English German Espagnol Portugese Chinese Japanese Arab Rusian Italian Norvegian Dutch Hebrew Polish Turkish Hindi
Accueil du site > 02 - Livre Deux : SCIENCES > Biologie : Rétroaction de la vie et de la mort > L’apoptose ou suicide cellulaire

L’apoptose ou suicide cellulaire

mercredi 10 novembre 2010, par Robert Paris

L’apoptose, le film

Apoptose et développement du système nerveux

Le suicide cellulaire préprogrammé

LE NEURONE ET LE RESEAU DE NEURONES, UNE STRUCTURE ISSUE DE L’ELAGAGE PAR APOPTOSE

Le terme de suicide peut en effet prêter à confusion et donner une interprétation psychologique ou animiste de la décision (entre guillemets) de la cellule de se supprimer. Le parallèle avec le suicide individuel d’un être conscient a ses limites. En tout cas, pour Ameisen, il n’est nullement question de prêter une décision consciente à l’acte de la cellule. Ce qui a motivé l’adoption du terme " suicide " est une démarche tout à fait différente de la part des scientifiques. Jusqu’à la fin des années 1960, la mort cellulaire était conçue par les spécialistes comme le produit de l’action de cellules tueuses ou celle d’un signal à la cellule qui allait être supprimée. En somme la cellule contenait un message de vie et le message de mort ne pouvait que provenir au moment terminal de quelque chose d’extérieur à la cellule. La mort de la cellule était donc considérée soit comme un empoissonnement décidé de l’extérieur soit comme une fatigue ou une maladie de la cellule devenue incapable de subsister.

Fin 1960, le biologiste américain Lockshin travaillant sur des larves et le biologiste tchèque Tata travaillant sur des têtards suggéraient au contraire que le message de mort était intérieur à la cellule et lié, dès la naissance de la cellule, au matériel génétique de celle-ci. La mort devenait ainsi un acte produit par la cellule elle-même. D’où le nom de suicide cellulaire. Restait à comprendre, si la cellule était condamnée d’avance à mourir, pourquoi elle parvenait cependant à subsister. La notion de suicide cellulaire, indiquait seulement que c’est le matériel biochimique qui, dans son fonctionnement automatique, produisait la mort et non que la cellule avait un centre de décision consciente et une espèce de libre arbitre.

La comparaison du suicide cellulaire avec la mort accidentelle de cellules ou nécrose due à une action extérieure allait faire avancer la recherche. En effet, dans le cas d’une nécrose contrairement au suicide cellulaire encore appelé apoptose, les cellules voyaient leurs membranes exploser lâchant les produits biochimiques dans l’espace intercellulaire. Or ces produits ont un effet de poison sur les cellules voisines, entraînant des lésions mortelles pour celles-ci et la propagation de l’inflammation dans tous les tissus. A l’opposé, l’apoptose des cellules ne se propageait absolument pas aux autres cellules. En effet, dans le cas du suicide cellulaire, les produits intérieurs à la cellule sont d’abord cassés par la cellule elle-même puis les restes détruits par les cellules voisines prévenues par avance de ce suicide.

Le mécanisme génétique qui pilote l’apoptose et qui a été mis en évidence grâce à l’étude d’un petit ver appelé Caernohabdtis elegans. C’est grâce à ce ver et grâce à des anomalies sur son capital génétique que l’on a pu mettre en évidence le message interne de la mort ou message d’apoptose et son fonctionnement. Je rappelle brièvement ces différents points déjà évoqués.

Le signal de la mort est intérieur à la cellule et n’apparaît pas au jour de la mort. Il appartient au matériel génétique et naît en même temps que la cellule. La mort est inséparable de la vie. Le message de la mort est indispensable au fonctionnement de la vie, ne serait-ce que parce qu’il va éliminer des formes intermédiaires du corps apparues au cours du développement de l’embryon et permettre aux organes de se développer dans des zones ainsi libérées. C’est ce que l’on appelle la sculpture du corps.

Le signal de la mort intervient en permanence dans la cellule et pas spécialement le jour ou dans la période de la mort. La vie est un combat permanent entre des zones où le signal de vie l’emporte et des zones où c’est celui de mort qui gagne. La vie est donc une situation d’équilibre instable. La cellule qui devrait mourir dès la naissance est amenée à se maintenir en vie pendant une durée supplémentaire mais cette survie est sans cesse menacée. La mort n’est pas simplement diamétralement opposée à la vie car elle lui est irrémédiablement liée. Et le lien est fait par un troisième larron qu’est le médiateur. En effet, le message de la mort n’est activé que s’il parvient à se lier à une molécule dite médiateur. Et il en va de même pour le message de la vie. Nous avons donc un ballet à trois, trois protéines mais aussi trois gènes : le suicide, le protecteur et le médiateur. Les uns agissent sur les autres par inhibition. La mort n’est rien d’autre que l’inhibition de l’inhibition du message de mort.

Il faut rajouter qu’il y a un lien entre le maintien en vie de la cellule et l’environnement extérieur. Ce n’est pas un message de mort qui est envoyé de l’extérieur comme on l’a longtemps cru mais au contraire un message de survie. Si la cellule est isolée ou encore si elle est entourée de cellules qui ne lui envoient pas ce message, la cellule va rapidement voir son message de suicide l’emporter à l’intérieur et va déclencher son apoptose.

De nombreuses expériences ont depuis confirmé ce schéma. Par exemple, on prend des cellules dans une zone en pleine apoptose et on les transplante dans une zone normale. Les cellules qui auraient dû se suicider se maintiennent en vie. Cela souligne l’importance des messages des cellules voisines. C’est ce qu’en 1992, Martin Rapp a appelé " le contrôle social de la vie et de la mort ". Les cellules ne se maintiennent dans une zone que si celle-ci leur transmet des messages de survie. C’est la base de la vie et de la mort des cellules mais c’est aussi la base de l’évolution des cellules, de leur spécialisation et de leur organisation.

3 Messages de forum

  • L’apoptose ou suicide cellulaire 10 novembre 2010 13:07, par moshe

    De nombreuses expériences ont depuis confirmé ce schéma. Par exemple, on prend des cellules dans une zone en pleine apoptose et on les transplante dans une zone normale. Les cellules qui auraient dû se suicider se maintiennent en vie. Cela souligne l’importance des messages des cellules voisines. C’est ce qu’en 1992, Martin Rapp a appelé " le contrôle social de la vie et de la mort ". Les cellules ne se maintiennent dans une zone que si celle-ci leur transmet des messages de survie. C’est la base de la vie et de la mort des cellules mais c’est aussi la base de l’évolution des cellules, de leur spécialisation et de leur organisation.

    Répondre à ce message

  • L’apoptose ou suicide cellulaire 1er mars 2015 04:41, par R.P.

    « Ce qui se meut, c’est la contradiction. (...) C’est uniquement parce que le concret se suicide qu’il est ce qui se meut. »

    (G.W.F Hegel, dans sa préface à la « Phénoménologie de l’esprit »)

    Répondre à ce message

  • L’apoptose ou suicide cellulaire 13 octobre 2016 17:02

    Voir une conférence sur l’apoptose : cliquer ici

    Répondre à ce message

Répondre à cet article

SPIP | squelette | | Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0