English German Espagnol Portugese Chinese Japanese Arab Rusian Italian Norvegian Dutch Hebrew Polish Turkish Hindi
Accueil du site > 04 - Livre Quatre : HISTOIRE CONTEMPORAINE > 23- Guerres de Yougoslavie > La lutte des classes en Yougoslavie

La lutte des classes en Yougoslavie

mercredi 28 octobre 2009, par Robert Paris

Et les guerres et guerres civiles de l’ex-Yougoslavie

SITE : Matière et Révolution

www.matierevolution.fr

Sommaire du site

Pourquoi ce site ?

Pour nous écrire, cliquez sur Répondre à cet article


(article écrit durant les bombardements sur la Serbie des impérialismes, qui se sont eux-même appelés " les puissances occidentales".

C’est une sale guerre impérialiste qui a débuté le jeudi 25 mars 1999 avec le bombardement par les forces de l’OTAN de la République Fédérale de Yougoslavie. Le droit des peuples n’a rien à y faire.
Les bombardements ont simplement permis aux troupes de Milosevic d’intensifier son plan d’épuration ethnique au Kosovo, en poussant en quelques jours plus d’un demi million de civils dans les camps de réfugiés d’Albanie et de Macédoine. Il a fallu une semaine aux puissances occidentales pour s’aviser que les réfugiés pouvaient avoir besoin de tentes, de nourriture et de couvertures.
Aujourd’hui, la prétendue assistance humanitaire – si tardive – n’a d’autre but que de justifier la terreur des bombardements. Les images télévisées des centaines de milliers de Kosovars dans la détresse servent à masquer les dégâts meurtriers des bombardements sur toutes les populations, celle de Serbie comme celle du Kosovo. Quant à la campagne de propagande sur l’accueil des réfugiés dans les pays occidentaux, l’appel à la générosité – effective et compréhensible – de la population, elle est d’une parfaite indécence de la part de ces gouvernements de pays riches qui déploient chaque jour en bombardiers sur l’ex Yougoslavie cent fois, mille fois le total récolté pour secourir les réfugiés.
En Macédoine, le premier geste de l’OTAN a été de construire des barbelés pour enfermer les réfugiés dans des camps alors qu’ils étaient jusque là hébergés par des familles. Puis ils se sont brusquement ravisés, réfléchissant qu’ils ne souhaitaient pas que des centaines de milliers de Kosovars restent stationnés près de la frontière. Ils ont préféré aller les parquer beaucoup plus loin, dans des pays qui ne sont pas frontaliers de la Serbie. Générosité ? Les premiers furent embarqués de force, séparés de leur famille et amis, ne connaissant même pas leur destination.
Les Etats-Unis ont pris la tête de l’opération “_humanitaire ” visant à accueillir les réfugiés. A Washington, à New York ? Non. Les Kosovars au nom desquels on bombarde les Balkans ne verront pas la statue de la liberté. Ils seront envoyés, autant dire déportés, vers la base américaine de Guantanamo à Cuba et dans une île du Pacifique. Ah, la générosité impérialiste !
La crainte des forces “alliées” dans cette affaire est de voir se constituer des camps de centaines de milliers d’exilés kosovars près de la frontière, qui pourraient demain être autant de combattants susceptibles de déstabiliser le pouvoir serbe comme le pouvoir macédonien ou albanais. L’impérialisme voudrait éviter de reconstituer des foyers de révolte dans cette région comme cela a été le cas avec les camps de réfugiés palestiniens aux frontières d’Israël.
Quant à la France, elle a réussi sur cette question à se singulariser. Dans l’odieux et le sordide. Le socialiste Jospin ne voulait pas recevoir en France de réfugiés, même s’il s’est prétendument ravisé ensuite, non pas pour les laisser près de chez eux comme il le prétendait, mais pour ne pas risquer de perdre quelques voix au profit d’un Le Pen à quelques mois de Européennes. Jospin pourfend courageusement Milosevic en commençant par céder à la simple pression électorale de l’extrême droite.
Chirac comme Jospin ont tenu à rappeler que la France est une puissance qui intervient pleinement dans le conflit, militairement comme politiquement, et pas seulement à la traîne des Etats-Unis. C’est en plein accord que l’un et l’autre ont décidé de participer à la guerre, rompant avec leur thèse habituelle puisqu’ils avaient affirmé jusque là n’accepter d’intervenir que sur mandat de l’ONU.
Le discours commun des Clinton, Chirac, Jospin est sommairement le suivant : “ Milosevic est responsable de milliers de morts en Yougoslavie depuis dix ans. En ce moment il s’attaque à la population albanaise du Kosovo et nous intervenons militairement pour y mettre un terme et imposer qu’il négocie.” Une thèse fondée sur une somme de mensonges et d’hypocrisie impressionnante. En réalité, l’intervention des forces alliées n’a pas pour but de s’attaquer au pouvoir du dictateur Serbe Milosevic ni celui de défendre les Kosovars même si elle se pare du devoir de solidarité et de la défense du droit des peuples.

Pourquoi les occidentaux ont-ils décidé de bombarder ?
Que veulent -ils ?
Quels intérêts défendent-ils dans cette région ?

Les diverses justifications de l’intervention militaire occidentale sont les suivantes :
– protéger la population kosovare albanaise contre la purification ethnique entreprise par les forces serbes ;
– éviter que le conflit ne s’étende notamment à la Macédoine, à la Grèce et à l’Albanie ;
– imposer le plan de paix que les grandes puissances avaient avancé à Rambouillet et ainsi arrêter la guerre
Ces trois arguments ont été démontés par le directeur des recherches militaires stratégiques anglaises, Jonathan Eyal dans le journal Le Monde du mardi 30 mars de manière si limpide que le mieux est de le citer :

Question du Monde : selon les dirigeants des pays de l’OTAN, le principal motif de l’intervention militaire est de stopper l’offensive serbe contre les Albanais du Kosovo. Elle semble au contraire s’amplifier et de nombreux villages brûlent. Est-ce que tout se déroule comme prévu dans cette affaire ?
Jonathan Eyal répond :
 On savait parfaitement dans les milieux militaires de toutes les capitales concernées que, paradoxalement, la catastrophe humanitaire serait bien plus grave dès lors que les bombardements commenceraient. La justification humanitaire de l’opération en cours n’est rien d’autre que cela, une justification juridico-politique visant à conserver un caractère légal - au nom des lois humanitaires internationales - à une opération démunie d’un clair mandat du Conseil de sécurité des Nations unies. (...)
Question du Monde : La deuxième raison invoquée par les leaders des pays de l’OTAN pour l’intervention était le risque de débordement du conflit serbo-albanais sur les pays voisins.
Réponse du stratège britannique :
 Le risque était minime. C’est encore une fois un prétexte, pas la vraie raison. Il y a treize mille soldats de l’OTAN en Macédoine : c’est plus que suffisant pour empêcher celle-ci d’entrer éventuellement dans une alliance avec la Serbie, ou pour empêcher Milosevic de faire quoi que ce soit en Macédoine. (...) Il y a bien sûr un risque que l’Albanie s’effondre ou soit mêlée au conflit, mais n’oublions pas que l’Albanie n’est pas en position de faire grand-chose. Vous voyez que les risques d’embrasement régional ont été très exagérés. (…)
Le Monde : La troisième justification publique de l’intervention est officiellement de forcer Milosevic à signer le plan de Rambouillet. Ce plan existe-t-il encore ?
Réponse de Jonathan Eyal :
 Non. Aucun gouvernement occidental n’est prêt à le reconnaître, mais Rambouillet est mort à la minute même où la première bombe de l’OTAN est tombée en Serbie. (...) Rambouillet n’a plus aucune chance parce que, même si Milosevic décidait de signer la semaine prochaine, ce sont les Albanais qui n’en voudraient plus. (...) Si vous regardez l’offensive militaire de près, il est en train de facto de préparer la partition de la région. Il gardera le morceau qu’il aura réussi à nettoyer ethniquement et il s’en satisfera.
Il suffit d’ajouter que l’impérialisme s’en satisfera également et ne sera en rien gêné de signer un tel accord avec Milosevic.

Les mensonges de l’impérialisme

Le premier résultat de l’intervention armée des Occidentaux, en plus bien sûr du bombardement des populations civiles serbes comme kosovares, c’est que les forces armées et policières serbes flanquées des groupes paramilitaires d’extrême droite ont accéléré brutalement leur politique consistant à terroriser la population du Kosovo pour la forcer à quitter le territoire. Les puissances occidentales savaient d’avance que “la catastrophe humanitaire”, comme ils disent, aurait lieu, même s’ils ont fait mine de s’en étonner et de s’en indigner.
Les puissances impérialistes n’ont jamais agi autrement durant les différents conflits de l’ex-Yougoslavie depuis 1992. Leur dernière intervention visait paraît-il à défendre les Bosniaques musulmans. En réalité ils les ont empêché de recevoir des armes et les ont laissé se faire massacrer pendant trois ans pour, au bout du compte, en 1995, consacrer par la paix de Dayton les territoires gagnés par les bandes armées et officialiser le pouvoir des chefs de bandes organisateurs de massacres que sont les Milosevic et les Tudjman sur le reste de la Yougoslavie. Chacun d’eux s’est retrouvé à la tête de territoires d’où il a expulsé les autres nationalités. Une fois leur paix signée, les Occidentaux n’ont jamais cherché à imposer que les expulsés reviennent chez eux comme le prévoyaient les accords sur le papier. Le nettoyage ethnique a simplement été couvert de l’autorité de ce que l’on appelle “ la communauté internationale ”.
C’est même cette paix de Dayton fabriquée par l’impérialisme qui a préparé la guerre que nous connaissons aujourd’hui puisque cet accord a donné à la fois le Kosovo à la Serbie et la Serbie à Milosevic. Et cela, sans la moindre consultation de la population du Kosovo, sans la moindre garantie pour la population à majorité albanaise qui subissait pourtant des exactions depuis des années. Décidément, les Kosovars qui sur les conseils de leurs dirigeants nationalistes ont fondé des espoirs sur l’intervention de l’OTAN, ont été cruellement trompés. La population bosniaque avait été trompée de la même façon auparavant, et en vint aux même cuisantes désillusions. Impossible de prêter foi au discours d’un Clinton déclarant en 1992 : “_nous ne laisserons pas se reproduire au Kosovo ce qui s’est passé en Bosnie_”. En Bosnie comme au Kosovo, les Occidentaux se sont servis de la guerre civile pour justifier leur intervention au nom des peuples opprimés, mais n’ont jamais levé le petit doigt pour les défendre. Non seulement ils n’ont jamais eu l’intention de donner les moyens militaires de se défendre à ces peuples mais ils ont bloqué les armes pour la Bosnie et comptaient de la même façon imposer aux combattants kosovars de rendre leurs armes.
Américains, Français, Allemands et Anglais bombardent la Serbie et bombardent également le Kosovo. Les forces alliées ont défini une ligne qui coupe en deux le Kosovo : d’un côté de la ligne les Occidentaux bombardent tout mouvement des troupes serbes, de l’autre elles laissent Milosevic pratiquer la purification ethnique. Car leur calcul est d’obtenir un accord avec Milosevic pour un partage du Kosovo, l’armée de Milosevic se chargeant par la violence de la serbisation forcée de sa part de la région.
Le nettoyage ethnique, cela faisait plus d’un an que Milosevic le pratiquait au Kosovo sans que les alliés s’en soient autrement émus. Ils ne sont intervenus que lorsque les exactions serbes ont convaincu la plupart des Kosovars de la nécessité de soutenir la lutte armée de l’UCK. C’est à ce moment seulement que l’impérialisme s’est inquiété et pas pour la vie des Kosovars ! Il a craint que la lutte du peuple kosovar ne déséquilibre l’ordre qu’il avait imposé à Dayton.
Protéger les populations n’a jamais été le souci des puissances impérialistes. On l’a bien vu dans les combats de Croatie de 1992 où elles ont attendu que le rapport des forces définisse les zones de domination pour les entériner, ou à Sarajevo où elles ne sont intervenues qu’à la fin des combats dans la capitale bosniaque. On l’a vu aussi lors des massacres de Srebrenica en 1994 où la force internationale a assisté directement à un véritable génocide sans bouger : les soldats de cette force des Nations Unies avaient l’ordre de ne pas intervenir, même pour empêcher des femmes d’être violées et des enfants d’être massacrés, même face à un génocide. Les troupes internationales ont même fait un match de foot avec les massacreurs le lendemain du génocide !

Le mythe de la haine des peuples

Mais c’est justement pour leur bien qu’on intervient, nous dit-on_ !
Et on nous sert la vieille histoire des peuples des Balkans. Les peuples ne sauraient faire autre chose que se haïr et s’entre-tuer et auraient, nous dit-on, besoin de pays plus civilisés pour les séparer ! Pourtant c’est en Bosnie, le territoire où tous ces peuples étaient les plus imbriqués, liés les uns aux autres, ayant des siècles de mariages intercommunautaires, que la lutte armée a été la plus violente, la plus terrible. Pourtant, cela faisait un demi-siècle qu’il n’y avait pas eu en Bosnie d’affrontement interethnique sérieux. La guerre n’est pas due à une prétendue haine des peuples, à une hostilité rédhibitoire, mais à la politique des dirigeants nationalistes. En particulier au plus puissant d’entre eux, le dirigeant serbe Milosevic, qui s’étant emparé de l’essentiel de l’ancienne armée yougoslave a systématiquement organisé la guerre aux quatre coins du pays en s’appuyant sur les milices d’extrême droite. Rien à voir avec une explosion spontanée de nationalisme_ !
Les médias français parlent non seulement de “ haines ancestrales entre les peuples balkaniques ” mais même de guerre de religion entre des Kosovars musulmans et des Serbes orthodoxes. Mensonge ! Pour ne parler que de la dernière guerre de Bosnie, les Croates chrétiens étaient alliés aux Bosniaques musulmans contre les Serbes chrétiens orthodoxes.
Mitterrand, lui, n’hésitait pas à parler d’ « antagonismes multiséculaires »_ ! En 1992, au cours de la guerre de Bosnie, quand on a finalement su en Occident que les Serbes avaient installé de véritables camps de concentration, Georges Bush a déclaré pour minimiser le choc dans l’opinion qu’il s’agissait d’une “ vendetta due à de vieilles haines”. De la part des dirigeants occidentaux, c’est une manière de cacher la responsabilité des classes dirigeantes de ces pays afin de pouvoir tranquillement continuer à nouer des alliances avec elles. C’est tellement simple d’accuser les peuples_ ! Bush expliquait que c’était malheureux mais qu’il n’y pouvait rien et Mitterrand soutint jusqu’au bout Milosevic en déclarant que jamais il n’accepterait une intervention des Occidentaux à son encontre. En 1995, lors des accords de Dayton, les grandes puissances auront tout à fait oublié les camps de concentration de Milosevic, les viols systématiques de femmes bosniaques et les massacres.
C’est surtout l’irrédentisme du nationalisme serbe que l’on invoque aujourd’hui, puisque c’est contre lui qu’on prétend intervenir. Mais là aussi on nous ment. On essaie de nous faire croire qu’un Milosevic est derrière chaque Serbe. C’est faux ! Maintes fois la population serbe s’est mobilisée contre le dictateur. En 1991, les jeunes serbes ont organisé un mouvement massif de refus de la conscription et sont descendus dans la rue en 1992 pour défendre les insoumis emprisonnés. On a alors appris qu’ils étaient 200_000 à avoir refusé de participer à cette guerre ! Les actes barbares des armées et des bandes d’extrême droite enrégimentées par les divers Etats nous sont présentés comme des actes spontanés des peuples ! Mais toute l’histoire de cette guerre civile nous montre le contraire.

¤ Plusieurs fois des villages et même des régions, comme celle de Tuzla au cours de la guerre de Bosnie, se sont organisés pour protéger leurs minorités et refuser l’épuration ethnique, mais ont été réprimés par l’armée et les bandes d’extrême droite de leur propre nationalité.

¤ Quand les serbes de la Krajina ont été attaqués, les forces nationalistes serbes ont essayé d’appeler massivement la population serbe à s’enrégimenter dans des milices mais celle-ci a refusé.

¤ En 1996 le pouvoir serbe a voulu faire signer une lettre d’allégeance au pouvoir à tous les professeurs d’université : une centaine ont refusé et ont été exclus de l’université.

¤ Ceux que l’on appelle les partis citoyens et qui refusent les divisions raciales ont été majoritaires dans plusieurs régions puis réduits par la force.

¤ Des villes comme Banja Luka dans la zone serbe de Bosnie se sont révoltées contre les bandes armées et les profiteurs de guerre.

Tout cela s’est produit en Serbie comme dans les autres régions et il faut se méfier des commentaires qui ont vite fait de faire croire que tous les Serbes sont du côté de l’extrême droite et de Milosevic, même en ce moment. La communauté serbe immigrée en France peut être beaucoup plus portée à un soutien inconditionnel à Milosevic que ceux qui subissent sur place la politique des dirigeants. Il y a certes un fort mouvement nationaliste serbe qui dispose aujourd’hui d’un important soutien dans la population, mais il y a eu aussi un fort mouvement hostile à cette politique et à ce régime, un mouvement d’opposition populaire qui s’est manifesté massivement à plusieurs reprises.
Le journal Libération du 13 septembre citait un paysan bosniaque musulman : “ nous avons toujours eu de bonnes relations avec nos voisins, serbes ou croates. Le problème c’est qu’eux aussi ont peur des extrémistes qui les manipulent. Si on arrive à mettre ces gars là sur la touche, les choses devraient s’arranger. ”
Ce qui permet aux ultra nationalistes de l’emporter c’est d’abord qu’ils sont liés au pouvoir politique dans chacune des nations, se servent des moyens de propagande et surtout des moyens de pression et de répression. Les extrémistes de droite de chaque nationalité ont d’abord terrorisé leur propre peuple à la fois en les menaçant et en menaçant les peuples voisins. Leur stratégie est efficace : par des actes violents de provocation contre le peuple voisin, ils parviennent à entraîner des réactions de peur et de haine entre les peuples, même quand l’hostilité et la crainte n’existaient pas au préalable.
Chacun sait que pendant les années qui ont suivi la guerre mondiale la plupart se disaient simplement yougoslaves et ne mettaient pas spécialement en avant une appartenance à une nationalité serbe, croate ou autre_ ! Dans les usines en France, beaucoup avaient un camarade immigré yougoslave mais très rarement ils se disaient Croate ou Serbe. On n’a pas entendu parler d’affrontements ni de haines ancestrales à l’époque. Les villages de chacune des communautés étaient imbriqués les uns dans les autres, notamment dans le sud de la Yougoslavie. Nombre de yougoslaves ne pourraient même pas dire à quelle nationalité ils appartiennent tant il y a eu de mariages croisés.
Tous les peuples ont été également victimes de la politique criminelle des classes dirigeantes de toutes les nationalités, y compris les 470 000 Serbes expulsés de Croatie ou tous ceux qui furent expulsés des régions qu’ils occupaient en Bosnie, notamment ceux de Sarajevo. Le pouvoir serbe, qui les avait pris en otage par sa politique guerrière contre les autres nationalités, a voulu se servir d’eux récemment en en faisant les colons de nouvelles régions à “serbiser”. Le Monde Diplomatique rapporte que nombre d’entre eux ont refusé, notamment parmi ceux qu’on voulait pousser à s’installer au Kosovo pour coloniser et remplacer la population kosovare albanaise.

Les grandes puissances voulaient-elles vraiment
abattre le régime de Milosevic ?

Les bombardements viseraient à affaiblir, voire à renverser Milosevic. On en finirait alors avec tous les problèmes de l’ex-Yougoslavie. En somme, le même discours que pour Saddam Hussein au cours de la guerre du Golfe. Là aussi, c’est le dictateur que les Occidentaux ont toujours soutenu ou couvert qui est présenté comme la bête à abattre.
Mais l’intervention militaire affaiblit-elle Milosevic ? Un enseignant de l’université qui en a été licencié pour s’être opposé publiquement à la politique raciste de Milosevic déclarait il y a quelques jours à un journaliste français (Le Figaro du 29 mars) : “ si votre but avait été de sauver le pouvoir déclinant de Slobodan Milosevic, vous ne vous y seriez pas pris autrement ! ”
Le premier effet du bombardement de la population serbe a sans doute été de resserrer les rangs des Serbes autour de Milosevic et, en tout cas, de rendre encore plus difficile le combat de ceux qui s’opposent à Milosevic. Les puissances impérialistes savaient parfaitement qu’il en serait ainsi.
Elles interviennent justement à un moment où sa dictature était à nouveau contestée à la fois par l’opposition démocratique de la petite bourgeoisie qu’un régime s’appuyant de plus en plus sur l’extrême droite inquiétait, par les revendications sociales des travailleurs qui en ont assez d’être sacrifiés pour le plus grand bénéfice des profiteurs de guerre et par la volonté scissionniste de deux régions intégrées pour le moment à la Serbie, le Monténégro et la Voïvodine. Ce n’était pas seulement le combat des partisans albanais du Kosovo qui inquiétaient Milosevic. En intervenant militairement contre lui, les puissances occidentales en ont fait le chef incontournable de la défense des Serbes. Mais, de leur part, ce n’est ni une erreur ni une maladresse. C’est un calcul. L’objectif des puissances alliées n’est pas d’en finir avec les horreurs de Milosevic en le renversant. Si elles le combattent aujourd’hui, cela ne veut pas dire qu’elles ne comptent plus s’en servir comme elles l’ont fait très longtemps. Chirac l’a avoué à sa manière, après avoir expliqué que c’était un massacreur, en affirmant que leur seul objectif était que Milosevic lui-même vienne négocier.
Il y a quatre ans, Clinton traitait Milosevic de “ tyran sanguinaire ” et de “ criminel de guerre ” ! Mais au moment de la signature de la paix de Dayton de 1995, les mêmes chefs d’Etat occidentaux l’avaient présenté comme l’artisan de la paix, et lui avaient accordé une reconnaissance internationale comme dirigeant des Serbes. Les dirigeants occidentaux savaient bien qu’il était l’un des principaux artisans de la vague de haine nationaliste et raciale qui s’est développée en Yougoslavie, mais ils avaient alors décidé de faire croire que seuls les dirigeants serbes de Bosnie, les Mladic et Karadzic, étaient responsables des massacres.
Pourquoi avoir si longtemps couvert d’un voile de respectabilité un assassin comme Milosevic ? C’est que les dirigeants occidentaux avaient bien besoin d’un dictateur pour l’ordre qu’ils voulaient imposer à ce pays pauvre, déstabilisé par la chute brutale du niveau de vie, par la perte totale de confiance de la population dans le régime politique. Autant s’appuyer sur quelqu’un qui pouvait détourner vers la haine nationaliste et ethnique la contestation sociale. Milosevic a “stabilisé” la société même si c’est en la jetant dans la barbarie. Il a concentré tous les pouvoirs entre ses mains, unifié les partis nationalistes serbes, poussé les autres peuples à se mettre sous la protection et sous la coupe d’autres dirigeants nationalistes tout aussi barbares, écrasé les oppositions démocratiques et les travailleurs. Les dirigeants impérialistes lui sont redevables de cela. De ce point de vue, Milosevic était un homme fiable. Et les Occidentaux ont avant tout cherché à stabiliser ce pouvoir, non à le renverser.

Quels sont les objectifs de Milosevic_ ?
Que recouvre la politique dite d’épuration ethnique ?
Pourquoi a-t-il choisi de tenir tête aux dirigeants occidentaux ?

Pourquoi en une dizaine d’années, la Yougoslavie, ce pays apparemment calme, en tout cas où différentes populations cohabitaient pacifiquement, a-t-il basculé dans un tel bain de sang, avec des centaines de milliers de morts et autant de blessés et de familles déplacées (sans parler des conséquences économiques catastrophiques : un revenu moyen qui a chuté de 75_% en cinq ans et une production industrielle quasi réduite à néant) ? L’intervention impérialiste n’explique pas tout. Ce sont les classes dirigeantes yougoslaves, serbes aussi bien que slovènes ou croates, qui ont fait le choix de diviser le pays pour s’en approprier chacune un bout, avec les affrontements militaires et l’hystérie nationaliste que cela implique.
Qu’est-ce qui a poussé ces couches favorisées de la société à plonger dans une telle horreur ? Quel intérêt avait un Milosevic, devenu président de la fédération yougoslave, dirigeant de la Ligue des Communistes (le parti communiste au pouvoir), à choisir de cultiver le particularisme serbe, à semer la haine entre les peuples et à aboutir à l’éclatement du pays ?
Derrière lui, il y a eu une bonne partie de ce que la société compte de gens hauts placés, dirigeants politiques, économiques, militaires et religieux, visant à s’enrichir et à profiter de l’évolution du régime. Ceux-ci se sont également appuyés sur toute une série de notables locaux. Dans le contexte de la crise économique, les appétits et ambitions de ces classes dirigeantes les ont amenées à choisir l’option barbare de l’affrontement nationaliste et à encourager toutes les démagogies d’extrême droite.
En Serbie, les sphères économiques et politiques ont tendance à se confondre jusqu’à la caricature. Le premier ministre Marjanovic est PDG de l’entreprise énergétique Progress. Le vice-premier ministre Tomic dirige SIMPO, firme agroalimentaire et de fabrication de meubles. Un ministre sans portefeuille, Karic, se trouve quant à lui à la tête d’un véritable empire économique comprenant des banques, des compagnies de travaux publics et même une université ! On appelle cela un ministre sans portefeuille !
Le nationalisme a été pour ces profiteurs un drapeau facile. Mais pour comprendre ce qui s’est passé, il ne suffit pas de parler de nationalisme. Il faut connaître la situation de crise politique, économique et sociale dans laquelle se trouvait la Yougoslavie à la mort de Tito il y a près de vingt ans, en 1980. La crise économique provoquera une crise sociale, et les classes dirigeantes choisiront la fuite en avant vers des affrontements nationalistes.
Quand Tito meurt c’est encore un leader mythique, mais le régime, lui, n’a plus de crédit politique et la situation économique est catastrophique. Elle s’aggravera rapidement dans les années qui suivent. Dans le même temps, les classes dirigeantes mènent une politique visant à la constitution d’une bourgeoisie nationale au travers des privatisations de l’économie jusqu’alors grandement étatisée. Le gros de l’argent de l’Etat va désormais être consacré à aider cette bourgeoisie issue pour l’essentiel des membres de l’appareil de l’Etat et du parti. Milosevic lui-même est un membre du parti unique, un apparatchik qui joue à l’affairiste. C’est à ce titre qu’il aura son premier contact avec deux hommes liés à l’administration américaine du président Bush et qui font des affaires en Yougoslavie : Eagleburger et Henry Kissinger. Il conservera ces liens avec les Etats-Unis…
L’économie yougoslave s’effondre sous la pression de la dette occidentale qui se monte en 1980 à quinze milliards de dollars. Le FMI, là comme ailleurs, conseille de faire face à la dette par des licenciements massifs et une baisse brutale des salaires. Malgré les plans successifs de sacrifices, la dette ne va cesser de s’accroître : 18 milliards de dollars en 1981, 22 milliards de dollars en 1982…

1981–87 :
grèves ouvrières et effervescence sociale

L’activité industrielle baisse, et la misère grandit. La valeur de la monnaie est divisée par 5_000 en cinq ans alors que les salaires sont, au mieux, bloqués ! La petite bourgeoisie est elle aussi frappée. Les jeunes sont sans emploi et sans perspective, y compris les jeunes étudiants.
En 1981, la baisse des salaires est telle que le dirigeant du syndicat unique lié au pouvoir, Miran Piotrc, a lui-même mis en garde publiquement les autorités contre le danger de réaction ouvrière. En mars 1981, l’explosion sociale a lieu au Kosovo, la région la plus pauvre où le revenu par habitant est la moitié de la moyenne nationale, six fois moindre qu’en Slovénie, et où le chômage est six fois plus important que dans le reste du pays.
A Pristina, une manifestation d’étudiants, d’ouvriers et de chômeurs contre la vie chère et les bas salaires se transforme en émeute. L’affrontement dure plusieurs jours. La répression est féroce : deux cent morts et six mille condamnations allant jusqu’à vingt années d’emprisonnement. Le mouvement avait au départ un caractère social comme le reconnaîtra le principal dirigeant kosovar Ibrahim Rugova, même si par la suite les nationalistes du Kosovo ne s’en souviendront que comme un mouvement revendiquant le statut du Kosovo.
Le principal responsable économique fédéral déclare en mai 1982 : “_si l’austérité et une forte inflation continuent à se développer pendant les deux ou trois prochaines années, je suis personnellement convaincu que cela mènera à plusieurs conflits sociaux et à des problèmes politiques. ” De 1982 à 1986, la politique d’austérité s’accroît continuellement. Les économies régionales mènent de plus en plus des politiques différentes liées aux différences de débouchés et au fait que la plupart de leurs acheteurs sont extérieurs. Cela explique le choix des privilégiés de chaque région en faveur du séparatisme. Alors qu’on demande de plus en plus de sacrifices à la population, le budget des armées grandit continuellement : plus 24 % en 1983. En 1984, le nombre de chômeurs dépasse le million. On va vers l’explosion sociale.
1986 marque la montée des luttes ouvrières. Ce sont des mouvements massifs dans les grands centres industriels du pays, des mouvements contre les licenciements et contre le blocage des salaires et ces mouvements ne sont pas isolés.
Ce n’est pas fini : l’année suivante est celle de l’explosion des grèves. En février 1987, l’annonce du gel des salaires et de la récupération des augmentations accordées précédemment par les entreprises met le feu aux poudres. L’agitation culmine en Croatie et en Macédoine. Les vagues de grève sont parties de Belgrade mais aussi des grands centres industriels de Zagreb, de Ljubljana et de Bosnie. Elles s’étendent, parcourent tout le pays. En 1987, le pays a connu 1570 grèves auxquelles ont participé 365 000 travailleurs. Le pouvoir craint une véritable explosion sociale. Mais le mouvement, en butte à la répression, reste inorganisé et manque de direction. Le pouvoir a toutefois reculé partout assez rapidement, accordant de fortes hausses de salaires. Pour calmer l’agitation, il annonce la démission du premier ministre Branko Mikulic en décembre 1988.
Au même moment où la bourgeoisie ne voit ses intérêts qu’en termes de division du pays en petites unités, les travailleurs yougoslaves sont une seule et même classe qui se bat pour les mêmes objectifs à l’échelle de tout le pays. La classe ouvrière ne se contente pas de revendications économiques. Elle a perdu totalement confiance dans le pouvoir dont les scandales éclatent au grand jour comme celui d’Agrokomerc, une firme agroalimentaire de Bosnie qui a émis des billets sans provision. Après des années de dictature sur la classe ouvrière dont les syndicats officiels n’ont pas cessé d’être les courroies de transmission, la classe ouvrière est inorganisée syndicalement mais surtout politiquement. Le mouvement ouvrier renaissant pourrait remettre en cause le régime, et unir derrière lui ceux qui luttent pour la liberté politique et la fin de l’oppression des minorités.

1986-89 :
Milosevic, l’homme de la diversion nationaliste

C’est ce que craignent les classes dirigeantes, d’autant qu’elles veulent se lancer dans une politique débridée de déréglementations et d’austérité qui ne peut que devenir de plus en plus impopulaire. C’est cela qui va les amener à soutenir la campagne de démagogie nationaliste lancée par un apparatchik serbe de Belgrade, Slobodan Milosevic.
Au moment où l’Etat n’a plus aucun soutien populaire, Milosevic est l’homme politique qui lui propose de détourner le mécontentement social sur des bases ouvertement racistes. Envoyé au Kosovo pour calmer les Serbes, Milosevic voit rapidement le parti qu’il peut tirer personnellement et politiquement de cette extrême droite serbe violemment remontée contre la population à majorité albanaise. La télévision anglaise BBC a montré un reportage dans lequel on le voit organiser avec l’aide de serbes d’extrême droite une fausse action de pogrome anti-serbe où les prétendus agresseurs kosovars contre les Serbes ne sont autres que des militants d’extrême droite serbes déguisés en Kosovars ! C’est grâce à cette provocation datant de 1986, diffusée par les médias yougoslaves tenus par des Serbes, que Milosevic va commencer toute une campagne qui prétend qu’au Kosovo la minorité serbe est opprimée, que les fonctionnaires albanais les arrêtent injustement, que les Albanais leur jettent des pierres et que même les membres serbes du parti communiste du Kosovo sont vendus aux Albanais !
La politique ultra nationaliste de Milosevic s’appuie sur la propagande de prétendus intellectuels ex-staliniens reconvertis au nationalisme grand serbe, comme Dobritsa Cosic qui se revendique de l’ancien royaume serbe de Yougoslavie d’avant guerre et lance le slogan “ Tous les Serbes dans un seul Etat !”
Un proche de Dobritsa Cosic, qui dirige la télévision yougoslave, va parrainer Milosevic et construire sa popularité. Un commentateur de l’époque dira que c’était un peu comme si le Ku Klux Klan avait tenu la télévision nationale aux Etats-Unis. Les médias déversent la peur et la haine. On y répand ouvertement le racisme en prônant l’expulsion du territoire de la population albanaise. Les nationalistes serbes mettent en avant un événement de leur “ glorieuse histoire ” qui s’est déroulé au Kosovo il y a 600 ans, en 1389 : la bataille que les Serbes ont livré et perdu contre les Turcs au Champ des Merles. Les nationalistes revendiquent le Kosovo en tant que “berceau national serbe”.
Ces élucubrations empreintes de nostalgie moyenâgeuse sont diffusées massivement sur les ondes. L’on incite la population serbe à célébrer la bataille du Champ des Merles au cours de manifestations au Kosovo. C’est un véritable appel à la haine à l’encontre des Kosovars albanais. Milosevic remet en cause le statut d’autonomie de la province accordé en 1974 par Tito suite aux émeutes de 1968 – du temps de Tito, le peuple du Kosovo, le plus pauvre du pays, s’était déjà rebiffé contre un régime dictatorial bien incapable d’assurer une véritable autodétermination des peuples, en dépit de son étiquette communiste et autogestionnaire.
C’est à la faveur de l’atmosphère de fin de régime titiste, en 1987-89, que Milosevic lance sa campagne sur des thèmes nationalistes extrémistes. Il s’appuie sur ce qu’on a appelé le Mémorandum, un pamphlet nationaliste agressif élaboré par quelques pontes de l’académie des sciences serbes : un véritable appel à la haine raciale et au regroupement des Serbes qui prétend que le régime titiste a privilégié les Albanais du Kosovo au détriment des Serbes, tout en défavorisant les Serbes dans le reste de la Yougoslavie. Milosevic se rend au Kosovo en 1987. Il lance aux Serbes sa phrase fameuse personne n’a le droit de vous frapper ! Il en appelle à la population serbe du reste du pays soi-disant pour défendre les Serbes opprimés du Kosovo !
Il parcourt le pays, tient une série de meetings monstres en Serbie avec notamment un énorme rassemblement en novembre 1988 à Belgrade. Milosevic se sert de cette mobilisation pour faire chuter tous les dirigeants locaux qui lui sont hostiles, en particulier ceux du gouvernement du Monténégro en janvier 1988. Bien sûr, il prétend aussi lutter contre l’ancien appareil bureaucratique hérité du régime titiste. Il se permet même de lancer des slogans comme “ A bas la nomenklatura ! ”. Mais parmi les slogans des manifestants serbes, certains indiquent sans équivoque la politique que Milosevic va mettre en oeuvre : “ Donnez nous des armes ” et “ Mort aux Albanais ! ”.
En 1989, grâce à ce soutien massif, il institue un véritable apartheid au Kosovo. Les Kosovars perdent tous leurs postes de fonctionnaires et sont remplacés par des Serbes. Les écoles et les hôpitaux vont progressivement être réservés aux Serbes. Là aussi, cela se passe de manière atroce : le 22 mars 1990, les lycéens albanais du lycée de la ville de Podujevo sont tous mystérieusement empoisonnés.

1989-90 : révolte ouvrière,
répression massive et
situation insurrectionnelle au Kosovo

En février 1989, la population du Kosovo se révolte. Les travailleurs entrent en lutte. Les mineurs occupent le fond des puits et refusent de sortir. L’état d’urgence est décrété par l’Etat Yougoslave contre les travailleurs albanais. L’armée fédérale est assistée de forces anti-émeutes et de nombreux soldats sont appelés à la rescousse. Les leaders ouvriers et de nombreux mineurs sont arrêtés. La répression sera très dure et les mineurs albanais sont licenciés massivement. La classe ouvrière du reste du pays est solidaire. Ainsi, en Slovénie, un mouvement de soutien aux mineurs et aux grèves albanaises est organisé par les travailleurs slovènes. Ces derniers ne cesseront d’intervenir contre l’Etat à chaque fois qu’il réprimera les Kosovars.
En juin 1989, Milosevic organise un immense meeting de triomphe anti-albanais pour fêter le 600ème anniversaire de la bataille du Champ des Merles : il fait venir au Kosovo, par trains et cars entiers, un million de Serbes de tout le pays qui fêtent non seulement la bataille perdue contre les Turcs mais l’écrasement des Kosovars. Porté par cet élan de nationalisme, Milosevic est élu à la présidence serbe en novembre 1989.
Au début de l’année 1990, la population kosovare organise des manifestations de masse dans toute la région, manifestations qui sont écrasées par l’armée. Une centaine de morts. Des lois d’exception sont décrétées. Les institutions politiques auxquelles participaient encore des Kosovars sont dissoutes. Les ouvriers kosovars protestent et sont massivement licenciés.
La population organise un contre-pouvoir avec une assemblée et des municipalités, des écoles et même des hôpitaux parallèles. Le mouvement est dirigé par Ibrahim Rugova et son parti, la Ligue Démocratique du Kosovo (LDK). Créé en 1989 avec une cinquantaine de membre, il en compte 200 000 six mois plus tard et un million au bout d’un an. Il fonde un parlement clandestin après une élection à laquelle toute la population kosovare a participé sous le nez des forces serbes : Rugova est élu par les Kosovars président de la République du Kosovo. Malgré le soutien massif de la population à cette république, les Occidentaux n’envisagent à aucun moment de la reconnaître. Cela ne doit pas être oublié aujourd’hui quand ils prétendent être scandalisés par l’oppression nationale de Milosevic !
En fait toute la population kosovare s’est soulevée de manière insurrectionnelle. Mais la politique de son leader démocrate, Ibrahim Rugova, lui assigne de ne rien faire qui soit susceptible de provoquer le pouvoir de Milosevic, et fixe comme but premier d’obtenir le soutien des Occidentaux. En dépit de la mobilisation massive dont il bénéficie, Rugova maintiendra cette politique jusqu’à la guerre actuelle. Autant dire qu’il a assisté aux diverses guerres menées par le pouvoir serbe contre les différents peuples du pays, sans affirmer clairement une alliance avec tous les peuples opprimés et du coup sans chercher à ce que les Kosovars s’affirment comme les défenseurs de la liberté de tous les peuples de l’ex-Yougoslavie.

1990-92 : la carte des multinationalismes

En même temps que la répression violente au Kosovo, le pouvoir choisit de décider l’ouverture politique et le multipartisme dans le reste de la Yougoslavie, cédant ainsi aux pressions des classes dirigeantes locales qui aspirent à leur propre mainmise sur leur région. Une multitude de partis vont pour la première fois voir le jour, organisés par la bourgeoisie et la petite bourgeoisie. Fait significatif, ce sont quasiment tous des partis fondés sur une seule nationalité. Quant à la classe ouvrière, la seule qui pourrait se constituer sur d’autres bases, elle reste inorganisée politiquement. Bien sûr, tout en ouvrant les portes au multipartisme, le pouvoir a tout fait pour que la classe ouvrière n’en profite pas. Mais il ne s’est pas non plus trouvé de leader s’opposant au régime tout en se revendiquant des travailleurs, de tous les travailleurs, quelle que soit leur nationalité. En outre, la classe ouvrière est sous le coup du développement brutal de la misère et du chômage. La gravité de la crise économique n’a fait que s’accentuer : 2600 % d’inflation en 1989 et une dette extérieure de 22 milliards de dollars.
En 1990, Milosevic lance une propagande anti-croate. La télévision serbe présente les Croates comme les nouveaux Oustachis, c’est-à-dire les compare aux troupes croates d’extrême droite qui ont soutenu Hitler et constitué un gouvernement qui s’est livré à un véritable génocide anti-Serbes, Juifs et Tziganes pendant la deuxième guerre mondiale. Dans le même temps, Milosevic s’unit à l’extrême droite serbe du parti de Seselj auquel il propose d’agglomérer ses milices à l’armée régulière, ce qui est fait. Désormais les objectifs “d’épuration ethnique” d’un Seselj deviennent objectif militaire en Croatie.
Symétriquement, en Croatie, c’est le nationaliste Franjo Tudjman et son parti HDZ qui est élu du fait de la montée des craintes au sein de la population croate. Bien sûr, Tudjman ne peut manquer de souligner que Seselj se revendique lui des anciens tchetniks, les nationalistes serbes du royaliste Mihailovic qui ont, eux aussi, commis des massacres durant la dernière guerre mondiale. Le discours du dirigeant croate Tudjman n’est pas fait pour rassurer les Serbes qui habitent la Croatie, ceux de la Krajina comme ceux de Slavonie notamment qui sont du coup livrés à leur propre extrême droite, avec le soutien du pouvoir de Belgrade. Tudjman, à peine élu en 1990, choisit comme drapeau de la république pour remplacer le drapeau yougoslave celui du fasciste oustachi Ante Pavelic qu’il déclare vouloir réhabiliter. Voilà comment les différents chefs nationalistes ont su à merveille nourrir le nationalisme exacerbé du voisin.

1991-95 : trois guerres successives
dans l’ex Yougoslavie

En mai 1991, Milosevic décide de maintenir la Serbie à la tête de la présidence de la Fédération Yougoslave alors que selon la règle de présidence tournante elle devrait revenir au Croate Stipe Mesic. C’est tout le fonctionnement de la Fédération Yougoslave qui est ainsi remise en cause.

La guerre en Slovénie

Un mois plus tard, la Croatie et la Slovénie proclament leur indépendance. Contrairement à l’Allemagne qui a des liens économiques avec ces deux régions, les Etats-Unis et la France sont défavorables à la division de la Yougoslavie et donnent leur soutien politique à la Serbie. La Yougoslavie, sous présidence serbe disposant d’une armée dont l’essentiel des chefs et des officiers sont serbes, déclare la guerre à la Slovénie. La guerre est de courte durée car très rapidement l’armée yougoslave est défaite : l’ensemble de la population slovène s’est organisée en milices de défense, a bloqué les chars par des barricades, les soldats yougoslaves n’étant pas encore préparés ni motivés pour une guerre contre tout un peuple. L’indépendance de la Slovénie est donc acquise et la paix restaurée dans cette région.
Pour la population slovène, ce n’est pas la prospérité pour autant car cela ne fait que donner les moyens aux classes dirigeantes de mener leur offensive économique : privatisations, sacrifices pour les travailleurs et bien sûr licenciements. Le chômage va augmenter de 1991 à 1992 de 18 %, le niveau de vie des slovènes chuter avec une inflation de 261 % . Pour que les travailleurs ne réclament pas des salaires qui suivent la hausse du coût de la vie, le gouvernement signe avec les syndicats un pacte social sur le dos des travailleurs. En 1994, 2000 grandes entreprises sont privatisées. Le chômage atteint 12 % en 1992, 13,4 % en 1993, puis 14 % en 1994.

La guerre en Croatie

L’armée serbe humiliée en Slovénie va prendre immédiatement sa revanche en Croatie. Désormais Milosevic appelle ouvertement l’armée yougoslave à se considérer comme une armée serbe et appelle les Serbes “_à se tenir prêts à se défendre ”. Milosevic va à nouveau s’appuyer sur une zone où les Serbes sont minoritaires pour développer sa stratégie de prétendue défense des Serbes. Il s’agit de la Krajina, une zone enclavée située au sud ouest de la Croatie, où dès juillet 1991 des groupes paramilitaires ont pris la population serbe en otage. Les milices d’un ancien mercenaire qui se fait appeler le capitaine Dragan terrorise d’abord les Serbes eux-mêmes tout en s’attaquant à la population croate.
La guerre engagée sous le prétexte de défendre la Krajina, débute l’été 1991 et va durer six mois, faisant des dizaines de milliers de victimes et des destructions sans nombre, dont celle des villes de Vukovar et Dubrovnik, entièrement rasées par l’artillerie lourde serbe avant d’être prises. A Vukovar, l’armée croate a obligé la population à rester dans la ville sous la menace pour la contraindre à se battre contre les troupes serbes. Puis c’est le nettoyage ethnique qui consiste non seulement à faire fuir les populations croates mais à liquider tous ceux qui sont soupçonnés de s’être battus, à violer leurs femmes et leurs filles devant leurs enfants. Les troupes serbes tiennent les enclaves serbes de Slavonie et de Krajina où elles pratiquent également l’épuration ethnique.
Milosevic peut alors reconnaître l’indépendance de la Croatie : celle-ci est amputée du tiers de son territoire avec toute une population croate déplacée, contrainte de quitter ses maisons et la région.

A la mi-92, la Yougoslavie est donc divisée en cinq Etats : Croatie, Slovénie, Bosnie, Macédoine et une Serbie qui continue à s’appeler Yougoslavie et qui déclenchera bientôt une nouvelle guerre pour ce que Milosevic appelle “ le droit des Serbes à vivre dans un seul Etat ”.
Le FMI a déjà calculé la part de chacun des nouveaux Etats dans l’ancienne dette de la Yougoslavie ! Et ce sont bien sûr les différents chefs de guerre qui sont chargés chacun par l’officine bancaire de l’impérialisme de récupérer le butin : des milliards de dollars sur le dos de la population !

1992-95 : La guerre de Bosnie

La troisième guerre de la Serbie commence en avril 1992 contre la Bosnie-Herzégovine qui s’était proclamée république indépendante sans pouvoir se revendiquer du droit d’un peuple particulier puisque tous les peuples qui y résident sont minoritaires. Si les Croates étaient faibles militairement face aux Serbes, la Bosnie, elle, n’a aucune armée et va subir une vraie boucherie. D’autant que les dirigeants Serbes et Croates, Milosevic et Tudjman, étaient d’accord sur le plan de dépeçage de la Bosnie, plan qu’ils allaient finalement plus ou moins réaliser.
Quant au président de la Bosnie, Alija Izetbegovic, il s’était suffisamment déclaré pro-islamiste pour servir de bouc émissaire aux dirigeants serbes qui le traitaient de Turc. Sa politique va consister à jouer lui aussi sur la fibre nationaliste tout en faisant appel à la communauté internationale, autrement dit à l’impérialisme, au nom des populations bosniaques martyrisées. Et effectivement entre mai et juin 1992, les troupes et groupes paramilitaires serbes se livrent à des exactions atroces sur les populations civiles.
Dans la guerre de Bosnie, on aura donc un affrontement entre les trois nationalismes, serbe, croate et musulman bosniaque. A la tête de chacun, des dirigeants tout aussi disposés à exploiter la situation aux dépens des peuples afin d’asseoir leur domination sur le plus grand territoire possible.
En 1993 et 94, l’armée serbe écrase les enclaves musulmanes de Srebrenica, Zepa et Gorazde en Bosnie Orientale et c’est le nettoyage ethnique le plus violent auquel on ait assisté jusque là, sans trop affoler la fameuse “ communauté internationale ”.
Les populations continuent de servir d’otage à chaque camp mais parfois les gens ou même les soldats serbes se révoltent comme à Banja Luka en septembre 1993. Ils se mutinent contre les profiteurs de guerre serbes.
Si la république serbe s’est servi des enclaves serbes enserrées dans des territoires où d’autres nationalités étaient majoritaires pour justifier sa guerre et pour avoir à disposition des troupes serbes, elle les lâche aussi en fonction de ses propres intérêts comme la république serbe de Bosnie en août 1994, exactement comme elle lâche la Krajina, enclave serbe de Croatie, aux troupes croates peu après. La défense des Serbes n’était pour Milosevic qu’un prétexte à une politique guerrière. Son véritable objectif est de gagner une part aussi grande que possible du pouvoir et de mener au service des classes dirigeantes une politique visant à détourner le mécontentement social.
C’est vrai des autres nationalismes comme celui des dirigeants des musulmans bosniaques. En août 1994, à Tuzla, dans la zone croato-musulmane, la population a essayé de s’opposer à la logique de tous les nationalismes, en constituant des “partis citoyens” sans appartenance ethnique qui refusent la logique de l’épuration. Ils seront battus par les forces militaires et politiques nationalistes du président bosniaque Alija Izetbegovic.

La politique de l’impérialisme

Jusqu’en 1992, l’impérialisme américain n’avait pas souhaité que la Yougoslavie explose en petits morceaux du fait des risques que cela pouvait entraîner pour la stabilité de toute la région. En somme il avait plutôt soutenu les efforts de Milosevic pour garder la mainmise sur le pays au nom de la Fédération Yougoslave et également soutenu financièrement celle-ci puisque Milosevic affirmait sa volonté d’appliquer les plans économiques des autorités financières internationales. C’est seulement en avril 1992 que la position de l’impérialisme américain s’est retournée contre la Serbie en lui enjoignant d’arrêter sa guerre en Bosnie.
Cependant les Occidentaux en sont restés au discours. Tout au plus, en mai 1992, l’ONU a-t-elle adopté des sanctions contre la Serbie… qu’elle n’a guère cherché à faire appliquer. En novembre 1992, l’impérialisme américain se posait la question d’intervenir dans un conflit guerrier et a, paraît-il, hésité entre la Somalie et la Bosnie. Ce serait Georges Bush qui aurait tranché pour la Somalie où les USA ont envoyé 30 000 soldats. En France, le gouvernement a fait mine de se préoccuper de la population bosniaque, de s’intéresser à l’aide humanitaire ou à la sauvegarde de la ville de Sarajevo où Mitterrand a même été se promener. Mais le même Mitterrand a refusé de commenter les informations données par le président bosniaque Alija Izetbegovitc sur les exactions commises par les troupes et groupes paramilitaire serbes, et a affirmé n’en avoir jamais rien su, ce qui était un aveu de complicité politique avec Milosevic.
En fait, ce ne sont pas les pays occidentaux mais c’est la population serbe elle-même qui a toujours représenté la principale menace pour Milosevic. Et d’abord en 1992. Le 9 mars 1992, jour anniversaire des émeutes de 1991 du Kosovo durement réprimées, 40 000 personnes ont manifesté à Belgrade contre le régime. Des organisations démocratiques sont alors apparues. Le 14 juin suivant, à Belgrade, des milliers de manifestants pacifistes ont manifesté contre la guerre et demandé l’amnistie des 200 000 insoumis arrêtés. Le 15 juin 1992 les étudiants de Belgrade se sont mis en grève, réclamant la démission de Milosevic.

1995 : la “paix” de Dayton

En 1995, les diverses troupes ont atteint les zones qui correspondent au rapport des forces militaires. Il ne reste plus à l’impérialisme américain qu’à arriver pour conclure la paix consistant essentiellement à donner à chaque chef de bande le territoire qu’il a conquis. Les intentions proclamées au départ, à savoir le maintien de la Bosnie comme une entité et le refus du nettoyage ethnique sont allègrement balayées aux accords de Dayton et les zones vont réellement être des zones ethniquement homogènes. Le regroupement des Croates et des musulmans Bosniaques n’est qu’une fiction de papier que les Américains ne cherchent pas à faire appliquer. Quant aux chefs nationalistes, ces chefs de bandes de tueurs et de terroristes à l’encontre des populations civiles, les Milosevic et les Tudjman comme les Izetbegovic, ils sont tous reconnus comme chefs d’Etats par l’impérialisme. La seule préoccupation de celui-ci est de stabiliser un ordre durable avec des dirigeants qui sauront maintenir leur peuple sous leur férule. Mais la paix n’est encore une fois que la préparation de la nouvelle guerre, la quatrième, au Kosovo.

1998 : la guerre au Kosovo

C’est dans le plus grand silence complice de la “communauté internationale” que Milosevic a pu lancer une grande offensive il y a six mois, lors de l’été 1998, contre les zones du Kosovo frontalières de l’Albanie. Sa méthode : le terrorisme des forces militaires et paramilitaires pratiquant le nettoyage ethnique en chassant les populations vers l’Albanie.
En juin 1998, 65 000 Kosovars expulsés ; 150 000 en août, 230 000 en septembre. A l’époque, les réfugiés n’avaient pas bénéficié de la même couverture médiatique que depuis l’intervention occidentale ! C’est que les Occidentaux comptaient s’arranger avec Milosevic et avaient planifié des négociations à Rambouillet pour faire la part du feu en octroyant une simple autonomie aux Kosovo en échange de quoi les combattants kosovars devaient déposer les armes !

Le jeu de Milosevic

Milosevic ne pouvait pas, sans risquer d’être renversé par son aile d’extrême droite, signer les accords de Rambouillet reconnaissant ne serait-ce que l’autonomie au Kosovo. Cela aurait voulu dire céder devant la petite armée indépendantiste des Kosovars, l’UCK, alors que Milosevic fondait toute son autorité sur l’inverse. Tout son pouvoir sur les diverses factions et bandes armées nationalistes serbes a reposé sur le fait qu’il a pris leur tête en 1987 sur la question justement de la domination par les Serbes du Kosovo qu’il avait proclamé cœur historique des Serbes.
Milosevic a choisi de tenir tête aux Occidentaux parce qu’il a calculé, à tort ou à raison, qu’ils ne pourront se passer de lui et ne voudront pas le renverser. Il sait aussi qu’il lui sera bien plus facile vis-à-vis de ses soutiens extrémistes serbes de paraître devoir céder plus tard aux forces militaires coalisées des pays les plus riches du monde qu’à l’UCK. D’autant que les puissances occidentales n’ont visiblement pas l’intention de lui imposer l’indépendance du Kosovo mais son partage entre une zone serbe qu’il est en train de nettoyer ethniquement sans que les Occidentaux ne lèvent le petit doigt pour l’en empêcher, et une zone qui serait donnée à l’Albanie.
C’est ainsi que sous couvert des bombardements, l’intervention militaire occidentale va probablement sauver la mise au pouvoir de Milosevic. Certes, il pourra perdre ainsi une partie du Kosovo, mais le conflit lui aura permis d’accentuer sa mainmise sur deux autres régions qui menaçaient de quitter la Serbie : le Monténégro et la Voïvodine. Voilà pourquoi Milosevic avait des raisons de penser qu’en dépit d’un rapport de forces militaires à l’évidence défavorable, il avait à gagner à l’affrontement avec les grandes puissances.
L’intervention impérialiste, loin d’aider la population à se révolter contre Milosevic, lui coupe entièrement toutes ses possibilités. Se dire contre Milosevic en Serbie aujourd’hui, c’est probablement apparaître comme favorable aux bombardements ! Dès le début de l’intervention occidentale, le dictateur s’est servi de la situation pour renforcer son pouvoir en décrétant l’état d’urgence, en interdisant toute expression d’opposition et en menaçant d’arrêter et de fusiller tout opposant. Il a immédiatement remplacé les hommes politiques qui n’étaient pas directement à sa botte, y compris en remplaçant le chef des armées et plusieurs généraux. En tenant tête à l’impérialisme, Milosevic apparaît comme celui qui se bat contre les puissances alliées pour la défense des Serbes, comme celui qui résiste courageusement aux bombardements.

Les raisons de l’intervention des puissances impérialistes

Quant à l’impérialisme, ce n’est pas pour du pétrole, des mines, des plantations ni pour aucun objectif économique qu’il intervient en Yougoslavie mais en tant que gendarme du monde. Comme au Rwanda ou en Somalie. C’est pour défendre sa maîtrise du monde et prévenir tout risque d’un vide du pouvoir consécutif aux guerres civiles. C’est en particulier pour empêcher que les peuples aient la moindre velléité de croire que c’est à eux de décider quel est l’ordre qui leur convient le mieux. De ce point de vue, ce n’est pas la chute de Milosevic que visent les Occidentaux. Il veulent “l’ordre”, pas la déstabilisation de la Serbie avec tous les risques sociaux qu’elle représente.
L’objectif des grandes puissances dans cette guerre n’est pas lié à de simples questions d’intérêts locaux, de liens avec telle ou telle région, mais de faire une démonstration à usage international. Les guerres du Golfe risquaient de ne pas avoir été démonstratives et l’impérialisme a jugé que la Yougoslavie pouvait être un nouveau terrain pour affirmer son rôle de gendarme international. Cela lui a paru d’autant plus opportun qu’avec l’aggravation de la situation économique et sociale dans des continents entiers, une occasion un peu spectaculaire de sortir ses armes sophistiquées se présentait. D’autant qu’on était en Europe et que ce n’était pas un mal pour l’impérialisme américain d’y affirmer son leadership mondial.

Quelles solutions pour les peuples des Balkans ?

Alors, quelles solutions dans cet engrenage de violences et d’affrontements nationalistes pour les peuples de l’ex-Yougoslavie ? Pour les révolutionnaires, le renversement de Milosevic peut et doit venir du peuple serbe lui-même et pas de l’intervention impérialiste qui ne résoudra jamais les problèmes des peuples. Maintes fois la population serbe a contesté le dictateur au nom de la démocratie comme au nom des revendications sociales.

Hiver 1996-97 :
la population serbe s’oppose à Milosevic

L’un des plus grands mouvements de contestation populaire serbe contre le régime de Milosevic a duré trois mois. Il a touché toute la population. C’était il y a seulement un an et demi, pendant l’hiver 1996-97. Là encore, contrairement à ce que la presse occidentale a choisi de relever, tout a commencé au sein de la classe ouvrière serbe.
C’est au printemps 1996 que les mouvements sociaux ont démarré du fait des sacrifices économiques que le pouvoir entendait faire supporter aux travailleurs. Il y a eu une montée des luttes se succédant les unes aux autres_ : grève des enseignants, protestation ouvrière massive à Nis, la deuxième ville de Serbie, grève des personnels de santé, et bien d’autres. Ce mécontentement s’est traduit par un recul important des voix pour les partis de la coalition de Milosevic (qui comprend essentiellement en plus de son propre parti et de celui de sa femme, le groupe d’extrême droite de Seselj) aux élections municipales de novembre. 189 mairies de grandes villes, dont Belgrade, ont été gagnées par l’opposition dite démocratique. Le pouvoir a refusé les résultats et il en est résulté un grand mouvement de contestation politique dans la rue qui a duré trois mois avec des manifestations dans toutes les villes, dont certaines de plusieurs centaines de milliers de personnes. Voilà qui fait justice de la thèse selon laquelle tous les Serbes sont derrière Milosevic. Il faut rappeler que les voix du parti de Milosevic au parlement serbe n’avaient cessé de chuter, passant de 190 sièges sur 250 en 1990, à 123 en 1993 et à 110 en 1997.
Le mouvement de contestation a mobilisé les étudiants et la petite bourgeoisie des villes. C’était un mouvement massif et déterminé qui pouvait entraîner avec lui toute une fronde sociale et menacer réellement le pouvoir. Mais tel n’était pas le but des dirigeants politiques qui se sont propulsés à sa tête où l’on retrouvait ceux qui avaient gagné les élections municipales contre Milosevic : le royaliste et nationaliste Vuk Draskovic, le nationaliste Zoran Dzindzic et Vesna Pesic, l’une des rares opposantes à prendre au début du conflit yougoslave des positions résolument pacifistes et anti-nationalistes, pour finalement se rallier en 1996 à une coalition avec les leaders précédents.
Aucun de ces leaders n’a jamais cherché à s’adresser aux travailleurs. Ce sont au contraire de chauds partisans des privatisations et des sacrifices pour les travailleurs. Du coup, ces derniers, qui avaient contribué au succès électoral des leaders de l’opposition, n’ont pas réellement participé à la mobilisation. Un travailleur interviewé déclarait qu’“ il n’avait pas assez confiance dans ces leaders pour risquer son emploi en entrant en lutte.
Depuis, les dirigeants politiques de l’opposition ont obtenu en partie gain de cause et certains comme Vuk Draskovic ont même rejoint le gouvernement de Milosevic. La population n’en fut que plus découragée. Mais cela ne signifie pas qu’aujourd’hui, comme ont vite fait de le dire les médias, qu’elle est tout entière derrière Milosevic. Hormis le spectacle de rock à Belgrade, les rassemblements nationalistes organisés par le pouvoir ont rassemblé peu de monde : quelques centaines de personnes. Rien à voir avec les grandes mobilisations nationalistes serbes des années 1987-89.

La politique qui a manqué
à la classe ouvrière de Serbie

La thèse selon laquelle tous les Serbes acquiescent à un nationalisme exacerbé et au racisme anti-albanais est complètement mensongère. Ce sont les bandes armées et les dirigeants politiques serbes qui ont lancé la guerre à outrance, appuyés par quelques intellectuels fascistes. Ils ont commencé par mener une politique visant à terroriser toute opposition.
Pour les combattre, il aurait fallu à la population une politique autrement combative et offensive que celle des démocrates ou prétendus tels, une politique qui ne pactise nullement avec le nationalisme et surtout une politique capable de mobiliser la classe ouvrière. Les occasions où la population s’est mobilisée et où le pouvoir pouvait être contesté ont été manquées. La classe ouvrière n’a pas joué le rôle qui aurait pu être le sien_ : prendre la tête des couches petites bourgeoises déstabilisées par la crise. Du coup, cela a laissé le chemin libre aux nationalistes d’extrême droite qui ont pu y recruter massivement.
La seule perspective efficace pour les travailleurs, serait de se débarrasser de leurs chefs nationalistes, de désarmer les bandes d’extrême droite et de faire basculer les soldats des forces armées régulières de leur côté. Alors seulement on pourra parler de mise en place d’un régime démocratique dans lequel la population pourrait elle-même décider du régime politique sous lequel elle veut vivre. Un tel régime ne signifie pas nécessairement la constitution de toutes petites unités nationales, non viables économiquement, car les peuples peuvent avoir leur organisation politique indépendante et constituer un fédération qui leur permette de construire des liens économiques tout en reforgeant la confiance entre les peuples meurtris par les guerres.
Cette perspective nécessite que des hommes et des femmes de Serbie comme de Croatie, du Kosovo comme de Bosnie lèvent un tout autre drapeau que celui de la défense d’un seul peuple, même opprimé, celui de la défense de tous les opprimés et de tous les exploités. En somme celui d’un parti ouvrier révolutionnaire affirmant qu’il y a un autre combat à mener que celui contre les opprimés d’une autre nation, celui contre les classes dirigeantes et leurs représentants politiques, y compris ceux qui se cachent derrière le masque de la démocratie. C’est de tels partis qui ont fait si cruellement défaut dans les mobilisations passées de la classe ouvrière et qu’il est indispensable et urgent de bâtir, en Yougoslavie comme partout dans ce monde capitaliste fauteur de guerres et de misère.
Même si des occasions ont été manquées par la classe ouvrière, il peut y en avoir d’autres, y compris des occasions révolutionnaires de réellement changer l’ordre des choses. L’impérialisme craint d’ailleurs avant tout une telle perspective. C’est même la principale raison de son intervention. Cette guerre permanente dans les Balkans, l’impérialisme sait qu’elle peut aussi déboucher sur une intervention directe des exploités et de tous les opprimés au cas où une déstabilisation de l’un des régimes nationalistes conduirait à un vide du pouvoir.
Face à la barbarie guerrière des Milosevic et autres démagogues nationalistes, les peuples n’ont d’autre solution que de se battre pour les renverser. En un mot de se résoudre à la solution révolutionnaire. Il n’est d’ailleurs pas impossible que la guerre puisse déboucher sur des situations où le pouvoir est déstabilisé. L’imprévu n’est pas impossible. Même sans le souhaiter, les impérialistes peuvent provoquer la chute d’un Milosevic et la population serbe intervenir pour ne pas voir un dictateur aussi pourri le remplacer.
Et même si ce n’est pas un tel scénario qui se produit, l’intérêt des travailleurs serbes n’est certainement pas de se mettre du même côté que leur oppresseur. Car s’il est un point qu’il faut toujours rappeler, c’est que Milosevic est d’abord un dictateur contre les Serbes eux-mêmes. Si on n’entend aujourd’hui que des voix serbes en sa faveur, c’est que les autres sont pour l’heure réprimées et muselées.

5 Messages de forum

  • La lutte des classes en Yougoslavie 3 avril 2010 11:43, par S DE BKO

    sans savoir les vraies causses de cette calamité que les opprimés de la bosnie ait connu je pense que c’est toujours la classe dirigéante qui est coupable de tout ce qui arrivée en bosnie même si elle nous dit plusieurs termes pour berner et tromper l’esprit des familles victime de ce génocide qui a gouté la vie à des miliers et des miliers de personnes aux yeux de toutes les puissances internationales.et que aujourd’hui ces mêmes criminels prétendent d’ouvrir un proces sur les coupables .
    quelle sont les vraies causses ??
    pourquoi cette indifférence sociale ??
    autres coupables que les dirigéants ??
    un verdict pour calmer l’esprit des victimes ??
    pourquoi pas au moment du génocide ??

    Répondre à ce message

    • La lutte des classes en Yougoslavie 3 avril 2010 12:34, par Robert Paris

      Bien sûr que les classes dirigeantes sont les vrais coupables mais le vrai procès que leur dressent de temps en temps les opprimés consiste à leur enlever le pouvoir et les richesses et pas à les condamner devant la justice aux mains des mêmes exploiteurs du monde. Le vrai procès mené par les opprimés, c’est la révolution.

      Pour commencer, le vrai procès, c’est l’analyse des causes qui ont mené les classes dirigeantes à ces politiques criminelles.

      C’est cette vérité que nous devons aux victimes et cette vérité non plus ne ressortira pas d’un procès dans le cadre de la "communauté (bourgeoise et capitaliste) internationale"

      Répondre à ce message

  • La lutte des classes en Yougoslavie 21 janvier 2011 19:52, par Ramiro

    Trois personnes ont trouvé la mort vendredi lors d’une manifestation contre le gouvernement albanais dans le centre de Tirana, la capitale du pays, a-t-on appris de sources hospitalières.

    Au moins 22 civils et 17 policiers ont également été blessés lors de cette manifestation qui a rassemblé environ 20.000 personnes devant le bureau du Premier ministre, selon les autorités.

    Le rassemblement a été émaillé de débordements, les participants lançant des pavés aux forces de l’ordre, lesquelles ont riposté à l’aide de gaz lacrymogènes, de balles en plastique et de canons à eau. Des véhicules ont été incendiées.

    A la tombée de la nuit, les forces de l’ordre patrouillaient dans le centre de Tirana, arrêtant des dizaines de manifestants encore présents dans les rues. Aucun chiffre sur le nombre d’interpellations n’étaient disponibles.

    La manifestation était organisée à l’appel du Parti socialiste albanais (opposition) pour exiger la démission du Premier ministre Sali Berisha et l’organisation d’élections anticipées en raison d’une affaire de corruption présumée.

    Le vice-Premier ministre a été contraint à la démission suite à une accusation de corruption dans le cadre d’un appel d’offres pour la construction d’une centrale électrique. Ce départ a encore alimenté les tensions déjà très fortes entre le gouvernement et l’opposition depuis des mois.

    Les socialistes accusent Sali Berisha d’avoir truqué les élections générales de 2009, au terme desquelles il a été élu avec une très faible avance. Les prochaines élections ne sont pas prévues avant 2013.

    Le président albanais Bamir Topi a appelé les dirigeants politiques à entamer rapidement un dialogue afin d’éviter un aggravation des tensions. "Le président de la République appelle au calme et à la maturité afin de garantir le retour à l’ordre du public le plus rapidement possible", a déclaré son cabinet dans un communiqué.

    Le dirigeant du Parti socialiste Edi Rama a annoncé que l’opposition poursuivrait son mouvement contre le Premier ministre. "Je vous assure que nous allons poursuivre nos efforts, plus convaincus et plus déterminés, car l’issue est claire : soit une Albanie libre pour tous, soit un peuple soumis à ce pouvoir barbare", a-t-il déclaré lors d’un point presse après l’annonce des trois décès.

    Dans un communiqué, l’ambassade américaine, la délégation de l’Union européenne à Tirana et l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) ont dit regretter "profondément que la manifestation d’aujourd’hui à Tirana n’ait pas été pacifique et ait conduit à des victimes". Le communiqué appelle également à un "dialogue constructif et au compromis afin de résoudre les différences politiques actuelles".

    Répondre à ce message

  • Révolte en Macédoine !

    A Skopje, les manifestants réclament la démission du Premier ministre, le conservateur Nikola Gruevski, accusé de corruption et de dérive autocratique.

    Ils étaient quelques centaines à camper encore, ce lundi matin, devant le palais gouvernemental du centre de Skopje, la capitale macédonienne. Ils resteront, clament-ils, jusqu’à la démission du Premier ministre, Nikola Gruevski, chef du parti nationaliste conservateur VMRO-DPMNE, au pouvoir depuis 2006. « Nous sommes là pour tous les Macédoniens », explique Aleksander, venu de Prilep, une petite ville du centre du pays.

    Dimanche, l’opposition s’était donné rendez-vous au même endroit au cri de « liberté ». Albanais de souche - un quart de la population du pays - et Macédoniens slaves défilent côte à côte. « Une première depuis l’indépendance du pays en 1991 », s’exclame Borjan Jovanovski, rédacteur en chef de Nova TV, l’un des rares médias indépendants de cette ancienne république yougoslave.

    Dans les rues de la capitale, les manifestants brandissent des drapeaux albanais, macédoniens, mais aussi roms et turcs. Entre 40 000 et 50 000 personnes se sont rassemblées en face du palais gouvernemental, selon l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE).

    Dans ce pays de 2,1 millions d’habitants, selon le recensement de 2002, où les deux communautés nationales, macédonienne et albanaise, vivent séparées, l’événement est de taille. « Aujourd’hui, les rues sont pleines de vie », renchérit le sociologue Artan Sadiku, membre du mouvement civique de gauche Solidarnost, pour qui « cette insurrection pacifique va balayer les clivages ethniques ».

    Corruption. Depuis plusieurs mois, la Macédoine est plongée dans une crise politique profonde et inédite. Début janvier, Zoran Zaev, le chef de l’opposition sociale-démocrate (SDSM), a commencé à rendre publics des enregistrements qui révèlent comment le Premier ministre et ses proches contrôlent la justice et les médias, dirigent la corruption et gèrent le pays en marge des institutions légales. Le 5 mai, à la suite des révélations sur le meurtre d’un jeune étudiant par la police en juin 2011, le soir même de la réélection de Nikola Gruevski, des milliers de personnes s’étaient retrouvées dans le centre de Skopje, avant d’être violemment dispersées par la police.

    Depuis, les protestataires se sont donné rendez-vous « chaque jour à 18 heures » pour réclamer la démission du gouvernement.

    Un sursaut civique que les incidents de Kumanovo n’ont fait que renforcer. Les 9 et le 10 mai, dans cette ville du nord de la Macédoine comptant une forte minorité albanaise (37%), des affrontements ont éclaté entre des unités de forces spéciales de la police et un mystérieux groupe armé d’une quarantaine d’hommes, des Albanais du Kosovo et de Macédoine liés à l’Armée de libération nationale albanaise (UÇK) à l’époque du conflit au Kosovo en 1998-1999, et au crime organisé.

    Façades calcinées, toits éventrés : les maisons ont été ravagées par les tirs d’hélicoptère et labourées par les blindés. Le bilan est lourd : 22 morts, 8 policiers et 14 « terroristes ». Certains ont vu dans cette flambée de violences une « manœuvre de diversion » du pouvoir pour détourner l’attention des scandales… Quitte à replonger le pays dans une nouvelle crise interethnique.

    Répondre à ce message

  • Le 15 janvier 1992, la Communauté européenne (CEE) a formellement établi des relations diplomatiques avec les deux républiques du Nord de la Yougoslavie : la Croatie et la Slovénie. L’Allemagne fut la première à annoncer des liens avec ces deux républiques au début de la semaine, en déclarant que les 12 membres de la CEE suivraient rapidement, engageant ainsi la dissolution de l’État fédéral yougoslave.

    Ces actions se déroulaient pendant que les Nations unies déployaient le premier contingent d’une « force de maintien de la paix » qui devait atteindre 10 000 hommes. La bureaucratie stalinienne déliquescente de Belgrade, qui était surtout implantée en Serbie, dénonçait alors la décision de la CEE comme une violation du droit international et de la « souveraineté de la Yougoslavie ».

    Ces actions visant à démembrer la Yougoslavie, un État fondé en 1918, faisaient suite à une âpre guerre civile qui avait coûté des milliers de vies et fait près de 600 000 réfugiés. Cette guerre avait été provoquée par des cliques rivales dans les diverses républiques yougoslaves qui tentaient de préserver leurs intérêts dans des conditions où la bureaucratie au pouvoir se désintégrait. Elles renforçaient toutes leur chauvinisme national afin de diviser la classe ouvrière yougoslave et de mener à bien leur programme de restauration du capitalisme ; qu’il s’agisse de celles qui affirmaient préserver l’unité nationale comme le président serbe Slobodan Milosevic, ou de celles qui se posaient en championnes de l’autodétermination comme le président croate Franjo Tudjman.

    La décision de la CEE de suivre Berlin en reconnaissant la Croatie et la Slovénie fut le résultat de l’affirmation la plus marquée de ses intérêts et de ses ambitions par l’impérialisme allemand depuis la chute du Troisième Reich. Des informations avaient fait état d’une opposition initiale de la France à la reconnaissance de la Croatie, qui citait des inquiétudes pour les droits des Serbes vivant dans ce pays, mais la pression allemande fut finalement la plus forte.

    La reconnaissance de ces deux républiques reçut l’opposition des Nations unies, qui agissaient ainsi dans l’intérêt des États-Unis, l’ex-ministre américain des affaires étrangères Cyrus Vance étant alors le négociateur en chef pour l’ONU en Yougoslavie. Les États-Unis craignaient à la fois que la fragmentation de la Yougoslavie puisse déstabiliser une grande partie de l’Europe et voyaient avec une hostilité affichée l’audace nouvellement acquise de l’Allemagne.

    Répondre à ce message

Répondre à cet article

SPIP | squelette | | Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0