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Accueil du site > 01 - Livre Un : PHILOSOPHIE > LIVRE UN - Chapitre 11 : L’Histoire s’invite en la Matière > Comment le passé agit sur le présent et le futur…

Comment le passé agit sur le présent et le futur…

vendredi 18 décembre 2020, par Robert Paris

Jean-Claude Ameisen dans "La sculpture du vivant" :

"L’évolution est une succession infinie d’accidents, construisant, déconstruisant, et reconstruisant sans cesse, faisant naître de la nouveauté."

Un château, patchwork de toutes les époques

Comment le passé agit sur le présent et le futur…

La réponse nous semble la suivante : des structures ont une certaine ténacité ou durabilité et se conservent malgré l’écoulement du temps et malgré certains changements des conditions extérieures. Plus ces structures sont durables, plus elles interviennent sur des temps plus éloignés et ainsi, à toute époque, on trouve des structures très anciennes qui côtoient d’autres moins anciennes et d’autres encore très récentes. Une situation ne dépend pas ainsi du seul moment présent mais de toutes les époques passées, y compris les plus anciennes, en fait de toute l’histoire, non seulement celle de cette structure mais aussi celle des structures qui l’ont précédé et sont à son origine. Chacun sait que le présent dépend du passé mais cela ne signifie pas qu’il dépende seulement du passé le plus récent. La situation à un instant donné n’est pas issue de la situation à l’instant juste précédant ou très proche mais parfois directement de situations très lointaines dans le temps. Attention, un état présent ne dépend nullement de tous les états qui l’ont précédé, car la plupart des structures anciennes ont disparu sans laisser de trace et sans avoir d’influence dans le futur !!!

Il en va ainsi des anciennes sociétés humaines dont certaines ont une grande influence sur nous, y compris pour des sociétés très anciennes mais la plupart des sociétés anciennes ont disparu sans laisser de trace ou du moins sans nous influencer nullement… Si on examine ainsi la société, on y trouve des traces importantes de très nombreuses époques, même si, très souvent, on en a peu conscience. Ces traces ont chacune une date d’origine et notre société n’hérite pas seulement ainsi de ses propres origines mais aussi des origines de multiples sociétés plus anciennes.

Cette situation, c’est-à-dire un monde historique marqué par des changements radicaux, à savoir l’émergence de nouveauté structurelle brutale, ne concerne pas seulement les sociétés humaines, loin de là. Elle concerne l’Univers entier, des étoiles, galaxies et autres phénomènes de l’Espace au Vivant, en passant par la société humaine et sa pensée…

Ainsi, une image classique du corps humain, avec des attributs divers, « inventés » à diverses époques par des espèces diverses, est celui d’un château patchwork de toutes époques et tous styles, construit au Moyen-âge ancien puis rénové au Moyen-âge récent, puis à la renaissance, puis dans la période classique, et qui aurait, suivant les façades, des bouts et des morceaux, des structures et des styles de toutes les époques, suivant les rafistolage et adaptations réalisées par leurs divers propriétaires.

Il convient de constater que l’homme est un produit de l’histoire et pas seulement de l’histoire de son cerveau. En effet, tous les éléments qui caractérisent notre physiologie sont nés à des époques diverses (apparus chez divers ancêtres de l’homme). Prenons simplement quelques éléments de son squelette :

a – la formule dentaire de base il y a 3,5 millions d’années

b – le bassin il y a 3,5 millions d’années

c – l’extrémité du scrotum il y a 2,5 millions d’années

d – le genou et le pied il y a 1,8 millions d’années

e – le coude il y a 1,5 millions d’années

f – la position du crâne par rapport à la colonne il y a 250.000 ans

g – le poignet et la forme sphérique du crâne il y a 100.000 ans qui est la dernière évolution importante du squelette.

Citons plus en détails ce patchwork historique qu’est un homme issu d’une succession de révolutions qui n’ont rien d’une progression continue ni linéaire :

15 milliards d’années, les particules qui constituent notre corps

3,5 milliards d’années, la vie, les protéines, l’ARN et l’ADN

2,8 milliards d’années, la vie utilisant l’oxygène

2,2 milliards d’années, notre noyau cellulaire

1 milliard d’années, la sexualité

670 millions, notre fonctionnement pluricellulaire

500 millions d’années, la vie hors de l’eau

450 millions d’années, les débuts de notre système vertébral

400 millions d’années, notre vie terrestre et formation de la mâchoire

200 millions d’années, notre fonctionnement de mammifères avec notamment l’invention de la mamelle

100 millions d’années, le placenta

60 millions d’années, vision trichromatique des primates

environ 10 millions d’années, ancêtre commun des primates et des hominidés

6 millions d’années, notre apparition en Afrique en tant qu’être ressemblant à l’homme (australopithèque)

5 millions d’années, notre bipédie

3,8 millions d’années, notre voûte plantaire

3,5 millions d’années, notre formule dentaire de base et notre bassin

3 millions d’années, notre utilisation des outils

2,5 millions d’années, notre scrotum

2 millions d’années, notre fonctionnement chromosomique et la grande phase de céphalisation

environ 2 millions d’années, notre pharynx notre larynx et nos zones du cerveau permettant le prélangage (lallation) puis le langage

1,8 millions d’années, de nouvelles étapes vers notre configuration actuelle : face plus aplatie, front relevé, incisives et canines plus développées, molaires et prémolaires plus petites, bourrelet au dessus des yeux disparu, agrandissement du cerveau (homo habilis)

plus d’un million d’années, libération du front des muscles qui retenaient le crâne

1,8 millions d’années, nos os du pied et notre genou

1,5 millions d’années, notre coude

400.000 ans, notre os sphénoïde du crâne

338.000 ans, une génétique très proche de celle de l’homme actuel

250.000 ans, notre trou occipital dans le prolongement de la colonne vertébrale

200.000 ans, le premier homo sapiens en Afrique

100.000 ans, la forme sphérique du crâne et le poignet ; c’est-à-dire homo sapiens sapiens (moderne)

10.000 ans, l’homme agriculteur Les datations précédentes sont indiquées à titre tout à fait indicatif et seulement pour montrer combien l’homme est fait de briques de toutes époques….

Cela signifie à la fois que l’Histoire a transformé fondamentalement et brutalement les structures mais aussi qu’elle a conservé en partie par la suite ces transformations radicales.

Ainsi, si on prend le domaine du Vivant, on trouve des restes de très nombreuses espèces nées à des époques très diverses. On trouve des restes de l’apparition des virus, des restes de l’apparition des bactéries et des restes de l’apparition des pluricellulaires. Ce qui en est resté coexiste et interagit. Et chaque reste est né à une époque différente. Notre présent n’est pas héritier d’une seule époque du passé mais de plusieurs et, par contre, certaines périodes du passé ou certaines structures de celui-ci sont complètement effacées.

La pensée humaine est elle aussi fondée sur des idées récentes, un peu anciennes et très anciennes. Certains modes de pensée ont complètement disparu et d’autres nous ont marqué et sont influentes encore aujourd’hui.

Le passé influe sur le présent et sur l’avenir mais de manière inattendue et inégale. Parfois, les restes du passé sont effacés ou sans influence, parfois ils ont une influence immense. Parfois cette dernière est cachée, semble inexistante et elle réémerge brutalement dans des circonstances particulières.

Le temps agit ainsi de manière discontinue, non-linéaire, émergente, dialectique, révolutionnaire, souvent inattendue ou difficile à prédire.

Il en va de même pour la matière dite inerte : on y trouve des effets de temps récents, de temps plus lointains et même très très anciens qui se retrouvent mêlés. Les particules matérielles et lumineuses (dites fermions et bosons) ont des dates d’origines très diverses et, au travers d’elles, le passé parfois très lointain se mêle au présent. Ce n’est pas leur matière qui s’est conservée, c’est seulement leur structure, leurs propriétés, leur fonctionnement. On se souvient de la comparaison de cette conservation avec celle d’une très vieille barque en bois de pêcheur dont toutes les planches auraient dû être remplacées mais qui conserverait intacte la structure d’ensemble de la vieille barque.

Tel est le mode de conservation de la matière, qu’il s’agisse de matière inerte ou vivante. C’est également le mode de conservation de certaines caractéristiques d’anciennes structures sociales. Les membres qui y participent ont changé mais la structure de conserve sur certains plans au moins et agit ainsi sur des époques bien plus éloignées que celle de la fin de ces structures.

Ainsi on remarque que ce qui influence notre cerveau n’est pas seulement la manière dont nous vivons mais aussi la manière dont d’autres hommes d’un passé très lointain ont vécu. Notre cerveau fonctionne aussi parfois comme un organe des chasseurs-cueilleurs et pas seulement des premiers agriculteurs, alors que notre société s’est détournée depuis belle lurette même de l’agriculture !!! Ces différentes sortes d’hommes, radicalement différentes, sont mêlées en nous… Nous trouvons souvent dans l’homme actuel des restes de réactions, d’émotions, de gestes, de sentiments, de pensées qui ont des origines de toutes époques, du présent au passé le plus ancien.

Il en va de même de nos mots, de nos expressions, de nos phrases, de nos moyens de communication qui mêlent toutes sortes d’époques et de situations très diverses…

Dans notre mémoire également, il n’y a pas de séparation hermétique entre passé lointain, passé proche et présent…

On a parlé souvent de « développement inégal et combiné » de la société humaine. Eh bien, en fait cela dépasse largement la société humaine et cela concerne toutes les formes du développement, de celui des espèces à celui de la matière inerte.

Cela signifie que des formes anciennes peuvent subsister, que leur conservation peut durer, pour finalement mener à un saut dans l’évolution, le présent apportant un changement radical, longtemps retardé et que des formes et des structures de toutes époques d’origine coexistent et interagissent.

Ainsi, le ciel est plein de photons issus de mondes datant d’époques diverses (d’autant plus anciennes que les photons viennent de plus loin). Ces photons du passé lointain se mêlent à ceux du passé proche et du présent de la même manière que les traits anciens du corps de l’être vivant se mêlent aux traits plus récents dans l’évolution, ou encore comme les traits sociaux très anciens se mêlent aux traits plus récents ou actuels.

Et il n’y a pas que les photons qui viennent du passé. Tout ensemble de particules est plein de structures issues de multiples époques, comme tout bâtiment, tout langage, toute société, toute espèce vivante, etc.

Le passé ancien, le passé récent, le présent ne représentent pas une succession de faits se suivant de manière linéaire, continue, progressive, sans rupture, sans retour en arrière, sans interaction directe du passé le plus lointain sur le présent. Les temps sont bien plus imbriqués que cela. Le passage du passé au présent et au futur est plein de contradictions dialectiques. L’opposition entre passé et présent est elle-même dialectique. L’écoulement du temps est beaucoup plus discontinu et contradictoire que le paramètre temps mathématique peut le laisser croire.

La matière est historique, comme la société

L’espèce humaine, comme produit du développement inégal et combiné de la vie animale

Un monde historique, qu’est-ce que cela implique ?

L’histoire de la matière

Le fonctionnement révolutionnaire du vivant

L’homme, une espèce révolutionnaire

Comment le Vivant mesure le Temps

Le réel n’est pas la succession temporelle, linéaire, logique et graduelle des états actuels

La dialectique de l’instant et de la durée

Le temps est-il réel (c’est-à-dire physique) ou subjectif ?

Qu’est-ce que le temps ?

Quelques questions sur le temps en Physique

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