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Grandizo Munis - Le programme des bolcheviks-léninistes espagnols

dimanche 26 janvier 2020, par Robert Paris

Grandizo Munis

Le programme des bolcheviks-léninistes espagnols

(Juillet 1937)

Le groupe, à peine huit personnes au total, parti après l’entrée de l’Izquierda Communista dans le POUM, a publié La Voz Leninista et trois numéros de son journal. (Pendant cette période de démoralisation, les trotskystes espagnols s’étaient séparés, l’autre groupe publiant un journal intitulé El Soviet.) L’argent pour cela provenait en fait de Leon Narvitch, un agent du GPU qui avait pénétré les trotskystes espagnols après le travail qu’il avait fait. déjà fait en informant sur le POUM. Après qu’une équipe d’action du POUM eut vengé la mort d’Andres Nin et que le corps de Narvitch fut retrouvé début février 1938 dans les environs de Barcelone, pratiquement toute l’organisation trotskyste espagnole fut arrêtée le 12 février et accusée de l’avoir tué, espionnant Franco , la grève, le sabotage et l’organisation de l’insurrection des premiers jours. Pour faire bonne mesure a été ajoutée l’accusation selon laquelle ils prévoyaient de tuer Negrin, Prieto et les staliniens Comorera, La Pasionaria et José Díaz.

Après beaucoup de pression et de torture, le procès fut fixé au 29 janvier 1939, mais trois jours avant qu’il n’ait lieu, les troupes de Franco entrèrent à Barcelone. Les geôliers et les prisonniers se sont précipités pour s’échapper, et Munis et sa camarade Carlini ont franchi la frontière française. De là, il s’est rendu au Mexique, d’où il a dirigé les trotskystes espagnols en exil, et est devenu un proche allié politique de la veuve de Trotsky, Natalia, en s’opposant à ce qu’ils croyaient être la dérive à droite du SWP américain pendant la Seconde Guerre mondiale. Ils se sont opposés à la politique militaire américaine, au soutien des actions de l’Armée rouge en Europe de l’Est, et plus tard au soutien de Tito et Mao Tse-tung. Munis est retourné en Espagne pour participer à la grève de Barcelone de 1951, et a été de nouveau arrêté l’année suivante et condamné à 10 ans de prison. Après sa libération, il s’est retiré en France où il dirigeait une petite organisation d’extrême gauche. Que veulent les trotskystes ?

1. Pour vaincre le fascisme avec la seule arme efficace, l’arme de la révolution prolétarienne. Détruire le fascisme et ses racines, qui ne fleurissent que dans le sol pourri de la démocratie capitaliste, par l’expropriation des exploiteurs et par la destruction totale de l’ancien appareil d’État. Pendant une période de transition, nous souhaitons mettre en place la dictature du prolétariat, dirigée uniquement contre les restes de la bourgeoisie qui, avec l’aide du capitalisme étranger, tentera de rétablir la propriété privée et le régime bourgeois. Le meilleur exemple de tentatives comme celle-ci sont les manœuvres malhonnêtes de la bourgeoisie actuelle, et surtout du PSUC. La dictature du prolétariat sera une véritable démocratie ouvrière, car les privilèges de l’argent auront disparu et les travailleurs, affranchis de l’exploitation capitaliste, décideront eux-mêmes de leur sort.

2. Tant que le prolétariat n’est pas en mesure de prendre le pouvoir, nous défendrons les droits démocratiques des travailleurs dans le cadre du régime transitoire capitaliste. C’est pourquoi nous avons publiquement, et sans aucune manœuvre, réclamé le Front Uni de Lutte, CNT-POUM-FAI ; nous ne permettrons jamais à l’ennemi de classe de détruire les organisations de travailleurs, même lorsqu’il s’agit de nos adversaires politiques. Hier, nous avons demandé la protection du POUM ; nous protestons aujourd’hui contre ceux qui veulent exclure les FAI des tribunaux populaires ; et demain, les armes à la main, nous défendrons la CNT. Nous avons été et nous restons partisans de la démocratie prolétarienne.

3. Nous défendons la formation de conseils révolutionnaires d’ouvriers, de paysans et de soldats. Ces conseils devraient être élus démocratiquement dans chaque usine, village et entreprise. Il doit être possible de rappeler les délégués à tout moment si la majorité en décide ainsi. Des conseils de ce genre ont été formés pendant les jours de juillet. Le véritable souhait des masses est permis le jeu le plus libre possible en eux. Ces conseils auront pour tâche de défendre les conquêtes de la révolution, le maintien de l’ordre public et le contrôle de l’économie et de la distribution. Chaque parti proposera ses solutions : les masses décideront.

4. Nous sommes contre le soi-disant gouvernement du Front populaire, qui est en réalité un gouvernement dans lequel la grande majorité de la population n’est pas représentée. Nous sommes contre la collaboration de classe car c’est un piège pour les représentants de la classe ouvrière. Les compromis dans un tel gouvernement conduisent inévitablement à la trahison. La seule solution est de mettre en place partout des conseils révolutionnaires, de convoquer un congrès de tous les délégués des conseils, et d’élire un comité central parmi les délégués des conseils ouvriers, soldats et paysans, qui prendra en main les gestion du pays. Dans un tel conseil révolutionnaire, il n’y aura pas de trahison et il pourra ainsi mener à bien la guerre.

5. Notre objectif est l’expropriation complète des capitalistes. Jusqu’à présent, les banques n’ont pas été touchées et les moyens d’échange sont sous le contrôle du gouvernement bourgeois. Nous rejetons catégoriquement la « municipalisation » fébrilement demandée par le PSUC, ce qui signifie en réalité retirer les entreprises des syndicats et les placer sous le contrôle du gouvernement réactionnaire. Notre slogan est la socialisation complète et la mise en place d’un monopole du commerce extérieur, sous la direction d’un comité économique du conseil révolutionnaire.

6. Nous exigeons la nationalisation du territoire, c’est-à-dire l’abolition du propriétaire foncier privé. Les usuriers ne pourront plus prendre la terre aux paysans. Nous ne défendons la collectivisation des entreprises agricoles que lorsque les paysans y consentent sans contrainte. La répartition des terres doit être faite par les conseils paysans selon le principe : « La terre pour ceux qui la travaillent ».

7. Nous sommes d’avis que seule une armée centralisée placée sous un commandement uni peut garantir la victoire militaire. Mais ce doit être une armée révolutionnaire dans laquelle chaque soldat jouit de droits politiques, dans laquelle les officiers sont élus et peuvent être rappelés par des assemblées de soldats. Le même salaire pour tout le monde. Le commandement uni sous le contrôle d’un Conseil de guerre du Conseil révolutionnaire. Dans une telle armée, l’enthousiasme des soldats et leur vigilance révolutionnaire compenseront le manque de matériel et de technique. Ce sera une armée victorieuse.

8. Nous défendons le droit des minorités nationales de disposer d’eux-mêmes et la liberté absolue du peuple marocain, y compris le droit à la séparation, le Maroc pour les Marocains ; au moment où ce slogan est proclamé publiquement, il favorisera l’insurrection parmi les masses opprimées du Maroc et provoquera la désintégration de l’armée fasciste mercenaire. Nous défendons une Fédération des Républiques socialistes, car cela correspond le mieux aux intérêts de la classe ouvrière. Elle doit être constituée sans contrainte par l’unification libre et fraternelle de tous les travailleurs.

9. Nous combattons la bureaucratie stalinienne qui prétend construire le « socialisme » en Russie tout en sabotant la révolution socialiste en Espagne et dans le monde entier. Notre objectif final est la révolution mondiale et l’instauration du socialisme dans le monde entier, qui est la seule garantie contre l’usurpation des conquêtes prolétariennes par une couche bureaucratique comme celle de l’Union soviétique. Nous sommes contre la non-intervention telle que pratiquée par les Commissaires du Peuple de la Troisième Internationale et par les ministres bourgeois de la Deuxième Internationale. Nous exigeons l’intervention révolutionnaire du prolétariat et la transformation de la révolution espagnole en révolution européenne.

10. Les anciennes organisations nous ont conduits dans une impasse. Profondément convaincus que la victoire contre les barbares fascistes et toute la classe capitaliste dépend entièrement d’une direction compétente, nous concentrerons nos efforts sur la création pendant la lutte d’un nouveau parti révolutionnaire, pour être à la hauteur de cette tâche. Sa base de granit sera le programme du socialisme scientifique, établi par Marx et Engels, et poursuivi par Lénine et Trotsky. Avant la trahison honteuse des Deuxième et Troisième Internationales, nous rassemblerons à nouveau tous les révolutionnaires cohérents dans la nouvelle, la Quatrième Internationale, qui sera le parti mondial de la révolution sociale. Sous sa bannière immaculée, le socialisme triomphera ! Camarades ! Nous savons que notre première tâche est de mettre les groupes de Franco en déroute. Mais vous, comme nous, savez que la victoire militaire est indissociable de la révolution sociale. Nous luttons ouvertement et sans manœuvres contre une politique qui nous semble désastreuse. L’approfondissement de la révolution sociale, loin d’affaiblir le front uni dans les tranchées, renforcera l’esprit combatif de nos milices. Nous souhaitons raviver l’esprit de juillet 1936.

Avec l’enthousiasme de ces jours et les armes et l’expérience d’aujourd’hui, nous célébrerons juillet 1936 dans une Espagne socialiste libérée du joug capitaliste.

À tous les révolutionnaires qui sentent qu’ils s’approchent de nous, nous en appelons ; venez rejoindre nos rangs ! Dans une discussion amicale, nous clarifierons les points de désaccord et, unis dans la lutte, nous mettrons en déroute notre ennemi commun ! A bas le fascisme et le capitalisme ! Vive la révolution prolétarienne espagnole ! Vive la révolution mondiale !

Barcelone, 19 juillet 1937 Section bolchevique-léniniste d’Espagne (IVe Internationale)

Remarque

1. La déclaration qui suit a été publiée le 19 juillet 1937 par la section bolchevik-léniniste d’Espagne, le petit groupe trotskyste espagnol dirigé par Grandizo Munis. Il est reproduit ici dans Fight, article mensuel du Marxist Group of CLR James, vol.1, no 10, septembre 1937, pp.4-5.

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