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Accueil du site > 02 - Livre Deux : SCIENCES > Biologie : Rétroaction de la vie et de la mort > La vie ou la destruction constructrice

La vie ou la destruction constructrice

jeudi 21 avril 2016, par Robert Paris

La vie ou la destruction constructrice

Contrairement à ce que l’on croit souvent la « destruction créatrice » n’est pas un simple processus économique mais le fondement même du fonctionnement de la matière inerte qui devient une explosion créatrice dans le cas du vivant…

La première chose à remarquer justement du la « conservation de la vie », c’est que la conservation globale du vivant passe par la non-conservation de l’essentiel des formes organisées de la vie, l’essentiel des familles, l’essentiel des espèces, l’essentiel des genres, l’essentiel des individus, l’essentiel des cellules vivantes, l’essentiel des molécules du vivant, non-conservation qui peut être de la destruction ou de l’auto-destruction. S’il y a cent arbres dans un coin de forêt, c’est des milliers de jeunes arbres qui ont tenté leurs chances, des centaines de milliers de plantules qui ont démarré, des millions de graines qui y sont tombées…

Chaque seconde, dans chaque être vivant, des millions de cellules vivantes naissent et d’autres millions meurent… C’est un mécanisme indispensable. Certaines cellules de votre peau, de votre foie ou de vos intestins sont remplacées tous les jours ou presque.

Chaque seconde, près de 2000 cellules meurent naturellement dans le corps humain d’un adulte "moyen" soit 50 à 70 milliards par jour ! Chez un enfant de 8 à 14 ans ce phénomène de mort cellulaire varie de 30 à 40 milliards de cellule. Entre 50 et 70 milliards de cellules mortes par jour, c’est l’équivalent de 10 fois l’effectif de la population mondiale !

Par exemple, l’os est un tissu vivant qui se détruit et se reconstruit sans cesse tout au long de la vie adulte, explique la revue Scientific American. C’est ainsi que le squelette se renouvelle entièrement tous les dix ans. À chaque seconde, 50 millions de cellules meurent dans notre organisme. Mais la reproduction cellulaire permet de produire 50 millions d’autres cellules pour les remplacer.

99,99% des espèces, des molécules et des structures produites par le vivant ont disparu au cours de l’histoire de la vie qui est une véritable histoire des destructions de structures.

Histoire des extinctions de la vie

La destruction n’est pas seulement celle des individus, des espèces (extinctions massives ou sélection darwinienne) ou même des cellules (apoptose). C’est également l’élimination permanente des molécules et macromolécules. Il ne s’agit pas d’une destruction d’une petite fraction des molécules mais sans cesse de l’essentiel des molécules produites. « Tout système vivant est un système ouvert qui échange continuellement matière et énergie avec son environnement. Il est le siège d’entrées et de sorties, d’une construction et d’une destruction permanente de ses composants. (...) Il ne connaît pas, tant qu’il existe, d’équilibre chimique et thermodynamique. On peut même dire que la vie tire son énergie du déséquilibre créé par le métabolisme. (...) Le déséquilibre est créateur (...) Il est tentant pour Ilya Prigogine de suggérer que l’origine de la vie est rattachée à des instabilités successives. » explique la biologiste Marie Christine Maureldans « L’énigme de l’émergence ».

Mais l’élimination n’est pas seulement destructrice.

La destruction constructrice

« On ne peut échapper à l’idée incroyable que c’est en se désintégrant que le cosmos s’organise. » confirme le philosophe Edgar Morin dans « La nature de la nature ».

L’élimination est indispensable au processus du vivant. La mort cellulaire est indispensable au processus vivant de la cellule. Le cancer est une maladie qui affecte le processus naturel de la mort cellulaire. On ne peut pas considérer la disparition des espèces ou groupes d’espèces comme s’il s’agissait d’un phénomène extérieur étranger au fonctionnement du vivant alors que tout ce fonctionnement est pénétré de processus permanents d’élimination de l’essentiel de ses produits, de la simple molécule biochimique au branchement d’espèces. Et l’élimination concerne à chaque fois non une fraction infime mais les 99% de tout ce qui est produit par l’activité du vivant. Le vivant est souvent présenté comme un mécanisme très stable qui serait seulement perturbé par l’agitation extérieure produisant des chocs et des destructions d’espèces. Au contraire, le vivant est un mécanisme loin de l’équilibre (thermodynamique dite de Prigogine) dans lequel la capacité de produire de l’énergie provient justement du fait qu’il s’agit d’un phénomène dans lequel un ordre est fondé sur le désordre. L’évolution ne fait pas que perturber des espèces qui existaient depuis un certain nombre d’années. L’espèce émerge de cette agression permanente du vivant en son propre sein. Même s’il y a un relatif conservatisme de l’espèce (les pommiers donnent des pommes qui redonnent des pommiers), l’espèce est le produit d’un combat interne entre conservation et transformation, pas seulement d’une conservation. Même le mécanisme génétique ne privilégie pas directement une espèce. La génétique, introduite après coup dans la notion d’évolution puisque Darwin ignorait tout de la biochimie, a mené à ses propres idéologies trompeuses dont celle qui prétend que chaque espèce aurait un ADN ne pouvant produire que cette espèce. A l’ours des gènes d’ours, à la mouche des gènes de mouche. De même, on a propagé l’idée que chaque caractère correspondrait à un gène et inversement. Tout cela est généralement faux. Un gène de mouche peut très bien agir au sein du mécanisme d’un ours. Même les gènes de levure de boulanger peuvent agir sur la génétique de l’homme ! Les différences entre le contenu biochimique des gènes entre espèces sont souvent minimes et n’expliquent nullement des différences considérables entre les fœtus et encore plus considérables entre les adultes de l’espèce.

La cellule vivante est un autre exemple d’état dynamique. Dès qu’elle nait, un processus nait en même temps selon laquelle la cellule devrait s’autodétruire et décomposant à l’intérieur tous les produits biochimiques qui pourraient être un poison pour les cellules voisines. C’est le mécanisme d’apoptose qui est général et indispensable à tout le vivant. C’est curieux de dire qu’un mécanisme de mort soit indispensable à la vie et pourtant c’est cela la base du caractère dialectique du vivant. Sans cesse, au sein de la cellule vivante, les gènes et les protéines de la mort vont combattre les gènes et les protéines de la vie. Du coup, on ne peut pas se contenter de dire que la cellule c’est la vie car c’est un combat de la vie et de la mort. C’est un équilibre instable qui entraîne le caractère dynamique du vivant. La vie et la mort ne s’opposent pas diamétralement mais dialectiquement.

La multiplication des cellules, elle-même, est un processus dialectique puisqu’une cellule doit mourir pour donner naissance à deux nouvelles cellules (méïose). C’est la multiplication cellulaire qui donne naissance à un nouvel être vivant mais ce dernier n’est pas seulement un amas de millions de cellules. Il y a un saut qualitatif dialectique. Les cellules, à force de se multiplier, échangent, se stimulent, s’éliminent mutuellement, s’organisent en se servant de l’apoptose, se spécialisent. Un être vivant n’est pas une simple somme de cellules. Il forme des tissus, des organes, des systèmes (nerveux, sanguin, respiratoire,…), des organismes spécialisés (cœur, cerveau), des liaisons intérieur/extérieur.

La contradiction dialectique est sans cesse présente dans tous ces processus. La contradiction diamétrale ne peut pas servir : elle oppose les contraires sans leur permettre de se composer.

Rappelons tout d’abord qu’être vivant, c’est produire de la nouveauté sur la base d’une destruction de l’état ancien. La vie cellulaire n’est déjà rien d’autre qu’une naissance de nouvelles cellules par la destruction d’anciennes…

La rétroaction de la mort et de la vie

Le mode de fonctionnement génétique, lui-même, est fondé en même temps sur la conservation et la réplication, tout en possédant de multiples moyens de créer de la nouveauté, de l’inhiber ou de la laisser s’exprimer, créant espèces, branchements, … Stephen Jay Gould écrit ainsi dans « Cette vision de la vie » :

« L’évolution procède par embranchements, et non par métamorphose d’une forme à une autre, l’ancien disparaissant dans le triomphe du nouveau… »

« Avec chaque niveau d’organisation, apparaissent des nouveautés, tant de propriétés que de logiques. (…) Une dialectique fait s’interpénétrer les contraires et s’engendrer la qualité et la quantité. » écrit François Jacob dans « La logique du vivant ».

Henri Atlan écrit dans son ouvrage intitulé " Entre le cristal et la fumée " :

« L’organisation des systèmes vivants n’est pas une organisation statique mais un processus de désorganisation permanente suivie de réorganisation. La mort du système fait partie de la vie. Sans perturbation, sans désorganisation, pas de réorganisation adaptatrice au nouveau. Sans processus de mort contrôlée, pas de processus de vie. »

Le vivant détruit sans cesse toutes ses molécules :

La complexité du vivant construite par la destruction

Le mécanisme de la vie est inséparable du mécanisme de la mort (élimination, vieillesse mais aussi nécrose, apoptose). Tout mécanisme de conservation opère sur la base d’autres mécanismes qui ne prévoient pas la conservation. Toute sélection opère sur des fonctionnements qui ne la prévoient pas. Les uns sont indispensables aux autres.

La vie produit des milliers de fois plus que ce qui est nécessaire et détruit le reste (combien d’œuf produit par la femme pour un œuf fécondé ?). Le gène est là pour s’activer mais il est toujours, par avance, bloqué par un gène inhibiteur, qui doit lui-même être inhibé pour le premier puisse s’activer et produire des protéines. Pas de nécessité biologique sans hasard biologique et inversement. Pas de destruction sans construction et inversement. Pas d’espèce sans les multiples tentatives de sortir de l’espèce. Pas d’espèce sans de multiples variations au sein de l’espèce. Pas de groupes d’êtres vivants sans des caractéristiques individuelles non déterminées par le groupe. Le groupe existe mais aussi le sous-groupe et le sur-groupe, le groupe de groupe… L’existence de multiples échelles hiérarchiques a tous les niveaux exige des contradictions dialectiques puisqu’un être vivant doit être à la fois élément de plusieurs groupes à plusieurs niveaux, tout en étant lui-même, c’est-à-dire un individu qui ne ressemble exactement à aucun autre, qui n’est même pas identique exactement à lui-même puisqu’il change au cours du temps.

La vie est dans la mort et la mort est dans la vie

La matière-lumière fonctionne essentiellement de la même manière « constructrice-destructrice ». Le photon est auto-oscillant, a un rythme auto-reproductif. On dit que le phénomène se déplace alors qu’il se détruit et se reconstruit. Le phénomène matière est l’auto-reproduction des propriétés de masse. Le phénomène matière saute. On dit qu’il se déplace alors que la matière est détruite puis reconstruite par le vide.

La destruction est au fondement même du vivant.

Henri Atlan explique dans « Entre le cristal et la fumée » : « Deux courants convergents ont conduit à se représenter aujourd’hui l’organisation d’un système vivant comme le résultat de processus antagonistes, l’un de construction, l’autre de déconstruction ; l’un d’ordonnancement et de régularités, l’autre de perturbations aléatoires et de diversité ; l’un de répétition invariante, l’autre de nouveauté imprévisible. »

Jean Claude Ameisen expose dans « La sculpture du vivant ou le suicide cellulaire, une mort créatrice » : « Rien – ou presque – de ce qui émerge au cours de la longue histoire du vivant n’est de nature définitive. L’ évolution est une succession infinie d’accidents, construisant, déconstruisant et reconstruisant, sans cesse, faisant naître de la nouveauté. (…) Au cœur du mystère du vivant, ce que nous commençons à entrevoir, c’est l’intrication profonde, l’interchangeabilité et l’interdépendance, entre les outils de construction et les outils de destruction. Et nous avons vu se brouiller les frontières qui séparent les notions apparemment antagonistes de vie et de mort, de « bâtisseur » et d’ « exécuteur », de « suicide » et de « meurtre ». »

Cette interpénétration des contraires et cette émergence des structures issues de leurs interactions, on les retrouve ici comme on les a trouvés dans l’étude de la vie et de la mort, dans le combat permanent des gènes et des protéines de la vie et de celles de la mort. C’est l’apoptose ou suicide cellulaire. Cela signifie que la destruction (gène et protéine de mort) provient de l’intérieur de la cellule et qu’elle existait dès la naissance de la cellule, que toute la vie de la cellule est une lutte entre gènes et protéines de la vie et de la mort. Au sein de la cellule « vivante », la vie est en permanence en lutte avec la mort selon un ballet impressionnant de divers gènes et protéines. C’est l’environnement cellulaire qui envoie des informations à la cellule sur sa vie, sa mort, ses déplacements, don évolution vers la spécialisation. Si la cellule ne convient pas à l’environnement du tissu, elle se tue. Selon ce mécanisme d’apoptose, ou suicide de la cellule, tel qu’il est étudié et exposé par l’immunologiste Jean-Claude Ameisen, la destruction est le pilote de la construction du corps dans l’embryogenèse. Que ce soit pour l’apoptose, pour l’inhibition des gènes, pour la destruction par les lymphocytes immunitaire, pour les interactions entre cellules, les mécanismes de destruction sont internes au système, existent dès sa formation et provoquent sa mort.

La vie cellulaire est fondée sur deux mécanismes : la méiose ou division cellulaire par laquelle le dédoublement cellulaire nécessite la mort de l’ancienne cellule et l’apoptose par laquelle, à peine née, une cellule reçoit un message génétique d’autosuppression comme l’expose notamment l’immunologue Jean-Claude Ameisen. La survie des êtres vivants elle-même se fonde sur un mécanisme génétique qui bloque les protéines exécutrices de la cellule vivante, prêtes, dès la naissance de la cellule, à en provoquer le suicide (apoptose). Ce processus négatif a un rôle éminemment positif pour l’ensemble du corps, dès la naissance : « L’autre condition nécessaire à la possibilité même d’une évolution, c’est la mort. Non pas la mort venue du dehors comme conséquence de quelque accident. Mais la mort imposée du dedans, comme une nécessité prescrite, dès l’œuf, par le programme génétique même. » rapporte le biologiste François Jacob dans « La logique du vivant ». La mort est inséparable et indispensable à la vie. Le biologiste Henri Atlan le souligne dans « Entre le cristal et la fumée » : « L’organisation des systèmes vivants n’est pas une organisation statique (...) mais un processus de désorganisation permanente suivi de réorganisation. (...) La mort du système fait partie de la vie, on seulement sous la forme d’une potentialité dialectique, mais comme une partie intrinsèque de son fonctionnement et de son évolution ; sans perturbation (...), sans désorganisation, pas de réorganisation adaptatrice au nouveau, sans processus de mort contrôlée, pas de processus de vie. »

N’oublions pas que c’est l’apoptose qui sculpte le corps humain par des brusques disparitions massives de cellules qui se suicident pour laisser place à des cavités dans des organes ou sculpter les doigts, comme l’expose Ameisen, ou encore pour sculpter la structure des liaisons du cerveau en supprimant tous les circuits inutiles.

La dynamique de la cellule vivante est un mécanisme fondé autant sur les gènes et protéines de la mort que sur les gènes et protéines de la vie et sur leur combat permanent, combat déterminé également par les messages des cellules voisines.

L’apoptose ou suicide cellulaire

Comme l’explique Jean-Claude Ameisen dans « La sculpture du vivant », « L’économie de l’univers du vivant ne fait pas exception à l’économie de l’univers de la matière. (...) Tout accroissement du degré d’organisation et de complexité ne peut se faire que dans un contexte de diminution du degré d’organisation et de complexité. (...) Vieillissement et la mort prématurée des cellules mères donnant naissance à des cellules jeunes et fécondes, autodestruction d’une partie des cellules au profit de la collectivité (...) de la reconstruction permanente de soi comme modalité de pérennité.(...) le pouvoir de se reconstruire est lié au pouvoir de s’autodétruire. »

Maurice Jacob dans "Au coeur de la matière" rapporte que la matière est fondée sur une extraordinaire agitation du vide qui est basée sur des apparitions et disparitions de particules et d’antiparticules :

"La nature est plus riche que notre imagination. On peut démonter les molécules en atomes. On peut arracher les électrons d’un atome et séparer les protons et les neutrons qui constituent son noyau. On découvre les différents niveaux de la matière qui mettent en jeu des constituants de plus en plus élémentaires. (...) La masse, cette propriété que l’on pensait intrinsèquement associée à un objet et qui résultait de l’addition des masses de ses constituants, une masse que l’on associait à chaque particule avant de considérer les forces auxquelles ellles pouvaient être soumises, cette masse devient un effet dynamique des actions auxquelles les constituants fondamentaux sont soumis. (...) Les particules élémentaires sont les quarks (qui forment notamment les protons et les neutrons) et les leptons (comme l’électron). (...) Les forces qui leur permettent d’interagir entre eux sont toutes du même type : elles prennent la forme particulière d’un échange de bosons. (...) L’un de ces bosons est le "grain de lumière", le photon. (...) Deux particules chargées s’attirent ou se repoussent en échangeant des photons. Au cours d’un choc, ou simplement accélérée, une particule chargée peut émettre un photon (...) dont la fréquence est proportionnelle à son énergie. (...) L’atome est formé d’un tout petit noyau entouré d’un "nuage" d’électrons. Le rayon du noyau est cent mille fois plus petit que celui de l’atome, mais il contient pratiquement toute la masse. l’atome est donc pratiquement vide mais son volume, extrêmement vaste par rapport à celui du noyau, est rempli par le mouvement incessant des électrons qui se concentrent sur des couches successives. Le noyau a une charge positive et les électrons ont uen charge négative. Ils sont tous attirés par le noyau mais tournoient à une distance respectable. L’atome est globalement neutre, la charge totale des électrons étant compensée par celle des protonsqui se trouvent dans son noyau. (....) En physique quantique, il faut renoncer à considérer une particule comme parfaitement localisable. (...) Ce flou quantique peut heurter l’intuition naturelle (...) ne peut-on envisager l’observation d’un électron pendant un temps très court durant lequel il ne pourrait parcourir qu’une petite partie de la distance associée à ce flou quantique ? C’est possible mais on ne peut plus distinguer dans ce cas l’électrons des multiples autres particules (paires d’électrons et de positrons fugitifs du vide) qui peuvent être librement émises et réabsorbées durant ce temps très court. (...) Le vide est animé par la création continuelle et la disparition rapide de paires électron-positron (le positron est l’antiparticule de l’électron). Ce sont des paires virtuelles (...) L’électron de charge négative va attirer les positrons de ces paires virtuelles en repoussant leurs électrons. En approchant de l’électron, le photon va se voir entouré d’un "nuage" de charge positive dû aux positrons virtuels attirés. Il aura l’impression que la charge de l’électron est plus faible que celle annoncée. (...) la masse des particules vient de la structure du vide qui s’est figé au début de l’évolution de l’Univers (...) La diversité de la matière sort de la structure du vide. (...) le vide bouillonne d’activité, il peut même exister sous plusieurs formes et manifester une structure. (...) Ce bouillonnement d’activité est de nature quantique."

La matière inerte n’est pas moins agitée que la vie, pas moins capable de produire de la nouveauté. La vie n’est que qu’une des formes dynamiques de la matière et même pas la plus étonnante.

La matière s’agite en tous sens à tous les niveaux (agitation quantique du vide et des particules, vibrations et rotation des atomes, agitation des molécules, agitation des grandes quantités de matière, etc…). Elle se transforme sans cesse. Les particules apparaissent et disparaissent en permanence par le processus fondamental matérialisation/dématérialisation du vide que nous exposerons. Cette transformation qui est à la base des interactions matière/matière, matière/lumière et matière/vide comme espace/temps se produit en un instant tellement court qu’il nous échappe. Il n’a été mis en évidence que par la physique quantique étudiant des instants extrêmement courts. L’origine de l’ « ordre » matériel c’est le désordre du vide (fluctuations d’énergie). L’origine de l’ordre du vivant, c’est le désordre des interactions au hasard entre molécules. L’origine de l’ordre du cerveau, c’est le désordre du message électrique cérébral.

La destruction est le mécanisme fondamental de l’organisation de la matière. A chaque fois qu’une interaction a lieu, un ou plusieurs corpuscules sont détruits. La plus élémentaire des interactions de la matière est l’électromagnétisme dans lequel un photon lumineux est absorbé par une particule matérielle. Le photon disparaît pour que la particule saute d’un état à un autre. Au sein du noyau atomique, l’interaction dite faible est le passage d’un proton à un neutron par absorption d’un électron. Celui-ci disparaît.

La mort produit la vie et la vie produit la mort. La destruction produit la nouveauté constructrice. C’est la dialectique de l’univers.

Jean Claude Ameisen dans "La sculpture du vivant" :

"La mort cellulaire et la sculpture du cerveau

Le premier rôle reconnu à la mort cellulaire (suicide pré-programmé de chaque cellule vivante ou apoptose) fut celui d’un outil permettant à l’embryon d’élaborer sa forme en devenir, par un procédé d’élimination qui s’apparente à la sculpture. (…) La mort cellulaire construit les organes, creusant les conduits de notre tube digestif et ceux de notre cœur où circulera notre sang. La mort cellulaire permet le repliement des organes sur eux-mêmes, dans un espace soudain devenu disponible, et le déploiement des tissus qui enveloppent et protègent ces organes. Elle remodèle en permanence les os et les cartilages. Elle sculpte, à mesure qu’il grandit, la forme changeante de l’embryon. (…) La mort permet à des populations cellulaires différentes de venir se rejoindre et cohabiter dans un même organe. (…) Ces phénomènes d’élimination des formes transitoires de l’embryon se manifestent de manière particulièrement spectaculaire et brutales dans certaines espèces animales (disparition des muscles et des nerfs de la larve donnant naissance aux bourgeons qui formeront les ailes ou les pattes de certains insectes, disparition brutale des branchies et de la queue du têtard qui passe de larve à grenouille). (…) Il en est ainsi de certaines parties de notre cerveau (…) Certains tissus nerveux d’origine ancestrale vont disparaître au cours de notre développement, après avoir permis à notre cerveau de se construire. (…) Notre système nerveux est un immense réseau de cellules - les neurones - connectées les unes aux autres, formant les innombrables arborisations de nos nerfs, parcourant l’ensemble des territoires de nos corps, véhiculant en permanence des impulsions électriques émises, reçues, déchiffrées et recomposées par la centaine de milliards de neurones qui constitue notre cerveau et dont l’action coordonnée intègre la société hétérogène qui nous compose en un individu à part entière. C’est cette multitude d’interactions entre nos neurones qui nous permet de percevoir le monde qui nous entoure et de nous y projeter, reconstruisant continuellement en nous une représentation composite où se mêlent le passé, le présent et le futur, l’imagination et la mémoire, l’émotion et le raisonnement, la peur, le désir et l’abstraction, et où se succèdent la conscience, la pensée, le sommeil et les rêves.

Notre cerveau d’enfant, puis d’adulte, est composé d’environ cent milliards de neurones, chacun connecté directement ou indirectement à dix mille autres cellules, pour la plupart des neurones. La mise en place d’un tel réseau d’environ un million de milliards de connexions fonctionnelles n’est pas - et ne pourrait pas être - prédéterminée de manière précise, exhaustive et détaillée dans les informations contenues dans nos trente à quarante mille gènes. L’extraordinaire degré de complexité de notre cerveau émerge d’un phénomène d’auto-organisation qui met en jeu une part de hasard, crée la diversité, et couple la survie de chaque neurone à la nature des liens qu’il tisse avec les cellules qui l’entourent.

Dans le corps de l’embryon en train de se construire, le système nerveux naît tout d’abord comme une ébauche fragmentée, morcelée, éparpillée. Les cellules qui se différencient en neurones et se dédoublent sont regroupées en petits modules compacts qui occupent des régions distinctes. Puis, peu à peu, va se déployer l’enchevêtrement des interactions qui nous structurent.

A certaines étapes de notre développement, les neurones en train de peupler un territoire cessent soudain de se dédoubler, et commencent à émettre de longs prolongements, les axones. Ces axones se mettent à voyager, à se déplacer, oscillant comme des cannes d’aveugles. Ils sont guidés, au cours de leur périple, par des signaux qui les repoussent, leur interdisant l’accès à certains territoires, et par d’autres signaux qui les attirent, libérés par des cellules qu’ils rejoignent et auxquelles ils vont se connecter : des neurones, des cellules musculaires, des cellules de la peau... Puis les neurones qui viennent de former ces circuits rudimentaires envoient d’autres prolongements plus fins - les dendrites - vers des cellules voisines, ou sont rejoints par d’autres cellules qui ont voyagé dans leur direction, constituant ainsi, de proche en proche, des réseaux de communication de plus en plus riches, où circulent des signaux électriques et des signaux chimiques.

Dans l’ensemble des régions du cerveau et dans les nerfs en train de se construire, la moitié, en moyenne, des neurones qui sont partis à la recherche de partenaires va brusquement mourir durant la période d’un à sept jours où s’établissent leurs connexions (les synapses). Dans certaines régions, ce sont plus de 85% des neurones qui vont disparaître, dans d’autres régions de 10 à 20% seulement.

(…) Le nombre de neurones qui survivent dans un territoire donné dépend directement du nombre de partenaires cellulaires disponibles auxquels ils réussissent à se connecter.

Aucun neurone ne peut survivre seul. Le destin individuel de chaque neurone – sa survie ou sa mort – dépend en permanence de ses relations avec la collectivité. Il dépend de la capacité de son axone à percevoir, tout d’abord sur son trajet, "en passant", puis à l’arrivée, lorsqu’il établit un contact étroit avec un partenaire, des combinaisons particulières de signaux de survie - des neurotrophines - libérés par les territoires qu’il traverse puis par son partenaire. Et parce que ces signaux de survie sont produits en très faible quantité, seul un trajet particulier, à travers certaines régions, puis un contact étroit avec son partenaire permettent d’empêcher le suicide du neurone.

(...) Pour chaque neurone, appartenant à une sous-famille donnée, seul un contact avec certains partenaires lui permet de recevoir la combinaison particulière de signaux qui l’empêchera de mourir. Ainsi, la structure de la complexité de notre système nerveux, comme celle de notre système immunitaire, résulte d’une forme d’apprentissage du soi, fondée sur un dialogue obligatoire entre les cellules et sanctionnée par la mort. Et la mort cellulaire opère une sélection drastique. Disparaissent tous les neurones potentiellement "inutiles", ayant établi des contacts - des synapses - trop lâches avec leurs partenaires (...) Une fois que les connexions normales se sont formées, leur pérennité dépend de leur capacité à fonctionner : l’absence de circulation d’informations nerveuses à travers un réseau provoque, au bout de quelques jours, la mort des neurones qui le composent. La construction du cerveau ne se limite pas à la mise ne place progressive d’un immense réseau de communication entre les neurones. La survie et les activités de nos neurones, les cellules « nobles » de notre système nerveux, dépendent de la présence et de la proximité d’autres familles de cellules qui jouent un rôle essentiel. Dans notre cerveau, les astrocytes, cellules étoilées aux branches courtes, jouxtent et protègent les neurones, libérant des signaux permettant la croissance des vaisseaux qui apportent aux neurones l’oxygène. D’autres cellules, les oligodentrocytes, s’enroulant autour des axones – les longs prolongements des neurones où circulent les impulsions électriques -, fabriquent et libèrent la gaine protectrice et isolante (la myéline) qui évite la dispersion de ces impulsions.

Dans chacun des territoires où migrent les neurones pour établir leurs premiers dialogues, les rejoignent des oligodentrocytes et des astrocytes, voyageant vers ces circuits élémentaires en train de se construire. Dans chacun de ces territoires, le nombre d’oligodentrocytes qui arrive dépasse de loin le nombre de neurones survivants. Un seul oligodentrocyte qui aura pu établir un contact étroit avec un neurone va pouvoir, à son tour, survivre. (…) Ainsi se construit, de proche en proche, l’architecture de notre cerveau, articulée sur les réseaux hétérogènes de cellules qui ont réussi à faire la preuve de leur capacité à fonctionner."

La mort n’est pas le seul mécanisme de négation qui dirige l’ensemble du processus du vivant. Celui qui englobe le phénomène tout entier, que ce soit la mort ou la vie, c’est l’inhibition. Ce phénomène suppose qu’une propriété soit momentanément inactivée sans être définitivement détruite. C’est la biochimie des molécules qui produit ce phénomène par attachement des molécules. Une molécule possède une propriété mais celle-ci est perdue quand une molécule se fixe sur un de se récepteurs. Cette liaison est produite par une attraction des contraires – souvent par liaisons électriques d’ions ou par mécanisme clef-serrure. La propriété de la molécule de départ, inhibée par cette liaison, peut être réactivée si une nouvelle molécule vient se fixes sur la molécule inhibitrice. Ce phénomène d’ « accroche-décroche » entre deux contraires, que l’on retrouve aussi bien dans le vide, dans la matière ou au sein du vivant, c’est l’inhibition de l’inhibition.

Tout le mécanisme du vivant et de construction de l’homme est le produit d’une inhibition de l’inhibition, d’une double négation dialectique…

Pourquoi l’inhibition du vivant serait-elle une négation dialectique, plutôt que celle de l’ancienne logique formelle ? La négation dialectique ne supprime pas la contradiction, mais masque momentanément son existence. Dans la négation formelle, à l’inverse, les contraires se suppriment immédiatement et définitivement. Si, dans la génétique, l’inhibition semble dialectique puisque les contraires se combinent, qu’en est-il du suicide cellulaire, l’apoptose, qui provoque la mort de la cellule ? Le mécanisme d’apoptose n’est pas celui de la mort brutale et définitive. C’est un combat permanent au sein de la cellule entre molécules, protéines et gènes de la vie et de la mort, se combattant et s’inhibant mutuellement, gagnant ou perdant des zones, s’appuyant pour cela sur des messages des autres cellules. Tant que la cellule est dite vivante, elle n’est pas exclusivement vivante ou exclusivement morte, répondant à la logique du « oui ou non exclusifs ». Elle répond plutôt à la dialectique qui suppose le « oui et non ». En effet, la cellule vivante est un processus dynamique de combat intérieur permanent entre les gènes et les protéines de vie et les gènes et les protéines de mort. C’est cet équilibre sur le fil du rasoir que l’absence des messages extérieurs, molécules-signaux des autres cellules indispensables à la survie, peut facilement déstabiliser, menant à l’apoptose. La cellule vivante est sans cesse entre la vie et la mort. Elle est « la vie et la mort » et pas « la vie ou la mort ». Comme la matière est sans cesse entre la matière et le vide et pas « la matière ou le vide » (ou exclusif). Une espèce vivante est sans cesse entre la conservation de l’espèce et sa transformation, toujours sur le fil et déstabilisable en cas de changement brutal des conditions extérieures. On peut bel et bien parler de dialectique du vivant, comme de dialectique de la matière.

Les épisodes d’extinctions massives

3 Messages de forum

  • La vie ou la destruction constructrice 26 février 2017 06:41

    Henri Atlan dans « Entre le cristal et la fumée » :

    « Deux courants convergents ont conduit à se représenter aujourd’hui l’organisation d’un système vivant comme le résultat de processus antagonistes, l’un de construction, l’autre de déconstruction, l’un d’ordonnancement et de régularités, l’autre de perturbations aléatoires et de diversité ; l’un de répétition invariante, l’autre de nouveauté imprévisible. »

    « L’organisation des systèmes vivants n’est pas une organisation statique… mais un processus de désorganisation permanente suivie de réorganisation… La mort du système fait partie de la vie, non pas seulement sous la forme d’une potentialité dialectique, mais comme une partie intrinsèque de son fonctionnement et de son évolution : sans perturbation, sans désorganisation, pas de réorganisation adaptatrice au nouveau : sans processus de mort, pas de processus de vie. »

    Répondre à ce message

  • La vie ou la destruction constructrice 27 février 2017 09:02

    Richard Lewontin dans « Genes, Environment and Organisms » :

    « L’environnement d’un être vivant n’est pas seulement un ensemble de problèmes indépendants et préexistants auxquels les êtres vivants doivent trouver des solutions, parce que les êtres vivants ne font pas que résoudre les problèmes, ils commencent d’abord par les créer… L’intérieur et l’extérieur s’interpénètrent, et un être vivant est à la fois le produit et le lieu de cette interaction. »

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  • Oui, la vie, c’est la mort ! Pour un être vivant qui naît, combien de spermatozoïdes (ils meurent en 24 heures !) et d’ovules émis « inutilement » et détruits ? Pour un être vivant qui naît, combien qui disparaissent avant l’âge ? Combien d’arbres semés qui n’ont pas de place pour se développer ? Dans un être vivant, combien de protéines, de gènes, de molcéules, de cellules détruites ?

    Ameisen, le suicide cellulaire

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