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La mémoire, une reconstruction du passé tournée vers le futur

vendredi 6 juin 2008, par Robert Paris

"Ce n’est pas le pouvoir de se rappeler mais son exact opposé, le pouvoir d’oublier, qui est une condition nécessaire à notre existence."

Sholem Ash

"Les souvenirs sont (…) une reconstitution permanente, un mélange créatif de faits et de fiction."

LOFTUS, Elisabeth – KETCHAM, Katherine, Le syndrome des faux souvenirs

Sous le titre : "Notre passé, une reconstruction perpétuelle", Renaud Persiaux écrit : "Les bribes de nos souvenirs s’associent de façons changeantes, de sorte que notre mémoire ne se répète jamais à l’identique. Notre mémoire est une véritable reconstruction active et dynamique (...) La reconstruction commence dès l’encodage des souvenirs : toutes les perceptions ne sont pas conservées. « Ne voir dans la mémoire qu’un enregistreur passif serait une erreur »

« Seuls s’y maintiennent durablement les événements ayant un lien avec nos buts et nos valeurs ; les autres, routiniers ou insignifiants, sont voués à l’oubli. » Et ces souvenirs sont loin d’être des représentations exactes de la réalité : ils sont souvent déformés".

"Selon la théorie de la reconsolidation, les souvenirs ne se stabilisent pas après leur encodage, mais, au contraire, leur réactivation les rend à nouveau fragile : on peut les effacer ou les modifier".

Comment faisons-nous pour être capables de nous remettre en mémoire des épisodes passés, la question est d’importance car, sans mémoire, l’être humain ou l’être vivant perdrait tous ses repères et toute conscience de son identité.

Mais la question n’est pas seulement comment mémorisons-nous car il faut aussi se demander : que mémorisons-nous et que retirons-nous de notre mémoire ? S’il est évident que nous ne pouvons pas tout mémoriser, il l’est bien moins de savoir ce qui va être stocké, ce qui ne va pas l’être et ce qui était stocké et va être supprimé.

Il convient de savoir qu’il n’existe pas un seul mécanisme de mémoire mais plusieurs correspondants à des niveaux hiérarchiques différents qui sont hiérarchiques au sens du temps (court terme et long terme) et aussi hiérarchiques au sens du niveau de profondeur de la mémoire (mémoire rapide, mémoire longue, et mémoire de travail).

Dans ces divers cas, la mémoire est fondée sur le fonctionnement des neurones, nos cellules nerveuses. Ce sont elles qui possèdent la capacité d’évoquer des transmissions passées qui ne font plus partie de notre univers présent. La perte de mémoire est aussi un mécanisme neuronal. Elle est aussi un mécanisme psychologique comme le souligne Freud dans son « Introduction à la psychanalyse » : « Lorsqu’on a, par exemple, momentanément oublié un mot, on s’impatiente, on cherche à se le rappeler et on n’a de repos qu’on ne l’ait retrouvé. Pourquoi l’homme à ce point contrarié réussit-il si rarement, malgré le désir qu’il en a, à diriger son attention sur le mot qu’il a, ainsi qu’il le dit lui-même, « sur le bout de la langue » et qu’il reconnaît dès qu’on le prononce devant lui ? Ou, encore, il y a des cas ou les actes manqués se multiplient, s’enchaînent entre eux, se remplacent réciproquement. Une première fois, on oublie un rendez-vous ; la fois suivante, on est bien décidé à ne pas l’oublier, mais il se trouve qu’on a noté par erreur une autre heure. Pendant qu’on cherche par toutes sortes de détours à se rappeler un mot oublié, on laisse échapper de sa mémoire un deuxième mot qui aurait pu aider à retrouver le premier - ; et pendant qu’on se met à la recherche de ce deuxième mot, on en oublie un troisième, et ainsi de suite. »

Ce mécanisme neuronal qui fonde la mémoire est organisé sur la base d’une rétroaction de trois phénomènes de remaniements des réseaux neuronaux, avec trois durées caractéristiques différentes :

La potentialisation à long terme qui renforce l’efficacité des synapses plus celles-ci sont sollicitées et qui correspond à des temps de l’ordre de la milliseconde (maximum une seconde). Inversement, la dépression à long terme qui rend les synapses de moins en moins efficaces moins elles sont sollicitées du fait de l’absence de circulation nerveuse.

Un processus qui peut prendre de quelques minutes à quelques heures lance une série de réactions chimiques qui activent les gènes du noyau du neurone pour la production de nouvelles connexions du neurone avec l’extérieur, de nouvelles synapses. Des brins d’ARN messagers amarrés à la base des épines dendritiques synthétisent également de nouveaux récepteurs qui augmentent encore l’efficacité de la synapse.

En quelques jours ou une semaine, les réseaux modifiés peuvent être stabilisés (mémoire à long terme) en intégrant de nouveaux neurones dans l’hippocampe ou le bulbe olfactif. De nouveaux neurones se fixent s’il y a une expérience nécessitant une plus grande capacité neuronale. Sinon, ils meurent. De ces trois rétroactions, dépend la mémoire neuronale, c’est-à-dire la capacité à évoquer des circuits neuronaux qui ont été déjà activés.

A la fin 2007, le neuroscientifique américain Brendan Depue et ses collègues Tim Curran et Marie Banich du centre de neurosciences et de l’institut des sciences cognitives de l’université de Colorado à Denver ont découvert un mécanisme permettant d’effacer des images et des souvenirs. C’est le cortex préfrontal qui piloterait ce mécanisme d’oubli d’un souvenir grâce au gyrus frontal inférieur droit agissant sur le cortex visuel et le thalamus. Ensuite, le gyrus frontal médian droit va contrôler (dans ce cas réprimer) l’hippocampe et l’amygdale. Dans ce type de répression, il ne s’agit pas à proprement parler de suppression mais d’un classement de l’information à part, hors de portée de la conscience, comme l’avait pensé Freud. Brendan Depue écrit : « Ce processus nettoie la conscience mais sans effacer le souvenir. » Cette recherche s’appuie sur une technique IRME d’imagerie cérébrale permettant de traquer les voies par lesquelles s’opère le blocage des souvenirs. Il a fallu prendre sur le fait le cerveau en train d’envoyer des informations hors d’accès de la conscience. On a remarqué que le cortex préfrontal était activé puis les émotions et la mémoire désactivés. "Nous avons montré que des mémoires émotionnelles peuvent être supprimées en deux étapes par des mécanismes neuronaux : d’abord la suppression du message par le gyrus frontal inférieur droit agissant sur des régions qui sont concernées par les comportements sensoriels de la représentation de la mémoire (cortex visuel, thalamus) suivi par une deuxième étape dans laquelle le gyrus front médial droit contrôle des régions concernant le comportement émotionnel de la représentation de la mémoire (hippocampe, amygdale) (...)" Extrait de "Les régions préfrontales orchestrent la suppression de mémoires émotionnelles en deux phases" par Brendan, Depue, Curran et Banich.

Les faux souvenirs, inscriptions dans notre mémoire d’évènements non advenus dans le passé, ont été décrits par Freud en 1899 comme des "souvenirs écrans".

Dans « Souvenirs d’enfance et « souvenirs-écrans », Freud écrit : « Dans un article (publié en 1899, dans Monatsschrift für Psychiatrie une Neurologie), j’ai pu démontrer la nature tendancieuse de nos souvenirs là où on la soupçonnait le moins. Je suis parti de ce fait bizarre que les premiers souvenirs d’enfance d’une personne se rapportent le plus souvent à des choses indifférentes et secondaires, alors qu’il ne reste dans la mémoire des adultes aucune trace (je parle d’une façon générale, non absolue) des impressions fortes et affectives de cette époque.

Comme on sait que la mémoire opère un choix entre les impressions qui s’offrent à elle, nous sommes obligés de supposer que ce choix s’effectue dans l’enfance d’après d’autres critères qu’à l’époque de la maturité intellectuelle. Mais un examen plus approfondi montre que cette supposition est inutile. Les souvenirs d’enfance indifférents doivent leur existence à un processus de déplacement ; ils constituent la reproduction substitutive d’autres impressions, réellement importantes, dont l’analyse psychique révèle l’existence, mais dont la reproduction directe se heurte à une résistance.

Or, comme ils doivent leur conversation, non à leur propre contenu, mais à un rapport d’association qui existe entre ce contenu et un autre, refoulé, ils justifient le nom de « souvenirs-écrans » sous lequel je les ai désignés. Dans l’article en question je n’ai fait qu’effleurer, loin de l’épuiser, toute la multiplicité et la variété des rapports et des significations que présentent ces souvenirs-écrans. Par un exemple minutieusement analysé, j’y ai relevé une particularité des relations temporelles entre les souvenirs écrans et le contenu qu’ils recouvrent. Dans le cas dont il s’agissait, le souvenir-écran appartenait à l’une des premières années de l’enfance, alors que celui qu’il représentait dans la mémoire, resté à peu près inconscient, se rattachait à une époque postérieure de la vie du sujet. J’ai désigné cette sorte de déplacement sous le nom de déplacement rétrograde. On observe peut-être encore plus souvent le cas opposé, où une impression indifférente d’une époque postérieure s’installe dans la mémoire à titre de « souvenir-écran », uniquement parce qu’il se rattache à un événement antérieur dont la reproduction directe est entravée par certaines résistances. Ce seraient les souvenirs-écrans anticipants ou ayant subi un déplacement en avant.

L’essentiel qui intéresse la mémoire se trouve, au point de vue du temps, situé en arrière du souvenir-écran. Un troisième cas est encore possible, où le souvenir-écran se rattache à l’impression qu’il recouvre non seulement par son contenu, mais aussi parce qu’il lui est contigu dans le temps : ce serait le souvenir-écran contemporain ou simultané. Quelle est la proportion de nos souvenirs entrant dans la catégorie des souvenirs-écrans ? Quel rôle ces derniers jouent-ils dans les divers processus intellectuels de nature névrotique ? (…)L’énigme semble avoir dans les deux cas une orientation différente. Ce qui éveille notre curiosité scientifique dans le premier cas, c’est l’oubli ; dans le second, c’est la conservation. Mais, à la suite d’un examen quelque peu approfondi, on constate que, malgré les différences qui existent entre les deux phénomènes au point de vue des matériaux psychiques et de la durée, ils présentent des analogies qui enlèvent à ces différences toute importance. Dans un cas comme dans l’autre, il s’agit de défectuosités de la mémoire, laquelle reproduit non le souvenir exact, mais quelque chose qui le remplace.

Dans l’oubli de noms, la mémoire fonctionne, mais en fournissant des noms de substitution. Dans le cas de souvenirs-écrans, il s’agit d’un oubli d’autres impressions, plus importantes. Dans les deux cas, une sensation intellectuelle nous avertit de l’intervention d’un trouble dont la forme varie d’un cas à l’autre. Dans l’oubli de noms, nous savons que les noms de substitution sont faux ; quant aux souvenirs-écrans, nous nous demandons seulement avec étonnement d’où ils viennent. Et puisque l’analyse psychologique peut nous montrer que la formation de substitutions s’effectue dans les deux cas de la même manière, à la faveur d’un déplacement suivant une association superficielle, les différences qui existent entre les deux phénomènes quant à la nature des matériaux, la durée et le centre autour duquel ils évoluent, sont d’autant plus de nature à nous faire espérer que nous allons découvrir un principe important et applicable aussi bien à l’oubli de noms qu’aux souvenirs-écrans.

Ce principe général serait le suivant : l’arrêt de fonctionnement ou le fonctionnement défectueux de la faculté de reproduction révèlent plus souvent qu’on ne le soupçonne l’intervention d’un facteur partial, d’une tendance, qui favorise tel souvenir ou cherche à s’opposer à tel autre. » Pour le psychothérapeute, un "souvenir écran" devrait protéger l’individu d’un vrai souvenir désagréable ou traumatisant. Cette vision détonnante de la mémoire, nombre d’expériences de psychologie cognitive sont venues l’étayer ces dernières années. Selon le modèle élaboré en 2000 par Martin Conway, l’image que nous avons de nous-mêmes est déterminée par notre passé et réciproquement nos souvenirs sont sans cesse reconstruits à l’aune de ce que nous sommes ou aimerions devenir.

Sélectionnés, déformés, complétés et même parfois inventés, nos souvenirs n’ont décidément rien d’un sage enregistrement de notre vie ! Chacun faisant l’expérience de l’oubli ou de l’imprécision, on s’en doutait depuis longtemps. Mais grâce aux récentes découvertes de la psychologie cognitive, on sait désormais que le travestissement du passé, loin d’être un "manquement" à notre identité, permet au contraire de tisser un lien essentiel entre notre "moi d’hier" et notre "moi d’aujourd’hui".

« Le rêve améliore notre capacité à apprendre, à mémoriser et à gérer nos émotions » expose le dossier de « Sciences et avenir » de juin 2008. « Le cerveau sombre dans l’inconscience pour un repos bien mérité. Soudain, au bout de plusieurs dizaines de minutes, une partie du cortex cérébral jusque-là profondément endormi se « réveille ». Hyper stimulé, il se met à générer des images, des sons, des sensations. Alors que le corps est paralysé, des scènes apparaissent, s’enchaînent, composent un scénario riche en détails, en bruits, en émotions, voire en odeurs. Une histoire prend forme, plus ou moins logique ou totalement fantasque, avec des rebondissements improbable et des personnages étranges. (…) Quelle est la fonction de ce phénomène cérébral étrange ? (…) Aujourd’hui, grâce aux progrès des neurosciences et de l’imagerie cérébrale, de nouvelles théories émergent et convergent à propos de nos songes. (…) « Le rêve est un système naturel de « réalité virtuelle » produit par le cerveau. » expose Autti Revonsuo. (…) Le rêve serait un immense théâtre où l’on affronterait des problèmes épineux pour apprendre à les résoudre en toute sécurité. (…) Cependant « 15% seulement des rêves récurrents décrivent une situation réaliste et probable. » affirme Antonio Zadra. (…) En tout cas, le rêve est une activité psychique involontaire que tout le monde pratique en moyenne vingt minutes par nuit, fractionnée en plusieurs épisodes. (…) Il survient essentiellement durant le sommeil paradoxal ou sommeil REM. (…) En 1895, Sigmund Freud s’intéresse le premier de près au rêve (…) Il y voit l’expression de nos désirs refoulés dans l’inconscient par notre censure interne. En 1960, Michel Jouvet (…) affirme que l’éveil permet au cerveau de reprogrammer les comportements fondamentaux de l’espèce, la chasse chez le félin par exemple. (…) Deux expériences ont lieu en 1994, qui relancent la question. Avi Karni de l’université Rehovot (Israël) montre tout d’abord que la privation de sommeil REM entraîne une difficulté à se souvenir de tâches que les sujets ont apprise la veille. (…) Puis c’est Matthew Wilson, neurobiologiste du MIT (USA) qui fait une observation incroyable. Une souris révise pendant son sommeil ce qu’elle a appris durant le jour. (…) En 2004, Pierre Maquet (…) teste l’hypothèse chez l’humain. (…) Comme pour la souris, les mêmes zones cérébrales se réactivent durant le sommeil. Pierre Maquet ajoute que si l’on prive un individu de sommeil REM ses performances mémorielles sont diminuées. Enfin, un individu qui sollicite fortement ses capacités de mémorisation connaît des phases de sommeil paradoxal plus longues qu’un individu qui n’est pas soumis à un processus d’apprentissage. En novembre 2007, l’équipe belge enfonce le clou, au niveau cellulaire cette fois. Un apprentissage engendre de nouvelles connexions entre neurones qui sont fragiles et doivent être renforcées pour devenir permanentes. L’équipe démontre alors que les premières étapes de la consolidation des synapses surviennent dans les minutes et les heures après l’apprentissage, au niveau cellulaire, et que le sommeil REM favorise cette consolidation. Mieux, il la faciliterait à long terme. (…) Malgré quelques voix discordantes, les neuroscientifiques semblent peu à peu admettre que le sommeil en général, et la phase paradoxale où se produit le plus le rêve en particulier, servent vraisemblablement à consolider la mémoire et stabiliser les souvenirs. D’autres vont plus loin. Le rêve serait utile pour établir des connexions que le rêveur ne ferait pas pendant l’éveil. Le cortex préfrontal étant désactivé, le rêve permettrait en effet des associations d’idées plus audacieuses qu’en pleine conscience. Un phénomène de levée d’inhibition qui dans certains cas déclencherait « l’insight », la révélation, l’intuition, pour trouver la solution à un problème insoluble. »

Il est généralement connu que le rêve a une grande importance dans la mémoire. Freud a été parmi les premiers à le souligner tout en rajoutant que le rêve correspondait à des désirs inconscients.

Certains spécialistes ont voulu contredire Freud en prétendant que le rêve n’avait rien à voir avec le vécu réel et que, durant le sommeil REM l’individu recevait des impulsions au hasard des neurones, l’interprétation de ces impulsions par des images n’ayant rien à voir avec la réalité. Certaines expériences ont montré que c’était faux. Le vécu de la journée interfère sur les rêves et cela a pu être démontré en intervenant sur le contenu d’un rêve ou d’un cauchemar répétitif. Cela a notamment été montré par Antonio Zadra du centre d’étude du sommeil et des rythmes biologiques de l’hôpital du sacré-cœur à Montréal. L’expérience de modifier les cauchemars a été fait de nombreuses fois notamment par Barru Krakow au centre de médecine du sommeil d’Albuquerque au Nouveau Mexique qui soigne les cauchemars à répétition en demandant au patient d’en modifier le scénario. Dans un article récent du Psychological Bulletin, le directeur du laboratoire de Montréal, Tore Nielsen, et Ross Levin, de la Yeshiva University de New York, ont proposé une nouvelle hypothèse. Les mauvais rêves seraient un moyen pour le cerveau de se débarrasser de ses vieilles terreurs pour mieux appréhender une nouvelle menace éventuelle. « Le cerveau apprend vite la peur, affirme Tore Nielsen. Si ce système n’existait pas, nous serions encore effrayés par les démons de notre enfance. » Un mauvais rêve remplirait donc un rôle d’extincteur de peur. Quant au cauchemar qui réveille, nous soustrayant aux griffes du monstre, il échouerait lamentablement dans sa mission. Il serait rien de moins qu’un rêve raté. « Les mauvais rêves sont fonctionnels, les cauchemars, dysfonctionnels », résument les auteurs.

Quant à la mémoire, elle mêlerait la réalité et la fiction pour en faire un tout cohérent en vue de la défense de notre identité ou de l’image que nous en avons. Des chercheurs comme Rasyid Bo Sanitioso ou Martial Van der Linden affirment que la cohérence de l’image de nous-mêmes est le but des reconstructions réalisées par la mémoire et les rêves. Le but serait de présenter à notre conscience une image permettant d’orienter notre action dans le futur. La mémoire ne serait pas en emmagasinement passif de faits anciens mais une déconstruction et reconstruction du passé en vue de l’avenir. Sans la mémoire, pas d’identité mais aussi pas d’avenir, pas de possibilité de se projeter dans les actions et les pensées sur le futur.

Quant aux mécanismes de la mémoire, on commence à mieux les connaître et ils sont bien entendu biologiques. Et l’un des premiers mécanismes biologiques en question consiste non à mémoriser mais à oublier. Comme le disait Freud, l’oubli est « un élémentaire instinct de défense relié à l’inconscient ». Et cette fonction se fonderait sur un mécanisme moléculaire d’oubli. Des chercheurs de Zurich ont découvert récemment que l’enzyme PPI (Protein Phosphatase I) déclenche l’effacement des informations. Cette action négative, l’effacement, serait elle-même inhibée par une molécule codée par un transgène. Il ne s’agirait pas seulement de favoriser et de défavoriser la mémorisation mais même d’effacer d’anciens souvenirs.

DOCUMENT :

de Freud

Souvenirs d’enfance et « souvenirs-écrans »

Dans un ... article (publié en 1899, dans Monatsschrift für Psychiatrie une Neurologie), j’ai pu démontrer la nature tendancieuse de nos souvenirs là où on la soupçonnait le moins. Je suis parti de ce fait bizarre que les premiers souvenirs d’enfance d’une personne se rapportent le plus souvent à des choses indifférentes et secondaires, alors qu’il ne reste dans la mémoire des adultes aucune trace (je parle d’une façon générale, non absolue) des impressions fortes et affectives de cette époque.

Comme on sait que la mémoire opère un choix entre les impressions qui s’offrent à elle, nous sommes obligés de supposer que ce choix s’effectue dans l’enfance d’après d’autres critères qu’à l’époque de la maturité intellectuelle. Mais un examen plus approfondi montre que cette supposition est inutile. Les souvenirs d’enfance indifférents doivent leur existence à un processus de déplacement ; ils constituent la reproduction substitutive d’autres impressions, réellement importantes, dont l’analyse psychique révèle l’existence, mais dont la reproduction directe se heurte à une résistance.

Or, comme ils doivent leur conversation, non à leur propre contenu, mais à un rapport d’association qui existe entre ce contenu et un autre, refoulé, ils justifient le nom de « souvenirs-écrans » sous lequel je les ai désignés. Dans l’article en question je n’ai fait qu’effleurer, loin de l’épuiser, toute la multiplicité et la variété des rapports et des significations que présentent ces souvenirs-écrans. Par un exemple minutieusement analysé, j’y ai relevé une particularité des relations temporelles entre les souvenirs écrans et le contenu qu’ils recouvrent.

Dans le cas dont il s’agissait, le souvenir-écran appartenait à l’une des premières années de l’enfance, alors que celui qu’il représentait dans la mémoire, resté à peu près inconscient, se rattachait à une époque postérieure de la vie du sujet. J’ai désigné cette sorte de déplacement sous le nom de déplacement rétrograde. On observe peut-être encore plus souvent le cas opposé, où une impression indifférente d’une époque postérieure s’installe dans la mémoire à titre de « souvenir-écran », uniquement parce qu’il se rattache à un événement antérieur dont la reproduction directe est entravée par certaines résistances. Ce seraient les souvenirs-écrans anticipants ou ayant subi un déplacement en avant.

L’essentiel qui intéresse la mémoire se trouve, au point de vue du temps, situé en arrière du souvenir-écran. Un troisième cas est encore possible, où le souvenir-écran se rattache à l’impression qu’il recouvre non seulement par son contenu, mais aussi parce qu’il lui est contigu dans le temps : ce serait le souvenir-écran contemporain ou simultané. Quelle est la proportion de nos souvenirs entrant dans la catégorie des souvenirs-écrans ? Quel rôle ces derniers jouent-ils dans les divers processus intellectuels de nature névrotique ? Autant de problèmes que je n’ai pu approfondir dans l’article cité plus haut et dont je n’entreprendrai pas non plus la discussion ici.

Tout ce que je me propose de faire aujourd’hui, c’est de montrer la similitude qui existe entre l’oubli de noms accompagné de faux souvenirs et la formation de souvenirs-écrans. A première vue, les différences entre ces deux phénomènes semblent plus évidentes que les analogies. Là il s’agit de noms propres ; ici de souvenirs complets, d’événements réellement ou mentalement vécus ; là, d’un arrêt manifeste de la fonction mnémonique ; ici, d’un fonctionnement mnémonique qui nous frappe par sa bizarrerie ; là, d’un trouble momentané (car le nom qu’on vient d’oublier a pu auparavant être reproduit cent fois d’une façon exacte et peut être retrouvé dès le lendemain) ; ici, d’une possession durable, sans rémission, car les souvenirs d’enfance indifférents semblent ne pas nous quitter pendant une bonne partie de notre vie.

L’énigme semble avoir dans les deux cas une orientation différente. Ce qui éveille notre curiosité scientifique dans le premier cas, c’est l’oubli ; dans le second, c’est la conservation. Mais, à la suite d’un examen quelque peu approfondi, on constate que, malgré les différences qui existent entre les deux phénomènes au point de vue des matériaux psychiques et de la durée, ils présentent des analogies qui enlèvent à ces différences toute importance. Dans un cas comme dans l’autre, il s’agit de défectuosités de la mémoire, laquelle reproduit non le souvenir exact, mais quelque chose qui le remplace.

Dans l’oubli de noms, la mémoire fonctionne, mais en fournissant des noms de substitution. Dans le cas de souvenirs-écrans, il s’agit d’un oubli d’autres impressions, plus importantes. Dans les deux cas, une sensation intellectuelle nous avertit de l’intervention d’un trouble dont la forme varie d’un cas à l’autre. Dans l’oubli de noms, nous savons que les noms de substitution sont faux ; quant aux souvenirs-écrans, nous nous demandons seulement avec étonnement d’où ils viennent.

Et puisque l’analyse psychologique peut nous montrer que la formation de substitutions s’effectue dans les deux cas de la même manière, à la faveur d’un déplacement suivant une association superficielle, les différences qui existent entre les deux phénomènes quant à la nature des matériaux, la durée et le centre autour duquel ils évoluent, sont d’autant plus de nature à nous faire espérer que nous allons découvrir un principe important et applicable aussi bien à l’oubli de noms qu’aux souvenirs-écrans.

Ce principe général serait le suivant : l’arrêt de fonctionnement ou le fonctionnement défectueux de la faculté de reproduction révèlent plus souvent qu’on ne le soupçonne l’intervention d’un facteur partial, d’une tendance, qui favorise tel souvenir ou cherche à s’opposer à tel autre.

La question des souvenirs d’enfance me paraît tellement importante et intéressante que je voudrais lui consacrer encore quelques remarques qui dépassent les points de vue admis jusqu’à présent. Jusqu’à quel âge remontent nos souvenirs d’enfance ? Il existe, à ma connaissance, quelques recherches sur la question, notamment celles de V. et C. Henri’ et de Potwin 2, d’où il ressort qu’il existe à cet égard de grandes différences individuelles, certains sujets faisant remonter leur premier souvenir à l’âge de six mois, tandis que d’autres ne se rappellent aucun événement de leur vie antérieur à la sixième et même à la huitième année.

Mais à quoi tiennent ces différences et quelle est leur signification ? Il ne suffit évidemment pas de réunir par une vaste enquête les matériaux concernant la question ; ces matériaux doivent être encore élaborés, et chaque fois avec le concours et la participation de la personne intéressée.

A mon avis, on a tort d’accepter comme un fait naturel le phénomène de l’amnésie infantile, de l’absence de souvenirs se rapportant aux premières années. On devrait plutôt voir dans ce fait une singulière énigme. On oublie que même un enfant de quatre ans est capable d’un travail intellectuel très intense et d’une vie affective très compliquée, et on devrait plutôt s’étonner de constater que tous ces processus psychiques aient laissé si peu de traces dans la mémoire, alors que nous avons toutes les raisons d’admettre que tous ces faits oubliés de la vie de l’enfance ont exercé une influence déterminante sur le développement ultérieur de la personne.

Comment se fait-il donc que, malgré cette influence incontestable et incomparable, ils aient été oubliés ? Force nous est d’admettre que le souvenir (conçu comme une reproduction conscience) est soumis à des conditions tout à fait spéciales qui ont jusqu’à présent échappé à nos recherches. Il est fort possible que l’oubli infantile nous livre le moyen de comprendre les amnésies qui, d’après nos connaissances les plus récentes, sont à la base de la formation de tous les symptômes névrotiques.

Des souvenirs d’enfance conservés, les uns nous paraissent tout à fait compréhensibles, d’autres bizarres et inexplicables. Il n’est pas difficile de redresser certaines erreurs relatives à chacune de ces deux catégories. Lorsqu’on soumet à l’examen analytique les souvenirs conservés par un homme, on constate facilement qu’il n’existe aucune garantie quant à leur exactitude. Certains souvenirs sont incontestablement déformés, incomplets ou ont subi un déplacement dans le temps et dans l’espace. L’affirmation des personnes examinées selon laquelle leur premier souvenir remonte, par exemple, à leur deuxième année, ne mérite évidemment pas confiance.

On découvre rapidement les motifs qui ont déterminé la déformation et le déplacement des faits constituant l’objet des souvenirs, et ces motifs montrent en même temps qu’il ne s’agit pas de simples erreurs de la part d’une mémoire infidèle. Au cours de la vie ultérieure, des forces puissantes ont influencé et façonné la faculté d’évoquer les souvenirs d’enfance, et ce sont probablement ces mêmes forces qui, en général, nous rendent si difficile la compréhension de nos années d’enfance.

Les souvenirs des adultes portent, on le sait, sur des matériaux psychiques divers. Les uns se souviennent d’images visuelles leurs souvenirs ont un caractère visuel. D’autres sont à peine capables de reproduire les contours les plus élémentaires de ce qu’ils ont vu : selon la proposition de Charcot, on appelle ces sujets « auditifs » et « moteurs » et on les oppose aux « visuels ». Dans les rêves, toutes ces différences disparaissent, car nous rêvons tous de préférence en images visuelles.

Pour les souvenirs d’enfance, on observe, pour ainsi dire, la même régression que pour les rêves : ces souvenirs prennent un caractère plastiquement visuel, même chez les personnes dont les souvenirs ultérieurs sont dépourvus de tout élément visuel. C’est ainsi que les souvenirs visuels se rapprochent du type des souvenirs infantiles. En ce qui me concerne, tous mes souvenirs d’enfance sont uniquement de caractère visuel ; ce sont des scènes élaborées sous une forme plastique et que je ne puis comparer qu’aux tableaux d’une pièce de théâtre.

Dans ces scènes, vraies ou fausses, datant de l’enfance, on voit régulièrement figurer sa propre personne infantile, avec ses contours et dans ses vêtements. Cette circonstance est faite pour étonner, car les adultes du type visuel ne voient plus leur propre personne dans leurs souvenirs à propos des événements ultérieurs de leur vie.

Il est également contraire à toutes nos expériences d’admettre que, dans les événements dont il est l’auteur ou le témoin, l’attention de l’enfant se porte sur lui-même, au lieu de se concentrer sur les impressions venues de l’extérieur. Tout cela nous oblige à admettre que ce qu’on trouve dans les soi-disant souvenirs de la première enfance, ce ne sont pas les vestiges d’événements réels, mais une élaboration ultérieure de ces vestiges, laquelle a dû s’effectuer sous l’influence de différentes forces psychiques intervenues par la suite.

C’est ainsi que les « souvenirs d’enfance » acquièrent, d’une manière générale, la signification de « souvenirs-écrans » et trouvent, en même temps, une remarquable analogie avec les souvenirs d’enfance des peuples, tels qu’ils sont figurés dans les mythes et les légendes.

Tous ceux qui ont eu l’occasion de pratiquer la psychanalyse avec un certain nombre de sujets ont certainement réuni un grand nombre d’exemples de « souvenirs-écrans » de toutes sortes. Mais la communication de ces exemples est rendue extraordinairement difficile par la nature même des rapports qui, nous l’avons montré, existent entre les souvenirs d’enfance et la vie ultérieure ; pour découvrir dans un souvenir d’enfance un « souvenir-écran », il faudrait souvent faire dérouler devant les yeux de l’expérimentateur toute la vie de la personne examinée.

On ne réussit que rarement à exposer un souvenir d’enfance isolé, en le détachant de l’ensemble. En voici un exemple très intéressant : Un jeune homme de 24 ans garde de sa cinquième année le souvenir du tableau suivant. Il est assis, dans le jardin d’une maison de campagne, sur une petite chaise à côté de sa tante, occupée à lui inculquer les rudiments de l’alphabet. La distinction entre m et n lui offre beaucoup de difficultés, et il prie sa tante de lui dire comment on peut reconnaître l’un de l’autre. La tante attire son attention sur le fait que la lettre m a un jambage de plus que la lettre n.

Il n’y avait aucune raison de contester l’authenticité de ce souvenir d’enfance ; mais la signification de ce souvenir ne s’est révélée que plus tard, lorsqu’on a constaté qu’il était possible de l’interpréter comme une représentation (substitutive) symbolique d’une autre curiosité de l’enfant. Car, de même qu’il voulait connaître alors la différence entre m et n, il chercha plus tard à apprendre la différence qui existe entre garçon et fille et aurait aimé être instruit en cette matière par la tante en question.

Il finit par découvrir que la différence entre garçon et fille est la même qu’entre m et n, à savoir que le garçon a quelque chose de plus que la fille, et c’est à l’époque où il a acquis cette connaissance que s’est éveillé en lui le souvenir de la leçon d’alphabet. Voici un autre exemple se rapportant à la seconde enfance. Il s’agit d’un homme âgé de 40 ans, ayant eu beaucoup de déboires dans sa vie amoureuse.

Il est l’aîné de neuf enfants. Il avait déjà quinze ans lors de la naissance de la plus jeune de ses sœurs, mais il affirme ne s’être jamais aperçu que sa mère était enceinte. Me voyant incrédule, il fait appel à ses souvenirs et finit par se rappeler qu’à l’âge de onze ou douze ans il vit un jour sa mère défaire hâtivement sa jupe devant une glace. Sans être sollicité cette fois, il complète ce souvenir en disant que ce jour-là sa mère venait de rentrer et s’était sentie prise de douleurs inattendues. Or, le délaçage (Aufbinden) de la jupe n’apparaît dans ce cas que comme un « souvenir-écran » pour accouchement (Entbindung). Il s’agit là d’une sorte de « pont verbal » dont nous retrouverons l’usage dans d’autres cas.

Je veux encore montrer par un exemple la signification que peut acquérir, à la suite d’une réflexion analytique, un souvenir d’enfance qui semblait dépourvu de tout sens. Lorsque j’ai commencé, à l’âge de 43 ans, à m’intéresser aux vestiges de souvenirs de ma propre enfance, je me suis rappelé une scène qui, depuis longtemps (et même, d’après ce que je croyais, de tout temps), s’était présentée de temps à autre à ma conscience et que de bonnes raisons me permettent de situer avant la fin de ma troisième année.

Je me voyais criant et pleurant devant un coffre dont mon demi-frère, de 20 ans plus âgé que moi, tenait le couvercle relevé, lorsque ma mère, belle et svelte, entra subitement dans la pièce comme venant de la rue. C’est ainsi que je me décrivais cette scène dont j’avais une représentation visuelle et dont je n’arrivais pas à saisir la signification. Mon frère voulait-il ouvrir ou fermer le coffre (dans la première description du tableau il s’agissait d’une « armoire ») ? Pourquoi avais-je pleuré à ce propos ? Quel rapport y avait-il entre tout cela et l’arrivée de ma mère ? Autant de questions auxquelles je ne savais comment répondre.

J’étais enclin à m’expliquer cette scène, en supposant qu’il s’agissait du souvenir d’une frasque de mon frère, interrompue par l’arrivée de ma mère. Il n’est pas rare de voir ainsi donner une signification erronée à des scènes d’enfance conservées dans la mémoire on se rappelle bien une situation, mais cette situation est dépourvue de centre et on ne sait à quel élément attribuer la prépondérance psychique. L’analyse m’a conduit à une conception tout à fait inattendue de ce tableau.

M’étant aperçu de l’absence de ma mère, j’avais soupçonné qu’elle était enfermée dans le coffre (ou dans l’armoire) et j’avais exigé de mon frère d’en soulever le couvercle. Lorsqu’il eut accédé à ma demande et que je me fus assuré que ma mère n’était pas dans le coffre, je me mis à crier. Tel est l’incident retenu par ma mémoire ; il a été suivi aussitôt de l’apparition de ma mère et de l’apaisement de mon inquiétude et de ma tristesse. Mais comment l’enfant en est-il venu à l’idée de chercher sa mère dans le coffre ?

Des rêves datant de la même époque évoquent vaguement dans ma mémoire l’image d’une bonne d’enfants dont j’avais conservé encore d’autres souvenirs ; par exemple qu’elle avait l’habitude de m’engager à lui remettre consciencieusement la petite monnaie que je recevais en cadeau, détail qui, à son tour, pouvait servir seulement de « souvenir-écran » à propos de faits ultérieurs. Aussi me décidai-je, afin de faciliter cette fois mon travail d’interprétation, à questionner ma vieille mère, au sujet de cette bonne d’enfants.

Elle m’apprit beaucoup de choses, et entre autres que cette femme rusée et malhonnête avait, pendant que ma mère était retenue au lit par ses couches, commis de nombreux vols à la maison et qu’elle avait été, sur la plainte de mon demi-frère, déférée devant les tribunaux. Ce renseignement me fit comprendre la scène enfantine décrite plus haut, comme sous le coup d’une révélation. La disparition brusque de la bonne ne m’avait pas été tout à fait indifférente ; j’avais même demandé à mon frère ce qu’elle était devenue, car j’avais probablement remarqué qu’il avait joué un certain rôle dans sa disparition ; et mon frère m’avait répondu évasivement (et, selon son habitude, en plaisantant) qu’elle était « coffrée ».

J’ai interprété cette réponse à la manière enfantine, mais j’ai cessé de questionner, car je n’avais plus rien à apprendre. Lorsque ma mère s’absenta quelque temps après, je me mis en colère, et convaincu que mon frère lui avait fait la même chose qu’à la bonne, j’exigeai qu’il m’ouvrit le coffre. Je comprends aussi maintenant pourquoi, dans la traduction de la scène visuelle, la sveltesse de ma mère se trouve accentuée : elle m’était apparue comme à la suite d’une véritable résurrection.

J’ai deux ans et demi de plus que ma sœur, qui était née à cette époque-là, et lorsque j’atteignis ma troisième année, mon demi-frère avait quitté le foyer paternel.

La mémoire freudienne : se rappeler sans se souvenir

Roland Gori

Le terme de mémoire renvoie en psychopathologie à des processus psychiques hétérogènes et pour tout dire contradictoires : se souvenir et se rappeler. Concevoir la mémoire comme une aptitude à se souvenir, c’est réduire la mémoire aux processus de stockage et de récupération des informations sensorielles. L’oubli apparaît alors comme un déficit cognitif de cette fonction, un échec de récupération des données du passé. La psychopathologie cognitive trouve dans les expériences de laboratoire sur les possibilités d’apprentissage ou dans les témoignages cliniques des patients cérébrolésés l’occasion d’explorer les phénomènes de stockage et de récupération des informations et éventuellement leurs connexions neurobiologiques. L’informatique a offert de nouveaux concepts et un nouveau langage permettant la modélisation des théories neuropsychologiques de la mémoire conçue comme aptitude à se souvenir. Cette conception modulaire et computationnelle de la mémoire, comme l’a souligné Alan Baddeley (1990), peut être source d’erreurs si on interprète de façon trop littérale les analogies offertes par la modélisation informatique. C’est dans un tout autre sens que la psychanalyse définit le concept de mémoire dont la formulation la plus radicale se trouve sous la plume de Freud : « La conscience naîtrait là où s’arrête la trace mnésique » (1920, p. 31). C’est dire d’entrée de jeu que conscience et mémoire sont exclusives l’une de l’autre. La mémoire, c’est l’inconscient qui doit trouver des occasions de se manifester en inscrivant son message en contrebande dans les actes conscients et préconscients. La mémoire dans la conception freudienne se trouve constituée par des réminiscences actives qui se rappellent au sujet en exigeant de lui un travail psychique de transformation et d’actualisation. Le sujet s’en rappelle mais sans s’en souvenir, il s’en rappelle dans ses rêves, ses transferts et ses symptômes, ils commémorent à son insu les chapitres oubliés de son histoire. Freud précise dès le chapitre V de L’interprétation des rêves que les souvenirs d’enfance les plus anciens, nous ne les avons plus à notre disposition, ils sont remplacés par des rêves et des transferts. Pour le dire autrement, le transfert comme le rêve ne seraient que des ersatz de la mémoire. Ainsi, chaque nuit, nous nous rappelons à notre insu notre passé sans nous en souvenir. La mémoire, c’est ce qui a été oublié, voire ce qui n’a jamais été conscient et s’est inscrit comme empreintes, traces mnésiques, échos d’une jouissance à jamais inaccessible. Ces restes, ces résidus, comme Freud les appelle, sont des souvenirs qui « n’ont rien à voir avec la conscience. Les plus intenses et les plus tenaces de ces souvenirs sont ceux laissés par des processus qui ne sont jamais parvenus à la conscience » (1920, p. 30). Ce fonds mnésique originaire constitue ce que nous pourrions appeler le mycélium traumatique de la mémoire. Ce mycelium ramasse les impressions, les empreintes, les réminiscences, les échos des jouissances et des terreurs originaires. Exilées de la conscience, ces impressions laissées par les traumatismes précoces réclament, tout en s’y dérobant sans cesse, une représentation et une figuration. C’est la raison pour laquelle cette terre d’exil de l’oubli originaire ne cesse en permanence de s’inscrire et de se transcrire dans tout le travail de la pensée et de la représentation. Mais, c’est paradoxalement par le travail du déplacement et de l’oubli que cette mémoire inconsciente, en troublant la pensée et le souvenir, se révèle par les déformations tendancieuses qu’elle impose aux représentations conscientes. Dans L’homme Moïse et la religion monothéiste, Freud écrit : « C’est ainsi que presque toutes les parties comportent des lacunes évidentes, des répétitions gênantes, des contradictions manifestes, indices qui trahissent des choses dont la communication n’était pas recherchée. Il en va de la déformation d’un texte comme d’un meurtre. Le difficile n’est pas d’exécuter l’acte mais d’en éliminer les traces » (p. 115). Le travail de déplacement – Entstellung –, de déformation et d’oubli actualise cette tendance à éliminer les traces, ce qui constitue tout autant une façon de les conserver. Le terme de souvenir inconscient s’avère inapproprié pour évoquer cette mémoire dont on se rappelle sans s’en souvenir. Il conviendrait davantage de parler de souvenirs refoulés (après-coup) ou de réminiscences en laissant à ce terme sa connotation platonicienne. Le souvenir trahit la mémoire, trahit dans les deux sens du terme, la manifeste et la déforme. L’oubli n’est pas un dysfonctionnement du souvenir, il en constitue la condition même, la structure fondamentale. La mémoire se révèle ailleurs, dans le transfert qui la manifeste, dans le rêve qui la remplace, dans le symptôme névrotique qui la commémore.

Clinique de l’oubli

Deux fictions cliniques vont me permettre d’évoquer cette conception freudienne de la mémoire et du souvenir. Un lapsus surgit au cours d’une séance. L’analysant s’entend énoncer un mot incompréhensible pour sa conscience : nipòte. Ce mot venu à la place d’un autre lui fait ressentir une étrange impression d’incompréhension. Un non-sens, en quelque sorte, aurait surgi de façon incongrue dans ses propos. Temps d’arrêt, trouée du discours, époché d’un raisonnement. L’analyste lui demande alors s’il connaît la signification de ce mot en italien. Agacé, l’analysant rétorque que cette langue lui est inconnue. Et ce, alors même que d’origine italienne, l’analysant a eu, au cours de ses tendres et jeunes années, vraisemblablement l’occasion d’entendre ses grands parents et son entourage familial parler dans cette langue. Langue secrète, certainement propice à protéger l’intimité que son entourage voulait soustraire à sa curiosité infantile. À l’adolescence, l’analysant avait manifesté quelque déplaisir à entendre cette langue et s’était bien gardé de l’apprendre au cours de ses études. Lors de la séance suivante, cet affect de déplaisir et d’agacement resurgit lorsque son analyste lui rappelle l’origine italienne de ce mot incompréhensible et du même coup son origine. Et lorsque l’analysant proteste de son innocence quant à la langue italienne, l’analyste lève, d’une certaine façon, le voile du secret en lui déclarant : « Vous ne connaissez peut-être pas l’italien mais votre inconscient s’en rappelle. » Curieux paradoxe de se rappeler quelque chose dont on n’a pas le souvenir. Curieux paradoxe qui aurait ainsi amené l’analysant à se voir déclaré coupable d’une chose qu’il aurait ignoré. Un tel mot apparaît dans la valeur incidente prise dans le discours associatif, comme l’émergence de toute une série de secrets, oubliés mais non effacés, de l’enfance. Par la suite l’analysant manifestera, à l’endroit de l’Italie et de l’italien, une grande passion, au point même qu’au cours de ses séjours en Italie il se surprendra quelque peu à comprendre au moins en partie une langue qu’il aurait ignorée. D’une certaine façon l’analyste, en « proclamant » l’analysant dépositaire d’un savoir qu’il ignore, le « déclare » coupable du recel d’un secret. Par où il advient que la parole analytique, à déclarer coupable l’analysant d’ignorer la portée de ce qu’il dit, virtualise l’évocation de toutes les expériences passées justifiables de vœux coupables dont elle assure la prédication. Dans le deuxième fragment de séance, la patiente arrive avec dix minutes de retard à son rendez-vous. Après s’être allongée, elle commence par dire son étonnement d’avoir été « reçue » cinq minutes en avance. L’analyste lui demande ce qu’elle veut dire par là. « Eh bien oui, dit-elle, l’heure de ma séance étant à 19 h 45, vous m’avez fait entrer à 19 h 40 alors que j’avais cinq minutes d’avance. » Elle « oublie » manifestement qu’elle a accepté, plusieurs mois auparavant, d’« avancer » son rendez-vous à 19 h 30. L’oubli s’avère – au moment où elle parle – quasi total. Elle questionne avec insistance son analyste. Devant son silence, elle récapitule, avec une étonnante précision, tous ses horaires de rendez-vous depuis le début de son analyse, commencée quelques années auparavant. Elle passe en revue tous les changements survenus depuis, jusqu’à la moindre modification du « cadre », tout en oubliant complètement le changement d’horaire convenu six mois auparavant. Sa mémoire est étonnante, la clarté de ses souvenirs, la précision et l’acuité de ses références, contrastent à l’évidence avec son oubli. Elle manifeste un agacement certain devant ce « trou de mémoire » dont elle conteste jusqu’à l’existence en affirmant que l’heure de sa séance est bien 19 h 45 et que l’analyste doit se tromper. Elle se souvient que l’analyste a récemment réajusté ses honoraires. Elle se souvient qu’avant les vacances certains rendez-vous de jours fériés ont été remplacés, mais le « trou de mémoire » persiste obstinément. Alors elle se lance dans une série de questions égrenées comme dans un jeu de devinette : « Était-ce avant les vacances ? Celles de l’été ?, de l’automne ?, de Noël ? », « Est-ce un changement définitif ou occasionnel ? », « Suis-je déjà venue à une autre heure ? » Enfin, elle mentionne un précédent « oubli ». Deux mois plus tôt, la veille d’un départ en vacances, l’analyste avait avancé son rendez-vous d’une heure. Le jour convenu, oubliant ce changement occasionnel, elle était arrivée à son heure habituelle et la séance suivante, elle avait manifesté sa tristesse et son dépit de ne pas avoir eu de séance la fois précédente. Sa séance s’était limitée à ce bref moment où, arrivant à l’heure habituelle, elle s’était rendu compte de son oubli apparaissant en somme face à une absence inconsciemment provoquée. Dans la séance en question, elle évoque d’autres « oublis » : lors d’un examen universitaire elle était arrivée avec une heure de retard à une épreuve dont la durée lui semblait pourtant trop brève ; enfant, elle faisait partie d’un groupe chargé de présenter un enchaînement de gymnastique qu’elle connaissait bien pour l’avoir longuement préparé à l’avance et au moment de l’exécution, au cours de la représentation, elle avait eu un « trou en plein milieu ». Un « trou en plein milieu », c’est son expression même dont le « trou de mémoire » à propos de l’heure de son rendez-vous assure l’évocation, la prédication. L’acuité et la précision des souvenirs, « anormalement clairs », contrastent, de manière spectaculaire, avec l’oubli irrédentiste du changement horaire. Quant au « trou de mémoire actuel », il permet l’évocation d’un oubli précédent sur lequel peu de choses avaient été dites et dont pourtant le sens transféro-contre-transférentielle aurait pu s’avérer manifeste : « Puisque tu me prives de dessert par ta faim d’autres choses que de moi, ça tombe bien je n’ai pas faim du tout et je ne me mettrai pas à table ! » L’évocation de la durée de l’épreuve universitaire convoie ce champ de représentations : se priver encore davantage de ce qui peut apparaître comme une limite de la disponibilité de l’analyste. En quoi, de faire de sa personne la localité et l’origine de cette limite le promeut comme agent et cause de la frustration. Et l’oubli du changement horaire actualise ce qu’une telle frustration convoie de représentations inconscientes. « En plein milieu » de quoi ? » aurait pu être la question à lui poser ? Ce trou, en plein milieu de la relation entre l’analyste et l’analysant, peut, par l’équivocité même de cette expression, renvoyer à un autre manque, une autre limite, celle-là même qu’impose la différence sexuée. Un récit de rêve que l’analysante rapporte en séance à la suite des associations déjà mentionnées se charge de préciser les choses dans ce sens. Mais il appartient en propre à l’histoire de l’analysante. C’est une autre histoire. L’oubli est donc ici une manière de se rappeler, de se rappeler une question laissée en souffrance dont on n’a pas le souvenir. Mais l’oublié n’est pas l’effacé et tend à faire retour dans toutes les manières d’être et de dire du sujet. Ainsi quand un patient au cours d’une analyse nous dit qu’il ne nous a jamais parlé de son enfance puisqu’il n’a pas évoqué de souvenirs infantiles, nous pourrions lui rétorquer que dans sa manière de rêver, de parler et de s’adresser à nous, il n’a fait que ça, se rappeler d’une enfance dont il n’a plus le souvenir. Ce savoir inconscient de la mémoire tend à s’inscrire sans cesse dans le discours manifeste des significations partagées. Seulement le sujet écrit dans ce qu’il dit et à son insu un autre texte qu’il est inévitablement incapable de lire au moment même où il l’écrit. La méthode analytique peut lui permettre, mais seulement dans l’après-coup, de procéder au déchiffrage de ce qu’il dit sans le savoir. Dans ce palimpseste du discours, un message inconscient apparaît de manière anagrammatique ou anaphonique pour celui qui accepte de s’y abandonner. À la manière d’Eluard, on pourrait dire qu’il y a un autre monde qui est dans celui-ci. Mais alors si le souvenir n’est pas la mémoire, quelle est sa nature, quelle est sa fonction ? La psychanalyse pourrait aisément faire sienne cette boutade d’un psychologue du témoignage selon lequel les gens ne peuvent pas décrire plus justement le temps qu’il faisait il y a une semaine que celui qu’il fera dans une semaine. À plusieurs reprises Freud a insisté sur la nature tendancieuse des souvenirs qu’il rapproche des fantaisies. Mieux, Freud compare, à plusieurs reprises, les souvenirs excessivement nets et anormalement clairs à des hallucinations et montre qu’ils résultent d’un compromis : on se souvient d’autant plus qu’on a besoin d’oublier autre chose. L’exemple clinique de la patiente dont j’ai parlé met en évidence que l’hypermnésie repose sur un oubli fondamental. Très tôt Freud a mis en évidence que là où le souvenir visuel prévaut c’est la mémoire du mot qui fait défaut. Tout se passerait comme si en cherchant à nous souvenir nous évitions d’avoir à nous rappeler. À plusieurs reprises, Freud a insisté, tant en ce qui concerne les souvenirs d’enfance (la robe jaune de sa cousine Gisella), que l’oubli des noms (Signorelli) ou les récits de rêve, sur cette co-extensivité de l’hypermnésie visuelle et du refoulement du mot. Tout se passerait comme si la clarté, la précision, l’évidence et le relief visuel permettaient de reléguer à l’arrière plan ce qui doit être absolument refoulé, écarté, éloigné, laissé dans l’ombre et dont le point de fuite organise le discours. En fixant l’attention sur le paysage visuel du souvenir, la conscience permettrait au sujet de se distraire de cette part de la mémoire dont l’évocation doit rester réprimée. Ainsi en 1898, dans son article Sur le mécanisme psychique de l’oubli, Freud écrit à propos de l’oubli du nom « Signorelli » : « Au contraire, je pus me représenter les peintures avec des sensations plus vives que je ne le puis habituellement ; et avec une particulière acuité se tenait devant mes yeux l’autoportrait du peintre – le visage grave, les mains croisées –, que celui-ci a placé dans le coin d’une peinture a côté du portrait de celui qui l’avait précédé dans ce travail, Fra Angelico da Fiesole ; mais le nom de l’artiste, qui m’est habituellement si familier, se cachait obstinément [1]. » Ce qui cache « le nom » c’est cette plénitude du visuel qui s’effrite lorsque la défaillance de la mémoire tend à s’estomper : « Le souvenir trop clair des traits du visage du Maître sur sa peinture pâlit peu à peu » (p. 101). Ironie du destin, c’est-à-dire de la mémoire, l’italien cultivé qui communique à Freud le nom de « Signorelli » le prive de cette lumière jaillie du refoulement. Ce qui permet à Freud d’ajouter le prénom de l’homme, Luca, ironie du mot, Luca, c’est la lumière. Et le prénom ici a sans doute autant d’importance que le nom. Le souvenir visuel fait obstacle, se tient devant la mémoire du mot refoulé. Le souvenir-écran prend valeur de paradigme, les détails qu’il met en lumière avec, écrit Freud, « une force et une clarté pathologiques [2] » relèguent dans l’ombre ce qui de la mémoire doit demeuré retranché du souvenir. Freud constate à propos du souvenir d’enfance avec sa cousine Gisela : « Le jaune des fleurs se détache beaucoup trop fort sur l’ensemble et le bon goût du pain m’apparaît lui aussi outré. » et il ajoute ces mots importants : « Comme dans une hallucination. » La clarté et la précision de ces détails, leur mise en relief excessive, leur perception presque « hallucinatoire » s’avèrent coextensives du travestissement du fantasme inconscient : le désir de défloration et l’accomplissement du bien-être matériel. La compulsion à se souvenir avec précision et clarté participe du travail de l’oubli et du refoulement. C’est la raison pour laquelle l’hypermnésie apparaît bien souvent comme consubstantielle à la passion d’oublier, de maintenir dans l’exil ce qui tend sans cesse à faire retour. Dans Psychopathologie de la vie quotidienne, à propos d’un cas « particulièrement intéressant [3] » rapporté par Reik, Freud souligne à nouveau ce contraste, cette tendance à l’exclusion réciproque du visuel et du verbal. Il écrit à propos d’une jeune universitaire qui n’arrivait pas à se rappeler du titre d’un roman – Ben Hur – : « Qu’elle gardait un souvenir visuel très net de la couverture du livre et de l’aspect typographique du titre ». Le mot « Hur » ne devait pas apparaître car il évoquait « hure », prostituée en allemand, et prononcer le mot ce serait évoquer la chose, la chose sexuelle. L’oubli n’est pas un dysfonctionnement du souvenir, il en constitue la condition même, la structure fondamentale. La mémoire se révèle ailleurs, dans le transfert qui la manifeste, dans le rêve qui la remplace, dans le symptôme névrotique qui la commémore. J’ai, à plusieurs reprises [4], développé cette distinction nécessaire entre souvenir, mémoire et réminiscence : le souvenir trahit la mémoire, trahir dans les deux sens du terme, manifester et déformer.

BIBLIOGRAPHIE

· Fédida, P. 1995. Le site de l’étranger, Paris, puf. · Fédida, P. 2000. « Modernité de la dépression », dans La dépression est-elle passée de mode ? Forum Diderot, Paris, puf, 81-93. · Foucault, M. 1974-1975. Les anormaux. Cours au Collège de France, Paris, Gallimard, Le Seuil, 1999. · Freud, S. 1898. « Sur le mécanisme psychique de l’oubli », dans Résultats, idées, problèmes, I, Paris, puf, 1984, 99-107. · Freud, S. 1899. « Sur les souvenirs-écrans », dans Névrose, psychose et perversion, Paris, puf, 1973, 113-132. · Freud, S. 1901. Psychopathologie de la vie quotidienne, Paris, Payot, 1971. · Freud, S. 1920. « Au-delà du principe de plaisir », dans Essais de psychanalyse, Paris, Payot, 1984, 41-116. · Freud, S. 1937. « L’analyse avec fin et l’analyse sans fin », dans Résultats, idées, problèmes II, Paris, puf, 1985, 231-268. · Freud, S. 1937. « Constructions dans l’analyse », dans Résultats, idées, problèmes II, Paris, puf, 1985, 269-281.

Repressed Memories From The Skeptics Dictionary (available in print) and at http://skepdic.com/psychoan.html

Central to Freud’s model of model of the mind is that of repressed memories which must be ferreted out by the therapist as an essential part of the talk therapy—jk

A repressed memory is the memory of a traumatic event unconsciously retained in the mind, where it is said to adversely affect conscious thought, desire, and action.

It is common to consciously repress unpleasant experiences. Many psychologists believe that unconscious repression of traumatic experiences such as sexual abuse or rape is a defense mechanism which backfires. The unpleasant experience is forgotten but not forgiven. It lurks beneath consciousness and allegedly causes a myriad of psychological and physical problems from bulimia to insomnia to suicide.

The theory of unconsciously repressing the memory of traumatic experiences is controversial. There is little scientific evidence to support either the notion that traumatic experiences are typically unconsciously repressed or that unconscious memories of traumatic events are significant causal factors in physical or mental illness. Most people do not forget traumatic experiences unless they are rendered unconscious at the time of the experience. No one has identified a single case where a specific traumatic experience in childhood was repressed and the repressed memory of the event, rather than the event itself, caused a specific psychiatric or physical disorder in adulthood.[i]

The strength of the scientific evidence for repression depends on exactly how the term is defined. When defined narrowly as intentional suppression of an experience, there is little reason to doubt that it exists. But when we talk about a repression mechanism that operates unconsciously and defensively to block out traumatic experiences, the picture becomes considerably murkier.

Evidence concerning memory for real-life traumas in children and adults indicates that these events—such as the Chowchilla kidnappings, the sniper killing at an elementary school, or the collapse of skywalks at a Kansas City hotel—are generally well remembered....complete amnesia for these terrifying episodes is virtually nonexistent (Schacter 1996, 256).

Psychologist Lenore Terr, a defender of repressed memory therapy, argues that repression occurs for repeated or multiple traumas, such as a repeatedly abused child. Schacter notes that "hundreds of studies have shown that repetition of information leads to improved memory, not loss of memory, for that information." He also notes that people who have experienced repeated traumas in war, even children, generally remember their experiences. A person who suffers a great trauma often finds that she cannot get the event out of her mind or dreams. Terr’s theory is that the child becomes practiced at repression to banish the awful events from awareness, and forgetting might aid in the child’s survival. Her dissociative theory, however, is based on speculation rather than scientific evidence.

Most psychologists accept as fact that it is quite common to consciously repress unpleasant experiences, even sexual abuse, and to spontaneously remember such events long afterward. Most of the controversy centers around recovered memories during repressed memory therapy (RMT). Critics of RMT maintain that many therapists are not helping patients recover repressed memories, but are suggesting and planting false memories of alien abduction, sexual abuse, and satanic rituals.

See related entries on dianetics, hypnosis, false memory, mind, multiple personality disorder, repressed memory, repressed memory therapy, and the unconscious.

further reading

* Twelve Myths about False Memories * Truth or invention : exploring the repressed memory syndrome ; excerpt from The Myth of Repressed Memory by Elizabeth Loftus and Katherine Ketcham * Creating False Memories by Elizabeth Loftus * The Reality of Repressed Memories by Elizabeth F. Loftus * "Recovered Memories of Abuse : Assessment, Therapy, Forensics," By Kenneth S. Pope, Ph.D., ABPP and Laura S. Brown, Ph.D., ABPP * "Recovered Memories of Sexual Abuse : Scientific Research & Scholarly Resources" By Jim Hopper, M.A. * Viruses of the Mind by Richard Dawkins * Illinois to punish psychiatrist who convinced patient she was flesh-eater

Ashcraft, Mark H. Human Memory and Cognition (Addison-Wesley Pub Co., 1994).

Baddeley, Alan D. Human Memory : Theory and Practice (Allyn & Bacon, 1998).

Baker, Robert A. Hidden Memories : Voices and Visions From Within (Buffalo, N.Y. : Prometheus Books, 1992).

Hallinan, Joseph T. "Money for repressed memories repressed," Sacramento Bee, Jan. 12, 1997, Forum.

Loftus, Elizabeth. The Myth of Repressed Memory (New York : St. Martin’s, 1994).

Schacter, Daniel L., editor, Memory Distortion : How Minds, Brains, and Societies Reconstruct the Past (Harvard University Press, 1997).

Schacter, Daniel L. Searching for Memory - the brain, the mind, and the past (New York : Basic Books, 1996).

Schacter, Daniel L. The Seven Sins of Memory : How the Mind Forgets and Remembers (Houghton Mifflin Co., 2001).

[i] The failure to provide independent, solid collaboration of such events, which in numerous cases if real would have witnesses, entails that such events must be extremely rare and the search for them as a common cause is misplaced.

memory

From http://skepdic.com/memory.html, from the book The Skeptic’s Dictionary, by Robert Todd Carroll. An excellent account of the various theories of memories. The skeptic of course doubts that there is a mind, and thus all of the theories about the mind such as symbolism is dreams, repressed memories, and so on. Theories of mind “smack” of spiritualism with their soul in the machine.

Memory is the retention of, and ability to recall, information, personal experiences, and procedures (skills and habits).

There is no universally agreed upon model of the mind/brain, and no universally agreed upon model of how memory works. Nevertheless, a good model for how memory works must be consistent with the subjective nature of consciousness and with what is known from scientific studies (Schacter 1996). Subjectivity in remembering involves at least three important factors :

1. Memories are constructions made in accordance with present needs, desires, influences, etc.

2. Memories are often accompanied by feelings and emotions.

3. Memory usually involves awareness of the memory (Schacter 1996).

Two models of thinking which are popular with materialists are the behaviorist model (thinking is a set of behaviors) and that of cognitive psychology (the brain is like a computer). Neither can account for the subjective and present-need basis of memory (Schacter 1996). The Freudian model posits an area of the unconscious where memories of traumatic experiences are stored. Though unconscious of them, such memories are claimed to be significant causal factors in shaping conscious thought and behavior. This model is not consistent with what is known about the memory of traumatic experiences. There is a great deal of supportive evidence for the claim that the more traumatic an experience, the more likely one is to remember it. Novel visual images, which would frequently accompany traumas, stimulate the hippocampus and left inferior prefrontal cavity and generally become part of long-term memory.

Current studies in neuroscience strongly support the notion that a memory is a set of encoded neural connections. Encoding can take place in several parts of the brain. Thus, neural connections are likely to go across various parts of the brain. The stronger the connections, the stronger the memory. Recollection of an event can occur by a stimulus to any of the parts of the brain where a neural connection for the memory occurs. If part of the brain is damaged, access to any neural data that was there is lost. On the other hand, if the brain is healthy and a person is fully conscious when experiencing some trauma, the likelihood that they will forget the event is nearly zero, unless either they are very young or they experience a brain injury.

Furthermore, the Freudian model often assumes that childhood sexual abuse is usually unconsciously repressed and that psychological problems in adulthood are caused by the unconscious memory of childhood abuse. There is, however, no body of scientific evidence to support either that such abuse is unconsciously repressed or that these experiences are significant causal factors of adult psychological problems.

Finally, the model of memory that sees the brain recording everything one experiences is a model that contradicts what is known about how memories are constructed. Even so, in a survey of psychologists by Loftus and Loftus, 84% said they believe every experience is permanently stored in the mind (Schacter 1996, 76).

a popular model of memory

One of the most popular models of memory sees memory as a present act of consciousness, reconstructive of the past, stimulated by an analogue of an engram called the "retrieval cue." The engram is the neural network representing fragments of past experiences which have been encoded. The evidence is strong that there are distinct types and elements of memory which involve different parts of the brain, e.g., the hippocampus and ongoing incidents of day-to-day living (short-term or working memory) ; the amygdala and emotional memories (Schacter 1996, 213). Memories might better be thought of as a collage or a jigsaw puzzle than as "tape recordings," "pictures" or "video clips" stored as wholes. On this model, perceptual or conscious experience does not record all sense data experienced. Most sense data is not stored at all. What is stored are bits and fragments of experience which are encoded in engrams. Exactly how they are encoded is not completely understood.

This popular model of memory rejects the idea that individual memories are stored in distinct locations in the brain. That idea seems to have become solidified by Wilder Graves Penfield’s experiments done in the 1950’s. He placed electrodes on the surface of the exposed temporal lobes of patients and was able to elicit "memories" in 40 of 520 patients. Many psychologists (and lay people) refer to these experiments as proof that memories are just waiting for the right stimulus to be evoked. Schacter points out that the Penfield experiments are not very good evidence for this belief. Not only could Penfield only elicit "memories" in about one out of every thirteen patients, he did not provide support for the claim that what was elicited was actually a memory and not a hallucination, fantasy or confabulation.

forgetting

On the model described in the previous two paragraphs, forgetting is due to either

1. weak encoding (why we forget most things, including our nightly dreams) ;

2. lack of a retrieval cue (we seem to need something to stimulate memory) ;

3. time and the replacement in the neural network by later experiences (how many experiences do you remember from many years ago ?) ;

4. repetitive experiences (you’ll remember the one special meal you had at a special restaurant, but you won’t remember what you had for lunch a year ago Tuesday), or

5. a drive to keep us sane. (Imagine the brain overload that would occur if we were to never forget anything, the stated goal of L. Ron Hubbard’s dianetics. His followers should read Jorge Luis Borges "Funes, the Memorious," a story about such a being.)

The chances of remembering something improve by "consolidation," which creates strong encoding. Thinking and talking about an experience enhance the chances of remembering it. One of the better known techniques of remembering involves the process of association.

source memory

Many people have vivid and substantially accurate memories of events which are erroneous in one key aspect : the source of the memory. For example :

In the 1980 presidential campaign, Ronald Reagan repeatedly told a heartbreaking story of a World War II bomber pilot who ordered his crew to bail out after his plane had been seriously damaged by an enemy hit. His young belly gunner was wounded so seriously that he was unable to evacuate the bomber. Reagan could barely hold back his tears as he uttered the pilot’s heroic response : "Never mind. We’ll ride it down together." ...this story was an almost exact duplicate of a scene in the 1944 film "A Wing and a Prayer." Reagan had apparently retained the facts but forgotten their source (Schacter 1996, 287).

An even more dramatic case of source amnesia (also called memory misattribution) is that of the woman who accused memory expert Dr. Donald Thompson of having raped her. Thompson was doing a live interview for a television program just before the rape occurred. The woman had seen the program and "apparently confused her memory of him from the television screen with her memory of the rapist" (Schacter 1996, 114). Studies by Marcia Johnson et al. have shown that the ability to distinguish memory from imagination depends on the recall of source information.

Tom Kessinger, a mechanic at Elliott’s Body Shop in Junction City, Kansas, gave a detailed description of two men he said had rented a Ryder truck like the one used in the Oklahoma City bombing of the Alfred P. Murrah Federal Building. One looked just like Timothy McVeigh. The other wore a baseball cap and a T-shirt, and had a tattoo above the elbow on his left arm. That was Todd Bunting, who had rented a truck the day before McVeigh. Kessinger mixed the two memories but was absolutely certain the two came in together.

Jean Piaget, the great child psychologist, claimed that his earliest memory was of nearly being kidnapped at the age of two. He remembered details such as sitting in his baby carriage, watching the nurse defend herself against the kidnapper, scratches on the nurse’s face, and a police officer with a short cloak and a white baton chasing the kidnapper away. The story was reinforced by the nurse, the family, and others who had heard the story. Piaget was convinced that he remembered the event. However, it never happened. Thirteen years after the alleged kidnapping attempt, Piaget’s former nurse wrote to his parents to confess that she had made up the entire story. Piaget later wrote that "I therefore must have heard, as a child, the account of this story...and projected it into the past in the form of a visual memory, which was a memory of a memory, but false" (Tavris).

amnesia and implicit memory

Though all forgetting is a type of amnesia, we usually reserve that term for forgetting that is caused by the effects of drugs/alcohol, brain injuries, or physical or psychological traumas. One of the more interesting types of amnesia is what psychiatrists call the fugue state. An otherwise healthy person travels a good distance from his home, and when found has no memory of how he got there or who he is. The fugue state is usually attributed to recent emotional trauma. It is rare and is typically neither permanent nor recurring.

Limited amnesia, however, is quite common. Limited amnesia occurs in people who suffer a severe physical or psychological trauma, such as a concussion or being rendered unconscious. Football players who suffer concussions, and accident victims who are rendered unconscious, typically do not remember what happened immediately before the event. The scientific evidence indicates, however, that some sort of implicit memory may exist, which can be troubling to one whose amnesia is due to having been rendered unconscious by an assailant. Schacter notes the case of a rape victim who could not remember the rape, which took place on a brick pathway. The words ’brick’ and ’path’ kept popping into her mind, but she did not connect them to the rape. She became very upset when taken back to the scene of the rape, though she didn’t remember what had happened there (Schacter 1996, 232).

Implicit memory is memory without awareness. It differs substantially from repressed memory. Implicit memories are not necessarily repressed, nor are they necessarily the result of trauma. They are weakly encoded memories which can affect conscious thought and behavior. Retrieval cues do not bring about a complete memory of some events because most of the event was not encoded.

Daniel Schacter and Endel Tulving introduced the terms ’implicit memory’ and ’explicit memory’ in their attempt to find a common language for those who believe there are several distinct memory systems and those who maintain there is only one such system. Schacter writes : "The nonconscious world of implicit memory revealed by cognitive neuroscience differs markedly from the Freudian unconscious. In Freud’s vision, unconscious memories are dynamic entities embroiled in a fight against the forces of repression ; they result from special experiences that relate to our deepest conflicts and desires. . . .[I]mplicit memories . . . arise as a natural consequence of such everyday activities as perceiving, understanding, and acting" (Schacter, 1996, 190-191).

Most lost memories are lost because they were never elaborately encoded. Perception is mostly a filtering and defragmenting process. Our interests and needs affect perception, but most of what is available to us as potential sense data will never be processed. And most of what is processed will be forgotten. Amnesia is not rare, but is the standard condition of the human species. We do not forget simply to avoid being reminded of unpleasant things. We forget either because we did not perceive closely in the first place or we did not encode the experience either in the parietal lobes of the cortical surface (for short-term or working memory) or in the prefrontal lobe (for long-term memory).

Long-term memory requires elaborative encoding in the inner part of the temporal lobes. If the left inferior prefrontal lobe is damaged or undeveloped, there will be grave difficulty with elaborative encoding. This area of the brain is undeveloped in very young children (under the age of three). Hence, it is very unlikely that any story of having a memory of life in the cradle or in the womb is accurate. The brains of infants and very young children are capable of storing fragmented memories, however. Such memories cannot be explicit or deeply encoded, but they can nevertheless have influence. In fact, there are numerous situations—such as cryptomnesia— where memory can be manifested without awareness of remembering.

semantic, procedural, and episodic memory

Memory researchers distinguish several types of memory systems. Semantic memory contains conceptual and factual knowledge. Procedural memory allows us to learn new skills and acquire habits. Episodic memory allows us to recall personal incidents that uniquely define our lives (Schacter, 1996, 17). Another important distinction is that between field and observer memory. Field memories are those where one sees oneself in the scene. Observer memories are those seen through one’s own eyes. The fact that many memories are field memories is evidence, as Freud noted, of the reconstructive nature of memories (Schacter, 1996, 21).

accuracy of memory

How accurate and reliable is memory ? Studies on memory have shown that we often construct our memories after the fact, that we are susceptible to suggestions from others that help us fill in the gaps in our memories. That is why, for example, a police officer investigating a crime should not show a picture of a single individual to a victim and ask if the victim recognizes the assailant. If the victim is then presented with a line-up and picks out the individual whose picture the victim had been shown, there is no way of knowing whether the victim is remembering the assailant or the picture.

Another interesting fact about memory is that studies have shown that there is no significant correlation between the subjective feeling of certainty a person has about a memory and the memory being accurate. Also, contrary to what many people believe, hypnosis does not aid memory’s accuracy. Because subjects are extremely suggestible while hypnotized, most states do not allow as evidence in a court of law testimony made while under hypnosis (Loftus, 1979).

Furthermore, it is possible to create false memories in people’s minds by suggestion, even false memories of previous lives. Memory is so malleable that we should be very cautious in claiming certainty about any given memory without corroborative evidence.

How does memory work ?

We do not know exactly how memory works, though there are many explanatory models for memory. Some of these models identify memory with brain functions. On this model, for example, memory diminishes with age because neurons die off as we get older. There are only three ways to overcome this fact of nature : 1. figure out a way to stop neurons from dying ; 2. figure out a way to stimulate the growth of new neurons ; or 3. figure out a way to get the remaining neurons to function more efficiently and pick up the slack. So far, it looks like options 2 and 3 are the most promising. Some positive results have been reported regarding the stimulation of the growth of new brain cells by fetal implants. Fred Gage of The Salk Institute has reported that recent research in neurogenesis is encouraging. They have observed the growth of neurons in the dentate gyrus, a portion of the hippocampus (which controls learning and short term memory), in mice that were placed in a stimulating environment. Gage has also grafted immature cells from the spinal cord to the hippocampus and found that they produced new neuronal cells. There is also growing support for the notion that exercising the body and the brain tend to preserve neurons. "Use it or lose it" turns out to be literally true for brain cells.

Neurological research has also produced some success getting neurons to work better with ampakines, chemical compounds sometimes called "memory drugs." The first tests with humans showed excellent results, but the samples were too small to justify drawing any conclusion except that more studies are needed.

For those who think that memory is a function of some non-physical reality, such results should cause some reflection, though I doubt that a non-physical model of the mind will lead to any significant research which will benefit humankind. For those who posit that memory is a brain function, there is not only a direction for research to follow, but hope of success for discovering something truly useful.

See related entries on Bridie Murphy, dianetics, hypnosis, false memory, mind, reincarnation, repressed memory, and repressed memory therapy.

Ashcraft, Mark H. Human Memory and Cognition (Addison-Wesley Pub Co., 1994).

Baddeley, Alan D. Human Memory : Theory and Practice (Allyn & Bacon, 1998).

Baker, Robert A. Hidden Memories : Voices and Visions From Within (Buffalo, N.Y. : Prometheus Books, 1996).

Kandel, Eric R. & James H. Schwartz, eds. Principles of Neural Science 4th ed. (McGraw-Hill Professional Publishing, 2000).

Loftus, Elizabeth F. Memory, Surprising New Insights Into How We Remember and Why We Forget (Reading, Mass. : Addison-Wesley Pub. Co., 1980).

Loftus, Elizabeth F. Eyewitness Testimony (Cambridge, Mass. : Harvard University Press, 1979).

Loftus, Elizabeth and Katherine Ketcham. Witness for the Defense : The Accused, the Eyewitness, and the Expert Who Puts Memory on Trial (New York : St. Martin’s Press, 1991).

Pinker, Steven. How the Mind Works (W.W. Norton & Company, 1999).

Schacter, Daniel L., editor, Memory Distortion : How Minds, Brains, and Societies Reconstruct the Past (harvard University Press, 1997).

Schacter, Daniel L. Searching for Memory - the brain, the mind, and the past (New York : Basic Books, 1996).

Schacter, Daniel L. The Seven Sins of Memory : How the Mind Forgets and Remembers (Houghton Mifflin Co., 2001).

Tavris, Carol. "Hysteria and the incest-survivor machine," Sacramento Bee, Forum section, January 17, 1993

false memories

A false memory is a memory which is a distortion of an actual experience, or a confabulation of an imagined one. Many false memories involve confusing or mixing fragments of memory events, some of which may have happened at different times but which are remembered as occurring together. Many false memories involve an error in source memory. Some involve treating dreams as if they were playbacks of real experiences. Still other false memories are believed to be the result of the prodding, leading, and suggestions of therapists and counselors. Finally, Dr. Elizabeth Loftus has shown not only that it is possible to implant false memories, but that it is relatively easy to do so (Loftus, 1994).

A memory of your mother throwing a glass of milk on your father when in fact it was your father who threw the milk is a false memory based upon an actual experience. You may remember the event vividly and be able to "see" the action clearly, but only corroboration by those present can determine whether your memory of the event is accurate. Distortions such as switching the roles of people in one’s memory are quite common. Some distortions are quite dramatic, such as the following examples of false memories due to confusion about the source of the memory.

A woman accused memory expert Dr. Donald Thompson of having raped her. Thompson was doing a live interview for a television program just before the rape occurred. The woman had seen the program and "apparently confused her memory of him from the television screen with her memory of the rapist" (Schacter, 1996, 114).

Jean Piaget, the great child psychologist, claimed that his earliest memory was of nearly being kidnapped at the age of 2. He remembered details such as sitting in his baby carriage, watching the nurse defend herself against the kidnapper, scratches on the nurse’s face, and a police officer with a short cloak and a white baton chasing the kidnapper away. The story was reinforced by the nurse and the family and others who had heard the story. Piaget was convinced that he remembered the event. However, it never happened. Thirteen years after the alleged kidnapping attempt, Piaget’s former nurse wrote to his parents to confess that she had made up the entire story. Piaget later wrote : "I therefore must have heard, as a child, the account of this story...and projected it into the past in the form of a visual memory, which was a memory of a memory, but false" (Tavris).

Remembering being kidnapped when you were an infant (under the age of three) is a false memory, almost by definition. The left inferior prefrontal lobe is undeveloped in infants, but is required for long-term memory. The elaborate encoding required for classifying and remembering such an event cannot occur in the infant’s brain.

The brains of infants and very young children are capable of storing fragmented memories, however. Fragmented memories can be disturbing in adults. Schacter notes the case of a rape victim who could not remember the rape, which took place on a brick pathway. The words brick and path kept popping into her mind, but she did not connect them to the rape. She became very upset when taken back to the scene of the rape, though she didn’t remember what had happened there (Schacter 1996, 232). Whether a fragmented memory of infant abuse can cause significant psychological damage in the adult has not been scientifically established, though it seems to be widely believed by many psychotherapists.

What is also widely believed by many psychotherapists is that many psychological disorders and problems are due to the repression of memories of childhood sexual abuse. On the other hand, many psychologists maintain that their colleagues doing repressed memory therapy (RMT) are encouraging, prodding, and suggesting false memories of abuse to their patients. Many of the recovered memories are of being sexually abused by parents, grandparents, and ministers. Many of those accused claim the memories are false and have sued therapists for their alleged role in creating false memories.

It is as unlikely that all recovered memories of childhood sexual abuse are false as that they are all true. What is known about memory makes it especially difficult to sort out true from distorted or false recollections. However, some consideration should be given to the fact that certain brain processes are necessary for any memories to occur. Thus, memories of infant abuse or of abuse that took place while one was unconscious are unlikely to be accurate. Memories that have been directed by dreams or hypnosis are notoriously unreliable. Dreams are not usually direct playbacks of experience. Furthermore, the data of dreams is generally ambiguous. Hypnosis and other techniques that ply upon a person’s suggestibility must be used with great caution lest one create memories by suggestion rather than pry them loose by careful questioning.

Furthermore, memories are often mixed ; some parts are accurate and some are not. Separating the two can be a chore under ordinary circumstances. A woman might have consciously repressed childhood sexual abuse by a neighbor or relative. Some experience in adulthood may serve as a retrieval cue and she remembers the abuse. This disturbs her and disturbs her dreams. She has nightmares, but now it is her father or grandfather or priest who is abusing her. She enters RMT and within a few months she recalls vividly how her father, mother, grandfather, grandmother, priest, etc., not only sexually abused her but engaged in horrific satanic rituals involving human sacrifices and cannibalism. Where does the truth lie ? The patient’s memories are real and horrible, even if false. The patient’s suffering is real whether the memories are true or false. And families are destroyed whether the memories are true or false.

Should such memories be taken at face value and accepted as true without any attempt to prove otherwise ? Obviously it would be unconscionable to ignore accusations of sexual abuse. Likewise, it is unconscionable to be willing to see lives and families destroyed without at least trying to find out if any part of the memories of sexual abuse are false. It also seems inhumane to encourage patients to recall memories of sexual abuse (or of being abducted by aliens) unless one has a very good reason for doing so. Assuming all or most emotional problems are due to repressed memories of childhood sexual abuse is not a good enough reason to risk harming a patient by encouraging delusional beliefs and damaging familial relationships. Assuming that if you can’t disprove that a patient was abducted by aliens, then he probably was, is not a good enough reason. A responsible therapist has a duty to help a patient sort out delusion from reality, dreams and confabulations from truth, and real abuse from imagined abuse. If good therapy means the encouragement of delusion as standard procedure, then good therapy may not always be worth it.

Finally, those who find that it is their duty to determine whether a person has been sexually abused or whether a memory of such abuse is a false memory, should be well versed in the current scientific literature regarding memory. They should know that all of us are pliable and suggestible to some degree, but that children are especially vulnerable to suggestive and leading questioning. They should also remember that children are highly imaginative and that just because a child says he or she remembers something does not mean that he or she does. However, when children say they do not remember something, to keep questioning them until they do remember it, is not good interrogation.

Investigators, counselors, and therapists should also remind themselves that many charges and memories are heavily influenced by media coverage. People charged with or convicted of crimes have noticed that their chances of gaining sympathy increase if others believe they were abused as children. People with grudges have also noticed that nothing can destroy another person so quickly as being charged with sexual abuse, while at the same time providing the accuser with sympathy and comfort. Emotionally disturbed people are also influenced by what they read, see, or hear in the mass media, including stories of repressed abuse as the cause of emotional problems. An emotionally disturbed adult may accuse another adult of abusing a child, not because there is good evidence of abuse, but because the disturbed person imagines or fears abuse. In short, investigators should not rush to judgment.

See related entries on : Bridie Murphy, dianetics, hypnosis, memory, mind, multiple personality disorder, repressed memory, repressed memory therapy, and the unconscious.

further reading

reader comments

* Twelve Myths about False Memories * "Recovering Memory" by John Frow * "Remembering Dangerously" by Elizabeth Loftus * Memories of Things That Never Were by Jane Brody (NY Times 4/25/00) * False Memory Syndrome Foundation WWW Page * Recovered Memories or Modern Witch Hunt ? by Douglas E. Hill * Recovered Memory Therapy and False Memory Syndrome by John Hochman, M.D. * Witchhunt Links * Review of Daniel Schacter’s Searching for Memory * Recovered Memories of Sexual Abuse : Scientific Research & Scholarly Resources by Jim Hopper, M.A. * StopBadTherapy.com * The British False Memory Society * ’I tawt I taw’ a bunny wabbit at Disneyland ; New evidence shows false memories can be created

Baker, Robert A. Hidden Memories : Voices and Visions From Within (Buffalo, N.Y. : Prometheus Books, 1992.)

Cooper, Claire, "Repressed-memory lawsuits spur backlash from accused,"The Sacramento Bee, March 18, 1993, p. B4.

de Rivera, Joseph, "’Trauma searches’ plant the seed of imagined misery," The Sacramento Bee, May 18, 1993.

Johnston, Moira. Spectral Evidence : The Ramona Case : Incest, Memory, and Truth on Trial in Napa Valley (Westview Press, 1999).

Loftus, Elizabeth F. Memory, Surprising New Insights Into How We Remember and Why We Forget (Reading, Mass. : Addison-Wesley Pub. Co., 1980).

Loftus, Elizabeth. The Myth of Repressed Memory (New York : St. Martin’s, 1994).

McNally, Richard. Remembering Trauma (Belknap 2003).

Ofshe, Richard and Ethan Watters. Making Monsters : False Memories, Psychotherapy, and Sexual Hysteria (New York : Scribner’s, 1994).

Sacks, Oliver W. An anthropologist on Mars : seven paradoxical tales (New York : Knopf, 1995).

Schacter, Daniel L., editor, Memory Distortion : How Minds, Brains, and Societies Reconstruct the Past (Harvard University Press, 1997).

Schacter, Daniel L. Searching for Memory - the brain, the mind, and the past (New York : Basic Books, 1996).

Schacter, Daniel L. The Seven Sins of Memory : How the Mind Forgets and Remembers (Houghton Mifflin Co., 2001).

Tavris, Carol. "Hysteria and the incest-survivor machine," Sacramento Bee, Forum section, January 17, 1993.

2 Messages de forum

  • Le principal point commun entre les pratiques historique et psychanalytique réside dans l’exploration du passé.

    Dans ses Cinq leçons sur la psychanalyse, Freud écrit : « Les monuments dont nous ornons nos grandes villes sont des symboles commémoratifs du même genre. Ainsi, à Londres, vous trouverez devant une des plus grandes gares de la ville, une colonne gothique richement décorée : Charing Cross. Au XIIIe siècle, un des vieux rois Plantagenêt qui faisait transporter à Westminster le corps de la reine Éléonore éleva des croix gothiques à chacune des stations où le cercueil fut posé à terre. Charing Cross est le dernier des monuments qui devait conserver le souvenir de cette marche funèbre. A une autre place de la ville, non loin du London Bridge, vous remarquerez une colonne moderne très haute que l’on appelle "The monument". Elle doit rappeler le souvenir du grand incendie qui, en 1666, éclata tout près de là et détruisit une grande partie de la ville. Ces monuments sont des "symboles commémoratifs" comme les symptômes hystériques. […] Mais que diriez-vous d’un habitant de Londres qui, aujourd’hui encore, s’arrêterait devant le monument du convoi funèbre de la reine Éléonore, au lieu de s’occuper de ses affaires […] ? Ou d’un autre qui pleurerait devant "le monument" la destruction de la ville de ses pères […] ? Les hystériques et autres névrosés se comportent comme les deux Londoniens […] ; ils ne se libèrent pas du passé. » [3]

    Freud a quasiment fait, en son temps, le rapprochement avec l’histoire, par le biais de l’archéologie. L’analyste, selon lui, travaille comme « l’archéologue qui déterre une demeure détruite ou ensevelie, ou un monument du passé. […] Cependant, de même que l’archéologue, d’après des pans de murs restés debout, reconstruit les parois de l’édifice […], de même l’analyste tire ses conclusions des bribes de souvenirs, des associations et des déclarations actives de l’analysé. » [4]

    Les psychanalystes cherchent à exhumer ce qui est demeuré enseveli dans l’inconscient du patient. Le refoulement est semblable à l’ensevelissement de ruines que les archéologues doivent mettre à jour et à partir desquelles ils doivent tenter une reconstitution du passé.

    Le travail de l’historien ressemble à celui de l’analyste dans la mesure où il démarre à partir des traces laissées par le passé. Le psychanalyste, lui, travaille à partir des symptômes qui constituent la trace laissée par un trouble plus ancien survenu dans la vie du patient, ainsi que sur la parole de ce dernier dans le cadre de la cure analytique. Les sources de l’historien sont les archives, les vestiges archéologiques, les images... ; celles du psychanalyste, les libres associations.

    L’analyse est en quelque sorte une recherche historique… mais à l’échelle de l’individu, du patient, alors que l’historien s’intéresse aux sociétés. Finalement, l’un s’intéresse à l’inconscient individuel, l’autre à l’inconscient collectif. L’histoire, d’après son étymologie, est une « enquête ». Elle est un essai de reconstruction du passé. Le psychanalyste et son patient aussi, enquêtent, puisque, d’après les libres associations, ils doivent retrouver ce qui, dans le passé, fut responsable de la maladie ou du mal-être du patient.

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