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L’Histoire à l’envers - Le « Principe Anthropique », celui d’un monde conçu d’avance pour produire la matière des galaxies de façon à rendre possibles la vie, l’homme et sa conscience…

samedi 11 avril 2015, par Robert Paris

Lee Smolin dans « Rien ne va plus en physique » :

« Le principe anthropique auquel se réfère Susskind est une vieille idée introduite et explorée par les cosmologues depuis les années 1970, selon laquelle la vie ne peut apparaître que dans une gamme très étroite des paramètres physiques possibles ; pourtant, malgré cette étroitesse, assez bizarrement, nous voilà comme si l’univers avait été intentionnellement créé pour nous accueillir (d’où le terme « anthropique »). La version particulière qu’invoque Susskind est un scénario cosmologique, qui a été soutenu pendant un certain temps par Andrei Lindé, appelé « inflation éternelle ». Selon le scénario, la phase d’inflation rapide à la naissance de l’univers aurait produit non pas un, mais une population infinie d’univers… Il en résulterait une vaste population d’univers, chacun régi par une théorie des cordes sélectionnée aléatoirement dans le paysage des théories. Quelque part dans cette chose qu’on appelle « multivers », se trouve chacune des théories possibles appartenant au paysage. Il me semble tout à fait regrettable que Susskind et d’autrs aient adhéré au principe anthropique, car il s’agit d’une base très pauvre pour fonder une démarche scientifique… Certains physiciens disent que le principe anthropique faible doit être pris au sérieux, car dans le passé il a produit de véritables prédictions. Je parle ici de quelques collègues pour qui j’ai la plus grande admiration : pas seulement Susskind, mais aussi Steven Weinberg, le physicien qui, avec Abdus Salam, a unifié les forces électromagnétiques avec celles des interactions nucléaires faibles. Il est alors d’autant plus pénible pour moi de constater que dans tous les cas que j’ai étudiés, ces arguments étaient fallacieux… L’argument commence ainsi : pour que la vie puisse exister, il faut du carbone… On sait que le carbone ne peut pas avoir été créé durant le Big Bang ; par conséquent, il a dû être créé dans les étoiles. Fred Hoyle a remarqué que le carbone ne pouvait être produit dans les étoiles qu’à condition qu’il y ait dans les noyaux de carbone un état résonnant. Il a ensuite évoqué cette prédiction devant un groupe d’expérimentateurs, qui ont effectivement découvert cet état. La réussite de la prédiction de Hoyle est parfois évoquée pour soutenir l’efficacité du principe anthropique. Mais l’argument fondé sur l’existence de la vie, exposé précédemmement, n’a pas de relation logique avec le reste de l’argumentation de ce paragraphe. Ce qu’a accompli Hoyle n’a été que de raisonner à partir de l’observation que l’univers est rempli de carbone, d’où ila tiré une conclusion fondée sur la nécessité d’un processus qui produirait tout ce carbone. Le fait que nous-mêmes et les autres créatures vivantes soient faites de carbone n’est pas nécessaire dans cet argument. Un autre exeple qu’on cite souvent du principe anthropique est une prédiction concernant la constante cosmologique, qui a été énoncé dans un article célèbre de Steven Weinberg, en 1987. Dans cet article, Weinberg affirmait que la constante cosmologique devait être inférieure à une certaine valeur, puisque, dans le cas contraire, l’univers aurait été en expansion trop rapide pour que les galaxies puissent être formées… Mais, avec cet argument scientifique valide, Weinberg est allé beaucoup plus loin. Supposons qu’il y ait le multivers, a-t-il dit, et supposons que les valeurs de la constante cosmologique soient distribuées au hasard entre les univers de ce multivers. Dans ce cas-là, parmi tous les univers potentiellement vrais, la valeur type de la constante cosmologique serait de l’ordre de grandeur de celle qui est la plus élevée mais qui reste encore cohérente avec la formation des galaxies… Dans le cadre du modèle standard de la physique des particules élémentaires, il existe des constantes qui n’ont simplement pas la valeur à laquelle on s’attendrait si elles étaient choisies au moyen d’une distribution aléatoire parmi les univers potentiellement vrais. On aurait dû s’attendre à ce que les masses des quarks et des leptons, sauf pour la première génération, soient distribuées au hasard ; or, on trouve des relations entre elles. On aurait dû s’attendre à ce que certaines symétries des particules élémentaires soient brisées par les interactions nucléaires fortes d’une façon beaucoup plus importante que ce qu’il se passe en réalité. On aurait dû s’attendre à ce que le proton se décompose beaucoup plus rapidement que ce que nous constatons dans les expériences en cours. En fait, je ne connais aucune prédiction réussie faite d’après un raisonnement fondé sur le multivers avec la distribution aléatoire des lois… Bien que le principe anthropique n’ait pas produit de prédictions véritables et ne semble pas pouvoir en produire prochainement, Susskind, Weinberg et d’autres théoriciens de premier plan l’ont considéré comme une révolution non seulement en physique, mais également dans notre conception de ce qu’est une théorie physique. »

Le « Principe Anthropique », celui d’un monde conçu d’avance pour produire la matière des galaxies de façon à rendre possibles la vie, l’homme et sa conscience…

Si le « dessein intelligent » (Intelligent Design en anglais) est la manière de réintroduire dieu dans l’évolution de la vie, le « principe anthropique » est la même démarche en physique et en cosmologie.

En tout cas, il est clair que la démarche actuelle de l’idéologie bourgeoise consiste à se rapprocher des religions pour se protéger des risques politiques et sociaux d’un monde déstabilisé par la crise mondiale. Et c’est vrai en sciences comme dans les autres domaines de l’idéologie, des média, de la politique et de l’Etat. La religion revient partout en force sous l’égide des classes dirigeantes bien plus que du fait des opinions publiques. Et nous allons voir que cela n’est pas vraiment fondé sur des progrès scientifiques ! Cela ne provient pas seulement de quelques auteurs du type de Huber Reeves ou seulement d’organismes scientifico-religieux comme l’Université Interdisciplinaire de Paris ou encore de scientifiques qui sont des religieux comme le physicien religieux adepte du principe anthropique David Deutsch ou l’astronome prêtre jésuite George Coyne. La revue « Sciences Humaines » écrit ainsi : « Depuis le XIXe siècle, on pensait que la science allait irrémédiablement remplacer les superstitions, la technique supplanter la magie, la médecine détrôner les prières, la politique prendre le pas sur le messianisme, etc. Tout semblait condamner la religion. Les faits tendaient d’ailleurs à confirmer le diagnostic : dans la plupart des pays occidentaux, on assistait à un déclin continu de la participation religieuse, à la laïcisation progressive des Etats. En un mot : la religion ne pouvait résister à la modernité. La théorie de la « sécularisation » était même partagée par la plupart des spécialistes - ce qui était rare en sciences humaines. Or, depuis trente ans au moins, les sociologues ont dû se rendre à l’évidence : ils s’étaient trompés. » Ce n’est pas l’opinion religieuse qui l’a emporté sur l’opinion irreligieuse car l’opinion dominante est celle de la classe dominante. Cette dernière s’est donc convaincue qu’elle avait à nouveau absolument besoin de l’ « opium du peuple ». Il faut remarquer que cela ne provient pas des régions dites arriérées du monde ni spécialement du monde musulman. C’est aux USA qu’a lieu la plus grande offensive des religions au sein des sciences…. Aux Etats-Unis, le darwinisme est particulièrement ciblé mais il n’est pas le seul : la psychanalyse l’est tout autant ainsi que le matérialisme au sein de la physique et de la cosmologie.

L’idée consiste à redonner vie à la notion de création programmée d’avance du monde par un esprit supérieur, esprit qui avait l’intention de créer l’homme et a conçu le monde matériel comme « un jardin pour l’homme ». Pour étayer soi-disant « scientifiquement » cette thèse théologique, il s’agit une fois encore de partir du fait que le monde qui existe aujourd’hui est impossible sans les propriétés physiques de celui d’hier pour affirmer que le monde d’hier a été pensé pour produire celui d’aujourd’hui. La création prévoyait donc l’homme, la conscience, la pensée, la capacité scientifique d’observer le monde. Le créationnisme est donc revenu en sciences. Faut-il crier « Hosanna ! »... ou « horreur ! » ? Est-ce dû à des découvertes scientifiques ou à des luttes philosophiques et sociales ? N’est-ce pas l’évolution de la société bourgeoise qui produit ce type d’évolution, en même temps que la religion est en train de démolir, ou à peu près, la psychanalyse de Freud car elle l’estime trop irreligieuse ?

« Seuls les croyants qui demandent à la science de leur remplacer le catéchisme auquel ils ont renoncé, verront d’un mauvais oeil qu’un savant poursuive et développe ou même qu’il modifie ses idées. » (Sigmund Freud / 1856-1839 / Au-delà du principe de plaisir)

« Dans la phase animiste, c’est à lui-même que l’homme attribue la toute-puissance ; dans la phase religieuse, il l’a cédée aux dieux, sans toutefois y renoncer sérieusement, car il s’est réservé le pouvoir d’influencer les dieux de façon à les faire agir conformément à ses désirs. Dans la conception scientifique du monde, il n’y a plus place pour la toute-puissance de l’homme, qui a reconnu sa petitesse et s’est résigné à la mort, comme il s’est soumis à toutes les nécessités naturelles. » (Sigmund Freud / 1856-1839 / Totem et tabou / 1913)

Il est aussi mensonger de prétendre que l’étude de l’évolution mène inévitablement au dessin intelligent que d’affirmer que l’étude de la conscience humaine mène au créationnisme ou encore que l’étude de la cosmologie débouche sans contestation possible sur le principe anthropique.

Albert Einstein :

« Ce que vous avez lu sur mes convictions religieuses était un mensonge, bien sûr, un mensonge qui est répété systématiquement. Je ne crois pas en un Dieu personnel et je n’ai jamais dit le contraire de cela, je l’ai plutôt exprimé clairement. S’il y a quelque chose en moi que l’on puisse appeler "religieux" ce serait alors mon admiration sans bornes pour les structures de l’univers pour autant que notre science puisse le révéler. »

« Le mot Dieu n’évoque, pour moi, rien d’autre que l’expression et le résultat de la faiblesse humaine, et la Bible, une collection de légendes honorables, mais primitives et assez naïves. »

Pas plus que Freud partant de l’inconscient ou qu’Einstein de la physique, Darwin, lui, ne tirait pas une telle conclusion de l’évolution de la vie :

« La science et le Christ n’ont rien à voir l’un avec l’autre, sinon dans la mesure où l’habitude de la recherche scientifique enseigne la prudence au moment d’accepter une preuve quelle qu’elle soit. En ce qui me concerne, je ne crois pas qu’une révélation ait été faite. »

(Charles Darwin / 1809-1882 / juin 1879)

« Le vrai matérialisme fait de Dieu une impossibilité, de la révélation une vue de l’esprit, et de la vie future une absurdité. »

(Charles Darwin / 1809-1882 / juin 1879) « J’en étais progressivement venu, à cette époque, à voir que l’Ancien Testament, de par son histoire du monde manifestement fausse, avec la tour de Babel, l’arc-en-ciel comme signe, etc., et son attribution à Dieu des sentiments d’un tyran assoiffé de vengeance, n’était pas plus digne de foi que les livres sacrés des hindous, ou les croyances de n’importe quel barbare. Une question s’imposait alors continuellement à mon esprit, et refusait d’en être bannie : est-il croyable que si Dieu avait dans l’instant, à révéler aux hindous, il permettrait que cela soit lié à la croyance de Vishnou, Shiva, etc., comme le christianisme est lié à l’Ancien Testament ? Cela me paraissait tout à fait incroyable. » (Charles Darwin / 1809-1882)

La biologie ne mène pas plus inéluctablement à la création divine que la physique. Le biologiste François Jacob rappelle dans « La logique du vivant » : « Ce qu’a démontré la biologie, c’est qu’il n’existe pas d’entité métaphysique qui se cache derrière le mot de vie. Le pouvoir de s’assembler, de se reproduire même appartient aux éléments qui composent la matière. » Et le physicien Cohen-Tannoudji rajoute dans son ouvrage « Matière-espace-temps » que « Notre dialogue avec la nature est bien mené à l’intérieur de la nature et ici la nature ne répond positivement qu’à ceux qui explicitement reconnaissent qu’ils lui appartiennent. »

La métaphysique créationniste est battue en brèche par la découverte de l’ « auto-organisation de la matière », de l’« émergence des structures dissipatives », de la source génétique de l’ « horloge biologique de l’hominisation » et du lien entre cerveau physique et conscience. L’une des conséquences cruciales de ces nouvelles connaissances est qu’il n’y a plus d’opposition entre la conscience (mécanisme donnant du sens aux événements réels), la vie (mécanisme extrayant une commande de production des interactions moléculaires en désordre) et la matière (définie comme le mécanisme donnant de l’ordre transitoire au désordre du vide).

Si certains raisonnements des adeptes du « Principe anthropique » montrent que la vie serait impossible sans les propriétés que possède la matière, cela ne veut pas dire qu’il faille en tirer un scénario créationniste selon lequel le monde que nous étudions n’est qu’un monde conçu pour l’homme. Et même pas que c’est un monde conçu pour créer la vie. On pourrait, au contraire, en tirer des raisonnements philosophiques bien différents : par exemple que la matière n’est pas aussi inerte qu’on le croyait et que le vivant n’est pas une exception et même que l’humain n’est pas une exception.

Bien des scientifiques ou des philosophes continuent (ou recommencent) à placer la conscience humaine comme le centre de l’Univers et comme son but et non comme un des aléas historiques de la dynamique du changement. Le fait de parler des "constantes" de l’Univers comme d’une création en témoigne. Les dissertations sur la valeur précise des constantes universelles sous-entend que ces constantes auraient été choisies par une force surnaturelle pour permettre que se constitue le monde actuel. Mais, même si les auteurs qui mettent en avant ce principe dit anthropique, c’est-à-dire une volonté avant le Big Bang d’en tirer l’Homme (sic !), on peut se permettre de trouver bien compliqué les volontés de cet esprit supérieur qui fait attendre autant de temps et dépendre aussi de tant de hasards (comme la disparition des dinosaures) la création d’un être conscient qu’il aurait prétenduement voulu créer dès le « début ».

Loin de donner davantage raison aux créationnistes, les connaissances scientifiques dont nous disposons nous en dispensent. Et d’abord parce que de multiples domaines des sciences montrent l’absence de but dans les transformations de la matière. C’est en agissant en tous sens que les transformations acquièrent un sens, un ordre, une organisation. L’exemple le plus frappant est celui du cerveau fondé la multiplication de cellules, les neurones, de manière désordonnée et sur la connexion de tous les neurones entre eux, sans recherche préalable d’un quelconque schéma, d’un programme préétabli. C’est la destruction par apoptose de toutes les liaisons et de toutes les cellules qui ne sont pas connectées au corps qui permet au corps de fabriquer le cerveau dont il a besoin. Les autres cellules et liaisons sont systématiquement autodétruites. Le plan se construit par lui-même et pas par un créateur et c’est le désordre qui mène à l’ordre et pas un ordonnateur supérieur qui introduit l’ordre dans le chaos préalable, contrairement à la vision biblique. Les termes de « création naturelle », ou d’« organisation spontanée », (production brutale d’une structure qui n’était pas précédemment conçue) ne doivent pas prêter à confusion. En physique, les termes d’auto-organisation, de création naturelle ou d’énergence, font donc référence à un processus dans lequel l’organisation interne d’un système, habituellement un système hors équilibre, augmente automatiquement sans être dirigée par une source extérieure. Typiquement, les systèmes auto-organisés ont des propriétés émergentes. Cela n’a rien à voir avec l’idée d’un pouvoir créateur, métaphysique ou extra physique.

« Le « principe anthropique », énoncé en 1974 par B. Carter de l’Observatoire de Meudon, affirme que les constantes fondamentales ont la valeur qu’elles ont pour permettre l’apparition de l’homme. C’est dire que l’Univers aurait été produit POUR l’Homme. Et pourquoi le monde y compris l’homme, ne serait-il pas un jardin prévu pour le cafard ou pour la bactérie ? Pourquoi pas POUR le carbone, POUR le mercure, POUR le virus ? C’est un choix philosophique d’isoler ainsi la vie, l’homme et la conscience humaine, de les séparer, de les opposer, d’en faire un monde à part, dont l’apparition serait étonnante par rapport au reste du monde, nécessiterait une raison particulière.

Cela signifie que les constantes qui déterminent les fondements de la physique ont été déterminées il y a des milliards d’années avec une précision extraordinaire uniquement pour permettre la vie consciente bien plus tard. Et où cette volonté préexistante de construire la pensée consciente aurait-elle été inscrite ?

Nous sommes déterministes et nous pensons que les phénomènes obéissent à des lois et donc il est évident que l’univers actuel est le produit des conditions précédentes mais pas seulement car il est aussi le produit de l’histoire, des hasards, des combats, des situations inattendues...

Tout d’abord parler de principe anthropique, c’est sortir l’homme de l’ensemble, ce qui n’est pas le résultat d’une observation du monde mais d’un choix philosophique.

C’est également un choix philosophique de penser que tout ce qui existe était indispensable pour en arriver à la situation actuelle.

Qui dit « créé POUR » dit un créateur, même si une partie des partisans du principe anthropique se défendent de rouler pour les religions. Et, surtout, concevoir les lois de la nature comme des règles POUR arriver à un but, c’est renoncer à la démarche scientifique qui consiste à étudier COMMENT fonctionne la nature et non à lui prêter une volonté.

Les notions d’émergence et de transition, qui se développent en physique, n’apportent nullement de l’eau au moulin du créationnisme. Elles fondent des créations (apparitions et disparitions) sans créateur, sans conception préétablie, sans dieu. La physique est maintenant le témoin de créations et de disparitions de particules de matière et de lumière qui n’ont rien de magique ni de mystique ou de religieux. Dans l’univers de la matière inerte, vivante, animale, humaine, sociale et politique, on trouve sans cesse des créations, c’est-à-dire de la nouveauté qui ne trouve pas ses racines dans l’univers précédent. Mais ces créations n’ont rien de mystérieux, d’étrange, de contre-nature. Elles ne nécessitent pas une pensée spiritualiste, idéaliste, métaphysique et religieuse.

La métaphysique créationniste est battue en brèche par la découverte de l’ « auto-organisation de la matière », de l’« émergence des structures dissipatives », de la source génétique de l’ « horloge biologique de l’hominisation » et du lien entre cerveau physique et conscience. L’une des conséquences cruciales de ces nouvelles connaissances est qu’il n’y a plus d’opposition entre la conscience (mécanisme donnant du sens aux événements réels), la vie (mécanisme extrayant une commande de production des interactions moléculaires en désordre) et la matière (définie comme le mécanisme donnant de l’ordre transitoire au désordre du vide).

Le paléontologue Stephen Jay Gould écrit ainsi dans « Le renard et le hérisson » : « Les propriétés qui apparaissent dans un système complexe sous l’effet des interactions non linéaires de ses composants sont dites émergentes – puisqu’elles n’apparaissent pas à un autre niveau et ne sont révélées qu’à ce niveau de complexité. (...) L’émergence n’est donc pas un principe mystique ou anti-scientifique, ni une notion susceptible d’avoir des échos dans le champ religieux (...) C’est une affirmation scientifique sur la nature des systèmes complexes. »

Le « principe anthropique » signifie que les conditions intiales de l’Univers auraient été choisies exactement (par qui ?) pour que l’homme puisse apparaître. En réalité, à tous les niveaux où l’on étudie la matière, la vie et l’homme, on n’a trouvé preuve d’aucune sorte d’une telle intentionnalité. Seulement le fait que le présent découle du passé, sans la moindre preuve que le présent était la seule évolution possible, bien au contraire. Rajouter une telle intentionnalité sous le prétexte qu’un changement des conditions initiales rendrait impossible notre univers est absurde. Il y a de multiples exemples de phénomènes dans lesquels un tout petit changement des condtions initiales modifie complètement le cours de choses sans pour autant qu’il faille y voir une intentionalité cachée…

A contrario, une grande partie des efforts de la science, sur le plan philosophique et théorique, consiste à tenter d’éviter de transformer la vision du monde par la place particulière de l’observateur. La principale des erreurs d’optique consiste en la matière à voir le monde comme s’il était objectivement vu par l’homme et, pire encore, comme s’il avait comme but la création de l’homme et son existence. C’est justement pour détruire ce type d’image que Darwin a fait tout son travail et pas seulement pour chercher les bases de l’évolution.

On sait que bien des images anciennes du monde reposaient sur la vue depuis sa fenêtre. Une exposition intitulée « cartes et figures de la terre » montrait même de multiples manières des hommes dans l’Histoire de voir le monde depuis sa petite lucarne. C’est une vision qui fausse considérablement l’optique.

Il y a bien d’autres erreurs que l’optique anthropologique. On peut voir le monde depuis le vivant, depuis la matière, depuis la Terre, depuis notre galaxie, la Voie Lactée, depuis notre époque. Ce sont autant de déformations de la réalité objective.

Comme il nous a fallu intellectuellement nous extraire de notre galaxie pour imaginer sa forme, nous extraire de notre position de matière pour envisager le vide quantique, il nous est nécessaire de notre position de matière marcroscopique pour observer les particules quantiques et de notre position d’être vivant pour comprendre le fonctionnement biologique et pour étudier les animaux. On peut dire que ces déformations ont un point commun : celui de privilégié le point où nous nous situons en considérant qu’il est particulièrement exceptionnel.

La méthode scientifique consistera, au contraire, à ne privilégier aucun point de vue particulier et à chercher des lois générales puisque le tout est un seul monde. Il faudra donc trouver en sciences la possibilité que les cas particuliers obéissent quand même aux lois générales car ces derniers doivent s’intégrer à ce monde. Si on oppose diamétralement la matière au reste du vide quantique, l’écoulement du temps à l’espace-temps du vide, notre époque aux autres époques de l’histoire de l’Univers, la vie à la matière inerte, l’homme au reste du vivant, la conscience au fonctionnement général du cerveau, on se retrouve en plein dans ce que l’on appelle le « principe anthropologique », qui est donc un concentré religieux de toutes ces erreurs consistant à placer l’observateur et le penseur au centre du monde qu’il observe et pense…

Inutile de rajouter que nous sommes radicalement opposés à ce type de point de vue…

Les adeptes du principe anthropique affirment que « Pour être favorable à la vie, l’univers doit être très particulier. » Je suis à la fois d’accord et pas d’accord. La vie telle que nous la connaissons, oui. Mais, dans ces conditions, cela devient une tautologie et, comme toutes celles-ci, cela se mord la queue ! Pour avoir tout ce que nous avons, il a fallu tout ce qu’il y a eu. Eh oui ! Sans doute ! Mais LA VIE, je ne sais pas ce que c’est exactement. Je connais seulement "la vie telle que nous la connaissons ici sur Terre". Est-ce qu’il pourrait exister de toutes autres sortes de vie ? Aucune idée sur la question. On ne dispose même pas de critères sûrs du vivant. Nous n’avons sous les yeux qu’une vie et ses diverses variétés et qu’une matière (celle du vide) et ses diverses formes. Rien n’empêche en soi qu’il y en ait d’autres mais comment raisonner sur ce qu’on ne sait absolument pas ?

On ne peut en tout cas pas raisonner scientifiquement en disant qu’aucune forme de vie n’aurait été possible dans d’autres conditions.

On peut dire qu’une forme de vie fondée sur l’ADN, l’ARN, les protéines et les cellules (pour résumer) n’aurait pas été possible ? Oui ! C’est tout mais cela ne dit pas tout.

Encore une fois, il faut voir ce que l’on peur affirmer en faisant tourner le film de l’Histoire à l’envers.

Là-dessus, on peut lire l’ouvrage de Stephen Jay Gould, « La vie est belle » :

« L’ordre est largement le produit de la contingence. (…) Tout déroulement de l’histoire, altéré d’un iota apparemment insignifiant à son commencement, aurait donné un aboutissement également sensé et totalement différent, mais extrêmement déplaisant pour notre vanité, puisqu’il n’inclurait pas de vie consciente d’elle-même. (…) Des milliers et des milliers de fois, il s’en est fallu de peu pour que nous soyons purement et simplement effacés du film de la vie. (...) Homo sapiens est un détail dans l’histoire de la vie, et n’en incarne pas une tendance. »

Au départ, le raisonnement anthropique met l’accent sur le fait que la vie ne peut pas apparaître dans n’importe quelles circonstances et que par conséquent, du fait même que nous existons, nous devons « vérifier » que les conditions nécessaires à l’apparition de la vie sont réalisées. Par exemple, les atomes lourds, tels que le carbone, l’azote ou le soufre, sont des éléments indispensables à la matière vivante. Et comme ces composés atomiques ne peuvent se forger qu’à l’intérieur des étoiles, nous pouvons affirmer que le monde est « forcément » plus vieux que l’âge moyen d’une étoile, c’est-à-dire qu’il a une bonne dizaine de milliards d’années.

Cependant, on comprend bien qu’aucune « contrainte » n’est exercée a posteriori par la vie sur notre Univers. Si de contrainte on tient à parler, elle est de l’ordre de la déduction logique d’un Sherlock Holmes se permettant de « déduire » d’effets constatés la nécessité pour certaines causes d’être réalisées. Pour prendre une comparaison : comme seules les femmes enfantent, nous pouvons en déduire que la personne qui a donné naissance a tel bébé est « nécessairement » une femme. Il ne viendrait pourtant à l’idée de personne de prétendre que ce qui a déterminé le sexe de cette personne une génération auparavant, lors de sa conception par son père et sa mère, c’est la naissance aujourd’hui constatée du bébé !

En affirmant que notre Univers est conditionné par notre présence, le principe anthropique mêle les effets et les causes et, renversant l’ordre normal de la causalité, s’affirme ipso facto anti-scientifique. La tentation de remplacer l’explication en terme de causalité par l’explication en terme de finalité a toujours existé. Cette tentation est d’autant plus forte que la première échoue momentanément, ce qui est aujourd’hui le cas, car devant la question de la naissance du monde notre science est complètement désarmée. Pire, elle sait que ses outils sont impuissants à descendre en dessous des limites fatidiques de temps et d’espace appelées « limites de Planck ». En deçà, il nous faudrait une physique toute nouvelle faisant table rase de tous les concepts auxquels nous nous sommes habitués.

Face au défi que représente l’origine du monde, la science, si elle veut rester science, ne peut se retrancher derrière des explications toutes faites et se contenter d’annoncer : si le monde est ce qu’il est, c’est parce qu’il nous contient ! Un tel « principe », qui cherche à combler à bon compte le vide de la théorie, signe en fait l’abdication de toute recherche. Et c’est face à cette attitude inacceptable qu’il faut afficher clairement son camp.

Les remarques sur les paramètres fondamentaux de la physique, ou constantes universelles, et sur le fait qu’on ne pourrait pas concevoir ce monde (et notamment l’apparition des galaxies, des molécules, des macromolécules, de la vie et de l’homme) si ces paramètres étaient un tout petit peu changées sont tirées dans le sens d’un raisonnement absurde, anti-scientifique et mystique. Cela ne démontre que l’unité de l’univers matériel dont le vivant n’est qu’un sous-produit, l’inerte apparent de la matière non-vivante n’étant qu’une illusion et cette matière possédant certes la capacité de produire le vivant sans que cette propriété prenne un caractère extrordinaire, supra-naturel et surnaturel.

D’ailleurs, ce qu’a montré la physique quantique, c’est que la matière n’a rien d’inerte, que le vide lui-même n’est ni le néant ni l’inerte, que l’auto-organisation, l’auto régulation, l’auto activation, l’auto rythmicité, l’auto structuration, l’auto formation d’échelon hiérarchiques nouveaux appartiennent aux propriétés dialectiques de la matière non-vivante et n’ont pas attendu l’apparition de la vie pour se dévoiler. Le passage de l’ « inerte » au vivant s’est produit par toute une série de révolutions qui ne sont qu’une toute petite partie des grandes révolutions de l’Histoire de la matière de l’Univers. La vie ne s’oppose pas diamétralement à la non-vie et il n’y a aucune raison d’être particulièrement étonnés que les constantes caractéristiques de la mtière soient liées inséparablement au mode d’organisation des molécules, des galaxies et de la vie car c’est sur les bases de la matière que l’auto-orgarnisation travaille. Cela ne signifie pas qu’on soit contraint d’admettre que la suite des événements historique de l’histoire de la matière soit préprogrammée à l’avance, que les étapes soient préétablies par un esprit supérieur supranaturel. Le fait que la matière, telle qu’elle existe, et que la vie, telle qu’elle existe, n’aurait pas pu exister sans les étapes de l’Histoire de l’Univers, avec notamment les constantes universelles aux valeurs qui existent soient indispensables au monde atuel ne nous dit absolument rien sur ce qui se serait passé dans le cas où des hasards différents avaient ffait diverger cette histoire, sur le type de matière ou le type de vie, ou le type d’univers que cela aurait pu donner. On ne peut en particulier absolument pas dire qu’un petit changement aurait rendu impossible une autre organisation, une autre vie, un autre type d’homme. Nous n’avons aucun élément pour raisonner scientifiquement ainsi.

Un raisonnement du type : voici ce qui se passerait si on change les paramètres fondamentaux de la physique n’a aucun sens physique car un tel changement n’est expérimentalement pas possible et que le raisonnement abstrait n’est pas non plus dans le cadre de la logique scientifique, même s’il est utilisé par nombre d’auteurs eux-mêmes scientifiques. On peut seulement constater que ces constantes semblent inchangées dans l’univers et dans l’histoire de celui-ci et donc inchangeables. Le « qu’est-ce qui se serait apssé si… » ne peut pas nous mener à des conceptions valides sur le monde.

Discuter de la mise en place des constantes universelles, de l’apparition des molécules, des macromolécules, du vivant, de l’homme et de sa conscience nécessiterait que l’on dispose de plusieurs types historiques de ces développement, ce qui n’est nullement le cas.

Dire que la vie telle qu’on la connaît serait impossible sans le monde matériel tel qu’on le connaît, c’est enfoncer une porte ouverte !

Ceux qui rasonnent autrement s’adonnent à ce que l’on appelle l’idéalisme philosophique, courant qui loin de régresser, augmente que ce soit parmi les scientifiques, les philosophes, les enseignants ou les média, parce qu’il est favorisé par les classes dirigeantes et pas parce qu’il est favorisé par des découvertes scientifiques.

Nous n’avons, pour le moment, aucun moyen de raisonner sur la mise en place des constantes universelles car nous ne savons absolument rien sur une telle émergence, que nous ne savons pas comment ces constantes sont reliées entre elles, si elles datent de telle ou telle phase de l’univers, s’il y a un ordre de leur apparition et quelles relations sont établies entre elles. Cela permet certes que toutes les imaginations débridées se jettent sur le thème, mais surement pas un raisonnement scientifique là-dessus.

La remarque selon laquelle tout eptit changement ds conditions initiales rendrait le monde actuel impossible ne fait que souligner que l’univers est sujet à une propriété dite du « chaos déterministe » qui est celle de la « sensibilité aux conditions initiales ». Or, dans le chaos déterministe, les changements des paramètres initiaux qui sont réalisables entraînent des suites assez rapidement très divergentes sans pour autant que cela signifie que ces suites soient préétablies dans l’état initial. Au contraire, l’état initial possède de multiples potentialités de développement ultérieur et n’a en rien tranché entre ces diverses options. Le chaos déterministe, causé par cette sensibilité aux conditions initiales des systèmes non-linéaires amortis entretenus, est justement le type même de mélange dialectique de hasard et de nécessité dans lequel le hasard est le fondement de la loi et la loi reproduit du hasard.

Il peut y avoir de nombreux mondes possibles sur d’autres bases matérielles légèrement différentes mais nous n’en savons rien et nous ne pouvons donc même pas disserter dessus.

La seule conséquence de la remarque en question est donc seulement celle de l’unité du monde, du caractère inséparable (inopposable diamétralement) de ses diverses formes et niveaux d’auto-organisation.

Il est étrange que ce soit justement la meilleure démonstration du fait que l’univers est un qui serve à opposer diamétralement matière vivante et non vivante, l’homme au reste de l’univers, et la conscience à la non conscience de la matière, comme le fait le « principe anthropque ».

Il faudrait plutôt remarquer que les lois de la matière inerte ont un caractère dynamique, capable d’auto-organisation, d’auto-structuration, de fondement de structures et de lois nouvelles, permettant à l’histoire de connaître des bifurcations inattendues et imprédictibles, qui ne sont nullement (même en germe) prévues dans l’univers antérieur.

Le dualisme (opposition diamétrale entre monde matériel et monde humain conscient) des partisans du « principe anthropique » ne provient pas des observations, des mesures, des lois mathématiques, contrairement à ce qu’affirment leurs auteurs divers. C’est au contraire a un a priori philosophique qui fonde ces affirmations qui ne sont nullement corroborrées par la science.

La conception matérialiste et dialecticienne du monde est bien plus proche des découvertes des sciences que toutes ces élucubrations idéalistes mais elle n’a pas, pour des raisons politiques et sociales évidentes, le bonheur de plaire aux classes dirigeantes et donc d’être diffusée par leurs média, leurs éditeurs, leur presse, et de connaître, du coup, une large diffusion et un succès auprès des auteurs eux-mêmes. Quand un scientifique ou un journaliste baptise le boson de Higgs de « particule de dieu », il est relayé des centaines de milliers de fois à la minute et pas lorsqu’il explique que cela suppose que la matière fugitive (extraordinairement dynamique et agitée, se transformant brutalement sans cesse) du vide quantique est le fondement de la matière inerte.

Dire, par exemple, que la vie nécessite le carbone qui ne peut être élaboré que par des étoiles parvenues à un stade bien défini de leur évolution stellaire, que ce stade n’est possible que si l’univers a certaines caractéristiques ne justifie nullement de dire que le monde a été bâti pour avoir les caractéristiques permettant la vie. Pas plus que, si une tuile vous tombe sur la tête, cela signifie que le monde ait été bâti pour parvenir à cette situation, même si, avec des constantes différentes de la Terre, la gravitation serait différente et la tuile ne tomberait pas ! C’est une inversion de raisonnement qui n’a pas de sens logique. Si on peut démontrer que sans une cause A un effet B serait impossible, cela ne sous-entend nullement que la cause A ait été produite pour obtenir l’effet B… Les adeptes du principe anthropique affirment que l’existence de la vie et de l’homme aurait pour conséquence… la nécessité que préexiste un monde compatible avec la vie. Il ya là un renversement qui nécessiterait une suppression du sens de l’écoulement du temps qui ne peut pas exister au niveau macroscopique et astronomique. L’apparition de l’homme ne peut pas avoir des conséquences sur le choix des constantes universelles qui sont des conditions initiales. Il y a là une incontestable erreur de raisonnement, inattendue pour des scientifiques. Elle témoigne que, tous grands physiciens qu’ils soient, le fait qu’ils soient peu formés en philosophie des sciences a de redoutables conséquences dans leurs erreurs de conception globale.

Le « principe anthropique » est un retour, au sein des sciences et des philosophies, de l’idéalisme, du finalisme, du mysticisme, de la métaphysique, des parasciences, de la magie, du créationnisme et des religions du même type que le « dessein intelligent ».

Le point commun de tous ces auteurs est de « trouver fou qu’un univers ait produit une conscience capable de l’étudier. » C’est la conscience humaine qui leur paraît de l’ordre du fantastique et, loin de partir de la matière pour comprendre la conscience humaine, ils en tirent comme conclusion qu’il doit y avoir une origine surnaturelle !!!!

Idéalisme et dualisme caractérisent la pensée fondamentale de Brandon Carter, à l’origine de toutes les versions du principe anthropique : « Nous pensons donc l’univers est. »

Au sein de cette « thèse anthropique », il y a des versions très diverses, dites « fortes » ou « faibles » :

Carter développe le principe dit « faible » :

« Notre position dans l’Univers est nécessairement privilégiée en ce sens qu’elle doit être compatible avec notre existence en tant qu’observateurs. »

Et il développe aussi le principe dit « fort » :

« L’Univers (et donc les paramètres fondamentaux dont celui-ci dépend), doit être tel qu’il permette la naissance d’observateurs en sont sein, à un certain stade de sont développement… Les constantes fondamentales de la physique semblent être parfaitement ajustées pour favoriser l’apparition de la vie… Si telle ou telle constante avait été légèrement différente, les étoiles ne se seraient pas formées, ou bien la synthèse des éléments chimiques qui nous composent n’aurait pas démarré, ou bien les supernovae qui les dispersent dans l’espace n’existeraient pas… Pourquoi un tel ajustement des constantes physiques ? Certains esprits religieux répondent que c’est parce qu’un être divin les a ajustées afin que nous apparaissions… »

Par la suite, on va trouver le principe anthropique d’autosélection, celui de participation, celui de contingence, celui de conscience, qui sont des variétés diverses mais dont aucune n’a davantage une démarche vraiment scientifique….

Le principe anthropique, dans sa formulation dite scientifique par des physiciens, est attribué à Brandon Carter, mais d’autres avaient avant lui discuté de cette question, comme Robert Dicke à la fin des années 1950 et le Prix Nobel de physique Paul Dirac dans le courant des années 1930. Cela a été suivi par Steve Weinberg et nombre de physiciens de la théorie des cordes. Weiberg écrit : « Plus est élevé le nombre de valeurs possibles de paramètres physiques fournies par le paysage des cordes, plus la théorie des cordes rend légitime le raisonnement anthropique comme le nouveau fondement des théorie physique. »

Peut-être faut-il rappeler les deux énoncés de ce « Principe » (qui n’est en fait qu’une conception et même pas une hypothèse étayant des faits) :

• Le principe faible : "Ce que nous pouvons nous attendre à observer doit être compatible avec les conditions nécessaires à notre présence en tant qu’observateur".

• Le principe fort : "L’univers (et donc les paramètres fondamentaux dont celui-ci dépend) doit être tel qu’il permette la naissance d’observateurs en son sein à un certain stade de son développement".

En fait, il n’y a pas un ni deux principes anthropiques mais autant de versions que l’auteurs.

Résumons d’abord les différents types de principe anthropique, un exemple de défenseur de principe, et leur formulation simplifiée :

Principe anthropique faible. (défenseur : Brandon Carter).

Du fait que nous existons, nous pouvons déduire certaines des caractéristiques de l’Univers.

Principe de complexité. (défenseur : Hubert Reeves).

Les lois de l’Univers "conspirent" pour que la matière se complexifie de plus en plus.

Principe de contingence. (défenseur : Martin Rees).

Il existe une infinité d’univers parallèles, nous sommes par hasard dans celui qui a les "bonnes" constantes initiales.

Principe anthropique fort. (défenseur : Freeman Dyson).

L’Univers attendait sans doute notre venue.

Principe de conscience. (défenseur : Trinh Xuan Thuan).

L’émergence d’êtres conscients, quels qu’ils soient, est inscrite dans les lois de l’Univers.

Principe anthropique superfort. (défenseur : Jean Staune).

L’Univers n’est pas seulement préadapté à l’existence d’être intelligents comme nous mais également à l’existence de civilisations plus évoluées que nous.

Principe anthropique ultime. (défenseur : Frank Tipler).

Une fois que la vie intelligente est apparue, les lois de la physique lui permettent de subsister à jamais.

Principe Thanothropique, émis pour dénoncer virulemment de principe anthropique. (défenseur : Jean-Pierre Petit).

Ce n’est pas la possibilité de la vie humaine qui a été programmée mais sa mort : l’autodestruction des civilisations est programmée.

Principe vraiment anthropique. (défenseur : Guillermo Gonzalez).

La Terre est le meilleur endroit pour l’émergence d’une conscience capable d’appréhender l’Univers.

Parmi les conceptions anthropiques, le "paradoxe de Fermi" qui n’est pas moins étrange !

Enrico Fermi, prix Nobel de physique, qui réalisa le premier réacteur nucléaire et participa à au développement de la bombe atomique a élaboré le paradoxe qui porte son nom et qui s’énonce : "Si les extraterrestres existaient, ils devraient être ici." On sait que la vie ne peut se développer que sur des planètes situées autour d’étoiles de deuxième génération ; or dans notre galaxie, de telles planètes ont ou apparaître des milliards d’années avant la nôtre. Donc on peut supposer que la vie a pu apparaître plusieurs milliards d’années avant qu’elle n’apparaisse sur Terre. D’autre part, de nombreux penseurs estiment que l’évolution n’est pas un phénomène uniquement contingent, qu’elle est "canalisée" vers des formes supérieures de complexité. Il est probable dans ce cas que des être intelligents ont dû exister des milliards d’années avant nous.

Or, dans dans un milliard (ou peut-être quelques centaines de millions d’années), nous, si nous existons toujours, nous serons sans doute présents dans toute la galaxie. Les progrès techniques fulgurants (qui semblent s’accélérer) permettent de penser que c’est possible et d’imaginer comment. La première étape est de construire une machine de "Von Neumann" capable de se répliquer elle-même en plusieurs exemplaires, sans aucune aide extérieure, grâce aux matériaux bruts qu’on peut trouver sur des astéroïdes ou des planètes telluriques (carbone, fer...). Jonh Barrow et Frank Tipler dans "the anthropic cosmological principle" estiment que dans 1 000 ans, une telle machine coûtera moins cher que qu’une voiture aujourd’hui. Il suffit de lancer à une vitesse de 10%de la vitesse de la lumière quelques machines de Von Neumann vers les étoiles les plus proches pour que, en 100 ans ou 200 millions d’années, sans que nous ayons rien d’autre à faire, toute la galaxie soit colonisée par nos machines. En arrivant près d’une étoile, la machine utilise les matériaux disponibles en orbite pour construire plusieurs autres machines qui vont partir vers les étoiles les plus proches etc. Une autre version consiste à mettre à bord des oeufs fécondés congelés et des programmes d’éducation et de soin, capables d’élever les nouveaux-nés après leur naissance. Voilà comment nous pouvons coloniser la galaxie en quelques centaines de millions d’années. C’est pourquoi, suivant le même parcours des extra-terrestres devraient être depuis longtemps dans notre système solaire puisque la possibilité de la vie existe depuis depuis des milliards d’années…

A ce paradoxe, de nombreuses réponses sont possibles :

- La vie est un phénomène beaucoup rare que prévu et nous sommes la première planète où il ait eu lieu.

- L’évolution est un phénomène aléatoire, aucune espèce intelligente n’est apparue.

- Aucune autre espèce intelligente n’a utilisé la technologie et n’a tenté d’explorer l’espace.

- Les extra-terrestres sont là, mais pour eux, nous sommes comme les animaux dans un zoo. Aux limites de notre système solaire, ils on mis des panneaux "ne dérangez pas les animaux", "laissez les vivre" etc.

Ce paradoxe a fait couler beaucoup d’encre comme on peut le constater dans wikipedia : le paradoxe de Fermi. Mais comme le suggère Jean Staune, "peut-être est-ce là une incroyable conséquence de la longueur d’absorption du neutron. Dans ce cas, le principe thanathropique serait un garde-fou destiné à empêcher une espèce de conquérir, et donc de perturber toute une galaxie."

Citons quelques physiciens défenseurs du principe anthropique :

Brandon Carter :

« En gros, le principe anthropique dit que tout raisonnement scientique dans lequel un observateur est impliqué doit tenir compte de l’existence d’observateurs… »

« Ce que nous pouvons nous attendre à observer doit être compatible avec les conditions nécessaires à notre présence en tant qu’observateurs. »

« L’Univers (et donc les paramètres fondamentaux dont celui-ci dépend) doit être tel qu’il permette la naissance d’observateurs en son sein, à un certain stade de son développement. »

« La présence d’observateurs dans l’Univers impose des contraintes, non seulement sur l’âge de l’Univers à partir duquel ces observateurs peuvent apparaître, mais aussi sur l’ensemble de ses propriétés et des paramètres fondamentaux de la physique qui le caractérise. »

« Le principe anthropique prédit, par exemple, que la survie de notre espèce à travers les siècles est très improbable. »

« L’énergie du Big Bang ne peut pas varier de plus de 10^-120 en relatif pour que l’univers puisse accueillir la vie. »

John Wheeler :

« L’univers donne naissance à des participants qui communiquent entre eux. Les participants en communication donnent un sens à l’univers. » « Les observateurs sont nécessaires pour amener l’Univers à l’existence. »

Joe Rosen :

« Le principe anthropique représente le principe le plus fondamental dont nous disposions, vu que les explications physiques qu’il fournit sont basées sur le phénomène physique le plus solide que nous connaissions, à savoir notre propre existence. Le principe anthropique est, je crois, ce que nous aruons jamais de plus proche d’une explication ultime. »

Freeman Dyson :

« Tout semble s’être passé comme si l’Univers devait, en quelque sorte, savoir que nous avions à apparaître. »

« La Nature est superbement ajustée à la possibilité de la vie sur la planète Terre, si la force gravitationnelle avait été réduite ou augmentée de 1%. L’univers ne serait pas formé, s’il y avait un petit changement dans la force électromagnétique, les molécules organiques ne se seraient pas formées comme des phrases enchaînant les mots. Il semble que l’univers savait que nous venions. L’univers n’est pas comme une offre de données aléatoires. Il semble tout simplement résolu. Nous voyons l’univers tel qu’il est parce que s’il en était autrement, nous ne serions pas ici pour le voir. »

« Je ne me sens pas étranger dans l’Univers, plus je l’examine et étudie en détail son architecture, plus je découvre de preuves qu’il attendait sans doute notre venue. »

Michael Denton :

« Si l’on conclut en faveur du dessein, c’est en constatant que le cosmos est adapté à la vie non pas à un certain point, mais optimalement, de sorte que tous les constituants de la cellule et toutes les lois de la nature sont idéalement et spécifiquement façonnés dans ce but. »

Robert Dicke :

« Il n’y a un seul grand nombre sans dimension qui soit aléatoire à l’origine. C’est le nombre de particules dans l’univers. L’âge de l’univers ‘maintenant’ n’est pas aléatoire mais est conditionné par des facteurs biologiques. Le taux de radiation d’une étoile varie comme ε-7 et pour des valeurs de ε bien plus importantes que la valeur présente, toutes les étoiles seraient froides. Celà ne permettrait pas à l’homme d’exister et d’étudier ce problème. »

Max Tegmark :

« Imaginons donc ce mégavers comme un vaste océan mouvant, sur lequel se formerait spontanément de l’écume. Dans chaque bulle de cette écume, les lois physiques s’agenceraient différemment et les constantes fondamentales pourraient endosser des valeurs différentes de celles qui, dans notre univers, ont mené miraculeusement à l’émergence de la vie. Mais il aurait suffi, par exemple, que la constante de structure fine ait une valeur légèrement plus grande pour que les noyaux des atomes ne puissent se former. Cet univers-là serait entièrement composé d’un brouillard épais de particules fondamentales. »

John Barrow :

« L’univers doit contenir la vie.

« Depuis ces premières prises de conscience qu’il y a des propriétés de l’Univers nécessaires à la vie, on a porté un intérêt croissant à ce que l’on a appelé le « principe anthropique ». Un large débat s’est engagé parmi les axtronomes, les physiciens et les philosophes sur son utilité et sa signification dernière. Et cela en raison notamment de la découverte que les valeurs des constantes de la Nature rendaient la vie possible dans l’Univers de plusieurs façons. Plus encore, elles le font parfois de justesse. Nous pouvons facilement imaginer des mondes dans lesquels les constantes de la Nature prendraient des valeurs numériques légèrement différentes et où l’existence d’êtres vivants comme nous ne serait pas possible. Donnez à la constante de structure fine une valeur plus grande et il ne peut y avoir d’atomes ; donnez à la gravité une force plus élevée et les étoiles épuisent très vite leur combustible ; réduisez la force des interactions nucléaires et il ne peut y avoir de biochimie, et ainsi de suite… Dans beaucoup de cas, les changements concevables excluent toute forme de vie imaginable… Dirac ne comprit pas que la coïncidence des Grands Nombres était une conséquence nécessaire du fait d’être observateur de l’Univers à un moment égal au temps exigé, en gros, pour que les étoiles fassent les éléments chimiques requis pour une évolution spontanée de la vie… Dicke a montré que bien qu’une telle coïncidence puisse paraître a priori improbable, c’était en fait une caractéristique nécessaire d’un univers contenant des observateurs comme nous… Une fois que nous connaissons une caractéristique de l’Univers qui est nécessaire à l’existence de la complexité chimique, il est souvent possible de montrer que d’autres traits qui n’ont rien à voir avec la vie dérivent forcément de la condition « nécessaire ». Par exemple, l’argument de Dicke nous dit que l’Univers doit avoir des milliards d’années pour que les éléments de base de la vie aient le temps d’être fabriqués au sein des étoiles. Mais les lois de la gravitation nous disent que l’âge de l’Univers est directement en rapport avec d’autres propriétés, comme sa densité, sa température et l’éclat du ciel. Comme l’Univers a dû s’étendre pendant des millions d’années, il doit avoir une étendue visible de plusieurs milliards d’années-lumière. Comme sa température et sa densité diminuent aec son expansion, il devient froid et désolé… Autrefois, losrque l’Univers était beaucoup plus jeunes, âgé de moins d’une centaine de milliers d’années, le ciel entier était brillant, au point qu’aucune étoile ou atome ou molécule ne pouvaient exister, Et aucun observateur n’aurait pu être là pour le voir… D’autres principes anthropiques ont été suggérés. John Wheeler, le scientifique de Pinceton qui a forgé le terme « trou noir » et joué un rôle majeur dans leur recherche, a proposé ce qu’il appelait le « Principe Anthropique de Participation ». Il n’est pas spécialement en rapport avec les constantes de la Nature mais motivé par la précision des coïncidences qui permettent à la vie d’exister dans le cosmos. Peut-être, se demande Wheeler, que la vie est d’une certaine manière essentielle à la cohérence de l’Univers ? Mais est-il sûr que nous ne soyons d’aucune conséquence pour les lointaines galaxies et pour l’existence de l’Univers dans son lointain passé antérieur à l’apparition de la vie ? Wheeler se demandait si l’importance des observateurs pour amener à l’existence la réalité quantique pouvait signifier que des « observateurs », convenablement définis, étaient en quelque sorte nécessaires à l’existence de l’Univers… Un quatrième Principe Anthropique, introduit par Frank Tipler et moi-même, est quelque peu différent. Il s’agit juste d’une hypothèse que l’on pourrait vérifier en utilisant les lois de la physique et l’état de l’Univers tel que nous l’observons. Il s’appelle « le Principe Anthropique Final » et propose qu’une fois que la vie a émergé dans l’Univers elle ne disparaîtra plus… »

Frank Tipler :

« L’univers est suffisamment bienveillant pour que, une fois que l’intelligence a pu s’y développer, les lois de la physique permettent qu’elle continue à s’y exercer à jamais. »

Jean Staune :

« L’hypothèse d’un créateur est scientifique. »

« Tout commence avec un principe appelé anthropique (d’anthropos, l’« homme » en grec). Les scientifiques se sont rendu compte que si l’on change quoi que ce soit dans les constantes fondamentales de l’Univers, aucune forme de vie et encore moins de conscience ne peut s’y développer. Face à cette découverte, que personne ne conteste, il n’y a que les trois solutions que je vous ai décrites avec mon histoire. Première solution, il existe des milliards d’univers parallèles et statistiquement l’un d’entre eux a pu « gagner au loto », créer la vie en ayant juste la bonne vitesse d’expansion, la bonne gravitation, la bonne masse du proton, etc. La deuxième solution, c’est celle du complot où l’on a payé un à un les tireurs pour qu’ils ratent leur cible : un principe créateur a effectué un réglage fin de toutes les constantes fondamentales de notre Univers pour qu’il soit ce qu’il est. Enfin, la troisième solution, c’est qu’il existe une théorie d’unification expliquant la valeur de toutes les constantes fondamentales de l’Univers (ce qui correspond à l’hypothèse des balles à blanc : il y a une cause commune à l’échec des tireurs)... Stephen Hawking défend les première et troisième options. Dans Une brève histoire du temps, Stephen Hawking reconnaissait que s’il existait une théorie du Tout, le problème se poserait de savoir « ce qui a insufflé le feu aux équations », c’est-à-dire qui a mis les balles à blanc dans l’armurerie ? L’existence éventuelle d’une théorie de grande unification ne suffit pas à éliminer la question d’un créateur. Par contre, s’il y a une infinité d’univers parallèles, alors oui, l’hypothèse d’un créateur n’est plus utile. Il y a une autre contradiction chez Hawking : il dit qu’une théorie scientifique doit être confrontée à la réalité, or, l’existence d’univers parallèles, qu’il soutient, ne peut jamais être testée puisque nous ne voyons, par définition, que notre univers. Stephen Hawking évoque une création spontanée de ces univers. Mais sans en apporter la moindre preuve. De plus, la théorie d’unification qu’il défend (la M-Théorie) est très, très loin d’être vérifiée. Lee Smolin a écrit un livre à ce sujet, Rien ne va plus en physique ! (Editions Dunod). Pour lui, la M-Théorie n’existe pas encore vraiment. Et si elle existe un jour, rien ne dit que nous pourrons la tester. Ces réponses sont donc à la fois contradictoires et insuffisantes. C’est la science elle-même et non la théologie qui pose la question de l’existence d’un créateur. Comme elle n’impose aucune des trois réponses que nous avons décrites ici, il est antiscientifique d’affirmer que la science permet de se passer d’un créateur. »

George Coyne :

« Je crois que le principe anthropique a non seulement constitué un stimulant à la recherche en cosmologie, mais qu’il fournit aussi un point de rencontre passionnant entre la théologie et les sciences et qu’il a certainement servi à réintégrer le facteur "être humain" qui, pendant des siècles, a été exclu des sciences physiques. »

Trinh Xuan Thuan :

« On s’est aperçu que si l’on variait un tant soit peu ces conditions physiques, l’Univers ne pourrait pas fabriquer d’étoiles. Sans étoiles, pas d’éléments lourds, parce que le big-bang ne fabrique que l’hydrogène et l’hélium - éléments trop simples pour construire la chimie nécessaire aux chaînes d’ADN qui portent nos gènes, ou pour former les neurones qui sont le support de notre conscience. L’Univers a été réglé de façon extrêmement précise pour que nous soyons ici. Tout se joue sur un équilibre très délicat. La densité initiale de l’Univers doit être réglée avec une précision de 1060, comparable à celle dont devrait être capable un archer pour planter une flèche dans une cible carrée d’un centimètre de côté qui serait placée aux confins de l’Univers, à une distance de 15 milliards d’années-lumière ! Un changement infime entraînerait la stérilité de l’Univers. Nous voici donc intimement liés au cosmos. Et nous sommes là pour lui donner du sens. »

« L’univers a été réglé avec une précision infinie pour que la vie apparaisse. ... On s’est aperçu que les constantes physiques ont été réglées d’une façon extrêmement précise pour que la vie apparaisse. ... Sur la probabilité que la vie apparaisse. La densité de l’univers par exemple, doit être réglée à une précision de 10 puissance moins 60, donc qui est égale à la précision qu’un archer doit exercer s’il voulait planter une flèche dans une cible de 1 cm carré, mais qui serait placé au bord de l’univers à 14 milliards d’années. Une précision extrême. D’où la question, est-ce qu’il y a un principe créateur, quelque chose qui règle les choses dès le début, ou, c’est le pur hasard ? Mais le pur hasard quand il y a une probabilité si faible pour que cela aboutisse il faut faire l’hypothèse qu’il y a une infinité d’univers. ... Donc, j’appelle ça mon pari pascalien, et bien sûr je pense qu’il y a un principe créateur qui a réglé tout cela dès le début, et je pense qu’il y a un univers unique, c’est mon intuition. ... C’est difficile de croire quand je vois toute cette beauté, cette harmonie, cette organisation, de croire que tout est hasard, que rien n’a de sens, que nous sommes là par hasard, que toute cette architecture cosmique est faite par hasard. »

Stephen Hawking :

« A la question : ‘‘pourquoi l’univers est-il tel que nous le voyons ?’’, la réponse est simple : s’il avait été différent nous ne serions pas là. Les lois de la Physique, nous le savons aujourd’hui, contiennent beaucoup de nombres fondamentaux, comme la taille de la charge électrique de l’électron et le rapport des masses du proton et de l’électron. (...) Le fait remarquable est que la valeur de ces nombres semble avoir été finement ajustée pour rendre possible le développement de la vie. (...) Si le stade initial n’avait été choisi avec le plus de soin possible pour en arriver à ce que nous voyons autour de nous, l’univers n’aurait que peu de chance de contenir quelque région dans laquelle la vie pourrait apparaître. (...) Il serait très difficile d’expliquer que l’univers n’aurait dû commencer que de cette façon, à moins que ce ne soit l’acte d’un Dieu désireux de créer des êtres comme nous. »

R. Morris dans « Comment l’univers finira et pourquoi ? » :

« Pour être favorable à la vie, l’univers doit être très particulier. La véritable question que nous posons est la suivante : « Pourquoi l’univers est-il si particulier ? […] C’est comme si l’univers avait été consciemment modelé de manière à ce que la vie soit inévitable. Les scientifiques des époques précédentes n’auraient pas hésité à conclure que ces considérations prouvaient l’existence du Créateur […] Un moyen très évident de contourner la difficulté consiste à imaginer qu’il y a un nombre infini d’univers. Les univers qui ne possèdent pas le caractère particulier du nôtre existent aussi, mais ils n’abritent aucune vie. La raison pour laquelle notre univers à certaines propriétés spéciales est que, s’il ne les avait pas il n’y aurait personne pour s’en rendre compte. Il faut bien préciser que l’hypothèse selon laquelle il existerait un nombre infini d’univers n’est absolument pas une théorie scientifique reconnue. Cependant, je ne vois pas comment on pourrait éviter cette conclusion. Il n’y a tout simplement pas d’autres solutions raisonnables. »

Favorables au principe anthropique faible mais non fort :

Martin Rees :

« Le principe anthropique ne peut manifestement pas fournir d’explication scinetifique au sens propre. Au mieux, il peut fournir une satisfaction de type ’’bouche-trou’’ à notre curiosité relative aux phénomènes pour lesquels nous n’avons pas encore obtenu d’explications scientifiques authentiques. »

Malcolm Sim Longair :

« Je déteste profondément la théorie du principe anthropique et la considère comme un dernier recours absolu au cas où tous les arguments physiques échoueraient.. »

Christian Magnan :

« On connaît encore l’argument repris par nombre de vulgarisateurs relatif aux prétendus « choix » concernant les conditions prévalant à l’origine de l’Univers, et notamment le choix relatif à la vitesse intiale d’expansion : trop rapide, et l’Univers sera ouvert, trop faible, et il sera fermé. On avance souvent à ce propos l’exemple du lancement d’une sonde spatiale, laquelle doit posséder une vitesse suffisante pour ne pas retomber sur Terre. Et de se gargariser autour de la précision inimaginable (donc inexplicable, sinon après coup par argument anthropique !) avec laquelle « il a fallu » ajuster la vitesse d’expansion pour en arriver à l’état actuel. Or cet ajustement d’apparence extraordinaire existe en réalité dans tous les modèles d’univers que nous fabriquons avec nos équations, et non pas exclusivement dans celui qui nous concerne. Les équations d’univers d’Einstein contiennent en effet un terme de « courbure spatiale » qui devient asymptotiquement négligeable devant les autres lorsqu’on se rapproche du temps zéro. Du même coup, les termes qui « comptent vraiment » se compensent de plus en plus exactement. Faire croire que cet écart infime est exceptionnel pour notre Univers relève de la tricherie. Il s’agit ici de la même confusion dénoncée plus haut entre les effets et les causes. Ce n’est pas la vitesse d’expansion qui détermine le type d’univers (ouvert ou fermé), mais l’inverse. La véritable condition aux limites (à l’origine) concerne en effet le type d’univers, de sorte que, si choix il y a, c’est entre un univers fermé ou ouvert. Mais, dès lors que ce « genre » est fixé, toute possibilité de choix ultérieur disparaît : une fois l’univers choisi, la vitesse d’expansion est elle-même fixée sans ambiguïté à chaque instant. Ainsi, contrairement à ce que voudrait faire croire une vulgarisation tapageuse, on ne « lance » pas un univers comme un simple satellite artificiel ! Enfin et surtout, parler de « choix » en ce qui concerne l’univers relève, en l’état de nos connaissances, de la fantaisie, et ce pour au moins deux raisons. La première est une question de principe. Notre Univers est unique et nous ne pouvons donc pas le comparer à d’autres univers. Considérer comme des objets physiques réels des univers hypothétiques existant « au-delà » du nôtre mais avec lesquels, par définition même (autres univers), nous ne pouvons pas établir le moindre contact est pure mystification. Car le champ de la physique se limite au domaine de l’expérience et qu’au-delà, il s’agit, à proprement parler, de « métaphysique ». La seconde est que, si nos modèles comportent bien des paramètres, nul n’en connaît le statut. Supposer avec les partisans du principe anthropique que tous les choix sont possibles sans la moindre discrimination est une hypothèse « sauvage » constituant en réalité un aveu inacceptable d’impuissance. Tant que nous ne possèderons pas de théorie sérieuse de création des univers, toutes ces questions de « choix » relèveront de la fiction et ne mériteront pas la caution de la science. »

Leonard Susskind dans « Le paysage anthropique de la théorie des cordes » :

« A partir de travaux récents d’un certain nombre d’auteurs, il paraît probable que le paysage est si vaste et diversifié qu’on ne peut même pas en avoir un aperçu. Que cela nous plaise ou non, ce type de comportement justifie le principe anthropique… Mais, en théorie anthropique… le seul critère pour choisir un état du vide est son utilité, s’il possède ou non les éléments nécessaires à la vie, à la formation des galaxies et à la chimie complexe. »

Steven Weinberg dans « Vivre dans le multivers » :

« Plus élevé est le nombre de valeurs possibles de paramètres physiques fournies par le paysage des cordes, plus la théorie des cordes rend légitime le raisonnement anthropique comme le nouveau fondement des théories physiques : tout scientifique qui étudie la nature doit vivre dans une partie du paysage où les paramètres physiques ont les valeurs permettant l’apparition de la vie et des scientifiques. »

Joseph Polchinski :

« Le raisonnement va tellement à l’encontre des buts historiques de la physique théorique que je lui ai résisté longtemps après avoir compris qu’il était probablement nécessaire. Mais maintenant j’ai fait mon coming-out. »

Andrei Linde :

« Ceux qui n’aiment pas le principe anthropique nient simplement l’évidence. »

George Coyne :

« Je crois que le principe anthropique a non seulement constitué un stimulant à la recherche en cosmologie, mais qu’il fournit aussi un point de rencontre passionnant entre la théologie et les sciences et qu’il a certainement servi à réintégrer le facteur "être humain" qui, pendant des siècles, a été exclu des sciences physiques. »

Des philosophes l’ont soutenue :

Sébastien Giguère :

« Si l’apparence d’une connexion profonde entre la possibilité de la conscience humaine et les paramètres physiques fondamentaux de l’Univers étonne aujourd’hui plusieurs hommes de science, c’est en grande partie parce que le mode de connaissance propre à la rationalité physiciste moderne a habitué le scientifique à considérer le monde physique "objectivement", comme s’il lui était extérieur, et à y faire abstraction de la présence de l’esprit. (…) Le dualisme de I’esprit philosophique moderne, problème auquel tant de penseurs se sont consacrés depuis quatre siècles, plonge ses racines au coeur de cette rationalité physiciste qui, aspirant à mathématiser la totalité du réel, a dû se résoudre, pour le dire simplement, soit à apercevoir dans la vie ou l’esprit des phénomènes dont l’essence diffère radicalement de celle du monde physique, soit à tenter de réduire ces phénomènes au niveau des régularités physiques mathématisables. Ainsi, lorsqu’elle envisage la diversité des lois mathématiques qui régissent le monde physique, la pensée scientifique moderne le fait habituellement sans tenir compte de la présence de l’esprit au sein de cette totalité objectivée. C’est donc pour elle un fait déconcertant de découvrir aujourd’hui que sa propre existence dépende si étroitement de l’ajustement de l’ensemble de ces lois physiques. (…) Dans une telle perspective, il parait s’installer une continuité inattendue entre la matière, la vie et l’esprit. (…) Dans un tel tableau, comme nous l’évoquions, la matière, la vie et l’esprit paraissent s’inscrire dans une étonnante continuité. Tous apparaissent réunis dans une même trame et semblent participer du même mouvement. (…) Les versions les plus controversées du principe anthropique aspirent justement à apporter une solution au problème de la valeur des constantes et des lois. Cette solution consiste à animer que les présences de l’être humain, de la vie et, plus généralement, de la complexité dans l’univers, par l’ampleur des contraintes qu’elles imposent à I’évolution et à la structure du cosmos, permettent d’expliquer la valeur de ces paramètres et de leur donner un sens. C’est là bien sûr opérer un renversement de la logique scientifique traditionnelle et faire appel à un processus téléologique. C’est dire : "c’est en vue de permettre l’évolution de la complexité, de la vie ou de l’être humain que les lois sont ce qu’elles sont". (…) Ensuite, puisque les différentes positions dans cette discussion se définissent selon l’attitude adoptée envers 1"’ajustement précis" des paramètres fondamentaux, nous progresserons à partir de ce premier point selon un schéma arborescent correspondant aux diverses attitudes possibles face à lui. (…) Mais habituellement, dans les discussions sur le principe anthropique, l’ensemble des paramètres fondamentaux est envisagé dans sa relation à la possibilité de l’émergence de la vie. Ainsi, dans les pages qui suivent, lorsqu’il sera question de la vie ou de l’intelligence, ce sera la plupart du temps en les envisageant à partir du plus lointain passé de l’Univers, alors que ni elles ni les étoiles et les atomes qui leur sont nécessaires n’existaient encore. De ce point de vue, ce sont bien les paramètres fondamentaux de l’univers qui sont adaptés à la vie telle que nous la connaissons. »

Nicola Dallaporta :

« La reconnaissance du principe anthropique devrait être considérée comme un moment décisif dans le développement de la science, ouvrant de nouvelles voies vers des aspects inconnus de l’Univers. »

Quelques physiciens l’ont combattue :

Heinz Pagels :

« Contrairement aux principes de la physique conventionnelle, le principe anthropique n’est sujet à aucune vérification expérimentale - le signe sûr qu’il ne s’agit pas d’un principe scientifique. L’influence du principe anthropique sur le développement des modèles cosmologiques contemporains a été stérile... »

George Smoot :

« Stephen Hawking apporte malheureusement sa caution à ce « principe anthropique », d’autant plus principiel qu’il n’est pas scientifique, dans « Une brève histoire du temps », affirmant : « Ce que l’on connaît comme le principe anthropique peut être résumé par la phrase : « c’est parce que nous existons que nous voyons l’univers tel qu’il est. » (...) Le principe anthropique faible pose que dans un univers qui est grand et infini dans l’espace et/ou dans le temps, les conditions nécessaires au développement de la vie intelligente ne se rencontreront que dans certaines régions limitées dans l’espace et dans le temps. Les êtres intelligents de ces régions devraient donc ne pas être étonnés que leur voisinage dans l’univers remplisse les conditions qui sont nécessaires pour leur existence. Un peu comme une personne riche vivant dans un environnement riche sans jamais voir de pauvreté. Un exemple, de l’utilisation de ce principe anthropique faible est d’ « expliquer » pourquoi le Big bang est apparu il y a dix milliards d’années de cela : il a fallu tout ce temps aux êtres intelligents pour évoluer. (...) Peu de personnes devraient contester la validité ou l’utilité du principe anthropique faible. (...) A la question : ‘‘pourquoi l’univers est-il tel que nous le voyons ?’’, la réponse est simple : s’il avait été différent nous ne serions pas là. Les lois de la Physique, nous le savons aujourd’hui, contiennent beaucoup de nombres fondamentaux, comme la taille de la charge électrique de l’électron et le rapport des masses du proton et de l’électron. (...) Le fait remarquable est que la valeur de ces nombres semble avoir été finement ajustée pour rendre possible le développement de la vie. (...) Si le stade initial n’avait été choisi avec le plus de soin possible pour en arriver à ce que nous voyons autour de nous, l’univers n’aurait que peu de chance de contenir quelque région dans laquelle la vie pourrait apparaître. (...) Il serait très difficile d’expliquer que l’univers n’aurait dû commencer que de cette façon, à moins que ce ne soit l’acte d’un Dieu désireux de créer des êtres comme nous. »

André Brahic :

« Certains n’hésitent pas à introduire dans leurs modèles des idées anthropiques : l’Homme serait le symbole, voire la finalité de cette réussite et notre existence de toute façon déterminerait le « bon » modèle cosmologique. En replaçant l’Homme au centre de l’Univers, ils ne sont apparemment pas guéris des folies du géocentrisme. »

Bernard D’Espagnat :

« Supposons (ce qui est peut-être vrai, je n’en sais rien : je dis donc « supposons ») que l’existence de cristaux de neige aussi étonnants — en variété, en complexité, en beauté etc. — que ceux qui se forment sous nos yeux ne soit concevable que moyennant un réglage extrêmement fin, donc, à première vue, fort improbable, des constantes, niveaux d’énergie etc. qui interviennent dans la structure de l’eau. Si la chose était prouvée, dirions-nous pour autant qu’il y a un « principe cristallique » ? Émettrions-nous la conjecture que l’Univers a été créé peu ou prou dans le but que les cristaux de neige soient aussi complexes et beaux qu’ils le sont ? « 

Hervé Zwirn :

« L’argument consistant à envisager qu’une très faible différence entre la charge électrique de l’électron et celle du proton conduirait les objets qui nous entourent à exploser, n’est pas réellement recevable. En effet, qu’est ce que la physique ? C’est une explication plus ou moins précise du réel matériel qui nous entoure. Les lois, élaborées par les physiciens, qui fondent notre modèle explicatif de cette réalité, sont admises lorsque tout au moins, leurs prédictions théoriques sont en accord avec les mesures objectives, expérimentales ou observationnelles, que nous sommes capables de réaliser. Une fois que les lois physiques sont établies, si un désaccord évident apparaît entre la réalité expérimentale ou observationnelle et les prédictions théoriques, comme la non-stabilité des objets environnants, cela signifie, que c’est la loi qui est en cause et qui doit être corrigée, et non que la réalité physique est particulièrement singulière. Dans l’exemple qui nous intéresse, ce n’est pas la différence éventuelle entre la charge de l’électron et du proton qu’il faudrait questionner, mais notre capacité, le cas échéant si cette différence existait, à expliquer alors la stabilité des objets qui nous entoure. Nous aboutirions dans ce cas, fort probablement à de tout autres lois physiques que celles que nous connaissons aujourd’hui. De plus, les lois physiques sont élaborées de façon cohérente, non seulement avec la réalité expérimentale et observationnelle, mais également entre-elles. C’est pourquoi l’observation d’un évènement aussi “ étrange ” qu’une différence entre la charge de l’électron et celle du proton mettrait en difficulté non pas une loi physique particulière ayant trait à cet événement mais des pans entiers de notre compréhension physique du monde. »

« J’ai dit mon scepticisme sur les raisonnements du type : " si telle constante n’avait pas exactement telle valeur, il se passerait ceci". En fait, un tel raisonnement est ce qu’on appelle un contre factuel. On se dit si les choses avaient été comme ceci, alors aujourd’hui il se passerait cela. Or, il ne se passe pas cela, on le constate, donc c’est qu’il ne s’est pas passé ceci avant. Ce type de raisonnement est la base même du principe anthropique, au moins le principe faible. Il consiste à dire que si telle ou telle constante avait été différente, en utilisant les lois de la physique on en conclurait que les choses devraient être différentes de celles qu’on observe. Un raisonnement par l’absurde permet alors d’en conclure que l’hypothèse (à savoir la valeur différente de telle ou telle constante) est fausse. Mais dans ce cas, on raisonne toutes choses égales par ailleurs, c’est-à-dire qu’on fait des simulations numériques qui permettent de prédire ce qu’on observerait si la seule chose qui changeait, était, par exemple, la valeur de la masse du proton ou le rapport entre la charge du proton et la charge de l’électron mais que tout le reste (par exemple les lois physiques) ne changeait pas. Or ceci me paraît contestable car on pourrait penser que si la masse du proton change alors telle ou telle loi de la nature pourrait changer aussi et permettre ainsi de rétablir ce qu’on observe. Si en changeant à la fois la masse du proton et une loi physique on peut rétablir la concordance avec ce qu’on observe alors rien ne nous permet de déduire que la masse du proton doit nécessairement avoir sa valeur constatée pour que l’univers soit tel que nous l’observons. »

Jean-Pierre Petit :

« On pourrait dire que la nature, en donnant une telle valeur à la longueur de réabsorption du neutron par l’uranium, avait en quelque sorte programmé l’autodestruction de cette humanité au bout de quelques milliards d’années de cette pénible évolution. Si la vie avait été une chose nécessaire, inévitable, incluse dans le programme de l’Univers sur certaines planètes, il se pourrait que la mort le fût aussi. »

Maccolm Sim Longair :

« Je déteste profondément la théorie du principe anthropique et la considère comme un dernier recours absolu au cas où tous les arguments physiques échoueraient... »

Notre point de vue sur le principe anthropique

Une discussion sur le principe anthropique

Une défense de la thèse anthropique

Pour combattre l’anthropocentrisme par rapport à l’évolution des espèces

3 Messages de forum

  • Charles Darwin :

    "Le vieil argument du dessein dans la nature, tel que le donnait Paley, me paraissait autrefois des plus concluants, il tombe aujourd’hui après qu’a été découverte la loi de sélection naturelle. Nous ne pouvons plus soutenir que, par exemple, l’admirable charnière d’une coquille bivalve a dû être faite par un être intelligent, comme la charnière d’une porte par l’homme. Il semble qu’il n’y a pas plus de dessein dans la variabilité des êtres organiques et dans l’action de la sélection naturelle, que dans la façon dont le vent souffle. Tout dans la nature est le résultat de lois fixées à l’avance."

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  • Je ne sais pas par qui la densité de l’univers peut être « choisie », mais ce que je sais c’est que dans les modèles d’univers la densité n’est pas un paramètre libre, ce qui veut dire que l’on ne peut pas lui donner une valeur arbitraire. En particulier il est stupide (que l’on me pardonne le qualificatif mais c’est le « mot juste ») de penser que l’on peut changer de type d’univers en changeant de densité. C’est le type d’univers, fini ou infini, qui détermine la densité (et notamment son rapport à la densité critique) ; ce n’est pas la densité qui détermine le type d’univers. Par conséquent dire que la densité de notre Univers a été choisie de façon à lui donner telle structure est un nouveau mensonge.

    Si on considère un univers fini, alors sa densité, donnée par les équations classiques, sera forcément supérieure à tout instant à la densité critique. C’est la situation inverse (densité inférieure à la densité critique) qui prévaut pour un modèle infini. Mais il serait absurde de prétendre que la donnée de la densité fixe l’univers, pour la bonne raison que les équations d’un univers fini ne sont pas les mêmes que celles d’un univers infini et que par conséquent, tant qu’on n’a pas fait son choix entre les deux systèmes, on ne peut conduire aucun calcul. Conclusion : n’étant pas optionnelle, la densité de matière de notre Univers n’a pas pu être choisie pour quelque motif de convenance que ce soit.

    La question de la précision du réglage (impossible) recouvre une autre escroquerie. En accord avec notre théorème du jardin, la courbure de l’espace n’est pas décelable au big bang ni dans les premiers stades évolutifs de l’univers. Il en résulte que la distinction ne peut pas se faire au départ entre univers fini et univers infini, et que pareillement dans les équations la densité est « presque strictement », pourrait-on dire, égale à la densité critique. Mathématiquement parlant, l’égalité n’est pas exactement réalisée, évidemment, puisque dans un cas (fini) le rapport est supérieur à l’unité, ne serait-ce que d’une quantité infime, et dans l’autre il est inférieur, ne serait-ce que d’une quantité infime.

    L’entourloupette consiste à faire croire que c’est ce terme « infime », celui qui fait la différence entre univers fini et univers infini, ce terme qui contient en germe la courbure future, qui précisément pourrait être choisi par ajustement du rapport de la densité réelle à la densité critique (ce rapport est souvent baptisé Oméga, comme le savent les amateurs éclairés en matière de big bang). Or nous venons de voir qu’il est faux de penser que ce terme (et notamment son signe) pourrait être ajusté.

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  • Le physicien Brandon Carter a calculé en 1974 que si l’intensité de l’interaction entre charges électriques était plus petite de quelques pour cent, aucune planète ne se serait jamais formée et les seuls objets denses dans l’univers seraient les étoiles ; et que si elle était de quelques pour cent supérieure, alors aucune étoile n’aurait jamais explosé, et par conséquent aucun élément autre que l’hydrogène et l’hélium n’existerait en dehors des étoiles. Dans un cas comme dans l’autre, il n’y aurait pas de chimie complexe et donc probablement pas de vie.

    Un autre exemple : si le taux d’expansion initial de l’univers au moment du Big Bang avait été un peu plus élevé, aucune étoile ne se serait formée et il n’y aurait dans l’univers rien d’autre que de l’hydrogène – à une densité extrêmement basse et sans cesse décroissante. Si ce taux avait été un peu plus petit, l’univers se serait recontracté peu après le Big Bang. Des résultats similaires ont été obtenus depuis pour d’autres constantes de la physique qui ne sont déterminées par aucune théorie connue. Pour la plupart, sinon pour toutes, il semble que si elles avaient eu des valeurs légèrement différentes, il n’y aurait pas eu de possibilité que la vie existe.

    C’est un fait remarquable qui a même été pris comme preuve que ces constantes ont été ajustées finement de façon intentionnelle, c’est-à-dire choisies, par un être surnaturel. C’est une nouvelle version du créationnisme et de l’argument d’intention, aujourd’hui fondé sur l’apparence d’intention dans les lois de la physique…

    A l’idée que le réglage fin requiert une explication, on peut simplement objecter que nous n’avons pas de bonne explication indiquant que les planètes, ou la chimie, sont essentielles à la formation de la vie… Nous n’avons pas la moindre idée du type d’environnement, permettant l’émergence de la vie, qui existerait sous l’effet d’autres lois. L’idée que l’on doive s’attendre à ce que des lois de la physique similaires conduisent à des environnements similaires est réfutée par l’existence même d’un réglage fin.

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