufr&#232;re aimait m'entendre prononcer avec l'accent du &#034;terroir&#034; certains mots roumains relev&#233;s dans les romans en fran&#231;ais de Pana&#239;t Istrati : &#034;dor&#034; par exemple, l'&#233;quivalent intraduisible de nostalgie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans dire un mot Barta vint vers moi et d&#233;chira en deux mon corsage. M&#233;dus&#233;e, je restai sans voix et l'incident fut enterr&#233; sans commentaire. Et certainement oubli&#233; par lui. Dans les &#034;Nouvelles de nulle part&#034; William Morris imagine un monde parfait, libre et harmonieux, o&#249; la jalousie reste le seul d&#233;faut dont les hommes ne se sont pas d&#233;barrass&#233;s. Pouvais-je, moi seule, faire exception ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne rel&#226;chai pas l'activit&#233; qui &#233;tait ma vraie raison de vivre, mais peut-&#234;tre les camarades s'apercevaient-ils que je n'&#233;tais plus tout &#224; fait la m&#234;me &#034;Ir&#232;ne&#034;. D&#233;but 49 (de f&#233;vrier &#224; avril) nous sort&#238;mes trois cahiers polycopi&#233;s de La Lutte de Classes ; l'article &#034;Qui unifiera l'Europe ?&#034; m&#233;rite encore d'&#234;tre lu aujourd'hui. En avril 49 nous re&#231;&#251;mes une grande nouvelle : la reconnaissance d&#233;finitive par le juge de paix, apr&#232;s deux ans de d&#233;marches l&#233;gales et de luttes men&#233;es dans l'usine, de la repr&#233;sentativit&#233; du SDR. C'est aussi le dernier jour de ce mois d'avril 1949 qu'est venu au monde mon fils Mathieu. Barta releva la co&#239;ncidence de ces deux &#034;&#233;v&#233;nements&#034; heureux. Mais nous n'habitions d&#233;j&#224; plus ensemble, et je m'&#233;tais rendue seule &#224; la maternit&#233; Tarnier, rue d'Assas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le m&#233;decin ami qui m'avait suivie et dirig&#233;e vers cette maternit&#233;, m'avait &#034;tir&#233;e d'affaire&#034; en d'autres occasions et l'aurait fait cette fois, si je le lui avais demand&#233;. Mais la force morale m'avait manqu&#233; et inconsciemment, sans raisonner, je pense que je voyais en cet enfant un lien qui me rattacherait encore &#224; son p&#232;re perdu comme compagnon. Quand le nouveau-n&#233; ouvrit pour la premi&#232;re fois les yeux, je fus &#224; la fois &#233;tonn&#233;e et &#233;merveill&#233;e. Etonn&#233;e, parce que j'avais gard&#233; le souvenir de mes petites s&#339;urs aux yeux clairs, et les siens &#233;taient sombres ; &#233;merveill&#233;e par son regard lumineux, rayonnant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une nouvelle vie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le lendemain de l'accouchement, le 1er mai donc, j'eus la visite de Barta et de Tatave. Ag&#233; alors de 22 ans, il avait v&#233;cu avec nous toutes les temp&#234;tes depuis 46 ; il nous &#233;tait attach&#233; sentimentalement, et dans le conflit entre Bois et Barta, il &#233;tait du c&#244;t&#233; de celui-ci parce qu'il lui donnait raison. Je demandai &#224; sortir avant le d&#233;lai pr&#233;vu de cet h&#244;pital o&#249; je partageais une salle avec une vingtaine d'accouch&#233;es, les berceaux au pied du lit, les pleurs et le bruit nuit et jour. Un patron plein de morgue faisait son tour le matin dictant aux infirmi&#232;res des ordres aberrants. D&#232;s que je fus sortie Marguerite Bongrain arriva avec un trousseau complet de layette de l'assistance publique. J'entrai dans mon nouveau r&#244;le : pr&#233;paration de biberons, langes, visites au dispensaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est encore Marguerite qui nous m&#233;nagea des vacances d'&#233;t&#233;. Une de ses s&#339;urs, Madeleine, religieuse des Missions d'Orient, faisait une retraite &#224; Pau, dans une maison superbement install&#233;e dans un parc. Me voil&#224; donc partie avec le b&#233;b&#233; de deux ou trois mois &#224; Pau. La m&#232;re sup&#233;rieure m'accueille et me demande si l'enfant est baptis&#233;. Constern&#233;e devant ma r&#233;ponse n&#233;gative, elle m'exhorte d'accepter la b&#233;n&#233;diction du cardinal Sali&#232;ge qui se trouve justement l&#224;. (Ainsi l'enfant irait au paradis, s'il venait &#224; mourir. Sinon...) Pour moi c'&#233;tait l'occasion ou jamais de voir de pr&#232;s un cardinal. Ce court s&#233;jour fut en tout cas b&#233;n&#233;fique. L'humeur joyeuse de l'enfant &#233;tait contagieuse : quand je le soulevais en l'air il riait aux &#233;clats, r&#233;clamant encore et encore cet exercice d'envol.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour nos militants l'ann&#233;e 49 fut marqu&#233;e pour la premi&#232;re fois par la participation du SDR aux &#233;lections de d&#233;l&#233;gu&#233;s sur l'ensemble de l'usine, ce qui nous valut d'avoir des d&#233;l&#233;gu&#233;s &#233;lus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais pour Barta notre grand succ&#232;s fut, en novembre 49, la r&#233;union dans un meeting commun du cartel des syndicats (CGT, CFTC, FO) o&#249; le SDR avait impos&#233; sa pr&#233;sence, avec libert&#233; d'expression. Ce ne fut pas acquis sans mal. Les c&#233;g&#233;tistes agressent constamment nos militants quand ils s'adressent aux ouvriers, quand ils distribuent un tract. Au d&#233;partement 50, le d&#233;l&#233;gu&#233; c&#233;g&#233;tiste refuse la parole &#224; un ouvrier espagnol, parce qu'il est &#233;tranger ! Le 1er mai 49 la CGT conteste au SDR le droit de participer &#224; la manifestation. L'ann&#233;e pr&#233;c&#233;dente la m&#234;me interdiction avait &#233;t&#233; faite &#224; un groupe nord-africain. Dans ce contexte, notre participation au meeting du cartel &#233;tait de toute &#233;vidence une victoire strat&#233;gique ; mais le syndicat ne repr&#233;sentait plus qu'une force morale, sans troupes. Le levier manquait pour transformer notre politique en action. A la fin de la m&#234;me ann&#233;e la scission de l'organisation &#233;tait accomplie, dans un climat de m&#233;fiance et de conflit entre les camarades. Je trouvais cette situation absurde, et je ne voyais pas comment on aurait pu l'&#233;viter. Aux &#233;lections de d&#233;l&#233;gu&#233;s de juin 1950, o&#249; le SDR ne recueillait que 500 voix, il avait pratiquement cess&#233; d'exister. Si l'on pouvait comparer des &#233;v&#233;nements de m&#234;me nature &#224; des &#233;chelles diff&#233;rentes, je citerais cette phrase am&#232;re de Rosmer : &#034;Ainsi va l'histoire. Le prol&#233;tariat d'Europe a laiss&#233; les Russes seuls&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En janvier 50 Barta reprenait la publication de la Lutte de Classes, une feuille imprim&#233;e petit format. C'est dans le premier num&#233;ro de ce modeste bulletin qu'il &#233;crivait : &#034;Dans l'&#233;tat actuel de dispersion des groupes et des individus se r&#233;clamant d'un socialisme authentique... nous devons nous r&#233;signer &#224; ce qui nous est possible... En tout cas, la d&#233;fense des masses contre leurs oppresseurs est toujours r&#233;aliste quelle que soit la petitesse des moyens mis en &#339;uvre&#034;.&lt;br class='autobr' /&gt;
(&#034;Nouvelle Etape&#034;, Lutte de Classes n&#176; 1, 12 janvier 1950).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le bulletin du SDR Bois se d&#233;marquait de notre journal. Sans organisation, sans diffusion possible, il n'alla pas au-del&#224; de neuf num&#233;ros. Quand &#233;clata, fin 50, la guerre de Cor&#233;e, Barta adressa une lettre &#224; quelques camarades de l'ex-UC pour leur proposer une collaboration politique, sans lien organisationnel. Mais cette d&#233;marche n'eut pas de suite. Tandis que la guerre froide mena&#231;ait 46 de devenir la guerre tout court, les autres groupes trotskistes connaissaient aussi un recul et m&#234;me une d&#233;sagr&#233;gation ; le PCF de son c&#244;t&#233; cessait d'&#234;tre &#034;le&#034; grand parti de masse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une note qu'il m'adressait l'&#233;t&#233; 50, Barta &#233;crivait : &#034;le malheur, c'est qu'il faut qu'une s&#233;rie de conditions existent ensemble pour entamer un travail. Mais parmi ces conditions, celles qui d&#233;pendent de nous, donc r&#233;alisables, seront-elles r&#233;alis&#233;es ? Avant je ne voyais que les c&#244;t&#233;s positifs de ce que j'entreprenais, les c&#244;t&#233;s n&#233;gatifs ne se pr&#233;sentaient qu'abstraitement &#224; mon esprit, et c'est cela qui faisait ma force et me poussait &#224; entreprendre. Maintenant, les obstacles, bien qu'ils ne m'effraient pas, se pr&#233;sentent dans toute leur r&#233;alit&#233; et me font douter.&#034; Peut-&#234;tre aurions nous d&#251; reconna&#238;tre notre &#233;chec avant d'en venir &#224; des querelles qui me semblaient humiliantes, que nous aurions d&#251; &#233;viter. Des ann&#233;es apr&#232;s notre d&#233;faite, je m&#233;ditais sur ces lignes d'El&#233;anor Marx, &#233;crites en 1883, &#224; propos de la Premi&#232;re Internationale transf&#233;r&#233;e &#224; New-York apr&#232;s la d&#233;faite de la Commune : &#034;Il (Marx) dit que sa vraie t&#226;che avait &#233;t&#233; accomplie, que nous ne devions pas nous survivre et nous effondrer lamentablement ; que la fin devait &#234;tre volontaire et d&#233;cente&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment reconstituer par la m&#233;moire ce qui &#233;tait pour moi un double naufrage ? Je vivais avec une profonde douleur, et ne me confiais &#224; personne. La s&#339;ur de Delu qui allait arriver cette ann&#233;e &#224; Paris, fut tr&#232;s choqu&#233;e par notre s&#233;paration. Matilda, Tildica, &#233;tait venue une premi&#232;re fois en 1947 pour une cure &#224; Vichy. A l'arriv&#233;e du nouveau r&#233;gime &#034;communiste&#034; en Roumanie, elle avait essay&#233; de s'int&#233;grer dans une activit&#233; sociale. Mais elle avait vite d&#233;chant&#233;. En 1950, gr&#226;ce &#224; ses relations, en laissant aux bureaucrates l'appartement, des bijoux et de l'argent, elle put quitter le pays avec son mari et sa m&#232;re, la &#034;m&#233;m&#233;&#034; de Mathieu, qui reste vivante dans mon souvenir. Tildica me proposa de prendre l'enfant chez elle ; la famille &#233;tait confortablement install&#233;e dans un appartement non loin du Sacr&#233;-C&#339;ur et je pouvais y venir tous les soirs, apr&#232;s le travail. On y f&#234;ta le premier anniversaire de Mathieu, il apprit &#224; marcher (il ne se tra&#238;na jamais &#224; quatre pattes) et &#224; parler. M&#233;m&#233;, qui ne connaissait pas le fran&#231;ais et n'avait plus tellement l'&#226;ge d'apprendre, l'apprit quand m&#234;me pour pouvoir parler &#224; l'enfant : c'&#233;tait la consigne de Tildica. A l'heure du repas elle l'installait sur sa chaise haute et lui donnait &#224; manger au son de percussions, c'est-&#224;-dire qu'elle tambourinait sur une casserole avec une cuill&#232;re, et lui donnait la bouillie avec l'autre. M&#233;m&#233; me donna &#224; sa fa&#231;on une le&#231;on de sagesse. Comme je la voyais faire la vaisselle en trempant ses mains dans l'eau bouillante, je lui sugg&#233;rai de se servir d'une lavette &#224; manche. Ayant l'esprit ouvert et indulgent, elle accepta de faire un essai. Mais elle revint rapidement &#224; la vieille m&#233;thode.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maintes fois j'y ai repens&#233; depuis, me voyant agir de la m&#234;me fa&#231;on.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous les jours Mathieu avait droit &#224; sa promenade, gr&#226;ce &#224; quoi il apprit &#224; parler avec l'accent des gamins du quartier, pronon&#231;ant cependant les mots en entier, avec &#034;distinction&#034;, &#224; la mani&#232;re de sa tante. Quel champ d'observation qu'un enfant ! La pu&#233;riculture, une de mes premi&#232;res et &#233;ph&#233;m&#232;res vocations, m'aurait certainement passionn&#233;e. J'observai un jour le petit jouant avec d'autres b&#233;b&#233;s au square, et le voil&#224; qui donne son jouet &#224; un autre, qui le regarde &#233;tonn&#233;, ou incr&#233;dule. Je me pose la question : aurait-il ce besoin de partage qu'on observe rarement chez les enfants ? C'est aussi avec satisfaction que je constatai tr&#232;s t&#244;t son sens de l'orientation, qui me manquait h&#233;las totalement. On n'h&#233;rite pas de tous les d&#233;fauts de ses parents et heureusement de quelques-unes de leurs qualit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'aide et la pr&#233;sence de Tildica &#233;taient pour moi inappr&#233;ciables. Quand elle est arriv&#233;e &#224; Paris, mon d&#233;sarroi &#233;tait tel que je pleurais &#224; tout bout de champ. Je d&#233;cidai, avant de chercher du travail, de me prendre d'abord en main. Au contr&#244;le m&#233;dical de la S&#233;curit&#233; sociale, une doctoresse, sans m&#234;me me poser une question, m'accorda une prise en charge m&#233;dicale d'un mois dans une maison de repos &#224; Grasse ! A part les charlatans, ceux qui ont besoin de croire aux miracles de la Ste Vierge, &#224; Lourdes, ou ailleurs, sont des gogos. Il m'a suffi de ce printemps m&#233;ridional, baign&#233; de parfums d'orangers, pour que d&#232;s le premier soir, au lieu de mouiller mon oreiller de larmes, je m'endorme apais&#233;e : j'&#233;tais gu&#233;rie de ma m&#233;lancolie. La maison &#233;tait r&#233;serv&#233;e aux femmes, la plupart jeunes, avec des probl&#232;mes de surmenage, de d&#233;prime, etc. J'y ai rencontr&#233; des filles qui faisaient d'interminables journ&#233;es de travail, des m&#232;res de famille qui assuraient la double journ&#233;e. A plusieurs, selon les affinit&#233;s, nous nous promenions dans cette belle campagne, et j'y fis m&#234;me une petite r&#233;volution. Sur une terrasse o&#249; nous pouvions prendre des bains de soleil &#224; l'abri des regards, je me mis un jour toute nue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les autres n'attendaient que cet exemple, comme quoi il faut toujours que quelqu'un commence ! J'appris que les fleurs d'oranger servaient &#224; faire du parfum, mais que les odeurs dans une distillerie n'avaient rien d'agr&#233;able. Je n'eus pas l'occasion de le v&#233;rifier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour me m&#233;nager du temps libre, j'avais le plus souvent travaill&#233; de fa&#231;on intermittente avec des horaires r&#233;duits ; les offres d'emploi ne manquaient pas, et leur vari&#233;t&#233; enrichissait mon exp&#233;rience. Ainsi ce laboratoire m&#233;dical qui offrait, par petite annonce, un emploi temporaire de st&#233;nodactylo. Rue de la Glaci&#232;re, une femme professeur &#224; la facult&#233; de m&#233;decine, chef du laboratoire de contr&#244;le des produits pharmaceutiques, m'accueille. D'un abord sympathique, elle m'explique qu'elle va me dicter les textes pour une tourn&#233;e de conf&#233;rences en province. Je d&#233;couvre le laboratoire, les souris blanches en cage et les grenouilles d&#233;pec&#233;es dont les pattes continuent de remuer, les blouses blanches qui manipulent tout cela. Le (la) professeur contr&#244;le et dirige le travail. C'est dans ses moments de pause que je lui deviens utile : alors elle s'installe et commence &#224; dicter. Souvent elle d&#233;jeune d'un caf&#233; au lait et de tartines. Elle est membre du PC et pr&#233;pare une tourn&#233;e de conf&#233;rences pour d&#233;fendre les th&#232;ses de Lyssenko ! Autrefois je m'&#233;tonnais que des hommes de science puissent croire au bon dieu et aller &#224; l'&#233;glise, puis j'avais lu une interpr&#233;tation plausible dans un texte de Lafargue, qui soulignait le lien entre l'&#233;glise et l'int&#233;gration sociale de l'individu. Eh bien cette femme m&#233;decin, int&#233;gr&#233;e au courant &#224; la mode des intellectuels dits communistes, d&#233;fendait des th&#232;ses reconnues absurdes sur la s&#233;lection artificielle et l'h&#233;r&#233;dit&#233;, invent&#233;es par un certain Mitchourine, reprises par Lyssenko et qui avaient l'heur de plaire &#224; Staline.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autre &#233;pisode instructif : une organisation juive de secours aux enfants (OSE) dans le 7&#232;me ardt., o&#249; j'avais des relations tr&#232;s amicales avec mes coll&#232;gues, des jeunes femmes. Un jour, &#224; la cantine o&#249; nous d&#233;jeunions d'habitude, un convive voisin de table me parle de sa haine des Arabes. Je prends une mine constern&#233;e : &#034;comment, vous, le rescap&#233; des chambres &#224; gaz, vous &#234;tes raciste ?&#034; Le monsieur reste muet. Trois fois h&#233;las, il n'&#233;tait pas seul de son esp&#232;ce. Je ne connaissais pas &#224; l'&#233;poque la r&#233;putation en Isra&#235;l de Yechayahou Leibovitz, opposant au r&#233;gime et auteur de l'expression les &#034;jud&#233;o-nazis&#034;, &#224; qui on doit cette formule : &#034;&#224; partir du moment o&#249; le nationalisme devient une valeur l'homme tourne &#224; la b&#234;te sauvage&#034;. C'est aussi &#224; l'OSE que le hasard me fit rencontrer bri&#232;vement l'Espagnol Julian Gorkin, ancien dirigeant du POUM, et Jozef Kruk, un des dirigeants isra&#233;liens du MAPAM (l'aile gauche du parti socialiste). Gorkin m'invita m&#234;me en t&#234;te &#224; t&#234;te dans un caf&#233;, mais nous n'&#233;change&#226;mes que quelques banalit&#233;s. Il m'a sembl&#233;, peut-&#234;tre &#224; tort, qu'il &#233;tait un personnage tr&#232;s ordinaire ; sans doute parce que les temps n'&#233;taient plus les m&#234;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant je devais d&#233;sormais envisager un travail r&#233;mun&#233;r&#233; &#224; temps complet. J'ai trouv&#233; un emploi de secr&#233;taire dans un bureau &#034;import-export&#034; rue Ste Anne. Tous les jours je passais devant la BN, h&#233;las sans y entrer. En fait d'export, les margoulins envoyaient en Afrique des babioles, des caisses de montres bon march&#233; qui ne marchaient pas. Je n'ai pas pu supporter ce commerce d'escrocs, m&#234;me si les relations entre employ&#233;s &#233;taient bonnes. Je changeai de patrons, cette fois des juifs new-yorkais marchands de ferraille, qui avaient un bureau &#224; Paris, sur les Champs-Elys&#233;es. Le directeur technique, M. Teplitz, n&#233;gociait au t&#233;l&#233;phone la tonne de cuivre ou de quelque autre m&#233;tal en mentant d'une fa&#231;on si &#233;vidente, que je m'en &#233;tonnai.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est convenu, m'expliquait-il, l'autre ment aussi, mais on se comprend. Il y avait donc un code du mensonge. Ce brave homme, d'origine polonaise, qui avait travaill&#233; dans un kibboutz, se demandait ce que deviendraient les ouvriers s'il n'y avait pas de patrons. Nos patrons &#224; nous (ils &#233;taient deux fr&#232;res) n'avaient d'autre souci quand ils venaient &#224; Paris que d'aller voir les filles. Le directeur commercial, un Fran&#231;ais avec un nom &#224; particule, leur servait de guide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; ma coll&#232;gue, une gentille et modeste dactylo, je n'ai pu conna&#238;tre son salaire qu'en lui r&#233;v&#233;lant d'abord le mien ; telles &#233;taient les m&#339;urs inculqu&#233;es, m&#234;me &#224; ce humble niveau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;but 54 je me pr&#233;sentai rue de Longchamp, pr&#232;s du bois de Boulogne, au si&#232;ge de l'ATIC, une d&#233;pendance des Charbonnages de France. A l'&#233;poque on pouvait n&#233;gocier le salaire et j'exigeai un bar&#232;me sup&#233;rieur &#224; celui que le chef du personnel m'attribuait. Quant aux horloges pointeuses, il m'expliqua qu'elles n'&#233;taient l&#224; que pour la forme. N'emp&#234;che que tout le monde, &#224; commencer par le directeur, avait son petit carton. On &#233;tait aux d&#233;buts de la CECA (Communaut&#233; Europ&#233;enne du Charbon et de l'Acier) et mon travail &#233;tait de traduire des documents allemands en fran&#231;ais. J'appris que les int&#233;r&#234;ts des patrons fran&#231;ais dans la Ruhr (et vice-versa en Lorraine) n'avaient pas &#233;t&#233; touch&#233;s par la guerre. Ce qui &#233;tait une confirmation de ce que nous disions dans notre propagande d&#232;s le d&#233;but de la guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On importait du charbon de Pologne. Le directeur de l'Agence, charg&#233; des int&#233;r&#234;ts charbonniers fran&#231;ais, s'int&#233;ressait pour son compte au p&#233;trole, misant ainsi sur tous les tableaux. Le monsieur qui m'avait fait passer mon test d'embauche &#233;tait un colonel &#224; la retraite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les collaborateurs plus jeunes &#233;taient des cadres sortis des grandes &#233;coles, Sciences-po et autres, &#224; la fois comp&#233;tents et born&#233;s. L'un racontait des blagues stupides et expliquait que les ouvriers d&#233;pensent leur argent au bistrot (sous-entendu pas la peine de leur en donner trop).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un autre ne comprenait pas pour quelles raisons l'Angleterre avait bien pu accorder l'ind&#233;pendance &#224; l'Inde ! Une agr&#233;g&#233;e de lettres s'&#233;tait li&#233;e d'amiti&#233; avec moi et nous nous promenions &#224; l'heure de midi au bois de Boulogne. J'entrepris de la convaincre, avec succ&#232;s, que Balzac &#233;tait un grand &#233;crivain ! Balzac, dans ces ann&#233;es-l&#224;, n'&#233;tait pas &#224; la mode.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entre-temps un changement &#233;tait intervenu dans ma vie quotidienne. Ioji, le mari de Tildica, n'ayant pu obtenir le d&#233;blocage de ses fonds d&#233;pos&#233;s dans des banques anglaises, ils durent renoncer &#224; leur projet de s'installer en France. Mathieu n'avait pas encore trois ans quand ils &#233;migr&#232;rent en Australie. A cet &#226;ge on acceptait d&#233;j&#224; les enfants &#224; la maternelle, et je m'arrangeai pour qu'il y aille &#224; demi-journ&#233;e ; &#224; midi une vieille dame du quartier allait le chercher, le faisait manger et s'occupait de lui en attendant mon retour du travail. Un matin, comme je l'accompagnais &#224; la maternelle, rue St. Lambert, il me dit d'un ton d&#233;cid&#233; qu'il &#233;tait assez grand pour y aller tout seul. Il y avait deux rues &#224; traverser ; aussi pendant quelque temps je l'ai suivi, un peu en retrait. Il &#233;tait si attentif &#224; bien faire, qu'il ne surprit pas ma ruse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re fois que Gus l'emmena &#224; Calais il avait deux ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une petite photo, qui ne m'est pas rest&#233;e, les montrait juch&#233;s en pyramide, lui tenant sur un bras l'enfant, qui &#224; son tour tient son nounours qui ne le quittait jamais. Mouchka, comme l'appelaient affectueusement ses trois fils, accueillit avec affection le &#034;p'tit malheureux&#034;. A peine arriv&#233; il r&#233;clama des pommes frites (Mouchka comprit &#034;bonnes&#034; frites) et proposa &#224; la famille un spectacle, qui devint c&#233;l&#232;bre. Il demanda une bo&#238;te d'allumettes, en prit une, l'alluma, la pr&#233;senta au public, puis souffla dessus : le spectacle &#233;tait termin&#233;. N'est-ce pas un spectacle merveilleux que cette flamme surgissant d'un bout de bois ? Ce m&#234;me &#233;t&#233; 51 je traversai la Manche pour passer quelques jours de vacances en pension au bord de la mer, pr&#232;s de Brighton. Nullement g&#234;n&#233; par la diff&#233;rence du langage, Mathieu s'adressait aux autres enfants sur le terrain de jeux, en fran&#231;ais, qui lui r&#233;pondaient aussi naturellement en anglais ; et &#231;a n'avait pas l'air d'un dialogue de sourds. Le patron du man&#232;ge l'appelait Froggy, puisque c'est bien connu, les Fran&#231;ais mangent des grenouilles, et lui offrit m&#234;me des tours gratuits. Pour celui qui arrive en Angleterre pour la premi&#232;re fois, la surprise est le d&#233;paysement, dans un pays pourtant si proche. Tout est diff&#233;rent, la langue, les habitudes, la nourriture, l'habitat. Je fus &#233;tonn&#233;e par exemple de voir les gens faire la queue &#224; l'autobus sans essayer de tricher (nous avions pris pendant la guerre de mauvaises habitudes).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le plaisir des voyages est d'ailleurs dans ce d&#233;paysement, qui confirme la formule des biologistes : &#034;tous parents, tous diff&#233;rents&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La vie &#224; Paris n'&#233;tait pas facile. Mais je passais de bons moments quand, apr&#232;s la journ&#233;e de travail, l'enfant couch&#233; dans la pi&#232;ce unique, je recevais dans la minuscule cuisine tant&#244;t Jeannette (la s&#339;ur de Marguerite), tant&#244;t Rival, qui &#233;tait employ&#233; aux chemins de fer, ou encore Gus, qui s'&#233;tait embauch&#233; comme &#034;agent technique&#034; dans une autre usine, et que nous discutions de longs moments sur les affaires du monde. J'avais gard&#233; aussi l'amiti&#233; de Fanny (Lucienne) qui travaillait encore chez Renault, dans les bureaux, et avait deux jeunes enfants, une fille, Denise, et un gar&#231;on, Jacques, de l'&#226;ge de Mathieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous n'avons pas eu la 3&#232;me guerre mondiale, que nous n'&#233;tions pas les seuls &#224; penser in&#233;vitable, mais la r&#233;action et le maccarthysme au pays de la chasse aux sorci&#232;res. Einstein demandait en 1953 au pr&#233;sident Eisenhower la gr&#226;ce des &#233;poux Rosenberg, soi-disant espions, mais ne r&#233;ussit pas &#224; les sauver de la chaise &#233;lectrique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En mars 1953 Staline mourait. En juin &#224; Berlin les ouvriers se soulev&#232;rent contre la dictature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils furent r&#233;prim&#233;s, et Bertolt Brecht interrogeait les bureaucrates : &#034;puisque, par sa faute, le peuple avait perdu la confiance du gouvernement, ne serait-il pas plus simple que le gouvernement dissolve le peuple et en &#233;lise un autre ?&#034; Les deux blocs, dont les fronti&#232;res avaient &#233;t&#233; dessin&#233;es par les accords de Yalta pour museler les peuples, se dressaient l'un contre l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mars 1954 voyait la d&#233;faite fran&#231;aise de Dien Bien Phu et la fin, provisoire, de la guerre d'Indochine (les Am&#233;ricains allaient prendre plus tard le relais) ; en novembre commen&#231;ait la guerre d'Alg&#233;rie, sans que la classe ouvri&#232;re r&#233;agisse contre cette nouvelle exp&#233;dition coloniale. Le PCF &#233;tait pour l'Alg&#233;rie fran&#231;aise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Interm&#232;de australien&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est alors que Tildica, qui avait du mal &#224; s'adapter &#224; l'environnement australien et avait la nostalgie de l'Europe, me proposa de venir la rejoindre avec l'enfant. Quelque temps auparavant ma tante du Qu&#233;bec m'avait &#233;galement invit&#233;e de lui rendre visite, mais il fut impossible d'obtenir le visa canadien. Par ces temps de guerre froide, mon casier judiciaire, malgr&#233; un non-lieu, r&#233;v&#233;lait ma malfaisance communiste. Il n'en fut pas de m&#234;me du c&#244;t&#233; australien. Tildica paya mon voyage &#224; je ne sais quelle association pour &#233;migrants, qui s'occupa du reste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais un retournement inattendu s'&#233;tait produit, comme nous en r&#233;serve parfois le sort. Je n'allais plus vivre seule. Gus, le camarade et l'ami proche, allait devenir mon compagnon pour les 38 ann&#233;es qui lui restaient &#224; vivre. Gus, aujourd'hui disparu, dont j'emporterai dans la mort l'image de tendresse et d'infinie g&#233;n&#233;rosit&#233;. J'&#233;tais aussi sensible &#224; son charme physique : grand, mince, le cheveu noir boucl&#233;, le front haut, des yeux couleur noisette dans un visage aux traits fins et r&#233;guliers, facilement souriant. Fils de la classe ouvri&#232;re, acharn&#233; &#224; s'instruire et avide de culture, il &#233;tait communiste, &#034;partageux&#034; dans l'&#226;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les conditions o&#249; nous vivions &#224; l'&#233;poque, il e&#251;t &#233;t&#233; dommage de renoncer &#224; l'occasion unique de faire le voyage en Australie. Il fut d&#233;cid&#233; que s'il valait la peine d'y faire un long s&#233;jour, ou peut-&#234;tre m&#234;me de s'y installer, Gus viendrait me rejoindre. Me voil&#224; donc avec Mathieu &#224; G&#234;nes, pr&#234;ts &#224; embarquer sur un bateau de la Flotta Lauro. Le quartier du port semblait assez mis&#233;rable. Je m'apitoyais sur le sort d'un jeune homme en train de bricoler devant un camion, quand il se mit &#224; chanter d'une belle voix avec entrain ; je trouvai ma commis&#233;ration ridicule. Dans l'autobus, une femme &#226;g&#233;e c&#232;de sa place &#224; un jeune freluquet en soutane, qui l'accepte ! J'en &#233;tais sid&#233;r&#233;e. C'est la premi&#232;re fois que je voyais se manifester sous cette forme la d&#233;votion religieuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin nous embarquons, et des centaines d'&#233;migrants italiens avec nous. Je me retrouve, comme les autres, &#224; fond de cale, dans la promiscuit&#233;, sans lumi&#232;re, dans des odeurs naus&#233;abondes. Le voyage qui devait durer un mois dans ces conditions ne me disait rien. Je d&#233;cide de d&#233;barquer &#224; Naples, premi&#232;re escale, &#224; la grande d&#233;ception de Mathieu. A Naples, l'employ&#233; de la compagnie &#224; qui je donne, en fran&#231;ais, quelques explications, m'assure que le billet me reste acquis pour entreprendre ce voyage ult&#233;rieurement. Et pour me manifester sa sympathie, il m'offre... un plan de Paris. Magie de la ville lumi&#232;re ! Je devais reprendre le m&#234;me bateau deux mois plus tard (le temps de son aller et retour). En payant une diff&#233;rence qui n'avait rien d'excessif, nous voyagions cette fois dans une cabine &#224; deux lits, une douche, et un hublot laissant passer la lumi&#232;re du jour. Les repas &#233;taient servis par des hommes en veste blanche et n&#339;ud papillon, dans une &#233;l&#233;gante salle &#224; manger. Le capitaine et les officiers y avaient leur table. Au d&#238;ner, ces messieurs dames &#233;taient en tenue de soir&#233;e. J'ai toujours pens&#233; que l'argent rendait le comportement des gens riches grotesque. La nourriture &#233;tait surabondante, comme s'il avaient peur d'en manquer le lendemain. Le commissaire de bord, qui avait fait de Mathieu sa coqueluche et le promenait partout, me fit visiter la salle des machines, un enfer de bruit et de chaleur. Je passais mes journ&#233;es sur le pont, &#224; contempler l'eau et le ciel. Jamais je n'aurais pens&#233; que cela pouvait &#234;tre un spectacle aussi vari&#233;, aussi changeant. Les nuages qui se faisaient et se d&#233;faisaient dessinaient dans le ciel des figures que l'imagination pouvait interpr&#233;ter et redessiner &#224; l'infini. Quand je portais mon attention sur l'oc&#233;an, le bruit et le mouvement des vagues, les petits poissons volants ou de temps &#224; autre le plongeon d'un c&#233;tac&#233;, il me semblait que j'aurais bien pass&#233; ma vie &#224; naviguer. Les matelots partageaient en quelque sorte mon sentiment ; quand ils avaient trim&#233; pendant un bout de temps sur le bateau, ils avaient h&#226;te, me disaient-ils, de se retrouver chez eux ; mais aussit&#244;t apr&#232;s il leur tardait de retrouver la mer. A l'approche des escales, des myriades d'oiseaux accompagnaient le bateau, et surtout, dans la zone australe, ces superbes, magnifiques albatros.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre route passait par le canal de Suez, l'oc&#233;an Indien en longeant les c&#244;tes d'Arabie, de l'Inde, de la Malaisie, enfin l'Australie du sud. Je d&#233;couvrais des lieux o&#249; je n'aurais jamais r&#234;v&#233; pouvoir aller. Sur la c&#244;te ceylanaise le bateau fit escale &#224; Colombo. L&#224;, dans une for&#234;t proche, nous avons vu l'&#233;l&#233;phant compagnon de travail de l'homme ; il portait sur sa trompe d'&#233;normes troncs d'arbres et l'homme l'accompagnait vers l'endroit o&#249; il devait les d&#233;poser. A nouveau je pensai que le zoo &#233;tait vraiment une invention perverse de l'homme. Nous visit&#226;mes une pagode, o&#249; les moines en robe jaune et cr&#226;ne ras&#233;, tournaient en rond. Un immense Bouddha, aux pieds et aux oreilles d&#233;mesur&#233;s, tr&#244;nait devant l'entr&#233;e de la pagode.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mathieu en fut tr&#232;s impressionn&#233;. Un jour o&#249; je lui parlais du dilemme de choisir une religion puisque toutes, catholique, protestante, juive, se valent, l'enfant r&#233;fl&#233;chit : &#034;alors je serai bouddhiste&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici enfin Sydney, son immense baie et le pont qui l'enjambe. La ville avait un centre commercial et financier moderne, avec ses gratte-ciel, ses monuments et ses jardins, puis une s&#233;rie de quartiers r&#233;sidentiels o&#249; la population se groupait par origine et niveau social. La famille &#233;tait install&#233;e &#224; Dover Heights, un de ces quartiers fortun&#233;s, en haut d'une falaise d'o&#249; l'on descendait en pente douce vers l'oc&#233;an proche. La maison &#233;tait spacieuse, entour&#233;e d'un jardin. Nous arrivions juste pour le sixi&#232;me anniversaire de Mathieu, fin avril, et il eut droit &#224; une belle f&#234;te et des cadeaux. Il retrouvait aussi sa m&#233;m&#233;, qui avait maintenant aussi deux petites-filles : Janine, 4 ans, n&#233;e &#224; Paris, et Ir&#232;ne, un b&#233;b&#233; d'un an. De ce c&#244;t&#233;-ci de l'h&#233;misph&#232;re on &#233;tait en automne et les enfants commen&#231;aient une nouvelle ann&#233;e scolaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mathieu, le nouveau, se vit entour&#233; d'une nu&#233;e d'enfants lui posant tous la m&#234;me question : &#034;what's your name ?&#034;, ce qui avec l'accent australien donnait quelque chose comme &#034;what's your na&#239;m&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tildica portait la nostalgie de l'Europe dans son c&#339;ur. Elle refusait de m'accompagner dans mes promenades, ainsi &#233;galement le jour o&#249; j'allai dans un quartier d'aborig&#232;nes, qu'elle ne connaissait pas. On sait le sort qui leur avait &#233;t&#233; r&#233;serv&#233; par la colonisation. Dans les ann&#233;es 50 l'immigration &#233;tait ouverte seulement aux blancs. Les asiatiques, g&#233;ographiquement tout proches, en &#233;taient exclus. Tous les blancs n'&#233;taient pas riches. Ceux qui arrivaient avec de l'argent s'enrichissaient un peu plus, ceux qui n'avaient que leurs bras restaient des travailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais j'avais l'impression qu'ils subissaient ici une exploitation moins f&#233;roce, surtout quand je voyais les terrassiers appuy&#233;s sur leur pelle ou leur pioche, &#224; la &#034;pause caf&#233;&#034;. Pour ne pas rester oisive, je m'embauchai comme employ&#233;e dans un bureau dont j'ai compl&#232;tement oubli&#233; le genre d'activit&#233;. Je fr&#233;quentais aussi, en auditrice libre, l'universit&#233;, o&#249; un ma&#238;tre de conf&#233;rences, un immigr&#233;, me fit bient&#244;t une proposition de mariage ; la population comptait, para&#238;t-il, beaucoup plus d'hommes que de femmes. Ce brave homme vint me dire adieu, sur le bateau, un bouquet de fleurs &#224; la main.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tildica aurait aim&#233; nous voir rester &#224; Sydney, o&#249; nous &#233;tions en famille. La nature &#233;tait belle, luxuriante m&#234;me. Mais je me rendais compte que nous ne pourrions pas faire peau neuve, que nous risquions de v&#233;g&#233;ter coup&#233;s de notre milieu culturel, de nos camarades d'id&#233;es. En juillet je fis donc mes adieux. Cette fois sur le bateau il n'y avait plus d'immigrants, mais des touristes, pas besoin de prendre un billet de 1&#232;re classe, tout &#233;tait am&#233;nag&#233; en fonction de cette client&#232;le. Mathieu menait joyeuse vie. On franchit l'&#233;quateur en faisant la f&#234;te, avec grandes plong&#233;es dans la piscine. Sous les auspices de Neptune, l'enfant fut baptis&#233; &#034;sardine&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et je ne fus pas peu flatt&#233;e quand un Australien, d'origine anglaise, me demanda s'il &#233;tait mon petit fr&#232;re. Deux &#233;tudiantes asiatiques, embarqu&#233;es &#224; je ne sais plus quelle escale, m'avou&#232;rent leur perplexit&#233; : comment pouvait-on supporter ces hommes blancs avec leur poitrine et leurs bras velus, &#231;a devait &#234;tre plut&#244;t d&#233;sagr&#233;able...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Me voil&#224; de retour &#224; Paris. Une page &#233;tait tourn&#233;e. Sans que nos convictions, nos esp&#233;rances ou notre volont&#233; d'agir aient chang&#233;, par la force des choses nous devions organiser diff&#233;remment notre vie. En attendant l'ouverture de l'&#233;cole, j'emmenai Mathieu en Savoie, o&#249;, comme chaque &#233;t&#233;, il retrouvait son copain Guy, le plus jeune fils de &#034;maman H&#233;l&#232;ne&#034;, et les autres gamins du village. Il revenait toujours de ces vacances, fort appr&#233;ci&#233;es, en parlant avec un vrai accent savoyard. H&#233;l&#232;ne Etellin, une avenante et gentille m&#232;re de famille, vivait &#224; Aiguebelle (non loin d'Epierre) avec son &#233;poux et ses quatre gar&#231;ons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Naissance d'un &#034;leader&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai revu les camarades, qui avaient l'ambition de reconstruire l'organisation. Bois avait d'abord repris une activit&#233; avec des militants qui appartenaient au groupe Socialisme et barbarie. Entre-temps il avait demand&#233; son transfert dans les bureaux et la direction le lui avait accord&#233; ; c'&#233;tait pour elle, une fa&#231;on de le neutraliser. Hardy entreprit de reconstituer un groupe avec l'aide de Denise. Fils d'ouvrier espagnol et de m&#232;re fran&#231;aise, venu &#224; l'UC en 1944 &#224; l'&#226;ge de 17 ans, il n'avait pas v&#233;cu le s&#233;isme de la gr&#232;ve de 47 ; il &#233;tait soign&#233; &#224; l'&#233;poque d'une tuberculose contract&#233;e sous l'occupation. Gus et moi nous fr&#233;quentions aussi le cercle d'&#233;ducation politique, o&#249; Hardy avait r&#233;uni des jeunes du lyc&#233;e Condorcet, certains venant des jeunesses sionistes socialistes, Hashomer Haza&#239;r.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hardy pensait que ce qui nous avait fait &#233;chouer, c'est de nous &#234;tre fix&#233; des buts qui &#233;taient au-dessus de nos forces. Pour agir il fallait d'abord b&#226;tir la maison, brique par brique. Je n'approuvais pas ce raisonnement simpliste. On reprochait ainsi aux bolcheviks d'avoir pris le pouvoir en octobre 17 puisqu'ils ont &#224; la longue &#233;chou&#233;. Rosa Luxembourg qui avait eu un point de vue critique &#224; l'&#233;gard de L&#233;nine et de Trotski, approuva pourtant en ces termes leur pari : &#034;ils sont jusqu'ici les seuls qui puissent s'&#233;crier avec Ulrich de Hutten : 'j'ai os&#233;'. ...C'est ce qui est essentiel et ce qui reste de la politique des bolcheviks.&#034; (La R&#233;volution russe, brochure &#233;crite en prison). &#034;Notre&#034; Rosa, comme disait L&#233;nine, raisonnait en r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx avait eu la m&#234;me r&#233;action devant la Commune de Paris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Graduellement Hardy &#233;mergeait comme le dirigeant du groupe, que Bois avait rejoint. Ce n'&#233;tait pas sa vision politique, mais son temp&#233;rament et son caract&#232;re qui lui valaient ce r&#244;le ; il savait &#034;diriger&#034;, tenir les r&#234;nes. Il se permettait aussi une certaine vulgarit&#233; dans le langage ; pour se disculper il me disait, avec humour, qu'enfant il avait v&#233;cu rue Quincampoix au voisinage des filles de la rue Saint-Denis. L'ennui c'est que son style trouva beaucoup d'imitateurs. En 1956 il entreprit la publication d'une feuille ron&#233;otyp&#233;e intitul&#233;e Lutte de Classes. Bient&#244;t parurent &#224; nouveau des bulletins d'usine, sous le titre la Voix Ouvri&#232;re. En octobre de cette ann&#233;e les chars russes entraient &#224; Budapest pour mater la r&#233;volte ouvri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gus, qui travaillait maintenant chez Thomson &#224; Gennevilliers, avait gard&#233; des relations amicales avec un ouvrier &#233;lectricien du service d'entretien chez Renault. Il habitait &#224; Houilles, o&#249; nous allions lui rendre visite ; par ailleurs je le voyais &#224; Billancourt pour r&#233;diger avec lui le texte de son bulletin de d&#233;partement. Publi&#233;s r&#233;guli&#232;rement, ces bulletins &#233;taient indispensables pour d&#233;noncer les conditions de travail, pour entretenir le sentiment de solidarit&#233; et d'int&#233;r&#234;t collectif. Les distributions de tracts ou la vente du journal &#233;taient soigneusement organis&#233;es et j'&#233;tais souvent de &#034;l'&#233;quipe de guet&#034;. Nous observions les alentours pour pr&#233;venir aussit&#244;t les diffuseurs &#224; la moindre alerte. Ce n'&#233;tait plus tellement les stals &#224; l'&#233;poque qu'on avait &#224; craindre, mais les flics. J'ai assist&#233; pendant un temps aux r&#233;unions de la cellule Renault, qui s'&#233;tait reconstitu&#233;e avec Vic bien s&#251;r, et aussi avec de nouveaux militants. C&#233;dar (surnom lui venant de ses cheveux en brosse, allusion au balai O'C&#233;dar), ancien anarchiste, &#233;tait outilleur au d&#233;partement 37, o&#249; travaillait &#233;galement le futur bureaucrate stalinien Halbeher, qui &#224; l'&#233;poque, avant d'avoir suivi l'&#233;cole du parti, avait plut&#244;t un profil bas. C&#233;dar apporta un jour &#224; l'usine plusieurs exemplaires des &#034;Dix jours qui &#233;branl&#232;rent de monde&#034; de John Reed, mis sous le boisseau par les staliniens, et qui venait d'&#234;tre r&#233;&#233;dit&#233;. Les c&#233;g&#233;tistes furent tourn&#233;s devant tout le monde en ridicule : &#034;ce n'est pas un livre pour vous, Pif le Chien vous suffit&#034; (un magazine alors &#233;dit&#233; par le PC). Il organisa &#224; l'usine un meeting avec la participation de Mme Weill-Hall&#233;, une femme m&#233;decin qui militait en faveur de la contraception, pendant que Jeannette Vermeersch, l'&#233;pouse de Thorez, d&#233;fendait les valeurs de la famille. Avec son humour de bon aloi, C&#233;dar annon&#231;a le meeting en pr&#233;cisant que les &#034;p&#232;res lapins&#034; adeptes de Mme Vermeersch pouvaient y assister. Une camarade nous rapporta que dans une &#034;bo&#238;te&#034; o&#249; les ouvriers souffraient gravement des nuisances du bruit, les techniciens en ergonomie avaient imagin&#233; un test : ils install&#232;rent des lapins en cage dans les ateliers, afin d'observer leurs r&#233;actions. Au d&#233;but les pauvres bestioles affol&#233;es s'agitaient en tous sens, mais assez vite elles se calm&#232;rent et rongeaient tranquillement leur herbe. Le hic, c'est qu'il fallut constater que les lapins &#233;taient devenus sourds.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais &#224; part ces joyeux cours de p&#233;dagogie, les discussions politiques manquaient totalement dans nos r&#233;unions. On passait son temps &#224; pr&#233;ciser dans les moindres d&#233;tails les probl&#232;mes de vente, de diffusion, de tr&#233;sorerie et ainsi de suite. J'avais essay&#233; en vain de faire remarquer que tout cela pouvait se r&#233;gler entre les gens concern&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le groupe se d&#233;veloppait, la nouvelle strat&#233;gie &#233;tait apparemment payante. &#034;Qui va piano va sano&#034; ; mais surtout ne vous fatiguez pas &#224; r&#233;fl&#233;chir (d'autres le font pour vous). Un jour dans une r&#233;union Hardy me parla sur un ton tellement violent, que stup&#233;faite je me levai et quittai la r&#233;union. Motif de l'engueulade : avoir pris l'initiative de r&#233;diger un tract pour Renault, ce qui n'avait d'ailleurs pas &#233;t&#233; une initiative ; des camarades &#233;taient venus me demander de suppl&#233;er &#224; l'absence du militant &#034;responsable&#034;. Je ne saurai jamais si j'ai eu tort dans ce tract de traiter le patron de voleur, ou de court-circuiter le responsable, ou les deux. Une sorte de caporalisme s'instituait, avec une hi&#233;rarchie &#224; galons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici un autre exemple de ce &#034;cours nouveau&#034;. C'est un souvenir qui remonte &#224; 1963. Nous &#233;tions r&#233;unis dans une salle de bistrot, au premier &#233;tage, avec des ouvriers de chez Renault.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les mineurs de certains puits de Lorraine venaient de se mettre en gr&#232;ve, et dans le contexte de l'&#233;poque on pouvait penser que cette gr&#232;ve ne resterait pas sans &#233;cho. Je demande donc, au d&#233;but de la r&#233;union, qu'on mette cette gr&#232;ve &#224; l'ordre du jour. Vic m'arr&#234;te : nous sommes ici pour discuter des affaires de Renault, et pas d'autres sujets. L'autorit&#233; ayant parl&#233;, personne ne soutient ma proposition. Quelques jours plus tard, la gr&#232;ve se g&#233;n&#233;ralise, des mineurs de toutes les r&#233;gions montent manifester en masse &#224; Paris. &#034;Voix Ouvri&#232;re&#034; envoie enfin des militants prospecter dans les r&#233;gions mini&#232;res o&#249; ils r&#233;ussissent d'ailleurs &#224; &#233;tablir des contacts durables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lulu &#233;tait alors d&#233;l&#233;gu&#233;e du personnel CFDT et par elle nous avons eu l'adresse d'une famille de mineurs pr&#232;s de Valenciennes, que Gus et moi sommes all&#233;s voir. Ces gens ne demandaient qu'&#224; parler et &#224; faire conna&#238;tre leur situation, leur travail malsain et ext&#233;nuant dans les mines m&#233;canis&#233;es. Le mineur encore jeune qui nous accueillait, nous montrait ses mains d&#233;form&#233;es par le marteau piqueur. Son beau-p&#232;re &#233;tait malade de la silicose. Mais ils b&#233;n&#233;ficiaient du privil&#232;ge d'&#234;tre log&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La disponibilit&#233; et la discipline des militants en imposaient aux autres groupes rest&#233;s dans la vieille tradition fran&#231;aise. Une coll&#232;gue de travail, militante au PSU me faisait part de l'&#233;tonnement de ses camarades de voir les gars de L.O. (&#034;Voix Ouvri&#232;re&#034; &#233;tait devenue &#034;Lutte Ouvri&#232;re&#034; en 1968) &#234;tre toujours &#224; l'heure au rendez-vous ! En 1970 les deux organisations menaient en commun une campagne contre l'augmentation du prix des transports dans le m&#233;tro. Mais la formule &#034;militer avec ses pieds&#034;, qui avait cours, &#233;tait pour moi nouvelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'avais fini par comparer cette organisation &#224; une PME prosp&#232;re avec un bon &#034;business man&#034; &#224; sa t&#234;te. Pour moi, il y manquait le sel de la terre. O&#249; &#233;tait la libert&#233; de l'individu ? Comment s'&#233;panouir sans la possibilit&#233; de prendre des initiatives, de r&#233;fl&#233;chir par soi-m&#234;me ? Le stalinisme n'avait-il pas d&#233;j&#224; an&#233;anti les efforts de g&#233;n&#233;rations de militants en les soumettant aux ordres ? C'est vers cette &#233;poque que Barta essaya de reprendre contact avec &#034;Voix Ouvri&#232;re&#034;. Il avait d&#233;j&#224; collabor&#233; au bulletin &#034;Lutte de Classes&#034; pendant une courte p&#233;riode en 1956 (ce que j'ignorais). Mais cette nouvelle et derni&#232;re tentative &#233;choua ; le comit&#233; de r&#233;daction du journal se r&#233;unissait seulement le samedi matin, jour o&#249; Barta, ma&#238;tre auxiliaire dans l'enseignement, ne pouvait pas se rendre disponible. A la lettre de Bois qui lui signifiait cet obstacle apparemment incontournable, Barta r&#233;pondait (le 11 mars 1965) : &#034;Je suis pr&#234;t &#224; examiner toute proposition qui permettrait une collaboration efficace. Mais plut&#244;t que des obstacles mat&#233;riels ce sont, je crois, des obstacles politiques qui emp&#234;chent cette collaboration. Les probl&#232;mes fondamentaux de la construction du parti (et c'est l'objectif principal que vous faites figurer en t&#234;te de votre journal) sont surtout d'ordre qualitatif. Pour vous, c'est maintenant une question de vie et de mort. Rien ne sera r&#233;solu par la simple r&#233;p&#233;tition ou l'accroissement du travail de la veille (en ce qui concerne la direction, bien entendu).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Continuer ainsi c'est la scl&#233;rose d&#233;finitive, quel que puisse &#234;tre l'accroissement quantitatif. La construction d'un parti oblige &#224; passer d'une &#233;tape &#224; l'autre quels que soient les risques. Sinon vous serez un groupe parmi d'autres, dont le ciment sera les relations et les convenances personnelles beaucoup plus que l'attitude politique.&#034; Cette lettre n'eut pas de suite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'avais des griefs contre mes anciens camarades, mais je m'en sentais solidaire. Malgr&#233; tout, le groupe comptait &#224; son actif des r&#233;sultats valables &#224; mon sens, ne fut-ce que d'avoir int&#233;ress&#233; beaucoup de jeunes aux probl&#232;mes politiques. Et c'est avec une certaine amertume que je cessai &#224; cette &#233;poque (vers 1965) ma collaboration &#224; l'organisation. Gus avait depuis longtemps pris ses distances. Son temp&#233;rament ne lui aurait pas permis de militer dans ces conditions ; cependant sur son lieu de travail, &#224; l'usine, il r&#233;ussissait quelquefois &#224; motiver des jeunes &#224; prendre contact avec l'organisation et &#224; s'instruire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si &#224; quelque chose malheur est bon, ce tournant nous a permis de d&#233;couvrir d'autres horizons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me si nous avions une origine et un pass&#233; diff&#233;rents, notre conception du monde nous rendait tr&#232;s proches. Nous avions la m&#234;me sensibilit&#233; pour l'art, la musique, la litt&#233;rature, le m&#234;me d&#233;sir de d&#233;couvrir des ailleurs, de voyager. Si dans la vie quotidienne je chicanais parfois sur des v&#233;tilles (par p&#233;ch&#233; de rigorisme), cela ne portait pas &#224; cons&#233;quence. Quand Gus est mort, et que les souvenirs de m&#233;lodies, de lectures, d'&#233;pisodes v&#233;cus revenaient p&#234;le-m&#234;le, j'ai relu le texte du Vieux d&#233;di&#233; &#224; son fils L&#233;on S&#233;dov, mort assassin&#233;, et j'ai relev&#233; avec une intense &#233;motion ce passage : &#034;&#224; un &#339;il superficiel, il pourrait sembler que nos rapports &#233;taient empreints de s&#233;v&#233;rit&#233; et de distance. Mais sous cette apparence vivait et br&#251;lait la flamme d'un profond attachement mutuel, fond&#233; sur quelque chose d'incomparablement plus grand que les liens du sang : la solidarit&#233; des id&#233;es et des jugements, des sympathies et des antipathies, des joies et des souffrances v&#233;cues ensemble, et des grandes esp&#233;rances qui nous &#233;taient communes.&#034; J'ai souvent trouv&#233; un r&#233;confort dans les &#233;crits de Trotski, notre ma&#238;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est une t&#226;che bien difficile de reconstituer, pour sauvegarder les traces du souvenir, pr&#232;s de quarante ann&#233;es de vie commune. En rentrant d'Australie il m'a fallu d'abord chercher du travail. Une voisine dans l'immeuble, fonctionnaire &#224; l'Unesco, l'antenne culturelle de l'ONU, me conseilla d'y tenter ma chance. J'y voyais un double avantage : ce n'&#233;tait pas une n-i&#232;me bo&#238;te commerciale, et on y avait six semaines de vacances. Apr&#232;s un test en fran&#231;ais et en anglais, je fus embauch&#233;e comme dactylo, au m&#234;me salaire &#224; peu pr&#232;s qu'aux Charbonnages (ici on ne n&#233;gociait pas !). Les bureaux &#233;taient install&#233;s dans un ancien h&#244;tel avenue Kl&#233;ber, avant de d&#233;m&#233;nager plus tard dans un immeuble neuf, d'architecture moderne, place Fontenoy.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Organisation ou bureaucratie internationale ? Ce nouvel univers me faisait une impression &#233;trange. En me confiant &#224; Jeanne, une survivante de Ravensbr&#252;ck et une des deux seules amies fid&#232;les, avec Madeleine, que je me suis faite l&#224; en 25 ann&#233;es de carri&#232;re, je comparais la maison &#224; un aquarium, o&#249; les poissons glissent, se c&#244;toient, paisibles mais voraces, avec un langage &#224; eux seuls compr&#233;hensible. J'y plongeais chaque matin pour en &#233;merger heureusement &#224; 6 heures du soir jusqu'au lendemain 9 heures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait un monde cosmopolite d'hommes et de femmes venant des quatre coins du globe et parlant toutes les langues. Dans la cat&#233;gorie dite &#034;professionnelle&#034; (je faisais partie des &#034;services g&#233;n&#233;raux&#034;) il y avait des universitaires, des scientifiques de diverses disciplines, des &#233;crivains. Mais tout grands cerveaux qu'ils &#233;taient, ils &#233;taient avant tout des fonctionnaires travaillant dans la neutralit&#233;, traduisez la soumission, impos&#233;e par en haut. Les fonctionnaires venus d'URSS se distinguaient par leur &#034;r&#233;serve&#034; ; ils avaient sans doute l'ombre du KGB &#224; leurs trousses. Ce monde si divers et si riche, qui aurait pu &#234;tre passionnant, devenait ainsi terne et fade.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y avait quelques exceptions. J'ai rencontr&#233; l&#224; Roger Caillois, qui a r&#233;ussi &#224; faire conna&#238;tre et publier (sous l'&#233;gide de l'Unesco) la pl&#233;iade des &#233;crivains latino-am&#233;ricains : Miguel Angel Asturias, Octavio Paz, Ciro Alegria (Vaste est le monde), Gabriel Garcia Marquez (Cent ans de solitude), Alejo Carpentier, Jorge Icaza (La fosse aux Indiens), Jorge Luis Borges. D'autres, comme Julio Cortazar par ailleurs &#233;crivain, se contentaient de fournir le travail &#034;alimentaire&#034; qui leur &#233;tait demand&#233;. L'Anglais Ennals d&#233;missionna pour s'atteler &#224; la cr&#233;ation, dans les ann&#233;es 60, de l'organisation &#034;Amnesty International&#034;. Quand je lui rendis visite &#224; Londres, il &#233;tait install&#233; dans de modestes locaux, avec un personnel r&#233;duit. Les murs &#233;taient tapiss&#233;s d'affiches &#233;loquentes d&#233;non&#231;ant les exactions des dictatures dans le monde. Leur action pour la d&#233;fense des prisonniers politiques prenait de l'ampleur, mais &#224; l'Unesco elle n'avait qu'un faible &#233;cho.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien des noms sont tomb&#233;s pour moi dans l'oubli. Mais je me souviens du cas de Jeanne Hersch, une universitaire suisse, que le directeur de l'&#233;poque, Ren&#233; Maheu, avait engag&#233; pour cr&#233;er un d&#233;partement &#034;philosophie&#034;. Femme dynamique, elle rassembla en un temps record une impressionnante anthologie de maximes et citations de grands penseurs &#224; travers les &#226;ges, sur les droits de l'homme. Mais elle publia aussi un article dans le bulletin de l'association du personnel (notre pseudo syndicat) dans lequel elle jugeait pour le moins incoh&#233;rent le fait que l'Unesco m&#232;ne des campagnes d'alphab&#233;tisation dans le monde, et se d&#233;sint&#233;resse des hommes et des femmes illettr&#233;s (en majorit&#233; des immigr&#233;s africains ou arabes) qui font le m&#233;nage dans la maison. L'article fit du bruit. Cela valut &#224; Jeanne Hersch le non renouvellement de son contrat de deux ans. Ainsi le d&#233;partement philosophie ne vit pas le jour, et les analphab&#232;tes rest&#232;rent analphab&#232;tes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Unesco envoyait dans les pays o&#249; s&#233;vissait l'analphab&#233;tisme des experts en &#233;ducation. Un jour nous re&#231;&#251;mes &#224; la r&#233;daction de notre bulletin de presse (&#034;Informations Unesco&#034;) une lettre am&#232;re d'un expert en mission au Mexique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment pouvez-vous parler d'alphab&#233;tisation, &#233;crivait-il, quand je ne dispose ici ni de livres, ni de papier, ni de crayons, ni m&#234;me de bancs pour faire asseoir les enfants ? Le seul r&#233;sultat positif &#224; grande &#233;chelle avait &#233;t&#233; obtenu par la mobilisation populaire &#224; Cuba, sous le r&#233;gime de Castro. Mais l'Unesco soutenait &#224; grand renfort de publicit&#233; la campagne d'alphab&#233;tisation lanc&#233;e en Iran par la s&#339;ur du chah, et dont les r&#233;sultats &#233;taient nuls.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La diversit&#233; des gens, leur &#034;identit&#233; culturelle&#034; comme on aimait dire &#224; l'Unesco, m'a certainement permis de supporter ces mornes ann&#233;es de bureau, mieux que dans quelque administration fran&#231;aise aux couleurs grises de l'uniformit&#233;. Comment ne pas se rappeler le burlesque de ce conflit entre un responsable de publications sud-am&#233;ricain sollicitant une promotion bien m&#233;rit&#233;e pour sa secr&#233;taire espagnole, et le chef administratif anglais qui la lui refuse ? Le sud-am&#233;ricain (qui avait une grand'm&#232;re noire) pasticha dans la langue m&#234;me de Shakespeare, la harangue de Marc-Antoine contre Brutus devant le cadavre de Jules C&#233;sar.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais &#224; la place du c&#233;l&#232;bre &#034;but Brutus is a honourable man&#034;, il y avait &#034;but Tom Flann is a honourable man&#034;. Il fit circuler son libelle et en moins de temps qu'il n'a fallu pour que tout le monde le lise, Mercedes obtenait sa promotion. On pourrait raconter mainte anecdote de ce genre, et d'autres moins dr&#244;les. Ainsi cet exemple d'&#034;anti-f&#233;minisme&#034; d'un m&#233;decin femme : le docteur Rasch, du service m&#233;dical de l'Unesco, refusait d'accorder &#224; Jeanne, enceinte de son deuxi&#232;me enfant, une prolongation du cong&#233; de grossesse. &#034;Et si j'&#233;tais un monsieur avec un gros ventre cirrhotique, vous me l'auriez accord&#233; ?&#034; Devant cette remarque, madame le docteur c&#233;da. On trouve, noblesse oblige, des arguments semblables dans le livre d'August Bebel, &#034;La femme et le socialisme&#034; ; et bien avant lui chez Condorcet, qui r&#233;clame le droit de vote pour les femmes : &#034;Pourquoi un groupe d'&#234;tres humains - seulement parce qu'elles peuvent &#234;tre enceintes et se sentir occasionnellement indispos&#233;es - ne pourrait-il pas exercer les droits dont on n'a jamais priv&#233; ceux qui chaque hiver souffrent de la goutte et s'enrhument un peu ?&#034; Les conditions de travail en revanche &#233;taient agr&#233;ables. Pas d'horloge pointeuse, un petit chariot qui v&#233;hiculait dans les couloirs le caf&#233; et le th&#233; du matin et de l'apr&#232;s-midi, une bonne cantine, une coop&#233;rative o&#249; on pouvait aller, dans certaines limites, m&#234;me pendant les heures de travail. C'&#233;tait un peu le meilleur des mondes de Huxley, avec en plus les intrigues et les rivalit&#233;s propres &#224; toute bureaucratie. Un tel a eu de l'avancement, tel autre l'attend toujours, etc. J'avais du mal &#224; convaincre Jeanne qu'&#224; l'Unesco, tous tant que nous &#233;tions, nous brassions du vent. Il faut se rappeler qu'en ces ann&#233;es 50 les illusions n'&#233;taient pas encore dissip&#233;es. L'Organisation des Nations Unies (l'ONU) cr&#233;&#233;e &#224; New-York au sortir de la guerre, promettait de ne pas &#234;tre une nouvelle SDN (Soci&#233;t&#233; des Nations) qui entre les deux guerres avait jou&#233; un r&#244;le si lamentable. La D&#233;claration universelle des droits de l'homme affichait d'admirables principes, et une s&#233;rie d'agences internationales furent mises sur pied.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'organisation m&#233;t&#233;orologique internationale, l'organisation internationale du travail (le BIT existait d&#233;j&#224; avant la guerre &#224; Gen&#232;ve), l'organisation pour l'agriculture et l'alimentation (FAO), l'agence atomique, etc... et l'Unesco, sigle anglais de l'organisation des nations unies pour l'&#233;ducation, la science et la culture. Install&#233;e &#224; Paris, elle devait &#234;tre le lien, le trait d'union d'une coop&#233;ration internationale dans ces domaines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais croire aux bonnes volont&#233;s, c'est s'interdire de comprendre que dans un monde domin&#233; par l'imp&#233;rialisme, aucune de ces belles r&#233;solutions n'&#233;tait r&#233;alisable. C'est seulement au cocktail d'adieu offert pour sa retraite anticip&#233;e (&#224; 56 ans) que Jeanne, qui croyait &#224; la mission de l'Unesco, fit une critique si pertinente et si s&#233;v&#232;re de la bureaucratie, que je regrette toujours qu'il ne soit pas rest&#233; trace de ce discours. C'&#233;tait une illustration du m&#233;canisme qui tient les hommes dans un &#233;tat de d&#233;pendance, prisonniers de petits et grands privil&#232;ges.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques jours avant ce cocktail, ses amis avaient organis&#233; pour elle une petite f&#234;te &#034;intime&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y avait pas mal de monde, vingt &#224; trente hommes et femmes d'Europe, du Moyen Orient, d'Am&#233;rique du sud et d'ailleurs. Je les observais, m&#233;dus&#233;e. Aucun d'eux n'avait le visage et le langage de la personne que je connaissais depuis des ann&#233;es. C'&#233;tait tout d'un coup, d&#233;barrass&#233;s de leur masque de hauts fonctionnaires, des gens intelligents, ayant un pass&#233;, des opinions. O&#249; &#233;taient pass&#233;s les zombis ? C'est &#224; l'Unesco aussi que je me liai d'une longue amiti&#233; avec Madeleine. Fille d'un p&#232;re fran&#231;ais et d'une m&#232;re anglaise, elle avait v&#233;cu quelques ann&#233;es en Afrique. A la torpeur de la bureaucratie elle pr&#233;f&#233;ra bient&#244;t se chercher un autre emploi, passa le concours du CAPES et entra dans l'enseignement, avant de se consacrer d&#233;finitivement &#224; la peinture. Pendant son passage &#224; l'Unesco, nos discussions l'amen&#232;rent &#224; adh&#233;rer &#224; &#034;Voix Ouvri&#232;re&#034; o&#249; elle milita pendant quelque temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jeannette, une jolie rousse parisienne, nous chantait souvent &#034;Comme un coquelicot mon &#226;me&#034; la chanson du franco-kabyle Mouloudji. Elle-m&#234;me &#233;tait mari&#233;e &#224; un Alg&#233;rien kabyle, dont un proche parent s'est tu&#233; &#224; Alger en sautant par une fen&#234;tre pour &#233;chapper aux tortionnaires fran&#231;ais. Apr&#232;s la guerre d'ind&#233;pendance leur retour au pays fut un &#233;chec : pour Jeannette et sa fille Leila le r&#244;le impos&#233; &#224; la femme &#233;tait insupportable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me souviens aussi de Marie, une Libanaise taciturne. Inspir&#233;e sans doute par son expression d'ennui et de spleen, un jour je me mis &#224; r&#233;citer comme pour moi-m&#234;me, &#224; voix haute : &#034;le ciel est par-dessus le toit, si bleu si calme, un arbre par-dessus le toit berce sa palme&#034;... et Marie d'encha&#238;ner aussit&#244;t : &#034;mon dieu mon dieu, la vie est l&#224;, simple et tranquille, cette paisible rumeur l&#224; vient de la ville...&#034; Verlaine, de sa prison, avait ouvert le dialogue entre nous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans mes d&#233;buts je travaillais avec Jeanne dans le m&#234;me service, dont la t&#226;che &#233;tait de viser des documents que d'autres services avaient r&#233;dig&#233;s. Fille d'&#233;migr&#233;s juifs allemands, elle &#233;tait venue en France en 1933 vers l'&#226;ge de dix ans. Arr&#234;t&#233;e &#224; dix-huit ans pour activit&#233;s politiques avec un groupe de trotskistes autrichiens, en zone libre, elle a &#233;t&#233; transf&#233;r&#233;e en zone occup&#233;e puis d&#233;port&#233;e au camp de concentration de Ravensbr&#252;ck. Cultiv&#233;e, courageuse, g&#233;n&#233;reuse, s'engageant dans maint combat, telle &#233;tait Jeanne, morte &#224; 61 ans d'un cancer. Quand nous nous sommes connues elle avait une fillette, H&#233;l&#232;ne, du m&#234;me &#226;ge que Mathieu ; les deux devinrent naturellement copains de jeux et parfois de vacances.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'enfant, une personne &#224; part enti&#232;re&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Etais-je une bonne m&#232;re pour Mathieu ? Je ne le sais pas. Quant &#224; Gus, il r&#233;unissait en lui une &#226;me d'enfant et un d&#233;vouement de p&#232;re. Tout au long de son existence il a donn&#233; mainte et mainte preuve de sa sensibilit&#233; &#224; l'&#233;gard des enfants. Cette communication passait par les jeux, les promenades du dimanche, et aussi par la litt&#233;rature. Ainsi la lecture &#224; haute voix de la &#034;Ch&#232;vre de M. Seguin&#034;, si jolie &#034;avec ses yeux doux, sa barbiche de sous-officier, ses sabots noirs et luisants, ses cornes z&#233;br&#233;es et ses longs poils qui lui faisaient une houppelande !&#034; L'enfant n'aimait pas la fin vaillante, mais trop triste, de la petite ch&#232;vre... Apr&#232;s un mois de scolarit&#233; en CP Mathieu savait lire et &#233;crire. Son jeune ma&#238;tre, M. Morel, &#233;tait digne de la grande tradition des instituteurs de la r&#233;publique ; la lettre &#034;i&#034; &#233;tait identifi&#233;e au cri de la petite souris, et la fess&#233;e qu'il faisait semblant d'administrer au chahuteur &#233;tait rythm&#233;e par toute la classe au chant des Trois jeunes tambours qui s'en allaient en guerre. Il nous expliquait, dans la cour de r&#233;cr&#233;ation, qu'il &#233;tait illusoire de priver les enfants de jouets guerriers ; &#224; d&#233;faut de revolver, ils braquaient sur l'adversaire deux doigts point&#233;s en avant. Chaque No&#235;l Mathieu recevait un tank en cadeau de maman H&#233;l&#232;ne, et il n'y avait pas d'enfant plus pacifique. Dans la petite rue du 15&#232;me o&#249; nous habitions il y avait encore des terrains vagues o&#249; les enfants pouvaient jouer, et &#224; la cantine o&#249; les menus laissaient &#224; d&#233;sirer, les gosses m&#226;chaient le m&#234;me chewing-gum &#224; tour de r&#244;le sans se soucier de l'hygi&#232;ne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au cours &#233;l&#233;mentaire (CE1) la ma&#238;tresse m'expliqua que le temp&#233;rament de Mathieu &#233;tait de ceux qui ont besoin d'&#234;tre stimul&#233;s ; elle me conseillait de lui faire sauter une classe. Mais voil&#224;, le directeur avait des principes : chez lui on ne sautait pas de classe, autrement dit, nivelons par le bas. J'allai solliciter le directeur d'une &#233;cole rue Falgui&#232;re, celle que fr&#233;quentait la fille de Jeanne. Ici le directeur avait l'esprit plus ouvert. Pour voir s'il pouvait faire passer l'enfant en cours moyen (CM1) il allait d'abord lui faire passer des tests. Le soir Mathieu nous annonce : &#034;demain je passe le bac&#034;. On en a ri pendant longtemps. Que s'&#233;tait-il pass&#233; ? Pour juger dans quel groupe on pouvait l'int&#233;grer, on lui fit faire plusieurs op&#233;rations et il s'&#233;tait retrouv&#233; en fin de parcours au niveau le plus &#233;lev&#233;. Il n'&#233;tait pas peu fier ! Une excellente institutrice, Mme Gabriel, adepte des m&#233;thodes Freinet, enseignait dans ce CM1. Elle aussi &#233;tait fi&#232;re de me raconter que Mathieu, neuf ans, lui avait expos&#233; les th&#233;ories de Copernic. Il faut dire qu'il &#233;tait un lecteur assidu de litt&#233;rature scientifique pour enfants et fr&#233;quentait r&#233;guli&#232;rement le Palais de la D&#233;couverte. Les s&#233;ances du Plan&#233;tarium, dirig&#233;es par un monsieur grisonnant en blouse blanche, la vo&#251;te c&#233;leste tournant aux accents d'une musique de Wagner, avaient quelque chose de magique et l'enfant en connaissait le d&#233;roulement par c&#339;ur. Pendant un temps il installa un th&#233;&#226;tre de marionnettes &#224; domicile ; des pommes de terre servaient &#224; fabriquer la t&#234;te des personnages et le texte &#233;tait aussi de sa composition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mathieu avait eu droit &#224; sa premi&#232;re sortie au cin&#233;ma &#224; l'&#226;ge de quatre ans. Une salle, avenue de l'Op&#233;ra, &#233;tait sp&#233;cialis&#233;e en dessins anim&#233;s pour enfants. Au bout de trois s&#233;ances du m&#234;me programme nous avons d&#251; l'arracher &#224; son fauteuil : &#034;Vas-y Pedro, vas-y Pedro&#034;, le petit avion, un jeune courrier postal, traversait pour la premi&#232;re fois seul dans la temp&#234;te la Cordill&#232;re des Andes. Avec les ann&#233;es, Gus sera encore souvent son &#034;complice&#034;, sans moi, pour voir &#034;Ben Hur&#034;, &#034;Les canons de Navarrone&#034; et autres p&#233;plums pour un bon carnet scolaire ou autre pr&#233;texte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Adolescent, Mathieu pouvait &#233;videmment sortir le soir sans restriction. Quand le t&#233;l&#233;phone sonna en pleine nuit pour nous pr&#233;venir, de l'h&#244;pital, qu'il venait d'avoir un accident de mobylette (sans gravit&#233;, heureusement), Gus ne dormait pas : il appelait &#034;pressentiment&#034; ce qui &#233;tait son extr&#234;me sensibilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 57, gr&#226;ce &#224; nos deux salaires nous avons pu acheter une 2 CV. Jusque l&#224; Gus voyageait en Lambretta, le c&#233;l&#232;bre scooter italien ; il n'aimait pas le train, un mauvais souvenir du temps de la guerre. Quelle voiture spacieuse et luxueuse que cette populaire 2 CV ! Cet &#233;t&#233; nous mettons le cap sur le midi ; en passant par les gorges du Tarn, Carcassonne et Perpignan, l'ancienne capitale de la Catalogne, nous nous arr&#234;tons entre Elne et Argel&#232;s. Les campings des plages sont bond&#233;s. Le propri&#233;taire d'un mas nous permet d'installer notre tente sur son terrain, un paradis entour&#233; de p&#234;chers aux fruits m&#251;rs. Cela nous donne aussi l'occasion de bavarder avec le couple de cultivateurs (on peut &#224; peine les appeler paysans) ; la femme nous conte en riant l'anecdote d'une jeune citadine, qui s'&#233;tonne de voir dans la basse-cour des poules au cou nu : &#034;pourquoi les avait-on plum&#233;es ?&#034; Tous les jours nous faisons les quelques km pour aller &#224; la mer. Avec un ma&#238;tre nageur Mathieu apprend en quatre le&#231;ons &#224; nager, &#224; moi il m'en faut nettement plus, mais j'y r&#233;ussis. Etant donn&#233; mes ant&#233;c&#233;dents, je craignais d'&#233;chouer : dans les ann&#233;es 40 Labb&#233; s'&#233;tait propos&#233; de m'apprendre &#224; monter &#224; v&#233;lo, chose utile pour notre travail. Tentative d&#233;sesp&#233;r&#233;e ! Lui qui pensait que le langage &#233;tait un casset&#234;te et qu'on aurait bien assez de 300 mots, se lamentait : il est tout de m&#234;me plus facile de travailler de ses jambes que de sa t&#234;te ! H&#233;las pour moi, les jambes et la t&#234;te &#231;a va ensemble.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et je ne sais toujours pas faire du v&#233;lo.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ann&#233;e d'avant nous avions pass&#233; un mois en Bretagne &#224; camper en itin&#233;rants, sous une pluie incessante, Mathieu fier de notre paratonnerre (une pomme de terre piqu&#233;e en haut du m&#226;t de la tente), et de la bo&#238;te en t&#244;le qui servait de r&#233;chaud. Nous n'avions pas encore de butane, ni ce &#034;Primus&#034; qu'on voyait chez les touristes allemands. La Bretagne n'est pas un pays qu'on fuit &#224; cause de la pluie. Elle a cette magie qu'on retrouve chez les &#034;cousins&#034; au Pays de Galles, ou en Cornouailles, aussi en Ecosse, ces pays o&#249; le ciel n'est pas toujours bleu, o&#249; veillent les menhirs et naissent les l&#233;gendes myst&#233;rieuses dans les ch&#226;teaux hant&#233;s. L'ann&#233;e o&#249; nous sommes all&#233;s en Ecosse, notre 2 CV a fait sensation, on la regardait sous tous les angles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quels originaux ces Fran&#231;ais ! Le syst&#232;me anglais &#034;bed and breakfast&#034; nous permettait de loger chez l'habitant, c'&#233;tait &#224; la fois plus confortable et plus instructif. La pluie n'emp&#234;chait pas les promenades sur les petits chemins de la lande, ni la compagnie des troupeaux de moutons &#224; t&#234;te noire ou de bovins &#224; longue robe laineuse. On mangeait nos cornflakes au lait et on buvait du th&#233;, comme les Anglais, qui s'arr&#234;taient sur la route, qu'il pleuve ou qu'il vente, pour le &#034;five o'clock tea&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un soir, dans un coin perdu, nous trouvons un g&#238;te chez une dame plus toute jeune. Elle vivait seule, avec son chien de garde ; le soir m&#234;me elle nous raconte longuement sa vie, photos &#224; l'appui. Elle avait &#233;t&#233; actrice de cabaret dans sa jeunesse, s'&#233;tait mari&#233;e sur le tard avec un monsieur qui, en ce moment, &#233;tait en d&#233;placement pour son travail &#224; quelques kilom&#232;tres de l&#224;, et elle aimerait bien aller le voir, si seulement nous avions la gentillesse de l'y emmener. Le lendemain il fait un beau soleil. Madame met quand m&#234;me son manteau de fourrure, appelle son chien, et en route. Arriv&#233;s sur les lieux, nous d&#233;couvrons dans une &#233;quipe de terrassiers un pauvre vieux pioche &#224; la main, pas du tout content de notre visite. On ne s'attarde pas. Sur le chemin de retour, madame nous demande de l'arr&#234;ter devant un pub et de lui accorder une demi-heure, pour se reposer et faire provision de quelques bouteilles de bi&#232;re. Le temps d'une promenade, et nous la retrouvons ivre morte. Assise sur le si&#232;ge avant de la 2 CV elle s'agrippe &#224; Gus et tient des propos incoh&#233;rents. Sur le si&#232;ge arri&#232;re, moi et le molosse qui veille sur sa ma&#238;tresse. Arriv&#233;s &#224; la maison, nous d&#233;cidons de repartir aussit&#244;t. Mais voil&#224;, pour avoir l'heure au bistrot elle avait emprunt&#233; la montre-bracelet de Gus ; impossible de la lui enlever, le chien veillait pr&#232;s du lit o&#249; elle &#233;tait allong&#233;e et ne laissait personne approcher.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que faire ? Je me mets &#224; lui parler, tout en m'approchant &#224; petits pas, elle me r&#233;pond par des borborygmes que le chien interpr&#232;te comme un dialogue, je peux enfin doucement lui prendre le poignet et enlever la montre. Nous nous &#233;clipsons en laissant l'argent de la pension et un mot d'adieu. Et voil&#224; l'histoire de notre rencontre avec Maisy Desmond, au cours de notre seule journ&#233;e sans pluie, au pays de Arthur Conan Doyle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien en avance sur la France, dans certaines villes anglaises des quartiers ouvriers neufs ont surgi gr&#226;ce au programme de reconstruction du gouvernement travailliste de M. Attlee. A Newcastle nous avons m&#234;me log&#233; dans une de ces maisons individuelles avenantes, re&#231;us en &#034;amis&#034; chez des inconnus ! Arriv&#233;s dans cette grande ville industrielle, nous nous arr&#234;tons au hasard sur une place, dans un quartier ouvrier ; un homme, pour qui nous sommes visiblement des &#233;trangers, nous aborde : si nous cherchons un g&#238;te, il peut nous h&#233;berger. Je pense &#224; un &#034;bed and breakfast&#034;, nous acceptons. Il est mari&#233;, sans enfants. Je n'ai pas retenu quel travail il faisait, il me semble qu'il &#233;tait au ch&#244;mage. Sa femme nous fait la d&#233;monstration d'un dialogue avec son perroquet. Le lendemain matin, apr&#232;s le petit d&#233;jeuner, notre h&#244;te refuse d'accepter un paiement : nous &#233;tions ses invit&#233;s. Il nous accompagne m&#234;me au pub pour nous offrir une bi&#232;re. Deux &#233;normes chopes sont servies aux hommes, apr&#232;s quoi Gus offre sa tourn&#233;e. Mais &#224; peine la deuxi&#232;me chope vid&#233;e, l'Anglais veut payer une nouvelle tourn&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Heureusement Gus peut invoquer, pour refuser, la sobri&#233;t&#233; au volant ! Puisque nous avions une voiture, il &#233;tait logique, pensais-je, que j'apprenne &#224; conduire. Apr&#232;s la s&#233;rie de le&#231;ons impos&#233;e, le jour de l'examen arrive. Mon moniteur &#233;tait sceptique, disons plut&#244;t s&#251;r de l'&#233;chec ; moi je prenais l'&#233;preuve pour une formalit&#233;, j'avais de toute fa&#231;on pay&#233; les le&#231;ons. Quelle ne fut la stup&#233;faction du moniteur de me voir sortir de la voiture avec le petit billet rose donnant droit au permis ! Comble de l'injustice, juste avant moi un jeune homme, sachant r&#233;ellement conduire, s'&#233;tait vu refuser le m&#234;me billet rose. L'examinateur avait peut-&#234;tre &#233;t&#233; tromp&#233; par mon &#034;sang-froid&#034; bien qu'il m'ait dit, tout en remplissant le papier convoit&#233; : &#034;quand vous conduirez il faudra aussi passer de temps en temps la troisi&#232;me&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;H&#233;las ! Je fis quelques kilom&#232;tres au volant de notre 2 CV, &#224; c&#244;t&#233; de Gus ; puis un jour, en n'appuyant pas assez &#233;nergiquement sur la p&#233;dale de frein, je heurtai l'arri&#232;re d'une camionnette, qui ne s'en aper&#231;ut m&#234;me pas. Mais Gus, scrupuleux et intransigeant, d&#233;cr&#233;ta que si je devais conduire une voiture, je serais un &#034;danger public&#034;. Et l&#224; s'arr&#234;ta ma carri&#232;re, d'autant plus facilement qu'&#224; l'&#233;poque je n'avais qu'un quart d'heure de trajet pour me rendre au travail. Je devais le regretter am&#232;rement plus tard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vaste est le monde&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chaque p&#233;riode de vacances &#233;tait l'occasion d'une nouvelle d&#233;couverte. La premi&#232;re fois o&#249; nous sommes all&#233;s en Alsace (et nous y sommes retourn&#233;s souvent), je fus &#233;tonn&#233;e... de l'&#233;tonnement de Gus : &#224; Strasbourg, dans les bistrots, les boulangeries, dans la rue, les gens parlaient tous l'allemand (c'&#233;tait bien s&#251;r le dialecte alsacien) ! Pour Gus, instruit &#224; l'&#233;cole de la 3&#232;me r&#233;publique, l'Alsace &#233;tait fran&#231;aise. Oui, mais &#224; la fronti&#232;re du monde germanique, qui s'&#233;tendait sur une bonne partie de l'Europe. Ici, au pays de &#034;l'ami Fritz&#034;, je retrouvais les po&#234;les en fa&#239;ence et la literie de mon enfance, non pas le lit bord&#233; avec une couverture, mais un bon &#233;dredon au duvet d'oie. A Colmar o&#249; nous &#233;tions h&#233;berg&#233;s chez l'habitant, notre logeuse s'indignait de ce qu'on n'enseign&#226;t pas l'allemand &#224; l'&#233;cole. Les choses ont semble-t-il chang&#233; depuis, gr&#226;ce en partie aux efforts du grand dessinateur alsacien (franco-allemand) Tomi Ungerer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les ann&#233;es 50 on pouvait voyager en Allemagne, en pleine reconstruction, avec un mark qui valait 80 centimes. En Espagne, la c&#244;te n'&#233;tait pas encore barr&#233;e par un mur de b&#233;ton.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Italie &#233;tait un lieu id&#233;al pour le farniente, et on n'avait pas toujours &#224; craindre les voleurs et les filous qui donnaient au pays si mauvaise r&#233;putation. Une nuit dans la r&#233;gion de Barletta (les Pouilles), nous &#233;tions couch&#233;s tous trois dans un champ de vignes, enroul&#233;s dans nos couvertures. A l'aube nous entendons les voix des paysans venus travailler : &#034;son turisti, son turisti&#034;. Un bien agr&#233;able r&#233;veil. Mais &#224; une autre occasion, &#224; peine &#233;tions nous endormis que les phares et le bruit des tracteurs nous firent nous sauver. A cause de la chaleur accablante, les paysans travaillaient leur champ la nuit. Sur la c&#244;te calabraise, en juillet, on ne craignait pas la foule. De jeunes campeurs italiens, et Mathieu avec eux, sautaient comme des dauphins dans les vagues, tout en chantant le succ&#232;s du jour : &#034;sapore de sale, sapore de mare, sapore de te&#034; ! Mais d&#232;s le d&#233;but d'ao&#251;t il fallait prendre le large, devant le peuple napolitain et sa nombreuse prog&#233;niture. Un jour, arrivant de bon matin dans une ville, nous voyons partout inscrit sur les murs et les magasins &#034;sciopero&#034;. Nous ne connaissions pas ce mot. Une banderole en t&#234;te d'une manif' nous en fournit bient&#244;t la traduction ; d&#233;sormais nous savons dire &#034;gr&#232;ve&#034; en italien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Yougoslavie le tourisme montait en fl&#232;che. Etatis&#233;, il &#233;tait remarquablement bien organis&#233; et d&#233;centralis&#233;. Les gens du pays se comportaient avec une grande dignit&#233; et on avait l'impression qu'il y avait chez eux l'espoir dans l'avenir. Je me souviens des paroles de cette jeune femme de chambre dans un h&#244;tel nouvellement am&#233;nag&#233; ; elle parlait un allemand hach&#233;, une langue qui avait de vieilles traditions dans cette r&#233;gion croate : ma fille va &#224; l'&#233;cole, moi je n'ai pas eu cette chance, on n'envoyait pas les enfants pauvres &#224; l'&#233;cole, aujourd'hui tout est chang&#233;. Mais quand nous traversions en voiture un bourg ou un village sur des routes qui n'&#233;taient pas encore pav&#233;es, il arrivait que les enfants nous jettent des pierres : une vieille habitude, l'expression du ressentiment envers les riches. Au fil des ann&#233;es, le tourisme se mit au go&#251;t d'une certaine client&#232;le, et nous ne m&#238;mes plus les pieds dans les h&#244;tels, m&#234;me si, avec notre devise, ils &#233;taient bon march&#233; ; les serveurs &#224; n&#339;ud papillon m'&#233;taient insupportables, et de plus j'aurais manqu&#233; l'&#233;pisode suivant qui me prouvait encore une fois qu'il faut rester avec les siens. Dans un camping de l'&#238;le de Cres notre tente &#233;tait install&#233;e &#224; c&#244;t&#233; de celle d'un couple allemand, bien &#233;quip&#233; pour vivre &#224; l'aise, y compris de fauteuils prot&#233;g&#233;s par des housses. Mais on ne saurait penser &#224; tout. L'homme avait oubli&#233; son tournevis et il s'adressa &#224; Gus, en lui expliquant par des gestes de quoi il avait besoin. &#034;C'est un tournevis cruciforme&#034;, lui dit Gus (qui avait &#233;videmment l'objet dans la bo&#238;te &#224; outils). &#034;Ja, ja&#034;, lui r&#233;pond l'autre, tout content ; et nous voil&#224; devenus amis, l'Allemand expliquant qu'il travaillait chez Krupp, mais maintenant ils fabriquaient des casseroles, plus question de faire de l'armement. L&#224; aussi, c'&#233;tait encore le temps des illusions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s que le soir tombait les rues devenaient grouillantes de monde. Jeunes filles et gar&#231;ons, les moins jeunes aussi, se prom&#232;nent, rient, bavardent. L'animation est contagieuse. Nous observons les m&#234;mes habitudes en Italie. Mais pas en Allemagne, o&#249; les rues devenaient d&#233;sertes d&#232;s que les magasins fermaient et que les gens rentraient chez eux apr&#232;s leur journ&#233;e de travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est en Turquie que nous avons fait le dernier voyage avec Mathieu, avant qu'il ne vole de ses propres ailes et que les copains ne remplacent d&#233;finitivement les parents comme compagnons de route. Ceux qui aiment voyager ne cesseront jamais de s'&#233;merveiller. Nous traversons quelques pays d'Europe, nous voil&#224; &#224; l'autre bout de la Bulgarie, un pas de plus et nous sommes en Turquie. C'est toujours l'Europe, mais le d&#233;cor a chang&#233; comme par magie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Edirne surgit brusquement avec ses minarets innombrables, les hommes et les femmes ne sont pas v&#234;tus de la m&#234;me fa&#231;on, n'ont pas la m&#234;me d&#233;marche. Nous d&#233;laissons les h&#244;tels destin&#233;s aux touristes. Malgr&#233; quelque r&#233;ticence de la part de mes deux hommes, je me sens en s&#233;curit&#233; avec eux et nous voil&#224; log&#233;s dans un caravans&#233;rail, comme les Turcs. Les chambres, dispos&#233;es autour d'une cour int&#233;rieure, sont propres, &#233;quip&#233;es de lits m&#233;talliques (pour mieux &#233;loigner les punaises) et il y a une douche &#224; l'&#233;tage. Quand il y a beaucoup de monde, on met des lits aussi dans le couloir. Une lune immense, comme je n'en ai jamais vue, se l&#232;ve derri&#232;re la montagne. Des paysans nous proposent, et nous refusons, ce que nous supposons &#234;tre du hachisch. Les bistrots sont tapiss&#233;s d'images de femmes provocantes &#224; demi-nues ; mais dans la rue beaucoup sont v&#234;tues de noir de la t&#234;te aux pieds.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les chats fam&#233;liques, qui ont appris &#224; se m&#233;fier de l'homme, se tiennent &#224; bonne distance m&#234;me quand on leur lance de la nourriture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Istanbul aux mille merveilles, semble une ville laiss&#233;e &#224; l'abandon, mal entretenue, d&#233;labr&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A nouveau, &#233;tonnement du profane : au zoo des cochons dans un enclos sont montr&#233;s au public. Bien s&#251;r, nous sommes en pays musulman, les paysans n'&#233;l&#232;vent pas de cochons. On visite une mosqu&#233;e, chef-d'&#339;uvre d'architecture et de d&#233;coration. Les touristes femmes sont admises, il suffit, avant d'entrer de se d&#233;guiser avec la robe et le foulard de rigueur. Et voil&#224; que nous tombons nez &#224; nez, dans ce lieu saint, avec Arnoux, un jeune camarade de &#034;Voix Ouvri&#232;re&#034;, et sa copine ; je me r&#233;jouis, &#224; voix basse : &#034;bonjour, qu'est-ce que vous faites-l&#224; ?&#034; -&#034;On fait de l'entrisme&#034;, me r&#233;pond Arnoux avec son humour habituel. Il &#233;tait en vacances chez son oncle, juif d'Istanbul. Le monde est petit. La circulation dans cette ville est chaotique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'&#224; cela ne tienne, Gus &#034;s'assimile&#034; et, comme les Turcs, zigzague dans tous les sens en klaxonnant. Pourtant nous ne sommes t&#233;moins d'aucun accident.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A quelques kilom&#232;tres seulement d'Erdek, une station estivale grouillante de monde, nous installons notre tente en bord de mer dans un coin tranquille Il y a l&#224; une buvette tenue par Ahmed, tr&#232;s accueillante dans la journ&#233;e pour les baigneurs. La nuit tomb&#233;e, dans une mare proche les grenouilles d&#233;clenchent leur concert monotone. Je me r&#233;signais d&#233;j&#224; &#224; l'id&#233;e de d&#233;camper le lendemain. Mais cette musique se r&#233;v&#233;la comme la meilleure des berceuses, que nous attendions chaque soir pour nous endormir paisiblement. De bon matin l'&#226;ne nous r&#233;veille avec son hi-han. Nous l'avons vu au travail, trottant en t&#234;te d'une file de chameaux, le paysan fermant la marche. On nous dit que l'&#226;ne poss&#232;de un bon sens de l'orientation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#232;re des HLM Nous avions, en ces ann&#233;es-l&#224;, un s&#233;rieux probl&#232;me de logement. Malgr&#233; nos deux salaires, qui n'&#233;taient pas des plus mis&#233;rables, nous restions confin&#233;s dans un espace exigu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Allemagne avait une politique de reconstruction et se relevait rapidement de ses ruines. En France, o&#249; le b&#226;timent stagnait depuis des ann&#233;es, il y avait une grave &#034;crise du logement&#034;. On &#233;tait dans un cercle vicieux : pour maintenir les bas salaires, exig&#233;s par le patronat, le gouvernement avait bloqu&#233; le prix des loyers et les promoteurs ne trouvaient plus leur int&#233;r&#234;t &#224; b&#226;tir. Les panneaux d'antan : &#034;appartement &#224; louer&#034; avaient d&#233;finitivement disparu. A la longue les promoteurs trouv&#232;rent une astuce pour &#034;investir dans la pierre&#034;. Ils construisaient des immeubles, dont les appartements &#233;taient vendus en copropri&#233;t&#233;. La p&#233;nurie &#233;tait telle que ceux qui disposaient de la somme n&#233;cessaire, le plus souvent en empruntant, achetaient leur appartement &#034;sur plan&#034;, avant m&#234;me que la maison fut achev&#233;e. Plus on descendait dans l'&#233;chelle, plus les gens &#233;taient vol&#233;s sur la marchandise (insonorisation, &#233;tanch&#233;it&#233;, hauteur des plafonds, etc.). Nous n'avions pas les moyens d'acheter ni personne aupr&#232;s de qui emprunter. Finalement la solution vint du c&#244;t&#233; de l'Unesco, qui s'apercevant de la gravit&#233; du probl&#232;me prit une mesure sociale : des pr&#234;ts en proportion du salaire, &#224; 4% sur dix ans. Pour y avoir droit, on remplissait un questionnaire et les plus mal lotis avaient, cela va de soi, la priorit&#233;. C'est ce que je pensais. Mon exp&#233;rience de &#034;contestataire&#034; ne m'avait pas d&#233;pouill&#233;e de toutes les illusions. J'attendais en vain un avis favorable de la commission charg&#233;e d'examiner les demandes, lorsque je d&#233;couvris un passe-droit flagrant : une coll&#232;gue c&#233;libataire, qui en tant qu'&#233;trang&#232;re touchait une indemnit&#233; de logement, avait, elle, obtenu un pr&#234;t. Je me voyais oblig&#233;e de faire ce qu'on fait h&#233;las dans notre soci&#233;t&#233; de classe et de bureaucratie : intervenir au bon endroit, plaider et menacer. Le pr&#234;t me fut accord&#233;. Mais &#224; force d'avoir perdu du temps, la conjoncture s'&#233;tait retourn&#233;e contre moi. Les pieds noirs revenaient en masse d'Alg&#233;rie, faisant monter les prix, et avec l'argent qui m'aurait permis, six mois avant, d'acheter un logement dans le 15&#232;me, &#224; l'&#233;poque encore quartier populaire, nous d&#251;mes pour un m&#234;me deux-pi&#232;ces, nous expatrier en banlieue. Et comme la loi du profit ne conna&#238;t pas de limites, nous e&#251;mes pour notre argent un logement de 65 m2 aux murs sans enduits et sans peinture. Gus s'attela &#224; l'ouvrage, y consacrant des soir&#233;es et ses fins de semaine, pendant que nous continuions &#224; loger, en attendant, dans le studio du 15&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le dimanche, Mathieu et moi nous venions lui tenir compagnie. On appr&#233;ciait le calme, les petits pavillons, la verdure, le jardin qui longeait notre b&#226;timent de deux &#233;tages. Quelle surprise quand nous avons emm&#233;nag&#233; ! Comment n'y avions-nous pas pens&#233; ? Ce calme &#233;tait r&#233;serv&#233; au dimanche ; en semaine des centaines de voitures roulaient, transportant les banlieusards au travail et les ramenant, tandis que le train passait sur le pont. On dormait mal la nuit et cela nous semblait au d&#233;but insupportable ; mais on finit par s'y habituer. Et voil&#224; comment nous sommes devenus, comme des centaines de milliers d'autres, des banlieusards &#034;m&#233;tro, boulot, dodo&#034;. Encore n'habitions nous pas une HLM, une de ces tours et barres hideuses construites &#224; la h&#226;te dans les ann&#233;es 60, qui surgissaient de terre autour des grandes villes en m&#234;me temps que les patrons importaient de plus en plus de main-d'&#339;uvre &#034;&#233;trang&#232;re&#034;. On y relogeait ainsi dans de meilleures conditions d'espace et d'hygi&#232;ne les familles qui s'entassaient par milliers dans les taudis des sordides bidonvilles (comme celui devenu c&#233;l&#232;bre de Nanterre).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lulu, qui avec ses deux enfants habitait aux Halles un logement sans WC et sans douche, obtint gr&#226;ce au &#034;1% patronal&#034; de Renault (contribution &#224; la construction) un appartement plus confortable &#224; Meudon-la-For&#234;t. Pour &#233;riger les tours on avait ras&#233; de grandes &#233;tendues bois&#233;es, et dans leur avidit&#233; de gain les promoteurs avaient trac&#233; des rues et des trottoirs si &#233;troits, qu'on avait &#224; peine la place de circuler entre les voitures. On &#233;tait entr&#233;s dans l'&#232;re de la bagnole, car si les ouvriers n'avaient pas les moyens de bien se loger, ils pouvaient gr&#226;ce &#224; la productivit&#233; qui abaissait les prix, s'acheter une auto. C'est &#224; l'&#233;poque que M. Dreyfus, directeur de la R&#233;gie entreprise nationalis&#233;e, fut interrog&#233; par un journaliste : &#034;pourquoi ne construisez-vous pas plut&#244;t des logements qui manquent tant ?&#034; -&#034;Ce n'est pas mon affaire, je dirige une usine d'automobiles et mon souci c'est d'en vendre.&#034; Des urbanistes et des architectes qui participaient &#224; cette pagaille, &#233;crivaient par ailleurs des articles la d&#233;non&#231;ant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En vain. L'argent &#233;tait roi, la sp&#233;culation sans frein aussi, comme du temps de Zola et d'Haussmann, pire encore. Quand des manifestations ouvri&#232;res encadr&#233;es par la CGT d&#233;filaient, on entendait psalmodier lamentablement : &#034;Pompidou des sous&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La bourgeoisie fran&#231;aise poursuivait la reconqu&#234;te de son empire colonial : apr&#232;s huit ann&#233;es de guerre en Indochine (46-54) devaient suivre huit ann&#233;es de guerre en Alg&#233;rie (54-62). Ces guerres se d&#233;roulaient dans l'indiff&#233;rence de la classe ouvri&#232;re. La mentalit&#233; des ouvriers &#233;tait loin d'&#234;tre anti-colonialiste. Des jeunes appel&#233;s refusaient de monter dans les trains, se couchaient sur les rails, mais il n'y eut pas de manifestations populaires pour les soutenir. Les &#034;porteurs de valises&#034;, comme on appelait ceux qui aidaient le mouvement nationaliste alg&#233;rien, &#233;taient une minorit&#233; d'intellectuels dont le chef de file &#233;tait Francis Jeanson. Le PCF avait depuis longtemps oubli&#233; son opposition &#224; la guerre du Rif et c'est nous, l'U.C. (4&#232;me Internationale), qui avions r&#233;&#233;dit&#233; en juillet 45 une brochure d'avril 1926 du PC (qui n'&#233;tait pas encore PCF), intitul&#233;e : le P.C. et la guerre du Maroc - &#034;On croit se battre pour la patrie, on meurt pour les industriels et les banquiers&#034; (Anatole France). Une brochure o&#249; l'on pouvait lire : &#034;nous disons aux soldats fran&#231;ais : &#034;fraternisez avec les Rifains !&#034; et aux ouvriers et paysans : &#034;dressez vous pour soutenir la fraternisation des soldats !&#034; Rien de semblable dans les ann&#233;es cinquante : le PCF &#233;tait d&#233;sormais pour l'Alg&#233;rie fran&#231;aise. Pour mener une propagande contre le chauvinisme, il n'y avait aucune organisation ayant l'oreille des masses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La guerre d'Alg&#233;rie n'emp&#234;cha pas la bourgeoisie fran&#231;aise de se lancer en 1956 aux c&#244;t&#233;s des Anglais (et avec la participation d'Isra&#235;l) dans une exp&#233;dition contre l'Egypte, pour abattre Nasser qui avait nationalis&#233; le canal de Suez ; exp&#233;dition stopp&#233;e net sur l'injonction des Am&#233;ricains. La m&#234;me ann&#233;e les chars russes &#233;crasaient l'insurrection ouvri&#232;re de Budapest.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les staliniens fran&#231;ais, qui avaient ni&#233; l'existence du &#034;rapport secret&#034; sur les crimes de Staline r&#233;v&#233;l&#233;s par Khrouchtchev au 20&#232;me congr&#232;s du PC russe, approuvaient par contre sans r&#233;serve la r&#233;pression sanglante de Budapest, et traitaient les ouvriers hongrois de fascistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 58 de Gaulle fut rappel&#233; au pouvoir pour mettre fin &#224; la guerre aux moindres frais pour la bourgeoisie. Mais du c&#244;t&#233; des Alg&#233;riens l'heure n'&#233;tait plus au compromis, et de tractations en tergiversations la guerre dura encore quatre ans. Apr&#232;s le putsch manqu&#233; des g&#233;n&#233;raux &#224; Alger en avril 1961, les bandes d'&#034;ultras&#034; de l'OAS (Organisation de l'arm&#233;e secr&#232;te) qui s&#233;vissaient d&#233;j&#224; en Alg&#233;rie, d&#233;clench&#232;rent une s&#233;rie d'attentats en France. C'est alors seulement que la population se mit &#224; r&#233;agir par des manifestations de rue. Celle rest&#233;e dans les m&#233;moires, eut lieu en r&#233;ponse &#224; un attentat de l'OAS qui avait arrach&#233; un &#339;il &#224; une fillette de 4 ou 5 ans, la petite Delphine Renard. Je me souviens bien de ce morne d&#233;fil&#233; de deuil d'un demi-million de personnes (auquel j'ai particip&#233;), portant les portraits des gens assassin&#233;s au m&#233;tro Charonne : des manifestants qui, chass&#233;s par la police, s'&#233;taient simplement r&#233;fugi&#233;s dans le m&#233;tro et que les flics pi&#233;tin&#232;rent &#224; mort. C'&#233;tait en f&#233;vrier 62. (Dix ans plus tard un d&#233;fil&#233; tout aussi nombreux allait avoir lieu pour la mort du jeune mao&#239;ste Pierre Overney, assassin&#233; par les flics de la R&#233;gie Renault, mais dans un tout autre climat). La tuerie du m&#233;tro Charonne venait quatre mois apr&#232;s le massacre sauvage, &#224; Paris, le 17 octobre 61, de manifestants alg&#233;riens dont les cadavres furent jet&#233;s &#224; la Seine et dont on ne parla gu&#232;re &#224; l'&#233;poque. Pendant que les patrons commen&#231;aient &#224; importer massivement de la main-d'&#339;uvre &#233;trang&#232;re, l'OAS s'attaquait aussi aux locaux syndicaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est finalement la guerre coloniale men&#233;e par les Am&#233;ricains au Vietnam qui mobilisa la jeunesse. De jeunes Am&#233;ricains, qui refusaient d'aller se faire tuer pour une mauvaise cause, d&#233;sertaient de l'arm&#233;e ; des manifestations monstre, &#224; Washington devant la Maison Blanche, et partout ailleurs, s'affrontaient aux policiers, la jeunesse s'insurgeait contre la guerre et contestait cette soci&#233;t&#233;. Parmi les &#233;tudiants naissait le mouvement beatnik et hippie. &#034;The times they are changing&#034; chantait Bob Dylan ; une chanson qui se voulait proph&#233;tique. Ce &#034;gulf stream&#034; venant d'Am&#233;rique r&#233;chauffa l'Europe. A Paris les jeunes manifestaient aux cris de &#034;Ho-Ho-Ho-Chi-Minh&#034; et &#034;Che-Che-Guevara&#034;, au grand dam des staliniens auxquels souvent ils s'affrontaient. Les &#034;gauchistes&#034; qu'on n'appelait pas encore ainsi, et qui allaient devenir les &#034;enrag&#233;s&#034;, &#233;taient n&#233;s. J'ai conserv&#233; une coupure de journal avec une photo o&#249; Mathieu, lyc&#233;en &#224; Buffon, est aux premiers rangs d'une manifestation. Une tr&#232;s large fraction de la jeunesse se sentait concern&#233;e, dans tous les pays. En Allemagne, Rudi Dutschke, le leader &#233;tudiant, &#233;tait mortellement bless&#233; par un &#034;fanatique&#034; le 11 avril 1968.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une soci&#233;t&#233; en pleine croissance &#233;conomique, la contestation &#233;tudiante n'inqui&#233;tait pas trop la bourgeoisie, dont beaucoup de ces jeunes &#233;taient d'ailleurs issus. Cependant, si de jeunes ouvriers se laissaient aller &#224; avoir les cheveux longs, comme c'&#233;tait la mode, ils &#233;taient brim&#233;s et il y a m&#234;me eu des cas extr&#234;mes de pers&#233;cution. Les filles n'&#233;taient pas admises en classe en pantalons. J'ai m&#234;me d&#251; expliquer &#224; Vic, qui sermonnait une jeune militante, qu'une fille en pantalons n'avait rien de bourgeois ni de choquant, et qu'on allait vite s'y habituer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; moi, je pris avec un certain retard le train des Beatles, mais nous avons aim&#233; d'embl&#233;e la chanson de Bob Dylan sur la &#034;bonne conscience&#034; de l'Am&#233;ricain moyen. Mai 68 n'&#233;tait pas loin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est une r&#233;volution ? Non, une r&#233;volte Bien que plus d'un signe avant-coureur aurait pu la pr&#233;sager, l'explosion de mai au Quartier latin, dont la fac de Nanterre avait allum&#233; la m&#232;che, prit bien des gens au d&#233;pourvu. Occup&#233;e par les &#233;tudiants, la Sorbonne &#233;tait &#233;vacu&#233;e le 3 mai par la police et les CRS au prix de brutalit&#233;s et d'arrestations. Quelques jours avant les affrontements du 3 mai aux cris de &#034;lib&#233;rez nos camarades !&#034;, Voix Ouvri&#232;re (journal dit trotskiste) expliquait que le mouvement &#233;tudiant &#233;tant petit-bourgeois, il n'y avait pas grand'chose &#224; en attendre. Les staliniens y &#233;taient bien s&#251;r violemment oppos&#233;s. Je me souviens bien de l'entretien &#224; distance transmis par la radio (tout le monde &#224; cette &#233;poque avait l'oreille coll&#233;e au &#034;transistor&#034;) entre Georges S&#233;guy, le boursoufl&#233; bureaucrate en chef de la CGT, et les gr&#233;vistes des chantiers de St. Nazaire, qu'il voulait persuader de reprendre le travail. C'est l&#224; qu'il prof&#233;ra au sujet du porte-drapeau le plus populaire du mouvement &#233;tudiant, sa phrase devenue c&#233;l&#232;bre : &#034;Cohn-Bendit connais pas&#034;. Quelques jours plus tard, devant la forte &#233;motion populaire suscit&#233;e par la nuit des barricades, le 10 mai au Quartier latin, S&#233;guy &#233;tait oblig&#233; de d&#233;filer, le 13 mai, avec 500.000 manifestants Cohn-Bendit en t&#234;te. La nuit des barricades s'&#233;tait sold&#233;e par 367 bless&#233;s et 500 arrestations. Le 24 mai on comptait en France dix millions de gr&#233;vistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans toutes les villes, jour apr&#232;s jour, du matin au soir et tard dans la nuit, des dizaines de milliers de jeunes, bras dessus bras dessous, en rangs serr&#233;s, avancent au pas de course, parfois en sautillant hop hop - &#034;ce n'est qu'un d&#233;but, continuons le combat&#034; ; ce slogan r&#233;sonnait dans toutes les oreilles. C'est ce printemps de la jeunesse, sa solidarit&#233;, sa r&#233;sistance devant la r&#233;pression (&#034;CRS-SS&#034;), sa d&#233;monstration de force et de d&#233;termination qui servirent d'exemple et d&#233;clench&#232;rent finalement une vague de gr&#232;ves, puis la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale, brisant les r&#233;sistances des dirigeants staliniens et c&#233;g&#233;tistes. L'irr&#233;sistible vent de la libert&#233; entra&#238;na des intellectuels et des artistes &#224; suivre le mouvement. Qu'est devenu Evariste, math&#233;maticien, auteur de l'inoubliable chanson &#034;La r&#233;volution&#034; : &#034;ah, si tu travailles comme &#231;a j'ai peur, qu'tu passes pas dans la classe sup&#233;rieure&#034; dit le p&#232;re ; &#034;les diff&#233;rences de classe nous les supprimerons, c'est pour &#231;a qu'on fait la r&#233;volution&#034;, r&#233;pond le fils. On parle aujourd'hui des &#233;tudiants qui ayant fait par la suite carri&#232;re sont rentr&#233;s dans le rang. Mais on ne parle bien s&#251;r pas de ceux, sans doute bien plus nombreux, qui n'ont pas suivi cette voie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La police exer&#231;ait sa brutalit&#233; et ses s&#233;vices sur les &#233;tudiants, des cars entiers prenaient la direction de l'h&#244;pital Beaujon, mais le gouvernement h&#233;sitait encore &#224; faire couler le sang. La r&#233;pression ne prenait plus du tout de gants quand elle s'exer&#231;ait contre les ouvriers ; c'est ainsi que venu soutenir les ouvriers &#224; Flins, l'&#233;tudiant Gilles Tautin pourchass&#233; par les flics se noya dans la Seine ; c'est ainsi que la police tira et tua deux ouvriers chez Peugeot &#224; Sochaux, soixante-sept autres &#233;taient bless&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous v&#233;c&#251;mes intens&#233;ment ces quelques semaines, non seulement &#224; travers Mathieu, mais en participant le plus souvent aux manifestations de rue. Gus &#233;tait en gr&#232;ve avec le coll&#232;ge ; moi j'allais au bureau, mais &#224; pied, les transports &#233;tant arr&#234;t&#233;s. Nous habitions d&#233;j&#224; &#224; Vanves et de l&#224; jusqu'&#224; la place Fontenoy, dans le 7&#232;me, j'organisais mon trajet pour faire le tour des usines en gr&#232;ve ; il n'&#233;tait pas n&#233;cessaire de conna&#238;tre leur adresse, sur toutes flottait le drapeau rouge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la Thomson-CSF d'Issy-les-Moulineaux je m'arr&#234;tai longuement pour recopier un po&#232;me affich&#233; au mur, manifestement compos&#233; par un ouvrier dans le m&#234;me esprit que la r&#233;volte des jeunes. Leur principal slogan n'&#233;tait-il pas &#034;il est interdit d'interdire&#034; ? Ne clamaient-ils pas &#034;ouvriers, &#233;tudiants, m&#234;me combat&#034; ? Quai de Javel devant Citro&#235;n, j'assistai &#224; une v&#233;h&#233;mente joute oratoire entre des &#233;tudiants venus soutenir les gr&#233;vistes, et un bonze syndical, qui n'eut pas le dessus. Pr&#232;s du lyc&#233;e Buffon, lui aussi en gr&#232;ve, je fus t&#233;moin d'un dialogue entre des mamans inqui&#232;tes et leur prog&#233;niture. N'&#233;taient-ils pas trop jeunes pour n&#233;gliger ainsi leurs &#233;tudes ? C'est alors qu'un gamin de 12-13 ans prit la parole, et me remplit d'aise : &#034;Madame, aux &#226;mes bien n&#233;es la valeur n'attend pas le nombre des ann&#233;es&#034;. On peut, madame, &#234;tre r&#233;volt&#233; et n&#233;anmoins bon &#233;l&#232;ve connaissant ses classiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La parole &#233;tait dans la rue. Mais pas seulement la parole. Partout des slogans inscrits sur les murs : &#034;Soyez r&#233;alistes, demandez l'impossible&#034; ; &#034;Il est interdit d'interdire&#034; ; &#034; Sous les pav&#233;s, la plage&#034; ; &#034;L'imagination prend le pouvoir&#034; ; &#034;Cours camarade, le vieux monde est derri&#232;re toi&#034;... ou encore un path&#233;tique &#034;j'ai quelque chose &#224; dire, mais je ne sais pas quoi&#034;. Les &#233;tudiants des Beaux-arts, organis&#233;s en &#034;collectifs&#034;, couvraient Paris et la banlieue de vraies &#339;uvres d'art : des affiches, qui se vendirent plus tard en Am&#233;rique, quand on en trouvait encore, au prix fort. Voyez ce CRS devant un micro au si&#232;ge de la t&#233;l&#233;vision (ORTF), bard&#233; de son bouclier et de matraque : &#034;La police vous parle tous les soirs &#224; 20 h.&#034; La radiot&#233;l&#233;vision &#233;tait en gr&#232;ve et occup&#233;e par la police. M&#234;me un L&#233;on Zitrone, chroniqueur des cours royales, &#233;tait devenu un contestataire ! Un jour je demandai &#224; Lulu : &#034;tu as vu les affiches des &#233;tudiants ?&#034; Non, mais elle eut aussit&#244;t une bonne id&#233;e : les &#233;tudiants des Beaux-arts tenaient portes ouvertes, comme ceux de la Sorbonne, et nous allions nous y rendre pour les voir travailler. Arriv&#233;es rue Jacob, Lulu se pr&#233;sente comme travaillant chez Renault. On lui fait f&#234;te ! Ce fameux jour du 16 mai o&#249; les ouvriers avaient d'eux-m&#234;mes d&#233;clench&#233; la gr&#232;ve et occup&#233; l'usine, les &#233;tudiants tant attendus n'arriv&#232;rent en cort&#232;ge &#224; Billancourt qu'assez tard le soir et furent accueillis avec des applaudissements par les jeunes ouvriers mass&#233;s sur les toits de l'usine. Un rire hom&#233;rique r&#233;pondit &#224; une jeune &#233;tudiante qui leur avait cri&#233; : &#034;vous avez faim ?&#034; Beaucoup de monde &#233;tait d&#233;j&#224; mass&#233; Place Nationale et les discussions &#233;taient anim&#233;es. J'entends un jeune ouvrier r&#233;p&#233;ter les saloperies c&#233;g&#233;tistes sur Cohn-Bendit. Je lui demande : &#034;tu connais Cohn-Bendit ?&#034; -&#034;Non&#034;. -&#034;Alors pourquoi tu en dis du mal ?&#034; Le jeune se tait, g&#234;n&#233;. D&#232;s l'arriv&#233;e du cort&#232;ge &#233;tudiant, les staliniens occupent l'estrade qui avait &#233;t&#233; pr&#233;par&#233;e, et un bureaucrate fra&#238;chement promu, Halbeher du d&#233;partement 37 (celui de C&#233;dar) prend le micro et monopolise la parole. Il ne se trouva personne pour le d&#233;loger, et malgr&#233; les protestations, les &#233;tudiants furent emp&#234;ch&#233;s de s'exprimer. Et voil&#224; que quelqu'un de chez Renault se pr&#233;sente chez eux, les &#233;tudiants des Beaux-Arts. Tout de suite ils d&#233;cident de faire une affiche. Plusieurs se mettent au travail, et leurs dessins sont soumis &#224; un vote. L'affiche retenue est placard&#233;e partout les jours suivants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;H&#233;las, le mouvement &#233;tait d&#233;j&#224; sur son d&#233;clin. Chez Renault les ateliers &#233;taient vides ; les commandos staliniens qui faisaient courir le bruit que les &#233;tudiants voulaient casser les machines, montaient la garde &#224; toutes les portes et ne laissaient personne approcher. Et personne n'osa les affronter. S&#233;guy s'&#233;tait fait huer une premi&#232;re fois par les gr&#233;vistes de Renault, avant que la CGT n'obtienne enfin par la n&#233;gociation et les &#034;accords de Grenelle&#034; (le 25 mai) des augmentations de salaires, surtout du SMIG, le salaire minimum de l'&#233;poque. La fusion entre la r&#233;volte &#233;tudiante et le mouvement gr&#233;viste ne s'&#233;tait pas faite, et les ouvriers reprirent le travail avec de maigres satisfactions. En m&#234;me temps le gouvernement prenait un arr&#234;t&#233; d'expulsion contre &#034;l'&#233;tranger&#034; Cohn-Bendit, fils de juifs allemands r&#233;fugi&#233;s en France.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les jeunes manifestaient dans la rue aux cris de &#034;nous sommes tous des juifs allemands&#034;, &#034;les fronti&#232;res on s'en fout, Cohn-Bendit avec nous&#034;. Dany &#233;tait n&#233; en France, mais ses parents &#233;taient &#233;trangers, et lui-m&#234;me n'avait pas voulu faire son service militaire. Un jour, &#224; l'Unesco, mon amie Jeanne, qui habitait tout pr&#232;s, m'invite &#224; venir prendre le caf&#233;. Une surprise m'y attendait. Dany se cachait chez elle, en attendant une d&#233;cision. Ses parents et ceux de Jeanne, r&#233;fugi&#233;s en France en 1933, avaient &#233;t&#233; amis. Je connaissais Dany, avec sa tignasse rousse et ses yeux bleus, pour l'avoir vu grimper en haut d'un lampadaire et dominer la foule, pour l'avoir crois&#233; sur le boul'Mich', pour l'avoir vu entra&#238;ner les &#233;tudiants au Champ de Mars apr&#232;s la dislocation de l'immense manif populaire du 13 mai, pour avoir vu partout l'affiche qui le montrait narguant avec le sourire un CRS. Et voil&#224; que ce gar&#231;on de 23 ans, avec ses taches de rousseur et son regard p&#233;tillant, me tend la main ; dans l'autre il tenait &#034;Que faire&#034; de L&#233;nine. Les jeunes ne se contentaient pas de parler et de discuter, ils lisaient aussi beaucoup.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dany n'&#233;tait pas marxiste, ni l&#233;niniste (son fr&#232;re a&#238;n&#233; &#233;tait anarchiste), il n'&#233;tait pas non plus avec les mao&#239;stes qui, eux, &#034;&#233;tudiaient&#034; Le petit livre rouge de Mao.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai gard&#233; de cette &#233;poque des archives comme la collection de l'Enrag&#233; avec d'excellentes bandes dessin&#233;es - n'y aurait-il que celle de Cabu, &#034;La ch&#232;vre de M. S&#233;guy&#034; gambadant sur la montagne Ste Genevi&#232;ve -, des reproductions d'affiches, des coupures de journaux. Je me souviens m'&#234;tre dit plus d'une fois : si je venais &#224; mourir j'aurai au moins encore v&#233;cu cela ! Ce mois de mai avait &#233;clat&#233; en France &#034;&#224; la fran&#231;aise&#034;, dans la spontan&#233;it&#233;, l'improvisation, les extraordinaires s&#233;ances de d&#233;bats &#224; la Sorbonne &#224; nouveau occup&#233;e, sur laquelle flottait le drapeau rouge, la cr&#232;che avec l'aide des grand'm&#232;res du quartier pour permettre aux jeunes m&#232;res de participer et aux enfants de respirer l'air de la r&#233;volution, le lyrisme, le clin d'&#339;il permanent &#224; la vieille tradition r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un souvenir amusant de ce temps est le film am&#233;ricain de Milos Forman, &#034;Taking off&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cin&#233;aste tch&#232;que, auteur de &#034;l'As de pique&#034; et autres films satiriques, Forman s'&#233;tait exil&#233; aux Etats-Unis. &#034;Taking off&#034; &#233;tait une &#339;uvre &#224; la fois sarcastique et tendre sur le mouvement hippie. &#034;Hair&#034;, qui allait suivre, donnait la parole &#224; la jeunesse am&#233;ricaine contre la guerre du Viet-Nam.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ao&#251;t 68 les chars russes entraient &#224; Prague pour mater ceux qui voulaient un &#034;socialisme &#224; visage humain&#034;. Je me souviens de l'&#233;t&#233; o&#249; nous passions nos vacances dans un camping yougoslave, sur l'&#238;le de Cres. Nos voisins &#233;taient un couple de jeunes Anglais hippies, le gar&#231;on avec une longue chevelure rousse. Nous entamons une conversation avec un &#233;tudiant tch&#232;que, interdit d'&#233;tudes chez lui. &#034;Pourquoi les &#233;tudiants chez vous se r&#233;voltent-ils contre la d&#233;mocratie ? Ce n'est pas juste. Chez nous c'est la dictature, et vous ne nous avez pas aid&#233;s&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Difficile de lui expliquer que notre d&#233;mocratie, &#224; laquelle il aspire, est une fa&#231;ade trompeuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Difficile. Car eux, ils souffrent et nous, nous vivons dans &#034;l'abondance&#034;, la soci&#233;t&#233; de consommation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En octobre de l'ann&#233;e 68, les &#233;tudiants se font massacrer sur la Place des 3 Cultures &#224; Mexico, dans ce pays o&#249; les riches devenaient toujours plus riches, et les pauvres toujours plus pauvres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant en Europe m&#234;me, o&#249; les conditions de vie, dans certains pays, s'am&#233;lioraient rapidement, la prosp&#233;rit&#233; n'&#233;tait pas une manne c&#233;leste qui tombe du ciel pour tous. Comme le dit un dicton populaire anglais cit&#233; par George Orwell : &#034;The rain it raineth every day upon the just and unjust fellow, but more upon the just because the unjust has the just's umbrella&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(La pluie tombe sur l'homme juste et sur l'injuste, mais davantage sur le juste car c'est l'injuste qui a le parapluie du juste).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant le mouvement de mai 68 ne devait pas s'&#233;teindre comme un feu de paille. Cohn- Bendit &#233;tait expuls&#233;, et le drapeau rouge, qui avait remplac&#233; la serpilli&#232;re (c'est ainsi que les jeunes avaient surnomm&#233; le tricolore) ne flottait plus sur la Sorbonne. Mais des revendications avanc&#233;es par les &#233;tudiants avaient &#233;t&#233; satisfaites, tous les bacheliers de l'ann&#233;e 68 eurent leur bachot d'office, la notation dans les &#233;coles &#233;tait supprim&#233;e, des universit&#233;s furent cr&#233;&#233;es &#224; la p&#233;riph&#233;rie et m&#234;me une universit&#233; ouverte &#224; tous, &#224; Vincennes. L'&#034;Universit&#233; populaire&#034; avait &#233;t&#233; un des slogans des &#233;tudiants. Les enseignants, du secondaire jusqu'&#224; l'universit&#233;, avaient le profil bas. Ils avaient bien des choses &#224; faire oublier, ou &#224; se faire pardonner. Deux ans plus t&#244;t, au bachot 1966, 27% seulement des &#233;l&#232;ves de ce qu'on appelait les &#034;math &#233;l&#233;m&#034; &#233;taient re&#231;us. Mathieu &#233;tait dans le lot des recal&#233;s, avec une note &#233;liminatoire en physique, mati&#232;re dans laquelle il avait eu d'excellentes notes en cours d'ann&#233;e. Etonn&#233;e, j'allai sur le champ interroger l'examinateur. Son explication, laconique, &#233;tait en substance celle-ci (je n'ai pas retenu les mots exacts) : on m'a fait souffrir quand j'&#233;tais &#233;l&#232;ve, je fais souffrir &#224; mon tour. Ces petits despotes avaient tous bien m&#233;rit&#233; le retour de b&#226;tons de 68.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 67, quand Gus commen&#231;a sa carri&#232;re de professeur auxiliaire dans un CET, Coll&#232;ge d'enseignement technique d'&#233;lectricit&#233;, (&#224; 40 ans il tournait la page de plus de 20 ans de travail en usine), c'&#233;tait l'&#233;cole caserne : des jeunes de 15 &#224; 17 ans marchaient en rang et se faisaient &#224; l'occasion gifler par le directeur. Les staliniens qui avaient mis toutes leurs forces &#224; freiner le mouvement de 68 (Gus en fut t&#233;moin dans son coll&#232;ge) furent r&#233;compens&#233;s par une d&#233;faite cinglante aux &#233;lections de juillet 68, qui virent le triomphe de la droite. Les jeunes avaient beau crier &#034;&#233;lections pi&#232;ge &#224; cons&#034;, la France profonde prenait sa revanche dans les urnes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais parmi les jeunes le vent chaud de mai 68 allait souffler encore pendant plusieurs ann&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;t&#233; 69 les &#233;tudiants organis&#232;rent un peu partout dans le pays des camps d'&#233;tudes. Dans les quartiers et banlieues populaires ils montaient des spectacles de rue, ouvraient des maisons de la culture, que M. Malraux ministre allait fermer sous divers pr&#233;textes, pour cr&#233;er &#224; leur place, sous sa tutelle, les &#233;ph&#233;m&#232;res MJC. Il y a culture et culture ! Les feux de mai 68 La contestation contamina les &#233;coles d'apprentissage qu'on appelait les CET, coll&#232;ge d'enseignement technique, aujourd'hui les LEP, lyc&#233;e d'enseignement professionnel (&#034;lyc&#233;e&#034; au lieu de &#034;coll&#232;ge&#034; ne change cependant rien au contenu). Je me souviens d'une manifestation de ces &#034;coll&#233;giens&#034;, fils de familles ouvri&#232;res : ils avaient des entonnoirs sur la t&#234;te et criaient des slogans contre Michel Debr&#233;, auteur d'un projet de loi visant &#224; embrigader plus t&#244;t les jeunes dans l'arm&#233;e. C'&#233;tait en avril 73 et une mar&#233;e de jeunes envahissait les rues : &#034;chaud, chaud, le printemps sera chaud !&#034; &#034;Cinq ans d&#233;j&#224;, coucou nous revoil&#224; !&#034; Cette r&#233;f&#233;rence &#224; mai 68 devait revenir plus tard dans presque toutes les manifestations de jeunes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1971 le 100&#232;me anniversaire de la Commune fut marqu&#233; par une grande manifestation au P&#232;re Lachaise, des milliers de jeunes s'&#233;taient joints au cort&#232;ge organis&#233; par les trotskistes de &#034;Lutte Ouvri&#232;re&#034; (ancienne V.O.) et de la LCR (Ligue Communiste R&#233;volutionnaire). La m&#234;me ann&#233;e nous assistions &#224; Presles &#224; la premi&#232;re f&#234;te de L.O. &#224; laquelle particip&#232;rent dans la bonne humeur des gens comme Ariane Mnouchkine et son th&#233;&#226;tre de la Cartoucherie de Vincennes (cr&#233;ation dans le sillage de mai 68), ou la duchesse d'Albe, grande dame espagnole ennemie de Franco, qui avait &#233;crit un excellent livre intitul&#233; &#034;La gr&#232;ve&#034;. La f&#234;te attira par la suite des personnages comme le &#034;petit juge&#034; Pascal et bien d'autres. L'apr&#232;s mai 68 a vu na&#238;tre de nombreux mouvements de contestation : celui des conscrits (impuls&#233; par la Ligue) qui r&#233;clamaient le droit de se syndiquer, celui des d&#233;tenus contre leurs honteuses conditions de vie dans les prisons, le mouvement f&#233;ministe, et dans son sillage celui des prostitu&#233;es, le mouvement anti-nucl&#233;aire, pr&#233;curseur des &#233;cologistes. En 1972 la loi Veil pour la libert&#233; de l'avortement (avec certaines restrictions) fut enfin vot&#233;e, sous un gouvernement de droite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains intellectuels prenaient le parti du peuple, mais pas tous ; en tant que couche privil&#233;gi&#233;e ils restaient au service des nantis. En 1973 avait &#233;clat&#233; ce qu'on a appel&#233; la crise p&#233;troli&#232;re : par une entente des grandes compagnies les prix se mirent tout d'un coup &#224; flamber. On fit aussit&#244;t appel aux sp&#233;cialistes pour justifier le ph&#233;nom&#232;ne. J'&#233;tais bien plac&#233;e pour les entendre, car l'Unesco patronnait le &#034;Club de Rome&#034;, un panel d'experts et de savants qui expliqu&#232;rent preuves &#224; l'appui que les ressources min&#233;rales de la terre &#233;taient taries et que du p&#233;trole il n'y en aurait bient&#244;t plus. Comment osent-ils affirmer cela ? me disais-je dans mon ignorance, mais me doutant de leurs intentions. La Shell et autres Standard Oil, une fois qu'ils eurent r&#233;ussi leur man&#339;uvre, se mirent &#224; installer de gigantesques forages et &#224; d&#233;couvrir du p&#233;trole en Mer du Nord et au large du Mexique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En septembre 73 eut lieu la grande marche sur Besan&#231;on, qui rassembla 100.000 manifestants sous la pluie venus soutenir les ouvriers de Lip. La r&#233;sistance, depuis des mois, de ces ouvriers de l'horlogerie licenci&#233;s qui faisaient marcher l'usine - &#034;on fabrique, on vend, on se paye&#034; - avait un &#233;norme retentissement dans tout le pays. (Des acteurs pr&#233;sent&#232;rent m&#234;me &#224; Paris une pi&#232;ce de th&#233;&#226;tre tr&#232;s r&#233;ussie, mettant en sc&#232;ne &#034;le rapport de forces&#034;). Avec Gus je me trouvais sur la route quand, dans cette immense foule, nous rencontrons notre camarade Ramboz, que nous avions perdu de vue depuis des ann&#233;es. Nous &#233;changeons quelques mots, puis apercevant un petit groupe de Nord-africains il nous quitte : &#034;je vais avec eux&#034;. Et nous le perdons de vue &#224; nouveau. L'action exemplaire des Lip, qui se prolongea sur une longue p&#233;riode, avec la cr&#233;ation d'une coop&#233;rative, se termina sur un &#233;chec. Comme le disait l'un d'entre eux, face au patronat la coop&#233;rative ouvri&#232;re c'&#233;tait la lutte du pot de terre contre le pot de fer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette m&#234;me ann&#233;e 73 m'offrit l'occasion de renouer un contact avec des jeunes. Ceux des coll&#232;ges techniques, des lyc&#233;es en g&#233;n&#233;ral, restaient r&#233;ceptifs &#224; la contestation et par ce biais &#224; la politique. Gus &#233;tant prof au CET rue de la Roquette, Mathieu et quelques-uns de ses copains avaient l&#224; un filon tout trouv&#233;. Ils se r&#233;unirent en groupe, lanc&#232;rent une feuille hebdomadaire intitul&#233;e le Court-Circuit (titre oblig&#233; pour un CET d'&#233;lectricit&#233;), et au travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ah, les beaux jours de la Roquette ! Pour une imagination romantique, cela pouvait rappeler des pr&#233;c&#233;dents historiques, l'union de l'intelligentsia avec le peuple. Dans le groupe du &#034;Court-Circuit&#034; il y avait quatre polytechniciens, un centralien, une normalienne, deux ou trois autres en facult&#233; (dont un pion au CET) ; cela faisait beaucoup de monde pour un seul bahut, mais il y avait du travail pour tous, car tout en &#233;tant pr&#233;sents sur le terrain ils faisaient aussi leur propre culture marxiste, avec un programme d'&#233;tudes et de d&#233;bats. Ainsi, l'&#233;tude collective du Capital de Marx (avec &#224; la suite une brochure de vulgarisation), l'histoire du socialisme, ou d'autres th&#232;mes philosophiques ou scientifiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le contact avec les jeunes fut facile &#224; &#233;tablir et certains venaient r&#233;guli&#232;rement aux r&#233;unions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Court-Circuit devint &#034;l'organe officiel&#034; du coll&#232;ge, les profs autant que les &#233;l&#232;ves le lisaient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me souviens d'une pol&#233;mique au sujet d'une collecte destin&#233;e &#224; sauver les oiseaux victimes d'une gigantesque mar&#233;e noire provoqu&#233;e par un p&#233;trolier, l'Amaco-Cadiz, sur les c&#244;tes bretonnes. Un prof avait envoy&#233; un article au bulletin, pour contredire notre point de vue ; mais il fallait bien dire la v&#233;rit&#233; : les capitalistes ont carte blanche pour saccager la plan&#232;te en se remplissant les poches, puis on fait appel au bon c&#339;ur du peuple (en l'occurrence les jeunes du coll&#232;ge) pour r&#233;parer quelques d&#233;g&#226;ts ; et on n'est m&#234;me pas s&#251;rs que les dons arrivent &#224; destination.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment avais-je moi-m&#234;me &#233;t&#233; coopt&#233;e &#224; leur &#034;comit&#233;&#034; ? L'id&#233;e vint de D&#233;d&#233;, l'un de l'&#233;quipe ; il faut dire qu'ils adh&#233;raient tous au trotskisme, bien que n'appartenant &#224; aucune organisation. J'assistais donc aux r&#233;unions, apportant le point de vue de &#034;la vieille&#034; dans les d&#233;bats. Je ne sentais aucune barri&#232;re entre moi et les coll&#233;giens, tous de famille ouvri&#232;re. Au contraire, m&#234;me quand il m'arrivait de faire de la &#034;p&#233;dagogie&#034;. Ainsi, quand un de nos jeunes (avec son dr&#244;le de surnom &#034;Rocosnic&#034;) prit l'habitude de fumer, ce que ne faisaient pas les autres, je lui fis remarquer que la fum&#233;e du tabac m'incommodait. -&#034;Et ma libert&#233; alors ?&#034; objecta le fumeur. On transigea sur un compromis : une &#034;r&#233;cr&#233;&#034; pendant laquelle il pouvait sortir sur le balcon le temps de fumer une cigarette. Cela se passait dans le logement d'un jeune couple (faisant partie du groupe), dans une de ces horribles tours du 13&#232;me arrondissement, joyau de l'&#232;re Pompidou. Apr&#232;s la r&#233;union, D&#233;d&#233; qui me ramenait toujours en voiture, me reprocha d'avoir &#233;t&#233; trop s&#233;v&#232;re avec ce jeune. Mais ne lui avais-je pas appris ainsi &#224; distinguer entre libert&#233; et &#233;go&#239;sme ? La p&#233;dagogie, au sens large, faisait partie de nos pr&#233;occupations. J'avais lu en son temps (comme nous tous) &#034;Le chemin de la vie&#034; de Makarenko, le p&#233;dagogue russe qui avait pris en charge des &#034;bezprisorny&#034;, enfants vagabonds des ann&#233;es 20. Je venais aussi de d&#233;couvrir l'&#339;uvre de Janusz Korczak, m&#233;decin et p&#233;dagogue polonais, mort avec ses orphelins &#224; Auschwitz. Et j'appr&#233;ciais maintes r&#233;flexions de Bruno Bettelheim, dont j'avais lu les livres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sortis du coll&#232;ge, CAP (certificat d'aptitude professionnelle) en poche, les jeunes entraient dans la production ; c'&#233;taient les ann&#233;es de plein emploi. L'un de ceux-l&#224;, Maurice, fut embauch&#233; chez Citro&#235;n. Fid&#232;le au Court-Circuit, il &#233;crivit une chronique qui relatait comment on y traitait les jeunes ouvriers. Comment la chiourme et la flicaille de Citro&#235;n a-t-elle eu un de ces textes en main, comment a-t-elle su de qui ils &#233;manaient ? Toujours est-il que Maurice fut mis &#224; la porte et on ne lui en cacha m&#234;me pas la raison. Heureusement il fut embauch&#233; aux Postes o&#249; il eut une carri&#232;re moins p&#233;rilleuse, tout en participant &#224; quelques gr&#232;ves &#224; l'&#233;poque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Court-Circuit &#233;tait un pur produit de la r&#233;volte de 68. &#034;Oui papa, oui monsieur, oui chef, oui patron&#034; : c'est contre ce dressage, du berceau &#224; l'&#233;cole, de l'arm&#233;e &#224; l'usine, que s'insurgeaient les jeunes. Des enqu&#234;tes sur le travail, les transports, les loisirs, &#233;taient men&#233;es par l'IROP, lisez &#034;Institut Roquette d'Opinion Prol&#233;tarienne&#034;. Et voici un cours &#034;d'instruction civique&#034; (C.C. du 4.6.75) : Devoirs du Capitaliste par Paul Lafargue. Le capitaliste doit dire : la soci&#233;t&#233; c'est moi ; la morale, c'est mes go&#251;ts et mes passions ; la loi, c'est mon int&#233;r&#234;t. Il ne cherche pas si la Libert&#233; est bonne en soi ; il prend toutes les libert&#233;s pour n'en laisser que le nom aux salari&#233;s. Voler en grand et restituer en petit, c'est la philanthropie. Pr&#233;vert &#233;tait souvent &#224; l'honneur, mais on pouvait aussi se familiariser avec Balzac. Ainsi cet extrait du C.C. du 14.10.76 &#034;Le C.E.T. pour Balzac (1) Premi&#232;re rentr&#233;e : Les illusions perdues L'administration : Une t&#233;n&#233;breuse affaire La salle des profs : Le cabinet des antiques Les non-gr&#233;vistes : (Splendeur) et mis&#232;re des courtisanes Les vacances : La peau de chagrin Le premier boulot : Les illusions perdues (1) Balzac : &#233;crivain du 19&#176; si&#232;cle, auteur de la Com&#233;die humaine, le plus grand peintre de la soci&#233;t&#233; de son temps. Parmi ses &#339;uvres, celles cit&#233;es ci-dessus.&#034; (sign&#233; : Prolle) Le Court-Circuit (dont j'ai gard&#233; la collection, car ces textes m&#233;ritent encore d'&#234;tre lus aujourd'hui) eut une vie dense mais br&#232;ve, de cinq ann&#233;es. Les effectifs scolaires se renouvelant, le mouvement s'essoufflant, le journal contestataire de la Roquette cessa de vivre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais c'est &#224; la Roquette aussi que j'ai eu la d&#233;monstration comment un communiste pouvait &#234;tre un vrai p&#233;dagogue sans avoir fait d'&#233;tudes ni comme psychologue, ni comme enseignant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il fallait pour cela &#234;tre issu de la classe ouvri&#232;re, &#234;tre altruiste et avoir une grande culture socialiste. Toutes qualit&#233;s que r&#233;unissait Gus. Je veux dire, sans emphase, qu'il aimait ses &#233;l&#232;ves et qu'ils le lui rendaient bien. R&#233;fl&#233;chir, avoir un esprit critique, &#234;tre fraternel, n'avoir pas de m&#233;pris pour les autres, &#234;tre conscient de sa dignit&#233; ouvri&#232;re, on pouvait enseigner tout cela en m&#234;me temps que son m&#233;tier. Il fallait &#234;tre Gus pour interrompre son cours par un air d'op&#233;ra chant&#233; &#224; pleine voix, pendant que les &#233;l&#232;ves commentaient entre eux le match de foot ; et devant leur &#233;tonnement - &#034;vous bavardez, alors moi je chante&#034; - obtenir ainsi le silence. Ou tourner en d&#233;rision un apprenti-raciste en lui faisant remarquer qu'il avait sans doute une ascendance arabe, puisqu'il s'appelait Fr&#232;re (les arabes ne s'interpellent-ils pas ainsi entre eux ?). Porter des jeans trop courts et se faire surnommer &#034;le rocker&#034;. Raconter sans cesse le t&#233;moignage v&#233;cu de terribles accidents du travail, pour mettre les jeunes en garde contre le laisser-aller ou le &#034;gain de temps&#034; au p&#233;ril de sa vie. Donner de mauvaises notes n'&#233;tait pas, selon lui, un rem&#232;de, encore moins un encouragement. Un &#233;l&#232;ve qui n'avait pas le c&#339;ur &#224; l'ouvrage lui confia que son d&#233;sir &#233;tait de faire du cirque, mais que son p&#232;re voulait qu'il apprenne l'&#233;lectricit&#233;, une profession bien cot&#233;e &#224; l'&#233;poque. &#034;Au cirque on a aussi besoin d'&#233;lectriciens, tu pourras faire les deux&#034;, lui sugg&#233;ra Gus ; &#224; partir de ce moment le jeune s'int&#233;ressa &#224; la classe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai gard&#233; de cette &#233;poque un &#233;chantillon de son humour qui devait se muer plus tard en inspiration po&#233;tique ; c'est une carte postale adress&#233;e &#224; Mathieu : &#034;La Louvesc (07), 13.2.69 H&#244;tel des Voyageurs Cher moine Matt&#233;o, M&#232;re sup&#233;rieure et ton serviteur St.Joseph que la providence a men&#233;s &#224; la Louvesc (prononcez La Louv&#233;) avons trouv&#233; St.R&#233;gis (patron des denteli&#232;res) absent. Pour nous consoler absorbons force petits jambons, saucissons exquis, omelette aux champignons d&#233;nomm&#233;s charbonniers (puisque St.Etienne n'est pas loin) et ce soir des endives au jambon cuites dans une b&#233;chamel digne de La Reyni&#232;re. Pour rendre gr&#226;ce &#224; notre seigneur de tous ces bienfaits terrestres nous r&#233;citons force Ave et Pater le long des routes tranquilles, de chapelle en crucifix, pour d&#233;couvrir une v&#233;ritable &#233;glise romane de l'an mille : Veyrines. Temps froid mais beau. A bient&#244;t. Bisous au clo&#238;tr&#233;.&#034; Malgr&#233; les journ&#233;es pass&#233;es au coll&#232;ge ou au bureau, et &#224; part le temps consacr&#233; &#224; la lecture, ou aux balades du dimanche &#224; la campagne, il nous restait encore un espace de libert&#233;, les vacances, que nous mettions souvent &#224; profit pour voyager et d&#233;couvrir &#034;grandeur nature&#034; ce que nous avions entrevu dans les livres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi ce bref s&#233;jour en Irlande. Voici la ville de Dublin. La pauvret&#233; &#233;tait l&#224; sous nos yeux : dans les pubs, des ouvriers aux v&#234;tements crasseux devant leur chope de bi&#232;re, vocif&#233;rant ; des enfants d&#233;guenill&#233;s ; des maisons d&#233;labr&#233;es. Jonathan Swift, d&#233;j&#224;, l'acerbe &#233;crivain et clergyman irlandais, ne conseillait-il pas aux riches (au d&#233;but du 18&#232;me si&#232;cle) de manger la chair tendre des petits enfants, pour qu'il reste ainsi moins de bouches &#224; nourrir ? Les jeunes ne connaissent cependant de lui que les &#034;Voyages de Gulliver&#034;. Le roman de O'Flaherty, &#034;Famine&#034;, relate l'histoire de l'&#233;migration irlandaise massive en Am&#233;rique, apr&#232;s la disette tragique de 1848. On n'en est plus l&#224;. Mais quand, dans le sud de l'Angleterre, je voyais des hommes mal v&#234;tus tra&#238;ner sur un banc une bouteille &#224; la main, je savais, on me l'avait dit, que c'&#233;taient des Irlandais. A Belfast, en Irlande du nord, une jeune femme &#233;mergeait sur la sc&#232;ne politique dans le sillage des ann&#233;es 60. Bernadette Devlin, qui &#233;tait socialiste et militait contre l'id&#233;ologie nationaliste et religieuse, acquit m&#234;me une certaine notori&#233;t&#233;. Avec le reflux, son nom est tomb&#233; dans l'oubli.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour la Tunisie, nous nous embarquons sur un paquebot &#224; Marseille. La compagnie (dont j'ai oubli&#233; le nom) offrait aux touristes des conditions de confort on ne peut plus agr&#233;ables. Les travailleurs tunisiens, qui rentraient chez eux, &#233;taient confin&#233;s sur le pont et n'avaient pas acc&#232;s au restaurant ou au salon. Apartheid du fric. Bien s&#251;r, comme toujours dans les voyages, notre curiosit&#233; fut combl&#233;e. Mais &#224; Sfax, la ville des phosphates, o&#249; se trouve un prestigieux mus&#233;e de mosa&#239;ques romaines (et aussi un camping moderne), je rev&#233;cus une sc&#232;ne de mon enfance : &#224; l'heure du d&#233;jeuner, adoss&#233;s au mur de leur usine, les ouvriers mangeaient un casse-cro&#251;te assis par terre. Plus affligeant encore, la horde d'enfants qui suivait les touristes en mendiant ou en proposant de laver le pare-brise de leurs voitures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Am&#233;rique, d'est en ouest En 1972 nous allons enfin &#224; la d&#233;couverte du Nouveau monde. Le &#034;coup de pouce&#034; fut le voyage que Mathieu, avec deux copains, avait fait l'ann&#233;e pr&#233;c&#233;dente, sillonnant le continent d'un bout &#224; l'autre en Greyhound, ces cars gr&#226;ce auxquels on pouvait m&#234;me se passer d'h&#244;tel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gus avait &#233;t&#233; d'abord r&#233;ticent &#224; quitter l'Europe, o&#249; il pouvait voyager sans contrainte, seul ma&#238;tre &#224; bord... de son volant. Mais une fois d&#233;barqu&#233;s d'avion en Am&#233;rique, nous retrouvions la m&#234;me libert&#233; en louant une voiture, et quelle voiture, une limousine Chrysler aupr&#232;s de laquelle notre Peugeot n'&#233;tait qu'une naine. C'est d'ailleurs la m&#234;me impression que nous firent, en comparaison avec notre belle France, les routes et les espaces, immenses, infinis. J'avais calcul&#233; que pour subsister un mois avec notre p&#233;cule, il ne fallait pas d&#233;passer 20 dollars par jour, tout compris. Une nuit d'h&#244;tel ordinaire valait ce prix. Mais nous n'en avions pas besoin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On couchait dans la voiture sur des terrains de camping, o&#249; on pouvait se laver, on mangeait des hamburgers dans les coffee-shops, et avec ce budget on couvrait m&#234;me les frais de la location et de l'essence, trois fois moins ch&#232;re qu'en France.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En atterrissant &#224; New-York, nous allions pouvoir d&#233;couvrir l'Am&#233;rique &#034;en direct&#034;. Jeanne m'avait donn&#233; l'adresse de sa cousine (immigr&#233;e dans les ann&#233;es 40, mari&#233;e &#224; un Am&#233;ricain, tous deux trotskistes). Ils habitaient le Bronx, et Ruth nous offrit l'hospitalit&#233; pour quelques jours dans l'appartement de sa m&#232;re qui &#233;tait &#224; Cape Cod en vacances. Nous &#233;tions en juillet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la grande surprise de Gus, New-York &#233;tait une ville peupl&#233;e de noirs : dans le m&#233;tro, (o&#249; nous d&#233;couvrions les &#034;tags&#034;), dans les rues de Manhattan ou d'ailleurs. L'explication fut facile &#224; trouver : on &#233;tait en &#233;t&#233;, les blancs &#233;taient en vacances, loin de la ville. Sur l'immense plage de Long Island une foule joyeuse, install&#233;e pour la journ&#233;e en famille, en majorit&#233; des noirs aussi. Tentative infructueuse de visiter le Museum of modern art : devant l'entr&#233;e des employ&#233;s tournent en rond, des pancartes accroch&#233;es au cou. C'est le piquet de gr&#232;ve. Ils n'emp&#234;chent pas les gens d'entrer, mais il n'y a gu&#232;re qui le font. Dans l'autobus, le chauffeur et son coll&#232;gue discutent, eux aussi, d'une possible gr&#232;ve ; malgr&#233; leur accent j'en saisis assez pour comprendre qu'il s'agit de &#034;strike&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A Detroit, o&#249; nous faisons une visite guid&#233;e des usines d'automobiles Ford, les ouvriers, des noirs surtout, sont au travail. C'est dans cette ville qu'habite une de mes cousines, fille d'une s&#339;ur de ma m&#232;re, &#233;migr&#233;e au Canada dans les ann&#233;es 20. Faigie, de douze ans plus jeune que moi, est mari&#233;e, ils ont deux filles. Elle est chef de rayon dans un magasin de luxe, lui vend des pneus pour autos. Ils habitent une maison confortable avec pelouse, sans cl&#244;ture, dans une sorte de banlieue &#233;loign&#233;e du centre. Rien que des blancs. Par contre, dans le centre de Detroit (le down town) nous croisons tout le temps des noirs, et apercevons les filles derri&#232;re les vitres qui attendent le client. Nous comprenons enfin que les gens ais&#233;s, les petits bourgeois en g&#233;n&#233;ral n'habitent jamais le centre, et que de toute fa&#231;on noirs et blancs ne se m&#233;langent pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A Chicago c'est aussi dans une rue du centre que je m'adresse &#224; un colosse qui vend le journal des Panth&#232;res noires. Nous &#233;changeons quelques mots, ce n'&#233;tait pas commode, il m'aurait fallu un escabeau. Leur mouvement &#233;tait pers&#233;cut&#233;, par la suite la d&#233;mocratie am&#233;ricaine chargea ses tueurs d'&#233;liminer physiquement les militants. Dans cette ville impressionnante (pensez seulement au Rockefeller Center) le hasard nous m&#232;ne &#224; visiter un mus&#233;e consacr&#233; &#224; l'histoire des noirs d'Am&#233;rique. Nous n'en croyons pas nos yeux : c'&#233;tait un petit local meubl&#233; de quelques objets h&#233;t&#233;roclites, au point qu'il ne m'en reste pas de souvenir, je me souviens seulement de l'impression de d&#233;rision qui nous a saisis. Quel contraste avec le mus&#233;e prestigieux de Denver consacr&#233; aux Indiens d'Am&#233;rique. Sans doute devions nous chercher la raison dans le fait que ceux-ci &#233;taient morts (extermin&#233;s) et les autres encore bien vivants mais toujours consid&#233;r&#233;s comme des hommes de deuxi&#232;me zone. Quant au mus&#233;e sur la technique et l'industrie de Chicago, unique au monde, c'est le moins pour la riche et puissante Am&#233;rique, qui se savait admir&#233;e et envi&#233;e du monde entier. N'avons-nous pas &#233;t&#233; abord&#233;s, plus d'une fois, par des gens simples dans la rue - notre allure de touristes &#233;trangers &#233;tait sans doute &#233;vidente - qui nous demandaient : &#034;do you like America ?&#034; (aimez-vous l'Am&#233;rique ?).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r, bien s&#251;r ! Dans les petites villes la banni&#232;re &#233;toil&#233;e &#233;tait visible partout, et pas seulement sur les b&#226;timents officiels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A Washington nous faisons la m&#234;me exp&#233;rience qu'&#224; Detroit, dans le centre nous nous retrouvons parmi les noirs, il y en a m&#234;me un qui s'approche de Gus pour lui demander un joint (avec un &#233;tranger il pouvait se le permettre). &#034;No understand&#034; dit Gus, avec le sourire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous n'avons ici personne de notre connaissance, on se risque donc d'aller &#224; l'h&#244;tel, un h&#244;tel pour noirs : dix dollars seulement la chambre. L'h&#244;telier, derri&#232;re son guichet, nous d&#233;visage d'un regard &#233;tonn&#233;. Pas de tapis dans l'escalier, un ameublement rudimentaire, des douches sur le palier. Nous passons une nuit paisible. Notre deuxi&#232;me exp&#233;rience d'h&#244;tel fut &#224; Kansas-City.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#224; l'h&#244;telier &#233;tait blanc, et l'h&#244;tel style 19&#232;me si&#232;cle far-west. L'ascenseur, manipul&#233; par un noir de haute et imposante stature, nous m&#232;ne &#224; notre chambre ferm&#233;e par une double porte ; nous sommes bien gard&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A bord de notre limousine nous traversons les campagnes, les for&#234;ts, les d&#233;serts. Une fois, dans le Kansas, nous embarquons m&#234;me un auto-stoppeur noir. Au fur et &#224; mesure que nous longeons les champs de culture ou les &#233;levages de b&#233;tail ou de volaille, il nous expliquait : tout ceci appartient &#224; un homme riche, &#034;a rich man, a rich man&#034; ; il l'a r&#233;p&#233;t&#233; bien des fois avant que nous ne le laissions &#224; bon port, dans une petite localit&#233;. Avan&#231;ant toujours vers l'ouest, nous tombons un jour sur ce que nous croyons &#234;tre une f&#234;te folklorique. Mais les gens avaient simplement leur aspect de tous les jours, c'&#233;taient des descendants d'Indiens, Navajos ou autres. L'ouest (Albuquerque, Santa F&#233;, Pueblo) gardait des traces compl&#232;tement disparues &#224; l'est. Combien d'impressions, que nous pouvions maintenant comparer avec ce que nous croyions savoir de nos lectures, qui nous aidaient aussi &#224; mieux comprendre ce que nous voyions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre int&#233;r&#234;t est devenu plus vif &#224; Pittsburgh (Pennsylvanie), gigantesque cit&#233; industrielle qui avait brass&#233; dans ses usines tant d'ouvriers venus de tous les coins d'Europe et connu un grand pass&#233; de luttes et de souffrances ouvri&#232;res. Dans un bistrot, &#224; l'heure de la pause, nous nous serions crus &#224; Billancourt. Qu'est-ce qui fait donc que les ouvriers d'ici et d'ailleurs se ressemblent tant ? En visitant un cimeti&#232;re, nous d&#233;couvrons que toutes les plaques portaient des noms polonais. Les Irlandais, qui avaient fourni aux magnats de Pittsburgh de forts contingents de prol&#233;taires, avaient aussi leur propre cimeti&#232;re. N'&#233;taient-ils pourtant pas, les uns et les autres, des catholiques ? Buffalo, au bord du lac Eri&#233;, est l'autre ville h&#233;riss&#233;e de chemin&#233;es d'usine qui nous a laiss&#233; un souvenir particulier. Le hasard nous a fait d&#233;ambuler dans une cit&#233; ouvri&#232;re, peupl&#233;e uniquement de noirs. Comme beaucoup semblaient d&#233;s&#339;uvr&#233;s, nous apprenons qu'il y avait &#034;crise&#034; et que la plupart &#233;taient au ch&#244;mage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je n'&#233;voquerai pas Boston, Los Angeles ou San Francisco, Salt Lake City la ville des Mormons, le Colorado et le Grand Canyon, il y aurait trop de choses &#224; dire que je ne saurais pas bien dire. Ce sont les coups de c&#339;ur qui me laissent les plus forts souvenirs. Ainsi ce petit cimeti&#232;re pr&#232;s d'une vieille &#233;glise &#224; Baltimore, o&#249; nous nous sommes recueillis devant la tombe d&#233;labr&#233;e de Edgar Allan Poe, pr&#232;s de celle de son grand-p&#232;re. Sur la plaque tombale &#233;tait grav&#233;e l'inscription &#034;never more&#034;. Nous connaissions pour ainsi dire par c&#339;ur ce &#034;jamais plus&#034; du po&#232;me Le Corbeau, traduit par Baudelaire, comme tout l'&#339;uvre de Poe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maintenant que Gus avait constat&#233; que l'Atlantique franchi, il pouvait retrouver son ind&#233;pendance et un volant, il proposa le Mexique pour les prochaines vacances. Etait-ce pour aller sur les traces de Zapata, ou plut&#244;t pour un p&#232;lerinage &#224; Coyoacan, o&#249; Trotski avait v&#233;cu les trois derni&#232;res ann&#233;es de sa vie et &#233;tait mort tragiquement ? Transform&#233;e en forteresse apr&#232;s la premi&#232;re tentative d'assassinat, la maison &#233;tait am&#233;nag&#233;e en mus&#233;e ouvert au public.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le jardin, une plaque rappelait que l&#224; reposaient les cendres de Trotski et de Natalia Sedova. L'int&#233;rieur de la maison, d'une grande simplicit&#233; : la pi&#232;ce o&#249; travaillait le Vieux, le bureau derri&#232;re lequel il &#233;tait assis quand le pic de l'assassin le frappa &#224; la t&#234;te ; la chambre &#224; coucher, o&#249; s'&#233;tait d&#233;roul&#233; de nuit le premier attentat, auquel avait particip&#233; avec d'autres staliniens, le peintre Siquieros. La maison de Diego Rivera, o&#249; Trotski exil&#233; d'Europe avait &#233;t&#233; accueilli &#224; son arriv&#233;e, &#233;tait &#233;galement ouverte au public. Nous y avons d&#233;couvert les tableaux de Frida Kahlo, la femme de Diego, elle aussi peintre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment parler du Mexique dans les limites de mon r&#233;cit, et de mes faibles moyens ? Les vestiges artistiques des Pr&#233;colombiens - Olm&#232;ques, Zapot&#232;ques, Azt&#232;ques, Mayas - sont inou&#239;s, malgr&#233; les saccages et les massacres perp&#233;tr&#233;s par les &#034;conquistadors&#034; venus d'Europe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mus&#233;e de Mexico, d'une grande richesse, t&#233;moigne des civilisations qui se sont succ&#233;d&#233; ou c&#244;toy&#233; sur cette terre avant la d&#233;couverte. Elles ont inspir&#233; les fresques grandioses de Diego Rivera et d'Orozco, qui couvrent les murs des &#233;difices publics, &#224; l'int&#233;rieur et souvent aussi &#224; l'ext&#233;rieur. L'invasion chr&#233;tienne, pour sa part, a cr&#233;&#233; des &#233;glises ruisselantes de dorures (le fameux or pill&#233; et transport&#233; en Espagne). Des monuments se dressent ici et l&#224; &#224; la m&#233;moire des h&#233;ros de la r&#233;volution des peones de 1911, Emiliano Zapata et Pancho Villa, mais les paysans sont toujours sans terre. Ce sont toujours les m&#234;mes Indios, avec leurs ponchos et leurs sombreros, habitant des villages en terre battue. Je remarque leur d&#233;marche indolente, leur fa&#231;on de cracher par terre. Simples touristes, un policier nous arr&#234;te sur la route : il s'agit, para&#238;t-il, d'un d&#233;passement de vitesse, il faut payer. Nous nous ex&#233;cutons, l'agent empoche, circulez... Pas m&#234;me un semblant de formalit&#233; de quittance. Ainsi fonctionne l'Etat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous &#233;tions en juillet, c'est la saison des pluies, et les riches &#034;gringos&#034; n'&#233;taient pas l&#224;. Seuls de jeunes Am&#233;ricains ou autres, sac au dos, escaladaient les marches &#233;troites jusqu'au sommet des pyramides. Selon notre habitude, nous n'allons pas dans les h&#244;tels pour touristes ; nous trouvons suffisamment d'auberges, o&#249; les chambres toujours dispos&#233;es autour d'une cour int&#233;rieure nous donnent de plus un aper&#231;u de la vie locale. Apr&#232;s Vera Cruz, Camp&#234;che, M&#233;rida et Chichen Itza, voici Acapulco, haut lieu du tourisme d'agr&#233;ment. Non loin de l&#224;, une sorte de village de bungalows pour vacanciers. Le gardien, un Mexicain d'allure paysanne, nous explique que nous avons le choix : tout est vide, ce n'est pas la saison touristique. Nous nous installons confortablement, au bord du Pacifique, o&#249; il n'est cependant pas question de se baigner, tellement les vagues hautes se brisent furieusement contre le rivage. J'essaie, sans conna&#238;tre l'espagnol, d'entamer une conversation avec notre gardien. &#034;Sommes nous des gringos ?&#034; -&#034;Non, nous venons de France.&#034; -&#034;C'est en Am&#233;rique, Francia ?&#034; -&#034;Non, c'est plus loin, en Europe.&#034; Il m'explique que ces bungalows sont la propri&#233;t&#233; d'une coop&#233;rative paysanne, dont il fait partie. Frustr&#233;e de ne pouvoir mieux m'exprimer, sur une inspiration subite je me mets &#224; lui chanter la Cucaracha, le chant de marche r&#233;volutionnaire que je connaissais en espagnol. Nous continuons, lui et moi en duo : &#034;La cucaracha, la cucaracha, Ya no puede caminar Porque le falta, porque no tiene, marijuana que fumar&#034;. Un grand moment pour moi. J'avais la preuve que Zapata restait vivant dans la m&#233;moire du peuple ; il n'&#233;tait pas mort, selon la l&#233;gende qui avait cours, et il reviendrait un jour. Je ne sais plus si c'est avant ou apr&#232;s cette &#034;fraternisation&#034; que nous avons eu droit &#224; une d&#233;licieuse soupe de tortue. Mais quand m&#234;me, d'avoir vu, avant, cette &#233;norme tortue vivante, avec un regard si triste comme si elle se doutait de son sort... Non loin de ce havre touristique vivaient des familles dans des conditions primitives. C'&#233;tait la saison de la p&#234;che au tuberon, sorte de petit requin. Les p&#234;cheurs allaient quasiment nus, dans le village erraient des chiens fam&#233;liques. Nous reprenons l'avion &#224; Mexico : adieu le Mexique, nous emportons nos souvenirs et un pincement au c&#339;ur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entre ces deux voyages, &#233;chapp&#233;es sur le &#034;vaste monde&#034;, se situe un &#233;pisode qui me laisse encore aujourd'hui un go&#251;t amer : la d&#233;couverte que, chez des camarades, profession de foi et rectitude morale n'allaient pas forc&#233;ment de pair. J'avais signal&#233; &#224; Barta la parution d'une brochure, &#034;Les enfants du proph&#232;te&#034;, dans laquelle Jacques Roussel, un ex-militant de &#034;Lutte Ouvri&#232;re&#034;, faisait &#224; sa fa&#231;on l'historique de l'U.C. Cet opuscule m&#233;diocre suscita de la part de Barta (ao&#251;t 1972) une &#034;Mise au point&#034; adress&#233;e &#224; l'&#233;diteur de la brochure, Ren&#233; Lefeuvre (directeur des Cahiers Spartacus), et publi&#233;e &#224; compte d'auteur. Un texte s&#233;rieux, m&#234;me si pour de jeunes militants il avait un ton pessimiste, car il concluait sur ces lignes : &#034;quand la R&#233;volution est tarie &#224; la source, son ombre n'est plus refl&#233;t&#233;e que par des simulacres r&#233;volutionnaires&#034;. Quelques ann&#233;es plus tard, dans des entretiens avec J.P. Boussac, un &#233;tudiant sympathisant de Lutte Ouvri&#232;re, Barta devait compl&#233;ter ainsi sa pens&#233;e : &#034;l'histoire a pris un autre cours que celui qui &#233;tait entre 1914 jusqu'&#224; la deuxi&#232;me guerre ; que ce soit &#224; l'&#233;chelle nationale ou internationale, les probl&#232;mes se posent d'une autre fa&#231;on... il y a un retour vers des formes nationales, de solidarit&#233; nationale, de r&#233;action nationale.&#034; En 1972 (ann&#233;e de la Mise au point), Pierre Naville avait analys&#233; presque dans les m&#234;mes termes la situation d'apr&#232;s-guerre (dans sa pr&#233;face &#224; un recueil de textes de Trotski) : ...&#034;Ce qui triompha en d&#233;finitive, ce fut le nationalisme, que ce soit dans les &#034;d&#233;mocraties populaires&#034; de l'Est, ou dans les grands pays capitalistes de l'Ouest. La seconde guerre mondiale ne se terminait pas comme la premi&#232;re, par une c&#233;sure sociale d&#233;finitive comme l'avait &#233;t&#233; la r&#233;volution d'Octobre 1917.&#034; Barta avait toujours eu pour r&#232;gle d'appeler les choses par leur nom, et c'est ce qu'il avait essay&#233; d'enseigner &#224; ceux qui avaient milit&#233; avec lui. Mais parmi ces anciens militants, Hardy, qui &#233;tait le dirigeant incontest&#233; de Lutte Ouvri&#232;re, prit une plume venimeuse pour r&#233;pondre &#224; Barta dans un bulletin int&#233;rieur. Quand j'eus lu ce texte, que Jean-Pierre (le gendre de Lulu) m'avait donn&#233; bien que je ne f&#251;t plus dans l'organisation, ma consternation fut telle que je n'imaginai m&#234;me pas qu'il pouvait &#234;tre &#233;crit par Hardy. Pourtant il l'&#233;tait. Et ce &#034;libelle&#034;, qui rappelait &#224; chaque ligne les proc&#233;d&#233;s du stalinisme, il ne le signa pas de son nom, mais engagea l'organisation comme telle, en signant &#034;Lutte Ouvri&#232;re&#034; (octobre 1972). &#034;Nous dirons aussi, en ce qui concerne &#034;l'h&#233;ritage&#034;, qu'un pass&#233; auquel on renonce ne nous appartient plus&#034; : &#224; elle seule cette phrase qui visait Barta, provoqua chez moi un tel haut-le-c&#339;ur, que je me sentis oblig&#233;e d'intervenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ayant toujours eu des difficult&#233;s &#224; m'exprimer par &#233;crit, je me limitai &#224; une lettre de deux pages et demie, adress&#233;e &#224; quatre ou cinq dirigeants que je connaissais. Elle fut port&#233;e &#224; la connaissance de tous, et certains, qui ne savaient pas encore se moucher seuls, me trait&#232;rent de folle. Triste exp&#233;rience de l'esprit moutonnier de soumission, qui avait d&#233;j&#224; provoqu&#233; tant de ravages ; quelle ne fut pas ma surprise quand au meeting mensuel de L.O. &#224; la Mutualit&#233;, o&#249; j'allais r&#233;guli&#232;rement, les militants qui me connaissaient me tourn&#232;rent le dos, y compris P. Bois ! Ce m&#234;me Vic dont j'&#233;tais en quelque sorte la &#034;marraine&#034;. Cela me rappelait une sc&#232;ne que j'avais v&#233;cue en 1937 ou 38. Un jeune stalinien refusa de serrer ma main (trotskiste), apr&#232;s une discussion pourtant pacifique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'avais-je donc dit dans la lettre qui me valait ce traitement ? Je leur reprochais, faits &#224; l'appui, de falsifier l'histoire, en ajoutant : &#034;de pareils proc&#233;d&#233;s ont des pr&#233;c&#233;dents, nous appelons cela du stalinisme&#034;. Lulu donnait sa d&#233;mission en accusant la direction de L.O. de &#034;m&#233;thodes d&#233;lib&#233;r&#233;ment malhonn&#234;tes&#034; (sa lettre du 8.1.73). Mais son fils, militant de LO &#224; l'&#233;poque, ne demanda pas le pourquoi et le comment de ce qui avait amen&#233; sa m&#232;re, vieille militante depuis 1939, &#224; cette d&#233;marche. Gus trouvait cela intol&#233;rable. Tout jeune militant devrait conna&#238;tre cet avertissement donn&#233; par Trotski en 1928 devant la mont&#233;e du stalinisme : &#034;La discipline, n&#233;cessaire comme le sel aux aliments, s'est substitu&#233;e ces derni&#232;res ann&#233;es &#224; la nourriture elle-m&#234;me. Mais personne n'est encore arriv&#233; &#224; se nourrir de sel.&#034; (Oeuvres compl&#232;tes, tome II, page 220).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant toute mon enfance j'avais connu la neige en hiver, en ville comme &#224; la campagne, tombant en gros flocons des jours et des jours sans rel&#226;che, accompagn&#233;e d'un froid mordant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En France je mis de longues ann&#233;es avant de la d&#233;couvrir, dans toute sa splendeur, &#224; la montagne. Gr&#226;ce &#224; mes six semaines de vacances, je pouvais m'octroyer le luxe de partir quelques jours &#224; No&#235;l, et Gus pouvait le faire d'autant plus facilement depuis qu'il &#233;tait enseignant. Ce ne sont pas les stations de sport d'hiver qui nous attiraient, nous les aurions plut&#244;t &#233;vit&#233;es. Il y avait tant de villages dans le Massif central, le Jura, les Vosges, qui n'&#233;taient pas &#233;quip&#233;s de remonte-pentes, mais o&#249; il y avait des petits h&#244;tels confortables et des chemins de promenade &#224; perte de vue. Nous avons commenc&#233; par le Doubs, Mathieu avait &#224; peine dix ans. C'est un choix au hasard qui nous emmena &#224; Mouthe, le bourg qui bat le record du froid en hiver. Mais quand le soleil brille faisant scintiller la neige givr&#233;e sur les branches, qu'on est v&#234;tu d'un bon anorak et qu'on revient d'une longue marche en for&#234;t, on est tout &#233;tonn&#233; de voir le thermom&#232;tre indiquer moins 35&#176;. Au fil des ann&#233;es nous avons ainsi d&#233;couvert un grand nombre de ces bourgs de montagne ; il ne se passait pas de jour que nous ne fassions entre 20 et 30 km de marche, parfois plus. Et ce qui ne g&#226;te rien, dans ces petits h&#244;tels de province, on y mangeait bien. Cela faisait surtout le bonheur de Gus qui, frugal en temps ordinaire, appr&#233;ciait fort &#224; cette occasion la bonne cuisine et le bon vin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'&#233;tais un pi&#232;tre convive, je mangeais peu et ne buvais pas. Comment expliquer ce fait, pensait Gus, si ce n'est par un regrettable manque de &#034;traditions fran&#231;aises&#034; ? En quoi il se trompait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout le monde sait que les &#233;trangers appr&#233;cient &#034;la bonne bouffe&#034;, exemple mon gentil coll&#232;gue anglais Jeremy, qui &#224; peine arriv&#233; &#224; Paris s'empressa d'acheter un guide des bons restaurants. J'&#233;tais simplement &#034;une petite nature&#034;. Mais nous &#233;tions souvent en bonne compagnie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'hiver 77 est le seul dont j'ai des traces dans mes archives, car nous ne prenions jamais de photos. Il en fut autrement cet hiver l&#224; ; nous &#233;tions &#224; Bagnols, dans le Puy-de-D&#244;me, un bourg paisible que nous connaissions d&#233;j&#224;, non loin de la Tour-d'Auvergne. Mathieu, qui avait servi pendant seize mois comme &#034;coop&#233;rant&#034; &#224; Montr&#233;al, venait de rentrer avec Brigitte et leur fille &#226;g&#233;e de quatre mois. Ils d&#233;cid&#232;rent de f&#234;ter ce retour avec deux anciens camarades de classe de Mathieu (et du Court-Circuit), leurs compagnes et leurs enfants, en nous rejoignant pour quelques jours &#224; Bagnols. Quelle joyeuse compagnie, &#224; table ou en promenade sur les petits chemins. Aujourd'hui je peux encore regarder la touchante image de Gus, assis sur une souche dans la neige, et tenant dans ses bras, bien emmitoufl&#233;e, la petite Zo&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il m'arrivait aussi, pour &#034;voler&#034; un peu de libert&#233;, de me faire octroyer un cong&#233; de cure thermale. En revanche je ne manquais jamais un jour par-ci, deux jours par-l&#224;, comme le faisaient la plupart sous divers pr&#233;textes. M&#234;me mes migraines (dites &#034;psycho-somatiques&#034;), un vrai calvaire, se d&#233;clenchaient toujours en fin de semaine. Ma cure, &#224; Plombi&#232;res, consistait &#224; prendre un bain le matin, le reste de la journ&#233;e &#233;tant libre pour la promenade, la lecture, et un peu pour rattraper mon retard dans les cours de russe. L'Unesco offrait &#224; son personnel des cours de langue, trois fois par semaine, de 13 h. &#224; 14 heures. M. Train, notre professeur de russe, &#233;tait un universitaire, disciple de Pierre Pascal. Je n'avais pas la chance, comme certains, de pouvoir &#233;tudier mes cours au bureau, ni non plus &#224; la maison, o&#249; j'avais d'autres pr&#233;occupations. Restait le quart d'heure du matin, le temps de descendre &#224; pied jusqu'au m&#233;tro ; en marchant je r&#233;citais &#224; voix basse, mais en y mettant le ton, des vers de Pouchkine, ou de Lermontov. J'en &#233;tais arriv&#233;e &#224; ce que notre r&#233;p&#233;titrice, Mme V&#233;rachaguine, m'assure que je pourrais me produire dans un r&#233;cital ! Il est vrai que pour les &#034;r&#034; j'avais tout &#224; fait l'accent. J'aimais cette langue ; car mis &#224; part les &#034;r&#233;f&#233;rences historiques&#034; (beaucoup de gens n'&#233;tudiaient-ils pas le fran&#231;ais pour les m&#234;mes raisons), sa sonorit&#233; ne le c&#233;dait en beaut&#233; (&#224; mes oreilles) qu'au fran&#231;ais, si on peut se permettre ce genre de comparaison. H&#233;las, je n'allai pas assez loin dans l'&#233;tude, et il ne m'en reste plus aujourd'hui que quelques notions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour tester nos connaissances, M. Train convoqua une fin de trimestre tous ses &#233;l&#232;ves &#224; un &#034;examen blanc&#034;. Mon &#034;chef hi&#233;rarchique&#034;, une femme qui suivait aussi les cours de russe, mais &#224; un niveau sup&#233;rieur, y participait. Le prof nous proposa une version (un th&#232;me aurait pr&#233;sent&#233; plus de difficult&#233;s) ; c'&#233;tait un texte de Dosto&#239;evsky, extrait, me semble-t-il, des Souvenirs de la Maison des Morts. Avec des mots que je ne connaissais pas, mais dont je devinais le sens d'apr&#232;s le contexte, ma traduction me valut un 16, note sup&#233;rieure d'un point &#224; celle de ma &#034;patronne&#034;. A la cafeteria, devant une tasse de caf&#233;, nous plaisantions tous au sujet de cet exercice scolaire... sauf Pierrette. Si malgr&#233; des conditions de travail privil&#233;gi&#233;es, j'en &#233;tais arriv&#233;e, au bout de vingt ans de carri&#232;re (ou de gal&#232;re) &#224; un point de saturation, Pierrette y &#233;tait pour quelque chose ; journaliste de m&#233;tier, comp&#233;tente sur le plan professionnel, elle avait un caract&#232;re ex&#233;crable et comme tous les &#034;chefs&#034; investis d'un pouvoir, elle s'entendait &#224; rendre la vie p&#233;nible &#224; tous les sans-grades, et m&#234;me aux autres. Je demandai donc, en 1974, un cong&#233; sabbatique (sans solde) pr&#233;vu dans les statuts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; The reds under the beds &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce fut l'occasion d'un s&#233;jour de deux mois en Angleterre. Je ne pouvais mieux choisir, car &#224; la m&#234;me &#233;poque le gouvernement conservateur de M. Edward Heath venait de tomber &#224; la suite d'une gr&#232;ve des mineurs, et les &#233;lections battaient leur plein. A Brighton, une agglom&#233;ration de quelque 150.000 habitants qui est &#224; la fois une station baln&#233;aire et une ville avec une grande banlieue industrielle, je plongeai de plein pied dans la politique. Tout d'abord, dans un meeting travailliste. A l'entr&#233;e on distribuait une feuille avec le texte de l'Internationale. Foule populaire, les familles avec leurs enfants. A la tribune, des vieux et des jeunes. On commence par le chant, puis viennent les discours. Une jeune femme, qui se pr&#233;sente comme membre du &#034;Militant&#034;, la fraction de gauche du Labour Party, est tr&#232;s applaudie. A la fin, un vieux &#224; la tribune prend la parole : pour faire peur &#224; la population, dit-il, les conservateurs nous menacent avec &#034;the reds under the beds&#034; (les rouges cach&#233;s sous le lit). Vous allez leur montrer ce que vous en pensez. Et le voil&#224; faisant la qu&#234;te, dans l'hilarit&#233; g&#233;n&#233;rale, avec un pot de chambre peint en rouge. C'est la premi&#232;re fois que je voyais ce style de propagande populaire. J'avais d&#233;j&#224; remarqu&#233; qu'en Angleterre, beaucoup plus qu'en France, on pouvait distinguer les classes sociales, par leurs v&#234;tements et leur allure. Ainsi, le meeting des conservateurs ressemblait presque &#224; une caricature. Tous ces messieurs-dames &#233;taient &#034;middle-class&#034;, des messieurs distingu&#233;s occupaient la tribune, et il ne m'est rien rest&#233; de leurs discours. Les travaillistes sortirent vainqueurs des &#233;lections, et avec un certain Harold Wilson comme premier ministre, men&#232;rent une fois de plus la politique de la bourgeoisie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'assistai aussi &#224; des r&#233;unions de diff&#233;rents groupes trotskistes, car dans ce pays aussi il y en avait au moins trois. Celui du &#034;Militant&#034; &#233;tait int&#233;gr&#233; au Labour party. Le plus influent &#233;tait le SWP (Socialist Workers Party), qui &#233;tait pr&#233;sent dans les quartiers populaires et avait un journal vivant, agr&#233;able &#224; lire. Je fis la connaissance d'un jeune couple de militants qui habitait avec leur b&#233;b&#233; en squatters dans une maison style Regency du secteur chic de la ville.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'&#233;poque de nombreux squatters s'&#233;taient install&#233;s dans des maisons inoccup&#233;es, qui avaient besoin d'&#234;tre r&#233;nov&#233;es ; ils subissaient des brimades, par exemple des coupures d'eau &#224; certaines heures, mais on n'osait pas utiliser contre eux la m&#233;thode forte. La plus grande pagaille r&#233;gnait chez mes jeunes camarades, dont l'accueil &#233;tait chaleureux. Un autre couple de militants, des vieux, logeait dans les m&#234;mes conditions. En leur rendant visite, je trouvai le comportement de la femme plut&#244;t &#034;loufoque&#034;. D&#233;cid&#233;ment, apr&#232;s Maisie Desmond, il me fallait conclure que le terreau anglais &#233;tait propice aux personnages bizarres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En mars 1984, dix ans apr&#232;s la gr&#232;ve des mineurs qui avait fait tomber le conservateur Heath, 180.000 mineurs dans tout le Royaume Uni entraient &#224; nouveau en gr&#232;ve contre un plan de fermeture des puits. Malgr&#233; les privations et les affrontements avec la police, les mineurs vaillamment soutenus par les femmes, ont tenu un an avant de baisser pavillon devant le gouvernement de Mme Thatcher. Une d&#233;l&#233;gation de mineurs &#233;tait alors venue &#224; la f&#234;te de Pentec&#244;te de L.O. ; ils furent re&#231;us tr&#232;s discr&#232;tement par nos &#034;internationalistes&#034;, occup&#233;s &#224; faire leur propre publicit&#233;, et nous ne f&#251;mes que quelques dizaines &#224; assister au forum tenu par les mineurs et &#224; leur verser un soutien. Aux vacances de l'&#233;t&#233; 85, la gr&#232;ve &#233;tant finie, nous sommes all&#233;s au Pays de Galles et dans le Yorkshire. Tout &#233;tait rentr&#233; dans l'ordre, les rues d&#233;sertes, ambiance morne dans les pubs, un paysage de corons pauvres, par-ci par-l&#224; un mouton paissait l'herbe dans le jardinet devant la maison. Dans un h&#244;tel bon march&#233;, la patronne me dit que les choses vont mal parce que les ouvriers n'aiment pas travailler.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;j&#224; lors de mon s&#233;jour &#224; Brighton, o&#249; l'&#233;cole que je fr&#233;quentais m'avait log&#233;e chez un couple de retrait&#233;s, ma logeuse m'expliquait que les ouvriers &#233;taient des paresseux. Mais qui a construit ici ces belles avenues et vos confortables maisons ? lui demandai-je poliment. Pas de r&#233;ponse. Cette vieille dame avec ses pr&#233;jug&#233;s, avait bon c&#339;ur, tous les jours elle remettait au lendemain la d&#233;cision d'abr&#233;ger l'existence de son vieux chien impotent, &#034;to put him to sleep&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les cours de langue &#233;taient suivis par des jeunes gens venant des pays du Moyen-Orient, d'Am&#233;rique latine, d'un peu partout. Malgr&#233; la diff&#233;rence d'&#226;ge ils me parlaient volontiers et je gagnai m&#234;me l'amiti&#233; d'une jeune sud-am&#233;ricaine, Lourdes. Son pr&#233;nom, m'expliqua-t-elle, &#233;tait un hommage &#224; sainte Bernadette et &#224; sa ville miracul&#233;e. Les &#233;l&#232;ves arabes &#233;taient tous fils de familles riches. L'un d'entre eux n'arr&#234;tait pas de bavarder pendant le cours, ce qui g&#234;nait tout le monde, y compris la prof qui n'osait pourtant pas le rappeler &#224; l'ordre. Je finis par demander poliment au bavard de se taire. L'arrogant jeune homme me r&#233;pondit avec impertinence, et une escrime verbale s'ensuivit, sans que personne n'intervienne. A partir de ce jour cependant nous e&#251;mes la paix ; je gagnai de plus la sympathie de la prof, qui m'invita chez elle et me fit conna&#238;tre sa m&#232;re et sa fillette. Elle &#233;tait mari&#233;e &#224; un sikh. C'est elle qui me fit d&#233;couvrir la richesse du th&#233;&#226;tre amateur anglais ; nous allions r&#233;guli&#232;rement voir des pi&#232;ces jou&#233;es par des groupes d'amateurs, &#224; Brighton ou dans les environs, &#224; l'universit&#233; du Surrey o&#249; les &#233;tudiants avaient aussi leur groupe de th&#233;&#226;tre. Londres n'&#233;tant qu'&#224; 80 km de Brighton par le train, j'y fis plusieurs fois le voyage. C'est ainsi que j'ai pu voir sur sc&#232;ne la c&#233;l&#232;bre actrice Vanessa Redgrave, membre d'une organisation trotskiste, le RWP (Revolutionary Workers Party).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A Londres, o&#249; nous sommes revenus par la suite, il y avait de quoi occuper son temps, ne fut-ce que d'aller faire un tour dans les quartiers populaires, ou de parcourir Charing Cross o&#249; vous &#233;tiez s&#251;r de d&#233;nicher les livres que vous n'aviez pu trouver nulle part ailleurs. La librairie du SWP, dans un quartier nord de la ville, &#233;tait aussi bien fournie. Paddington et son march&#233; aux puces, la City avec ses messieurs &#224; chapeaux-melon, Hyde Park et ses orateurs improvis&#233;s, les quartiers bourgeois de l'ouest, et les quartiers p&#233;riph&#233;riques du peuple avec leur m&#233;lange de races, le cimeti&#232;re d&#233;saffect&#233; de Highgate et la tombe de Marx flanqu&#233;e d'un abominable buste d'architecture stalinienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;volution des &#339;illets&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ann&#233;e de &#034;l'alternance&#034; pacifique en Angleterre, 1974 fut celle du coup d'Etat qui au Portugal mit fin &#224; quarante ans de dictature sur le mod&#232;le fasciste, ce qu'on appelait le salazarisme. Des officiers de l'arm&#233;e enlis&#233;e depuis des ann&#233;es dans une guerre coloniale en Afrique (Angola, Mozambique), s'empar&#232;rent de l'appareil d'Etat qui tomba comme une pomme pourrie au signal d'une chanson diffus&#233;e par la radio de Lisbonne le 25 avril &#224; minuit. &#034;Grandola, villa morena, terra de fraternidade&#034; fut par la suite chant&#233;e et fredonn&#233;e sans cesse, tout le monde connaissait cette chanson forte, entr&#233;e dans l'histoire. Son auteur, Jos&#233; Afonso, en a compos&#233; bien d'autres, tout aussi fortes et belles, grav&#233;es sur des disques que j'ai conserv&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le coup d'Etat fut le d&#233;clic qui souleva un vent de r&#233;volte de tout le peuple contre l'ancien &#233;tat de choses. Accueillis avec des &#339;illets, soldats et officiers arboraient tous ce signe de ralliement : ce fut donc &#034;la r&#233;volution des &#339;illets&#034;. Son premier acte fut d'ouvrir les prisons et de l&#233;galiser les organisations ouvri&#232;res, partis, syndicats, journaux. D&#232;s l'&#233;t&#233; suivant la destination de nos vacances s'imposait : direction Lisbonne. Nous travers&#226;mes l'Espagne assoupie dans une morne attente : les jours de Franco et du franquisme &#233;taient compt&#233;s. En fin d'apr&#232;s-midi non loin de la fronti&#232;re, &#224; Badajos, dans un caf&#233; les ouvriers commentent un match quelconque. Quand nous arrivons de l'autre c&#244;t&#233;, &#224; Evora, il fait nuit. Tour de magie : les fen&#234;tres sont &#233;clair&#233;es, les gens d&#233;ambulent, des affiches sont placard&#233;es dans la rue, des voix fortes nous arrivent d'une maison aux fen&#234;tres ouvertes o&#249; se tient sans doute une r&#233;union. Comment est-ce possible, &#224; quelques kilom&#232;tres de distance, d'un c&#244;t&#233; les t&#233;n&#232;bres, le silence, de l'autre tout d'un coup la lumi&#232;re, la rumeur, la vie : ici le peuple a pris la parole.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous arrivons le lendemain &#224; Lisbonne ; premier objectif, trouver un h&#244;tel pour la nuit. Ce sera chose facile, les h&#244;tels sont vides, les r&#233;volutions effraient les touristes. J'ai h&#226;te de m'arr&#234;ter, car j'ai mal aux pieds et je boite. Soudain, &#224; un tournant de rue, surgit une manif drapeaux rouges au vent, en t&#234;te des soldats en uniforme criant des slogans. L'h&#244;tel peut attendre, nous nous joignons aussit&#244;t &#224; eux, nous marchons avec entrain jusqu'&#224; ce que le cort&#232;ge se disloque. Et quand enfin nous nous remettons en qu&#234;te de l'h&#244;tel, je r&#233;alise que pendant tout ce temps je n'avais plus eu mal aux pieds. Que s'&#233;tait-il pass&#233; ? Quand je disais que nous aussi nous avons nos miracles...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lisbonne n'a plus l'aspect que nous lui avons connu il y a une dizaine d'ann&#233;es, quand la petite bonne en robe noire et tablier blanc, suivait &#224; distance ses ma&#238;tres dans la rue. La ville est d&#233;bordante de vie ; des comit&#233;s de locataires organisent l'installation des mal log&#233;s dans les immeubles vides ; des commissions de contr&#244;le d'ouvriers et d'employ&#233;s sont en place dans beaucoup d'entreprises. Nous en avons un exemple &#224; la banque o&#249; nous allons changer nos francs : des instructions sign&#233;es du comit&#233; d'employ&#233;s sont affich&#233;es. Dans le camping luxueux o&#249; nous sommes install&#233;s, il y a un restaurant et la t&#233;l&#233;vision ; les gens suivent attentivement les interviews et les reportages transmis en direct de la rue, des usines, des assembl&#233;es. Quand un leader consid&#233;r&#233; comme ti&#232;de et conciliant s'exprime, les campeurs vocif&#232;rent : fascista ! Il ne m&#233;rite peut-&#234;tre pas cet opprobre, mais ces gens craignent &#224; juste titre les tergiversations, la trahison, ils veulent aller le plus loin et le plus vite possible. Les enfants leur embo&#238;tent le pas : dans leurs jeux ils poursuivent le voleur en criant &#034;fascista, fascista&#034; ! Jusque tard dans la nuit les locaux des organisations politiques, MFA (Mouvement des forces arm&#233;es), communistes, socialistes, trotskistes, (la droite s'est ab&#238;m&#233;e dans le n&#233;ant), accueillent militants, sympathisants, passants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non loin de Lisbonne, les grands chantiers navals travaillent sous contr&#244;le d'un comit&#233; ouvrier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le midi, &#224; l'heure de la sortie des ateliers, la foule dense qui se d&#233;verse dans la rue est un spectacle qui nous est familier. Mais il y a une diff&#233;rence : nous sommes impressionn&#233;s, et le mot est faible, par l'attitude fi&#232;re de ces gens, leur chemise d'une propret&#233; impeccable, &#224; croire qu'ils sortent d'un salon. En est-il toujours ainsi au Portugal, ou est-ce encore un signe des temps ? Si les touristes habituels sont absents, nous rencontrons quand m&#234;me sur la plage un groupe de jeunes Allemands, assis en rond avec des jeunes Portugais, &#233;changeant questions et r&#233;ponses. Les Allemands ne connaissent visiblement pas le portugais, et r&#233;ciproquement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N'emp&#234;che, ils trouvent les mots pour se comprendre. Dans l'Alentejo, province de latifundia, les propri&#233;taires ont pris la fuite, et les paysans se sont organis&#233;s avec l'appui du MFA en coop&#233;ratives. Dans un village, notre regard toujours aux aguets, un homme vient vers nous : venez avec moi, je vais vous montrer ce que nous avons r&#233;alis&#233; dans notre coop&#233;rative. Je ne me souviens plus d'autre chose que de ce geste, ses explications dans une langue que je ne connaissais pas &#233;taient trop ardues. Nous &#233;tions en &#233;t&#233;, et la v&#233;g&#233;tation luxuriante apportait aussi une note de gaiet&#233; et d'espoir. Je garde aussi un souvenir fort de Portimao, le grand port de p&#234;che : nous avons observ&#233; longuement les p&#234;cheurs au travail, il nous semblait, par leur mani&#232;re de se parler, que chez eux aussi il y avait l'espoir dans un autre avenir. Et leur langue &#233;tait belle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment cet enthousiasme et cette explosion d'&#233;nergie ont-ils pu finir, deux ans seulement apr&#232;s la r&#233;volution des &#339;illets, par la reprise en main compl&#232;te du pays par la bourgeoisie, par le retour des propri&#233;taires fonciers, des anciens politiciens, l'emprisonnement des officiers insurg&#233;s du MFA ? Il faudrait pour le comprendre &#233;tudier de pr&#232;s ces &#233;v&#233;nements. Ce qui est certain, c'est qu'il n'y avait pas eu de prise du pouvoir par les conseils ouvriers, ni de parti r&#233;volutionnaire dirigeant, ni donc, de ce fait, une politique qui aurait pu mener jusqu'au bout la r&#233;volution. Les socialistes avec Mario Soares &#224; leur t&#234;te, majoritaires dans les &#233;lections, firent tout pour que les choses rentrent dans l'ordre, l'ordre des riches contre les pauvres. Il n'y a eu ni guerre civile, ni combats. Fin 1975 le MFA &#233;tait &#233;cart&#233; du pouvoir apr&#232;s la mise en sc&#232;ne d'un putsch.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant ce temps, en Espagne Franco &#233;tait &#224; l'agonie et le r&#233;gime franquiste expirant mettait &#224; mort cinq militants par le garrot. La barbarie de cette ex&#233;cution souleva l'indignation. A L'Unesco, &#224; l'initiative de quelques Espagnols, le personnel &#233;tait appel&#233; &#224; une minute de silence dans le hall. Nous &#233;tions &#224; peine r&#233;unis, nombreux, que l'ordre de dispersion vint de M. le directeur M'Bow, un noir mauritanien qui se targuait de tiers-mondisme. Nous ob&#233;&#238;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Unesco &#233;tait une organisation &#034;neutre&#034;, il ne fallait faire nulle peine &#224; un Etat membre. La m&#234;me attitude n'avait-elle pas d&#233;j&#224; &#233;t&#233; suivie vis-&#224;-vis de la France dans la guerre d'Alg&#233;rie ? Dans les &#034;Informations Unesco&#034; (le service de presse o&#249; j'&#233;tais employ&#233;e), si on parlait souvent, et tant mieux, de l'apartheid, l'Afrique du Sud n'&#233;tant pas membre de l'ONU, la guerre d'Alg&#233;rie n'existait tout simplement pas. Ma patronne ne se g&#234;nait pas de dire qu'elle &#233;crivait ce pour quoi elle &#233;tait pay&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il arrivait souvent que nous nous d&#233;cidions pour un voyage sur un &#034;coup de c&#339;ur&#034;, &#224; la suite d'une lecture, d'un &#233;v&#233;nement, d'une rencontre. C'est ainsi qu'un jour au d&#233;but d'ao&#251;t, apr&#232;s un r&#233;cit de D&#233;d&#233;, nous part&#238;mes au pied lev&#233; pour la Finlande.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre premi&#232;re halte est &#224; Tampere. C'est l&#224; que L&#233;nine, avec perruque et sous une fausse identit&#233;, s'&#233;tait cach&#233; apr&#232;s l'&#233;chec du soul&#232;vement ouvrier de juillet 1917 &#224; Petrograd.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Convaincu que le gouvernement de Kerenski dirigerait la r&#233;pression contre les bolcheviks (Trotski fut emprisonn&#233;), L&#233;nine, conscient de son r&#244;le dans la r&#233;volution, ne voulait pas courir le risque de tomber entre les mains de l'ennemi. En janvier 1919 Rosa Luxembourg et Karl Liebknecht furent massacr&#233;s par des soudards sous l'autorit&#233; du gouvernement &#034;socialiste&#034; de Ebert et Scheidemann. Nous m&#233;ditons sur ce pass&#233; tout en d&#233;ambulant dans les rues, quand notre attention est attir&#233;e par d'&#233;normes poubelles jaunes, bien propres d'aspect.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La curiosit&#233; me pousse &#224; soulever un couvercle. Eberlu&#233;e, je le repose aussit&#244;t. En guise de d&#233;chets, dans la poubelle il y avait un clochard. Il avait bien de la chance d'&#234;tre en d&#233;mocratie, apparemment on lui fichait la paix. Nous avions lu &#034;Sainte Mis&#232;re&#034; de Sillanp&#228;&#228;, et d'autres romans &#224; contenu social, comme &#034;La faim&#034; de Knut Hamsun ; mais cette sc&#232;ne &#034;de mes yeux vue&#034; je ne l'avais pas rencontr&#233;e dans les livres. Je n'essaierai pas de d&#233;crire les lacs et les for&#234;ts de bouleaux, les Lapons et les rennes, les cr&#233;puscules de minuit, les saunas et les cabanes en bois o&#249; nous nous &#233;clairions &#224; la chandelle. Un couple de Suisses rencontr&#233; en route nous confiait leur ind&#233;cision &#224; rentrer : &#034;nous sommes envo&#251;t&#233;s&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les premiers jours de septembre 1976 nous nous trouvions &#224; Audierne. La ville et toutes les routes des environs &#233;taient couvertes d'inscriptions et d'affiches de protestation : les Bretons, avec le soutien d'&#233;cologistes et de gauchistes d'ici et d'ailleurs, &#233;taient en pleine campagne contre la construction d'une centrale nucl&#233;aire. Le gouvernement et l'EDF durent renoncer &#224; leur projet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#224; Audierne que nous avons appris, en t&#233;l&#233;phonant &#224; Paris, que Barta venait de d&#233;c&#233;der, alors qu'il passait avec sa femme et sa fille des vacances en Espagne. Il avait 62 ans. Il y avait tant d'ann&#233;es que nous &#233;tions s&#233;par&#233;s et que nous ne nous voyions pratiquement plus ! Les derniers temps d'ailleurs il vivait &#224; Limoges, au pays d'origine de sa femme. &#034;Rouge&#034;, le journal de la LCR, publia le 21 septembre une courte n&#233;crologie. A la suite, Lutte Ouvri&#232;re sortait &#224; l'usage de ses militants un texte pr&#233;tentieux et indigne, &#034;A propos de la mort de Barta&#034; qui finissait sur ces mots : &#034;...il ne nous para&#238;t pas indispensable de publier une notice n&#233;crologique...&#034; Puis, se ravisant, Lutte Ouvri&#232;re publia quand m&#234;me le 2 octobre, une dizaine de jours apr&#232;s Rouge, une n&#233;crologie aussi &#034;neutre&#034; que possible. D&#233;cid&#233;ment l'honn&#234;te Hardy, comme Macbeth, n'arrivait pas &#224; se d&#233;barrasser du spectre de Barta. Un article parut dans Le Monde, ainsi qu'une lettre de J.P. Boussac, qui avait &#233;t&#233; en relation avec Barta dans les derniers temps de sa vie (1975-1976). Comme quelques autres avant lui, il avait fait le 82 projet d'&#233;crire une histoire de l'U.C. Pour &#234;tre &#034;agr&#233;&#233;&#034;, Jean-Paul avait invoqu&#233; la m&#233;moire de son grand'p&#232;re, combattant des Brigades internationales en Espagne. Il avait eu avec Barta un &#233;change de lettres et plusieurs entretiens enregistr&#233;s sur cassette, documents d&#233;pos&#233;s par la suite aux archives du CERMTRI &#224; Paris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec Mathieu enfant, Barta n'avait pas entretenu des relations suivies. Les rencontres, &#233;pisodiques d'abord, s'espac&#232;rent puis bient&#244;t cess&#232;rent. Mathieu avait dans les 16 ans quand je pris l'initiative d'intervenir pour renouer les liens entre eux. A la mort de Barta, Mathieu se trouvait &#224; Montr&#233;al, comme &#034;coop&#233;rant&#034; dans un service d'informatique : c'est ce qui tenait lieu de service militaire &#224; la fin de son sursis comme &#233;tudiant. L'exp&#233;rience canadienne &#233;tait loin d'&#234;tre banale. Dans cette province du Qu&#233;bec, peupl&#233;e d'&#233;migr&#233;s fran&#231;ais depuis le d&#233;but du 17&#232;me si&#232;cle, devenue colonie anglaise vers la fin du 18&#232;me, c'est seulement entre 1974 et 1977 que le mouvement ind&#233;pendantiste imposa le fran&#231;ais comme langue officielle et professionnelle, &#224; la place de l'anglais. C'&#233;tait dr&#244;le de voir dans les grands magasins les vendeuses anglophones s'effor&#231;ant de s'adresser aux gens en fran&#231;ais. L'&#233;glise catholique, qui pendant des si&#232;cles avait pes&#233; sur la &#034;belle province&#034; comme une chape de plomb, perdit brusquement son emprise. Et comme souvent, apr&#232;s avoir trop endur&#233; on passe d'une extr&#234;me &#224; l'autre, beaucoup de femmes refusaient le mariage et certaines &#233;taient fi&#232;res d'&#234;tre &#034;filles-m&#232;res&#034;. C'&#233;tait l'&#233;poque de F&#233;lix Leclerc et de Gilles Vignault, des chansonniers qui mariaient le folklore &#224; la contestation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous savions qu'un enfant &#233;tait attendu : le 29 ao&#251;t 1977 Zo&#233; naissait. Gus fit aussit&#244;t sa valise et prit l'avion, puis, &#224; la rentr&#233;e scolaire, ce fut mon tour. Je tenais dans les bras un beau b&#233;b&#233;, nourri au sein. La famille &#233;tait confortablement log&#233;e pour un loyer modeste. Par contre Mathieu travaillait toute la journ&#233;e &#224; la lumi&#232;re &#233;lectrique. Pour se prot&#233;ger de l'hiver rigoureux, au centre ville bureaux et boutiques &#233;taient install&#233;s dans les immeubles en soussol. On pouvait parcourir des kilom&#232;tres sans voir le ciel. Brigitte et Mathieu s'&#233;taient facilement fait des amis, au travail ou &#224; l'universit&#233; o&#249; Brigitte suivait des cours. Gr&#226;ce &#224; ces relations on se familiarisait mieux avec la vie du pays. Une jeune femme, de p&#232;re b&#251;cheron, nous racontait que n&#233;e pr&#233;matur&#233;ment dans une famille nombreuse, le four de la cuisini&#232;re servit de couveuse. Mais les choses avaient bien chang&#233; depuis. Un gamin &#224; qui nous offrions un jus d'orange press&#233;, nous en demanda un &#034;vrai&#034;, vers&#233; d'une bouteille &#224; ingr&#233;dients chimiques ; la civilisation avait invers&#233; les valeurs. A la fin de cette ann&#233;e 77 le chapitre canadien &#233;tait clos. La vie, le travail, les soucis reprenaient &#224; Paris. Gus devint &#034;un merveilleux grand-p&#232;re&#034; (c'&#233;tait le titre d'un livre traduit du tch&#232;que que Zo&#233; a relu des dizaines de fois dans sa petite enfance) ; moi je m'appelais d&#233;sormais, pour tout le monde, &#034;m&#233;m&#233;&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'enfance est un monde en soi et c'est un privil&#232;ge de pouvoir l'approcher. Parfois Zo&#233; nous &#233;tait confi&#233;e pour la nuit, le plaisir &#233;tait alors double d'&#233;couter et de lui faire &#233;couter, pour l'endormir, une sonate de Schubert. Et combien il &#233;tait plus dr&#244;le d'&#233;couter les chansons &#034;anars&#034; en compagnie des enfants : Le matin du grand soir, Le m&#233;tingue du m&#233;tropolitain (&#034;le samedi soir apr&#232;s le turbin&#034;), Ils ont les mains blanches (&#034;ils n'ont pas travaill&#233;&#034;), Le conseil de r&#233;vision (&#034;je suis &#224; poil' et cependant je ne suis pas chez ma voisine&#034;) Le triomphe de l'anarchie (&#034;...l'heure est venue, il faut nous r&#233;volter... c'est reculer que d'&#234;tre stationnaire&#034;) et tant et tant d'autres. Il &#233;tait beau le chant de la fourmi rouge : &#034;adieu mes compagnes, j'ai trop travaill&#233;, je quitte la mine pour la libert&#233;&#034; ; h&#233;las le disque a voyag&#233; et s'est perdu, et je ne me souviens pas de son auteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gus po&#232;te Mais la &#034;divine surprise&#034; fut la r&#233;v&#233;lation chez Gus d'un talent po&#233;tique que nous ne lui connaissions pas. Son p&#232;re, qui avait pourtant quitt&#233; l'&#233;cole &#224; douze ans, aimait s'exprimer en vers (ses lettres en t&#233;moignent), faire des calembours et de bons mots. Si son fils a&#238;n&#233; avait h&#233;rit&#233; de ce don, il l'avait bien cach&#233;, ou peut-&#234;tre les pr&#233;occupations de sa jeunesse avaient-elles &#233;t&#233; telles que cette part de sa personnalit&#233; &#233;tait rest&#233;e en sommeil. Gustave Gel&#233;, le p&#232;re, ouvrier tulliste &#224; Calais, militant communiste combatif et cultiv&#233;, mort en 1955 &#224; l'&#226;ge de 50 ans, avait l&#233;gu&#233; au fils non seulement le talent qui &#233;tait rest&#233; si longtemps en friche, mais une magnifique tradition socialiste de droiture et de dignit&#233;, une exigence de culture et de connaissances, qui ont &#233;t&#233; la trame de la vie enti&#232;re de Gus, et de ses efforts pour changer le monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;tincelle po&#233;tique chez Gus fut allum&#233;e par les enfants. Mais bient&#244;t tout son entourage alimentait son inspiration ; il d&#233;dia m&#234;me un po&#232;me dr&#244;le &#224; l'instituteur de CM2 de Zo&#233;, M. Martin, qui aimait m&#234;ler l'humour &#224; la p&#233;dagogie. Gus &#233;tait po&#232;te, mais f&#233;ministe aussi, pour imaginer ce conte d&#233;mystifiant la l&#233;gende du P&#232;re No&#235;l ; car le P&#232;re No&#235;l, semble-t-il, faisait faire toute la besogne &#224; la M&#232;re No&#235;l et s'en attribuait le m&#233;rite ! Il offrit le conte &#224; Ya&#235;lle, la fille de Bernadette, une de la &#034;bande des copains&#034;. De tr&#232;s bonne heure Zo&#233; commen&#231;a &#224; faire de la po&#233;sie, et ce furent d&#233;sormais de v&#233;ritables joutes po&#233;tiques. Gus donna un nom de plume &#224; la nouvelle po&#233;tesse : Zo&#233; Hochelaga, le nom indien de Montr&#233;al du temps o&#249; la ville n'&#233;tait qu'un village appartenant aux Iroquois. Cela se traduisait ainsi (un exemple choisi parmi d'autres) : Le vingt-neuf ao&#251;t mille neuf cent soixante-dix-sept la jolie Zo&#239;a, en la ville de Hochelaga que vouliez-vous qu'elle f&#238;t ? qu'elle naquit ! Bient&#244;t ses yeux &#233;tonn&#233;s d&#233;couvrirent la t&#233;l&#233; &#244; rage, &#244; d&#233;sespoir, &#244; trahison ! je ne veux pas, criait-elle, de ce poison t&#233;l&#233;, unique objet de mon ressentiment qui fait mourir lentement mon esprit et mes dons ! je te ha&#239;rai avec raison ! Courage, si le combat n'est pas facile c'est aussi la morale de l'histoire qu'&#224; vaincre sans p&#233;rils on triomphe sans gloire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gus Corneille&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous prenions &#224; c&#339;ur notre nouveau statut. Majorque &#233;tait un lieu de vacances que nous fr&#233;quentions depuis quelques ann&#233;es. Notre amie Fran&#231;oise avait fait l'acquisition d'une maison &#224; San Pedro, un village dans le nord de l'&#238;le. Contrairement aux plages du sud, la c&#244;te ici &#233;tait rocheuse et n'attirait pas la foule des touristes. Il n'y avait presque pas d'h&#244;tels, on s'int&#233;grait &#224; la vie du village. Sous un soleil sans &#233;clipse on pouvait aussi bien paresser sur une chaise longue avec un livre, se promener sur de petits chemins, ou se baigner dans la mer. Le temps ou les Espagnoles entraient dans l'eau tout habill&#233;es &#233;tait bien r&#233;volu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me souviens d'un &#233;t&#233; o&#249; nous avions avec nous &#224; San Pedro, Zo&#233;, neuf ans, et Laetitia, huit ans et demi, la fille de nos amis de Dunkerque. Comment faire des vers si on ne trouve pas de rimes ? Je rassurai Laetitia : on peut aussi &#233;crire de la po&#233;sie en vers blancs. Elle s'int&#233;gra ainsi au club des po&#232;tes et trouva, avec le temps, des rimes. Les filles me d&#233;cern&#232;rent un certificat, sign&#233; en due forme, de laveuse &#233;m&#233;rite de vaisselle (je garde pr&#233;cieusement cet authentique dipl&#244;me). Gus &#233;tait le cuisinier, sous le nom de &#034;Boguse&#034;, et les filles se chargeaient de mettre artistiquement la table.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gus aimait f&#234;ter son anniversaire. C'&#233;tait la Toussaint, un jour f&#233;ri&#233;, pr&#233;cisait-il, pas le jour des morts, malgr&#233; les chrysanth&#232;mes que les gens d&#233;posaient sur les tombes. Pourtant quand il est n&#233;, le 1&#176; novembre 1927, Gus y avait &#233;chapp&#233; de peu. L'accouchement de la m&#232;re, long et &#233;puisant, n'aboutissait pas et la sage-femme finit par c&#233;der sa place au m&#233;decin ; il r&#233;ussit &#224; extraire au forceps le b&#233;b&#233;, le nouveau-n&#233; cria, et le p&#232;re s'est &#233;cri&#233; : &#034;tiens, il n'est pas mort celui-l&#224; !&#034; Ce fils, l'a&#238;n&#233; de trois, devint son pr&#233;f&#233;r&#233;, marchant dans les pas de son p&#232;re, prol&#233;taire et communiste. On appr&#233;ciait la bonne humeur de Gus &#224; l'occasion de cette &#034;f&#234;te&#034;, plut&#244;t intime. Mais un 1&#176; novembre, quand pour ses 47 ans Brigitte lui offrit un chaton, il se mit en col&#232;re, car il ne voulait pas d'animal domestique. Cependant cela me permit d'&#234;tre t&#233;moin d'une relation rare entre cet homme et l'animal. Pendant les neuf ann&#233;es de sa vie, Poussinet nous a accompagn&#233;s dans nos randonn&#233;es, sur les petits chemins, en for&#234;t, dans les dunes, sans jamais &#234;tre tenue en laisse, jouissant d'une grande libert&#233;, r&#233;pondant &#224; notre appel, dialoguant m&#234;me avec Gus : le chat avait son langage qui exprimait des reproches, des interrogations, du plaisir, de la complicit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les ann&#233;es 70 : Longwy, Le Creusot, Dunkerque L'&#233;crivain Jean-Pierre Chabrol dit dans un de ses textes : &#034;il y a ceux qui ont quelque chose &#224; dire mais ne savent pas le dire, et ceux qui n'ont rien &#224; dire mais savent si bien le dire&#034;. C'est vrai en temps ordinaire. Cependant, les ann&#233;es 70 ont fait exception &#224; la r&#232;gle. Le 1&#176; mai 74 le PC et le PS avaient annul&#233; le cort&#232;ge traditionnel pour cause d'&#233;lections ; mais 25.000 manifestants d'extr&#234;me-gauche se retrouvaient dans la rue. Le 1&#176; mai 76 le service d'ordre de la CGT emp&#234;chait un groupe de la &#034;Coordination femmes&#034; d'int&#233;grer le cort&#232;ge : mais les femmes se firent entendre bruyamment. Le 1&#176; mai 77 quelque deux cents soldats en uniforme d&#233;filaient masqu&#233;s ; depuis 1975 des militants animaient un &#034;Journal du Comit&#233; anti- militariste&#034;. En novembre 77 un collectif qui signait &#034;groupe Adret&#034; faisait la d&#233;monstration scientifique du g&#226;chis capitaliste, dans un opuscule intitul&#233; &#034;Travailler deux heures par jour&#034; : temps suffisant dans une soci&#233;t&#233; &#233;quilibr&#233;e, sans parasitisme et sans exploitation. Cent ans plus t&#244;t, d&#233;j&#224;, dans son c&#233;l&#232;bre pamphlet &#034;le Droit &#224; la paresse&#034;, Lafargue limitait &#224; trois heures la journ&#233;e de travail et d&#233;non&#231;ait le m&#234;me g&#226;chis. On comptait, en ce mois de Novembre 77, 1.500.000 ch&#244;meurs, et la &#034;crise &#233;conomique&#034; s'amplifiait de jour en jour. La sid&#233;rurgie &#233;tait mal en point. Alors que d'un c&#244;t&#233; les patrons encaissaient de l'Etat des milliards de subventions, de l'autre ils licenciaient en masse les ouvriers. Le bassin lorrain &#233;tait particuli&#232;rement touch&#233;. En 1978 les militants de la CFDT cr&#233;ent &#224; Longwy une station de radio &#034;SOS emploi&#034;. Telle &#233;tait sa popularit&#233; qu'une tentative des CRS pour d&#233;manteler la station &#233;choua. Devant le succ&#232;s de cette initiative, la CGT cr&#233;a de son c&#244;t&#233; &#034;Lorraine C&#339;ur d'Acier&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bernadette, syndiqu&#233;e CFDT &#224; l'EDF, organisa notre voyage &#224; Longwy. Hier encore centre sid&#233;rurgique, la ville, aux murs couverts d'affiches, avait un aspect sinistr&#233;. Ce n'est pas un hasard si le militant qui nous accueillit portait un nom italien, Bernardini. La randonn&#233;e que nous f&#238;mes par la suite nous r&#233;v&#233;la la forte implantation de l'immigration ouvri&#232;re italienne dans toute la r&#233;gion. La population &#233;tait tr&#232;s accueillante, les ouvriers ne demandaient qu'&#224; parler, &#224; faire conna&#238;tre l'existence qui leur &#233;tait faite. Les &#233;missions des deux nouvelles radios &#233;taient publiques. Nous nous rendions &#224; ces s&#233;ances o&#249; tout le monde prenait la parole. Je me souviens d'un jour o&#249; &#224; Lorraine C&#339;ur d'Acier il y avait beaucoup de monde. Une jeune fille d'une quinzaine d'ann&#233;es nous aborde : elle nous explique le r&#244;le de la radio, l'inqui&#233;tude des ouvriers, les raisons de les soutenir. Que n'avais-je le r&#233;flexe du journaliste ! j'aurais enregistr&#233; ses paroles, pris une photo qui m'aurait rappel&#233; pour toujours ce visage. Nous &#233;tions m&#234;l&#233;s &#224; la foule, avides de suivre ses r&#233;actions et guettant les rebondissements de l'action.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec son savoir-faire en la mati&#232;re la CGT prit le monopole de &#034;Lorraine C&#339;ur d'Acier&#034; et emp&#234;cha progressivement toute libert&#233; d'expression. Au local de la CFDT les discussions &#233;taient anim&#233;es. Une militante proposa de nous faire visiter le quartier qui avait &#233;t&#233; construit pour loger les ouvriers immigr&#233;s maghr&#233;bins. Maintenant qu'on licenciait en masse, on leur offrait une modeste somme de d&#233;part pour qu'ils retournent dans leur pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vers la m&#234;me &#233;poque nous avons fait une tourn&#233;e au Creusot, avec une &#233;quipe de la &#034;bande des copains&#034;. Visite obligatoire &#224; l'Ecomus&#233;e qui retrace l'histoire du r&#232;gne de la dynastie des Schneider sur la vie, du berceau au tombeau, des travailleurs de la r&#233;gion. Une histoire pr&#233;sent&#233;e davantage sous les couleurs de la &#034;bienfaisance&#034;, du paternalisme, et tr&#232;s peu sous celles des luttes ouvri&#232;res. Ici aussi les probl&#232;mes du ch&#244;mage et de la reconversion vers l'industrie des cuves nucl&#233;aires pour le baron Empain, &#233;taient &#224; l'ordre du jour. Nous &#233;tions log&#233;s dans un foyer ouvrier de la Sonacotra &#224; Montceau-les-Mines. Les chambres &#233;taient propres, mais d'une telle exigu&#239;t&#233; qu'il y avait tout juste la place pour le lit, une table, une chaise et un petit placard. Nous mangions &#224; la cantine du foyer, mal ; j'ai vu des r&#233;sidents prendre deux ou trois yaourts &#224; la place du plat principal. Au moment de quitter les lieux, poliment je fis part au &#034;g&#233;rant&#034; de mes observations. Et que croyez-vous qu'il me r&#233;pondit ? Que nous n'&#233;tions pas dans un h&#244;tel trois &#233;toiles ! Il re&#231;ut en r&#233;ponse une bonne douche froide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une inspiration de tribun (que je n'ai pas d'ordinaire) me fit trouver les mots pour le remettre &#224; sa place de valet et d&#233;noncer le syst&#232;me. Des ouvriers attir&#233;s par l'algarade nous entouraient, et j'eus la satisfaction au moment de partir de voir l'un d'eux, un nord-africain, me sourire comme pour me dire : c'est la v&#233;rit&#233;, bien parl&#233; ! L'histoire fit encore des bulles, puisque Bernadette re&#231;ut une lettre de sa correspondante de l'&#233;comus&#233;e pour lui reprocher notre ingratitude. C'est facile de dire que les ouvriers ne doivent pas courber l'&#233;chine ; encore faut-il qu'ils soient dans des conditions o&#249; leur solidarit&#233;, la confiance en eux-m&#234;mes leur permettent de r&#233;agir. Et l&#224; encore il faut un porte-parole, qui puisse dire tout haut ce que tout le monde pense.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la s&#233;rie de nos p&#233;r&#233;grinations, c'est notre s&#233;jour &#224; Dunkerque qui nous apporta le plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant plusieurs ann&#233;es des conflits durs avaient oppos&#233; au patronat les quelque 10.000 ouvriers qui travaillaient &#224; l'&#233;poque &#224; Usinor. Non seulement les conditions de travail &#233;taient p&#233;nibles dans cet enfer d'acier, avec de nombreux accidents graves et m&#234;me mortels, mais l'avant-garde ouvri&#232;re &#233;tait consciente aussi que la politique de licenciements men&#233;e ailleurs se retournerait un jour contre eux. &#034;On tue Denain, on tue Longwy, on tue Louvroil pour construire deux coul&#233;es continues &#224; Usinor-Dunkerque et &#224; Fos s/mer&#034; devait nous expliquer un aci&#233;riste. A plusieurs reprises les sid&#233;rurgistes &#233;taient descendus &#224; Paris pour manifester. A Usinor une &#233;quipe d'ouvriers combatifs venait de d&#233;missionner de la CGT apr&#232;s un conflit avec les &#034;chefs&#034;, et avait adh&#233;r&#233; &#224; la CFDT. Ils avaient d'abord d&#233;battu de l'opportunit&#233; de constituer un syndicat &#224; la base. Mais ils ne devaient se r&#233;soudre &#224; cette d&#233;marche que quelque temps plus tard, apr&#232;s s'&#234;tre heurt&#233;s &#224; la m&#234;me bureaucratie obtuse, cette fois &#224; la CFDT.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Arriv&#233;s &#224; une quinzaine, avec des jeunes du CET, nous f&#251;mes log&#233;s dans un foyer tr&#232;s convenable. Une visite de l'usine fut organis&#233;e &#224; notre intention. Spectacle impressionnant, pour les jeunes et pour nous-m&#234;mes, les coul&#233;es du m&#233;tal en fusion, le bruit et la chaleur, le danger. Les ouvriers de &#034;l'opposition&#034; nous invit&#232;rent &#224; un d&#233;bat o&#249; ils nous expliqu&#232;rent la situation et les probl&#232;mes du moment. Gus, qui avait son exp&#233;rience de Renault, intervenait souvent pour poser des questions ou faire des observations, ce qui rendait plus anim&#233; l'expos&#233;, dont j'ai conserv&#233; les notes. Nos h&#244;tes lou&#232;rent un car et nous firent visiter la r&#233;gion industrielle de Dunkerque et le port p&#233;trolier, o&#249; se profilaient &#224; perte de vue les usines de la sid&#233;rurgie, de la chimie, du raffinage. Dans les bistrots, beaucoup de visages basan&#233;s. L&#224; comme ailleurs, beaucoup de main-d'&#339;uvre immigr&#233;e, et pas seulement d'Afrique du nord.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un de nos guides, Pierre Suray, un aci&#233;riste tr&#232;s en pointe, &#233;tait un &#034;immigr&#233;&#034; blond des Ardennes, attir&#233; par les offres d'embauche. Des lotissements avaient &#233;t&#233; construits en masse &#224; Grande-Synthe, Petite-Synthe, etc... Quelques ann&#233;es apr&#232;s, les maisons vid&#233;es de leurs habitants ne trouvaient plus preneurs. Nous avons nou&#233; des relations d'amiti&#233; avec des ouvriers dont les id&#233;es &#233;taient tr&#232;s proches des n&#244;tres, et nous sommes retourn&#233;s &#224; plusieurs reprises &#224; Dunkerque. Mais les licenciements aidant, les gens se sont dispers&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En cette ann&#233;e 79 je voyais enfin approcher le moment o&#249; allaient s'ouvrir devant moi les portes de la libert&#233;... la retraite. Comment allais-je employer ces loisirs, tard retrouv&#233;s, mais ne dit-on pas qu'il n'est jamais trop tard pour bien faire ? Gus penchait pour un engagement aux c&#244;t&#233;s des &#233;cologistes. Si ce n'est en France, du moins au niveau international, c'&#233;taient eux qui menaient des actions contre le saccage de la plan&#232;te. En Allemagne le mouvement prenait de l'ampleur. Une de leurs affiches pastichait avec humour le po&#232;me tr&#232;s populaire de Heine, la Lorelei (devenu &#034;anonyme&#034; sous le r&#232;gne nazi) ; ce qui donnait ceci : &#034;Ich weiss nicht was soll es bedeuten dass ich so traurig bin, der Rhein so sauber vor Zeiten, jetzt stinkt er zum Himmel s'ist schlimm.&#034; (Litt&#233;ralement : comment dire ma tristesse, le Rhin si propre jadis, maintenant il empeste jusqu'au ciel, c'est grave). En France, Bombard, Cousteau, Ren&#233; Dumont (&#034;l'Afrique est mal partie&#034;), les anti-nucl&#233;aires, s'exprimaient de fa&#231;on plus percutante que les politiciens dits de gauche, mais ils n'avaient pas d'impact politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant je ne me sentais pas d'affinit&#233; avec les &#233;cologistes. En attendant j'essayais de mettre &#224; profit mes derniers jours dans le &#034;bocal&#034;. L'Unesco disposait d'une biblioth&#232;que de documentation, avec des dictionnaires, des encyclop&#233;dies et des ouvrages de r&#233;f&#233;rence de nombreux pays. Qui cherche trouve, dit le proverbe. Je remarquai dans un fichier le titre d'un ouvrage anglais, consacr&#233; &#224; la vie d'Eleanor Marx. L'auteur &#233;tait une femme, Yvonne Kapp.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Unesco pouvant obtenir les ouvrages en pr&#234;t, je me procurai les trois volumes de ce livre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait un travail remarquable, consacr&#233; tant &#224; la vie de la famille Marx, qu'&#224; la personnalit&#233; si peu connue d'El&#233;anor, la plus jeune des trois filles (n&#233;e en 1855) de Karl et Jenny Marx.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Militante socialiste et f&#233;ministe, elle a jou&#233; un r&#244;le &#233;minent dans le mouvement ouvrier anglais du 19&#232;me si&#232;cle. Il est bien dommage que seul le premier volume (Family life) ait &#233;t&#233; traduit aux Editions sociales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le coup du destin&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En janvier 1980 j'atteignais mes 60 ans. J'avais demand&#233; d'&#234;tre dispens&#233;e du traditionnel cocktail d'adieu, mais on ne m'&#233;couta pas, et pourquoi aurais-je d&#233;rog&#233; &#224; la tradition ? J'ai relu plus d'une fois la lettre que me glissa ce jour-l&#224; Jane, une jeune secr&#233;taire anglaise : &#034;I hope that now you'll have a chance to travel, to read and to enjoy life to the full. You deserve to Claire, I've always admired your patience and open-mindedness and I wish you a very happy future...&#034; (J'esp&#232;re que maintenant tu pourras voyager, lire, profiter pleinement de la vie. Tu le m&#233;rites Claire, j'ai toujours admir&#233; ta patience, ton ouverture d'esprit et je te souhaite un avenir heureux). Avais-je m&#233;rit&#233; cette appr&#233;ciation ? J'avais pens&#233; r&#233;unir &#224; cette occasion les jeunes de l'&#233;quipe de Mathieu pour leur raconter &#034;ma vie&#034;. Mais je n'osais pas, je craignais de ne pas &#234;tre &#224; la hauteur. Jeanne, &#224; qui je confiai mes &#233;tats d'&#226;me, me dit en plaisantant &#224; moiti&#233; : tu n'as qu'&#224; leur chanter un bout de &#034;la Grande Capitulation&#034; : &#034;Voil&#224; ce que je me disais dans la fleur de ma jeunesse : toi ma fille t'es pas pareille aux autres... t'as de l'allure et de l'ambition ! Le pinson dans la cour siffle : cause toujours !... Un deux, tout le monde dans le rang : l'homme propose, dieu dispose... Tout &#231;a c'est du flan !&#034; C'&#233;tait la complainte de M&#232;re Courage, tra&#238;nant sa carriole de cantini&#232;re au milieu des malheurs des guerres de religion. Nous aimions le th&#233;&#226;tre de Brecht, &#224; l'&#233;poque ses pi&#232;ces &#233;taient jou&#233;es &#224; Paris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce fut une ann&#233;e fertile en &#233;v&#233;nements, heureux et malheureux. Pour moi elle reste symbolis&#233;e par l'image d'une gravure de D&#252;rer : le Chevalier, la Mort et le Diable. L'ann&#233;e avait pourtant bien commenc&#233;. En m&#234;me temps que je retrouvais ma libert&#233;, Gus pr&#233;parait le concours pour passer du statut de ma&#238;tre auxiliaire &#224; celui de titulaire ; il allait pour cela mettre &#224; profit les vacances de P&#226;ques, que nous devions passer &#224; Fort Mahon. Cette petite station au bord de la Manche, entre la baie d'Authie et la baie de Somme, nous &#233;tait famili&#232;re, car depuis un premier s&#233;jour en 1970, nous y &#233;tions revenus bien des fois &#224; l'occasion d'un week-end ou de courtes vacances.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces lieux de vill&#233;giature qui, avec un arri&#232;re-pays plat, s'&#233;grenaient le long du littoral devant une immense plage de sable, n'offraient alors qu'un confort rudimentaire et n'&#233;taient fr&#233;quent&#233;s que par les gens du peuple. En &#233;t&#233; il y avait foule : bruns, roux ou blonds, avec beaucoup d'enfants, ils se ressemblaient tous ; des &#034;clones&#034;, selon l'expression de Lulu, et le surnom leur resta. A l'&#233;t&#233; 39 des militants anglais de l'ILP (Independent Labour Party) avaient tenu un camp d'&#233;t&#233; &#224; Fort-Mahon ; l'&#233;quipe du Court-Circuit y installa quelquefois ses tentes pendant les vacances.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entre la mer, la plage et les dunes, on faisait ample provision de bon air. Nous descendions toujours au m&#234;me h&#244;tel sans pr&#233;tention et sans &#233;toile. Dans cette r&#233;gion o&#249; le ciel est si changeant - selon un dicton on voit les quatre saisons dans la m&#234;me journ&#233;e - ce mois d'avril 1980 &#233;tait exceptionnellement beau. Faute de place &#224; l'h&#244;tel, la fille du patron nous avait install&#233;s dans un petit appartement inhabit&#233;, qui lui appartenait ; et Gus potassait ses manuels assis au soleil sur le pas de la porte. J'avais toujours &#233;cart&#233; l'id&#233;e d'avoir ici un pied-&#224;-terre, comme Gus l'aurait souhait&#233;. Or justement ce printemps, tout &#224; fait en bord de mer, on mettait les fondations d'un petit immeuble dont les appartements se vendaient sur plan, les prix &#233;taient abordables, et on pourrait contempler de chez soi le vol des mouettes. Les d&#233;s en &#233;taient jet&#233;s. Le p&#233;cule de la retraite aidant, on signa l'achat d'un appartement d'une cinquantaine de m&#232;tres carr&#233;s, au troisi&#232;me et dernier &#233;tage, o&#249; nous allions pouvoir emm&#233;nager dans un an. Mathieu ayant fortement soutenu Gus dans son choix, je ne pus que m'incliner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au mois d'ao&#251;t nous appr&#238;mes que notre amie Jeannette &#233;tait rentr&#233;e du Kenya, o&#249; elle habitait depuis quelques ann&#233;es : Braz, son mari venait de mourir. Jeannette, la s&#339;ur de Marguerite Bongrain, notre ancienne camarade de l'UC, &#233;tait une amie de longue date ; nous avions aussi bien connu Braz, un Indien de la province de Goa, ing&#233;nieur architecte, mais aussi peintre et violoncelliste. Je d&#233;cidai de me rendre aupr&#232;s d'elle. Gus &#233;tait occup&#233; &#224; peindre sa chambre &#224; Vanves ; je lui d&#233;conseillai donc de m'accompagner. Mais chez lui, encore une fois, l'int&#233;r&#234;t c&#233;da le pas au sentiment. Laissant l&#224; peinture et pinceaux, nous voil&#224; &#224; la Tamiserie-Haute, &#224; la lisi&#232;re d'un bois, en pays p&#233;rigourdin. Aupr&#232;s de Jeannette il y avait d&#233;j&#224; sa s&#339;ur Marie-Th&#233;r&#232;se, une religieuse des Petites s&#339;urs de l'Assomption. La chaleur &#233;tait torride. Marchant dans l'herbe, Gus s'aper&#231;ut, bien que n'ayant pas ressenti de douleur, qu'il venait d'&#234;tre piqu&#233; &#224; la cheville par une vip&#232;re. La maison n'avait pas de t&#233;l&#233;phone, et elle &#233;tait loin de toute ferme. Aucune de nous savait conduire. Le temps d'arriver en voiture, par ses propres moyens, chez le m&#233;decin du village et d'&#234;tre transport&#233; par les pompiers &#224; l'h&#244;pital de P&#233;rigueux, Gus avait souffert une h&#233;morragie interne. Il subit trois transfusions de sang et resta environ une semaine &#224; l'h&#244;pital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gr&#226;ce &#224; Marie-Th&#233;r&#232;se je logeais au foyer des religieuses pr&#232;s de la cath&#233;drale Saint-Front &#224; P&#233;rigueux. Soeur Joseph-Marie, une religieuse &#224; la retraite, me donnait tous les jours un petit m&#233;daillon b&#233;ni &#224; porter au malade. La souffrance, la maladie, le deuil, elle les connaissait. De famille paysanne, elle avait servi, jeune novice, comme infirmi&#232;re dans un h&#244;pital. Son p&#232;re tomba alors gravement malade, mais son engagement ne lui permettait pas de quitter son poste pour aller le voir. Et elle dispensait ses soins &#224; un ivrogne, qui la traitait de putain ! Nous nous en &#233;tions bien tir&#233;s, du moins je le croyais. Mais &#224; peine un mois plus tard Gus tombait malade avec une forte jaunisse. C'&#233;tait le premier sympt&#244;me d'une h&#233;patite virale, l'h&#233;patite C inocul&#233;e par les transfusions. A l'&#233;poque ce virus, non encore identifi&#233;, &#233;tait appel&#233; &#034;non A non B&#034; et la maladie &#233;tait incurable. Apr&#232;s trois mois de repos complet au lit, Gus reprit des forces et nous savions, tacitement, qu'il fallait pour vivre garder l'espoir. Il reprit son travail &#224; l'&#233;cole. Pendant notre s&#233;jour &#224; la Tamiserie nous avions fait la connaissance du P&#232;re Oxarango, un ami des Bongrain qui &#233;tait de passage. Ce pr&#234;tre d&#233;j&#224; &#226;g&#233;, plein d'humour et de sagesse, nous racontait qu'il avait &#233;t&#233; aum&#244;nier en Indochine, o&#249; un grad&#233; incapable de prononcer son nom l'appelait le p&#232;re Oscar. Dans son village il disait la messe en basque. Il nous avait d&#233;crit sous de si jolies couleurs le petit village d'Esteren&#231;uby, non loin de St.Jean-Pied-de-Port, que nous avons saisi la premi&#232;re occasion pour faire une vir&#233;e dans les Pyr&#233;n&#233;es, sur les sentiers de montagne o&#249; paissent les moutons au profil basque et o&#249; guettent les vautours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Soul&#232;vement en Pologne Cette m&#234;me ann&#233;e 80, une diversion de taille nous d&#233;tourna de nos soucis et de notre angoisse : la r&#233;volte du prol&#233;tariat polonais et la vague de gr&#232;ves qui s'&#233;tendit &#224; toute la Pologne sous la banni&#232;re de &#034;Solidarnosc&#034; ; sorti de l'ill&#233;galit&#233;, le syndicat compta bient&#244;t dix millions d'adh&#233;rents ! D&#233;j&#224; dix ans auparavant, en d&#233;cembre 1970, des manifestations et des gr&#232;ves ouvri&#232;res avaient &#233;t&#233; r&#233;prim&#233;es sans piti&#233;, et avaient fait na&#238;tre le KOR, organisation d'opposants cr&#233;&#233;e par des intellectuels comme Jacek Kuron, Modzelewki, Adam Michnik, Kolakowski et d'autres. La gr&#232;ve d&#233;marra, comme en 70, aux chantiers navals de Gdansk. Le nouveau leader, l'&#233;lectricien Lech Walesa, encore inconnu au niveau national, gagna son prestige gr&#226;ce &#224; son flair et &#224; son opportunisme. Il avait d'abord accept&#233; la reprise &#224; Gdansk, la direction ayant c&#233;d&#233; sur les revendications. Mais devant la formidable pression des ouvriers des autres secteurs et la combativit&#233; de ceux de Gdansk, il prit la t&#234;te du mouvement qui d&#233;sormais d&#233;passait de loin les revendications de salaires. Dans certains secteurs m&#234;me, les dirigeants syndicaux mettaient en place des comit&#233;s de contr&#244;le de la production et de la distribution. Ce fut le cas &#224; Lodz. A l'occasion d'une r&#233;union organis&#233;e par des militants syndicaux &#224; l'EDF, j'ai pu entendre Zbigniew Kowalewki, un des dirigeants de Lodz ; j'appris plus tard qu'il &#233;tait aussi un militant trotskiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le courant de 1980-81 des d&#233;l&#233;gu&#233;s de Solidarnosc &#233;taient venus &#224; Paris prendre contact avec les syndicats fran&#231;ais. Contrairement &#224; la CGT, ouvertement hostile, la CFDT soutenait activement Solidarnosc. Des camions partaient r&#233;guli&#232;rement leur apporter une aide mat&#233;rielle et technique. C'est ce que faisaient d'ailleurs aussi les catholiques. L'&#233;glise polonaise n'avait jamais subi de pers&#233;cution dure de la part du pouvoir et pouvait ainsi plus facilement se payer le luxe de l'opposition. La bureaucratie au pouvoir faisait des concessions aux cur&#233;s plut&#244;t qu'aux militants ath&#233;es et socialistes, pers&#233;cut&#233;s. La classe ouvri&#232;re n'&#233;tait pas aussi attach&#233;e &#224; l'&#233;glise qu'on voulait bien le dire. Mais les intellectuels, m&#234;me ceux qui n'&#233;taient pas catholiques, accept&#232;rent cette confusion (alors que l'&#233;glise n'avait en rien int&#233;r&#234;t au succ&#232;s du mouvement ouvrier). Venant s'y ajouter la crainte d'une intervention russe, les dirigeants les plus en vue de Solidarnosc h&#233;sit&#232;rent, tergivers&#232;rent, au lieu de conduire le mouvement vers le seul objectif valable, la prise du pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fin de compte c'est donc Jaruzelski (chef du gouvernement et du parti) qui proclama &#034;l'&#233;tat de guerre&#034; en d&#233;cembre 81. Les syndicats furent suspendus, les militants par milliers emprisonn&#233;s, les gr&#232;ves de protestation r&#233;prim&#233;es par l'arm&#233;e. Cette p&#233;riode fut fertile en publications et beaucoup de livres ont paru en France. La revue &#034;L'Alternative&#034; publi&#233;e par Fran&#231;ois Masp&#233;ro, consacrait r&#233;guli&#232;rement &#224; la Pologne des articles, des interviews et des reportages du plus haut int&#233;r&#234;t. Pour nous, aller sur place comme nous l'aurions voulu, et sans doute fait en d'autres temps, n'&#233;tait plus envisageable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En France : la grande illusion Pendant ce temps en France on se pr&#233;parait aux &#233;lections pr&#233;sidentielles. Avec Fran&#231;ois Mitterrand, qui avait &#233;t&#233; ministre de l'int&#233;rieur pendant la guerre d'Alg&#233;rie, et s'&#233;tait converti depuis 1971 au socialisme pour reprendre le fonds de commerce d'un PS moribond, on allait battre la droite, depuis plus de vingt ans au pouvoir. Giscard d'Estaing illustrait son fin de r&#232;gne par le &#034;scandale des diamants&#034;, un cadeau offert par l'empereur Bokassa, dictateur cannibale en R&#233;publique centrafricaine et ancien sergent de l'arm&#233;e fran&#231;aise. Parmi les meilleurs humoristes de l'&#233;poque, Desproges et Thierry le Luron pr&#233;sentaient un excellent sketch &#224; la t&#233;l&#233;vision. Interview&#233; par Desproges, dans le r&#244;le du journaliste stupide, le Luron imitant &#224; merveille la voix du Pr&#233;sident, saluait le public : &#034;mesdiams, messieurs, bonsoir&#034;. La libert&#233; de se moquer des &#034;grands&#034; est un privil&#232;ge de la d&#233;mocratie. Coluche, devenu tr&#232;s populaire, avait m&#234;me pr&#233;sent&#233; sa candidature aux &#233;lections pr&#233;sidentielles, soutenu par le Canard Encha&#238;n&#233; et Charlie-Hebdo. Dans les sondages sa cote montait &#224; vue d'&#339;il. Mais c'est ce qui l'amena justement &#224; arr&#234;ter le jeu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mai 81 vit le triomphe de Mitterrand. Le soir de son &#233;lection des dizaines de milliers de gogos en liesse se rassembl&#232;rent place de la Bastille. Se prenant pour Jules C&#233;sar, le pr&#233;sident se fit filmer par toutes les t&#233;l&#233;visions dans une c&#233;r&#233;monie au Panth&#233;on. L'assembl&#233;e nationale (&#233;lue en 78) fut dissoute et les nouvelles &#233;lections aboutirent &#224; un gouvernement socialiste avec la participation (&#233;ph&#233;m&#232;re) de quatre ministres &#034;communistes&#034;. Le peuple attendait un changement. La semaine l&#233;gale de travail fut ramen&#233;e de 40 &#224; 39 heures et le retraite fix&#233;e &#224; 60 ans. Gr&#226;ce &#224; Robert Badinter, nomm&#233; ministre de la justice, le parlement vota une mesure, qui n'&#233;tait d'ailleurs pas forc&#233;ment populaire : l'abolition de la peine de mort. Certaines entreprises et quelques banques furent nationalis&#233;es mais les actionnaires indemnis&#233;s, et les grands patrons continu&#232;rent de toucher des subventions, de sp&#233;culer, de d&#233;localiser, de licencier. Comme le pr&#233;c&#233;dent, le nouveau gouvernement envoya ouvertement en Afrique des militaires et des mercenaires, au Gabon pour soutenir le dictateur Bongo (garant de l'exploitation du bois, du p&#233;trole, de l'uranium, par les banques &#233;trang&#232;res), au Tchad pour aider tant&#244;t l'un tant&#244;t l'autre des chefs de clan en guerre, et en maint autres endroits. Pourtant d&#232;s 1962 Ren&#233; Dumont avait lanc&#233; l'avertissement &#034;L'Afrique noire est mal partie&#034; (titre de son livre). En Nouvelle-Cal&#233;donie la politique colonialiste et les int&#233;r&#234;ts capitalistes amen&#232;rent le gouvernement Rocard &#224; soutenir la guerre que les Caldoches (descendants des colonisateurs) menaient aux Canaques, la population autochtone. Pourtant, le mouvement ind&#233;pendantiste FLNKS (Front de lib&#233;ration nationale kanak et socialiste) se r&#233;clamait du socialisme, et son leader reconnu, Jean-Marie Tchibaou vint &#224; Paris chercher le soutien de ceux qui pr&#233;tendaient se r&#233;clamer des m&#234;mes principes. Mais les troupes fran&#231;aises envoy&#233;es dans l'&#238;le men&#232;rent une guerre sans merci aux Kanaks et tous leurs leaders, l'un apr&#232;s l'autre, furent assassin&#233;s. Tels furent les hauts faits de Mitterrand, et j'en oublie sans doute d'autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s sept ans de r&#232;gne, il fut quand m&#234;me r&#233;&#233;lu en 1988. Mais cinq ans plus tard les &#233;lections l&#233;gislatives donnaient une majorit&#233; &#233;crasante &#224; la droite. Et c'est ainsi que dans le syst&#232;me d&#233;mocratique, le peuple oscille entre blanc bonnet et bonnet blanc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De trois ans plus jeune que moi, Jeanne avait pris sa retraite &#224; 56 ans et s'&#233;tait inscrite &#224; l'universit&#233; pour des &#233;tudes de langue allemande. Elle disait vouloir prendre une revanche sur le sort qui lui avait fait quitter le lyc&#233;e &#224; 15 ans pour rapporter &#224; la maison un salaire. Si le th&#233;&#226;tre de Bertolt Brecht, d&#233;couvert en France seulement dans les ann&#233;es 60, &#233;tait connu, les noms de grands &#233;crivains comme Ernst Toller (suicid&#233; en 1935), Kurt Tucholsky (suicid&#233; en 1939), ou Alfred D&#246;blin &#233;taient ignor&#233;s, comme avait &#233;t&#233; occult&#233;e du reste en France toute la culture allemande d'entre les deux guerres. Je d&#233;couvris ces auteurs en m&#234;me temps que Jeanne qui m'en parlait. Satiriste et r&#233;volutionnaire, Kurt Tucholsky dans &#034;Apprendre &#224; rire sans pleurer&#034; ou &#034;Bonsoir r&#233;volution allemande&#034; tournait en d&#233;rision la soci&#233;t&#233; bourgeoise, exprimait sa haine de la caste militaire, des assassins de Rosa et de Karl. La mont&#233;e du fascisme dans &#034;Berlin Alexanderplatz&#034; d'Alfred D&#246;blin, la trilogie autobiographique de Elias Canetti, ou encore l'inclassable Thomas Bernhard, pourfendeur de l'Autriche bourgeoise, furent parmi nos d&#233;couvertes de l'&#233;poque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1981 Jeanne apprit qu'elle &#233;tait atteinte d'un cancer. Apr&#232;s une intense radioth&#233;rapie, elle me demanda de l'accompagner pour un court s&#233;jour de repos dans les C&#233;vennes. A l'unique h&#244;tel de Coubi&#233;rettes, notre village, la cuisine &#233;tait r&#233;gionale et les champignons, cueillis par les clients, accommod&#233;s de cent mani&#232;res. En fin d'apr&#232;s-midi, les hommes se r&#233;unissaient au caf&#233; pour une partie de cartes ; leur conversation se passait en dialecte c&#233;venol, pour nous herm&#233;tique. Nous &#233;tions en octobre. Dans la for&#234;t les arbres &#233;taient rev&#234;tus de toutes les couleurs de l'automne, du jaune au rouge, de l'&#233;carlate au brun ; de la terre montaient les odeurs de champignons et de toutes sortes de plantes dont Jeanne connaissait le nom et l'usage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous marchions sur les chemins d'un bon pas, devisant sur toutes choses, remontant dans le pass&#233;. Jeanne avait 13 ans en 1936, moi j'en avais 16, et ce court &#233;cart d'&#226;ge nous avait laiss&#233; une vision diff&#233;rente du pass&#233;. Elle avait gard&#233; un bon souvenir des faucons rouges (version la&#239;que des scouts) ; moi je lui disais combien j'avais d&#233;test&#233; l'optimisme de commande des staliniens pendant qu'ils assassinaient la r&#233;volution espagnole.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ath&#233;e, elle se voulait tol&#233;rante pour la religion. Mais il n'y a pas de religion sans &#233;glise et l'&#233;glise est l'instrument du pouvoir qui nous opprime. Qui mieux que Marx a su d&#233;finir le sens de la religion, sa fonction spirituelle et sociale : &#034;la religion est le soupir de la cr&#233;ature accabl&#233;e, l'&#226;me d'un monde sans c&#339;ur, comme elle est l'esprit d'une existence sans esprit. Elle est l'opium du peuple. ...La critique de la religion est donc particuli&#232;rement la critique de la 91 vall&#233;e de larmes dont la religion est l'aur&#233;ole.&#034; L'ath&#233;isme et l'anti-cl&#233;ricalisme ne nous emp&#234;chaient pas d'admirer la splendeur des cath&#233;drales, et nous en connaissions beaucoup.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Celle de Laon, perch&#233;e sur une butte, au clocher entour&#233; de superbes statues de b&#339;ufs, hommage des artisans aux b&#234;tes de somme qui avaient charri&#233; les pierres de l'&#233;difice. Ou encore la cath&#233;drale de Chartres, sans doute une des plus somptueuses, qui &#233;tait souvent notre but de promenade. Mais quelle rigolade un jour, o&#249; &#233;tant entr&#233;s au moment d'un office, le cur&#233; chantait avec componction (bien s&#251;r devant un micro) : &#034;priez, priez sans cesse, prier c'est la jeunesse, prier c'est le bonheur&#034;... Nous avons souvent repris le refrain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ces ann&#233;es-l&#224;, ayant davantage le temps de lire, je pris l'habitude de noter les titres de mes lectures. Des milliers de livres paraissaient en librairie. &#034;La joie de lire&#034; de Masp&#233;ro avait h&#233;las p&#233;riclit&#233; victime des vols, cette retomb&#233;e frelat&#233;e d'un soi-disant esprit libertaire post 68.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Masp&#233;ro avait &#233;t&#233; un des premiers &#233;diteurs &#224; publier en plusieurs volumes la correspondance de Rosa Luxembourg.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi les nombreux auteurs sovi&#233;tiques publi&#233;s et qu'on appelait &#034;dissidents&#034; parce qu'interdits chez eux, il y avait Soljenitsyne (n'aurait-il &#233;crit qu'&#034;Une journ&#233;e dans la vie d'Ivan Denissovitch&#034; !) ; mais aussi Vladimir Vo&#239;novitch (Les aventures singuli&#232;res du soldat Tchonkine, dignes de celles que v&#233;cut, sous Fran&#231;ois-Joseph, le Brave soldat Chveik de Karl Hasek), Erofeev, Chalamov, A&#239;tmatov, Sevela (&#034;Arr&#234;tez l'avion je veux descendre&#034;), Natalia Baranska&#239;a, et tant d'autres. Tous ces &#233;crivains utilisaient l'arme de la d&#233;rision. Ils avaient de qui tenir et l'h&#233;ritage &#233;tait de taille : Gogol (le Revizor, les Ames mortes), Tch&#233;khov, Gontcharov (Oblomov !), etc... A l'exemple du traditionnel humour juif, les Sovi&#233;tiques aussi savaient qu'il valait mieux rire de ses malheurs pour ne pas avoir &#224; en pleurer. Ainsi cette devinette : &#034;De quelle nationalit&#233; &#233;taient Adam et Eve ? - Sovi&#233;tiques. Parce qu'ils vivaient nus, n'avaient qu'une pomme &#224; se partager, et qu'ils se croyaient au paradis.&#034; (L'Arme du rire, &#233;d. Ramsay, 1979). Cependant il me semble qu'une mention particuli&#232;re revient &#224; Vassili Grossman pour son chef-d'&#339;uvre &#034;Vie et destin&#034;, qui doit tenir sans conteste dans l'histoire une place &#233;gale &#224; &#034;Guerre et paix&#034; de Tolsto&#239;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les ann&#233;es de &#034;prosp&#233;rit&#233;&#034; les &#233;diteurs, des plus grands aux plus modestes, rivalisaient d'imagination dans les publications de toute sorte. Aujourd'hui j'ai quelques dizaines de livres &#224; port&#233;e de la main sur des &#233;tag&#232;res. Mais dix fois plus sont rang&#233;s dans des bo&#238;tes en carton.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me reproche souvent leur &#034;rel&#233;gation&#034;, due &#224; mon besoin de vivre dans un espace aussi nu et d&#233;pouill&#233; que possible. Je ne sais comment expliquer ce besoin d'&#034;aust&#233;rit&#233;&#034;, qui remonte loin dans mes jeunes ann&#233;es. Des murs nus, aucune recherche non plus dans les objets d'ameublement, presque tous d'ailleurs fabriqu&#233;s par Gus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour acheter une t&#233;l&#233;vision nous avions attendu que Mathieu termine le lyc&#233;e et c'est chez un cousin de Gus, &#224; Clamart, que nous avons v&#233;cu sur le petit &#233;cran l'exploit de Gagarine dans son spoutnik. Le cousin Tahon s'&#233;tonnait que nous n'ayions pas de t&#233;l&#233;. Mais le plus souvent, quand Gus allait &#224; Clamart, le programme &#233;tait mauvais, et il s'entendait dire : &#034;tu aurais d&#251; venir hier&#034;. On en avait fait un sujet de plaisanterie, dans le genre &#034;demain on rase gratis&#034;. A l'&#233;poque la bo&#238;te magique &#233;tait encore loin d'occuper la place qu'elle tient aujourd'hui. C'est plus tard que Fellini, ce magicien de l'image, devait dire &#224; une journaliste du Monde : &#034;la t&#233;l&#233;vision a mutil&#233; notre capacit&#233; de solitude... Encha&#238;n&#233;s par un rituel envahissant, nous fixons un cadre lumineux qui vomit des milliards de choses s'annulant les unes les autres, dans une spirale vertigineuse. ... D&#233;sormais, nous ne pouvons plus attendre de nous, au maximum, qu'une r&#233;action de spectateurs, annihilant toute vell&#233;it&#233; de r&#233;flexion et presque d'&#233;motion.&#034; Mais en d'autres mains la t&#233;l&#233;vision pourrait-elle jouer le m&#234;me r&#244;le qu'en son temps le cin&#233;ma, que le Vieux a appel&#233; le septi&#232;me art ? Combien de fois n'ai-je pleur&#233; ou ri aux larmes dans une salle obscure. Je me souviens d'une s&#233;ance &#224; l'unique cin&#233;ma-th&#233;&#226;tre de Vanves. On y passait en version originale &#034;Ay Carmela&#034;, un admirable film de Carlos Saura qui relate un &#233;pisode de la guerre d'Espagne ; l'h&#233;ro&#239;ne, aux deux sens du mot, est une actrice d'une petite troupe de th&#233;&#226;tre dans les rangs r&#233;publicains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait un apr&#232;s-midi, et &#224; l'initiative sans doute d'un professeur d'espagnol du lyc&#233;e, la salle &#233;tait remplie de jeunes. Quelques rares adultes seulement. Pendant la projection, des jeunes bavardaient entre eux, riaient aussi. Le film d'ailleurs n'&#233;tait pas morose. J'&#233;tais assise &#224; c&#244;t&#233; d'une femme &#226;g&#233;e. Quand la lumi&#232;re revint, elle me dit avec un sourire : j'ai v&#233;cu tout cela.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'aurais aim&#233; pouvoir lui dire : moi aussi, mais pas d'aussi pr&#232;s...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si nous nous &#233;tions en fin de compte r&#233;sign&#233;s &#224; la t&#233;l&#233; presque de la m&#234;me fa&#231;on qu'on ne pouvait se passer de t&#233;l&#233;phone (dont j'ai d&#251; pourtant plaider la n&#233;cessit&#233; aupr&#232;s de Gus), il en avait &#233;t&#233; autrement de la radio et de l'&#233;lectrophone. Pour ce dernier il lui fallait ce qu'il y avait de plus parfait. Nous avons achet&#233; un ensemble &#034;haut de gamme&#034; dans un magasin sp&#233;cialis&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quel bonheur, &#224; en pleurer d'&#233;motion, d'&#233;couter telle symphonie, tel trio, telle sonate des compositeurs que nous aimions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; On ne peut mentir tout le temps &#224; tout le monde &#187; L'ann&#233;e 82 a &#233;t&#233; marqu&#233;e par un bref voyage &#224; Berlin. Devant nous, grandeur nature, une mise en sc&#232;ne d'un &#233;pisode des guerres de religion moins les massacres, puisqu'on ne tuait que de temps &#224; autre un transfuge qui escaladait &#034;le mur&#034;. Cette grande ville, ancienne capitale de l'Allemagne mais aussi du mouvement ouvrier social-d&#233;mocrate, &#233;tait coup&#233;e en deux et entre les deux se dressait un mur et un no man's land. D&#233;sormais capitale de l'Allemagne de l'est (RDA) sous contr&#244;le russe, la moiti&#233; ouest de la ville restait cependant sous contr&#244;le des alli&#233;s (Am&#233;ricains, Anglais, Fran&#231;ais) ; les Russes &#233;taient d&#233;sormais les ennemis. Pour aller de l'ouest &#224; l'est il fallait franchir la fronti&#232;re, montrer ses papiers, r&#233;pondre aux questions de policiers &#224; la trogne renfrogn&#233;e, et repartir le jour m&#234;me. La ville qui abritait de prestigieux mus&#233;es, aurait pu elle-m&#234;me en &#234;tre un, s'il n'y avait eu les nouveaux immeubles style HLM &#224; la p&#233;riph&#233;rie. Dans une salle de ce vaste mus&#233;e qui abrite les fouilles de Schliemann en Asie mineure, une gardienne, sans que nous l'ayons abord&#233;e, tient &#224; nous expliquer que le peuple vivait aujourd'hui bien mieux que sous l'ancien r&#233;gime. Dans la rue, une femme mendiait discr&#232;tement. Cependant, pas de pauvret&#233; visible, pas de queues devant les magasins. Au restaurant un pianiste joue de la musique d'ambiance, dans la tradition. A l'ouest musique aussi dans une brasserie, mais avec accord&#233;on et chanteuse. Ici des groupes de jeunes font concurrence aux Anglais pour la coupe et la coloration des cheveux. La ville ne manque pas de mus&#233;es modernes, de grands parcs, de belles avenues. Mais dans le m&#233;tro un jeune nous aborde : avez-vous &#233;t&#233; au Kreuzberg ? Non ? Il faut y aller. Nous d&#233;couvrons dans ce quartier un autre Berlin. Celui des squatters dans des immeubles qui n'ont pas encore &#233;t&#233; r&#233;nov&#233;s, des fresques et des inscriptions contestataires sur les murs, et une population bigarr&#233;e, due &#224; l'immigration turque. La plupart des restaurants sont turcs, on y mange bien, et la client&#232;le allemande ne les boude pas. Dans la rue beaucoup de fillettes la t&#234;te couverte d'un foulard, t&#233;moignage de la force des habitudes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce fut notre dernier &#034;vagabondage&#034;. Fin 84, pour la premi&#232;re fois, nous nous r&#233;signons &#224; &#234;tre &#034;pris en charge&#034; dans un voyage organis&#233; par les &#034;Amiti&#233;s franco-chinoises&#034;. Et pendant deux semaines nous allons d&#233;couvrir la Chine, ou plut&#244;t une infime partie de ses merveilles. Bien s&#251;r nous allions voir ce qu'il fallait montrer aux touristes, et rien d'autre. Mais si nous &#233;tions log&#233;s et nourris dans des h&#244;tels confortables pour &#233;trangers, si Canton, Guilin, Kunming et P&#233;kin n'&#233;taient pas toute la Chine, il y avait pourtant de quoi en prendre plein ses yeux et ses oreilles. Une foule dense, des vieux bus bond&#233;s, d'innombrables v&#233;los. Des balayeurs prot&#233;g&#233;s de la poussi&#232;re par un demi-masque. Des crachoirs dispos&#233;s un peu partout, mais les gens n'ont pas tous perdu l'habitude de cracher par terre. Une assez grande uniformit&#233; de v&#234;tements &#034;mao&#034;, pantalons et veste bleu fonc&#233;. Vestige du pass&#233;, quelques vieilles trottinent sur leurs petits pieds qu'on avait band&#233;s dans leur enfance. Une de nos jeunes guides nous dit qu'elle avait &#233;pous&#233; le gar&#231;on de son choix, et pas celui que lui d&#233;signaient ses parents : les temps ont chang&#233;. Mais un &#233;tudiant, faisant lui aussi office de guide, nous explique que le choix des &#233;tudes n'est pas libre. Les &#233;tudiants sont r&#233;partis selon les places disponibles dans telle ou telle universit&#233;. Nos guides nous offrent une halte dans un village, et nous tombons vraiment bien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une noce venait d'&#234;tre c&#233;l&#233;br&#233;e, et les villageois r&#233;unis autour des jeunes mari&#233;s f&#234;taient l'&#233;v&#233;nement. Les mari&#233;s en costume mao avaient un ruban rouge &#224; la boutonni&#232;re. L'ambiance &#233;tait joyeuse, on servait aux invit&#233;s un simple verre d'eau chaude, le &#034;th&#233; du pauvre&#034;, et nous e&#251;mes droit au n&#244;tre. Les maisons &#233;taient en terre battue. Un vieux nous demanda de le prendre en photo avec ses petits enfants. Heureusement, pour la premi&#232;re fois nous voyagions avec un appareil de photo. Mais le vieux fut d&#233;&#231;u, car nous n'avions pas le d&#233;veloppement automatique, comme d'autres touristes. Sur les routes nous croisons sans cesse des charrettes et aussi des files d'hommes et de femmes portant des palanches.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A P&#233;kin nous pouvons p&#233;n&#233;trer dans la Cit&#233; interdite, avec ses pagodes, ses jardins, les appartements des concubines, les douves sur lesquelles glissent les patineurs, il y avait de quoi &#233;blouir les plus frustes comme les plus raffin&#233;s. Sur la place Tian An Men une longue file de curieux s'&#233;gr&#232;ne devant la momie de Mao Tse Toung, notre groupe s'empresse de faire la visite. Nous pr&#233;f&#233;rons parcourir les ruelles des quartiers populaires, fl&#226;ner sur les march&#233;s en plein air, o&#249; on trouve de tout y compris chiens et chats &#233;corch&#233;s, et aller ensuite d&#233;jeuner, avec les autres touristes, au &#034;Temple du soleil&#034;. Nous sommes log&#233;s &#224; la p&#233;riph&#233;rie dans un h&#244;tel construit dans les ann&#233;es 50 pour les experts sovi&#233;tiques. Le moins qu'on puisse dire, c'est qu'on les g&#226;tait. Nous avons droit &#224; une chambre &#224; coucher, un cabinet de travail avec t&#233;l&#233;vision, une salle de bains. Le soir, au th&#233;&#226;tre du &#034;Pont du ciel&#034;, le spectacle de danse et de musique est superbe, mais nous mod&#233;rons nos applaudissements, pour ne pas nous d&#233;marquer du public chinois qui manifeste son enthousiasme avec retenue. A l'h&#244;tel nous disposons d'un journal en anglais, le China Daily. On apprenait ainsi qu'en 1984, &#224; P&#233;kin, 17 h&#244;tels de luxe et 80.000 appartements nouveaux avaient &#233;t&#233; construits, mais que la surface moyenne par habitant &#233;tait de 6 m2. La politique de l'Etat, disait le journal, est de transformer l'&#233;conomie rurale auto-suffisante en &#233;conomie de march&#233;. Dans la rue des affiches avec les portraits d'hommes condamn&#233;s &#224; mort pour faits criminels, mais aucune information sur les d&#233;tenus politiques. Wei Jingsheng, le plus connu &#224; l'&#233;tranger, et ses camarades qui en 1979 avaient form&#233; &#034;l'alliance pour les droits de l'homme&#034; et avaient affich&#233; des dazibao (journaux muraux), &#233;taient toujours en prison. Nulle part leurs noms n'&#233;taient mentionn&#233;s. Presque dix ans plus tard une nouvelle explosion de la jeunesse &#233;tudiante et ouvri&#232;re, dont la t&#233;l&#233;vision &#233;trang&#232;re s'est fait le t&#233;moin sur la place Tian An Men, fit de nouvelles victimes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est justement au moment o&#249; se d&#233;roulait cette r&#233;volte &#233;tudiante &#224; P&#233;kin, que le sort nous r&#233;servait notre ultime d&#233;paysement, un voyage &#034;France-URSS&#034; d'une semaine, &#224; Moscou et &#224; L&#233;ningrad. Il n'avait jamais &#233;t&#233; question pour nous de faire un voyage au pays de la terreur stalinienne. Deux ans seulement avant le tournant de la &#034;glasnost&#034;, le caricaturiste Viatcheslav Sysso&#239;ev, qui se cachait pour &#233;chapper &#224; l'asile psychiatrique, &#233;tait arr&#234;t&#233; pour avoir dessin&#233; les bureaucrates avec des t&#234;tes au carr&#233; sans visage. (Masp&#233;ro publia ses dessins, avec une pr&#233;face de Sin&#233;). Mais depuis 1985 Gorbatchev, promu &#224; 54 ans au secr&#233;tariat g&#233;n&#233;ral apr&#232;s les r&#232;gnes brefs et la mort successive d'Andropov et de Tchernenko, se donnait pour mission de r&#233;ussir l&#224; o&#249; Khrouchtchev avait &#233;chou&#233; trente ans plus t&#244;t. Glasnost et perestro&#239;ka furent les deux slogans qu'il lan&#231;a pour sauver le pays de la d&#233;liquescence dans laquelle il s'enfon&#231;ait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Glasnost d'abord : laisser les gens s'exprimer librement, permettre la comp&#233;tition des id&#233;es, pour pouvoir ensuite faire sauter les verrous qui bloquaient l'&#233;conomie, r&#233;tablir la comp&#233;tition du march&#233;. Gorbatchev ne demandait pas au peuple de mettre &#224; bas la bureaucratie, de s'approprier le pouvoir dont il avait &#233;t&#233; spoli&#233;. Il s'adressait &#224; l'occident, demandait l'aide du capital &#233;tranger, de l'imp&#233;rialisme am&#233;ricain en premier. Dans les d&#233;buts, la glasnost suscita un grand &#233;lan surtout parmi les intellectuels, qui pouvaient de nouveau se r&#233;unir ouvertement, tenir des colloques, publier des livres et des journaux. Mais les trente millions de bureaucrates, surtout les plus privil&#233;gi&#233;s, firent &#233;chouer l'entreprise, entra&#238;nant le pays dans le chaos.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme devait le d&#233;clarer le &#034;Comit&#233; des nouveaux socialistes de Moscou&#034; en avril 90 : &#034;le march&#233; dans les mains du bureaucrate revient &#224; &#233;changer &#224; un barbare sa massue contre une mitraillette&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand nous sommes arriv&#233;s &#224; Moscou, en juin 89, nous avons d&#233;couvert une ville &#224; l'aspect morne. La pauvret&#233; ne s'&#233;talait pas dans la rue, mais il n'y avait pas abondance dans les magasins. Log&#233;s dans un h&#244;tel pour touristes, nos menus &#233;taient tr&#232;s modestes. Le personnel proposait discr&#232;tement l'&#233;change de devises contre des roubles, offrant un change dix fois sup&#233;rieur &#224; celui fix&#233; par la banque, par exemple 100 roubles contre 10 francs, au lieu de la parit&#233; 100 contre 100. L'absence d'affiches publicitaires dans les rues nous frappe agr&#233;ablement. (Tout le contraire du sentiment amer que nous avons ressenti dans une de nos banlieues, &#224; Malakoff, o&#249; un supermarch&#233; a recouvert impun&#233;ment de sa publicit&#233; hideuse une belle fresque murale, r&#233;alis&#233;e par les enfants d'une &#233;cole). L'immense, et impressionnant, parc d'exposition des r&#233;alisations scientifiques est tr&#232;s visit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A Leningrad nous cherchons &#224; retrouver les traces de l'&#233;pop&#233;e de 1917. De l'h&#244;tel Moskva, place Alexandre Nevski, nous prenons le m&#233;tro pour nous rendre au mus&#233;e de la r&#233;volution d'Octobre. A c&#244;t&#233; de nous, un &#233;tudiant nous parle en fran&#231;ais des difficult&#233;s de la vie, rien n'a encore chang&#233; ; sans doute pense-t-il que nous nous faisons des illusions sur le &#034;nouveau&#034; r&#233;gime. Il nous indique la station (marqu&#233;e en lettres cyrilliques) et demande &#224; une personne qui descend au m&#234;me arr&#234;t de nous accompagner jusqu'au mus&#233;e ; ce qui est fait avec une grande gentillesse. Le mus&#233;e, install&#233; au palais Ktechinska&#239;a, est &#233;galement tr&#232;s visit&#233;. Enfin le nom de Trotski est r&#233;tabli aux diff&#233;rentes &#233;tapes de la r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Leningrad est une belle ville aux innombrables palais. Les &#233;glises ne sont pas encore rendues au culte, et dans la cath&#233;drale St. Isaac le guide nous explique que Pierre le Grand fit b&#226;tir cette merveille (et d'autres) au prix de la vie de dizaines de milliers de moujiks serfs, morts &#233;puis&#233;s dans ces murs. On nous fait visiter la forteresse Pierre-et-Paul, et aussi le quartier Narva o&#249; se trouvaient jadis les usines Poutilov, bastion du prol&#233;tariat r&#233;volutionnaire, rebaptis&#233;es usines Kirov. Ni le mus&#233;e de la r&#233;volution, ni la salle de concerts o&#249; fut jou&#233;e dans la ville assi&#233;g&#233;e la symphonie Leningrad de Chostakovitch (signal&#233;e par une plaque &#224; sa m&#233;moire) ne faisaient partie des visites guid&#233;es. Chostakovitch avait compos&#233; et dirig&#233; cette musique dans la ville qui devait subir dans des conditions inhumaines trois ann&#233;es de si&#232;ge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La symphonie Leningrad, d'une puissance et d'une beaut&#233; rares, nous &#233;tait connue avant ce voyage ; Gus avait m&#234;me une sorte de culte pour Chostakovitch, qui nous apparaissait comme un personnage path&#233;tique, &#224; l'&#233;gal de Beethoven.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Certains sont plus &#233;gaux que d'autres &#187; Dans les ann&#233;es 80 Gus avait au coll&#232;ge une vie sociale. J'avais, pour ma part, quelques occupations de &#034;retrait&#233;e&#034;. C'est ainsi que je recevais chaque mercredi la fille de &#034;l'homme de peine&#034; de l'immeuble, une gamine de l'&#226;ge de Zo&#233;, que j'aidais &#224; faire ses devoirs et &#224; prendre go&#251;t &#224; la lecture. Orpheline de m&#232;re, avec un p&#232;re ayant quitt&#233; l'&#233;cole &#224; l'&#226;ge de 12 ans, elle avait beaucoup de difficult&#233;s &#224; raisonner dans l'abstrait. Son sort semblait trac&#233; par ce dessin paru dans le Court-Circuit du 5.12.74 : sous la l&#233;gende &#034;Non, l'&#233;galit&#233; des chances n'existe pas !&#034;, deux jeunes gar&#231;ons c&#244;te &#224; c&#244;te sur le starting bloc ; devant l'un, un ascenseur sur lequel est indiqu&#233; &#034;fils de cadres&#034;, devant l'autre un escalier o&#249; une fl&#232;che indique &#034;fils d'ouvriers&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avions pour voisins de palier un couple de militants PSU, lui ing&#233;nieur, elle anesth&#233;siste &#224; l'h&#244;pital. Avec leurs deux petites filles, ils d&#233;m&#233;nag&#232;rent bient&#244;t dans un pavillon &#224; Ch&#226;tillon-sous-Bagneux. Un jour, au t&#233;l&#233;phone, la jeune femme me raconte avec des larmes dans la voix qu'elle avait d&#233;cid&#233; de mettre ses filles dans une &#233;cole priv&#233;e ; elles prenaient trop de retard &#224; l'&#233;cole publique o&#249; le niveau &#233;tait trop bas. Je repense &#224; cette histoire v&#233;cue, chaque fois que j'entends plaider pour la &#034;libert&#233; de l'enseignement&#034; et des subventions &#224; l'&#233;cole priv&#233;e. Le dicton &#034;on ne pr&#234;te qu'aux riches&#034; devrait se dire &#034;on ne donne qu'aux riches&#034;. L'Etat bourgeois laissait l'&#233;cole la&#239;que se d&#233;labrer et venait en aide &#224; &#034;l'initiative priv&#233;e&#034;, &#224; la satisfaction d'une petite bourgeoisie &#233;litiste. Du temps de la scolarit&#233; de Gus, le lyc&#233;e n'&#233;tait tout simplement pas &#224; la port&#233;e des pauvres. Les jeunes entraient dans la production souvent d&#232;s l'&#226;ge de quinze ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant que Mathieu ne soit d'&#226;ge d'aller au lyc&#233;e, je r&#234;vais pour lui d'un enseignement diversifi&#233;, qui associerait travaux manuels et culture g&#233;n&#233;rale. Si de pareilles &#233;coles avaient exist&#233;, mais elles n'existaient pas, elles auraient permis de former des hommes accomplis. J'ai trouv&#233; dans &#034;l'Id&#233;ologie allemande&#034;, l'ouvrage abandonn&#233; par Marx et Engels &#224; &#034;la critique rongeuse des souris&#034;, cette projection de l'homme &#034;multi-culturel&#034; : &#034;Aussit&#244;t que le travail commence &#224; &#234;tre divis&#233;, chacun a un cercle d&#233;termin&#233; d'activit&#233; qui lui est impos&#233; et dont il ne peut sortir : il est et doit rester chasseur, p&#234;cheur, ou critique s'il ne veut pas perdre ses moyens de subsistance - tandis que dans la soci&#233;t&#233; communiste, o&#249; chacun n'a pas un cercle exclusif d'activit&#233;, mais peut s'entra&#238;ner dans n'importe quelle branche selon son d&#233;sir, la soci&#233;t&#233; r&#232;gle la production g&#233;n&#233;rale et rend ainsi possible pour moi de faire ceci aujourd'hui, cela demain, de chasser le matin, de p&#234;cher l'apr&#232;s-midi, d'&#233;lever du b&#233;tail dans la soir&#233;e et de critiquer apr&#232;s le d&#238;ner, exactement selon mon bon plaisir, sans jamais devenir chasseur, ou p&#234;cheur, ou critique.&#034; Il arrivait aussi qu'on me demande d'&#233;crire l'histoire de l'U.C. Je n'&#233;tais pas &#224; la hauteur d'une telle t&#226;che. Barta de son c&#244;t&#233; avait r&#233;pondu aux questions d'un certain nombre de militants ou d'historiens, Yvan Craipeau et Jacqueline Pluet notamment. Son t&#233;moignage n'est rest&#233; que dans l'interpr&#233;tation que lui ont donn&#233;e ses interlocuteurs dans leurs livres. Mais le hasard devait se frayer encore un autre chemin dans cette recherche du pass&#233;. C'&#233;tait &#224; une f&#234;te de &#034;Lutte Ouvri&#232;re&#034;. Gus et moi cheminions dans une all&#233;e parmi la foule, quand tout d'un coup quelqu'un s'arr&#234;te net devant nous : Louise ! s'exclame l'homme, tu me reconnais ? Non, je ne me souvenais pas de lui. Et pourtant, nous &#233;tions de la m&#234;me &#034;famille&#034; et ne nous &#233;tions pas revus depuis 45 ans. En 1939 Louis Bonnel et moi faisions partie de la tendance du POI qui avait adh&#233;r&#233; au PSOP. Appel&#233; au service militaire, il m'avait confi&#233; la tr&#233;sorerie des JSOP dont il &#233;tait responsable. Et le destin renouait les fils. Gr&#226;ce &#224; Bonnel j'ai fait la connaissance de Paolo. Ce jeune Italien trotskiste, en marge du militantisme commen&#231;ait &#224; se consacrer &#224; la recherche historique. Quand Bonnel me le pr&#233;senta, la r&#233;action de Paolo fut &#224; la fois touchante et dr&#244;le ; telle fut sans doute la r&#233;action des ap&#244;tres devant le Christ redescendu sur terre pour leur laisser son dernier message. &#034;Last but not least&#034;, c'est Bonnel qui me mit en relation avec Richard Moyon ; comme d'autres avant lui il avait quitt&#233; L.O. o&#249; il avait milit&#233; de nombreuses ann&#233;es et fini par avoir le sentiment de vivre, si ce n'est dans un carcan, du moins avec des &#339;ill&#232;res ; c'est ce qui le poussait &#224; vouloir creuser le pass&#233; de cette organisation qui se r&#233;clamait de la tradition &#034;glorieuse&#034; de l'U.C.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'histoire interpr&#233;t&#233;e Et c'est ainsi que par les chemins du hasard, je repris &#224; partir du printemps 86 mon statut de &#034;secr&#233;taire&#034; dans une troisi&#232;me m&#233;tamorphose ; la premi&#232;re avait &#233;t&#233; &#224; l'UC pour la r&#233;volution, la deuxi&#232;me pour &#034;gagner des fafiots en allant au boulot&#034;, la troisi&#232;me enfin comme archiviste de l'histoire. Gus avait, de sa propre initiative, pris les devants. Profitant des facilit&#233;s qui lui &#233;taient offertes au coll&#232;ge, il avait photocopi&#233; tous les documents que nous conservions, journaux, proc&#232;s-verbaux, etc., tri&#233; et photocopi&#233; un &#224; un les articles par sujet, pour en faire des recueils th&#233;matiques. Je ne me rappelle pas ce qui a d&#233;cid&#233; Ramboz &#224; &#233;crire l'histoire de l'U.C. Il avait tir&#233; des conclusions assez n&#233;gatives de notre pass&#233;, et ne poss&#233;dait pas d'archives. Nous lui avons aussit&#244;t remis les collections compl&#232;tes des journaux et je m'attelais &#224; un minutieux travail de classement et de listage de tous nos documents, aussi bien les compte-rendus des r&#233;unions que les tracts ou les bulletins d'usine. Il y en avait pour des mois de travail ; en m&#234;me temps j'essayais de r&#233;concilier sa m&#233;moire avec une vision plus fid&#232;le de l'&#233;poque, h&#233;las sans y avoir vraiment r&#233;ussi. En 1988 Ramboz achevait son travail sous le titre &#034;Contribution &#224; l'histoire de l'Union Communiste (trotskiste) 1940-1950.&#034; Ce texte n'est pas sans m&#233;rite. Cependant, je ne pouvais que d&#233;sapprouver les remarques o&#249; il dit que la &#034;rigidit&#233; doctrinale (de l'UC) frappait sa strat&#233;gie de st&#233;rilit&#233;&#034;, que nous avions &#034;une conception messianique de la classe ouvri&#232;re&#034; ou que &#034;Trotski, champion d'un communisme libertaire, n'en a pas moins r&#233;prim&#233; l'insurrection libertaire de Kronstadt et militaris&#233; l'Arm&#233;e rouge&#034; (il ajouta quand m&#234;me, sur mon insistance, un erratum pour pr&#233;ciser qu'en 1921 Trotski &#034;est membre du gouvernement qui &#233;crase le soul&#232;vement libertaire de Kronstadt, sans participer personnellement &#224; la r&#233;pression&#034;). Ramboz, &#224; qui j'avais fourni les copies des lettres de Barta &#224; Boussac, aurait &#233;t&#233; bien inspir&#233; de m&#233;diter sur ces lignes : &#034;Il faut reconstruire le pass&#233; &#224; partir des probl&#232;mes, de la situation et des buts et espoirs (aussi) des protagonistes au moment historique o&#249; ils agissaient.&#034; (Lettre du 3.5.76). Ramboz appelait &#034;rigidit&#233; doctrinale&#034; l'espoir que nous entretenions dans un changement de soci&#233;t&#233;, &#034;de la nuit de la guerre voir na&#238;tre un jour nouveau&#034;. C'est un proc&#233;d&#233; banal et trop facile de jouer les proph&#232;tes apr&#232;s coup. Et beaucoup plus difficile d'analyser une situation nouvelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 8 novembre 1922, au cinqui&#232;me anniversaire de la r&#233;volution d'octobre, paraissaient dans &#034;l'Humanit&#233;&#034; ces lignes sous la signature d'Anatole France : &#034;N&#233;s dans l'indigence, grandis dans la famine et la guerre, comment les Soviets eussent-ils pu accomplir leur grand dessein et r&#233;aliser la justice int&#233;grale ? Du moins, ils en ont pos&#233; le principe, ils ont jet&#233; les semences qui, si les destins le favorisent, se r&#233;pandront sur la Russie et f&#233;conderont un jour l'Europe.&#034; Mais l'histoire prit un autre cours. Dix-huit ans plus tard, le 12 f&#233;vrier 1940 Trotski r&#233;pondait ainsi &#224; un journaliste qui lui demandait quelle aurait &#233;t&#233; sa politique s'il avait &#233;t&#233; le chef de l'Etat sovi&#233;tique : &#034;Je n'aurais pu &#234;tre le &#034;chef&#034; de l'Etat sovi&#233;tique actuel : seul Staline convient &#224; ce r&#244;le. Ce n'est pas moi personnellement qui ai perdu le pouvoir et ce ne fut pas par hasard, mais parce que la p&#233;riode r&#233;volutionnaire a fait place &#224; une &#233;poque r&#233;actionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s de longs efforts et d'innombrables victimes, les masses, fatigu&#233;es et d&#233;&#231;ues, ont reflu&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'avant-garde a &#233;t&#233; isol&#233;e. Une nouvelle caste privil&#233;gi&#233;e a concentr&#233; le pouvoir entre ses mains et Staline, qui ne jouait auparavant qu'un r&#244;le secondaire, est devenu son chef. La r&#233;action en URSS a progress&#233; parall&#232;lement &#224; la r&#233;action dans le monde.&#034; (Oeuvres compl&#232;tes, tome 23). Rappelons seulement encore cette phrase d'Engels (dans son livre sur Ludwig Feuerbach) : &#034;les hommes font leur histoire, quelque tournure qu'elle prenne, en poursuivant chacun leurs fins propres, consciemment voulues, et ce sont pr&#233;cis&#233;ment les r&#233;sultats de ces nombreuses volont&#233;s dans des sens diff&#233;rents, leurs r&#233;percussions vari&#233;es sur le monde ext&#233;rieur, qui constituent l'histoire.&#034; Le travail de notre nouvel ami Paolo fut par force moins ambitieux. Avec l'aide de Richard, qui r&#233;digea les introductions, il publia sous la forme de deux brochures du Centre d'&#233;tudes Pietro Tresso qu'il dirige, la correspondance de Barta avec Sedova et le Rapport d'organisation de 1943. Instruit par l'exp&#233;rience, Richard s'est attel&#233; &#224; un travail plus en profondeur. Il a r&#233;ussi &#224; faire &#233;diter par la Br&#232;che (imprimerie de la LCR) un premier volume contenant l'int&#233;gralit&#233; des Lutte de Classes d'octobre 1942 &#224; juillet 1945, avec une bonne introduction historique. L.O. a facilit&#233; financi&#232;rement l'entreprise en achetant mille exemplaires. Richard r&#233;ussit aussi &#224; faire publier dans la s&#233;rie des Cahiers L&#233;on Trotski dirig&#233;e par Pierre Brou&#233;, une brochure : Barta et l'Union Communiste pendant la guerre (n&#176;49, juillet 1993). La pr&#233;face de Richard, d'une quarantaine de pages, est un tr&#232;s bon aper&#231;u de l'histoire de l'UC. Il continue son travail de &#034;gal&#233;rien&#034; (&#034;pourquoi t'es tu embarqu&#233; dans cette gal&#232;re ?&#034; &#233;crivait Barta &#224; son jeune correspondant, Jean-Paul Boussac, en janvier 76). Je l'aide dans la mesure de mes moyens, techniquement, et aussi &#034;moralement&#034; ; de la vieille garde il n'en reste plus beaucoup parmi nous. Un deuxi&#232;me volume, avec des textes de l'UC de 1945 &#224; 1947 est pr&#234;t aujourd'hui, en d&#233;cembre 93 (un troisi&#232;me et dernier suivra). Mais j'ai encore fait un saut dans le futur, et il me faut revenir en arri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;H&#233;las, bient&#244;t la maladie qui avait lentement &#233;volu&#233;, commen&#231;a &#224; donner des signes inqui&#233;tants. En plus de la fatigue, Gus avait des difficult&#233;s &#224; respirer, et une longue s&#233;rie d'examens &#233;prouvants avec de brefs s&#233;jours r&#233;p&#233;t&#233;s &#224; l'h&#244;pital devaient assombrir sa vie. Mais nous avions encore un sursis. En 1985 nous d&#233;couvrions le livre d&#233;nonciateur de G&#252;nther Wallraff, &#034;T&#234;te de Turc&#034; publi&#233; par les &#233;ditions de la D&#233;couverte, successeur de Masp&#233;ro.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jusque l&#224; personne n'avait parl&#233; de cet &#233;crivain (n&#233; en 1942), alors qu'il &#233;tait connu en Allemagne depuis les ann&#233;es 60 pour ses actions d'&#233;clat, poursuivi par les tribunaux, menac&#233; de mort par les sbires du patronat ou de la presse v&#233;nale. Muni de faux papiers, d&#233;guis&#233; avec une perruque, des moustaches et des lentilles &#224; la place de ses lunettes, il s'&#233;tait fait embaucher comme ouvrier immigr&#233; turc chez Thyssen. Les conditions de vie et de travail, au m&#233;pris de toute norme de sant&#233; et de s&#233;curit&#233;, faisaient l'objet de son livre T&#234;te de Turc. &#034;Il faut tromper pour ne pas &#234;tre tromp&#233;, enfreindre les r&#232;gles du jeu pour divulguer les r&#232;gles secr&#232;tes de domination&#034;, r&#233;pondait-il &#224; ceux qui s'indignaient de son subterfuge. C'est tout le syst&#232;me de la soci&#233;t&#233; qu'il mettait en cause. &#034;Economie libre de march&#233; : terme ad&#233;quat, car les dirigeants de l'&#233;conomie sont v&#233;ritablement libres, et d'ailleurs presque les seuls &#224; l'&#234;tre dans ce pays : ils ont la libert&#233; de pratiquer l'usure et la fraude, le recel, le vol, l'intoxication, l'oppression... Ils empoisonnent nos fleuves et nos mers, nos malades, nos vieux, nos enfants dans les entrailles de leur m&#232;re, nos loisirs, nos familles, nos illusions, notre facult&#233; de faire confiance, d'aimer et de pleurer.&#034; Pour d&#233;noncer la soci&#233;t&#233; &#034;lib&#233;rale&#034; preuves &#224; l'appui, Wallraff avait successivement rev&#234;tu le r&#244;le d'un conseiller minist&#233;riel n&#233;gociant l'embauche d'unit&#233;s paramilitaires au service des patrons, servi de cobaye comme ouvrier &#233;tranger pour des tests de m&#233;dicaments dangereux, et travaill&#233; comme journaliste &#224; la r&#233;daction du journal &#224; scandales &#034;Bild&#034; du groupe Springer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette presse pourrie faisait la chasse au groupe Fraction Arm&#233;e Rouge les traitant de nazis, alors qu'elle cachait sous une stricte censure le pass&#233; d'ancien officier SS de Hans-Martin Schleyer, grand patron enlev&#233; puis tu&#233; par les terroristes.. (Tous ces militants furent condamn&#233;s &#224; la prison &#224; vie, certains s'y sont suicid&#233;s, ce qui n'a jamais &#233;t&#233; le cas pour les criminels nazis). L'&#233;crivain Heinrich B&#246;ll, qui avait stigmatis&#233; cette presse dans &#034;L'honneur perdu de Katharina Blum&#034; (publi&#233; en 1974) disait qu'il fallait &#034;cr&#233;er une douzaine de Wallraff&#034;. Les syndicats, qui avaient failli &#224; leur t&#226;che, se sentirent enfin oblig&#233;s de le soutenir et publi&#232;rent m&#234;me par tracts certains de ses reportages en usine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la f&#234;te de &#034;Lutte Ouvri&#232;re&#034; de 1986 Alain Brossat, le traducteur fran&#231;ais de &#034;T&#234;te de Turc&#034; pr&#233;senta le livre. Un ouvrier fran&#231;ais, militant de la LCR, parla &#224; cette occasion de son exp&#233;rience de mineur dans la Sarre, mais l'&#233;motion l'emp&#234;cha de finir son expos&#233; : il racontait qu'&#224; sa plus grande honte, les mineurs allemands lavaient le dos de leurs camarades comme c'&#233;tait l'usage, mais refusaient de le faire pour les mineurs turcs ! A l'&#233;chelle plan&#233;taire, l'&#233;v&#233;nement de cette ann&#233;e 86 fut l'explosion d'un r&#233;acteur nucl&#233;aire &#224; Tchernobyl, en Ukraine , qui entra&#238;na un d&#233;sastre dont nous ne pouvions mesurer l'ampleur, car aux &#233;chelons responsables on en cacha et minimisa les effets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En France, en novembre 86 commen&#231;ait une gr&#232;ve dure des cheminots ; fait nouveau, elle &#233;tait dirig&#233;e par des &#034;coordinations&#034; &#233;lues, en opposition avec les dirigeants des syndicats hostiles &#224; la gr&#232;ve. Par une man&#339;uvre dont elle &#233;tait coutumi&#232;re - en d&#233;clenchant d'une gr&#232;ve de l'EDF impopulaire et mal contr&#244;l&#233;e - la CGT finit par casser le mouvement. Interrog&#233; &#224; la t&#233;l&#233;vision, un dirigeant des conducteurs de trains en pleurait de rage. Mais en m&#234;me temps la jeunesse se manifestait &#224; nouveau. Une &#233;ni&#232;me r&#233;forme d'un ministre de l'&#233;poque visant les &#233;tudiants, les avait soulev&#233;s en masse, entra&#238;nant les lyc&#233;ens. Avec entrain, ceux de Paris comme ceux des banlieues chantaient d'une seule voix dans la rue, sur un air connu : &#034;Devaquet si tu savais, ta r&#233;forme, ta r&#233;forme, Devaquet si tu savais ta r&#233;forme o&#249; on s'la met ; et ils encha&#238;naient : &#034;aucu, aucu, aucune h&#233;sitation&#034;. Pasqua, le flic-ministre de l'int&#233;rieur &#233;tait pri&#233; d'aller se faire voir ailleurs : &#034;libert&#233; pour Mandela, on vous envoie Pasqua&#034;, clamaient les jeunes. Les brutalit&#233;s de la police provoqu&#232;rent au Quartier latin la mort d'un jeune maghr&#233;bin, Malik Ouss&#233;kine. Le mouvement devait se prolonger avec des affrontements jusqu'&#224; la mi-d&#233;cembre et le ministre finit par mettre sa r&#233;forme au panier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En avril 88 nous &#233;tions nombreux au P&#232;re Lachaise pour rendre hommage &#224; la m&#233;moire de Daniel Gu&#233;rin ; un de ses camarades rappela qu'en 1986 Gu&#233;rin avait rencontr&#233; Dany sur le passage d'une manifestation de jeunes et l'avait interrog&#233; : &#034;alors, on l'aime toujours la r&#233;volution ?&#034; Le livre post-68 &#233;crit par Cohn-Bendit s'intitulait &#034;Nous l'avons tant aim&#233;e&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, 86 n'&#233;tait pas 68. En 86 les jeunes craignaient un avenir de ch&#244;meurs et restaient sur la d&#233;fensive ; en 68 la jeunesse voulait monter &#224; l'assaut du ciel et changer la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#224; cette &#233;poque qu'au retour d'un voyage chez Ramboz &#224; Uz&#232;s, nous sommes all&#233;s revoir notre vieux camarade Rival, install&#233; &#224; Carros, une cit&#233; populaire &#224; 20 km de Nice. Il &#233;tait toujours sur la br&#232;che et militait avec sa femme Mich&#232;le &#224; l'&#233;chelon local. Nous avions bien des souvenirs en commun. Quand j'y suis retourn&#233;e, apr&#232;s la mort de Gus, Rival me fit un bref r&#233;cit de sa vie, et je conserve ainsi une dizaine de pages r&#233;sumant l'itin&#233;raire de ce militant communiste, un &#034;partageux&#034; comme il devait l'&#233;crire dans un tr&#232;s bon article en 91, au moment de l'hyst&#233;rie d&#233;cha&#238;n&#233;e sur la &#034;mort du communisme&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;clin Quand Tildica (la tante de Mathieu) vint en visite &#224; Paris l'&#233;t&#233; 87, l'&#233;tat de sant&#233; de Gus fut un choc pour elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle avait pour lui une vraie affection, car il lui avait t&#233;moign&#233; &#224; chaque occasion une disponibilit&#233;, un accueil qui ne pouvaient que lui aller droit au c&#339;ur. C'est ainsi que, sur son insistance, en janvier 88 nous pr&#238;mes l'avion pour Sydney. L&#224;-bas c'&#233;tait l'&#233;t&#233; et on y f&#234;tait justement un bicentenaire que les aborig&#232;nes n'appr&#233;ciaient gu&#232;re : celui de la colonisation blanche (c'est-&#224;-dire l'installation des premiers bagnards anglais). Tildica habitait toujours la maison confortable, dans un beau quartier, que j'avais connue en 1955. Nous f&#251;mes int&#233;gr&#233;s dans la famille. Les deux filles &#233;taient maintenant adultes, et Janine l'a&#238;n&#233;e avait elle-m&#234;me une fille et un gar&#231;on. Le petit, &#226;g&#233; de 7 ans, avait un c&#339;ur grand comme la terre enti&#232;re ; chaque jour, en venant chez sa grand'm&#232;re, il apportait quelque menu cadeau &#224; Gus, et &#034;I love Gus&#034; avait sa r&#233;ciproque &#034;I love Ace&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un jour, me promenant avec lui sur la grande pelouse en haut de la falaise, on buta sur un petit h&#233;risson mort ; &#233;tait-il vraiment mort ? ne pouvions-nous pas essayer de le ranimer en le ramenant &#224; la maison ? Je r&#233;ussis &#224; convaincre le gamin qu'il fallait le laisser l&#224;, que le h&#233;risson retournait &#224; la m&#232;re nature. Bondi Beach, une magnifique plage de sable, n'&#233;tait pas loin et nous nous y rendions chaque jour par un court trajet en autobus. Gus commen&#231;ait d&#233;j&#224; &#224; l'&#233;poque &#224; souffrir d'une sensation permanente de froid, mais l&#224;, en plein soleil il pouvait exposer son maigre corps &#224; la chaleur et ressentir du bien-&#234;tre. Je rentrai &#224; Paris d&#233;but mars, Gus &#224; son tour d&#233;but avril. Ce s&#233;jour avait &#233;t&#233; un r&#233;pit b&#233;n&#233;fique. Un an apr&#232;s, en mars 89, nous devions apprendre la mort de Tildica ; elle allait avoir 77 ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En France on f&#234;tait le bicentenaire de la R&#233;volution. Une abondante litt&#233;rature marqua l'&#233;v&#233;nement, des centaines de livres, mais Daniel Gu&#233;rin ne fut pas r&#233;&#233;dit&#233;. Il est vrai que sa &#034;Lutte de Classes sous la Premi&#232;re R&#233;publique&#034; (intitul&#233;e &#224; l'origine &#034;Bourgeois et bras nus&#034;) traitait des &#233;v&#233;nements de 1793 et qu'il avait mis en exergue cet extrait du Manifeste des Egaux de Babeuf : &#034;la R&#233;volution fran&#231;aise n'est que l'avant-courri&#232;re d'une autre r&#233;volution bien plus grande, bien plus solennelle et qui sera la derni&#232;re&#034;. Ce m&#234;me &#233;t&#233; nous avons d&#233;couvert, non loin de Calais, un curieux vestige de la guerre de 1940. Gus y avait v&#233;cu les bombardements, les &#034;feux d'artifice&#034; comme il disait, de la Royal Air Force, les destructions et la peur, la course au charbon et au ravitaillement, et l'omnipr&#233;sence des soldats allemands.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une trace de leur mal du pays &#233;tait conserv&#233;e : &#224; Wissant, au caf&#233; Nicole, sur toute la largeur d'un mur, deux soldats avaient peint une fresque repr&#233;sentant la cath&#233;drale de Cologne et le quartier autour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, le grand &#233;v&#233;nement de l'ann&#233;e 1989 fut la chute du mur de Berlin le 10 novembre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gus, alit&#233;, ne manifesta aucun enthousiasme, aucun d'entre nous d'ailleurs. Ce n'&#233;tait pas l&#224; l'effet d'une r&#233;volution, mais d'une d&#233;composition, qui nous faisait penser &#224; la nouvelle terrifiante de Poe, &#034;Le cas de Monsieur Valdemar&#034;. Malgr&#233; l'existence de groupes et de courants oppositionnels d'avant-garde en RDA (l'Allemagne de l'est), qui se manifestaient depuis des ann&#233;es, nous savions que dans la conjoncture pr&#233;sente, l'occident avec ses bienfaits et ses leurres allait s'emparer du pays et le mettre &#224; la botte du capital. Parmi les nombreux intellectuels de la RDA contestataires du r&#233;gime stalinien, Christoph Heym se retrouva doyen du Bundestag apr&#232;s l'unification ; or ce parlement d&#233;mocratique refusa d'ins&#233;rer au journal officiel son discours d'ouverture, parce que trop critique &#224; l'&#233;gard du r&#233;gime capitaliste... En d&#233;cembre nous regardions &#224; la t&#233;l&#233; le &#034;bal tragique&#034; de Bucarest, la mise &#224; mort du despote Ceausescu par ceux-l&#224; m&#234;me qui avaient ex&#233;cut&#233; ses basses oeuvres, tuant leur complice pour garder le pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela faisait de la peine de voir les forces de Gus d&#233;cliner. Si je me retourne sur ce pass&#233;, je me rends compte aujourd'hui seulement du courage de cet homme dans l'adversit&#233;. Il essayait de vivre aussi activement que possible, sans jamais se plaindre. Malgr&#233; sa volont&#233; de &#034;tenir&#034; jusqu'au bout, il avait d&#251; cesser le travail un an avant la retraite. Dans une lettre &#224; notre camarade Ramboz il relatait ainsi ce moment d'une &#034;fin de carri&#232;re&#034; : &#034;Je fais, depuis trois mois, partie du troisi&#232;me &#226;ge. C'est fort agr&#233;able s'il n'y avait cette paperasserie qui me d&#233;go&#251;te, pour toucher ces quelques sous que j'ai vers&#233;s pendant quarante-cinq ann&#233;es. Je n'ai encore rien per&#231;u. La semaine derni&#232;re, mes coll&#232;gues et le lyc&#233;e ont organis&#233;, comme c'est l'usage, une petite r&#233;ception pour mon d&#233;part et celui d'un copain &#034;vaccin&#233;&#034; mais qui est tr&#232;s humain et affectueux &#224; mon &#233;gard. Cela a &#233;t&#233; une f&#234;te comme je n'en ai jamais vu &#224; l'&#233;cole, un d&#238;ner de plats indiens pr&#233;par&#233;s par le nouveau cuistot de l'&#233;cole qui avait exerc&#233; ses talents pendant vingt ann&#233;es pour ces messieurs les officiers de Pondich&#233;ry. Apr&#232;s &#034;la bouffe&#034; et les discours, les prof' de fran&#231;ais nous ont r&#233;cit&#233; des po&#232;mes (les Conqu&#233;rants), lu des textes &#224; deux de Victor Hugo. Il m'a fallu r&#233;pondre de m&#233;moire en r&#233;citant le po&#232;me de Victor. Ceux qui vivent ce sont ceux qui luttent.... ensuite on s'est mis &#224; chanter des chansons de marins, puis &#034;Le temps des cerises&#034;, le r&#233;pertoire &#034;Salut &#224; vous braves soldats du 17&#232;me&#034;, &#034;La butte rouge&#034;, les chansons r&#233;alistes du d&#233;but du si&#232;cle, pour encha&#238;ner avec &#034;La jeune garde&#034;, &#034;L'appel du Komintern&#034;, etc... celles de mai 68, et nous avons, apr&#232;s plus de quatre heures d'&#233;bats fraternels, debout poing lev&#233; conclu la soir&#233;e par une vibrante &#034;Internationale&#034;.&#034; Le copain &#034;vaccin&#233;&#034; dont parlait Gus &#233;tait un coll&#232;gue, p&#232;re de nombreuse famille, rest&#233; fid&#232;le au PC mais qui ne tenait pas rigueur &#224; Gus de son trotskisme, car il appr&#233;ciait l'homme, ses connaissances, ses rapports affectueux avec les jeunes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au printemps de 1990, quand sa sant&#233; s'&#233;tait d&#233;j&#224; s&#233;rieusement d&#233;grad&#233;e, nous sommes all&#233;s &#224; Troyes visiter le &#034;mus&#233;e de la pens&#233;e ouvri&#232;re&#034;, un vieux projet. Gus marchait p&#233;niblement, mais il prit un grand plaisir, lui qui aimait tant l'ouvrage bien faite, &#224; admirer l'extraordinaire vari&#233;t&#233; d'outils de toutes les &#233;poques, o&#249; l'utilit&#233; et la beaut&#233; de l'objet allaient de pair. La pens&#233;e socialiste pr&#244;ne l'abolition de la division du travail entre intellectuels et manuels. Les &#233;coles actuelles offrent l'exemple contraire ; d'un c&#244;t&#233; des lyc&#233;es o&#249; l'&#233;lite bachotte, de l'autre les &#233;coles techniques vers lesquelles on oriente les &#034;mauvais&#034; &#233;l&#232;ves, destin&#233;s &#224; trimer. Par le travail ali&#233;n&#233;, la m&#233;canisation, la robotique, le capital transforme l'ouvrier en outil. Appeler aujourd'hui un O.S. (ouvrier sp&#233;cialis&#233;) &#034;agent de production&#034;, et un contrema&#238;tre &#034;animateur d'&#233;quipe&#034; n'y change rien. Le mouvement ouvrier de la fin du 19&#232;me si&#232;cle et du d&#233;but du 20&#232;me s'&#233;tait justement donn&#233; pour t&#226;che d'&#233;lever le niveau culturel des travailleurs, de former des &#233;lites instruites &#224; travers des &#233;coles et des universit&#233;s du soir, des biblioth&#232;ques, etc., en vue de l'&#233;mancipation de la classe ouvri&#232;re. Le p&#232;re de Gus faisait partie de cette g&#233;n&#233;ration et Gus continuait la tradition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La maladie entretenait une sensation permanente de froid et de faiblesse, malgr&#233; consultations, examens et analyses, dont je commen&#231;ais &#224; penser qu'ils lui faisaient plus de tort que de bien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais pouvait-on prendre le risque de se passer des m&#233;decins et de leur savoir ? Pendant les mois d'&#233;t&#233;, &#224; Fort-Mahon, il se reposait le plus souvent dans une chaise-longue sur le balcon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il essayait encore de se rendre utile ; quand il descendait pour faire quelques pas dans la rue, il prenait le balai pour d&#233;blayer le sable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ann&#233;e 91 fut celle de la guerre du Golfe (on devrait dire du p&#233;trole) men&#233;e par l'imp&#233;rialisme am&#233;ricain ; celle aussi de la chute de Gorbatchev et la fin de sa br&#232;ve carri&#232;re, non pas pour le meilleur mais pour le pire. Les &#233;v&#233;nements qui allaient suivre &#233;taient dans la logique de l'histoire. Trotski les pr&#233;voyait ainsi d&#232;s 1936, dans &#034;la R&#233;volution trahie&#034; : &#034;La chute du r&#233;gime sovi&#233;tique am&#232;nerait infailliblement celle de l'&#233;conomie planifi&#233;e et, d&#232;s lors, la liquidation de la propri&#233;t&#233; &#233;tatis&#233;e. Le lien oblig&#233; entre les trusts et entre les usines au sein des trusts se romprait. Les entreprises les plus favoris&#233;es seraient livr&#233;es &#224; elles-m&#234;mes. Elles pourraient devenir des soci&#233;t&#233;s par actions ou adopter toute autre forme transitoire de propri&#233;t&#233; telle que la participation des ouvriers aux b&#233;n&#233;fices. Les kolkhoses se d&#233;sagr&#233;geraient &#233;galement, plus facilement encore. La chute de la dictature bureaucratique actuelle sans son remplacement par un nouveau pouvoir socialiste annoncerait ainsi le retour au syst&#232;me capitaliste avec une baisse catastrophique de l'&#233;conomie et de la culture.&#034; Ainsi prenait fin aussi le long &#233;pisode de la guerre froide, et en 1990 un ministre russe d&#233;clarait : &#034;nous avons perdu la troisi&#232;me guerre mondiale sans avoir tir&#233; un seul coup de fusil&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant des foyers de vraie guerre devaient bient&#244;t s'allumer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous &#233;tions ce No&#235;l 91, avec Brigitte et Mathieu, dans une petite station en For&#234;t Noire. Gus ne sortait plus du tout, il se levait seulement pour venir &#224; table, o&#249; il ne mangeait presque pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il gardait son sourire. Marcher, respirer l'air, contempler le paysage, avait-il conscience de ce dont il &#233;tait d&#233;sormais priv&#233;, ou le peu de souffle qui lui restait suffisait-il pour le raccrocher &#224; la vie ? Plus tard, quand il m'est arriv&#233; de penser qu'il fallait l'aider &#224; abr&#233;ger une vie dont toutes les facult&#233;s &#233;taient annihil&#233;es, le m&#233;decin qui l'avait suivi pendant ces tristes ann&#233;es, et qui &#233;tait le beau-fr&#232;re de Brigitte, a eu cette parole de r&#233;confort qui m'a marqu&#233;e : tant qu'il y a dans l'&#234;tre encore un regard ou un sourire, il fait partie de notre vie. Je devais me souvenir qu'il en &#233;tait ainsi longtemps encore apr&#232;s sa mort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ann&#233;e 92, la derni&#232;re de la vie de Gus, fut une ann&#233;e terrible et tragique. Depuis quelque temps, lui qui avait &#233;t&#233; un lecteur passionn&#233; ne pouvait plus concentrer son attention et fixer son regard sur un livre. Restait encore l'&#233;coute. Et telle &#233;tait sa passion pour la musique, que dans les premiers jours de f&#233;vrier il trouva des forces pour venir avec nous &#233;couter &#224; la Bastille l'op&#233;ra de Chostakovitch, Lady Macbeth de Minsk. Nous avions organis&#233; cette sortie &#224; son intention, et ce fut sa derni&#232;re. La faiblesse et la sensation de froid le tenaient clou&#233; au lit. &#034;Il fait 32&#176; &#224; la Martinique&#034; me disait-il, chaque jour. Il se raccrochait &#224; l'id&#233;e d'un s&#233;jour au soleil comme &#224; une planche de salut. Depuis toujours Gus avait &#233;t&#233; notre sp&#233;cialiste du temps qu'il fera ; il suivait dans Le Monde la rubrique m&#233;t&#233;o et le &#034;32&#176; &#224; Pointe-&#224;-Pitre&#034; (que Gus situait en Martinique au lieu de Guadeloupe) &#233;tait devenu comme une obsession.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;marches et formalit&#233;s accomplies, le 6 mars Gus prenait l'avion pour la Martinique, &#224; Cap Est o&#249; il y avait une maison de repos. J'ai eu tort de ne pas l'accompagner. Mais nous avions alors le sentiment qu'une courte s&#233;paration nous serait b&#233;n&#233;fique, car depuis des mois je le veillais jour et nuit. Apr&#232;s que Bernadette, qui l'avait accompagn&#233;, l'e&#251;t quitt&#233; au bout d'une semaine, son &#233;tat empira. La chaleur &#224; laquelle il avait tant aspir&#233; ne lui &#233;tait pas propice. Le 30 mars il &#233;tait transf&#233;r&#233; dans un &#233;tat de semi-coma &#224; l'h&#244;pital de Fort-de-France, et c'est l&#224; que nous l'avons retrouv&#233; le lendemain. J'avais demand&#233; &#224; Mathieu d'&#234;tre du voyage, c'&#233;tait peut-&#234;tre la derni&#232;re fois qu'il le verrait. Situ&#233; sur une colline au milieu d'une luxuriante verdure et entour&#233; de jardins, la Meynarde est un h&#244;pital moderne et bien &#233;quip&#233;. Gus prit encore une fois le dessus. En attendant de repartir, nous logions non loin de la mer chez des Martiniquais, un couple de gens du peuple d&#233;j&#224; &#226;g&#233;s, qui avaient leur petite maison pourvue de douches et de wc, avec une t&#233;l&#233;vision dans le s&#233;jour, et une cour o&#249; ils &#233;levaient des poules et des lapins ; &#224; l'aube nous &#233;tions r&#233;veill&#233;s au chant du coq. Ils n'&#233;taient pas parmi les plus pauvres, car dans certains quartiers de la ville nous avons travers&#233; des rues enti&#232;res o&#249; s'alignaient en guise de maisons des huttes et des baraques en planches. Nous savions qu'il y avait beaucoup de ch&#244;meurs. Mais pour le touriste, le soleil, le ciel bleu et la luxuriance du paysage l'emportaient sur tout le reste. Il y avait l&#224;, comme dans d'autres pays, ce contraste entre paradis terrestre et mis&#232;re humaine. Les visages de ces hommes et de ces femmes jeunes ou vieux (mais la plupart jeunes) &#233;taient beaux et leur allure n'avait rien de mis&#233;rable. Nous nous sommes bien amus&#233;s le jour o&#249; nous avons vu d&#233;barquer un groupe de touristes am&#233;ricains en croisi&#232;re ; avec leurs appareils de photo en bandouli&#232;re, leur bedaine, leurs lunettes de soleil et leurs chapeaux, ces messieurs et ces dames avaient vraiment un air ridicule. C'&#233;taient les m&#234;mes que Tomi Ungerer avait dessin&#233;s &#224; New-York.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre s&#233;jour fut bref. Le 4 avril nous prenions l'avion de retour, Gus sur une civi&#232;re, transf&#233;r&#233; d&#232;s notre arriv&#233;e &#224; l'h&#244;pital de la Cit&#233; universitaire. Il devait y rester trois semaines. Les conditions &#233;taient bonnes, les chambres spacieuses, un malade par chambre. Mais faute d'un traitement possible on devait envisager le d&#233;part. Par Jeannette j'appris que le p&#232;re Oxarango, celui qui nous avait fait d&#233;couvrir le pays basque, &#233;tait aum&#244;nier dans une maison de sant&#233; &#224; Cambo, &#224; quelques kilom&#232;tres de Bayonne. Nous nous install&#226;mes fin avril dans cette belle r&#233;sidence du 19&#232;me si&#232;cle, qui avait servi de sanatorium pour tuberculeux avant que cette maladie ne disparaisse. Les chambres avaient toutes un balcon et s'ouvraient sur un grand parc plant&#233; d'arbres centenaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous re&#231;&#251;mes des visites de Paris. Richard nous &#233;crivait r&#233;guli&#232;rement, nous tenant au courant de son travail opini&#226;tre pour faire publier les textes de l'U.C. Sans doute Gus appr&#233;ciait-il ces t&#233;moignages d'affection, mais il n'avait plus la force de le manifester. Le docteur Yammine, qui le voyait quotidiennement, me faisait part, avec son accent libanais, de son pessimisme ; il voulait me pr&#233;parer au pire. Mais cette fatalit&#233; on la repousse, on ne veut pas y croire, pas tout de suite en tout cas, le plus tard possible. Au bout de trois mois il fallut se r&#233;soudre &#224; partir, car la maison n'&#233;tait pas habilit&#233;e pour de longs s&#233;jours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;but ao&#251;t nous avions un rendez-vous &#224; l'h&#244;pital St.Antoine avec l'h&#233;patologue qui avait suivi Gus depuis le d&#233;but de sa maladie. Une greffe de foie &#233;tait peut-&#234;tre encore faisable, c'est ce que nous avait sugg&#233;r&#233; un m&#233;decin &#224; l'h&#244;pital universitaire. L'h&#233;patologue &#233;carta d'embl&#233;e cette possibilit&#233;, par contre il jugea que dans son &#233;tat Gus devait &#234;tre hospitalis&#233; : &#034;nous allons vous requinquer&#034;, tel fut son dernier mot avant que Gus ne fut couch&#233; sur un lit o&#249; devait commencer son calvaire. Je m'&#233;tais laiss&#233;e pi&#233;ger et Gus n'avait plus la force d'avoir ou d'exprimer une volont&#233; ; il se laissait faire. Bien s&#251;r, les h&#244;pitaux ne sont plus ce qu'ils &#233;taient du temps de St. Vincent de Paul, ou m&#234;me il y a encore quarante ans. Les malades ne sont plus align&#233;s &#224; trente ou quarante dans une m&#234;me salle. Gus avait sa chambre individuelle, mais il fut confi&#233; &#224; une interne et trait&#233; en cobaye. Je mis du temps &#224; r&#233;agir, car je croyais qu'il &#233;tait sous la surveillance du professeur qui l'avait hospitalis&#233;. Ce n'&#233;tait pas le cas. L'interne se lan&#231;a dans des examens r&#233;p&#233;t&#233;s et &#233;prouvants. Le personnel faisait son travail, mais dans de conditions telles, qu'un jour une infirmi&#232;re me dit : &#034;il va falloir nous remettre en gr&#232;ve&#034;. Une allusion aux mouvements de protestation qui avaient eu lieu r&#233;cemment contre le manque d'effectifs. Quand au bout de deux semaines j'exigeai sa sortie &#034;sous ma responsabilit&#233;&#034;, Gus &#233;tait au plus mal. J'envoyai une lettre au professeur h&#233;patologue dans laquelle je lui d&#233;crivais l'inhumanit&#233; du traitement auquel le malade avait &#233;t&#233; soumis. Sa r&#233;ponse exprimait &#034;regret&#034; et &#034;&#233;tonnement&#034; ! sans plus. Je r&#233;ussis &#224; obtenir une nouvelle hospitalisation &#224; l'h&#244;pital universitaire, o&#249; Gus reprit ses esprits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin il rentra &#224; la maison le 16 septembre. L'hospitalisation &#224; domicile accord&#233;e, une parfaite organisation de soins fut mise en place. Gus faisait preuve d'une &#233;mouvante bonne volont&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ses nuits &#233;taient de plus en plus agit&#233;es ; dans un &#233;tat de demi-inconscience, il essayait de s'&#233;chapper de sa prison. Je dus faire appel &#224; Michel qui venait dormir chez nous une nuit sur deux ou sur trois, pour me permettre de me reposer &#224; mon tour. Brusquement Gus eut un acc&#232;s brutal de fi&#232;vre. Nous &#233;tions le 11 novembre, jour f&#233;ri&#233;. Le docteur de &#034;SOS m&#233;decins&#034; d&#233;cida l'hospitalisation et nous dirigea en urgence sur B&#233;cl&#232;re, &#224; Clamart. Nous voil&#224; partis en ambulance &#224; l'h&#244;pital o&#249; Denise et Jean-Pierre sont venus nous rejoindre. Longue attente de Gus sur une civi&#232;re dans un couloir, puis longue attente dans une salle pour examen, et autre longue attente avant qu'il soit enfin install&#233; dans une chambre. Ce fut &#224; nouveau le cauchemar : &#224; nouveau des perfusions, &#224; nouveau des injections et des prises de sang. Le troisi&#232;me jour j'&#233;tais d&#232;s 9 heures du matin &#224; l'h&#244;pital pour demander le retour du malade chez lui ; j'ai d&#251; insister et attendre, attendre des heures. Brigitte &#233;tait aupr&#232;s de moi. Enfin l'ambulance se pr&#233;senta &#224; 13 h.30. Un jeune m&#233;decin se pencha sur Gus, allong&#233; sur la civi&#232;re : &#034;vous allez rentrer chez vous&#034;. Il r&#233;pondit d'une voix faible : &#034;c'est normal&#034;. Ce furent ses derni&#232;res paroles. A 14 heures nous &#233;tions &#224; la maison. C'&#233;tait un samedi apr&#232;s-midi, le 14 novembre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Brigitte alla aussit&#244;t &#224; la pharmacie chercher les antibiotiques prescrits &#224; l'h&#244;pital. J'&#233;tais pr&#232;s de Gus, je venais de le faire boire, j'&#233;coutais son souffle oppress&#233;. Brusquement sa t&#234;te s'inclina sur le c&#244;t&#233; et ce fut le silence, pour toujours. Quand je me pr&#233;cipitai pour appeler les services de secours, comme j'en avais l'habitude, il &#233;tait 16 heures. Les pompiers arriv&#232;rent 5 minutes plus tard, avec des infirmiers et un m&#233;decin, ils essay&#232;rent une r&#233;animation. Mais il &#233;tait mort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme il m'est d&#233;j&#224; arriv&#233; dans le pass&#233;, je ne ressentis pas la douleur sur l'instant ; elle cheminait insidieusement. La tradition aust&#232;re dont j'&#233;tais p&#233;trie me commandait de ne pas me plaindre, de ne pas me confier. Les larmes coulaient en silence, dans la solitude. Les &#034;pompes fun&#232;bres&#034; fix&#232;rent au 19 novembre l'incin&#233;ration au P&#232;re Lachaise. Je passais, en attendant, les nuits chez Mathieu, et occupais mes journ&#233;es &#224; toute sorte de formalit&#233;s administratives. Au P&#232;re Lachaise nous avons attendu &#224; l'ext&#233;rieur le temps de la cr&#233;mation. Il y avait l&#224; tous nos proches, mais encore bien d'autres amis ou camarades. Certains dont il s'&#233;tait &#233;loign&#233; depuis longtemps : Vic, avec qui il avait &#233;t&#233; si li&#233; dans le dur combat des ann&#233;es 47 &#224; 49, Denise qu'il avait connue en premier &#224; l'U.C., Hardy qui venait sans doute rendre hommage &#224; un ancien. Et parmi ceux qui ne l'ont connu que dans ses derni&#232;res ann&#233;es, notre ami Richard ou notre vieux camarade Bonnel. Je ne connaissais aucun de ses coll&#232;gues du coll&#232;ge o&#249; il avait enseign&#233; pendant vingt ans ; ils sont venus nombreux et certains ont &#233;voqu&#233; les souvenirs qu'ils gardaient d'un bon camarade de travail. Gardien de la tradition, Bonnel, &#224; l'intention surtout des jeunes, nous emmena au Mur des f&#233;d&#233;r&#233;s avant que nous nous quittions. La journ&#233;e &#233;tait ensoleill&#233;e et nous faisions ce dernier adieu &#224; Gus sous un ciel bleu, parmi des tombes dont beaucoup portent des noms entr&#233;s dans l'histoire. Pour moi, la pr&#233;sence de ceux qui le respectaient, qui l'aimaient, &#233;tait un r&#233;confort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne voulais pas disperser les cendres au cimeti&#232;re, comme cela avait &#233;t&#233; fait l'ann&#233;e d'avant pour notre vieux camarade Fili&#226;tre. Mathieu m'accompagna &#224; Calais. L&#224;-bas au cimeti&#232;re &#233;taient enterr&#233;s les parents de Gus et son fr&#232;re G&#233;rard. Le 23 novembre nous y avons enterr&#233; aussi, pr&#232;s du caveau, l'urne contenant les cendres du fils a&#238;n&#233;. Nous &#233;tions une quinzaine r&#233;unis autour de la tombe ; dans ce pays o&#249; le ciel est si souvent pluvieux et gris, en ce jour d'automne il &#233;tait d'un bleu pur sous le soleil. Je m'attardai un peu devant le carr&#233; des croix de bois de la guerre de 14, et aussi devant le carr&#233; des familles anglaises install&#233;es depuis le 19&#232;me si&#232;cle &#224; Calais dans l'industrie de la dentelle. L'arri&#232;re grand-p&#232;re maternel de Gus avait &#233;t&#233; un de ceux-l&#224;, mais il n'&#233;tait pas mort &#224; Calais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De retour &#224; Paris, je sentis le besoin d'&#233;crire ce que Lulu devait appeler ma &#034;lettre de deuil&#034;, mais que je ne ressentais pas ainsi. C'&#233;tait plut&#244;t un r&#233;cit de la vie de Gus, de ce que je savais et connaissais de lui, que je voulais laisser pour que son souvenir demeure. L'&#233;criture n'est pas mon fort, j'ai souvent &#233;t&#233; contrari&#233;e par le d&#233;calage entre ce que je veux exprimer et les moyens de le faire. Les dix pages d&#233;di&#233;es &#224; Gus expriment avant tout le profond attachement que j'avais pour lui et qui restera. Pas un jour, pas un instant o&#249; il ne soit toujours pr&#233;sent &#224; mes c&#244;t&#233;s. Peu de temps apr&#232;s sa mort il me revint soudain en m&#233;moire un po&#232;me de Heine que j'avais appris &#224; l'&#233;cole, sans doute autour de mes 14 ou 15 ans, &#034;Die Wallfahrt nach Kevlaar&#034; (Le p&#233;lerinage &#224; Kevlaar) ; c'est le beau po&#232;me d'un c&#339;ur meurtri par la mort de l'&#234;tre cher et que seule la mort gu&#233;rit. (Je n'ai trouv&#233;, dans une &#233;dition bilingue, qu'une maigre traduction litt&#233;rale en fran&#231;ais).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne crois pas au ciel, ni &#224; aucune puissance surnaturelle, qui me viendrait en aide. Je dois vivre avec ma souffrance. D'autres avant moi l'ont fait et c'est dans leur exemple que je cherche du r&#233;confort. Le texte du Vieux &#233;crit &#224; la mort de L&#233;on S&#233;dov et qui lui &#233;tait d&#233;di&#233;, se termine par ses lignes : &#034;Jeunesse r&#233;volutionnaire de tous les pays, accepte de nous le souvenir de notre L&#233;on, adopte-le, comme ton fils, il en est digne, et que d&#233;sormais, il participe invisible &#224; tes luttes, puisque le sort lui a refus&#233; le bonheur de prendre part &#224; ta victoire finale.&#034; Plus d'un demi-si&#232;cle apr&#232;s que ces lignes furent &#233;crites, la jeunesse d'aujourd'hui n'est ni au seuil d'un monde nouveau, ni engag&#233;e dans un combat r&#233;volutionnaire. De la premi&#232;re guerre mondiale, dans laquelle mon p&#232;re a combattu et qui a mis l'Europe &#224; genoux, on disait qu'elle &#233;tait &#034;la der des der&#034;. Mais le d&#233;coupage de fronti&#232;res et les conditions de paix impos&#233;es par les vainqueurs, la France notamment, devaient engendrer vingt ans apr&#232;s une nouvelle guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s la deuxi&#232;me guerre mondiale, dans laquelle mes parents et mes s&#339;urs ont p&#233;ri et qui a atteint le degr&#233; absolu de l'horreur et de l'abjection, on avait dit : plus jamais &#231;a ! Alors l'h&#233;g&#233;monie de l'imp&#233;rialisme am&#233;ricain sur le monde et la mainmise de la Russie sur l'Europe de l'est et les Balkans ont engendr&#233; un autre genre de guerre, sous le signe de la bombe atomique, &#034;la guerre froide&#034;. Ennemis mais complices, tout a &#233;t&#233; fait par les vainqueurs pour emp&#234;cher la r&#233;volution, la chute du syst&#232;me qui &#034;porte en lui la guerre comme la nu&#233;e porte l'orage&#034;, selon la formule de Jaur&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui les pires fanatismes religieux, les haines nationalistes et chauvines attisent des guerres de clans, aliment&#233;es par les marchands d'armes. La France occupe une des premi&#232;res places dans l'exportation d'engins de mort. Dans l'ex-URSS &#233;clat&#233;e, les nostalgiques du tsar et des pogromes parlent haut et fort au nom de la &#034;Grande Russie&#034;. Dans l'Europe civilis&#233;e, la guerre en ex-Yougoslavie est une honte pour l'humanit&#233;, un remords pour chacun de nous qui assistons impuissants &#224; une guerre sauvage de &#034;purification ethnique&#034;. Les anciennes colonies d'Afrique sont &#224; la merci des multi-nationales qui entretiennent &#224; leur solde des dictateurs corrompus et sanguinaires. &#034;Tout le monde sait, &#233;crit sans ambages le Monde, qu'on ne peut pas faire d'affaires au Za&#239;re sans alimenter les caisses du g&#233;n&#233;ral Mobutu&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les pays capitalistes avanc&#233;s, plus d'un si&#232;cle apr&#232;s la cr&#233;ation de la Premi&#232;re Internationale, la classe ouvri&#232;re n'a plus de liens par-del&#224; les fronti&#232;res ; politiquement prostr&#233;e par les ravages du stalinisme, elle ne s'appuie plus sur de fortes organisations pour r&#233;sister &#224; l'exploitation capitaliste. La r&#233;alit&#233; est bien celle que montre le dessin de Plantu, o&#249; un patron bedonnant demande &#224; un ch&#244;meur : &#034;Qu'est-ce que vous pr&#233;f&#233;rez ? Un stage bidon, ou un emploi &#224; la con ?&#034; Dans les banlieues des grandes villes les jeunes sont aujourd'hui la r&#233;serve du nouveau lumpen-prol&#233;tariat. Jamais, dans pr&#232;s de soixante ann&#233;es de vie &#224; Paris, je n'ai vu autant de clochards et de mendiants, hommes et femmes, dans le m&#233;tro et dans la rue ; au point que j'en suis amen&#233;e &#224; donner ma petite pi&#232;ce, lamentable philanthropie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un texte de septembre 1939, &#034;l'URSS dans la guerre&#034;, Trotski &#233;crivait qu'en absence d'une r&#233;volution au cours de la guerre ou imm&#233;diatement apr&#232;s, si &#034;le prol&#233;tariat est partout rejet&#233; en arri&#232;re, sur tous les fronts, alors, nous aurons &#224; coup s&#251;r &#224; poser la question d'une r&#233;vision de notre conception de la pr&#233;sente &#233;poque et de ses forces motrices.&#034; Tout en &#233;crivant ces lignes Trotski n'a cess&#233; d'agir pour armer une avant-garde r&#233;volutionnaire, jusqu'au dernier jour de sa vie, celui o&#249; il fut assassin&#233;, le 20 ao&#251;t 1940. Car rien dans le cours de l'histoire n'est jamais d&#233;finitif. J'ai toujours v&#233;cu avec cet optimisme militant qui rend la vie supportable, et parfois belle. Point de retours sur le pass&#233;, de regrets ou de reproches. Ma passion &#233;tait de regarder vers l'avenir, de r&#233;fl&#233;chir &#224; ce qu'on allait pouvoir faire, le lendemain m&#234;me. D'ailleurs, si Gus avait &#233;t&#233; encore de ce monde, je n'aurais pas &#233;crit ces pages. Nous &#233;tions trop tourn&#233;s vers les autres, pour avoir envie de parler de nous. Mais le Vieux lui-m&#234;me n'a-t-il pas, au milieu de tant de combats et de travaux politiques, consacr&#233; du temps &#224; &#233;crire &#034;Ma Vie&#034;, non pas pour dresser un monument &#224; sa gloire, mais pour lutter contre l'imposture stalinienne. Ma vie militante fut br&#232;ve, une goutte dans l'oc&#233;an. Elle ne fut pas non plus h&#233;ro&#239;que. Mais j'esp&#232;re que ces quelques pages, dans lesquelles je raconte tant bien que mal mon itin&#233;raire, aideront au moins ceux qui les liront &#224; m&#233;diter sur la condition humaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ajoute que Richard a publi&#233; mon court r&#233;cit sur Gus, suivi d'un texte de Mathieu, sensible et juste. Les ann&#233;es passent, et je me sens comme un visiteur qui s'attarde. Il ne m'est sans doute pas donn&#233; de quitter la sc&#232;ne autrement que par la volont&#233; du destin. Et je finirai avec ces paroles de Heine : &#034;moi en tant qu'homme j'ai &#233;chou&#233;, mais les armes avec lesquelles j'ai combattu sont intactes&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;25.7. - 5.12.1993&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;IMAGINE (John Lennon)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Imagine there's no heaven it's easy if you try no hell below us above us only sky imagine all the people living for today... imagine there's no countries it isn't hard to do nothing to kill or die for no religion too imagine all the people living life in peace... imagine no possessions i wonder if you can no need for greed or hunger a brotherhood of man imagine all the people sharing all the world... you may say i'm a dreamer but i'm not the only one i hope some day you'll join us and the world will be as one.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Affiche manuscrite sur les murs de l'usine Thomson-CSF &#224; Issy-les-Moulineaux (mai-juin 1968) :&lt;br class='autobr' /&gt;
Matin, midi et soir, &#224; l'heure tu pointeras et sous aucun pr&#233;texte ta place ne quitteras tes absences sans arr&#234;t tu justifieras et tes arr&#234;ts de maladie &#224; notre contr&#244;le soumettras. De tes coll&#232;gues de travail tu te m&#233;fieras et ton salaire bien secr&#232;tement tu garderas sans r&#233;flexion ton travail ex&#233;cuteras et ta cadence continuellement augmenteras. Sur tes temps libres ton perfectionnement r&#233;aliseras et &#224; tout travail ta personne s'ex&#233;cutera pour fid&#233;lit&#233;, assiduit&#233;, &#224; des primes tu auras droit et qu'elles sautent sans cesse accepteras. De ta personne l'entreprise disposera et ton licenciement sans broncher accepteras pour toi l'entreprise pensera et d&#233;cidera et du confort bourgeois voulu par elle te r&#233;jouiras. Les vieux, les malades, les handicap&#233;s oublieras et de toutes les mis&#232;res jamais ne te pr&#233;occuperas le syndicat bien s&#251;r tu renieras pour ne penser qu'&#224; toi seul continuellement. Le reste par surcro&#238;t, l'entreprise te l'octroiera. Nous n'en voulons plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un texte de circonstance : Extraits du livre d'Emile Guillaumin, &#034;Le Syndicat de Baugignoux&#034; (syndicat paysan, d&#233;but du si&#232;cle).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;...Je fustige avec acrimonie, avec &#226;pret&#233; les absents ; je leur reproche leur inertie, assurant que, s'ils sont malheureux, c'est bien de leur faute. Et j'essaie de soulever, d'&#233;lectriser ceux qui sont l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Vous au moins, camarades, vous n'h&#233;siterez pas &#224; vous joindre &#224; nous ; vous viendrez grossir le bloc des audacieux et des vaillants qui sont d&#233;cid&#233;s &#224; l'effort n&#233;cessaire pour am&#233;liorer leur situation !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, la p&#233;riode finie, quand je les observe de sang froid, j'ai conscience de l'inutilit&#233; profonde de mes exhortations ; je sens que mes paroles glissent sur leur triple cuirasse d'ignorance, de m&#233;fiance et d'apathie. Je me dis :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Non, certes, ils ne marcheront pas...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au fond, pas plus que les absents, ils ne sont dispos&#233;s &#224; risquer une d&#233;marche grave pour un r&#233;sultat trop peu certain. Et quand je leur affirme que beaucoup sont pr&#234;ts &#224; la tenter, cette d&#233;marche, je m'illusionne moi-m&#234;me pour t&#226;cher de les entra&#238;ner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peine perdue, d'ailleurs...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au surplus, peut-&#234;tre vaut-il mieux qu'ils se tiennent tranquilles ! Sauraient-ils faire avec calme et dignit&#233;, comme je le con&#231;ois, le geste de fermet&#233; qu'on leur conseille ? Dans la lutte n&#233;cessaire pour le pain quotidien, ils font preuve d'une t&#233;nacit&#233;, d'une vaillance qui les ennoblit. Mais, sortis de l&#224;, ils sont &#233;go&#239;stes, faibles et grossiers...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;unis, ils sont, en plus, bruyants et un peu sauvages, et ils n'ont pas de vie int&#233;rieure...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi me harcelaient ces consid&#233;rations d&#233;courageantes ; et mon enthousiasme &#233;tait fictif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis, me sont apparues d'autres &#233;vidences qui me demeuraient encore voil&#233;es en ce temps-l&#224;. A l'heure qu'il est, je me demande si ce n'est pas un tr&#232;s grand malheur pour un homme du peuple d'avoir le go&#251;t du mieux social et du d&#233;veloppement intellectuel, ce qui l'am&#232;ne &#224; vivre en isol&#233; dans sa classe - parce que sa pens&#233;e n'est plus en harmonie avec celle de ses fr&#232;res de souffrance, dont il a cess&#233; d'&#234;tre le fr&#232;re d'ignorance.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/general/feigenbaum/works/1993/louise.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/general/feigenbaum/works/1993/louise.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lire aussi :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4496&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4496&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.org/spip.php?article5580&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.org/spip.php?article5580&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article576&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article576&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5776&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5776&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://maitron.fr/korner-louise-dite-irene-dite-louise-barta-dite-klara-en-roumanie/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://maitron.fr/korner-louise-dite-irene-dite-louise-barta-dite-klara-en-roumanie/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/barta/1997/05/louise.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/barta/1997/05/louise.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Nos buts et tactiques dans le travail syndical...</title>
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		<dc:date>2026-09-09T22:25:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Syndicalisme</dc:subject>
		<dc:subject>Etats-Unis - USA</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Nos buts et tactiques dans le travail syndical &lt;br class='autobr' /&gt;
James Patrick Cannon &lt;br class='autobr' /&gt;
27 juillet 1924 &lt;br class='autobr' /&gt;
Camarades, &lt;br class='autobr' /&gt;
Ces conf&#233;rences des membres du parti dans les plus importants syndicats, auxquelles les repr&#233;sentants du Comit&#233; Central Ex&#233;cutif prennent part deviennent de plus en plus fr&#233;quentes. Nous devons comprendre cela comme un signe de vigueur, de sant&#233;. Cela indique que nous progressons en tant que parti de r&#233;volutionnaires, th&#233;oriquement et pratiquement, et que nous nous accrochons fermement &#224; (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique95" rel="directory"&gt;10 - Livre Dix : SYNDICALISME ET AUTO-ORGANISATION DES TRAVAILLEURS&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot110" rel="tag"&gt;Syndicalisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot250" rel="tag"&gt;Etats-Unis - USA&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Nos buts et tactiques dans le travail syndical&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;James Patrick Cannon&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;27 juillet 1924&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Camarades,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces conf&#233;rences des membres du parti dans les plus importants syndicats, auxquelles les repr&#233;sentants du Comit&#233; Central Ex&#233;cutif prennent part deviennent de plus en plus fr&#233;quentes. Nous devons comprendre cela comme un signe de vigueur, de sant&#233;. Cela indique que nous progressons en tant que parti de r&#233;volutionnaires, th&#233;oriquement et pratiquement, et que nous nous accrochons fermement &#224; nos t&#226;ches les plus simple. La collaboration &#233;troite entre les camarades actifs sur le terrain et les organes dirigeants du parti a un r&#233;sultat b&#233;n&#233;fique pour tout le monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les contacts proches et les plus intimes avec les probl&#232;mes pratiques de la lutte quotidienne, et avec les camarades qui y font face directement, servent d'infaillible correctif &#224; toutes tendance que pourrait avoir le parti &#224; tenter de r&#233;gler ces probl&#232;mes d'une fa&#231;on abstraite ou purement doctrinaire. D'un autre c&#244;t&#233;, la participation de repr&#233;sentants du parti assure que les aspects politiques fondamentaux de la lutte syndicale seront mis sur le devant de la sc&#232;ne de ces conf&#233;rences syndicales. Cela &#224; une importance qui ne doit pas &#234;tre surestim&#233;e. Sinon, un danger constant existe dans le travail de nos camarades syndicalistes, celui d'&#234;tre trop influenc&#233;s par l'opportunisme et le soi-disant pragmatisme. Une conception ne prenant en compte que les syndicats pourraient s'imposer, et repousser les probl&#232;mes g&#233;n&#233;raux de la classe au sein des luttes &#224; l'arri&#232;re-plan. Nous devons nous garder d'un tel &#233;tat de chose. Nous savons trop bien que cela ne m&#232;ne qu'au r&#233;formisme et &#224; la futilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous nous r&#233;unissions ici aujourd'hui afin d'examiner les probl&#232;mes des syndicats auxquels vous appartenez, du point de vue du parti, qui est le point de vue de tout les communistes. Et je pense que je prends le probl&#232;me dans le bon sens si je prends comme pr&#233;misse le but r&#233;volutionnaire de notre parti et propose de peser et juger chaque question syndicale qui viendra devant nous, m&#234;me celles qui apparaissent comme les plus insignifiantes et les plus pratiques, &#224; la lumi&#232;re de notre but final.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un parti r&#233;volutionnaire&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre parti est un parti de la r&#233;volution prol&#233;tarienne et de la dictature du prol&#233;tariat. La r&#233;volution prol&#233;tarienne est la seule solution aux probl&#232;mes du mouvement ouvrier, et toute notre &#339;uvre doit &#234;tre dirig&#233;e vers ce but. C'est notre point de d&#233;part dans les syndicats, comme dans tout les champs d'activit&#233;s de la lutte des classes. C'est la conception fondamentale qui nous distingue des autres partis et groupes dans le mouvement ouvrier. C'est le cercle d'acier qui nous rassemble dans un parti unique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre but, r&#233;volutionnaire, imprime sa forme &#224; notre politique dans la lutte quotidienne. Les aspirations r&#233;volutionnaires de nos camarades du parti g&#233;n&#232;rent un enthousiasme et un sacrifice de soi qui donne au parti son &#233;nergie vitale. Malheur &#224; nous si nous devenions &#171; pragmatiques &#187; au point d'oublier cela m&#234;me un seul instant. Tout notre travail doit mener &#224; la r&#233;volution prol&#233;tarienne. Si nous gardons cela &#224; l'esprit et que nous soupesons tout notre travail quotidien selon cet &#233;talon, nous resterons sur la bonne voie. Le principe r&#233;volutionnaire auxquels nous sommes d&#233;vou&#233;s nous met devant des responsabilit&#233;s et des devoirs qui ne peuvent &#234;tre d&#233;plac&#233;s ou &#233;cart&#233;s si nous voulons maintenir notre conception du parti comme avant-garde ouvri&#232;re. Nous devons nous organiser et combattre pour les vraies int&#233;r&#234;ts de la classe ouvri&#232;re en tant que classe, &#224; chaque tournant du chemin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec les masses, mais en les guidant&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous voulons &#234;tre avec les masses, mais nous devons &#233;galement les devancer, et ne pas avoir peur de prendre des positions impopulaires, quand c'est n&#233;cessaire, pour combattre leurs pr&#233;jug&#233;s. Prenons comme exemple le Ku Klux Klan. Voil&#224; une organisation anti-ouvri&#232;re par sa nature m&#234;me &#8211; mais pourtant un certain nombre de travailleurs du charbon se sont &#233;gar&#233;s en la supportant. Combattre le Ku Klux Klan, exposer sa nature r&#233;actionnaire et gagner les ouvriers en son sein pour les en &#233;loigner, est une t&#226;che, dans certains parties du pays, hasardeuse et difficile, mais c'est notre devoir devant la classe ouvri&#232;re que d'engager un tel combat. Nous ne serions pas dignes du nom de notre parti si nous &#233;vitions ce combat sous n'importe quel pr&#233;texte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre travail dans les syndicats se d&#233;veloppe. Nous voyons des signes de cela un peu partout. Un conf&#233;rence telle que celle-ci est une preuve des gains rapides effectu&#233;s. Nous avons d&#233;j&#224; accumul&#233; une exp&#233;rience riche, et cette exp&#233;rience am&#232;ne &#224; la lumi&#232;re &#224; la fois des aspects positifs et n&#233;gatifs. Un de nos devoirs principaux est d'examiner l'activit&#233; tout enti&#232;re r&#233;guli&#232;rement, de la renforcer et d'am&#233;liorer ce qui est bon, et de d&#233;couvrir ce qui est mauvais pour le rejeter&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il va sans dire que nous, communiste, nous nous estimons beaucoup les uns les autres, mais que quand nous nous rencontrons dans des conf&#233;rences comme ici, ce n'est pas dans le but de s'envoyer des fleurs et des compliments vides, mais pour parler franchement et ouvertement ; pour subordonner tout notre travail &#224; la plus compl&#232;te des examinations et des critiques, pour d&#233;couvrir et surmonter les erreurs. Vous &#234;tes en droit d'attendre du comit&#233; central ex&#233;cutif le plus grand franc parler. Je suis assez confiant que si certaines erreurs dans notre travail sont mentionn&#233;es pendant la discussion, si certaines des b&#233;vues d'un camarade individuel sont mises en avant, amicalement et fraternellement, mais d'une mani&#232;re tout de m&#234;me franche, comme c'est la coutume parmi les communistes, personne ne sera offens&#233;. La discussion se d&#233;roule seulement dans le but d'am&#233;liorer notre efficacit&#233; et de renforcer le parti pour la lutte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nos riches exp&#233;riences&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La puissance d'un parti disciplin&#233;, fond&#233; sur des principes r&#233;volutionnaires, et s'impliquant dans tout les aspects de la lutte syndicale, a d&#233;j&#224; commenc&#233; &#224; se manifester. A la derni&#232;re convention de mineurs de l'Illinois, par exemple, tous pouvaient voir que le parti avait commenc&#233; &#224; se d&#233;velopper, &#224; sortir ses muscles, et &#224; prendre place sur la sc&#232;ne des &#233;v&#233;nements. Notre parti est apparu comme dirigeant la lutte pour les int&#233;r&#234;ts des mineurs. Il &#233;tait en premi&#232;re ligne, portant les plus durs coups aux agents de la bourgeoisie, qui avaient usurp&#233; les positions officielles des syndicats des mines. Le travail de nos camarades dans cette convention a jou&#233; pour faire des syndicats de mineurs des meilleurs outils pour la lutte de classe, tout en augmentant le prestige de notre parti. Cela doit &#234;tre compris comme point de d&#233;part.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans toute une s&#233;rie de congr&#232;s syndicaux tenu ces derniers mois, le m&#234;me ph&#233;nom&#232;ne a pu &#234;tre observ&#233;. Notre petit parti, &#233;mergeant de la terre m&#234;me et commen&#231;ant &#224; rassembler les forces dispers&#233;es des travailleurs r&#233;volutionnaires, a pu &#234;tre le centre de la temp&#234;te du combat contre la r&#233;action dans le mouvement ouvrier. Nous ne sommes pas encore devenus des dirigeants des masses dans les syndicats, mais nous avons r&#233;ussi &#224; conqu&#233;rir des positions avanc&#233;es dans le combat pour leurs int&#233;r&#234;ts. Le reste suivra en son temps. De cela, nous pouvons &#234;tre confiant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que notre parti fasse un bond en avant un peu partout, qu'il se mette de lui-m&#234;me &#224; la t&#234;te de la lutte, n'est pas un incident. La raison profonde est que nous somme le seul parti dispos&#233; &#224; combattre pour les int&#233;r&#234;ts imm&#233;diats des travailleurs, et le seul parti mettant comme point d'orgue la r&#233;solution des probl&#232;me de la classe par le moyen de l'action r&#233;volutionnaire pour renverser le capitalisme. Tous les int&#233;r&#234;ts de la classe ouvri&#232;re, imm&#233;diatement et &#224; long terme, sont indissolublement li&#233; &#224; la r&#233;volution. Et si nous faisons des erreurs ici ou l&#224;, si nous &#233;chouons &#224; tirer le plus d'avantages des opportunit&#233;s qui s'&#233;l&#232;veront dans le cours de la lutte, c'est parce que nos camarades syndicalistes, &#224; cause de leur inexp&#233;rience, n'auront pas suffisamment ma&#238;tris&#233; l'art de prendre une position pratique sur chaque question qui appara&#238;t, et de la relier au but final de notre mouvement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Corriger nos fautes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mener le travail pratique, dans le m&#234;me temps approfondir et &#233;tendre la conscience de classe des travailleurs, et les mener vers la lutte pour le pouvoir &#8211; c'est le c&#339;ur de nos t&#226;ches dans les syndicats. De ce point de vue, nous pouvons tirer des enseignements f&#233;conds de l'examen des &#233;v&#233;nements qui ont transpir&#233; de la derni&#232;re convention des mineurs de l'Illinois. Notre puissance sera multipli&#233;e &#224; la prochaine convention, si nous reconnaissons franchement le n&#233;gatif du positif dans notre action &#224; la derni&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une des principales erreurs faites par nos camarades a &#233;t&#233; l'&#233;chec &#224; r&#233;aliser pleinement que le sch&#233;ma &#233;hont&#233; de collaboration de classe pr&#233;sent&#233; &#224; la convention dans le rapport de Frank Farrington, r&#233;v&#233;lait la base politique et id&#233;ologique de toute la corruption et la tra&#238;trise de la totalit&#233; de la bureaucratie des United Mine Workers of America, de Lewis &#224; Farrington. Nos camarades auraient d&#251; attaquer ce rapport de la fa&#231;on la plus militante. Ils auraient d&#251; exposer le plus profond&#233;ment possible qu'il repr&#233;sentait la th&#233;orie des int&#233;r&#234;ts mutuels des mineurs de charbon et des parasites qui les exploitent et s'engraissent avec leur mis&#232;re et leur fardeau. Contre cela, nous aurions d&#251; &#233;tablir fermement les principes de la lutte des classes, la th&#233;orie du salut des ouvriers seulement par une lutte sans compromission contre leurs exploiteurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un tel combat aurait &#233;t&#233; un poignard dirig&#233; directement contre le c&#339;ur m&#234;me de la bureaucratie corrompue et tra&#238;tresse, car il aurait vis&#233; tout le faux syst&#232;me d'id&#233;es avec lequel elle empoisonne le mouvement ouvrier. Un tel combat aurait d&#251; &#234;tre entrepris comme le meilleur moyen d'ouvrir les yeux des mineurs, et de leur faire voir quel &#233;tait leur v&#233;ritable probl&#232;me. Tout les autres combats de la convention, le combat sur le pouvoir de nomination, le combat pour une meilleur l&#233;gislation dans les affaires syndicales, pour la r&#233;int&#233;gration d'Howat, etc., auraient d&#251; &#234;tre analys&#233;s par nos camarades, et expliqu&#233;s aux d&#233;l&#233;gu&#233;s, comme reli&#233;s au combat le plus simple, pour les principes de la lutte des classes, et comme lui &#233;tant subordonn&#233;s. Cela aurait &#233;t&#233; le meilleur moyen d'&#233;veiller les d&#233;l&#233;gu&#233;s honn&#234;tes de la base, et de les lier plus profond&#233;ment &#224; nous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un autre erreur &#224; la convention a &#233;t&#233; commise dans l'appr&#233;ciation de la reconnaissance de la Russie Sovi&#233;tique. Ici aussi les principes de la lutte des classes ont &#233;t&#233; impliqu&#233;s. La machine de Farrington a jou&#233; un jeu intelligent avec les d&#233;l&#233;gu&#233;s sur cette r&#233;solution, appelant &#224; la reconnaissance de la Russie Sovi&#233;tique dans un paragraphe, puis annulant tout effet &#224; ce paragraphe en ajoutant que la Russie Sovi&#233;tique devait reconna&#238;tre certaines obligations &#8211; les obligations m&#234;mes que les pays capitalistes du monde entier tentent en vain de lui imposer depuis six ans. Nos camarades ont fait l'erreur de penser que la question de la reconnaissance formelle &#233;tait le probl&#232;me r&#233;el, et ont donc consid&#233;r&#233; une telle r&#233;solution comme une victoire pour notre cause.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est trop &#171; diplomatique &#187;. Nous sommes pour la reconnaissance de la Russie Sovi&#233;tique, car c'est un &#233;tat ouvrier, et parce que nous constatons que les int&#233;r&#234;ts de tous les travailleurs du monde lui sont li&#233;s. La reconnaissance est pour nous un enjeu de la lutte des classes, et nous devons engager ce combat purement sur cette base, et marteler aux d&#233;l&#233;gu&#233;s que les id&#233;es de solidarit&#233; internationale du travail, de l'union mondiale des classes travailleuses dans la lutte pour renverser le capitalisme, doivent &#234;tre accept&#233;es comme les principes directeurs du mouvement ouvrier. Nous aurions peut-&#234;tre &#233;chou&#233; &#224; obtenir une majorit&#233; &#224; la convention si nous avions engag&#233; le combat sur cette base, tout comme nous aurions pu &#233;chouer &#224; gagner une majorit&#233; dans un combat ouvert contre le sch&#233;ma de collaboration de classe sur la base de la lutte des classes contre la machine bien huil&#233;e de Farrington, mais cela est d&#8216;une importance secondaire. Nous aurions mis sur la table les principes. Nous aurions &#233;clairci l'esprit de beaucoup des d&#233;l&#233;gu&#233;s, tout en les rapprochant de nous. Ce n'est pas la victoire formelle mais le combat en lui-m&#234;me qui est important.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Organisation inad&#233;quate&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du m&#234;me point de vue, le d&#233;veloppement inappropri&#233; du caucus de l'aile gauche dans la convention doit &#234;tre soulign&#233;. Des camarades ont fait des objections &#224; l'organisation de ces caucus, des espions de Farrington auraient pu &#234;tre pr&#233;sents selon eux et apprendre &#224; l'avance des choses sur les combats que nous voulions mener dans la convention. Cette attitude est erron&#233;e. C'est le r&#233;sultat d'une prudence trop grande, et d'une attention trop marqu&#233;e pour les victoires imm&#233;diates sur le plan l&#233;gislatif et technique. De plus, cela repr&#233;sente, jusqu'&#224; un certain points, un accord inconscient avec la position des fonctionnaires r&#233;actionnaires, qui naturellement combattent toutes tentative d'organiser les syndicalistes du rang contre eux. Ce probl&#232;me va plus loin qu'il n'y parait. L'&#233;chec &#224; organiser les d&#233;l&#233;gu&#233;s de gauche &#224; la convention en un organisme de combat, si nous allons jusqu'&#224; sa conclusion logique, va mener &#224; l'&#233;chec &#224; organiser les forces de gauche dans l'ensemble du syndicat. Cela signifie abandonner, sous la pression de la bureaucratie, le droit d'organiser la Trade Union Educational League. &#171; Ne faites pas une montagne d'une taupini&#232;re &#187;, est un bon proverbe ; mais il est tout aussi bon si nous le retournons et disons aux camarades qui sont pr&#234;ts &#224; conc&#233;der ce petit point : &#171; Ne faites pas d'une montagne une taupini&#232;re. &#187; Si nous menons un combat s&#233;rieux pour briser le contr&#244;le de la bureaucratie syndicale, nous ne devons pas n&#233;gliger l'organisation de nos possibles troupes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre combat pour conqu&#233;rir les syndicats est un combat de fond pour organiser les ouvriers de la base avec nous sur les fondations de la lutte des classes. De plus, nous devons les informer de nos buts et plans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les congr&#232;s doivent &#234;tre compris comme une des meilleures occasion d'avancer dans ce processus. Ils nous offrent l'opportunit&#233; d'arriver en contact avec les d&#233;l&#233;gu&#233;s de la base, de combattre par la discussion et des arguments leurs pr&#233;jug&#233;s et leurs incompr&#233;hension, et de les unir avec nous dans un seul corps organis&#233; pour gagner la r&#233;g&#233;n&#233;ration du mouvement ouvrier. Le caucus de gauche est n&#233;cessaire &#224; ce travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est bien plus important pour nous de faire connaissance avec 10 nouveaux ouvriers et de les int&#233;grer dans un combat organis&#233;, que de passer une douzaine de r&#233;solutions dans un congr&#232;s gr&#226;ce &#224; une majorit&#233; accidentelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le support conscient des ouvriers est ce que nous voulons. Nous combattons pour leurs esprits et leurs c&#339;urs. N'oubliez pas cela, camarades. La bureaucratie peut transformer nos plus belles r&#233;solutions en un tas de papiers sans signification. Elle peut conserver ses positions en truquant les &#233;lections, mais elle ne peut &#233;loigner de nous les travailleurs que nous gagnerons &#224; nos fa&#231;ons de penser et de combattre. Les bureaucrates se maintiennent au pouvoir par des milliers de pi&#232;ges et de pratiques frauduleuses. Mais une fois que nous aurons les masses de notre c&#244;t&#233;, nous n'aurons qu'&#224; claquer des doigts en leur direction pour les balayer. Le contr&#244;le des syndicats veut dire pour nous le contr&#244;le des masses. Cela, et cela seul, assurera notre victoire finale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les communistes et les postes syndicaux&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je veux maintenant passer &#224; une autre question qui va devenir de plus en plus importante au fur et &#224; mesure de notre d&#233;veloppement dans les syndicats. Elle s'est d&#233;j&#224; pos&#233;e &#224; nous un certain nombre de fois. C'est la question des candidatures et de l'obtention de postes par des camarades dans les syndicats. Cela peut devenir un des plus terribles danger, et une des plus grandes sources de corruption des membres du parti, si nous ne prenons pas suffisamment pas garde &#224; ce probl&#232;me, et ne clarifions pas notre position d&#232;s le d&#233;part.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les discussions qui ont eu lieu aujourd'hui, nous avons entendu la remarque d'un de nos camarades que la bataille syndicale &#233;tait la bataille pour des positions strat&#233;giques. C'est une vue subjective, et si nous la conservons, nous allons tomber dans une erreur s&#233;rieuse. Nous devons comprendre que notre lutte est avant tout celle pour d&#233;velopper la conscience de classe des syndiqu&#233;s de base, et de les gagner aux principes de la lutte r&#233;volutionnaire contre le capitalisme sous la direction de notre parti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si nous connectons le combat pour des positions strat&#233;giques avec la totalit&#233; des buts politiques, et que nous leur subordonnons ce but, nous serons en terrain s&#251;r. Sinon, nous serons confront&#233;s au spectacle de membres du parti pensant les postes comme des fins en soi ; ou &#233;vacuant, ou bien mettant de c&#244;t&#233; les questions de principes avec lesquelles les masses ne sont pas famili&#232;res ; de plans et de calculs tortueux dans le but d'obtenir un poste. &#201;videmment, les camarades justifieront tout &#231;a par &#171; si nous obtenons ce poste, nous pourrons r&#233;aliser de grandes choses pour le parti &#187;. Mais, bien trop souvent, nous d&#233;couvrirons que ces camarades continueront &#224; appliquer ces m&#233;thodes, afin de se maintenir &#224; leur poste. Ils d&#233;g&#233;n&#233;reront en simples gardiens et chercheurs de positions. Ils perdront la confiance et le respect des militants ouvriers de base du parti, et notre parti, tenu responsable pour eux, verra son prestige baisser consid&#233;rablement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les positions strat&#233;giques sont cependant d'une importance extr&#234;me, et les concernant nous devons &#233;liminer toute vue doctrinaire. L'opinion exprim&#233;es par un camarade que tout d&#233;tenteur de poste devient petit-bourgeois, et que, du m&#234;me coup, nous devrions nous tenir &#233;loign&#233;s des positions, est incorrecte. Il est vrai qu'une position officielle, particuli&#232;rement dans le mouvement syndical am&#233;ricain, a men&#233; de nombreuses personnes dans le pass&#233; &#224; la corruption et &#224; la trahison contre les int&#233;r&#234;ts ouvriers, mais cela ne veut pas dire que les communistes seront obligatoirement corrompus. Nous devons maintenir la position qu'un communiste doit aller n'importe o&#249; et faire ce que le parti juge bon, et rester un communiste &#8211; rester un honn&#234;te combattant de la classe ouvri&#232;re. Le camarade L&#233;nine &#233;tait un officiel. Il d&#233;tenait plus de pouvoir que Frank Farrington, mais n'est pas devenu comme lui. La garantie contre la corruption des camarades qui obtiennent des postes est leur maintien proche du parti, et qu'ils basent leur combat sur le support des militants de base, sur une politique de lutte des classes, et ne deviennent pas opportunistes ou trop &#171; rus&#233; &#187; - n'essayez pas de vous &#171; infiltrer &#187; dans des positions en adoucissant vos positions de principes, qui peuvent &#234;tre impopulaires, certes, mais que les communistes, malgr&#233; tout, sont tenus par devoir de d&#233;fendre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un parti de lutte&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre parti est un parti de travailleurs r&#233;volutionnaires du rang, un parti de lutte r&#233;volutionnaire contre le capitalisme et toute son &#339;uvre, et nous esp&#233;rons des camarades qui obtiennent des postes qu'ils conservent cette conception fondamentale et m&#232;nent &#224; bien tout leur travail officiel. Ils ne doivent pas se laisser aller &#224; &#234;tre influenc&#233;s, par leur position, &#224; une prudence excessive. Par-dessus tout, ils ne doivent pas acqu&#233;rir une psychologie de carri&#233;riste et saboter leurs devoirs envers le parti par peur de condamner leurs postes. Nous ne poussons pas des communistes dans des postes pour qu'il fasse moins pour le parti, au contraire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'atmosph&#232;re des syndicats am&#233;ricains est f&#233;tide. Elle suinte de coutumes et de traditions d'un caract&#232;re non-prol&#233;tarien. Prenez garde, vous communiste qui obtenez des postes, &#224; ne pas vous enfoncer dans ce marais. Rappelez vous toujours que vous &#234;tes communistes, et que vous devez maintenir votre esprit de rebelle communiste. Ne succombez pas aux coutumes et traditions des bureaux construits par les agents de la bourgeoisie, qui se sont servis eux-m&#234;mes &#224; manger sur le dos du mouvement ouvrier via leurs positions, mais apportez avec vous vos propres coutumes, votre propre &#233;thique r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La discipline du parti&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question de la discipline du parti devient tr&#232;s importante quand on s'int&#233;resse aux camarades dans des positions officielles. Des camarades ainsi cas&#233;s doivent se lier d'autant plus avec le parti, ne faire qu'un avec lui, et consid&#233;rer le parti comme leur meilleur ami. La proximit&#233; d'un &#233;lu communiste avec son parti sera la meilleure garantie qu'il sera capable de conserver son point de vue r&#233;volutionnaire et de faire son devoir pour la classe ouvri&#232;re. Le parti demande m&#234;me plus de discipline de la part des camarades devenus des dirigeants que des autres membres du parti. Il n'a pas peur, m&#234;me des plus gros dirigeants qui vont contre le parti et suivent une politique qui lui est hostile. Des camarades qui tiennent des postes, peu importe leur position, ne peuvent agir comme des individus ind&#233;pendants sans &#234;tre rappel&#233;s &#224; l'ordre par leur parti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tester notre travail&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous pouvons r&#233;sumer en quelque mots la question. Nous ne sommes pas de simple progressistes, mais des r&#233;volutionnaires. Notre r&#244;le dans le mouvement syndical est d'organiser les masses pour la r&#233;volution prol&#233;tarienne et de les diriger dans la lutte pour y parvenir. Tout notre travail quotidien doit s'y rattacher et s'y subordonner. Le test pour notre travail ne peut se faire par des victoires formelles sur le papier, mais par le d&#233;veloppement de la conscience de classe dans les rangs des ouvriers, le degr&#233; de leur organisation sur cette base, et l'accroissement de l'influence et de la direction de notre parti. Des positions strat&#233;giques dans le mouvement ouvrier sont d'une importance premi&#232;re du point de vue de la possibilit&#233; pour le parti d'avancer et de d&#233;velopper son travail de r&#233;volutionnarisation des masses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Soyons astucieux et pratiques par tous les moyens. Apprenons &#224; r&#233;pondre &#224; toutes les questions qui se posent au sein du syndicat, de mani&#232;re r&#233;aliste et professionnelle. Devenons des experts du travail quotidien des syndicats et des man&#339;uvres pour les postes strat&#233;giques, mais souvenons-nous toujours du danger de d&#233;g&#233;n&#233;rer en de simples qu&#233;mandeurs de postes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des syndicalistes actifs, sp&#233;cialement ceux qui d&#233;tiennent une position, sont tent&#233;s par mille choses pouvant les d&#233;tourner de la voie de la lutte des classes. Seul le maintien de leur lien le plus profond avec le parti peut leur permettre de balayer ces tentations. Avec l'assistance du parti, ils apprendront comment servir de leur mieux la lutte quotidienne de la classe ouvri&#232;re et de connecter toutes leurs activit&#233;s avec la t&#226;che de mener les masses &#224; la r&#233;volution. Ils apprendront comment mesurer leurs progr&#232;s &#224; chaque &#233;tape, pas par des victoire formelles sur le papier, mais par le d&#233;veloppement de la conscience de classe des travailleurs et de l'influence du parti, qui sont les moyens par lesquelles leur activit&#233; inspire aux travailleurs cet esprit de lutte d&#233;termin&#233;e, qui est l'esprit du communisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La t&#226;che que nous avons entreprise nous posera de nombreuses difficult&#233;s, mais, avec l'aide du Parti et de l'Internationale, nous allons toutes les r&#233;soudre. Nous gagnerons les masses au communisme ; nous allons arracher les syndicats des mains des agents de la bourgeoisie et les transformer en de puissants instruments pour la r&#233;volution prol&#233;tarienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/cannon/works/1924/07/syndical.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/cannon/works/1924/07/syndical.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La fausse lutte de l'Etat pour la d&#233;fense de la for&#234;t contre les incendies</title>
		<link>http://www.matierevolution.fr/spip.php?article8885</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.matierevolution.fr/spip.php?article8885</guid>
		<dc:date>2026-09-08T22:20:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Karob, Robert Paris</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Qu'est-ce qui br&#251;le ? La for&#234;t marchandise, l'&#201;tat bourgeois qui a d&#233;sarm&#233; la lutte, l'&#201;tat-commune en gestation qui a sauv&#233; les maisons &#8212; et l'extr&#234;me gauche qui ne veut pas le voir &lt;br class='autobr' /&gt;
Sommaire. &lt;br class='autobr' /&gt;
Introduction &#8212; les explications de l'&#201;tat : le ciel, le coupable, la conformit&#233;. I. Ce qui br&#251;le est une marchandise &#8212; l'accumulation primitive de 1857, la propri&#233;t&#233; &#233;tag&#233;e, la fili&#232;re, les pertes socialis&#233;es et le guichet, le &#171; milliard d'arbres &#187;, la rente photovolta&#239;que, l'accident industriel, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique150" rel="directory"&gt;16- EDITORIAUX DE LA VOIX DES TRAVAILLEURS&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;div class='spip_document_19557 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://www.matierevolution.fr/IMG/png/incendie.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='http://www.matierevolution.fr/IMG/png/incendie.png' width=&#034;1055&#034; height=&#034;1491&#034; alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
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&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_19556 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://www.matierevolution.fr/IMG/png/incendie_7.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='http://www.matierevolution.fr/IMG/png/incendie_7.png' width=&#034;1024&#034; height=&#034;1536&#034; alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://www.matierevolution.fr/IMG/png/incendie_6.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='http://www.matierevolution.fr/IMG/png/incendie_6.png' width=&#034;1055&#034; height=&#034;1491&#034; alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://www.matierevolution.fr/IMG/png/incendie_5.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='http://www.matierevolution.fr/IMG/png/incendie_5.png' width=&#034;1055&#034; height=&#034;1491&#034; alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://www.matierevolution.fr/IMG/png/incendie_4.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='http://www.matierevolution.fr/IMG/png/incendie_4.png' width=&#034;1055&#034; height=&#034;1491&#034; alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
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&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_19552 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://www.matierevolution.fr/IMG/png/incendie_3.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='http://www.matierevolution.fr/IMG/png/incendie_3.png' width=&#034;1055&#034; height=&#034;1491&#034; alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
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&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_19551 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://www.matierevolution.fr/IMG/png/incendie_2.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='http://www.matierevolution.fr/IMG/png/incendie_2.png' width=&#034;1055&#034; height=&#034;1491&#034; alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
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&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_19550 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://www.matierevolution.fr/IMG/png/incendie_1.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='http://www.matierevolution.fr/IMG/png/incendie_1.png' width=&#034;1055&#034; height=&#034;1491&#034; alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Qu'est-ce qui br&#251;le ?&lt;br class='autobr' /&gt;
La for&#234;t marchandise, l'&#201;tat bourgeois qui a d&#233;sarm&#233; la lutte, l'&#201;tat-commune en gestation qui a sauv&#233; les maisons &#8212; et l'extr&#234;me gauche qui ne veut pas le voir&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sommaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Introduction &#8212; les explications de l'&#201;tat : le ciel, le coupable, la conformit&#233;. I. Ce qui br&#251;le est une marchandise &#8212; l'accumulation primitive de 1857, la propri&#233;t&#233; &#233;tag&#233;e, la fili&#232;re, les pertes socialis&#233;es et le guichet, le &#171; milliard d'arbres &#187;, la rente photovolta&#239;que, l'accident industriel, la boucle en direct, les repr&#233;sentants de la propri&#233;t&#233; contre l'habitant. II. L'&#201;tat bourgeois : d&#233;sarm&#233; pour &#233;teindre, arm&#233; pour trier et capter &#8212; l'&#201;tat chiffr&#233;, le tri du Porge et du Cap Ferret, les fum&#233;es et le travail laiss&#233; &#224; l'employeur, la captation pr&#233;fectorale. III. L'&#201;tat-commune : ce qui est n&#233; &#8212; la monographie du Porge, le panorama de l'auto-organisation, l'h&#233;bergement par en bas, la base syndicale qui nomme l'organe, l'embryon dans l'appareil (les pompiers qui refusent), et le concept : nommer ce qui est n&#233;. IV. Ceux qui ne veulent pas le voir &#8212; le corpus de l'extr&#234;me gauche pi&#232;ce par pi&#232;ce, les drones, le financement des syndicats, la plate-forme des forestiers, l'appareil-l'&#201;tat-le bulletin, le bilan. V. Conclusion et mots d'ordre &#8212; suivis des vingt-cinq verrous de rigueur et des notes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La for&#234;t des Landes n'est pas un donn&#233; naturel : c'est du capital n&#233; d'une expropriation &#8212; et c'est par l&#224; qu'il faut commencer. 42 000 hectares d&#233;truits, 220 000 personnes &#233;vacu&#233;es, trois pompiers morts depuis le d&#233;but de l'&#233;t&#233;, plus de 44 000 hectares br&#251;l&#233;s au niveau national d&#232;s le 22 juillet : avant de discuter des Canadair, une question premi&#232;re &#8212; qu'est-ce qui br&#251;le ? R&#233;ponse en quatre temps. Ce qui br&#251;le est une marchandise &#8212; une for&#234;t priv&#233;e &#224; 92 %, plant&#233;e, replant&#233;e et subventionn&#233;e comme telle. Ce qui a sauv&#233; des maisons et des vies, ce n'est pas le commandement d'&#201;tat &#8212; qui a d&#233;sarm&#233; la lutte, puis tri&#233; ce qui br&#251;lerait &#8212; : c'est la jonction des habitants organis&#233;s et des pompiers du rang &#8212; jusqu'au refus, rapport&#233; par deux t&#233;moignages concordants encore &#224; confirmer, d'abandonner les maisons qu'ils d&#233;fendaient. Les fonctions embryonnaires d'un &#201;tat-commune en gestation sont apparues dans la lutte contre le feu. L'extr&#234;me gauche, elle, a vu les moyens qui manquaient &#8212; elle ne veut pas voir le pouvoir qui commence &#224; na&#238;tre : elle a r&#233;p&#233;t&#233; le climat de la bourgeoisie sans la propri&#233;t&#233;, et prononc&#233; &#171; contr&#244;le ouvrier &#187; sans organes. D'o&#249; la conclusion : on ne comptera ni sur l'&#201;tat bourgeois ni sur les &#233;lections &#8212; mais sur ce qui a d&#233;j&#224; commenc&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Introduction &#8212; Les explications de l'&#201;tat : le ciel et le coupable&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant d'expliquer l'incendie, &#233;coutons ceux qui gouvernent l'expliquer. Deux r&#233;cits officiels, servis simultan&#233;ment d&#232;s les premiers jours &#8212; et un troisi&#232;me mot, plus discret, pour l'origine r&#233;elle.&lt;br class='autobr' /&gt;
Premier r&#233;cit : le ciel. Le 27 juillet, sur les lieux, Emmanuel Macron annonce qu'il faudra &#171; replanter et reb&#226;tir une for&#234;t diff&#233;rente &#187;, adapt&#233;e aux &#171; conditions structurelles de changement climatique &#187; &#8212; en y ajoutant, d&#233;j&#224;, &#171; la pression de l'habitation et du tourisme &#187; . Sa ministre de la Transition &#233;cologique chiffre l'&#171; adaptation de la for&#234;t &#187; : cent millions du fonds vert, un &#171; grand plan d'investissement &#187; . Et le pr&#233;sident de la DFCI, l'organisation institu&#233;e de la propri&#233;t&#233; sylvicole, r&#233;sume la doctrine face au pr&#233;sident : &#171; on a plus de monde, il y a plus d'habitations et le climat a chang&#233; &#187; . Le r&#233;chauffement est r&#233;el &#8212; cette brochure ne le nie nulle part. Mais qu'on observe ce que fait ce r&#233;cit : il transforme un &#233;v&#233;nement en climat, un incendie dat&#233;, localis&#233;, parti d'un chantier identifi&#233;, en &#171; conditions structurelles &#187;. Face au ciel, il n'y a ni responsable ni bilan comptable &#8212; seulement de l'&#171; adaptation &#187;, c'est-&#224;-dire, on le verra, un guichet de replantation. Et dans le m&#234;me souffle, l'habitant est d&#233;j&#224; d&#233;sign&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deuxi&#232;me r&#233;cit : le coupable. D&#232;s le 22 juillet, au lendemain de la mort de deux pompiers, le ministre de l'Int&#233;rieur, somm&#233; de r&#233;pondre du manque de moyens depuis une caserne de Bordeaux, r&#233;pond : &#171; il y en a un peu assez des pol&#233;miques &#187;, les moyens a&#233;riens seraient &#171; suffisants &#187;, la flotte &#171; multipli&#233;e par deux &#187; &#8212; affirmation d&#233;mont&#233;e, la flotte de Canadair n'ayant pas boug&#233; depuis 2017 &#8212; et il annonce, d'un m&#234;me mouvement, un hommage national et 128 interpellations . Le pr&#233;sident de la DFCI r&#233;clame le durcissement des sanctions contre les auteurs de d&#233;parts de feu . L'incendiaire est la figure id&#233;ale : l&#224; o&#249; le premier r&#233;cit naturalisait, celui-ci individualise &#8212; un ciel sans adresse, un coupable sans classe. Et quand l'origine du plus grand feu s'av&#232;re &#234;tre, selon la piste privil&#233;gi&#233;e du parquet, un chantier de d&#233;broussaillage sous-trait&#233; men&#233; pour le compte d'Enedis en pleine vigilance rouge, l'&#201;tat judiciaire trouve un troisi&#232;me mot, qui n'accuse ni le ciel ni un pyromane : &#171; conforme &#187; .&lt;br class='autobr' /&gt;
Le ciel, le coupable, la conformit&#233; : trois r&#233;cits, une seule fonction. Aucun des trois n'a d'adresse de classe &#8212; le climat n'a pas de propri&#233;taire, l'incendiaire n'a pas de bilan, la conformit&#233; n'a pas de responsable. Tous trois laissent hors champ les seules questions qui f&#226;chent : &#224; qui appartient le combustible, qui a d&#233;sarm&#233; l'extinction, qui a d&#233;cid&#233; de ce qui br&#251;lerait &#8212; et qu'est-ce qui s'est lev&#233;, dans la population, pour faire ce que l'&#201;tat ne faisait plus. Cette brochure r&#233;pond &#224; ces questions, dans cet ordre. C'est son plan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;I. Ce qui br&#251;le est une marchandise&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1857 : l'accumulation primitive, ou comment la loi a fabriqu&#233; la for&#234;t-capital&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx appelle &#171; soi-disant accumulation primitive &#187; le point de d&#233;part r&#233;el du capital &#8212; non pas l'&#233;pargne des vertueux, comme le raconte l'&#233;conomie politique, mais l'expropriation : la s&#233;paration violente des producteurs d'avec leurs moyens d'existence, op&#233;r&#233;e par la loi et la force de l'&#201;tat, qui cr&#233;e d'un m&#234;me mouvement le capital d'un c&#244;t&#233; et, de l'autre, des hommes n'ayant plus que leur force de travail &#224; vendre. Le capital, &#233;crit-il, vient au monde &#171; suant le sang et la boue par tous les pores &#187; .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La for&#234;t des Landes est un chapitre fran&#231;ais de ce livre-l&#224;, terme &#224; terme. Le moyen d'existence commun : la lande, base du syst&#232;me agropastoral, parcours des troupeaux qui faisaient vivre bergers et paysans. L'instrument de l'expropriation : la loi de 1857, qui imposa aux communes et aux propri&#233;taires d'ensemencer cette lande en pins &#8212; la loi comme levier, exactement selon le sch&#233;ma de Marx. La r&#233;sistance : les bergers ruin&#233;s mirent le feu &#224; la for&#234;t naissante &#8212; le feu fut ici, d'abord, une arme des expropri&#233;s contre le capital. La prol&#233;tarisation : les m&#234;mes, ou leurs fils, convertis en r&#233;siniers, ouvriers du gemmage &#8212; un m&#233;tier de gr&#232;ves jusque dans les ann&#233;es 1930 . La suite est l'accumulation continu&#233;e : concentration entre grandes familles, coop&#233;rative g&#233;ante, capital financier &#8212; la Caisse des d&#233;p&#244;ts et les assureurs au sommet &#8212; jusqu'au million d'hectares d'aujourd'hui.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est par l&#224; qu'il faut commencer, parce que tout le reste en d&#233;coule. Qui ne part pas de l'expropriation prend la for&#234;t pour de la nature et le feu pour du climat ; qui en part comprend que ce qui a br&#251;l&#233; en juillet est un capital de pr&#232;s de cent soixante-dix ans, plant&#233; par la loi, concentr&#233; par l'h&#233;ritage et la finance, replant&#233; par la subvention &#8212; et que la question &#171; qu'est-ce qui br&#251;le ? &#187; a une r&#233;ponse de classe avant d'avoir une r&#233;ponse m&#233;t&#233;orologique. L'accumulation primitive n'est pas un souvenir : elle est la structure de propri&#233;t&#233; qui flambe, et elle se poursuit sous nos yeux &#8212; chaque coupe rase de feuillus subventionn&#233;e, du Morvan au Ciron, refait en petit l'op&#233;ration de 1857.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La propri&#233;t&#233; : petits porteurs devant, le capital financier derri&#232;re&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le massif des Landes de Gascogne &#8212; environ un million d'hectares &#8212; est priv&#233; &#224; 92 % et compte plus de 60 000 propri&#233;taires ; fa&#231;ade de morcellement : 75 % de la superficie appartient &#224; moins de 20 % d'entre eux, et dans le seul d&#233;partement des Landes 20 900 propri&#233;taires de plus d'un hectare totalisent 609 400 hectares . Le public est r&#233;siduel : 8 % en Aquitaine contre 25 % au national . &#192; l'&#233;chelle fran&#231;aise, m&#234;me pyramide : 17,6 millions d'hectares en 2024, dont les trois quarts &#8212; 13,2 millions d'hectares &#8212; appartiennent &#224; quelque 3,5 millions de propri&#233;taires priv&#233;s &#8212; et au sommet, le capital financier en personne : la Soci&#233;t&#233; Foresti&#232;re, d&#233;tenue &#224; pr&#232;s de 100 % par la Caisse des d&#233;p&#244;ts et CNP Assurances, g&#232;re plus de 300 000 hectares, 1,79 % des for&#234;ts fran&#231;aises, pour 2 milliards d'euros d'actifs, selon la Cour des comptes elle-m&#234;me ; Groupama en d&#233;tient plus de 22 000 par sa fonci&#232;re ; de grands patrimoines familiaux et industriels compl&#232;tent le sommet de la pyramide &#8212; les listes publi&#233;es citent les Louis-Dreyfus, la maison d'Orl&#233;ans, les Besnier (Lactalis), les Dassault &#8212; et sa composition exacte reste opaque, faute de tout registre public consolid&#233; de la propri&#233;t&#233; foresti&#232;re. Les groupements forestiers d'investissement (18 % de r&#233;duction d'imp&#244;t, exon&#233;ration partielle d'IFI) financiarisent le reste : on ach&#232;te le sol, pas l'arbre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La fili&#232;re : du pin au meuble&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;colte de pin maritime : 5,3 millions de m&#179; par an &#8212; sciage, d&#233;roulage, et trituration vers la p&#226;te, les panneaux de particules et le MDF, mati&#232;re premi&#232;re du meuble ; la seconde transformation aux mains d'Egger, Smurfit, Gascogne, Finsa ; plus de 10 milliards d'euros de chiffre d'affaires et 60 000 salari&#233;s pour la fili&#232;re r&#233;gionale, fabrication de meubles incluse ; Alliance For&#234;ts Bois, premi&#232;re coop&#233;rative de France, tenant le foncier morcel&#233; &#8212; 43 000 adh&#233;rents, un million d'hectares .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les pertes socialis&#233;es, les profits priv&#233;s&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;9 % seulement de la for&#234;t priv&#233;e assur&#233;e , cr&#233;dit d'imp&#244;t de 76 % sur la cotisation ; 756 millions d'euros publics et 80 % de subvention pour reconstituer apr&#232;s les temp&#234;tes de 1999 ; en 2022, les bois abattus sur les zones d'appui ouvertes par r&#233;quisition pr&#233;fectorale ont &#233;t&#233; &#171; quantifi&#233;s et transport&#233;s en vue de leur valorisation &#187;, avec &#171; r&#233;tribution des propri&#233;taires &#187; &#8212; m&#234;me le coupe-feu d'urgence entre dans le flux marchand. Et 2026 rejoue la s&#233;quence en direct, bar&#232;me en main : le minist&#232;re de la Transition &#233;cologique chiffre la restauration d'un hectare de for&#234;t entre 5 000 et 10 000 euros ; pr&#232;s de 116 000 hectares de for&#234;ts et de v&#233;g&#233;tation ont &#233;t&#233; parcourus par les flammes sur la saison &#8212; toute cette surface n'appellera pas une plantation, et le bilan des surfaces &#224; reconstituer n'existe pas encore : le co&#251;t unitaire du futur guichet est pos&#233;, son volume national ne l'est pas. Les annonces, elles, n'attendent pas l'&#233;tat des lieux : Engie promet 25 millions pour &#171; la reconstruction des for&#234;ts &#187;, le Cr&#233;dit Agricole ouvre un fonds de 2 millions destin&#233; au r&#233;&#233;quipement des SDIS &#8212; des enveloppes qui n'ont ni le m&#234;me objet ni le m&#234;me p&#233;rim&#232;tre, mais qui montrent que la r&#233;partition des financements s'organise avant que quiconque ait d&#233;cid&#233; de la doctrine de reconstitution. La vraie question est l&#224; : qui d&#233;cidera des projets financ&#233;s &#8212; les propri&#233;taires et les entreprises donatrices, ou les travailleurs forestiers, les pompiers et les habitants ? La revendication structurelle de la fili&#232;re est plus ancienne que ce feu : d&#232;s la crise des scolytes, les professionnels chiffraient le reboisement &#224; 3 000 euros l'hectare et r&#233;clamaient l'instauration d'une &#171; proc&#233;dure de calamit&#233;s foresti&#232;res &#187; sur le mod&#232;le des calamit&#233;s agricoles &#8212; un r&#233;gime permanent de socialisation des pertes du capital plant&#233;. Un m&#234;me feu, deux traitements : pour la plantation, un bar&#232;me public &#224; l'hectare, des ch&#232;ques d'entreprises et la demande d'un guichet permanent ; pour les familles br&#251;l&#233;es, l'expertise d'assurance, les plafonds, la v&#233;tust&#233; &#8212; et le rappel minist&#233;riel &#8212; statistique g&#233;n&#233;rale de pr&#233;vention, pas un bilan des feux de juillet &#8212; selon lequel neuf maisons d&#233;truites sur dix en feux de for&#234;t ne sont pas ou sont mal d&#233;broussaill&#233;es . Quelle que soit la valeur pr&#233;ventive r&#233;elle du d&#233;broussaillement, le discours officiel d&#233;place d'un m&#234;me geste le regard : de la structure du massif vers le comportement du r&#233;sident. Le propri&#233;taire r&#233;clame la reconstitution de son capital ; l'habitant, lui, est somm&#233; de financer l'interface de s&#233;curit&#233; autour de son logement &#8212; jusque sur le fonds voisin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le combustible, produit et reproduit sous subvention&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sous le nom de &#171; milliard d'arbres &#187; (Emmanuel Macron, 28 octobre 2022 : &#171; renouveler 10 % de notre for&#234;t &#187; ), l'&#201;tat finance la fabrication du combustible : 87 % des projets financ&#233;s en for&#234;t priv&#233;e sont des coupes rases suivies de plantations, monoculture permise dans 83 % des cas, douglas en t&#234;te &#8212; un &#171; plus de 85 % &#187; de coupes rases confirm&#233; officiellement par le minist&#232;re de l'Agriculture ; 60 % de r&#233;sineux au bilan officiel 2021-2023, un quart des montants pour transformer des &#171; peuplements pauvres &#187; &#8212; pauvres en valeur marchande, pas en &#233;cologie ; 90 &#224; 135 millions de m&#179; &#224; r&#233;colter d'ici 2035 selon l'IGN et le FCBA, en grande partie des arbres sains . R&#233;sultat mat&#233;riel d&#233;crit par l'INRAE : environ 803 000 hectares de futaies r&#233;guli&#232;res monosp&#233;cifiques de pin sur 974 000, un combustible presque continu o&#249; &#171; les flammes passent d'une parcelle &#224; l'autre sans rencontrer de v&#233;ritable rupture &#187; . Le m&#234;me mouvement rase les feuillus qui faisaient coupure : le Morvan a perdu 50 % de ses for&#234;ts de feuillus au profit des r&#233;sineux &#8212; enr&#233;sinement engag&#233;, &#233;crit le Parc lui-m&#234;me, par des &#171; institutions financi&#232;res &#187; (banques, caisses d'&#233;pargne, caisses de retraite, assurances, Caisse des d&#233;p&#244;ts) rachetant les for&#234;ts de l'ancienne aristocratie &#171; &#224; grand renfort de subventions de l'&#201;tat &#187; ; et dans les Landes m&#234;mes, la h&#234;traie du Ciron, 40 000 ans d'&#226;ge, est pass&#233;e de 30 km&#178; &#224; 4,5 km&#178; depuis les ann&#233;es 1990, remplac&#233;e par le pin et le bois-&#233;nergie .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s le pin, le panneau : la rente photovolta&#239;que sur les cendres&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;bouch&#233; suivant du sol forestier est d&#233;j&#224; en place. L'interprofession du bois elle-m&#234;me s'alarme : les d&#233;frichements pour centrales photovolta&#239;ques d&#233;passent d&#233;j&#224; un millier d'hectares sur le massif landais &#8212; chiffre que les pouvoirs publics ne communiquent pas &#8212; et plusieurs projets en cours d&#233;passent, chacun, mille hectares, en Sud-Gironde et Lot-et-Garonne ; un amendement de 2023, qui parlait de &#171; plusieurs milliers d'hectares &#187; concern&#233;s et demandait un simple rapport sur ces centrales et le risque incendie, a &#233;t&#233; rejet&#233; . Des centrales tournent d&#233;j&#224; &#224; Lue, Ychoux, Losse, Rion-des-Landes &#8212; et &#224; Cestas, commune &#233;vacu&#233;e le 25 juillet, o&#249; s'&#233;tend depuis 2015 le parc de 260 hectares et 300 m&#233;gawatts de Neoen, longtemps le plus grand de France . Son successeur attend &#224; c&#244;t&#233; : Horizeo, &#224; Saucats, voisin du parc de Cestas &#8212; 1 000 hectares de for&#234;t de pins &#224; d&#233;fricher pour un gigawatt, port&#233; par Engie, Neoen et la Banque des Territoires, c'est-&#224;-dire la Caisse des d&#233;p&#244;ts, la m&#234;me dont la Soci&#233;t&#233; Foresti&#232;re est le premier gestionnaire forestier institutionnel du pays . Deux rentes, un m&#234;me p&#244;le financier public &#8212; la Caisse des d&#233;p&#244;ts, qui g&#232;re la for&#234;t d'un c&#244;t&#233; et porte la centrale de l'autre. Le permis, d&#233;pos&#233; en f&#233;vrier 2024, est au point mort &#8212; bloqu&#233; par un verrou l&#233;gal : depuis mars 2024, aucun projet photovolta&#239;que n&#233;cessitant un d&#233;frichement de plus de 25 hectares ne peut &#234;tre autoris&#233; en zone foresti&#232;re .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce verrou tient encore, et demeure un obstacle juridique majeur. Mais le feu d&#233;place l'&#233;conomie fonci&#232;re de la parcelle : le bois perd sa valeur imm&#233;diate, la replantation co&#251;te 5 000 &#224; 10 000 euros l'hectare selon le bar&#232;me minist&#233;riel , et la rente offerte par le promoteur devient l'issue pour un propri&#233;taire d&#233;march&#233; et non assur&#233;. Les cendres ne l&#232;vent pas le verrou l&#233;gal : elles fabriquent la pression &#233;conomique qui pousse &#224; le contourner ou &#224; le faire tomber. Apr&#232;s 2022, les promoteurs ont massivement d&#233;march&#233; les propri&#233;taires de parcelles br&#251;l&#233;es &#224; Landiras &#8212; la location &#171; pourrait leur rapporter gros &#187;, quand la replantation co&#251;te 18 000 euros pour douze hectares qu'ils n'ont pas : la parcelle calcin&#233;e, d&#233;valoris&#233;e comme bois, est le point d'entr&#233;e r&#234;v&#233; du panneau. Le 21 mars 2024, la cour administrative d'appel de Bordeaux a annul&#233; deux refus pr&#233;fectoraux d'autorisation de d&#233;frichement photovolta&#239;que &#8212; dont un de 36 hectares &#224; Lucmau, dans la vall&#233;e du Ciron &#8212; refus qui &#233;taient fond&#233;s sur le risque incendie : la cour a &#233;cart&#233;, dans ces deux dossiers, le risque incendie tel que l'administration l'avait argument&#233; &#8212; le juge ne supprime pas le motif en g&#233;n&#233;ral, il valide une d&#233;fendabilit&#233; am&#233;nag&#233;e par l'investisseur, dans le massif m&#234;me qui br&#251;le. Les amendements voulant exclure le solaire des zones &#224; risque ont tous &#233;t&#233; rejet&#233;s, alors que leur expos&#233; rappelait que les pompiers refusent d'intervenir sur ces centrales en feu, &#224; cause du risque d'arc &#233;lectrique . Et la seule concomitance physiquement constat&#233;e &#224; ce jour va dans l'autre sens : &#224; Hostens, en 2022, c'est le feu qui a travers&#233; la centrale photovolta&#239;que et l'a mise hors service . Il n'y a nul besoin d'hypoth&#232;se incendiaire, et l'article n'en formule aucune : le capital n'a pas besoin d'allumer le feu &#8212; il lui suffit d'acheter les cendres, et la loi des 25 hectares est l'obstacle majeur entre le panneau et le massif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un accident industriel, pas une fatalit&#233; climatique&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui a br&#251;l&#233; n'est pas un massif naturel : c'est une plantation industrielle &#8212; un stock de combustible &#224; ciel ouvert. Le droit conna&#238;t ce genre d'objet : d&#232;s quelques milliers de m&#232;tres cubes, un stockage de bois est une installation class&#233;e soumise &#224; prescriptions incendie ; au-del&#224; de 20 000 m&#232;tres cubes, il faut un enregistrement ; au-del&#224; de 50 000, une autorisation . Le massif, lui, concentre sur des centaines de milliers d'hectares une plantation homog&#232;ne et continue : encadr&#233;e par le code forestier, les obligations de d&#233;broussaillement et la DFCI, mais sans r&#233;gime de pr&#233;vention comparable &#224; celui qu'on impose &#224; un stock industriel concentr&#233;. La parcelle est r&#233;glement&#233;e comme patrimoine forestier ; la continuit&#233; du combustible, elle, n'est gouvern&#233;e comme un risque industriel par personne. La piste privil&#233;gi&#233;e par le parquet pour le d&#233;part de feu : un chantier de d&#233;broussaillage sous-trait&#233;, men&#233; pour le compte d'Enedis en pleine vigilance rouge &#8212; chantier jug&#233; &#171; conforme &#187; par le procureur, la cause d&#233;finitive restant &#224; &#233;tablir . Le combustible : une plantation industrielle continue, fabriqu&#233;e sous subvention. L'extinction : d&#233;sarm&#233;e par d&#233;cret, sa maintenance sous-trait&#233;e. &#192; chaque &#233;tage, l'incendie de juillet est un accident industriel &#8212; et la propagande du &#171; tout-climat &#187; est l'alibi qui dissout cette responsabilit&#233; dans l'atmosph&#232;re. Un feu exige trois choses : un combustible, une chaleur d'ignition, un comburant. Le CO&#8322; n'intervient pas dans la combustion elle-m&#234;me &#8212; son r&#244;le passe par le climat : le r&#233;chauffement ass&#232;che le combustible, multiplie les conditions m&#233;t&#233;orologiques extr&#234;mes et allonge la saison des feux. La s&#233;cheresse de 2026 est r&#233;elle et document&#233;e , et il serait faux de la nier. Mais le climat ne d&#233;cide ni de la propri&#233;t&#233; du sol, ni des essences plant&#233;es, ni des coupes rases, ni des effectifs, ni de la flotte a&#233;rienne : le combustible a des propri&#233;taires, l'extinction a un budget. Rabattre l'incendie sur le climat, c'est choisir la seule cause qui n'a pas de propri&#233;taire nommable. Le climat charge le d&#233; ; la propri&#233;t&#233; fabrique le combustible ; l'&#201;tat a d&#233;sarm&#233; l'extinction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;27-28 juillet : la boucle en direct &#8212; &#233;teindre plus tard, subventionner d'abord&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le feu n'&#233;tait pas &#233;teint que la boucle d&#233;crite plus haut se remettait en marche sous nos yeux. Le 27 juillet, en Gironde, Emmanuel Macron annonce qu'il faudra &#171; replanter et reb&#226;tir une for&#234;t diff&#233;rente &#187; . Le 28, la f&#233;d&#233;ration des forestiers priv&#233;s, Fransylva, lui r&#233;pond &#8212; et o&#249; ? Sur Localtis, le m&#233;dia de la Banque des Territoires, c'est-&#224;-dire de la Caisse des d&#233;p&#244;ts elle-m&#234;me : l'adaptation serait &#171; le quotidien des forestiers &#187;, le tort en reviendrait au gouvernement qui a &#171; suspendu &#187; le fonds de soutien et maintient des &#171; normes contradictoires &#187; ; suivent les revendications &#8212; faire respecter les obligations de d&#233;broussaillement (&#224; la charge des riverains), une zone tampon inconstructible de 50 m&#232;tres (&#224; la charge de l'urbanisme), reclasser au cadastre 3,8 millions d'hectares &#8212; et la mise en garde contre les &#171; discours dangereux &#187; qui voudraient mettre la for&#234;t &#171; sous cloche &#187; . Le lobby de la propri&#233;t&#233; r&#233;clame le guichet et la d&#233;r&#233;gulation avant m&#234;me l'&#233;tat des lieux des d&#233;g&#226;ts &#8212; sur le site du premier gestionnaire forestier institutionnel du pays. La ministre de la Transition &#233;cologique, Monique Barbut, a d&#233;j&#224; r&#233;pondu par avance : un &#171; grand plan d'investissement pour la for&#234;t fran&#231;aise &#187; annonc&#233; mi-juillet, et 100 millions d'euros du fonds vert 2027 &#171; d&#233;di&#233;s &#224; l'adaptation de la for&#234;t &#187; . Voil&#224; o&#249; vont les cr&#233;dits de la &#171; transition &#187; : &#224; la reconstitution du combustible &#8212; pas un Canadair de plus avant 2032. Et l'on sait d&#233;j&#224; ce que &#171; reb&#226;tir une for&#234;t diff&#233;rente &#187; veut dire, parce que 2022 l'a montr&#233; : &#171; il y a eu un reboisement &#224; l'identique apr&#232;s 2022 &#187;, en &#171; monoculture de pins maritimes &#187;, les feuillus &#171; &#224; la marge &#187;, constate le g&#233;ographe Arthur Gu&#233;rin-Turcq, auteur d'une th&#232;se sur l'incendie de La Teste &#8212; qui rappelle que l'acteur central du massif est la coop&#233;rative foresti&#232;re, que les rotations raccourcissent vers un bois de cartons d'emballage, au point que &#171; des associations &#233;colos l'appellent la for&#234;t Amazon &#187;, et que la protection des populations &#171; aurait pu se jouer en 2022 et ne s'est pas jou&#233;e &#187; . La marchandise porte d&#233;sormais son vrai nom sur les cartons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les repr&#233;sentants organis&#233;s de la propri&#233;t&#233; d&#233;signent le coupable : l'habitant&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste &#224; savoir qui, dans le discours de la propri&#233;t&#233;, est responsable du danger. R&#233;ponse donn&#233;e en face de Macron, le 27 juillet, par le pr&#233;sident de la DFCI de Nouvelle-Aquitaine &#8212; le r&#233;seau institutionnel des associations syndicales autoris&#233;es de propri&#233;taires sylviculteurs &#8212; 211 &#224; 212 ASA selon les pages actuelles de la DFCI, plus de 2 500 b&#233;n&#233;voles actifs, des &#233;tablissements publics plac&#233;s sous tutelle pr&#233;fectorale ; sa documentation de 2019 chiffrait le p&#233;rim&#232;tre &#224; 450 communes et 1,25 million d'hectares, et son conseil d'administration r&#233;gional associe aux propri&#233;taires le Syndicat des sylviculteurs du Sud-Ouest, la DRAAF, l'ONF et le Conseil r&#233;gional, le tout financ&#233; par les cotisations des propri&#233;taires et les subventions de l'Union europ&#233;enne, de l'&#201;tat et des collectivit&#233;s : l'organisation institu&#233;e de la propri&#233;t&#233; sylvicole, l'&#201;tat &#224; sa table &#8212; Bruno Lafon, par ailleurs maire de Biganos : &#171; &#199;a fait 15 ans que je dis qu'on ne peut plus adapter notre massif tel qu'il &#233;tait&#8230; Aujourd'hui, on a un ph&#233;nom&#232;ne nouveau. On a plus de monde, il y a plus d'habitations et le climat a chang&#233; &#187; . Plus de monde, plus d'habitations, le climat &#8212; jamais la monoculture. Dans la presse patronale, le m&#234;me r&#233;clame l'all&#232;gement des &#171; normes environnementales &#187; qui g&#234;neraient les pare-feux et le durcissement des sanctions contre les auteurs de d&#233;parts de feu ; d&#232;s 2023, il proposait de &#171; fermer les acc&#232;s &#224; certaines for&#234;ts l'&#233;t&#233; &#187; comme on ferme des pistes en montagne . Fransylva compl&#232;te le programme : zone tampon inconstructible de 50 m&#232;tres, obligations de d&#233;broussaillement mieux &#171; respect&#233;es &#187;, recadastrage de 3,8 millions d'hectares . Or l'obligation l&#233;gale de d&#233;broussaillement a une propri&#233;t&#233; remarquable : lorsqu'elle est li&#233;e &#224; une habitation, elle d&#233;borde sur la parcelle foresti&#232;re voisine &#8212; c'est &#224; l'occupant de la maison de prendre en charge les travaux au-del&#224; de sa propre limite, en demandant l'acc&#232;s au propri&#233;taire du fonds ; ce n'est que si celui-ci refuse formellement l'acc&#232;s que la charge lui est transf&#233;r&#233;e . Autrement dit, sauf refus expr&#232;s du propri&#233;taire forestier, la loi peut imposer au riverain de financer la r&#233;duction du combustible situ&#233; sur le fonds d'autrui &#8212; et c'est ce manquement-l&#224;, le sien, que le discours officiel met en avant apr&#232;s l'incendie. Le capital forestier conserve le sol ; le riverain finance son interface de s&#233;curit&#233;. Quant &#224; la fermeture estivale des massifs, les arr&#234;t&#233;s pr&#233;fectoraux en donnent d&#233;j&#224; la formule &#8212; ainsi dans l'Aude, &#224; l'&#233;t&#233; 2026 : acc&#232;s interdit au public, &#224; l'exception des &#171; propri&#233;taires, ayants droit, gestionnaires, entreprises mandat&#233;es &#187; ; l'arr&#234;t&#233; girondin &#233;quivalent est &#224; verser au dossier avant d'appliquer cette architecture aux feux de juillet. Personne ne demande l'expulsion des habitants &#8212; on fait mieux : l'habitat repouss&#233; par l'inconstructibilit&#233;, tax&#233; du d&#233;broussaillement de la parcelle d'autrui, d&#233;sign&#233; comme cause du feu, et exclu l'&#233;t&#233; d'un massif qui reste ouvert &#224; ses propri&#233;taires et &#224; leurs entreprises. La plantation redevient ce qu'elle est : un chantier priv&#233;, gard&#233; par arr&#234;t&#233; pr&#233;fectoral. Au propri&#233;taire, la for&#234;t et le guichet ; &#224; l'habitant, le co&#251;t de l'interface de s&#233;curit&#233;, l'interdiction d'acc&#232;s et la mise en cause apr&#232;s l'incendie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;II. L'&#201;tat bourgeois : d&#233;sarm&#233; pour &#233;teindre, arm&#233; pour trier et capter&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#201;tat bourgeois, chiffr&#233; : le mat&#233;riel pour la vitrine, les hommes pour le feu&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trois Canadair op&#233;rationnels sur douze aux p&#233;riodes critiques de l'&#233;t&#233; 2024, arbitrage forc&#233; entre l'Aude et les Bouches-du-Rh&#244;ne en 2025 &#8212; &#171; risque de rupture capacitaire av&#233;r&#233; &#187;, &#233;crit le S&#233;nat ; 52,77 millions d'euros retir&#233;s du programme &#171; S&#233;curit&#233; civile &#187; par le d&#233;cret n&#176; 2024-124 du 21 f&#233;vrier 2024, sign&#233; Gabriel Attal, Bruno Le Maire et Thomas Cazenave ; commande r&#233;paratrice de deux Canadair sign&#233;e le 4 juin 2026, livraison 2032-2033 . Au d&#233;part m&#234;me du feu, deux Canadair seulement &#233;taient disponibles &#8212; cinq &#233;taient en maintenance, deux affect&#233;s &#224; la Corse &#8212; et le maillage territorial s'est contract&#233; d'un cinqui&#232;me : 8 700 centres d'incendie et de secours en 2002, moins de 7 000 aujourd'hui . Le 22 juillet, au lendemain de la mort de deux pompiers &#224; M&#233;rignac, le ministre de l'Int&#233;rieur Laurent Nu&#241;ez r&#233;pond depuis une caserne de Bordeaux : &#171; il y en a un peu assez des pol&#233;miques &#187;, les moyens a&#233;riens seraient &#171; suffisants &#187;, la flotte &#171; multipli&#233;e par deux &#187; &#8212; affirmation d&#233;mont&#233;e, la flotte de Canadair n'ayant pas boug&#233; depuis 2017 &#8212; et annonce un hommage national et 128 interpellations . La force de travail : 258 641 sapeurs-pompiers au 31 d&#233;cembre 2025, pour 4,89 millions d'op&#233;rations de secours dans l'ann&#233;e &#8212; donn&#233;es provisoires de la S&#233;curit&#233; civile &#8212;, dont 200 961 volontaires : 78 %, pr&#232;s de quatre sur cinq, indemnis&#233;s mais pas salari&#233;s , &#224; 8,71 euros de l'heure en intervention, l'astreinte pouvant n'&#234;tre indemnis&#233;e qu'&#224; hauteur de 9 % de ce taux &#8212; 78 centimes de l'heure ; une question parlementaire constate l'indemnit&#233; sous le minimum et conclut qu'ils &#171; s'engagent par passion &#187; . Les arbitrages : 882,7 millions pour la s&#233;curit&#233; civile en 2026 contre 57,1 milliards pour la D&#233;fense &#8212; cinq jours et demi de budget militaire &#8212;, 64 milliards annonc&#233;s pour 2027 et 36 de rallonge quand deux Canadair valent 209 millions , une ponction de 5 milliards sur les collectivit&#233;s qui financent 54 % des SDIS quand l'&#201;tat n'en porte que 3 % . Le d&#233;vouement comme substitut au salaire, l'hommage comme substitut aux moyens, l'A400M militaire pr&#234;t&#233; pour les cam&#233;ras : le mat&#233;riel pour la vitrine, les hommes pour le feu &#8212; et c'est le mod&#232;le qu'on nous pr&#233;pare pour la guerre qui vient &#8212; une politique de terre br&#251;l&#233;e qui n'a pas eu besoin d'invasion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Porge ou le Cap Ferret : quand la p&#233;nurie devient un tri&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le sous-dimensionnement a une cons&#233;quence que la semaine a rendue visible &#224; l'&#339;il nu : quand les moyens manquent, quelqu'un choisit ce qui br&#251;le. Au Porge, plus de 150 habitations ont &#233;t&#233; d&#233;truites &#8212; 192 selon le d&#233;compte le plus r&#233;cent (r&#233;cit franceinfo du 29 juillet), les bilans successifs publi&#233;s ayant vari&#233; &#8212; dans une commune de moins de 3 500 habitants, la commune &#171; compl&#232;tement encercl&#233;e par des flammes de plus de 40 m&#232;tres de haut &#187;, dit son maire, Martial Zaninetti, &#171; &#224; la limite du soutenable &#187; . &#192; quelques kilom&#232;tres, les villas de la presqu'&#238;le du Cap Ferret &#8212; le &#171; Saint-Tropez de l'Atlantique &#187;, r&#233;sidences de personnalit&#233;s &#8212; sont rest&#233;es largement debout, et la question s'est install&#233;e jusque dans la presse nationale : &#171; Sauver le Cap Ferret plut&#244;t que Le Porge ? &#187;, titre La Croix, qui r&#233;pond que les sapeurs-pompiers arbitrent selon &#171; une strat&#233;gie bien pr&#233;cise &#187; et &#171; en fonction des effectifs disponibles &#187; . Des habitants du Porge racontent au Monde le moment du choix : &#171; Quand [la pointe] a &#233;t&#233; menac&#233;e, des pompiers qui d&#233;fendaient nos maisons ont d&#251; repartir. Certains ont refus&#233; &#187; . Depuis, l'arbitrage n'est plus seulement testimonial : le maire du Porge le confirme lui-m&#234;me &#8212; &#171; les moyens des pompiers &#233;taient &#233;normes, mais pas suffisants, et il &#233;tait n&#233;cessaire de prot&#233;ger d'autres secteurs, o&#249; il y avait des vies &#224; prot&#233;ger. Les habitants du Porge avaient &#233;t&#233; &#233;vacu&#233;s. C'est vrai que les moyens ont &#233;t&#233; d&#233;ploy&#233;s &#224; L&#232;ge alors qu'il y avait encore beaucoup de boulot au Porge &#187; . La doctrine dans le texte : des vies &#224; prot&#233;ger ailleurs, donc les biens d'ici peuvent br&#251;ler &#8212; et la g&#233;ographie sociale de cet &#171; ailleurs &#187; est chiffrable : selon les mill&#233;simes r&#233;cents du recensement, 62 &#224; 65 % des logements de L&#232;ge-Cap-Ferret &#8212; plus de 7 000 sur environ 11 500 &#8212; sont des r&#233;sidences secondaires . Un habitant du Porge dit le reste sur BFM TV : &#171; Ils [les pompiers] ont d&#233;sob&#233;i aux ordres et sont rest&#233;s pour sauver le village, tout le patrimoine de familles de gens modestes qui ont travaill&#233; toute leur vie pour avoir une maison. Ce ne sont pas des r&#233;sidences secondaires sur une presqu'&#238;le avec des stars. Ici, ce sont des gens qui se l&#232;vent &#224; 5 heures du matin, qui gagnent le Smic &#187; &#8212; deuxi&#232;me t&#233;moignage, ind&#233;pendant du premier, sur cette d&#233;sob&#233;issance &#8212; deux r&#233;cits concordants d'habitants, sans confirmation institutionnelle &#224; ce jour : un fait rapport&#233;, pas encore &#233;tabli. Rigueur d'abord : aucune source n'&#233;tablit une consigne de privil&#233;gier les propri&#233;t&#233;s de personnalit&#233;s, et l'article n'&#233;crira pas &#171; sacrifi&#233; pour les stars &#187; &#8212; ce serait offrir le flanc. Ce qui est &#233;tabli est plus profond. Un : le tri est une cat&#233;gorie d'&#201;tat &#8212; le droit de l'urbanisme classe les quartiers en &#171; d&#233;fendables &#187; et &#171; non d&#233;fendables &#187;, et la d&#233;fendabilit&#233; s'ach&#232;te en amont : r&#233;serves d'eau, poteaux, d&#233;broussaillement, &#233;quipements prescrits par les plans de pr&#233;vention ; la g&#233;ographie de la d&#233;fendabilit&#233; recouvre donc celle de la richesse sans qu'aucune consigne soit n&#233;cessaire. Deux : la doctrine &#233;crit elle-m&#234;me l'arbitrage &#8212; la protection des habitations mobilise les pompiers &#171; au d&#233;triment du contr&#244;le de la progression de l'incendie &#187; ; &#224; effectifs pleins, on fait les deux ; &#224; trois Canadair sur douze et des colonnes &#224; moiti&#233; arm&#233;es, on choisit. Le tri n'a pas besoin d'&#234;tre corrompu pour &#234;tre de classe &#8212; inf&#233;rence assum&#233;e, fond&#233;e sur la doctrine &#233;crite et la p&#233;nurie chiffr&#233;e, pas sur une consigne suppos&#233;e &#8212; : il suffit que la d&#233;fendabilit&#233; soit une marchandise et que la p&#233;nurie soit un budget. Trois : qui a choisi ? Le commandement des op&#233;rations, sous l'autorit&#233; pr&#233;fectorale &#8212; pas les familles du Porge, qui n'ont pas vot&#233; l'abandon de leurs maisons. Et quatre &#8212; le fait le plus gros d'avenir, qu'on retrouvera au c&#339;ur de la partie III : &#171; certains ont refus&#233; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les fum&#233;es : ce qu'on fait respirer &#224; la population &#8212; et aux pompiers&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a l'incendie, et il y a ce qu'il met dans les poumons. D&#232;s le 25 juillet, l'ARS Nouvelle-Aquitaine constate que la r&#233;gion d&#233;passe le seuil d'alerte de qualit&#233; de l'air du fait des fum&#233;es ; Atmo Nouvelle-Aquitaine d&#233;clare un &#233;pisode de pollution aux particules PM&#8321;&#8320; sur la Gironde et les Landes, pr&#233;vient que les fum&#233;es &#8212; porteuses de &#171; substances irritantes ou toxiques &#187; &#8212; gagnent l'agglom&#233;ration bordelaise, et pr&#233;voit pour le 27 une d&#233;gradation sur une tr&#232;s grande partie de la r&#233;gion ; le panache est observ&#233; jusque dans les Deux-S&#232;vres, &#224; des centaines de kilom&#232;tres, pendant que la canicule ajoute l'ozone par-dessus les particules . Face &#224; cela, qu'a fait l'&#201;tat ? Des consignes de comportement &#8212; restez chez vous, fen&#234;tres ferm&#233;es, pas d'efforts physiques, rincez-vous les yeux, appelez le 15 &#8212; et des masques : 2,5 millions de FFP2 tir&#233;s des stocks strat&#233;giques et achemin&#233;s vers la r&#233;gion, port&#233;s &#224; 3,5 millions livr&#233;s &#171; d'ici mercredi &#187; &#8212; mais distribu&#233;s au compte-gouttes prioris&#233; : deux masques par personne fragile, retir&#233;s en pharmacie de garde des zones limitrophes, l'&#233;largissement promis &#171; d&#232;s lundi &#187;, la priorit&#233; allant aux malades chroniques, aux femmes enceintes et aux personnes &#226;g&#233;es &#8212; et aux forces de l'ordre &#171; expos&#233;es dans le cadre de leurs activit&#233;s &#187; . L'&#201;tat avait les stocks ; il les a compt&#233;s. La protection a exist&#233; &#8212; prioris&#233;e, progressive, jamais universelle &#8212; pendant que le panache couvrait la r&#233;gion enti&#232;re. Le volet travail, lui, attendra trois jours : les consignes &#224; la population tombent le 25 juillet, le questions-r&#233;ponses national du minist&#232;re du Travail le 28 &#8212; la page r&#233;gionale d'accompagnement de la DREETS Nouvelle-Aquitaine venant plus tard encore. Trois jours pendant lesquels rien, aucun texte, n'imposait l'arr&#234;t des chantiers, des livraisons ni des travaux des champs sous le panache. Et quand il tombe, il ne cr&#233;e aucun droit. L'obligation g&#233;n&#233;rale de s&#233;curit&#233; de l'employeur est &#171; rappel&#233;e &#187;, les repr&#233;sentants du personnel &#171; associ&#233;s &#187; ; on recommande le t&#233;l&#233;travail &#171; lorsque les postes le permettent &#187;, la limitation des activit&#233;s ext&#233;rieures, des rotations, des zones de repli &#224; air propre, le masque FFP2 &#171; lorsque l'exposition ne peut &#234;tre &#233;vit&#233;e &#187; &#8212; la fonction publique pr&#233;cisant m&#234;me que le masque doit &#234;tre fourni et remplac&#233; par l'employeur toutes les huit heures &#8212;, alors que l'Anses venait d'&#233;tablir, en juillet m&#234;me, qu'une exposition &#171; m&#234;me de courte dur&#233;e &#187; aux fum&#233;es produit ses effets . Aucun droit automatique &#224; l'arr&#234;t de l'activit&#233; avec maintien int&#233;gral du salaire n'en d&#233;coule : l'&#201;tat rappelle et recommande, mais l'&#233;valuation du risque et la d&#233;cision restent plac&#233;es entre les mains de l'employeur &#8212; et l'activit&#233; partielle est un dispositif mobilisable &#224; l'initiative de l'entreprise affect&#233;e, pas un droit individuel du salari&#233; expos&#233; aux fum&#233;es. Le droit collectif qui manque &#224; ce dispositif, la base syndicale girondine l'&#233;crira noir sur blanc &#8212; on le lira en partie III.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et ceux qu'on envoie dedans ? Depuis le 1er juillet 2022, le Centre international de recherche sur le cancer classe l'exposition professionnelle des pompiers canc&#233;rog&#232;ne pour l'homme &#8212; groupe 1 &#8212;, preuves suffisantes pour le m&#233;soth&#233;liome et le cancer de la vessie ; le S&#233;nat chiffre le surrisque &#224; 58 % pour le m&#233;soth&#233;liome et 16 % pour la vessie, et constate qu'en France deux cancers seulement peuvent &#234;tre reconnus d'origine professionnelle pour les sapeurs-pompiers, vingt ans apr&#232;s le rapport Pourny . Sur les feux de for&#234;t, l'appareil respiratoire isolant est rarement port&#233; &#8212; &#171; personne n'avait d'ARI cet &#233;t&#233; en Gironde &#187;, t&#233;moignait le collectif CGT des SDIS d&#232;s 2022, une bouteille de 12 kilos pour vingt minutes d'autonomie &#8212;, et la plainte de la CGT des pompiers du Nord pour mise en danger de la vie d'autrui a &#233;t&#233; class&#233;e sans suite . R&#233;sumons : on envoie des hommes pay&#233;s 8,71 euros de l'heure dans un canc&#233;rog&#232;ne de groupe 1, sans protection respiratoire praticable, avec deux cancers reconnus et des masques compt&#233;s &#224; l'unit&#233; pour leurs familles rest&#233;es sous le panache. La toxicit&#233; des fum&#233;es est le troisi&#232;me &#233;tage de l'accident industriel &#8212; et il est, lui aussi, socialis&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La captation pr&#233;fectorale : l'&#201;tat reconna&#238;t ce qui na&#238;t &#8212; et exige son commandement&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car l'&#201;tat, lui, a parfaitement identifi&#233; ce qui se levait face &#224; lui &#8212; on le verra pi&#232;ce &#224; pi&#232;ce dans la partie suivante &#8212; et il l'a trait&#233; en doctrine. La loi incendies de 2023 impose aux communes de recenser &#171; les agriculteurs disponibles et volontaires ainsi que leurs citernes d'eau &#187; , et l'Assembl&#233;e a vot&#233; sans une voix contre la r&#233;serve communale . Le pouvoir codifie et capte ce b&#233;n&#233;volat &#8212; preuve qu'il en conna&#238;t la valeur, qu'il chiffre d'ailleurs lui-m&#234;me : le formulaire officiel de recensement rappelle qu'en 2022 la mobilisation volontaire des agriculteurs girondins a fait gagner aux pompiers &#171; plus de trois heures &#187; chaque jour dans la lutte contre les flammes . La conf&#233;rence de presse de la pr&#233;f&#232;te Sophie Brocas, le dimanche 26 juillet, a mis cette doctrine en clair. D'abord saluer &#8212; les agriculteurs tr&#232;s mobilis&#233;s, la g&#233;n&#233;rosit&#233; qui &#171; fait partie de leur culture &#187; ; puis interdire le mouvement propre &#8212; pas d'initiatives individuelles, pas d'intervention &#171; de mani&#232;re spontan&#233;e &#187;, &#171; cela doit &#234;tre organis&#233; &#187; ; enfin canaliser &#8212; vers le formulaire en ligne de la chambre d'agriculture qui recense citernes, tonnes &#224; eau, forages et tracteurs . Le directeur du SDIS de la Gironde, Marc Vermeulen, a livr&#233; l'aveu dans sa forme achev&#233;e : &#171; Nous avons besoin d'eux, mais de mani&#232;re structur&#233;e &#187; . Besoin d'eux, structur&#233;s par lui : c'est la d&#233;finition m&#234;me de la captation &#8212; l'&#201;tat reconna&#238;t que l'auto-organisation lui est indispensable et exige, dans le m&#234;me souffle, d'en prendre le commandement. La comparaison des deux pr&#233;fectures fixe la doctrine. Dans le Var, le communiqu&#233; officiel salue les agriculteurs qui remplissent les piscines de ses h&#233;licopt&#232;res ; en Gironde, la pr&#233;f&#232;te proscrit l'intervention spontan&#233;e des tracteurs au front. Ce n'est pas une diff&#233;rence d'humeur : l'&#201;tat accepte l'auto-organisation qui le ravitaille et proscrit celle qui agit en propre. La logique va jusqu'au bout d'elle-m&#234;me dans la loi de 2023 : un sous-amendement proposait de faire d&#233;signer par le pr&#233;fet des &#171; r&#233;f&#233;rents &#187; parmi les agriculteurs, &#171; habilit&#233;s &#224; mobiliser leurs coll&#232;gues &#187; &#8212; jusqu'aux chefs de l'entraide nomm&#233;s d'en haut. Pendant ce temps, au bord du lac de Lacanau, un ballet de voitures et de 4&#215;4 remplit jerricanes et citernes presque vingt-quatre heures sur vingt-quatre pour alimenter les cuves des pompiers . Et l'&#201;tat signe le partage des r&#244;les au p&#233;nal : rester malgr&#233; l'ordre vaut un relev&#233; de coordonn&#233;es ; un p&#233;tard vaut la comparution imm&#233;diate ; le samedi, un fumeur et deux amateurs de barbecue partent en garde &#224; vue &#8212; des comportements &#171; presque criminels &#187;, dit la pr&#233;f&#232;te .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;III. L'&#201;tat-commune : ce qui est n&#233;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant que l'&#201;tat triait et captait, autre chose se levait &#8212; pi&#232;ce &#224; pi&#232;ce, du fait au concept.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le Porge, monographie : ce que fait un village que l'&#201;tat abandonne&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#233;cit reconstitu&#233; des quarante-huit heures du Porge permet d'&#233;crire, pi&#232;ce &#224; pi&#232;ce, ce qu'est un embryon d'&#201;tat-commune. Le feu part de Saumos le mercredi 22 juillet &#224; 12 h 02 ; quand le mur de flammes atteint l'avenue du bassin d'Arcachon, &#171; on n'avait aucun moyen des pompiers, il n'y avait que le fourgon et l'unit&#233; du Porge &#187;, t&#233;moigne Jean-Luc Lesueur, gestionnaire de la for&#234;t communale et ancien pompier volontaire . Les pompiers rest&#233;s sur place sont d&#233;munis : &#171; quelques pompiers qui couraient sur les diff&#233;rentes zones. Ils ne pouvaient rien faire. Leurs pneus crevaient sous l'effet de la chaleur. Tout le monde &#233;tait d&#233;muni, et les moyens d&#233;risoires &#187; . C'est dans ce vide que la population prend les fonctions une &#224; une. La d&#233;fense : Alexis, entrepreneur, quinze ans au Porge, &#171; comme lors des feux de 2022 &#187;, r&#233;cup&#232;re avec quelques amis un v&#233;hicule qu'il charge d'une cuve et d&#233;fend les habitations de la route du bassin d'Arcachon &#8212; &#171; on a sauv&#233; une quarantaine de maisons &#187; ; le 25, France 2 filme quatre habitants, groupe &#233;lectrog&#232;ne, cuve et tuyaux : &#171; les pompiers ne peuvent pas &#234;tre partout &#187; &#8212; franceinfo titre : des riverains &#171; livr&#233;s &#224; eux-m&#234;mes &#187; . Noter le &#171; comme en 2022 &#187; : ce n'est pas une improvisation, c'est une capacit&#233; acquise qui se remobilise &#8212; l'embryon a d&#233;j&#224; une m&#233;moire. La garde : le feu pass&#233;, des habitants s'improvisent &#171; gardiens du village &#187; contre les pillages des maisons &#233;vacu&#233;es, &#171; &#224; leurs risques et p&#233;rils &#187; &#8212; l'&#201;tat &#233;vacue, mais ne garde pas. La parole : l'abandon est dit jusqu'au sein de la municipalit&#233; &#8212; &#171; on s'est un peu retrouv&#233;s seuls, on a eu l'impression que Le Ferret avait une esp&#232;ce de priorit&#233; et que nous, on n'existait plus &#187;, d&#233;clare au 20 heures de France 2 Nathalie Augonnet, adjointe au maire, pendant que le maire &#171; refuse de pol&#233;miquer &#187; et que le SDIS et la pr&#233;fecture r&#233;pondent &#171; op&#233;rationnel &#187; et &#171; territoires encore menac&#233;s &#187; &#8212; encore menac&#233;s : Le Porge, d&#233;j&#224; perdu, ne compte plus. Un habitant rapporte m&#234;me que des pompiers auraient dit &#171; qu'ils allaient sacrifier Le Porge et Saumos &#187; avant de repartir &#8212; propos rapport&#233;, que franceinfo pr&#233;cise ne pas pouvoir v&#233;rifier , &#224; manier comme tel. Et l'organisation survit au feu : un collectif d'habitants se constitue en vue d'une action judiciaire &#8212; &#171; mon moyen de survie, &#231;a va &#234;tre l'action, en ayant des r&#233;ponses &#187;, dit Ludivine Daurignac, &#224; la man&#339;uvre . Le collectif rassemble 700 habitants &#8212; un cinqui&#232;me de la commune &#8212; et son avocat, Sylvain Galinat, le d&#233;finit sur RTL par ses fonctions : &#171; une logique d'entraide, de solidarit&#233; et de coop&#233;ration &#187;, n&#233;e d'&#171; une r&#233;alit&#233; concr&#232;te et physique d'abandon &#187; ; un pompier r&#233;sume les conditions du combat : &#171; Au Porge, c'est la guerre. On se fait peur avec les bouteilles de gaz qui explosent. L'eau manque &#187; . Bilan de la monographie : alerte, d&#233;fense, garde, porte-parole, organe permanent &#8212; un village de 3 500 habitants a exerc&#233;, en quarante-huit heures, les fonctions que l'&#201;tat avait retir&#233;es, sans un bless&#233; , et il en sort organis&#233;. Sa limite est aussi visible que sa force : le collectif cherche son d&#233;bouch&#233; dans une plainte &#8212; c'est-&#224;-dire dans la justice de l'&#201;tat qui l'a tri&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#201;tat-commune, en actes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant ce temps, le m&#234;me mouvement se l&#232;ve partout. Au Barp, des habitants refusent l'&#233;vacuation ; les gendarmes n'obligent personne &#8212; ils rel&#232;vent les coordonn&#233;es et s'en vont : &#171; si &#231;a devient critique, on reviendra &#187; . L'&#201;tat ordonne l'&#233;vacuation et ne l'impose pas : son commandement s'arr&#234;te l&#224; o&#249; commencerait l'affrontement avec ceux qui entendent d&#233;fendre eux-m&#234;mes leurs maisons ; &#224; Cestas et Marcheprime, &#171; des r&#233;fractaires &#187; restent . Les Jeunes Agriculteurs montent une logistique compl&#232;te : dix tracteurs en rotation pour inonder les lisi&#232;res et cr&#233;er des pare-feux, rel&#232;ves planifi&#233;es &#8212; &#171; il vaut mieux 10 tracteurs avec des bonshommes efficaces que 30 qui sont rinc&#233;s &#187; &#8212;, entraide interd&#233;partementale, transport des animaux hors des zones &#233;vacu&#233;es, en lien avec les pompiers . Dans le Morvan, en juillet aussi, un voisin donne l'alerte &#171; pour que les pompiers n'aient pas &#224; chercher l'eau &#187;, une quinzaine d'agriculteurs convergent avec tonnes de 15 000 litres, d&#233;chaument et fixent le feu pendant que les pompiers prot&#232;gent les maisons &#8212; &#171; les pompiers n'avaient pas assez de moyens &#187; . Dans le Var, au neuvi&#232;me jour du feu parti de Pontev&#232;s &#8212; 1 000 pompiers, 33 maisons d&#233;truites, 200 kilom&#232;tres de lisi&#232;res &#8212;, des dizaines de volontaires font vivre le ravitaillement en eau : &#171; il y a des ma&#231;ons, des &#233;leveurs, des paysans, et des enfants du pays qui ont mal pour leur for&#234;t &#187;, dit le maire de Seillons-Source-d'Argens, St&#233;phane Arnaud, lui-m&#234;me parmi eux, pendant que les habitants remplissent des piscines mobiles o&#249; les h&#233;licopt&#232;res bombardiers viennent puiser toutes les deux &#224; trois minutes ; la pr&#233;fecture du Var cr&#233;dite officiellement les piscines &#171; aliment&#233;es notamment par des agriculteurs &#187; et par des transporteurs qui ont fourni leurs camions-citernes . La solidarit&#233; ouvri&#232;re suit le m&#234;me mouvement : la CGT &#201;nergie de Gironde ouvre les locaux de la CMCAS aux enfants de colonies &#233;vacu&#233;s, les supporters des Girondins organisent des collectes .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qui h&#233;berge 220 000 &#233;vacu&#233;s ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#201;tat ouvre des salles et sature &#8212; d&#232;s le 23 juillet, le centre d'accueil de L&#232;ge-Cap-Ferret &#171; n'est plus en mesure d'accueillir de nouvelles personnes &#187; ; c'est la CMCAS qui ouvre ses locaux, les supporters qui collectent, les &#233;leveurs qui prennent les b&#234;tes. Qui loge, qui nourrit, qui d&#233;cide de l'usage des salles, des lits et des b&#226;timents vides pendant que des familles dorment dans des gymnases : voil&#224; un objet imm&#233;diat pour des comit&#233;s d'&#233;vacu&#233;s &#8212; pas une prestation &#224; qu&#233;mander &#224; la pr&#233;fecture qui a organis&#233; la p&#233;nurie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La base syndicale nomme l'organe &#8212; jusque dans les plates-formes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face au dispositif qui laisse l'&#233;valuation et la d&#233;cision &#224; l'employeur, c'est la base qui &#233;crit le droit. C'est la base syndicale girondine qui formule le droit collectif absent de ce dispositif : le communiqu&#233; de l'USD CGT 33 (Sant&#233; Action Sociale), dat&#233; de Bordeaux le 27 juillet, exige la &#171; protection imm&#233;diate &#187; des personnels expos&#233;s aux fum&#233;es et aux fortes chaleurs, l'autorisation sp&#233;ciale d'absence pour les agents sinistr&#233;s ou emp&#234;ch&#233;s, l'interdiction d'imposer cong&#233;s et RTT, le maintien int&#233;gral des r&#233;mun&#233;rations, le droit de retrait &#171; sans pression ni sanction &#187; &#8212; et pose qu'&#171; aucun sinistr&#233; ne doit &#234;tre p&#233;nalis&#233; &#187; . Et cette base va, &#224; Bordeaux m&#234;me, jusqu'&#224; nommer l'organe. Le tract de l'USD CGT 33 du 27 juillet se termine ainsi : &#171; Nous ne pouvons pas laisser au patronat, comme pendant le Covid, d&#233;cider si les conditions de travail sont propices. Au travers d'assembl&#233;es g&#233;n&#233;rales, nous devons d&#233;cider par et pour nous-m&#234;mes si l'on doit continuer la production ou faire valoir notre droit de retrait &#187; . L'assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale d&#233;cidant de la production et du retrait : le contr&#244;le avec sa forme, &#233;crit noir sur blanc par la base de la CGT girondine &#8212; il n'&#233;tait m&#234;me pas besoin d'aller le chercher &#224; Madrid. Et jusque dans la plate-forme la plus &#233;tatiste du mouvement syndical &#8212; les rep&#232;res revendicatifs de la CGT-For&#234;t, dont la partie IV d&#233;taillera l'architecture d'ensemble &#8212;, la m&#234;me mati&#232;re affleure. Incrust&#233;s dans cette architecture, deux germes d'une autre nature : les personnels d&#233;cidant &#171; collectivement &#187; des priorit&#233;s de leurs missions, et un droit de veto des personnels sur les nominations de directeurs . La d&#233;cision collective et le veto : la mati&#232;re du contr&#244;le est l&#224;, jusque dans la plate-forme la plus &#233;tatiste &#8212; enferm&#233;e dans le cadre qu'il s'agit pr&#233;cis&#233;ment de briser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'embryon dans l'appareil d'&#201;tat : les pompiers qui refusent&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste la pi&#232;ce annonc&#233;e au dossier du tri. &#171; Certains ont refus&#233;. &#187; Selon deux t&#233;moignages concordants et ind&#233;pendants d'habitants &#8212; non confirm&#233;s &#224; ce jour par le SDIS ni par une organisation syndicale &#8212;, des pompiers auraient refus&#233; de quitter les maisons du Porge qu'ils d&#233;fendaient quand l'ordre de red&#233;ploiement vers la presqu'&#238;le est tomb&#233;. Si le fait est confirm&#233;, la discipline du tri aura craqu&#233; au contact de la population : dans l'appareil m&#234;me de l'&#201;tat, l'embryon du contr&#244;le aura montr&#233; son visage. Et la jonction s'impose d'elle-m&#234;me : entre le collectif des 700 et ces pompiers-l&#224; &#8212; le comit&#233; que la situation a d&#233;j&#224; dessin&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nommer ce qui est n&#233; : un &#201;tat-commune embryonnaire&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Auto-alerte, mise en commun horizontale des moyens de production, division du travail avec les pompiers, rel&#232;ves organis&#233;es, prise en charge des personnes, des b&#234;tes et des biens : des fonctions normalement command&#233;es par l'&#201;tat &#8212; prot&#233;ger, coordonner, affecter les moyens &#8212; exerc&#233;es par en bas, hors de son commandement et parfois &#224; sa place. Le mot que les int&#233;ress&#233;s emploient eux-m&#234;mes est plus fort que le n&#244;tre : &#171; on a r&#233;quisitionn&#233; un gymnase &#187;, dit une agente de la CMCAS &#8212; mais c'est une r&#233;quisition sans pouvoir constitu&#233; derri&#232;re elle : la tendance est l&#224;, l'attribut manque encore. C'est cela qui a assur&#233; l'int&#233;grit&#233; mat&#233;rielle, physique et morale des gens : des maisons sauv&#233;es, des animaux &#233;vacu&#233;s, des enfants accueillis &#8212; et la dignit&#233; de ne pas subir en spectateurs. Un &#201;tat-commune en gestation, embryonnaire : sans direction, sans programme, sans conscience de soi encore &#8212; et sans les attributs d'un &#201;tat-commune constitu&#233; : ni assembl&#233;es permanentes, ni d&#233;l&#233;gu&#233;s &#233;lus et r&#233;vocables, ni f&#233;d&#233;ration, ni pouvoir de d&#233;cision durable sur les moyens. Le concept est ici g&#233;n&#233;tique : il nomme des fonctions d'&#201;tat exerc&#233;es par en bas, et la tendance d&#233;j&#224; visible &#224; se donner des organes &#8212; les motifs de ceux qui restent sont m&#234;l&#233;s, et le contrepoint de 1949 (52 000 hectares, 82 morts dans ce m&#234;me massif ) interdit tout romantisme de la d&#233;fense sans moyens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;IV. Ceux qui ne veulent pas le voir : l'extr&#234;me gauche devant ce qui na&#238;t&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qu'ils ont &#233;crit, pi&#232;ce par pi&#232;ce&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lutte Ouvri&#232;re reconduit sa matrice, d&#233;sormais v&#233;rifiable sur ses textes m&#234;mes. L'&#233;ditorial du 20 juillet donne le cadre &#8212; &#171; l'engrenage mortif&#232;re &#187; des ph&#233;nom&#232;nes climatiques , la culpabilisation individuelle justement d&#233;nonc&#233;e, les m&#233;ga-bassines de la FNSEA, les data centers &#8212; et l'horizon : &#171; la suppression de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e des grands moyens de production &#187; . La propri&#233;t&#233; des grands moyens de production en g&#233;n&#233;ral, jamais la propri&#233;t&#233; de cette for&#234;t en particulier : LO sait attaquer une loi de gros propri&#233;taires agricoles et ne voit ni la loi de 1857 ni le milliard d'arbres. L'&#233;ditorial du 27 consacre un tiers au feu &#8212; les usines Dassault de Gironde, trois Rafale par mois, &#171; n'aurait-il pas fallu imposer &#224; Dassault de mettre en place une ligne pour des Canadairs ? &#187; &#8212; imposer par qui, le texte ne le dit pas &#8212; puis pivote sur Total et les carburants, o&#249; il livre au passage la ligne officielle par la bouche de la porte-parole du gouvernement, Maud Bregeon, hostile au &#171; Total bashing &#187; . Les br&#232;ves compl&#232;tent le tableau des moyens (deux Canadair au d&#233;part du feu, les centres de secours pass&#233;s de 8 700 &#224; moins de 7 000 ) et d&#233;crivent m&#234;me l'union sacr&#233;e d'en haut &#8212; Macron en Gironde vantant &#171; l'unit&#233; de la nation &#187; pour &#233;teindre le feu des critiques &#8212; sans la nommer et sans en tirer la moindre cons&#233;quence pour les directions syndicales qui la cog&#232;rent. Le tableau des moyens est juste et constant, comme en 2022 (volontaires &#224; huit euros, gr&#232;ve de 2019 accueillie par les CRS ) ; la propri&#233;t&#233; est absente, et aucune perspective d'organisation n'est donn&#233;e : le lecteur est invit&#233; &#224; &#171; se tourner vers les id&#233;es communistes r&#233;volutionnaires &#187; &#8212; pas vers un comit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;volution Permanente (Bordeaux, 26 juillet) fait davantage : d&#233;cret Attal, 5 Canadair sur 12, militarisation (60 Rafale contre 209 millions pour deux bombardiers d'eau), brevets et propri&#233;t&#233; priv&#233;e de De Havilland, revendications de r&#233;quisition, de lev&#233;e des brevets, d'ouverture des livres de comptes et de &#171; r&#233;quisition&#8230; sous contr&#244;le des travailleurs des cha&#238;nes de l'a&#233;ronautique &#187; &#8212; &#171; c'est tout le sens du contr&#244;le ouvrier sur la production &#187; . Mais : l'article cite, d&#232;s son premier paragraphe, le chantier de d&#233;broussaillage men&#233; &#171; pour le compte d'Enedis &#187; &#8212; le fait est l&#224;, le concept manque : l'ignition industrielle est not&#233;e, le combustible industriel est ignor&#233;, et la causalit&#233; retombe aussit&#244;t sur la s&#233;cheresse et l'&#201;tat ; pas un mot sur la for&#234;t elle-m&#234;me &#8212; 92 % priv&#233;e, monoculture, coupes rases subventionn&#233;es &#8212; au point de citer Bruno Lafon comme &#171; pr&#233;sident de la DFCI &#187; sans dire que la DFCI est le r&#233;seau des associations syndicales des propri&#233;taires sylviculteurs ; un &#171; contr&#244;le ouvrier &#187; limit&#233; &#224; l'a&#233;ronautique et d&#233;pourvu d'organes &#8212; ni comit&#233; de caserne (alors que l'article cite la col&#232;re des pompiers), ni comit&#233; d'habitants, ni comit&#233; d'usine nomm&#233; ; et une solidarit&#233; &#171; par en bas &#187; qui voit la CGT &#201;nergie et les supporters, mais ni les habitants du Porge, ni ceux du Barp, ni les rotations des agriculteurs. Le texte du 28 juillet confirme et pr&#233;cise la limite. Son titre dit tout : &#171; la solidarit&#233; de la CGT &#233;nergie montre la voie &#187; &#8212; la voie, c'est le syndicat. Ce qu'il d&#233;crit est r&#233;el et pr&#233;cieux : la CMCAS qui &#171; r&#233;quisitionne un gymnase &#187; et accueille 90 personnes dont 70 enfants de colonies, la Bourse du travail ouverte par la CGT Sant&#233; 33, et des revendications sanitaires que RP est seule &#224; porter dans ce corpus &#8212; masques FFP2 pour tous, suivi m&#233;dical gratuit, droit de retrait sans perte de salaire, arr&#234;ts de production d&#233;cid&#233;s collectivement . Cr&#233;dit d&#251;. Mais l'auto-organisation reconnue s'arr&#234;te aux fronti&#232;res de l'appareil : la population en actes &#8212; Le Porge, Le Barp, les tracteurs &#8212; reste hors champ, et la &#171; voie &#187; montr&#233;e remonte au syndicat, c'est-&#224;-dire, on l'a vu, &#224; des directions dont l'&#201;tat finance l'existence. La fonction politique de l'op&#233;ration se lit alors d'elle-m&#234;me : mettre en avant &#171; la CGT &#187; sans distinguer la base qui agit des directions qui &#233;margent, c'est ranger les gens derri&#232;re l'appareil &#8212; et l'appareil, on l'a &#233;tabli, est un rouage financ&#233; de l'&#201;tat. Montrer la voie du syndicat, dans ces conditions, c'est montrer la voie de l'&#201;tat par un d&#233;tour. La preuve en creux : RP ne reprend pas la seule phrase du tract girondin qui sorte de ce circuit &#8212; les assembl&#233;es g&#233;n&#233;rales qui d&#233;cident. Le plus remarquable est ailleurs : le m&#234;me jour, RP relaie la d&#233;claration de son organisation s&#339;ur espagnole, qui formule pour Madrid tr&#232;s exactement ce qui manque &#224; Bordeaux &#8212; &#171; des comit&#233;s d'urgence &#187; compos&#233;s de pompiers, de scientifiques, de travailleurs forestiers, d'&#233;cologistes et d'habitants, &#171; dot&#233;s d'un r&#233;el pouvoir de d&#233;cision &#187; . Les organes existent donc dans leur propre courant, noir sur blanc &#8212; pour l'Espagne. RP Bordeaux ne les propose pas pour la Gironde : l'incoh&#233;rence est interne, et d&#233;montrable pi&#232;ces en main. Le 30 juillet, un troisi&#232;me article marque un d&#233;placement r&#233;el : Le Porge y devient central &#8212; le collectif des 700, le contraste de classe (le Smic contre les r&#233;sidences secondaires), et une formule qui se rapproche : un plan d'urgence &#171; plac&#233; sous le contr&#244;le des habitants et des travailleurs &#8212; &#224; commencer par les pompiers &#187; . Acter le mouvement &#8212; et mesurer ce qui n'a pas boug&#233;. Toujours pas un organe nomm&#233; : &#171; le contr&#244;le des habitants &#187; reste sans forme, quand le comit&#233; est le mot qui manque. Toujours pas un mot de la for&#234;t : un article entier sur un village encercl&#233; de plantations, sans monoculture, sans propri&#233;t&#233;, sans replantation. Une revendication nouvelle &#8212; la nationalisation des assurances &#8212; qui adresse encore la solution &#224; l'&#201;tat. Et le sympt&#244;me le plus pur : l'article reproduit lui-m&#234;me la phrase &#171; ils ont d&#233;sob&#233;i aux ordres et sont rest&#233;s pour sauver le village &#187; &#8212; et ne s'y arr&#234;te pas une seconde. Le t&#233;moignage susceptible de r&#233;v&#233;ler l'embryon est publi&#233; dans leurs colonnes, et ils ne le voient pas : pas un mot sur la port&#233;e politique de la d&#233;sob&#233;issance rapport&#233;e, aucune demande de v&#233;rification des ordres, aucune proposition pour relier les pompiers concern&#233;s au collectif des 700. Ils impriment l'&#201;tat-commune et commentent le budget.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le NPA-l'Anticapitaliste &#233;crit le 14 juillet la demi-phrase la plus proche du r&#233;el : &#171; l'augmentation des incendies n'est pas seulement due au d&#233;r&#232;glement climatique, mais aussi aux paysages plus inflammables qui succ&#232;dent &#224; chaque incendie et pr&#233;parent le suivant &#187; &#8212; et s'arr&#234;te juste avant la question : qui fabrique ces paysages ? La r&#233;ponse demand&#233;e est un &#171; grand plan public et d&#233;mocratique d'adaptation &#187; &#8212; adress&#233; &#224; l'&#201;tat &#8212;, et l'orientation du moment est donn&#233;e le 7 juillet : discuter avec La France insoumise &#171; en vue des prochaines &#233;lections &#187; . Le NPA-R&#233;volutionnaires a publi&#233; son &#233;ditorial le 27 juillet &#8212; et il fait, sur le capacitaire, le meilleur travail du corpus : 7 Canadair volants sur 12 le samedi, trente ans de moyenne d'&#226;ge, Airbus qui produit plus d'A350 en deux mois que la France n'a de bombardiers d'eau, la demande explicite de &#171; 40 ou 50 Canadair &#187;, l'A400M qui met 2 h 30 &#224; repartir quand les Canadair tournent en continu, la pr&#233;vention hivernale, les Rafale de hangar de l'imp&#233;rialisme fran&#231;ais . Mais le texte ne contient ni le chantier Enedis, ni le mot monoculture, ni un hectare de propri&#233;t&#233; ; la solidarit&#233; y tient en une subordonn&#233;e (&#171; ici spontan&#233;ment, l&#224; organis&#233;e par les collectivit&#233;s &#187;) sans un seul acteur nomm&#233; ; et leur propre acquis de d&#233;cembre 2025 &#8212; &#171; les ouvriers devraient avoir la possibilit&#233; de d&#233;cider de leur production &#187; &#8212; a r&#233;gress&#233; en &#171; n'aurait-il pas fallu imposer &#224; Dassault une ligne pour des Canadairs ? &#187; : imposer par qui, ce n'est plus dit. Le sujet ouvrier a disparu de leur propre revendication, pendant que leur site affiche la candidature de Selma Labib &#224; la pr&#233;sidentielle de 2027 . LFI s'en tient &#224; la querelle capacitaire : &#171; leurs coupes budg&#233;taires ont d&#233;truit notre capacit&#233; &#224; faire face &#187; (Aur&#233;lie Trouv&#233;, 26 juillet) &#8212; le p&#233;rim&#232;tre exact du d&#233;bat autoris&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me le capacitaire est mal pos&#233; : l'exemple des drones&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un calcul publi&#233; le 27 juillet le montre : quarante drones bombardiers de 1 200 litres, pour le prix d'un seul Canadair, mettraient huit fois plus d'eau au-dessus d'un m&#234;me feu ; la Chine fait d&#233;j&#224; la d&#233;monstration d'un camion, le Zhuque de Wuju Technology, qui l&#226;che dix drones bombardiers d'eau ; et l'obstacle avou&#233; par la s&#233;curit&#233; civile fran&#231;aise n'est pas technique mais de doctrine &#8212; la &#171; cohabitation dans les airs &#187; et la r&#233;glementation . Ni Canadair ni pas-Canadair : la question est qui d&#233;cide des moyens, de la doctrine et de la for&#234;t elle-m&#234;me. C'est en cela que le &#171; contr&#244;le ouvrier &#187; de R&#233;volution Permanente n'est pas encore un v&#233;ritable contr&#244;le ouvrier : r&#233;duit &#224; un secteur (l'a&#233;ronautique), &#224; un objet (l'avion), et priv&#233; des organes qui seuls le rendraient r&#233;el.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &#171; bon &#201;tat &#187; restaur&#233; par la gauche de l'&#201;tat&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a une coh&#233;rence &#224; ces moiti&#233;s manquantes. Quand l'extr&#234;me gauche en appelle au &#171; mouvement ouvrier organis&#233; &#187; sans jamais mettre en cause les directions syndicales &#8212; int&#233;gr&#233;es de longue date &#224; l'appareil d'&#201;tat, cogestionnaires de l'union sacr&#233;e, muettes ou solennelles pendant que leurs bases ouvrent des locaux et &#233;teignent des lisi&#232;res &#8212;, elle ne s'adresse pas &#224; la classe : elle s'adresse &#224; un appareil, et elle lui demande de faire pression sur l'&#201;tat pour obtenir un meilleur &#201;tat. Cette int&#233;gration n'est pas une image : elle a des comptes. Qui finance les syndicats aujourd'hui ? Depuis la loi du 5 mars 2014, un fonds paritaire national, g&#233;r&#233; par l'AGFPN &#8212; o&#249; si&#232;gent les cinq conf&#233;d&#233;rations, les trois organisations patronales et un commissaire du Gouvernement pr&#233;sent &#224; toutes les s&#233;ances &#8212;, collecte une contribution patronale de 0,016 % de la masse salariale et une subvention directe de l'&#201;tat . En 2016 : 123 millions d'euros vers&#233;s, dont 83 aux organisations syndicales de salari&#233;s, dont 32 millions d'&#201;tat ; en 2023 : 147,2 millions distribu&#233;s ; en 2024 : 161,5 millions de cr&#233;dits nets allou&#233;s au total, la subvention de l'&#201;tat montant &#224; 34,67 millions &#8212; fix&#233;e par convention triennale &#224; ce niveau jusqu'en 2026 &#8212; et les organisations syndicales de salari&#233;s recevant 108,6 millions au titre des missions du fonds, financ&#233;es conjointement par la contribution patronale et la subvention publique . La loi elle-m&#234;me donne le motif : ces organisations participent &#171; &#224; la conception et la gestion de politiques publiques &#187; &#8212; on les finance pour cog&#233;rer. Et le seul rapport parlementaire qui ait tent&#233; le chiffrage global &#8212; le rapport Perruchot, 2011 &#8212; n'a jamais &#233;t&#233; publi&#233; ; il estimait &#224; environ 4 milliards d'euros par an les ressources de l'activit&#233; syndicale, les cotisations des adh&#233;rents n'en formant qu'une part infime . Des appareils dont les ressources viennent de l'&#201;tat, du patronat et du paritarisme, avec un repr&#233;sentant du gouvernement &#224; la table o&#249; l'argent se r&#233;partit : voil&#224; la base mat&#233;rielle qui fait des directions syndicales des courroies de transmission de l'&#201;tat bourgeois &#8212; l'union sacr&#233;e n'est pas une faiblesse morale, c'est une ligne de cr&#233;dit. Pr&#233;cision de m&#233;thode : ce financement ne d&#233;montre pas, &#224; lui seul, chaque position des appareils &#8212; il &#233;tablit leur int&#233;gration mat&#233;rielle au syst&#232;me de conception et de gestion des politiques publiques ; c'est cette base, jointe &#224; leur pratique document&#233;e dans ce dossier, qui fonde la caract&#233;risation. La distinction passe donc &#224; l'int&#233;rieur du syndicalisme, et elle est de classe : en bas, la CMCAS qui ouvre ses locaux, les d&#233;l&#233;gu&#233;s SDIS qui d&#233;noncent les moyens, la CGT des pompiers du Nord qui porte plainte pour mise en danger ; en haut, les appareils qui &#233;margent au fonds et n&#233;gocient l'accompagnement. Et cette base va, on l'a lu en partie III, jusqu'&#224; nommer l'organe &#8212; l'assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale d&#233;cidant de la production et du retrait. Plan &#171; public et d&#233;mocratique &#187; (NPA), plan d'urgence &#171; impos&#233; &#187; &#224; l'&#201;tat (RP), querelle budg&#233;taire (LO, LFI) : sous des radicalit&#233;s in&#233;gales, la m&#234;me id&#233;e restaur&#233;e &#8212; celle d'un bon &#201;tat possible, de gauche, mieux dot&#233;. C'est pourquoi aucun de ces textes n'appuie l'auto-organisation qui a r&#233;ellement eu lieu : l'appuyer, c'est admettre qu'un autre pouvoir que l'&#201;tat bourgeois a commenc&#233; d'exister. Nous disons l'inverse : il faut appuyer cette auto-organisation, la d&#233;fendre contre la captation l&#233;gale et la tutelle pr&#233;fectorale, l'&#233;tendre et la doter d'organes &#8212; &#201;tat-commune contre &#201;tat bourgeois. La distinction est de principe : la base de la CGT &#201;nergie qui ouvre la CMCAS appartient au premier ; les directions qui n&#233;gocient l'union sacr&#233;e appartiennent au second .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le programme forestier existe &#8212; chez les forestiers syndiqu&#233;s&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Derni&#232;re pi&#232;ce, et elle est accablante pour le corpus : le programme forestier qui manque &#224; toute l'extr&#234;me gauche existe d&#233;j&#224; &#8212; dans le mouvement ouvrier lui-m&#234;me. Les rep&#232;res revendicatifs de la CGT-For&#234;t, adopt&#233;s au congr&#232;s de Lyon en novembre 2025, nomment ce que LO, RP et les NPA taisent : &#171; la for&#234;t devient une ressource financi&#232;re plut&#244;t qu'un bien commun &#187;, les scieries concentr&#233;es o&#249; &#171; seuls les gros groupes survivent et dictent les prix &#187;, l'&#233;miettement de la propri&#233;t&#233; et les &#171; abus des exploitants &#187;, et jusqu'&#224; la &#171; subordination de l'action foresti&#232;re au bon vouloir des poss&#233;dants &#187; &#8212; le mot y est . Le programme suit : limitation des coupes rases aux seuls peuplements fortement d&#233;p&#233;rissants, for&#234;t diversifi&#233;e r&#233;g&#233;n&#233;r&#233;e naturellement, accroissement des for&#234;ts domaniales par acquisition, droit d'intervention renforc&#233; sur la for&#234;t priv&#233;e avec pouvoir de sanction, d&#233;fense des for&#234;ts contre l'incendie d&#233;velopp&#233;e comme mission de service public, 1 900 embauches imm&#233;diates pour revenir &#224; 9 300 agents . Le programme forestier le plus d&#233;velopp&#233; du mouvement ouvrier est donc syndical &#8212; et pas un des textes d'extr&#234;me gauche du corpus ne s'en est saisi : il suffisait de le lire. Sa limite est tout aussi instructive : tout y est adress&#233; &#224; l'&#201;tat &#8212; un minist&#232;re de la For&#234;t, des fonctionnaires, un financement r&#233;galien &#8212; le bon &#201;tat en programme, cette fois par ceux qui font le travail. Ses deux germes d'une autre nature &#8212; la d&#233;cision collective des priorit&#233;s, le veto des personnels sur les nominations &#8212; ont &#233;t&#233; vers&#233;s plus haut au dossier de l'&#201;tat-commune (partie III) : la mati&#232;re du contr&#244;le jusque dans la plate-forme la plus &#233;tatiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Leur politique r&#233;elle : l'appareil, l'&#201;tat, le bulletin&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rassemblons. Quand on superpose tous ces textes, une seule politique appara&#238;t, d&#233;clin&#233;e en trois adresses. Premi&#232;re adresse : l'appareil syndical &#8212; &#171; la CGT &#233;nergie montre la voie &#187; (RP), c'est-&#224;-dire, mat&#233;riellement, des directions dont le fonds paritaire de l'&#201;tat finance l'existence, somm&#233;es de faire pression. Ranger les gens derri&#232;re cet appareil, c'est les ranger derri&#232;re l'&#201;tat par personne interpos&#233;e. Deuxi&#232;me adresse : l'&#201;tat lui-m&#234;me &#8212; le &#171; plan d'urgence &#187; &#224; lui imposer (RP), le &#171; plan public et d&#233;mocratique &#187; &#224; lui demander (NPA), les &#171; 40 ou 50 Canadair &#187; &#224; lui faire acheter (NPA-R), la ligne de production &#224; &#171; imposer &#224; Dassault &#187; (LO, NPA-R) &#8212; toujours sans dire par qui. Troisi&#232;me adresse : le bulletin de vote &#8212; l'unit&#233; avec La France insoumise &#171; en vue des prochaines &#233;lections &#187; (NPA), la candidature Labib pour 2027 (NPA-R), la querelle budg&#233;taire comme horizon (LFI). L'appareil, l'&#201;tat, le bulletin : il n'y a aucune autre politique dans ce corpus &#8212; aucun organe propre de la classe et de la population n'y est propos&#233; pour ici et maintenant, alors m&#234;me que la mati&#232;re en existe (les casernes en col&#232;re, Le Porge, les tracteurs, la CMCAS) et que la formule en circule dans leur propre courant, relay&#233;e par RP pour Madrid. La boucle est coh&#233;rente : des appareils financ&#233;s par l'&#201;tat appellent &#224; faire pression sur l'&#201;tat, et des organisations tourn&#233;es vers les &#233;lections pr&#233;parent les &#233;lections. Ce n'est pas un oubli, c'est une politique &#8212; celle qui restaure le bon &#201;tat au moment o&#249; il fait la d&#233;monstration de ce qu'il est.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bilan : chacun garde une moiti&#233;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chacun garde une moiti&#233; : le climat sans la propri&#233;t&#233; (LO, NPA), la critique de l'&#201;tat sans les propri&#233;taires (RP), le contr&#244;le sans les conseils (RP, NPA-R), les &#233;lections comme d&#233;bouch&#233; (NPA/LFI) &#8212; et un angle mort commun sur l'auto-organisation qui a r&#233;ellement eu lieu. La th&#232;se de la bourgeoisie &#8212; la fatalit&#233; climatique &#8212; passe par cette moiti&#233; manquante ; et l'illusion du bon &#201;tat passe par l'autre. Il faut enfin nommer la nature de cet angle mort. Quatre occasions, quatre fois le m&#234;me &#233;vitement, toujours au m&#234;me endroit : RP imprime la d&#233;sob&#233;issance rapport&#233;e des pompiers sans un commentaire ; RP salue la CGT 33 sans reprendre sa phrase sur les assembl&#233;es g&#233;n&#233;rales ; leur internationale formule les comit&#233;s pour Madrid, pas pour Bordeaux ; le NPA-R fait r&#233;gresser sa propre revendication de d&#233;cembre. Une c&#233;cit&#233; qui &#233;pargne tout sauf le pouvoir naissant n'est pas une c&#233;cit&#233; : c'est une s&#233;lection. L'extr&#234;me gauche a vu les moyens qui manquaient ; elle ne veut pas voir le pouvoir qui commence &#224; na&#238;tre. Et ce n'est pas un pronostic : c'est une pratique d&#233;j&#224; v&#233;rifi&#233;e, deux fois, &#224; deux stades du m&#234;me processus. En France, cette semaine, dans leurs textes : le pouvoir naissant est reconduit vers l'appareil &#8212; &#171; la CGT montre la voie &#187;. En Bolivie, le mois dernier, &#224; l'&#233;chelle sup&#233;rieure : quand des organes de type sovi&#233;tique existaient r&#233;ellement &#8212; cabildos, comit&#233;s, assembl&#233;es, les mots sont de R&#233;volution Permanente elle-m&#234;me dans son propre bilan &#8212;, sa section bolivienne a appel&#233; les mineurs &#224; &#171; prendre la t&#234;te &#187; de la lutte, jamais &#224; ce que ces organes prennent le pouvoir, et le bilan du courant a remplac&#233; la dictature du prol&#233;tariat par un &#171; gouvernement provisoire des organisations en lutte &#187; . L&#224; o&#249; l'embryon est rest&#233; embryon &#8212; en Gironde &#8212;, on le renvoie au syndicat ; l&#224; o&#249; il &#233;tait devenu organe &#8212; en Bolivie &#8212;, on l'a renvoy&#233; &#224; un gouvernement. M&#234;me op&#233;ration, deux stades &#8212; et deux temps d'un m&#234;me refus : quand elle ne le voit pas, elle regarde ailleurs ; quand elle le voit, elle refuse d'en tirer les cons&#233;quences. C'est pourquoi l'extr&#234;me gauche ne veut pas voir ce qui na&#238;t ici : elle a d&#233;j&#224; montr&#233; ce qu'elle en fait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;V. Conclusion : ni l'&#201;tat bourgeois, ni les &#233;lections &#8212; les comit&#233;s&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne comptera pas sur l'&#201;tat bourgeois : il a fabriqu&#233; le combustible par subvention, d&#233;sarm&#233; l'extinction par d&#233;cret, pay&#233; les morts en hommages, et il capte d&#233;j&#224; par la loi le b&#233;n&#233;volat qui l'a suppl&#233;&#233;. On ne comptera pas davantage sur les &#233;lections o&#249; l'extr&#234;me gauche cherche son d&#233;bouch&#233; : elles ne rendent ni la for&#234;t ni les moyens. Ce qui a &#233;teint le feu et sauv&#233; les maisons existe d&#233;j&#224; &#8212; au Porge, au Barp, dans les rotations de tracteurs, dans les casernes en col&#232;re, dans les locaux ouverts de la CGT &#201;nergie. Il ne lui manque que sa forme consciente : des comit&#233;s &#8212; par caserne, par commune, par exploitation, par usine &#8212; reli&#233;s entre eux &#224; l'&#233;chelle du massif, ayant pour objet la lutte contre le feu tout enti&#232;re : l'inventaire et la r&#233;quisition des moyens (avions, drones, tracteurs, cuves), la doctrine d'emploi, les coupures de combustible, et la for&#234;t elle-m&#234;me &#8212; sa propri&#233;t&#233;, sa sylviculture, sa replantation. Un contr&#244;le ouvrier et populaire v&#233;ritable, c'est-&#224;-dire dot&#233; d'organes ; et ces organes-l&#224; ont un nom dans notre tradition : l'&#201;tat-commune &#8212; celui dont la Commune de Paris a donn&#233; la premi&#232;re forme en 1871. Ses fonctions embryonnaires sont apparues dans les fum&#233;es de juillet, sans que ceux qui parlent au nom de la r&#233;volution aient seulement reconnu ce qui commen&#231;ait &#224; na&#238;tre. La prochaine fois que &#231;a br&#251;lera &#8212; et &#231;a br&#251;lera, la replantation est d&#233;j&#224; subventionn&#233;e &#8212;, la question ne sera pas combien de Canadair : elle sera qui commande.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car la lutte contre cet incendie est, de bout en bout, une lutte de classes : elle oppose ceux qui poss&#232;dent le combustible et encaisseront la replantation &#224; ceux qui l'&#233;teignent pour 8,71 euros de l'heure et le combattent avec leurs tracteurs, leurs cuves et leurs tuyaux d'arrosage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les mots d'ordre&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils d&#233;coulent de ce qui s'est r&#233;ellement pass&#233; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vive la d&#233;sob&#233;issance pour notre autod&#233;fense &#8212; sauvons nos maisons sans permission des gendarmes ! Vive l'h&#233;ro&#239;sme des pompiers &#8212; &#224; bas les directions relais de l'&#201;tat ! Toute la lumi&#232;re sur les ordres donn&#233;s au Porge ! Le devoir d'un pompier n'est pas d'ex&#233;cuter le tri de la p&#233;nurie &#8212; soutien &#224; ceux qui refusent d'abandonner la population ! Soutien au collectif des habitants du Porge &#8212; la plainte est un d&#233;but : des comit&#233;s d'habitants et de pompiers pour exiger les comptes et d&#233;cider la suite ! Pompiers volontaires : refusez d'&#234;tre le service incendie au rabais des patrons du bois ! Des masques gratuits pour tous et des appareils respiratoires pour tous les pompiers &#8212; pas deux masques par &#171; personne fragile &#187; ! Reconnaissance de tous les cancers des pompiers comme maladies professionnelles ! Pas un hectare br&#251;l&#233; pour les panneaux : la parcelle incendi&#233;e revient &#224; la for&#234;t diversifi&#233;e, sous contr&#244;le des comit&#233;s ! &#192; bas le d&#233;vouement &#224; 8,71 euros de l'heure : un vrai salaire, un vrai statut, des embauches &#8212; en prenant sur les profits de la fili&#232;re et les milliards de l'armement ! Recensement des moyens par les comit&#233;s, pas par les pr&#233;fectures : tracteurs, cuves, drones, avions &#8212; inventaire, r&#233;quisition, d&#233;cision ! Le d&#233;broussaillement des plantations &#224; la charge de la fili&#232;re et de ses profits &#8212; pas des riverains ! H&#233;bergement des &#233;vacu&#233;s sous contr&#244;le des &#233;vacu&#233;s eux-m&#234;mes ! L'autod&#233;fense ne demande pas de permission : &#224; bas la mise sous tutelle pr&#233;fectorale du secours &#171; spontan&#233; &#187; ! La pr&#233;f&#232;te somme les agriculteurs de rentrer dans le rang pendant que le massif br&#251;le : d&#233;mission ! Des assembl&#233;es g&#233;n&#233;rales qui d&#233;cident &#8212; la production, le retrait, les priorit&#233;s : ne pas &#171; laisser au patronat d&#233;cider &#187; ! La lutte contre cet incendie est une lutte de classes ! &#201;tat-commune contre &#201;tat bourgeois !&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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<item xml:lang="fr">
		<title>L'inondation g&#233;ante et catastrophique au N&#233;pal-Tibet accuse-t-elle le r&#233;chauffement climatique global ?</title>
		<link>http://www.matierevolution.fr/spip.php?article8913</link>
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		<dc:date>2026-09-07T22:22:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Climat</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;L'inondation g&#233;ante et catastrophique au N&#233;pal-Tibet accuse-t-elle le r&#233;chauffement climatique global ? &lt;br class='autobr' /&gt;
C'est ce que pr&#233;tendent assez syst&#233;matiquement les m&#233;dias comme s'il s'agissait d'une &#233;vidence, alors qu'il n'y a eu dans la r&#233;gion ni r&#233;chauffement particulier, ni fortes pluies, ni fonte des glaces remarquable, ni rien de &#171; climatique &#187;. C'est un pan de la montagne qui s'est &#233;croul&#233; et qui a entrain&#233; un glacier et pas de la glace qui a fondu. &lt;br class='autobr' /&gt;
Des inondations meurtri&#232;res g&#233;antes ont (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique38" rel="directory"&gt;G&#233;odynamique et climatologie de la Terre - Protection de la plan&#232;te&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot287" rel="tag"&gt;Climat&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;div class='spip_document_19651 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://www.matierevolution.fr/IMG/jpg/71767b1bdab9830ce5fb046ad61a0a14.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://www.matierevolution.fr/IMG/jpg/71767b1bdab9830ce5fb046ad61a0a14.jpg' width=&#034;770&#034; height=&#034;1368&#034; alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://www.matierevolution.fr/IMG/jpg/carte_seisme_nepal_12_mai_2015_ide.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://www.matierevolution.fr/IMG/jpg/carte_seisme_nepal_12_mai_2015_ide.jpg' width=&#034;1063&#034; height=&#034;827&#034; alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'inondation g&#233;ante et catastrophique au N&#233;pal-Tibet accuse-t-elle le r&#233;chauffement climatique global ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;C'est ce que pr&#233;tendent assez syst&#233;matiquement les m&#233;dias comme s'il s'agissait d'une &#233;vidence, alors qu'il n'y a eu dans la r&#233;gion ni r&#233;chauffement particulier, ni fortes pluies, ni fonte des glaces remarquable, ni rien de &#171; climatique &#187;. C'est un pan de la montagne qui s'est &#233;croul&#233; et qui a entrain&#233; un glacier et pas de la glace qui a fondu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des inondations meurtri&#232;res g&#233;antes ont frapp&#233; toute une r&#233;gion himalayenne &#224; la fronti&#232;re entre N&#233;pal et Tibet et fait des milliers de morts et des destructions effrayantes. Ce ne sont pas des pluies particuli&#232;rement fortes ni une chaleur particuli&#232;rement impressionnante ni la fonte d'un glacier qui ont &#233;t&#233; la cause et rien ne prouve que la cause soit climatique, contrairement &#224; ce qu'affirment de mani&#232;re id&#233;ologique et non scientifique de nombreux m&#233;dias.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les districts les plus gravement impact&#233;s sont Rasuwa, Nuwakot et Dhading. La zone du poste-fronti&#232;re de Rasuwa Gadhi / Gyirong et la vall&#233;e de la rivi&#232;re Trishuli ont subi des destructions massives. Des d&#233;g&#226;ts et victimes ont aussi &#233;t&#233; signal&#233;s plus en aval dans les districts de Chitwan et de Nawalparasi Est.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sont des vall&#233;es extr&#234;mement sensibles aux tremblements de terre &#224; cause de leur terre argileuse et de son potentiel de liqu&#233;faction du sol.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La vall&#233;e de la rivi&#232;re Trishuli, situ&#233;e au N&#233;pal, est l'une des r&#233;gions les plus vuln&#233;rables et sensibles aux tremblements de terre et aux risques g&#233;ologiques en cascade au monde. Le pays est positionn&#233; &#224; la fronti&#232;re tectonique majeure o&#249; la plaque indienne entre en collision avec la plaque eurasienne, ce qui engendre une sismicit&#233; permanente et violente dans tout l'Himalaya.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La vall&#233;e de la Trishuli a &#233;t&#233; l'une des zones les plus durement touch&#233;es par le s&#233;isme de Gorkha en avril 2015 (magnitude 7,8). Ce tremblement de terre a non seulement d&#233;truit des villages entiers (comme Syabrubesi), mais il a &#233;galement fractur&#233; durablement le socle rocheux des montagnes environnantes. Cette d&#233;stabilisation interne rend la r&#233;gion extr&#234;mement propice aux glissements de terrain majeurs, m&#234;me des ann&#233;es apr&#232;s la secousse initiale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La vall&#233;e abrite un corridor &#233;conomique n&#233;vralgique reliant le N&#233;pal &#224; la Chine via le poste-fronti&#232;re de Gyirong (Rasuwagadhi). Les s&#233;ismes et les coul&#233;es de d&#233;bris y d&#233;truisent r&#233;guli&#232;rement les voies de communication et paralysent le r&#233;seau hydro&#233;lectrique (les projets comme Upper Trishuli 3A ou Upper Trishuli-1 sont particuli&#232;rement expos&#233;s).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ampleur et la rapidit&#233; de l'inondation catastrophique qui a frapp&#233; la r&#233;gion N&#233;pal-Tibet &#233;tonnent en l'absence de pr&#233;cipitations surabondantes dans la p&#233;riode. Cependant les commentateurs en font un exemple des maux qui vont d&#233;couler du r&#233;chauffement climatique global anthropique attribu&#233; &#224; l'effet de serre, mais rien ne prouve qu'ils aient raison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout d'abord, il faut remarquer que cette inondation g&#233;ante catastrophique qui a tu&#233; des milliers de gens et provoqu&#233; d'innombrables destructions consid&#233;rables est pr&#233;sent&#233;e souvent comme provoqu&#233;e par la fonte d'un glacier. Mais il est remarquable que les glaciologues eux-m&#234;mes sont extr&#234;mement &#233;tonn&#233;s et affirment que c'est tr&#232;s invraisemblable car l'&#233;tat de r&#233;chauffement du glacier ne permettait nullement d'imaginer une telle &#233;volution brutale de la glace. C'est donc tr&#232;s probablement la chute dans les eaux qui provoqu&#233; la fonte et non la fonte qui a provoqu&#233; la chute.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autre point essentiel &#224; la compr&#233;hension de cette situation d'exception : il y a eu un tremblement de terre peu avant la catastrophe. Certains pr&#233;tendent que ce s&#233;isme aurait &#233;t&#233; provoqu&#233; par la chute du glacier mais il semble bien que le glacier n'ait pas fondu avant de chuter mais apr&#232;s et d'autres commentateurs rappellent que c'est l'inverse qui s'est produit, que le tremblement de terre a pr&#233;c&#233;d&#233; le glissement de terrain g&#233;ant puis la chute du glacier et sa fonte produisant le torrent de boue qui a tout emport&#233; et que le s&#233;isme fait partie de ceux qui sont provoqu&#233;s par la tectonique des plaques qui s'aggrave.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui est certain c'est que le s&#233;isme qui s'est produit &#224; la fronti&#232;re du N&#233;pal et du Tibet a eu lieu peu avant l'inondation g&#233;ante. Il n'est donc pas illogique d'en attribuer la cause &#224; la tectonique des plaques et donc &#224; l'&#233;nergie du sous-sol plut&#244;t qu'au r&#233;chauffement atmosph&#233;rique. Or nous sommes dans une r&#233;gion o&#249; des s&#233;ismes sont li&#233;s aux mouvements brutaux de la plaque indienne qui impacte violemment la plaque asiatique (mouvements qui ont produit la surrection de l'Himalaya). Donc il n'y a pas besoin de la chute d'un glacier pour expliquer la provenance de s&#233;ismes violents dans cette zone.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r, il y a des raisons pour que la th&#232;se de la fonte du glacier (peu probable selon des glaciologues sp&#233;cialistes de la r&#233;gion) et ce ne sont pas des raisons scientifiques : les gouvernants veulent ainsi prouver que le N&#233;pal serait victime du &#171; r&#233;chauffement climatique anthropique et global &#187;, ce qui signifie que le gouvernement n&#233;palais et les classes dirigeantes locales ne doivent pas &#234;tre tenues pour responsables si la population est durement touch&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous allons voir dans la suite que les faits vont &#224; l'encontre d'une telle affirmation : les autorit&#233;s locales et les classe dirigeantes n&#233;palaises sont pleinement responsables de l'ampleur consid&#233;rable des d&#233;g&#226;ts humains comme mat&#233;riels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'inondation et le glissement de terrain n'ont pas trouv&#233; en face des for&#234;ts pour bloquer leur ampleur, ce n'est pas qu'il s'agisse d'une zone qui a toujours &#233;t&#233; sans arbres mais parce que la politique des classes poss&#233;dantes depuis de longues ann&#233;es a consist&#233; &#224; remplacer syst&#233;matiquement les for&#234;ts par des plantations agricoles rentables. Autrefois la zone &#233;tait celle d'une immense for&#234;t d'araucarias, &#233;rables, bouleaux, pins, sapins, ch&#234;nes, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si les infrastructures et les habitations n'ont pas tenu face au torrent d'eau et de boue, c'est qu'ils sont construits sans respecter des normes de s&#233;curit&#233; face &#224; ce type de catastrophes pourtant hautement probables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En tout cas, la th&#232;se d'un glacier fondant brutalement et compl&#232;tement et se transformant en torrent de boue de mani&#232;re ultra-rapide ne convainc pas les glaciologues et encore moins ceux qui sont n&#233;palais et surveillaient les glaciers locaux depuis des ann&#233;es. Par contre, les scientifiques qui &#233;tudient la sismologie de la r&#233;gion himalayenne ne trouvent nullement surprenant un tremblement de terre d'ampleur dans cette r&#233;gion et estiment qu'il est possible que ce s&#233;isme ait d&#233;croch&#233; tout un glacier, causant cette catastrophe gigantesque. Ils estiment aussi que les mesures prises par les autorit&#233;s contre ce type de catastrophe (notamment des normes de construction des b&#226;timents et des infrastructures) sont tout &#224; fait insuffisantes et que les routes et les secours pr&#233;vus sont quasiment inexistants dans l'essentiel du pays ! La mis&#232;re du peuple l'emp&#234;che compl&#232;tement de se prot&#233;ger lui-m&#234;me. Alors que le peuple n&#233;palais couvrait ses propres besoins il y a trente ans, cela n'est plus du tout le cas du fait des exploitations intensives et de la surexploitation des ouvriers. Les observateurs ont remarqu&#233; combien les ouvriers &#233;taient les premi&#232;res victimes et les plus nombreuses dans cette catastrophe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La recherche du profit a des effets cumulatifs qui peuvent, dans certains cas, avoir des effets &#224; grande &#233;chelle. Dans des pays tr&#232;s pauvres comme le N&#233;pal-Tibet, cela peut prendre des proportions effrayantes mais cela est vrai aussi dans les pays riches. On a vu &#224; Fukushima, &#224; Tchernobyl ou &#224; Seveso, que les pays capitalistes ne pratiquent pas d'avantage une politique de pr&#233;caution. Les cancers caus&#233;s par l'industrie en sont un exemple. L'absence de pr&#233;cautions contre covid le montrent tout autant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La population des pays riches n'est pas beaucoup plus prot&#233;g&#233;e contre les s&#233;ismes, les tsunamis, les incendies, les effets de la pollution industrielle que celle des pays pauvres. Par exemple, rien n'est fait dans les r&#233;gions menac&#233;es par des tsunamis (comme la c&#244;te m&#233;diterran&#233;enne) ou par les tremblements de terre ou par les incendies car le profit priv&#233; prime sur la s&#233;curit&#233; dans le monde capitaliste. Et le Tibet domin&#233; par le capitalisme chinois (qui se cache derri&#232;re la dictature du parti stalinien-mao&#239;ste) n'est pas plus prot&#233;g&#233; que le N&#233;pal qui d&#233;pend du monde occidental li&#233; &#224; l'Inde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rien d'&#233;tonnant que les autorit&#233;s des r&#233;gions himalayennes n'aient pas d&#233;pens&#233; d'argent pour prot&#233;ger les peuples des risques sismiques, pas plus qu'ils ne le font des risques m&#233;t&#233;orologiques (qui n'ont pas besoin d'ailleurs d'&#234;tre climatiques c'est-&#224;-dire &#224; une &#233;chelle de tr&#232;s grande dur&#233;e et fond&#233;s sur des changements structurels de grande ampleur pour produire des effets de pointe catastrophiques).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Faut-il compter pour nous prot&#233;ger des risques de catastrophes naturelles sur des classes poss&#233;dantes mondiales, elles dont le syst&#232;me a atteint ses limites et qui, du coup, ne nous pr&#233;parent aucun progr&#232;s mais uniquement des catastrophes historiques (gouvernements plus dictatoriaux, r&#233;gimes fascistes, massacres, r&#233;pressions violentes, d&#233;clin de toute d&#233;mocratie, d&#233;clin de la sant&#233; et de la s&#233;curit&#233;, chute des services publics, dettes folles pour servir les int&#233;r&#234;ts priv&#233;s et faire perdurer un syst&#232;me d&#233;pass&#233;, guerres locales, r&#233;gionales et mondiale, etc.) ? Certainement pas ! C'est cela que l'inondation mortellement massive du N&#233;pal-Tibet illustre et pas le r&#233;chauffement climatique global ! D'ailleurs cette catastrophe est tout &#224; fait locale, li&#233;e &#224; des conditions d'une zone bien d&#233;limit&#233;e et non &#224; des changements globaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, les autorit&#233;s n&#233;palaises aimeraient bien se servir de l'id&#233;e du r&#233;chauffement climatique global pour inciter les pays riches &#224; envoyer des aides &#224; un pays sinistr&#233;, mais rien ne prouve que les pays riches adeptes de la th&#232;se de l'effet de serre, cause de toutes les catastrophes en d&#233;duisent que sera &#224; elles de payer pour le d&#233;sastre ! Elles se servent aussi de la catastrophe pour attiser leur opposition politique &#224; la Chine voisine et maitresses du Tibet mais c'est juste des man&#339;uvres politiciennes et elles sont loin d'&#234;tre &#233;tay&#233;es par des &#233;tudes scientifiques sur la pr&#233;tendue &#171; responsabilit&#233; chinoise dans la catastrophe &#187;. Cependant, il n'est pas impossible que le s&#233;isme c&#244;t&#233; Tibet ait fractur&#233; une canalisation, une retenue d'eaux ou un barrage hyro&#233;lectrique, rel&#226;chant des masses d'eau et entrainant une r&#233;actionen cha&#238;ne car la Chine a fait des efforts gigantesques pour effacer toute trace de ce qui s'est pass&#233; c&#244;t&#233; Tibet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Demander aux autorit&#233;s qui sont, partout dans le monde, &#224; la botte des classes poss&#233;dantes capitalistes de nous prot&#233;ger des catastrophes naturelles, c'est d&#233;j&#224; une vraie&#8230; catastrophe et c'est pourtant ce que font, tout naturellement, tous les r&#233;formistes politiques, syndicaux, associatifs, m&#233;diatiques ou religieux. Leur pr&#233;tendu progressisme ne m&#232;ne &#224; aucun progr&#232;s et plut&#244;t &#224; la r&#233;gression globale et syst&#233;mique li&#233;e &#224; celle de l'&#233;conomie capitaliste mondial qui n'a aucun avenir.&lt;br class='autobr' /&gt;
Voici ce que l'on peut lire dans les rapports sur la catastrophe :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Inondations meurtri&#232;res au N&#233;pal : un tremblement de terre est &#224; l'origine du torrent de boue&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.bfmtv.com/international/video-inondations-meurtrieres-au-nepal-un-tremblement-de-terre-a-l-origine-du-torrent-de-boue_VN-202608260505.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.bfmtv.com/international/video-inondations-meurtrieres-au-nepal-un-tremblement-de-terre-a-l-origine-du-torrent-de-boue_VN-202608260505.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le ministre n&#233;palais des Affaires &#233;trang&#232;res a initialement d&#233;clar&#233; qu'un tremblement de terre s'&#233;tait produit &#224; la fronti&#232;re entre son pays et le Tibet peu avant le glissement de terrain, ce qui a aliment&#233; les sp&#233;culations selon lesquelles l'activit&#233; sismique aurait pu d&#233;clencher la trag&#233;die.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'Institut d'&#233;tudes g&#233;ologiques des &#201;tats-Unis (USGS) a &#233;galement indiqu&#233; que l'&#233;v&#233;nement de mercredi pourrait avoir &#233;t&#233; un s&#233;isme de magnitude 4,4.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cependant, l'agence am&#233;ricaine a confirm&#233; par la suite que l'incident &#171; &#233;tait en fait un effondrement glaciaire et une coul&#233;e de d&#233;bris &#187; qui ont provoqu&#233; des &#171; cons&#233;quences catastrophiques &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.bbc.com/afrique/articles/cj06j1ng1d6o&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.bbc.com/afrique/articles/cj06j1ng1d6o&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un s&#233;isme, une avalanche de glace, puis des crues&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.ouest-france.fr/monde/nepal/un-seisme-une-avalanche-de-glace-puis-des-crues-le-nepal-lourdement-endeuille-e8f16a86-a168-11f1-bba4-fb5ac80a227f&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.ouest-france.fr/monde/nepal/un-seisme-une-avalanche-de-glace-puis-des-crues-le-nepal-lourdement-endeuille-e8f16a86-a168-11f1-bba4-fb5ac80a227f&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les glaciologues ont &#233;t&#233; extr&#234;mement &#233;tonn&#233;s et estiment que l'&#233;volution des glaciers ne permettait pas de pr&#233;voir cela.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.lemonde.fr/planete/article/2026/08/31/au-nepal-les-glaciologues-sideres-face-a-l-ampleur-de-la-catastrophe_6762244_3244.html?srsltid=AfmBOorlpbOamx4flbygg5VZI6FjAOYHVNR_Wn4VbzaL6_kzR9XT5R6o&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.lemonde.fr/planete/article/2026/08/31/au-nepal-les-glaciologues-sideres-face-a-l-ampleur-de-la-catastrophe_6762244_3244.html?srsltid=AfmBOorlpbOamx4flbygg5VZI6FjAOYHVNR_Wn4VbzaL6_kzR9XT5R6o&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Selon les derniers travaux, le 26 ao&#251;t, &#224; 08h37, un morceau de glace et de roche s'est d&#233;tach&#233; de la face nord du mont Langtang Lirung, au N&#233;pal. Situ&#233;e &#224; environ 5.200 m d'altitude, cette tranche de montagne - d'une largeur estim&#233;e de plus d'un kilom&#232;tre - a plong&#233; environ 800 m&#232;tres plus bas sur un glacier, obstruant momentan&#233;ment la rivi&#232;re Lhende.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sit&#244;t lib&#233;r&#233;e, la masse d'eau, de glace et de d&#233;bris s'est engouffr&#233;e dans la vall&#233;e avec une force et une vitesse inou&#239;e, arrachant tout sur son passage, y compris de nombreuses roches. &#171; Sur une pente extr&#234;mement forte, la gravit&#233; a rapidement acc&#233;l&#233;r&#233; l'eau et les d&#233;bris &#187;, selon le dernier rapport, qui a estim&#233; &#224; 142 millions de m&#232;tres cubes le volume qui a d&#233;ferl&#233; dans la vall&#233;e. Cette masse a parcouru une distance de 20 km en &#224; peine sept minutes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous les scientifiques pr&#233;cisent qu'ils n'ont enregistr&#233; aucun s&#233;isme, aucune pluie exceptionnelle ou aucune p&#233;riode de chaleur extr&#234;me avant l'effondrement. Les scientifiques examinent &#233;galement l'hypoth&#232;se selon laquelle le tremblement de terre meurtrier survenu de 2015 au N&#233;pal aurait pu contribuer &#224; l'instabilit&#233; de ce pan de montagne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les experts cherchent &#224; &#233;tablir si certaines donn&#233;es relev&#233;es avant la catastrophe, comme l'acc&#233;l&#233;ration des mouvements du glacier ou la hausse des volumes d'eau fondue, pourraient constituer des signes avant-coureurs de la catastrophe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aucun n'aurait toutefois permis d'&#233;tablir qu'un accident &#233;tait imminent et donn&#233; aux autorit&#233;s, au N&#233;pal comme en Chine, les moyens de d&#233;clencher une alerte, tranche un des scientifiques. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.20minutes.fr/monde/4242787-20260904-nepal-pourquoi-telle-crue-scientifiques-commencent-voir-plus-clair&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.20minutes.fr/monde/4242787-20260904-nepal-pourquoi-telle-crue-scientifiques-commencent-voir-plus-clair&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les travaux hydro&#233;lectriques dans cette r&#233;gion sont mis en cause&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.epochtimes.fr/au-nepal-ce-nest-pas-le-changement-climatique-mais-la-peur-quil-inspire-qui-a-ete-meurtriere-dans-la-crue-3340376.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.epochtimes.fr/au-nepal-ce-nest-pas-le-changement-climatique-mais-la-peur-quil-inspire-qui-a-ete-meurtriere-dans-la-crue-3340376.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;forestation au N&#233;pal&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/D%C3%A9forestation_au_N%C3%A9pal&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/D%C3%A9forestation_au_N%C3%A9pal&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les tremblements de terre au N&#233;pal-Tibet&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/S%C3%A9isme_de_2023_au_N%C3%A9pal&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/S%C3%A9isme_de_2023_au_N%C3%A9pal&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/S%C3%A9ismes_de_2015_au_N%C3%A9pal&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/S%C3%A9ismes_de_2015_au_N%C3%A9pal&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/S%C3%A9isme_de_1934_au_N%C3%A9pal-Bihar&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/S%C3%A9isme_de_1934_au_N%C3%A9pal-Bihar&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/S%C3%A9isme_de_2025_au_Tibet&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/S%C3%A9isme_de_2025_au_Tibet&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S&#233;isme au N&#233;pal : les b&#226;timents qui&#8230; tuent !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.20minutes.fr/monde/1606447-20150512-seisme-nepal-batiments-tuent-seisme&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.20minutes.fr/monde/1606447-20150512-seisme-nepal-batiments-tuent-seisme&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://miyamotointernational.com/fr/au-nepal-la-qualite-de-la-construction-apres-le-seisme-est-une-question-de-vie-ou-de-mort/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://miyamotointernational.com/fr/au-nepal-la-qualite-de-la-construction-apres-le-seisme-est-une-question-de-vie-ou-de-mort/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;La plaque indienne remonte &#224; une vitesse de l'ordre de 2 centim&#232;tres par an vis-&#224;-vis du Tibet, et essaie de passer sous le plateau tib&#233;tain, explique J&#233;r&#244;me Vergne, sismologue &#224; l'Observatoire des sciences de la terre de Strasbourg. Or cette remont&#233;e ne se fait pas de mani&#232;re continue mais par saccades. L&#224;, on a eu une tr&#232;s grosse saccade, c'est-&#224;-dire une rupture brutale de l'interface de la faille qui s&#233;pare ces deux plaques.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et le N&#233;pal n'est pas arm&#233; face &#224; ces secousses. Les b&#226;timents sont fragiles, les temples &#233;tant notamment construits avec des &#034;briques cuites et mortier de boue, avec une structure en bois&#034;, comme l'indique l'Unesco, cit&#233; par France Info. La tour historique de Dharhara - un des lieux touristiques majeurs de Katmandou datant du 19&#232;me si&#232;cle - s'est effondr&#233;e, comme de nombreux autres palais class&#233;s au patrimoine mondial.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les constructions plus &#034;modernes&#034; n'ont pas davantage r&#233;sist&#233;. &#034;Les immeubles en ciment de construction plus r&#233;centes&#034; n'ont pas tenu, car leurs &#034;architectes ont toujours ignor&#233; les normes requises pour minimiser les d&#233;g&#226;ts en cas de s&#233;isme&#034;, explique Le Monde, qui ajoute qu'il semble malgr&#233; tout &#034;que ce soit surtout les parties anciennes des villes et leurs maisons ou leurs temples en briques qui aient &#233;t&#233; les plus touch&#233;s.&#034;&lt;br class='autobr' /&gt;
En 2010 d&#233;j&#224;, le site Slate, relay&#233; par France Info, &#233;crivait : &#034;Le plus grave, c'est que le pays est tr&#232;s mal pr&#233;par&#233; contre les tremblements de terre : les techniques de construction n&#233;palaises sont inadapt&#233;es et la population urbaine ne cesse de cro&#238;tre&#034;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette vuln&#233;rabilit&#233; des b&#226;timents, coupl&#233;e &#224; une architecture et une urbanisation anarchiques, laisse pr&#233;sager un bilan potentiellement plus lourd. D'autant que ce s&#233;isme pourrait en annoncer d'autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.rtbf.be/article/seisme-le-nepal-un-pays-vulnerable-dans-une-region-a-risque-8966568&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.rtbf.be/article/seisme-le-nepal-un-pays-vulnerable-dans-une-region-a-risque-8966568&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;faut des secours au N&#233;pal&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au N&#233;pal, six jours apr&#232;s la coul&#233;e de boue destructrice, les habitants des quartiers ensevelis disent souffrir d'un manque cruel d'informations et ont d&#251; parfois organiser eux-m&#234;mes les secours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.tf1info.fr/international/reportage-on-n-a-recu-aucune-aide-du-gouvernement-au-nepal-la-colere-des-familles-de-victimes-monte-2461488.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.tf1info.fr/international/reportage-on-n-a-recu-aucune-aide-du-gouvernement-au-nepal-la-colere-des-familles-de-victimes-monte-2461488.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La science est ins&#233;parable de la dialectique</title>
		<link>http://www.matierevolution.fr/spip.php?article8323</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.matierevolution.fr/spip.php?article8323</guid>
		<dc:date>2026-09-06T22:19:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Dialectique</dc:subject>
		<dc:subject>Science</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Peut-on dire, apr&#232;s Engels, que la science (et aussi le socialisme) est ins&#233;parable de la dialectique ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Disons tout de suite quelles sont les implications consid&#233;rables d'une telle affirmation : science et socialisme ne d&#233;pendent pas du domaine du bon sens, de la lin&#233;arit&#233;, de la logique formelle usuelle. Et il ne suffit pas d'avoir son propre avis, il faut &#233;tudier non seulement un domaine d'&#233;tude mais aussi la philosophie g&#233;n&#233;rale du changement qui pilote le tout. Chacun vous dira que &#171; (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique15" rel="directory"&gt;Dialectique naturelle et sociale&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot60" rel="tag"&gt;Dialectique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot281" rel="tag"&gt;Science&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Peut-on dire, apr&#232;s Engels, que la science (et aussi le socialisme) est ins&#233;parable de la dialectique ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Disons tout de suite quelles sont les implications consid&#233;rables d'une telle affirmation : science et socialisme ne d&#233;pendent pas du domaine du bon sens, de la lin&#233;arit&#233;, de la logique formelle usuelle. Et il ne suffit pas d'avoir son propre avis, il faut &#233;tudier non seulement un domaine d'&#233;tude mais aussi la philosophie g&#233;n&#233;rale du changement qui pilote le tout. Chacun vous dira que &#171; tout est ou vrai ou faux (ou exclusif) &#187;, que &#171; un et un font deux est une r&#232;gle incontournable &#187;, et que &#171; le tout est la somme des parties &#187;, et aussi que &#171; le vide n'est pas la mati&#232;re &#187;, que &#171; ou on est un &#234;tre vivant ou un objet du non-vivant &#187;, que &#171; la mati&#232;re, ce sont des choses et la lumi&#232;re, ce sont des ondes et que ce n'est pas du tout pareil &#187;, que &#171; la nature ne fait pas des bonds et tout &#233;volue contin&#251;ment &#187;, que &#171; il n'y pas de sauts dans la nature ni dans la soci&#233;t&#233; &#187;, etc. Ce sont toutes ces affirmations courantes que contredit directement la dialectique de la nature et de la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rappelons ce qu'est la dialectique :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article567&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article567&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rappelons aussi ce qu'est la dialectique de Hegel :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5109&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5109&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est &#233;tonnant que la dialectique soit commun&#233;ment repouss&#233;e et le plus souvent ignor&#233;e, y compris par la majorit&#233; des scientifiques et penseurs alors que le cerveau humain est clairement dialectique, l'&#234;tre humain &#233;tant sans cesse contradictoire dans ses pens&#233;es et actions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'histoire de la pens&#233;e humaine est celle de la dialectique r&#233;volutionnaire des n&#233;gations...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7976&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7976&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La dialectique s'oppose &#224; la logique formelle et m&#233;taphysique et elle a pour particularit&#233; de reconnaitre les contradictions comme moteur positif du changement et de les consid&#233;rer comme fondements indispensables et internes des processus naturels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re remarque en sciences qui nous impose de les penser dialectiquement, c'est la coexistence permanente de la diversit&#233; au sein de l'ordre, de l'&#233;mergence de nouveaut&#233; dans la conservation de structure, du chaos dans le d&#233;terminisme et du d&#233;terminisme au sein du hasard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans les propri&#233;t&#233;s pr&#233;c&#233;dentes, impossible de concevoir que des plan&#232;tes du syst&#232;me solaire puissent &#234;tre aussi dissemblables en &#233;tant parties sans doute d'un substrat commun. Impossible de concevoir que les objets de l'espace cosmiques soient aussi divers alors qu'ils ob&#233;issent au m&#234;me ordre universel. Impossible de concevoir aussi que les reliefs de la Terre soient aussi divers. Ou encore que les formes du Vivant aient donn&#233; des r&#233;sultats aussi diff&#233;rents &#224; toutes les &#233;chelles de structuration, alors qu'il y a, &#224; tous les niveaux, des origines communes des &#234;tres vivants terrestres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re &#233;tape de la science dans tous les domaines de la connaissance a consist&#233; &#224; reconnaitre des objets d'&#233;tude, &#224; les s&#233;rier, &#224; les s&#233;parer, &#224; les distinguer, &#224; donner leurs caract&#233;ristiques propres, &#224; diff&#233;rencier les phases d'une transformation en les opposant. Elle construit ainsi des descriptions en objets fixes, diff&#233;rents, isol&#233;s entre eux et s&#233;par&#233;s de la dynamique g&#233;n&#233;rale. On trouve tout ce qui les distingue et on apprend &#224; retrouver partout leurs manifestations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par contre, une fois ce travail de nomenclature r&#233;alis&#233;, la science se trouve en face de ses cr&#233;atures, des concepts m&#233;taphysiques et se demande comment ils peuvent interagir puisque rien ne les relie conceptuellement&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tel fut le sort de l'onde et du corpuscule (mais aussi de la mati&#232;re et du vide, de l'ordre et du d&#233;sordre, de l'ind&#233;terminisme et du d&#233;terminisme, etc)&#8230; On les a isol&#233;s, vid&#233;s de leurs contradictions internes et donc rendus incapables d'interagir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a eu une physique ondulatoire, compl&#232;tement oppos&#233;e &#224; la physique corpusculaire. Ce n'est pas sans mal que la physique quantique s'est ensuite charg&#233;e de les marier et cela a toujours sembl&#233; un coup de baguette magique tr&#232;s tir&#233; par les cheveux (parlant de compl&#233;mentarit&#233;, de dualit&#233;, etc. mais refusant le caract&#232;re dialectique de leur existence et de leur interaction). Les conceptions m&#233;taphysiques (les oppositions diam&#233;trales en &#171; ou-ou &#187; exclusifs) en sont la cause. Il est difficile de comprendre comment peuvent se lier, se fondre, interagir, se transformer l'un dans l'autre ce que l'on a consid&#233;r&#233; comme diam&#233;tralement oppos&#233;s, appartenant &#224; un dualisme. L'exemple classique est la m&#233;taphysique religieuse du Bien et du Mal ! On connait aussi les m&#233;taphysiques de l'Homme et de l'Animal, ou encore du Corps et du Cerveau, ou de l'Ame et de la Mati&#232;re&#8230; On n'en est pas toujours sortis puisque, par exemple, bien des scientifiques se disent toujours partisans du m&#233;taphysicien Descartes et que bien des m&#233;decins affirment que soigner le corps et l'esprit n'ont rien &#224; voir !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a construit, avec de la physique tr&#232;s s&#233;rieuse, une m&#233;taphysique avec des oppos&#233;s diam&#233;traux : l'onde et le corpuscule (ou particule). On peut dire que toutes les propri&#233;t&#233;s de l'une s'opposent directement &#224; celles de l'autre : d&#233;localis&#233;e/local, &#233;tendue/ponctuel, &#224; interf&#233;rences/ sans interf&#233;rences, sans masse/avec masse, contact sans choc/avec choc, pas comme un objet/comme un objet, etc&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien entendu, il a &#233;t&#233; d'autant plus difficile &#224; la physique quantique de dire que c'&#233;taient des descriptions compl&#233;mentaires de la m&#234;me chose : des quanta !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce n'est pas le pire : il fallait comprendre comment ces contraires diam&#233;traux pouvaient s'&#233;changer, se transformer l'un dans l'autre, se lier, s'absorber mutuellement et on en passe des miracles, de la magie du genre de faire sortir un oiseau d'un chapeau !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par exemple, la physique se casse la t&#234;te pour comprendre comment un photon lumineux est absorb&#233; par une particule mat&#233;rielle. O&#249; est-ce que la particule a pu caser le photon, dans quelle partie de sa structure (consid&#233;r&#233;e comme ponctuelle !) ? Et d'o&#249; sort-elle le photon qu'elle &#233;met ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Emission et absorption de bosons par des fermions (traduisez des photons lumineux par les particules mat&#233;rielles) n'est pas un ph&#233;nom&#232;ne secondaire, un coup de baguette magique marginal, mais le ph&#233;nom&#232;ne de base de la Physique ! La seule mani&#232;re pour deux particules d'interagir est d'&#233;changer des photons ! Il est donc essentiel de comprendre comment cela peut bien se passer. Impossible si on consid&#232;re que structurellement et dans leur comportement les bosons et les fermions n'ont aucun terrain commun, aucune entente possible !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est n&#233;cessaire de changer la philosophie des concepts : au lieu de concepts diam&#233;traux et dualistes, il faut des concepts dialectiques, qui comprennent leur contraire au sein de leur propre d&#233;finition et se con&#231;oivent d'embl&#233;e comme une dynamique du changement. On ne peut pas supprimer (conceptuellement) le changement et ensuite chercher &#224; le r&#233;introduire artificiellement au sein de la th&#233;orie&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce que l'on avait d'abord essay&#233; de faire quand on s'est aper&#231;u qu'on ne pouvait pas comprendre la physique en s&#233;parant d'un c&#244;t&#233; les ondes et de l'autre les corpuscules. Il fallait les m&#234;ler d&#232;s le d&#233;but, les faire s'&#233;changer, se transformer mutuellement, se communiquer sans cesse, se transformer l'un dans l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien des domaines, des &#233;l&#233;ments, des concepts s'opposent en Physique mais on a reconnu bien souvent ensuite qu'ils s'opposent dialectiquement et pas diam&#233;tralement. L'exemple de l'onde et du corpuscule est sans doute l'un des plus fr&#233;quemment cit&#233;s et des plus remarquables car, par tous ses traits, l'onde et le corpuscule ont longtemps sembl&#233; &#234;tre diam&#233;tralement oppos&#233;s avant que la Physique quantique d&#233;montre qu'ils sont ins&#233;parables et se composent sans cesse. Pourtant, la physique des ondes est celle du continu et la physique des corpuscules est celle du discontinu. La premi&#232;re occupe l'espace alors que la seconde est localis&#233;e. La premi&#232;re est celle des interf&#233;rences contrairement &#224; la seconde. Et on peut ainsi mulitplier les oppositions. Mais il s'av&#232;re que toute onde provient de corpuscules et tout corpuscule provient d'ondes ! Et les uns sont indispensables aux autres. Ils sont m&#234;me inconcevables l'un sans l'autre. On retrouve ce type d'oppositions dialectiques avec les fermions et les bosons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais partons d'une situation encore plus simple : la fronti&#232;re entre deux domaines. Voil&#224; une situation proprement dialectique que l'on retrouve dans toute la Physique. Deux &#233;tats, deux zones m&#233;t&#233;orologiques, deux zones de temp&#233;ratures ou de pressions diff&#233;rentes, deux mat&#233;riaux accol&#233;s, deux secteurs mat&#233;riels, une surface de s&#233;paration, une faille qui s&#233;pare deux parties d'une roche ou d'un mat&#233;riau, une fissure, une coupure, une s&#233;paration, dans toutes ces situations diverses on retrouve une dialectique &#233;tonnante de la s&#233;paration qui appartient &#224; la fois aux deux zones oppos&#233;es et qui n'est ni tout &#224; fait l'une ni tout &#224; fait l'autre. Ainsi, les surfaces des mati&#232;res sont des domaines &#224; part qui &#233;changent sans cesse avec les deux zones et qui ne sont pas tout &#224; fait comme l'un ni comme l'autre, un &#171; no man's land &#187; en somme ou un domaine o&#249; les oppos&#233;s coexistent et sont indispensables l'un &#224; l'autre. La Physique des fronti&#232;res n'est pas celle des domaines, des zones, des parties oppos&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#224; encore, il faut citer la Physique quantique. Une apparente opposition diam&#233;trale est celle qu'on croyait voir entre vide et mati&#232;re. En fait, on constate qu'il y a du vide dans la mati&#232;re et de la mati&#232;re dans le vide, que l'un est absolument et toujours indispensable &#224; l'autre, que ce ne sont pas deux physiques oppos&#233;es mais une seule qui r&#233;git l'ensemble. On constate que les oppos&#233;s se changent sans cesse l'un dans l'autre, comme on l'a vu avec onde et corpuscule ! C'est renversant mais c'est certain. Le &#171; virtuel &#187; (qui est en quelque sorte la mati&#232;re &#233;ph&#233;m&#232;re du vide) se change sans cesse en &#171; r&#233;el &#187; (la mati&#232;re durable). Virtuel et r&#233;el s'opposent et se composent en permanence dans un balai qui explique les lois les plus &#233;tonnantes de la Physique quantique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et l'une des propri&#233;t&#233;s les plus &#233;tonnantes en question est elle aussi dialectique : il s'agit de la dialectique du hasard et de la n&#233;cessit&#233;, ou encore du d&#233;terminisme et de l'ind&#233;terminisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut encore citer une autre dialectique fondamentale en Physique : celle de l'ordre et du d&#233;sordre, avec en fronti&#232;re le chaos d&#233;terministe ! Et il y a encore les dialectiques ordre/d&#233;sordre, &#233;mergence/r&#233;ductionnisme, conservation/changement, mobile/immobile, construction/destruction, lin&#233;aire/non-lin&#233;aire, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7629&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7629&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6440&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6440&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2879&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2879&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2960&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2960&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4823&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4823&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6440&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6440&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui unit les parties diverses de la Physique, c'est&#8230; la dialectique. La mati&#232;re est intrins&#232;quement contradictoire. Et cela signifie d'abord que les contraires se couplent, s'&#233;changent, font partie de la m&#234;me dynamique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Faut-il parler de dialectique de la mati&#232;re ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2710&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2710&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La physique de la mati&#232;re et la philosophie dialectique&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2879&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2879&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Il ne peut pas y avoir deux physiques s&#233;par&#233;es et oppos&#233;es diam&#233;tralement. Car il y a un seul monde interconnect&#233;, intercommuniquant, &#233;changeant, se transmettant, et donc ayant quelque chose en commun.&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il ne peut pas y avoir une physique du continu et une autre physique du discontinu&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5563&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5563&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne peut pas y avoir une physique des ondes et une autre physique des corpuscules&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4339&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4339&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article882&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article882&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne peut pas y avoir une physique relativiste et une autre physique quantique&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3698&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3698&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7635&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7635&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne peut pas y avoir une physique o&#249; la mati&#232;re ne se cr&#233;e pas et une autre o&#249; elle se cr&#233;e&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6505&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6505&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne peut pas y avoir une physique o&#249; le temps s'&#233;coule dans un seul sens et une autre dans les deux sens&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7159&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7159&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8127&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8127&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne peut pas y avoir une physique o&#249; la mati&#232;re est durable et une autre o&#249; elle est &#233;ph&#233;m&#232;re&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1324&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1324&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne peut pas y avoir une physique de l'&#233;nergie et une autre physique de la mati&#232;re&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5108&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5108&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne peut pas y avoir une physique o&#249; le vide est le rien et une autre physique o&#249; le vide est le tout&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4372&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4372&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne peut pas y avoir une physique qui est pur hasard et une autre physique qui est pur d&#233;terminisme&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1331&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1331&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne peut pas y avoir une microphysique et une macrophysique&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article658&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article658&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne peut pas y avoir une physique r&#233;ductionniste et une physique &#233;mergentiste&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4030&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4030&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne peut pas y avoir une physique &#224; entropie croissante et une autre physique qui n'y ob&#233;it pas tout le temps&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4821&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4821&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne peut pas y avoir une physique des briques &#233;l&#233;mentaires et une autre qui n'y ob&#233;it pas tout le temps&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3319&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3319&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne peut pas y avoir une physique math&#233;matique et une autre qui fonctionne sans les maths&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5361&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5361&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne peut pas y avoir une physique de l'intrication et une autre qui est sans intrication&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4347&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4347&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne peut pas y avoir une physique qui est li&#233;e &#224; un temps et une autre pour laquelle le temps n'existe pas&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4861&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4861&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne peut pas y avoir une physique de la mati&#232;re et une autre de la lumi&#232;re&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3767&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3767&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne peut pas y avoir une physique du temps long et une autre physique du temps court&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3165&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3165&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article21&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article21&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne peut pas y avoir une physique de l'inerte et une autre physique du vivant&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4643&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4643&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Eh oui ! Il y a un seul monde mat&#233;riel et donc une seule Physique et m&#234;me une seule science&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7243&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7243&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4107&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4107&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pas de dualisme&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7517&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7517&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7520&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7520&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5420&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5420&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mati&#232;re est intrins&#232;quement dialectique donc contradictoire de mani&#232;re interne et permanente&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5017&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5017&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Physique, mat&#233;rialisme et dialectique&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2340&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2340&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Controverses scientifiques entre des visions non-dialectiques&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7775&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7775&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dialectique dans les sciences&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2424&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2424&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le dualisme a oppos&#233; bien d'autres &#233;l&#233;ments que les ondes et les corpuscules : l'&#233;nergie et la mati&#232;re, le vide et le plein, la lumi&#232;re et la mati&#232;re, le transformisme et le catastrophisme, l'inerte et le vivant, l'&#233;volution et la r&#233;volution, la quantit&#233; et la qualit&#233;, le virtuel et le r&#233;el, l'&#233;ph&#233;m&#232;re et le durable, l'homme et l'animal, le lent et le rapide, la fronti&#232;re et la zone entour&#233;e, la surface et l'int&#233;rieur, l'homme et le singe, etc. Elle les a s&#233;par&#233;s, oppos&#233;s diam&#233;tralement, disjoints, isol&#233;s, de mani&#232;re conceptuelle. Les outils de compr&#233;hension du monde, les concepts scientifiques, sont devenus, du coup, des obstacles &#224; la progression de l'&#233;tude de la dynamique. Or l'Univers est sans cesse dynamique&#8230; Le changement est inh&#233;rent &#224; la mati&#232;re, m&#234;me inerte. L&#224; encore, le dualisme s&#233;pare mati&#232;re et mouvement, mati&#232;re et &#233;nergie, &#233;tat stable et transformation, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il en r&#233;sulte que toutes les sciences, naturelles comme sociales aboutissent &#224; des &#233;nigmes, des myst&#232;res. Le changement brutal et structurel devient tout &#224; fait incompr&#233;hensible. Pas &#233;tonnant : la dynamique de transformation a &#233;t&#233; artificiellement extraite de la description, les contraires dialectiques interagissent ayant &#233;t&#233; pr&#233;alablement s&#233;par&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment voulez-vous que, par miracle, l'onde se transforme en corpuscule et inversement, comment voulez-vous que la mati&#232;re se transforme en &#233;nergie et inversement, comment voulez-vous que le vide se transforme en mati&#232;re et inversement, comment voulez-vous que les particules &#233;ph&#233;m&#232;res se transforment en particules durables, comment voulez-vous que l'odre se transforme en d&#233;sordre et inversement, comment voulez-vous que le singe se transforme un jour en homme, comment voulez-vous que toutes les structures et tous les fonctionnement visant &#224; la conservation se transforment en leur contraire, en instruments du changement brutal et structurel, comment voulez-vous que le nuage de poussi&#232;res se transforme en &#233;toiles et galaxies, comment voulez-vous que l'identit&#233; g&#233;n&#233;tique de l'esp&#232;ce change donnant une nouvelle esp&#232;ce tr&#232;s diff&#233;rente, comment voulez-vous le syst&#232;me social se transforme un jour en un autre syst&#232;me social compl&#232;tement diff&#233;rent, comment voulez-vous que les opprim&#233;s et les exploit&#233;s soumis et ob&#233;issants se transforment en des r&#233;volt&#233;s et des r&#233;volutionnaires capables m&#234;me de renverser le pouvoir, la classe dominante et de construire leur propre pouvoir, comment voulez-vous que l'on constate partout, dans tous les domaines des sciences (pas de la magie !), &#171; l'&#233;mergence de structures nouvelles &#187; dont sont issus les particules, les atomes, les mol&#233;cules et toutes les structures mat&#233;rielle de l'Univers ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a l&#224; une question profond&#233;ment philosophique : pas de compr&#233;hension des r&#233;volutions naturelles et sociales sans philosophie r&#233;volutionnaire du changement radical et structurel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne peut pas s&#233;parer d'un c&#244;t&#233; les changements radicaux et fondamentaux et de l'autre les changements lents et partiels. On ne peut pas s&#233;parer la stabilit&#233; et le changement. On ne peut pas s&#233;parer diam&#233;tralement la conservation et le changement, pas plus en biologie que dans d'autres domaines, notamment en Physique ou en M&#233;t&#233;orologie et Climatologie ou encore en Economie, en Sciences Sociales, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La biologie est aussi un des domaines o&#249; s'exerce la dialectique des contraires&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8144&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8144&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Dans l'&#233;tude des m&#233;canismes du vivant (...) les interactions entre le hasard et la n&#233;cessit&#233; rendent compte de la dialectique entre invariance et nouveaut&#233;. (...) Andr&#233; Pichot dans El&#233;ments pour une th&#233;orie de la biologie) souligne que la vie n'est donc pas un &#233;tat inh&#233;rent &#224; une organisation physico-chimique (comme le postule la biologie analytique) mais un ph&#233;nom&#232;ne bipolaire, un rapport dialectique dans lequel se d&#233;finissent deux termes, le vivant et son milieu ext&#233;rieur. Il distingue donc le vivant (la mati&#232;re vivante) et la vie qui est le rapport dialectique entre cette unit&#233; et son milieu. (...) Selon Pichot, ''L'existence du vivant requiert non seulement la coh&#233;rence interne mais aussi la coh&#233;rence externe, c'est-&#224;-dire un d&#233;terminisme circulaire avec un milieu ext&#233;rieur qui est d&#233;fini de la sorte. (...) Ce qui est &#233;nigmatique, c'est ce mouvement particulier de la mati&#232;re vers le d&#233;terminisme circulaire installant ce rapport dialectique qu'est la vie. (...) Pour Pichot, l'individu biologique &#233;merge dans le rapport dialectique entre le p&#244;le subjectif et son milieu. L'individu &#233;merge d'une scission entre deux p&#244;les qui sont &#224; la fois reli&#233;s et distincts. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Philippe Meire - article &#171; Biologie et subjectivit&#233; en psychiatrie &#187; dans l'ouvrage collectif &#171; Auto-organisation et &#233;mergence dans les sciences de la vie &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2424&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2424&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que signifie remplacer les ou-ou exclusifs des oppositions diam&#233;trales par des cycles de contradictions dialectiques dans les sciences naturelles, sociales, &#233;conomiques et politiques ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prenons l'exemple de Marx &#233;tudiant la soci&#233;t&#233; marchande et la soci&#233;t&#233; capitaliste. Les deux interchangent sans cesse et se compl&#232;tent depuis qu'elles existent. On ne peut pas dire que d'un c&#244;t&#233; il y aurait le capital marchand et de l'autre le capital&#8230; capitaliste ! C'est le m&#234;me capital qui circule dans l'&#233;change, dans la production, dans la vente, dans l'investissement et dans la sp&#233;culation. Alors, Marx donne une r&#233;ponse &#233;tonnante qui vaut d'&#234;tre rappel&#233;e :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le capital marchand, c'est le cycle dynamique en perp&#233;tuelle transformation Marchandise-Capital-Marchandise et le capital du capitaliste, c'est le cycle dynamique Capital-Marchandise-Capital (nouveau).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il les note sous cette forme :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M-A-M' et A-M-A'&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/marx/works/1867/Capital-I/kmcapI-5.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/marx/works/1867/Capital-I/kmcapI-5.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3210&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3210&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4208&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4208&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1699&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1699&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En suivant le mod&#232;le de cycle dialectique de Marx, on peut dire, en abandonnant le &#171; ou onde ou corpuscule &#187;, que l'on a deux sortes de cycles : onde-corpuscule-onde et corpuscule-onde-corpuscule.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quel est l'avantage de ce type de mod&#232;le ? Eh bien, si on dit d'un c&#244;t&#233; l'onde, de l'autre le corpuscule, on ne voit absolument pas comment ils se lient, comment ils interagissent, comment ils s'&#233;changent, alors que les deux cycles que nous proposons peuvent parfaitement s'imbriquer l'un dans l'autre et interagir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Construction-d&#233;construction-construction et d&#233;construction-construction-d&#233;construction, les cycles du vivant et du cerveau&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article624&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article624&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article625&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article625&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Inhibition-activation-inhibition et activation-inhibition-activation, les cycles de la biologie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5093&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5093&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le point essentiel concernant ces cycles dialectiques, c'est qu'on a remplac&#233; les objets fixes par des transformations passant par des &#233;tapes contradictoires et interactives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r, les apparences peuvent faire croire &#224; l'objet fixe. Par exemple, il suffit que la transformation particule-vide-particule soit suffisamment rapide pour qu'on ait l'impression de la permanence de la particule. Mais le fait qu'il n'y a pas de parcours continu de la particule prouve bien que la particule devient tr&#232;s rapidement du vide avant de redevenir une particule.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut aussi construire des cycles comme : &#233;ph&#233;m&#232;re-durable- &#233;ph&#233;m&#232;re et durable-&#233;ph&#233;m&#232;re-durable qui s'opposent mais se composent et interagissent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ou encore les deux cycles oppos&#233;s : virtuel-r&#233;el-virtuel et r&#233;el-virtuel-r&#233;el.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut proposer : local- non local &#8211; local et non local &#8211; local &#8211; non local.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et aussi : mati&#232;re-vide-mati&#232;re et vide-mati&#232;re-vide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On trouve aussi les deux cycles interactifs : vide &#8211; mati&#232;re &#8211; vide et mati&#232;re &#8211; vide &#8211; mati&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trouve-t-on ce type de logique partout dans la dialectique de la nature et de la soci&#233;t&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut encore donner l'exemple de la relation dialectique de l'ordre et du d&#233;sordre qui fonctionne ainsi : soit ordre-d&#233;sordre-ordre, soit d&#233;sordre-ordre-d&#233;sordre&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article25&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article25&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un tel cycle dialectique, il y a bien opposition mais les oppos&#233;s se composent, &#233;changent et s'&#233;changent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.org/spip.php?article6814&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.org/spip.php?article6814&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a un autre exemple de cycles interactifs qui &#233;changent, s'&#233;changent et se composent. Ce sont les cycles interactifs des horloges naturelles :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4896&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4896&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a aussi les cycles activation-inhibition-activation et inhibition-activation-inhibition en biologie :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5093&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5093&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et aussi : hasard-n&#233;cessit&#233;-hasard ainsi que n&#233;cessit&#233;-hasard-n&#233;cessit&#233;, par exemple dans l'&#233;volution des esp&#232;ces :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5491&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5491&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut proposer encore les deux cycles dialectiques : mati&#232;re-lumi&#232;re-mati&#232;re et lumi&#232;re-mati&#232;re-lumi&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4893&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4893&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et aussi : d&#233;sorganisation-organisation-d&#233;sorganisation et organisation-d&#233;sorganisation-organisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6533&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6533&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En termes de mol&#233;cules, on trouve : plier-d&#233;plier-plier et d&#233;plier-plier-d&#233;plier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://pastel.hal.science/tel-04346526v1/file/ENSAM_ABDALLAH-ELHIRTSI_2015_archivage.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://pastel.hal.science/tel-04346526v1/file/ENSAM_ABDALLAH-ELHIRTSI_2015_archivage.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et toujours chaos-ordre-chaos et ordre-chaos-ordre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6033&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6033&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5028&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5028&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En termes de particules, on trouve accrocher-d&#233;crocher-accrocher et d&#233;crocher-accrocher-d&#233;crocher : &#171; C'est le rythme du cycle d'accroche-d&#233;croche des couples qui d&#233;termine la fr&#233;quence du photon. &#187; peut-on lire et aussi : &#171; Le photon est un ph&#233;nom&#232;ne p&#233;riodique dans lequel le cycle consiste dans la transformation : couple virtuel donne photon, puis redonne couple virtuel. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1688&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1688&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Est-ce que le marxisme a envisag&#233; de tels cycles, mis &#224; part Marx dans l'&#233;tude du capital ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout &#224; fait ! Engels dans sa &#171; Dialectique de la nature &#187; ! Il y &#233;crit notamment : &#171; La physique, comme pr&#233;c&#233;demment l'astronomie, &#233;tait arriv&#233;e &#224; un r&#233;sultat qui indiquait n&#233;cessairement comme conclusion ultime de la science le cycle &#233;ternel de la mati&#232;re en mouvement. &#187; On lit encore : &#171; La nouvelle conception de la nature &#233;tait achev&#233;e dans ses grandes lignes : voil&#224; dissous tout ce qui &#233;tait rigide volatilis&#233; tout ce qui &#233;tait fix&#233;, et p&#233;rissable tout ce qu'on avait tenu pour &#233;ternel ; il &#233;tait d&#233;montr&#233; que la nature se meut dans un flux et un cycle perp&#233;tuels. &#187; On peut lire Engels : &#171; C'est dans un cycle &#233;ternel que l&#224; mati&#232;re se meut : cycle qui certes n'accomplit sa r&#233;volution que dans des dur&#233;es pour lesquelles notre ann&#233;e terrestre n'est pas une unit&#233; de mesure suffisante, cycle dans lequel l'heure du supr&#234;me d&#233;veloppement, l'heure de la vie organique, et plus encore celle o&#249; vivent des &#234;tres ayant conscience d'eux-m&#234;mes et de la nature, est mesur&#233;e avec autant de parcimonie que l'espace dans lequel existent la vie et la conscience de soi ; cycle ans lequel tout mode fini d'existence de la mati&#232;re, - f&#251;t-il soleil ou n&#233;buleuse, animal singulier ou genre d'animaux, combinaison ou dissociation chimiques,- est &#233;galement transitoire, et o&#249; il n'est rien d'&#233;ternel sinon la mati&#232;re en &#233;ternel changement, en &#233;ternel mouvement, et les lois selon lesquelles elle se meut et elle change. Mais, quelle que soit la fr&#233;quence et quelle que soit l'inexorable rigueur avec lesquelles ce cycle s'accomplit dans le temps et dans l'espace ; quel que soit le nombre des millions de soleils et de terres qui naissent et p&#233;rissent ; si longtemps qu'il faille pour que, dans un syst&#232;me solaire, les conditions de la vie organique s'&#233;tablissent, ne f&#251;t-ce que sur une seule plan&#232;te ; si innombrables les &#234;tres organiques qui doivent d'abord appara&#238;tre et p&#233;rir avant qu'il sorte de leur sein des animaux avec un cerveau capable de penser et qu'ils trouvent pour un court laps de temps des conditions propres &#224; leur vie, pour &#234;tre ensuite extermin&#233;s eux aussi sans merci, -nous avons la certitude que, dans toutes ses transformations, la mati&#232;re reste &#233;ternellement la m&#234;me, qu'aucun de ses attributs ne peut jamais se perdre et que, par cons&#233;quent, si elle doit sur terre exterminer un jour, avec une n&#233;cessite d'airain, sa floraison supr&#234;me, l'esprit pensant, il faut avec la m&#234;me n&#233;cessit&#233; que quelque part ailleurs et &#224; une autre heure elle le reproduise. &#187; Engels poursuit : &#171; On transforme du mouvement m&#233;canique en chaleur. Pour compl&#233;ter ce processus, il faut le renverser, il faut convertir de la chaleur en mouvement. Ce n'est qu'alors qu'il sera satisfait &#224; la dialectique du processus, que le processus se sera &#233;puis&#233; en un cycle, - du moins en premi&#232;re instance. Mais l'histoire a sa marche propre, et, si dialectiquement qu'elle s'accomplisse &#224; la fin du compte, la dialectique doit fr&#233;quemment attendre assez longtemps l'histoire. Il faut sans doute mesurer par mill&#233;naires l'intervalle qui s&#233;pare la d&#233;couverte du feu par frottement de l'invention par H&#233;ron d'Alexandrie (vers 130 avant notre &#232;re) d'une machine &#224; laquelle la vapeur qui s'en &#233;chappait imprimait un mouvement de rotation. Et de nouveau pr&#232;s de deux mille ans s'&#233;coul&#232;rent jusqu'&#224; ce que f&#251;t construite la premi&#232;re machine &#224; vapeur, le premier dispositif permettant de convertir de la chaleur en mouvement m&#233;canique v&#233;ritablement utilisable. &#187; Et Engels affirme encore : &#171; La vieille t&#233;l&#233;ologie s'en est all&#233;e au diable, mais maintenant la certitude est bien &#233;tablie que, dans son cycle &#233;ternel, la mati&#232;re se meut selon des lois qui, &#224; un stade d&#233;termin&#233;, - tant&#244;t ici, tant&#244;t l&#224;, -produisent n&#233;cessairement dans des &#234;tres organiques l'esprit pensant. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tentons de montrer que l'on peut proposer de tels cycles dans toutes les relations dialectiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, il n'y a pas d'un c&#244;t&#233; la vie et de l'autre la mort&#8230; Il y a des cycles dialectiques de la vie et de la mort dans lesquels le vecteur de la vie et celui de la mort peuvent s'&#233;changer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4032&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4032&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article47&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article47&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4380&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4380&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://journals.openedition.org/noesis/1671&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://journals.openedition.org/noesis/1671&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Logique formelle et logique dialectique&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1399&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1399&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dialectique et m&#233;taphysique&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article33&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article33&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La dialectique, mode de fonctionnement g&#233;n&#233;ral du changement&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5126&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5126&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &#171; Oui ou non &#187; (exclusif) de la logique formelle (ou des math&#233;matiques) est-il valable en Sciences ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6109&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6109&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La dialectique de Hegel et les sciences&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4912&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4912&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2424&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2424&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ordre et d&#233;sordre de la mati&#232;re, deux r&#233;alit&#233;s compl&#232;tement et dialectiquement imbriqu&#233;es&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5028&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5028&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi Bohr et Heisenberg rejettent la dialectique des contradictions ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3819&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3819&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La dialectique, c'est la vie. Penser le monde sans la dynamique des contradictions, c'est la mort....&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2175&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2175&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a une dialectique dans toutes les sciences&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4902&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4902&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3039&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3039&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7629&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7629&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7629&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7629&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7775&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7775&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3189&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3189&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3271&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3271&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5143&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5143&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'histoire de la pens&#233;e humaine est celle de la dialectique r&#233;volutionnaire des n&#233;gations&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7976&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7976&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La physique n'est pas seulement un calcul mais une pens&#233;e, et m&#234;me une pens&#233;e mat&#233;rialiste dialectique&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4174&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4174&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La dialectique, un simple mode de pens&#233;e ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2890&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2890&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le concept scientifique lui-m&#234;me doit &#234;tre dialectique&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2594&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2594&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutes les avanc&#233;es scientifiques fondamentales n&#233;cessitent une pens&#233;e dialectique&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7360&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7360&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que vient faire la philosophie dialectique dans la politique des r&#233;volutionnaires ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.org/spip.php?article3617&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.org/spip.php?article3617&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mat&#233;rialisme dialectique et le destin de l'humanit&#233;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6574&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6574&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Sans la dialectique, la r&#233;volution sociale reste un insondable myst&#232;re&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Comment comprendre que l'on retrouve des soci&#233;t&#233;s du m&#234;me type aux quatre coins du monde, y compris en n'ayant eu aucun contact entre elles et comprendre aussi qu'elles n'ont cependant pas eu la m&#234;me histoire ? C'est une des contradictions &#233;tonnantes des soci&#233;t&#233;s humaines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment comprendre que l'ordre qui domine la soci&#233;t&#233; n'est pas diam&#233;tralement oppos&#233; au d&#233;sordre mais se combine &#224; lui. Impossble sans la dialectique !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment comprendre que des opprim&#233;s et des exploit&#233;s qui n'ont cess&#233; de s'incliner respectueusement devant le pouvoir pendant des dur&#233;es imm&#233;moriales en viennent &#224; le contester, &#224; le combattre violemment, &#224; le renverser, &#224; le remplacer, &#224; d&#233;truire l'ancienne soci&#233;t&#233; ? Il y a l&#224; une contradiction, compl&#232;tement inexplicable si on voit pas de mani&#232;re dialectique ce que sont les exploit&#233;s, si on ne voit pas ces esclaves soumis comme des r&#233;volutionnaires potentiels&#8230; Les exploit&#233;s ob&#233;issent &#224; des contradictions dialectiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment comprendre que des empires qui ont vaincu les plus fortes arm&#233;es du monde, qui ont domin&#233; tous les Etats, puissent &#234;tre domin&#233;s par des exploit&#233;s prenant les armes, alors que ces exploit&#233;s n'avaient aucune exp&#233;rience militaire pr&#233;alable ? L&#224; encore, une contradiction : l'Etat a pour principale fonction de combattre la r&#233;volution sociale mais, les exploit&#233;s n'&#233;tant g&#233;n&#233;ralement pas r&#233;volutionnaires, l'Etat n'est pas pr&#233;par&#233; &#224; se battre contre la r&#233;volution sociale. L'Etat est un organisme contradictoire au sens dialectique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment se fait-il qu'une soci&#233;t&#233; qui a connu de nombreuses crises sociales et politiques, et qui en a triomph&#233; victorieusement, se retrouvent brutalement au seuil de sa mort d&#233;finitive&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La dialectique est particuli&#232;rement indispensable aux r&#233;volutionnaires et aux travailleurs dans les p&#233;riodes de crise de la soci&#233;t&#233; dominante, quand chaque situation est capable de se transformer en son contraire en un temps tr&#232;s rapide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne peut pas r&#233;volutionner le monde sans repenser l'ensemble de la r&#233;alit&#233;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7537&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7537&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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