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Accueil du site > 03 - Livre Trois : HISTOIRE > 4ème chapitre : Révolutions prolétariennes jusqu’à la deuxième guerre (...) > La révolution hongroise de 1919

La révolution hongroise de 1919

dimanche 10 février 2008, par Robert Paris

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Article d’Ataulfo Riera (site LCR)

Le 21 mars 1919 on proclamait la République soviétique de Hongrie. Deux ans après la Russie, un pays relativement moderne, cette fois-ci, entamait ainsi la construction du socialisme. Méconnue, la Révolution hongroise fut pourtant originale et riche d’enseignements.

La Hongrie rouge

L’année 1918 marque l’étape finale de la décomposition de l’empire austro-hongrois. Allié de l’Allemagne, l’empire s’effondre sous les coups de la défaite militaire et de l’extension internationale du processus révolutionnaire initié en Russie. En janvier, 300.000 ouvriers hongrois se mettent en grève contre la guerre et la détérioration des conditions de vie. Les premiers soviets ouvriers font leur apparition tandis que des mutineries éclatent dans l’armée.

En octobre, les soldats refusent de monter au front et ceux qui s’y trouvent désertent en masse et affluent dans la capitale où les armes à la main, ils constituent le 29 octobre des Conseils de soldats. Le 31 octobre, sans pratiquement tirer un seul coup de feu, les Conseils de soldats et d’ouvriers renversent le régime. La monarchie est abolie et le mariage forcé avec l’Autriche est rompu. Le 16 novembre, la République de Hongrie est proclamée. Dans l’euphorie des premiers jours, on ne s’aperçois pas qu’une situation de dualité de pouvoir s’instaure entre le nouveau gouvernement, composé de bourgeois et de social-démocrates - et avec à sa tête le comte Karolyi - et les conseils d’ouvriers et de soldats. Le premier acte de la Révolution hongroise commence.

Faillite de la révolution bourgeoise

La Hongrie sort ruinée par la guerre et étranglée par le blocus imposé par les forces de l’Entente. Faute de matière première, les usines s’arrêtent et un chômage massif s’étend. Comme en Russie, le peuple veut la paix, la terre et le pain. Nationaliste et démocrate, Karolyi et son gouvernement tentent de liquider le féodalisme, d’instaurer un régime démocratique bourgeois, de mener une réforme agraire et de s’attirer la sympathie des puissances occidentales. Il échouera sur tous les tableaux. Les réformes démocratiques tardent à venir - la loi électorale date de 1848 et seuls 6,7% de la population peuvent voter. La réforme agraire est limitée et freinée par l’aristocratie terrienne - dont Karolyi lui-même est issu. Enfin, les puissances capitalistes occidentales n’ont que faire de cette « démocratie » hongroise. Face à la menace de contagion de la Révolution bolchévique, il faut encercler la Russie de pays dirigés par un pouvoir dictatorial capable d’écraser toute révolution intérieure. Les doux rêves de Karolyi n’entraient donc pas dans ces calculs. C’est pourquoi l’Entente poussa la Roumanie, la Tchécoslovaquie et la Serbie à envahir la Hongrie.

Vers une seconde révolution

L’année 1919 sera « l’année terrible » pour le capitalisme en Europe. Le Premier ministre britannique, Lloyd George, résume bien la situation en écrivant dans une note confidentielle : « L’ensemble de l’ordre social existant, dans ses aspects politiques, sociaux et économiques est mis en question par les masses de la population d’une extrémité à l’autre de l’Europe ». A Budapest, les manifestations se succèdent : les chômeurs s’organisent et les soldats réclament une indemnisation. Des soviets de tout genre éclosent : chez les paysans, parmi les étudiants, dans les quartiers, chez les notaires (!), etc. Même l’Eglise est traversée par un vent de contestation ; le bas clergé revendique la séparation intégrale de l’Eglise et de l’Etat ainsi que la fin du célibat des prêtres. Partout, l’exemple de la Révolution russe est dans les esprits. En janvier et février, dans plusieurs usines de la capitale, les ouvriers chassent les administrateurs et élisent les nouveaux « directeurs » parmi leurs rangs. Le 20 février, des paysans pauvres chassent quant à eux de grands propriétaires terriens et se partagent les terres. Le gouvernement est désemparé, ses ministres socialistes sont débordés par l’aile gauche de leur parti tandis que le jeune Parti des communistes gagne chaque jours plus d’audience et d’adhésions (il passe de 5.000 membres en novembre 1918 à 70.000 en 1919) et dispute la direction des soviets aux social-démocrates. Ses principales revendications font mouche : contrôle ouvrier et nationalisation de l’industrie ; expropriation des grands propriétaires terriens ; désarmement de la bourgeoisie est armement du prolétariat ; alliance révolutionnaire avec la Russie soviétique ; remise du pouvoir aux seuls conseils d’ouvriers, de soldats et de paysans. Le tout est résumé par la formule de dictature du prolétariat.

La bourgeoisie abdique !

La défaite de la Révolution allemande et l’assassinat de Rosa Luxemburg et de Karl Liebknecht (le 15 janvier) poussent le gouvernement Karolyi, soutenu par l’aile droite du Parti social-démocrate, à réprimer les communistes. Le 21 février, suite à une provocation policière ; la direction du Parti est arrêtée ainsi que son leader, Bela Kun. La manoeuvre se retourne pourtant contre le gouvernement.

D’une part parce que le mouvement de masse s’accroît, tout comme la sympathie envers les communistes et d’autre part parce que l’Entente envoie, le 12 mars, un véritable ultimatum En échange de la paix, la Hongrie doit accepter d’être amputée de vastes territoires (les plus riches) en faveur de ses voisins roumains, tchèques et serbes. Pour la bourgeoisie et l’aristocratie démocrate nationaliste, c’est l’électrochoc. Le gouvernement rejette l’ultimatum mais ne peut mener aucune résistance armée.

La situation est sans issue. Aussi, le 20 mars, conscient que le mouvement ouvrier - seule force organisée de la nation - peut sauver l’intégrité territoriale avec l’aide du mouvement ouvrier international, le comte Karolyi propose de constituer un gouvernement social-démocrate homogène et d’entamer des négociations avec le Parti des communistes. Mais les social-démocrates de gauche, sous la pression des masses, vont plus loin. Ils négocient avec Bela Kun en prison et décident ensemble d’unifier les deux partis (qui s’appelera désormais Parti socialiste), de prendre le pouvoir en instaurant la dictature du prolétariat et d’organiser une armée rouge !

Les Conseils d’ouvriers et de soldats approuvent avec enthousiasme et donnent les pleins pouvoirs au nouveau Parti socialiste pour former un Conseil des Commissaires du peuple Le 21 mars, devant le fait accomplis, la bourgeoisie ne peut que se plier. Karolyi abdique par ces mots : « Je démissionne et je remets le pouvoir au prolétariat des peuples de Hongrie » ! Le même jour, on proclame la République soviétique hongroise. Tout comme en octobre, la Révolution de mars fut réalisée sans violence. Et fait unique dans l’histoire, la bourgeoisie a cédé le pouvoir sans résistance... parce qu’elle en était incapable à ce moment-là ! Les choses seront différentes par la suite...

La République soviétique hongroise La Révolution hongroise allait provoquer un immense espoir, non seulement parmi les masses de ce pays, mais également en Russie et parmi les travailleurs d’Europe. Pour la Russie, soviétique, cette victoire signifiait la fin de l’isolement et le signe tangible que la révolution mondiale avait démarrée. Le 21 mars, le Parti bolchévique était en congrès. La situation était grave : la guerre civile et la famine faisaient rage, la contre-révolution et l’intervention militaire étrangère menée par les capitalistes occidentaux menaçaient de toute part de renverser le pouvoir des soviets. Au début, Lénine crut que l’annonce de la victoire de la révolution en Hongrie était un bobard. Lorsqu’il fut convaincu de la véracité des faits, l’atmosphère pessimiste du congrès changea radicalement.

En Hongrie, le nouveau pouvoir entama la construction du socialisme ; la bourgeoisie fut expropriée de son pouvoir politique et économique, une réforme agraire est décrétée le 4 avril ; l’armée et la police furent dissoutes et remplacées par une armée rouges de volontaires ; de profondes mesures sociales et culturelles, analogues à celles de la Russie soviétique, sont prises (enseignement, égalité hommes-femmes, accès à la culture, droits sociaux, etc.).Mais le 20 avril, après un mois d’existence, on proclame « La révolution en danger ».

L’impérialisme, comprenant le danger mortel d’extension de la révolution vers l’ouest (vers l’Autriche et l’Allemagne) que représentaient les soviets hongrois, lance de nouveau à l’assaut les armées roumaines, à l’est, serbes, au sud et tchèques au nord. La nouvelle armée rouge ne peut résister au choc. Le 1er mai, les troupes roumaines ne sont plus qu’à une centaine de Km de Budapest. Dans un sursaut, les Conseils ouvriers décrètent la résistance et la mobilisation générale du prolétariat. En 6 jours, 40.000 ouvriers de la capitale montent au front : l’offensive impérialiste est brisée et reflue même, en Tchécoslovaquie notamment, où, sous l’avance de l’armée rouge hongroise, une République soviétique slovaque est proclamée. La fin Le 10 juin, l’Entente envoyait une proposition de paix à Budapest. Cette proposition impliquait le retrait de l’armée rouge en échange du retrait des troupes roumaines. Bela Kun, commissaire du peuple aux Affaires étrangères et leader de la révolution tente de manoeuvrer diplomatiquement pour gagner du temps. Mais en définitive, le 20 juillet, il refuse l’offre et pour tenter de relancer l’ardeur révolutionnaire des masses, il décide d’une nouvelle contre-offensive militaire. C’est que la dictature du prolétariat est en crise : Les masses sont affaiblies et déboussolées par les privations (la famine), par les erreurs du régime (le production est désorganisée) et par la division croissante au sein du Parti socialiste entre ses ailes gauche, centriste et droitière. Dans ce contexte, la contre-révolution intérieure relève la tête. Aristocrates et bourgeois complotent et provoquent des attentats contre le pouvoir des soviets.

Après quelques succès initiaux, l’armée rouge est battue et en fuite : les officiers ont saboté les ordres et les fournitures matérielles manquent. Le moral n’y est plus. Fin juillet, les troupes roumaines sont de nouveau aux portes de la capitale. Les social-démocrates de droite, soutenus par la puissante bureaucratie syndicale, exigèrent et obtinrent la démission du Conseil des commissaires du peuple. Un gouvernement dit « syndical » est constitué dont la volonté est de rétablir l’ordre social capitaliste et d’instaurer une démocratie bourgeoise de type occidentale pour séduire l’impérialisme et empêcher l’invasion du territoire.

Mais en vérité, il n’y avait pas de place pour une telle « alternative ». En supprimant la dictature du prolétariat au nom de la « démocratie » formelle, c’est à la dictature sanglante de la bourgeoisie qu’on ouvrait la porte. Ainsi, dès le 6 août, le gouvernement « syndical » est renversé par la contre-révolution, dont les troupes roumaines, qui font leur entrée à Budapest, servent de fer de lance. Un ancien amiral de la flotte austro-hongroise, Horthy, est mis au pouvoir par l’impérialisme et un régime pré (puis complètement) fasciste s’instaure. La répression est terrible : les communistes qui ne se sont pas exilés à temps sont traqués, emprisonnés, torturés et exécutés - il y eut 5.000 exécution et 75.000 arrestations en quelques semaines.

Quels enseignements ?

Les causes de l’échec de la Révolution hongroise furent multiples. La cause première est bien entendu l’agression impérialiste, facilitée par l’échec de la Révolution allemande. Mais la gestion du nouveau régime et la politique des dirigeants communistes fit le reste : « Bela Kun avait vu trois choses qui étaient d’une importance fondamentale pour une révolution hongroise : la révolution agraire, la lutte acharnée de Lénine contre les réformistes et les négociations de paix avec les Allemands à Brest-Litovsk.

De ces trois expériences, il semble avoir tiré les surprenants principes qu’il ne fallait pas donner la terre aux paysans, qu’il fallait à tout prix faire la guerre et qu’au moment décisif un révolutionnaire doit conclure une alliance avec les réformistes. ». En effet, la réforme agraire nationalisait les terres mais, au lieu de les distribuer aux paysans, les collectivisait en grands domaines dont la gestion fut souvent confiée aux anciens grands propriétaires ! L’insatisfaction des paysans n’allait donc pas les pousser à soutenir en masse la défense de la Révolution. Le chaos et la chute de la production industrielle fut renforcée par des mesures hâtives de socialisation.

Toute l’industrie ainsi que le petit commerce furent socialisés d’un seul coup, sans attendre que ce dernier dépérisse par lui-même, ce qui dressa la petite-bourgeoisie contre le régime. Si les communistes avaient eu raison de fusionner avec le Parti social-démocrate, ils n’auraient pas dû accepter que les membres de ce dernier prennent une place prépondérante dans le nouveau parti unifié ainsi qu’au Conseil des commissaire du peuple. De plus, le Parti unifié gardait les mêmes structures que l’ancien Parti social-démocrate, à savoir que chaque membre du syndicat était automatiquement membre du Parti. La démarcation en son sein avec les réformistes et avec les travailleurs non politisés et purement syndicaux ne se fit pas, ce qui démontre une incompréhension du rôle et de la nature du parti d’avant-garde révolutionnaire.

La jeunesse, le manque de maturité et la vision livresque du socialisme du Parti des communistes hongrois expliquent beaucoup de choses. Ils n’avaient pas, comme leurs frères russes, de longues années d’expérience derrière eux. Enfin, rajoutons que l’aide miliaire et économique de la Russie soviétique ne put avoir lieu. La région jouxtant les deux pays, l’Ukraine, était ravagée par la guerre civile et largement aux mains des « blancs ».

A lire :
- « La Révolution d’Octobre et la République des Conseils en Hongrie », Balazs Nagy, in « La Révolution d’Octobre et le mouvement ouvrier européen », éd. EDI, Paris 1967.
- « Les 133 jours de Bela Kun », Arpad Szepal, éd. Fayard, Paris 1970.
- « Histoire de l’Internationale communiste 1919-1943 », Pierre Broué, éd. Fayard, Paris 1997.

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