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Accueil du site > 03 - Livre Trois : HISTOIRE > 4ème chapitre : Révolutions prolétariennes jusqu’à la deuxième guerre (...) > La révolution prolétarienne en Espagne en 1931

La révolution prolétarienne en Espagne en 1931

mardi 21 septembre 2010, par Robert Paris

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Sur la révolution en Europe, lire sur le site :

Les puissances impérialistes pendant la vague révolutionnaire en Europe
Révolutions prolétariennes
La révolution russe de 1905
Le dernier poilu ou la dernière boucherie guerrière ?
La classe ouvrière dans la révolution irlandaise
La révolution russe de 1917 et la vague révolutionnaire en Europe
La révolution russe vue par Rosa Luxemburg
La révolution allemande de 1918-19
La révolution hongroise de 1919
La révolution italienne de 1919
La lutte des classes dans la révolution chinoise
La révolution chinoise de 1925-1927
La révolution prolétarienne en Espagne en 1931
La révolution espagnole de 1936
La politique des anarchistes dans la révolution espagnole
Textes de la révolution d’octobre 1917
La révolution russe vue par le général contre-révolutionnaire Dénikine
La révolution russe de 1905, vue par Léon Trotsky
La révolution russe de 1917, vue par Léon Trotsky
Défense de la révolution d’octobre par Léon Trotsky
Léon Trotsky
De la révolution bourgeoise à la révolution prolétarienne

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Extraits de « La révolution permanente » de Léon Trotsky :

(1931)

LA REVOLUTION ESPAGNOLE ET LES TACHES COMMUNISTES L’ESPAGNE D’AUTREFOIS La chaîne du capitalisme menace de se rompre encore en son chaînon le plus faible : cette fois-ci, c’est le tour de l’Espagne. Le mouvement révolutionnaire se développe dans ce pays avec une violence qui, de prime abord, ôte à la réaction du monde entier la possibilité de croire à un rapide rétablissement de l’ordre dans la péninsule ibérique. L’Espagne est, incontestablement, l’un des pays les plus arriérés de l’Europe. Mais son retard a un caractère singulier : ce pays est handicapé par un grand passé historique. Alors que la Russie des tsars est toujours restée fort loin derrière ses voisins occidentaux et n’a progressé que lentement sous leur pression, l’Espagne a connu des périodes de grande floraison, de suprématie sur le reste de l’Europe et de souveraineté dans l’Amérique du Sud. Le puissant développement de son commerce intérieur et mondial triomphait de plus en plus de la désunion des provinces sous régime féodal et du particularisme des nationalités dont se composait le pays. La puissance et l’importance de la monarchie s’accrurent, aux siècles passés, en fonction directe du rôle centralisateur joué par le capital commercial et à mesure que se formait la nation espagnole. La découverte de l’Amérique, qui d’abord enrichit et rehaussa l’Espagne, lui devint ensuite néfaste. Les grandes voies commerciales s’écartèrent de la péninsule. Les Pays-Bas s’étant enrichis, se détachèrent de l’Espagne. Après eux, l’Angleterre érigea sa suprématie sur l’Europe, et pour longtemps. A dater du milieu du XVI° siècle, la décadence de l’Espagne commence. Après la destruction de "l’invincible Armada" (1588), ce déclin devient, en quelque sorte, officiel. Le pays en arrive à une condition bourgeoise et féodale que Marx appelait "une ignominieuse et lente décomposition". Les anciennes et les nouvelles classes dirigeantes -la noblesse agraire, le clergé catholique- avec leur monarchie, les classes bourgeoises, avec leurs intellectuels, tentent obstinément de maintenir leurs anciens privilèges, mais, hélas elles n’ont plus les ressources de jadis. En 1820, les colonies de l’Amérique du Sud se détachent définitivement de la métropole. En 1898, perdant Cuba, l’Espagne se trouve presque totalement dépourvue de possessions coloniales. Les aventures du Maroc sont ruineuses et entretiennent dans le peuple espagnol un mécontentement déjà profond. Le développement économique de l’Espagne étant retardé, les tendances centralisatrices propres au capitalisme furent inévitablement affaiblies. La décadence de l’activité commerciale et industrielle des villes, la réduction des rapports économiques qui existaient entre elles, conduisirent fatalement à une atténuation de l’interdépendance des provinces. C’est principalement pour cela que la bourgeoisie espagnole n’a pas réussi jusqu’à ce jour à maîtriser les tendances centrifuges des provinces que l’histoire lui a livrées. L’indigence des ressources économiques communes à toute la nation et le malaise qui régnait dans toutes les parties du pays ne pouvaient qu’alimenter le séparatisme. Le particularisme se manifeste en Espagne avec une exceptionnelle vigueur, surtout en comparaison avec la France voisine où la grande Révolution a définitivement établi la nation bourgeoise, une et indivisible, sur les ruines des provinces féodales. Le marasme économique, tout en empêchant la formation d’une nouvelle société bourgeoise, provoquait la décomposition des vieilles classes dirigeantes. L’orgueilleuse noblesse habillait souvent son arrogance d’une cape trouée. L’Eglise spoliait les paysans, mais, de temps à autre, était réduite à subir les rapines de la monarchie. Quant à celle-ci, comme l’a fait observer Marx, elle avait plus de traits communs avec le despotisme asiatique qu’avec l’absolutisme européen. Comment interpréter cette réflexion ? Plus d’une fois on a comparé le régime des tsars à celui des despotes orientaux, et ce rapprochement semble beaucoup plus naturel, du double point de vue géographique et historique. Mais, en ce qui concerne l’Espagne, cette comparaison garde aussi toute sa valeur. Il n’y a qu’une différence : le régime tsariste s’est peu à peu constitué en fonction du développement extrêmement lent de la classe noble, comme des centres urbains primitifs ; tandis que la monarchie espagnole s’est instaurée à la faveur d’une décadence du pays et du dépérissement des classes dirigeantes. Si l’absolutisme européen n’a pu, en général, faire son ascension qu’en profitant des luttes livrées par les communes fortifiées contre les anciennes castes privilégiées, la monarchie espagnole, de même que le tsarisme, a trouvé sa force relative dans l’impuissance des vieilles castes et des centres urbains. En cela, elle ressemble assurément au despotisme asiatique. La prépondérance des tendances centrifuges sur les tendances centripètes, tant dans l’économie du pays que dans sa politique, ruinait les bases du parlementarisme espagnol. La pression exercée par le gouvernement sur les électeurs était décisive ; au cours du dernier siècle, les élections donnèrent invariablement une majorité au gouvernement. Comme les Cortès se trouvaient dépendre du ministère en fonctions, il était naturel que le ministère lui-même dépendît de la monarchie. Madrid faisait les élections, mais le pouvoir était entre les mains du roi. La monarchie était doublement indispensable aux classes dirigeantes, désunies et décentralisées, incapables de gouverner le pays en leur propre nom. Et cette monarchie, qui donnait une image de la faiblesse de l’Etat tout entier, fut -entre deux coups d’Etat- suffisamment forte pour imposer sa volonté au pays. En somme, on peut dire du régime espagnol que ce fut un absolutisme dégénéré, limité par des pronunciamientos périodiques. La personne d’Alphonse XIII représente fort bien ce système : dégénérescence, tendances absolutistes, peur d’un pronunciamiento. Le roi louvoyait, trahissait, manquait de parole et profitait d’intrigues que, parfois, il avait à redouter. Ces manœuvres ne tiennent nullement au caractère même d’Alphonse XIII, elles sont dues à l’ensemble du système gouvernemental : ce roi a reproduit, en de nouvelles conditions, l’histoire ignominieuse de son bisaïeul Ferdinand VII. Auprès de la monarchie, dont il était l’allié, il y avait encore le clergé, qui constituait une force centralisée. Le catholicisme est resté jusqu’à ce jour la religion d’Etat ; le clergé joue un grand rôle dans la vie du pays, car il est le point d’appui le plus stable de la réaction. L’Etat dépense annuellement des dizaines de millions de pesetas pour subventionner l’Eglise. Les ordres religieux, extrêmement nombreux, possèdent des biens immenses et une influence encore plus grande. Le chiffre des moines et des nonnes s’élève à 70 000, il est égal à celui des élèves de l’enseignement secondaire et dépasse dans la proportion de 250 % le nombre des étudiants. Dans ces conditions, il n’est pas étonnant que 45 % des habitants du pays ne sachent ni lire ni écrire. Le plus fort contingent d’illettrés se trouve bien entendu dans les campagnes. Si la classe paysanne à l’époque de Charles Quint (Carlos I°), a retiré peu d’avantages de la puissance de l’empire espagnol, c’est elle qui a par la suite subi le plus durement les conséquences du déclin de cet empire. Durant des siècles elle a traîné une existence misérable, et, en bien des provinces, une vie de famine. La classe paysanne qui constitue encore actuellement plus de 70 % de la population, porte sur ses épaules le faix le plus lourd de l’édifice de l’Etat. Manque de terres, manque d’eau, fermages élevés, outillage primitif, procédés de culture non moins primitifs, lourds impôts, dîmes prélevées par l’Eglise, cherté des produits industriels, surpopulation des campagnes, multiplication des vagabonds, des mendiants et des moines, tels sont les éléments du tableau que l’on peut faire de la vie rurale en Espagne. La situation de la classe paysanne l’a poussée bien des fois, depuis très longtemps, à se joindre à des soulèvements. Mais ces sanglantes explosions ne s’étendaient pas à l’échelle nationale, elle étaient locales et prirent les couleurs les plus variées, le plus souvent celles de la réaction. De même que les révolutions espagnoles ont été en somme de petites révolutions, les soulèvements des paysans n’ont été que des guérillas. L’Espagne est le pays classique de ces petites guerres. L’ARMÉE ESPAGNOLE DANS LA POLITIQUE Depuis la guerre menée en Espagne contre Napoléon, une nouvelle force s’est constituée : celle du corps des officiers qui se mêlent de politique ; c’est la nouvelle génération des classes dirigeantes, qui n’a reçu de ses pères, pour tout héritage, que les ruines d’un empire, immense au temps jadis, et elle est, dans une grande mesure, déclassée. En ce pays de particularisme et de séparatisme, l’armée a nécessairement pris une très grosse importance, en tant que force centralisée. Elle n’a pas seulement servi d’appui à la monarchie ; elle a traduit le mécontentement de tous les éléments des classes dirigeantes et, surtout, le sien propre. Les officiers, comme les fonctionnaires, sont recrutés parmi ceux, extrêmement nombreux en Espagne, qui réclament en premier lieu de l’Etat des moyens d’existence. Mais comme les appétits des divers groupes de la société "éduquée" surpassent de beaucoup les disponibilités d’emploi dans les services de l’Etat, au Parlement et ailleurs, le mécontentement de ceux qui restent hors cadres alimente le parti républicain, aussi instable en Espagne que tous les autres groupements. Et, cette instabilité dissimulant fréquemment une véritable et grave révolte, le mouvement républicain détache de temps en temps des groupes révolutionnaires résolus et audacieux, pour lesquels le mot d’ordre de la république est une formule mystique de salut. L’armée espagnole se compose au total d’environ 170 000 hommes, dont plus de 13 000 officiers. A quoi il faut ajouter quelque 15 000 hommes de la marine de guerre. Le corps des officiers, qui est l’instrument des classes dirigeantes, entraîne dans ses conjurations les subalternes. Il en résulte des possibilités d’action indépendante parmi les soldats. Il est arrivé jadis que des sous-officiers se mêlent de politique sans l’assentiment de leurs officiers et même contre ces derniers. En 1836, les sous-officiers de la garnison de Madrid, provoquant un soulèvement, forcèrent la reine à promulguer une constitution. En 1866, des sergents d’artillerie, exaspérés par le régime aristocratique de la vie militaire, provoquèrent une mutinerie. Ce furent pourtant les officiers qui gardèrent, à ces occasions, la haute direction. Les soldats emboîtaient le pas derrière leurs chefs mécontents, quoique les ressentiments des soldats, dépourvus d’efficacité politique, eussent des sources différentes et plus profondes dans la vie sociale. D’ordinaire, les antagonismes qui se manifestent dans l’armée correspondent à des catégories déterminées : plus un corps a besoin de militaires qualifiés, de soldats et d’officiers instruits, plus il est ouvert, généralement parlant, aux idées révolutionnaires. Si la cavalerie se sent habituellement portée vers la monarchie, l’artillerie est, dans de fortes proportions, républicaine. Il n’est pas étonnant que les aviateurs, qui détiennent l’arme la plus moderne, se soient rangés du côté de la révolution et y aient apporté ce goût individualiste de l’aventure qui caractérise leur profession. C’est à l’infanterie qu’appartiendra le dernier mot. L’histoire de l’Espagne est faite d’incessantes convulsions révolutionnaires. Les pronunciamientos et les révolutions de palais s’y succèdent sans interruption. Pendant tout le cours du XIX° siècle et le premier tiers du XX°, les régimes politiques ont constamment changé, et chaque régime nous a montré des transformations de ministères semblables à des jeux de kaléidoscope. La monarchie, ne trouvant d’appui suffisamment stable dans aucune des classes possédantes -bien que toutes eussent besoin d’elle-, s’est souvent trouvée dans la dépendance de sa propre armée. Mais le particularisme provincial de l’Espagne marquait de son empreinte les complots militaires. Les mesquines rivalités des juntes démontraient seulement que les révolutions en cours n’avaient aucune classe à leur tête. Et c’est précisément pour cela que la monarchie sortait invariablement victorieuse de toute nouvelle révolution. Cependant, peu de temps après le rétablissement de l’ordre, la crise chronique éclatait encore, causée par de véhémentes indignations. Aucun de ces régimes qui se renversaient les uns les autres ne cherchait à enfoncer profondément le soc dans le terrain. Chacun d’eux avait vite fait d’être mis à quia en luttant contre des difficultés provenant de l’indigence des revenus nationaux, des appétits démesurés et des prétentions des classes dirigeantes. Nous avons vu, notamment, la fin honteuse de la dernière dictature militaire. Le redoutable Primo de Rivera est tombé sans qu’il fût même besoin d’un nouveau pronunciamiento : il a crevé comme un pneu qui passe sur un clou. Toutes les anciennes révolutions espagnoles ont été des mouvements de minorité contre minorité : les classes dirigeantes ou a demi dirigeantes se disputaient impatiemment l’assiette au beurre. Si l’on entend par révolution permanente des insurrections sociales victorieuses qui transmettent le pouvoir à la classe la plus résolue, laquelle se sert ensuite de son autorité pour abolir toutes les classes et pour éliminer par conséquent toutes possibilités de nouvelles révolutions, il faut constater que, malgré la "continuité" des séditions espagnoles, il n’y a rien en elles qui ressemble à la révolution permanente : ce sont plutôt des convulsions périodiques qui trahissent la maladie invétérée d’une nation retardataire. Il est vrai que l’aile gauche de la bourgeoisie, surtout en la personne des jeunes intellectuels, s’assignait depuis longtemps la tâche de faire de l’Espagne une république. Les étudiants du pays, qui, dans des conditions identiques à celles qui déterminent en général le recrutement des officiers, venaient surtout d’une jeunesse mécontente, se sont habitués à jouer dans le pays un rôle tout à fait disproportionné compte tenu de leur importance numérique. La prépondérance de la réaction catholique, dans les universités a attisé l’opposition, qui a pris un caractère anticlérical. Cependant, ce ne sont pas les étudiants qui peuvent créer un régime. Les sphères dirigeantes des républicains espagnols se distinguent par un programme social extrêmement conservateur : leur idéal est la France réactionnaire contemporaine. Ils estiment que la république leur apportera la richesse, et ils n’ont nullement l’intention (ils en seraient bien incapables !) de marcher sur les traces des jacobins français : la peur qu’ils ont des masses est plus forte que leur aversion pour la monarchie. Si les moindres fissures, les moindres interstices de la société bourgeoise espagnole sont envahis par des déclassés originaires des castes dirigeantes, par d’innombrables amateurs de fonctions et de traitements, il en est de même à la base : les crevasses des fondations regorgent de misérables débris, lumpen-prolétariat des classes laborieuses. La misère en faux-col et celle des lazaroni loqueteux sont, en quelque sorte, les sables mouvants sur lesquels repose la société. Ces éléments sont d’autant plus dangereux pour la révolution qu’elle a moins de points d’appui réels pour se mouvoir et qu’elle manque plus de direction politique. Les six années de dictature de Primo de Rivera avaient écrasé et comprimé tous les mécontentements et toutes les révoltes. Mais la dictature était atteinte du vice incurable de la monarchie : forte devant chacune des classes si divisées du pays, elle était impuissante à pourvoir aux besoins imposés par l’histoire. Elle finit par s’échouer sur des difficultés financières et autres embarras, avant même d’avoir été touchée par la première vague révolutionnaire. La chute de Primo de Rivera réveilla tous les mécontentements et toutes les espérances. C’est ainsi que le général Berenguer se trouva être l’huissier introducteur de la révolution. LE PROLÉTARIAT ESPAGNOL ET LA NOUVELLE REVOLUTION En cette nouvelle révolution, nous reconnaissons de prime abord les éléments que nous avions rencontrés dans les révolutions précédentes ; une monarchie qui manque de parole ; des fractions inconsistantes de conservateurs et de libéraux qui exècrent le roi et se traînent à plat ventre devant lui ; une droite républicaine toujours disposée à trahir, et une gauche républicaine toujours prête à se lancer dans une aventure ; des officiers conspirateurs, dont les uns veulent la république tandis que les autres désirent de l’avancement ; des étudiants mécontents que les pères de famille considèrent avec inquiétude ; enfin, des ouvriers grévistes, répartis entre diverses organisations, et des paysans qui songent à empoigner la fourche ou même le fusil. On commettrait cependant une très grosse erreur si l’on pensait que la crise actuelle évoluera sur le modèle et à la ressemblance de toutes les crises précédentes. Ces dernières dizaines d’années, surtout celles de la guerre mondiale, ont apporté de considérables changements dans l’économie du pays et dans la structure sociale de la nation. Bien entendu, l’Espagne reste encore à l’arrière-plan de l’Europe. Cependant, elle a développé son industrie, d’une part celle de l’extraction, d’autre part l’industrie légère. Pendant la guerre, les charbonnages, le textile, les constructions de centrales hydro-électriques, etc., se sont fortement accrus. Des centres et des secteurs industriels ont surgi. Il en résulte de nouveaux rapports de forces et de nouvelles perspectives. Les progrès de l’industrialisation n’ont nullement atténué les antagonismes internes. Au contraire, du fait que l’industrie en Espagne, pays neutre, a grandi sous la pluie d’or que déversait la guerre, il s’ensuit, après la fin des hostilités, quand on ne reçoit plus de fortes commandes de l’étranger, de nouvelles difficultés. Non seulement l’Espagne a perdu ses marchés extérieurs -sa place dans le commerce mondial (1,1%) est même inférieure à ce qu’elle était avant la guerre (1,2%)- mais encore la dictature a dû élever la plus haute barrière douanière qui soit en Europe pour protéger le marché intérieur de l’invasion des marchandises étrangères. L’élévation des droits de douane a provoqué une cherté de vie qui a compromis le pouvoir d’achat, déjà bien faible, de la population. C’est pourquoi, depuis la guerre, l’industrie ne sort plus d’un malaise qui se traduit soit par le chômage chronique, soit par de violentes explosions de la lutte de classe. La bourgeoisie espagnole peut encore moins prétendre actuellement qu’au XIX° siècle jouer le rôle historique qui a été jadis celui de la bourgeoisie anglaise ou française. Venue trop tard, placée sous la dépendance du capital étranger, suçant comme un vampire le corps du peuple, la grande bourgeoisie industrielle d’Espagne n’est pas capable, même pour quelque temps, de prendre la tête de la "nation" contre les vieilles castes. Les magnats de l’industrie espagnole s’opposent farouchement au peuple et constituent l’un des groupes les plus réactionnaires dans le bloc intérieurement dévoré de haines des banquiers, des industriels, des gros propriétaires fonciers, de la monarchie, de ses généraux et de ses fonctionnaires. Il suffit de mentionner que les fabricants catalans ont été le principal appui de Primo de Rivera. Mais le développement de l’industrie a redressé et fortifié le prolétariat. Sur une population de 23 millions d’âmes -qui serait beaucoup plus considérable s’il n’y avait pas d’émigration-, il faut compter environ 1 500 000 travailleurs de l’industrie, du commerce et des transports. A quoi l’on doit ajouter à peu près le même chiffre d’ouvriers agricoles. La vie sociale de l’Espagne était condamnée à tourner dans un même cercle vicieux tant qu’une classe ne se révélait pas capable de chercher par elle-même la solution du problème. L’apparition du prolétariat espagnol sur le terrain de l’histoire modifie radicalement la situation et ouvre de nouvelles perspectives. Pour se rendre compte du fait comme il convient, il faut comprendre avant tout que la consolidation de la puissance économique de la grande bourgeoisie et l’importance politique croissante du prolétariat ont définitivement enlevé à la petite bourgeoisie la possibilité d’occuper un poste de direction dans la vie politique du pays. On se demandera si les secousses révolutionnaires qui se produisent actuellement peuvent amener une véritable révolution, capable de reconstruire les bases mêmes de l’existence nationale ; c’est, en somme, se demander si le prolétariat espagnol est en état de prendre la direction de la vie nationale. Il n’y a pas d’autre prétendant à ce rôle dans toute la nation. Or, l’expérience historique de la Russie nous a suffisamment démontré le poids spécifique d’un prolétariat unifié par la grande industrie, dans un pays dont l’agriculture arriérée reste prise dans les filets d’un régime à demi-féodal. Il est vrai que les ouvriers espagnols ont déjà participé aux batailles révolutionnaires du XIX° siècle ; mais toujours à la traîne de la bourgeoisie, toujours au second plan, en qualité d’auxiliaires. L’autonomie du rôle révolutionnaire des ouvriers s’affirme de plus en plus au cours des vingt-cinq premières années du XX° siècle. Le soulèvement de Barcelone en 1909 a montré ce qu’il y avait de forces latentes dans le jeune prolétariat de Catalogne. De nombreuses grèves, qui se transformèrent en rébellions ouvertes, se produisirent en d’autres parties du pays. En 1912 fut déclarée la grande grève des cheminots. Les rayons industriels devinrent le territoire d’audacieuses batailles prolétariennes. Les ouvriers espagnols se montrèrent dégagés de toute routine, capables de répondre vivement à l’appel des événements et de mobiliser leurs troupes ; ils firent preuve de hardiesse dans l’offensive. Les premières années qui ont suivi la guerre, ou, plus exactement, qui ont suivi la Révolution russe (1917-1920) ont été pour le prolétariat espagnol des années de grands combats. En 1917 eut lieu une grève générale révolutionnaire. Elle fut réprimée, de même que plusieurs mouvements qui suivirent : tout était prêt pour la dictature de Primo de Rivera. Lorsque l’effondrement de ce dernier posa de nouveau dans toute son ampleur la question des destinées du peuple espagnol, lorsque les intrigues poltronnes des vieilles cliques et les efforts impuissants des radicaux petits bourgeois eurent montré qu’il n’y avait pas de salut à attendre de ce côté là, les ouvriers, par une série de grèves hardies crièrent au peuple : "Nous sommes là !" Les journalistes de gôche de l’Europe bourgeoise, qui prétendent faire des analyses et, après eux, les social-démocrates essaient de philosopher en disant que l’Espagne se dispose tout simplement à refaire la grande Révolution française, avec un retard de presque cent cinquante ans. Il est impossible de discuter avec ces gens-là de la révolution, de même qu’il ne faut pas discourir des couleurs avec un aveugle. Si arriérée qu’elle soit l’Espagne a dépassé de loin la France de la fin du XVIII° siècle. D’immenses entreprises industrielles, 16 000 kilomètres de voies ferrées 50 00O kilomètres de lignes télégraphiques sont un facteur de révolution plus important que des souvenirs historiques. Essayant de faire un pas en avant, une revue hebdomadaire anglaise bien connue, l’Economist, parle comme suit des événements d’Espagne : "On voit ici plutôt l’influence du Paris de 1848 et de 1871 que celle de Moscou 1917" Or, l’esprit de Paris de 1871 n’a cessé de progresser de 1848 a 1917. Le contraste cherché n’a donc aucune valeur. Dans la Lutte de classes, l’an dernier, L. Tarquin a écrit avec infiniment plus de sérieux et de profondeur : "Le prolétariat [d’Espagne], appuyé sur les masses paysannes est la seule force capable de prendre en mains le pouvoir." Cette perspective est tracée comme suit : "La révolution doit aboutir à la dictature du prolétariat qui, ayant accompli la révolution bourgeoise, ouvrirait hardiment la voie à la reconstruction socialiste." C’est seulement ainsi qu’on peut poser actuellement la question. LE PROGRAMME DE LA REVOLUTION Le mot d’ordre officiel de la lutte est pour l’instant : la république. Cependant, le développement de la révolution poussera les éléments conservateurs libéraux et même républicains des classes dirigeantes à se ranger sous le drapeau de la monarchie. Au cours des événements révolutionnaires de 1854, Canovas del Castillo écrivait : "Nous voulons la conservation du tronc mais débarrassé de la camarilla qui le déshonore." Actuellement ce sont MM. Romanones et Cie qui développent cette haute pensée. Comme si l’on pouvait concevoir une monarchie sans camarilla et surtout en Espagne !... On peut, il est vrai supposer un concours de circonstances qui contraindrait les classes possédantes à sacrifier la monarchie à leur propre salut (nous en avons eu l’exemple en Allemagne). Néanmoins, il est tout à fait possible que la monarchie de Madrid se maintienne, quoique avec les yeux pochés, jusqu’à l’avènement de la dictature du prolétariat. Le mot d’ordre la république est également, bien entendu, celui du prolétariat. Mais il ne s’agit pas seulement pour les prolétaires de remplacer le roi par un président ; il est question pour eux de nettoyer radicalement la société, balayant les ordures laissées par le régime féodal. Et la question agraire est ici la première qui se pose. Les rapports sociaux qui existent dans les campagnes nous donnent le tableau d’une exploitation semi-féodale. La misère des ruraux, surtout en Andalousie et en Castille, l’oppression exercée par les propriétaires fonciers, par les autorités et par les caciques ont déjà poussé plus d’une fois les ouvriers agricoles et les paysans pauvres dans la voie de la révolte ouverte. Faut-il en conclure qu’en Espagne l’on puisse, au besoin par une révolution, débarrasser le régime bourgeois des survivances féodales ? Non point. Il faut seulement entendre que, dans la situation actuelle de l’Espagne, le capitalisme ne peut exploiter les paysans autrement qu’en un régime à demi féodal. Diriger l’arme de la révolution contre les survivances du Moyen Age espagnol, c’est attaquer les racines mêmes de la domination bourgeoise. Pour soustraire les paysans à l’esprit de clocher et aux influences réactionnaires, le prolétariat a besoin d’un clair programme de révolution démocratique. Le manque de terre, le manque d’eau, les servitudes du fermage imposent la confiscation des propriétés privées au profit des paysans pauvres. Le fardeau des contributions, les dettes écrasantes contractées par l’Etat, les rapines commises par la bureaucratie, les aventureuses expéditions africaines indiquent la nécessité d’une politique d’économie que ne procureront assurément ni les grands propriétaires de terres, ni les banquiers, ni les industriels, ni les libéraux titrés, mais qui sera l’œuvre des travailleurs eux-mêmes. La domination du clergé et l’opulence de l’Eglise imposent ce problème démocratique : séparation de l’Eglise et de l’Etat, désarmement de l’Eglise par transmission de ses richesses au peuple. Les milieux les plus superstitieux de la classe paysanne approuveront ces mesures décisives quand ils comprendront que les sommes assignées jusqu’à présent à l’entretien de l’Eglise, de même que les biens de celle-ci, n’iront point, par suite de la sécularisation, dans les poches des libéraux, libres-penseurs, mais serviront à fertiliser l’économie paysanne si délabrée. Les tendances séparatistes posent devant la révolution le problème démocratique du droit des nationalités à disposer d’elles-mêmes. Ces tendances, considérées superficiellement, se sont aggravées pendant la dictature. Mais tandis que le séparatisme de la bourgeoisie catalane n’est qu’un moyen pour elle de jouer avec le gouvernement madrilène contre le peuple catalan et espagnol, le séparatisme des ouvriers et paysans n’est que l’enveloppe d’une révolte intime, d’ordre social. Il faut établir une rigoureuse distinction entre ces deux genres de séparatisme. Cependant, et précisément pour disjoindre de leur bourgeoisie les ouvriers et les paysans qui sont opprimés dans leur sentiment national, l’avant-garde prolétarienne doit prendre, sur cette question du droit des nationalités à disposer d’elles-mêmes, la position la plus hardie, la plus sincère. Les ouvriers défendront intégralement et sans réserves le droit des Catalans et des Basques à vivre en Etats indépendants, dans le cas où la majorité des nationaux se prononcerait pour une complète séparation. Ce qui ne veut nullement dire que l’élite ouvrière doive pousser les Catalans et les Basques dans la voie du séparatisme. Bien au contraire : l’unité économique du pays, comportant une large autonomie des nationalités, offrirait aux ouvriers et aux paysans de grands avantages du point de vue de l’économie et de la culture générales. Il n’est pas interdit de supposer que la monarchie essaiera bien d’enrayer le développement de la révolution au moyen d’une nouvelle dictature militaire. Mais il n’est pas permis de croire qu’une tentative de cette sorte puisse avoir un succès sérieux et durable. La leçon donnée par Primo de Rivera est trop récente. Les chaînes d’une nouvelle dictature s’appliqueraient forcément sur des plaies qui n’ont pas eu le temps de se cicatriser. A en juger d’après les dépêches d’agences, le roi serait assez disposé à courir sa chance : il cherche, non sans nervosité, un candidat acceptable, mais ne rencontre pas de volontaires. Ce qui est clair, c’est que l’échec d’une nouvelle dictature militaire coûterait cher à la monarchie et à l’homme qui s’en serait chargé. La révolution trouverait là une nouvelle et puissante impulsion. Les ouvriers peuvent dire aux dirigeants : Faites vos jeux, messieurs ! Peut-on s’attendre à voir la révolution espagnole franchir d’un bond la période du parlementarisme ? Théoriquement, c’est plausible. On peut imaginer qu’à une échéance assez rapprochée le mouvement révolutionnaire deviendra tellement puissant qu’il ne laissera aux classes dirigeantes ni temps ni place pour tâter du parlementarisme. Cependant, cette perspective n’est guère probable. Le prolétariat espagnol, quoique doué d’une combativité de premier ordre, n’a pas encore de parti révolutionnaire reconnu par lui, ni l’expérience de l’organisation soviétique. De plus, il n’y a pas d’unité dans les rangs clairsemés des communistes. Il n’existe pas de clair programme d’action unanimement accepté. Or, la question des Cortès est déjà mise à l’ordre du jour. Dans ces conditions, il faut supposer que la révolution devra passer par l’étape du parlementarisme. Cela n’exclut nullement la tactique de boycottage à l’égard des illusoires Cortès de Berenguer ; les ouvriers russes ont boycotté avec succès, en 1905, la douma de Boulyguine, et en ont amené la chute. La tactique du boycottage -question particulière- doit être résolue d’après les rapports des forces en présence, à l’étape actuelle de la révolution. Mais, même en boycottant les Cortès de Berenguer, l’élite ouvrière devrait leur opposer le mot d’ordre de Cortès révolutionnaires constituantes. Nous devons implacablement dénoncer le charlatanisme du mot d’ordre des Cortès constituantes, lancé par la bourgeoisie "de gauche" qui ne désire en réalité que des Cortès de conciliation, par la grâce du roi et de Berenguer, pour traiter avec les vieilles cliques dirigeantes et privilégiées. Seul un gouvernement révolutionnaire peut convoquer une Assemblée constituante, à la suite d’une insurrection victorieuse des ouvriers, des soldats et des paysans. Nous pouvons et devons opposer des Cortès révolutionnaires aux Cortès de conciliation ; ce serait, selon nous, une erreur que de renoncer, dans la phase actuelle, au mot d’ordre des Cortès révolutionnaires. On agirait en pitoyables doctrinaires, dénués du sens des réalités, si l’on s’orientait vers la dictature du prolétariat en opposant ce dernier mot d’ordre aux problèmes et aux formules de la démocratie révolutionnaire (république, révolution agraire, séparation de l’Eglise et de l’Etat, confiscation des biens du clergé, droit des nationalités à disposer d’elles-mêmes, Assemblée constituante révolutionnaire). Les masses populaires, avant d’être en état de conquérir le pouvoir, doivent s’unifier autour d’un parti prolétarien dirigeant. La lutte pour obtenir une représentation démocratique, de même que la participation aux Cortès, à telle ou telle étape de la révolution, peuvent être d’une extrême utilité dans cette affaire. L’armement des ouvriers et des paysans (création des milices ouvrières et paysannes) est un mot d’ordre qui, inévitablement, prendra dans la lutte de plus en plus d’importance. Mais, à l’étape actuelle, cette formule doit aussi se rattacher de tout près aux problèmes de la défense des organisations ouvrières et paysannes, de la révolution agraire, de la liberté des élections et de la protection du peuple contre les pronunciamientos réactionnaires. Le programme radical de législation sociale, comprenant en particulier des assurances pour les chômeurs, le report des charges fiscales sur les classes possédantes, l’instruction universelle et gratuite, -voilà des mesures qui, avec d’autres, du même genre, ne sortent pas des cadres de la société bourgeoise ; mais ces mots d’ordre doivent figurer sur le drapeau du parti prolétarien. Cependant, il faut exiger aussi, dès à présent, certaines mesures de transition : la nationalisation des chemins de fer, qui appartiennent tous, en Espagne, à des compagnies privées ; la nationalisation du sous-sol ; la nationalisation des banques ; le contrôle ouvrier sur l’industrie ; enfin une réglementation par l’Etat de l’économie publique. Toutes ces revendications se rattachent à la transition nécessaire entre le régime bourgeois et le régime prolétarien, préparent cette transition et ont pour objet, après la nationalisation des banques et de l’industrie, de se dissoudre dans un système de mesures prises pour une économie rationnelle qui préparera le monde socialiste. Il n’y a que des pédants pour apercevoir des contradictions dans la combinaison des formules démocratiques avec les mots d’ordre transitoires et les devises purement socialistes. Un programme ainsi combiné, qui représente les antagonismes de structure de la société à laquelle nous avons affaire historiquement, provient inévitablement des problèmes trop divers que nous a légués le passé. Que l’on ramène toutes les contradictions, tous les problèmes, au même dénominateur : la dictature du prolétariat, c’est une opération indispensable mais pas du tout suffisante. Même si l’on prend les devants, si l’on admet que le prolétariat espagnol, en son avant-garde, a déjà compris que, seule, la dictature des prolétaires peut sauver l’Espagne d’un dépérissement prolongé, un problème ne s’en impose pas moins, qui indique une tache préparatoire : il faut grouper autour de l’avant garde les forces hétérogènes de la classe ouvrière et les masses encore plus dissemblables des travailleurs ruraux. Si l’on opposait tel quel le mot d’ordre de la dictature du prolétariat à des problèmes posés par l’histoire, et qui, actuellement, poussent les masses dans la voie de l’insurrection, on substituerait à la conception marxiste de la révolution sociale celle de Bakounine. Inutile de dire que les mots d’ordre démocratiques n’ont nullement pour objet de provoquer un rapprochement entre le prolétariat et la bourgeoisie républicaine. Bien au contraire, ces mots d’ordre permettent de combattre victorieusement la gauche bourgeoise dont on peut dénoncer, à chaque pas, le caractère antidémocratique. Plus l’avant-garde prolétarienne combattra hardiment, résolument et implacablement en faveur des mots d’ordre démocratiques, plus vite elle parviendra à s’emparer des masses et à déboulonner les républicains de la bourgeoisie ou les socialistes réformistes ; d’autant plus sûrement les meilleurs éléments des masses se rallieront à nous ; d’autant plus vite la république démocratique s’identifiera, dans la conscience des masses, à la république ouvrière. Si l’on veut qu’une formule de théorie exactement comprise se transforme en un vivant fait historique, il faut faire passer cette théorie par la conscience des masses, sur la base de leur expérience, de leurs besoins, de leurs aspirations. Dans ce but, il convient de ne pas se perdre dans les détails, de ne pas distraire l’attention des masses ; il faut réduire le programme de la révolution à un petit nombre de mots d’ordre clairs et simples, qu’on remplacera suivant la dynamique de la lutte. C’est en cela que consiste une politique révolutionnaire. LE COMMUNISME, L’ANARCHO-SYNDICALISME, LA SOCIAL-DEMOCRATIE Comme il était à prévoir, la direction de l’Internationale communiste ne s’est pas tout de suite aperçu de ce qui se passait en Espagne. Manouilsky, "préposé" aux affaires des nations latines, déclarait encore tout récemment que les événements qui se produisaient dans la péninsule ne méritaient aucune attention. Ah, bien sur ! Ces personnages proclamaient, en 1928, que la France était à la veille d’une révolution prolétarienne. Après avoir si longtemps chanté l’épithalame à propos de funérailles, ils ne pouvaient se dispenser d’accueillir une noce aux sons de la marche funèbre. S’ils avaient agi autrement, ils se seraient manqué à eux-mêmes. Néanmoins, quand ils constatèrent que les événements d’Espagne, non prévus au calendrier de la "troisième période", continuaient de se développer, les leaders de l’internationale communiste s’en tinrent à la simple consigne du silence, ce qui était, en tout cas, plus prudent. Mais les événements de décembre ne leur permettaient plus de se taire. Et alors, conformément à la tradition adoptée, le "préposé" aux pays latins se tira de la difficulté en décrivant en l’air un large tour de bras : nous parlons de l’article paru dans la Pravda du 17 décembre. La dictature de Berenguer, comme celle de Primo de Rivera, est qualifiée, dans cet article, de "régime fasciste". Mussolini, Matteoti, Primo de Rivera, Macdonald, Tchang Kaï-chek, Berenguer, Dan ne sont tous que des variétés de l’espèce fasciste. Du moment qu’on a le mot, à quoi bon réfléchir ? Il ne reste, pour que le tableau soit complet, qu’à y introduire le régime "fasciste" du Négus d’Abyssinie. En ce qui concerne le prolétariat espagnol, la Pravda nous apprend que non seulement "il s’assimile de plus en plus rapidement le programme et les mots d’ordre du parti communiste espagnol", mais qu’il a déjà "pris conscience de son hégémonie dans la révolution". En même temps, des dépêches officielles de Paris nous annoncent la formation de soviets paysans en Espagne. On sait que, sous la direction de Staline, ce sont avant tous autres les paysans qui s’assimilent et réalisent le système soviétique (exemple, la Chine !). Si le prolétariat a déjà "pris conscience de son hégémonie" et si les paysans se sont mis à constituer des soviets, et si tout cela s’est fait sous la direction du parti communiste officiel, il faut estimer que la révolution espagnole est assurée de vaincre, -du moins jusqu’au moment où les membres de "l’exécutif" madrilène seront accusés par Staline et Manouilsky d’avoir mal appliqué la ligne générale, laquelle, dans les colonnes de la Pravda, se présente encore à nous comme le tracé de l’ignorance crasse et de l’étourderie illimitée. Gâtés jusqu’à la moelle par leur propre politique, ces "leaders" ne sont plus capables d’apprendre quoi que ce soit. En réalité, si vaste et si puissante que soit la lutte engagée, les facteurs subjectifs de la révolution -le parti les organisations de masses, les mots d’ordre- sont extrêmement en retard sur les buts que s’assigne le mouvement, et c’est en ce retard qu’est actuellement le principal danger. Des explosions de grèves à demi spontanées, qui laissent des victimes, qui s’achèvent par des défaites, ou qui finissent en match nul, comptent parmi les étapes absolument inévitables de la révolution ; c’est la période du réveil des masses, de leur mobilisation et de leur incorporation dans la lutte. Ce n’est pas seulement, en effet, l’élite ouvrière qui participe au mouvement, c’est toute la masse. Les grévistes sont ceux des usines, mais aussi les artisans, les chauffeurs, les boulangers, les gars du bâtiment, ceux des travaux d’irrigation et, enfin, les ouvriers agricoles. Les vétérans se dégourdissent les membres, les nouveaux s’instruisent. Par ces grèves la classe commence à prendre conscience d’elle-même. Cependant, ce qui fait actuellement la force du mouvement -ce qui est une poussée des forces élémentaires- peut devenir une cause de faiblesse. Si l’on admettait que le mouvement restera comme par le passé livré à lui-même, dépourvu de tout programme précis, incapable de pourvoir à sa propre direction, il faudrait désespérer de tout. Car il ne s’agit pas d’autre chose que de la conquête du pouvoir. Les grèves les plus violentes n’apportent pas de solution, d’autant plus qu’elles sont dispersées. Si le prolétariat, au cours de la lutte, ne sentait pas bientôt, dans les mois qui vont suivre, que les tâches à accomplir et les méthodes à suivre lui deviennent plus claires, que ses rangs se resserrent et se renforcent, il se produirait une fatale dislocation dans son propre milieu. Les masses soulevées pour la première fois par le mouvement actuel retomberaient dans une attitude passive. A l’avant-garde, à mesure que le sol se déroberait sous ses pieds, renaîtraient des tendances aux actions de partisans, et, d’une façon générale, le goût de l’aventure. Ni les paysans, ni les citadins pauvres ne trouveraient en ce cas une direction dûment autorisée. Les espérances éveillées se réduiraient bientôt à des désillusions, à de l’exaspération. La situation en Espagne deviendrait, dans une certaine mesure, pareille à celle que nous avons connue en Italie pendant l’automne de 1920. Si la dictature de Primo de Rivera n’a pas été fasciste, si elle a été la dictature typique en Espagne d’une clique militaire, appuyée par certains groupes des classes possédantes, il reste que, dans les conditions indiquées ci-dessus -passivité et expectative du parti révolutionnaire, mouvement impulsif des masses-, un véritable fascisme pourrait trouver en Espagne un terrain favorable. La haute bourgeoisie pourrait s’emparer des masses petites-bourgeoises, déséquilibrées, déçues, désespérées, et canaliser leur indignation contre le prolétariat. Bien entendu, nous sommes encore loin de ce résultat. Mais il n’y a pas de temps à perdre. Si même on admet pour un instant que le mouvement révolutionnaire -dirigé par les éléments de gauche de la bourgeoisie, officiers, étudiants, républicains- puisse mener à la victoire, la pauvreté du succès remporté équivaudrait en définitive à une défaite. Les républicains espagnols restent, comme nous l’avons déjà dit, fixés sur le terrain de la propriété établie. On ne peut attendre d’eux ni l’expropriation des gros propriétaires fonciers, ni la liquidation des biens et privilèges de l’Eglise catholique, ni le nettoyage à fond des écuries d’Augias qu’est la bureaucratie civile et militaire. La camarilla monarchique serait purement et simplement remplacée par une camarilla républicaine et nous n’aurions qu’une nouvelle édition de la république éphémère et stérile de 1873-1874. Il est tout à fait dans l’ordre que les leaders socialistes soient à la traîne des républicains. Hier, la social-démocratie s’appuyait du flanc droit à la dictature de Primo de Rivera. Aujourd’hui, elle coudoie, sur sa gauche, les républicains. Le grand problème pour les socialistes, qui n’ont pas et ne peuvent avoir leur politique particulière, est de participer à un solide gouvernement bourgeois. A cette condition, ils ne refuseraient pas, au pis aller, de se réconcilier même avec la monarchie. Mais l’aile droite des anarcho-syndicalistes n’est nullement assurée de ne pas s’engager dans le même chemin : à cet égard, les événements de décembre donnent une grande leçon et un sévère avertissement. La Confédération nationale du travail groupe incontestablement les éléments les plus combatifs du prolétariat. La sélection s’est faite au cours de longues années. Consolider cette confédération et la transformer en une véritable organisation de masse est l’impérieux devoir de tout ouvrier avancé et surtout des ouvriers communistes. On peut également contribuer à cette tâche en militant à l’intérieur des syndicats réformistes, en dénonçant infatigablement les trahisons de leurs leaders et en exhortant les ouvriers à serrer les rangs dans les cadres d’une confédération syndicale unitaire. Les circonstances de la période révolutionnaire seront extrêmement favorables à ce genre de travail. Mais, en même temps, nous ne pouvons nous faire aucune illusion sur les destinées de l’anarcho-syndicalisme, en tant que doctrine et méthode révolutionnaire. Faute d’un programme de révolution, faute de comprendre quel peut être le rôle d’un parti, l’anarcho-syndicalisme désarme le prolétariat. Les anarchistes "nient" la politique tant qu’elle ne leur saute pas à la gorge : en ce dernier cas, ils cèdent le terrain à la politique de la classe ennemie. C’est ce qui s’est passé en décembre ! Si le parti socialiste s’était assuré, pendant la révolution, une situation prépondérante dans le prolétariat, il n’eût été capable que de transmettre le pouvoir aux mains infidèles du groupe républicain, qui l’aurait repassé, automatiquement, à ses détenteurs actuels. La montagne eût accouché d’une souris. Quant aux anarcho-syndicalistes, ils ne pourraient prendre la tête de la révolution que s’ils renonçaient à leurs préjugés anarchistes. Notre devoir est de les y aider. En fait, if faut supposer qu’une partie des chefs syndicalistes passeront aux socialistes ou seront rejetés par la révolution ; les véritables révolutionnaires seront avec nous ; les masses se rallieront aux communistes, de même que la plupart des ouvriers socialistes. L’avantage des situations révolutionnaires, c’est que les masses s’y instruisent rapidement. Leur évolution provoquera inévitablement des dislocations et des scissions non seulement parmi les socialistes, mais parmi les syndicalistes. Il sera nécessaire de conclure des conventions pratiques avec les syndicalistes révolutionnaires au cours de la révolution. Nous tiendrons loyalement nos engagements. Mais il serait vraiment périlleux d’introduire dans ces traités des éléments d’équivoque, des réticences, des inexactitudes. Même en ces jours et ces heures où les ouvriers communistes doivent se battre en serrant les coudes avec les ouvriers syndicalistes, il n’est pas permis de supprimer certaine cloison de principe, de taire les divergences d’opinion, ni d’atténuer la critique des idées fausses de l’allié. Ce n’est qu’à cette condition que les progrès de la révolution seront assurés. LA JUNTE RÉVOLUTIONNAIRE ET LE PARTI Dans quelle mesure le prolétariat lui-même s’efforce-t-il d’unifier son action ? On en peut juger par ce qui s’est passé le 15 décembre : les ouvriers se soulevèrent simultanément non seulement dans les grandes villes, mais dans des agglomérations de deuxième ordre. Ils répondirent au signal des républicains parce qu’ils n’avaient pas d’avertisseur à eux qui portât suffisamment loin. Le mouvement fut écrasé, mais il n’en résulta pas, semble-t-il, la moindre défaillance. La masse considère ses manifestations comme des expériences, comme des exercices d’école, comme une préparation. C’est ce qui caractérise au plus haut degré la montée du sentiment révolutionnaire. Pour prendre la grand’route, le prolétariat a immédiatement besoin d’une organisation qui s’élève au-dessus de toutes les divisions actuelles, politiques, nationales, provinciales, professionnelles dans les rangs du prolétariat, d’une organisation qui corresponde à l’ampleur de la lutte révolutionnaire menée aujourd’hui. L’organisation souhaitable, démocratiquement élue par les ouvriers des usines, des fabriques des mines, des entreprises commerciales, des chemins de fer et de la marine marchande, par les prolétariats des villes et des campagnes, ne peut être qu’un soviet. Les épigones ont causé des dommages incommensurables au mouvement révolutionnaire dans le monde entier en implantant dans bien des esprits cette fausse idée que les soviets ne se forment que pour les besoins d’une insurrection armée, et seulement à la veille de cette insurrection. En réalité, les soviets se constituent au moment où le mouvement révolutionnaire des masses, quoique fort éloigné encore de l’insurrection armée, en arrive à réclamer une vaste organisation pourvue d’autorité, capable de présider aux batailles économiques et politiques dans lesquelles s’engagent simultanément diverses entreprises et diverses professions. Il faut que les soviets, durant la période préparatoire de la révolution, prennent corps dans la classe ouvrière pour être capables de jouer un rôle dirigeant lorsque commencera franchement la lutte pour la conquête du pouvoir. Il est vrai que le mot "soviets", après treize ans d’existence du régime soviétique, a pris un tout autre sens que celui qu’il avait en 1905 ou au début de 1917, lorsque les soviets étaient fondés non pas en tant qu’organes du pouvoir, mais comme organisations de combat de la classe ouvrière. Le mot junte, qui se rattache de près à. toute l’histoire révolutionnaire de l’Espagne, exprime le mieux possible l’idée qu’il faut traduire. Il s’agit maintenant de créer en Espagne des juntes ouvrières. Dans l’état actuel du prolétariat, la constitution des juntes suppose la participation des communistes, des anarcho-syndicalistes, des social-démocrates et des sans-parti qui dirigent les grèves. Dans quelle mesure peut-on compter sur l’adhésion des anarcho-syndicalistes et des social-démocrates aux soviets ? A l’écart du mouvement, on ne peut le prédire. La grandeur de l’effort contraindra sans doute bien des syndicalistes, et peut-être une partie des socialistes, à aller plus loin qu’ils ne le voudraient, si les communistes ont assez d’énergie pour poser comme il convient le problème des juntes ouvrières. Devant la poussée des masses, les questions pratiques de constitution des soviets, des normes de représentation, de l’époque et des modalités des élections, et autres problèmes, peuvent et doivent devenir l’objet d’un accord non seulement entre toutes les fractions communistes, mais entre elles et les syndicalistes ou socialistes qui accepteront la création de juntes. Bien entendu, à toutes les étapes de la lutte, les communistes marchent drapeau déployé. En dépit de la toute récente théorie stalinienne, les juntes paysannes, en tant qu’organisations électives, ne se constitueront guère, du moins en nombre considérable, avant la prise du pouvoir par le prolétariat. Durant la période préparatoire, dans les campagnes. d’autres formes d’organisation se développeront plutôt : elles seront basées non sur l’électivité, mais sur des choix de personnes : associations de paysans, comités de pauvres, cellules communistes, syndicats d’ouvriers agricoles, etc. Cependant, la propagande pour le mot d’ordre des juntes paysannes, basé sur un programme de révolution agraire, peut être mise dès à présent à l’ordre du jour. Il est très important de poser comme il faut la question des juntes de soldats. Telle que l’armée est organisée, les soviets de soldats ne peuvent se former qu’à la dernière période de la crise révolutionnaire, quand les pouvoirs de l’Etat auront perdu leur contrôle sur les troupes. Dans la période préparatoire, il ne s’agit que d’organisations clandestines, de groupements de soldats révolutionnaires, de cellules du parti, et, bien souvent, de relations personnelles des ouvriers avec des soldats. Le soulèvement républicain de décembre 1930 sera, sans aucun doute, consigné dans l’histoire comme une ligne de démarcation entre deux époques de la lutte révolutionnaire. Il est vrai que l’aile gauche des républicains s’est mise en liaison avec les leaders des organisations ouvrières pour obtenir une certaine unité d’action. Les ouvriers, démunis d’armes, devaient être le choeur dirigé par les coryphées républicains. Ce but a été atteint, à tel point qu’on s’est rendu compte, une bonne fois, de l’incompatibilité d’une conspiration d’officiers avec une grève révolutionnaire. Contre le complot militaire qui opposait des corps d’armée à d’autres, le gouvernement trouva des forces suffisantes dans l’armée même. Quant à la grève, comme elle n’avait pas de but particulier ni de direction à elle, elle dut se réduire à rien dès que la mutinerie des militaires fut écrasée. Le rôle révolutionnaire de l’armée, considérée non comme instrument d’expériences d’officiers, mais comme une partie de la population, sera déterminé en fin de compte par ce que feront les masses ouvrières et paysannes au cours de la lutte. Pour qu’une grève révolutionnaire remporte la victoire, elle doit en arriver à une confrontation des ouvriers avec l’armée. Si importants que soient les éléments militaires dans cette rencontre, c’est la politique qui doit y prédominer. On ne peut conquérir la masse des soldats qu’en posant clairement les problèmes sociaux de la révolution. Mais ce sont précisément ces problèmes qui effarouchent le corps des officiers. Il est naturel que des prolétaires révolutionnaires portent toute leur attention sur les soldats, créant dans les régiments des cellules de révolutionnaires conscients et intrépides. L’action communiste dans l’armée, qui, au point de vue politique est subordonnée au travail fait dans le prolétariat et chez les paysans, ne peut se développer qu’au moyen d’un programme clair. Lorsque le moment décisif sera venu, les ouvriers devront, par le caractère massif et la violence de leur offensive, entraîner une grande partie de l’armée du côté du peuple, ou, du moins, neutraliser les militaires. C’est une façon de poser largement la question révolutionnaire : cela n’empêche pas que l’on puisse prévoir une "conjuration" des soldats les plus avancés et des officiers qui auraient des sympathies pour la révolution prolétarienne dans une période précédant de peu la grève générale et l’insurrection. Mais une conjuration de cette sorte n’a rien de commun avec un pronunciamiento ; il ne s’agit que de servir, de garantir le succès d’une insurrection prolétarienne. Si l’on veut arriver à bout de tous ces problèmes, trois conditions se posent : la première est qu’il faut un parti ; la deuxième est aussi qu’il faut un parti ; la troisième est encore qu’il faut un parti. Quels seront les rapports des différentes organisations, des différents groupes actuels du communisme, et quel sera leur sort ? Il est difficile d’en juger de loin. L’expérience fera la preuve. Les grands événements donnent infailliblement la mesure des idées, des organisations et des gens. Si la direction de l’Internationale communiste se révèle incapable de proposer aux ouvriers espagnols autre chose qu’une fausse politique, des directives bureaucratiques et une scission, le vrai parti communiste espagnol se formera et prendra de la solidité en dehors des cadres officiels de l’Internationale communiste. D’une façon ou d’une autre, le parti doit être constitué. Il doit être unitaire et centralisé. La classe ouvrière ne saurait en aucun cas établir son organisation politique d’après les principes du fédéralisme. Le parti communiste n’est pas la préfigure du régime qui sera instauré en Espagne ; il est le solide levier qui servira à renverser le régime existant. Il ne peut être organisé autrement que sur les bases d’un centralisme démocratique. La junte prolétarienne deviendra le vaste terrain sur lequel chaque parti, chaque groupe seront mis à l’épreuve et donneront leur mesure sous les yeux des masses. Les communistes opposeront le mot d’ordre du front unique ouvrier aux pratiques des socialistes et d’une partie des syndicalistes qui se coalisent avec la bourgeoisie. Le front unique révolutionnaire est le seul qui puisse permettre au prolétariat d’inspirer la confiance nécessaire aux masses opprimées des campagnes et des villes. La réalisation du front unique n’est concevable que sous le drapeau du communisme. La junte a besoin d’un parti dirigeant. A défaut d’une ferme direction, elle resterait une vaine organisation de pure forme et finirait inévitablement par tomber sous la coupe de la bourgeoisie. Ainsi s’imposent aux communistes espagnols de grandioses tâches historiques. Les ouvriers avancés de tous les pays suivront avec une attention passionnée le développement du grand drame révolutionnaire qui, tôt ou tard, réclamera non seulement leurs sympathies, mais leurs concours. Tenons-nous prêts ! Prinkipo, 24 janvier 1931.

1 Message

  • bil de bko.lettre ouverte. Mais qu’as- tu compris dans cela ?
    4 millions de jeunes en chômage en Espagne, plus d’1 million en France.
    Cela est dû à qui ?
    c’est parce que la classe dirigeante s’enfout des problèmes des prolétaires ? puisque la classe bourgeoise n’est pas là pour les pauvres ?
    C’est quelque chose qui m’inquiète vraiment.
    bil de bko.

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