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Le grand pogrom de 1918-1920 des Juifs d’Ukraine et de Galicie orientale par les troupes contre-révolutionnaires et les autres pogroms…

dimanche 12 juin 2022, par Mikael, Robert Paris

Le grand pogrom de 1918-1920 des Juifs d’Ukraine et de Galicie orientale par les troupes contre-révolutionnaires et les autres pogroms…

« Les pogromes ont leurs dates ainsi que les guerres. Les premiers sont de 1881-1882 (Russie sous Alexandre III). Ils commencèrent au nombre sept cents. Un pogrome est comme un incendie de forêt : le premier arbre qui flambe allume tous les autres. Il se répandit d’un coup sur vingt-huit provinces de l’ancienne Russie. Puis il faut arriver en 1903, au premier pogrome qui porte un nom : le pogrome de Kichinev (Bessarabie). Après ce fut 1905. Puis le grand pogrome : 1918-1920, en Ukraine et en Galicie orientale. Puis décembre 1927 en Roumanie.

Trois chiffres d’abord pour mieux éclairer les esprits : plus de 150.000 tués, plus de 300.000 blessés, plus d’un million de battus et pillés, rien que pour l’Ukraine et la Galicie orientale dans les années 1918 et 1919.

Quand on les étudie de près, on remarque que les pogromes se présentent sous trois formes : la forme non sanglante, la forme sanglante, la forme cruelle et sadique.

Celui du 4 décembre 1927 en Roumanie est le type du pogrome non sanglant.

Depuis que les derniers traités ont incorporé à la Roumanie des territoires habités par des Juifs, la jeunesse intellectuelle roumaine est travaillée par l’antisémitisme. De 1922 à 1927, les étudiants ne laissèrent pas passer une année sans manifester leur opinion : attaque de la maison des étudiants juifs de Transylvanie, sac des synagogues, des journaux et des cimetières juifs, défenestration des Juifs trouvés dans les trains, bris des vitres et enseignes des maisons juives. Assassinat fin 1926, à Cernauti, de l’étudiant juif Falik par l’étudiant roumain Totu… Motif : l’un était Roumain, l’autre était Juif !

En décembre 1927, les étudiants de toutes les universités de la Roumanie décident de tenir leur congrès dans la ville d’Oradea-Mare (Transylvanie). Oradea-Mare est habitée par des Juifs. L’ordre du jour du congrès est : guerre aux Juifs.

Un général, ancien ministre, un docteur renommé ouvrent les débats et chauffent les étudiants.

Le sang de la jeunesse est prompt. Les étudiants n’attendent pas d’être dans la rue. Ils ont dans la salle un Juif sous la main, Alexander Flescher, un journaliste qui fait son métier à la table de la presse. C’est une aubaine. Ils l’assomment.

Puis ils gagnent les rues. Ils sont cinq mille. Par groupes de vingt-cinq à trente, ils envahissent la ville. Les Juifs trouvés dans les tramways sont jetés à terre, le tram en marche. Tout passant, même celui qui n’a ni l’habit ni la barbe, mais un peu d’Israël au milieu du visage, est rossé. Ils visitent les cafés, les restaurants, et vident à coups de botte les consommateurs non chrétiens. Des équipes, armées de marteaux et de gourdins, défoncent les vitrines des magasins juifs. Logés chez les habitants, c’est-à-dire chez les Juifs, ils poussent leurs hôtes hors de chez eux. Enfin la ruée vers les synagogues. Tout est brisé à coups de hache. Ils s’emparent des livres saints et des « fiancées couronnées ». Ils les déchirent, les marquent d’ignominie, les transportent triomphalement sur les places publiques, y mettent le feu et dansent autour de l’incendie en bénissant les flammes. La police, les gendarmes montés veillent sur les saturnales.

Le congrès terminé, les étudiants s’arrêtent à Cluj, à Ciucca, à Hucdin, à Tirg-Ocna. Partout la fête recommence. C’est ce que l’on appelle un pogrome modéré. Et vive la Roumanie !

Dans la deuxième forme des pogromes, on tue, on lynche. Prenons les années 1918-1919. À Kiev, les soldats des bandes ukrainiennes arrêtent les Juifs dans les rues, les dévalisent et les fusillent. Pendant dix jours, les soldats de la mer Noire campent à la gare de Bobriuskaïa, ceux du régiment de Petlioura à la gare de Sorny, les cosaques ukrainiens aux gares de Fostov, de Poste-Volinski, de Romoday, de Kazatine, de Datchnaie, de Bakhmatch… Les Juifs trouvés dans les wagons sont déshabillés, battus et tués. À Bakhmatch, le sang inonde les quais.

À Berditchev, le 4 janvier 1919, la compagnie de la mort débarque. Les Juifs rencontrés à la gare sont tués. La compagnie gagne la ville. Les vieillards sont cinglés à coups de cravache. L’incertitude peut régner devant les enfants : le type, souvent, n’est pas très accusé ; les compagnons de la mort demandent : « Youpin ou non ? » Le Juif est abattu. Toutes les maisons sont envahies. Les Juifs sont conduits dans la rue, contraints de crier : « Mort aux youpins ! » et fusillés.

De Berditchev, les compagnons gagnent Jitomir. Mêmes noces. De Jitomir, raid sur Ovroutch. L’ataman Kozyr Zyrko convoque les Juifs à la gare. Les cosaques les accompagnent à coups de nagaïka et leur font chanter : Majofès, le saint et vieux chant du sabbat. Le cortège arrive en vue de la gare ; Kozyr Zyrko fait tirer dedans, dans le chant et dans la chair à obus fusants. Et vive Kozyr Zyrko !

Le sang est un mauvais alcool pour les sauvages. Les sauvages ne sont pas tous en Afrique ou dans le Pacifique. Il n’est pas indispensable, pour être sauvage, de vivre nu. Les nôtres, les sauvages européens, soldats des bandes d’Ukraine, étaient bottés, vêtus et décorés.

Nous arrivons à la phase cruelle et sadique.

Là, à Ovroutch, peu de chose. On oblige les Juifs à se fouetter les uns les autres, puis l’auteur de la fessée à baiser l’endroit meurtri. Mais passons à Proskourov : les tueries étaient, jusqu’à présent, suivies de pillages. On voyait même souvent les paysans qui, eux, ne participaient pas à la fête de sang, accourir avec des paniers et des hottes au son du massacre pour récolter les restes des cosaques. L’affaire de Proskourov revêt un caractère sacré. La tuerie ne serait pas la préparation au pillage. On tuerait sans intérêt, par devoir. L’ataman Semossenko le fait jurer à ses compagnons, sur l’étendard : les mains dans le sang mais propres !

Et la compagnie, musique en tête, ambulance en queue, se met en marche. Elle traverse Proskourov, arrive au ghetto et commence le travail. La pureté des intentions exige que l’on opère à l’arme blanche. Par groupes d’une quinzaine d’hommes, ils entrent dans les maisons et, des magasins aux étages, sans perdre leur temps dans les escaliers, ils embrochent à la baïonnette tous les Juifs rencontrés. Les cosaques ne tirent que lorsque les Juifs, mal tués, arrivent à s’échapper. Tout est fouillé, jusqu’aux berceaux ! À ceux qui offrent de l’argent pour éloigner la mort, ils répondent : « Nous n’en voulons qu’à votre vie. » Un prêtre, crucifix en mains, sort d’une église et les supplie, au nom du Christ, d’arrêter le massacre. Ils tuent le prêtre. On attache les enfants sur le cadavre chaud des pères. Au moment du viol, on mélange dans la même furie les mères et les filles. Quinze cents tués entre trois et six heures de l’après-midi.

À Felchtine, à Chargorod, à Pestchanka, les cosaques sont encore plus cosaques. Ils coupent les langues, crèvent les yeux. Ils forcent les mères à leur présenter leurs enfants à bout de bras et décapitent la petite victime. On déshabille les hommes, on les unit par la main, on leur ordonne de chanter, de danser, puis : « Feu ! »

À Bratslav, on pend les Juifs par les mains, on taille leur chair à coups de sabre. Les morceaux qui tombent, on les fait cuire. On joue aux boules avec les têtes.

Les mères s’offraient pour sauver leurs enfants. Les cosaques répondaient : « Il faut tuer les youpins dans l’œuf. » Et ils éventraient les anges ! On attachait des hommes, des femmes et des enfants à la queue des chevaux. On rasait les mâles et, avant de les mettre à mort, on les obligeait à manger leur barbe. Le père, à quatre pattes, était contraint de lécher le sang de son fils. Un rabbin, montrant soixante-dix enfants, cria aux cosaques : « Vous avez tué leurs pères et leurs mères ; maintenant, que vais-je faire d’eux ? — Feu sur tous ! » fut la réponse. Et vive l’ataman !

Pourquoi ces pogromes ? Pourquoi les Turcs tuaient-ils les Arméniens ? Pourquoi le chat arrache-t-il les yeux du chien ? Parce que la race parle plus haut que l’humanité. Un Slave a toujours un Hébreu sur l’estomac. La longue vie en commun ne les a pas rapprochés. Un Polonais, un Russe chassent un Juif du trottoir comme si le Juif, en passant, leur volait une part d’air. Un Juif, pour un Européen oriental, est l’incarnation du parasite.

Les malheurs ont des causes. Ailleurs, on recherche ces causes en toute indépendance d’esprit. Ici, quel que soit le malheur, la première cause qui se présente à l’esprit est le Juif. On ne pense pas sans saisissement que les Juifs sont les inventeurs du bouc émissaire. Leurs prêtres chargeaient l’animal de tous les péchés et le chassaient devant eux. Les peuples de l’Est ont retenu l’idée. Ils ont remplacé le bouc par le Juif !

La cause fondamentale des pogromes est l’horreur du Juif.

Après viennent les prétextes. Ils sont multiples. Dans le cas des pogromes d’Ukraine, le prétexte était le bolchevisme. Les cosaques de Petlioura étant antibolcheviks, les Juifs, par le jeu même et de tous temps admis, devaient être bolcheviks.

Voyez le ton du différend. Prenons par exemple cet ordre du jour signé Semossenko, affiché à Proskourov la veille des massacres :

« J’engage la population à cesser ses manifestations anarchiques. J’attire là-dessus l’attention des youpins. Sachez que vous êtes un peuple que toutes les nations détestent. Vous semez le trouble parmi le peuple chrétien. Est-ce que vous ne voulez pas vivre ? Et n’avez-vous pas pitié de votre nation ? Si on vous laisse tranquilles, eh bien ! restez tranquilles. Peuple malheureux, vous ne cessez de faire régner l’inquiétude dans les esprits du pauvre peuple ukrainien. »

Et si la grêle hache les moissons, c’est aussi, sachez-le bien, la faute d’Israël !

Voilà ce que l’on est quand on est Juif, dans les pays où nous arrivons ! »

Extrait de « Le juif errant est arrivé » de Albert Londres

Les pogroms qui se dérouleront après l’assassinat du tsar Alexandre II de Russie, de mars 1881 à avril 1884, feraient presque oublier les trois tragédies qui ont lieu à Odessa en 1821, en 1859 et en 1871. Une première vague de deux cent cinquante-neuf pogroms frappent Odessa, Kiev et également Varsovie. Des écrivains témoignèrent de la violence, des incendies, des pillages, des viols.

Un tournant majeur dans l’histoire juive d’Ukraine se produit donc en mars 1881, quand le tzar russe Alexandre II fut assassiné par une grenade lancée par un membre d’un petit cercle socialiste. Des rumeurs circulent dans tout l’empire russe affirmant que le nouveau tzar, Alexandre III, a donné au peuple le droit de « battre les Juifs » en guise de représailles. La première vague de massacres désignés comme pogroms commence et dure jusqu’en 1884, les plus nombreux survenant dans la zone de Résidence, correspondant aux actuelles Biélorussie et Ukraine, où les Juifs étaient les plus nombreux et où, cent ans plus tôt, ils affermaient les grands domaines fonciers de l’aristocratie polonaise catholique, domaines où travaillaient les serfs ukrainiens orthodoxes, que les popes excitaient contre les « tueurs du Christ » et dont les cosaques s’auto-proclament « défenseurs et vengeurs » (захисники та месники - zakhisniki ta miesniki). Au cours de ces deux ans, on rapporte des actes de violence contre les Juifs dans plus de 200 localités. Haïm Nahman Bialik, témoin oculaire des vagues de violence à Odessa le 3 mai 1881, crie son horreur et son dégoût :

« Lève-toi, va-t-en dans la ville du massacre, viens dans les cours

Voir de tes yeux et palper de tes mains sur les barrières

Et sur les arbres, sur les pierres et le crépi des murs

Le sang coagulé et la cervelle durcie des victimes (...)

Demain la pluie tombera, le charriera dans un fossé, vers les champs

Le sang ne criera plus des puisards ni des haumiers,

Car il sera perdu dans l’abîme ou abreuvera le chardon

Et tout sera comme avant, comme si de rien n’était. »

— Extrait du poème be’ir haharegah (en fr. Dans la ville du massacre)

L’ambiance d’anarchie, l’apparente incapacité ou la réelle réticence des autorités russes à contrôler la violence des cosaques ou des civils, ont un impact majeur sur les Juifs ukrainiens : certains se replient sur la religion et leurs communautés, d’autres se tournent vers le socialisme qui promet l’émancipation et l’égalité, articulé par le Bund général et le Bund juif et d’autres encore incarnent les premiers frémissements du sionisme moderne, articulé par le mouvement Bilou qui envoie, en 1882, ses premiers émigrants fonder des communautés en Palestine. Plus tard, la Jewish Colonization Association prendra le relais, pas seulement vers la Palestine mais vers d’autres destinations.

Trotsky et la question juive, par Arlene Clemesha :

« Le plus terrible pogrom jamais exécuté jusqu’alors en Russie avait été perpétré, en avril 1903 (peu de temps avant la conférence de Karlsruhe), dans l’empire russe, et plus précisément dans la partie ukrainienne de leur « zone de résidence ». Les quartiers juifs de Kichinev furent détruits, les maisons dévastées, des centaines de Juifs blessés ou tués. Le tristement célèbre « pogrom de Kichinev » consterna le monde entier et engendra l’adoption par toutes les langues du terme « pogrom » comme synonyme de « massacre ». Celui-ci fut diligenté par des policiers du tsar et par des Cent-Noirs, mais les pogromistes étaient en grande partie des gens du peuple, ouvriers et travailleurs comme les Juifs qu’ils persécutaient. »

« Les pogroms de 1905 « Président du soviet de Saint-Pétersbourg (le premier soviet de l’histoire), Trotsky prit part en 1905 à la création des unités d’autodéfense juives à Kiev et à Saint-Pétersbourg ; il prôna la participation conjointe de Juifs et de non-Juifs pour résister aux actes de vandalisme. Comme le rappelle Glotzer, cet acte fut le premier d’une série d’interventions de Trotsky contre les manifestations anti-juives, jusqu’à son assassinat en 1940(15). Les premières unités d’autodéfense - les BO (Beovie Otriady) - furent créées par le Bund en 1903. Mais durant la révolution de 1905 (et la réaction hostile qu’elle entraîna), le nombre de pogroms fut si élevé que les efforts isolés du Bund ne parvinrent pratiquement pas à défendre la population juive. Albert Glotzer raconte que Trotsky, après l’échec de la révolution de 1905, avait été choqué par l’atrocité des massacres et les évoqua dans ses écrits, plus que nul autre militant du parti. Dans 1905, il fait une description de plus de trois pages, vivante et minutieuse, du pogrom d’Odessa. Les extraits ci-dessous montrent que la police, l’Église et d’autres organes liés au pouvoir tsariste préparèrent le pogrom, divulguèrent des rumeurs mensongères sur les Juifs, encouragèrent la population et dirigèrent le massacre : « Lorsqu’un pogrom doit avoir lieu, tout le monde le sait d’avance : des appels sont distribués, des articles odieux paraissent dans l’organe officiel de presse Goubernskia Viedomosti (L’Information provinciale) (…) de sinistres rumeurs se répandent parmi les masses ignorantes : "les Juifs s’apprêtent à attaquer les orthodoxes", "les socialistes ont profané une icône véritable", "les étudiants ont mis en pièces un portrait du tsar" (…). Lorsque le grand jour arrive, l’office divin est célébré à la cathédrale : un sermon est prêché. En tête du cortège patriotique marche le clergé, portant un portrait du tsar emprunté à la police, avec d’innombrables drapeaux nationaux. Tout commence : des vitrines sont brisées, des passants maltraités, l’alcool coule à flots. La fanfare militaire joue inlassablement l’hymne russe : "Que Dieu veille sur l’empereur !" - c’est l’hymne des pogroms. (…) Protégée par-devant et sur ses arrières par des patrouilles de soldats, par un escadron de cosaques, dirigée par des policiers et des provocateurs, accompagnée de mercenaires (…), la bande s’élance à travers la ville dans une folie d’ivresse et de sang (…). Le va-nu-pieds est maître de la situation. Tout à l’heure encore esclave tremblant, pourchassé par la police, mourant de faim, il sent qu’à présent aucune barrière ne s’oppose à son despotisme (…). Il peut tout faire, il ose tout faire (…) "Que Dieu veille sur l’empereur !" Voici un jeune homme qui a vu la mort de si près que ses cheveux ont soudainement blanchi. Voici un garçonnet de dix ans qui a perdu la raison en voyant les cadavres mutilés de ses parents. Voici un médecin-major qui a connu toutes les horreurs du siège de Port-Arthur sans broncher, mais n’a pu supporter quelques heures du pogrom d’Odessa (…). D’autres tombent à genoux devant les officiers, les policiers ; devant les assassins, ils tendent les bras, baisent les bottes des soldats et les supplient. On leur répond par des rires d’ivresse : "Vous avez voulu la liberté, goûtez-en les douceurs !" En ces mots se résume la morale, l’infernale politique des pogroms" (16). »

En 1911 commence l’affaire Beilis, l’accusation d’assassinat rituel contre Mendel Beilis, simple travailleur juif de Kiev. Les accusations contre Beilis furent prononcées par le ministre de la Justice, sous l’influence de Schelovitov, antisémite notoire. Le procès prit fin en 1913, Beilis fut innocenté mais, grâce aux rumeurs qui avaient circulé sur la « nature maligne et criminelle des Juifs », le gouvernement tsariste en sortit vainqueur ; il était parvenu à fomenter l’antisémitisme et à instaurer un climat qui allait entraîner une vague de pogroms à Kiev.

Durant la guerre civile, les gardes blancs de Petlioura et Koltchak, aidés par l’armée anarchiste anti-bolchévique de Nestor Makhno, furent les auteurs, en Ukraine, de plus de mille pogroms, 125 000 Juifs périrent et 40 000 furent blessés, sans compter les pillages systématiques qui anéantirent la région. Pour Wistrich, les attaques contre les Juifs durant la guerre civile « étaient, tout du moins en partie, une réaction contre le "yid" Trotsky et les armées bolchéviques sous son commandement ». Ce que Wistrich suggère doit être pris en considération. Cela signifie que les pogroms perpétrés par les troupes blanches, et les anti-bolchéviques en général, furent souvent un acte de vengeance contre une révolution qu’ils jugeaient l’ « œuvre de Juifs ». Selon Mandel, les massacres perpétrés par les Blancs firent « le plus grand nombre de victimes juives avant le massacre nazi ».

Les pogroms antisémites que perpètrent ou laissent perpétrer les généraux blancs font plusieurs centaines de milliers de victimes et constituent les pires massacres anti-juifs jamais perpétrés avant la Shoah.

Les pogroms antisémites ont été l’un des grands crimes des Blancs, provenant du fait que les Juifs étaient systématiquement considérés comme des alliés objectifs des Rouges.

Malgré l’adhésion au bolchevisme d’une minorité de Juifs seulement, le département de Surveillance et de Propagande de l’armée Blanche (OSVAG) et la presse blanche diffusaient en permanence une lourde propagande antisémite puisant son inspiration dans les Protocoles des Sages de Sion et affirmant haut et fort l’équivalence entre le Juif et le bolchevik. Le cahier photos du recueil est édifiant. Y sont reproduites notamment des affiches de l’OSVAG datant de 1919. Sur une, intitulée « Paix et Liberté dans le pays des Soviets », Léon Trotski, gras et velu, assis sur la muraille du Kremlin, surveille une montagne de crânes des victimes de la Tcheka, pendant que ses sbires aux faciès non russes préparent l’exécution d’un malheureux moujik. Sur une autre, une femme dans un couvre-chef typiquement russe est sacrifiée sur l’autel de l’Internationale, couronné d’une tête de Marx. Lénine qui préside le rituel est entouré de dirigeants communistes juifs qui sont prêts à enfoncer leurs couteaux dans la chair de la victime.

De 1918 à 1920, rien qu’en Ukraine, essentiellement du fait de l’Armée de volontaires, une des principales armée blanches, plus de 1 500 pogroms se produisirent à 1 300 emplacements différents. Suivant diverses évaluations entre 50 000 et 200 000 Juifs furent tués ou blessés. Environ 200 000 furent blessés ou mutillés. Des milliers de femmes furent violées. Environ 50 000 épouses devinrent veuves, environ 300 000 enfants devinrent orphelins.

Trois grandes vagues de pogroms peuvent être distinguées en Biélorussie durant la période 1918-1922. La première, lors de l’occupation polonaise de 1919-1920 pendant la guerre russo-polonaise contre la révolution russe. Le massacre de Pinsk le 5 avril 1919 en est un exemple. La deuxième est une « épidémie » de pillage et de meurtres accomplis surtout par un des détachements appelés « bandes ». La troisième est une « orgie de banditisme à caractère pogromiste » en décembre 1920 et au début 1921.

L’Armée populaire ukrainienne de Simon Petlioura commit davantage de pogroms que l’armée Blanche et fut l’auteur des pires atrocités de cette période. Par exemple, à Proskourov, les 15 et 16 février 1919, près de 1 500 Juifs (y compris des vieillards et des bébés) furent massacrés à l’arme blanche par des petits groupes de tueurs cosaques, sur l’ordre de l’ataman Semesenko (commandant d’une unité de l’Armée populaire ukrainienne) qui exigeait l’extermination totale des Juifs, « l’ennemi le plus perfide et le plus dangereux du peuple ukrainien ». Cet acharnement très particulier des Cosaques s’explique, en plus de leur antisémitisme traditionnel, par la campagne de « décosaquisation » menée sans pitié par les bolcheviks.

Après la mort de Kornilov en avril 1918, la direction de l’ armée des volontaires passa à Anton Denikin . Sous le régime de Dénikine, la presse a régulièrement encouragé la violence contre les juifs. Par exemple, une proclamation d’un des généraux de Dénikine a incité les gens à « s’armer » afin d’extirper « la force maléfique qui vit dans le cœur des juifs-communistes ». Rien que dans la petite ville de Fastov, l’armée des volontaires de Dénikine a assassiné plus de 1 500 Juifs, principalement des personnes âgées, des femmes et des enfants. On estime que 100 000 à 150 000 Juifs en Ukraine et dans le sud de la Russie ont été tués dans des pogroms perpétrés par les forces de Dénikine ainsi que par les nationalistes-séparatistes de Petlyura. Des centaines de milliers de Juifs se sont retrouvés sans abri et des dizaines de milliers ont été victimes de maladies graves. Dans la province du Don, le gouvernement soviétique a été déplacé par un régime dirigé par Pyotr Krasnov formé en avril 1918. Selon Walter Laqueur, plus de 45 000 personnes ont été abattues ou pendues par le régime des Cosaques blancs de Krasnov, qui a duré jusqu’à ce que l’Armée rouge ait conquis la région. après leur victoire à Tsaritsyne . Des exécutions massives ont eu lieu en 1918 dans les territoires sous occupation blanche. Lors d’un incident, le commandant de la 3e division de l’armée des volontaires, M. Drozdovsky, a donné l’ordre de tirer sur plus de 1 000 prisonniers capturés. En 1918, lorsque les Blancs contrôlaient le Territoire du Nord avec une population d’environ 400 000 personnes, plus de 38 000 furent envoyés en prison. Parmi ceux-ci, environ 8 000 ont été exécutés tandis que des milliers d’autres sont morts de torture et de maladie. Terreur blanche (Russie) - https://fr.qaz.wiki/wiki/White_Terr...)

« Treblinka, la révolte d’un camp d’extermination » de Jean-François Steiner :

« Dans les territoires occupés par la Wehrmacht, en Pologne, en Ukraine, en Biélorussie, dans les Etats Baltes, vivait une population juive de plusieurs millions d’hommes. En conséquence, le Reichsfûhrer SS Heinrich Himmler donna l’ordre de « traiter » les terres nouvelles conquises par le troisième Reich dans son expansion vers l’Est. L’opération devait se dérouler en deux phases. Premier temps : regroupement des Juifs dans un certain nombre de ghettos ainsi créés. Deuxième temps : liquidation progressive des ghettos ainsi créés. (…) Les « techniciens » de la solution finale arrivèrent à Vilna dans les fourgons de la Wehrmacht. Sans perdre un instant, ils s’attaquèrent au premier point du programme : la mise au ghetto. Mais pour qu’elle se fasse sans désordre, ils imaginèrent d’obtenir le concours des Juifs eux-mêmes et, pour cela, procédèrent à une mise en condition psychologique. (…) Pour eux (les techniciens), le pogrom ne représentait pas une fin en soi mais un moyen de donner aux Juifs l’envie de se réfugier derrière les murs d’un ghetto. (…) La première mesure fut la création d’unités spéciales pogromistes. On leur donna le nom ronflant : Iptiagas (les élus), et on en vêtit les membres d’uniformes martiaux. (…) le premier pogrome eut lieu le lendemain dans un faubourg de la ville, à Chmipichok. (…) L’espoir revenait à pas lents lorsque le 17 juillet 1941 éclata le pogrom général. (…) Lorsque les « techniciens » leur ordonnèrent de nommer un Judenrat (Conseil juif), beaucoup crurent que la vie allait reprendre son cours, que les pogroms n’avaient été que des concessions faites par les occupants aux Lituaniens. Quand le Judenrat reçut l’ordre d’enregistrer tous les Juifs ceux-ci se présentèrent sans difficulté. (…) Les pogroms restaient le dernier élément qui empêchait la vie de reprendre un cours à peu près normal. Alors, quand le bruit de la création d’un ghetto commença à courir, beaucoup pensèrent : « A l’intérieur du ghetto, nous serons pauvres et à l’étroit, mais on nous laissera en paix, il n’y aura plus d’enlèvements. » La mise en condition avait duré deux mois. Elle s’était déroulée sans u mouvement de révolte, sans une violence inutile. Les « techniciens » préparèrent l’ »opération ghetto » avec soin. (…) En marche vers le ghetto, on allait scinder la colonne en deux à un certain carrefour. Une des branches irait vers le ghetto dont les Juifs ignoraient encore l’emplacement, et l’autre… Cet inconnu prit un nom le 2 septembre (…) : Ponar. »

Pogroms de Kichinev (1903 et 1905)

Pogrom de Moldavanka (Odessa- 1905)

Pogroms antisémites en Russie

Pogrom de Lwów de 1918

Génocide en Galicie orientale

Massacres antisémites liés à l’anticommunisme

Au XXe siècle, le mythe le plus puissant et le plus destructeur fut celui du judéo-bolchevisme — ce qui pourrait sembler paradoxal à une époque où la pensée dominante et les médias s’emploient à taxer la gauche radicale d’antisémitisme. Les tenants de cette thèse fantasmagorique font du communisme une invention des Juifs, lesquels auraient endossé les habits de révolutionnaires pour mieux étendre leur pouvoir partout dans le monde. Responsables des crimes commis par des communistes, ils auraient provoqué les réactions antisémites qui ont inévitablement sanctionné leurs méfaits. Dans le tumulte de la guerre de 1914-1918 et de la révolution russe de 1917, suivies de l’effondrement des empires d’Europe de l’Est, le mythe judéo-bolchevique, vivace chez les Russes « blancs » (contre-révolutionnaires) et les groupes armés fidèles au gouvernement national ukrainien, déclenche une vague de pogroms qui causent la mort de 180 000 Juifs et plongent 500 000 d’entre eux dans la misère la plus totale. En Hongrie, après l’effondrement d’un éphémère régime bolchevique, les contre-révolutionnaires instaurent une « terreur blanche » qui fait 3 000 morts, dont la moitié de Juifs. Prises d’une même panique, l’Europe occidentale et l’Amérique redoutent que cette population traquée d’Europe de l’Est qui fuit le chaos apporte avec elle le virus révolutionnaire. Les appels à fermer les frontières se multiplient. Dans les années 1930, Adolf Hitler décrit l’Union soviétique comme un colosse judéo-bolchevique fondamentalement hostile au nationalisme ethnique dont les nazis se veulent les chefs de file. Quand l’Allemagne déclare la guerre à l’Union soviétique, en 1941, la propagande nazie justifie cette invasion préventive en représentant l’Europe attaquée par des hordes de barbares asiatiques menées par des commissaires du peuple juifs sans pitié. De la victoire de l’Allemagne dépendrait la survie du continent. Cette idée motive l’exécution de communautés juives entières dans l’Union soviétique occupée, qui marque le début du génocide des Juifs d’Europe. De la France à l’Ukraine, les collaborateurs des nazis contribuent au génocide afin de s’attirer les faveurs de Hitler. Les auteurs de ces actes croient-ils au mythe du judéo-bolchevisme ? À n’en pas douter. Après tout, Léon Trotski n’est-il pas né Lev Davidovitch Bronstein ? Tout comme Maxime Litvinov, ministre soviétique des affaires étrangères de 1930 à 1939. D’autres grandes figures révolutionnaires ont aussi des ancêtres juifs, de Grigori Zinoviev — président de l’Internationale communiste de 1919 à 1926 — à la théoricienne révolutionnaire Rosa Luxemburg, sans oublier le grand philosophe Karl Marx. En outre, les journalistes européens de l’entre-deux-guerres s’empressent d’affirmer que les Juifs colonisent les postes à responsabilité dans de nombreux partis communistes. D’après certains calculs, trente des quarante-huit commissaires du peuple du soviet hongrois de 1919 seraient juifs (1). Ces faits accréditent le mythe. Il suffit cependant de changer de perspective pour que les statistiques prennent un tout autre sens. Certes, on comptait nombre de Juifs parmi les communistes ; mais beaucoup d’autres ne voulaient pas entendre parler de ce mouvement. Dans les années 1920, le Parti communiste polonais compte 20 à 40 % de Juifs, mais seuls 7 % des Juifs polonais votent pour ce parti. Bien des membres de cette communauté persécutée défendent d’autres visions de l’avenir : des idéologies comme le sionisme, le bundisme (2) ou le socialisme, autant de promesses d’un monde nouveau, exercent une séduction bien plus forte. Pour beaucoup, devenir communiste implique de rompre avec la religion de leurs aïeux, un coût moral que tous ne sont pas prêts à payer. D’autres, emportés, comme leurs compatriotes, par la montée des nationalismes, s’engagent corps et âme pour les pays où ils vivent. D’autres encore, par dévotion religieuse ou par inclination personnelle, se tiennent à l’écart de la politique. La modernité offre aux Juifs comme aux non-Juifs un large éventail de voies possibles. Se focaliser sur ceux qui sont devenus communistes revient à prendre une partie pour le tout.

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En Ukraine, des pogroms dont l’Occident se lavait les mains

« Ces massacres ont eu lieu au cours de la guerre civile qui opposa principalement les bolcheviks aux armées « blanches » (contre-révolutionnaires) sur les terres de l’ancien empire tsariste. Aux yeux de ses ennemis, la révolution bolchevique était un complot juif ; par extension, derrière tout Juif se dissimulait un communiste. Au total, quelque 1 500 pogroms dévastèrent la Russie, la Biélorussie et surtout l’Ukraine. où ce stéréotype exprimait toute sa puissance dévastatrice, alors que la dislocation de l’empire russe avivait les aspirations à l’indépendance. Outre l’Armée des volontaires du général Anton Denikine et l’Armée rouge, les combats impliquèrent les troupes nationalistes de Petlioura et, dès mars-avril 1919, des bandes armées paysannes insurgées dites « vertes ». Ces affrontements débridèrent un antisémitisme séculaire. Au milieu des tirs croisés, les pogroms firent en Ukraine cent mille morts et autant de blessés. Ils saccagèrent les demeures d’un demi-million de personnes, transformées en mendiants et en vagabonds. La majorité d’entre eux ressemblèrent à celui qui, les 15 et 16 février 1919, ravagea la bourgade de Proskourov (aujourd’hui Khmelnytsky). Selon le responsable du département d’aide aux victimes des pogroms de la Croix-Rouge russe en Ukraine, les soldats d’une unité de l’armée nationaliste de Petlioura « forçaient les portes des maisons, sortaient leur sabre et commençaient à tuer tous les Juifs qui leur tombaient sous la main, sans distinction d’âge ou de sexe. Ils tuaient les vieillards… »

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Massacre des Juifs et combat de la bourgeoisie contre le communisme

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