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Défense de Rosa Luxemburg, par un commentaire du premier paragraphe de ses oeuvres complètes

lundi 13 février 2023, par Alex

Traditionnellement, les oeuvres complètes Rosa Luxemburg (en abrégé RL), notamment celles publiées en allemand, s’ouvrent par son Rapport au IIIème Congrès
ouvrier socialiste international de Zurich (1893)
, dont les premières lignes, malgré les apparences, contiennent derrière des formules de politesse tout un programme bien déterminé sur la question nationale, un aperçu de toute la future activité militante de RL :

Chers camarades ! C’est la première fois que les sociaux-démocrates polonais de la Pologne sous domination russe participent à votre Congrès.

Venant du sombre empire du despotisme et de la réaction la plus rigide, les travailleurs de Varsovie et de Lodz envoient leur délégué, qui est aussi le nôtre, participer au Parlement des travailleurs des deux mondes.

Nous vous envoyons nos salutations fraternelles et l’heureux message que les principes sociaux-démocrates ont pris racine chez nous aussi et que, malgré les poursuites de la bourgeoisie alliée à une puissance policière brutale, le drapeau rouge est devenu pour les masses ouvrières polonaises l’étendard de son combat pour son émancipation. Pendant que vous volez à l’Ouest de victoire en victoire, nous menons à l’Est, fidèles aux principes de la social-démocratie internationale, sans faillir, le combat contre le despotisme russe, ce dernier et puissant rempart de la réaction européenne.

RL ne se pose pas en porte-parole de tous les ouvriers polonais, mais seulement de ceux sous domination russe. Elle entérine le partage de la Pologne. Elle se présente en tant que polonaise comme combattant contre la Russie, pas contre l’Autriche Hongrie ou l’Allemagne, ces deux impérialismes opprimant également la Pologne.

Avant de continuer de commenter cette ouverture des oeuvres complètes de RL, rappelons que nous avons récemment publié sur ce site des traductions, les premières complètes en français, d’article de R. Luxemburg publiées en polonais dans son journal La Cause ouvrière en juillet 1893, textes précédant, servant de justificatif (voir plus loin), à ce discours au congrès d’août 1893.

Ces traductions ont été reprises par le site Marxists.org dont les animateurs les ont relues, y ont apporté des modifications mineures, et surtout des notes historiques. Nous renvoyons donc pour ces articles à leur site, aux pages

L’année 1793,

Sur la dénationalisation,

Editorial,

Correspondance,

Tâches politiques

qui sont cinq des dix articles formant le numéro 1 du mensuel La Cause ouvrière. Seul le premier est signé, les autres sont peut-être rédigés en commun avec ses camarades de la "social démocratie du Royaume de Pologne" (au premier rang desquels L. Jogiches), mais du point de vue politique, on lit bien Rosa Luxemburg dans ces textes, voir ci-dessous les explications d’un de ses biographes J. P. NETTL.

Notre but est de rappeler le contexte de ces articles de Rosa Luxemburg, qui mettent en lumière, ou sont mis en lumière par, son discours au Congrès.

Ils ne sont qu’un échantillon des dizaines d’articles similaires, en langue polonaise, qui ne sont pas traduits en français, ce qui montre le peu d’intérêt qu’ont malheureusement pour ces textes le PC, ou les groupes d’extrême-gauche qui ont pignon sur rue, leur librairie ou maison d’édition.

Une des caractéristiques des partis centristes (comme LO) qui se multiplient en France, surtout depuis la scission du NPA en trois (deux NPAs plus "Révolution permanente") est qu’ils se réclament régulièrement de Lénine, Trotsky ou R. Luxemburg, sans jamais en réalité exposer clairement les idées de ces révolutionnaires, ainsi que leur application aux situations actuelles.

Ces remarques expliquent le titre de cet article qui peut surprendre : l’oeuvre (théorique et pratique) de R. Luxemburg serait-elle victime d’attaques ?

C’est en brandissant symboliquement des noms comme ceux de Lénine, R. Luxemburg, mais en enterrant leurs idées, que ces partis centristes sont les pires « partisans » de ces grands révolutionnaires. Voyons quelques exemples.

Pour le NPA (2015), Rosa Luxemburg « s’est complètement trompée sur la question » de l’impérialisme

Le NPA, par la voix de JF Cabral (ancien militant de la Fraction l’Etincelle), à l’Université NPA 2015, assénait carrément, dans un exposé sur l’impérialisme :

il n’y a pas de théorie unifiée de l’impérialisme chez les auteurs marxistes. Rosa Luxembourg (...) tout le monde s’accorde pour dire qu’elle s’est complètement trompée sur la question

source

Il est intéressant de noter que cette image de la « brave Rosa » dont il faudrait saluer l’engagement, mais incapable de faire de la théorie, est héritée des staliniens :

dans la pire époque du stalinisme (...), on la considérait comme une personnalité révolutionnaire de second rang, active, mais on estimait qu’elle ne devait pas être prise au sérieux comme théoricienne.

J. P. NETTL, La vie et l’oeuvre de Rosa Luxemburg

R. Luxemburg n’aurait rien compris à l’impérialisme !? On ne peut qu’être choqué par ces termes employés par le NPA. En 1915, RL écrit sa brochure "La crise de la social-démocratie" dite brochure de Junius (son pseudonyme), à propos de laquelle Lénine écrira plus tard :

« La social-démocratie allemande après le 4 août 1914 est un cadavre puant » — c’est avec cette sentence que Rosa Luxembourg entrera dans l’histoire du mouvement ouvrier mondial. » (Lénine)

Cette brochure de Junius, la question de l’Union sacrée, seraient sans lien avec la question de l’impérialisme ?
Le refus ou l’acceptation de l’Union sacrée en 1914 reste l’aune à laquelle on mesure de nombreux courants qui existent encore aujourd’hui, comme la social-démocratie, la CGT. C’est parce qu’ils se sont opposé à la boucherie déchainée par l’impérialisme en 1914 que Lénine, Trotsky, Luxemburg, Liebknecht, se sont retrouvés à la tête de la révolution en Europe à partir de 1917. R. Luxemburg était l’ennemi numéro 1 de l’impérialisme allemand, c’est ce qui lui a valu d’être assassinée.

Un parti qui à son université d’été ne rappelle pas ces faits ne fait que confirmer qu’il se place en dehors du marxisme.

Le parti LFI de Mélenchon n’est qu’un avatar de la social-démocratie, un reste de ce « cadavre puant ». Rosa Luxemburg n’a-t-elle « rien compris », à la nature de la social-démocratie, qui n’est qu’un aspect de sa théorie de l’impérialisme ? Le NPA par JF Cabral se garde bien de le dire à ce propos, car il flirte avec LFI et sa Nupes, le NPA cherche sa niche dans ce « cadavre puant ».

Mais pour exister, des « théoriciens » du NPA tels JF Cabral ont besoin de discuter du marxisme, ils se font prestataires de service auprès de la bourgeoisie : ils sont volontaires pour « réfuter » le marxisme. On remarquera que JF Cabral ne se dit ni marxiste ni non-marxiste, et c’est ce confusionnisme à propos de lui-même qui lui permet de faire croire qu’ « il n’y a pas de théorie unifiée de l’impérialisme chez les auteurs marxistes ».

Une réponse à JF Cabral nécessiterait un article en elle-même.
Remarquons seulement au passage la compréhension limitée de JF Cabral concernant l’ouvrage de Lénine. Il écrit en effet :

ce que Lénine appelle le « capitalisme financier » résultant de la fusion du capital industriel et du capital bancaire. (...) Lénine insiste beaucoup sur les tendances parasitaires du capitalisme financier

Or Lénine n’emploie jamais le terme de « capitalisme financier » dans son ouvrage sur l’impérialisme, seulement celui de « capital financier ». Ce n’est pas qu’une nuance entre deux expressions synonymes : ce sont les réformistes qui opposent « capitalisme financier » et « capitalisme industriel », le bon et le mauvais, alors que pour Lénine comme pour Marx, le capitalisme est passé au stade de l’impérialisme, il n’existe pas de capitalisme financier autonome par rapport au capitalisme industriel.

Le nouveau NPA de Besancenot-Poutou a fait, par la scission à son 5ème congrès en décembre dernier, un pas vers LFI, mais également ne se dit ni marxiste ni non-marxiste. Or dans la vidéo où Besancenot fait une collecte pour ce nouveau NPA, on voit en arrière plan les oeuvres de Lénine, Trotsky et les congrès de la IVème internationale :

Les centristes ont besoin de ces "livres au mètre" utilisés pour la décoration.

Lutte Ouvrière et l’éloge mensonger de R. Luxemburg

Lutte ouvrière se prononce régulièrement « contre l’Union sacrée » depuis que la guerre a éclaté en Ukraine en février 2022. Mais sans jamais rappeler ce qu’est l’Union sacrée, comme le fit Rosa Luxemburg de la façon suivante :

Les chefs syndicaux firent aussitôt cesser toutes les luttes de salaires et ils communiquèrent officiellement leur position aux entrepreneurs en invoquant les devoirs de l’Union sacrée. La lutte contre l’exploitation capitaliste fut spontanément interrompue pour toute la durée de la guerre.

(...)

la social-démocratie et les syndicats, dans un mouvement de magnanimité patriotique, ont livré sans combat la classe ouvrière à son ennemi pour toute la durée de la guerre. Tandis que les classes dominantes restent sur le pied de guerre, en possession de tous leurs droits de propriétaires et de maîtres, la social-démocratie a ordonné au prolétariat de « désarmer ».

Face à cette entrée dans l’Union sacrée des dirigeants de la Social-démocratie et des syndicats, R. Luxemburg concluait, rappelons-le :« La social-démocratie allemande après le 4 août 1914 est un cadavre puant ».

Ce cadavre puant dont les marxistes doivent se débarrasser, ce sont les courants bourgeois présents dans le "camp des travailleurs". Martinez le dirigeant de la CGT est l’héritier direct de Léon Jouhaux que R. Luxemburg plaçait parmi ceux qui forment ce cadavre puant. Cette filiation est un argument incitant les ouvriers d’aujourd’hui à lire cette brochure de Junius. Or LO, récemment, dénature complètement le contenu essentiel de la brochure de Junius :

Dans sa Brochure de Junius déjà citée, Luxemburg parlait du trésor confié à la classe ouvrière, que celle-ci devait conserver précieusement dans les horreurs de la guerre, les destructions et les massacres.

LO, Lire Rosa Luxemburg

Le « cadavre puant », la critique des syndicats, ont disparu dans l’armoire, seul un « trésor » (ne demandez pas plus de précision) existerait dans la brochure de Junius.

Il est naturel que LO dénature les propos de R. Luxemburg, cache le cadavre puant dans ses armoires, quant le but de cette organisation est de se faire accepter au sein de la bureaucratie de la CGT, et maintenant de SUD, où J-P Mercier a trouvé refuge pour y faire vivre sa tendance "démocratie syndicale".

Sur son site à la page nos filiations, LO ne mentionne pas R. Luxemburg, alors que Lénine et Trotsky se réclamèrent d’elle dans tous les manifestes et programmes de portée générale. Jamais N. Arthaud ne fait mention de ce « cadavre puant » dont les sommets de la CGT ne sont qu’un des membres.

Second mensonge de Lutte ouvrière concernant Marx, Lénine, Trotsky et Rosa Luxemburg : la négation de l’importance de la question nationale.

Premièrement en ne proclamant pas le droit des Ukrainiens à avoir leur Etat indépendant dans sa motion sur la guerre en Ukraine, en ne dénonçant pas l’invasion de l’Ukraine par la Russie, en renvoyant dos-à-dos Russie et Ukraine, alors que l’Ukraine a été depuis environ 370 ans —Traité de Pereïaslav (1654)— une colonie ou semi-colonie russe, avec une brève interruption de 1917 à 1930. De plus, l’alliance franco-russe de 1892 à 1917 a fait de l’Ukraine une semi-colonie française, le Donbass actuellement en feu, étant un fief du capital français. LO ne rappelle rien de cela dans un CLT sur l’Ukraine ! Lutte ouvrière rompt avec les positions de Marx, Lénine et Trotsky en édulcorant les crimes passés de l’impérialisme français.

Dans ce dernier CLT, Lutte ouvrière, dénonce de fait Marx, Lénine et Trotsky en affirmant, sur le ton de la colère (voir la video) :

Rien que cela devrait faire réfléchir ceux qui, à propos de l’Ukraine, usent et abusent de l’expression «  droit des peuples à disposer d’eux-mêmes  »  ! Bien sûr, c’est un principe que les révolutionnaires revendiquent.

LO, CLT sur l’Ukraine

Car Marx, Lénine et Trotsky font bien partie de ceux qui ont « usé et abusé » de la formule du «  droit des peuples à disposer d’eux-mêmes  », en particulier à propos de l’Ukraine pour Lénine, ou de l’Irlande et la Pologne pour Marx. LO dénonce ces « abus » du «  droit des peuples à disposer d’eux-mêmes  »  en mettant en avant le caractère réactionnaire des nationalistes ukrainiens. Comme si, à l’époque de Marx, Lénine et Trotsky, les nationalistes bourgeois irlandais, polonais, ukrainiens étaient moins réactionnaires !

Quand Lutte ouvrière proclame « Bien sûr, c’est un principe que les révolutionnaires revendiquent. », on s’étonne que LO ne mentionne pas du tout ce principe dans le paragraphe impérialisme de son programme.

De plus on ne voit pas comment LO applique concrètement de principe concernant l’Ukraine. LO prétend en fait que ce droit à l’autodétermination ne s’applique pas à l’Ukraine. LO écrit en effet :

Le droit de la nation ukrainienne à disposer d’elle-même  ?

Lors de l’agression de la monarchie des Habsbourg contre la Serbie – acte déclencheur de la Première Guerre mondiale –, on pouvait éprouver un sentiment de solidarité pour une petite nation pauvre dont la survie était menacée. Mais le droit à l’existence nationale de la Serbie est passé aux yeux des révolutionnaires de l’époque au second plan alors qu’il se plaçait dans le cadre d’un affrontement entre camps impérialistes.

source

Non, nous n’avons pas censuré LO, la réponse à la question s’arrête bien là. LO pose une question à laquelle elle ne répond pas : le sectarisme est un opportunisme qui a peur de lui-même. Ce qui est sous-entendu par LO, c’est que sa réponse à la question est : « Le droit de la nation ukrainienne à disposer d’elle-même  ? Nous sommes contre ! ». Passons sur la maladresse de l’expression « le droit à l’existence nationale de la Serbie » : la Serbie est une nation, ce n’est pas l’existence de cette nation qui était en cause, mais son droit à un Etat indépendant. Il est faux de prétendre que « ce droit de la Serbie » est passé aux yeux des révolutionnaires de l’époque au second plan. C’est justement parce que l’impérialisme consiste à transformer tous les pays dominés en "Serbie" que les révolutionnaire dénoncent les guerres impérialistes. La dénonciation de ces oppressions nationales exercées par les puissances impérialistes est la raison principale de la dénonciation des guerres impérialistes.

Les révolutionnaires serbes ont tout simplement voté contre les crédits de guerre. Ni eux ni les autres internationalistes n’ont fait passer, ce faisant, au second plan le droit de la nation serbe à son indépendance. Ils ont simplement refusé de reconnaitre la monarchie serbe et l’impérialisme français comme les défenseurs de ce droit. Citons Trotsky :

L’Internationale n’a aucun intérêt à défendre les dynasties balkaniques qui dissimulent leurs appétits de pouvoir sous des buts prétendument nationaux.

Mais il entre encore moins dans nos vues de nous indigner de ce qu’un jeune fanatique ait répondu par un meurtre aux crimes accomplis par les dirigeants de Vienne et de Budapest ! Dans la lutte entre la monarchie danubienne et les Serbes, le droit au développement de la nation est du côté de ceux-ci, comme il l’était du côté de l’Italie en 1859.

Ce duel entre les canailles policières autrichiennes et les terroristes de Belgrade masque une profonde réalité, à savoir qu’il existe, d’un côté un Etat impérialiste indigne de subsister et de l’autre l’effort de la Serbie pour arriver à une union vitale !

Avons-nous si longtemps étudié sur les bancs de l’école socialiste pour arriver à oublier l’A.B.C. démocratique ?

(...) Le prolétariat admet la légitimité des efforts des Serbes pour constituer leur unité, mais il ne peut croire que celle-ci puisse se faire sous l’égide de la dynastie serbe
Trotsky, octobre 1914

La question de Trotsky concernant l’A.B.C. démocratique semble s’adresser aujourd’hui à LO.

Il n’est donc pas vrai, contrairement à ce qu’écrit LO, que le «  droit des peuples à disposer d’eux-mêmes  », « est un principe que les révolutionnaires revendiquent ». On vient de voir que LO elle-même ne s’en revendique pas, niant, en particulier, ce droit à l’Ukraine, réduisant la résolution de la question nationale à lutte pour le socialisme. LO n’est plus révolutionnaire, dirons certains. Mais la Gauche communiste et certains anarchistes ne le font pas non plus, tout comme Rosa Luxemburg.

Justement la social-démocratie polonaise que dirigeait R. Luxemburg a rompu avec Lénine au congrès du Parti Ouvrier Social Démocrate de Russie en 1903, à propos de cet article du programme ! R. Luxemburg dénonçait bien sûr l’oppression russe de la Pologne, mais était contre l’inclusion du droit à l’indépendance de la Pologne dans le programme du parti. LO omet complètement cette discussion dans son CLT sur l’Ukraine.

LO semble reprendre la position de R. Luxemburg en affirmant, faussement :

Trotsky le disait déjà, à la veille de 1914, à propos des Balkans, où un mélange inextricable de nationalités avait été constitué par l’histoire  : la seule solution pour y mettre fin à l’oppression nationale, c’était de créer une fédération socialiste des peuples, fondée sur l’union des travailleurs de toutes les nationalités, unis par leurs intérêts communs en tant que classe.

C’est précisément ce qu’avait commencé à réaliser, à l’échelle de l’Union soviétique, la révolution russe  ! Et elle n’a pu le faire que parce que la classe ouvrière, mobilisée dans toutes ses composantes nationales, était aux commandes.

Premièrement on aimerait avoir une référence au texte original de Trotsky.

Deuxièmement, et c’est là un point essentiel de l’argumentation de Lénine dans ses polémiques avec R. Luxemburg, même si des fédérations de républiques socialistes sont au programme des révolutionnaires, il est faut de dire que parce que seul le socialisme peut mette fin à toute oppression nationale, qu’il est inutile d’avoir un programme concernant la question nationale car seul le socialisme la résoudra. Car même des fins partielles de l’oppression nationale (comme la décolonisation) sont soutenues par les révolutionnaires.

Par exemple l’indépendance de la Pologne en 1918 mit fin à l’oppression de la Pologne par la Russie, mais loin de devenir socialiste, la Pologne de 1918 devint un des Etats les plus réactionnaires d’Europe. On y vit apparaitre de nouvelles oppressions nationales, et continuer l’oppression sociale des ouvriers polonais par leur bourgeoisie. Il est faux de dire qu’en Pologne (ou pire, en Finlande) « la classe ouvrière, mobilisée dans toutes ses composantes nationales, était aux commandes ». C’est la bourgeoisie qui fut aux commande suite à la "libération nationale" en Finlande et en Pologne (obtenue grâce au gouvernement bolchévik de Russie), d’où ses résultats catastrophiques. Malgré cela les bolchéviks n’exprimèrent jamais de "regret" d’avoir reconnu le droit à l’indépendance de ces deux pays. Le parti ouvrier d’une métropole impérialiste doit avoir à son programme le droit des peuples opprimés à former leur propre Etat, même si ce n’est pas un Etat socialiste, tout en se battant pour qu’une orientation socialiste soit donnée à la lutte contre l’impérialisme de la métropole.

L’exemple classique de Lénine sur cet aspect est celui de la séparation de la suède et de la Norvège en 1905, qui fut un exemple de droit à la séparation pour la Norvège, droit qui se réalisa, et n’eut rien de socialiste.

Lénine réfutait cette idée mise en avant par LO :

Toute la vieille polémique des social-démocrates polonais contre le droit des nations à disposer d’elles-mêmes repose sur cet argument qu’il est "irréalisable" en régime capitaliste. Déjà en 1903, à la commission du programme du II° Congrès du P.O.S.D.R., nous nous moquions, nous les iskristes, de cet argument, en disant qu’à l’instar de la position des "économistes" (de triste mémoire), il caricaturait le marxisme. Dans nos thèses, nous avons particulièrement insisté sur cette erreur ; or, c’est justement sur ce point, base théorique de toute la discussion, que les camarades polonais n’ont voulu (ou pu ?) répondre à aucun de nos arguments.

Mais malheureusement on ne peut pas dire que LO est luxemburgiste dans la question nationale. Car cette question nationale était au coeur de la réflexion de Rosa, alors que LO a abandonné la réflexion théorique sur ce thème.

Les débuts de Rosa Luxemburg (1893)

Voici comment concrètement R. Luxemburg agit concernant cette question, notamment au moyen de ses articles de 1893 que nous évoquions au début :

En juillet 1893, le premier numéro de Sprawa Robotnicza (La cause ouvrière) parut à Paris. Le journal définissait dans un éditorial ses objectifs et la ligne politique qu’il voulait suivre : stricte adhésion à la cause ouvrière dans sa lutte contre l’ennemi de classe. L’accent était mis sur la lutte contre le capitalisme, la solidarité avec la classe ouvrière russe contre l’absolutisme tsariste, et le caractère international de tous les mouvements ouvriers.

Sprawa Robotnicza avait été créé par un groupe de jeunes Polonais enthousiastes, pour la plupart étudiants à l’étranger. Rosa Luxemburg fit partie de la direction dès le début et, en 1894, elle devint officiellement rédactrice sous le pseudonyme de R. Kruszynska. C’est Jogiches qui finançait Sprawa Robotnicza, et le journal reprit plusieurs de idées et des méthodes que celui-ci avait espéré appliquer avec Plékhanov, en insistant pourtant sur le caractère polonais du mouvement. Mais ils ne reçurent aucune aide des dirigeants du PPS. Le premier numéro annonçait la ligne particulière et indépendante que voulait suivre le journal, surtout sur la question de la collaboration avec la classe ouvrière russe. Le premier numéro ne disait pas un mot de l’indépendance polonaise , au contraire, on affirmait que le progrès du socialisme en Pologne avait partie liée avec le développement général de la Russie.

Ce n’est pas un hasard que le premier numéro de Sprawa Robotnicza parut précisément à ce moment : c’était la veille du troisième Congrès de l’Internationale socialiste, qui devait se réunir à Zurich du 6 au 12 août 1893. Le groupe qui patronnait Sprawa Robotnicza demandait le droit d’être représenté au congrès comme faisant partie de la délégation polonaise. Les socialistes polonais, contrairement aux russes, avaient réussi à former un parti unifié, mais dans les congrès les mandats de délégué étaient attribués par les différents groupes et journaux ; rien qui ressemblât à la discipline de mandat et de vote pratiquée par les partis occidentaux comme ceux de l’Allemagne et de l’Autriche. Il y avait toujours des contestations quant à la représentation de ces groupes mal définis, et généralement, c’était à l’assemblée plénière du Congrès de valider les mandats par un vote. Si le groupe Sprawa Robotnicza pouvait démontrer la viabilité de son journal, il pouvait faire valoir son droit à une représentation. Afin de s’en assurer doublement, Rosa Luxemburg écrivit au nom du groupe Sprawa Robotnicza un rapport de la minorité polonaise sur le développement de la social-démocratie en Pologne russe depuis 1889, date du premier congrès international à Paris. Chaque parti envoyait généralement un rapport de ce genre à l’Internationale, mais le document du groupe Sprawa Robotnicza était une initiative privée. Les dirigeants du PPS présentaient, de leur côté, un rapport, et le congrès se trouvait devant deux documents très différents, prétendant tous les deux représenter la Pologne russe ou, comme on l’appelait quelquefois, la Pologne du Congrès. Le rapport du Sprawa Robotnicza contenait une phrase de mauvais augure : « L’histoire socio-économique des trois parties de l’ancien royaume de Pologne, les a amené à être annexées à trois Etats distincts et a créé, dans chacune de ces trois parties de la Pologne, des objectifs et des intérêts politiques différents. » C’était une prise de position indirecte contre toute restauration de la Pologne historique. En insistant sur l’évolution récente de la situation, le rapport indiquait que toute politique faisant droit aux aspiration à l’indépendance polonaise ne serait qu’une entreprise rétrograde. Sprawa Robotniczase révélait comme un organe ouvertement séparatiste, opposé au principal parti polonais.

Citons le passage du rapport de Rosa Luxemburg qui effectivement, s’oppose à la revendication d’une Pologne réunifiée indépendante (qui naitre en 1918), et insiste même sur la nécessité d’avoir 3 programmes distincts pour les trois morceaux de la Pologne (Russe, Prusse, Autriche). Cet aspect, lorsqu’on l’a bien compris, est visible dans les salutations que nous avons citées plus haut. Car pour elle (à tort, pensons nous en suivant Lénine) :

L’orientation patriotique, l’idéal d’un empire polonais indépendant n’a aucune chance de gagner à sa cause le prolétariat social-démocrate. L’histoire économique et sociale des trois parties de l’ancien royaume de Pologne les a intégrées de manière organique aux trois pays qui les ont annexées et a créé dans chacune des parties des aspirations et des intérêts propres. Sur un marché mondial chroniquement saturé, la grande industrie de l’ancienne Pologne n’existe et ne peut se développer aujourd’hui que dans une coexistence politique avec la Russie, d’où est né un ensemble économique liant les deux pays. Ce lien économique est renforcé encore continuellement par une politique habile du gouvernement russe qui favorise de manière générale le développement de l’industrie polonaise en partie dans le but de gagner la classe capitaliste dans l’intérêt de la russification, en partie pour ses propres intérêts économiques. Du fait de ce lien économique, qui trouve ses racines dans la logique du capitalisme, l’aspiration à créer un Etat capitaliste polonais ne repose sur aucune base réelle. Le patriotisme, de ce fait, devient un programme auquel les souhaits subjectifs de ses créateurs servent de fondement et pour lequel l’éventualité incalculable d’une guerre européenne sert de moyen de réalisation. Le soutien de la démocratie européenne, sur laquelle comptent nos patriotes ne peut pas remplacer cependant du fait de son énorme importance morale le manque de base matérielle du programme.

Le programme d’’une restauration de la Pologne indépendante, ne s’appuyant pas sur une réalité, il ne peut créer d’action politique correspondant aux besoins du prolétariat. Un programme minimal de la classe ouvrière commun aux trois parties de la Pologne, alors qu’une partie jouit d’une liberté politique relativement large et du droit de vote, que la deuxième possède des droits politiques modestes et doit conquérir le droit de vote, et que la troisième se trouve complètement sous le joug de l’absolutisme, un tel programme commun est impossible pratiquement dans la mesure où l’action d’un parti ouvrier doit toujours correspondre aux conditions existantes. Adopter un tel programme aujourd’hui sur le plan politique signifierait renoncer à toute action poliique.

Cependant, la classe ouvrière doit mener une telle action, elle ne peut être gagnée que pour des revendications réelles, pour des revendications qui entraînent un combat au nom de besoins réels, proches et essentiels. Une telle action politique reposant sur des conditions réelles correspond aujourd’hui pour le prolétariat de Galicie au combat commun avec le prolétariat de toute l’Autriche pour le suffrage universel. Pour le prolétariat de Posnanie et de Silésie c’est le combat commun avec la social-démocratie allemande. Pour le prolétariat de la Pologne russe, c’est le slogan, correspondant véritablement à ses conditions de vie et commun à l’ensemble du prolétariat de l’empire russe : abattre l’absolutisme.. Ce programme vient des nécessités de son combat économique quotidien tout comme de ses aspirations socialistes. Ce programme lui permet de se protéger de la politique de russification du gouvernement, en se donnant pour but l’obtention des droits politiques qui correspondent le plus étroitement à ses intérêts sur le plan local. Ce programme enfin mène directement la classe ouvrière au triomphe du socialisme et rapproche le moment de la disparition définitive de toute forme d’oppression, fait disparaître l’oppression de la nationalité polonaise définitivement et enlève toute base à l’oppression culturelle.

Pour conclure, rappelons que le parti de Rosa Luxemburg (la social-démocratie du Royaume de Pologne) a failli devenir bolchevik ou menchevik, car il était invité au congrès du partie de l’empire russe (celui de Lénine) qui aboutit à la célèbre scission entre bolcheviks :

Les négociations entre les Russes et les Polonais au début de l’été 1903 furent délicates et longues. Les Polonais exigeaient d’être invités officiellement et sans conditions au Congrès, tandis que le comité d’organisation prétendait qu’il n’était pas compétent pour le faire : seul le Congrès était habilité. Pourtant, on fit clairement comprendre à Warszawski que, si les Polonias acceptaient les conditions de l’Iskra, on pourrait leur garantir officieusement qu’ils seraient invités. La condition était que la SDKiPL se reconnaisse membre du POSDR. (...)

Le Quatrième Congrès de la SDKPiL, réuni en hâte, se tint à Berlin du 24 au 29 juillet 1903. Les Congrès déclara qu’il était souhaitable d’entamer des négociations en vue de l’adhésion au nouveau parti russe. On désigna deux délégués à cet effet. Les instructions données aux deux chargés de mission avaient certainement été inspirées par Rosa Luxemburg, bien qu’elle n’ait pas participé personnellement au congrès ; et elles furent acceptées par l’ensemble des délégués. Les deux chargés de mission étaient Hanecki et Warszawski. Pour les Polonais, la difficulté résidait surtout dans la forme d’organisation exigée par le comité d’organisation du parti russe : les Russes refusaient absolument une structure fédérative et n’acceptaient d’accorder qu’une autonomie limitée. En ce cas, le comité central du POSDR serait également la plus haute instance du parti polonais. La plupart des dirigeants de la SDKPiL préféraient la fédération, même si on ne l’appelait pas ainsi ; ils ne voulaient pas renoncer à constituer un groupe autonome et uni, ni laisser le Comité central russe avoir des liaisons directes avec leurs organisations locales en Pologne. Il était bien naturel qu’ils n’aient pas envie de démanteler l’organisation existante ni d’affaiblir une organisation que se considérait comme égale, sinon supérieure, à la direction russe ; il se peut aussi qu’ait joué la crainte que les Russes ne s’aperçoivent bien vite que la SDKPiL était en fait une sorte d’armée sud-américaine composée de beaucoup de généraux et de peu de soldats.

Le 3 août, dans l’après-midi, les deux délégués polonais, qui sortaient de leur propre congrès, arrivaient à Bruxelles, au congrès russe. Deux jours plus tôt, le samedi 1er août, les Russes avaient décidé d’accepter la présence de deux délégués polonais, mais avec voix consultative et non délibérative. Cette décision même avait été prise après de longues discussion et contre l’avis de Lénine, de Martov et d’autres iskristes qui estimaient que les Polonais avaient laissé passé leur chance. (...) Les organisateurs du congrès russe, et les iskristes en particulier, n’avaient pas envie de se disputer avec les Polonais une fois qu’ils étaient là ; ils réservaient le gros de l’artillerie pour le Bund. C’est pourquoi la question de l’adhésion polonaise fut retirée des séances plé,ières et soumise à une commission spéciale, où l’atmosphère des débats était moins surchauffée. (...) Eût-il été possible d’accepter les conditions polonaises en proposant une autonomie qui aurait en fait été une fédération ? On ne peut que faire des suppositions, mais il est probable que non : les exigences polonaises allaient à l’encontre des principes fondamentaux d’organisation soutenus par Lénine et Martov et qu’une grande majorité du congrès voulait imposer au Bund ; sur quoi le Bund plia bagage et quitta le congrès. Pas plus que le Bund, les Polonais n’étaient disposés à faire beaucoup de concessions dans ce domaine, les négociations auraient donc sans doute échoué, si à la fin de juillet, un problème imprévu n’avait surgi, qui faisait passer à l’arrière plan tous les autre.

On voit que les divergences sur les points d’organisation existaient entre R. Luxemburg et Lénine. Mais la cause de la rupture vint donc d’ailleurs : du droit des nations à disposer d’elles-mêmes, paragraphe 7 du programme :

Le numéro de juillet de l’Iskra publiait un article de Lénine sur la question nationale. Une fois de plus, il affirmait que le parti russe devait soutenir le droit à l’autodétermination des peuples opprimés, et cela pour des raisons théoriques aussi bien que tactiques. Donc, écrit-il, « le programme du POSDR proposé au Congrès n’exclut pas du tout que le prolétariat polonais adopte comme mot d’ordre un république polonaise libre et indépendante, quand bien même la probabilité de sa réalisation serait tout à fait infime. »

L’article n’avait pas été écrit pour irriter les polonais ou créer de nouvelles difficulté. Lénine n’avait rien de très nouveau ou de sensationnel à dire sur la question nationale, la revendication d’autodétermination était une partie intégrante du programme du POSDR—, et Lénine se donna beaucoup de mal pour expliquer qu’il ne s’agissait pas là d’un soutien du nationalisme en général et du PPS en particulier. Il citait surtout Marx et Kautsky, ces mêmes sur lesquels Rosa Luxemburg devait s’appuyer dans son recueil d’articles sur la question polonaise en 1905.

Mais à Berlin, l’article fit l’effet d’une bombe. (...) Rosa Luxemburg et Léo Jogiches réagirent violemment. Ils chargèrent les délégués de dire aux Russes qu’à la suite de cet article de l’Iskra, les négociations « tenaient à un fil » :

« Nous vous conseillons de dire aux Russes qu’à la suite de cet article l’intérêt moral de notre adhésion au parti russe disparait presque complètement et que c’était justement cet aspect moral qui nous intéressait en premier lieu. S’ils ne sont pas disposés à changer le paragraphe 7, nous serons obligés de renoncer à la fusion. Dites à Zassoulitch qu’après l’article de l’Iskra, je [Rosa] n’ai plis aucun intérêt à la fusion et que j’ai conseillé de ne plus faire aucune concession. »

Warszawski fit part de tout cela à la commission mais il fut obligé de répondre à Berlin que le Congrès ne voulait pas céder sur le paragraphe 7 ; et qu’au contraire il confirmait ce paragraphe ainsi que sa récente interprétation par Lénine. Rosa Luxemburg et Leo Jogiches tentèrent une dernière fois d’appuyer leurs délégués. Dans un télégramme - le 6 août probablement-, ils réaffirmèrent avec force leur point de vue et déclaraient que si on refusait de rayer du programme le droit à l’autodétermination, cela voulait dire qu’on renonçait à la lutte de classe en Pologne, et que l’on aliénait la classe ouvrière polonaise au parti. (...) Le lendemain 7 août, tout était terminé.

Le Congrès lui-même quitta en toute hâte Bruxelles pour échapper au zèle de la police belge et se rendit au complet à Londres. Là, le Bund à son tour se retira comme prévu ; puis, Lénine et Martov entrèrent en conflit à propos du paragraphe 1 des statuts du parti, et le Congrès se divisa en deux fraction, les bolchéviks et les menchéviks ; lorsqu’il se sépara, la division était à son comble. Les Polonais pourtant n’avaient pas pris part à cet épisode : leurs délégués étaient restés à Bruxelles, tandis que tous les Russes partaient.

J. P. NETTL, LA vie et l’oeuvre de Rosa Luxemburg.

Les acquis du bolchévisme dans la question nationale résumés par Trotsky

En mai 1930, Trotsky évoquait la question nationale à propos de la Catalogne face à la montée de la révolution en Espagne. La phrase « Cela nous démontre de nouveau, notons-le en passant, quelle erreur réactionnaire ce serait de la part du prolétariat que de renoncer aux mots d’ordre démocratiques » est une critique définitive de la position de R. Luxemburg. Mais Trotsky lui-même n’est arrivé à cette conclusion qu’à l’école de Lénine. Encore en 1916, Trotsky, rappelons-le, ironisait à tort sur le soulèvement irlandais contre l’Angleterre. Il y voyait (dans la lignée de R. Luxemburg) un type de lutte relégué au Musée par le développement du capitalisme, alors que Lénine avait compris depuis de nombreuse années que sans les luttes anti-coloniales, la révolution prolétarienne ne pourrait l’emporter en Europe, et que sans révolution prolétarienne en Europe, les luttes anti-coloniales ne pourraient aller à leur terme.

Trotsky décrit quatre méthodes permettant à un parti révolutionnaire de soutenir ou non la séparation d’une région soumise à l’oppression nationale (les numéros sont rajoutés pas nous) :

L’avant-garde prolétarienne fait-elle sien le mot d’ordre de la partition de la Catalogne ? S’il est l’expression de la majorité de la population, oui.

Mais comment cette volonté peut-elle s’exprimer ? Par

1) un plébiscite libre, ou, par

2) une assemblée de représentants de la Catalogne, ou

3) par la voix des principaux partis que suivent les masses, ou enfin

4) par un soulèvement national de la Catalogne.

Cela nous démontre de nouveau, notons-le en passant, quelle erreur réactionnaire ce serait de la part du prolétariat que de renoncer aux mots d’ordre démocratiques. Jusqu’au moment où la volonté de la minorité nationale ne s’est pas exprimée, le prolétariat ne fera pas sien le mot d’ordre de partition, mais il garantit d’avance, ouvertement, son appui intégral et sincère à ce mot d’ordre dans la mesure où il exprimerait la volonté avérée de la Catalogne.

Il est évident que les ouvriers catalans auront leur mot à dire sur cette question. S’ils arrivaient à la conclusion qu’il serait inopportun de disperser leurs forces, dans les conditions de la crise actuelle qui ouvre au prolétariat espagnol les voies les plus larges et les plus prometteuses, les ouvriers catalans devraient mener une propagande en faveur du maintien de la Catalogne, sur des bases à déterminer, au sein de l’Espagne ; quant à moi, je pense que le sens politique suggère une telle solution. Elle serait provisoirement acceptable, même pour les séparatistes les plus acharnés, puisqu’il est clair qu’en cas de victoire de la révolution, il serait infiniment plus facile qu’aujourd’hui de parvenir à l’autodétermination de la Catalogne, ainsi d’ailleurs que des autres régions.

Conclusion

Pour conclure, les premières phrases du discours de RL au Congrès citées en introduction, montrent que RL voulait imposer, par son enthousiasme, l’idée que la réunification de la Pologne n’avait pas de sens, que "de fait" son journal "reflétait" le fait que la social-démocratie avait pris la forme d’un parti limité au Royaume de Pologne (la partie de la Pologne sous domination russe). Mais lorsqu’il s’agissait, logiquement, de faire adhérer la social démocratie du Royaume de Pologne au parti de Lénine, elle ne le voulait pas ! Ces méthodes avaient un côté bureaucratique. Ce point de vue sur la Pologne, RL le garda jusqu’au bout. L’impérialisme, la question nationale, les conséquences qu’elle a sur la construction des partis révolutionnaires conjointement dans les métropoles impérialistes et les pays qu’elle opprime, est au coeur de discussion qui entre Lénine et Rosa Luxemburg s’étendirent sur toute la période commune d’activité (le texte de Lénine de 1893 sur "la question des marchés" est une réponse anticipée à la remise en cause par RL des schémas de reproduction de Marx dans son "accumulation du capital")

Le fait de garder dans l’ombre toutes ces discussions entre les révolutionnaires concernant la question nationale, comment elle se pose dans une guerre impérialiste, d’ignorer les nombreux textes de RL écrits pour son parti polonais, n’est qu’un symptôme de l’opportunisme de la plupart des organisations d’extrême gauche qui prétendent se référer à Rosa Luxemburg, dont l’oeuvre reste en grande partie non encore traduite.

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