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Psychanalyse et dialectique

mardi 29 janvier 2008, par Robert Paris

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Pour Freud, le cerveau est un univers des conflits, des contradictions. Les sentiments, les fantasmes, les situations entraînent des réactions opposées dues à la peur, au dégoût, au rejet, à la haine. Les contraires ne se suppriment pas définitivement, mais se masquent, se refoulent, se bloquent. Par exemple, le processus d’oubli n’est pas un simple effacement : il est une inhibition, une négation, c’est-à-dire un processus négatif qui a sa propre négation. L’effacement serait définitif et ne pourrait jamais revenir déranger les victimes de névroses. La mémoire inconsciente est la preuve que ce qui n’est pas conscient peut rester présent dans le cerveau.

L’origine de l’ordre du cerveau, c’est le désordre du message électrique cérébral. Ce lien ordre-désordre interpénétré est lié à l’intrication conscient-inconscient. C’est bel et bien un fonctionnement fondé sur des contradictions dialectiques. Prenons un autre exemple. Le neurobiologiste Jean-Pierre Changeux décrit le mécanisme de propagation des impulsions électriques du nerf optique vers le cortex visuel via la thalamus : « La traversée des signaux jusqu’au cortex est facilitée de manière spectaculaire (...) par la levée d’une inhibition intrinsèque qui, lors du repos, met le régime du canal au niveau le plus bas. L’acétylcholine sert de neurotransmetteur. Elle inhibe une inhibition, donc elle active. » Le neurobiologiste Yehezkel Ben-Ari expose dans la revue « Sciences et avenir » : « Dans le cerveau adulte, l’information nerveuse est essentiellement transmise par deux neuromédiateurs, le glutamate qui excite et le GABA (acide gamma-aminobutyrique) qui inhibe les neurones. » Ce qui frappe dans tous ces dispositifs, c’est non seulement qu’ils sont contradictoires mais qu’ils se fixent les uns sur les autres, se combinent, interagissent plutôt que de se détruire ou d’agir seuls. C’est la combinaison des contraires qui caractérise ces processus. Azemar G. dans « Posture et asymétries fonctionnelles » : « La latéralisation œil/main/pied rend compte de la dialectique cerveau droit / cerveau gauche. » Dans une publication du CNRS, l’épistémologue Bernard Andrieu concluait dans « Le laboratoire du cerveau psychologique » : « Entre la neurologie et la psychologie, nombre de philosophes, de médecins, de psychanalystes n’ont de cesse de modéliser les liens de l’esprit et du cerveau. (...) Le cerveau psychologique inventait déjà un dialogue entre les sciences exactes et les sciences humaines (...) ».

Comment peut-on prétendre qu’un travail conscient chez le psychanalyste va résoudre des problèmes qui seraient liés à l’inconscient et donc inaccessible à notre intelligence ? La réponse est que conscience et inconscience sont aussi bien opposées que combinées, dialectiquement liées. Dans « Cinq psychanalyses », (chapitre sur la psychanalyse de Dora), Freud explique : « En présence d’une semblable idée prévalente (…) renforcée par l’inconscient (…) on se dit qu’elle ne peut être résolue par le travail intellectuel, soit qu’elle-même s’étende avec sa racine jusqu’au matériel inconscient refoulé, soit qu’une pensée inconsciente se cache derrière elle. Cette pensée inconsciente lui est la plupart du temps directement opposée. Les pensées opposées, contraires, sont toujours étroitement liées les unes aux autres et souvent accouplées de façon à ce que l’une d’entre elles soit très intensément consciente, tandis que son antagoniste demeure refoulée et inconsciente. Cette corrélation est le résultat du processus de refoulement. Le refoulement, en effet, a souvent été effectué de telle sorte que la pensée opposée à celle qui doit être refoulée a été renforcée à l’excès. (…) On ne peut jamais calculer dans quel sens penchera la décision dans un conflit de mobiles, si c’est dans le sens de la levée ou du renforcement du refoulement. L’incapacité de satisfaire aux exigences réelles de l’amour est un des traits caractéristiques de la névrose ; ces malades sont sous l’empire de l’opposition qui existe entre la réalité et les fantasmes de leur inconscient. (…) J’ai voulu éveiller l’intérêt pour certains phénomènes qui sont encore tout à fait ignorés de la science, car on ne peut les découvrir qu’en appliquant précisément cette méthode. Personne ne pouvait, avant elle, avoir une idée exacte de la complexité des phénomènes psychiques dans l’hystérie, de la simultanéité des tendances les plus diverses, de la liaison réciproque des contraires, des refoulements, des déplacements, etc. (…) Il faudra nécessairement supposer que les excitations accompagnées de représentations incapables de devenir conscientes agissent autrement les une sur les autres, se déroulent d’une autre manière et conduisent à d’autres modes d’expression que celles que appelées par nous « normales » et dont le contenu représentatif nous devient conscient. (…) Il y a un processus qu’Alfred Adler a dénommé très justement l’ »intrication des pulsions ». (…) Telle est l’origine des conflits : ce père, que Hans ne pouvait s’empêcher de haïr comme un rival, était le même que Hans avait aimé de toujours et qu’il devrait continuer à aimer ; ce père était son modèle (…) : voilà ce qui donna naissance au premier conflit affectif, tout d’abord insoluble. (…) Nous avons ainsi une pulsion érotique et un mouvement de révolte contre elle, un désir pas encore obsessionnel. »

Dans « Trois essais sur la théorie sexuelle », Freud montre que le psychisme humain n’est pas un mécanisme fondé sur des processus préétablis, figés ni déterminés a priori, mais un processus dynamique qui emploie à chaque fois une voie originale. Cela provient des contradictions et des conflits multiples au sein du lien entre psychisme et sexualité qui est un lien contradictoire. Freud montre notamment que la contradiction entre homme et femme est interne à chaque individu. Une thèse très novatrice puisque Freud affirme que tous les hommes sont plus ou moins bisexuels dans le fonctionnement de leur cerveau. Voilà encore un point où nous demanderons leur avis aux neurosciences.

Dans son « Introduction à la psychanalyse », Freud rappelle que la notion de conflit est indispensable à la compréhension du fonctionnement psychique : conflit entre le moi et la sexualité, comme on l’a lu précédemment, conflit entre désir et refoulement, conflit qui n’est pas en soi pathogène : « Chez des personnes en pleine santé qui sont frappés d’une affection névrotique, on trouve régulièrement les indices d’une opposition de désirs ou, comme nous avons l’habitude de nous exprimer, d’un conflit psychique. Une partie de la personnalité manifeste certains désirs, une autre partie s’y oppose et les repousse. Sans un conflit de ce genre, il n’y a pas de névrose. Il n’y aurait d’ailleurs là rien de singulier. Vous savez que notre vie psychique est constamment remuée par des conflits dont il nous incombe de trouver la solution. Pour qu’un pareil conflit devienne pathogène, il faut donc des conditions particulières. (…) Le conflit est provoqué par la privation, la libido à laquelle est refusée la satisfaction normale étant obligée de chercher d’autres objets et voies. Il a pour condition la désapprobation que ces autres voies et objets provoquent de la part d’une certaine fraction de la personnalité : il en résulte un veto qui rend d’abord le nouveau mode de satisfaction impossible. » Les contradictions internes au fonctionnement du cerveau sont nombreuses. Celle entre conscient et inconscient oppose les deux fonctionnement sans qu’aucun ne détruise jamais l’autre définitivement ni durablement. L’activation du cortex affaiblit l’activation de l’amygdale. Pourtant, il existe des mécanismes amenant des informations de l’amygdale vers le cortex (par exemple, dans la thérapie psychanalytique) et le circuit inverse existe également (refoulement). Freud montre les contradictions qui se combattent de façon dynamique : contradiction réel/virtuel, conscient/inconscient, intelligence/sensualité, plaisir/déplaisir, réflexion/sentiments, désiré/ refoulé, homme/femme, j’aime / je n’aime pas, je désire / je ne désire pas, normal/pathologique. Le fonctionnement normal est contradictoire. La contradiction n’est pas pathologique, c’est la rupture de la contradiction qui l’est. L’enfant n’a pas encore de besoins physiques sexuels mais il a des sentiments sexuels. L’être vivant a un sexe mais il a des sentiments et des besoins de l’autre sexe. Freud a eu le mérite à son époque d’affirmer que chaque être vivant a des côtés hétérosexuels et d’autres homosexuels, des sentiments d’homme et d’autres de femme. Pour Freud, la contradiction est permanente et indispensable. C’est pour rejeter un des éléments de la contradiction qu’apparaît la maladie nerveuse. La maladie est la rupture de la dynamique des contradictions. Le sensuel a tellement été refoulé qu’il devient dominant au niveau conscient et bloque le fonctionnement cérébral au point d’empêcher la réflexion ou même de bloquer des fonctionnements physiques. Ces processus sont contradictoires au sens dialectique comme le rapporte Rita Carter : « Un débordement d’émotion peut bloquer la pensée, tandis qu’une tâche cognitive ardue peut atténuer l’émotion. » Freud relevait non seulement la contradiction dialectique entre conscient et inconscient mais aussi entre pulsion de vie et pulsion de mort, entre sentiment activé et inhibé, entre homme et femme, entre désir et refoulement. Freud reconnaît dans le langage cette capacité à passer rapidement d’une idée à son contraire, d’exprimer les sentiments contraires qui coexistent.

La psychologie humaine, et son fondement, la conscience, basé sur l’auto-organisation des flashs du cerveau, est un domaine où la loi dialectique a cours, comme le note le texte de Gaston Bachelard, « La dialectique de la durée » : « Ces notes rapides sont, croyons-nous, suffisantes pour souligner le rôle de la dialectique dans les phénomènes psychologiques (...) qui sont fondamentalement des successions. Une fonction ne peut être permanente ; il faut que lui succède une période de non-fonctionnement puisque l’énergie diminue dès qu’elle est dépensée. Dans les phénomènes de la vie, c’est en termes de successions qu’il faut définir les contradictions du comportement. » Notre cerveau est un dialogue permanent : entre neurones, entre circuits, entre zones, entre circuits redondants ou non, entre hémisphères cérébraux. Ce dialogue est fondé sur des contradictions. Le message cérébral est construit puis détruit. C’est indispensable au fonctionnement du cerveau. Si le message était conservé en boucle, la zone cérébrale serait bloquée et incapable de porter d’autres messages cérébraux. La négation du message est indispensable à la construction de nouveaux messages. Le message est fondé sur le dialogue collectif d’un grand nombre de cellules. Là encore, il faut entendre par dialogue une négation. A l’échelle d’un seul neurone, l’émission d’un message entraîne pour un intervalle de temps la fermeture de la membraneux du neurone. Le dialogue des contraires, autrement appelé dialectique, est à la base du fonctionnement nerveux et cérébral.

Cette remarque ne concerne pas seulement le neurone mais tout le fonctionnement du vivant. Dans « Repenser la psychanalyse avec les sciences », Georges et Sylvie Pragier rappellent les découvertes de l’immunologie : « Avec la « sculpture du vivant » décrite par Ameisen, (…) l’organisme se construit grâce au suicide permanent auquel tend spontanément chaque cellule. (…) Ainsi, un événement positif, la vie, merveilleux modèle de construction de la complexité, naît de la négation d’un événement négatif, la mort. Cette découverte dessine alors une étrange vision de la vie : « Avoir réussi pour un temps à réprimer le déclenchement du suicide. » comme l’écrit Ameisen dans « La sculpture du vivant ». La survie devient alors négation de la négation, totalement dépendante de messages inhibant l’autodestruction ! (…) « Le destin d’une cellule dépend de la qualité des liens provisoires qu’elle a tissés avec son environnement. » affirme Ameisen. Le destin d’une cellule vers sa mort est l’issue d’une succession de dialogues échangés avec sa communauté qui fonctionne avec l’image d’une société pour l’humain. » On ne peut pas mieux dire : toute société est destinée à mourir de ses propres contradictions. Elle fait ce qu’elle peut pour survivre. Tels sont les buts de sa structure.

La vie est l’inhibition dialectique (pas la destruction de la mort). L’inhibition est également un mécanisme fondamental de la dialectique du système neuronal. Jean-Pierre Changeux les décrit ainsi dans « L’homme neuronal » : « Singer (1979) a suivi la propagation des impulsions électriques du nerf optique au cortex visuel via le thalamus (...) Si, au moment où elles passent, on stimule la formation réticulée, la traversée des signaux jusqu’au cortex est facilitée de manière spectaculaire (...) L’amplitude de la réponse électrique au niveau du cortex augmente. Cette augmentation correspond à la levée d’une inhibition intrinsèque qui, lors du repos, met le régime du canal au niveau le plus bas. L’acétylcholine sert de neurotransmetteur. Elle inhibe une inhibition, donc, elle active. Le noyau de la formation réticulée qui la contient agit comme régulateur du canal visuel. » Dans le numéro de janvier 2007 de « La Recherche », Patrick Philipon, citant les travaux d’Axel Cleermans, rappelle que « 70% des neurones du cortex sont inhibiteurs. L’inhibition neuronale est donc certainement une fonction essentielle. » Il relève, par exemple, que « le cortex latéral préfrontal inhibe les activités cérébrales non pertinentes. (...) Lorsqu’une perturbation est suffisamment forte pour être perçue, cette aire intervient pour inhiber l’activité du cortex visuel : elle « filtre » le signal non approprié. » L’article explique ainsi que l’un des moyens d’inhiber cette inhibition est que le message soit suffisamment rapide (image subliminale). L’inconscient est donc inhibition du conscient et inversement.

Les Pragier montrent que le psychisme est un processus dialectique : « L’appareil psychique se constitue en un mouvement dialectique : ouverture à l’objet qui participe à l’émergence du sujet et fermeture sur lui-même où le sujet devient le moi de l’appareil psychique. Freud avait résolu le problème en faisant émerger le moi des identifications. »

Le refoulement est un processus dialectique permanent qui contredit (inhibe, combat, cache) le désir sans le supprimer. L’analyse freudienne, qui rend consciente le fantasme pour en supprimer le caractère pathogène, est une inhibition de l’inhibition.

L’inhibition est un processus fondamental du psychisme puisque la réalisation d’une pensée consciente serait le produit d’une inhibition : celle du processus d’autodestruction de la pensée inconsciente.

3 Messages de forum

  • Psychanalyse et dialectique 18 août 2010 10:23, par MOSHE

    Pour Freud, le cerveau est un univers des conflits, des contradictions. Les sentiments, les fantasmes, les situations entraînent des réactions opposées dues à la peur, au dégoût, au rejet, à la haine. Les contraires ne se suppriment pas définitivement, mais se masquent, se refoulent, se bloquent. Par exemple, le processus d’oubli n’est pas un simple effacement : il est une inhibition, une négation, c’est-à-dire un processus négatif qui a sa propre négation. L’effacement serait définitif et ne pourrait jamais revenir déranger les victimes de névroses. La mémoire inconsciente est la preuve que ce qui n’est pas conscient peut rester présent dans le cerveau.

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  • Psychanalyse et dialectique 20 août 2010 18:27, par moshe

    Pour Freud, le cerveau est un univers des conflits, des contradictions. Les sentiments, les fantasmes, les situations entraînent des réactions opposées dues à la peur, au dégoût, au rejet, à la haine. Les contraires ne se suppriment pas définitivement, mais se masquent, se refoulent, se bloquent.

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  • Psychanalyse et dialectique 24 mai 2015 06:46, par R.P.

    Le traumatisme du non-dit, du refoulé :

    Boris Cyrulnik écrit dans « Sauve-toi, la vie t’appelle » :

    « J’ai longtemps cru que j’avais à peu près surmonté le fracas de la guerre, le chaos de mes premières années grâce à une sorte de résistance mentale et surtout grâce au silence qui m’avait sauvé la vie… Je croyais naïvement que le fracas de la guerre suffisait à définir le traumatisme. Je me demande aujourd’hui si le fait d’avoir été contraint à me taire quand la paix est revenue n’a pas été une déchirure plus grave. .. Quand une perte précoce survient lors d’une période sensible du développement et que le milieu ne propose aucun substitut affectif, l’enfant se retrouve dans une situation d’isolement sensoriel où rien n’est stimulé, ni son cerveau, ni sa mémoire, ni son histoire. Et si l’isolement dure trop longtemps, le cerveau s’assèche, la mémoire s’éteint, la personnalité ne peut plus se développer. »

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