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	<title>Mati&#232;re et R&#233;volution</title>
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	<description>Contribution au d&#233;bat sur la philosophie dialectique du mode de formation et de transformation de la mati&#232;re, de la vie, de l'homme et de la soci&#233;t&#233;. Ce site est compl&#233;mentaire de https://www.matierevolution.org/</description>
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		<title>Mati&#232;re et R&#233;volution</title>
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		<title>Louise Bryant - Six mois rouges en Russie</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Russie</dc:subject>
		<dc:subject>1917-1919</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;volution</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Louise Bryant &lt;br class='autobr' /&gt;
Six mois rouges en Russie. &lt;br class='autobr' /&gt;
Chapitre I &lt;br class='autobr' /&gt;
En route vers la russie &lt;br class='autobr' /&gt;
Je me suis d&#233;cid&#233;e &#224; partir en Russie lorsque les nouvelles de la r&#233;volution russe se sont r&#233;pandues en premi&#232;re page de tous les journaux du monde. Je l'ai fait spontan&#233;ment, sans r&#233;fl&#233;chir. Devant un petit kiosque situ&#233; &#224; un coin de rue, je d&#233;posai deux pennies par la force de l'habitude et le marchand de journaux me tendit un journal du soir. C'est l&#224;, environn&#233;e par le vacarme de la grande ville, que je (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique30" rel="directory"&gt;4&#232;me chapitre : R&#233;volutions prol&#233;tariennes jusqu'&#224; la deuxi&#232;me guerre mondiale&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot25" rel="tag"&gt;Russie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot39" rel="tag"&gt;1917-1919&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot45" rel="tag"&gt;R&#233;volution&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Louise Bryant&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Six mois rouges en Russie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chapitre I&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En route vers la russie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me suis d&#233;cid&#233;e &#224; partir en Russie lorsque les nouvelles de la r&#233;volution russe se sont r&#233;pandues en premi&#232;re page de tous les journaux du monde. Je l'ai fait spontan&#233;ment, sans r&#233;fl&#233;chir. Devant un petit kiosque situ&#233; &#224; un coin de rue, je d&#233;posai deux pennies par la force de l'habitude et le marchand de journaux me tendit un journal du soir. C'est l&#224;, environn&#233;e par le vacarme de la grande ville, que je lus le premier compte rendu. Je fus envahie par une sensation de chaleur provoqu&#233;e par une joie profonde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'avais march&#233; avec un jeune Russe depuis l'East Side. Je me mis &#224; lui parler, mais il regardait les grandes lettres noires comme un d&#233;ment, les yeux exorbit&#233;s. Soudain, il s'empara de mon journal et se mis &#224; courir follement dans la rue. Je le rencontrai trois jours plus tard. Il n'arr&#234;tait pas d'embrasser tous les gens qu'il rencontrait, de pleurer et de leur annoncer la bonne nouvelle. Il avait pass&#233; trois ans en Sib&#233;rie&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au d&#233;but du mois d'ao&#251;t, j'ai quitt&#233; l'Am&#233;rique sur le steamer danois United-States. La premi&#232;re nuit, sur le pont &#233;lev&#233; de la premi&#232;re classe, venant de l'entrepont, je pouvais entendre les exil&#233;s de retour chez eux entonnant des chants r&#233;volutionnaires. Les jours suivants, je passais le plus grande partie de mon temps en bas, avec eux, car ils &#233;taient les seuls &#224; bord &#224; ne pas &#234;tre ennuyeux &#224; mourir. Ils &#233;taient environ une [34] centaine. La plupart &#233;taient des Juifs originaires de la zone du Pale *. Eux qui avaient &#233;t&#233; chass&#233;s, vol&#233;s, maltrait&#233;s de toutes les fa&#231;ons possibles et imaginables, eux qui avaient fui en Am&#233;rique, ils conservaient, quoi qu'il en soit, le plus grand amour pour leur pays natal. Je ne pouvais pas comprendre cela alors. Je le comprends maintenant. La Russie laisse une empreinte affective profonde, m&#234;me chez un visiteur &#233;tranger.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce voyage de retour fut tr&#232;s long pour tous ces gens. Leur pr&#233;sence &#224; bord nous a valu d'&#234;tre retenus une semaine &#224; Halifax. Chaque matin, des officiers britanniques montaient &#224; bord pour les examiner et les r&#233;examiner. Des incidents navrants se produisaient. Il y avait une vieille femme qui s'agrippait fr&#233;n&#233;tiquement aux lettres de son fils d&#233;c&#233;d&#233;. Elle les cachait dans toutes sortes d'endroits &#233;tranges, ce qui la rendait suspecte. Les officiers avaient d&#233;cid&#233; de mettre un jeune homme en d&#233;tention. Il se jeta sur le pont, la t&#234;te la premi&#232;re, et se mit &#224; sangloter bruyamment comme un enfant. Nombre d'entre eux &#233;taient dans un &#233;tat de terreur nerveuse : la Russie &#233;tait si proche et si lointaine encore. Et on les retenait [35] &#224; Christiania, &#224; Stockholm, &#224; Haparanda. Je vis un de ces hommes &#224; Petrograd cinq mois plus tard. Il venait tout juste de r&#233;ussir &#224; passer&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s notre d&#233;part de Stockholm, ma curiosit&#233; augmenta d'heure en heure. Tandis que notre train fon&#231;ait &#224; travers les for&#234;ts immenses et immacul&#233;es du nord de la Su&#232;de, je pouvais &#224; peine me contenir. Bient&#244;t, j'allais voir comment la plus grande et la plus jeune des d&#233;mocraties apprenait &#224; marcher, &#224; se d&#233;velopper, &#224; &#233;prouver ses forces, lib&#233;r&#233;e de ses entraves ! Notre groupe de voyageurs &#233;tait form&#233; d'une population vari&#233;e, r&#233;unie pour quelques heures, avec des sentiments bien diff&#233;rents ; il &#233;tait sur le point d'observer cette tentative courageuse d'une nouvelle r&#233;publique s'&#233;difiant elle-m&#234;me.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le jour o&#249; nous atteign&#238;mes la fronti&#232;re, tous dans le train &#233;taient debout d&#232;s l'aube et s'affairaient pour se pr&#233;parer au changement. La pluie cinglait tristement les vitres de la voiture tandis que nous mangions notre repas frugal constitu&#233; de pain noir aigre et de caf&#233; clair. Pour la plupart, nous &#233;tions partis depuis un mois et &#233;tions &#233;puis&#233;s par le voyage. Nous nous demandions confus&#233;ment ce qui se passait en Russie. Aucune nouvelle n'avait &#233;t&#233; divulgu&#233;e en Su&#232;de depuis l'annonce &#224; moiti&#233; cr&#233;dible de l'offensive germanique sur Riga.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par un matin gris et triste de septembre, le petit ferry-boat glissant sur les eaux noires et boueuses entre Haparanda et Tornea *, transportant le m&#234;me train de [36] passagers et leurs piles de bagages, nous d&#233;barqua sur le rivage de la Finlande. Une bruine obstin&#233;e s'ajoutait &#224; notre inconfort. D&#232;s que nous descend&#238;mes du bateau, j'eus un premier aper&#231;u de l'arm&#233;e russe : des hommes gigantesques, pour la plupart des ouvriers et des paysans, en vieux uniformes macul&#233;s de boue dont tous les embl&#232;mes du tsarisme avaient &#233;t&#233; soigneusement enlev&#233;s. Les boutons de cuivre avec l'insigne imp&#233;rial, les &#233;paulettes dor&#233;es ou argent&#233;es, les d&#233;corations, tout avait &#233;t&#233; remplac&#233; par un simple brassard ou un morceau de tissu rouge. Je remarquais que tous fumaient, qu'ils ne saluaient pas et que les sentinelles, avec leur allure extr&#234;mement dr&#244;le, restaient assises sur leurs chaises. Le vernis militaire semblait avoir disparu. Par quoi avait-il &#233;t&#233; remplac&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des anicroches de produisirent d&#232;s notre d&#233;barquement. Dans son excitation, une femme se mit &#224; parler allemand. Ensuite, lorsqu'on d&#233;couvrit que son passeport ne comportait pas de visa de Stockholm, elle fut refoul&#233;e brutalement &#224; l'arri&#232;re de la file. Elle cria qu'en arrivant elle n'avait pas d'argent, que personne ne lui avait dit que le visa lui &#233;tait n&#233;cessaire et qu'elle avait trois enfants mourant de faim en Russie. Sa voix &#233;tait faible, tra&#238;nante, avec un d&#233;bit saccad&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un grand patriarche &#224; barbe blanche, qui revenait apr&#232;s une absence forc&#233;e de trente ann&#233;es, se pr&#233;cipitait d'un soldat &#224; l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Comment allez-vous, mes chers enfants ? De quelle ville &#234;tre-vous ? Depuis combien de temps &#234;tes-vous ici. Ah, je suis heureux d'&#234;tre de retour ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[37]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il courait ainsi, n'attendant pas ou n'esp&#233;rant pas de r&#233;ponse. Les soldats souriaient avec indulgence, bien que d'humeur grave pour quelque myst&#233;rieuse raison. Finalement l'un d'eux eut un geste d'impatience.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &#201;coutez, petit grand-p&#232;re, dit-il s&#233;v&#232;rement mais pas m&#233;chamment, n'&#234;tes-vous pas au courant qu'en ce moment m&#234;me, il y a vraiment autre chose &#224; penser en Russie qu'&#224; r&#233;unir les familles ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le vieil homme comprit que, derri&#232;re ces mots, se cachait quelque chose ayant un sens profond. Il eut l'air troubl&#233;, pitoyable. Pendant de nombreuses ann&#233;es, il avait vendu des livres radicaux &#224; Londres ; il s'&#233;tait immerg&#233; dans ces livres. Il ne s'&#233;tait pas pr&#233;par&#233; &#224; l'action ; il revenait pour c&#233;l&#233;brer un mill&#233;naire, pour mourir en paix dans une Russie libre, heureuse et joyeuse. &#192; pr&#233;sent, on voyait voltiger sur son vieux visage le pressentiment d'une peur. Il empoigna nerveusement le bras du soldat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Qu'est-ce que vous m'avez dit ? cria-t-il. La Russie n'est pas libre ? Ce n'est pas le commencement du bonheur et de la paix ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Le travail commence, s'&#233;cri&#232;rent plusieurs soldats. Maintenant c'est le d&#233;but de davantage de luttes et de morts ! Vous autres les vieux, vous ne comprendrez jamais que le boulot n'est en aucun cas termin&#233;. N'y a-t-il pas des ennemis &#224; l'ext&#233;rieur et des tra&#238;tres &#224; l'int&#233;rieur ?&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le vieil exil&#233; devint tout &#224; coup sombre et se recroquevilla.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Quel est le probl&#232;me ? &#187; dit-il &#224; voix basse.&lt;br class='autobr' /&gt;
[38]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour toute r&#233;ponse, ils montr&#232;rent le panneau sur lequel une grande affiche venait d'&#234;tre appos&#233;e. Nous rejoign&#238;mes un petit groupe de personnes tr&#232;s agit&#233;es et l&#251;mes :&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; tous ! &#224; tous ! &#224; tous !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 26 ao&#251;t (le 8 septembre dans notre calendrier), le g&#233;n&#233;ral Kornilov a d&#233;p&#234;ch&#233; aupr&#232;s de moi V.N. Lvov, membre de la Douma, avec la demande de lui remettre le pouvoir civil et militaire, en pr&#233;cisant qu'il formera un nouveau gouvernement pour diriger le pays. J'ai v&#233;rifi&#233; l'autorit&#233; de ce membre de la Douma par une communication t&#233;l&#233;phonique directe avec le g&#233;n&#233;ral Kornilov. J'ai vu, dans cette demande adress&#233;e au gouvernement provisoire, le d&#233;sir d'une certaine classe du peuple russe d'exploiter la situation d&#233;sesp&#233;r&#233;e de notre nation, pour restaurer ce syst&#232;me d'ordre qui serait en contradiction avec les acquis de notre r&#233;volution. En cons&#233;quence, le gouvernement provisoire consid&#232;re n&#233;cessaire, pour sauver le pays, la libert&#233; et le gouvernement d&#233;mocratique, de prendre toutes les mesures susceptibles d'assurer l'ordre dans le pays, et toutes celles emp&#234;chant toute tentative d'usurper le pouvoir supr&#234;me de l'&#201;tat et d'usurper les droits gagn&#233;s par nos concitoyens par la r&#233;volution. Je mets en &#339;uvre ces mesures et j'informerai plus compl&#232;tement la nation sur leur nature. Simultan&#233;ment, j'ai ordonn&#233; au g&#233;n&#233;ral Kornilov de transmettre son commandement au g&#233;n&#233;ral Klembovski, commandant en chef du front nord d&#233;fendant les voies d'acc&#232;s &#224; Petrograd. De fa&#231;on conjointe, je d&#233;signe le g&#233;n&#233;ral [39] Klembovski, commandant en chef de toutes les arm&#233;es russes. Par l'application de cette d&#233;p&#234;che, il est proclam&#233; que la ville de Petrograd et son district sont plac&#233;s sous la loi martiale. J'appelle tous les citoyens &#224; maintenir la paix et l'ordre qui sont si n&#233;cessaires pour sauver le pays, et j'appelle tous les officiers de l'arm&#233;e et de la flotte &#224; accomplir leur devoir en d&#233;fendant la Nation face &#224; l'ennemi ext&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(sign&#233;)&lt;br class='autobr' /&gt;
Le Premier ministre KERENSKI&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi donc, j'arrivais lors du pic d'une contre-r&#233;volution ! Kornilov marchait sur Petrograd. Petrograd &#233;tait en &#233;tat de si&#232;ge. En ce moment m&#234;me, on devait creuser des tranch&#233;es en dehors de la ville. La d&#233;p&#234;che de Kerenski &#233;tait vieille de deux jours. Que s'&#233;tait-il pass&#233; depuis ? Les rumeurs les plus folles se succ&#233;daient. En fait, les exag&#233;rations dans la prose chauff&#233;e &#224; blanc de chaque reportage confirmaient que la physionomie d'ensemble du pays avait compl&#232;tement chang&#233;. Nous marchions de long en large dans la gare sous bonne garde ; comme des prisonniers&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La confusion la plus totale r&#233;gnait. Les passeports et les bagages &#233;taient examin&#233;s &#224; maintes reprises. Je fus conduite dans une petite pi&#232;ce froide et mal &#233;clair&#233;e par six soldats munis de ce qui ressemblait &#224; de longues ba&#239;onnettes. Une fille russe trapue s'y trouvait. Elle me fit signe d'enlever mes v&#234;tements, ce que je fis en m'interrogeant. D&#232;s que je fus d&#233;shabill&#233;e, elle m'ordonna de les remettre sans aucune explication. J'&#233;tais curieuse d'en conna&#238;tre la raison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[40]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'est juste le r&#232;glement &#187;, dit-elle en souriant de mon incompr&#233;hension.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y avait l&#224; des officiers britanniques qui me conseill&#232;rent de ne pas poursuivre mon chemin. &#171; Les Allemands ont pris Riga et s'appr&#234;tent &#224; traverser la Dvina. Lorsqu'ils atteindront Petrograd, ils vous tailleront en pi&#232;ces ! &#187; Avec de pareilles sombres pr&#233;visions, je quittai la ville fronti&#232;re et me h&#226;tai de traverser cette Finlande au paysage plat et monotone.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[41]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chapitre II&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De la fronti&#232;re &#224; P&#233;trograd&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Personne ne pensait que notre train r&#233;ussirait &#224; atteindre Petrograd. Au cas o&#249; il aurait &#233;t&#233; stopp&#233;, j'&#233;tais d&#233;cid&#233;e &#224; continuer &#224; pied. J'&#233;tais donc extr&#234;mement heureuse de chaque mile que nous parcourions. Ce fut un voyage loufoque qui tenait plus du jeu extravagant que d'un &#233;pisode de la vie r&#233;elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le compartiment &#224; c&#244;t&#233; du mien se trouvait un g&#233;n&#233;ral, un homme d'un extr&#234;me raffinement, terriblement soign&#233;, avec des moustaches cir&#233;es. Il y avait plusieurs monarchistes, un courrier diplomatique, trois aviateurs d'opinions politiques incertaines et, plus loin, nombre d'exil&#233;s politiques qui avaient &#233;t&#233; retenus aux frais du nouveau gouvernement De rudes soldats, presque en loques, grimpaient continuellement dans le train, nous d&#233;visageaient et repartaient. Souvent, ils h&#233;sitaient devant la porte du g&#233;n&#233;ral et le regardaient avec suspicion ; ils ne l'honoraient jamais de la moindre marque de d&#233;f&#233;rence militaire. Lui, il restait assis sur son si&#232;ge, rigide, les fixant froidement du regard. Nous &#233;tions tous beaucoup trop perturb&#233;s pour rester silencieux ou m&#234;me discrets. &#192; chaque gare, nous nous pr&#233;cipitions dehors pour prendre des nouvelles et acheter les journaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Arriv&#233;s &#224; un certain endroit, on apprit que les cosaques &#233;taient tous avec Kornilov, de m&#234;me que [42] l'artillerie ; les gens &#233;taient d&#233;sesp&#233;r&#233;s. &#192; l'annonce de ces nouvelles alarmantes, les monarchistes commenc&#232;rent &#224; se faire entendre. Ils me confi&#232;rent le fond de leur pens&#233;e, &#224; savoir qu'il fallait torturer publiquement les leaders r&#233;volutionnaires puis les ex&#233;cuter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La derni&#232;re rumeur laissait entendre que Kerenski avait &#233;t&#233; assassin&#233; et que c'&#233;tait la panique dans toute la Russie, que le sang coulait &#224; flot dans les rues de Petrograd. Les exil&#233;s affichaient une mine p&#226;le et malheureuse. Voil&#224; donc ce qu'&#233;tait le joyeux retour chez eux ! Ils soupiraient, mais &#233;taient extr&#234;mement courageux. &#171; Fort bien, nous allons &#224; nouveau lutter, encore et encore ! &#187; disaient-ils avec une merveilleuse d&#233;termination. Je ne faisais aucun commentaire. J'&#233;prouvais un curieux sentiment de solitude ; j'&#233;tais consciente d'&#234;tre une &#233;trang&#232;re dans un pays &#233;trange.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans toutes les gares, les soldats se rassemblaient par petits groupes de six ou sept et bavardaient, argumentaient, gesticulaient. Une fois, un grand mujik &#224; la barbe en broussaille passa sa t&#234;te par la fen&#234;tre d'une voiture, pointa du doigt une voyageuse bien habill&#233;e et beugla d'un ton interrogatif : &#171; Burzhouee ! &#187; (Bourgeoise). Il avait l'air comique, mais personne ne rit&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'excitation &#233;tait telle qu'il nous &#233;tait bien difficile de rester assis. Nous nous rassemblions dans la couloir &#233;troit pour regarder la campagne d&#233;sol&#233;e, pour lire les journaux, nous perdre en conjectures&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
Toute cette situation confuse semblait avoir aiguis&#233; notre app&#233;tit. &#192; Helsingfors [Helsinki], nous v&#238;mes un monceau de plats de nourriture au wagon-restaurant. &#192; la porte, un gar&#231;on nous expliqua la proc&#233;dure : [43] nous devions d'abord acheter des tickets. Nous pourrions ensuite manger autant qu'il nous plairait. &#192; notre grand &#233;tonnement, la caissi&#232;re refusa l'argent russe que nous nous &#233;tions prudemment procur&#233; avant de quitter la Su&#232;de.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Mais c'est ridicule, lui dis-je. La Finlande fait partie de la Russie ! Pourquoi ne prenez-vous pas cette monnaie ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ses yeux lan&#231;aient des &#233;clairs. Elle r&#233;torqua :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Elle ne fera plus partie de la Russie ! La Finlande sera une r&#233;publique ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait l&#224; une situation toute nouvelle. Les complications survenaient maintenant tr&#232;s rapidement.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous &#233;tions totalement d&#233;sempar&#233;s. Nous marchions de long en large en nous plaignant am&#232;rement. Il nous &#233;tait donc impossible d'acheter de la nourriture. Cette mauvaise surprise augmenta notre faim de fa&#231;on alarmante. Nous f&#251;mes sauv&#233;s par un passager d'une autre voiture qui avait plein de marks finlandais et souhaitait r&#233;cup&#233;rer nos roubles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; Wiborg, nous avons ressenti une tension intense et mena&#231;ante. Nous avions tout &#224; coup peur de demander des nouvelles aux gens attroup&#233;s sur le quai. Il y avait litt&#233;ralement des centaines de soldats, le visage hagard dans la p&#233;nombre de la fin de l'apr&#232;s-midi. Les bouts de conversation que nous pouvions attraper au vol nous faisaient fr&#233;mir : &#171; Tous les g&#233;n&#233;raux doivent &#234;tre tu&#233;s ! &#187;, &#171; Nous devons nous d&#233;barrasser de la bourgeoisie ! &#187;, &#171; Non, ce n'est pas juste &#187;, &#171; Je ne suis pas d'accord avec &#231;a ! &#187;, &#171; Tout meurtre est mauvais&#8230; &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
[44]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[45]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un jeune homme p&#226;le et mince, &#224; c&#244;t&#233; de moi, laissa &#233;chapper &#224; l'impr&#233;vu, dans une sorte de chuchotement, &#171; c'&#233;tait terrible&#8230; Je les ai entendus crier ! &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je le questionnai anxieusement :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Entendus qui ? Entendus qui ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Les officiers. Les beaux officiers brillants ! Ils ont pi&#233;tin&#233; leurs visages sous leurs lourdes bottes, ils les ont tra&#238;n&#233;s dans la boue&#8230; et jet&#233;s dans le canal. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il regardait apeur&#233; de haut en bas. Ses mots sortaient par saccades.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils ont termin&#233; &#224; pr&#233;sent, dit-il en continuant &#224; trembler, ils en ont tu&#233; cinquante, et je les ai entendu crier. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s que le train repartit, on se mit &#224; rassembler tous nos fragments d'informations, ce qui permit de reconstituer l'histoire suivante :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tr&#232;s t&#244;t la veille &#233;taient parvenus les messages de Kerenski ordonnant aux troupes de Petrograd de d&#233;fendre la ville. Les officiers avaient bien re&#231;u ces messages, mais ils &#233;taient rest&#233;s cois et n'avaient donn&#233; aucun ordre. Les soldats nourrissaient de forts soup&#231;ons. Ils murmuraient entre eux. Leurs murmures se transform&#232;rent bient&#244;t en un grondement de col&#232;re. Suite &#224; la proposition de quelqu'un, ils form&#232;rent un groupe pour aller chercher les messages. Ils les trouv&#232;rent. Leurs pires soup&#231;ons &#233;taient confirm&#233;s. Un acc&#232;s de fureur et de vengeance les submergea. Ils ne s'attendaient pas &#224; s&#233;parer les coupables des innocents. Les officiers &#233;taient des sympathisants de Kornilov, des aristocrates, des ennemis [46] de la r&#233;volution ! Rapidement, la col&#232;re furieuse leur fit subir un ch&#226;timent terrible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les d&#233;tails du massacre &#233;taient terribles, mais il n'est pas n&#233;cessaire que je les relate. Tout &#233;crivain russe qui a eu l'occasion de s'exprimer sur la violence collective a d&#233;crit avec une extraordinaire v&#233;racit&#233; ces sc&#232;nes terribles qui se succ&#233;d&#232;rent fr&#233;n&#233;tiquement. Comme nous r&#233;alisions &#224; quel point une mutinerie militaire est une des formes de r&#233;volte et de dissolution les plus graves, nos pens&#233;es voltig&#232;rent vers des perspectives effarantes&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nos r&#233;flexions furent interrompues par le g&#233;missement d'un courrier russe qui se trouvait face &#224; un dilemme singulier. &#171; Qu'est-ce que je dois faire ? nous demandait-il d'un ton lugubre. J'ai &#233;t&#233; en mer pendant pr&#232;s d'un mois, et Dieu sait ce qui est arriv&#233; &#224; ce moment-l&#224; &#224; mon malheureux pays. Dieu sait ce qu'il se passe maintenant. Si je remets ces documents &#224; la mauvaise faction, cela me sera fatal ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s minuit, on s'arr&#234;ta &#224; Beeloostrov. C'&#233;tait la derni&#232;re gare. Nous &#233;tions tous tellement persuad&#233;s que nous ne parviendrions jamais &#224; atteindre Petrograd que nous ne f&#251;mes pas surpris lorsque des soldats mont&#232;rent &#224; bord et nous ordonn&#232;rent de descendre. Cependant, nous allions bient&#244;t nous apercevoir que ce n'&#233;tait qu'une nouvelle inspection fastidieuse. Nous &#233;tions entass&#233;s dans une grande pi&#232;ce vide, tremblant nerveusement, tandis que nos bagages &#233;taient lanc&#233;s p&#234;le-m&#234;le les uns sur les autres. &#192; l'appel de notre nom, nous pr&#233;sentions [47] notre passeport, r&#233;pondions aux questions, inscrivions notre religion, le but de notre voyage en Russie et nous nous h&#226;tions de d&#233;verrouiller nos malles face aux soldats impatients.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les officiers nous firent tressaillir lorsqu'ils commenc&#232;rent &#224; confisquer toutes sortes d'affaires ordinaires. Nous protest&#226;mes autant que nous os&#226;mes. Pour toute explication, ils r&#233;pliqu&#232;rent qu'ils venaient de recevoir un nouvel ordre interdisant les m&#233;dicaments, les produits cosm&#233;tiques et autres du m&#234;me genre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une princesse indign&#233;e se trouvait pr&#232;s de moi dans la file. Ses bagages contenaient de nombreuses et pr&#233;cieuses &#171; aides &#224; la beaut&#233; &#187; que les censeurs timides et des fonctionnaires des douanes avaient laiss&#233; passer auparavant. Mais ce nouvel ordre d&#233;raisonnable bouleversait tout : les b&#226;tons de rouge &#224; l&#232;vres comme les parfums rares, la poudre fran&#231;aise, la brillantine, la teinture capillaire, tout &#233;tait jet&#233; brutalement dans une grande bo&#238;te non peinte, une bo&#238;te dont le contenu grimpait de plus en plus haut. Cette bo&#238;te avait le pouvoir magique de transformer ce qui &#233;tait de l'art dans un sac &#224; main en d&#233;chets aval&#233;s par une gueule insatiable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La princesse plaida sa cause aupr&#232;s des soldats, fit usage de ruses f&#233;minines, &#233;clata en sanglots. Pauvre et malheureuse princesse de 40 ans avec un beau et s&#233;duisant mari de 23 ans ! La situation &#233;tait beaucoup plus subtile pour ces cruels d&#233;fenseurs de la r&#233;volution ! Seul un vieux monarchiste osa faire preuve de bienveillance, mais je remarquai qu'il prit soin de s'exprimer en anglais, une langue que peu de ses compatriotes pouvaient comprendre.&lt;br class='autobr' /&gt;
[48]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Madame, fit-il remarquer d'un ton irrit&#233;, il y a un fort relent de moralit&#233; stupide dans toute cette affaire. Vous devez ne pas oublier que, pour les gens incultes, tous les produits d'&#233;l&#233;gance raffin&#233;e sont consid&#233;r&#233;s comme immoraux ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Son mari la consola tardivement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Restez sereine, ma ch&#233;rie, vous retrouverez tout cela plus tard. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il ne put tenir sa promesse, car au cours de ces rudes journ&#233;es de nouvel ordre, les produits cosm&#233;tiques ne furent plus consid&#233;r&#233;s comme importants, et les dames russes se virent oblig&#233;es de sortir &#171; au naturel &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En arrivant &#224; Petrograd &#224; trois heures du matin, nous &#233;tions pr&#233;par&#233;s &#224; tout sauf &#224; l'ordre apparent et au silence profond qui surviennent avant l'aube. Mes compagnons de voyage se dispers&#232;rent bient&#244;t et se perdirent dans la nuit. Je me retrouvais d&#233;boussol&#233;e dans cette grande gare, avec le peu qu'on avait laiss&#233; dans mes bagages.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bient&#244;t un jeune soldat arriva en courant. &#171; Aftmobile ? &#187; demanda-t-il d'une voix mielleuse. &#171; Aftmobile ? &#187; Je fis signe que oui, une grande voiture grise se gara devant nous. &#192; l'int&#233;rieur, il y avait un autre soldat, tout aussi jeune et aimable. Je leur donnai le nom d'un h&#244;tel dont quelqu'un m'avait parl&#233; : l'h&#244;tel d'Angleterre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La voiture tournoyait dans les rues d&#233;sertes. &#199;&#224; et l&#224;, nous rencontrions des sentinelles qui nous interpellaient brusquement. Nous donnions le bon mot de passe et on nous laissait passer. Je br&#251;lais de curiosit&#233;. Ces soldats n'avaient ni brassards ni morceaux de ruban. Je n'avais aucun moyen de savoir d'o&#249; ils venaient et qui ils &#233;taient&#8230; L'un d'eux voulait se distraire. Il commen&#231;a donc &#224; me raconter les cinq premiers jours de la r&#233;volution et &#224; quel point cela avait &#233;t&#233; merveilleux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le manifestants portaient un homme sur leurs &#233;paules ; dit-il, quand ils virent arriver les cosaques. Et cet homme criait, &#8220;si vous &#234;tes venus pour d&#233;truire la r&#233;volution, tirez d'abord sur moi&#8221;, les cosaques r&#233;pliqu&#232;rent &#8220;nous ne tirons pas sur nos fr&#232;res&#8221;. Certains anciens qui se souvenaient &#224; quel point les cosaques avaient &#233;t&#233; nos ennemis et depuis si longtemps devinrent litt&#233;ralement fous de joie. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Il cessa de parler. Un bruit &#233;mergeait myst&#233;rieusement de l'obscurit&#233;. Toutes les cloches des &#233;glises commen&#231;aient &#224; gronder sur la ville endormie. C'&#233;tait comme une sorte de tango barbare jou&#233; par des cloches. Je n'avais jamais rien entendu de semblable&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[51]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chapitre III&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;P&#233;trograd&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le portier somnolant de l'h&#244;tel d'Angleterre fit tomber ses cl&#233;s et r&#233;ussit finalement &#224; ouvrir la porte. Mes deux soldats repartirent en nous faisant joyeusement signe du bras. Je ne les ai jamais revus. Le portier prit mon passeport et le mit dans le coffre sans m&#234;me l'examiner. Il gravit lourdement les escaliers devant moi jusqu'au troisi&#232;me &#233;tage pour atteindre une grande suite ressemblant &#224; une chambre forte vo&#251;t&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il &#233;tait quatre heures du matin, et il ne faudrait pas attendre bien longtemps pour voir des lumi&#232;res s'allumer. Petrograd est situ&#233;e tr&#232;s loin au nord pour les New-Yorkais. En d&#233;cembre, lorsque la situation atteignit un stade d&#233;sesp&#233;r&#233; que nous n'avions que tr&#232;s rarement de l'&#233;lectricit&#233; par manque de charbon pour alimenter les centrales, il nous semblait vivre dans une obscurit&#233; perp&#233;tuelle. Dans les &#233;glises d&#233;sertes, j'ai souvent recherch&#233; des bougies cens&#233;es &#233;clairer les sanctuaires des saints. Je les ramenais chez moi subrepticement afin de pouvoir m'&#233;clairer pour &#233;crire. Mais en octobre, l'&#233;clairage fonctionnait encore. Lorsque le portier appuya sur le bouton de l'interrupteur, je clignai des yeux douloureusement sous l'&#233;clat &#233;blouissant d'un vieux cand&#233;labre de cristal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je portai un regard circulaire sur la grande pi&#232;ce peu accueillante o&#249; je me trouvais. Il y avait partout de l'or et de l'acajou avec de vieilles draperies bleues.&lt;br class='autobr' /&gt;
[52]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La plupart des meubles &#233;taient encore recouverts par leurs housses d'&#233;t&#233;. J'avais l'impression que personne n'avait habit&#233; dans cette pi&#232;ce depuis des ann&#233;es. Il y avait une odeur de moisi inhabituelle. Dans un coin recul&#233; contigu &#224; la pi&#232;ce se trouvait mon lit et, au-del&#224;, une &#233;norme baignoire taill&#233;e dans le granit qui r&#233;fl&#233;chissait froidement la lumi&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Combien co&#251;tait cette &#233;l&#233;gance ? &#171; Trente roubles &#187;, murmura le portier &#224; moiti&#233; r&#233;veill&#233;. Au-dessus de mon lit, un grand panneau m'interdisait de parler allemand sous peine d'une amende de cinq cents roubles. Je n'avais aucune envie d'enfreindre la loi. Cela semble une grosse somme pour une faible satisfaction, me dis-je, en me glissant sous les draps glac&#233;s, morte de sommeil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je fus r&#233;veill&#233;e par des coups violents &#224; ma porte. Un russe costaud entra et commen&#231;a &#224; brailler &#224; propos de mes bagages. Je me frottai les yeux en essayant de comprendre quelle langue il parlait. Soudain, je r&#233;alisai qu'il parlait allemand ! je lui montrai le panneau et il &#233;clata de rire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me rendis compte plus tard que personne en Russie ne pr&#234;tait attention &#224; ce qui est &#233;crit sur les panneaux. Les gens les lisent et ensuite exercent leur propre jugement. Prenez la langue par exemple. Tr&#232;s peu d'&#233;trangers apprennent le russe. En revanche, ils sont tout &#224; fait capables d'avoir des vagues connaissances en fran&#231;ais ou en allemand. Quelle est la solution ? Parlez la langue que vous comprenez. Si vous leur dites que l'allemand est la langue de l'ennemi, ils vous r&#233;pondront qu'ils ne sont pas en guerre avec une langue. Par [53] ailleurs, cette langue a &#233;t&#233; tr&#232;s pr&#233;cieuse pour la propagande diffus&#233;e en Autriche et en Allemagne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Juste en face de ma fen&#234;tre se dressait la t&#233;n&#233;breuse cath&#233;drale Saint-Isaac. J'observais les sonneurs dans les coupoles massives, les cordes serr&#233;es autour de leurs &#233;paules, de leurs genoux, de leurs pieds et de leurs mains. Avec les petites et les grosses cloches, ils produisaient la musique la plus folle qui soit. Les gens qui passaient les regardaient aussi et, de temps en temps, l'un d'eux se signait.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je sortis me promener sans but dans les rues, en remarquant que les petits magasins &#233;taient maintenant tristement vides. Il est curieux de voir ce qui reste dans une ville assi&#233;g&#233;e et affam&#233;e. Il n'y avait de la nourriture que pour trois jours, et plus du tout de v&#234;tements chauds. Je passais de vitrine en vitrine. Elles &#233;taient remplies de fleurs, de corsets, de colliers pour chien ou de perruques !&lt;br class='autobr' /&gt;
Nul besoin de mener une grande investigation pour expliquer cette combinaison absurde. Les corsets de mod&#232;le &#171; taille de gu&#234;pe &#187;, le plus cher, &#233;taient d&#233;mod&#233;s. Les femmes qui les portaient avaient en grande partie disparu de la capitale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pr&#233;sence de perruquiers ou de colliers pour chien &#233;tait tout aussi logique. En ville, environ un tiers des femmes portait les cheveux courts, de sorte qu'il n'y avait plus d&#233;bouch&#233; pour ces tas de beaux cheveux ; leur prix d&#233;marqu&#233; n'&#233;tait que de quelques roules. Un commer&#231;ant hardi aurait pu faire fortune dans ce cr&#233;neau en exportant les tresses blondes, brunes ou auburn de cette population [54] f&#233;minine &#233;mancip&#233;e qui avait cisaill&#233; ses cheveux. Il les aurait vendus en Am&#233;rique, en France ou dans un autre pays arri&#233;r&#233; o&#249; les femmes s'accrochent encore &#224; leurs &#233;pingles&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il en va de m&#234;me &#224; propos des colliers pour chiens. Imaginez seulement un passionn&#233; de chiens, ou m&#234;me quelqu'un aimant les caresser au point d'acheter un collier cercl&#233; d'or ou serti de diamants, tandis qu'un tribunal r&#233;volutionnaire se tient juste &#224; c&#244;t&#233;. Quelles qu'aient &#233;t&#233; les distinctions de classe entre chiens, elles se sont effondr&#233;es avec le tsar.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela concerne aussi la profusion de fleurs. L'horticulture avait atteint un niveau de d&#233;veloppement &#233;lev&#233; avant la r&#233;volution. C'&#233;tait particuli&#232;rement le cas pour les fleurs exotiques qui correspondaient aux go&#251;ts extravagants des classes sup&#233;rieures. Avec le changement de gouvernement, la demande pour ces productions de luxe a brusquement cess&#233;, mais il y a toujours des serres chaudes avec leurs vieux jardiniers. Il est impossible de rompre le vieil ordonnancement des choses en un clin d'&#339;il. Il est aussi difficile de briser les habitudes de faire du commerce que de rompre avec les autres habitudes de la vie. Les boutiques continuaient donc &#224; &#234;tre pleines de fleurs. Sur la Morskaya, o&#249; des combats de rue acharn&#233;s s'&#233;taient produits, il y avait trois fleuristes qui exposaient toujours les vari&#233;t&#233;s les plus rares d'orchid&#233;es. Au cours des journ&#233;es mouvement&#233;es de janvier, des lilas blancs avaient fait soudain leur apparition !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces &#233;tranges reliquats d'un autre temps refaisaient surface partout et offraient des contrastes frappants. [55] Il y avait par exemple ces hommes qui stationnaient devant les palaces et les grands h&#244;tels, avec leurs chapeaux ronds &#224; la chinoise orn&#233;s de plumes de perroquets ; ils portaient des &#233;charpes vertes, dor&#233;es ou &#233;carlates. Leur t&#226;che consistait &#224; aider les gens &#224; descendre de leur voiture. &#192; pr&#233;sent, les grands personnages n'arrivaient plus. Mais eux continuaient d'&#234;tre l&#224;, avec leurs &#233;charpes d&#233;fra&#238;chies et leurs plumes tristes et d&#233;penaill&#233;es. Ils &#233;taient aussi malheureux que les vieux Noirs du Sud s'accrochant &#224; leur condition d'esclaves apr&#232;s l'&#233;mancipation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le contraste &#233;tait complet avec les serveurs qui s'affairaient dans les restaurants situ&#233;s &#224; l'int&#233;rieur m&#234;me des b&#226;timents o&#249; se tenaient en faction ces svetzars devant les portes, comme des courtisans sans cour. Les serveurs g&#233;raient leurs restaurants de fa&#231;on coop&#233;rative, et &#224; chaque table il y avait une petite note s&#232;che :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ce n'est pas parce qu'un homme gagne sa vie comme serveur que vous devez l'insulter en lui donnant un pourboire. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Petrograd est une ville impressionnante, &#233;norme, massive. Les hauts buildings de New York d&#233;gagent une sorte de l&#233;g&#232;ret&#233; &#233;lanc&#233;e qui n'est pas sinistre. Petrograd donne le sentiment d'avoir &#233;t&#233; construite par un g&#233;ant qui ne s'est pas souci&#233; de l'existence des &#234;tres humains. La force rude de Pierre le Grand se retrouve dans toutes les larges rues, les espaces ouverts imposants, les grands canaux serpentant la ville, dans les rang&#233;es de palaces &#224; n'en plus finir et les immenses fa&#231;ades des b&#226;timents gouvernementaux. M&#234;me ces [56] &#233;l&#233;ments raffin&#233;s d'architecture que sont les gracieuses fl&#232;ches dor&#233;es du vieux b&#226;timent de l'amiraut&#233; et les d&#244;mes ronds de la mosqu&#233;e d'un bleu turquoise ne parviennent pas &#224; briser la lourdeur&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Construite en raison de la cruelle obstination d'un autocrate, sur le corps de milliers de serfs, contre la volont&#233; unanime de toutes les classes de la soci&#233;t&#233;, cette immense ville artificielle est devenue, par une ironie particuli&#232;re de l'histoire, le c&#339;ur de la r&#233;volution mondiale. Elle est devenue Petrograd la Rouge !&lt;br class='autobr' /&gt;
On m'a racont&#233; des histoires formidables sur la d&#233;faite de Kornilov. On m'en parlait comme d'une &#171; nouvelle forme de lutte &#187;. Chacun &#233;tait impatient de donner sa version, de raconter comment les &#233;claireurs all&#232;rent au-devant de l'arm&#233;e des contre-r&#233;volutionnaires et fraternis&#232;rent avec eux, comment ils les avaient vaincus &#171; par la parole &#187;, de telle sorte que ces derniers avaient refus&#233; de se battre et s'&#233;taient retourn&#233;s contre leurs chefs. Les versions diff&#233;raient peu. L'histoire peut se r&#233;sumer ainsi :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;claireurs tomb&#232;rent sur l'arm&#233;e ennemie qui avait &#233;tabli son campement pour la nuit. Ils pass&#232;rent parmi eux en disant : &#171; Pourquoi &#234;tes-vous venus d&#233;truire la r&#233;volution ? &#187; Les soldats ennemis rejet&#232;rent cette accusation avec indignation en affirmant qu'ils avaient &#233;t&#233; envoy&#233;s pour la &#171; sauver &#187;. Les &#233;claireurs continu&#232;rent alors &#224; argumenter. &#171; Ne croyez pas aux mensonges de vos chefs. Nous combattons pour la m&#234;me chose. Venez &#224; Petrograd avec nous. Assistez &#224; nos conseils, apprenez la v&#233;rit&#233; et vous abandonnerez ce Kornilov qui s'appr&#234;te &#224; vous trahir. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
[57]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En cons&#233;quence, des d&#233;l&#233;gu&#233;s furent envoy&#233;s &#224; Petrograd. Lorsqu'ils revinrent faire un compte rendu &#224; leurs r&#233;giments, les soldats de deux arm&#233;es s'unirent comme des fr&#232;res.&lt;br class='autobr' /&gt;
Tandis que se poursuit cette fraternisation dont les r&#233;sultats &#233;taient incertains, &#224; Petrograd les r&#233;volutionnaires travaillaient f&#233;brilement. Certains me racont&#232;rent qu'ils avaient fabriqu&#233; un canon entier en trente heures et que les tranch&#233;es encerclant la ville avaient &#233;t&#233; creus&#233;es pendant la nuit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des r&#233;cits terribles circulaient sur la chute de Riga. La plupart des Russes avaient d'assez bonnes raisons de croire qu'elle avait &#233;t&#233; abandonn&#233;e. La ville tomba juste apr&#232;s que le g&#233;n&#233;ral Kornilov eut d&#233;clar&#233; en public : &#171; Devons-nous payer, avec Riga, le prix pour ramener le pays &#224; la raison ? &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Un ordre vague avait &#233;t&#233; donn&#233; &#224; l'arm&#233;e russe qui battait en retraite : &#171; Passez au nord et tournez &#224; gauche ! &#187; Personne n'en expliqua jamais la raison. Les soldats d&#233;sempar&#233;s battirent en retraite pendant des jours dans la confusion, sans officiers ni instructions. Ils finirent par se retrancher, par &#233;lire des comit&#233;s de soldats et par combattre &#224; nouveau&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les officiers qui revinrent une ou deux semaines plus tard racont&#232;rent une histoire incroyable. Elle a &#233;t&#233; imprim&#233;e dans le journal conservateur Vetcherneie Vremya. Je l'ai entendue deux fois de la bouche d'hommes qui ont &#233;t&#233; captur&#233;s et j'ai tout lieu de penser qu'elle est vraie. Au moment de la chute de Riga, de nombreux soldats furent faits prisonniers. C'&#233;tait vers la fin de la semaine. Le dimanche, le [58] Kaiser fit son apparition &#224; un office religieux et il tint un discours aux soldats russes. Il les traita de &#171; chiens &#187; et les fustigea pour avoir tu&#233;s leurs officiers. Selon lui, ces derniers &#233;taient des gentlemen courageux et admirables qui lui inspiraient du respect. Conform&#233;ment &#224; son id&#233;al militaire prussien, il se livra &#224; une d&#233;monstration pratique en autorisant les officiers &#224; &#234;tre compl&#232;tement libres et en donnant l'ordre que les soldats du rang ne re&#231;oivent que peu de nourriture, qu'ils travaillent dur et que dans certains cas ils soient fouett&#233;s. Les centaines de milliers de prisonniers russes tuberculeux, qui rentrent maintenant en Russie, prouvent par leur &#233;tat &#224; quel point ces instructions ont bien &#233;t&#233; suivies. Dans son discours aux soldats, &#224; l'&#233;glise, le Kaiser d&#233;clara : &#171; priez pour le gouvernement d'Alexandre III, et non pour votre inf&#226;me gouvernement actuel. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'apr&#232;s-midi m&#234;me, il d&#238;na avec les officiers. Lorsque ceux-ci revinrent en Russie, ils expliqu&#232;rent que nous n'avions pas &#171; compris &#187; de Kaiser&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; Petrograd, une des sc&#232;nes poignantes qui fige le c&#339;ur, c'est de voir les longues files de gens mis&#233;rablement v&#234;tus qui attendent dans le froid glacial pour acheter du pain, du lait, du sucre ou du tabac. D&#232;s quatre heures du matin, ils commenc&#232;rent &#224; patienter debout alors qu'il fait nuit noire. Il arrive souvent qu'apr&#232;s plusieurs heures d'attente dans la queue, il y ait une rupture d'approvisionnement. La plupart du temps, ils n'ont droit qu'&#224; un quart de livre de pain pour deux jours. Or le pain noir d&#233;tremp&#233; des paysans est indispensable &#224; la vie &#8211; ce n'est pas un [59] &#171; accompagnement &#187; comme notre pain am&#233;ricain. Le chou est &#233;galement une denr&#233;e de base.&lt;br class='autobr' /&gt;
Lors de ma deuxi&#232;me nuit &#224; Petrograd, je rencontrai un Russe venant de New York. Nous avons arpent&#233; la perspective Nevski de long en large. Tous les russes s'y prom&#232;nent, c'est l'une des plus grandes avenues du monde. Mon ami voulut se montrer hospitalier comme le sont tous les russes, mais il &#233;tait tr&#232;s pauvre. En passant devant un petit stand, nous y examin&#226;mes quelques barres de chocolat qui sont tr&#232;s bon march&#233; en Am&#233;rique. Il s'informa du prix : sept roubles ! Avec une d&#233;sinvolture typiquement russe, il paya jusqu'&#224; son dernier kopeck et me dit : &#171; venez refaisons un aller et retour, cela ne fait qu'un mile&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d&#233;pit de r&#233;serves de nourriture de seulement trois jours, Petrograd n'&#233;tait ni tragique ni triste. Les Russes supportent les difficult&#233;s sans se plaindre. Quand je suis arriv&#233;e pour la premi&#232;re fois, j'avais tendance &#224; mettre cela sur le compte de leur servilit&#233;. Mais maintenant, je suis persuad&#233;e que ceci est d&#251; &#224; leur esprit indomptable. D'ici &#224; quelques semaines, les voitures ne rouleraient plus du tout dans les rues. Les gens marchaient sur de longues distances, sans un murmure, et la vie de la cit&#233; continuait comme d'habitude. L'eau et l'&#233;lectricit&#233; &#233;taient coup&#233;es, et il &#233;tait presque impossible de se procurer du fuel pour se chauffer. Une telle situation bouleverserait compl&#232;tement New York, pas Petrograd.&lt;br class='autobr' /&gt;
Une des choses les plus remarquables chez les Russes est leur merveilleuse pers&#233;v&#233;rance. D'une fa&#231;on ou d'une autre, les th&#233;&#226;tres r&#233;ussissaient &#224; [60] fonctionner deux ou trois fois par semaine. &#192; minuit, la perspective Nevski &#233;tait aussi divertissante que la Cinqui&#232;me avenue dans l'apr&#232;s-midi. Les caf&#233;s n'avaient rien &#224; servir, mais ils &#233;taient toujours pleins. La grande vari&#233;t&#233; des accoutrements livrait un tableau infiniment plus int&#233;ressant. Il n'y pratiquement pas de &#171; mode &#187; en Russie. les hommes et les femmes portent ce qui leur pla&#238;t. &#192; une table, on pouvait trouver un soldat avec un chapeau de fourrure penchant sur une oreille, devant lui un garde rouge en guenilles, &#224; c&#244;t&#233; un cosaque noir et or, avec des anneaux &#224; l'oreille et des cha&#238;nes en argent autour du cou, ou encore un homme de la division sauvage, recrut&#233; dans une des tribus les plus redoutables du Caucase, avec sa sombre cape flottante&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les filles qui fr&#233;quentaient ces endroits n'&#233;taient en aucun cas des prostitu&#233;es, m&#234;me si elles parlaient &#224; tout le monde. Depuis la premi&#232;re r&#233;volution, la prostitution n'&#233;tait plus reconnue comme institution. Les d&#233;gradants &#171; tickets jaunes * &#187; avaient &#233;t&#233; d&#233;truits. De nombreuses femmes &#233;taient devenues infirmi&#232;res et &#233;taient parties au front, ou bien cherchaient un autre emploi l&#233;gal. Les femmes russes sont originales en mati&#232;re d'habillement. Si elles s'int&#233;ressent &#224; la r&#233;volution, de fa&#231;on presque invariable, elles refusent de penser &#224; leur mani&#232;re de s'habiller et ont [61] une apparence miteuse. Si elles ne s'int&#233;ressent pas &#224; celle-ci, elles prennent extr&#234;mement soin de leurs v&#234;tements et s'arrangent pour d&#233;ployer sur elles les inspirations &#187; les plus fantastiques en la mati&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me souviendrai toujours de Karsavina, la plus belle danseuse au monde, qui dansait devant une salle comble au cours de ces jours de disette. Le public &#233;tait merveilleux. Ces spectateurs, en haillons, priv&#233;s de pain, &#233;taient venus acheter des billets &#224; bon march&#233;. Je pense que Karsavina a d&#251; se demander quel sens cela avait de danser devant cette foule de gens fatigu&#233;s et sous-aliment&#233;s, au lieu de danser devant un petit cercle brillant et ferm&#233; des nobles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y eut un silence de mort lorsqu'elle entra en sc&#232;ne. Ah ! cette mani&#232;re de danser et la fa&#231;on dont les spectateurs la suivaient ! Les Russes connaissent la danse comme les Italiens connaissent leurs op&#233;ras ; ils appr&#233;cient &#224; l'extr&#234;me la beaut&#233; de chaque petite figure. Les cris sortaient de la gorge de dix mille personnes : &#171; Bravo ! Bravo ! &#187; Et lorsqu'elle eut fini de danser, ils ne voulurent pas la laisser partir. Elle dut revenir et danser, encore et encore, jusqu'&#224; s'effondrer comme un papillon &#233;puis&#233;. Vingt fois, trente fois, elle &#233;tait revenue saluer, sourire, refaire des pirouettes ; on ne comptait plus le nombre de rappels&#8230; Les gens sortirent ensuite dans la nuit noire de cet hiver humide, en serrant contre eux leurs manteaux l&#233;gers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans tout Petrograd, on ne voyait que des drapeaux rouges. M&#234;me la statue de la Grande Catherine dans un petit square devant le th&#233;&#226;tre Alexandrinski n'y a pas &#233;chapp&#233;. Catherine se tenait debout [62] avec toutes ses courtisanes favorites assises &#224; ses pieds, et sur son sceptre flottait un drapeau rouge ! On trouvait partout ces petits signes visibles de la r&#233;volution. De grandes taches indiquaient sur les b&#226;timents les endroits o&#249; les insignes imp&#233;riaux avaient &#233;t&#233; arrach&#233;s. Des gardes affables patrouillaient aux principaux coins de rue en s'effor&#231;ant de ne froisser personne. Et au-dessus de tout r&#233;gnait le &#171; roi de la faim &#187;, tandis qu'une pluie glaciale d'automne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chapitre IV&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SMOLNY&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Institut Smolny, le quartier g&#233;n&#233;ral des bolcheviks, est en bordure de Petrograd. Il y a des ann&#233;es, il &#233;tait consid&#233;r&#233; comme &#171; perdu dans la campagne &#187;, mais en se d&#233;veloppant, la ville l'a rattrap&#233;, englouti et, finalement, se l'est arrog&#233;. C'est un endroit gigantesque. Les plus grands b&#226;timents s'&#233;tendent en ligne droite sur des dizaines de m&#232;tres avec une coud&#233;e faisant saillie &#224; chaque bout, formant une sorte de longue cour. Au nord, la coud&#233;e se referme l&#224; o&#249; se blottit le joli petit couvent de Smolny avec son d&#244;me bleu mat et ses &#233;toiles argent&#233;es. Autrefois, des jeunes filles issues de la noblesse venaient de toute la Russie pour y recevoir une &#171; bonne &#187; &#233;ducation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai appris &#224; bien conna&#238;tre Smolny au cours de mon s&#233;jour en Russie. J'ai vu ce lieu solitaire form&#233; de baraquements d&#233;serts se transformer en une ruche bourdonnante et devenir le c&#339;ur et l'&#226;me de la derni&#232;re r&#233;volution. J'ai observ&#233; ces dirigeants, qui avaient et accus&#233;s, pourchass&#233;s et emprisonn&#233;s, &#234;tre &#233;lev&#233;s aux plus hautes fonctions de la nation par la masse du peuple de toute la Russie. Ils avaient &#233;t&#233; port&#233;s par la tornade d'un radicalisme qui avait balay&#233; et qui continuait &#224; balayer la Russie ; et ils ne savaient pas eux-m&#234;mes pour combien de temps ni dans quelle mesure ils seraient capables de chevaucher la tornade&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
[64]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Smolny a toujours &#233;t&#233; un lieu insolite. Au quotidien, dans les longs et sombres couloirs caverneux o&#249; scintillait ici ou l&#224; une faible lumi&#232;re &#233;lectrique, des milliers et des milliers de soldats, de marins et d'ouvriers d'usine marchaient d'un pas lourd dans leurs grosses bottes couvertes de boue. Le monde entier semblait avoir des affaires &#224; r&#233;gler &#224; Smolny. Les parquets blancs cir&#233;s sur lesquels sautillaient autrefois les pieds l&#233;gers de jeunes filles insouciantes devinrent noirs et macul&#233;s de boue. &#192; pr&#233;sent, le prol&#233;tariat en marche faisait trembler ce grand b&#226;timent&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je pris de nombreux repas avec les soldats dans le grand r&#233;fectoire du rez-de-chauss&#233;e meubl&#233; de banc et de grandes tables en bois brut. Un grand souffle de fraternit&#233; se propageait partout. Si vous &#233;tiez pauvre et affam&#233;, vous &#233;tiez toujours le bienvenu &#224; Smolny. Nous mangions avec le m&#234;me genre de cuillers en bois que celles que les soldats russes glissent dans leurs grandes bottes. Nous n'avions rien d'autre que de la soupe au chou et du pain noir. Nous en &#233;tions reconnaissants, car la crainte planait constamment sur nous de ne m&#234;me pas avoir cela le lendemain&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; midi, nous formions de longues queues et nous bavardions comme des enfants. &#171; Alors comma &#231;a, vous &#234;tes am&#233;ricaine, tavarishe. Eh bien, comment &#231;a marche en ce moment en Am&#233;rique ? &#187; me demandaient-ils.&lt;br class='autobr' /&gt;
[65]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une petite pi&#232;ce &#224; l'&#233;tage, on servait du th&#233; nuit et jour. Trotsky avait l'habitude d'y venir ainsi que Kollonta&#239;, Spiridonova, Kamenev, Volodarski et tous les autres, sauf L&#233;nine. Je n'ai jamais vu L&#233;nine dans aucun de ces lieux. Il restait &#224; l'&#233;cart et n'apparaissait qu'aux plus grandes assembl&#233;es. Personne ne le connaissait bien alors que tous ceux cit&#233;s pr&#233;c&#233;demment discutaient des &#233;v&#233;nements tr&#232;s g&#233;n&#233;reusement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans toutes les anciennes salles de classes, les dactylos tapaient sans arr&#234;t. &#192; Smolny, on travaillait vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Pendant des semaines, Trotsky ne quittait pas le b&#226;timent. Il mangeait, dormait et travaillait dans son bureau du troisi&#232;me &#233;tage, et toute une s&#233;rie de gens y p&#233;n&#233;trait &#224; n'importe quelle heure pour le voir. Tous les dirigeants &#233;taient effroyablement surmen&#233;s. Ils avaient l'air p&#226;les et hagard d&#251; au manque de sommeil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des hommes arrivaient directement de la premi&#232;re ligne de tranch&#233;es ou des champs ou des usines. Des gens de toutes les origines ethniques de la Russie se rencontraient ici fraternellement. Au cours de ces assembl&#233;s, les hommes livraient le fond de leur c&#339;ur. Ils exprimaient des choses magnifiques et terribles. Je voudrais vous donner un exemple de ces prises de parole.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un petit soldat fatigu&#233;, aux traits &#233;maci&#233;s, monte &#224; la tribune. Il est couvert de boue de la t&#234;te aux pieds, et aussi de taches de sang s&#233;ch&#233;. Il cligne des yeux &#224; cause de la lumi&#232;re d'alarme. C'est le [66] premier discours qu'il ait jamais fait de sa vie, et il le commence en s'&#233;criant d'une voix per&#231;ante et hyst&#233;rique :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[67]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Tavarishi ! J'arrive d'un lieu o&#249; les hommes creusent leurs tombes et o&#249; ils les appellent des tranch&#233;es ! On nous a oubli&#233;s dans la neige et dans le froid. On nous a oubli&#233; tandis que vous &#234;tes l&#224;, assis, &#224; discuter politique ! je vous le dis, l'arm&#233;e ne peut plus continuer &#224; se battre ! Il faut faire quelque chose ! Il le faut ! Les officiers ne veulent pas collaborer avec les comit&#233;s de soldats, les soldats cr&#232;vent de faim et les Alli&#233;s ne veulent pas organiser une conf&#233;rence. Je vous le dis, il faut faire quelque chose, sinon les soldats rentreront chez eux ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;taient ensuite des paysans qui montaient &#224; la tribune et plaidaient leur cause. Ils affirmaient que les membres des comit&#233;s paysans pour la terre avaient &#233;t&#233; arr&#234;t&#233;s par le gouvernement provincial. Ils &#233;prouvaient un sentiment religieux envers la terre. Ils se disaient pr&#234;ts &#224; lutter et &#224; mourir pour elle, mais ils n'attendraient plus longtemps. Si on ne la leur donnait pas maintenant, ils la prendraient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les ouvriers d'usine parlaient du sabotage de la bourgeoisie. Ils expliquaient comment les individus de cette classe ruinent les m&#233;canises d&#233;licats des machines afin que les ouvriers ne puissent pas faire tourner les usines. Ces gens fermaient les moulins pour les affamer. &#171; Il disent que les ouvriers gagnent des sommes fabuleuses. Ce n'est pas vrai, s'&#233;criaient les intervenants. Les ouvriers ne peuvent pas vivre avec ce qu'ils gagnent !&lt;br class='autobr' /&gt;
[68]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Inlassablement, comme le d&#233;ferlement incessant des vagues, le cri de toute la Russie affam&#233;e s'&#233;levait : Paix, terre et pain !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il serait tr&#232;s injuste de reprocher aux dirigeants les mesures qu'ils ont prises. Selon mes observations, ils ont &#233;t&#233; pouss&#233;s &#224; les rendre par la formidable volont&#233; de la majorit&#233; russe. Il est aussi compl&#232;tement ridicule de penser que les paysans &#233;taient &#233;cart&#233;s de Smolny. L'un des &#233;v&#233;nements les plus spectaculaires qui aient eu lieu &#224; Petrograd apr&#232;s la r&#233;volution fut le d&#233;fil&#233; des paysans sur plus de trois kilom&#232;tres, partant du 6 Fontanka o&#249; se tenait leur congr&#232;s panrusse pour aller &#224; Smolny, pr&#233;cis&#233;ment afin de montrer qu'ils approuvaient cette institution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De multiples organisations avaient leurs bureaux &#224; Smolny. Le comit&#233; militaire r&#233;volutionnaire, qui est d&#233;sormais c&#233;l&#232;bre, travaillait dans le bureau 17 au dernier &#233;tage. Ce comit&#233;, qui a accompli des prouesses extraordinaires dans les premiers jours de l'insurrection bolchevique, &#233;tait dirig&#233; par Lazarimov, un gar&#231;on de 18 ans. La vie &#233;tait palpitante dans cette salle. Les courriers allaient et venaient. Les &#233;trangers faisaient la queue pour obtenir des laissez-passer pour quitter le pays. Des suspects y &#233;taient amen&#233;s&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Antonov, le ministre de la Guerre, avait un bureau &#224; Smolny, de m&#234;me que Krylenko et Dybenko. C'&#233;tait donc &#224; la fois le centre politique et le centre nerveux de l'arm&#233;e et de la marine.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans les couloirs se trouvaient des piles de litt&#233;rature que les gens d&#233;voraient avec avidit&#233;. Des pamphlets, des livres, des journaux officiels du parti [69] bolchevique, comme le Rabotchi Pout ou les Izvestia, &#233;taient d&#233;pos&#233;s quotidiennement par milliers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des soldats &#233;reint&#233;s dormaient dans les halls sur des chaises ou sur des bancs dans les pi&#232;ces inoccup&#233;es. D'autres restaient &#233;veill&#233;s et montaient la garde devant toutes sortes de salles de comit&#233;. Et si vous n'aviez pas un laissez-passer comme celui qui est reproduit dans ce livre, vous ne pouviez pas y entrer. On changeait fr&#233;quemment les laissez-passer pour maintenir les espions &#224; l'&#233;cart.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; de nombreuses fen&#234;tres, des mitrailleuses avaient &#233;t&#233; install&#233;es pointant leurs yeux aveugles dans l'air froid de l'hiver. Il y avait des tas de fusils le long des murs. Sur les marches de l'entr&#233;e principale, plusieurs canons &#233;taient en position. Dans la cour, des v&#233;hicules blind&#233;s semblaient pr&#234;ts &#224; entrer en action. Smolny restait en permanence sous la garde vigilante de nombreux volontaires.&lt;br class='autobr' /&gt;
Peu importait si les r&#233;unions se prolongeaient tardivement, en g&#233;n&#233;ral elles se terminaient &#224; quatre heures du matin ; les traminots faisaient attendre les tramways. Quand les plus grosses temp&#234;tes de neige bloquaient la circulation, des soldats, des marins et des ouvri&#232;res venaient dans les rues pour d&#233;gager la voie d'acc&#232;s &#224; Smolny. C'&#233;tait souvent la seule ligne qui fonctionnait dans la ville.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai entendu dire que Smolny &#233;tait un &#233;tablissement corrompu par les imp&#233;rialistes allemands. J'ai essay&#233; d'en donner une image authentique. Ce n'est pas le genre d'endroit o&#249; un quelconque [70] imp&#233;rialiste se serait senti tr&#232;s &#224; l'aise. Je n'ai jamais entendu un dirigeant ou aucun des milliers de soldats, d'ouvriers ou de paysans qui s'y sont rendus exprimer la moindre sympathie pour le gouvernement allemand. En revanche, ils partagent l'avis du pr&#233;sident Wilson qu'il faut s'adresser aux peuples d'Allemagne et d'Autriche par-dessus la t&#234;te de leurs dirigeants militaires autocratiques.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ils r&#233;ussiront. Cela appara&#238;tra un jour de fa&#231;on flagrante aux yeux du monde qui en doute.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8195;&lt;br class='autobr' /&gt;
Lire la suite :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://classiques.uqam.ca/classiques/Bryant_Louise/SIx_mois_rouges_en_Russie/SIx_mois_rouges_en_Russie.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://classiques.uqam.ca/classiques/Bryant_Louise/SIx_mois_rouges_en_Russie/SIx_mois_rouges_en_Russie.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le conseil des d&#233;put&#233;s ouvriers et la r&#233;volution</title>
		<link>https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8250</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8250</guid>
		<dc:date>2026-07-15T22:20:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Gilets jaunes, auto-organisation, comit&#233;s de gr&#232;ve, conseils ouvriers, assembl&#233;e interprofessionnelle, soviet</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;D&#233;cembre 1906 &lt;br class='autobr' /&gt;
L&#233;on Trotsky &lt;br class='autobr' /&gt;
Le conseil des d&#233;put&#233;s ouvriers et la r&#233;volution &lt;br class='autobr' /&gt;
1 &lt;br class='autobr' /&gt;
L'histoire du conseil des d&#233;put&#233;s ouvriers de Saint-P&#233;tersbourg est l'histoire de cinquante journ&#233;es. C'est le 13 octobre 1905 que se tint la s&#233;ance o&#249; le conseil fut fond&#233;. C'est le 3 d&#233;cembre que l'assembl&#233;e fut dispers&#233;e par les troupes gouvernementales. &lt;br class='autobr' /&gt;
Comment se fait-il qu'il ait r&#233;ussi en si peu de temps &#224; prendre non seulement dans l'histoire du prol&#233;tariat russe, mais aussi de la r&#233;volution (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique83" rel="directory"&gt;6- L'organisation du prol&#233;tariat&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot300" rel="tag"&gt;Gilets jaunes, auto-organisation, comit&#233;s de gr&#232;ve, conseils ouvriers, assembl&#233;e interprofessionnelle, soviet&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;D&#233;cembre 1906&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;on Trotsky&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le conseil des d&#233;put&#233;s ouvriers et la r&#233;volution&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'histoire du conseil des d&#233;put&#233;s ouvriers de Saint-P&#233;tersbourg est l'histoire de cinquante journ&#233;es. C'est le 13 octobre 1905 que se tint la s&#233;ance o&#249; le conseil fut fond&#233;. C'est le 3 d&#233;cembre que l'assembl&#233;e fut dispers&#233;e par les troupes gouvernementales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment se fait-il qu'il ait r&#233;ussi en si peu de temps &#224; prendre non seulement dans l'histoire du prol&#233;tariat russe, mais aussi de la r&#233;volution russe, une place que personne ne songe &#224; contester ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le conseil organisait les masses, dirigeait les gr&#232;ves politiques et les manifestations, armait les ouvriers...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais d'autres organisations r&#233;volutionnaires l'avaient d&#233;j&#224; fait avant lui, le faisaient en m&#234;me temps que lui et continu&#232;rent &#224; le faire apr&#232;s sa dissolution. La diff&#233;rence, c'est qu'il &#233;tait, ou du moins aspirait &#224; devenir, un organe de pouvoir. Si le prol&#233;tariat, tout comme la presse r&#233;actionnaire, appelait le conseil &#171; le gouvernement ouvrier &#187;, dans les faits, le conseil repr&#233;sentait r&#233;ellement un embryon de gouvernement r&#233;volutionnaire. Le conseil r&#233;alisait le pouvoir dans la mesure o&#249; il se trouvait d&#233;j&#224; dans ses mains ; il luttait directement pour le pouvoir dans la mesure ou il se concentrait encore dans les mains de l'Etat militaro-policier. Avant le conseil, il y avait d&#233;j&#224; au sein du prol&#233;tariat industriel des organisations r&#233;volutionnaires, la plupart des organisations social-d&#233;mocrates. Mais c'&#233;tait des organisations &#233;voluant au sein du prol&#233;tariat ; leur lutte avait pour but imm&#233;diat de conqu&#233;rir une influence sur les masses. Le conseil, lui, est l'organisation du prol&#233;tariat son but &#8212; c'est la lutte pour le pouvoir r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, simultan&#233;ment, le conseil &#233;tait et demeurait l'expression organis&#233;e de la volont&#233; de classe du prol&#233;tariat. Dans la lutte pour le pouvoir, il appliquait les m&#233;thodes que tout naturellement impliquait le fait que le prol&#233;tariat est une classe : son r&#244;le dans la production, son nombre, son homog&#233;n&#233;it&#233; sociale. Plus : il liait la lutte pour le pouvoir &#224; la direction imm&#233;diate de toute l'activit&#233; sociale autonome des masses ouvri&#232;res ; souvent m&#234;me il se chargea de r&#233;gler des conflits entre des repr&#233;sentants individuels du capital et le travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le conseil a conduit &#224; la victoire diverses gr&#232;ves, s'il a r&#233;gl&#233; avec succ&#232;s divers conflits entre ouvriers et patrons, ce n'est absolument pas qu'il exist&#226;t tout expr&#232;s dans ce but au contraire, l&#224; o&#249; existait un syndicat puissant, celui-ci se montra bien plus &#224; m&#234;me que le conseil de diriger la lutte syndicale ; l'intervention du conseil n'avait du poids qu'en raison de l'autorit&#233; universelle dont il jouissait. Et cette autorit&#233; &#233;tait due au fait qu'il accomplissait ses t&#226;ches fondamentales, les t&#226;ches de la r&#233;volution, qui allaient bien au-del&#224; des limites de chaque m&#233;tier et de chaque ville et assignaient au prol&#233;tariat comme classe une place dans les premiers rangs des combattants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'instrument principal du conseil a &#233;t&#233; la gr&#232;ve politique de masse. La vertu d'une gr&#232;ve de ce type est de d&#233;sorganiser le pouvoir d'Etat. Et plus l' &#171; anarchie &#187; qui en r&#233;sulte est grande, plus la gr&#232;ve approche son but. Mais cela n'est exact que si ce n'est pas par des moyens anarchistes qu'on arrive &#224; cette anarchie. La classe qui jour apr&#232;s jour met en oeuvre l'appareil de production et simultan&#233;ment celui du pouvoir, la classe qui, en cessant le travail en bloc, paralyse non seulement l'industrie mais aussi toute la machine &#233;tatique, doit &#234;tre suffisamment organis&#233;e pour ne pas &#234;tre la premi&#232;re victime de l'anarchie qu'elle a cr&#233;&#233;e. Plus la gr&#232;ve suspend l'organisation d'Etat existante sur une large &#233;chelle, plus l'organisation de la gr&#232;ve doit assumer les fonctions de l'Etat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le conseil des d&#233;put&#233;s ouvriers a r&#233;alis&#233; la libert&#233; de la presse. Il a organis&#233; des patrouilles de rue pour garantir la s&#233;curit&#233; des citoyens. Il s'est plus ou moins rendu ma&#238;tre de la poste, du t&#233;l&#233;graphe et des chemins de fer. Il a tent&#233; d'instaurer la journ&#233;e de travail de huit heures obligatoire. En paralysant par le mouvement gr&#233;viste l'Etat absolutiste, il introduit son propre ordre d&#233;mocratique dans la vie des classes laborieuses des villes.&lt;br class='autobr' /&gt;
2&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s le 9 janvier 1905, la r&#233;volution montra qu'elle dominait dans la t&#234;te des masses ouvri&#232;res. Le 14 juin, elle montra par la r&#233;volte du cuirass&#233; &#171; Potemkin Tavvitchesky &#187; qu'elle pouvait devenir une force mat&#233;rielle. La gr&#232;ve d'octobre montra qu'elle pouvait d&#233;sorganiser, paralyser l'ennemi et lui faire plier le genou. Enfin, en faisant na&#238;tre partout les conseils ouvriers, la r&#233;volution montra qu'elle &#233;tait capable de cr&#233;er une forme de pouvoir. Or, un pouvoir r&#233;volutionnaire ne peut s'appuyer que sur une force r&#233;volutionnaire active. Le d&#233;roulement de la r&#233;volution russe le montre : aucune classe sociale en dehors du prol&#233;tariat n'est susceptible et n'est pr&#234;te &#224; appuyer le pouvoir r&#233;volutionnaire. Le premier acte de la r&#233;volution a &#233;t&#233; le combat de rue opposant le prol&#233;tariat &#224; la monarchie ; la premi&#232;re victoire s&#233;rieuse de la r&#233;volution a &#233;t&#233; obtenue par un v&#233;ritable instrument de classe du prol&#233;tariat, la gr&#232;ve politique ; enfin, le premier organe embryonnaire du pouvoir r&#233;volutionnaire est un organe de repr&#233;sentation du prol&#233;tariat. Le conseil, c'est dans l'histoire russe moderne la premi&#232;re forme de pouvoir d&#233;mocratique. Le conseil est le pouvoir organis&#233; de la masse elle-m&#234;me sur chacune de ses parties. C'est la vraie d&#233;mocratie non trafiqu&#233;e, sans deux chambres, sans bureaucratie professionnelle, avec le droit pour les &#233;lecteurs de r&#233;voquer leur repr&#233;sentant quand ils le veulent. Par ses membres, par des d&#233;put&#233;s ouvriers &#233;lus, le conseil dirige sans interm&#233;diaires toutes les manifestations sociales du prol&#233;tariat dans son ensemble, et de ses diff&#233;rents groupements, il organise ses actions de masse, il lui donne ses mots d'ordre et son drapeau. Cette direction organis&#233;e des masses autonomes a vu pour la premi&#232;re fois le jour sur le sol russe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'absolutisme dominait les masses sans les diriger. Il cr&#233;ait de fa&#231;on m&#233;canique des cadres ext&#233;rieurs pour l'activit&#233; des masses, dans lesquels il faisait rentrer par la contrainte les &#233;l&#233;ments agit&#233;s de la nation. La seule masse que dirige&#226;t l'absolutisme &#233;tait l'arm&#233;e. Mais, l&#224; aussi, diriger n'&#233;tait pas autre chose que commander. En brassant les &#233;l&#233;ments qui composaient l'arm&#233;e, l'absolutisme an&#233;antissait en eux tout lien moral ; il lui substituait l'identit&#233; des conditions physiques et soumettait leur volont&#233; &#224; l'hypnose abrutissante de la caserne. A l'heure actuelle, m&#234;me la direction de cette masse atomis&#233;e et hypnotis&#233;e &#233;chappe de plus en plus &#224; l'absolutisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le lib&#233;ralisme, pour sa part, n'avait pas chez nous suffisamment de force pour donner des ordres aux masses, et il lui manquait l'initiative n&#233;cessaire pour les guider. Face &#224; l'apparition publique des masses, m&#234;me dans les cas o&#249; elle le renfor&#231;ait directement, il r&#233;agissait comme face &#224; un ph&#233;nom&#232;ne naturel lourd de dangers, un tremblement de terre ou l'&#233;ruption d'un volcan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le prol&#233;tariat s'engagea sur le terrain de la r&#233;volution en masse autonome, dans une ind&#233;pendance politique totale vis-&#224;-vis du lib&#233;ralisme bourgeois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le conseil &#233;tait l'organisation de classe des ouvriers &#8212; et c'&#233;tait l&#224; la source de sa puissance dans la lutte. Il p&#233;rit dans la premi&#232;re p&#233;riode de son existence et il ne pouvait en &#234;tre autrement, non pas que la confiance des masses urbaines lui f&#238;t d&#233;faut, mais parce que de fa&#231;on g&#233;n&#233;rale la r&#233;volution dans les villes a des limites &#233;troites ; les raisons de sa perte furent la passivit&#233; des villages et l'inertie des &#233;l&#233;ments villageois dans l'arm&#233;e. Sa position politique dans la population urbaine &#233;tait aussi forte qu'on peut le souhaiter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le recensement de 1897 d&#233;nombrait &#224; Saint-P&#233;tersbourg environ 820 000 personnes &#171; actives &#187;, dont 433 000 ouvriers et domestiques ; la population prol&#233;tarienne de la r&#233;sidence atteint par cons&#233;quent les 53 %. Si nous incluons les personnes non actives, nous arrivons &#224; un chiffre un peu inf&#233;rieur (50,8 %), les prol&#233;taires n'ayant pour la plupart pas de famille. Dans tous les cas, le prol&#233;tariat constitue plus de la moiti&#233; de la population p&#233;tersbourgeoise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le conseil des d&#233;put&#233;s ouvriers n'&#233;tait pas le repr&#233;sentant officiel du demi-million de personnes que comptait presque la population ouvri&#232;re de la capitale. Il en unissait dans son organisation environ 200 000, pour la plupart des ouvriers d'usine, et si son influence politique, directe et indirecte, touchait un vaste milieu, de tr&#232;s importantes couches du prol&#233;tariat (ouvriers du b&#226;timent, domestiques, journaliers, charretiers) n'&#233;taient n&#233;anmoins presque pas ou pas du tout touch&#233;es par lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a pourtant pas le moindre doute que le conseil exprimait les int&#233;r&#234;ts de cette masse prol&#233;tarienne dans son ensemble. Si, dans les fabriques, il existait aussi des &#233;l&#233;ments r&#233;actionnaires, tout le monde voyait leur nombre fondre non seulement de jour en jour, mais d'heure en heure. Dans les masses prol&#233;tariennes de Saint-P&#233;tersbourg, il ne pouvait y avoir que des amis et pas d'ennemis de la domination politique du conseil. La seule exception &#233;taient les domestiques privil&#233;gi&#233;s, les laquais des laquais charg&#233;s de dignit&#233;s de la haute bureaucratie, les cochers des ministres, des sp&#233;culateurs en Bourse et des cocottes &#8212; tous ces conservateurs et monarchistes de profession.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'intelligentsia, si nombreuse &#224; Saint-P&#233;tersbourg, le conseil avait plus d'amis que d'ennemis. Des milliers d'&#233;tudiants reconnaissaient la direction politique du conseil et soutenaient ses initiatives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'intelligentsia dipl&#244;m&#233;e et salari&#233;e &#233;tait enti&#232;rement de son c&#244;t&#233;, sauf les &#233;l&#233;ments irr&#233;m&#233;diablement tomb&#233;s dans l'inertie. Le soutien &#233;nergique accord&#233; &#224; la gr&#232;ve des postes et du t&#233;l&#233;graphe attira &#233;galement l'attention des couches inf&#233;rieures des fonctionnaires sur le conseil. Tout ce qui dans la ville &#233;tait asservi, honn&#234;te, anim&#233; de quelque vie, se sentait, instinctivement ou consciemment, attir&#233; vers le conseil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qui &#233;tait contre lui ? Les repr&#233;sentants du brigandage capitaliste, les sp&#233;culateurs en Bourse qui sp&#233;culent sur la hausse, les patrons, les n&#233;gociants et les exportateurs &#224; qui la gr&#232;ve infligeait des pertes, les fournisseurs de la p&#232;gre dor&#233;e, la bande du conseil municipal p&#233;tersbourgeois, ce syndicat de propri&#233;taires immobiliers, la haute bureaucratie, les cocottes qui &#233;margent au budget de l'Etat, les dignitaires, ces hommes publics grassement pay&#233;s, les partisans des &#171; Nowoje Vremja &#187;, le d&#233;partement des d&#233;tectives, tout ce qu'il y avait de rapace, de grossier, de d&#233;bauch&#233; et de condamn&#233; &#224; p&#233;rir. Entre l'arm&#233;e du conseil et ses ennemis, il y avait les &#233;l&#233;ments politiquement indiff&#233;rents, h&#233;sitants ou peu s&#251;rs. Les groupes les plus arri&#233;r&#233;s de la petite bourgeoisie, qui &#233;taient encore demeur&#233;s en dehors de la politique, n'eurent pas le temps d'&#233;tudier suffisamment le conseil et de s'int&#233;resser &#224; lui. Mais, de par la nature de leurs propres int&#233;r&#234;ts, ils &#233;taient plus proches du conseil que de l'ancien pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les politiciens professionnels des milieux de l'intelligentsia, les journalistes radicaux qui ne savent pas ce qu'ils veulent, les d&#233;mocrates rong&#233;s de scepticisme, &#233;mettaient des grognements condescendants &#224; l'adresse du conseil, comptaient ses erreurs sur leurs doigts, et, de fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, donnaient &#224; entendre qu'au cas o&#249; eux auraient &#233;t&#233; &#224; la t&#234;te de cette institution, ils auraient fait le bonheur &#233;ternel du prol&#233;tariat. On peut consid&#233;rer que l'impuissance totale de ces messieurs les excuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans tous les cas, le conseil &#233;tait effectivement l'organe de la majorit&#233; significative de la population. Ses ennemis au sein de la population de la capitale n'auraient pas repr&#233;sent&#233; de danger pour sa domination politique s'ils n'avaient trouv&#233; un protecteur en l'absolutisme encore bien vivant qui s'appuyait de son c&#244;t&#233; sur les &#233;l&#233;ments arri&#233;r&#233;s de l'arm&#233;e paysanne. La faiblesse du conseil n'&#233;tait pas sa faiblesse &#224; lui, mais celle d'une r&#233;volution purement urbaine. Ces cinquante jours ont &#233;t&#233; pour la r&#233;volution la p&#233;riode de sa plus grande puissance. Le conseil a &#233;t&#233; son organe dans la lutte pour ce pouvoir. Le caract&#232;re de classe du conseil a &#233;t&#233; d&#233;termin&#233; par la rigoureuse division en classes de la population urbaine et la profonde antinomie politique entre le prol&#233;tariat et la bourgeoisie capitaliste &#8212; m&#234;me dans le cadre historiquement limit&#233; de la lutte avec l'absolutisme. Apr&#232;s la gr&#232;ve d'octobre, la bourgeoisie capitaliste a frein&#233; ouvertement et consciemment la r&#233;volution, la petite bourgeoisie s'est r&#233;v&#233;l&#233;e &#234;tre trop insignifiante pour jouer un r&#244;le autonome, c'est le prol&#233;tariat qui a &#233;t&#233; le chef incontestable de la r&#233;volution urbaine, c'est son organisation de classe qui a &#233;t&#233; son organe dans la lutte pour le pouvoir.&lt;br class='autobr' /&gt;
3&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus le gouvernement &#233;tait d&#233;moralis&#233;, plus le conseil &#233;tait fort. Plus, &#224; c&#244;t&#233; de lui, l'ancien pouvoir d'Etat perdait la t&#234;te et ses moyens, plus le conseil attirait la sympathie des masses non prol&#233;tariennes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La gr&#232;ve politique de masse (g&#233;n&#233;rale) &#233;tait l'instrument principal dont disposait le conseil. Unissant tous les groupes du prol&#233;tariat par un lien r&#233;volutionnaire direct et entretenant l'&#233;nergie des ouvriers de chaque entreprise gr&#226;ce &#224; l'autorit&#233; et &#224; la force de la classe, il avait la possibilit&#233; de suspendre toute la vie &#233;conomique du pays. Donc, les moyens de production et de transport avaient beau demeurer comme auparavant propri&#233;t&#233; priv&#233;e des capitalistes et en partie de l'Etat, la puissance &#233;tatique avait beau demeurer entre les mains de la bureaucratie, c'&#233;tait le conseil qui disposait des moyens de production et de transport nationaux, du moins dans la mesure o&#249; il s'agissait d'arr&#234;ter la vie &#233;conomique et politique r&#233;guli&#232;re. Et c'est pr&#233;cis&#233;ment sa capacit&#233;, montr&#233;e dans les faits, &#224; organiser la vie &#233;conomique et &#224; porter l'anarchie dans la vie officielle de l'Etat, qui faisait du conseil ce qu'il &#233;tait. Dans ces conditions, cela aurait &#233;t&#233; la plus d&#233;sesp&#233;r&#233;e des utopies que de chercher un moyen de faire coexister le conseil et le vieux gouvernement. Et pourtant, si l'on veut r&#233;sumer le fond v&#233;ritable de toutes les objections qui ont &#233;t&#233; soulev&#233;es contre la tactique du conseil, on s'aper&#231;oit qu'elles partent toutes de cette id&#233;e fantastique : apr&#232;s octobre, en s'appuyant sur les conqu&#234;tes arrach&#233;es &#224; l'absolutisme, le conseil aurait d&#251; se pr&#233;occuper d'organiser les masses, s'abstenir de toutes autres initiatives agressives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, en quoi consistait cette victoire d'octobre ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien que le prol&#233;tariat ait le droit d'inscrire &#224; son compte historique la victoire enti&#232;re, cela n'a pas emp&#234;ch&#233; son parti d'appr&#233;cier en toute lucidit&#233; les r&#233;sultats obtenus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne fait aucun doute qu'&#224; la suite de l'assaut d'octobre, l'absolutisme abandonne la partie. Mais il n'avait pas &#224; proprement parler perdu la bataille, il avait &#233;vit&#233; l'affrontement. Il ne fit aucune tentative s&#233;rieuse pour opposer son arm&#233;e paysanne aux villes en r&#233;bellion. Bien entendu, il ne s'en abstint pas pour des raisons humanitaires, mais parce qu'il avait perdu tout courage et toute ma&#238;trise de soi. Les &#233;l&#233;ments lib&#233;raux de la bureaucratie, qui attendaient tranquillement leur tour, eurent le dessus, et au moment o&#249; la gr&#232;ve d&#233;j&#224; refluait, ils publi&#232;rent le manifeste du 17 octobre, l'abdication de principe de l'absolutisme. Mais toute l'organisation mat&#233;rielle du pouvoir, la hi&#233;rarchie des fonctionnaires, la police, la justice, l'arm&#233;e, restait comme auparavant propri&#233;t&#233; indivis&#233;e de la monarchie. Quelle tactique le conseil pouvait-il et devait-il suivre dans ces conditions ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il puisait sa force dans le fait qu'en s'appuyant sur le prol&#233;tariat productif il pouvait priver l'absolutisme de la possibilit&#233; d'utiliser l'appareil mat&#233;riel du pouvoir. De ce point de vue, l'activit&#233; du conseil signifiait l'organisation de l'&#171; anarchie &#187;. S'il continuait &#224; exister et &#224; se d&#233;velopper, cela signifiait le renforcement de l'&#171; anarchie &#187;. Une coexistence permanente &#233;tait impossible. Le conflit &#224; venir &#233;tait d&#233;j&#224; inscrit dans la demi-victoire d'octobre, qui en &#233;tait la base mat&#233;rielle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que restait-il donc &#224; faire au conseil ? Devait-il feindre de ne pas pr&#233;voir l'in&#233;luctabilit&#233; du conflit ? Devait-il se donner l'apparence d'avoir organis&#233; les masses pour les joies d'un r&#233;gime constitutionnel ? Qui aurait cru cela de lui ? Bien entendu, ni l'absolutisme ni les masses ouvri&#232;res !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus tard, l'exemple de la douma nous a montr&#233; quel pi&#232;tre secours repr&#233;sentait dans la lutte contre l'absolutisme une correction superficielle, une forme creuse de loyaut&#233;. Pour s'adonner &#224; une tactique d'hypocrisie constitutionnelle, il aurait fallu que le conseil f&#251;t fait d'une autre p&#226;te. Et, m&#234;me dans ce dernier cas, &#224; quel r&#233;sultat serait-il arriv&#233; ? Seulement celui auquel parvint plus tard la douma. Le conseil ne pouvait rien faire d'autre que de reconna&#238;tre qu'un conflit ouvert &#233;tait in&#233;vitable &#224; court terme, et il ne disposait d'aucune autre tactique que de se pr&#233;parer &#224; l'insurrection.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et en quoi pouvaient consister ces pr&#233;paratifs, sinon &#224; d&#233;velopper et consolider les propri&#233;t&#233;s du conseil qui lui donnaient la possibilit&#233; de paralyser le pouvoir d'Etat et faisaient sa force ? Evidemment, les efforts, inscrits dans sa nature, que le conseil d&#233;ployait pour consolider et d&#233;velopper ces propri&#233;t&#233;s, acc&#233;l&#233;raient in&#233;vitablement le conflit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le conseil se soucia &#8212; et ce de plus en plus &#8212; d'&#233;tendre son influence sur l'arm&#233;e et la paysannerie. En novembre, le conseil appela les ouvriers &#224; montrer activement leur solidarit&#233; fraternelle avec l'arm&#233;e en train de sortir de sa l&#233;thargie. Ne pas le faire, c'&#233;tait ne pas se soucier d'accro&#238;tre ses forces. Le faire correctement, c'&#233;tait aller au-devant du conflit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Y aurait-il eu d'aventure une troisi&#232;me voie ? Le conseil aurait-il par hasard d&#251; faire appel &#224; la pr&#233;tendue &#171; raison d'Etat &#187; du gouvernement ? Aurait-il pu, aurait-il d&#251; rep&#233;rer la fronti&#232;re qui s&#233;pare les droits du peuple des privil&#232;ges de la monarchie et faire halte &#224; cette limite sacr&#233;e ? Mais qui se serait port&#233; garant que la monarchie ne franchirait pas cette limite ? Qui se serait charg&#233; de pr&#233;parer la paix, ou au moins un armistice provisoire, entre les deux adversaires ? Le lib&#233;ralisme ? L'une de ses d&#233;putations proposa le 18 octobre au comte Witte, comme signe de r&#233;conciliation avec le peuple, de retirer les troupes de la r&#233;sidence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il vaut mieux rester sans &#233;lectricit&#233; et sans eau que sans troupes &#187;, r&#233;pondit le ministre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De toute &#233;vidence, le gouvernement ne pensait pas du tout &#224; d&#233;sarmer. Quelles possibilit&#233;s avait donc le conseil ? Ou bien s'&#233;carter et remettre l'affaire entre les mains de la chambre conciliatrice, de la future douma d'Empire &#8212; ce que souhaitait &#224; vrai dire &#233;galement le lib&#233;ralisme. Ou bien se pr&#233;parer &#224; d&#233;fendre les armes &#224; la main tout ce qui avait &#233;t&#233; conquis en octobre et, si possible, &#224; organiser d'autres assauts. Nous savons certes maintenant &#224; sati&#233;t&#233; que la chambre conciliatrice est devenue l'ar&#232;ne d'un nouveau conflit r&#233;volutionnaire. Par cons&#233;quent, le r&#244;le objectif jou&#233; par la douma ne fit que confirmer la justesse de l'hypoth&#232;se de laquelle le prol&#233;tariat avait d&#233;duit sa tactique. Mais il n'est pas m&#234;me n&#233;cessaire d'aller si loin. On peut poser la question : qu'est-ce qui pouvait et devait garantir la r&#233;union de cette &#171; chambre conciliatrice &#187; &#224; qui il n'&#233;tait donn&#233; de concilier personne ? Toujours la m&#234;me raison d'Etat de la monarchie ? Ou bien une promesse solennelle de sa part ? On bien la parole d'honneur du comte Witte ? Ou bien les p&#232;lerinages des &#233;tats ruraux &#224; Peterhof par la porte de service ? Ou bien les mises en garde de Mendelssohn ? Ou bien enfin le fameux &#171; cours naturel des choses &#187; sur lequel le lib&#233;ralisme se d&#233;charge de tous les probl&#232;mes d&#232;s que l'histoire lui confie leur solution &#224; lui, &#224; son initiative, &#224; son &#233;nergie, &#224; sa raison.&lt;br class='autobr' /&gt;
4&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on reconna&#238;t &#8212; et il est impossible de ne pas le reconna&#238;tre &#8212; qu'apr&#232;s la demi-victoire d'octobre les choses se pr&#233;sentaient comme nous venons de le dire, il reste encore &#224; se demander si le conseil se pr&#233;para comme il le fallait &#224; ce conflit in&#233;vitable. La presse bourgeoise-d&#233;mocratique a lanc&#233; &#224; ce sujet diverses accusations qui ont malheureusement trouv&#233; aussi quelque &#233;cho dans la presse du parti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A les en croire, la faute principale du conseil et des partis r&#233;volutionnaires a consist&#233; &#224; faire trop d'agitation et trop peu de travail d'organisation ; et c'est pourquoi l'assaut contre-r&#233;volutionnaire ne fut pas repouss&#233; avec suffisamment de force. Pour nous, nous avons du mal &#224; saisir quel type d'organisation ces accusateurs ont en t&#234;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'organisation du conseil n'unissait pas moins de 200 000 ouvriers. Toutes les usines avaient leur centre directeur : le coll&#232;ge des d&#233;put&#233;s de l'usine, tous les arrondissements le leur : l'assembl&#233;e d'arrondissement des d&#233;put&#233;s, et finalement l'ensemble du prol&#233;tariat p&#233;tersbourgeois le sien : le conseil ; c'&#233;tait une organisation vaste, libre, influente, capable d'initiative. Simultan&#233;ment se d&#233;ployait une intense activit&#233; pour fonder des syndicats ; ceux-ci aspiraient vivement &#224; s'unir ; ils avaient un organe : le bureau central des syndicats ; d'une repr&#233;sentation des diverses entreprises, le conseil lui-m&#234;me se changeait en repr&#233;sentation des organisations de m&#233;tiers ; dans sa derni&#232;re p&#233;riode d'existence seize syndicats y &#233;taient repr&#233;sent&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Naturellement, on peut reprocher au conseil d'avoir organis&#233; seulement 200 000 et non pas 400 &#224; 500 000 ouvriers. On peut reprocher au conseil et &#224; la social-d&#233;mocratie de n'avoir organis&#233; que seize syndicats, et non pas trente ou quarante, de ne pas avoir organis&#233; l'ensemble du prol&#233;tariat dans ces unions. Mais il faut quand m&#234;me ne pas perdre de vue que, pour tout ce travail, l'histoire n'a accord&#233; que cinquante jours ! La social-d&#233;mocratie a beaucoup fait, elle ne pouvait faire de miracles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et le travail d'organisation interne du parti lui-m&#234;me &#233;tait-il sur la bonne voie ? N'a-t-il pas laiss&#233; passer ces cinquante jours sans en profiter ? Dans la mesure o&#249; la t&#226;che &#233;tait d'armer dans les plus brefs d&#233;lais des centaines de milliers d'ouvriers, le parti ne pouvait rien faire de mieux que d'utiliser toutes ses forces pour l'organisation et la consolidation du conseil. En fin de compte, le conseil est int&#233;gralement son travail. En ce qui concerne sa propre organisation, deux voies s'ouvraient au parti la voie conspirative et la voie ouverte. Dans nos rangs, aucun individu dou&#233; d'un peu de jugeote ne doutait que l'assaut de la contre-r&#233;volution contre les organisations r&#233;volutionnaires ouvertes ne f&#251;t in&#233;vitable. Pourtant, cela aurait &#233;t&#233; une stupidit&#233; compl&#232;te, dans cette p&#233;riode o&#249; la vie politique des masses &#233;tait intense et ouverte, de diriger toute l'organisation du parti dans la clandestinit&#233;. Pour que le travail d'agitation f&#251;t couronn&#233; du succ&#232;s, il &#233;tait indispensable de faire appara&#238;tre publiquement le parti au moyen des sections et des clubs sociaux-d&#233;mocrates. Mais il va de soi que ces organisations subirent en d&#233;cembre le m&#234;me sort que le conseil des d&#233;put&#233;s ouvriers, la f&#233;d&#233;ration paysanne et toutes les autres unions syndicales, la f&#233;d&#233;ration des cheminots, des postes et des t&#233;l&#233;graphes &#224; leur t&#234;te. D&#233;cembre r&#233;sulte d'octobre comme la conclusion de l'hypoth&#232;se. L'issue de d&#233;cembre s'explique tout naturellement par le fait qu'&#224; ce moment donn&#233; du d&#233;veloppement r&#233;volutionnaire la r&#233;action a &#233;t&#233; m&#233;caniquement plus forte que la r&#233;volution. Certes, le lib&#233;ralisme estime qu'il convient dans toutes les circonstances de suppl&#233;er au d&#233;faut de forces par la rapidit&#233; des pieds. Pour lui, la tactique r&#233;ellement courageuse, m&#251;re, r&#233;fl&#233;chie et adapt&#233;e est la d&#233;sertion au moment d&#233;cisif. C'est qu'il a l'immense avantage d'avoir les pieds l&#233;gers, n'&#233;tant encombr&#233; ni par la confiance de la masse ni par les responsabilit&#233;s vis-&#224;-vis d'elle. Mais, si la social-d&#233;mocratie ou le conseil avaient, en d&#233;cembre, c&#233;d&#233; sans lutter, ils auraient vid&#233; de leur sens non seulement la manifestation de novembre, mais encore les efforts accomplis et la victoire remport&#233;e en octobre. Cela aurait &#233;t&#233;, ajout&#233;e &#224; la d&#233;faite mat&#233;rielle qui r&#233;sultait des rapports de forces, la d&#233;faite morale qui aurait r&#233;sult&#233; de la trahison qu'&#233;tait la d&#233;sertion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons dit que d&#233;cembre a &#233;t&#233; la cons&#233;quence directe et in&#233;vitable d'octobre. De ce point de vue, les divergences d'opinion dans l'appr&#233;ciation de la gr&#232;ve de novembre et de la lutte pour la journ&#233;e de huit heures prennent une importance secondaire. La lutte pour la journ&#233;e de huit heures suscite actuellement, lorsqu'on appr&#233;cie r&#233;trospectivement l'activit&#233; du conseil, un certain nombre d'opinions divergentes. Ce n'est pas le cas pour la gr&#232;ve de novembre, mais quelques sociaux-d&#233;mocrates influents ont mis en doute son opportunit&#233;. Pour notre part, nous affirmons la chose suivante : si la gr&#232;ve de novembre a &#233;t&#233; une faute, si l'instauration par la force de la journ&#233;e de huit heures en a &#233;t&#233; une magistrale &#8212; ce qui n'est absolument pas notre avis &#8212;, ces deux fautes sont d'importance mineure ; elles n'ont pas modifi&#233; la situation politique ; ce ne sont pas ces deux &#171; fautes &#187; qui ont fait na&#238;tre l'opposition entre le pouvoir qui s'appuie sur les soldats et celui qui s'appuie sur les ouvriers. Avec ou sans fautes, le conflit de d&#233;cembre &#233;tait inscrit dans cette situation contradictoire. La d&#233;faite de d&#233;cembre &#233;tait inscrite dans les rapports de forces. Au sud, dans les pays baltes, dans le Caucase, il n'y a eu ni gr&#232;ve de novembre ni instauration par la force de la journ&#233;e de huit heures. Et pourtant les choses se pass&#232;rent de la m&#234;me fa&#231;on partout il y a eu en d&#233;cembre conflit et d&#233;faite.&lt;br class='autobr' /&gt;
5&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puisque les raisons de la d&#233;faite de d&#233;cembre ne sont pas &#224; rechercher dans la tactique suivie, peut-&#234;tre les trouvera-t-on dans la composition du conseil ? On a dit que le p&#233;ch&#233; originel du conseil &#233;tait son caract&#232;re de classe. Pour devenir l'organe de la r&#233;volution nationale, explique-t-on, il fallait que le conseil &#233;largisse son cadre ; il fallait que les repr&#233;sentants de toutes les couches de la population y eussent leur place. Cela aurait affermi l'influence du conseil et renforc&#233; son pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En est-il ainsi ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La force du conseil venait du r&#244;le jou&#233; par le prol&#233;tariat dans l'&#233;conomie capitaliste. La t&#226;che du conseil n'&#233;tait pas de se transformer en une parodie de Parlement, mais de cr&#233;er les conditions du parlementarisme ; ce n'&#233;tait pas d'organiser la repr&#233;sentation &#233;gale des int&#233;r&#234;ts de diff&#233;rents groupes sociaux, mais d'unifier la lutte r&#233;volutionnaire du prol&#233;tariat. L'arme principale du conseil &#233;tait la gr&#232;ve politique de masse, une m&#233;thode qui n'appartient qu'&#224; la classe des ouvriers salari&#233;s, au prol&#233;tariat. L'unit&#233; de classe &#233;liminait dans le conseil les frictions internes et le rendait capable d'initiative r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De quelle fa&#231;on pouvait-on &#233;largir la composition du conseil ? On aurait pu admettre des repr&#233;sentants des professions lib&#233;rales ; m&#234;me s'ils n'avaient rien apport&#233; au conseil, nous pouvons supposer qu'ils ne l'auraient pas non plus trop encombr&#233;. Inutile d'ajouter qu'ils n'auraient rien chang&#233; &#224; la physionomie de classe du conseil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quels autres groupes de la soci&#233;t&#233; auraient pu &#234;tre repr&#233;sent&#233;s ? le congr&#232;s des zemstvos ? Le commerce et l'industrie ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le congr&#232;s des zemstvos si&#233;geait &#224; Moscou en novembre il d&#233;lib&#233;rait sur la question des n&#233;gociations avec le minist&#232;re du comte Witte, mais il ne lui vint m&#234;me pas &#224; l'esprit de soulever le probl&#232;me des n&#233;gociations avec le conseil ouvrier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au cours des s&#233;ances du congr&#232;s &#233;clata l'insurrection de S&#233;bastopol. Cela rejeta aussit&#244;t les repr&#233;sentants des zemstvos &#224; droite, si bien que Milioukov dut rassurer le congr&#232;s avec un discours qui disait en substance que, Dieu merci, l'insurrection &#233;tait d&#233;j&#224; &#233;cras&#233;e. De quelle fa&#231;on aurait-on pu amener &#224; une action r&#233;volutionnaire commune ces messieurs et les d&#233;put&#233;s ouvriers qui salu&#232;rent les insurg&#233;s de S&#233;bastopol ? L'un des dogmes mi-sinc&#232;res, mi-hypocrites du lib&#233;ralisme est l'exigence que l'arm&#233;e reste en dehors de la politique. Le conseil, lui, d&#233;ploya une immense &#233;nergie pour amener l'arm&#233;e &#224; la politique r&#233;volutionnaire. Sur la base de quel programme pouvait-on dans ce domaine imaginer une coop&#233;ration ? Qu'est-ce que ces messieurs auraient pu apporter &#224; l'activit&#233; du conseil, mis &#224; part une opposition syst&#233;matique, des d&#233;bats sans fin et la d&#233;moralisation interne ? Qu'auraient-ils pu nous donner, &#224; part des avertissements et des conseils dont il y avait d&#233;j&#224; suffisamment dans la presse lib&#233;rale ? Il est bien possible que les cadets et les octobristes aient eu &#224; leur disposition la vraie &#171; raison d'Etat &#187; ; cela n'emp&#234;che que le conseil ne pouvait pas se transformer en un club de pol&#233;miques politiques et d'&#233;ducation mutuelle &#8212; il fallait qu'il soit un organe de lutte, et il le resta.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que, pour le conseil, la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale et elle seule &#233;tait la condition pr&#233;alable de l'insurrection, o&#249; les &#233;l&#233;ments non prol&#233;tariens pouvaient trouver leur place &#224; c&#244;t&#233; des ouvriers ; alors que le conseil demandait &#224; tous les groupes r&#233;volutionnaires de pr&#233;parer la gr&#232;ve directement et imm&#233;diatement avec lui, le lib&#233;ralisme bourgeois voyait dans la gr&#232;ve politique, &#224; laquelle par nature il ne pouvait prendre de part active, une m&#233;thode de lutte ayant perdu toute efficacit&#233; et exigeait la part du lion dans la direction d'une lutte dont le prol&#233;tariat devait supporter tout le poids.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'est-ce que les repr&#233;sentants du lib&#233;ralisme bourgeois et de la d&#233;mocratie bourgeoise pouvaient ajouter &#224; la puissance du conseil ? Comment auraient-ils pu enrichir ses m&#233;thodes de lutte ? Il suffit de se rappeler le r&#244;le qu'ils ont jou&#233; en octobre, en novembre, en d&#233;cembre, il suffit de se souvenir de la r&#233;sistance que ces &#233;l&#233;ments ont pu opposer &#224; la dissolution de leur douma, pour comprendre que le conseil pouvait et devait rester une organisation de classe, c'est-&#224;-dire une organisation de lutte. Des d&#233;put&#233;s bourgeois pouvaient augmenter son importance num&#233;rique, mais ils &#233;taient absolument incapables d'augmenter sa puissance.&lt;br class='autobr' /&gt;
6&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La t&#226;che centrale de la r&#233;volution est la lutte pour le pouvoir. Ces cinquante journ&#233;es et leur conclusion sanglante n'ont pas seulement montr&#233; que la Russie des villes &#233;tait une base trop &#233;troite pour cette lutte, mais aussi que, dans les limites de la r&#233;volution urbaine, une organisation locale ne peut assumer la direction du prol&#233;tariat. La lutte du prol&#233;tariat au nom de t&#226;ches nationales exigeait une organisation de classe d'envergure nationale. Le conseil de P&#233;tersbourg &#233;tait une organisation locale. Mais le besoin d'une organisation centrale &#233;tait tel que, bon gr&#233; mal gr&#233;, il dut en assumer les fonctions. Il fit de ce point de vue tout ce qu'il put, mais il resta cependant avant tout le conseil des d&#233;put&#233;s de P&#233;tersbourg. D&#233;j&#224; &#224; l'&#233;poque du premier conseil apparut nettement et avec force la n&#233;cessit&#233; d'un congr&#232;s ouvrier panrusse, qui aurait immanquablement entra&#238;n&#233; la fondation d'un organe dirigeant central. La d&#233;faite de d&#233;cembre emp&#234;cha que cette t&#226;che f&#251;t men&#233;e &#224; bien. Elle resta comme un legs de cette p&#233;riode de cinquante jours. L'id&#233;e du conseil s'ancra dans l'intelligence ouvri&#232;re, de m&#234;me que la n&#233;cessit&#233; pr&#233;alable de l'irruption r&#233;volutionnaire des masses. L'exp&#233;rience montra que le conseil n'est pas adapt&#233; ni possible dans toutes les circonstances. L'organisation du conseil signifie objectivement que l'on cr&#233;e la possibilit&#233; de d&#233;sorganiser le gouvernement, signifie l'organisation de l'&#171; anarchie &#187;, par cons&#233;quent la condition n&#233;cessaire &#224; un conflit r&#233;volutionnaire. Si donc une p&#233;riode de calme plat pour la r&#233;volution et de triomphe d&#233;mesur&#233; de la r&#233;action exclut la possibilit&#233; d'un organe des masses d&#233;clar&#233;, &#233;lu, influent, il n'y a aucun doute que le prochain nouvel assaut de la r&#233;volution entra&#238;nera partout la constitution de conseils ouvriers. Le conseil ouvrier panrusse, organis&#233; par tout le rassemblement de tous les ouvriers du territoire, prendra en main la direction des organisations locales &#233;lues du prol&#233;tariat. Bien entendu, l'essentiel n'est pas le nom et les d&#233;tails des organisations ; c'est la t&#226;che qui consiste &#224; diriger de fa&#231;on d&#233;mocratiquement centralis&#233;e le prol&#233;tariat dans la lutte pour faire passer le pouvoir dans les mains du peuple. L'histoire ne se r&#233;p&#232;te pas, et le nouveau conseil n'aura plus &#224; parcourir le cycle des &#233;v&#233;nements de ces cinquante jours, mais de cette p&#233;riode, il pourra tirer un programme d'activit&#233; complet. Et ce programme est parfaitement clair :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; coop&#233;ration r&#233;volutionnaire avec l'arm&#233;e, la paysannerie et les couches pl&#233;b&#233;iennes de la bourgeoisie urbaine ;&lt;br class='autobr' /&gt; abolition de l'absolutisme ; destruction de son organisation mat&#233;rielle : en partie bouleversement, en partie dissolution imm&#233;diate de l'arm&#233;e, an&#233;antissement de l'appareil policier bureaucratique ;&lt;br class='autobr' /&gt; journ&#233;e de huit heures ;&lt;br class='autobr' /&gt; armement de la population et, surtout, du prol&#233;tariat ;&lt;br class='autobr' /&gt; transformation des administrations en organes d'auto-administration des villes ; fondation de conseils de d&#233;put&#233;s paysans comme organes locaux de la r&#233;volution agraire ;&lt;br class='autobr' /&gt; organisation des &#233;lections &#224; l'Assembl&#233;e constituante et campagne &#233;lectorale sur la base d'un programme d&#233;termin&#233; de travaux de la repr&#233;sentation populaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un plan de ce genre est plus facile &#224; formuler qu'&#224; mettre en pratique. Mais, si la r&#233;volution doit vaincre, le prol&#233;tariat russe sera oblig&#233; de suivre pr&#233;cis&#233;ment ce programme. Il d&#233;ploiera une activit&#233; r&#233;volutionnaire comme le monde n'en a encore jamais vu. L'histoire de ces cinquante journ&#233;es ne sera plus alors qu'une page bien p&#226;le dans le grand livre de la lutte et de la victoire du prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>De nombreux t&#233;moignages r&#233;volutionnaires sur la R&#233;volution d'Octobre 1917</title>
		<link>https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8265</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8265</guid>
		<dc:date>2026-07-14T22:47:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Russie</dc:subject>
		<dc:subject>1917-1919</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;volution</dc:subject>
		<dc:subject>Gilets jaunes, auto-organisation, comit&#233;s de gr&#232;ve, conseils ouvriers, assembl&#233;e interprofessionnelle, soviet</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;De nombreux t&#233;moignages r&#233;volutionnaires sur la R&#233;volution d'Octobre 1917 &lt;br class='autobr' /&gt;
Trotsky : Je commencerai mes souvenirs par la s&#233;ance de la section des soldats. &lt;br class='autobr' /&gt;
(Je ne me souviens plus exactement de quoi il s'agissait, du pr&#233;sidium de la section des soldats ou du comit&#233; ex&#233;cutif du Soviet de Saint-P&#233;tersbourg.) &lt;br class='autobr' /&gt;
Au cours de cette s&#233;ance, on apprit que l'&#233;tat-major du district militaire exigeait l'envoi au front d'environ un tiers des r&#233;giments de la garnison de Saint-P&#233;tersbourg. Il s'agissait (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique30" rel="directory"&gt;4&#232;me chapitre : R&#233;volutions prol&#233;tariennes jusqu'&#224; la deuxi&#232;me guerre mondiale&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot25" rel="tag"&gt;Russie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot39" rel="tag"&gt;1917-1919&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot45" rel="tag"&gt;R&#233;volution&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot300" rel="tag"&gt;Gilets jaunes, auto-organisation, comit&#233;s de gr&#232;ve, conseils ouvriers, assembl&#233;e interprofessionnelle, soviet&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;De nombreux t&#233;moignages r&#233;volutionnaires sur la R&#233;volution d'Octobre 1917&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Trotsky : Je commencerai mes souvenirs par la s&#233;ance de la section des soldats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Je ne me souviens plus exactement de quoi il s'agissait, du pr&#233;sidium de la section des soldats ou du comit&#233; ex&#233;cutif du Soviet de Saint-P&#233;tersbourg.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au cours de cette s&#233;ance, on apprit que l'&#233;tat-major du district militaire exigeait l'envoi au front d'environ un tiers des r&#233;giments de la garnison de Saint-P&#233;tersbourg. Il s'agissait probablement d'une s&#233;ance du Comit&#233; ex&#233;cutif ; y &#233;taient pr&#233;sents le socialiste-r&#233;volutionnaire de gauche Verba et, parmi nos hommes, Mekhonochine et Sadovsky.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s que la nouvelle fut connue, nous commen&#231;&#226;mes &#224; d&#233;lib&#233;rer &#224; voix basse, constatant qu'il s'agissait de l'&#233;limination des r&#233;giments les plus r&#233;volutionnaires et les plus bolcheviques. L'important &#233;tait donc de tirer le meilleur parti de ce projet, car la question de l'insurrection arm&#233;e &#233;tait d&#233;j&#224; tranch&#233;e. Nous d&#233;clar&#226;mes que nous &#233;tions pr&#234;ts &#224; nous soumettre aux exigences de la guerre, mais qu'il &#233;tait n&#233;cessaire de v&#233;rifier au pr&#233;alable s'il n'y avait pas une ruse de Kornilov derri&#232;re tout cela. Il fut donc d&#233;cid&#233; d'&#233;laborer un projet de r&#233;solution visant &#224; cr&#233;er un organisme sp&#233;cial charg&#233; de v&#233;rifier, d'un point de vue militaire, si ces exigences correspondaient r&#233;ellement au front ou s'il s'agissait d'un stratag&#232;me politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La section des soldats &#233;tait l'organe politique de la garnison et n'&#233;tait pas adapt&#233;e &#224; cette t&#226;che. C'est pourquoi nous avons organis&#233;, &#224; cette fin, une sorte de contre-&#233;tat-major, institution purement militaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les mencheviks nous ont alors interpell&#233;s pour savoir si, avec notre organisation, nous ne rompions pas avec l'&#201;tat-major du district militaire de P&#233;tersbourg. Nous avons r&#233;pondu par la n&#233;gative et avons d&#233;clar&#233; que nous laissions notre repr&#233;sentant y rester.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; cette s&#233;ance &#233;tait pr&#233;sent le socialiste-r&#233;volutionnaire de gauche Lazimir (qui mourut plus tard sur le front sud de la Russie), un jeune camarade qui avait travaill&#233; au Commissariat de l'ancienne arm&#233;e. Il &#233;tait l'un de ces socialistes-r&#233;volutionnaires de gauche qui nous avaient suivis d&#232;s le d&#233;part. Lors de cette s&#233;ance, il nous a soutenus et nous nous sommes accroch&#233;s &#224; lui. De ce fait, la demande de cr&#233;ation d'un Comit&#233; de guerre r&#233;volutionnaire semblait venir non pas de notre camp, mais de celui d'un socialiste-r&#233;volutionnaire de gauche. Les vieux mencheviks, plus experts en questions politiques, commenc&#232;rent &#224; dire que tout cela n'&#233;tait que l'organisation du soul&#232;vement arm&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi ces derniers se trouvait un vieux menchevik bien connu, ancien membre de leur Comit&#233; central, qui nous d&#233;non&#231;a alors avec un acharnement particulier. En bref, nous propos&#226;mes &#224; Lazimir de r&#233;diger un plan du Comit&#233; de guerre r&#233;volutionnaire, ce qu'il accepta. Avait-il devin&#233; qu'il s'agissait d'un complot, ou refl&#233;tait-il simplement les sentiments r&#233;volutionnaires amorphes des socialistes-r&#233;volutionnaires de gauche ? Je l'ignore. Je penche plut&#244;t pour la seconde hypoth&#232;se. Quoi qu'il en soit, il s'appliqua &#224; cette t&#226;che, tandis que les autres socialistes-r&#233;volutionnaires adopt&#232;rent une attitude d'attente et de suspicion, sans toutefois le g&#234;ner dans son travail. Apr&#232;s qu'il eut pr&#233;sent&#233; son projet, nous le corrige&#226;mes en dissimulant autant que possible son caract&#232;re insurrectionnel. Le lendemain soir, le projet fut soumis au Soviet de P&#233;tersbourg et adopt&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question de la cr&#233;ation d'un Comit&#233; de guerre r&#233;volutionnaire avait &#233;t&#233; soulev&#233;e par l'organisation militaire des bolcheviks. En septembre 1917, alors qu'elle discutait de l'organisation d'un soul&#232;vement arm&#233;, elle conclut qu'il &#233;tait indispensable de cr&#233;er un organisme sovi&#233;tique extra-parti pour diriger l'insurrection. J'ai inform&#233; le camarade L&#233;nine de cette d&#233;cision. Le moment &#233;tait particuli&#232;rement favorable pour nous. Dans l'appartement d'un des Rakhias, ou dans un appartement indiqu&#233; par le camarade Rakhia, se tenait une s&#233;ance du Comit&#233; central, &#224; laquelle assistait M. I. Kalinine. (Je me suis sans doute tromp&#233; en disant que le jour de l'insurrection avait &#233;t&#233; fix&#233; par le Comit&#233; central ; que l'insurrection aurait lieu, personne n'en doutait, mais la discussion de cette question au Comit&#233; central n'a eu lieu qu'apr&#232;s la naissance du Comit&#233; de guerre r&#233;volutionnaire.) Lors de cette s&#233;ance, nous avons discut&#233; la question et, nous basant sur les faits, nous sommes arriv&#233;s &#224; la conclusion que si un fait aussi important que le d&#233;placement de la garnison pouvait amener le conflit au point d'une r&#233;volution ouverte, alors c'&#233;tait pr&#233;cis&#233;ment cette circonstance qui nous aiderait &#224; aller vers les modalit&#233;s choisies pour la r&#233;volution, car nous avions form&#233; le plan de l'accomplir par de simples voies d'une conspiratives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette id&#233;e s'est impos&#233;e tout naturellement, d'autant plus que la majorit&#233; de la garnison nous &#233;tait gagn&#233;e et qu'il fallait concr&#233;tiser cet &#233;tat d'esprit. &#192; ce moment-l&#224;, nous &#233;tions face &#224; une situation purement militaire, celle d'un grand conflit, sur la base duquel l'intervention pouvait &#234;tre lanc&#233;e. Quelqu'un ici se souvient peut-&#234;tre de la date &#224; laquelle la d&#233;cision du Comit&#233; central &#224; ce sujet a &#233;t&#233; adopt&#233;e ? Ce devait &#234;tre d&#233;but octobre, vers le 10, ou peut-&#234;tre avant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Podvoisky : Le 9, ou un peu plus tard, apr&#232;s le 12.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trotsky : Non, car le deuxi&#232;me congr&#232;s des Soviets &#233;tait fix&#233; au 25. J'ai dit que nous avions fix&#233; le soul&#232;vement arm&#233; au 25 &#233;galement, mais il semblait qu'il restait encore un d&#233;lai assez long avant cette date.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kozmin : Le 18, il y a eu l'interpellation de Martov : &#171; Qu'est-ce que ce Comit&#233; de guerre r&#233;volutionnaire ? &#187; &#8211; Et vous avez r&#233;pondu par la question : &#171; Qui a donn&#233; &#224; Martov le droit de nous interpeller de cette mani&#232;re ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trotsky : C'est exact. Mais je dis que la s&#233;ance du Comit&#233; ex&#233;cutif, o&#249; il fut d&#233;cid&#233; en principe d'organiser le Comit&#233;, s'est tenue avant m&#234;me la s&#233;ance d&#233;cisive du Comit&#233; central ; et si vous dites que la s&#233;ance du Comit&#233; central s'est tenue le 10 ou le 12, la d&#233;cision aurait pu &#234;tre prise le 7. Ce n'est qu'une approximation. Quant au Comit&#233; de guerre lui-m&#234;me, si on me demandait de r&#233;v&#233;ler sa composition, je ne pourrais plus le dire, m&#234;me sous peine de mort, m&#234;me si j'y ai jou&#233; un r&#244;le important. Mais cette affaire &#233;tait devenue un bloc de trois partis et, en bref, chaque parti fournissait ses hommes, envoyait des rempla&#231;ants pour remplacer ceux qui &#233;taient fatigu&#233;s, de sorte qu'il est tr&#232;s difficile d'en nommer les membres officiels. Les noms pourraient &#234;tre &#233;tablis &#224; partir des journaux. Le camarade Joffe en &#233;tait-il membre officiel ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une voix : Il l'&#233;tait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trotsky : Et Uritsky ? Il a beaucoup travaill&#233; l&#224;-dessus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Podvoisky : Unschlicht s'est r&#233;v&#233;l&#233; surtout apr&#232;s la r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trotsky : Lazimir a fait beaucoup de travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kozmin : Je me souviens qu'apr&#232;s le 18 octobre, le Conseil a tenu des sessions incessantes, au cours desquelles vous avez donn&#233; des ordres concernant la distribution [d'armes]. Pourriez-vous nous en dire plus &#224; ce sujet, nous expliquer comment tout cela s'est d&#233;roul&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trotsky : Concernant les armes, voici comment les choses se pass&#232;rent. La premi&#232;re source d'approvisionnement en armes fut l'usine de Siestrorietsk. Lorsqu'une d&#233;l&#233;gation d'ouvriers arrivait en d&#233;clarant avoir besoin d'armes, je disais : &#171; Mais l'arsenal n'est pas entre nos mains. &#187; Et ils r&#233;pondaient : &#171; Nous sommes all&#233;s &#224; l'usine de Siestrorietsk. &#187; &#171; Alors ? &#187; Ils r&#233;pondaient : &#171; Si le Soviet l'ordonne, nous les donnerons. &#187; Ce fut la premi&#232;re exp&#233;rience. J'ai pass&#233; commande de 5 000 fusils et ils les ont re&#231;us le jour m&#234;me. Et tous les journaux bourgeois ont publi&#233; la nouvelle. Je me souviens tr&#232;s bien que le Novo&#239;&#233; Vremia en a parl&#233; dans un article, peut-&#234;tre m&#234;me dans un &#233;ditorial. Et ce seul fait a l&#233;galis&#233; nos commandes d'armes. Par la suite, tout s'est acc&#233;l&#233;r&#233;. Apr&#232;s la r&#233;volution, lorsque nous, le Comit&#233; de guerre r&#233;volutionnaire, avons commenc&#233; &#224; nommer des commissaires dans toutes les institutions militaires, dans tous les corps de troupe de la garnison et dans tous les commissariats o&#249; il y avait des armes, nos commissaires ont remis l'organisation militaire au parti et la disposition des armes est pass&#233;e naturellement entre nos mains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me souviens encore d'un incident peu important, mais pittoresque. C'&#233;tait au moment o&#249; nous essayions de nous organiser militairement dans le b&#226;timent m&#234;me de Smolny. Le d&#233;tachement de mitrailleurs, charg&#233; de ses fonctions par Kerensky, ne s'est pas r&#233;v&#233;l&#233; tr&#232;s utile, m&#234;me si les mitrailleurs &#233;taient devenus bolcheviks au moment de la r&#233;volution. Grekov &#233;tait alors le commandant de Smolny. Il passait pour un socialiste-r&#233;volutionnaire syndicaliste et fut souvent emprisonn&#233; sous les bolcheviks. &#192; cette &#233;poque, il nous &#233;tait tr&#232;s hostile. Apr&#232;s une r&#233;union &#224; la forteresse Pierre-et-Paul, o&#249; j'ai acquis la certitude que nous allions non seulement vers la victoire, mais vers une victoire presque sans r&#233;sistance, Grekov, me conduisant en automobile, m'a dit : &#171; Certes, vous pourriez faire un coup d'&#201;tat , mais cela ne durerait pas longtemps ; vous seriez &#233;touff&#233;s. &#187; Et il ne voulait pas s'associer &#224; nous. Mais le commandant du d&#233;tachement est venu vers moi et m'a dit : &#171; Nous sommes avec vous. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais lorsque nous avons commenc&#233; &#224; examiner les mitrailleuses, nous avons constat&#233; qu'elles &#233;taient toutes hors d'usage. Les soldats &#233;taient &#233;puis&#233;s et, de m&#234;me, inaptes au combat. Nous avons d&#233;cid&#233; d'introduire &#224; Smolny une compagnie de mitrailleurs, je ne sais plus laquelle. Ce n'est qu'&#224; l'aube du 25 que cette compagnie est arriv&#233;e. Un nombre insignifiant de mencheviks et de socialistes-r&#233;volutionnaires se trouvaient encore &#224; Smolny. &#192; l'aube, aucun de nous n'avait encore dormi. T&#244;t le matin, l'air &#233;tait brumeux, la tension nerveuse &#8211; et soudain, dans le couloir, ces mitrailleuses : rrrrrrrr&#8230; Les mencheviks se regardaient, p&#226;les, alarm&#233;s. Le moindre bruit cr&#233;ait l'alarme. Et dans les couloirs, des tr&#233;pignements et une agitation g&#233;n&#233;rale. C'est alors que les mencheviks &#233;vacu&#232;rent d&#233;finitivement Smolny.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 25, le Deuxi&#232;me Congr&#232;s des Soviets s'ouvrit. C'est alors que Dan et Skobelev arriv&#232;rent &#224; Smolny et travers&#232;rent la pi&#232;ce o&#249; je logeais avec Vladimir Ilitch. Ce dernier &#233;tait emmitoufl&#233; dans un mouchoir comme s'il avait mal aux dents, portait d'&#233;normes lunettes, une casquette en lambeaux et avait une allure plut&#244;t &#233;trange. Mais Dan, &#224; l'&#339;il exerc&#233; et per&#231;ant, regarda autour de lui lorsqu'il nous aper&#231;ut, donna un coup de coude &#224; Skobelev, lui fit un clin d'&#339;il et poursuivit sa route. Vladimir Ilitch me donna &#233;galement un coup de coude : &#171; Ils nous ont reconnus, ces canailles ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons poursuivi le jeu du Comit&#233; de guerre r&#233;volutionnaire avec l'&#201;tat-major du district militaire. Nous avons discut&#233; des relations &#224; &#233;tablir avec les commissaires afin d'&#233;viter toute friction entre la section des soldats et la garnison. Ils ont propos&#233; que leur commissaire soit &#233;galement commissaire du district militaire. La nomination de nos commissaires dans les r&#233;giments ne les a pas contrari&#233;s, &#224; condition qu'ils ob&#233;issent &#224; leur commissaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Podvoisky : La s&#233;ance d&#233;cisive o&#249; Zinoviev et Kamenev protest&#232;rent contre l'insurrection eut lieu le 13.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trotsky : Cette s&#233;ance eut lieu dans l'appartement du menchevik Soukhanov. C'&#233;tait la nuit du 14. Mais si c'&#233;tait bien cette date, camarades, il ne restait que tr&#232;s peu de temps entre le congr&#232;s sovi&#233;tique et la s&#233;ance o&#249; fut prononc&#233; le discours de Martov. Non, c'&#233;tait avant. La premi&#232;re fois que les socialistes-r&#233;volutionnaires arriv&#232;rent de l'&#233;tat-major du district militaire et annonc&#232;rent l'ordre de d&#233;part de trois r&#233;giments, ce fut au Comit&#233; ex&#233;cutif. Ou peut-&#234;tre au Comit&#233; ex&#233;cutif de la section des soldats ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sadovsky : Je crois que c'&#233;tait au pr&#233;sidium. Il y avait une s&#233;ance sous la pr&#233;sidence de Zavadye.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trotsky : Je n'ai pas assist&#233; &#224; la r&#233;union des militants responsables. J'ai assist&#233; &#224; la r&#233;union pr&#233;liminaire avec le camarade L&#233;nine, &#224; laquelle &#233;taient pr&#233;sents Zinoviev et Kalinine. Lorsqu'on a demand&#233; &#224; Kalinine si les ouvriers &#233;taient pr&#234;ts pour le soul&#232;vement, il a r&#233;pondu par l'affirmative, affirmant que nous ne devions pas laisser passer ce moment. En m&#234;me temps, la conversation avec Vladimir Ilitch a plut&#244;t port&#233; sur le moment o&#249; l'insurrection devait commencer. Une p&#233;riode pr&#233;cise a &#233;t&#233; fix&#233;e jusqu'au d&#233;but de l'insurrection, au moyen d'une conspiration militaire, utilisant tous les &#233;v&#233;nements, y compris le d&#233;part de la garnison. Pour Vladimir Ilitch, venu de Finlande, les &#233;v&#233;nements qui se d&#233;roulaient n'&#233;taient pas suffisamment clairs, de sorte que nous n'avons eu que des d&#233;lib&#233;rations. Cette s&#233;ance a eu lieu apr&#232;s un conseil des militants responsables chez Soukhanov. &#201;taient pr&#233;sents : L&#233;nine, Zinoviev, Kamenev, Lomov, Yakovleva, Sverdlov. De Moscou, Oppokov ; Je crois que Noguine n'&#233;tait pas l&#224;, Rykov non plus, Staline y &#233;tait, et Shaoumian, il me semble, aussi. Aucun proc&#232;s-verbal n'a &#233;t&#233; dress&#233;. Seuls les votes ont &#233;t&#233; compt&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les discussions portaient sur les principes et les camarades qui s'opposaient &#224; l'insurrection arm&#233;e &#233;taient plus nombreux que pr&#233;vu. Dans leur argumentation, ils allaient jusqu'&#224; rejeter le pouvoir des Soviets. Les objections se r&#233;sumaient &#224; ceci : le soul&#232;vement arm&#233; peut aboutir, mais apr&#232;s ? Apr&#232;s, nous ne pourrons pas tenir pour des raisons &#233;conomiques et sociales, etc. Ainsi, la discussion fut assez approfondie. Des parall&#232;les furent &#233;tablis avec les journ&#233;es de juillet, on affirma que les masses pourraient ne pas descendre dans la rue et que nous battrions en retraite. Entre autres arguments, on disait que nous ne pourrions jamais r&#233;soudre le probl&#232;me alimentaire, que nous sombrerions dans la premi&#232;re quinzaine, que P&#233;tersbourg resterait une petite &#238;le, que le Comit&#233; ex&#233;cutif des cheminots, les techniciens, les sp&#233;cialistes, les intellectuels, nous tiendraient &#224; la gorge. Les discussions furent tr&#232;s passionn&#233;es, mais j'ai du mal &#224; me souvenir de tous les arguments. Le plus frappant, camarades, c'est que lorsqu'ils ont commenc&#233; &#224; nier la possibilit&#233; d'un soul&#232;vement arm&#233;, les opposants, dans le feu de la discussion, en sont venus &#224; rejeter l'id&#233;e du pouvoir sovi&#233;tique. Nous leur avons demand&#233; : &#171; Alors, quelle est votre position ? &#187; Ils ont r&#233;pondu : &#171; Poursuivre l'agitation, la propagande, discipliner les masses. &#187; &#8211; &#171; Et apr&#232;s ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne me souviens plus de la r&#233;partition des voix, mais je sais qu'il y avait cinq ou six voix contre et quelque chose comme neuf voix pour l'insurrection.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne garantis bien s&#251;r pas l'exactitude des chiffres. La s&#233;ance a dur&#233; toute la nuit. Nous nous sommes s&#233;par&#233;s &#224; l'aube. Quelques camarades et moi sommes rest&#233;s dormir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y avait deux nuances concernant l'insurrection. D'un c&#244;t&#233;, les P&#233;tersbourgeois (ceux qui travaillaient au Soviet de Saint-P&#233;tersbourg) faisaient d&#233;pendre le sort du soul&#232;vement du conflit r&#233;sultant de l'&#233;vacuation de la garnison de la ville. Vladimir Ilitch ne craignait pas le soul&#232;vement et insistait m&#234;me pour qu'il ait lieu, mais il ne voulait pas le laisser d&#233;pendre exclusivement de l'&#233;volution du conflit &#224; Saint-P&#233;tersbourg. Ce n'&#233;tait plus une nuance, mais plut&#244;t un point de vue ferme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre position &#233;tait celle de P&#233;tersbourg, c'est-&#224;-dire que P&#233;tersbourg m&#232;nerait l'affaire de cette mani&#232;re ; mais L&#233;nine s'&#233;carta de son point de vue d'un soul&#232;vement g&#233;n&#233;ral dans tout le pays tout en n'accordant pas une si grande place au soul&#232;vement de la garnison de P&#233;tersbourg.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La date du soul&#232;vement fut fix&#233;e au 15 octobre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Podvoisky : Si je me souviens bien, je crois que la s&#233;ance a eu lieu plus t&#244;t, sinon il y aurait eu un retard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trotsky : La r&#233;union des militants responsables eut sans doute lieu apr&#232;s la r&#233;union du Comit&#233; central, alors que la question &#233;tait d&#233;j&#224; r&#233;solue. C'est alors que Zinoviev et Kamenev furent autoris&#233;s &#224; d&#233;fendre leurs points de vue. Mais la d&#233;cision du Comit&#233; central fut prise. J'en conclus que la r&#233;union du Comit&#233; central eut lieu d&#233;but octobre, le 3, je crois, car je me souviens que le soul&#232;vement &#233;tait pr&#233;vu pour le 15 au plus tard. Une nuance apparut pr&#233;cis&#233;ment concernant la fixation de la date. J'insistai pour que le Comit&#233; de guerre r&#233;volutionnaire soit charg&#233; de pr&#233;parer le moment du soul&#232;vement pour le jour du Congr&#232;s des Soviets. Cela ne suscita pas de grande discussion, mais il fut d&#233;cid&#233; que le soul&#232;vement aurait lieu fin octobre ou d&#233;but novembre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kozmin : Cette d&#233;cision a-t-elle &#233;t&#233; prise avant ou apr&#232;s le d&#233;part des bolcheviks du pr&#233;-Parlement ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trotsky : C'&#233;tait apr&#232;s. Quand ce d&#233;part a-t-il eu lieu ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Podvoisky : En septembre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trotsky : J'ai dit que c'&#233;tait apr&#232;s le d&#233;part des bolcheviks du Pr&#233;-Parlement. Mais je ne peux pas le dire avec pr&#233;cision. Quoi qu'il en soit, cette d&#233;cision a &#233;t&#233; prise apr&#232;s la s&#233;ance de la fraction o&#249; la question &#233;tait d&#233;battue : devions-nous entrer ou non au Pr&#233;-Parlement ? J'&#233;tais partisan du boycott. Rykov ne partageait pas mon point de vue. Ce n'est que plus tard que nous avons re&#231;u une lettre de L&#233;nine en Finlande, dans laquelle il se pronon&#231;ait en faveur du boycott. Apr&#232;s cela, la s&#233;ance du Comit&#233; central a sembl&#233; marquer un effort pour entrer dans les d&#233;tails, mettre les points sur les &#171; i &#187;. Dans le comportement des noyaux du parti, dans les r&#233;giments, parmi les commissaires, nous avons senti une certaine ind&#233;cision&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1920/11/Nlleinter.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Un&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/hrrusse/hrr47.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Deux&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/raskolnikov/works/1925/00/Raskolnikov_1925.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Trois&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1919/09/lt_19190914.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Quatre&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1929/10/lt19291017.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Cinq&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1924/09/19240915.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Six&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/hrrusse/octobre.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Sept&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/preobrajensky/works/1921/02/base.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Huit&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1924/09/lecons.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Neuf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3646&#034;&gt;Dix&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6453&#034;&gt;Onze&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5798&#034;&gt;Douze&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4845&#034;&gt;Treize&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6455&#034;&gt;Quatorze&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article511&#034;&gt;Quinze&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6363&#034;&gt;Seize&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4425&#034;&gt;Dix-sept&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4495&#034;&gt;Dix-huit&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6698&#034;&gt;Dix-neuf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6924&#034;&gt;Vingt&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.lefigaro.fr/histoire/archives/2017/11/06/26010-20171106ARTFIG00179-le-recit-d-un-petit-francais-egare-dans-le-chaos-de-la-revolution-russe.php&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Vingt et un&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.internationalism.org/revolution-internationale/201705/9559/temoignage-l-an-i-revolution-russe&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Vingt deux&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5796&#034;&gt;La r&#233;volution d'Octobre a-t-elle &#233;t&#233; un &#233;chec ?&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2317&#034;&gt;Pourquoi Octobre 1917 appartient aux travailleurs d'aujourd'hui comme &#224; ceux d'hier&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Seuls des mis&#233;rables ou des ben&#234;ts peuvent croire que le prol&#233;tariat doit d'abord conqu&#233;rir la majorit&#233; en participant aux &#233;lections organis&#233;es sous le joug de la bourgeoisie, sous le joug de l'esclavage salari&#233;, et apr&#232;s seulement conqu&#233;rir le pouvoir. </title>
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		<dc:date>2026-07-13T22:28:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>L&#233;nine</dc:subject>

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&lt;p&gt;&#171; Seuls des mis&#233;rables ou des ben&#234;ts peuvent croire que le prol&#233;tariat doit d'abord conqu&#233;rir la majorit&#233; en participant aux &#233;lections organis&#233;es sous le joug de la bourgeoisie, sous le joug de l'esclavage salari&#233;, et apr&#232;s seulement conqu&#233;rir le pouvoir. C'est le comble de la stupidit&#233; ou de l'hypocrisie, c'est substituer &#224; la lutte de classes et &#224; la r&#233;volution des votes sous l'ancien r&#233;gime, sous l'ancien pouvoir. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le prol&#233;tariat m&#232;ne sa lutte de classe sans attendre un vote pour (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique78" rel="directory"&gt;1-3 Le r&#233;formisme d'aujourd'hui, du syndicalisme &#224; l'altermondialisme et au d&#233;mocratisme&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot31" rel="tag"&gt;L&#233;nine&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Seuls des mis&#233;rables ou des ben&#234;ts peuvent croire que le prol&#233;tariat doit d'abord conqu&#233;rir la majorit&#233; en participant aux &#233;lections organis&#233;es sous le joug de la bourgeoisie, sous le joug de l'esclavage salari&#233;, et apr&#232;s seulement conqu&#233;rir le pouvoir. C'est le comble de la stupidit&#233; ou de l'hypocrisie, c'est substituer &#224; la lutte de classes et &#224; la r&#233;volution des votes sous l'ancien r&#233;gime, sous l'ancien pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le prol&#233;tariat m&#232;ne sa lutte de classe sans attendre un vote pour d&#233;clencher une gr&#232;ve, encore que pour le succ&#232;s complet de la gr&#232;ve la sympathie de la majorit&#233; des travailleurs (et donc de la majorit&#233; de la population) soit n&#233;cessaire. Le prol&#233;tariat m&#232;ne sa lutte de classe et renverse la bourgeoisie, sans attendre aucun vote pr&#233;alable (organis&#233; par la bourgeoisie et r&#233;alis&#233; sous son joug) ; ce faisant, le prol&#233;tariat sait parfaitement que pour gagner sa r&#233;volution, pour arriver &#224; renverser la bourgeoisie. La sympathie de la majorit&#233; des travailleurs (et donc de la majorit&#233; de la population) est absolument n&#233;cessaire. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Salut aux communistes italiens, fran&#231;ais et allemands&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;10 octobre 1919&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien maigres sont les informations qui nous parviennent de l'&#233;tranger. Le blocus des rapaces imp&#233;rialistes joue &#224; plein, les plus grandes puissances du monde s'abattent sur nous avec violence, afin de r&#233;tablir le pouvoir des exploiteurs. Et toute cette haine bestiale des capitalistes de Russie et du monde entier est, bien entendu, masqu&#233;e par de belles phrases sur la haute valeur de la &#171; d&#233;mocratie &#187; ! Le camp des exploiteurs reste fid&#232;le &#224; lui-m&#234;me : il fait passer la d&#233;mocratie bourgeoise pour la &#171; d&#233;mocratie &#187; en g&#233;n&#233;ral, et tous les philistins, tous les petits bourgeois de faire chorus avec ce camp, tous, jusques et y compris les sieurs Friedrich Adler, Karl Kautsky et la plupart des chefs du Parti social-d&#233;mocrate &#171; ind&#233;pendant &#187; d'Allemagne (c'est-&#224;-dire qui ne d&#233;pend pas du prol&#233;tariat r&#233;volutionnaire, mais d&#233;pend des pr&#233;jug&#233;s petits-bourgeois).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais plus les nouvelles que nous recevons en Russie de l'&#233;tranger se font rares, et plus grande est notre joie de constater les progr&#232;s gigantesques, g&#233;n&#233;ralis&#233;s, du communisme parmi les ouvriers de tous les pays du monde, les progr&#232;s de la rupture de ces masses avec les chefs pourris et tra&#238;tres qui, de Scheidemann &#224; Kautsky , sont pass&#233;s aux c&#244;t&#233;s de la bourgeoisie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au sujet du parti italien, nous avons seulement appris que son Congr&#232;s a vot&#233; &#224; une immense majorit&#233; l'adh&#233;sion &#224; la III&#176; Internationale et le programme de dictature du prol&#233;tariat. Ainsi, le Parti socialiste italien s'est ralli&#233; de fait au communisme, bien que, malheureusement, il ait encore conserv&#233; son ancienne appellation. Salut chaleureux aux ouvriers italiens et &#224; leur parti !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A propos de la France, nous savons seulement que rien qu'&#224; Paris, il existe d&#233;j&#224; deux journaux communistes : l'Internationale , sous la direction de Raymond P&#233;ricat, et le Titre interdit sous la direction de Georges Anquetil [1]. Une s&#233;rie d'organisations prol&#233;tariennes ont d&#233;j&#224; adh&#233;r&#233; &#224; la III&#176; Internationale. Les sympathies des masses ouvri&#232;res sont incontestablement du c&#244;t&#233; du communisme et du pouvoir des Soviets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au sujet des communistes allemands, nous avons seulement appris que dans plusieurs villes il existe une presse communiste. Ces journaux portent souvent le titre de Drapeau Rouge . Le Drapeau Rouge de Berlin para&#238;t ill&#233;galement ; il m&#232;ne une lutte h&#233;ro&#239;que contre les bourreaux Scheidemann-Noske qui, dans leurs actes, se prosternent devant la bourgeoisie, comme se prosternent devant elle les &#171; ind&#233;pendants &#187; dans leurs paroles et dans leur propagande &#171; id&#233;ologique &#187; (petite-bourgeoise).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La lutte h&#233;ro&#239;que du journal communiste berlinois, le Drapeau Rouge , force l'admiration sans r&#233;serve. Voici enfin en Allemagne des socialistes honn&#234;tes et sinc&#232;res, demeur&#233;s fermes et inflexibles malgr&#233; toutes les pers&#233;cutions, malgr&#233; les l&#226;ches assassinats des meilleurs chefs ! Voici enfin des ouvriers communistes en Allemagne qui m&#232;nent une lutte h&#233;ro&#239;que digne en fait d'&#234;tre qualifi&#233;e de &#171; r&#233;volutionnaire &#187; ! Enfin, des profondeurs de la masse prol&#233;tarienne a surgi en Allemagne une force pour laquelle les mots &#171; r&#233;volution prol&#233;tarienne &#187; sont devenus une v&#233;rit&#233; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Salut aux communistes allemands !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Scheidemann et les Kautsky, les Renner et les Friedrich Adler , si grande que soit peut-&#234;tre la diff&#233;rence entre ces messieurs en ce qui concerne leur honn&#234;tet&#233; personnelle, se sont r&#233;v&#233;l&#233;s dans une mesure &#233;gale des petits bourgeois, les plus vils f&#233;lons et tra&#238;tres au socialisme, des partisans de la bourgeoisie, car, en 1912, ils ont tous r&#233;dig&#233; et sign&#233; le Manifeste de B&#226;le sur la guerre imp&#233;rialiste imminente, tous parlaient alors de la &#171; r&#233;volution prol&#233;tarienne &#187; et tous se sont r&#233;v&#233;l&#233;s en fait des d&#233;mocrates petits-bourgeois, les paladins des illusions petites-bourgeoises r&#233;publicaines et d&#233;mocratiques bourgeoises, les auxiliaires de la bourgeoisie contre-r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les pers&#233;cutions forcen&#233;es qui se sont abattues sur les communistes allemands les ont aguerris. S'ils sont aujourd'hui jusqu'&#224; un certain point dissoci&#233;s, cela atteste l'envergure et le caract&#232;re de masse de leur mouvement, la puissance de l'&#233;lan du communisme jailli des profondeurs des masses ouvri&#232;res. La dissociation est in&#233;vitable pour un mouvement aussi furieusement pers&#233;cut&#233; par les bourgeois contre-r&#233;volutionnaires et leurs valets, les Scheidemann-Noske et qui est contraint de s'organiser ill&#233;galement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est naturel d'autre part qu'un mouvement qui grandit aussi vite et qui est pers&#233;cut&#233; avec cet acharnement suscite des divergences assez aigu&#235;s. Il n'y a l&#224; rien de terrible. C'est une maladie de croissance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que les Scheidemann et les Kautsky exultent dans leurs journaux Vorw&#228;rts et Freiheit &#224; propos des divergences entre communistes. A ces paladins du philistinisme pourri, il ne reste rien d'autre &#224; faire qu'&#224; masquer leur pourriture par des insinuations &#224; l'adresse des communistes. Mais, si l'on envisage le fond de la question, Il faut &#234;tre aveugle pour ne pas voir maintenant la v&#233;rit&#233;. Et cette v&#233;rit&#233;, c'est que les scheidemaniens et les kautskistes ont le plus bassement trahi la r&#233;volution prol&#233;tarienne en Allemagne, ils l'ont trahie, ils sont passes en fait dans le camp de la bourgeoisie contre-r&#233;volutionnaire. Dans son excellente brochure Entre la premi&#232;re et la deuxi&#232;me r&#233;volution, Heinrich Laufenberg l'a montr&#233; et d&#233;montr&#233; avec une vigueur, une pr&#233;cision, une clart&#233;, une force de persuasion remarquables. Les divergences entre scheidemaniens et kautskistes sont des divergences de partis en d&#233;composition, agonisants, o&#249; les chefs restent sans masse, les g&#233;n&#233;raux sans arm&#233;e. La masse abandonne les scheidemaniens et passe aux kautskistes, &#224; cause de leur aile gauche (on peut s'en convaincre en consultant n'importe quel compte-rendu de r&#233;union de masse) ; or, cette aile gauche allie sans &#233;gard aux principes, peureusement, les vieux pr&#233;jug&#233;s de la petite bourgeoisie sur la d&#233;mocratie parlementaire &#224; la reconnaissance communiste de la r&#233;volution prol&#233;tarienne, de la dictature du prol&#233;tariat, du pouvoir des Soviets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sous la pression des masses, les chefs pourris des &#171; Ind&#233;pendants &#187; reconnaissent tout cela en paroles, mais ils restent en fait des d&#233;mocrates petits-bourgeois, des &#171; socialistes &#187; du type Louis Blanc et autres nigauds de 1848, que Marx a si impitoyablement raill&#233;s et stigmatis&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces divergences-l&#224; sont en effet inconciliables. Entre les petits bourgeois qui, comme ceux de 1848, vouent un culte &#224; la &#171; d&#233;mocratie &#187; bourgeoise dont ils ne saisissent pas le caract&#232;re bourgeois, et les r&#233;volutionnaires prol&#233;tariens, la paix ne saurait s'instaurer. Ils ne peuvent travailler en commun. Haase et Kautsky, Friedrich Adler et Otto Bauer peuvent tourner et virer autant qu'il leur plaira, noircir des montagnes de papier, prononcer d'interminables discours, ils ne sauraient escamoter le fait qu'ils se montrent pratiquement absolument incapables de comprendre la dictature du prol&#233;tariat et le pouvoir sovi&#233;tique, qu'ils sont pratiquement des d&#233;mocrates petits-bourgeois, des &#171; socialistes &#187; &#224; la mani&#232;re de Louis Blanc et de Ledru-Rollin, que, dans le meilleur des cas, ils sont en fait un jouet entre les mains de la bourgeoisie et, dans le pire, ses serviteurs directs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#171; ind&#233;pendants &#187;, les kautskistes, les social-d&#233;mocrates autrichiens sont en apparence un parti unique ; en fait, la masse des membres de leur parti n'est pas solidaire des chefs quant au fond, dans les questions principales, essentielles. La masse engagera la lutte r&#233;volutionnaire prol&#233;tarienne pour le pouvoir des Soviets, d&#232;s que viendra le moment d'une nouvelle crise, tandis que les &#171; chefs &#187; demeureront, alors comme aujourd'hui, des contre-r&#233;volutionnaires. Rester assis entre deux chaises n'est pas difficile en paroles, et Hilferding en Allemagne, Friedrich Adler en Autriche, offrent de magnifiques exemples de la noblesse de cet art.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, dans le feu de la lutte r&#233;volutionnaire, les hommes occup&#233;s &#224; concilier l'inconciliable seront comme des bulles de savon. &#199;'a &#233;t&#233; le cas de tous les h&#233;ros &#171; socialistes &#187; de 1848, &#231;'a &#233;t&#233; le cas de leurs propres fr&#232;res, les mench&#233;viks et les socialistes-r&#233;volutionnaires de Russie, en 1917-1919, c'est le cas de tous les paladins de la II&#176; Internationale, Internationale de Berne ou Internationale jaune.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les divergences entre communistes sont d'un autre ordre. Ceux-l&#224; seuls qui s'y refusent ne peuvent pas voir de diff&#233;rence essentielle. Ce sont des divergences entre les repr&#233;sentants d'un mouvement de masse rapidement accru. Ce sont des divergences sur une seule base essentielle, commune, solide comme le roc : celle de la reconnaissance de la r&#233;volution prol&#233;tarienne, de la lutte contre les illusions d&#233;mocratiques bourgeoises et le parlementarisme d&#233;mocratique bourgeois, de la reconnaissance de la dictature du prol&#233;tariat et du pouvoir des Soviets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur une telle base, les divergences ne sont pas &#224; redouter : c'est une maladie de croissance et non pas une d&#233;cr&#233;pitude s&#233;nile. Le bolch&#233;visme lui-m&#234;me a maintes fois connu des divergences de ce genre et m&#234;me de petites scissions &#224; cause de discussions analogues, mais au moment d&#233;cisif, au moment de la conqu&#234;te du pouvoir et de l'instauration de la R&#233;publique sovi&#233;tique, il s'est montr&#233; uni, il a gagn&#233; &#224; lui ce qu'il y avait de meilleur dans les courants de la pens&#233;e socialiste qui lui &#233;taient proches ; il a ralli&#233; autour de lui toute l'avant-garde du prol&#233;tariat et l'immense majorit&#233; des travailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il en sera de m&#234;me pour les communistes allemands.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les scheidemaniens et les kautskistes continuent &#224; discourir sur la &#171; d&#233;mocratie &#187; en g&#233;n&#233;ral, ils vivent encore dans les id&#233;es de 1848, ils sont des marxistes en paroles, des Louis Blanc dans les faits. Ils dissertent sur la &#171; majorit&#233; &#187;, croyant que l'&#233;galit&#233; des bulletins de vote signifie l'&#233;galit&#233; de l'exploit&#233; et de l'exploiteur, de l'ouvrier et du capitaliste, du pauvre et du riche, de l'affam&#233; et du rassasi&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'apr&#232;s les scheidemaniens et les kautskistes, il appara&#238;t que les d&#233;bonnaires, honn&#234;tes, nobles et paisibles capitalistes n'ont jamais employ&#233; la force de la richesse, la force de l'argent, le pouvoir du capital, le joug de la bureaucratie et de la dictature militaire, mais qu'ils ont r&#233;gl&#233; les affaires v&#233;ritablement &#171; selon la majorit&#233; &#187; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les scheidemaniens et les kautskistes (en partie par hypocrisie, en partie par une extr&#234;me stupidit&#233;, acquise durant des dizaines d'ann&#233;es d'action r&#233;formiste) maquillent la d&#233;mocratie bourgeoise, le parlementarisme bourgeois, la r&#233;publique bourgeoise, en pr&#233;sentant les choses de fa&#231;on &#224; faire croire que les capitalistes r&#232;glent les affaires de l'&#201;tat selon la volont&#233; de la majorit&#233;, et non selon celle du capital, par les moyens de la duperie, de l'oppression, de la violence exerc&#233;e par les riches sur les pauvres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les scheidemaniens et les kautskistes sont pr&#234;ts &#224; &#171; reconna&#238;tre &#187; la r&#233;volution prol&#233;tarienne, mais seulement ainsi : il faut d'abord, tout en maintenant la force, le pouvoir, le joug, les privil&#232;ges du capital et de la richesse, obtenir un vote de la majorit&#233; (l'appareil du pouvoir d'&#201;tat qui organise les &#233;lections &#233;tant bourgeois) &#171; en faveur de la r&#233;volution &#187; !! Il est difficile d'imaginer l'insondable stupidit&#233; petite-bourgeoise que r&#233;v&#232;le cette mani&#232;re de voir, l'insondable cr&#233;dulit&#233; petite-bourgeoise (Vertrauensduselei) &#224; l'&#233;gard des capitalistes, de la bourgeoisie, des g&#233;n&#233;raux, de l'appareil bourgeois du pouvoir d'&#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;alit&#233;, c'est la bourgeoisie pr&#233;cis&#233;ment qui a toujours fait preuve d'hypocrisie en appelant &#171; d&#233;mocratie &#187; l'&#233;galit&#233; purement formelle, alors qu'en r&#233;alit&#233;, elle exer&#231;ait la violence sur les pauvres, les travailleurs, les petits paysans et les ouvriers, par d'innombrables moyens de duperie, d'oppression, etc. La guerre imp&#233;rialiste (que les Scheidemann et les Kautsky ont maquill&#233;e honteusement), a d&#233;voil&#233; tout cela aux yeux de millions d'hommes. La dictature du prol&#233;tariat est l'unique moyen de d&#233;fense des travailleurs contre le joug du capital, contre la violence de la dictature militaire de la bourgeoisie, contre les guerres imp&#233;rialistes. La dictature du prol&#233;tariat est l'unique &#233;tape menant &#224; l'&#233;galit&#233; et &#224; la d&#233;mocratie en fait, non pas sur le papier, mais dans la vie, non pas dans de belles phrases politiques, mais dans la r&#233;alit&#233; &#233;conomique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Scheidemann et les Kautsky ne l'ont pas compris et se sont r&#233;v&#233;l&#233;s de m&#233;prisables tra&#238;tres au socialisme et des d&#233;fenseurs des id&#233;es bourgeoises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le parti kautskiste (ou &#171; ind&#233;pendant &#187;) p&#233;riclite et p&#233;rira bient&#244;t in&#233;luctablement ; il se d&#233;composera par suite des d&#233;saccords entre ses membres, r&#233;volutionnaires dans leur masse, et ses &#171; chefs &#187; contre-r&#233;volutionnaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Parti communiste se renforcera et se trempera, en surmontant pr&#233;cis&#233;ment des divergences pareilles (quant au fond) &#224; celles que connut le bolch&#233;visme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les divergences entre communistes allemands se ram&#232;nent, autant que je puisse en juger, &#224; &#171; l'utilisation des possibilit&#233;s l&#233;gales &#187; (comme s'exprimaient les bolch&#233;viks en 1910-1913), &#224; l'utilisation du parlement bourgeois, des syndicats r&#233;actionnaires, de la &#171; loi sur les Conseils &#187; (Betriebsratgesetz), d&#233;natur&#233;s par les scheidemaniens et les kautskistes, &#224; la participation &#224; ces institutions ou &#224; leur boycottage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous, les bolch&#233;viks russes, avons connu pr&#233;cis&#233;ment ce genre de divergences en 1906 et en 1910-1912. Et nous voyons bien que beaucoup de jeunes communistes allemands manquent simplement d'exp&#233;rience r&#233;volutionnaire. S'ils avaient v&#233;cu deux r&#233;volutions bourgeoises (1905 et 1917), ils ne pr&#234;cheraient pas aussi cat&#233;goriquement le boycottage, Ils ne tomberaient pas par moments dans les erreurs du syndicalisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est une maladie de croissance. Elle passera &#224; mesure que grandira le mouvement, et il grandit &#224; merveille. Contre ces erreurs &#233;videntes il faut lutter ouvertement, en s'effor&#231;ant de ne pas exag&#233;rer les divergences, car chacun doit se rendre compte que dans un proche avenir la lutte pour la dictature du prol&#233;tariat, pour le pouvoir des Soviets, &#233;liminera la plupart de ces d&#233;saccords.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du point de vue de la th&#233;orie marxiste comme du point de vue de l'exp&#233;rience de trois r&#233;volutions (1905, f&#233;vrier 1917, octobre 1917), je tiens pour absolument erron&#233; le refus de participer au parlement bourgeois, aux syndicats r&#233;actionnaires (de Legien , de Gompers , etc.), aux &#171; Conseils &#187; ouvriers ultra-r&#233;actionnaires, d&#233;natur&#233;s par les scheidemaniens, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parfois, dans un cas isol&#233;, dans un pays pris &#224; part, le boycottage est juste, comme &#233;tait juste, par exemple, le boycottage de la Douma tsariste par les bolch&#233;viks, en 1905. Mais ces m&#234;mes bolch&#233;viks ont pris part &#224; la Douma de 1907, beaucoup plus r&#233;actionnaire, voire nettement contre-r&#233;volutionnaire. Les bolch&#233;viks ont pris part aux &#233;lections &#224; l'Assembl&#233;e constituante bourgeoise en 1917 ; et, en 1918, nous l'avons dissoute, au grand effroi des d&#233;mocrates petits-bourgeois, des Kautsky et autres ren&#233;gats du socialisme. Nous avons particip&#233; aux syndicats ultra-r&#233;actionnaires, nettement mench&#233;viks, qui ne le c&#233;daient en rien (quant &#224; leur nature contre-r&#233;volutionnaire) aux syndicats de Legien, les plus inf&#226;mes et les plus r&#233;actionnaires d'Allemagne. M&#234;me aujourd'hui, deux ans apr&#232;s la conqu&#234;te du pouvoir d'&#201;tat, nous n'avons pas encore fini de lutter contre les vestiges des syndicats mench&#233;viks (c'est-&#224;-dire scheidemaniens, kautskistes, gompersiens, etc.) : &#224; tel point ce processus est long ! A tel point est grande, dans telles localit&#233;s ou dans telles professions, l'influence des id&#233;es petites-bourgeoises !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autrefois, nous &#233;tions en minorit&#233; dans les Soviets, dans les syndicats, dans les coop&#233;ratives. Au prix d'un travail, d'une lutte de longue haleine - avant comme apr&#232;s la conqu&#234;te du pouvoir politique - nous avons gagn&#233; la majorit&#233; dans toutes les organisations ouvri&#232;res, puis dans les organisations non ouvri&#232;res &#233;galement, et enfin dans les organisations de petits paysans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Seuls des mis&#233;rables ou des ben&#234;ts peuvent croire que le prol&#233;tariat doit d'abord conqu&#233;rir la majorit&#233; en participant aux &#233;lections organis&#233;es sous le joug de la bourgeoisie, sous le joug de l'esclavage salari&#233;, et apr&#232;s seulement conqu&#233;rir le pouvoir. C'est le comble de la stupidit&#233; ou de l'hypocrisie, c'est substituer &#224; la lutte de classes et &#224; la r&#233;volution des votes sous l'ancien r&#233;gime, sous l'ancien pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le prol&#233;tariat m&#232;ne sa lutte de classe sans attendre un vote pour d&#233;clencher une gr&#232;ve, encore que pour le succ&#232;s complet de la gr&#232;ve la sympathie de la majorit&#233; des travailleurs (et donc de la majorit&#233; de la population) soit n&#233;cessaire. Le prol&#233;tariat m&#232;ne sa lutte de classe et renverse la bourgeoisie, sans attendre aucun vote pr&#233;alable (organis&#233; par la bourgeoisie et r&#233;alis&#233; sous son joug) ; ce faisant, le prol&#233;tariat sait parfaitement que pour gagner sa r&#233;volution, pour arriver &#224; renverser la bourgeoisie. la sympathie de la majorit&#233; des travailleurs (et donc de la majorit&#233; de la population) est absolument n&#233;cessaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les cr&#233;tins parlementaires et les Louis Blanc modernes &#171; exigent &#187; &#224; tout prix un vote, un vote organis&#233; &#224; tout prix par la bourgeoisie, pour d&#233;terminer la sympathie de la majorit&#233; des travailleurs. Mais c'est l&#224; un point de vue de p&#233;dants, de cadavres ou d'habiles trompeurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La vie r&#233;elle, l'histoire des v&#233;ritables r&#233;volutions montrent que tr&#232;s souvent la &#171; sympathie de la majorit&#233; des travailleurs &#187; ne peut &#234;tre d&#233;montr&#233;e par aucun vote (&#224; plus forte raison quand il s'agit de votes organis&#233;s par les exploiteurs, avec &#171; &#233;galit&#233; &#187; de l'exploiteur et de l'exploit&#233; !). Tr&#232;s souvent &#171; la sympathie de la majorit&#233; des travailleurs &#187; est d&#233;montr&#233;e, de fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, non par des votes, mais par la croissance d'un des partis, ou par l'accroissement du nombre de ses membres dans les Soviets, ou par le succ&#232;s d'une gr&#232;ve qui, pour une raison quelconque, a rev&#234;tu une tr&#232;s grande importance, ou par un succ&#232;s de guerre civile, etc., etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'histoire de notre r&#233;volution a montr&#233;, par exemple, que la sympathie de la majorit&#233; des travailleurs pour la dictature du prol&#233;tariat, sur les espaces infinis de l'Oural et de la Sib&#233;rie, avait &#233;t&#233; r&#233;v&#233;l&#233;e non par des votes, mais par l'exp&#233;rience du pouvoir exerc&#233; pendant un an par le g&#233;n&#233;ral tsariste Koltchak sur l'Oural et la Sib&#233;rie. Ajoutons que le pouvoir de Koltchak avait &#233;galement commenc&#233;, par le r&#232;gne d'une &#171; coalition &#187; des scheidemaniens et des kautskistes (en russe : des &#171; mench&#233;viks &#187; et des &#171; socialistes-r&#233;volutionnaires &#187;, partisans de l'Assembl&#233;e constituante), de m&#234;me qu'aujourd'hui, en Allemagne, messieurs Haase et Scheidemann, avec leur &#171; coalition &#187;, frayent la voie au pouvoir de von Goltz ou de Ludendorff et couvrent, maquillent ce pouvoir. Entre parenth&#232;ses : la coalition gouvernementale Haase-Scheidemann a pris fin, mais la coalition politique de ces tra&#238;tres au socialisme demeure. La preuve en est : les livres de Kautsky, les articles de Stampfer dans le Vorw&#228;rts , les articles des kautskistes et des scheidemaniens sur leur &#171; union &#187;, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;volution prol&#233;tarienne est impossible sans la sympathie et le soutien de l'immense majorit&#233; des travailleurs pour leur avant-garde : le prol&#233;tariat. Mais cette sympathie, ce soutien ne se gagnent pas d'embl&#233;e, ne se d&#233;cident pas par des votes ; on les conquiert au prix d'une lutte de classe difficile, dure, de longue haleine. La lutte de classe que m&#232;ne le prol&#233;tariat pour gagner la sympathie, pour gagner le soutien de la majorit&#233; des travailleurs ne cesse pas quand le prol&#233;tariat a conquis le pouvoir politique. Apr&#232;s la conqu&#234;te du pouvoir, cette lutte se poursuit, mais sous d'autres formes. Dans la r&#233;volution russe est intervenu un concours de circonstances exceptionnellement favorables pour le prol&#233;tariat (dans sa lutte pour sa dictature), car la r&#233;volution prol&#233;tarienne s'est faite alors que le peuple entier &#233;tait arm&#233; et que toute la paysannerie voulait que le pouvoir des grands propri&#233;taires f&#251;t renvers&#233;, alors que toute la paysannerie &#233;tait indign&#233;e par la politique &#171; kautskiste &#187; des social-tra&#238;tres, des mench&#233;viks et des socialistes-r&#233;volutionnaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais m&#234;me en Russie, o&#249;, au moment de la r&#233;volution prol&#233;tarienne, la situation &#233;tait exceptionnellement favorable, o&#249; une remarquable union de tout le prol&#233;tariat, de toute l'arm&#233;e, de toute la paysannerie, s'&#233;tait faite d'embl&#233;e ; m&#234;me en Russie, la lutte du prol&#233;tariat r&#233;alisant sa dictature, la lutte du prol&#233;tariat pour gagner la sympathie, le soutien de la majorit&#233; des travailleurs, s'est poursuivie pendant des mois et des ann&#233;es. Au bout de deux ans, cette lutte est presque termin&#233;e, mais elle ne l'est pas encore tout &#224; fait &#224; l'avantage du prol&#233;tariat. En deux ans, nous n'avons fait que conqu&#233;rir d&#233;finitivement la sympathie et le soutien de l'immense majorit&#233; des ouvriers et des paysans travailleurs de Grande-Russie, y compris l'Oural et la Sib&#233;rie ; mais nous n'avons pas encore achev&#233; de gagner la sympathie et le soutien de la majorit&#233; des paysans travailleurs (&#224; la diff&#233;rence des paysans exploiteurs) d'Ukraine. La puissance militaire de l'Entente pourrait nous &#233;craser (et pourtant elle ne nous &#233;crasera pas) ; mais, &#224; l'int&#233;rieur de la Russie, nous jouissons maintenant d'une si solide sympathie d'une si forte majorit&#233; des travailleurs, que le monde n'a encore jamais vu d'&#201;tat plus d&#233;mocratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on r&#233;fl&#233;chit &#224; l'histoire de la lutte du prol&#233;tariat pour le pouvoir, lutte complexe, difficile, de longue haleine, aux formes extr&#234;mement vari&#233;es, lutte extraordinairement abondante en brusques changements, revirements, passages d'une forme &#224; l'autre, l'erreur de ceux qui veulent &#171; interdire &#187; la participation au parlement bourgeois, aux syndicats r&#233;actionnaires, aux comit&#233;s tsaristes ou scheidemaniens de d&#233;l&#233;gu&#233;s ouvriers, ou aux Conseils d'usine, etc., etc., appara&#238;tra nettement. Cette erreur est due au manque d'exp&#233;rience de r&#233;volutionnaires h&#233;ro&#239;ques, profond&#233;ment sinc&#232;res, profond&#233;ment convaincus, issus de la classe ouvri&#232;re. Voil&#224; pourquoi Karl Liebknecht et Rosa Luxembourg ont eu mille fois raisons lorsqu'en janvier 1919, ils ont vu et signal&#233; cette erreur, mais ont pr&#233;f&#233;r&#233; rester avec les r&#233;volutionnaires prol&#233;tariens qui se trompaient dans une question de peu d'importance, plut&#244;t qu'avec les tra&#238;tres au socialisme, les scheidemaniens et les kautskistes qui, eux, ne se trompaient pas dans la question de la participation au parlement bourgeois, mais avaient cess&#233; d'&#234;tre des socialistes pour devenir des d&#233;mocrates philistins, des auxiliaires de la bourgeoisie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais une erreur est une erreur, et il faut la critiquer, Il faut lutter pour la corriger.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut que la lutte contre les tra&#238;tres au socialisme, scheidemaniens et kautskistes, soit implacable, mais il ne faut pas la mener pour ou contre la participation aux parlements bourgeois, aux syndicats r&#233;actionnaires, etc. Ce serait une faute &#233;vidente et ce serait une faute encore plus grave d'abandonner les id&#233;es du marxisme et sa ligne pratique (parti politique ferme, centralis&#233;) pour les id&#233;es et la pratique du syndicalisme. Il faut faire en sorte que le parti prenne part aussi aux parlements bourgeois, aux syndicats r&#233;actionnaires, aux &#171; Conseils d'usine &#187; mutil&#233;s, ch&#226;tr&#233;s par les Scheidemann partout o&#249; il y a des ouvriers, o&#249; l'on peut parler &#224; des ouvriers, influer sur la masse ouvri&#232;re. Il faut co&#251;te que co&#251;te allier le travail ill&#233;gal &#224; l'action l&#233;gale ; il importe que le parti ill&#233;gal, ses organisations ouvri&#232;res exercent sur l'activit&#233; l&#233;gale, m&#233;thodiquement et sans d&#233;faillance, le contr&#244;le le plus rigoureux. Ce n'est pas facile, mais dans la r&#233;volution prol&#233;tarienne il n'y a pas, il ne peut y avoir de t&#226;ches &#171; faciles &#187;, de moyens &#171; faciles &#187; de lutte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette t&#226;che ardue doit &#234;tre accomplie co&#251;te que co&#251;te. Ce qui nous diff&#233;rencie des scheidmaniens et des kautskistes, c'est non seulement (et ce n'est pas tant) qu'ils n'admettent pas l'insurrection arm&#233;e, tandis que nous l'admettons, mais la diff&#233;rence essentielle, capitale, c'est que sur tous les terrains d'activit&#233; (dans les parlements bourgeois, dans les syndicats, dans les coop&#233;ratives, dans la presse, etc.) ils font une politique incons&#233;quente, opportuniste ou m&#234;me nettement une politique de f&#233;lonie et de trahison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contre les social-tra&#238;tres, contre le r&#233;formisme et l'opportunisme ! Cette ligne politique peut et doit &#234;tre men&#233;e sur tous les terrains de lutte, sans exception. C'est alors que nous gagnerons &#224; nous la masse ouvri&#232;re. Et avec la masse ouvri&#232;re, l'avant-garde du prol&#233;tariat, le parti politique marxiste centralis&#233;, conduira le peuple par la bonne voie vers la dictature victorieuse du prol&#233;tariat, vers la d&#233;mocratie prol&#233;tarienne qui remplacera la d&#233;mocratie bourgeoise, vers la R&#233;publique des Soviets, vers le r&#233;gime socialiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La III&#176; internationale a remport&#233; en quelques mois des victoires brillantes, sans pr&#233;c&#233;dent. Elle grandit &#224; une allure surprenante. Les erreurs particuli&#232;res et les maladies de croissance ne doivent pas nous faire peur. Tout en les critiquant ouvertement et sans r&#233;ticence, nous ferons en sorte que, bient&#244;t, dans tous les pays civilis&#233;s, la masse ouvri&#232;re, form&#233;e &#224; l'&#233;cole marxiste, chassera loin d'elle les tra&#238;tres au socialisme, les scheidemaniens et les kautskistes de toutes les nations (car ces types existent dans toutes les nations).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La victoire du communisme est in&#233;luctable. Il triomphera.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Il ne faut pas confondre la fin d'un monde avec la fin du monde...</title>
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		<dc:date>2026-07-12T22:29:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Karob, Robert Paris</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Il ne faut pas confondre la fin d'un monde avec la fin du monde&#8230; &lt;br class='autobr' /&gt;
Le monde capitaliste est sur sa fin du fait du climat (r&#233;chauffement global anthropique) et du productivisme, disent les collapsionnistes. Mais cela est faux. Cela surchauffe pour le capitalisme mais en termes d'acccumulation du capital&#8230; &lt;br class='autobr' /&gt;
https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7018 &lt;br class='autobr' /&gt;
Comme autrefois, les grandes peurs sont des sympt&#244;mes de crise de l'ancienne soci&#233;t&#233;&#8230; &lt;br class='autobr' /&gt;
https://fr.wikipedia.org/wiki/Peur_collective (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique150" rel="directory"&gt;16- EDITORIAUX DE LA VOIX DES TRAVAILLEURS&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Il ne faut pas confondre la fin d'un monde avec la fin du monde&#8230;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le monde capitaliste est sur sa fin du fait du climat (r&#233;chauffement global anthropique) et du productivisme, disent les collapsionnistes. Mais cela est faux. Cela surchauffe pour le capitalisme mais en termes d'acccumulation du capital&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7018&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7018&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme autrefois, les grandes peurs sont des sympt&#244;mes de crise de l'ancienne soci&#233;t&#233;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Peur_collective&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/Peur_collective&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le capitalisme en phase n&#233;crophile cultive les grandes peurs&#8230; parce qu'il a peur de son propre absence d'avenir&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4183&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4183&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5251&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5251&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7912&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7912&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3817&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3817&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'effondrement du capitalisme n'est pas un accident (une crise ou un krach ou une r&#233;cession suivis d'une reprise) mais une nouvelle phase historique qui ne peut pas durer en longueur &#224; la fois pour des raisons &#233;conomiques, financi&#232;res et politiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le capitalisme est mort parce qu'il a atteint des limites infranchissables en termes d'accumulation du capital&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8695&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8695&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le capitalisme meurt d'avoir... trop bien r&#233;ussi &#224; accumuler du capital&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7478&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7478&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le capitalisme peut-il faire durer &#233;ternellement sa nouvelle et derni&#232;re phase, celle de sa chute ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le monde capitaliste est MORT, pas en r&#233;cession, ni en crise, ni en recul, ni en baisse, ni en eaux troubles, ni en danger, ni &#224; risque. C'est tout simplement que, depuis 2007, le moteur du syst&#232;me ne marche plus du tout. Et il ne marchera plus jamais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8631&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8631&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx envisageait-il dans &#034;Le Capital&#034; l'hypoth&#232;se d'une surproduction de capital ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3427&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3427&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que veut dire K. Marx en affirmant que &#171; La v&#233;ritable barri&#232;re de la production capitaliste, c'est le capital lui-m&#234;me &#187; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5914&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5914&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Y a-t-il un avenir &#224; la soci&#233;t&#233; humaine permettant de sortir du monde capitaliste en train de couler ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2671&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2671&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand les gouvernants en sont r&#233;duits &#224; la seule violence directe, c'est que la dynamique capitaliste est morte&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6174&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6174&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les classes dirigeantes sont-elles vraiment capables de nous plonger dans la barbarie d'une troisi&#232;me guerre imp&#233;rialiste mondiale ? Mais oui ! D&#232;s qu'elles seront convaincues qu'on ne peut plus faire tenir le syst&#232;me &#233;conomique et social avec des ficelles financi&#232;res&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4436&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4436&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le capitalisme malade ? C'est grave, docteur ou c'est la mort ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5938&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5938&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les sympt&#244;mes de la fin d'un monde, le monde capitaliste&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6279&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6279&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Alors que l'effondrement &#233;conomique devient inexorable, la pr&#233;paration &#224; la guerre mondiale s'acc&#233;l&#232;re et s'intensifie&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7246&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7246&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le capitalisme est fini, pas la soci&#233;t&#233; humaine !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2475&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2475&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fin du capitalisme ou de l'humanit&#233;, il faut choisir&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6311&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6311&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ses attaques, la classe dirigeante a un but : ce n'est pas de relancer l'&#233;conomie mais de d&#233;truire les travailleurs en tant que classe&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2634&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2634&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Le monde d'apr&#232;s&#8230; le capitalisme&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6130&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6130&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le capitalisme peut-il s'effondrer de lui-m&#234;me d&#233;finitivement ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2293&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2293&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est la phase terminale du capitalisme qui cause la mont&#233;e des guerres, des nationalismes, des communautarismes, des int&#233;grismes, des r&#233;actions identitaires, des fascismes et de la guerre mondiale&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4410&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4410&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des milliers de milliards, ce sont les sommes que les Etats de la plan&#232;te injectent dans l'&#233;conomie pour pallier &#224; l'incapacit&#233; de la classe capitaliste &#224; faire du profit par l'investissement priv&#233;. Cela permet momentan&#233;ment de distribuer des profits &#224; des capitaux qui ne parviennent plus &#224; produire de la plus-value et de continuer &#224; augmenter la somme mondiale des capitaux d&#233;j&#224; astronomique ! Pourtant le principal probl&#232;me du syst&#232;me, c'est la surproduction de&#8230; capital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article105&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article105&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le capitalisme est &#224; l'agonie&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4518&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4518&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La suraccumulation mondiale du grand capital&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://classiques.uqam.ca/contemporains/chesnais_francois/crise_suraccumulation_mondiale/crise_suraccumulation_mondiale_texte.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://classiques.uqam.ca/contemporains/chesnais_francois/crise_suraccumulation_mondiale/crise_suraccumulation_mondiale_texte.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui caract&#233;rise de capitalisme par rapport aux syst&#232;mes pr&#233;c&#233;dents et notamment &#224; la soci&#233;t&#233; marchande ou &#224; la finance des &#233;poques esclavagistes ou f&#233;odales, c'est l'accumulation du capital.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce qui caract&#233;rise le monde actuel, c'est la chute du taux d'accumulation du capital malgr&#233; la hausse du taux de profit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3696&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3696&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Capitalisme 2007- ? : chronique d'une mort annonc&#233;e&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4686&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4686&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dix questions &#224; ceux qui ne croient pas que le capitalisme a d&#233;finitivement chut&#233; en 2007-2008&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5162&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5162&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le syst&#232;me est devenu mortif&#232;re&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7314&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7314&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5848&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5848&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6888&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6888&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Crise grave, crise syst&#233;mique ou bout du monde pour le capitalisme ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2431&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2431&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand le grand capital ne mise plus sur... le capitalisme&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8286&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8286&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le capitalisme est-il mort ou vivant ? - Sur quels crit&#232;res se fonder ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1975&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1975&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous appelez encore &#231;a le capitalisme ou la transition vers le chaos ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2541&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2541&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le syst&#232;me de cavalerie financi&#232;re &#224; la Madoff, une survie illusoire d'un capitalisme mondial en bout de course&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4561&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4561&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La crise syst&#233;mique entraine la fin de la d&#233;mocratie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4115&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4115&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les dix principales raisons de l'agonie du capitalisme&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5403&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5403&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le capitalisme industriel transform&#233; en banque puis en faillite g&#233;n&#233;rale&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2487&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2487&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'effondrement in&#233;gal et combin&#233; du capitalisme&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2620&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2620&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que demandons-nous aux gouvernants et aux poss&#233;dants capitalistes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5826&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5826&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et si on nous disait plut&#244;t pourquoi le monde est compl&#232;tement d&#233;stabilis&#233; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3917&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3917&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi le monde capitaliste court &#224; sa perte&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5308&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5308&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Y a-t-il des ant&#233;c&#233;dents historiques capables de nous &#233;clairer sur la chute actuelle du capitalisme ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5872&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5872&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Derri&#232;re la crise sanitaire, c'est l'effondrement historique et inexorable du capitalisme&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5833&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5833&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment nous allons vivre l'effondrement du capitalisme&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6960&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6960&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le capitalisme peut-il durablement se passer des crises ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;s ://&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article3771&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.matierevolution.fr/spip.php?article3771&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quel avenir pour le capitalisme ? ou quand la bourgeoisie mondiale serre les fesses&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4084&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4084&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La chute d'un Etat, d'une classe dirigeante, d'un r&#233;gime, d'une soci&#233;t&#233;, d'un mode de production, d'une civilisation du fait du seul climat, c'est du baratin id&#233;ologique anti-scientifique&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7854&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7854&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'extr&#234;me gauche r&#233;formiste fran&#231;aise refuse de voir la chute du capitalisme et la camoufle en crise pand&#233;mique&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6181&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6181&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; l'effondrement actuel du capitalisme, la politique de classe du prol&#233;tariat le m&#232;ne &#224; prendre la t&#234;te du peuple travailleur&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5907&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5907&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De la guerre d'Ukraine &#224; la guerre mondiale, en passant par l'effondrement &#233;conomique du capitalisme&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7348&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7348&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une situation historique hors normes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5913&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5913&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelle perspective peut offrir la classe ouvri&#232;re face &#224; la soci&#233;t&#233; bourgeoise en crise&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4513&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4513&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fin sanglante de l'ancien monde et embryons prometteurs du nouveau&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5881&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5881&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; l'effondrement actuel du capitalisme, la politique de classe du prol&#233;tariat le m&#232;ne &#224; prendre la t&#234;te du peuple travailleur&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5907&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5907&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La toute derni&#232;re phase du capitalisme : celle d'un effondrement social de grande ampleur&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5141&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5141&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;volution qui vient&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3451&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3451&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelle perspective prol&#233;tarienne ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://matierevolution.fr/spip.php?article6616&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://matierevolution.fr/spip.php?article6616&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une vieille civilisation s'&#233;teint, et retourne &#224; la barbarie, une nouvelle civilisation nait dans les douleurs&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8166&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8166&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le capitalisme s'enfonce dans la nuit, mais c'est dans la nuit noire que brillent les &#233;toiles...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8090&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8090&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le stalinisme russe en 1928</title>
		<link>https://www.matierevolution.fr/spip.php?article768</link>
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		<dc:date>2026-07-11T22:46:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Russie</dc:subject>
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		<dc:subject>1927</dc:subject>
		<dc:subject>Stalinisme</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Un appel au VI&#176; congr&#232;s de l'Internationale communiste. Source : &#338;uvres, Janv.-Juil. 1928. Appel des d&#233;port&#233;s &#224; l'Internationale communiste &lt;br class='autobr' /&gt;
L&#233;on Trotsky &lt;br class='autobr' /&gt;
13 janvier 1928 &lt;br class='autobr' /&gt; Nous soussign&#233;s, exclus des rangs du parti communiste de l'Union sovi&#233;tique avant le XV&#176; congr&#232;s de ce parti ou par d&#233;cision de ce congr&#232;s, avons estim&#233; n&#233;cessaire de faire appel en temps utile de cette exclusion aupr&#232;s de l'organe supr&#234;me du mouvement communiste international, &#224; savoir le VI&#176; congr&#232;s du (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique30" rel="directory"&gt;4&#232;me chapitre : R&#233;volutions prol&#233;tariennes jusqu'&#224; la deuxi&#232;me guerre mondiale&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot25" rel="tag"&gt;Russie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot29" rel="tag"&gt;Trotsky&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot56" rel="tag"&gt;1927&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot99" rel="tag"&gt;Stalinisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Un appel au VI&#176; congr&#232;s de l'Internationale communiste.&lt;br class='autobr' /&gt;
Source : &#338;uvres, Janv.-Juil. 1928.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Appel des d&#233;port&#233;s &#224; l'Internationale communiste&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;on Trotsky&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;13 janvier 1928&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous soussign&#233;s, exclus des rangs du parti communiste de l'Union sovi&#233;tique avant le XV&#176; congr&#232;s de ce parti ou par d&#233;cision de ce congr&#232;s, avons estim&#233; n&#233;cessaire de faire appel en temps utile de cette exclusion aupr&#232;s de l'organe supr&#234;me du mouvement communiste international, &#224; savoir le VI&#176; congr&#232;s du l'Internationale communiste . Cependant, sur ordre du G.P.U. (ou en partie sur r&#233;solution du comit&#233; central du parti), nous, vieux bolcheviks, sommes exil&#233;s dans les r&#233;gions les plus &#233;loign&#233;es d'Union sovi&#233;tique sans qu'aucune accusation soit port&#233;e contre nous, dans le but unique d'emp&#234;cher notre liaison avec Moscou et les autres centres ouvriers, et, par cons&#233;quent, avec le VI&#176; congr&#232;s mondial. Nous estimons donc n&#233;cessaire, &#224; la veille de notre d&#233;part forc&#233; vers des r&#233;gions lointaines de l'Union, d'adresser la d&#233;claration pr&#233;sente au pr&#233;sidium du comit&#233; ex&#233;cutif de l'Internationale communiste, en le priant de le porter &#224; la connaissance des comit&#233;s centraux de tous les partis communistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1.	Le G.P.U. nous exile sur la base de l'article 58 du Code criminel, c'est &#224;-dire pour &#171; propagande ou agitation en faveur du renversement, de la sape ou de l'affaiblissement du pouvoir sovi&#233;tique ou pour commettre des actes individuels contre-r&#233;volutionnaires &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Avec un calme d&#233;dain, nous rejetons la tentative d'appliquer cet article &#224; des dizaines de bolcheviks l&#233;ninistes qui ont beaucoup fait pour &#233;tablir, d&#233;fendre et consolider le pouvoir sovi&#233;tique dans le pass&#233; et, qui, &#224; l'avenir aussi, consacreront toutes leurs forces &#224; d&#233;fendre la dictature du prol&#233;tariat.&lt;br class='autobr' /&gt;
2.	La d&#233;portation administrative de vieux militants, sur ordre administratif du G.P.U., est tout simplement un nouveau maillon de la cha&#238;ne des &#233;v&#233;nements qui &#233;branlent le P.C. sovi&#233;tique. Ces &#233;v&#233;nements auront une importance historique immense pour une s&#233;rie d'ann&#233;es. Les divergences de vues actuelles sont parmi les plus importantes de celles que connut l'histoire du mouvement r&#233;volutionnaire international. Il s'agit en substance de savoir comment ne pas mener &#224; sa perte la dictature du prol&#233;tariat qui fut conquise en octobre 1917. La lutte dans le P.C. de l'U.R.S.S. se d&#233;roule dans le dos de l'I.C. ; celle-ci n'y participe pas, elle l'ignore m&#234;me. Les documents principaux de l'Opposition consacr&#233;s aux grandes questions de notre &#233;poque continuent &#224; &#234;tre inconnus de l'Internationale communiste. Les partis communistes sont toujours plac&#233;s devant le fait accompli et ne font qu'apposer leur estampille sur des d&#233;cisions adopt&#233;es d'avance. Nous estimons qu'une telle situation est issue du r&#233;gime absolument faux en vigueur dans le P.C. de l'U.R.S.S. et dans l'I.C. tout enti&#232;re.&lt;br class='autobr' /&gt;
3.	L'&#226;pret&#233; exceptionnelle de la lutte au sein du parti, qui a amen&#233; notre exclusion de celui ci (et actuellement notre exil, sans qu'aucun fait nouveau puisse &#234;tre invoqu&#233; pour le motiver), trouve pr&#233;cis&#233;ment sa cause dans notre aspiration &#224; faire conna&#238;tre notre point de vue au parti et &#224; l'I.C. Tant que L&#233;nine &#233;tait l&#224;, une telle activit&#233; &#233;tait consid&#233;r&#233;e comme normale et logique Les discussions se d&#233;veloppaient &#224; cette &#233;poque sur la base de la publication et de l'examen int&#233;gral de tous les documents concernant les questions litigieuses. Faute d'un tel r&#233;gime l'I.C. ne peut devenir ce qu'elle doit &#234;tre. La lutte pour le pouvoir du prol&#233;tariat international contre la bourgeoisie, extr&#234;mement puissante, est encore enti&#232;rement devant lui. Cette lutte pr&#233;suppose, du c&#244;t&#233; des partis communistes, une direction forte, jouissant d'une autorit&#233; morale, et capable d'agir par elle-m&#234;me. Une telle direction ne peut &#234;tre cr&#233;&#233;e qu'au cours de nombreuses ann&#233;es, en s&#233;lectionnant les repr&#233;sentants les plus fermes, les plus aptes &#224; d&#233;terminer leur action d'une fa&#231;on autonome, les plus cons&#233;quents, les plus vaillants de l'avant garde du prol&#233;tariat. Dans l'ex&#233;cution de leur t&#226;che, des fonctionnaires, m&#234;me les plus consciencieux, ne peuvent remplacer les guides de la R&#233;volution. La victoire de la r&#233;volution prol&#233;tarienne en Europe et dans le monde entier d&#233;pend, dans une tr&#232;s large mesure, de la solution du probl&#232;me de la direction r&#233;volutionnaire. Le r&#233;gime int&#233;rieur de l'I.C. emp&#234;che de choisir et d'&#233;duquer une pareille direction. Cela se manifeste surtout de fa&#231;on &#233;clatante par l'attitude des partis communistes &#233;trangers en pr&#233;sence des proc&#233;dures internes du P.C. de l'U.R.S.S. dont le sort est intimement li&#233; au destin de l'I.C.&lt;br class='autobr' /&gt;
4.	Nous, Oppositionnels, nous avons bris&#233; les normes de la vie du parti. Pourquoi ? Parce que nous avons &#233;t&#233; d&#233;pouill&#233;s ill&#233;galement de la possibilit&#233; d'exercer nos droits normaux de membres du parti. Pour porter notre point de vue &#224; la connaissance du congr&#232;s, nous avons &#233;t&#233; contraints de prendre sur nous d'utiliser une imprimerie d'&#201;tat. Pour r&#233;futer devant la classe ouvri&#232;re la falsification de notre point de vue, et, en particulier, la vile calomnie relative &#224; notre pr&#233;tendue liaison avec un officier de Wrangel [1] et la contre r&#233;volution en g&#233;n&#233;ral, nous avons arbor&#233;, &#224; la manifestation du X&#176; anniversaire, des pancartes portant les inscriptions suivantes :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Feu &#224; droite, contre les Koulaks, les Nepmen et les Bureaucrates ! &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; R&#233;alisons les derni&#232;res volont&#233;s de L&#233;nine ! &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Pour une v&#233;ritable d&#233;mocratie dans le Parti ! &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Ces mots d'ordre, incontestablement bolcheviques, furent d&#233;clar&#233;s non seulement hostiles au parti, mais contre r&#233;volutionnaires. De nombreux signes montrent qu'il faut s'attendre &#233;galement, dans l'avenir, &#224; des tentatives de cr&#233;er de toutes pi&#232;ces de pr&#233;tendus liens entre l'Opposition et les organisations de gardes-blancs et de mencheviks dont nous sommes plus &#233;loign&#233;s que quiconque.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour forger un tel amalgame, point n'est besoin de donner de motifs, pas plus d'ailleurs que pour nous d&#233;porter.&lt;br class='autobr' /&gt;
5.	Dans la d&#233;claration que nous avons adress&#233;e au XV&#176; congr&#232;s, sign&#233;e des camarades Smilga , Mouralov , Rakovsky et Radek , nous avons annonc&#233; notre soumission aux d&#233;cisions du XV&#176; congr&#232;s et notre d&#233;termination &#224; cesser le travail fractionnel. N&#233;anmoins, on nous a exclus et l'on nous d&#233;porte &#224; cause de nos opinions. Mais, par dessus tout, nous avons d&#233;clar&#233;, et nous r&#233;p&#233;tons ici, que nous ne pouvons pas renoncer aux opinions exprim&#233;es dans nos th&#232;ses et dans notre plate forme, car le cours des &#233;v&#233;nements confirme leur justesse.&lt;br class='autobr' /&gt;
6.	La th&#233;orie de la construction du socialisme dans un seul pays conduit in&#233;luctablement &#224; s&#233;parer le sort de l'U.R.S.S. de celui de la r&#233;volution prol&#233;tarienne internationale dans son ensemble. Poser ainsi la question, c'est saper, dans le domaine th&#233;orique et politique, les fondements m&#234;me de l'internationalisme prol&#233;tarien. La lutte contre cette nouvelle th&#233;orie fonci&#232;rement anti marxiste, invent&#233;e en 1925 c'est &#224; dire notre lutte pour les int&#233;r&#234;ts fondamentaux de l'I.C. c'est ce qui a amen&#233; notre exclusion du parti et notre d&#233;portation administrative.&lt;br class='autobr' /&gt;
7.	La r&#233;vision du marxisme et du l&#233;ninisme, dans la question fondamentale du caract&#232;re international de la r&#233;volution prol&#233;tarienne, provient du fait que la p&#233;riode de 1923 &#224; aujourd'hui a &#233;t&#233; marqu&#233;e par de dures d&#233;faites de la r&#233;volution prol&#233;tarienne internationale (1923 en Bulgarie et en Allemagne, 1925 en Estonie, 1926 en Angleterre, 1927 en Chine et en Autriche [2] ). Ces d&#233;faites ont cr&#233;&#233; &#224; elles seules la possibilit&#233; de ce qu'on a nomm&#233; la stabilisation du capitalisme, car elles ont consolid&#233; provisoirement la situation de la bourgeoisie mondiale ; par la pression renforc&#233;e de celle ci sur l'U.R.S.S., ces d&#233;faites ont ralenti l'allure de l'&#233;dification socialiste ; elles ont renforc&#233; les positions de notre bourgeoisie &#224; l'int&#233;rieur ; elles ont donn&#233; &#224; celle ci la possibilit&#233; de se lier plus fortement &#224; beaucoup d'&#233;l&#233;ments de l'appareil d'&#201;tat sovi&#233;tique ; elles ont accru la pression de cet appareil sur celui du parti, et elles ont conduit &#224; l'affaiblissement de l'aile gauche de notre parti. Au cours de ces m&#234;mes ann&#233;es, il s'est produit en Europe une renaissance provisoire de la social-d&#233;mocratie, un affaiblissement provisoire des partis communistes, et un renforcement de l'aile droite &#224; l'int&#233;rieur de ces derniers. L'Opposition dans le P.C.R., en tant qu'aile gauche ouvri&#232;re, a subi des d&#233;faites en m&#234;me temps que s'affaiblissaient les positions de la r&#233;volution prol&#233;tarienne mondiale.&lt;br class='autobr' /&gt;
8.	Si les partis de l'I.C. n'ont eu aucune possibilit&#233; d'appr&#233;cier exactement la signification historique de l'Opposition, la bourgeoisie mondiale, en revanche, a d&#233;j&#224; &#233;mis son jugement sans ambigu&#239;t&#233;. Tous les journaux bourgeois plus ou moins s&#233;rieux, dans tous les pays, consid&#232;rent l'Opposition du P.C.R. comme leur mortelle ennemie et envisagent au contraire la politique de la majorit&#233; actuellement dirigeante comme une transition n&#233;cessaire &#224; l'U.R.S.S. vers le monde &#171; civilis&#233; &#187;, c'est &#224; dire capitaliste.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le pr&#233;sidium de l'I.C. devrait, selon nous, rassembler les opinions exprim&#233;es par les chefs politiques et par les organes principaux de la bourgeoisie, en ce qui concerne la lutte int&#233;rieure du P.C.R., afin de permettre au VI&#176; congr&#232;s la possibilit&#233; de tirer les conclusions politiques n&#233;cessaires sur cette question primordiale.&lt;br class='autobr' /&gt;
9.	L'issue et les le&#231;ons de la r&#233;volution chinoise, r&#233;volution qui constitue un des plus grands &#233;v&#233;nements de l'histoire mondiale, ont &#233;t&#233; tenus dans l'obscurit&#233;, &#233;cart&#233;s de la discussion, et n'ont pas &#233;t&#233; assimil&#233;s par l'opinion publique de l'avant garde prol&#233;tarienne. En r&#233;alit&#233;, le comit&#233; central du P.C.R. a interdit la discussion des questions relatives &#224; la r&#233;volution chinoise. Mais, sans l'&#233;tude des fautes commises, fautes classiques de l'opportunisme, il est impossible de concevoir dans l'avenir la pr&#233;paration r&#233;volutionnaire des partis prol&#233;tariens d'Europe et d'Asie !&lt;br class='autobr' /&gt;
Ind&#233;pendamment de la question de savoir sur qui retombe la responsabilit&#233; imm&#233;diate de la direction des &#233;v&#233;nements de d&#233;cembre &#224; Canton [3] , ces &#233;v&#233;nements fournissent un exemple frappant de putschisme lors du reflux de la vague r&#233;volutionnaire. Dans une p&#233;riode r&#233;volutionnaire, une d&#233;viation vers l'opportunisme est souvent le r&#233;sultat de d&#233;faites dont la cause imm&#233;diate r&#233;side dans une direction opportuniste. L'Internationale communiste ne peut faire aucun nouveau pas en avant sans avoir tir&#233; pr&#233;alablement les le&#231;ons de l'exp&#233;rience de l'insurrection de Canton, en corr&#233;lation avec la marche d'ensemble de la r&#233;volution chinoise. C'est l&#224; une des t&#226;ches essentielles du VI&#176; congr&#232;s mondial. Les mesures de r&#233;pression prises contre l'aile gauche, non seulement ne r&#233;pareront pas les fautes d&#233;j&#224; commises, mais, ce qui est plus grave, n'apprendront rien &#224; personne.&lt;br class='autobr' /&gt;
10.	La contradiction la plus flagrante et la plus mena&#231;ante de la politique du P.C.U.S. et de l'I.C. tout enti&#232;re est constitu&#233;e par le fait suivant : apr&#232;s quatre ann&#233;es de processus de stabilisation &#233;quivalant &#224; un renforcement des tendances de droite dans le mouvement ouvrier, le feu continue &#224; &#234;tre, comme auparavant, surtout dirig&#233; contre la Gauche. Dans la p&#233;riode qui vient de s'&#233;couler, nous avons &#233;t&#233; t&#233;moins de fautes et de d&#233;viations opportunistes monstrueuses dans les partis communistes d'Allemagne, d'Angleterre, de France, de Pologne, de Chine, etc. Entre temps, l'aile gauche de l'I.C. a &#233;t&#233; l'objet d'un travail d'an&#233;antissement qui se poursuit encore. Il est incontestable qu'actuellement les masses ouvri&#232;res d'Europe s'orientent politiquement vers la gauche, en raison des contradictions inh&#233;rentes au processus de stabilisation. Il est difficile de pr&#233;dire &#224; quelle allure se d&#233;roulera ce d&#233;veloppement vers la gauche et quelle forme il prendra dans le proche avenir. Mais la campagne permanente contre les &#233;l&#233;ments de gauche pr&#233;pare, pour le moment o&#249; s'aggravera la situation r&#233;volutionnaire, une nouvelle crise de direction semblable &#224; celle que nous avons connue ces derni&#232;res ann&#233;es en Bulgarie, en Allemagne, en Angleterre, en Pologne, en Chine, etc., etc. ! Peut on exiger que des r&#233;volutionnaires, des l&#233;ninistes, des bolcheviks, se taisent devant de telles perspectives ?&lt;br class='autobr' /&gt;
11.	Nous n'estimons pas n&#233;cessaire de r&#233;futer &#224; nouveau l'affirmation absolument fausse que nous nierions le caract&#232;re prol&#233;tarien de notre Etat, la possibilit&#233; de l'&#233;dification socialiste, ou m&#234;me la n&#233;cessit&#233; de la d&#233;fense inconditionnelle de la dictature prol&#233;tarienne contre ses ennemis de classe de l'int&#233;rieur et de l'ext&#233;rieur. Ce n'est pas l&#224; dessus que porte la discussion ; elle porte sur l'appr&#233;ciation des dangers qui menacent la dictature du prol&#233;tariat, sur les m&#233;thodes pour combattre ces dangers, et comment distinguer entre les v&#233;ritables et faux amis, les v&#233;ritables et faux ennemis.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous affirmons qu'au cours des derni&#232;res ann&#233;es, sous l'influence de causes int&#233;rieures et internationales, le rapport des forces s'est modifi&#233; d'une mani&#232;re d&#233;favorable pour le prol&#233;tariat ; que la place tenue par lui dans l'&#233;conomie, dans la vie politique, &#233;conomique et culturelle du pays, s'est amoindrie au lieu de grandir ; nous affirmons que, dans le pays, les forces de r&#233;action thermidorienne se sont consolid&#233;es, et qu'en sous-estimant les dangers qui en d&#233;coulent, ces dangers s'aggravent dans une proportion extraordinaire. En chassant l'Opposition du parti, l'appareil, inconsciemment, mais avec d'autant plus d'efficacit&#233;, rend service aux classes non prol&#233;tariennes qui ont tendance &#224; se renforcer et &#224; se consolider aux d&#233;pens de la classe ouvri&#232;re. C'est de ce point de vue que nous nous pla&#231;ons pour juger notre d&#233;portation, et nous ne doutons pas que dans un avenir prochain, l'avant garde du prol&#233;tariat mondial portera sur cette question le m&#234;me jugement que nous.&lt;br class='autobr' /&gt;
12.	Les repr&#233;sailles contre les Oppositionnels co&#239;ncident avec une nouvelle aggravation des difficult&#233;s &#233;conomiques sans pr&#233;c&#233;dent dans les derni&#232;res ann&#233;es. La p&#233;nurie de produits industriels, la perturbation de la collecte des grains apr&#232;s trois bonnes r&#233;coltes, la menace grandissante contre le syst&#232;me mon&#233;taire tout cela ralentit le d&#233;veloppement des force productives, affaiblit &#233;videmment les &#233;l&#233;ments socialistes de l'&#233;conomie et emp&#234;che d'am&#233;liorer les conditions de vie du prol&#233;tariat et des paysans pauvres.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans les conditions d'une aggravation de la situation en ce qui concerne les biens de consommation sur le march&#233;, les ouvriers repoussent in&#233;vitablement les tentatives de r&#233;viser les conventions collectives dans le sens d'une baisse des salaires.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le G.P.U. assure que ces &#233;checs colossaux du cours qui pr&#233;vaut actuellement rel&#232;vent de la responsabilit&#233; criminelle des Oppositionnels exil&#233;s, dont le v&#233;ritable crime a &#233;t&#233; de pr&#233;dire &#224; plusieurs reprises, au cours des derni&#232;res ann&#233;es, que toutes les difficult&#233;s actuelles seraient l'in&#233;vitable cons&#233;quence d'un cours &#233;conomique erron&#233;, et d'avoir r&#233;clam&#233; &#224; temps un changement de ce cours.&lt;br class='autobr' /&gt;
13.	La pr&#233;paration du XV&#176; congr&#232;s du parti convoqu&#233; apr&#232;s un intervalle d'un an et demi, en violation des statuts du parti a &#233;t&#233; elle-m&#234;me une manifestation &#233;clatante et grave de la violence croissante de l'appareil, s'appuyant de plus en plus sur des mesures de r&#233;pression gouvernementale. De son c&#244;t&#233;, sans d&#233;lib&#233;ration et en brusquant les d&#233;bats, le XV&#176; congr&#232;s a adopt&#233; une r&#233;solution selon laquelle les congr&#232;s se r&#233;uniront dor&#233;navant tous les deux ans.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans un pays de dictature prol&#233;tarienne, dont le parti communiste est l'expression, il est apparu n&#233;cessaire, dix ans apr&#232;s la r&#233;volution d'Octobre, d'arracher au parti son droit &#233;l&#233;mentaire de contr&#244;ler, au moins une fois par an, l'activit&#233; de ses organes et avant tout de son comit&#233; central.&lt;br class='autobr' /&gt;
M&#234;me dans les conditions les plus d&#233;favorables cr&#233;&#233;es par la guerre civile et par la famine, les congr&#232;s se r&#233;unissaient parfois deux fois par an, mais jamais moins d'une fois. Alors le parti d&#233;lib&#233;rait et d&#233;cidait r&#233;ellement, sur toutes les questions, ne cessant jamais d'&#234;tre ma&#238;tre de son propre sort. Quelles forces contraignent donc maintenant &#224; consid&#233;rer les congr&#232;s comme un mal n&#233;cessaire qu'on cherche &#224; r&#233;duire au minimum ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Ces forces ne sont pas celles du prol&#233;tariat. Elles sont la r&#233;sultante d'une pression &#233;trang&#232;re &#224; celui ci, exerc&#233;e par son avant garde. Cette pression a conduit &#224; l'exclusion de l'Opposition et &#224; la d&#233;portation des Vieux-bolcheviks en Sib&#233;rie et dans d'autres pays perdus.&lt;br class='autobr' /&gt;
14.	Nous repoussons l'accusation d'aspirer &#224; cr&#233;er un nouveau parti. Nous disons par avance que les &#233;l&#233;ments d'un dit deuxi&#232;me parti se rassemblent en r&#233;alit&#233; &#224; l'insu des masses du pli parti et avant tout de leur noyau prol&#233;tarien, au point de rencontre des &#233;l&#233;ments d&#233;g&#233;n&#233;r&#233;s de l'appareil du parti et de l'Etat et des nouveaux propri&#233;taires. Les pires repr&#233;sentants de la bureaucratie, munis ou non de la carte du parti, n'ayant absolument rien de commun avec la r&#233;volution prol&#233;tarienne internationale, se groupent toujours davantage, cr&#233;ant ainsi des points d'appui pour un deuxi&#232;me parti qui commence &#224; se dessiner et qui, au cours de son d&#233;veloppement, peut devenir l'aile gauche des forces thermidoriennes.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'accusation selon laquelle, nous, les d&#233;fenseurs de la ligne historique du bolchevisme, aspirerions &#224; cr&#233;er un deuxi&#232;me parti, sert en r&#233;alit&#233; inconsciemment &#224; couvrir le profond travail souterrain des forces historiques hostiles au prol&#233;tariat. En face de ces processus, nous mettons l'I.C. en garde ; t&#244;t ou tard, un jour viendra o&#249; ces processus seront &#233;vidents pour tous, mais chaque jour perdu compromet incontestablement le succ&#232;s de la r&#233;sistance.&lt;br class='autobr' /&gt;
15.	Il faut pr&#233;parer le VI&#176; congr&#232;s de l'I.C. selon les voies et moyens selon lesquels les congr&#232;s &#233;taient pr&#233;par&#233;s du temps de L&#233;nine : publier tous les documents principaux se rapportant aux questions litigieuses, en finir avec la pers&#233;cution des communistes coupables seulement d'avoir exerc&#233; leur droit de membres du parti ; dans la discussion d'avant congr&#232;s, poser dans toute son ampleur la question du rapport des forces &#224; l'int&#233;rieur du P.C. R., ainsi que la question de la ligne politique suivie par ce dernier.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les questions litigieuses ne seront pas r&#233;gl&#233;es par de nouvelles m&#233;thodes de r&#233;pression. De telles mesures peuvent jouer un grand r&#244;le positif lorsqu'elles servent &#224; soutenir une ligne politique juste et &#224; liquider plus facilement les groupements r&#233;actionnaires. En tant que bolcheviks, nous connaissons la valeur des mesures de r&#233;pression r&#233;volutionnaires, et nous les avons appliqu&#233;es &#224; plusieurs reprises contre la bourgeoisie et ses agents, les s.r. et les mencheviks.&lt;br class='autobr' /&gt;
Aussi ne pensons nous pas un seul instant &#224; renoncer &#224; ces mesures contre les ennemis du prol&#233;tariat. Mais nous nous souvenons avec fermet&#233; que la r&#233;pression dirig&#233;e par les partis ennemis contre les bolcheviks est demeur&#233;e impuissante. En fin de compte, c'est la politique juste qui est d&#233;cisive.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour nous, soldats de la r&#233;volution, compagnons d'armes de L&#233;nine, notre d&#233;portation est l'expression la plus claire des changements dans le rapport des forces de classes dans ce pays et de la d&#233;rive opportuniste de la direction. En d&#233;pit de tout cela, nous demeurons fermement convaincus que la base du pouvoir sovi&#233;tique est encore le prol&#233;tariat. Il est encore possible, au moyen d'un changement d&#233;cisif dans la ligne de la direction, en corrigeant les erreurs d&#233;j&#224; commises, par de profondes r&#233;formes, sans un nouveau soul&#232;vement r&#233;volutionnaire, de renforcer et de consolider le syst&#232;me de la dictature prol&#233;tarienne. Cette possibilit&#233; peut devenir r&#233;alit&#233; si l'Internationale communiste intervient de fa&#231;on d&#233;cisive.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous en appelons &#224; tous les partis communistes et au VI&#176; congr&#232;s de l'Internationale, demandant avec instance l'examen de toutes ces questions, ouvertement, et avec la participation de tous les membres du parti. Le Testament de L&#233;nine n'a jamais paru plus proph&#233;tique qu'en ce moment. Personne ne sait combien de temps le cours des &#233;v&#233;nements historiques va nous laisser pour corriger les erreurs qui ont &#233;t&#233; commises. Nous soumettant &#224; la force, nous quittons nos postes dans le parti et les soviets pour un exil absurde et futile. Ce faisant, nous ne doutons cependant pas une minute que chacun d'entre nous et nous tous serons encore n&#233;cessaires au parti et qu'il aura besoin de nous, mais encore qu'&#224; l'heure des grandes batailles qui sont devant nous, nous retrouverons tous nos places dans les rangs combattants du parti.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est sur la base de tout ce qui vient d'&#234;tre dit que nous demandons instamment au VI&#176; congr&#232;s de l'Internationale communiste de nous r&#233;int&#233;grer dans le parti. &lt;br class='autobr' /&gt;
Signatures : M . Alsky A. Beloborodov A. Ichtchenko - L. Trotsky K. Radek Kh. Rakovsky E. A. Pr&#233;obrajensky I. N. Smirnov L. S&#233;r&#233;briakov I. Smilga - L Sosnovsky N. I. Mouralov G. Valentinov - Nevelson-Man V. Eltsine V. Vaganian V. Maliouta V. Kasparova S. Kavtaradz&#233; Vilenskij (Sibiriakov).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;br class='autobr' /&gt;
[1] Piotr N. Wrangel (1878 1928), g&#233;n&#233;ral du tsar, avait &#233;t&#233; le dernier chef de l'arm&#233;e blanche avec le soutien du gouvernement fran&#231;ais en 1920. L'&#233;pisode de &#171; l'officier de Wrangel &#187; s'&#233;tait produit l'ann&#233;e pr&#233;c&#233;dente. Un individu pr&#233;tendant se nommer Stroilov s'&#233;tait pr&#233;sent&#233; aux dirigeants de l'Opposition qui cherchaient les moyens d'imprimer la plate forme de cette derni&#232;re. Le G.P.U. &#171; r&#233;v&#233;la &#187; que Stroilov qui ne fut pas officiellement &#171; retrouv&#233; &#187; &#233;tait un ancien officier de l'arm&#233;e Wrangel. Mais l'Opposition d&#233;montre sans r&#233;plique que cet ancien officier de Wrangel &#233;tait aussi agent du G.P.U. en service.&lt;br class='autobr' /&gt;
Selon les services secrets polonais, Stroilov aurait &#233;t&#233; en r&#233;alit&#233; le c&#233;l&#232;bre Oupeninch, dit Opperput, l'homme qui noyauta puis d&#233;capita les organisations d'&#233;migr&#233;s blancs et construisit le Trust. (cf. P. Brou&#233;, &#171; La Main-d'&#339;uvre blanche de Staline &#187;, Cahiers L&#233;on Trotsky n&#176; 24).&lt;br class='autobr' /&gt;
[2] Trotsky fait allusion ici &#224; diff&#233;rentes d&#233;faites de l'I.C. ou du mouvement ouvrier, dans lesquelles la responsabilit&#233; des dirigeants de Moscou &#233;tait engag&#233;e diff&#233;remment. En Allemagne, apr&#232;s s'&#234;tre d&#233;cid&#233; tr&#232;s tard &#224; admettre l'existence d'une situation r&#233;volutionnaire, apr&#232;s avoir contribu&#233; &#224; freiner les masses par une politique de &#171; grand soir &#187;, l'I.C. avait sous estim&#233; l'ampleur du recul d'Octobre et de la renonciation &#224; l'insurrection. En Bulgarie, elle avait fait pr&#233;parer un putsch qui fut r&#233;prim&#233; dans le sang ; la Lettonie fut aussi le th&#233;&#226;tre d'une insurrection manqu&#233;e en 1925 ; en 1926, la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale britannique fut &#233;cras&#233;e sans que le P.C. de l'U.R.S.S. ait jug&#233; bon de rompre les relations au sein d'un comit&#233; syndical anglo russe avec les dirigeants r&#233;formistes qui cautionnaient et avaient la responsabilit&#233; de cet &#233;crasement ; en Chine, Tchiang Ka&#239; chek avait massacr&#233; les communistes &#224; partir du &#171; coup de Shanghai &#187; et les forces du gouvernement chr&#233;tien social de Vienne avaient mitraill&#233; en pleine capitale des manifestants ouvriers, faisant plus de trente morts.&lt;br class='autobr' /&gt;
[3] Apr&#232;s avoir port&#233; pendant des mois la responsabilit&#233; de la politique de soutien au Guomindang et d'alliance avec Tchiang Ka&#239; chek, et, apr&#232;s le d&#233;but de la r&#233;pression de celui-ci, apr&#232;s avoir continu&#233; cette politique avec ce qu'elle appelait &#171; le Guomindang de gauche &#187;, la direction Staline Boukharine avait fait un brutal virage &#224; gauche, sans doute dans la perspective du XV&#176; congr&#232;s et pour &#233;touffer les critiques de l'Opposition. Une fois de plus, son &#171; gauchisme &#187; avait rev&#234;tu la forme du putschisme, les militants communistes, seuls, se soulevant le 11 d&#233;cembre 1927 au nom d'un &#171; soviet de Canton &#187; d&#233;sign&#233; par l'appareil. L'insurrection, priv&#233;e du soutien populaire par sa conception m&#234;me, ne dura que trois jours mais fut suivie d'une r&#233;pression f&#233;roce. Trotsky nuancera plus tard son appr&#233;ciation, comme on le verra dans ce volume, notamment dans sa correspondance avec Pr&#233;obrajensky.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Victor Hugo et la religion</title>
		<link>https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8271</link>
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		<dc:date>2026-07-10T22:04:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Victor Hugo et la religion &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; AUX PR&#202;TRES. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il sied de ressembler aux dieux. Ton Dieu, flamine, D&#233;vore ses enfants ; ton Dieu, mage, extermine ; Augure, ton Dieu ment ; ul&#233;ma, ton Dieu met La terre sous le sabre impur de Mahomet ; Ton Dieu, Rome, est l'agneau, mais il tette la louve ; &#212; noir dominicain qui r&#234;ves, ton Dieu trouve Agr&#233;able l'odeur inf&#226;me des b&#251;chers ; D'affreux temples, ayant pour pr&#234;tres des bouchers, Sont l'habitation de ton Dieu, corybante ; Brahmine, ton Dieu sombre aime (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique96" rel="directory"&gt;09 - Livre Neuf : RELIGION&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Victor Hugo et la religion&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;AUX PR&#202;TRES.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il sied de ressembler aux dieux. Ton Dieu, flamine,&lt;br class='autobr' /&gt;
D&#233;vore ses enfants ; ton Dieu, mage, extermine ;&lt;br class='autobr' /&gt;
Augure, ton Dieu ment ; ul&#233;ma, ton Dieu met&lt;br class='autobr' /&gt;
La terre sous le sabre impur de Mahomet ;&lt;br class='autobr' /&gt;
Ton Dieu, Rome, est l'agneau, mais il tette la louve ;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#212; noir dominicain qui r&#234;ves, ton Dieu trouve&lt;br class='autobr' /&gt;
Agr&#233;able l'odeur inf&#226;me des b&#251;chers ;&lt;br class='autobr' /&gt;
D'affreux temples, ayant pour pr&#234;tres des bouchers,&lt;br class='autobr' /&gt;
Sont l'habitation de ton Dieu, corybante ;&lt;br class='autobr' /&gt;
Brahmine, ton Dieu sombre aime la nuit tombante ;&lt;br class='autobr' /&gt;
Rabbin, ton Dieu maudit la race de Japhet,&lt;br class='autobr' /&gt;
Et cloue au fond du ciel le soleil stup&#233;fait ;&lt;br class='autobr' /&gt;
Sabaoth est cruel, Jupiter est immonde,&lt;br class='autobr' /&gt;
Et pas un Dieu ne sait comment est fait le monde ;&lt;br class='autobr' /&gt;
Les peuples ont le choix pour fl&#233;chir le genou&lt;br class='autobr' /&gt;
Entre le monstre Asgar et le monstre Vishnou ;&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce Dieu brait, celui-l&#224; rugit, celui-ci beugle ;&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est pourquoi l'id&#233;al de l'homme est d'&#234;tre aveugle,&lt;br class='autobr' /&gt;
T&#233;n&#233;breux, vil, f&#233;roce, ignorant, odieux,&lt;br class='autobr' /&gt;
Afin d'&#234;tre aussi pr&#232;s que possible des dieux.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4 ao&#251;t 1874.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikisource.org/wiki/Les_Quatre_Vents_de_l%E2%80%99esprit/Le_Livre_satirique/Aux_pr%C3%AAtres&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikisource.org/wiki/Les_Quatre_Vents_de_l%E2%80%99esprit/Le_Livre_satirique/Aux_pr%C3%AAtres&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Victor Hugo prend la parole. Un silence respectueux s'&#233;tablit, c'est tr&#232;s solennel. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; L'homme n'a pas besoin de religion, quelle qu'elle soit. Les pr&#234;tres de toutes les religions sont ha&#239;ssables. Les fables religieuses &#233;taient bonnes pour l'enfance de l'humanit&#233;. Mais l'humanit&#233; a grandi, elle peut et elle doit s'en passer d&#233;sormais. Pour elle, il y a le vrai, et le vrai, c'est Dieu, principe de tout et qui suffit &#224; tout. Le moi est immortel, c'est incontestable. Le moi, c'est le point g&#233;om&#233;trique, c'est le n&#233;cessaire. Qu'il se transforme d'une mani&#232;re ou d'une autre, en ceci ou en cela, peu importe. Ce qui importe, c'est qu'il survit et vit. On se reverra sous une esp&#232;ce inconnue, impr&#233;vue, peut-&#234;tre, mais on se reverra. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikisource.org/wiki/Souvenirs_d%E2%80%99un_enfant_de_Paris,_vol._2/Chez_Victor_Hugo/II&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikisource.org/wiki/Souvenirs_d%E2%80%99un_enfant_de_Paris,_vol._2/Chez_Victor_Hugo/II&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;INVENTION.&lt;br class='autobr' /&gt;
*&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Vous avez invent&#233; le diable. Il est tr&#232;s b&#234;te.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il empoigne les gens par les pieds, par la t&#234;te,&lt;br class='autobr' /&gt;
Part, et croit avoir fait quelque chose de beau&lt;br class='autobr' /&gt;
En portant J&#233;sus-Christ au mont Tibidabo.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il dit : Je t'offre &#231;a, la terre. Sois docile. &#8212;&lt;br class='autobr' /&gt;
Il ne s'est m&#234;me pas aper&#231;u, l'imb&#233;cile.&lt;br class='autobr' /&gt;
Que celui qu'il a pris par les cheveux, c'est Dieu ;&lt;br class='autobr' /&gt;
Et que J&#233;sus, qui cache &#233;trangement son jeu,&lt;br class='autobr' /&gt;
Pourrait lui dire : Affreux jocrisse, pitre immonde,&lt;br class='autobr' /&gt;
Tu me donnes la terre, &#224; moi qui tiens le monde !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peu de religions, r&#234;vant sur Anank&#232;,&lt;br class='autobr' /&gt;
Savent faire un titan, et le diable est manqu&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il est, &#224; n'en parler ici que comme artiste,&lt;br class='autobr' /&gt;
Plat et vulgaire ; il fait enrager Jean-Baptiste&lt;br class='autobr' /&gt;
Et tente Saint Antoine avec fort peu d'esprit.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est le d&#233;mon ; tremblez. Non, c'est le diable ; on rit.&lt;br class='autobr' /&gt;
Trop massif, il se tra&#238;ne, ou, trop maigre, il s'efflanque.&lt;br class='autobr' /&gt;
Belph&#233;gor ne ferait pas vivre un saltimbanque ;&lt;br class='autobr' /&gt;
Bez&#233;buth, promen&#233; de foire en foire, aurait&lt;br class='autobr' /&gt;
Moins de succ&#232;s qu'un loup pris dans une for&#234;t.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quant &#224; moi, si j'&#233;tais montreur de ph&#233;nom&#232;nes,&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour faire &#233;carquiller les prunelles humaines,&lt;br class='autobr' /&gt;
J'aimerais mieux, plut&#244;t que Sadoch, nain bougon,&lt;br class='autobr' /&gt;
Ou Moloch, vieux pantin en forme de dragon,&lt;br class='autobr' /&gt;
Ou B&#233;lial soufflant le feu de sa narine,&lt;br class='autobr' /&gt;
Avoir un bon lapin savant qui tambourine.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le gouffre &#233;tant donn&#233;, toute l'ombre, et l'horreur&lt;br class='autobr' /&gt;
Amoncel&#233;e autour d'un g&#233;ant &#233;claireur, &lt;br class='autobr' /&gt;
On est surpris du peu que votre fable en tire ;&lt;br class='autobr' /&gt;
Vous n'avez rien trouv&#233; de mieux que le satyre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le paganisme en lui chez vous est revenu.&lt;br class='autobr' /&gt;
Toujours le pied fourchu, toujours le front cornu.&lt;br class='autobr' /&gt;
Toujours la m&#234;me ampoule au dos du m&#234;me gnome.&lt;br class='autobr' /&gt;
Aveugle, plus, boiteux, c'est l&#224; tout le bin&#244;me.&lt;br class='autobr' /&gt;
Lucifer, Asmod&#233;e ; un infirme, un serpent ;&lt;br class='autobr' /&gt;
L'un ne voit pas Dieu ; l'autre erre clopin-clopant.&lt;br class='autobr' /&gt;
La maison d'or, &#224; Rome, a sur ses vieilles briques&lt;br class='autobr' /&gt;
Des fant&#244;mes qui font des gambades lubriques,&lt;br class='autobr' /&gt;
Des nains &#224; grosse t&#234;te et d'affreux ch&#232;vrepieds ;&lt;br class='autobr' /&gt;
L'enfer chr&#233;tien les a simplement copi&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
Vous avez baptis&#233; le faune ; et c'est le diable.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le vaste m&#233;content qui tire sur le c&#226;ble&lt;br class='autobr' /&gt;
De l'univers, et veut casser l'amarre, afin&lt;br class='autobr' /&gt;
Que tout rentre au chaos, et que le s&#233;raphin,&lt;br class='autobr' /&gt;
L'&#233;toile, le ciel, l'homme, et Dieu lui-m&#234;me, roulent&lt;br class='autobr' /&gt;
L'un sur l'autre &#224; vau-l'eau p&#234;le-m&#234;le, et s'&#233;croulent ;&lt;br class='autobr' /&gt;
Le fourbe qui, pensif, sous J&#233;hovah cr&#233;ant,&lt;br class='autobr' /&gt;
Construit la trahison immense du n&#233;ant ;&lt;br class='autobr' /&gt;
L'&#234;tre noir, l'effrayante &#226;me d&#233;mesur&#233;e&lt;br class='autobr' /&gt;
Qui fait refluer l'ombre ainsi qu'une mar&#233;e ;&lt;br class='autobr' /&gt;
Le parodiste amer et terrible qui prend&lt;br class='autobr' /&gt;
L'homme, et qui fait petit tout ce que Dieu fit grand,&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce monstre, ce m&#233;chant d'une si fi&#232;re taille&lt;br class='autobr' /&gt;
Qu'il attend le tonnerre et lui livre bataille,&lt;br class='autobr' /&gt;
Qu'il a pour plaie au front le mal universel,&lt;br class='autobr' /&gt;
Et que tout l'oc&#233;an n'aurait pas trop de sel&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour sa raillerie &#226;cre et son rire insondable,&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce colosse encha&#238;n&#233; sous l'Etna formidable&lt;br class='autobr' /&gt;
Se retrouve en vos mains pygm&#233;e, avec l'ennui&lt;br class='autobr' /&gt;
D'avoir la petitesse et la laideur sur lui ;&lt;br class='autobr' /&gt;
Il &#233;tait dans l'Er&#232;be &#233;norme ; il est au bagne,&lt;br class='autobr' /&gt;
Et se voit une bosse au lieu d'une montagne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En somme, vous avez fort peu d'invention.&lt;br class='autobr' /&gt;
Vous refaites le cercle o&#249; tournait Ixion. &lt;br class='autobr' /&gt;
La nature a le singe, et l'&#233;glise a le diable ;&lt;br class='autobr' /&gt;
Vive le singe ! il est plus gai. Dans votre fable,&lt;br class='autobr' /&gt;
Le Capricorne, &#233;toile, astre, tombe si bas&lt;br class='autobr' /&gt;
Qu'il n'est plus que le bouc immonde des sabbats ;&lt;br class='autobr' /&gt;
L'enfer triste est doubl&#233; d'un paradis f&#233;roce ;&lt;br class='autobr' /&gt;
D&#233;mons, damn&#233;s, maudits, sont dans la cuve atroce,&lt;br class='autobr' /&gt;
Leur tourment fait le ciel plus c&#233;leste, et le bain&lt;br class='autobr' /&gt;
Qui les cuit rafra&#238;chit l&#224;-haut le ch&#233;rubin ;&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais le d&#233;mon a beau r&#244;tir, il est fort terne ;&lt;br class='autobr' /&gt;
Et l'on ne comprend pas que dans cette citerne&lt;br class='autobr' /&gt;
Du flamboiement sans fond, avec un tel grief&lt;br class='autobr' /&gt;
Et tant de haine, Iblis ait si peu de relief.&lt;br class='autobr' /&gt;
La femelle d'Othryx, la pieuvre dont les pattes&lt;br class='autobr' /&gt;
Sans quitter l'Ararat s'accrochaient aux Carpathes,&lt;br class='autobr' /&gt;
Et qui, plongeant sous l'eau, faisait hausser les mers,&lt;br class='autobr' /&gt;
N'est plus qu'une nabote aux petits ongles verts,&lt;br class='autobr' /&gt;
Et le peuple, qu'au fond votre impuissance blesse,&lt;br class='autobr' /&gt;
Rit devant la titane avort&#233;e en diablesse ;&lt;br class='autobr' /&gt;
Linus, venant du ciel sur P&#233;gase, au relai,&lt;br class='autobr' /&gt;
Trouve votre sorci&#232;re enfourchant son balai ;&lt;br class='autobr' /&gt;
La diablerie au moine appara&#238;t, et pullule,&lt;br class='autobr' /&gt;
Esp&#232;ce de vermine, au mur de la cellule ;&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais ces monstres sont vils, ces nains sont plus blafards&lt;br class='autobr' /&gt;
Que le lourd sphinx sortant la nuit des n&#233;nuphars&lt;br class='autobr' /&gt;
Et que l'impur crapaud cach&#233; sous les broussailles ;&lt;br class='autobr' /&gt;
Et l'on dirait que ceux qui firent ces grisailles&lt;br class='autobr' /&gt;
Et tous ces &#224;-peu-pr&#232;s et tous ces cama&#239;eux&lt;br class='autobr' /&gt;
N'ont &#233;bauch&#233; Satan que pour cr&#233;er Mayeux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikisource.org/wiki/Religions_et_Religion/Invention&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikisource.org/wiki/Religions_et_Religion/Invention&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;CHEF-D'&#338;UVRE.&lt;br class='autobr' /&gt;
*&lt;br class='autobr' /&gt;
Vous pr&#234;tez au bon Dieu ce raisonnement-ci :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; J'ai, jadis, dans un lieu charmant et bien choisi&lt;br class='autobr' /&gt;
Mis la premi&#232;re femme avec le premier homme ;&lt;br class='autobr' /&gt;
Ils ont mang&#233;, malgr&#233; ma d&#233;fense, une pomme ;&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est pourquoi je punis les hommes &#224; jamais.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je les fais malheureux sur terre, et leur promets&lt;br class='autobr' /&gt;
En enfer, o&#249; Satan dans la braise se vautre,&lt;br class='autobr' /&gt;
Un ch&#226;timent sans fin pour la faute d'un autre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Leur &#226;me y tombe en flamme et leur corps en charbon.&lt;br class='autobr' /&gt;
Rien de plus juste. Mais, comme je suis tr&#232;s bon,&lt;br class='autobr' /&gt;
Cela m'afflige. H&#233;las ! comment faire ? Une id&#233;e !&lt;br class='autobr' /&gt;
Je vais leur envoyer mon fils dans la Jud&#233;e ;&lt;br class='autobr' /&gt;
Ils le tueront. Alors, &#8212; c'est pourquoi j'y consens, &#8212;&lt;br class='autobr' /&gt;
Ayant commis un crime, ils seront innocents.&lt;br class='autobr' /&gt;
Leur voyant ainsi faire une faute compl&#232;te,&lt;br class='autobr' /&gt;
Je leur pardonnerai celle qu'ils n'ont pas faite ;&lt;br class='autobr' /&gt;
Ils &#233;taient vertueux, je les rends criminels ; &lt;br class='autobr' /&gt;
Donc je puis leur rouvrir mes vieux bras paternels,&lt;br class='autobr' /&gt;
Et de cette fa&#231;on cette race est sauv&#233;e,&lt;br class='autobr' /&gt;
Leur innocence &#233;tant par un forfait lav&#233;e. &#8212;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&#171; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikisource.org/wiki/Religions_et_Religion/Chef-d%E2%80%99%C5%93uvre&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikisource.org/wiki/Religions_et_Religion/Chef-d%E2%80%99%C5%93uvre&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hugo sur les couvents&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikisource.org/wiki/Les_Mis%C3%A9rables_(1908&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikisource.org/wiki/Les_Mis%C3%A9rables_(1908&lt;/a&gt;)/Tome_2/Livre_7/02&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lire la suite&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article603&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article603&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Bolivie : prendre la t&#234;te ou prendre le pouvoir - 2e partie</title>
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		<dc:date>2026-07-09T22:10:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
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		<dc:subject>Bolivie Bolivia</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;PRENDRE LA T&#202;TE, OU PRENDRE LE POUVOIR &lt;br class='autobr' /&gt;
Bolivie : R&#233;volution Permanente face &#224; la r&#233;volution prol&#233;tarienne &lt;br class='autobr' /&gt;
-- Second volet &#8212; &lt;br class='autobr' /&gt;
Lire la prem&#232;re partie &lt;br class='autobr' /&gt;
Bolivie : un m&#234;me courant, deux langages &lt;br class='autobr' /&gt;
Pourquoi la section bolivienne pose le pouvoir ouvrier que R&#233;volution Permanente escamote en France Ce dossier comprend deux volets, &#224; lire l'un apr&#232;s l'autre. Le premier (ci-dessus) part de la lettre ouverte adress&#233;e le 15 juin aux mineurs boliviens par un dirigeant de la LOR-CI. &#192; l'heure la (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique99" rel="directory"&gt;08- Livre Huit : ACTUALITE DE LA LUTTE DES CLASSES&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot154" rel="tag"&gt;Bolivie Bolivia&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;PRENDRE LA T&#202;TE, OU PRENDRE LE POUVOIR&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bolivie : R&#233;volution Permanente face &#224; la r&#233;volution prol&#233;tarienne&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Second volet &#8212;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8847&#034;&gt;Lire la prem&#232;re partie&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Bolivie : un m&#234;me courant, deux langages&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi la section bolivienne pose le pouvoir ouvrier que R&#233;volution Permanente escamote en France&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce dossier comprend deux volets, &#224; lire l'un apr&#232;s l'autre. Le premier (ci-dessus) part de la lettre ouverte adress&#233;e le 15 juin aux mineurs boliviens par un dirigeant de la LOR-CI. &#192; l'heure la plus chaude de la r&#233;volution, ce dirigeant exhorte les mineurs &#224; &#171; prendre la t&#234;te de la lutte &#187; et &#224; obtenir la d&#233;mission de Paz &#8212; sans poser le mot d'ordre du pouvoir ouvrier : sans dire par quel organe, ni contre quel appareil, le prol&#233;tariat doit prendre la place du gouvernement renvers&#233;. Nous y nommons cette op&#233;ration par sa fonction, non par l'intention de ses auteurs : elle maintient la r&#233;volution dans le cadre bourgeois et pr&#233;pare le successeur bourgeois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce second volet va plus loin. Le courant de R&#233;volution Permanente poss&#232;de, dans ses textes, le programme du pouvoir ouvrier ; sa section bolivienne l'&#233;crit noir sur blanc. Mais ce programme, RP l'efface d&#232;s qu'elle s'adresse en son nom &#224; la classe ouvri&#232;re fran&#231;aise. Nous montrons ici pourquoi, et ce que cet effacement recouvre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 20 juin 2026, quelques heures apr&#232;s que les principaux dirigeants de la Centrale ouvri&#232;re bolivienne (COB) eurent sign&#233; dans la nuit un accord de fin de conflit avec Rodrigo Paz, le gouvernement a d&#233;cr&#233;t&#233; l'&#233;tat d'urgence sur l'ensemble du territoire et lanc&#233; l'arm&#233;e et la police contre les barrages . Une situation r&#233;volutionnaire &#8212; au sens pr&#233;cis o&#249; la question du pouvoir &#233;tait pos&#233;e &#8212; venait d'&#234;tre d&#233;samorc&#233;e par la signature de l'appareil syndical, qui a livr&#233; la classe d&#233;sarm&#233;e &#224; la r&#233;pression.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous voulons ici examiner non pas l'&#233;v&#233;nement, que nous avons trait&#233; ailleurs, mais la mani&#232;re dont le courant trotskyste international auquel appartient R&#233;volution Permanente (RP) y est intervenu. Ce courant &#8212; la Corriente Revoluci&#243;n Permanente &#8211; Cuarta Internacional (CRP-CI), dont la section bolivienne est la Liga Obrera Revolucionaria &#8211; Cuarta Internacional (LOR-CI) et la section fran&#231;aise RP &#8212; pr&#233;sente un trait remarquable et instructif : sa section bolivienne d&#233;ploie un programme r&#233;volutionnaire complet, jusqu'au contenu de la dictature du prol&#233;tariat, tandis que son organisation fran&#231;aise, dans le texte de bilan le plus diffus&#233;, l'escamote. Cet &#233;cart n'est pas un d&#233;tail d'&#233;dition. Il dit quelque chose de la nature de classe distincte des deux organisations, et de la fonction objective que remplit RP dans un pays imp&#233;rialiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous proc&#233;dons par pi&#232;ces v&#233;rifi&#233;es, en signalant &#224; chaque pas ce que les textes &#233;tablissent et ce qu'ils ne permettent pas d'affirmer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;I. Ce que pose la section bolivienne : le programme int&#233;gral du pouvoir ouvrier&lt;br class='autobr' /&gt;
La section bolivienne, d'abord &#8212; une critique honn&#234;te lui rend ce qui lui revient. Dans son texte le plus d&#233;velopp&#233; sur la situation &#8212; une analyse sign&#233;e d'un militant de la LOR-CI, publi&#233;e le 25 mai sur La Izquierda Diario Bolivia &#8212; on trouve, articul&#233;e et nomm&#233;e, toute la cha&#238;ne strat&#233;gique que la tradition marxiste r&#233;volutionnaire oppose au r&#233;formisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'abord, le contr&#244;le ouvrier jamais isol&#233; de l'organe de pouvoir &#8212; point d&#233;cisif, car chez L&#233;nine le contr&#244;le ouvrier n'a jamais de sens en dehors des conseils qui pr&#233;parent la prise du pouvoir. Le texte pose explicitement que les comit&#233;s de gr&#232;ve, lorsqu'ils assument des pouvoirs de fait, cessent d'&#234;tre de simples comit&#233;s de gr&#232;ve pour devenir &#171; un conseil ouvrier, un organe de pouvoir &#187;, et il rattache cette forme aux soviets russes, aux cordons industriels du Chili et &#224; la Coordinadora de l'eau de Cochabamba . Le contr&#244;le ouvrier n'y est donc pas une cogestion : il est articul&#233; &#224; l'organe de double pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite, les conseils, le double pouvoir, et les soviets nomm&#233;s. Le texte invoque l'Assembl&#233;e populaire bolivienne de 1971 comme &#171; forme embryonnaire sovi&#233;tiste &#187;, th&#233;orise la situation de double pouvoir &#171; au sens de L&#233;nine et Trotsky &#187;, et inscrit au programme du parti la lutte pour des organes &#171; du type des conseils ouvriers ou soviets &#187;, pr&#233;sent&#233;s comme &#171; la base d'un futur gouvernement des travailleurs &#187; . Le gouvernement provisoire des organisations en lutte y est d&#233;fini non comme une fin, mais comme &#171; une transition dans la perspective d'un gouvernement ouvrier et paysan fond&#233; sur des organes de d&#233;mocratie directe &#187; . C'est la formule trotskyste du contenu de la dictature du prol&#233;tariat : le pouvoir des conseils arm&#233;s arrachant le pouvoir aux exploiteurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, les milices. Face &#224; la violence de l'&#201;tat &#8212; &#171; lois, tribunaux, prisons, police et Forces arm&#233;es &#187; &#8212;, le texte pose &#171; l'autod&#233;fense des masses par des milices ouvri&#232;res ou des comit&#233;s d'autod&#233;fense &#187; . Et le courant pose ailleurs, dans sa d&#233;claration internationale, l'agitation dans les casernes et &#171; la division des rangs de l'arm&#233;e pour la d&#233;fense de la r&#233;bellion populaire &#187; .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Disons-le nettement, contre toute caricature : sur le papier, le programme y est. Conseils, soviets, double pouvoir, milices, destruction de l'appareil d'&#201;tat, gouvernement ouvrier comme transition. La section bolivienne pose le contenu de la dictature du prol&#233;tariat dans le vocabulaire &#171; occidentalis&#233; &#187; de Trotsky . Ce n'est pas un courant qui ignore la question du pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;II. La limite r&#233;elle de la section bolivienne : la rupture jamais tranch&#233;e avec la COB&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le programme juste sur le papier ne fait pas une politique r&#233;volutionnaire dans les faits. Premi&#232;re faille &#8212; non une absence, mais une ambigu&#239;t&#233; non tranch&#233;e, qui est le propre du centrisme.&lt;br class='autobr' /&gt;
L&#233;nine et Trotsky ont toujours li&#233; le mot d'ordre des conseils &#224; une cons&#233;quence pratique : &#224; un certain moment, les organes de la base doivent diriger &#224; la place de l'appareil bureaucratique, le d&#233;poser, lui arracher la direction du mouvement. Le soviet n'est pas un comit&#233; qui presse la direction syndicale : c'est l'organe qui la remplace. Or, dans la d&#233;claration politique de la LOR-CI du 25 mai , les deux registres coexistent dans le m&#234;me texte sans jamais &#234;tre tranch&#233;s. D'un c&#244;t&#233;, le registre de la rupture : les directions de la CSUTCB, de la CIDOB, du Magisterio et de la FEJUVE Sud sont &#171; d&#233;savou&#233;es par en bas &#187;, et &#171; les travailleurs devons prendre dans nos propres mains la mise en &#339;uvre de la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale &#187; . De l'autre, le registre de la pression sur l'appareil, qui domine jusque dans le titre : &#171; la COB doit rendre effective la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale &#187;, et la conclusion : &#171; exigeons &#224; la COB&#8230; exigeons de nos instances syndicales qu'elles m&#232;nent cette lutte jusqu'au bout &#187; .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les deux mots d'ordre &#8212; d&#233;poser la COB / exiger de la COB &#8212; ne sont jamais d&#233;partag&#233;s. La perspective du pouvoir ouvrier reste &#224; l'&#233;tage strat&#233;gique, invoqu&#233;e par la r&#233;f&#233;rence &#224; 1971 ; la t&#226;che imm&#233;diate, elle, se r&#233;sout en pression sur la bureaucratie. Au moment d&#233;cisif &#8212; les quarante-huit heures o&#249; Argollo s'appr&#234;te &#224; signer &#8212;, la LOR-CI ne dit pas &#171; les cabildos d'El Alto doivent destituer Argollo et prendre eux-m&#234;mes la direction de la lutte et du pays &#187;. Elle dit &#171; exigeons d'Argollo qu'il fasse la gr&#232;ve &#187;. C'est l'application de la tactique du front unique &#8212; &#171; frapper ensemble, marcher s&#233;par&#233;s &#187; &#8212;, orthodoxe en elle-m&#234;me ; mais faute d'&#234;tre conclue par la rupture, elle laisse &#224; l'appareil la centralit&#233; qu'il utilisera pour trahir. La trahison de la COB, le 19 juin, n'a pas &#233;t&#233; une surprise : elle &#233;tait inscrite dans le fait que personne n'avait construit l'organe destin&#233; &#224; lui arracher la direction. La section bolivienne a vu cet organe (elle nomme les comit&#233;s autoconvoqu&#233;s), elle l'a m&#234;me salu&#233; &#8212; mais elle ne l'a pas pos&#233; comme la t&#226;che centrale qui prime sur la pression &#224; la bureaucratie.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est une limite s&#233;rieuse. Mais reconnaissons sa nature : c'est la limite d'une organisation qui pose le programme du pouvoir et h&#233;site &#224; en tirer la cons&#233;quence pratique de rupture. Le mouvement ouvrier a connu le pr&#233;c&#233;dent exact de ce d&#233;crochage, et il est instructif : l'Allemagne d'octobre 1923 . Le Parti communiste allemand y &#233;tait un parti de masse, profond&#233;ment implant&#233; dans les usines et les syndicats, et son programme &#233;tait la prise du pouvoir par les conseils sur le mod&#232;le de 1917 ; la situation &#233;tait r&#233;volutionnaire, gouvernements ouvriers en Saxe et en Thuringe, masses disponibles. Et au moment d&#233;cisif, &#224; la conf&#233;rence de Chemnitz du 21 octobre, la direction (Brandler) a fait d&#233;pendre l'insurrection de l'accord des sociaux-d&#233;mocrates de gauche, puis a tout annul&#233; devant leur refus &#8212; seule Hambourg, n'ayant pas re&#231;u le contrordre, se souleva et fut &#233;cras&#233;e dans l'isolement. La r&#233;volution allemande mourut l&#224;, non par absence de programme ni par d&#233;faut de courage ouvrier, mais par le d&#233;crochage entre le programme proclam&#233; et l'intervention &#224; l'heure o&#249; le pouvoir &#233;tait &#224; port&#233;e. Une pr&#233;cision s'impose pour que la comparaison soit juste : en 1923 le recul portait sur l'ex&#233;cution &#8212; on annule l'assaut pr&#233;vu &#8212; tout en gardant le mot d'ordre du pouvoir dans la propagande ; chez la LOR-CI, le recul porte sur la formulation du but &#8212; on n'&#233;nonce pas le mot d'ordre du pouvoir dans l'agitation m&#234;me. &#201;tages diff&#233;rents d'un m&#234;me d&#233;crochage : dans les deux cas, le programme du pouvoir, pr&#233;sent dans les textes, s'absente au moment de l'acte.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est le m&#234;me d&#233;crochage que dans la lettre du 15 juin aux mineurs, examin&#233;e au premier volet (ci-dessus) : l&#224; aussi, dans l'intervention la plus concr&#232;te et &#224; l'heure d&#233;cisive, ce courant retombe sur &#171; prendre la t&#234;te &#187; et &#171; d&#233;mission de Paz &#187;, et abandonne le mot d'ordre du pouvoir que ses propres textes &#233;noncent. La section fran&#231;aise, elle, ne pose m&#234;me pas le programme.&lt;br class='autobr' /&gt;
III. Ce que RP escamote en France : ni conseils, ni gouvernement ouvrier, ni dictature du prol&#233;tariat&lt;br class='autobr' /&gt;
Le courant poss&#232;de une presse internationale coordonn&#233;e, et RP-France traduit volontiers les d&#233;clarations de sa section bolivienne &#8212; y compris celles qui posent l'appel aux casernes et le gouvernement ouvrier . Le programme circule donc, en fran&#231;ais, dans les textes traduits. Mais lorsque RP parle en son propre nom &#8212; dans l'article o&#249; elle tire le bilan de l'&#233;v&#233;nement pour ses lecteurs fran&#231;ais &#8212;, ce programme dispara&#238;t.&lt;br class='autobr' /&gt;
La d&#233;claration internationale du courant (5 juin) et les textes boliviens nomment le gouvernement provisoire des organisations en lutte, les conseils, la destruction de l'appareil d'&#201;tat, l'agitation dans les casernes . L'article de bilan sign&#233; c&#244;t&#233; fran&#231;ais, lui, ne nomme rien de cela. Il s'arr&#234;te au &#171; renversement de Paz &#187; comme &#224; un horizon en soi ; il ne dit pas un mot du gouvernement des travailleurs ; pas un mot des conseils ou des soviets ; pas un mot de la dictature du prol&#233;tariat sous quelque nom que ce soit ; pas un mot des soldats. Sa seule conclusion pratique est que les organisations r&#233;volutionnaires doivent &#171; multiplier les gestes de solidarit&#233; et d'intervention politique &#187; . Le bilan fran&#231;ais est une version d&#233;politis&#233;e du propre programme international du courant &#8212; une version dont on a retir&#233; exactement ce qui en faisait un programme de r&#233;volution.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cet escamotage n'est pas propre &#224; la conjoncture bolivienne ; il est la r&#232;gle du registre fran&#231;ais. Sur son propre terrain &#8212; les grandes gr&#232;ves fran&#231;aises &#8212;, RP parle abondamment d'auto-organisation, de comit&#233;s de gr&#232;ve, de comit&#233;s d'action, de coordinations, d'assembl&#233;es g&#233;n&#233;rales . Son th&#232;me central est la gr&#232;ve reconductible, &#171; la gr&#232;ve qui appartient aux travailleurs &#187;, oppos&#233;e aux journ&#233;es saute-mouton de l'intersyndicale . Tout cela est juste et utile. Mais ces comit&#233;s et coordinations sont pos&#233;s comme outils d'extension et de contr&#244;le de la gr&#232;ve par la base &#8212; jamais comme organes de pouvoir destin&#233;s &#224; diriger &#224; la place des syndicats et &#224; poser la question de l'&#201;tat. Le vocabulaire &#171; conseils ouvriers &#187;, &#171; gouvernement ouvrier &#187;, &#171; dictature du prol&#233;tariat &#187; est absent du registre fran&#231;ais d'intervention, l&#224; o&#249; il est pr&#233;sent et nomm&#233; dans le registre bolivien . L&#224; o&#249; la section bolivienne va jusqu'&#224; &#171; consejo obrero, &#243;rgano de poder &#187;, RP-France s'arr&#234;te au &#171; r&#233;seau pour la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale &#187; et aux &#171; comit&#233;s d'action &#187; comme moyens de pression et d'extension. Le comit&#233; de gr&#232;ve, chez RP-France, n'est pas l'embryon d'un pouvoir qui d&#233;pose la bureaucratie : c'est un instrument pour pousser la gr&#232;ve plus loin et, au mieux, pour faire pression sur les directions syndicales afin qu'elles &#171; appellent &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
IV. La racine mat&#233;rielle de l'&#233;cart : deux organisations de nature de classe diff&#233;rente&lt;br class='autobr' /&gt;
Pourquoi un tel &#233;cart au sein d'une m&#234;me internationale ? La r&#233;ponse n'est pas dans les intentions, qu'on ne peut sonder, mais dans la base sociale et la position des deux organisations. Trois faits, v&#233;rifi&#233;s, l'&#233;clairent.&lt;br class='autobr' /&gt;
Premi&#232;rement, les secteurs r&#233;els qu'organise chaque section. La LOR-CI revendique une implantation dans des fractions salari&#233;es de la classe ouvri&#232;re : les mineurs de Huanuni, les ouvriers d'usine et des d&#233;p&#244;ts douaniers d'El Alto et de La Paz, les enseignants, &#224; partir de sa Casa Obrera y Juvenil d'El Alto . Quelle que soit la taille r&#233;elle de cette implantation, son orientation vise le salariat. RP-France, elle, est n&#233;e comme tendance (le Courant communiste r&#233;volutionnaire) du NPA, qu'elle a quitt&#233; en 2021, et s'est constitu&#233;e en organisation distincte en 2022 ; son implantation ouvri&#232;re passe par des cadres syndicaux &#8212; un d&#233;l&#233;gu&#233; SUD-Rail pour sa figure m&#233;diatique, un syndicaliste CGT &#224; la raffinerie de Grandpuits . Sa pratique r&#233;elle est l'animation de r&#233;seaux de syndicalistes combatifs.&lt;br class='autobr' /&gt;
Deuxi&#232;mement, le reproche d'adaptation &#224; la bureaucratie syndicale existe d&#233;j&#224; comme fracture interne &#224; leur propre courant. Au sein du NPA, le CCR (l'aile dont est issue RP) a &#233;t&#233; lui-m&#234;me la cible de critiques, puis RP, devenue autonome, a vu se rejouer le d&#233;bat : on lui a reproch&#233; le rapprochement avec La France insoumise, l'&#233;loignement de la ligne r&#233;volutionnaire &#171; au profit d'un simple r&#233;formisme &#187;, &#171; l'absence de critique des bureaucraties syndicales &#187; et &#171; le d&#233;faitisme affich&#233; par les figures m&#233;diatiques de l'organisation &#187; . Autrement dit, l'accusation centrale &#8212; RP couvre la bureaucratie syndicale et ne rompt pas avec elle &#8212; n'est pas une projection ext&#233;rieure : elle a &#233;t&#233; formul&#233;e &#224; l'int&#233;rieur m&#234;me de cette tradition.&lt;br class='autobr' /&gt;
Troisi&#232;mement, la pratique d'intervention le confirme dans les faits. Lors de la gr&#232;ve des raffineries de 2022, apr&#232;s la r&#233;quisition des gr&#233;vistes, la figure m&#233;diatique de RP a appel&#233; publiquement la direction de la CGT &#224; &#171; lancer des appels &#224; la gr&#232;ve dans tous les secteurs &#187; &#8212; c'est-&#224;-dire qu'elle a somm&#233; l'appareil de g&#233;n&#233;raliser, au lieu de poser la construction d'organes ind&#233;pendants qui dirigeraient &#224; sa place. Pression sur la bureaucratie, non rupture avec elle. (Nous attribuons explicitement &#224; un site adversaire, le WSWS, l'all&#233;gation selon laquelle des dirigeants de RP seraient eux-m&#234;mes des responsables interm&#233;diaires de la CGT : c'est une interpr&#233;tation pol&#233;mique que nous ne reprenons pas comme un fait &#233;tabli. Le fait mat&#233;riel, lui &#8212; l'implantation via des cadres syndicaux CGT et SUD &#8212;, est attest&#233; de source neutre .)&lt;br class='autobr' /&gt;
De ces trois faits se d&#233;gage une explication mat&#233;rialiste. RP est l'organisation, dans un pays imp&#233;rialiste, d'une couche de syndicalistes combatifs dont l'horizon pratique est la radicalisation de la gr&#232;ve &#224; l'int&#233;rieur du cadre syndical existant &#8212; et dont la base sociale est impr&#233;gn&#233;e du poids du mouvement ouvrier d'un pays imp&#233;rialiste, c'est-&#224;-dire de l'adaptation &#224; la l&#233;galit&#233; et aux directions r&#233;formistes. La section bolivienne intervient, elle, dans un pays domin&#233; secou&#233; par une situation r&#233;volutionnaire ouverte, o&#249; la question du pouvoir est pos&#233;e dans la rue &#8212; ce qui rend impossible d'escamoter le programme du pouvoir ouvrier, f&#251;t-ce au prix de l'ambigu&#239;t&#233; sur la rupture avec la COB.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le m&#234;me m&#233;canisme se retrouve aux trois &#233;tages du courant. Dans la r&#233;volution bolivienne, la LOR-CI d&#233;croche au point pr&#233;cis o&#249; il faudrait rompre avec la COB et faire des comit&#233;s le pouvoir &#8212; le point de contact avec l'appareil syndical et l'&#201;tat. En France, RP retire le programme du pouvoir ouvrier d&#232;s qu'il s'agit de le porter devant la classe ouvri&#232;re de la m&#233;tropole. Et quand RP parle de contr&#244;le ouvrier, elle l'&#233;voque sur le p&#233;trole, jamais sur l'armement : car exercer le contr&#244;le ouvrier sur la production de guerre, ce serait s'attaquer &#224; l'appareil militaire de l'imp&#233;rialisme fran&#231;ais, donc rompre avec le social-chauvinisme et le social-patriotisme de la direction syndicale que RP couvre . Toujours la m&#234;me r&#232;gle : plus on approche du c&#339;ur du pouvoir &#8212; l'appareil syndical int&#233;gr&#233;, l'&#201;tat, l'arm&#233;e, l'imp&#233;rialisme de la m&#233;tropole &#8212; plus le programme du pouvoir ouvrier s'&#233;vapore. Loin du pouvoir, le programme s'&#233;nonce sans peine ; l&#224; o&#249; il faudrait le porter contre le noyau dur de la domination, il dispara&#238;t. Une organisation r&#233;volutionnaire fait l'inverse : elle &#233;l&#232;ve le mot d'ordre du pouvoir &#224; mesure que la crise en rapproche l'heure.&lt;br class='autobr' /&gt;
V. Le nom de cette op&#233;ration : le centrisme&lt;br class='autobr' /&gt;
RP r&#233;pondra que son langage fran&#231;ais rel&#232;ve de la &#171; tactique &#187; : adapter le mot d'ordre au niveau de conscience de la classe ouvri&#232;re fran&#231;aise, faire de la gr&#232;ve reconductible un &#171; pont &#187; vers des objectifs plus &#233;lev&#233;s, selon la m&#233;thode du Programme de transition. L'argument a du poids, et nous ne pr&#233;tendons pas prouver l'intention contraire.&lt;br class='autobr' /&gt;
Reste le r&#233;sultat objectif, et c'est lui qui compte. Le centrisme consiste pr&#233;cis&#233;ment &#224; pr&#233;senter comme &#171; tactique &#187; ce qui fonctionne comme adaptation. Une organisation r&#233;volutionnaire adapte ses mots d'ordre imm&#233;diats au niveau de la conscience, mais ne retire jamais de son intervention publique la perspective strat&#233;gique &#8212; le pouvoir ouvrier, la destruction de l'&#201;tat, la dictature du prol&#233;tariat &#8212; sous peine de laisser la classe sans boussole quand la crise pose la question du pouvoir. RP ne se borne pas &#224; adapter ses mots d'ordre : elle retire la perspective elle-m&#234;me de son intervention fran&#231;aise, qu'elle r&#233;serve aux textes boliviens traduits. Le programme existe dans la doctrine internationale et dans la section qui agit en situation r&#233;volutionnaire ; il s'&#233;vapore l&#224; o&#249; il s'adresse, en fran&#231;ais, &#224; une classe ouvri&#232;re d'un pays imp&#233;rialiste jug&#233;e &#8212; implicitement &#8212; pas m&#251;re pour l'entendre. Double cons&#233;quence : la classe ouvri&#232;re fran&#231;aise n'entend jamais, de la bouche de RP, le programme de son propre pouvoir ; et la couverture de la bureaucratie syndicale, faute de la perspective qui justifierait la rupture, devient la pente de l'organisation.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les deux volets ne portent pas le m&#234;me jugement, et la diff&#233;rence est voulue. Le premier &#233;tablit une fonction contre-r&#233;volutionnaire, sur la base du texte fondateur de 2022 lu directement et de l'intervention de la LOR-CI en pleine situation r&#233;volutionnaire : dans la rue bolivienne, o&#249; le pouvoir est &#224; port&#233;e de main, escamoter le mot d'ordre du pouvoir a un effet imm&#233;diat et meurtrier &#8212; cela livre la classe d&#233;sarm&#233;e &#224; la r&#233;pression. Le pr&#233;sent volet qualifie l'intervention fran&#231;aise de RP de centrisme, de couverture de gauche de la bureaucratie syndicale. Non par indulgence : la France ne conna&#238;t pas aujourd'hui de situation r&#233;volutionnaire ouverte, et l'escamotage du programme n'y produit pas la cons&#233;quence imm&#233;diate qu'il produit &#224; La Paz. Le retrait du programme du pouvoir y prend donc la forme att&#233;nu&#233;e du centrisme, l&#224; o&#249; il prend en Bolivie la forme aigu&#235; de la fonction contre-r&#233;volutionnaire. Att&#233;nu&#233;e dans ses effets, c'est la m&#234;me op&#233;ration, et elle pr&#233;pare le m&#234;me r&#233;sultat, en m&#233;tropole comme dans les Andes : une classe ouvri&#232;re maintenue sans le programme de son propre pouvoir, une bureaucratie syndicale couverte au lieu d'&#234;tre combattue. Sans durcir au-del&#224; des preuves : le corpus de ce second volet &#8212; sources attribu&#233;es, presse adverse signal&#233;e comme telle, journal de la section dat&#233; &#8212; n'&#233;tablit pas, pour le seul registre fran&#231;ais, une fermeture programmatique aussi tranch&#233;e que celle que le premier volet d&#233;montre sur le texte fondateur. Nous &#233;tablissons une fonction et une pente, pas une intention ; le premier volet, lui, tient la pi&#232;ce &#8212; le texte fondateur &#8212; qui autorise le terme le plus dur.&lt;br class='autobr' /&gt;
VI. Ce que pose le programme contre les deux &#233;cueils&lt;br class='autobr' /&gt;
Contre la limite de la section bolivienne (le programme du pouvoir sans la rupture tranch&#233;e avec l'appareil) et contre l'escamotage fran&#231;ais (la rupture invoqu&#233;e sans le programme du pouvoir), la position que nous d&#233;fendons tient en une articulation indissociable.&lt;br class='autobr' /&gt;
Une situation r&#233;volutionnaire ne se gagne pas par le seul courage de la base &#8212; les travailleurs d'El Alto et les paysans du Chapare l'avaient, et au-del&#224; &#8212;, mais par l'organe qui centralise cette base contre l'appareil et par-dessus lui, c'est-&#224;-dire qui d&#233;pose la direction syndicale tra&#238;tresse au lieu de la presser. Cet organe &#8212; comit&#233;s, conseils, assembl&#233;es centralis&#233;es par d&#233;l&#233;gu&#233;s r&#233;vocables &#8212; n'est pas un instrument d'extension de la gr&#232;ve : il est l'embryon du pouvoir des travailleurs, et il ne vaut que rapport&#233; &#224; son but, qui est d'arracher le pouvoir &#224; la bourgeoisie et de d&#233;truire son &#201;tat. C'est le contenu de la dictature du prol&#233;tariat, qui n'est pas un slogan que l'on r&#233;serve aux pays lointains, mais la perspective que tout r&#233;volutionnaire doit porter dans sa propre classe, dans son propre pays, y compris et surtout imp&#233;rialiste. Le travail vers les soldats, la fracture de l'appareil arm&#233;, en sont la condition. La direction de marche n'est pas un suppl&#233;ment au mot d'ordre &#171; auto-organisation &#187; : elle en est le sens, ou bien l'auto-organisation n'est qu'une &#233;cole de pression sur la bureaucratie.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est pourquoi l'&#233;cart entre la LOR-CI et RP-France n'est pas une affaire d'accent ou de format. C'est la mesure de la distance qui s&#233;pare une organisation contrainte par une situation r&#233;volutionnaire de poser le pouvoir ouvrier &#8212; d'une organisation d'un pays imp&#233;rialiste qui, ayant pour base une couche de cadres syndicaux, retire ce pouvoir de son horizon pratique et le remplace par la pression sur les directions qu'elle devrait combattre.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Gilets Jaunes Poitiers / Mati&#232;re et R&#233;volution / Voix des Travailleurs&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Annexe &#8212; note de m&#233;thode et points restant &#224; v&#233;rifier&lt;br class='autobr' /&gt;
1.	La loi agraire &#171; 1720 &#187; (loi Marinkovic) est attest&#233;e par deux sources concordantes (l'article de RP et le programme de la LOR-CI, qui la nomme explicitement &#171; loi Marinkovic [1720] &#187;). Le num&#233;ro et le contenu peuvent &#234;tre avanc&#233;s en les attribuant aux organisations mobilis&#233;es ; la date de promulgation reste &#224; confirmer sur une source bolivienne primaire.&lt;br class='autobr' /&gt;
2.	L'effondrement du prol&#233;tariat minier est solidement &#233;tabli : d&#233;cret 21060 du 29 ao&#251;t 1985 (gouvernement V&#237;ctor Paz Estenssoro), &#171; relocalisation &#187; de 24 755 mineurs sur 30 174 ; passage des coop&#233;rativistes de 28 649 (1985) &#224; 65 890 (2010) ; la miner&#237;a coop&#233;rativis&#233;e fournit aujourd'hui 90 % des emplois du secteur ; Huanuni reste la principale mine sous administration directe de l'&#201;tat. Ces donn&#233;es changent l'arri&#232;re-plan de l'analyse : le prol&#233;tariat minier salari&#233;, colonne vert&#233;brale de la COB et de la r&#233;volution de 1952, a &#233;t&#233; d&#233;cim&#233; et largement remplac&#233; par une couche coop&#233;rativiste de nature sociale distincte. &#192; recouper sur les chiffres les plus r&#233;cents (post-2010) avant publication.&lt;br class='autobr' /&gt;
3.	Le terme &#171; dictature du prol&#233;tariat &#187; : la distinction de registres est d&#233;sormais verrouill&#233;e (note 9). Le texte fondateur de RP (d&#233;cembre 2022) n'emploie ni &#171; dictature du prol&#233;tariat &#187; ni &#171; centralisme d&#233;mocratique &#187; &#8212; fait &#233;tabli sur lecture directe dans le premier volet de ce dossier. Les textes de conjoncture boliviens posent le contenu du pouvoir ouvrier sans le mot. Les deux volets doivent rester coh&#233;rents sur ce r&#233;glage : le pr&#233;sent volet renvoie au premier pour la preuve sur le texte fondateur, et ne laisse pas flotter de r&#233;serve &#224; ce sujet. Resterait, par surcro&#238;t de prudence, &#224; confirmer sur un texte programmatique dat&#233; de la LOR-CI elle-m&#234;me (et non du courant en g&#233;n&#233;ral) son usage ou non de l'expression.&lt;br class='autobr' /&gt;
4.	L'explication de l'&#233;cart (section IV) admet deux lectures non d&#233;partageables par les seuls textes : adaptation objective de RP &#224; la bureaucratie d'un pays imp&#233;rialiste (notre th&#232;se), ou &#171; tactique &#187; d'adaptation au niveau de conscience (leur d&#233;fense). Le texte &#233;tablit le r&#233;sultat objectif sans pr&#233;tendre prouver l'intention ; c'est la seule position &#233;pist&#233;miquement tenable. Ne pas durcir l'accusation en imputation d'intention.&lt;br class='autobr' /&gt;
5.	Corpus effectivement lu (pour m&#233;moire) : c&#244;t&#233; bolivien/international &#8212; &#171; Huelga general hasta que caiga el gobierno &#187; (25 mai), &#171; Ni un paso atr&#225;s, la COB debe hacer efectiva la huelga general &#187; (25 mai), d&#233;claration internationale CRP-CI (5 juin), &#171; Entre el Cabildo del 1 de mayo y la Conminatoria de Argollo &#187; (17 juin), &#171; Bolivia : &#161;Abajo el estado de excepci&#243;n ! &#187; (21 juin), et le mensuel imprim&#233; Palabra Obrera n&#176;65 (septembre 2015) ; c&#244;t&#233; fran&#231;ais &#8212; &#171; courage et infamie &#187; de C. Rozenn (20 juin), &#171; il faut une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale illimit&#233;e &#187; (19 mai, traduction), &#171; Menace d'&#233;tat d'urgence &#187; (traduction), plus le corpus RP sur l'auto-organisation et les gr&#232;ves fran&#231;aises 2022-2023.&lt;br class='autobr' /&gt;
6.	Le journal imprim&#233; Palabra Obrera est accessible via le site lorci.org, mais l'exemplaire en ligne le plus complet est le n&#176;65 (septembre 2015) ; le site lorci.org est une coquille dont le contenu propre s'arr&#234;te vers 2016 (une colonne lat&#233;rale recopie automatiquement le fil de La Izquierda Diario, ce qui donne une fausse impression de fra&#238;cheur). L'&#233;dition imprim&#233;e 2026 de Palabra Obrera n'a pas &#233;t&#233; retrouv&#233;e en PDF. Toute affirmation sur &#171; ce que diffuse aujourd'hui leur journal &#187; doit donc rester prudente : nous disposons d'un num&#233;ro de 2015, coh&#233;rent avec leur ligne actuelle, mais pas de l'&#233;dition courante.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Quelle est l'interpr&#233;tation des interventions US dans le monde ? Seulement contre d'autres puissances ou contre le prol&#233;tariat ?</title>
		<link>https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8865</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8865</guid>
		<dc:date>2026-07-09T04:21:45Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Alex, Waraa</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Lire ici&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique150" rel="directory"&gt;16- EDITORIAUX DE LA VOIX DES TRAVAILLEURS&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8603&#034;&gt;Lire ici&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La fran&#231;afrique, dictature imp&#233;rialiste de la France en Afrique</title>
		<link>https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8862</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8862</guid>
		<dc:date>2026-07-08T22:34:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Afrique - Africa</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;La fran&#231;afrique, dictature imp&#233;rialiste de la France en Afrique, &#231;a continue&#8230; &lt;br class='autobr' /&gt;
Document 1 &lt;br class='autobr' /&gt;
Document 2 &lt;br class='autobr' /&gt;
Document 3 &lt;br class='autobr' /&gt;
Document 4 &lt;br class='autobr' /&gt;
Document 5 &lt;br class='autobr' /&gt;
Document 6 &lt;br class='autobr' /&gt;
Document 7 &lt;br class='autobr' /&gt;
Document 8 &lt;br class='autobr' /&gt;
Document 9 &lt;br class='autobr' /&gt;
Document 10 &lt;br class='autobr' /&gt;
Document 11 &lt;br class='autobr' /&gt;
Document 12 &lt;br class='autobr' /&gt;
Document 13 &lt;br class='autobr' /&gt;
Document 14 &lt;br class='autobr' /&gt;
Document 15 &lt;br class='autobr' /&gt;
Document 16 &lt;br class='autobr' /&gt;
Document 17 &lt;br class='autobr' /&gt;
Document 18 &lt;br class='autobr' /&gt;
Document 19 &lt;br class='autobr' /&gt;
Document 20 &lt;br class='autobr' /&gt;
Document 21 &lt;br class='autobr' /&gt;
Document 22 &lt;br class='autobr' /&gt;
Document 23 &lt;br class='autobr' /&gt;
Document 24 &lt;br class='autobr' /&gt;
Document 25 Document 26 &lt;br class='autobr' /&gt;
Document 27 &lt;br class='autobr' /&gt;
Document 28 &lt;br class='autobr' /&gt;
Document 29 &lt;br class='autobr' /&gt;
Document 30 (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique117" rel="directory"&gt;14 - Livre Quatorze : PROLETAIRES SANS FRONTIERES&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot123" rel="tag"&gt;Afrique - Africa&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;div class='spip_document_19528 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.matierevolution.fr/IMG/png/7801c-presence-militaire-40d72-0df15-feeb8.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.fr/IMG/png/7801c-presence-militaire-40d72-0df15-feeb8.png' width=&#034;890&#034; height=&#034;1008&#034; alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_19529 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.matierevolution.fr/IMG/jpg/francafrique2-60e66aaae60de430936479.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.fr/IMG/jpg/francafrique2-60e66aaae60de430936479.jpg' width=&#034;1000&#034; height=&#034;563&#034; alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La fran&#231;afrique, dictature imp&#233;rialiste de la France en Afrique, &#231;a continue&#8230;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4882&#034;&gt;Document 1&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?breve1125&#034;&gt;Document 2&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7091&#034;&gt;Document 3&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8608&#034;&gt;Document 4&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?breve303&#034;&gt;Document 5&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2630&#034;&gt;Document 6&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2602&#034;&gt;Document 7&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8642&#034;&gt;Document 8&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8759&#034;&gt;Document 9&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.org/spip.php?breve1281&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Document 10&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?breve851&#034;&gt;Document 11&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5788&#034;&gt;Document 12&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3138&#034;&gt;Document 13&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article732&#034;&gt;Document 14&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5733&#034;&gt;Document 15&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6139&#034;&gt;Document 16&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7248&#034;&gt;Document 17&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2578&#034;&gt;Document 18&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5557&#034;&gt;Document 19&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3138&#034;&gt;Document 20&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?breve835&#034;&gt;Document 21&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4069&#034;&gt;Document 22&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?breve835&#034;&gt;Document 23&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2659&#034;&gt;Document 24&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=k5PkUVImHao&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Document 25&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=7M4-_rEDyd0&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Document 26&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=drc6D-icdFk&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Document 27&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=bcJzTc8Z-OA&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Document 28&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=0xqR_ZsjLeo&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Document 29&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=kWWTsYB-ueU&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Document 30&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=2tjCmAI3YJs&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Document 31&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=5IW5Gx-elqQ&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Document 32&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=bPH20cAmqfY&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Document 33&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=FOJrYfprTC4&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Document 34&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=BPoVnHv0qgY&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Document 35&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=XEoCMtcLsEQ&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Document 36&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=z62pD6Yfusc&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Document 37&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=czPr6RF_kh4&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Document 38&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=dXlT8iQVMTs&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Document 39&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=CidU6oONp3U&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Document 40&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=uLHFh-vyP08&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Document 41&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7352&#034;&gt;Document 42&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2597&#034;&gt;Document 43&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6278&#034;&gt;Document 44&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7882&#034;&gt;Document 45&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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