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Des guerres impérialistes, du Golfe au Liban, en passant par l’Afghanistan et la Yougoslavie

mardi 21 août 2007, par Robert Paris

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« La lutte contre le terrorisme a commencé et elle va durer longtemps. (...) C’est la première guerre du 21ième siècle » a déclaré George Bush au lendemain du 11 septembre 2001, alors qu’il affirmait encore ne pas savoir d’où venait cet attentat terroriste. Cela ne l’empêchait pas de déclencher un déluge de feu sur l’Afghanistan, une guerre qui dure toujours en 2009 !

Au delà d’une simple réponse à un attentat horrible et révoltant, la guerre est un choix politique de l’impérialisme. Ayant réussi à faire cautionner leur guerre par les principales puissances mondiales y compris Russie et Chine, Colin Powell déclarait triomphalement : « Maintenant, on est vraiment passés à l’après-guerre froide. ». La lutte contre le terrorisme est donc la suite de ce que les USA appelaient la « lutte contre le communisme ». Même si l’intervention militaire fait mine d’être seulement défensive, c’est à nouveau une politique de « containment » qui remplace celle des blocs et qui est nécessaire à la domination impérialiste du globe. Depuis la fin de l’URSS, il y a un seul bloc mais la guerre continue à être un mode de gestion des contradictions de la société capitaliste, contradictions qui sont loin d’être moins violentes. Le nom « liberté immuable » donnée à cette intervention des grandes puissances signifie, selon ses auteurs, qu’est éternelle la liberté telle que l’entend le monde capitaliste. C’est-à-dire la liberté d’exploiter, de s’approprier les richesses humaines et naturelles aux dépens des classes ouvrières et des peuples. Et cela commence par la liberté pour le pays le plus riche du monde de bombarder l’un des pays les plus pauvres de la planète, l’Afghanistan, à l’aide des moyens les plus sophistiqués du 21ième siècle.

Que font les USA en Afghanistan ?
Les USA bombardent massivement. Chaque missile de croisière américain vaut plus cher que tout le quartier où il est en train de semer la mort. Le coût de la guerre dépasse déjà le budget du pays. C’est une guerre du même type que les précédentes : la guerre du Golfe de 1991 ou la guerre du Kosovo de 1999. Après l’Irak ou la Yougoslavie, c’est l’Afghanistan. Le scénario est à chaque fois le même. Les USA choisissent comme ennemi public n° 1 un Etat qui n’a pas la capacité de riposter, un pays du tiers monde déjà très affaibli et appauvri par des années de guerre et de guerre civile. Et sous prétexte que le régime qui s’impose à la population est un régime de dictature atroce, il fait un carton parmi les habitants. L’ « ennemi » est cloué au sol par des moyens aériens gigantesques et ne peut pas riposter. Tous les peuples du monde regardent (même si ils n’ont droit à aucune information directe) ce déferlement de violence du « gendarme du monde » avec un sentiment d’impuissance (et de rage pour ceux qui se sentent solidaires des victimes).
L’Afghanistan a subi plus de 20 ans de guerre ininterrompue et des destructions innombrables, au point qu’avant l’intervention américaine les organisations humanitaires déclaraient déjà que le pays était menacé par une catastrophe humanitaire lors de l’hiver. Le jeudi 6 septembre, le Plan Alimentaire Mondial des Nations Unies reconnaissait que 3,8 millions de personne allaient connaître la famine en Afghanistan. L’objectif des Américains n’est bien sûr absolument pas de libérer le peuple afghan de la dictature réactionnaire des mollahs, de libérer les femmes d’une oppression encore plus grande ni de libérer toute la population de la misère. Ils annoncent même par avance que le régime qu’ils envisagent, dans le meilleur des cas s’ils parviennent à convaincre les seigneurs féodaux de la guerre de collaborer entre eux, est l’union entre tous ces chefs de bandes, tous aussi islamistes et réactionnaires sous l’égide d’une royauté moyenâgeuse. Et cela signifie y compris de retrouver dans ce pouvoir le plus grand nombre possible d’ex-taliban récupérés par le camp du plus fort. De toutes façons, ce sera la poursuite des guerres féodales et tribales, éventuellement sous l’égide de l’ONU. Et cela finira peut-être même par le maintien d’un régime taliban sous surveillance ! Mais le problème des USA est-il vraiment le régime des taliban, un pouvoir qu’ils ont eux-mêmes fabriqués et mis en selle, un pouvoir dictatorial qui leur semblait même propice à imposer un ordre ? Pensent-ils vraiment en finir ainsi avec l’organisation de Ben Laden qui a des bases dans de nombreux pays plus riches que le misérable Afghanistan ?
Les USA n’ont pas mobilisé leurs forces et polarisé toute la planète juste pour conquérir les montagnes d’Afghanistan qui ne recèlent pas des trésors ni pour améliorer le régime politique dans cette région arriérée et reculée. Les USA n’ont même plus la justification de la première guerre d’Afghanistan, la nécessité d’affaiblir l’URSS. Quant aux taliban, ce n’est certainement pas eux qui ont décidé d’en découdre avec les USA. Ces derniers étaient prêts à négocier avec eux le passage sur leur territoire du gaz et du pétrole d’Asie centrale, ce qui vaut une reconnaissance. Frapper l’Afghanistan c’est d’abord rappeler au monde que, malgré la gifle que représente l’attentat du 11 septembre, les USA sont la plus puissance dominante et qu’elle peut frapper quand elle veut, où elle veut.

Quels sont les buts réels de l’impérialisme dans cette guerre ?
Déclarer l’état de guerre, même si l’adversaire est peu visible (Ben Laden) ou peu crédible (les taliban), cela a l’avantage pour les USA d’obliger chacun à choisir un camp. Et ces sont les USA qui définissent les camps : d’un côté le terrorisme et particulièrement l’islamisme radical et de l’autre les USA. Ils veulent ainsi contraindre toutes les puissances à s’aligner mais ils veulent tout autant y contraindre les peuples. Et d’abord le peuple américain auquel ils peuvent ainsi justifier, par la nécessité de défendre leur sécurité, d’imposer des sacrifices d’une ampleur exceptionnelle. Ils accélèrent une opération de licenciements de grande échelle. Bien sûr ils l’avaient commencé bien avant, du fait d’une récession économique qui ne doit rien à Ben Laden, mais cela ne les gêne pas pour l’en accuser. Ils justifient ainsi le déblocage de milliards de dollars en faveur des trusts qu’ils envisageaient aussi avant pour soutenir les patrons américains. Mais dorénavant ceux-ci sont présentés comme la solidarité nationale et la mobilisation patriotique du pays nécessaires face au terrorisme. Les travailleurs américains devront payer. C’est un recul considérable du niveau de vie de la population, correspondant à l’effort demandé pour soutenir les trusts, qui les menace.
Les dirigeants américains contraignent ainsi la population à se solidariser avec son Etat et sa classe dirigeante au moment où ils attaquent de plein fouet celle-ci sur le plan économique, politique et social, en se servant pour cela du climat d’union nationale qui a suivi le choc du 11 septembre. Ils s’attaquent aux droits de la population par la nouvelle « loi patriote ». Ils maintiennent sous la pression de la peur le peuple américain et l’obligent ainsi à accepter et même à applaudir les sacrifices qu’on lui demande au nom de la lutte contre le terrorisme. Mais les dépenses que l’Etat américain réalise immédiatement consistent à renflouer les caisses des compagnies aériennes, des assurances et à relancer la course aux armements. Toutes choses qu’ils envisageaient de faire avant le 11 septembre à cause du ralentissement économique et des difficultés américaines mais que l’attentat permet de justifier et d’accélérer considérablement sans grand risque de protestations populaires. Déjà, l’entrée en guerre leur a permis, momentanément au moins, d’éviter le krach boursier attendu. Les classes dirigeantes tâchent de retourner à leur profit la situation et c’est d’autant plus faisable que les attentats n’ont porté atteinte qu’à la crédibilité sécuritaire de l’Etat mais pas à la puissance américaine.

Les USA luttent-ils contre l’islamisme ?
Les Etats-Unis lancent la politique dite d’éradication du terrorisme qui vise spécialement celui qui prétend s’appuyer sur l’Islam. L’attentat de New York et de Washington et ses presque 6000 morts peut sembler justifier une telle nécessité. Mais les Etats-Unis se sont bien gardés de s’en prendre aux Etats qui financent et organisent les organisations combattantes islamistes car ce sont tous des « pays amis » des USA : l’Arabie saoudite, les Emirats Arabes Unis et le Pakistan. Ils ne leur ont jamais reproché de le faire et s’en sont souvent servi. Le régime pakistanais le plus soutenu par les USA était aussi le plus islamiste qu’ait connu le pays : la dictature du général Zia ul-Haq. Même le développement des groupes islamistes en Afghanistan n’a pu se faire que grâce à l’aide et à l’appui de ces trois pays et grâce aussi au soutien des USA. A l’époque, en 1988, Ben Laden constituait son organisation avec l’appui de la CIA dont il était considéré comme le pion principal dans la région et les taliban, étudiants en religion et en djihad, étaient formés et armés au Pakistan sous l’égide de l’Etat Pakistanais, avec l’aide des monarchies du pétrole et la bénédiction américaine.
Aujourd’hui, les USA prétendent se détourner de ces islamistes, depuis qu’ils ont battu le bloc de l’est. Pourtant les pays points d’appui et pourvoyeurs de fonds du terrorisme islamiste, restés des dictatures féodales qui utilisent l’Islam pour imposer des régimes ultra-réactionnaires, sont toujours des piliers des USA dans leur région. Comment peut-on dénoncer la situation de la femme afghane (avec retard) sans dénoncer celle de la femme en Arabie saoudite (totalement cachée aux regards), dans un pays où elle n’a quasiment aucun droit, même pas celui de conduire un véhicule ? Comment peut-on en même temps dénoncer la dictature du mollah Omar et justifier celle des princes du pétrole d’Arabie saoudite ? Cette monarchie absolue, sans l’ombre d’une liberté pour la population, détient le record mondial par habitant du nombre de condamnés à mort (publique et au sabre). Certains d’entre eux n’ont pas commis d’autre crime que d’avoir accidenté le véhicule d’un potentat féodal local, d’avoir dansé, bu de l’alcool ou pratiqué une religion autre que l’Islam ! Comment peut-on faire croire que les USA luttent contre l’islamisme alors que celui-ci reçoit, au vu et au su de tous, le soutien de ces monarchies du Golfe, et que les USA se gardent bien de s’en prendre aux banques islamiques qui financent ces groupes tant elles sont complètement imbriquées dans leurs propres affaires ?

Et le combat contre les financiers de Ben Laden ?
La liste des établissements financiers dont Bush a bloqué les fonds ne comprend même pas une des banques liées à Ben Laden. Comme le relève « Nouvel Observateur » du 4 octobre 2001 « certaines institutions financières ou organisations charitables d’Arabie saoudite ont été oubliées dans la liste de George Bush ». Et le journal cite ainsi Dar Al-Maal Al-Islami et Dubai Islamic Bank et rappelle que « ces banques figurent même parmi les actionnaires de la banque Al-Shamal, fondée en 1990 au Soudan, dans laquelle Ben Laden a investi 50 millions de dollars. Quant à Wadi Al-Haqiqi, la société créée par le terroriste milliardaire pour investir au Soudan, au Kenya et au Yémen dans l’électricité, l’édition et l’agro-alimentaire, elle est liée à un fonds d’investissement américain à la tête duquel on retrouve de nombreux membres de l’entourage de l’ancien président Bush.  » Et de relever que les USA ne veulent pas s’attaquer « à des établissements qui ont pignon sur rue à Riyad, Dubaï, Londres et Genève et qui hébergent le trésor de l’ ‘‘ ennemi public numéro un de l’Amérique’’ » (rapporté également par Le Monde du 2 octobre). Mais comment attaquer les commanditaires sans nuire aux intérêts des « bons » capitalistes, notamment américains ? Le même article cite Jean de Maillard, spécialiste des circuits de l’argent noir, qui déclarait : « Seuls les naïfs pensent encore qu’il y a d’un côté l’économie propre et de l’autre les réseaux financiers criminels. En réalité ce sont deux faces d’une même planète financière. » Et de relever que les terroristes qui ont procédé à l’attentat contre l’ambassade américaine de Nairobi avaient des comptes à la Barclays de Londres, à la Girocredit de Vienne, à la Deutschebank ou à la Citybbank. Quant aux présumés pilotes kamikazes de l’attentat du 11 septembre, ils étaient en relation financière avec la principale banque de Dubaï. Mais peut-on s’attaquer à des capitaux du Golfe sans prendre des risques importants de mesures rétorsion de la part des financiers du Golfe, qui seraient catastrophiques pour l’économie américaine, sans parler des retombées politiques ? Lors des attentats anti-US de 1998 attribués à Ben Laden, « le Monde » du 3 octobre 2001 rapporte que « les secrétaires d’Etat au trésor se s’étaient opposés à l’idée de bloquer informatiquement les transactions financières liées au réseau Ben Laden » car ils disaient que : « cela pouvait mettre en péril la stabilité du système financier international ».

Les USA luttent-ils vraiment contre le terrorisme ?
Comment croire aussi que les USA, le pays qui aide le plus de mouvements terroristes dans le monde, vont brusquement le combattre parce que, pour une fois ce sont eux qui en ont été victimes ? On ne peut oublier que ce sont les USA qui ont aidé, armé et financé quand ce n’est pas directement organisé, en Amérique latine, la guérilla des contras, les brigades spéciales soi-disant contre la drogue et autres escadrons de la mort ou régimes de terreur comme celui de Pinochet. On ne peut oublier que c’est eux qui, en Asie ont longtemps financé et armé les khmers rouges et autres mouvements de guérilla longtemps après avoir quitté l’Indochine en y laissant un champ de ruines. Ni que c’est encore eux qui, en Afrique continuent actuellement, conjointement avec l’impérialisme français et parfois concurremment, à financer des guérillas comme celle du Soudan, des bandes armées comme celles du Zaïre, des armées de tueurs comme celle du Sierra Leone et des régime terroristes comme celui du Nigeria. La coalition soi disant anti-terroriste des USA, de la Chine et de la Russie devrait prêter à rire. L’image de Poutine et Bush bras dessus, bras dessous, n’évoque pas plus l’anti-terrorisme que la lutte pour la démocratie, mais plutôt la caution des uns aux crimes des autres ! L’accentuation de la terreur de l’armée russe en Tchétchénie aura droit désormais au qualificatif de lutte anti-terroriste avec la caution américaine, et de même pour la Chine au Xin Jiang. Sans parler du soutien américain à l’Etat Israélien qui pratique ouvertement le terrorisme d’état contre le peuple palestinien. Et maintenant c’est en Afghanistan que les USA soutiennent des bandes armées de féodaux islamistes, comme l’alliance du nord, parce qu’elles sont soi-disant anti-taliban. Mais l’armée de l’ex-commandant Massoud est fondée sur le même type de féodaux, a commis lorsqu’elle était au pouvoir les mêmes exactions, les mêmes pendaisons au nom de l’Islam, a condamné les femmes à une dictature tout aussi barbare et le peuple à la même misère. Ministre en 1992, il fit bombarder le quartier chiite de Kaboul, faisant des milliers de morts. Dans sa lutte contre les taliban, il ne faisait pas de quartier non seulement à ses adversaires mais aussi aux populations civiles. Le deuxième nom de l’Alliance du Nord est celui de Commandement Islamique Unifié ! Et l’anti-terrorisme des USA consisterait non seulement à soutenir ces islamistes mais à déverser sur ce peuple des bombes, des missiles de croisière et maintenant des bombes à fragmentation !
Le terrorisme de grande puissance ne combat même pas le terrorisme issu des pays pauvres : il le nourrit. Les USA savent parfaitement que leur intervention militaire, loin d’affaiblir les islamistes dans le monde musulman, ne fait que les renforcer et les créditer. Cela fait partie de leur calcul pour polariser la planète, comme lors de la politique des blocs. Bush, en bombardant massivement le peuple afghan, ne fait que renforcer le sentiment des peuples musulmans selon lequel l’Occident est en lutte contre l’Islam, thèse qui ne peut que renforces Ben Laden. De même que les bombardements sur l’Afghanistan ne peuvent que contraindre la population à se rapprocher des taliban.

Comment la bourgeoisie se sert de l’islamisme autant que de l’anti-islamisme ?
Que les peuples révoltés par la misère et les dictatures, révoltés par la guerre du Golfe et les frappes américaines sans fin contre l’Irak autant que par la violence de la répression israélienne contre les Palestiniens se tournent vers des intégristes religieux, cela ne gêne pas fondamentalement l’impérialisme. Même s’il peut y avoir des dangers collatéraux pour le peuple américain comme au World Trade Center ! Même si on a vu qu’ils peuvent frapper les USA, ce n’est pas le capitalisme que les intégristes menacent malgré leurs rodomontades. Ceux qu’ils veulent mettre sous leur coupe à l’aide de leur morale moyenâgeuse ce ne sont pas les Américains ni les occidentaux mais les peuples musulmans. Par contre, les intégristes ont le mérite aux yeux de l’impérialisme d’être des ennemis mortels du socialisme et des perspectives de changement social que pourrait offrir la classe ouvrière. Du coup, pour les USA, c’est faire la part du feu que de laisser les intégristes capitaliser un mécontentement populaire et le détourner dans un sens d’extrême-droite. Pour la bourgeoisie, l’islamisme, y compris radical et violent, est un bon moyen d’écraser des révoltes populaires et de d’embrigader des peuples qui pourraient se radicaliser socialement. Les patrons indiens comme les propriétaire féodaux pakistanais l’ont fait maintes fois, avec l’aide des USA. Rappelons aussi que les USA, après la révolte populaire de 1988, poussaient le régime algérien de la fin des années 80 à faire participer au pouvoir les islamistes du FIS, qui menaient pourtant déjà des actions terroristes contre les femmes, contre les syndicalistes et contre les démocrates. Le FIS avait alors pignon sur rue à Washington !
La politique dite d’éradication du terrorisme islamiste, le peuple algérien sait ce que c’est. Il vient de la vivre pendant plus de dix ans. Il l’a payée de 150 000 morts et les attentats terroristes continuent de frapper la population. Après avoir ouvert aux islamistes les allées du pouvoir en 1989, la dictature militaire algérienne a choisi en 1991 de mener contre eux la guerre civile. Mais cela a surtout représenté une guerre des deux camps armés contre des civils désarmés et d’abord contre la classe ouvrière. Sous prétexte de défendre la sécurité des citoyens, la dictature s’en est servie pour justifier sa propre férocité, pour maintenir le peuple sous la chape de plomb, entretenir des forces spéciales de tueurs et de combattre ainsi tout risque d’explosion sociale. Il a pu ainsi licencier massivement et faire subir au peuple travailleur une misère inconnue jusque là. Voilà ce que l’impérialisme américain peut faire, de façon planétaire cette fois, sous couvert d’« éradication du terrorisme ». Et après avoir bombardé et terrorisé les peuples (car après l’Afghanistan qui dit qu’ils s’arrêteront en si bon chemin et n’enverront pas quelques missiles sur l’Irak ou ailleurs) sous prétexte de lutte contre des pays traités d’ « Etats voyous », il peut très bien s’entendre avec eux. C’est ce qu’il est en train de faire avec la Syrie, l’Iran ou la Chine parce que ces Etats prennent parti pour les USA dans le nouveau conflit. Le Soudan, ex-allié de Ben Laden mis au ban par les USA lors de l’attentat du World Trade Center de 1993, ne vient-il pas d’être rayé de la liste des « pays terroristes » établie par le Département d’Etat américain ? Le Soudan est même devenu pour les USA un « pays de haute priorité » (un détail : son sous-sol regorge de pétrole !). Pourtant cet Etat, qui pratique toujours autant la loi religieuse islamique la plus stricte et la torture, n’est pas devenu moins réactionnaire ni violent. Il a seulement choisi le camp des USA en prenant parti contre Ben Laden. Mais qui est ce Ben Laden qui peut, à lui seul nous dit-on, menacer les USA ?

D’où vient le terrorisme de Ben Laden ?

C’est bien des guerres suscitées par les USA, Pakistan-URSS en Afghanistan, puis Iran-Irak et enfin USA-Irak qu’est sorti le terrorisme d’un Ben Laden. L’histoire de Ben Laden, ancien agent de la CIA en Afghanistan dans la guerre contre l’URSS est bien connue (avec moins de diffusion aux USA). Celle de l’opposant saoudien Ben Laden, qui s’oppose à l’accroissement de la mainmise américaine sur la région pétrolière en développant un mouvement islamiste contre la monarchie saoudienne, l’est moins. Cependant, ce n’est pas l’oppression des peuples qui a armé le bras de Ben Laden. Il n’agit pas pour la cause des populations qui ont subi morts et souffrances. A l’occasion de ces guerres, les USA ont mis les pétromonarchies du Golfe sous une dépendance économique accrue du fait des embarras financiers et sous leur dépendance militaire. Ce qui motive la lutte de Ben Laden c’est la défense des intérêts de cette riche bourgeoisie du Golfe face aux USA.

Comment l’impérialisme se sert des guerres pour contrôler le pétrole du Golfe Persique ?
Il convient de rappeler que les USA ont d’abord poussé le dictateur irakien Saddam Hussein à se lancer dans une guerre meurtrière contre l’Iran, guerre qui a duré de 1980 à 1989 et a qui a mis à genoux les deux pays. Ils l’ont alors amené à s’endetter notamment auprès des pétromonarchies. Puis ils l’ont lâché face à une situation financière, sociale et politique ingérable. C’est ce qui l’a incité à envahir le Koweit en 1990. Pour punir l’Irak de cette audace, les USA ont alors déclenché en 1991 la croisade internationale appelée « tempête du désert » qui a entraîné un massacre de civils irakiens. La mobilisation monstre était justifiée alors en prétendant que l’Irak était « la deuxième armée du monde » ! Le prétexte de cette guerre était le renversement de la dictature de Saddam Hussein et l’aide aux minorités opprimées, kurde et chiite. Une fois la guerre terminée, laissant Saddam en place faute d’une dictature de rechange, les USA ont lâché ces minorités et laissé le peuple irakien subir la misère, puis les conséquences dramatiques du blocus. Ils ont même poursuivi pendant des années les bombardements périodiques. En plus de faire mourir des milliers d’enfants irakiens, l’embargo a eu comme conséquence de soustraire au marché des quantités de pétrole, celui de l’Irak et, du coup, de soutenir les prix du pétrole. Cela a permis de maintenir à flots l’économie de l’Arabie saoudite, massivement endettée depuis la guerre du Golfe dont elle avait été le principal financier.
Les USA, en convaincant le roi Fahd en 1991 que l’Arabie saoudite était menacée par l’expansionnisme irakien, ont réussi à faire porter toute la responsabilité régionale de la guerre, politique et financière, sur la monarchie saoudienne. Officiellement c’est à sa demande que les USA sont intervenus contre l’Irak en 1991. Le pays a dû débourser 60 milliards de dollars (dont la moitié payée aux USA) et accueillir sur son sol un demi million de soldats américains. Une fois la guerre finie, l’Arabie saoudite a été obligée de rester sous la coupe des USA car elle était considérablement endettée. La monarchie a été discréditée politiquement par l’alliance américaine. Une partie des troupes américaines est restée dans le Golfe et même sur le sol saoudien. C’est à ce moment que Ben Laden a créé à l’intérieur du pays un mouvement islamiste saoudien contre le pouvoir. Il a eu des appuis au sein du pouvoir, de la haute bourgeoisie comme de la hiérarchie religieuse.
L’Etat saoudien était alors en situation économique très difficile. Déjà il était tombé de son haut lors de la chute des prix du pétrole du milieu des années 80. Les guerres avaient fait le reste. Le pays a dû contracter deux emprunts internationaux en 1991 d’un total de sept milliards de dollars et, malgré une augmentation spectaculaire de la production pétrolière, le déficit du budget était encore de 20 milliards de dollars en 1992. A la limite du krach, le pays a dû passer sous les fourches caudines du FMI, réduire son train de vie, supprimer ses projets, laisser une bonne partie de ses étudiants supérieurs sans emploi et sans ressources et réduire même les dépenses somptueuses des princes (paraît-il 20% du budget).
Le régime saoudien avait obtenu, lorsque le cours du pétrole était au plus haut (avec le quadruplement du prix du pétrole en 1973), de récupérer à l’amiable la possession de ses ressources naturelles, gaz et pétrole. L’ARAMCO (conglomérat de sept sociétés dont les principales sont Chevron, Mobil, Exxon et Texaco) était alors devenue société nationale saoudienne en échange de dédommagements et d’accords sur les investissements aux USA des revenus du pétrole et sur des achats aux sociétés américaines, en particulier en termes d’armement. Les milieux bourgeois saoudiens ont eu des rêves de grandeurs de 1976 à 1980, rêves qui se sont effondrés avec la chute des cours en 1984 puis avec les guerres. Depuis que l’Etat saoudien est endetté et sur la corde raide économiquement et socialement, les USA détiennent un moyen de pression sur le régime. Les trusts pétroliers américains mettent tout leur poids pour obtenir à nouveau les concessions pétrolières et gazières en échange d’une suppression des dettes saoudiennes. C’est ce que le prince Abdallah a commencé à négocier aux Etats-Unis en septembre 1998. Mais il n’a pu signer de sa propre autorité et a dû mettre en place un conseil des princes chargé de discuter des conditions d’un accord et, trois ans plus tard, rien n’est encore réglé. Pour la royauté, céder aux pressions américaines ne peut que soulever des oppositions au sein de toutes les couches sociales, financiers, bourgeois et petits bourgeois saoudiens qui accusent la royauté de brader les richesses, chefs religieux qui ne veulent pas de l’ouverture du pays aux intérêts étrangers ni de l’introduction d’un mode de vie occidental, des princes (plusieurs milliers de descendants des diverses femmes d’Ibn Saoud) qui refusent que l’on rogne leurs rentes pétrolières comme le proposent les plans de réduction des dépenses du FMI, sans même parler du peuple lui-même dont le niveau de vie dégringole et dont la jeunesse ne trouve plus d’emploi.
Le monde capitaliste est fondé sur une industrie basée en grande partie sur le pétrole or une grande partie de ce pétrole (25% des réserves de pétrole pour la seule Arabie saoudite, le plus grand producteur mondial) sort d’une région qui peut s’embraser facilement. Les USA savent parfaitement, même s’ils se gardent bien de dévoiler ces rouages secrets de Ben Laden sous peine de dévoiler les leurs, qu’une fraction de la classe dirigeante saoudienne veut les éloigner des lieux saints ... du pétrole.
« Le Monde » du 21 octobre citait Michael Klare, professeur dans le Massachussets, spécialiste des relations internationales, auteur de « guerres pour les ressources naturelles », interrogé sur les causes de la guerre actuelle, qui déclarait « La clé de la crise est l’engagement militaire américain en Arabie saoudite. Cette implication n’a d’autre objet que le pétrole : l’Arabie saoudite possède 25% des réserves mondiales et l’économie américaine est basée sur le pétrole. Les Etats-Unis sont engagés dans la protection de la monarchie saoudienne et se trouvent donc en conflit direct avec ceux qui veulent renverser cette monarchie, donc avec Ben Laden. (...) L’Afghanistan ne joue pas un grand rôle dans la crise actuelle. Ben Laden est un saoudien qui s’est réfugié en Afghanistan, et ses intérêts réels sont en Arabie saoudite. Les Etats-Unis n’attaquent l’Afghanistan que parce que c’est là que se trouve Ben Laden.

Qui finance Ben Laden ?
Quant aux financement des activités de Ben Laden, elles viennent non seulement de son énorme fortune mais aussi de celle de nombreux milliardaires du Golfe qui l’ont soutenu dans son action. Des rapports officiels américains, dont un rapport rédigé en décembre 1999 pour le fisc américain et actualisé pour la dernière fois en juin 2001, cité le 26 septembre au sénat américain et diffusé par le site américain « Intelligence Online » et un rapport d’août 1996 du Département d’Etat Américain, montrent que la nébuleuse financière de Ben Laden est étendue et très riche, comprenant nombre de banques du Golfe. Le problème que relèvent ces rapports c’est qu’aucune banque occidentale un tant soi peu importante n’est indépendante de ces financiers et de ces banquiers liés à Ben Laden et que le clan du président américain, lui-même, y est aussi lié via le Carlyle Group. Le rapport du Département d’Etat affirme notamment que la banque El-Shamil contrôlée par Oussama Ben Laden est liée à la DMI (Dar al-Maal Al-Islami), la première institution financière islamiste, fondée à l’initiative des princes saoudiens et des émirs du Golfe. La Dubaï Islamic Bank est impliquée dans le financement des opérations de Ben Laden mais les USA n’osent pas la mettre en cause. Les noms les plus fréquemment cités sont ceux du milliardaire saoudien Khaled Ben Mahfouz qui « pèse » 2,4 milliards de dollars. Il aurait des participations importantes et des liens avec de très grandes banques et établissements financiers, notamment l’une des plus grandes banques saoudiennes, la National Commercial Bank, la Faisal Islamic Bank, la SICO Saudi Investment Company, la banque AI Shamal, le réseau frauduleux gravitant autour de Ghaith Pharaon qui a pris la suite de la BCCI (fermée en 1991 du fait d’un scandale financier), le réseau financier saoudien de la holding Dar AI Maal AI Islami, la National Commercial Bank saoudienne, la Saudi Sudanese Bank, la Bank of New York de Suisse, Saudi Sudanese Bank du Soudan, Prime Commercial Bank du Pakistan, l’International Bank of Yemen, la Dubai Islamic Bank, London Trust Bank, Dubai Islami IC Bank et autres. Et personne ne peut soupçonner de tels membres de la grande bourgeoisie du Golfe de soutenir Ben Laden par simple idéal religieux, sans que cela soit un investissement qu’ils peuvent espérer rentable. Cela fait en effet plus de huit ans qu’ils appuient, en connaissance de cause, le terrorisme anti-américain de Ben Laden : depuis 1993, date de son entrée en lutte contre le roi Fahd d’Arabie saoudite. Pourtant, la famille Ben Laden était connue comme un pilier du régime royal (constructeur principal du roi). C’est à ce titre que le prince Turki al-Fayçal, fils de l’ex-roi Fayçal et chef des services secrets saoudiens a nommé Oussama Ben Laden responsable des combattants islamistes arabes envoyés en Afghanistan sur fonds de l’état saoudien. Quand la Russie s’est retirée d’Afghanistan, Ben Laden est retourné en Arabie saoudite et a proposé au royaume, en pleine préparation d’une confrontation militaire avec l’Iran et l’Irak, d’employer ses combattants arabes d’Afghanistan dans la défense du pays au lieu de se jeter dans les bras de l’armée américaine. C’est le refus du roi Fahd et son acceptation du diktat américain, imposant des troupes US massives sur son sol et une mainmise sur les revenus pétroliers au nom de la guerre, qui a entraîné Ben Laden dans la dissidence.
Avec la crise dans les pétromonarchies, les bourgeoisies saoudienne et des émirats, qui investissaient et dépensaient sans compter et se voyaient déjà comme une partie du gratin mondial, de la haute finance internationale, sont tombées de tout leur haut. Il y a eu des faillites comme celle de la banque de la BCCI (Banque de Crédit et de Commerce International dont l’actionnaire principal était l’émir d’Abu Dhabi) reliée par mille liens à la nébuleuse financière de Ben Laden et qui blanchissait l’argent maffieux. Dissoute officiellement, la BCCI s’est transformée en finance illégale. De la même manière, une fraction de la finance du Golfe s’est tournée vers des milliardaires moins classiques travaillant dans le terrorisme autant que dans les jeux boursiers comme Ben Laden et Ben Mahfouz (un multimilliardaire - en dollars - saoudien).

Les USA sont-ils menacés ... en Arabie saoudite ?
Le régime saoudien déstabilisé pourrait effectivement basculer dans le camp anti-américain. Il faut savoir que l’Arabie saoudite compte plusieurs milliers de princes qui ne voient nullement d’un bon oeil une partie de l’argent du pétrole s’en aller dans les poches des capitalistes américains que ce soit sous prétexte de ventes d’armes, de paiement de la dette ou d’investissements aux USA. Et ces princes, menacés de devenir des gens comme les autres par l’endettement et la mainmise américaine, sont prêts à tout pour l’éviter. En somme le pouvoir est aux mains d’une grande famille mais même celle-ci ne le soutient plus. Ceux qui vont perdre leurs privilèges sont mûrs pour basculer dans le fascisme. En même temps, une fraction de la bourgeoisie et de la petite bourgeoisie du Golfe s’est retrouvée menacée de ruine ou incapable de trouver un emploi dans des pays où les emplois subalternes sont entièrement occupés par des immigrés très exploités. Ce sont de ces couches sociales autrefois aisées, cultivées, ayant des visées élevées et craignant maintenant pour leur avenir qu’est issue une quantité de jeunes près à tout pour faire payer cher aux USA leurs espoirs déçus, leurs ambitions cassées. C’est ce type d’hommes qui ont été les recrues de l’organisation Al Qaida de Ben Laden. Ils ne ressemblent nullement aux recrues islamistes tels qu’on les imagine souvent et tels que sont les taliban afghans : des fils de paysans pauvres fanatisés dans les madrasa, ces écoles coraniques formant des misérables à la djihad. Les hommes de Ben Laden sont au contraire des membres des milieux favorisés, cultivés et éduqués à l’occidentale, ayant réussi dans leurs études, souvent fils de grandes familles, et se tournant vers le « fascisme vert » par hargne et par vengeance. Ainsi, l’attentat de 1998 à Nairobi a été organisé par Mohamad Al-Owhaliissu d’une famille saoudienne riche et puissante.
Le pouvoir saoudien est d’autant plus déstabilisé que la querelle de succession dure depuis 1996, date à laquelle le roi, devenu impotent, a dû céder les rênes au prince héritier Abdallah. Un roi n’a toujours pas pu être nommé parce que le clan princier le plus important, celui des Soudeiri, réputé le plus riche et le plus corrompu, ne veut pas de cette succession. Le prince Abdallah dirige de facto l’Arabie saoudite depuis 1996 mais il garde le seul titre de prince héritier et la lutte continue pour le titre de roi. Le clan Soudeiri, qui aurait plusieurs fois soutenu Ben Laden par hostilité au clan Abdallah, détenait encore récemment deux postes clefs de l’Etat : celui des services secrets avec le Prince Turki al-Fayçal, fils de l’ex-roi Fayçal (un fidèle de Ben Laden, démis de son poste en août dernier, peu avant les attentats, sur pression américaine), le poste de gouverneur de Riyad détenu par le prince Salman et celui du Prince Sultan, ministre de la défense et président du conseil suprême pour les affaires islamiques (second dans l’ordre de succession à la royauté, après Abdallah). Le clan Soudeiri se donne comme drapeau la défense des traditions aux côtés des oulémas réactionnaires parce qu’Abdallah s’est prétendu moderniste : plus pro-occidental, ouvert aux évolutions de la société comme la place des femmes, à l’ouverture du pays aux capitaux étrangers, ou encore à la transparence des affaires et à la fin de la corruption (ce qui ne veut pas dire à la fin du vol de toutes les richesses par les princes !)
Ainsi, la lutte pour la succession se double d’une lutte politique pour l’avenir du pays. Les princes et la classe dirigeante sont divisés sur l’orientation vis-à-vis des USA. La lutte se fait au nom des principes de l’Islam mais ce qui est en jeu c’est le pouvoir et le pétrole. Alors, l’attaque et la destruction du World Trade Center serait-elle un dégât collatéral de la lutte entre deux princes saoudiens ? Qui sait ? L’éditorial du 25 octobre 2001 de « Courrier International » l’affirme : « L’Arabie saoudite est à présent le théâtre d’un conflit, d’une ampleur et d’une intensité comme on n’en avait jamais connu : ce conflit oppose le prince régent Abdallah à Oussama Ben Laden devenu depuis le 11 septembre le plus connu de ses sujets.. » Et cette revue affirme aussi que Ben Laden est devenu « le plus populaire des citoyens saoudiens ».
Que l’attentat ait des origines dans le Golfe, il y a bien des raisons de le croire. Seize des dix neuf pirates de l’air présumés seraient saoudiens. Leurs familles auraient reçu des chèques provenant de banques du Golfe. Officiellement, il n’y a aucune demande d’enquête américaine en Arabie saoudite depuis le refus du pouvoir lors des attentats de 98. Le journaliste du « Nouvel Observateur » du 27 septembre 2001, dans l’attentat du 11 septembre c’étaient les USA qui étaient frappés mais c’était le pouvoir de Riyad qui était visé : « Frapper l’Amérique au coeur, c’était aussi pour les organisateurs des attentats, mettre au pied du mur les dirigeants de l’Arabie saoudite : les obliger à choisir clairement leur camp. Difficile de ne pas se ranger derrière Bush, le protecteur tout-puissant, dans sa lutte contre le terrorisme. Mais impossible de ne pas prendre en compte le fait que Ben Laden saoudien de nationalité est en ce moment l’homme le plus populaire du royaume. »
L’Arabie saoudite a refusé cette fois l’utilisation de ses bases pour les opérations américaines contre l’Afghanistan. Le prince Sultan a déclaré : « Aucun soldat en guerre contre un pays arabe ou musulman ne sera autorisé à opérer à partir de l’Arabie saoudite ». Les émirats ont pris la même position et le Conseil de Coopération du Golfe a déclaré : « Le CCG refuse de participer à une nouvelle alliance avec les Etats-Unis ». Encore une fois, les USA, loin de faire pression publiquement, ont fait semblant de ne pas entendre. Le 6 octobre, un civil Américain travaillant en Arabie saoudite a été assassiné et un autre Américain blessé à Khobar dans un attentat qui a fait deux morts et quatre blessés, sans que les USA fassent la moindre déclaration officielle. Un responsable gouvernemental de Washington s’est contenté de déclarer que c’était « un incident isolé » (cité par Le Figaro du 8 octobre). Toute la presse a abandonné ensuite l’information. Le 11 octobre 2001, Tony Blair en visite dans la région a dû annuler sa visite dans le pays, le régime saoudien la déclarant inopportune. Les USA ne peuvent pas intervenir directement contre ce pays, ni militairement ni financièrement, sous peine de provoquer le contraire de ce qu’ils veulent, la rupture avec l’ensemble des classes dirigeantes du Golfe et l’effondrement des investissements des pétrodollars dans les entreprises américaines et même la chute du régime saoudien. Si bien qu’ils sont contraints de faire silence sur les attentats en Arabie saoudite et d’accepter de ne pas pouvoir y enquêter. En effet, il est clair que certains princes eux-mêmes semblent impliqués dans certains attentats et que le pouvoir saoudien exige des Américains de ne pas mettre leur nez dans ces « affaires de famille ». Dans l’attente d’une catastrophe, la monarchie saoudienne est toujours dans la crainte d’être accusée de trop se soumettre aux Américains, au point qu’elle interdit toute enquête américaine sur les attentats anti-US sur son sol (les plus nombreux) et que l’ambassadeur des Etats-Unis n’a toujours pas pris ses fonctions en Arabie saoudite.

Quelle a été l’action politique de Ben Laden ?
Ben Laden a développé son action dans le but d’être l’émissaire financier et le bras armé d’une fraction de la bourgeoisie du Golfe qui s’oppose ou veut limiter l’influence américaine. Ben Laden n’a nullement constitué l’organisation terroriste Al Qaida pour contrer la domination américaine mais il a, au contraire, fondé cette organisation, déjà combattante et déjà islamiste radicale, sous l’égide avec les fonds et les bons conseils de la CIA, en vue d’intervenir en Afghanistan dans le sens des intérêts des Américains. Son changement de bord ne s’explique pas uniquement par le fanatisme religieux. Agent de la CIA et du régime saoudien pendant plus de dix ans, le milliardaire saoudien lié à de multiples affaires de la finance américaine et internationale n’a pas brusquement lu le bon passage du Coran et compris qu’il était dans le camp des impies.
Ce n’est pas non plus la misère des peuples qui a armé le bras d’un Ben Laden mais les calculs de grands bourgeois et même le fanatisme qu’il exploite est celui d’une petite bourgeoisie fasciste et pas de militants d’un mouvement de libération d’un peuple opprimé. Si Ben Laden s’est finalement présenté après les attentats comme un leader des peuples musulmans qui luttent contre l’oppression de l’impérialisme américain, s’il s’est même fait le champion de la lutte des Palestiniens, cela ne doit pas faire oublier que Ben Laden n’est pas et n’a jamais été le leader de la lutte d’un peuple opprimé. Au contraire, il doit sa réussite financière et organisationnelle à la lutte de l’impérialisme américain dans une région, l’Afghanistan, et aux bonnes affaires tout ce qu’il y a de plus capitalistes que Ben Laden a fait au sein du système et encore au plus haut niveau de la finance mondiale. Dans tous les pays où il a résidé, il a été l’agent des gouvernants contre les peuples : en Arabie saoudite comme au Pakistan puis au Soudan et enfin en Afghanistan.
C’est en 1993 que Ben Laden s’attaque politiquement aux dirigeants saoudiens les dénonçant pour avoir accepté de laisser les troupes américaines (plus de 20 000 hommes) sur le sol saoudien après la guerre du Golfe. La première fatwa de Ben Laden déclare en 1993 : « nous ne pouvons laisser l’armée américaine rester dans la région du Golfe et nous prendre notre pétrole, notre argent » (cité par Nouvel Observateur du 20 septembre 2001). L’axe de Ben Laden c’est uniquement l’expulsion des troupes américaines de la péninsule arabique (notons qu’à l’époque il ne parlait pas des Palestiniens ni des peuples musulmans opprimés). Ben Laden, lié à un clan très puissant, n’est pas inquiété par le pouvoir. La lutte des terroristes islamistes a déjà commencé contre les USA. En décembre 1992, attentat dans un hôtel d’Aden (2 morts). En février 1993, attentat à l’explosif au World Trade Center (six morts et un millier de blessés). En avril 1994, Ben Laden fonde en Arabie saoudite un groupe politique qui ne fait encore aucune référence à l’action violente, l’Organisation pour le conseil et la défense des droits légitimes, qui inonde le pays de tracts contre la gestion calamiteuse des richesses du pays par la royauté. Ben Laden est alors déchu de sa citoyenneté saoudienne et sa famille rompt officiellement avec lui. En novembre1995, c’est le début des attentats sur le sol saoudien : contre les conseillers américains de la Garde Nationale à Riyad puis en juin 1996, de nouveau en Arabie saoudite, à El Khobar (19 morts). En 1996, du fait de nouvelle frappes américaines contre l’Irak, l’Arabie saoudite est contrainte de se démarquer de la politique des USA. Ben Laden arrivé en Afghanistan en ayant, grâce à ses amis princes, contourné son interdiction de sortie du territoire saoudien, lance alors son premier appel aux musulmans du monde pour la « djihad contre l’Amérique » : « depuis plus de sept ans, les Etats-Unis occupent les terres de l’Islam au coeur même de son territoire, l’Arabie (saoudite), pillant ses richesses, dominant ses dirigeants, humiliant son peuple, attaquant ses voisins et utilisant les bases de sa péninsule comme point de départ d’attaques contre les peuples islamiques voisins. ». Puis il y a eu les attentats contre deux ambassades américaines de Dar es-Salam en Tanzanie et de Nairobi au Kenya en 1998 faisant 224 morts entraînant les frappes de Clinton contre le Soudan et l’Afghanistan (70 missiles depuis enfin l’attentat d’octobre 2000 contre le destroyer « USS Cole » dans le port d’Aden. A l’époque Clinton avait même déclaré : « nos soldats montent la garde dans une région qui peut faire basculer le monde dans la guerre. ». Il ne s’agissait pas de l’Afghanistan mais du Golfe.
Le 31 août 2001, quelques jours avant les attentats, le principal soutien de Ben Laden au sein du pouvoir saoudien : le prince Turki al-Fayçal, fils du roi Fayçal, est démis de son poste de responsable des services secrets sur des pressions américaines l’accusant de bloquer toutes les enquêtes qui se rapportant aux terroristes de Ben Laden.
Le 19 septembre 2001, devait se tenir le procès à Manhattan des terroriste présumés des ambassades américaines en 1998, procès intitulé « Etats Unis d’Amérique contre Oussama Ben Laden et autres ». Le 11 septembre, si le peuple américain a été réellement surpris, ce n’est pas le cas de l’Etat américain ni de ses services secrets ou militaires qui savaient qu’un attentat commis par l’organisation de Ben Laden les attendait d’un moment à l’autre. Il suffit pour s’en convaincre de rappeler l’attaque précédente, celle de 1998 contre les ambassades américaines de Tanzanie et du Kenya où la responsabilité du groupe de Ben Laden avait déjà été évoquée. Il suffit de citer les titres de la presse de l’époque : « Washington se prépare à une longue bataille contre le terrorisme islamiste », « Les Etats-Unis fêteront le millénaire dans l’angoisse d’attaques terroristes ». « Le Monde » du 22 août titrait : « Mr Clinton annonce « une lutte de longue haleine » contre le terrorisme ». C’était il y a trois ans !

Combattre la politique d’union nationale de l’impérialisme US

Si l’opinion, américaine comme mondiale, a été stupéfiée par l’attentat, ce n’est pas parce que le terrorisme de Ben Laden était une nouveauté. Bien sûr, le World Trade Center et le Pentagone atteints, c’était un choc et cette fois l’Amérique était directement attaquée. En effet, ni les bourgeoisies ni les petites bourgeoisies nationalistes du tiers monde, qu’elles se disent progressistes ou soient ouvertement réactionnaires, n’avaient jamais frappé ainsi l’impérialisme le plus puissant sur son propre sol. Dans toutes les années où la domination de l’impérialisme américain, et même de la domination impérialiste tout court, s’était traduite par des attaques criminelles de grande envergure contre des peuples ou des dirigeants de pays pauvres, jamais on n’avait connu de réaction s’attaquant à la métropole. Au bombardement massif du Vietnam n’avait répondu aucun acte de vengeance contre les USA.

A quoi sert le discours d’union nationale ?
Cependant l’attentat du 11 septembre n’a pas réellement porté atteinte au capitalisme américain contrairement à ce que voudraient croire les peuples qui détestent l’Amérique à cause des exactions de l’impérialisme. Le terrorisme de Ben Laden a surtout frappé des employés de bureaux, des services municipaux et des petites gens. Il a surtout amené la plupart des Américains à se serrer les coudes contre les terroristes, ce qui signifie malheureusement se mettre à la remorque du gouvernement et la classe dirigeante américains. Cela a tellement bien marché qu’un commentateur radio américain cité par France Info s’exclamait le 12 septembre : «  il n’y a plus de riches et plus de pauvres, plus de noirs et plus de blancs, il n’y a que des Américains. » En soudant le peuple américain derrière ses dirigeants en pleine crise économique, au moment où les travailleurs américains subissaient des licenciements massifs, Ben Laden a rendu un fier service aux capitalistes américains. Son action sert de justification non seulement à la guerre actuelle mais à tous les sacrifices que les patrons voulaient faire subir aux travailleurs. Car contrairement à l’image qui en est souvent donnée à l’extérieur l’Amérique n’est pas le pays des milliardaires et est même très prolétarienne (le prolétariat industriel le plus important en nombre du monde). En un sens, Bush peut dire merci à Ben Laden qui lui a permis d’accréditer l’idée que, riches ou pauvres, tous les Américains doivent s’unir pour défendre le pays, défendre l’économie et accepter des sacrifices pour défendre leur sécurité. Finie la lutte de classe, vive l’union nationale patriotique. Le milliardaire saoudien Ben Laden tient à peu près le même discours lui qui, voudrait faire croire à tous les musulmans que tous, riches ou pauvres, doivent se ranger derrière son organisation fasciste à la solde d’une bande de financiers, de princes du pétrole, et de tueurs. L’un comme l’autre voudraient effacer la lutte des classes et camoufler les intérêts de classe qu’eux-mêmes défendent d’abord et avant tout contre leurs propres peuples.
L’objectif de ces discours simplistes, c’est que les peuples se retrouvent piégés, contraints de suivre l’un ou l’autre des deux camps. C’est bien ce qui se produit et cette polarisation est d’autant plus dramatique que les peuples n’ont ainsi que le choix entre deux politiques criminelles. Mais cette image est mensongère : le monde ne se résume pas à la lutte entre Ben Laden et Bush, ni entre un milliardaire terroriste saoudien et un autre milliardaire terroriste américain. Ce n’est pas Ben Laden qui peut menacer l’ordre impérialiste même s’il a été capable, le 11 septembre, de ridiculiser le FBI et la CIA. L’armée américaine n’a aucun mal de démontrer quelques jours plus tard qu’aucun régime et aucune bande terroriste ne peut rivaliser avec la violence organisée de la plus grande puissance capitaliste. Mais surtout, ce n’est pas de ce côté que l’impérialisme peut être réellement menacé mais du côté des peuples révoltés, dont Ben Laden n’est nullement un leader, et du côté des classes ouvrières dont il est un ennemi mortel car c’est un dirigeant d’extrême-droite d’une bourgeoisie à visées fascistes.

La crise américaine est-elle liée aux attentats ?
Bien des commentateurs avaient prédit que le 11 septembre allait plomber l’économie capitaliste mondiale, déjà malade, mais, dans le mois qui a suivi, on ne peut pas dire que le pronostic se soit confirmé. Si le Dow Jones a connu à l’ouverture de Wall Street le 17 septembre la plus forte baisse de son histoire (684,8 points), depuis elle s’est relevée et toutes les bourses du monde en ont fait autant, retrouvant en gros exactement le même cours qu’avant le 11 septembre. Mis à part des secteurs très particuliers psychologiquement liés aux attentats comme les compagnies aériennes qui ont connu une forte baisse et des secteurs liés aux armements qui ont connu une hausse, le 11 septembre ne semble pas avoir changé grand chose à la morosité économique qui prévalait avant le 11 septembre. Olivier Blanchard, président du département d’économie du Massachusetts Institute of Technology déclarait : « Il s’agit d’une catastrophe gigantesque à l’échelle humaine, mais ses répercussions seront sans doute très réduites à l’échelle macroscopique. (...) Le coût estimé des dégâts représente la moitié du budget nécessaire après l’ouragan Andrews.(...) L’impact sur le produit intérieur brut ne sera pas significatif : tout au plus une perte de 0,5% sur un an. » Bien sûr, le prétendu élan de patriotisme et de solidarité américaine n’a existé qu’en paroles du côté des capitalistes. Les financiers ne sont solidaires que de leur portefeuille et les compagnies aériennes ont montré l’exemple en n’attendant pas plus de trois heures après les attentats pour annoncer des licenciements massifs. Leur solidarité prétendue avec le peuple américain ne les a pas empêché de faire perdre leur gagne pain à des milliers de familles ! Mais, même dans ce secteur, ce n’était rien de vraiment neuf puisque quinze jours avant ces compagnies avaient sans succès, menacé de lourdes sanctions contre les salariés si l’Etat américain ne venait pas à leur aide.

Quelle guerre mènent les USA ... dans leur propre pays ?
Depuis, c’est toute l’économie qui a connu une vague sans précédent de licenciements mais cette vague avait en réalité commencé bien avant le 11 septembre. Il est donc tout à fait mensonger d’attribuer à Ben Laden les sacrifices que le capitalisme impose aux travailleurs américains. La récession américaine ne doit probablement rien au 11 septembre. Par contre, la réaction de l’Etat américain et des grandes firmes capitalistes a été rendue possible par le choc suscité par les attentats.
Les Etats-Unis ont, grâce à l’élan populaire, fait accepter des dizaines de milliards d’aide de l’Etat aux capitalistes sous prétexte de défense de la population contre le terrorisme. Ils ont fait accepter aussi des centaines de milliers de licenciements qui seraient sûrement passés bien plus difficilement sans le prétexte des attentats. Et il s’agit bien d’un prétexte car l’économie américaine ne s’en porte pas plus mal. On peut même dire que la réaction financière massive de l’Etat (notamment 17,5 milliards de dollars d’aide au transport aérien et 40 milliards d’aide à la reconstruction, sans compter les dépenses militaires et de sécurité) qu’ont permis les attentats a probablement sauvé la bourse d’un krach annoncé. L’économie peut même se redresser un peu si l’Etat effectue des dépenses importantes en armement. Cependant si l’on est réellement rentrés dans une période de récession, cela ne suffira pas. L’Etat peut aider les capitalistes mais est incapable de soutenir éternellement le marché s’il s’effondre. Du coup, il est clair que les capitalistes américains et leur syndicat, l’Etat, ont calculé que l’on entrait dans une période de difficultés et peut-être même de récession et qu’ils n’ont pas l’intention d’en faire les frais. Ils misent sur la baisse des affaires, désinvestissent et licencient. Autant dire qu’ils ont l’intention de faire payer les sacrifices aux travailleurs, et d’abord aux travailleurs américains. Et ils ont bien l’intention de faire en sorte que le climat de mobilisation et d’unité nationale créé par les attentats les y aide. La deuxième guerre qui a lieu en ce moment, c’est celle des capitalistes américains contre leur classe ouvrière. Pour eux, les attentats sont le prétexte à une offensive anti-ouvrière. Ils affirment que les licenciements et la récession sont liés et que les sacrifices qu’ils veulent imposer sont de la solidarité nationale !
L’attaque terroriste a en effet suscité l’une des plus grandes vagues de solidarité avec la classe dirigeante que le pays ait connu. La population américaine y a vu le seul moyen de combattre la peur d’abord et le terrorisme ensuite. La classe dirigeante y a vu une occasion de faire passer sans réaction des attaques contre la classe ouvrière les plus massives là aussi que le pays ait connu. Pour les travailleurs, la lutte contre les licenciements et autres attaques contre les salaires et condition de travail sera rendue encore plus difficile par l’ambiance entretenue depuis les attentats. C’est ce qu’ont voulu exprimer les travailleurs d’un Etat, le Minnesota, où les employés ont fait la grève et la manifestation la plus massive jamais connu dans cette région pour affirmer : « les attentats ne signifient pas que l’on n’a plus le droit de faire grève ! » Le succès de leur démonstration est plutôt encourageant pour la suite des luttes que peuvent mener les travailleurs malgré la situation et l’ambiance de guerre et de nationalisme. Malgré le climat anti-grève, des travailleurs ont commencé à lutter contre les vagues de licenciements. Des travailleurs d’A.Tet T, de Lucent et d’autres entreprises qui jettent à la rue des milliers de salariés ont manifesté et organisé des meetings.
En tout cas, c’est bien de côté qu’il faut s’orienter. Par delà les manifestations qui sont bien sûr nécessaires contre la guerre impérialiste, ce qui importe c’est que les travailleurs ne se laissent pas emporter par l’ambiance d’unité nationale, qu’ils défendent et développent leurs propres luttes de classe. Dans les pays riches où la classe ouvrière est en train de payer les frais de la crise du capitalisme, elle ne peut se battre qu’en défendant ses propres intérêts de classe et en refusant de se solidariser avec sa classe dirigeante. Elle doit non seulement dénoncer la guerre mais souhaiter que sa classe dirigeante soit vaincue dans cette guerre et mener son propre combat contre les dirigeants impérialistes. Dans ces conditions, il est indispensable que les révolutionnaires soient clairement démarqués des « gauches » qui sous un langage humanitaire enrobent la même marchandise impérialiste.

Quelle alternative dans les pays pauvres ?
Et, dans les pays où la démagogie d’un Ben Laden peut prendre du poids, c’est aussi de ce côté qu’il faut se tourner pour l’empêcher. Ce n’est que l’échec des luttes ouvrières comme en 1988 en Algérie qui a permis à cette extrême-droite de se prétendre une perspective pour les masses pauvres. Le peuple palestinien, par exemple, ne s’est tourné vers les islamistes (bien des années après avoir commencé son combat) que par désespoir, parce que sa direction nationaliste l’a empêché de mener sa lutte aux côtés des exploités de Jordanie, du Liban ou d’Egypte, lui ôtant une grande partie de sa force. C’est seulement sur le terrain de classe que l’on peut démasquer les islamistes.
Il faut que la classe ouvrière montre que son combat s’attaque vraiment au capitalisme contrairement à celui, démagogique, des islamistes liés à des grands bourgeois comme Ben Laden et sa clique de milliardaires du Golfe. Qu’elle montre aussi que les perspectives d’avenir qu’elle représente peuvent permettre au exploités de se libérer de la misère et de la dictature alors que la démagogie d’un Ben Laden leur offre, s’il l’emporte, d’obéir à une dictature encore plus féroce étayée par les plus arriérés des oulémas d’Arabie saoudite et sans d’avantage voir la couleur de l’argent du pétrole, sans changer leur existence.

REFERENCES
Sur Ben Laden
Ben Laden et l’Amérique, Florent Blanc, Editions Bayard
Au nom d’Oussama Ben Laden, Roland Jacquard, Editions Jean Picollec
Le Monde diplomatique d’avril 2000, septembre 1997 et août 1995
Biographie de Ben Laden (sur internet : frontline)

Sur les financiers de Ben Laden
Rapport financier pour le service des impôts américain mis à jour en 2001 sur internet (Intelligence Online) et intégralement publié par le journal algérien « El Watan » (également disponible sur internet)
Rapport du Département d’Etat américain d’août 1996 (disponible sur internet : outpost-of-freedom.com)
Le Monde du 18 septembre 2001

Sur l’Arabie saoudite
La dictature protégée, Jean-Michel Foulquier, Albin Michel
Rapport d’Amnesty International : « campagne sur l’Arabie saoudite » et « rapport annuel de 2000 »
Courrier International du 11 octobre 2001
Le Monde du 12 octobre 2001
Jeune Afrique du 19 octobre 1989
Afrique-Asie n° 122 de novembre 1999

Sur les Emirats
Les Etats du Golfe, de la prospérité à l’implosion, Ferhad Rad-Serecht, Editions ESKA

Annexes
Ben Laden, un dirigeant du monde capitaliste


« Rapport sur les ramifications financières
de la nébuleuse islamiste de Ben Laden
(extraits du journal algérien « El Watan »)

« Depuis plusieurs jours, de Washington à Paris, des experts de la lutte antiterroriste évoquent à mots couverts l’existence d’un épais rapport financier décrivant toutes les structures financières soutenant les activités d’Oussama Ben Laden. Intelligence Online a obtenu une copie de ce document confidentiel, de 71 pages, rédigé en décembre 1999 et actualisé pour la dernière fois en juin 2001. Eu égard à l’importance des informations qu’il contient, notamment sur les appuis persistants du chef intégriste en Arabie Saoudite, aux Emirats arabes unis et en Grande-Bretagne, nous avons pris la décision de diffuser ce rapport. Il est en ligne sur notre site web. Naturellement, les éléments qu’il présente précisent la nature des liens entre la finance internationale, le groupe intégriste Al Qaida, dirigé par Oussama Ben Laden, et la diplomatie parallèle des Etats-Unis et de l’Arabie Saoudite.
La rédaction d’El Watan

« Intitulé « Environnement économique d’Oussama Ben Laden », il est l’oeuvre d’un expert international des enquêtes financières, ayant travaillé sur ce sujet dans le cadre d’une mission pour un organisme fiscal. A la demande expresse de ce spécialiste, nous nous sommes engagés à ne pas révéler son identité. Le rapport nous permet de distinguer trois types de supports financiers : les entreprises et les banques possédant un lien capitalistique direct avec Oussama Ben Laden ; les hommes d’affaires influents sur les places financières et proches du terroriste ; enfin, et pas des moindres, les organisations caritatives chargées de recruter des membres et d’organiser la circulation d’argent liquide. Cette dernière catégorie de supports permet de financer les réseaux dormants, en Europe ou aux Etats-Unis. Quant aux deux premières, elles servent au soutien de la tête de pont : l’organisation Al Qaida.
Sur les liens capitalistiques directs avec des entreprises et des banques, tous les éléments renvoient au Soudan. Des facteurs historiques l’expliquent. En 1989, après le retrait des troupes soviétiques d’Afghanistan, les services secrets saoudiens et la CIA ont cherché à démanteler les bases au Pakistan des légions de mujahidine arabes (principalement des Egyptiens), qu’ils avaient formées en recrutant dans tout le Moyen-Orient. Oussama Ben Laden dirigeait alors la Maison Dar Al-Diafa de Peshawar, où il supervisait l’enrôlement des combattants et le financement des activités — grâce à des fonds débloqués par le chef des services saoudiens, le prince Turki Al Fayçal. S’opposant au démantèlement des sites pakistanais, il gagne l’Afghanistan accompagné de quelques fidèles d’origine égyptienne. Il y fonde le camp de Kunar, près de Jelalabad, depuis lequel il entend poursuivre la guerre sainte, naguère entamée contre les Soviétiques.
« Cependant, une partie du clan du roi Fahd, au pouvoir en Arabie Saoudite, n’apprécie guère cette dissidence trop voyante. Certains barons multiplient les invectives d’ordre économique contre sa famille qui dirige le premier groupe de BTP du pays, Saudi Binladin Group (basé à Djeddah, une société fondée en 1931, durant la création du royaume, par le père d’Oussama, cheikh Mohammed Ben Laden, ami intime du roi). Ainsi, pour poursuivre sa guerre sainte, Oussama Ben Laden comprend qu’il doit disposer de sa propre structure financière, indépendante des affaires familiales et des finances officielles.
« Quittant l’Afghanistan en 1990 où sa présence est jugée encombrante, il s’installe à Khartoum, au Soudan,
où il choisit de créer une ossature financière qu’il pourrait maîtriser. En 1991, il participe à l’émergence d’une nouvelle banque, la Al-Shamal Islamic Bank (PO box 10036, Khartoum, Soudan), dans laquelle il investit 50 millions de dollars. Cette somme représente alors 1/6e de sa fortune personnelle ; il a hérité de 300 millions $ après la mort de son père (décédé en 1967, l’actuel chef du clan Ben Laden étant le frère aîné en vie, Bakr Ben Laden).
« A cette époque, plusieurs institutions saoudiennes et émiraties prennent des parts dans la banque Al-Shamal, alors que les intentions d’Oussama sont déjà claires. Il s’agit de la Dubai Islamic Bank, mais aussi de la banque Dar Al Maal Al Islami (DMI), dirigée par le prince Mohammed Al Faisal Al Saoud d’Arabie Saoudite, cousin germain du roi Fahd. Note : au cours des dix dernières années, la DMI a financé l’essentiel des mouvements islamistes radicaux que soutiennent les wahhabites au pouvoir à Riyad. Outre cet établissement financier, Oussama Ben Laden souhaite disposer d’une holding basée à Khartoum et capable de faire fructifier sa fortune. Il crée la société Wadi Al Aqiq, laquelle va investir au Soudan, mais aussi au Kenya et au Yémen, dans l’électricité, l’édition (activité fondamentale pour son prosélytisme) et l’agroalimentaire.
« Cette phase soudanaise est essentielle pour comprendre la puissance actuelle d’Al Qaida. Khartoum est alors le « Hanoï du monde arabe » ; même le terroriste Carlos y réside. Les « Afghans » y rencontrent les combattants du jihad égyptien qui fuient la répression des services du Caire. Tous se rapprochent d’Oussama Ben Laden, jeune leader déterminé, à la tête d’une véritable fortune. Deuxième étape dans la constitution des circuits financiers du terroriste : l’établissement de liens avec des hommes d’affaires internationaux, familiers des montages de fiduciaires dans les paradis fiscaux. Le premier allié de Ben Laden dans ce domaine s’appelle Khaled Ben Mahfouz, un personnage clé, bien connu de tous les services de renseignement pour son rôle central dans le scandale de la BCCI (banque d’origine pakistanaise, reconnue coupable de l’une des plus vastes opérations de blanchiment du siècle, liquidation prononcée le 2 juillet 1991). Inculpé aux Etats-Unis en 1992, ce Saoudien est surtout le patriarche de l’une des plus riches familles de la planète, avec des actifs évalués à 2,4 milliards de dollars, et des participations dans l’une des plus grandes banques saoudiennes, la National Commercial Bank (siège social au 3555, King Abdul Street, Djeddah).
« Dernière catégorie d’appuis sur lesquels Al Qaida peut se reposer : les organisations caritatives. Le rapport financier désigne surtout International Islamic Relief Association (IIRO), un élément confirmé par le document des services jordaniens. L’IIRO est implantée 3, Worcester Street, à Oxford, en Grande-Bretagne. Elle organise des collectes et distribue des fonds qu’elle reçoit de la Rabitat Alam Islami, la Ligue islamique saoudienne, présente dans 90 pays (notamment en Tchétchénie et en Bosnie), forte d’un budget de 5 milliards de dollars.

« Avertissement : ce rapport, obtenu par la rédaction d’Intelligence Online, se donne pour objectif d’identifier les organisations (financières, commerciales, caritatives) susceptibles de soutenir ou d’avoir soutenu le chef islamique intégriste Oussama Ben Laden.

« Environnement économique de Ben Laden

1/ Le Saudi Ben Laden GROUP et ses filiales

A/ Saudi Ben Ladin group

B/ SICO (SUISSE)

C/ SICO (structures Offshore et Londres)

2/ Ossama Ben Laden et les institutions

A/ Les investissements identifiés Oussama Ben Laden

B/ Al-Shamal Islamic Bank

C/ Gum Arabic compagny LTD

D/ Le site de production chimique d’Al Shifa El Dubaï Islamic Bank

3/ Ossama Ben Laden et les organisations caritatives et humanitaires islamistes

4/ Les relations économiques des membres des réseaux Oussama Ben Laden

Note de synthèse

« L’étude a porté sur les structures et la périphérie des structures susceptibles d’avoir facilité, par leur complexité et leur opacité, des connexions avec l’environnement économique, financier ou terroriste, direct ou indirect, Oussama Bin Laden, né le 30 juillet 1957 à Djeddah (Arabie Saoudite).

Résumé
« Plusieurs liens capitalistiques ont pu être établis entre Ossama Bin Laden et le groupe familial Saudi Ben Laden Group, ainsi qu’avec des proches, sinon des membres de la famille royale saoudienne.
Ces liens apparaissent notamment à l’examen des réseaux financiers du groupe en Europe et des opérations extérieures ou des investissements conduits par les réseaux financiers ou humanitaires saoudiens à l’étranger. Les rapprochements sont souvent le fait de personnalités appartenant à des réseaux financiers frauduleux connus (notamment celui de la BCCI).
Les principaux éléments recueillis concernent :

- Le Saudi Ben Laden Group (notamment par le biais de sa filiale SICO) : La proximité de certains
représentants européens avec Azzam Publications, société proche Oussama Bin Laden, un lien avec un membre du Jihad Islamique palestinien, un transfert de fonds inexpliqué au profit de la banque allemande BVH dont les dirigeants font l’objet d’une procédure judiciaire pour banqueroute, blanchiment et escroquerie.

- Le système bancaire islamique : Le soutien apporté par le biais de la Faisal Islamic Bank aux montages financiers Oussama Bin Laden au Soudan au travers de la banque AI Shamal, le soutien apporté aux actionnaires du site d’Al Shifa, et le maintien en activité de certains membres des réseaux Oussama Bin Laden, les interconnexions avec le réseau frauduleux de la BCCI.

- Les organisations caritatives et humanitaires islamiques officielles : Les connexions entre le réseau de l’International lslamic Relief Organisation et les réseaux financiers soudanais, le soutien apporté à Ossama Bin Laden par une organisation à vocation humanitaire dirigée par le beau-frère du roi Fahd.
Plusieurs intervenants transversaux apparaissent à l’issue de l’étude :

- Le réseau frauduleux de la BCCI dont les principaux acteurs gravitant autour de Ghaith Pharaon sont
identifiés à plusieurs reprises (Khalid ain Mahfouz, Adnan AI Fulaij, Kamal Adham, Roger Tamraz).

- Le réseau de la mouvance islamiste (Aasim Nicolas Ziadeh, Mona et Hisham AI-Solh).

- Le réseau financier saoudien développé sur la base de la holding Dar AI Maal AI Islami (DMI).
Le réseau financier identifié autour d’Oussama Ben Laden et de ses investissements correspond dans son architecture générale au réseau mis en place dans les années 80 par la BCCI pour ses opérations frauduleuses, avec souvent une identité des acteurs (anciens dirigeants ou cadres de la banque et de ses filiales, marchands d’armes et de pétrole, investisseurs saoudiens...) et parfois des structures.
L’étude relève le suivi des réseaux de financement de la BCCI en dépit de l’appui parallèle dont bénéficie
Ossama Bin Laden de la part des mouvements politiques ou terroristes de la mouvance islamiste.
La convergence des intérêts financiers et terroristes, réalisée notamment en Grande-Bretagne et au Soudan, ne semble pas avoir constitué un obstacle par rapport aux objectifs poursuivis.
La conjonction d’un réseau terroriste adossé à une vaste structure de financement est le trait dominant des opérations conduites par Ossama Bin Laden.

Guerre contre l’Irak et rivalités impérialistes
Bush annonce désormais une guerre longue et difficile. Les dirigeants américains entendent évidemment poursuivre, quitte à s’y enliser, l’aventure militariste et meurtrière, à grand renfort d’armes de destruction massive. Ils en font un enjeu majeur et une démonstration de force, non seulement vis-à-vis des peuples du Moyen-Orient et du Tiers-Monde, mais des autres pays impérialistes, lesquels tentent de sauvegarder comme ils peuvent les intérêts de leurs trusts respectifs dans la région.
Comme au temps des guerres coloniales, les grandes puissances se défient et se repartagent les régions riches en matières premières, en l’occurrence en pétrole, par peuples interposés. Aux chefs des grandes puissances les psychodrames diplomatiques, les marchandages en sous-main, le poker menteur, les éclats et les rabibochages. Aux peuples livrés depuis des décennies à des dictateurs longtemps parrainés par les mêmes grandes puissances, les bombardements et les destructions apocalyptiques. Le malheureux peuple irakien paiera pour la seconde fois (en fait la troisième, car il ne faut pas oublier les huit ans de cette terrible guerre contre l’Iran téléguidée par les grandes puissances) le rééquilibrage des intérêts impérialistes dans la région.
Comme en 1991, l’impérialisme américain est l’agresseur patenté. Le chef de la meute impérialiste tient à réaffirmer ses droits et sa part régalienne partout dans le monde. C’est récurrent et la fin de l’URSS n’a en rien réduit les interventions militaires américaines, elle a, au contraire, donné aux USA plus de liberté de manœuvre. En 1991, les dominants subalternes avaient émis de très timides réserves pour s’aligner rapidement et participer sans regimber à l’agression. Bush 1er leur avait même peu ou prou fait payer la facture de la guerre ! A titre de revanche (car l’histoire n’est jamais écrite d’avance, même par le roi des brigands), les affidés mirent à profit les douze années d’embargo qui suivirent pour passer des contrats avec Saddam Hussein, et se partager joyeusement sur le terrain le butin escompté. En redéployant aujourd’hui son armada, Bush II saisit l’occasion de leur faire lâcher les plus beaux morceaux de la proie espérée.
Sus à la " reconstruction "
Cette fois, le scénario, du moins avant le déclenchement des opérations, s’est un peu modifié. Certains des vassaux, la France, l’Allemagne, la Russie et même la Chine, forts de leurs mirifiques arrangements avec le régime irakien, apprécient peu la nouvelle aventure militariste américaine. Adieu veaux, vaches, cochons, couvées des champs de pétrole ? Que faire ? A quel jeu perdra-t-on le moins ? En participant ? En refusant ? En défiant le chef de meute ou en l’assistant ? On hésite. On calcule, on suppute, on marchande. On oscille. Le camp européen se partage et Chirac de se rêver un instant prix Nobel de la paix ! Puis la guerre commence. S’annonce plus longue que prévue. Blair et Chirac reprennent langue. Le gouvernement français se ravise quelque peu : " Il ne faut pas se tromper d’ennemi. Il faut souhaiter la victoire de la démocratie, c’est-à-dire des Etats-Unis, contre la dictature de Saddam Hussein ", déclare Raffarin. De Villepin renchérit.
En attendant ladite victoire qui pourrait se révéler fort coûteuse et aux résultats politiques bien incertains, les rivaux et néanmoins alliés, " ces brigands rivés à la même chaîne " comme disait Trotsky, se disputent déjà la " reconstruction " de l’Irak... financée par les recettes pétrolières du pays, autrement dit négocient âprement le pillage programmé de ses futures ressources. Tous les barons de l’économie et leurs sous-traitants sont sur les rangs, en Amérique comme en Europe : ceux du secteur pétrolier bien sûr, mais aussi du bâtiment et travaux publics, de la téléphonie, de l’automobile, des transports, des lignes à haute tension... jusqu’aux éditeurs des manuels scolaires !
Et voilà le plus beau : le rôle de l’Onu, dans cette mêlée des prédateurs. Pourquoi nos Chirac (et ses groupies de feu la gauche plurielle), nos Poutine et autres Schröder sont-ils si attachés aux résolutions de l’Onu ? Pour administrer la paix et le bonheur des peuples ? Plaisanterie. Non, pour affaires. La vérité tout nue vient de la bouche du Medef, via Le Figaro. Plus précisément d’un monsieur Jean-Marie Aouste, membre de la cellule du Medef qui avait coordonné " l’effort français de reconstruction " au Kosovo. Le Figaro-économie du 31 mars dernier commente et rapporte ses propos dans un article intitulé "Les patrons français ont besoin de l’Onu" :
Un vent d’inquiétude souffle sur les milieux d’affaires français. L’Irak, dont la France fut pendant longtemps le premier fournisseur, va-t-il subitement devenir un pré carré américain ?(...) Le ministère de l’Economie et le Medef international ont décidé de réagir et d’organiser jeudi une réunion pour coordonner les actions des entreprises françaises. N’est-il pas trop tard ? (...) Il n’y aura pas de participation importante de la France dans la reconstruction sans une résolution de l’Onu. C’est la conviction de la diplomatie française, mais aussi de Jean-Marie Aouste, qui rappelle que "depuis le Koweït, la France n’a joué un rôle substantiel dans la reconstruction d’un pays que lorsque celle-ci était régie par une résolution de l’Onu ". L’exemple du Koweït est dans tous les esprits : en 1991, après la guerre du Golfe, les Etats-Unis et la Grande-Bretagne s’étaient taillé la part du lion. Gerhard Schröder a plaidé vendredi dernier pour que l’Onu s’empare des rênes de la reconstruction. Même Tony Blair, lors de sa dernière rencontre avec George W. Bush, a appelé de ses vœux un tel scénario.
Si l’Onu se voyait confier cette tâche, les entreprises françaises seraient sur les rangs. Quelques grands groupes du bâtiment (Bouygues, Vinci), qui ont déjà réalisé des infrastructures à Bagdad, l’équipementier Alcatel ou encore TotalFinaElf sont prêts à proposer leurs services. Leur participation à la reconstruction bénéficierait, par effet de domino, à toute une kyrielle de PME. Au Syndicat des entreprises de génie électrique (Serce), on estime, par exemple, que " si TotalFinaElf réussit à faire valoir un certain nombre de contrats, il est très probable que les entreprises réunies au sein du Serce feraient partie des bagages du pétrolier français. Des lignes haute tension ayant été détruites, des opportunités existent dans la phase après-guerre ". A l’inverse, chacun sait que si British Petroleum obtient un contrat d’infrastructure, ce sont surtout des sous-traitants britanniques qui en bénéficieront ensuite. Raison de plus pour être présent au tout début des négociations. "
" Si l’Onu se voyait confier cette tâche, les entreprises françaises seraient sur les rangs... " Merveilleux programme ! La mesure du pacifisme chiraquien est donnée.
Mais qu’en est-il des ambitions américaines ?

Le projet pour " un nouveau siècle américain "
Côté américain, le clan pétrolier présidentiel nourrit de vastes objectifs stratégiques. On envisage déjà, après celle d’Irak, de nouvelles offensives contre le prétendu " axe du Mal " (Irak, Corée du Nord et Iran). Le général américain Wesley Clark déclare dans un article intitulé " Irak, une courte bataille avant une longue guerre " :
" Et si notre but ultime est d’obtenir la fin des menaces terroristes, alors il faut admettre que l’Irak ne constitue qu’une bataille dans une campagne autrement plus vaste. Lorsque nous aurons détrôné Saddam et oeuvré à la mise en place d’un nouveau gouvernement, il faudra alors se poser cette question : la chute de Saddam nous a-t-elle rapproché de notre objectif ? Et quelle est maintenant la prochaine étape ? " (Libération, 17 mars 2003).
Selon Le Monde Diplomatique de mars 2003, cette stratégie " était déjà formulée dans un document de septembre 2000 ". C’est même à l’été 1997 qu’un "Projet pour un nouveau siècle américain " était rédigé, dont l’objectif était d’" établir la paix dans le monde " et le moyen : " accroître les dépenses militaires en augmentant d’au moins 15 milliards de dollars le total des dépenses annuelles ". Le 11 septembre n’a été qu’une occasion de justifier cette politique et de lui donner un tour plus offensif.
" La stratégie nationale pour la sécurité des Etats-Unis ", c’est sous ce titre qu’en septembre 2002, l’administration Bush diffusait le document explicitant la nouvelle stratégie américaine. Ce document débute par ces mots : " Les Etats-Unis possèdent une force sans précédent et sans égale " et poursuit " La guerre contre le terrorisme à grand rayon d’action est une entreprise de dimension mondiale et dont il nous est impossible de déterminer la durée (...) L’Amérique interviendra avant que la menace ne se concrétise. "
Le Washington Post du 16 juin 2002 affirmait : " Ce qui est en jeu n’est rien de moins qu’un déplacement fondamental de l’Amérique sur l’échiquier mondial. Plutôt que de continuer à opérer en tête d’un groupe de nations égales dans le système international qui succéda à la deuxième guerre mondiale, les Etats-Unis élaboreraient leurs propres lois et créeraient de nouvelles règles. Sans l’accord des autres pays ".
Il s’agit d’établir, par une politique systématiquement militariste, les nouvelles règles internationales régissant les rapports de forces mondiaux suite à la chute de l’URSS et à la fin de la politique des blocs.
Le bras armé des trusts américains
Via l’organisation américaine USaid, l’Agence des Etats-Unis pour le Développement International, chargée de l’aide et de la reconstruction en Irak, ce ne sont que des trusts US proches de l’équipe présidentielle qui ont été pour le moment sélectionnés, notamment Halliburton (lié au vice-président Dick Cheney) qui a remporté 7,1 millions de dollars de contrat de reconstruction. Le premier objectif de guerre des USA a été de " sécuriser " les puits de pétrole sous le prétexte que Saddam risquait de les faire flamber. Colin Powell l’avait par avance annoncé : " S’il y a un conflit avec l’Irak, la direction de la coalition prendra le contrôle des puits de pétrole ".
A la fin de l’année 2002, le vice-président Dick Cheney avait organisé une réunion des dignitaires du lobby pétrolier américain destinée à envisager les scénarios de l’après-guerre, plus précisément le mode de répartition des champs pétroliers irakiens à exploiter. Etaient présents des représentants de Exxon Mobil, Texaco, Chevron et Halliburton. L’équipe de Bush c’est aussi l’équipe des trusts pétroliers : Dick Cheney, le vice-président, fut pendant cinq ans PDG de la société de services pétroliers Halliburton (il touche toujours un million de dollars de Halliburton selon The Guardian cité par Libération du 28 mars 2003) ; Condoleezza Rice, chef du conseil national de sécurité, est également l’ancienne directrice de Chevron (un super tanker de la compagnie Chevron portait son nom !), sans même parler de Bush, ancien patron texan du pétrole (lié aux trusts de l’énergie comme l’a montré le scandale Enron). Le lobby pétrolier a été le principal bailleur de fonds de la campagne électorale de Bush (à hauteur de 26 millions de dollars selon L’Expansion de novembre 2002.) Jamais un gouvernement n’est apparu autant pour ce qu’il est : le conseil d’administration de trusts !
Le Point de février 2003 analysait les conséquences d’une victoire américaine : "... comme l’armée américaine contrôlerait les gisements de pétrole et de gaz irakiens pendant un bon moment, les entreprises américaines pourraient s’arroger une grosse part du gâteau. Elles pourraient par ailleurs décrocher des droits de forage. Des entreprises comme Halliburton et Baker Hughes ainsi que le géant du bâtiment Bechtel Group pourraient se sentir tout aussi victorieux que les troupes des forces spéciales américaines ".
Quant à l’ " opposition irakienne " courtisée par Washington, elle s’engage par avance très clairement à ne respecter aucun des engagements de Saddam (vis-à-vis des trusts européens - on comprend l’émotion du Point), mais à financer le coût de la guerre américaine par des livraisons de pétrole irakien ! Voilà pour les projets initiaux américains, qui provoquèrent tant d’émoi chez Chirac, Schröder ou Poutine... Mais l’affaire sur le terrain se complique, et certains espoirs renaissent de ce côté-ci de l’Atlantique, dont Le Figaro-économie du 31 mars du moins se faisait l’écho, dans l’article intitulé " Pétrole, l’enjeu stratégique de l’après-guerre " : " S’agissant de l’octroi des concessions des zones pétrolifères, véritable enjeu du bras de fer qui se profile pour l’après-guerre, les discussions sont d’abord politiques avant d’être économiques (...) " Tout va donc dépendre de la rapidité avec laquelle un régime souverain inspirant confiance se mettra en place. En attendant, il faudra sans doute prévoir une période de transition avant que les discussions sur l’octroi de concessions puissent se concrétiser " reprend Pierre Terzian, [directeur de l’hebdomadaire spécialisé Pétrostratégies]... Une autre idée reçue tient dans la mainmise programmée des Américains sur le pétrole irakien (...) Sans oublier ensuite le poids de la technostructure (ingénieurs et techniciens) pétrolière irakienne, considérée de l’avis unanime comme l’une des plus performantes dans la région du Golfe. " Dans ces conditions, même si les Etats-Unis en ont rêvé ouvertement, le scénario d’une domination sans partage sur le pétrole irakien me paraît aujourd’hui totalement exclu. On s’oriente davantage vers un régime mixte, avec des contrats de partage de production entre une compagnie nationale irakienne et des compagnies étrangères ", ajoute encore Pierre Terzian. "
Espoirs français ou réalité, les bombardements peuvent continuer sur Bagdad. L’heure n’est pas franchement au front du refus, mais aux marchandages.
La reprise de la course aux armements
Les compagnies d’armement américaines ne sont pas oubliées par la nouvelle politique de Bush. Pendant les années 1990, les Etats-Unis ont diminué leurs dépenses militaires, en particulier entre 1991 et 1996, et certaines entreprises d’armement américaines ont commencé à entrer dans le rouge. En 1999, bien avant les attentats, Clinton avait relancé la course aux armements. Les attentats de 2001 ont permis d’accélérer le mouvement. De 2001 à 2002, le budget passe de 307 milliards de dollars à 339. Dans son discours sur l’Etat de l’Union, Bush proposait d’élever le budget à 379 milliards de dollars avec l’objectif de 451 milliards de dollars en 2007.
Dès son entrée en fonction, Bush a débuté des essais de missiles. Le 13 janvier 2002, il retirait l’adhésion des Etats-Unis au traité international anti-missiles balistiques. Il torpillait la conclusion de la convention des armes biologiques qui aurait supposé une vérification de la non fabrication de telles armes sur le territoire même des Etats-Unis. En décembre 2001, le gouvernement américain bloquait toute discussion internationale sur ce thème et ce malgré l’attaque à l’anthrax sur le sol américain. Il relançait la production d’armes nucléaires et décidait que les armes qu’il s’était engagé à détruire selon les accords avec la Russie seraient seulement stockées mais non détruites ! Dans le même temps, il lançait le programme de bouclier anti-missiles balistiques (le NMD, National Missil Defense).
L’augmentation du budget militaire proposée le 29 janvier 2003 par le secrétaire à la Défense Donald Rumsfeld, après la décision de préparer la guerre, est impressionnante : il s’agit de " 48 milliards de dollars de plus, soit 150 % du budget militaire de la France " (selon Eric Laurent dans son livre " La guerre des Bush "). Le budget américain des armements est donc porté à 396 milliards de dollars soit le plus important de l’histoire des Etats-Unis, plus que celui de l’ensemble des 25 pays suivants de la liste.
Entre 2002 et 2007, 2144 milliards de dollars devraient être dépensés à des fins militaires. Ces dépenses permettent à la fois d’offrir des investissements à des secteurs en difficulté comme les entreprises aéronautiques, les ordinateurs, les hautes technologies (souvent incluses dans les matériels militaires utilisant des capteurs perfectionnés, des matériaux " furtifs " et autres technologies avancées).
La relance des armements n’a sans doute pas le pouvoir de redresser l’économie et de parer aux menaces de récession. Mais elle permet du moins de donner une prime confortable aux trusts américains, dans un contexte de récession, face à leurs concurrents mondiaux. Un résultat au moins est acquis depuis le début de l’intervention : la bourse américaine se rythme désormais plus volontiers, pour le meilleur ou le pire, sur les communiqués militaires que sur les indicatifs économiques des Etats-Unis.
Les intérêts lésés des bourgeoisies concurrentes
La liste des pays ayant pris position, avant le conflit et chacun avec ses propres nuances, contre la guerre américaine, Allemagne, Russie, Chine et France, correspond exactement à la liste des pays qui ont signé des accords avec l’Irak en perspective de la levée de l’embargo, les mêmes ayant donc avancé de l’argent à Saddam Hussein dans l’optique d’être remboursés quand le pétrole irakien pourrait être mis librement sur le marché. Pendant les douze années de l’embargo, ces pays se sont engagés dans des relations économiques avec Saddam Hussein, ont conclu des accords prometteurs avec lui alors que les Etats-Unis et la Grande-Bretagne imposaient à leurs entreprises de respecter l’embargo. Ils ont ainsi obtenu des contrats avantageux. Mais les mêmes contrats devenaient virtuels voire carrément fictifs, avec l’intervention américaine. Toujours est-il que la Russie, la France, l’Allemagne et la Chine ont estimé qu’ils risquaient de perdre leur mise qui se compte en milliards de dollars. Un des gestes très remarqué de Saddam Hussein en octobre 2000, contre les USA et en faveur de l’Europe, avait été d’annoncer que dorénavant il se ferait payer son pétrole en euros et non plus en dollars (contrairement à tous les autres pays pétroliers) alors que l’argent de son pétrole allait déjà dans une banque française, la BNP.
Les relations commerciales entre l’Europe et les Etats-Unis sont parfois orageuses. En 2000, l’Europe protestait contre les avantages, vieille histoire, accordés par les Etats-Unis à leurs entreprises nationales. Tout récemment, le ministre des affaires étrangères français, De Villepin, a annoncé la couleur en annonçant, suite au débat sur le veto : " Le débat que nous avons mené à l’Onu, nous allons le poursuivre à l’OMC ". Même si ce n’est pas nouveau, de prochains affrontements entre intérêts commerciaux concurrents se profilent entre l’Europe et les USA. En ce sens, la guerre qui vise à renforcer la suprématie américaine au Moyen-Orient est une guerre économique inter-impérialiste. Mais une guerre où les intérêts impérialistes sont aussi pour une bonne part entremêlés et amènent à bien des révisions et aménagements d’alliance.
Des intérêts sonnants et trébuchants nourrissent la fronde anti-américaine.
La France
Comme le déclarait Jacques Delors, cité par L’Expansion d’avril 2003 : " Ce n’est pas parce que le coq gaulois pince les fesses de l’éléphant que cela change quoi que ce soit à la taille de l’éléphant ". Le coq gaulois espérait toutefois s’approvisionner grassement dans sa basse-cour.
Dans un article intitulé " L’Irak, terre des contrats français ", L’Expansion du 26 février 2003 écrivait : " Peugeot, Schneider, Alcatel... les entreprises françaises redoutent les effets d’une guerre sur des relations commerciales vieilles de 30 ans ". La France occupait ainsi jusqu’en 2001 la première place à Bagdad, dans les grands chantiers de l’aéroport ou de l’autoroute du sud, ou pour le réseau d’eau, l’électricité, la centrale nucléaire de recherche. En 2001, Peugeot a signé un contrat pour 6000 véhicules et en 2003, le ministre irakien du commerce extérieur parlait sur France 2 d’un contrat de 20 000 véhicules avec Peugeot. Alcatel a signé pour 280 000 lignes électriques et ainsi de suite avec des trusts comme Legrand et Schneider Electric et de multiples trusts (chiffres cités par L’Expansion du 26 février 2003).
Selon Libération du 28 mars 2003 : " Depuis 1996, la France était devenue le premier pays fournisseur de l’Irak avec près de 15 % des importations. L’équipementier Télécom Alcatel qui avait déjà construit le réseau téléphonique irakien dans les années 80 a ainsi obtenu un contrat de 80 millions de dollars (...) Pour certaines firmes qui travaillaient avec l’Irak, l’interruption des échanges se solde d’ailleurs par un problème financier. En 1990, la Coface, l’assureur des exportations, avait donné sa garantie à 20 milliards de francs avec l’Irak ".
Les patrons français avaient signé des contrats pour l’après embargo. L’Etat français les a suivis, a couvert des associations entre patrons français et irakiens, et les banques françaises aussi. En 2002, la Fédération des industries mécaniques françaises déclarait : " Par ailleurs, en Irak, les exportations françaises ont bondi de 206 % pour atteindre 142,5 millions d’euros ". Tous ont misé sur l’assurance que l’embargo finirait par être levé et qu’alors ce serait l’envolée des profits des sociétés françaises.
Selon Business Week du 7 février 2003 : " Des négociations très avancées ont permis à TotalFinaElf d’obtenir il y a quatre ans les droits d’exploitation du champ de Majnoon, au sud du pays. Elle détiendrait une participation de 40 % sur ce site aux réserves abondantes (on parle de 20 milliards de barils). Elle aurait des droits sur un site plus modeste de 6 milliards de barils. De quoi placer TotalFinaElf au premier rang des opérateurs potentiels de ce pays, au coude à coude avec le russe Lukoil (...) L’opposition irakienne pressentie pour gouverner a averti qu’elle dénoncerait les contrats ".
Répondant à ces affirmations, un dirigeant de TotalFinaElf cité par L’Expansion du 19 mars 2003 essayait de rassurer pour enrayer la chute du titre : " Personne ne nous chassera d’Irak ".
L’Allemagne
C’est la puissance impérialiste qui a tenu le langage le plus ferme contre la guerre des USA, le chancelier Schröder (certes animé de surcroît de considérations politiciennes) allant jusqu’à dire qu’Onu ou pas Onu, il était contre la guerre d’Irak.
Des intérêts économiques de l’Allemagne se heurtent également à ceux des Etats-Unis. Le Monde Diplomatique de juillet 2002 sous le titre " L’Allemagne s’active au Proche-Orient " exposait que " Le commerce des armes a renforcé le socle de l’influence de Berlin dans la région. L’Allemagne y figurait en tête des fournisseurs d’armement des années 1980. Elle a notamment permis à l’Irak, à l’Iran et à la Libye d’acquérir les technologies de fabrication d’armes chimiques. Ce sont également des entreprises allemandes qui permirent la fabrication des Scud B irakiens (...) "
La Russie
En entrant en Irak, les Etats-Unis lèsent les intérêts de la Russie pour la même raison qu’ils lèsent les intérêts de la France. " L’Irak a accordé à la Russie les droits d’exploitation d’un champ pétrolifère à Kouma dans des conditions exceptionnellement favorables " rapportait Le Monde Diplomatique de juin 1998. En fait, l’entreprise pétrolière russe Lukoil avait obtenu de Saddam Hussein des pré-contrats en attendant la levée de l’embargo d’une importance égale à ceux de TotalFinaElf en Irak. Selon L’Express du 20 mars 2003, " L’Irak doit à la Russie 8 milliards de dollars au titre des anciens contrats militaires sans compter les pré-contrats avec Youkos et Lukoil (firmes pétrolières)."
" La Russie et l’Amérique ne sont pas des ennemis, mais doivent être des rivaux " expliquait le Herald Tribune du 15 février 1998. Les appétits des Etats-Unis les ont amenés à cerner la Russie : à la fois à l’ouest par l’intégration à l’Otan de la Hongrie, la Pologne, la République Tchèque, puis bientôt par les Républiques Baltes et en perspective l’Ukraine. Et d’autre part en Asie centrale. Le Monde Diplomatique de février 2003, sous le titre " l’Asie centrale, base arrière américaine", rapporte : " L’arrivée des forces spéciales américaines - si loin du champ de bataille afghan - a ravivé les spéculations autour du grand jeu pétrolier. Les investissements occidentaux dans le secteur pétrolier de la Caspienne soulignent l’importance de l’enjeu : les entreprises occidentales ont investi environ 13 milliards de dollars au Kazakhstan depuis 1993, 8 milliards de dollars en Azerbaïdjan depuis 1994. " Selon L’Expansion de novembre 2002, " De nouvelles routes du pétrole, sous protection américaine, se mettent en place pour siphonner les réserves de la région au détriment de la fédération de Russie ".
La Chine
La Chine a développé des bonnes relations avec le régime irakien, ayant besoin de pétrole du fait de sa taille et son développement industriel. A l’inverse, l’Irak sous embargo avait besoin des armes et marchandises chinoises. La Chine lui a vendu du matériel militaire, notamment les fameux missiles sol-sol, dénommés " vers à soie ". Nombre de sociétés chinoises ont été placées sur la liste noire des USA pour avoir contourné l’embargo. La Chine possède également des contrats pétroliers avec l’Irak. Elle a signé des contrats pour des prospections et des exploitations de nouveaux champs pétroliers, notamment celui de Ahdab. Les Etats-Unis ont signifié à la Chine plusieurs rappels à l’ordre. Le " Rapport annuel sur la puissance militaire de la République populaire de Chine " remis au congrès américain en juillet 2002 a affirmé que le développement militaire de la Chine prenait un caractère menaçant. La proposition des USA à Taïwan de bénéficier du bouclier anti-missile américain est venue s’ajouter aux diverses interventions américaines en Asie, montrant à la Chine que la guerre contre l’Irak avait également valeur d’avertissement dans la région, même si la menace est dirigée contre la Corée du Nord.
Craintes et calculs. Le front mouvant des alliances
Il faut être clair. Il n’y a jamais eu à l’Onu un camp de la paix contre un camp de la guerre. Il y a seulement eu divergences de tactique pour amener l’Irak à la plus complète sujétion... et qui en profiterait. Comme disait Chirac, il faut envisager la guerre... en solution de dernier recours.
Sur le fond, mettre la main sur l’Irak, tout le monde est parfaitement d’accord. Tous les ténors européens de l’Onu étaient également pour le maintien de l’embargo en exigeant le désarmement de l’Irak. Le rétablissement de la démocratie n’a rien à voir dans l’affaire. Seul ou à plusieurs, on pille plus facilement un pays totalement désarmé. Rappelons qu’en 2001 la France avait prôné des sanctions plus légères contre l’Irak, mais non la levée de l’embargo. Le gouvernement irakien en prit ombrage et en 2002, rapporte Le Monde du 1er avril dernier, les exportations françaises baissèrent de 29 %, au profit de l’Egypte, de la Jordanie, de la Syrie et des Emirats arabes unis mais aussi de la Russie, de l’Australie et de la Chine. De premier fournisseur en 2001, la France aurait rétrogradé au-delà du dixième rang. Décidément, les rapports de rivalités sont bien partagés, et les camps pas si tranchés que les prises de position à l’Onu le laissèrentun tempsparaître. Ce n’est pas pour rien que Chirac et Raffarin estiment régulièrement nécessaire de saluer l’ami américain. Pour souffler le chaud et froid diplomatique, sans doute. Mais pas seulement. Sur le terrain il existe aussi d’étroits partenariats. D’après le même article du Monde (" Les patrons français redoutent une hégémonie américaine en Irak ") : " ...335 millions de dollars de contrats ont été passés depuis 1998 par des entreprises américaines via leurs filiales françaises, tel le groupe Halliburton qui aurait obtenu pour 97,3 millions de dollars de contrats, essentiellement pour des pompes. De plus, 308 contrats ont été signés par des agents français vendant des produits américains pour un montant de 160,7 millions de dollars. Les contrats de produits américains avoisineraient donc les 500 millions de dollars. Certaines sociétés britanniques sont également passées par leurs filiales françaises pour obtenir des contrats, pour un montant, depuis 1998, de l’ordre de 87 millions de dollars. Les brigands se disputent le pactole, mais il n’est pas toujours facile de démêler le tien du mien...
Il y avait sans doute plusieurs politiques possibles pour réduire l’Etat irakien à la plus parfaite impuissance, à la plus complète docilité. L’embargo contre l’Irak, avec les dégâts subis par la population civile que l’on connaît, dure depuis 1991, et les bombardements américains n’ont jamais totalement cessé. Ni la France ni l’Allemagne ni la Russie et autres éphémères défenseurs de la paix ne s’y sont jamais opposés. C’est même dans ce contexte, autrement dit sous couvert militaire américain, que les mêmes ont fait leurs affaires avec Saddam Hussein. La guerre, en fait, n’a jamais cessé. Somme toute, les impérialismes européens s’accommodaient assez bien de ce siège interminable de l’Irak. Le désarmement de l’Irak sous contrôle des inspecteurs de l’Onu, confortés par les bombardements sporadiques anglais et américains, n’était pas loin d’être achevé. Le " retour à la normale ", autrement dit la reprise des affaires dans un pays exsangue, avec la levée de l’embargo, s’annonçait proche. L’heure était à cette même " reconstruction " financée par la rente du pétrole qui attire les convoitises du patronat du monde entier.
L’Irak était déjà vaincu. Mais pour le gouvernement américain, ce n’était pas assez. Et parmi les raisons qui ont présidé au choix du gouvernement américain d’écraser militairement le vaincu, il y a l’intention de couper l’herbe sous le pied des Européens, Russes, voire Chinois trop gourmands, de faire place nette sur le terrain et par la même occasion d’écarter des amis concurrents. Mais comme rien n’est simple ni gagné d’avance, les concurrents et néanmoins amis prennent la mouche. Pis, contre tous les pronostics, le déjà vaincu résiste. La stratégie de Bush se révèle hasardeuse. La guerre n’est plus gagnée d’avance. Réticences et critiques s’expriment publiquement dans l’état-major américain. Jusqu’au fidèle d’entre les fidèles, Tony Blair, qui se demande si le vent ne va pas tourner, s’il a misé sur le bon cheval, si le lobby militaro-pétrolier de Bush s’apprête vraiment à récompenser son zèle à la hauteur des espérances des capitalistes britanniques... et qui s’apprête à nuancer sinon réviser ses alliances en invoquant à son tour les vertus de l’Onu, voire à renouer l’alliance séculaire... avec la France !
Et puis, l’impérialisme américain a beau être " tout puissant ", il lui faut bien compter avec les intérêts propres de ses plus fidèles vassaux, y compris parmi ceux qui ne font pas partie des grandes puissances, intérêts qui ne coïncident pas forcément avec ses objectifs propres. C’est ce qu’a montré sa déconvenue avec la Turquie, qui entre la perspective de voir se forger un Etat kurde indépendant à ses frontières et la promesse des milliards américains, a préféré renoncer à ces derniers et refusé aux Américains le passage de leurs troupes terrestres sur son territoire (mais, singeant en cela les puissances européennes, France ou Allemagne, a quand même réservé l’avenir en acceptant le passage des avions dans son espace aérien).
Pas d’alignement sur le prétendu " front du refus " impérialiste
Dans un contexte d’accentuation des rivalités impérialistes, il convient d’être très clair vis-à-vis des discours prétendument anti-guerre de diverses bourgeoisies européennes et en particulier de notre propre impérialisme. Les raisons qu’a la France de contester - pour l’instant - la guerre américaine en Irak n’ont rien à voir avec les raisons des peuples d’y être fondamentalement hostiles. Et la flagornerie de la gauche envers Chirac représente un alignement pur et simple sur les intérêts affichés de l’impérialisme français. C’est oublier le rôle que la France joue par exemple en Afrique, ne serait-ce que sa responsabilité de puissance néo-coloniale dans la situation actuelle en Côte-d’Ivoire ou en Centrafrique. C’est oublier que l’Etat français est capable de mener ou de téléguider des guerres tout aussi meurtrières que l’Etat américain. Rappelons-nous qu’elle avait pris fait et cause pour les massacreurs dans la guerre du Rwanda, qui firent un million de victimes, alors que les Etats-Unis étaient dans le camp d’en face !
Les peuples, et notamment ceux d’Europe, n’ont aucune raison de se placer derrière cette bannière du front du refus impérialiste, au demeurant bien précaire. Aucune des positions d’un Chirac ne méritait d’être soutenue malgré ce qu’ont prétendu tous les hommes politiques de gauche français, de François Hollande à Marie-George Buffet, qui ont décerné au président français leurs félicitations. " Nous rejoignons les positions de la diplomatie française " a déclaré Bernard Thibault, interviewé par la radio RFI en sortant du congrès de la CGT. La gauche gouvernementale et les dirigeants syndicaux sont trop attachés aux intérêts de la bourgeoisie française pour aller au-delà de la position d’un Chirac. Chirac met en avant l’Onu, ce club d’affaires des grandes puissances. Chirac veut désarmer l’Irak alors que ce sont les pays impérialistes comme les Etats-Unis, l’Angleterre et la France qui sont armés jusqu’aux dents et qu’il faudrait désarmer. Chirac veut assurer aux compagnies françaises le droit de piller les richesses d’Irak, alors qu’il faudrait que les peuples s’unissent pour mettre les trusts impérialistes et leurs Etats hors d’état de nuire. Le combat contre la guerre ne doit pas se dérouler sous le drapeau d’un Chirac. Non seulement ce serait s’aligner sur la bourgeoisie française alors que celle-ci s’attaque aux travailleurs mais cela risquerait de nous mener à soutenir notre impérialisme si l’exacerbation des rivalités entraînait à l’avenir de nouvelles confrontations.
Pour la défaite de tous les impérialismes en Irak
Une fois la guerre commencée, Chirac a réaffirmé qu’il était un allié des Etats-Unis. Les peuples auraient au contraire tout intérêt à une défaite américaine, d’autant qu’une victoire américaine, on l’a vu en 1991, ne garantit en rien la démocratie au peuple irakien. Et souvenons-nous comment la défaite américaine au Vietnam a dissuadé le gouvernement américain d’intervenir militairement dans le monde, en tous cas directement, pendant des années. Les Etats-Unis ne sortiront pas forcément gagnants de la guerre, à supposer même que le succès strictement militaire soit garanti. La résistance à l’occupation de Bagdad peut être importante. Le résultat peut-être un demi-succès avec occupation seulement des puits de pétroles enlevés à Saddam Hussein, ce qui est l’essentiel pour l’impérialisme américain, mais au prix d’une déstabilisation de la région. L’armée US peut très bien entraîner des révoltes dans les pays musulmans en particulier dans les pays arabes. La révolte contre le sort réservé aux Palestiniens par Israël peut venir s’ajouter à la révolte contre le sort réservé à la population irakienne pour déstabiliser les régimes jordanien, saoudien ou égyptien. Brent Scowcroft, ancien conseiller à la sécurité nationale de Bush père déclarait dans un article du Wall Street Journal  : " Je pense que nous pourrions connaître une véritable explosion au Moyen-Orient. Cela pourrait transformer cette région en une marmite bouillante et détruire notre combat contre le terrorisme." (cité dans La guerre des Bush de Eric Laurent).
Si les troupes américaines s’enlisent dans un conflit long et dur, les manifestations d’hostilité à la guerre dans le monde, mais surtout les résistances en Irak et au Moyen-Orient, peuvent mettre l’impérialisme américain dans une situation difficile. Ce pourrait être une opportunité pour que la classe ouvrière des pays impérialistes entre en scène et se porte solidaire des peuples du Tiers-Monde en ouvrant de nouvelles perspectives à tous ceux que les boucheries impérialistes révoltent : le renversement complet et définitif de l’impérialisme sur toute la planète, la seule manière qu’il nous la fiche... la paix !

5 Messages de forum

  • Please sign the online petition :
    Delshad Namiq Zorab is an active member of the UK Committee of the Worker
    Communist Party of Iraq and a member of The International Federation of
    Iraqi Refugees. He is currently detained and awaiting deportation. The
    Worker Communist Party of Iraq is a banned organisation in Iraq and
    Kurdistan. Its members both at home and abroad are persecuted by the Kurdish
    and Iraq security forces. Delshads life is in danger if we deport him back
    to Iraq Kurdistan (...)
    Le camarade Delshad Namiq Zorab est un membre actif du comité en Angleterre
    du Parti communiste-ouvrier d¹Irak et de la Fédération internationale des
    réfugiés irakiens. Il est actuellement détenu, en attente d¹expulsion. Son
    retour en Irak mettrait sa vie en danger. Signez la pétition en ligne pour
    sa libération et son obtention de l¹asile en Grande-Bretagne, où il vit
    depuis 2003.

    http://www.gopetition.co.uk/petitio...

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  • je dédie cette lettre ouverte à la population pauvre Pakistanaise, à cette population qui manque de tous que la misère et la pauvrété.et je trouve injuste et sidérant que la population soit prise d’assaut par les talibans et l’armée lors des affrontements que j’ignore la principale cause et je donne tors à ces deux je qualifie intégriste et capitaliste.et c’est injuste que les civils innocents se rétrouvent dans la rue où sous des temples comme des animaux, et c’est insultant de voir les aides humanitaires distribuer leur nourriture sale à ces pauvres................... je suis de votre côté ...S DE BKO.

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  • Barack Obama prix Nobel de la Paix

    Le prix Nobel de la Paix vient d’être décerné, vendredi 9 octobre, au président américain, Barack Obama « pour ses efforts extraordinaires en vue de renforcer la diplomatie internationale et la coopération entre les peuples ».

    De quels efforts s’agit-il ? De la guerre que mène actuellement les États-Unis en Irak et en Afghanistan (où Obama envisage d’envoyer prochainement plusieurs milliers de soldats supplémentaires) ? Des dépenses militaires américaines qui se montent à plus d’un milliard de dollars par jour ?

    Obama, « homme de la Paix » ? Quelle blague !

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  • The War in Iraq

    * Over a million Iraqis have died from direct violence, disease or hunger since 2003 – about three percent of Iraq’s population
    * Since January 2010, 235 American soldiers have died in the U.S. occupation
    * Since January 2010, there have been 250 so-called military contractors, mercenaries hired by the American Government, killed in Iraq.
    * 50,000 regular troops, and 4,500 special forces troops and 95,000 contractors remain in Iraq.
    * Over a trillion U.S. tax dollars have been spent on the war since 2003.

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