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La crise en Asie

vendredi 28 novembre 2008, par Robert Paris

site China worker

Les travailleurs face à la crise

Témoignages de syndicalistes chinois

La crise en Asie

Lire aussi, en anglais, l’article de Matière et révolution :

Strikes in China

Syndicalism in China

La nature du "communisme" chinois de Mao

Le syndicalisme en 2007

Chine : de la révolte de 1989 (Tiananmen) à 2000

La Chine dans le monde impérialiste actuel

A bas le goulag en Chine en 2008 !

China’s industrial output growth slips to seven year low Thu, 13 Nov 2008.

Effects of global capitalist crisis "worse than expected" says China’s premier

chinaworker.info :

"Industrial output in China grew by 8.2 percent in October from a year earlier, according to the National Bureau of Statistics. This is a decline from September’s 11.4 percent. US bank Citigroup pointed out this was a bigger, sharper fall than during the Asian financial crisis ten years ago.

Reinforcing the gloomy picture, Premier Wen Jiabao conceded the impact of the global capitalist crisis on China is "worse than expected". The remark was made on Tuesday as Wen met with the director of the statistics bureau. China, which was long held up as a strong force to counterbalance the global economic slowdown, is struggling to avert a rapid cooling of economic growth that has shocked its leaders. They have responded with a four trillion yuan ($586 billion) stimulus package announced Sunday."

L’Asie : Une région cruciale pour l’économie mondiale

S’il y a une chose avec laquelle nous pouvons être en accord avec les économistes bourgeois, c’est que ce siècle sera celui de l’Asie. Tout le continent est devenu une région cruciale pour l’économie mondiale. La croissance en Chine et en Inde (de l’ordre de 10%) est en contraste frappant avec la crise américaine. Ce thème du siècle de l’Asie sera le message central de la cérémonie d’ouverture des JO, un message destiné à tous les chefs d’Etat qui seront présents.

Quand le régime chinois est intervenu au Tibet il n’y a eu que de légères critiques de la part des gouvernements occidentaux. Sarkozy avait dit qu’il allait boycotter les JO, mais il sera tout de même là. Beaucoup ont fait des déclaration de ce genre et seront présents à l’ouverture des Jeux. Cela est dû à la dépendance vis-à-vis de la Chine et à l’idée que la Chine va pouvoir sauver le système notamment avec ses placements aux USA et ailleurs. Mais comme nous l’avons déjà discuté ici, c’est une illusion. En Chine aussi, les entreprises géantes glissent vers la crise.

L’économie américaine reste l’économie dominante dans le monde et les pays capitalistes n’abandonnent pas un territoire sans combattre. Trotsky a écrit dans les années ’20 que la clé de la compréhension de la situation de cette époque était le déclin de l’impérialisme britannique ainsi que la montée de l’impérialisme américain et qu’une guerre pouvait arriver entre les deux. L’impérialisme britannique n’a finalement pu se maintenir que par la montée de l’impérialisme allemand, la deuxième guerre mondiale et la guerre froide. En jouant sur ces terrains, la Grande-Bretagne a pu préserver une partie de son influence.

Aujourd’hui, les institutions internationales comme le FMI, l’OMC ou la BM sont en crise, ce qui est une indication de l’affaiblissement et du déclin de l’impérialisme américain. Lors des dernières discussions de l’OMC, il a été impossible aux pays capitalistes traditionnels d’imposer leur volonté aux économies dites émergentes. Avant, c’était le FMI qui dictait les lois des USA, à la Corée du Sud et aux Philippines par exemple.

Mais la politique néolibérale imposée par ces institutions est devenue très impopulaire, et même les classes dirigeantes ne veulent plus se tourner vers les USA. La Chine a constituer des réserves de monnaie étrangère énormes pour être plus forte face à la crise, tout comme d’autres pays. Après la crise de ‘97, il y a eu un accord pour créer un fond asiatique capable de contrebalancer le FMI en se basant sur les réserves financières de la région et en se tournant vers le Japon. Le gouvernement Clinton a combattu systématiquement ce fond monétaire, y compris en faisant des pressions directes sur le Japon. Aujourd’hui, l’impérialisme américain ne peut plus se permettre d’agir de la sorte et, maintenant, des banques occidentales s’adressent au fond asiatique pour demander de l’argent. Dans la liste des pays les plus puissants établie par l’OCDE, les 4 premiers pays sont les USA, la Chine, l’Inde, le Japon. Trois sont donc asiatiques.

Les experts occidentaux se tournent de plus en plus vers le modèle asiatique. Les gouvernements occidentaux ont dû intervenir, ce qui était jusque ici plutôt typique des Etats asiatiques. Certains louent donc maintenant le modèle chinois, d’autres le « capitalisme autoritaire » asiatique ou parlent même de la Chine comme d’un capitalisme d’Etat. C’est certains que le rôle de l’Etat a été crucial à plusieurs moments pour défendre et fortifier des économies asiatiques (Singapour, Malaisie, Japon, …).

Le processus de déclin de l’impérialisme américain n’en est qu’à ses débuts. L’économie mondiale est fortement affectée par la crise américaine du crédit mais reste dépendante de l’économie US.

L’inflation et l’augmentation des prix des produits de base ont poussé des millions de travailleurs dans la pauvreté la plus totale. Au Cambodge, 100.000 élèves ont perdu le droit à un bol de riz gratuit à l’école à cause de la flambée des prix. Au Vietnam, des grèves se sont développées dans des entreprises essentiellement tournées vers l’exportation sur la question des prix de la nourriture. Habituellement, le Vietnam est considéré comme un canari pour l’économie asiatique, en référence au fait que cet oiseau était utilisé dans les mines pour signaler quand il y avait un problème de gaz. La Corée du Sud est dans une position plus forte qu’il y a dix ans. Mais ces pays sont tout de même forts dépendants à la fois des exportations et du pétrole qu’ils doivent importer, ce qui les rend très vulnérables. En Corée du Sud, il y a eu des manifestations de dizaines de milliers de personnes contre le prix du bœuf importé des USA. En décembre dernier, le premier ministre de Corée du Sud a été élu sur base d’un programme similaire à celui de Sarkozy pour « changer la société ». Dans son projet, il y avait de grandes privatisations et des coupes budgétaires, arrêtées en 7 jours par des mobilisations de masse contre un accord plus général avec les USA. Une conscience anti-américaine s’est développée et c’est une perspective pour toute la région.

L’idée de constituer un bloc asiatique contre le bloc américain et celui d’Europe existe. C’est un processus qui n’est pas linéaire ; il y aura aussi des conflits entre les différents pays asiatiques et l’impérialisme américain va tout faire pour empêcher la création d’un tel bloc. Les accords entre l’Inde et le Japon sur le nucléaire sont un pas vers une alliance contre la Chine, qui a fortement réagit. Ce sont les USA qui ont fourni le nucléaire à l’Inde pour contrebalancer le pouvoir de la Chine dans la région. Même s’il va y avoir une pression très forte pour former ce bloc asiatique, une autre va dans l’autre sens. Les protestations les plus importantes contre la torche étaient au Japon et en Corée. Cela a fortement touché les relations diplomatiques entre la Corée et la Chine.

Les économies asiatiques vont être touchées par la crise actuelle, bien plus fortement qu’en 1997. Ce sera un terrain favorable pour le développement des idées socialistes contre le néolibéralisme importé dans ces pays.

Il peut rapidement y avoir des nationalisation de compagnies aériennes,… Cette politique sera-t-elle plus progressiste pour la population ? Ces mesures d’interventions d’Etat ne sont pas automatiquement progressistes. Mais néanmoins, si il y a des pressions assez fortes des masses, si la lutte des classes augmente, les mesures keynésiennes peuvent être un point d’appui pour les luttes et le point de départ d’une plus grande radicalisation. Nous avons toujours entendu les capitalistes et leurs défenseurs dire que le néolibéralisme était stable et pas trop flexible, mais nous verrons l’inverse à l’avenir. Même si il y a eu tout une vague d’attaques néolibérales en Asie, il y a encore une plus grande tradition d’intervention de l’Etat.

En 1997, par exemple, toutes les banques coréennes avaient été nationalisées, ce qui commence à arriver aujourd’hui aux USA pour les banques au bord de la faillite. Mais dans le cas des banques de Corée du Sud, il y a eu 1/3 des employés (100.000) licenciés au cours de ces nationalisation sous l’argument qu’il fallait que les travailleurs se sacrifient pour sauver l’économie. Les employés de banque se sont mis en grève et ont malgré tout réussi à freiner un peu l’ampleur des attaques, mais pas à les arrêter. Par la suite, les banques ont été reprivatisées une fois rétablies grâce aux capitaux d’Etat.

Le même processus a pris place en Malaisie en 1998 ou encore au Japon dans les années ’90, quand les banques ont été nationalisées pour faire face à une dépression prolongée. Mais au Japon, la dette publique était alors nulle, alors qu’aujourd’hui elle égale à 130% du PIB et est supérieure à le dette publique italienne en conséquence des interventions de l’Etat.

On appelait ça des « économie zombies » ou de substitution car les entreprises ne pouvaient pas survivre sans interventions de l’Etat. Les USA n’ont pas critiqué cela à l’époque, malgré le fait que cela allait directement à l’encontre de l’idéologie néolibérale. L’économie américaine ne pouvait pas se passer du marché japonais et ne pouvait pas non plus supporter les conséquences d’un effondrement de l’économie japonaise.

Ce programme keynésien, le plus vaste de toute l’histoire, a été accompagné d’un paquet d’attaques contre les acquis des travailleurs japonais gagnés après la seconde guerre mondiale. Le modèle social d’après guerre, c’était un peu l’idée d’un emploi à vie, mais cela a été complètement détruit. Un tiers des salariés travaillent maintenant à mis temps ce qui n’était le cas que pour 20% des travailleurs dans les années ‘90. Les salaires de ces dernières 6 années n’ont pas du tout été augmentés malgré la forte croissance et les échanges commerciaux avec la Chine.

Nous nous dirigeons vers la crise économique la plus profonde depuis 60 ans et les économies asiatiques vont être tirées dans cette crise, il n’y a pas de découplage. Le modèle capitaliste asiatique est différent du modèle occidental, et les interventions des Etats seront plus importantes. Mais il ne faut pas y voir une porte de sortie, ce n’est aucunement une solution. Ces mesures keynésiennes peuvent reporter un peu la crise, mais pas l’empêcher. De plus, si la crise arrive plus tard, ce sera plus intensément. Et quand on regarde la cas du Japon, une dette zéro leur permettait d’intervenir massivement dans les années ’90, mais aujourd’hui ?

Le cas de la Chine

Crise économique : Quel impact ?

Jusqu’il y a peu, les dirigeants chinois pensaient que la crise des subprimes ne les menaceraient pas, mais leur prévisions sont maintenant nettement plus pessimistes. La Chine exporte beaucoup vers les USA, et la crise qui s’y développe est un problème d’autant plus préoccupant que la monnaie chinoise a gagné 20% en un an par rapport au dollar et les exportations sont donc plus coûteuses. Il est vrai que la moitié des exportations chinoises restent sur le continent asiatique, mais tous ces pays exportent eux aussi beaucoup vers les USA. S’ils ne peuvent plus y exporter leur production, ils n’importeront plus celle de la Chine.

En Chine, 90% des logements sont privés (contre 60% en Europe), ce qui entraîne une augmentation du coût de la vie. Les travailleurs doivent s’endetter pour payer leur logement, mais les prix ne cessent d’augmenter. Jusqu’à quel point les travailleurs chinois pourront-ils rembourser ? Il est en fait très probable que la crise - en plus de se transmettre - se reproduise en Chine.

Cette crise est la hantise des dirigeants chinois. Les 10% de croissance annuelle constituent leur meilleur argument pour convaincre le peuple du bien fondé de leur politique. Dans l’hypothèse où la croissance tomberait sous les 7%, le pays serait en récession économique. Le Parti « Communiste » peut à l’avenir se décomposer, sous la pression des protestations sociales massives et des tendances vers l’autonomie au sein de la bureaucratie régnante et de la population.

Les marxistes doivent dans cette situation soutenir les revendications pour l’obtention des droits démocratiques, mais en les liants à la renationalisation de l’économie, cette fois sous le contrôle des travailleurs.

Cette année a été un véritable défi pour l’Etat chinois. C’était aussi un test assez sérieux pour les forces se réclamant du marxisme.

Les révoltes au Tibet ont été fort importantes pour toute la Chine. Le Tibet est une région très pauvre et est restée en marge du développement économique. En Chine, on commence à, aller à l’école à l’âge de 13 ans, mais un cinquième des enfants tibétains seulement peut se le permettre. Il n’y a plus de secteur de santé développé, ni de logement sociaux. Tout a été privatisé et on doit payer en moyenne 200 euros annuellement pour envoyer un enfant à l’école tandis que seuls 18% des soins de santé sont supportés par l’Etat, les 82% restants sont aux mains du privé. Les soins de santé chinois sont donc plus privatisés qu’aux USA… Si Michael Moore tourne un jour « Sicko 2 », il devrait allez le faire en Chine !

Il y a en Chine 80 millions de travailleurs migrants. On parle d’un système d’apartheid entre les gens issus des villes ou des campagnes. Les gens cherchent à faire oublier leur origine rurale, des millions de chinois ont ainsi un faux passeport, les autres ont un statut social que l’on peut comparer à celui des sans-papiers en Europe. Il leur est impossible d’utiliser les hôpitaux, les écoles, etc. A Pékin, 5 millions de travailleurs migrants ont été virés de la capitale à cause des Jeux, pour donner une bonne image de la ville. Les travailleurs migrants sont aussi contrôlés par la haute technologie, avec des puces électroniques. Trostky a parlé de développement inégal et combiné pour la Russie, c’est vrai encore aujourd’hui pour la Chine, des régions extrêmement arriérées peuvent côtoyer des régions très modernes.

Au Tibet, dans les années ’60, il y avait des coopératives agricoles qui limitaient la pauvreté. Aujourd’hui, il y a une régression de la production agricole car ces terres collectives ont été réparties en petites parcelles et que les petits paysans n’ont pas les moyens d’avoir un tracteur ou d’autres outils de production. C’est pourquoi beaucoup de paysans quittent les villages et deviennent donc des migrants pour aller travailler dans des usines parfois 110 heures par semaine et 17 heures par jour. Ces travailleurs migrants ont droit à un plus petit salaire que celui des citadins et ont une carte électronique avec toutes des informations sur eux : d’où ils viennent, de quelle famille, quels problèmes sont survenus avec les précédents employeurs,… Ce nouvel esclavagisme fait partie du développement inégal et combiné d’aujourd’hui.

L’an dernier, nous avions projeté un film horrible d’enfants esclaves libérés uniquement par la mobilisation des parents par Internet qui a obligé la télévision à faire un reportage, ce qui a forcé les autorités à les libérer et à faire quelque chose. Une nouvelle loi sur le travail a été introduite, mais elle est restée toute théorique. Aucun organisme de surveillance n’existe et il n’y a toujours pas de droit de s’organiser collectivement pour faire respecter la loi.

En juin de cette année, il y a encore eu un scandale d’enfants esclaves dans la région la plus riche de Chine. Les travailleurs exploités, dont le plus jeune avait 9 ans, travaillaient 12 heures par jour, avaient un repas chaud une fois tous les deux jours, étaient battus, les gamines étaient violées, le salaire était payé au marchand d’esclave,… Ces enfants étaient issus du Sichuan, où le tremblement de terre a eu lieu. Mais aujourd’hui, à la différence de l’an dernier, tout est caché par « l’enthousiasme » autour des JO. Le gouvernement chinois n’a aucun contrôle sur les gouvernements locaux, et encore moins sur les entreprises privées qui emploient des esclaves. Le PCC est aussi impliqué : avec le scandale de l’an dernier, un peu moins d’une centaine de bureaucrates du Parti ont été exclus, mais aucun n’a été poursuivi en justice.

Certains enfants libérés l’an dernier ont disparu depuis lors, et on pense qu’ils sont retournés dans des usines qui utilisent des esclaves. Le gouvernement central aimerait bien empêcher ce travail d’esclave, mais il ne le peut pas. Cela pose la question de ce que le gouvernement contrôle encore. La société chinoise représente un cinquième de la population mondiale et est très complexe, avec des pouvoirs locaux qui se moquent du pouvoir central, notamment en termes de normes de protection de l’environnement. Au vu des dégâts causé à l’environnement, c’est une situation catastrophique, le plus qu’elle peut l’être à l’exception d’une guerre. Les mesures sont essentiellement cosmétiques, sans politique soutenue, comme l’a montré la décision d’enlever la moitié des voitures de Pékin le temps des J.O.

Le Fleuve Jaune, qui donne de l’eau à 150 millions de chinois, a 10% de sa composition faite des égouts des villes. Tous les 10 jours, il y a un grave accident au niveau de l’eau, comme une usine qui explose et déverse ses produits dans un cours d’eau. Cette année, cela a encore été pire avec les inondations qu’il y a eu un peu partout. Le ministre de l’environnement a constaté qu 75% des systèmes de purge de l’eau ne fonctionnent plus. Le plan d’intervention à ce niveau ressemble plus à une liste de Noël qu’à un plan. Ce sont de souhaits. Il y a aussi beaucoup de systèmes de purge de l’eau qui ont été installés dans les usines, mais les usines ne les utilisent pas. Le maintien de ces système coûte trop cher et les entreprises préfèrent payer une éventuelle amende.

Les JO ont été accordés à la Chine pour bon comportement. Ce n’est pas un hasard si ce n’est pas Chavez ou Morales qui ont reçu l’organisation des JO. Les politiques néolibérales gagnent du terrain en Chine. 40% de la population rurale a vu ses revenus baisser, ce qui correspond plus ou moins à 400 millions de personnes. Les capitalistes sont persuadés que les JO vont les aider pour appliquer les règles de l’OMC en Chine. Ces normes, décidées en 2001, sont un secret d’Etat en Chine. Si un journaliste chinois explique ce qu’il y a dans l’accord, il va directement en prison.

Du milieu des années ’90 à 2001, le nombre d’employés des services publics est passé de 130 millions à 30 millions. 70% des travailleurs sont employés dans des entreprises privées, même s’il est difficile de voir ce qui est privé et ce qui ne l’est pas. Même avec un diplôme élevé, on peut rester sans emploi pendant des années. Entre 1996 et 2004, le nombre d’entreprises publiques à chuté de 2,1 millions à 294.000, soit 10% de ce que c’était. Des grandes entreprises publiques sont cotées en Bourse, même si c’est l’Etat qui contrôle encore une bonne partie. Le secteur d’Etat a connu une véritable implosion à la fin des années ’90 et au début des années 2000. Dans ce contexte, les luttes se développent rapidement, mais la conscience des masses chinoises est encore fort basse.

La Chine fait à son tour face aux turbulences économiques. Des usines travaillant pour l’export ferment, les chômeurs manifestent et le plan de relance annoncé début novembre est critiqué. Courrier International explore cette semaine ce climat inhabituel en Chine. « Alors que la fin de l’année approche, les régions côtières de Chine, en particulier le delta de la rivière des Perles [au sud-ouest du pays et où se concentrent les usines chinoises nombreuses], sont touchées par une vague de retour au bercail des paysans migrants. Le retour massif dans les zones rurales d’ouvriers d’origine paysanne n’est en rien un libre choix de leur part. D’après les statistiques de la commission d’État chargée du Développement et des Réformes, 67 000 petites et moyennes entreprises ont déposé le bilan en Chine au cours du premier semestre 2008. À l’approche de la fin de l’année, les entreprises sont de plus en plus nombreuses à devenir déficitaires. Au cours de la seule première quinzaine d’octobre, une cinquantaine d’entreprises hongkongaises ont été mises en liquidation dans le delta de la rivière des Perles. Un responsable de la Fédération des industries hongkongaises estime qu’un quart des 70 000 entreprises hongkongaises travaillant dans le delta de la rivière des Perles pourraient avoir mis la clé sous la porte d’ici à la fin de l’année », écrit Tong Dahuan dans le Zhujiang Wanbao, « Le Quotidien du soir de la rivière des perles ».

Ces multiples fermetures d’usines alimentent un climat de colère. Et si leur nombre n’a pas été rendu public, « la Chine doit tirer les leçons des mouvements de masse qui ont eu lieu en 2008, et apprendre à y faire face pour éviter les réactions en chaîne », écrit le quotidien Guoji Xianqu Daobao. En trois semaines, la grève des taxis de Chongqing a ainsi fait des émules dans cinq autres villes. Par ailleurs, les émeutes provoquées la semaine dernière par un conflit foncier à Longnan, dans le Gansu, rappellent les affrontements violents qui avaient eu lieu en juin dernier à Weng’an, dans le Guizhou. Des photos de la répression policière à Longnan circulent sur Internet. « Il faut apprendre à résoudre les conflits par le dialogue », martèle le journal gouvernemental.

La grogne et l’urgence de la situation a poussé Pékin à annoncer début novembre une politique de grands travaux, qui ne fait cependant pas l’unanimité. Un éditorial du magazine Touzizhe Bao, « L’Investisseur », plaide pour une relance axée sur le développement social et technologique. « Répondant à toutes les voix qui réclamaient des mesures pour assurer le « maintien de la croissance », le gouvernement a choisi une politique de relance par l’investissement dans les infrastructures. Alors qu’un premier programme de grands travaux ferroviaires de 2000 milliards de yuans [environ 365 milliards de dollars] avait déjà été approuvé en octobre, on vient d’apprendre que le ministère des Transports et des Communications était en train de concocter un nouveau plan prévoyant 5000 milliards d’investissements au cours des trois à cinq années à venir : il s’agirait cette fois de construire de nouvelles voies routières et fluviales ainsi que des installations portuaires. Mais l’histoire montre que les plans gouvernementaux de relance par l’investissement sont peu efficaces et mènent assez sûrement au gaspillage, à la construction redondante d’infrastructures ou aux abus de pouvoir. »

La crise s’est invitée dans les médias. Après avoir gavé le public d’une douce propagande, ils commencent timidement à évoquer les grèves de la province du Guangdong où des ouvriers d’usines de jouets ou de textile manifestent violemment contre les licenciements massifs. A Sanya, Canton ou encore Chonqging, ce sont les chauffeurs de taxis qui se déclarent pris à la gorge et brûlent des voitures. Dans le Gansu, les paysans, les larmes aux yeux, racontent devant les caméras comment les autorités locales corrompues leur ont volé leurs terres.

Ces « mouvements sociaux » ne sont pas inédits. En 2005, Pékin en avait, par exemple, avoué 84.000 soit plus de... 230 par jour en moyenne. Mais cet automne, ils ont pris chair sur ordre du Parti. Redoutant la multiplication des rumeurs, le gouvernement chinois a opté, il y a quelques semaines, pour une communication contrôlée et a autorisé, pour la première fois, ses médias à rendre compte librement des tensions sociales. La colère du peuple doit pouvoir s’exprimer. La pression doit pouvoir être évacuée.

Devant les mêmes caméras, le pouvoir met en scène sa compassion et sa réactivité. Début novembre, le public chinois a ainsi pu découvrir, au cours d’un long direct inédit, Bo Xilai, l’un des membres du Politburo du PCC et patron du parti de la ville de Chongqing, s’entretenir avec des chauffeurs de taxis de sa ville ayant organisé une grève sauvage. Ces rencontres avec le peuple se multiplient. Partout, des solutions locales sont trouvées à ces problèmes isolés et économiques. On ne parle pas de politique. La capacité et la légitimité du Parti ne sont ainsi jamais questionnées.

Cette nouvelle stratégie témoigne de l’évolution du pouvoir chinois et de la perte d’influence des tendances les plus dures. La ligne « moderne », défendue par le Premier ministre, Wen Jiabao, s’impose à la majorité. La répression massive et musclée qui avait permis d’étouffer, il y a dix-neuf ans, la contestation étudiante et ouvrière ne peut plus être appliquée. Nous ne sommes plus en 1989.

La Chine a changé. Elle a vécu sa révolution technologique. Le moindre mouvement de protestation de l’Anhui, organisé par SMS, est aujourd’hui filmé sur un téléphone portable, envoyé par email puis mis en ligne sur les centaines de sites d’échange de vidéos chinois. La censure n’y peut rien. Pékin ne peut plus compter sur le contingentement de la contestation. Le pouvoir ne peut plus non plus s’aliéner la classe moyenne éduquée qu’il avait matée sur la place Tian’anmen. Encore peu nombreux, il y a vingt ans, les diplômés et les cadres se comptent aujourd’hui par centaines de millions. Principaux soutiens du « contrat social » chinois, ils ont placé le Parti sous surveillance. Pékin ne peut plus, enfin, se mettre à dos le reste de la communauté internationale pour ne pas remettre en cause son modèle de développement centré sur les échanges commerciaux.

Pour organiser sa survie, la ligne moderne du Parti communiste chinois a intégré ces bouleversements et commence à rendre la parole au peuple. Après les médias, Pékin devra bientôt se résoudre à développer des institutions politiques et judiciaires permettant à la population d’exprimer ses souffrances et ses critiques, sans avoir à recourir, faute de structures, à des protestations violentes. Une ébauche de démocratisation que la crise économique devrait précipiter.

Yann Rousseau

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jeudi 30 octobre 2008

Les travailleurs du textile chinois en action contre un patronat agressif… Il n’y a pas qu’en Belgique que le secteur textile rencontre des difficultés. En Chine aussi, il y a beaucoup problèmes. Dans la ville de Wujiang, dans la province orientale de Jiangsu, plus de 1.000 travailleurs du textile ont manifesté dans les rues après que leur employeur ait fui vers l’étranger. Chinaworker.info Les travailleurs ont bloqué ce lundi pendant plusieurs heures quatre rues du centre-ville. Cette action a été portée à la connaissance du monde par le Centre d’information pour les droits de l’homme et la démocratie de Hong Kong. Les travailleurs ont protesté parce que le propriétaire de la société, Chunyu Textile Company, a soudainement disparu vendredi dernier avec sa famille. Les salaires n’ont pas été payés. C’est un phénomène qui arrive de plus en plus souvent à mesure que frappe la crise capitaliste. Dans les secteurs orientés vers l’exportation comme le textile, c’est particulièrement visible. La Commission nationale de développement et de réforme rapporte que 67.000 petites et moyennes entreprises précédemment en profits se sont effondrées durant le premier semestre. Deux tiers des sociétés de textile risquent de subir des restructurations et des pertes d’emploi, des usines ferment, d’autres fusionnent. Les actions de Wujiang n’ont décidé de stopper leur action que lorsque le gouvernement local a fait la promesse de trouver une solution pour ces travailleurs. Les gouvernements locaux doivent intervenir de plus en plus pour les arriérés de salaire afin d’éviter que les protestations ouvrières ne deviennent plus dures. Les budgets des gouvernements locaux subissent donc une grande pression, en plus de celle issue de la baisse des revenus des impôts et de la chute des prix des terrains et de l’immobilier consécutive à la chute du marché immobilier chinois.

Les véritables socialistes en Chine soutiennent les protestations des travailleurs, comme celles de Wujiang, et nous appelons à la nationalisation sans compensation de toutes les sociétés qui risquent de procéder à des licenciements ou à des fermetures. Nous défendons la nécessité de syndicats indépendants et combatifs pour que les travailleurs puissent être en mesure de lutter pour leurs droits ainsi que pour le contrôle démocratique de leurs entreprises et de l’économie.


AT LEAST 2.7 million factory workers in southern China could lose their jobs as the global economic crisis hits demand for electronics, toys and clothes, according to industry estimates. The region has seen massive export-driven expansion in recent years by supplying the world with cheap consumer goods, but rising production costs and falling US and European demand have marked a swift end to the boom.

Now 9,000 of the 45,000 factories in the cities of Guangzhou, Dongguan, and Shenzhen are expected to close before the Chinese New Year in late January, the Dongguan City Association of Enterprises with Foreign Investment estimates.

By then, the association expects overseas demand for products from the three manufacturing hubs to have shrunk by 30 per cent, as the knock-on effects of the US housing market collapse and credit crunch filter down to Chinese workers.

’I am afraid it is not going to look good on the Chinese government if the decline of the export-led industries and the unemployment problem continue to worsen,’ Mr Eddie Leung, the association’s president told AFP.

Mr Leung, also a member of the Chinese Manufacturers’ Association, said the estimate of 2.7 million job losses was conservative, given that many of the larger factories in Guangdong province employ thousands of workers.

One of them, Hong Kong-listed Smart Union, a major toy manufacturer in Dongguan supplying US giants Mattel and Disney, closed its doors last week, leaving 7,000 workers out of work and with several weeks of back pay owed.

Clement Chan, chairman of the Federation of Hong Kong Industries, said a quarter of the 70,000 Hong Kong-owned companies in southern China, 17,500 businesses, could go to the wall by the end of January.

Describing the likelihood as a ’worst case scenario’, he said Hong Kong firms in the region employed a total of 10 million workers, but did not want to speculate on the extent of possible job losses.

While small and medium-sized factories are especially prone, the threat of lay offs looms just as large over the region’s manufacturing giants, further squeezed by the appreciation of the yuan.

Mr Harry To’s Mansfield Manufacturing is a classic example of the spectacular growth in China’s industrial heartland over the last three decades.

To started a metal business from a small room in Hong Kong in 1975. In 1991, he joined hundreds of other Hong Kong entrepreneurs moving their production across the border into China to take advantage of cheap labour and land.

He now employs 8,500 workers in 11 factories in China and Europe. His six factories in Dongguan cover 140,000 square metres.

Mr To’s company, which is now a subsidiary of Singapore-listed InnoTek supplies metal components for cars, plasma televisions, printers and other electrical appliances to Japanese brands including Canon, Toshiba, Epson, Minolta and Fuji-Xerox.

Business for the company, among the largest in its field in China, has grown by 40 per cent annually in recent years, but with credit being harder to come by, no manufacturer is safe, he said.

’With banks being so tight on their lending policies now, bringing down a factory overnight has now become very easy.’ All his expansion plans have had to be put on hold.

’Some of our long-time Japanese and European clients have asked us to stop producing for them in the next two to three weeks,’ he said.

’They said they did not want to have too much stock piled up in their warehouse as demand continues to dwindle.’

Mr To recently started building a new 70,000 square metre factory in Dongguan and was planning to hire 2,000 more workers later this year. But now, all work on the unfinished factory has stopped until more orders roll in.

’No one would expand their business when the prospects for the entire manufacturing industry look so grim,’ he said.

Instead of hiring more workers, Mr To is looking at cutting 1,000 employees across his operations.

But far from being downhearted, he is shifting part of the company’s export-led production to developing energy-saving electrical appliances for the domestic market, which he sees as weathering the current financial turmoil.

’In the long run, I am confident that mainland Chinese consumers’ purchasing power will keep rising as their Western counterparts continue to lose out.’ — AFP

Hundreds of angry workers protested outside two Shanghai electronics factories on Wednesday, claiming the plants had halted production without giving them overdue pay.

Workers’ protests have become common in south China this year as the global economic slump forces the closure of thousands of small plants. But this week’s demonstrations are believed to be among the first major protests in Shanghai, China’s commercial capital.

The mostly young and female factory workers, wearing light brown uniforms, had been demanding to meet management since Monday. Police cordoned off one of the plants.

"I think there are not many orders for our goods. Our production line has stopped. What we want from them is to pay us our bonuses and overtime pay," said Yuan Lei, 21. "It’s very simple, but they have not paid us."

Workers, who earn monthly salaries of about 960 yuan ($140), said that since the production halt, they had been told to attend training lectures or move to factories in the same business group. But they had refused to do so without being paid.

The plants, owned by Shanghai Yi Hsin Industry Co and Zhan Hsin Industry Co, affiliates of Singapore-listed Huan Hsin Holdings (HUAN.SI : Quote, Profile, Research, Stock Buzz), make parts including shells for laptop computers and printers.

Repeated telephone calls to the offices of the two companies went unanswered on Wednesday.

Shanghai Yi Hsin had about 2,000 workers and annual sales of 390 million yuan, according to a company directory published on the website of a business consulting firm under China’s information ministry. ($1 = 6.86 yuan) (Writing by Jacqueline Wong and Andrew Torchia ; Editing by Nick Macfie)

3 Messages de forum

  • La crise en Asie 10 mars 2014 17:21

    Les marchés asiatiques ont décliné la nuit dernière après une chute drastique des exportations en Chine et la révision à la baisse du PIB du Japon pour le quatrième trimestre 2013 ; les deux indicateurs ont refroidi l’optimisme des investisseurs à propos de la santé de l’économie mondiale, et les inquiétudes sur le ralentissement de la Chine sont maintenant bien plus prononcées

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  • La crise en Asie 6 juillet 2015 15:57

    A la mi-journée en Asie, l’ensemble des places financières de la région était en baisse. Tokyo perdait 2,18 %, Séoul 1,83 %, Sydney 1,18 % et Wellington 0,98 %. Après une hausse dans la matinée, Hong Kong perdait 3,18 %.

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  • La crise en Asie 8 juillet 2015 15:22

    Les bourses chinoises ont poursuivi leur chute mercredi pour tomber à leurs plus bas niveaux en quatre mois, les investisseurs continuant de vendre massivement petites et grandes valeurs en dépit des mesures prises par les autorités pour stabiliser les marchés.

    Près de la moitié des sociétés chinoises cotées ont suspendu leur cotation pour se mettre à l’abri de la correction.

    Le mouvement de panique s’est par ailleurs propagé à Hong Kong, où l’indice Hang Seng a clôturé en baisse de 5,84 %. Ça commence aussi à inquiéter la Bourse de Tokyo, qui a connu sa plus mauvaise séance depuis mars 2014 avec un recul de 3,14 % de l’indice Nikkei.

    L’indice Shanghai Composite a clôturé en baisse de 5,91 %, à 3507 points, et l’indice CSI300 des grandes valeurs cotées à Shanghai et à Shenzhen a chuté de 6,75 %, à
    3663,04.

    Signe de la puissance du courant vendeur, les trois futures sur les indices chinois ont, pour leur livraison de juillet, dépassé leur limite de baisse autorisée (-10 %).

    La décision de nombreuses sociétés de ne pas coter a ajouté à la panique et Deng Ge, porte-parole de la Commission de réglementation boursière, a aussi inquiété en évoquant sur son compte Weibo (le Twitter chinois) un mouvement vendeur « irrationnel ».

    Plus de 500 firmes cotées en Chine ont annoncé la suspension de leur cotation mercredi, portant leur nombre à environ 1300, soit près de la moitié des 2800 valeurs « A » de la Chine.

    « Je n’ai jamais vu ce genre de dégonflement, il n’y a plus du tout de liquidités », déclare Du Changchun, analyste pour Northeast Securities.

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