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Accueil du site > 03 - Livre Trois : HISTOIRE > 1er chapitre : La marque sociale des révolutions > Luttes de classes dans les sociétés amérindiennes précolombiennes

Luttes de classes dans les sociétés amérindiennes précolombiennes

samedi 4 mai 2019, par Robert Paris

Les classes sociales successivement chez les les Olmèques, les Zapotèques, les Mayas, les Toltèques, les Aztèques et les Incas :

Luttes de classes dans les sociétés amérindiennes précolombiennes

Se contenter, comme le font la plupart des auteurs, en ce qui concerne l’étude des sociétés précolombiennes et particulièrement de leurs chutes étonnantes et impressionnantes par leur brutalité et l’absence apparente d’explications, de s’en tenir à faire appel à des désordres climatiques et à des défauts prétendus des sociétés indiennes en termes de politique de préservation des ressources naturelles, thèse environnementaliste à la mode comme passe-partout et explication générale pour le passé, le présent et l’avenir, c’est un peu comme si on disait que c’étaient seulement des hivers rigoureux et des pluies diluviennes qui avaient tué royauté et féodalité en France en 1789, en même temps qu’un manque de politique de préservation de la nature par l’Ancien Régime !!! En somme, cela consiste purement et simplement à effacer la révolution politique et sociale, l’action des masses en lutte, leur organisation, leur intervention et ce n’est certainement pas plus un moyen de comprendre ce qui est arrivé brutalement à la société française en 1789, ou en Europe par la suite, qu’un moyen de comprendre les sociétés amérindiennes antiques.

Bien sûr, les auteurs, historiens ou préhistoriens, archéologues ou sociologues, n’ignorent pas que les sociétés améridiennes précolombiennes les plus développées avaient depuis très longtemps construit des hiérarchies sociales perfectionnées, avec une division du travail, des professions très structurées, avec même des classes sociales et des luttes de classes. Mais ils se refusent assez systématiquement à relier les désordres violents que ces sociétés ont connus lors de leurs crises économiques, sociales et politiques, avec ces luttes de classes. Ce n’est en soi à cause de leurs connaissances sur la préhistoire et l’histoire amérindienne elle-même ou de leurs manques de connaissances, mais à cause d’a prioris de la société actuelle, des a prioris qui taxent immédiatement toute thèse « lutte de classes » de propagande marxiste révolutionnaire, donc de mensonge orienté qui n’auraient rien à voir avec la démarche scientifique !!!

Peut-on sérieusement « oublier » la lutte des classes pour interpréter la chute de sociétés amérindiennes très structurées, disposant d’importants moyens politiques et sociaux de conservation sociale au profit des classes dirigeantes, y compris souvent d’Etats ou de cités-Etats ou de moyens pré-étatiques, de structures sociales hiérarchisées, étayées par des institutions religieuses, elles-mêmes directement reliées aux classes possédantes, des sociétés exploitant en majorité une main d’œuvre plus ou moins forcée et esclavagisée, durement frappée par la répression violente des guerriers. Penser que de telles sociétés peuvent avoir chuter d’elles-mêmes, tranquillement, alors qu’elles disposaient d’instruments institutionnels très puissants, est totalement irréaliste pour ne pas dire ridicule.

Ce qui est certain que les grandes disparitions de civilisations précolombiennes ne sont pas, pour l’essentiel, le produit des guerres entre sociétés amérindiennes, les villes abandonnées lors de ces chutes spectaculaires n’ayant montré aucune trace qui correspond à une guerre, à une invasion armée extérieure, ni à une occupation militaire après l’effondrement de la société. La société effondrée n’a pas laissé place à une nouvelle civilisation. Au contraire, tout l’édifice social et politique a laissé la place au néant. Même le mode de production a été éliminé. Les travailleurs des villes et des champs ont abandonné toute production. Les villes ont été massivement désertées. Tout a été transformé en ruines. Le souvenir même de l’ancienne société a disparu pour de longs siècles et c’est souvent le hasard qui a fait redécouvrir récemment ces anciennes sociétés autrefois très actives, très prospères, puissantes et dominant des régions immenses, avec une population considérable qui ont toutes chuté au plus haut niveau de leur croissance démographique, économique, sociale et politique.

Les restes de ces villes, des palais, des temples ou des habitations des plus riches manifestent à la fois que c’est dans la violence que le système social a été renversé mais aussi que le but n’était pas de voler et de piller, mais de détruire la structure politique et sociale. En effet, les richesses ont été le plus souvent laissées sur place, y compris les objets précieux des palais royaux dévastés. Les centres du pouvoir, y compris du pouvoir religieux, ont été méthodiquement démolis, détruits, profanés, pour en détruire le pouvoir physique et aussi le pouvoir moral, religieux, magique, ce qui montre que c’est la domination, physique comme morale, de la classe possédante que l’on voulait détruire définitivement. Parfois, ce sont uniquement les maisons des riches qui ont été détruites, celles des pauvres ayant seulement été abandonnées.

Il ressort de tous ces éléments que ce sont des troubles intérieurs, à la fois politiques et sociaux, qui ont mené au renversement du pouvoir et du système de domination. Le fait que des sites extrêmement peuplés aient été complètement abandonnés, le fait que l’activité de construction de monuments mais aussi toute activité artisanale, commerciale et toute activité agraire soit également supprimée signifie que la population a cessé de travailler pour la classe dominante.

Bien sûr, pour qu’une telle révolution sociale et politique ait lieu, comme dans la révolution française de 1789, il faut que la crise économique ait fondamentalement sapé les bases sociales du système d’exploitation en même temps que la confiance des exploités dans les capacités des classes dirigeantes, notamment leur confiance dans le soutien des dieux aux dominants. Des désordres climatiques peuvent parfaitement y avoir contribué mais leur importance n’a été considérable que s’ils ont engendré des soulèvements des exploités contre leurs exploiteurs. La thèse des environnementalistes, selon laquelle la contradiction qui a été déterminante serait l’utilisation exagérée des ressources naturelles, allant jusqu’au point où ces ressources seraient épuisées n’est pas nécessaire ni générale comme ils voudraient le faire croire. La royauté et la féodalité françaises n’avaient pas épuisé les ressources naturelles mais ils avaient été au bout de la patience des exploités et opprimés. Il n’est pas absolument nécessaire de faire appel à des catastrophes climatiques, comme les phénomènes El Niño, à des sécheresses ou à des pluies diluviennes, ou encore des vents de sable, pour expliquer que des régimes sociaux aient atteint leurs limites et que leur succès même parfois, comme c’est le cas de l’empire aztèques comme de l’empire romain ou les empires coloniaux espagnol et portugais, ait sapé les bases de leur domination. Le développement des empires a mené souvent à une domination des guerriers au point que l’une des bases solides de l’empire, le commerce international, ait été déstabilisé, enlevant un pilier du système social. Qu’une société dont la réussite triomphe trop violemment se transforme au point de se déstabiliser n’a rien d’étonnant. Le succès des guerriers de l’empire a pu mener au remplacement violent du matriarcat par le patriarcat, renversant une des bases de l’ordre social ou à la suppression complète de l’ancienne société communautaire qui, au début, avait seulement été marginalisée mais qui était nécessaire comme environnement aux marges de la civilisation. Ce type de transformations d’un système social qui change de par son succès lui-même n’a bien entendu rien à voir avec des catastrophes climatiques ou avec des épuisements de ressources naturelles. Il y a d’autres cas possibles comme celui d’une société agraire dont le développement démographique est adapté à ses capacités mais qui agglomère des populations voisines du fait d’autres chutes de civilisations. Cet autre exemple, qui n’a encore une fois rien à voir avec la thèse climatique ou environnementaliste, se trouvée vérifiée plusieurs fois, notamment lors de la chute des Toltèques et de celle de Teotihuacan. Un autre cas est celui des société en plein développement dans lesquelles apparaissent de nouvelles divisions sociales, les classes riches devenant de plus en plus séparées et opposées au reste de la population, mais sans que soit encore apparu un Etat avec les systèmes de protection que cela implique pour les classes riches. Dans ce cas, toute déstabilisation, qui peut être provoquée par de multiples causes, politiques, guerrières, économiques ou autres, entraine des luttes de classes violentes, par exemple des révoltes d’esclaves que le système ne peut réprimer, ne disposant pas d’un appareil de répression permanent. Toutes ces possibilités peuvent expliquer la chute d’une société jusque là très prospère.

En tout cas, même en dehors des phases de déstabilisation politique ou sociale, la compréhension de sociétés dans lesquelles existent à l’évidence des classes sociales n’est pas possible sans interpréter fondamentalement les événements cruciaux en termes de luttes de classes. Même face à une catastrophe naturelle, les classes sociales ne s’effacent pas : au contraire, elles sont déterminantes. Devant une hausse brutale de la misère, même si elle est due à un phénomène climatique, quelle qu’en soit la raison, les classes sociales sont plus que jamais divisées et même deviennent brutalement violemment opposées. Or, dans toutes les sociétés amérindiennes dévelopées, dans toutes les civilisations précolombiennes des Amériques, on trouve des divisions en classes sociales. C’est donc la structure hiérarchisée des classes sociales de chacune de ces civilisations qui doit être analysée pour en comprendre la dynamique et surtout pour comprendre comment et pourquoi elle s’est si brutalement et définitivement interrompue. Tant que le système fonctionne, il est capable d’inhiber les hostilités violentes et les intègre dans son ordre social qui est accepté et respecté, y compris des plus exploités et opprimés. Dès que les contradictions violentes frappent les fondements du système, les conditions des révolutions peuvent survenir et la lutte des classes, jusque là masquée, refait surface.

Accuser un tel point de vue d’a priori marxiste et le considérer dès lors comme à rejeter d’emblée, c’est parfaitement ridicule même si c’est le point de vue dominant. Et cela pour plusieurs raisons dont la première est le fait que ces mêmes historiens ou archéologues reconnaissent l’existence de classes sociales et de leur opposition lorsqu’ils décrivent ces sociétés, mais n’en tiennent aucun compte pour expliquer ce qui leur est arrivé dans leur histoire. Un autre point qui souligne le ridicule de cet antimarxisme primaire : comme Marx lui-même l’a souligné, il est très loin d’avoir inventé ou créé la conception qui considère que « l’histoire des révolutions est celle des luttes de classes », n’ayant fait que reprendre l’idée aux historiens français et notamment à Augustin Thierry, Mignet, Guizot, Louis Blanc et même Thiers.

Bien entendu, nous ne voulons pas nier que Marx et Engels, ou leurs successeurs Rosa Luxemburg, Trotsky, Lénine et bien d’autres auteurs marxistes ont marqué cette conception des révolutions sociales et de leur lien avec la lutte des classes. Nous notons seulement que la mode actuelle considère que le simple fait d’analyser la lutte des classes dans les anciennes sociétés serait déjà du marxisme révolutionnaire !

Nous savons que ce n’est pas dans Marx, ni dans les auteurs marxistes anciens que nous pouvons trouver des analyses « luttes de classes » des sociétés amérindiennes précolombiennes pour la bonne raison qu’on n’avait pas à l’époque de connaissances suffisantes sur elles, ce qui n’est plus le cas aujourd’hui. Nous en savons largement assez pour reconnaître dans les chutes des civilisations en question l’action violente des révolutions sociales. C’est seulement leur a priori antimarxiste qui empêche l’histoire, la sociologie, la préhistoire et l’archéologie, officiels de l’admettre. Comme c’est un a priori des auteurs qui les amène à voir partout des catastrophes climatiques ou environnementales, même quand les dates ne correspondent pas et même quand cela n’explique nullement le type d’événement auquel on assiste. Cela ne signifie pas, bien entendu, que nous prenions complètement le contrepied de cette thèse, en considérant que le climat ne serait pour rien dans les changements économiques qui ont été à la base des événements politiques et sociaux. Mais, comme on l’a dit en introduction, quels sont les auteurs qui ramèneraient la révolution française débutée en 1789 au seul climat ou au manque de préoccupations environnementalistes de la royauté et de la féodalité ?!!! D’ailleurs, supposer qu’une société développée et étendue, possédant un Etat ou un embryon d’Etat, en tout cas une société très structurée et organisée, puisse s’écrouler sans révolution, sans heurts sociaux et politiques, est parfaitement absurde. Quand nous n’en avons pas les preuves, ni les signes, ni les traces et encore moins les récits, nous ne devons pas broder et inventer des révolutions ni les imaginer. Par contre, nous sommes portés à juste titre à rechercher des preuves de telles révolutions dans les restes et les ruines de ces civilisations disparues et pas à rejeter les premières preuves qui nous viennent par hasard sous la main.

Nous avons d’ailleurs plusieurs archéologues ou historiens qui ont su voir de telles preuves, même si le courant dominant continue de le nier, de faire comme si de rien n’était, ou faire silence sur ces questions gênantes ! Ainsi, des traces d’incendie des quartiers riches se trouvent dans des villes brutalement abandonnées. L’étude des tombes des civilisations peut également nous donner des indications de la crise économique qui frappe peu avant ces chutes de civilisations.

Il est certain que l’étude scientifique des révolutions des civilisations amérindiennes et de leur liaison avec la lutte des classes n’en est qu’à ses débuts et reste encore à développer.

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La disparition des civilisations précolombiennes est-elle un mystère ? Non, c’est le produit de la lutte des classes, menant à des révolutions sociales et politiques !

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