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Accueil du site > 01 - Livre Un : PHILOSOPHIE > LIVRE UN - Chapitre 10 : Dialectique naturelle et sociale > Aristote, l’anti-dialecticien

Aristote, l’anti-dialecticien

dimanche 23 mai 2010, par Robert Paris

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"une proposition dialectique [la demande] face à laquelle il est possible de répondre par oui ou par non"

Aristote

dans "Les topiques"

Extraits

de "LEÇONS DE PHYSIQUE" d’Aristote

LIVRE V.

DU MOUVEMENT.

CHAPITRE PREMIER.

Théorie générale du mouvement ; espèces diverses du changement confondu avec le mouvement ; mouvement indirect et accidentel ; mouvement partiel, et mouvement en soi et total. Ces distinctions s’appliquent au moteur comme au mobile. - Le changement ne peut être séparé du mouvement ; changement par accident ; changement partiel ; changement en soi. Mouvement à partir du centre vers les extrêmes, qui sont contraires entr’eux, comme le milieu est contraire à l’un et à l’autre tout ensemble.

Ch. 1. II faut remarquer que ce premier chapitre du Livre V se lie au précédent par une particule adversative, qui fait en quelque sorte une phrase unique de celle qui termine le IVe Livre, et de celle qui commence celui-ci. Ce n’est pas là une preuve bien forte que le Ve Livre soit la suite régulière des autres ; mais ce qui le démontre péremptoirement, c’est que toutes les théories antérieures n’ont été présentées que comme des préliminaires à la théorie du mouvement. Sans cette dernière, la Physique serait complètement mutilée ; et elle n’aurait aucun sens. Ainsi le Ve Livre tient aux autres par les rapports les plus étroits et les plus évidents. Voir plus haut, Livre III, ch. 1, § 1 ; et aussi la Dissertation préliminaire sur la composition de la Physique. Ce premier chapitre sur le mouvement se trouve analysé et parfois textuellement reproduit dans la Métaphysique, Livre XI, ch. 44, p. 1067, édit. de Berlin.

§ 1. Tout ce qui change vient à changer, soit par accident, comme, par exemple, lorsqu’on dit que le musicien marche, parce que l’être pour lequel c’est un accident d’être musicien se met à marcher ; soit quand on dit d’une manière absolue qu’une chose change, parce qu’une partie de cette chose vient à changer, comme cela se dit de toutes les choses dont le changement n’est considéré que dans leurs parties ; ainsi on dit que le corps de quelqu’un se guérit, parce que l’œil, ou la poitrine se guérissent, quoique ces organes ne soient que des parties du corps entier. Enfin, dans un dernier et troisième sens, on dit d’une chose qu’elle se meut, non plus parce qu’elle se meut par accident, ni parce que quelqu’une de ses parties est eu mouvement, niais parce qu’elle se meut primitivement elle-même, et c’est là ce qu’est le mobile en soi.

§ 1. Tout te qui change, le changement se confondant toujours avec le mouvement ; voir plus haut, Livre IV, ch. 15, § 7. - Soit par accident, ou indirectement. - Le musicien marche, c’est accidentellement ou indirectement qu’on dit du musicien qu’il marche ; car ce n’est pas parce qu’il est musicien qu’il marche, et en tant que musicien il ne fait que de la musique. - C’est un accident, ou un attribut. - D’une manière absolue, et sans mettre aucune limite ni réserve. Ainsi, on dit de quelqu’un qu’il est guéri, parce qu’une simple partie de lui-même, son œil, sa poitrine sont guéris de l’affection qui les affligeait ; c’est qu’on prend alors la partie pour le tout ; et dans ce sens le changement n’est que partiel, au lieu d’être total. Le mouvement ainsi compris est encore en quelque sorte accidentel. - Dans un troisième et dernier sens, le texte n’est pas aussi formel. - Parce qu’elle se meut primitivement elle-même, c’est-à-dire dans sa totalité, et en ne puisant son mouvement qu’en elle seule. - Mobile en soi, c’est-à-dire ce qui est mu en soi et pour soi, sans aucun rapport à ses attributs ou à ses parties.

§ 2. Mais dans chaque espèce de mouvement, le mobile en soi est différent : par exemple, un être qui s’altère ; et dans le mouvement même de l’altération, l’être devient différent, selon qu’il se guérit on qu’il s’échauffe.

§ 2. Dans chaque espèce de mouvement, voir les Catégories, ch. 16, p. 128 de ma traduction. - Un être qui s’altère, l’altération est le mouvement dans la qualité ; l’être change de qualité et d’attributs sans changer de place et de quantité ; ainsi, un corps qui est noir devient blanc ; il s’altère ainsi et devient autre ; c’est un mouvement sur place et en soi, puisque c’est l’être qui change d’un état à un autre état. - Et dans le mouvement de l’altération, le texte n’est pas aussi précis. - Devient différent, en passant d’un état à un état différent. - Se guérit ou qu’il s’échauffe, ces deux mouvements sont des mouvements de simple altération. De malade l’être redevient sain ; et du froid, il passe à la chaleur.

§ 3. Du reste ces distinctions sont tout à fait les mêmes pour le moteur. Ainsi ou le moteur meut accidentellement ; ou il meut partiellement, parce qu’une de ses parties peut créer le mouvement ; ou bien enfin, il ment en soi primitivement ; par exemple, le médecin guérit, et la main frappe.

§ 3. Ces distinctions, le texte n’est pas aussi formel. - Les mêmes pour le moteur, que pour le mobile, dont on vient de parler ; c’est-à-dire qu’on distingue le moteur par accident, le moteur dans une de ses parties, et enfin le moteur en soi. - Accidentellement.., partiellement... primitivement, distinctions pareilles à celles du § 9. Ces distinctions peuvent paraître trop subtiles, quoiqu’elles soient exactes. - Le médecin guérit, ce n’est pas l’homme qui en soi guérit ; mais c’est le médecin seul, puisque c’est en tant que médecin qu’il guérit la maladie qu’il soigne comme tel. - Et la main frappe, cet exemple n’est peut-être pas assez clair ; car la main est bien la partie qui frappe directement, quand quelqu’un porte en coup à un autre ; mais la main n’a pas de mouvement propre, et elle obéit à une impulsion qui ne vient pas d’elle.

§ 4. Il y a donc ici plusieurs termes à considérer : d’abord le moteur initial ; puis le mobile, ou l’objet mu ; en troisième lien, le temps dans lequel le mouvement se fait ; enfin, outre ces trois termes, il y a encore le point d’où l’on part, et celui où l’on arrive ; car tout mouvement part d’un certain point pour arriver à un autre point ; et l’on doit distinguer comme très différents et le premier mobile, et le point vers lequel ce mobile cet poussé par le mouvement, et le point d’où il est parti. Soient, par exemple, le bois, le chaud et le froid. De ces trois ternies, l’un désigne l’objet, l’antre désigne l’état où il tend, et le dernier l’état d’où il part. C’est évidemment dans le bois qu’est le mouvement, et non point dans sa forme ; car la forme ne donne ni ne reçoit le mouvement, non plus que le lieu ou la quantité ne le reçoivent ni ne le donnent. Mais il y a là un moteur, un mobile et un état vers lequel le mobile est mu ; or, c’est l’état vers lequel tend le mouvement qui décide du nom donné au changement bien plutôt que l’état d’où le mouvement est parti. Voilà comment la destruction des choses est leur changement en non-être, bien que la chose détruite ne puisse changer qu’en venant de l’Etre ; et la génération est un changement vers l’être, bien que ce soit du non-être qu’elle parte.

§ 4. Plusieurs termes à considérer, le texte n’est pas aussi explicite. - Le moteur initial, le principe même du mouvement, la première cause de tout le mouvement, quelles qu’en soient les conséquences diverses. - Ou l’objet mu, j’ai ajouté cette paraphrase. - En troisième lieu, le texte n’est pas aussi formel. - Le mouvement se fait, j’ai ajouté ces mots. - Ces trois termes, même observation. - Le point ou l’état. - D’un certain point, ou D’un certain état.- Et le premier mobile, c’est-à-dire le mobile qui est le premier à recevoir le mouvement. - Ce mobile est poussé par le mouvement, le texte est moins explicite, et les formules dont se sert Aristote dans tout ce passage sont très concises. - Le point d’où il est parti, même observation. - Le bois, peut-être l’exemple pouvait-il être mieux choisi, bien qu’il soit ici sans importance. - L’état où il tend, c’est-à-dire l’état de chaleur. - L’état d’où il part, c’est-à-dire que le bois était d’abord froid avant de devenir chaud. - Qu’est le mouvement, ou plutôt le changement, puisqu’il s’agit d’une simple altération sans déplacement. - Et non point dans sa forme, la forme c’est ici le chaud ou le froid, selon les états différents où le bois se trouve et la forme comprend ainsi le point de départ et le point d’arrivée. - Le lieu, où est le corps qui meut ou qui est mu. - Ou la quantité, qui compose le corps et lui donne ses dimensions. - Mais il y a là, le texte est aussi vague que ma traduction. - Et un état, ou un point. - Qui décide du nom, le texte n’est pas tout à fait aussi formel.- L’état d’où ce mouvement est parti, ainsi, d’une chose noire qui devient blanche, on dit qu’elle blanchit et non pas qu’elle dénoircit, parce qu’on regarde à l’état vers lequel tend le mouvement et non point à l’état d’où il part. - Leur changement en non-être, la destruction d’une chose fait que cette chose n’est pas ; mais pour ne plus être, il faut que d’abord elle ait été. Le non-être est le point où elle arrive ; et l’être est au contraire le point d’où elle est partie. - La génération, opposée à la destruction. - Est un changement vers l’être, pour qu’une chose soit engendré ou produite, il faut d’abord qu’elle ne soit pas ; et c’est en partant du non-être qu’elle arrive à être et qu’elle est.

§ 5. On se rappelle que nous avons défini plus haut la nature du mouvement.

§ 5. Nous avons défini plus haut, voir plus haut, Livre III, ch. 1, § 12 - La nature du mouvement, et il a été établi que le mouvement est dans le mobile, Livre III, ch. 1, § 3 ; par conséquent, le mouvement n’est ni dans le point de départ, ni dans le point d’arrivée. C’est ainsi qu’on peut rattacher ce § 5 aux idées précédentes.

§ 6. Quant aux formes, aux affections et au lieu vers lequel se meuvent toutes les choses qui se meuvent, ils sont immobiles, comme, par exemple, la science ou la chaleur.

§ 6. Quant aux formes, c’est-à-dire la génération et la destruction, selon que les choses naissent ou périssent. - Aux affections, le froid ou le chaud, et autres qualités analogues. - Et au lieu, si le mouvement se produit par déplacement dans l’espace, au lieu de se produire par accroissement ou décroissement, et par modifications dans la qualité. - Ils sont immobiles, et, par conséquent, ce n’est pas là qu’il faut chercher le mouvement. - La science, est une sorte de repos auquel l’esprit arrive par le mouvement de l’étude. Voir plus haut, Livre III, ch. 2, § 10. - Ou la chaleur, état dernier où s’arrête le mouvement, quand le bois, par exemple, de froid qu’il était tend à devenir chaud.

§ 7. Toutefois on peut se poser cette question : Si les affections des choses sont des mouvements, et si la blancheur est une affection, il pourrait donc y avoir un changement qui tendrait au mouvement.

§ 7. Les affections des choses sont des mouvements, cette hypothèse est fausse ; et les affections, loin d’être des mouvements, sont plutôt des repos, puisque ce sont des états définitifs auxquels le mouvement vient aboutir. - Un changement qui tendrait au mouvement, et qui, par conséquent, ne serait pas lui-même un mouvement. Mais la blancheur, si elle est en effet une affection, n’est pas mobile pour cela ; et elle est, au contraire, un état où le corps ne change plus, une fois qu’il y est arrivé.

§ 8. A cela il faut peut-être répondre que ce n’est pas la blancheur elle-même qui est un mouvement, mais que c’est le blanchissement.

§ 8. Ce n’est pas la blancheur elle-même, la blancheur n’est qu’un état ou une affection permanente de la chose. - C’est le blanchissement, j’ai été obligé de forger ce mot pour répondre au mot grec, qui, sans doute, a été aussi forgé par Aristote. Il faut prendre ici le mot de Blanchissement, non pas dans le sens d’action de rendre blanc, mais dans le sens d’action de devenir blanc. Il y a alors dans cet acte incomplet qui est en voie de se produire, une sorte de mouvement qui n’est pas dans la blancheur.

§ 9. Mais ici encore on peut distinguer comme tout à l’heure et le mouvement par accident, et le mouvement d’une partie, c’est-à-dire le mouvement relatif à un autre, et le mouvement primitif qui n’a point un autre pour objet. Soit, par exemple, une chose qui devient blanche. Elle ne change qu’accidentellement en ce qu’on pense ; car, pour la couleur, c’est un pur accident d’être pensée ; elle change en une couleur ; car le blanc est une partie de la couleur ; elle change en étant en Europe ; car Athènes où elle est fait partie de l’Europe ; mais en soi, elle change en couleur blanche.

§ 9. Mais ici encore, le texte dit : Dans ces choses, voulant sans doute rappeler par là les formes, les affections, et les deux points de départ et d’arrivée du mouvement. - Comme tout a l’heure, le texte n’est pas aussi explicite ; voir plus haut § 4. - C’est-à-dire, le texte ne confond pas aussi nettement les deux idées. - A un autre, j’ai dû conserver l’indécision du texte ; mais cette expression, toute vague qu’elle est, n’a rien d’obscur après ce qui précède. - Qui n’a point un autre pour objet, même observation ; l’être change pour lui-même et en soi ; il ne change plus par accident et relativement à autre chose que lui, comme par exemple relativement à une de ses parties. - En ce qu’on pense, l’exemple peut paraître bizarre ; voir plus haut § 4. - C’est un pur accident d’être pensée, comme pour le musicien c’était un pur accident de marcher ; voir plus haut, § 1. - En une couleur, si l’on dit, en prenant ici le genre au lieu de l’espèce, que la chose change en prenant une nouvelle couleur, au lieu de préciser la blancheur. - Une partie de la couleur, ou plutôt une espèce de la couleur. - En étant en Europe, ou plutôt : Pour arriver en Europe. - Où elle est, j’ai ajouté ces mots, et peut-être faudrait-il dire : Où elle va, au lieu de : Où elle est, si l’on disait : Pour arriver en Europe, au lieu de : En étant en Europe. Mais on ne voit pas très clairement comment ces exemples se rapportent aux trois distinctions qui viennent d’être faites un peu plus haut ; et quelques commentateurs ont supposé que le texte était altéré dans ce passage. - Mais en soi, et primitivement ou pour soi. Pour tout ce §, voir la Paraphrase.

§ 10. Ainsi, l’on voit comment une chose se meut en soi, comment elle se meut par accident, et comment elle se meut et change par une de ses parties. On voit aussi ce qu’on doit entendre par primitif, soit pour le moteur soit pour le mobile. On voit enfin que le mouvement n’est pas dans la forme, et qu’il est dans le corps qui est mu, c’est-à-dire le mobile en acte.

§ 10. Par une de ses parties, le texte dit précisément : Relativement à une autre chose, c’est-à-dire : Relativement à une de ses parties. Voir plus haut § 1. - Soit pour le moteur, soit pour le mobile, voir plus haut, §§ 1 et 3. - N’est pas dans la forme, voir plus haut § 4.

§ 11. Nous laissons de côté le changement qui est accidentel ; car ce changement peut être en toutes choses, être toujours et s’appliquer à tout. Mais le changement qui n’est point accidentel, loin d’être en tout, n’est que dans les contraires, dans les intermédiaires et dans les contradictoires, comme l’induction pourrait nous le démontrer.

§ 11. Le changement qui est accidentel, ou le mouvement, puisque l’on confond le changement et le mouvement. - Peut être en toutes choses, ou bien aussi : Dans toutes les catégories, comme Simplicius semble le comprendre. - Être toujours et s’appliquer à tout, ces expressions sont bien vagues ; mais la suite les éclaircit en partie. - N’est que dans les contraires, parce que le changement vu d’un contraire d’où il part, à l’autre contraire où il arrive. - Dans les intermédiaires, que le changement traverse nécessairement pour parvenir à l’autre contraires. - Et dans les contradictoires, c’est-à-dire dans les propositions qui sont opposées par affirmation et négation. Voir tes Catégories, ch. 10 et 11, p. 109 et 121 de ma traduction.

§ 12. Le changement peut avoir lieu en partant de l’intermédiaire, parce que le moyen terme est une sorte de contraire ; car le changement s’applique à ce milieu, comme étant contraire à l’un et à l’autre extrême. Le milieu est, en quelque sorte, les deux extrêmes à la fois ; et voilà comment on peut dire que le milieu est un contraire relativement aux extrêmes, et que les extrêmes sont des contraires relativement à lui. Par exemple, la note médiale est grave par rapport à la haute ; et aiguë, par rapport à la basse ; le gris est blanc par rapport au noir, et noir par rapport au blanc.

§ 12. Peut avoir lieu, le texte n’est pas aussi précis. - Une sorte de contraire, voir sur cette théorie des extrêmes, et du milieu qui les réunit et tes sépare, la Morale à Nicomaque, Livre II, ch. 8, § 1, p. 190 de ma traduction. - Le chargement s’applique à ce milieu, les exemples donnés à la lin du § éclaircissent cette pensée. - La note médiale, ou peut-être : « La corde médiale, », Le sens d’ailleurs est évident. - Le gris est blanc par rapport au noir, exemple cité bien souvent depuis Aristote.

CHAPITRE II.

Idée générale du changement, d’après le sens étymologique du mot qui le désigne. Quatre espèces du changement ; réduction à trois ; la génération et la destruction des choses ne sont pas des mouvements. - Rapport du non-être au changement et au mouvement. - Il n’y a qu’une seule espèce de changement qui soit du mouvement.

Ch. II. Tout ce chapitre aussi est analysé et parfois reproduit textuellement dans la Métaphysique, Livre X, ch. 11, p. 1067 et 1068, édition de Berlin.

§ 1. Tout changement se faisant d’un certain état en un autre état, et le mot grec lui-même le prouve, puisqu’une partie de ce mot signifie qu’une chose a lien après une autre, et que par conséquent on distingue ici quelque chose d’antérieur et quelque chose de postérieur, on doit dire que ce qui change peut changer de quatre manières : d’abord d’un sujet dans nu sujet ; de ce qui n’est pas sujet dans ce qui n’est pas sujet non plus ; en troisième lieu, de ce qui n’est pas sujet dans ce qui est sujet ; et enfin de ce qui est sujet dans ce qui n’est pas sujet. J’entends d’ailleurs par sujet ce qui est indiqué par l’affirmation.

§ 1. D’un certain état en un autre état, ou bien « D’une chose à une autre. » - Et le mot grec lui-même le prouve, le texte n’est point aussi formel dans tout ce passage, et j’ai dû le paraphraser, parce que dans notre langue la composition du mot Changement n’a rien d’analogue à celle du mot grec qu’il traduit. Le mot de Transformation s’en rapprocherait davantage à certains égards ; mais je n’ai pu l’employer. - On distingue ici, cette explication tout étymologique est fort ingénieuse. - Peut changer de quatre manières, dont une seule pourra être regardée comme un véritable mouvement, les trois autres restant de simples changements, qui n’impliquent pas l’idée de mouvement. - D’abord d’un sujet dans un sujet, ces formules sont assez singulières au premier coup-d’oeil ; mais au fond elles sont fort simples, et elles signifient seulement que le changement peut être exprimé sous forme affirmative ou sous l’orme négative, pour chacun des deux ternies de la proposition. Ainsi 1° Le blanc devient noir ; c’est là un changement d’un sujet dans un sujet ; 2° Le non-blanc devient non-blanc, c’est là un changement de ce qui n’est pas sujet dans ce qui n’est pas sujet ; 3° Le non-blanc devient blanc ; c’est là un changement de ce qui n’est pas sujet dans ce qui est sujet ; 4° Enfin, Le blanc devient non-blanc ; c’est un changement de ce qui est sujet dans ce qui n’est pas sujet. - Ce qui est indiqué par l’affirmation, ainsi qu’on vient de l’expliquer. J’ai conservé ces formules toutes difficiles et obscures qu’elles sont, afin de ne pas trop altérer la physionomie du texte. On peut voir dans la Paraphrase le sens de tout ce passage expliqué aussi clairement que je l’ai pu.

§ 2. Une conséquence nécessaire de ceci, c’est qu’il n’y a réellement que trois changements possibles : d’un sujet dans un sujet ; d’un sujet dans ce qui n’est pas sujet ; et de ce qui n’est pas sujet dans ce qui est sujet ; car le mode de changement qui aurait lieu de ce qui n’est pas sujet dans ce qui n’est pas sujet, n’est pas vrai dire un changement, puisqu’il n’y a point là d’opposition véritable, et qu’il n’y a ni contraires, ni contradiction.

§ 2. Trois changements possibles, c’est-à-dire le premier, le quatrième et le troisième dans l’ordre où on vient de les énumérer. - D’un sujet dans un sujet, de blanc à noir. - D’un sujet dans ce qui n’est pas sujet, de blanc à non-blanc. - De ce qui n’est pas sujet dans ce qui est sujet, de non-blanc à blanc. - Car le mode de changement, le texte n’est pas aussi formel. - De ce qui n’est pas sujet, c’est le second mode indiqué dans l’énumération précédente : Le non-blanc devient non-blanc. - Il n’y a point là d’opposition véritable, il n’y a point en effet d’opposition comme dans les exemples précédents ; car dans celui-ci, les termes ne sont ni contraires ni contradictoires, parce que la négation placée de part et d’autre enlève toute désignation précise à l’expression.

§ 3. Le changement par contradiction de ce qui n’est point sujet dans un sujet, est la génération. La génération est absolue quand le changement a lieu absolument ; elle est spéciale et relative quand le changement est celui d’une certaine qualité spéciale. Ainsi, le changement de ce qui n’est pas blanc et devient blanc est la génération du blanc. Mais le changement de ce qui n’existant pas absolument vient à être, est la génération absolue, d’après laquelle on dit simplement et d’une manière absolue que la chose devient, sans dire qu’elle devient telle ou telle chose.

§ 3. Le changement par contradiction, c’est-à-dire qui est exprimé par la négation d’une part et l’affirmation de l’autre. - De ce qui n’est point sujet dans un sujet, par exemple Le non-blanc devient blanc. - Est la génération, il n’y a pas dans notre langue de mot plus convenable. - Le changement a lieu absolument, c’est-à-dire quand il est exprimé sans aucune restriction, et qu’on emploie la forme absolue, et qu’au dit, par exemple, d’une chose qui n’était pas, qu’elle est, sans lui donner d’autre attribut que l’existence. - Spéciale et relative, le texte n’est pas aussi formel. - D’une certaine qualité spéciale, le blanc devient noir, ou le non-blanc devient blanc. - Est la génération du blanc, et non une génération absolue, comme celle dont il est parlé un peu plus bas. - Telle ou telle chose, c’est-à-dire qu’on donne à la chose un attribut, outre la simple existence.

§ 4. Le changement du sujet en non-sujet s’appelle destruction ; pris d’une manière absolue, c’est le changement de l’être au non-être ; pris d’une manière relative, c’est le passage à la négation opposée, ainsi que nous venons de le dire pour la génération.

§ 4. Le changement du sujet en non-sujet, le quatrième changement dans l’énumération du § 1 ; c’est, par exemple ; Le blanc devient non-blanc ; en d’autres termes, le blanc est détruit en tant que blanc. - Pris d’une manière absolue, et sans attribut spécial. - De l’être au non-être, comme la génération absolue était le passage du non-être à l’être. - Pris d’une manière relative, le texte n’est pas aussi formel. - A la négation opposée, le blanc devient non-blanc. - Nous venons de le dire, au § précédent. Toutes ces distinctions sont très subtiles ; mais elles ne sont pas fausses.

§ 5. Le non-être peut s’entendre d’ailleurs de plusieurs façons. Mais il ne peut y avoir de mouvement ni pour le non-être qui est exprimé par composition ou par division, ni pour ce qui est en simple puissance, c’est-à-dire l’opposé de l’être qui existe réellement et absolument en acte. Ainsi, le non-blanc ou le non-bon peut néanmoins avoir du mouvement indirectement ; car l’être qui n’est pas blanc, par exemple, peut fort bien être un homme. Mais ce qui absolument parlant n’est point telle ou telle chose réelle, ne peut du tout être en mouvement ; car il est impossible que ce qui n’est pas reçoive le mouvement. Par suite, et si cela est vrai, la génération ne peut être appelée un mouvement, puisque c’est le non-être qui est engendré et devient quelque chose.

§ 5. Par composition ou par division, en d’autres termes par affirmation ou par négation, ainsi que l’explique Simplicius. Le non-être par composition, c’est de dire par exemple une chose fausse, en réunissant un sujet et un attribut qui n’ont rien de commun : par division, c’est au contraire de dire une chose fausse, en séparant un attribut et un sujet qui devraient être réunis. Ainsi, par composition, on dirait qu’un cheval a des cornes, bien que le cheval n’en ait point ; et par division on dirait qu’Aristoxène n’est pas musicien, bien qu’il soit notoire qu’il l’est, De part et d’autre, on exprime ce qui n’est pas, le non-être, parce que la composition et la division du sujet et de l’attribut, oint été erronées. - Qui est en simple puissance, c’est-à-dire qui, du non-être, peut passer à l’être et arriver à exister actuellement et réellement. - De l’être qui est absolument, c’est-à-dire dont on n’exprime que la simple existence, sans la déterminer par aucun attribut. - Le non-blanc, et sous ce rapport est du non-être. - Avoir du mouvement indirectement, parce que le non-blanc peut se trouver dans un corps qui se meut ; et alors le non-blanc est, et se meut avec le corps sans se mouvoir lui-même. - Ne peut du tout être en mouvement, c’est ce qu’Aristote veut prouver, à savoir que le non-être ne peut avoir de mouvement. - Que ce qui n’est pas reçoive le mouvement, puisque, peur être en mouvement, il faut d’abord être. - La génération ne peut être appelée un mouvement, voir plus haut, §§ 3 et 1. La génération est le troisième des changements énumérés plus haut. - C’est le non-être qui est engendré, quand une chose vient à naître, c’est qu’antérieurement elle n’était pas, et par conséquent elle ne pouvait avoir de mouvement. - Engendre et devient, il n’y a qu’un seul mot dans le texte.

§ 6. Mais bien que le non-être, quand il devient, devienne le plus souvent de façon accidentelle, il est. vrai de dire de l’être qui devient absolument qu’il existe comme non-être.

§ 6. De façon accidentelle, et non d’une manière absolue et directe. Ainsi, par exemple, l’homme qui n’était pas blanc devient blanc ; mais c’est un simple attribut d’un être qui déjà existe ; et ce n’est pas le cas du non-être arrivant absolument à l’être, comme lorsqu’un homme qui n’existait pas vient à naître. - Qu’il existe comme non-être, le texte n’est pas tout à fait aussi formel ; en d’autres termes, un être, doit nécessairement ne point être, antérieurement au moment où il devient et pour qu’il puisse devenir. Sous une autre forme, c’est l’argumentation du Phédon que le vivant vient du mort, et l’être du non-être, p. 996 de la traduction de M. V. Cousin.

§ 7. Il en est de même aussi pour le repos du non-être, et l’on trouve ici toutes les mêmes difficultés qui s’appliquaient à son mouvement.

§ 7. Il en est de même aussi, c’est-à-dire que le non-être n’est pas plus en repos qu’il n’est en mouvement. Comme il n’est pas, il ne peut avoir aucune de ces deux propriétés.

§ 8. Et si tout ce qui se meut doit nécessairement être dans un lieu, le non-être n’est pas dans un lieu ; car il faudrait alors qu’il existât quelque part.

§ 8. Le non-être n’est pas dans un lieu, il y a ici une idée intermédiaire de supprimée ; et avant de dire que le non-être n’a pas un lieu, il faudrait rappeler qu’on veut démontrer qu’il ne peut avoir de mouvement. Toute la suite des pensées serait alors celle-ci : « Comme tout ce qui se meut doit être nécessairement dans un lieu, c’est une preuve nouvelle que le non-être n’a pas de mouvement ; car le non-être n’est pas dans un lieu quelconque ; et pour qu’il eût le mouvement, il faudrait qu’il fût quelque part. »

§ 9. La destruction ne peut pas être un mouvement non plus que la génération ; car c’est ou le mouvement ou le repos qui est contraire au mouvement, tandis que la destruction est contraire à la génération.

§ 9. La destruction, après qu’il a été démontré que la génération, c’est-à-dire le passage du non-être à l’être, n’est pas un mouvement, Aristote démontre que la destruction, c’est-à-dire le passage de l’être au non-être, n’est pas un mouvement non plus. - Non plus que la génération, le texte n’est pas tout à fait aussi précis. - La destruction est contraire à la génération, et la génération n’étant pas un mouvement, la destruction ne l’est pas plus qu’elle. Par suite la génération, et la destruction ne sont pas davantage des repos, puisqu’elles ne sont pas des mouvements.

§ 10. En résumé, comme tout mouvement est un changement d’une certaine espèce, et qu’il n’y a réellement que les trois espèces de changement que nous avons indiquées ; et comme les changements qui se rapportent à la génération et à la destruction des choses, ne sont pas des mouvements et ne sont que de simples oppositions contradictoires, il s’ensuit nécessairement qu’il n’y a que le changement d’un sujet dans un sujet qui puisse être pris pour un mouvement véritable.

§ 10. En résumé, l’expression du texte n’est pas aussi formelle. - Comme tout mouvement est un changement, mais la réciproque n’est pas vraie, et tout changement n’est pas un mouvement, Voir plus haut. Livre IV, ch. 15, § 7. - Qui se rapportent à la génération, voir plus haut § 3. - Et à la destruction, § 9. - De simples oppositions contradictoires, par exemple : Le non blanc devient blanc, et Le blanc devient non-blanc. - D’un sujet dans un sujet, le mode de changement placé le premier dans l’énumération qui a été donnée plus haut § 1. - Véritable, j’ai ajouté ce mot pour compléter la pensée.

§ 11. Quant aux deux sujets, ils sont ou contraires ou intermédiaires ; car la privation doit être regardée comme un contraire ; et pour l’exprimer, on se sert aussi de l’affirmation, comme quand on dit, par exemple, le nu, le blanc et le noir.

§ 11. Quant aux deux sujets, le texte dit simplement : Quant aux sujets. - Ou contraires, le mouvement allant de l’un à l’autre contraire, comme par exemple : Le blanc devient noir. - Ou intermédiaire, le milieu étant regardé comme contraire par rapport à l’un et l’autre extrêmes. Voir ch, 1, § 12. - Comme un contraire, parce qu’on l’exprime sous forme d’affirmation, comme les contraires ordinaires. - Le nu, cette expression est affirmative, bien qu’elle pût être exprimée aussi sous forme de négation ; et elle est prise ici comme indiquant une privation. - Et le blanc et le noir, c’est une opposition par contraires. Dans l’analyse de la Métaphysique, Livre XI, ch. 11, p. 1068, a, 7, édit, de Berlin, il y a Édenté au lieu de Blanc.

CHAPITRE III.

Division des mouvements ; il na peut y avoir mouvement que dans trois catégories : la quantité, la qualité et le lieu. Élimination des autres catégories ; arguments divers. - Il ne peut y avoir mouvement de mouvement ; il faut un premier terme et un point de départ. - Il n’y a que trois espèces de mouvements, et trois catégories où le mouvement soit possible : accidentel, total ou partiel ; désignations spéciales des mouvements, selon les catégories où ils s’accomplissent.

Ch. III. Ce chapitre 3 est comme les deux précédents en grande partie reproduit ou analysé dans la Métaphysique, Livre X, ch. 12, p. 1068, édit. de Berlin.

§ 1. Si donc les Catégories se divisent en substance, qualité, lieu, relation, quantité et action ou souffrance, il ne peut y avoir nécessairement que trois mouvements, à savoir celui de la quantité, celui de la qualité et celui du lieu.

§ 1. En substance, qualité, Aristote n’énumère ici que sept des dix catégories ; l’ordre est différent, ainsi que le nombre, de ce qu’il est dans le traité spécial des Catégories ; voir ma traduction, p. 58, ch. 4. § 1. Il manque ici les trois Catégories du temps, de la situation et de la manière d’être ; mais il est probable qu’Aristote n’a point prétendu faire une énumération complète.

§ 2. Dans la substance, il n’y a pas de mouvement, parce qu’il n’y a rien parmi tout ce qui est qui puisse être contraire à la substance.

§ 2. Qui puisse être contraire à la substance, c’est une des propriétés principales de la substance ; voir les Catégories, ch. 5, § 18, p. 68 de ma traduction, pour le mouvement, il faut au moins deux points différents, celui d’où part ce mouvement et celui où il arrive ; là où il n’y a pas de contraire, il n’y a pas de mouvement possible.

§ 3. Il n’y a pas davantage de mouvement pour la relation ; car l’un des deux relatifs venant à changer. il peut être vrai encore que l’autre ne change nullement ; et, par conséquent, le mouvement des relatifs n’est qu’indirect et accidentel.

§ 3. L’autre ne change nullement, ainsi deux personnes étant semblables, il suffit que l’une d’elles vienne à changer pour qu’elles ne le soient plus. Cependant l’autre personne n’a éprouvé aucun changement ; et, par conséquent, il n’y a point de mouvement propre dans leur relation ; il n’y a qu’un mouvement accidentel. - Indirect et accidentel, il n’y a qu’un seul mot dans le texte.

§ 4. Il n’y a pas non plus besoin de mouvement pour l’agent et le patient, pas plus qu’il n’y eu a pour le moteur et le mobile, attendu qu’il ne peut pas y avoir mouvement de mouvement, ni génération de génération, ni en un mot changement de changement.

§ 4. Pour l’agent et le patient, c’est-à-dire pour la catégorie de l’action et de la passion ; de l’agent ou patient, il y a déjà mouvement, soit par contact, soit par influence ; ce n’est à proprement qu’une autre espèce de mouvement. - Pour la moteur et le mobile, ceci paraît plus difficile à comprendre et est plus subtil. Les explications qui suivent jettent quelque lumière sur ce passage. - Mouvement de mouvement, c’est-à-dire qu’il faut s’arrêter nécessairement à un premier terme d’où vienne le mouvement initial ; et par conséquent le mouvement de ce premier moteur n’a pas d’outre cause que lui-même. - Génération de génération, la génération étant en effet une sorte de changement, et par suite, de mouvement, comme il a été expliqué plus haut, ch, 2, § 3. - Changement de changement, le changement étant pris pour la forme la plus générale du mouvement.

§ 5. D’abord il peut y avoir deux manières d’entendre cette expression Mouvement de mouvement. Dans un premier sens, ce peut être en tant que mouvement d’un sujet ; comme, par exemple, on dit d’un homme qu’il est en mouvement, parce qu’il change du blanc au noir. Est-ce donc que, de cette manière aussi, le mouvement peut s’échauffer ou se refroidir, se déplacer, s’accroître, périr ? Mais il est évidemment impossible d’entendre ainsi la chose ; car le changement ne peut être considéré comme un sujet. Ou bien doit-on entendre le Mouvement de mouvement en ce sens qu’un autre sujet, en partant du changement qu’il viendrait à éprouver, changerait d’une forme à une autre, comme, par exemple, l’homme passe de la maladie à la santé ? Mais on ne peut pas dire non plus qu’il y ait là Mouvement de mouvement, si ce n’est d’une façon indirecte et accidentelle, puisque le mouvement, à proprement parler, n’est que le changement d’une forme dans une autre forme. La génération et la destruction sont dans le même cas aussi, sauf que la génération et la destruction vont à certains opposés, tandis que le mouvement ne va pas à ces mêmes opposés. L’être changerait donc en même temps et de la santé à la maladie, et, en outre, de ce même changement à un autre encore. Mais il est évident que dès qu’il aura été malade, c’est qu’il aura subi un changement d’une certaine espèce, puisqu’il peut rester dans cette souffrance ; mais il ne se peut pas que le malade subisse un changement quelconque indéfiniment et au hasard, et que de cette situation nouvelle venue d’une situation antérieure, il passe encore à quelqu’autre situation différente, de manière à ce que ce soit le changement opposé à la maladie, c’est-à-dire le retour à la santé. Mais, au fond, ce ne peut-être qu’un simple accident, comme lorsqu’on passe du souvenir à l’oubli, attendu que l’être qui subit le changement vient simplement à changer, en passant ici à la mémoire et là à la santé.

§ 5. En tant que mouvement d’un sujet, c’est-à-dire le second mouvement étant considéré comme attribut du premier, et le premier comme sujet du second. - Du blanc au noir, le sujet restant le même, c’est un mouvement dans lu qualité, une altération proprement dite. - Peut s’échauffer ou se refroidir, autre mouvement de qualité. - Se déplacer, mouvement de lieu. - S’accroître, mouvement de quantité. - Périr, mouvement de substance. - D’entendre ainsi la chose, et par conséquent le mouvement ne pouvant avoir aucune des espèces du mouvement, il n’y a pas mouvement de mouvement. - Comme un sujet, attendu que c’est une qualité on un attribut des choses, et que l’attribut ne peut jamais en soi être considéré comme sujet. - Ou bien doit-on entendre le mouvement de mouvement, le texte n’est pas aussi explicite. - Un autre sujet, c’est-à-dire un sujet autre que le mouvement, que dans la première hypothèse on vient de considérer comme sujet du mouvement. - D’une forme a une autre, ou d’un état à un autre état. - Mouvement de mouvement, le texte dit simplement : Du mouvement. - D’une façon indirecte et accidentelle, il n’y a qu’un seul mot dans le texte. - D’une comme dans une autre forme, ou d’un état dans un autre état. - Dans le même cas aussi, c’est-à-dire qu’elles sont l’une et l’autre le passage d’un état à un autre état. - Vont à certains opposés, c’est-à-dire aux opposés contradictoires, du non-être à l’être, et de l’être au non-être. - Ne va pas a ces mêmes opposés, c’est-à-dire va d’un contraire à l’autre contraire. - L’être changerait donc, si l’on admettait qu’il y a mouvement de mouvement. - De ce même changement, c’est-à-dire de la maladie. Ce changement peut être successif, puisqu’on peut très bien passer de la maladie a la santé, comme on a passé de la santé à la maladie ; mais il ne peut pas être simultané, comme on le suppose en admettant qu’il y a mouvement de mouvement. - Que dès qu’il aura été malade, c’est-à-dire passé de la santé à un état contraire. - Rester dans cette souffrance, et ne jamais revenir à la santé. - Indéfiniment, j’ai ajouté ce mot pour compléter la pensée. - Cette situation nouvelle venue d’une situation antérieure, le texte n’est pas aussi explicite. - Ce ne peut être, c’est-à-dire que le mouvement de mouvement ne peut être considéré que comme un mouvement indirect et accidentel, et non un mouvement en soi. - Du souvenir à l’oubli, et qu’on reste dans l’impuissance de se souvenir de nouveau, comme, tout à l’heure, on était supposé rester dans la maladie, sans retour à la santé.

§ 6. En second lien, ce serait tomber dans l’infini que de supposer qu’il y a changement de changement, génération de génération. On dit donc qu’il est nécessaire qu’il y ait eu un changement antérieur, pour qu’un changement postérieur soit possible, Par exemple, si à un certain moment une génération absolue était elle-même engendrée et si elle devenait, il faudrait bien aussi que l’être engendré devint à ce moment. Par conséquent l’être qui était alors engendré absolument, n’existait pas encore ; mais il était simplement quelque chose qui devenait ; et une fois devenu, il devenait encore, de telle manière que même quand il était déjà devenu, il n’était pas encore. Mais comme dans les choses infinies il n’y a pas de premier terme, le premier changement n’aura pas lieu, ni par conséquent le changement qui le suit. Donc il n’y aura plus dans cette hypothèse, ni génération, ni mouvement, ni changement possibles.

§ 6. En second lieu, second argument pour prouver qu’il ne peut pas y avoir mouvement de mouvement. Ce second argument est beaucoup plus clair que le premier, malgré des détails encore obscurs. - Changement de changement, ce qui comprend aussi le mouvement de mouvement. - Un changement antérieur, sans que ce soit un premier changement, qui aurait été la cause primordiale des autres, et qui n’aurait point lui-même un autre changement pour cause. - La génération absolue, si à un certain moment une chose qui n’existait pas vient à exister. - Mais il était simplement quelque chose, il semble que ce soit là une conséquence qu’Aristote prête à ses adversaires pour la réfuter ; mais cette nuance n’est pas assez indiquée ; et la véritable pensée reste incertaine. J’ai ajouté le mot : Simplement, qui n’est pas dans le texte. - Quand il était déjà, il n’était pas encore, assertion contradictoire et absurde, dont Aristote ne croit pas devoir signaler la flagrante impossibilité. - Mais comme dans les choses infinies, conséquence de l’hypothèse admise aussi fausse que celte hypothèse même, puisqu’elle conduit à nier l’existence du mouvement. - Dans cette hypothèse, j’a ajouté ces mots pour éclaircir la pensée. Simplicius a commenté longuement tout ce passage, sans en donner une explication satisfaisante, et il atteste qu’Alexandre et Aspasius n’avalent pas été moins embarrassés que lui de tant d’obscurité.

§ 7. On sait encore que c’est la même chose qui a un certain mouvement, qui peut avoir le mouvement contraire et même le repos ; et encore la génération et la destruction. Par conséquent ce qui devient, au moment môme où il devient, périt aussi en devenant ; car ce n’est ni avant même qu’il ne devienne, qu’il peut périr, ni aussitôt après puisque ce qui périt doit préalablement exister.

§ 7. On sait encore, ceci est un nouvel argument contre la théorie qui admet qu’il y a mouvement de mouvement. Le texte d’ailleurs n’est pas aussi formel que ma traduction ; mais il semble que la force de l’argument d’Aristote consiste en ceci, qu’en admettant le mouvement du mouvement, on est conduit à donner à une même chose dans un seul et même moment deux mouvements contraires, ou le repos en même temps que le mouvement, ou la génération en même temps que la destruction ; ce qui est évidemment absurde et contradictoire. - Le repos, qui est le contraire du mouvement. - La génération et la destruction qui sont les deux contraires et qui s’excluent mutuellement, bien qu’appartenant à la même chose. - Ce qui devient, ce qui naît et passe du non-être à l’être. - Ni aussitôt avant qu’il ne devienne, car il ne peut pas périr quand il n’est pas encore. - Ni aussitôt après, car il ne pont périr davantage quand il n’est plus ; il périt donc à l’instant même où il naît ; ce qui est contradictoire et impossible.

§ 8. Autre considération. Il faut qu’il y ait une matière substantielle et servant de support dans ce qui devient et dans ce qui change. Mais ici, quelle sera cette matière ? Et de même que ce qui s’altère est on un corps ou une âme, de même ce qui devient ici serait-il on mouvement, ou génération ? Et puis, quel est ici le terme où aboutit le mouvement ? Car il faut bien que ce soit le mouvement et la génération de telle chose passant de tel état à tel autre état. Mais encore comment sera-ce possible ? En effet, la génération et l’acquisition de la science, ne sera pas de la science ; et par conséquent il n’y a ni génération de génération en général, ni telle génération spéciale de telle génération spéciale. De plus, comme il n’y a que trois espèces de mouvements, il faudrait que la nature substantielle et les termes où se passe le mouvement fussent quelqu’une de ces espèces ; et, par exemple, que la translation s’altérât ou se déplaçât indifféremment.

§ 8. Autre considération, le texte dit simplement : « Encore. » - Une matière substantielle, voir plus haut, Livre 1, ch. 8, § 5. - Servant de support, il m’a fallu prendre cette périphrase, pour rendre toute la force de l’expression grecque. - Ici, j’ai ajouté ce mot. S’il y a changement de changement, où sera pour le premier changement la matière substantielle qui doit en être le support ? - Que ce qui s’altère, et a un mouvement dans la catégorie de la qualité, en devenant autre qu’il n’était d’abord.- Ou un corps, ou une âme, le sens du mot Corps est ici plus général qu’il ne l’est d’ordinaire, quand on oppose le corps et l’âme ; c’est le corps pris dans la signification qu’on lui donne en physique. - Ce qui devient ici, j’ai ajouté ce dernier mot. « Ce qui devient, » veut dire ici la substance, la matière substantielle, dont il vient d’être question quelques lignes plus haut. - Quel est ici le terme, je préfère la forme interrogative, qui ne diffère dans ce passage de la forme affirmative que par un simple accent. - Où aboutit le mouvement, si l’on suppose qu’il y a mouvement de mouvement, il faudra que le mouvement lui-même soit le but auquel tend le mouvement ; ce qui implique contradiction. - De telle chose, c’est la matière substantielle. - De tel état, le point d’où part le mouvement. - A tel autre état, le point où il aboutit. Simplicius atteste qu’Alexandre et Thémistius ont eu pour cette phrase une autre leçon toute contraire, et où la forme de la phrase serait négative au lieu d’être affirmative : « Car il faut bien que le mouvement d’une chose qui passe de tel état à tel autre état, soit quelque chose de réel, et ce ne peut être ni un mouvement, ni une génération. » Alexandre préférait l’affirmative, que j’ai cru devoir adopter aussi dans ma traduction ; l’édition de Berlin a la forme négative. - Et l’acquisition, j’ai ajouté ces mots, paraphrase de celui qui précède et qui est seul dans le texte. - En général, j’ai ajouté ces mots, pour que l’opposition des idées fût plus manifeste. - Telle génération spéciale, comme celle de la science dont il vient d’être question. - Trois espèce de mouvements, voir plus haut, ch. 1, § 1.- La nature substantielle, voir le début le ce §. - Les termes où se passe le mouvement, le point de départ et le point d’arrivée du mouvement. - Que la translation s’altérât, et que le mouvement passât du lieu dans la qualité ; ce qui est impossible. - Ou se déplaçât, la translation étant le mouvement dans l’espace, soit circulaire, soit rectiligne, il semble qu’ici la translation se confond avec le déplacement. Mais dire que la translation se déplace, c’est faire une tautologie et c’est là sans doute ce qu’Aristote veut reprocher au système qu’il réfute. - Indifféremment, j’ai ajouté ce mot.

§ 9. Mais puisque tout ce qui se meut ne peut se mouvoir que de trois façons, ou par accident, ou dans une de ses parties, ou en soi et dans sa totalité, ce ne serait qu’indirectement et par accident que le changeaient pourrait changer, comme, par exemple, si l’individu qui est guéri se met à courir ou à s’instruire. Mais nous avons déjà déclaré que nous ne nous occupons pas du mouvement accidentel.

§ 9. Que de trois façons, voir plus haut, ch. 4, § 1. - Ou dans sa totalité, j’ai ajouté cette paraphrase qui explique les mots précédents, et qui ne se trouve pas dans le texte. - Indirectement et par accident, il n’y a qu’un seul mot dans le texte. - Que le changement pourrait changer, ou le mouvement se mouvoir, d’après la théorie que combat Aristote. - Si l’individu qui est guéri, c’est-à-dire si quelqu’un qui a changé de la maladie à la santé, éprouve un changement ou un mouvement d’un autre ordre, comme de courir ou d’apprendre quelque chose, ce n’est qu’indirectement qu’il a ce nouveau mouvement en tant que guéri. L’exemple pouvait être mieux choisi, et surtout plus clairement exposé. - Nous avons déjà déclaré, voir plus haut ch. 1, § 11. Le texte d’ailleurs n’est pas aussi formel. - Du mouvement accidentel, ou indirect ; et tout ce qui précède ne s’applique qu’au mouvement en soi et pour soi.

§ 10. Or, comme le mouvement ne peut s’appliquer ni à la substance, ni à la relation, ni à l’action et à la passion, il reste qu’il s’applique seulement, à la qualité, à la quantité et au lieu, parce qu’il est possible qu’il y ait des contraires dans ces trois catégories.

§ 10. Ni à la substance, voir plus haut les trois premiers §§ de ce chapitre. - A la qualité, c’est le mouvement d’altération. - A la quantité, c’est le mouvement d’accroissement ou de décroissement. - Et au lieu, c’est le mouvement de déplacement, ou circulaire, ou rectiligne. - Qu’il y ait des contraires, entre lesquels le mouvement peut avoir lieu, en allant de l’un à l’autre.

§ 11. Le mouvement dans la qualité est ce qu’on peut appeler l’altération ; car c’est là le nom général qu’on lui donne dans toutes ses nuances. Mais quand je dis la qualité, je n’entends pas la qualité dans la substance, où la différence est aussi une qualité ; mais la qualité passive, d’après laquelle on dit qu’un être est ou passif ou impassible.

§ 11. Est ce qu’on peut appeler, il semblerait que c’est Aristote qui a inventé ce mot dans la langue grecque, ou qui, du mains, lui a donné cette acception nouvelle. - Dans toutes ses nuances, j’ai ajouté ces mois pour rendre toute la force de l’expression du texte. - La qualité dans la substance, ce n’est pas à proprement parler une qualité, c’est une différence, qui constitue l’espèce dans le genre. Ainsi, dans le genre Animal, le bipède n’est pas une qualité ; c’est une différence, qui constitue une espèce particulière. - La qualité passive, celle qui forme spécialement la catégorie de la Qualité ; voir les Catégories, ch. 13, p. 94 de ma traduction, - Passif ou impassible, selon qu’il reçoit ou ne reçoit pas la qualité.

§ 12. Le mouvement qui s’applique à la quantité n’a pas reçu de nom qui soit commun aux deux contraires ; d’une part, c’est l’accroissement, et d’autre part le dépérissement. Le mouvement qui tend à la dimension complète de la chose, est l’accroissement ; et le dépérissement est le mouvement qui déchoit de cette dimension complète.

§ 12. Aux deux contraires, j’ai ajouté ces mots pour compléter et éclaircir la pensée ; ils ressortent de ce qui suit. - D’une part... d’autre part, le texte n’est pas aussi précis. - Qui tend à la dimension complète, définition ingénieuse et juste de l’accroissement ; celle du décroissement ne l’est pas moins.

§ 13. Quant au mouvement qui se rapporte au lieu, il n’a dans le langage ordinaire, ni de nom commun, ni de nom particulier. Appelons-le, pour le nom commun, translation ; bien que ce mot de translation ne s’applique, à proprement parler, qu’aux choses qui, changeant de lieu, n’ont pas en elles-mêmes le principe qui les puisse arrêter, et à toutes les choses qui ne se meuvent point par elles-mêmes dans l’espace.

§ 13. Ni de nom particulier, il semble que ceci n’est pas tout à fait exact, et que la langue grecque a des mots particuliers pour désigner les diverses espèces de mouvement dans l’espace. - Appelons-le, il paraît encore que c’est Aristote qui donne cette acception nouvelle au mot qu’il emploie. - Bien que ce mot de translation, notre mot de translation a la même nuance que le mot grec ; et il ne s’applique proprement qu’aux choses qui n’ont pas en elles-mêmes le principe de leur mouvement ou de leur repos.

§ 14. Le changement en plus ou en moins dans la même forme s’appelle aussi altération, parce que c’est le mouvement du contraire au contraire, ou absolu ou partiel. Si la chose va au moins, on dit qu’elle change en allant vers son contraire ; mais si elle va au plus, elle va en quelque sorte de sou contraire à elle-même. Du reste, il n’y a point ici de différence entre le changement absolu et le changement partiel, si ce n’est que dans ce dernier cas il n’y aura que des contraires partiels : Le plus et le moins dans une chose signifient seulement qu’il y a ou qu’il n’y a pas, plus ou moins du contraire dans cette chose.

§ 14. Dans la même forme, c’est-à-dire dans une même qualité ; par exemple, une chose blanche qui devient ou plus blanche ou moins blanche. - Du contraire au contraire, ceci n’est pas tout à fuit exact, puisqu’on suppose que la forme ne change pas. - Ou partiel, cette restriction est indispensable. - Si la chose va au moins, et que, par exemple, elle devienne moins blanche. - Sera son contraire, et, par exemple, la chose tend à devenir noire. - Au plus, et par exemple, la chose tend à devenir de plus en plus blanche. - A elle-même, toutes ces distinctions, quoi qu’un peu subtiles, sont aussi exactes qu’elles sont délicates et ingénieuses. - Le changement absolu, d’un contraire à son contraire, du blanc au noir ; et réciproquement. - Et le changement partiel, du moins blanc au plus blanc. - Des contraires partiels, attendu que le moins blanc, s’il est contraire au plus blanc, ne lui est pas cependant absolument contraire ; il ne lui est contraire qu’en partie, en ce sens que le mouvement part de l’un pour arriver à l’autre. - Plus ou moins du contraire, et par exemple, une chose est plus ou moins blanche, selon qu’il y a en elle plus ou moins de noir, qui est son contraire.

§ 15. Ainsi, en résumé, on voit par ce quoi précède qu’il n’y a que ces trois espèces de mouvements.

§ 15. En résumé, j’ai ajouté ces mots. - Ces trois espèces de mouvements, dans la qualité, dans la quantité et dans le lieu ; ce qui n’empêche pas que, dans chacune de ces catégories, il ne puisse y avoir une variété encore assez grande de mouvements divers.

CHAPITRE IV.

De l’immobile ; sens divers de ce mot : de l’inertie. - Résumé partiel des théories précédentes.

§ 1. L’immobile est ce qui ne peut pas du tout être mis en mouvement, pas plus qu’il n’est possible que le son soit visible. On appelle encore immobile ce q meut qu’à peine dans un long espace de temps, c’est-à-dire ce qui se met lentement en mouvement, et qu’on nomme alors difficile à mouvoir. On appelle enfin immobile ce qui, devant et pouvant naturellement se mouvoir, ne se meut pas quand il le faut, où il le faut et de la manière qu’il faut. Dans les choses immobiles, c’est là seulement ce qu’on doit entendre par le repos ; car le repos est le contraire du mouvement, et l’on peut dire que c’est la privation de la qualité dont le sujet serait susceptible.

Ch. IV. § 1. L’immobile, après avoir défini les diverses espèces du mouvement, Aristote veut définir l’état contraire, c’est-à-dire l’immobile ; et il donne les diverses significations de ce mot. Le première est la plus ordinaire et la plus exacte, parce qu’elle est absolue. - Ce qui ne se meut qu’à peine, peut-être Aristote veut-il indiquer par là quelques-uns, des mouvements à peu près insensibles qui se passent à la voûte céleste. Cette seconde acception du mot Immobile est moins fréquente et moins exacte que lu première. - On appelle enfin immobile, le texte n’est pas aussi formel. - Devant et pouvant naturellement se mouvoir, les commentateurs donnent pour exemple un homme assis, qui reste par conséquent en repos, bien que d’ailleurs il soit doué naturellement des moyens de se mouvoir. - Quand il le faut, c’est le temps. - Où il le faut, c’est le lieu ou l’espace. - Et dans les choses immobiles, il y a des choses qui sont éternellement immobiles ; et on ne peut pas dire régulièrement de celles-là qu’elles soient en repos. Le repos se dit uniquement de celles qui pouvant être en mouvement n’y sont pas ; il est la simple privation d’une qualité qui n’agit pas ; mais ce n’est pas une privation absolue. - Dont le sujet serait susceptible, on pourrait traduire encore :. « C’est la privation qu’éprouve le sujet susceptible d’une certaine qualité, » Ainsi l’on ne dit pas d’une pierre qu’elle est aveugle, parce que naturellement elle n’est pas faite pour avoir la vue.

§ 2. Ainsi, l’on doit déjà voir clairement, d’après ce que nous avons dit, ce que c’est que le mouvement et le repos, quel est le nombre et la nature des changements et des mouvements.

§ 2. Déjà, j’ai ajouté ce mot parce que ce résumé ne s’adresse qu’à une partie de la théorie du mouvement. - Ce que c’est que le mouvement, on le verra bien mieux encore dans les livres qui vont suivre. - Des changements et des mouvements, ces divers points ont été traités dans les trois chapitres qui précèdent. Celui-ci d’ailleurs se retrouve en grande partie comme les autres dans la Métaphysique, Livre X, ch. 12, p. 1068, b, 20, édit. de Berlin.

CHAPITRE V.

Explications de divers termes : Être ensemble ; être séparé ; toucher ; être intermédiaire ; suivre ; être cohérent ; être continu. Définitions et exemples.

Ch. V. Ce chapitre est analysé aussi dans la Métaphysique comme les précédents, mais d’une manière plus incomplète ; Métaphysique, Livre X, ch. 42, p. 1068, b, 26, édit. de Berlin.

§ 1. Après ce qui précède, expliquons ce qu’il faut entendre par : Être ensemble, être séparé, se toucher, être intermédiaire, suivre, être cohérent, être continu ; et indiquons quels sont les objets auxquels ces termes s’appliquent naturellement.

§ 1. Après ce qui précède, en voit que les définitions verbales qui vont suivre, tiennent de très près à la théorie du mouvement, telle qu’elle vient d’être exposée. - Être ensemble, être séparé, j’ai pris uniformément des infinitifs, bien que le texte grec ait tantôt des infinitifs et tantôt des adverbes. - Être continu, ces sept termes sont successivement expliqués et définis jusqu’au § 11 inclusivement. - Les objets aux quels ces termes s’appliquent, du § 12 à la fin du chapitre.

§ 2. Être ensemble dans l’espace s’entend des choses qui sont dans un seul et même lieu primitif.

§ 2. Être ensemble dans l’espace, voir dans les Catégories, ch, 13, p. 126 de ma traduction, la théorie consacrée à la simultanéité. Ici Aristote ne considère que la coexistence dans l’espace. - Un seul et même lieu primitif, sur cette formule, voir plus haut, Livre IV, ch. 4, § 1.

§ 3. Séparé s’entend des choses qui sont dans un lieu primitif différent.

§ 3. Dans un lieu primitif diffèrent, le texte dit simplement : « Dans un lieu diffèrent. » D’après ce qui précède j’ai cru pouvoir ajouter le mot de Primitif.

§ 4. Se toucher se dit des choses dont les extrémités sont ensemble.

§ 4. Sont ensemble, sous-entendu : Dans l’espace, d’après ce qui vient d’être dit au § 2.

§ 5. L’intermédiaire est ce par quoi la chose qui change doit naturellement passer avant de parvenir à l’extrême dans lequel elle change, quand elle change selon sa nature d’une manière continue. L’intermédiaire suppose au moins trois termes ; car le contraire est l’extrémité du mouvement.

§ 5. L’intermédiaire est ce par quoi, j’aurais pu traduire aussi : L’intermédiaire est l’intervalle ; mais j’ai voulu éviter cette espèce de tautologie qui n’est pas dans le texte grec. - Avant de parvenir à l’extrême, qui est le contraire de l’état d’où elle est partie. Ainsi une chose qui change du blanc au noir pari du blanc, et passe par les nuances intermédiaires avant d’arriver nu noir, qui est le contraire extrême du blanc. - Au moins trois termes, les deux contraires entre lesquels le mouvement se passe, et l’intervalle qui les sépare. - Le contraire est l’extrémité du mouvement, dans un sens ou dans l’autre, le contraire signifiant à la fois et le contraire d’où part le mouvement et celui où il arrive.

§ 6. Et l’on dit que le mouvement est continu, quand il n’y a aucune interruption, ou du moins quand il n’y a qu’une très petite interruption de la chose et non pas du temps ; car rien n’empêche qu’il n’y ait une interruption de la chose ; et, par exemple, après la note la plus haute on peut faire entendre aussitôt la note la plus basse. Mais je dis que cette interruption ne peut être que dans la chose pour laquelle le mouvement a lieu ; et c’est là ce qu’on peut voir, soit pour les changements qui ont lieu dans l’espace, soit pour tous les autres changements.

§ 6. Le mouvement est continu, cette idée vient d’être indiquée dans le § précédent ; et elle est définie dans celui-ci. - De la chose, ces mots, qui me semblent indispensables, sont supprimés dans quelques manuscrits. - Une interruption de la chose, le texte dit simplement : « Une interruption, » L’interprétation que je donne me parait justifiée par ce qui suit. Entre une note très haute et la note très basse qui la suit, il y a une certaine interruption pour que le musicien puisse tout au moins toucher la corde nouvelle ; il y a cependant continuité musicale, parce que la chose dont il s’agit, c’est-à-dire la résonnance des cordes, n’a présenté aucune interruption, et que l’une commençait à résonner avant que l’autre n’eût cessé de se faire entendre. - Mais je dis que cette interruption, le texte n’est pas aussi formel. - Pour les changements, ou les mouvements. - Les autres changements, ou en d’autres termes, les mouvements de qualité et de substance. Voir plus haut, ch. 3.

§ 7. Le mot de Contraire, en ce qui regarde le lieu, s’applique à ce qui est en ligne droite le plus éloigné possible ; car la ligne la plus courte est déterminée et finie ; et ce qui est déterminé et fini peut servir de mesure.

§ 7. En ce qui regarde le lieu, cette restriction détermine le sens dans lequel est pris ici le mot de Contraire. - Déterminée et finie, il n’y a qu’un seul mot dans le texte. - Détermine et fini, même remarque. - Peut servir de mesure, cette observation très simple était neuve au temps d’Aristote ; et il est évident qu’on ne peut mesurer les distances qu’au moyen de la ligne droite, parce que toutes les courbes sont nécessairement indéterminées, et qu’on peut en supposer autant que l’on veut entre deux points, tandis que la ligne la plus courte est toujours déterminée. Or cette ligne la plus courte est la ligne droite.

§ 8. Suivre se dit d’une chose qui ne venant qu’après le commencement et étant ainsi déterminée, soit par position, soit par nature, soit tout autrement, n’est pas séparée de la chose après laquelle elle vient par aucune autre chose de même genre. C’est ainsi, par exemple, qu’on dit d’une ligne ou de plusieurs lignes qu’elles suivent une autre ligne, d’une unité ou de plusieurs unités qu’elles suivent une autre unité, d’une maison qu’elle vient à la suite d’une autre maison. Mais il se peut fort bien qu’il y ait entre les deux choses une chose différente ; car ce qui suit est consécutif à quelque chose et est quelque chose de postérieur ; et l’on ne peut pas dire que un suive deux, ni que le premier du mois suive le deux du mois ; mais, tout au contraire, c’est deux qui suit un.

§ 8. Suivre, il y a dans le texte un simple adverbe. - Après le commencement, ou le principe ; j’ai préféré le premier de ces deux mots, parce qu’il est ici plus clair et plus précis. - Et étant ainsi déterminée, comme venant à la suite d’une autre. - Soit par position, si les choses, par exemple, dont l’une vient à la suite de l’autre sont dans l’espace toutes les deux. - Soit par nature, ainsi les choses sensibles sont, par nature, après les choses de raison ; mais pour nous, elles leur sont antérieures. - Qu’elles suivent une autre ligue, le texte est moins formel. Il s’agit ici d’une série de ligues ordonnées selon un certain ordre ; et de l’une d’entr’elles ou de plusieurs d’entr’elles, on dit qu’elles suivent telle autre ligne, perce qu’il n’y a dans l’intervalle aucune ligne de même genre. - Une maison vient à la suite d’une autre maison, lorsqu’entre cette seconde maison et l’autre il n’y a pas de maison, quel que soit d’ailleurs ce qui les sépare l’une de l’autre. - Entre les deux choses, ainsi deux maisons, en tant que maisons, ne s’en suivent pas moins, bien qu’il y ait entr’elles un arbre qui les sépare ; mais, comme l’arbre est une chose différente, les maisons n’en sont pas moins consécutives. - Est consécutif à quelque chose, et se rapporte par conséquent à une autre chose. - Et est quelque chose de postérieur, il semble qu’il y ait ici quelque tautologie ; car l’idée même de consécutif suppose nécessairement celle de postériorité. - C’est deux qui suit un, soit dans les nombres, soit pour le quantième du mois.

§ 9. Une chose est Cohérente à une autre, quand, venant à la suite de cette chose, elle la touche.

§ 9. Cohérente, je n’ai pas trouvé dans notre langue de mot plus convenable pour rendre le mot grec.

§ 10. Mais comme tout changement a lieu entre des opposés, et qu’on entend par opposés et les contraires et les contradictoires, il est évident que l’intermédiaire fait partie des contraires, attendu qu’il n’y a pas de milieu possible dans la contradiction.

§ 10. Mais confine tout changement, évidemment ce § est ici déplacé. Pacius le remarque ; mais il n’indique pas précisément la place nouvelle qu’il lui assignerait. M. Pacius, dans sa traduction allemande et dans le texte qui y est joint, a transposé ce § après le 6 quant à moi, il me semble qu’il serait placé le plus convenablement après le 5e. Mais pour ma part, je n’oserais me permettre de modification ; et il me suffit d’avoir signalé cette interversion, dont Simplicius ne paraît pas avoir été choqué. - Tout changement, ou tout mouvement. - Entre des opposés, le point de départ et le point d’arrivée. - Et qu’on entend par opposés, voir les Catégories, ch. 10, p. 109 de ma traduction, pour la théorie générale des opposés. - L’intermédiaire, voir plus haut, § 6. Le milieu peut être regardé comme un contraire par rapport l’un ou l’autre des extrêmes. - Pas de milieu, ou d’intermédiaire. - Dans la contradiction, c’est-à-dire qu’entre deux propositions contradictoires, il faut nécessairement que l’une soit vraie et que l’autre soit fausse.

§ 11. Enfin, on entend par Continu une sorte de cohérence. Ainsi je dis d’une chose qu’elle est continue quand les limites, par lesquelles les deux parties se touchent, se sont confondues et réunies, et qu’alors, comme le mot même l’exprime, elles se continuent et se tiennent. Mais c’est ce qui ne peut avoir lieu tant que les extrémités restent deux.

§ 11. Enfin, j’ai ajouté ce mot parce que le terme de Continu est le dernier de ceux qui ont été énumérés plus haut § 1, et dont Aristote a promis de donner l’explication. - Une sorte de cohérence, c’est bien là en effet le caractère de la continuité. - Les deux parties, le texte dit simplement : « De l’un et de l’autre. » - Elles se continuent et se tiennent, il n’y a qu’un seul mot dans le texte. - Restent deux, au lieu de se confondre en une seule et même chose.

§ 12. Évidemment, il suit de cette définition qu’il n’y a de continuité que dans les choses qui, en se touchant, peuvent arriver naturellement à ne plus former qu’une seule chose ; et autant le contenant peut devenir un, autant le tout deviendra un et continu : par exemple, quand un continu se l’orme soit à l’aide d’un clou, soit à l’aide d’un collage, d’un contact ou d’un soudage naturel.

§ 12. Naturellement, ceci ne veut pas dire que ce soit par leur nature propre que les choses deviennent spontanément continues ; mais quelles n’ont rien dans leur nature qui s’oppose à leur continuité. Ainsi deux choses qui sont solides, sont aptes à devenir continues par le lien qui les unit ; mais une chose solide, et une chose liquide, ne sont pas précisément continues ; elles sont simplement cohérentes. - Le contenant, il faut entendre par Contenant le lieu, quel qu’il soit, qui forme la continuité. J’ai conservé ce mot parce qu’il a, comme le mot grec, la même étymologie que le mot de Continuité. - Peut devenir un, ou plutôt ; « Est un, a - Le tout, formé des deux parties qui deviennent continues. - Un et continu, il n’y a que le premier mot dans le texte. - A l’aide d’un clou, qui unit deux planches, par exemple. - D’un collage, où la continuité est aussi étroite que possible. - D’un contact, qui forme d’abord une cohérence et ensuite une continuité. - D’un soudage naturel, lorsqu’on rapproche deux plantes, par exemple, ou qu’elles se rapprochent naturellement assez pour qu’elles puissent se réunir et se confondre. On pourrait traduire aussi « D’un mélange et d’une excroissance naturelle. »

§ 13. D’ailleurs, il n’est pas moins clair que l’idée de Suivre est antérieure à celle de Toucher ; car ce qui touche une chose la suit nécessairement ; mais ce qui suit une chose ne la touche pas toujours. Aussi c’est là ce qui fait que, dans les termes qui rationnellement peuvent être antérieurs, il y a consécution, tandis qu’il n’y a pas contact.

§ 13. Est antérieure à celle de Toucher, le texte n’est pas aussi précis ; et il dit simplement : « Est la première. » La suite justifie le sens que j’ai adopté. - La suit nécessairement, tout au moins par position. - Ce qui suit une chose ne la touche pas toujours, voir plus haut, § 8. - Rationnellement, et non dans le temps ou dans l’espace ; et tels sont les nombres, par exemple, où l’antériorité est toute rationnelle, deux venant avant trois, trois avant quatre, etc. - Peuvent être antérieurs, le texte dit simplement : « Sont antérieurs. » - Il y a consécution et non contact, observation très fine et très exacte.

§ 14. Du moment qu’une chose est continue, il y a nécessité qu’elle touche ; mais elle peut toucher sans être pour cela continue ; car les extrémités des deux choses peuvent être ensemble dans l’espace, sans se confondre en une ; mais si elles se confondent, il faut nécessairement qu’elles soient ensemble. Par suite, la combinaison des natures est la dernière à se produire ; car, pour que les extrêmes se confondent et se soudent, il faut absolument qu’ils se soient touchés. Mais tout ce qui se touche ne se confond pas ; et, par conséquent, là où il n’y a pas de contact, il est évident qu’il n’y a pas non plus de mélange ni de fusion.

§ 14. Sans être pour cela continue, car elle peut toucher et être simplement contiguë et cohérente, sans former une véritable continuité. - Dans l’espace, j’ai ajouté ces mots qui sont justifiés par la définition donnée plus haut au §2. - Sans se confondre en une condition essentielle de la continuité ; voir plus haut § 11. - La combinaison des natures, ou La simultanéité de développement. - La dernière à se produire, cette expression, assez obscure dans me traduction connue elle l’est dans le texte, veut dire sans doute que la combinaison des natures est le dernier degré de la continuité. - Se confondent et se soudent, il n’y a qu’un seul mot dans le texte. - De mélange ni de fusion, même remarque.

§ 15. Il s’ensuit que, bien que le point et l’unité soient séparés de la matière, ainsi qu’on le dit, il n’est pas possible que jamais le point et l’unité soient la même chose ; car les points se touchent, tandis que les unités se suivent ; et, pour les points, il peut y avoir entr’eux un intervalle ; car toute ligne est un intervalle entre deux points ; tandis que pour les unités, l’intervalle est nécessairement impossible ; car il n’y a rien absolument entre cieux et un.

§ 15. Soient séparés de la matière, le texte n’est pas tout à fait aussi formel. - Ainsi qu’on le dit, c’est ainsi que l’on considère le point et l’unité dans les mathématiques, c’est-à-dire d’une manière tout abstraite. - Soient la même chose, c’est-à- dire puissent être pris indifféremment l’un pour l’autre. - Les points se touchent, voir plus haut § 13. - Les unités se suivent, il y a consécution, mais il n’y a pas contact. - Entre deux points, qui sont séparés, et ne se touchent pas. - Entre deux points, le texte n’est pas aussi formel. - Pour les unités, considérées indépendamment des fractions qu’on peut intercaler en-elles. - Deux et un, considérés comme des unités successives.

§ 16. Voilà donc ce qu’il faut entendre par les termes que nous avons énumérés : Ensemble, séparé, contact, intermédiaire, suite, cohérence, continuité ; et tels sont les objets auxquels ces termes peuvent s’appliquer.

§ 16. Les termes que nous avons énumérés, voir plus haut § 1. - Ces termes peuvent s’appliquer, ou plutôt : « Quelques-uns de ces termes. »

CHAPITRE VI.

De l’unité et de la diversité de mouvement ; mouvement génétiquement un et spécifiquement un. - De l’unité absolue de mouvement ; différence de l’identité et de l’unité ; digression.- De la continuité de mouvement ; de l’égalité et de l’inégalité du mouvement ; conditions générales de l’égalité et de l’inégalité du mouvement.

§ 1. Quand on dit que le mouvement est un, cette expression peut se prendre en plusieurs sens, parce que, selon nous, l’idée d’unité peut aussi en avoir plusieurs.

Ch. VI, § 1. Que Ce mouvement est un, et le même. Il s’agit de distinguer dans quels cas on peut dire que le mouvement est le même, et dans quels cas il est autre. - L’idée d’unité peut aussi en avoir plusieurs, voir dans le Ier Livre, ch. 3 et 4.

§ 2. Le mouvement est génériquement un, suivant les formes de la catégorie où on le considère. Ainsi, la translation est un mouvement qui est un sous le rapport du genre, pour toute translation quelconque ; mais l’altération diffère de la translation par son genre qui est autre.

§ 2. Génériquement un, c’est-à-dire le même sous le rapport du genre, bien qu’il puisse différer encore en espace. - Suivant les formes de la catégorie, plus haut ch. 3, § 10, il a été établi qu’il n’y a de mouvement que dans trois catégories, celles de la quantité, de la qualité et du lieu. Il n’y a donc que trois genres distincts de mouvements, bien qu’il puisse y avoir un très grand nombre d’espèces dans chaque genre. - Pour toute translation, la translation est le mouvement dans l’espace, le changement de lieu. Toute translation est génériquement une ; mais les espaces peuvent différer beaucoup, selon que la translation a lieu circulairement ou en droite ligne, en haut ou en bas, à droite ou à gauche, lentement ou rapidement, etc. - L’altération diffère de la translation, l’altération étant le mouvement dans la qualité, tandis que la translation est le mouvement dans le lieu. Voir plus haut ch. 3, § 11.

§ 3. Spécifiquement, le mouvement est un, lorsque, d’abord étant un en genre, il est un en outre dans une espèce indivisible. Par exemple, la couleur a des différences, puisque la couleur noire et la couleur blanche différent en espèces. Ainsi donc, toute couleur blanche, considérée sous le rapport de l’espèce, est identique à toute autre couleur blanche, de même que la couleur noire est spécifiquement identique à toute couleur noire. Mais cette couleur noire n’est plus spécifiquement la même que la couleur blanche. Par conséquent, la couleur blanche est spécifiquement identique à toute couleur blanche.

§ 3. Spécifiquement, le mouvement est un, à deux conditions identité du genre ; identité de l’espèce. - Dans une espèce indivisible, c’est-à-dire, en descendant jusqu’à l’individu. - La couleur a des différences, la couleur, étant considérée comme genre, a des espèces qui peuvent différer entr’elles. - La couleur noire et la couleur blanche, en genre, ces deux couleurs sont identiques, puisqu’elles sont toutes deux des couleurs ; mais elles diffèrent spécifiquement, puisque l’une est le contraire de l’autre. - Par conséquent la couleur blanche, ceci n’est que la répétions de ce qui vient d’être dit. II faut remarquer que dans le mot grue, il y a une nuance qui indique non pas précisément la couleur blanche on noire, mais le mouvement qui mène a l’une ou à l’autre. Notre langue ne m’a pas fourni d’équivalents.

§ 4. S’il est par hasard des choses qui soient tout ensemble genres et espèces, il est clair que pour elles, le mouvement sera, à quelques égards, un sous le rapport de l’espèce ; mais, absolument parlant, il ne sera point spécifiquement identique. Tel est, par exemple, l’acte d’apprendre quelque chose et le mouvement de cet acte, si la science est une espèce de la conception, et le genre des sciences particulières.

§ 4. Qui soient tout ensemble genres et espèces, ce sont les espèces intermédiaires entre le genre le plus élevé et l’individu, Elles sont genres par rapport aux espèces inférieures qu’elles comprennent, et espèces par rapport au genre supérieur qui les comprend. - L’acte d’apprendre et le mouvement de cet acte, il n’y a qu’un seul mot dans le texte. - Est une espèce de la conception, l’acte d’apprendre est une sorte de perception intellectuelle ; voir le Traité de l’âme, Livre III, ch. 3, § 5, p. 280 de ma traduction. - Et le genre des sciences particulières, j’ai ajouté ce dernier mot pour rendre la pensée plus claire. Ainsi la science est considérée à la fois comme espèce et comme genre ; elle est une espèce par rapport à la conception, qui est un terme plus général ; elle est un genre par rapport à chacune des sciences spéciales, qu’elle comprend sous une dénomination commune.

§ 5. On peut se demander si le mouvement est bien en effet spécifiquement un et identique, lorsqu’une même chose change et se meut du même au même. Soit, par exemple, un seul et même point qui se nient allant et revenant à plusieurs reprises de tel lien en tel lieu. Mais si l’on dit que dans ce cas le mouvement est identique, alors la translation circulaire se confondra avec la translation en ligne droite, et la rotation avec la marche, Ou bien notre définition n’a-t-elle pas établi que le mouvement est autre, quand la manière dont il se passe est spécifiquement autre ? Or, le mouvement circulaire est en espèce différent du mouvement en ligne droite.

§ 5. On peut se demander, c’est la tournure habituelle que prend Aristote pour présenter ses doutes, ou aller au-devant des objections. - Lorsqu’une même chose, il y a ici identité d’objet, identité du point de départ, identité du point d’arrivée ; et cependant le mouvement n’est pas identique. Aristote en donne une excellente raison. - Change et se meut, il n’y a qu’un seul mot dans le texte. - Du même au même, j’ai conservé, en traduisant, toute l’indétermination du texte. - Alors la translation circulaire se confondra avec la translation en ligne droite, ce qui est évidemment absurde ; et le mouvement n’est point spécifiquement identique, bien qu’il soit identique en genre. En effet, quand l’objet se meut entre deux points, on ne peut pas dire que le mouvement soit spécifiquement le même, si l’objet se meut d’une part directement, et d’autre part circulairement. - La rotation avec la marche, la différence du mouvement est alors, en effet, considérable, et l’on ne peut plus dire que le mouvement soit identique.- Ou bien notre définition n’a-t-elle pas établi, le texte n’est pas tout à fait aussi formel. - La manière dont il se passe, comme dans les exemples qui viennent d’être cités, où la manière dont le mouvement s’accomplit n’est pas en effet la même. - Est en espèce différent, en genre il est identique, puisque l’un et l’autre sont des translations ou déplacements dans l’espace.

§ 6. Voilà donc comment le mouvement est un et identique, soit en genre, soit en espèce.

§ 6. Est un et identique, il n’y a qu’un seul mot dans le texte.

§ 7. Mais absolument parlant, le mouvement est un, quand il est un en essence et en nombre. En analysant les choses, nous allons voir quel est le mouvement qui peut être ainsi considéré. Il y a trois termes à étudier, quand nous disons que le mouvement est un : l’objet, le lieu et le temps. Par l’objet, j’entends qu’il faut nécessairement qu’il y ait quelque chose qui soit en mouvement ; un homme, par exemple, ou un morceau d’or, etc. Il faut en outre que ce mouvement ait lieu dans quelque chose : par exemple dans l’espace ou dans la qualité ; et enfin qu’il ait lieu dans un certain moment ; car tout mouvement se passe dans le temps. Entre ces trois termes, l’unité de mouvement en genre et en espèce ne peut se trouver que dans le lieu où le mouvement se passe. La continuité de mouvement ne peut être, comme nous l’avons vu, que dans le temps. Mais l’unité absolue du mouvement ne peut se trouver que dans les trois termes réunis que nous venons d’indiquer. En effet, ce dans quoi le mouvement se passe doit être un et indivisible ; et par exemple c’est l’espèce. Le moment où il se passe doit être identique aussi ; et c’est, par exemple, le temps, un et sans aucune interruption. Enfin, l’objet qui est en mouvement doit également être un, sans l’être, ni par accident, ni d’une manière commune. Il ne doit pas l’être par accident et indirectement ; ainsi, le blanc devient essentiellement noir, ou Coriscus marche essentiellement. Mais si Coriscus et le blanc sont une seule et même chose, c’est seulement par accident. L’objet ne doit pas être commun ; car il se pourrait que deux hommes se guérissent à la fois par une seule et même guérison ; et, par exemple, qu’ils se guérissent d’une ophtalmie qui les affecterait tous les deux ; mais leur ophtalmie ne serait pas une seule et même ophtalmie, et elle serait une seulement en espèce.

§ 7. Absolument parlant, plus haut l’unité de mouvement a été étudiée sous le rapport du genre et de l’espèce ; elle l’est ici d’une manière absolue et sans aucune limitation. - Que le mouvement est un, quelques éditions, et notamment celle de Berlin, ont une leçon un peu différente et qui exigerait qu’on traduisit : « Quand nous parlons du mouvement. » J’ai préféré la leçon que je donne, parce qu’elle est plus d’accord avec tout de qui suit. - L’objet, qui est en mouvement. - Le lieu et le temps, dans lesquels le mouvement se passe. - L’homme ou un morceau d’or, l’un ayant un mouvement spontané quand il se déplace, et l’autre n’ayant qu’un mouvement venu du dehors quand il reçoit une autre forme. - Dans l’espace ou dans la qualité, selon la catégorie. Aristote aurait pu ajouter ici la catégorie de la quantité, pour que la pensée fût plus complète. - Dans un certain moment, il semblerait alors qu’il y a du mouvement dans la catégorie du temps, comme il y en a dans les trois autres ; mais, comme il n’y a point de changement, on ne peut pas dire précisément qu’il y ait de mouvement non plus dans la catégorie du temps. Seulement tout mouvement suppose nécessairement un temps où il s’accomplit. - Comme nous l’avons vu, le texte n’est pas tout à fait aussi formel. Voir plus haut, Livre IV, ch. 17. § 4, et ch. 19, § 14. - Que nous venons d’indiquer, le texte n’est pas tout à fait aussi formel.- C’est l’espèce, ou même l’individu, qui est la dernière espèce et l’unité qui ne peut plus étire divisée. - Ni d’une manière commune, un peu plus loin, cette expression est éclaircie par l’exemple que cite Aristote. - Par accident et indirectement, il n’y a qu’un seul mot dans le texte. - Comme le blanc devient noir, le blanc et le noir ne devenant point pour cela identiques. - Ou Coriscus qui marche, la marche est un simple accident pour Coriscus, et ne peut se confondre avec lui. - Ne doit pas être commun, à plusieurs êtres. - Et elle serait une seulement en espèce, attendu que ce serait toujours la meule espèce le maladie ; mais individuellement la maladie n’est pas la même, et il y a deux maladies au lieu d’une seule.

§ 8. Supposez que Socrate éprouve un changement qui soit le même par son espèce, mais qu’il l’éprouve dans un temps autre, et que chaque fois qu’il l’éprouve, ce soit dans des temps toujours différents. Si l’on admet qu’une chose détruite puisse redevenir numériquement une, le mouvement éprouvé par Socrate sera un et le même ; si non, ce mouvement pourra bien être le même, mais il ne sera pas un.

§ 8. Supposez que Socrate, Socrate est pris ici pour l’objet qui est un et identique ; le mouvement qu’il éprouve est un et identique également ; mais le temps est autre. Peut-on dire que le mouvement est encore un et le même ? Aristote répond par la négative. - Si l’on admet, hypothèse insoutenable. - Sera un et le même, conséquence aussi fausse que l’hypothèse elle-même. - Si non, c’est-à-dire, si l’on n’admet pas qu’une chose détruite puisse redevenir numériquement une et la même. - Pourra bien être le même, en espèce ; mais numériquement il ne sera pus un.

§ 9. Une autre question fort analogue à celle-là, c’est de savoir si, par exemple, la santé est essentiellement une et identique dans les corps, et d’une manière générale, si les affections et les qualités y sont identiques et unes ; car les corps qui les possèdent changent et se meuvent évidemment, et sont dans un flux perpétuel. Mais si la santé que j’ai maintenant est bien la même identiquement que celle que j’avais ce matin, pourquoi la santé que l’on recouvre après une maladie, ne serait-elle pas numériquement cette même santé qu’on possédait avant d’être malade ? Car le raisonnement est identique de part et d’autre. La seule différence, entre ces termes, c’est que, si deux mouvements se confondent de telle manière en un seul qu’il soit numériquement un, il faut nécessairement que les affections soient unes aussi ; car pour ce qui est un numériquement, l’acte aussi est numériquement un. Mais il ne suffit pas que l’affection soit une pour que l’on puisse dire que l’acte le soit également. Ainsi du moment que l’on s’arrête de marcher, il n’y a plus de marche ; et si l’on se remet à marcher, il y a marche de nouveau. Si donc c’était là un seul et même acte, il s’ensuivrait qu’une seule et même chose, tout en restant une, pourrait tout ensemble périr et renaître plusieurs fois. Mais ces questions s’éloignent trop du sujet qui doit actuellement nous occuper ; revenons.

§ 9. Une autre question fort analogue à celle-ci, tout analogue que cette seconde question est à la première, à la fin du § il est déclaré qu’elle s’éloigne du sujet, et on la laisse sans solution. - Si, par exemple, la santé, qui est une qualité et qui n’est pus un mouvement. - Une et identique, il n’y a qu’un seul mot dans le texte. - Identique et une, même remarque. - Changent et se meuvent, le texte dit seulement : « Se meuvent. » - Dans un flux perpétuel, c’est sans doute de cette observation, d’ailleurs très juste, qu’Héraclite tirait son fameux principe, tant de fois réfute par Aristote. - Que celle que j’avais ce matin, sans qu’il soit intervenu de maladie entre les deux moments où je me considère. - Le raisonnement est identique, pour l’unité de mouvement et pour l’unité des affections, des choses ou des personnes. - Entre ces termes, j’ai ajouté ces mots qui me semblent ressortir du contexte, et qui complétera la pensée. - Les affections soient unes aussi comme les actes auxquels elles répondent et qu’elles provoquent. - Pour ce qui est un numériquement, ou en d’autres termes, pour ce qui est individuel. - Il ne suffit pas que l’affection soit une, au moins sous le rapport de l’espèce, comme la marche, qui spécifiquement est une et la même, quand on la reprend, après avoir cessé quelque temps de marcher, mais qui numériquement n’est point une, quand elle est interrompue et qu’elle recommence. - Il n’y a plus de marche, c’est-à-dire l’affection particulière qu’on appelle de ce nom. - Un seul et même acte, il y a autant d’actes, à proprement parler, qu’on reprend de fois la marche. - Ces questions s’éloignent trop du sujet, c’est vrai, et l’on ne voit pas trop l’utilité de cette digression. - Revenons, j’ai ajouté ce mot, qui m’a semblé nécessaire, au moins comme transition.

§ 10. Puisque tout mouvement est continu, il faut, quand le mouvement est absolument un, qu’il soit continu aussi ; car tout mouvement est divisible ; et quand il est continu, il est un.

§ 10. Puisque tout mouvement est continu, car si le mouvement cesse un seul instant, et s’il est interrompu par quelque repos, c’est un nouveau mouvement qui recommence ; voir plus haut ch. 5, § 11, la définition du continu, - Car tout mouvement est divisible, et par conséquent, composé de parties dont les extrémités se touchent pour former la continuité. - Quand il est continu, il est un, de sorte que la continuité et l’unité sont corrélatives, et qu’elles peuvent être prises l’une pour l’antre réciproquement.

§ 11. Mais tout mouvement ne peut pas être continu à toute espèce de mouvement, pas plus que, dans tout autre cas, une chose quelconque ne peut être continue à la première chose venue. Il n’y a continuité qu’autant que les extrémités peuvent s’unir et se confondre. Or, il y a des choses qui n’ont pas d’extrémités ; et il en est d’autres dont les extrémités sont spécifiquement différentes et simplement homonymes. Et par exemple, comment les extrémités de la ligne et de la marche pourraient-elles se toucher et s’unir ?

§ 11. A toute espèce de mouvement, car si les mouvements sont d’espèce différente, l’un ne peut pas être la continuation de l’autre. - Les extrémités peuvent s’unir, Voir plus haut, ch. 5, § 11. - Il y a des choses qui n’ont pas d’extrémités, comme les choses incorporelles, par exemple. - Spécifiquement différentes, comme dans l’exemple cité un peu plus bas. - Et simplement homonymes, c’est-à-dire qui s’appellent également des extrémités, mais qui n’ont de commun que cette appellation même. - De la ligne et de la marche, qui ont toutes deux un commencement et une fin avec une certaine étendue, mais dont les extrémités cependant ne peuvent se confondre.

§ 12. D’ailleurs, des mouvements qui ne sont identiques, ni en espèce ni en genre, peuvent se suivre. Par exemple, un homme qui court peut, après avoir couru, gagner sur le champ un accès de lièvre ; et, comme un flambeau qu’on se passe de main en main, le mouvement de translation peut suivre. Mais pour cela il n’est pas continu ; car on ne reconnaît de continuité que là où les extrémités peuvent se confondre et s’unir.

§ 12. Peuvent se suivre, sans être continus. - Gagner sur le champ un accès de lièvre, l’exemple peut sembler assez bizarrement choisi ; mais il s’explique d’après les théories qui précèdent. La course est un mouvement dans l’espace, une translation ou déplacement ; le lièvre est un mouvement d’altération dans la catégorie de la qualité. Or, ce second mouvement peut suivre immédiatement le premier sans lui être du tout continu, attendu qu’il en diffère en genre et en espèce. - Un flambeau qu’on se passe de main en main, ceci fait sans doute allusion à la fête des flambeaux qu’on célébrait à Athènes, et où les assistants se passaient des torches de main en main jusqu’à ce qu’elles fussent éteintes. Le mouvement se suivait ; mais on ne peut pas dire que dans ce cas il fût continu, puisqu’il s’arrêtait nécessairement quelques instants à chaque transmission nouvelle. - Où les extrémités peuvent se confondre, voir le § précédent, et ch. 5, § 11.

§ 13. Ainsi, les choses se tiennent et se suivent, parce que le temps est continu ; le temps est continu à son tour, parce que les mouvements le sont aussi ; enfin les mouvements ne sont continus que quand les extrémités des deux se confondent en une seule.

§ 13. Se tiennent et se suivent, ces deux expressions sont ici à peu près identiques. - Enfin les mouvements ne sont continus, le texte n’est pas tout à fait aussi explicite, et il dit simplement : « Et cela. » Cette phrase se rapporte évidemment à la continuité du mouvement.

§ 14. Par conséquent, il faut nécessairement, pour que le mouvement soit continu et identique, qu’il soit le même en espèce, qu’il soit le mouvement d’une seule chose et qu’il se passe dans un seul temps. Je dis dans un seul temps, pour qu’il n’y ait pas d’immobilité ni d’arrêt dans l’intervalle ; car, durant le temps où le mouvement viendrait à défaillir, il y aurait nécessairement un repos. Il y a plusieurs mouvements et non un mouvement unique, là où il se trouve un intervalle de repos ; et si un mouvement se trouve interrompu par un temps d’arrêt, ce mouvement n’est plus unique ni continu. Or, il est interrompu, du moment qu’il y a un temps intermédiaire. Mais pour un mouvement qui spécifiquement n’est point un et le même, il n’y a rien de pareil, lors bien même que le temps ne présente pas de lacune. Le temps alors est bien un ; mais spécifiquement le mouvement est autre ; car lorsque le mouvement est un et le même, il est aussi un et le même en espèce nécessairement ; mais il n’y a pas nécessité que ce mouvement soit un d’une manière absolue.

§ 14. Par conséquent, c’est une sorte de résumé de tout ce qui précède sur l’unité du mouvement. - Le même en espèce, qu’il ne soit pas d’espèce différente, serait-ce d’ailleurs dans la même catégorie. - Le mouvement d’une seule chose, voir plus haut § 7. - Ni d’arrêt, j’ai ajouté ces mots pour compléter le pensée. - Le mouvement viendrait à défaillir, le texte n’est pas tout à l’ait aussi précis. - Il n’y a rien de pareil, c’est-à-dire qu’il n’y a plus de continuité, ni unité possible.

§ 15. On voit maintenant ce qu’il faut entendre par un mouvement absolument un et le même. §16. On dit encore d’un mouvement qui est complet qu’il est un, soit en genre, soit en espèce, soit en substance. Ici, comme dans tout le reste, l’idée de complet et d’entier n’appartient qu’à ce qui est un. Mais quelquefois le mouvement a beau être incomplet, on n’en dit pas moins qu’il est un, pourvu qu’il soit seulement continu.

§ 16. D’un mouvement qui est complet, nouvelle manière d’entendre l’unité de mouvement. La fin du § prouve que cette acception n’est pas aussi exacte que les précédentes. Un mouvement peut être un, sans être complet. - L’idée de complet et d’entier, le texte dit simplement : Le complet et l’entier. - Pourvu seulement qu’il soit continu, c’est-à-dire, qu’il n’y ait point d’interruption dans le temps qui le mesure. Voir plus haut § 10.

§ 17. Indépendamment de tous les mouvements uns et identiques dont nous venons de parler, on dit encore d’un mouvement qui est égal et uniforme qu’il est un ; car le mouvement inégal ne peut point en quelque sorte paraître un ; mais un mouvement égal le paraît davantage comme le paraît la ligne droite. L’inégal est divisé ; mais les mouvements ne diffèrent que comme le plus et le moins.

§ 17. Uns et identiques, j’ai ajouté ces mots qui ressortent du contexte, et qui éclaircissent la pensée en résumant plus précisément ce qui précède. - Égal et uniforme, il n’y a qu’un seul mot dans le texte. - Ne peut point en quelque sorte paraître un, la restriction est juste ; mais l’observation n’en est pas moins délicate et vraie. L’égalité se rapproche de l’unité bien plus que l’inégalité, dont les apparences tout au moins l’ont supposer un certain désordre. - Comme le paraît la ligne droite, qui parait avoir plus d’unité, et qui en a plus, en effet, que la ligne brisée. - L’inégal est divisé, ou divisible ; et ceci s’applique plus particulièrement à une ligne inégale, où les diverses parties qui la composent semblent, en effet, établir des divisions. - Mais ces mouvements, c’est a-dire le mouvement égal et le mouvement inégal. - Ne diffèrent, sous le rapport de l’unité.

§ 18. Du reste, dans tout mouvement quelconque, on peut distinguer l’égalité ou l’inégalité. Ainsi, une chose peut subir un mouvement d’altération avec égalité, de même qu’elle peut subir un mouvement égal de déplacement dans l’espace, soit en cercle, soit en ligne droite ; et l’on peut faire la même remarque pour l’accroissement et pour la destruction.

§ 18. Dans tout mouvement quelconque, quelle que soit son espèce et quelle que soit la catégorie à laquelle il appartienne. - Un mouvement d’altération, c’est le mouvement dans la catégorie de la qualité. - Avec égalité, ou avec inégalité, sous-entendu. - De déplacement dans l’espace, mouvement dans la catégorie du lieu. - Pour l’accroissement et pour la destruction, mouvement dans la catégorie de la quantité. Voir plus haut, ch, 3, § 10.

§ 19. Par fois la différence d’inégalité tient au lieu dans lequel le mouvement se passe ; car il n’y a pas moyen que le mouvement soit égal sur une grandeur qui n’est pas égale. Prenons, par exemple, le mouvement selon une ligne brisée, ou selon une spirale, ou selon telle autre grandeur ou une partie quelconque ne correspond pas à la partie quelconque qu’on a prise. Parfois aussi la différence d’inégalité du mouvement ne consiste ni dans le lieu parcouru, ni dans le temps, ni dans le but où tend le mouvement, mais dans la manière dont il se fait ; car, quelquefois, on distingue le mouvement par la vitesse ou la lenteur. Quand la vitesse est la même, le mouvement est égal ; quand elle ne l’est pas, il est inégal.

§ 19. La différence d’inégalité, ou d’égalité, ce qui revient au même. - Au lieu, ou à l’étendue, que parcourt le mobile. - Sur une grandeur ou une étendue, la distance parcourue n’étant pas égale, le mouvement cesse d’être égal, bien qu’il soit encore uniforme. - A la partie quelconque qu’on a prise, l’expression est obscure parce qu’elle est trop vague ; mais le sens est certain. Aristote suppose deux lignes inégales, dont l’une, par exemple, est droite, et dont l’autre est courbe ou brisée. Une partie de la seconde ligne ne correspond pas à une partie de la première ; et par conséquent le mouvement qui suit la seconde est inégal au mouvement qui suit l’autre. - Dans la manière dont il se fait, selon qu’il est plus rapide ou plus lent. - Quelquefois, il serait plus exact de dire : très souvent, au lieu de quelquefois, la vitesse ou la lenteur du mouvement étant un de ses caractères les plus ordinaires et les plus frappants. - Quand la vitesse est la même, c’est ainsi que le plus habituellement on mesure le mouvement.

§ 20. D’ailleurs ce qui fait qu’on ne doit considérer la lenteur ou la vitesse, ni comme des espèces ni comme des différences du mouvement, c’est qu’elles peuvent accompagner tous les mouvements, quelque différents qu’ils soient en espèce. La pesanteur et la légèreté ne sont pas davantage des espèces ou des différences, quand elles se rapportent à un même objet ; ainsi pour la terre, par rapport à elle-même ; et pour le feu, par rapport à lui-même.

§ 20. Ni comme des espèces ni même des différences, la remarque est vraie pour les espèces ; mais elle ne l’est peut-être pas autant pour les différences. Le même mouvement diffère, selon qu’il est plus lent ou plus rapide. - Des espèces ou des différences, même observation. La pesanteur ou la légèreté sont des différences si ce n’est des espèces, même quand elles se rapportent à un même objet. Dans la pierre, par exemple, c’est une grande différence que celle du poids. - Pour la terre par rapport à elle-même, la terre doit s’entendre ici dans un sens très large ; et, d’après les théories des anciens, tous les corps pesants et non liquides étaient compris sous le nom générique de terre. Aristote veut dire que, par exemple, une motte de terre ne diffère pas du reste de la terre, parce qu’elle serait plus légère ou plus lourde ; ce qui n’est point exact ; car il y a des terres beaucoup plus pesantes les unes que les autres.

§ 21. Cependant, le mouvement inégal est un et identique. parce qu’il est continu ; mais il l’est moins, comme cela se voit dans la translation en ligne brisée ; et le moins suppose toujours un certain mélange du contraire.

§ 21. Un et identique, il n’y a qu’un seul mot dans le texte. - Il l’est moins, voir plus haut, § 17. - Dans la translation en ligne brisée, le mouvement dans l’espace paraît avoir plus d’unité quand il se fait en ligne droite, que quand il se fait selon une ligne brisée, ou même circulaire. - Un certain mélange du contraire, observation très délicate et très juste Ainsi quand une chose est moins blanche qu’une autre, c’est qu’elle a une certaine portion de noir, qui est le contraire du blanc.

§ 22. Si d’ailleurs tout mouvement un peut être égal ou inégal, les mouvements qui ne se suivent pas spécifiquement ne peuvent pas non plus être uns et continus. En effet, comment un mouvement composé d’altération et de translation pourrait-il être égal ? Car il faudrait d’abord que ces cieux espèces de mouvements s’accordassent entr’elles,

§ 22. Qui ne se suivent pas spécifiquement, c’est-a-dire qui ne peuvent pas se suivre, parce qu’ils sont d’espèces différentes. - Composé d’altération et de translation, l’altération étant un mouvement dans la qualité, et la translation un mouvement dans l’espace, elles ne peuvent jamais être égales l’une à l’autre. - S’accordassent entr’elles, ce qui est de toute impossibilité d’après la nature de l’une et de l’autre.

CHAPITRE VII.

De la contrariété du mouvement ; sens divers dans lesquels on peut entendre qu’un mouvement est contraire à un mouvement ; élimination de plusieurs nuances ; différence du changement et du mouvement ; mouvement vers les intermédiaires. - Pour que deux mouvements soient contraires, il faut qu’ils aillent tous deux du contraire vers le contraire.

§ 1. Il nous faut encore expliquer quel est le mouvement qui est contraire à un autre mouvement, et donner aussi des explications analogues sur l’inertie ou le repos.

Ch. VII, § 1. Quel est le mouvement qui est contraire, cette question sera traitée dans ce chapitre. - Des explications analogues sur l’inertie, ce sera l’objet du chapitre suivant. - Ou le repos, j’ai ajouté ces mots afin de compléter la pensée par ce synonyme.

§ 2. Déterminons d’abord si le mouvement qui s’éloigne d’un certain objet, est contraire à celui qui va vers ce même objet ? Par exemple, le mouvement qui s’éloigne de la santé est-il contraire à celui qui tend vers la santé, manière dont la génération et la destruction semblent être contraires entr’elles ? Ou bien le mouvement contraire est-il celui qui part des contraires ? Par exemple, le mouvement qui part de la santé est-il contraire à celui qui part de la maladie ? Ou bien encore, est-ce celui qui tend aux contraires ? Et par exemple, le mouvement qui tend à la santé est-il contraire à celui qui tend vers la maladie ? Ou bien, le mouvement qui part du contraire est-il contraire à celui qui tend vers le contraire ? Ainsi, le mouvement qui vient de la santé, est-il contraire à celui qui va vers la maladie ? Ou bien enfin, celui qui va du contraire à l’autre contraire, est-il contraire à celui qui va aussi du contraire au contraire ? Par exemple, le mouvement qui va de la santé à la maladie, est-il le contraire de celui qui va de la maladie à la santé ? Il faut nécessairement que le mouvement contraire soit une de ces nuances, ou plusieurs de ces nuances ; car il n’y a pas d’autres oppositions possibles.

§ 2. Déterminons d’abord, l’énumération qui va suivre est exacte, mais un peu subtile ; et il est assez malaisé de bien distinguer toutes ces nuances au nombre de cinq. - La génération et la destruction, voir uni peu plus bas, § 10, quelques développements sur ce point.

§ 3. Le mouvement qui part du contraire n’est pas contraire à celui qui va vers le contraire. Ainsi le mouvement qui s’éloigne de la santé n’est pas contraire à celui qui va vers la maladie ; car c’est un seul et même mouvement, Toutefois la façon d’être n’est pas identique de part et d’autre, pas plus que changer en quittant la santé n’est pas tout à fait la même chose que changer en allant à la maladie.

§ 3. Le mouvement qui part du contraire, c’est la quatrième nuance. - Car c’est un seul et même mouvement, perdre la santé et devenir malade sont des mouvements qui, en réalité, sont identiques ; et il n’y a guère qu’une distinction purement rationnelle. - N’est pas tout à fait la même chose, on peut avoir perdu quelque chose de sa santé sans être encore précisément malade.

§ 4. Le mouvement qui s’éloigne du contraire n’est pas davantage contraire à celui qui s’éloigne de l’autre contraire ; car tous les deux partent du contraire et vont vers le contraire, on vers l’intermédiaire. Du reste, nous reviendrons un peu plus loin à cette nuance. Mais le changement qui va vers le contraire semblerait devoir amener cette opposition de mouvements contraires, plutôt que le changement qui part du contraire ; car celui-ci repousse la contrariété dont il se dégage, tandis que celui-là la gagne. Or tout mouvement se désigne bien plutôt par le but où il tend que par le but d’où il s’éloigne. C’est ainsi que la guérison est le mouvement vers la santé ; et le malaise, le mouvement vers la maladie.

§ 4. Le mouvement qui s’éloigne du contraire, c’est la seconde nuance, qui se confond, à certains égards, avec la cinquième. - Nous reviendrons un peu plus loin, § 5 et suiv. - Le changement qui va vers le contraire, le mouvement se détermine par le but auquel il tend, plutôt que par le terme d’où il part.

§ 5. Restent donc, et le mouvement qui va vers les contraires, et celui qui va vers les contraires en partant des contraires.

§ 5. Restent donc, la troisième et la cinquième nuance, la première étant un changement plutôt qu’un mouvement, comme il est dit au § 7. - Qui va vers les contraires, voir plus haut, § 2, la troisième nuance. - En partant des contraires, ibid., c’est la cinquième nuance.

§ 6. Il est bien clair, d’ailleurs, que les mouvements qui vont vers les contraires partent, en outre, des contraires. Mais leur façon d’être n’est pas tout à fait identique. Je veux dire, par exemple, que ce qui va vers la santé n’est pas la même chose que ce qui s’éloigne dé la maladie, et réciproquement, que ce qui s’éloigne de la santé n’est pas la même chose que ce qui va vers la maladie.

§ 6. Leur façon d’être n’est pas tout à fait identique, voir plus haut, § 3, une distinction pareille. La troisième nuance peut donc se confondre en partie avec la cinquième.

§ 7. Mais comme le changement ne se confond pas avec le mouvement, car c’est le changement d’un certain sujet, réel en un autre sujet, qui est un vrai mouvement, il s’ensuit que le mouvement qui va d’un contraire à un contraire, est contraire au mouvement qui va d’un contraire à un contraire. Par exemple, le mouvement de la santé vers la maladie est contraire au mouvement de la maladie vers la santé.

§ 7. Le changement ne se confond pas avec le mouvement, voir plus haut, ch. 2, l’analyse de l’idée de changement et la comparaison du changement avec le mouvement. - D’un certain sujet réel, j’ai ajouté ce dernier mot, parce que la génération et la destruction sont des changements et non des mouvements, l’une partant du non-être pour arriver à l’être, et l’autre partent au contraire de l’être pour arriver au non-être. Le mouvement suppose nécessairement deux états distincts, tandis que la génération et la destruction n’en supposent qu’un. - Le mouvement qui va d’un contraire, c’est la cinquième nuance du § 2.

§ 8. L’induction elle-même peut servir à montrer quels sont ici les contraires véritables. Ainsi, devenir malade est bien le contraire de recouvrer la santé ; Être instruit est le contraire d’être trompé, quand on ne se trompe pas soi-même ; car c’est aller vers des contraires, puisqu’il est possible qu’on acquière la science et l’erreur, soit par soi-même, soit par autrui. La tendance en liant est contraire à la tendance en bas, puisque ce sont là des contraires en longueur ; la translation à droite est contraire à. la translation à gauche ; car ce sont là des contraires en largeur ; enfin, le devant est contraire au derrière ; car ce sont là aussi des contraires.

§ 8. L’induction, c’est-à-dire l’analyse de quelques cas particuliers, et la vérification des données rationnelles par les faits. On ne cite que quelques-uns de ces faits ; et, par induction, on suppose que tous les autres sont semblables. Aristote va citer cinq exemples. - Devenir malade, premier exemple. - Être instruit, second exemple. - Qu’on acquière la science et l’erreur, cette expression assez bizarre, du moins pour le dernier mot, Acquérir l’erreur, est la reproduction fidèle du texte grec. - La tendance ou le mouvement en haut, troisième exemple. - La translation à droite, quatrième exemple. — Enfin le devant, cinquième et dernier exemple. - Ce sont là aussi des contraires, après ces mots quelques éditions ajoutent ceux-ci : En profondeur, que l’édition de Berlin n’admet pas. Si on les acceptait, il faudrait traduire : « Le dessus et le dessous, » au lieu « du devant et du derrière. »

§ 9. Le changement qui va simplement au contraire, n’est pas un vrai mouvement ; ce n’est qu’un changement par exemple, devenir blanc, sans que ce soit en partant de quelqu’autre état.

§ 9. Le changement qui va simplement au contraire, voir plus haut, § 6 et § 2. Mais cette nuance est purement verbale ; et elle a lieu quand on indique seulement le contraire où tend le mouvement, sans indiquer en même temps le contraire d’où il part. Mais, comme Aristote l’a remarqué § 6, il est clair que tout mouvement qui va vers un contraire a dû aussi partir d’un contraire. - Sans que ce soit en partant de quelqu’autre état, c’est-à-dire sans qu’on exprime de quel autre état antérieur le mouvement était parti.

§ 10. Et là où il n’y a pas de contraires, le changement qui part du même est contraire au changement qui va vers le même. Ainsi, la génération est le contraire de la destruction, et la perte est le contraire de l’acquisition. Mais ce sont là des changements ; ce ne sont pas des mouvements.

§ 10. Là où il n’y n pas de contraires, et où il n’y a qu’une simple contradiction, comme la génération et la destruction. - Le changement qui part du même, le non-être, par exemple. - Qui va vers le même, c’est-à-dire vers le non-être. Ainsi le non-être est le même de part et d’autre. Seulement, il précède la génération, et il suit la destruction. - La perte est le contraire de l’acquisition, comme la destruction est le contraire de la génération. - Ce ne sont pas des mouvements, voir plus haut, § 7.

§ 11. Quant aux mouvements qui vont vers l’intermédiaire, là où entre les contraires il y a un intermédiaire en effet, il faut les classer aussi parmi les mouvements vers les contraires ; car le mouvement prend l’intermédiaire comme un contraire, quel que soit celui des extrêmes clans lequel il change. Ainsi l’objet passe du gris au blanc, comme il y passerait du noir ; et il passe du blanc au gris, comme il passerait au noir. Du noir, il passe au gris comme il passerait au blanc, parce que le gris est le milieu qui se rapporte d’une certaine manière aux deux extrêmes, ainsi qu’on l’a dit antérieurement.

§ 11. Quant aux mouvements qui vont vers l’intermédiaire, ou le milieu ; car le mouvement peut cesser à moitié route, et s’arrêter à un état intermédiaire au lieu d’aller jusqu’à l’état contraire. - Ainsi qu’on l’a dit antérieurement, voir plus haut, ch. 1, § 12.

§ 12. Ainsi donc un mouvement est contraire à un mouvement, en ce sens que le mouvement qui va du contraire à l’autre contraire, est contraire à celui qui va de l’autre contraire au contraire.

§ 12. Ainsi donc, résumé de ce qui précède. Le seul mouvement vraiment contraire est la cinquième nuance indiquée au § 2.

CHAPITRE VIII.

De l’opposition du repos et du mouvement ; le repos est une privation ; nuances diverses de cette opposition. Le repos peut aussi être opposé au repos comme au mouvement- Distinction de l’immuabilité et du repos.

§ 1. Comme ce n’est pas seulement le mouvement qui est contraire au mouvement, mais que c’est aussi le repos, il faut éclaircir ce point. Absolument parlant, c’est le mouvement qui est contraire au mouvement ; mais le repos aussi y est opposé ; car le repos est une privation ; et la privation peut bien passer, à certains égards, pour une sorte de contraire.

Ch. VIII, § 1. Mais que c’est aussi le repos, voir plus haut, le § 1 du chapitre précédent, où cette théorie est annoncée. - Y est opposée, et non pas contraire ; il faut remarquer cette nuance. Le repos n’est pas, à parler exactement, le contraire du mouvement ; c’en est simplement l’opposé en tant que privation. Voir les Catégories, ch. 9 et ch. 10, p. 109 et 121 de ma traduction.

§ 2. Quels sont donc le repos et le mouvement qui sont opposés l’un à l’autre ? C’est, par exemple, le repos dans l’espace qui est opposé au mouvement dans l’espace.

§ 2. Quels sont donc le repos et le mouvement, le texte est beaucoup moins explicite ; mais le sens ne peut faire de doute.

§ 3. Mais l’expression dont je viens de me servir est une expression absolue ; or, on cherche si, à un repos dans tel état, c’est le mouvement partant de cet état qui est opposé, ou bien si c’est le mouvement allant vers ce même état.

§ 3.- Une expression absolue, c’est-à-dire prise dans ton te sa généralité, comme on vient de le faire dans le § précédent. - Dans tel état, ou « dans tel lieu. » J’ai préféré la première expression comme étant plus générale.

§ 4. Or, comme le mouvement suppose toujours deux termes, le repos dans tel état est opposé au mouvement qui part de cet état pour aller à l’état contraire ; et le repos dans l’état contraire est opposé au mouvement qui part du contraire pour arriver à cet état.

§ 4. Suppose toujours deux termes, le point d’où part le mouvement, et le point où il aboutit. - Le repos dans tel état, par exemple, dans la maladie, est opposé au mouvement qui part de la maladie pour aller à la santé, qui est le contraire de la maladie. - Et le repos dans l’état contraire, c’est-à-dire dans la santé, est opposé au mouvement qui part de la santé pour arriver à la maladie, qui est le contraire de la santé. Toutes ces distinctions sont bien subtiles, et elles sont exposées ici d’une manière trop abstraite.

§ 5. De plus, les deux repos aussi sont contraires l’un à l’autre ; car il serait absurde, si les mouvements sont contraires, que les repos opposes à ces Mouvements ne fussent pas contraires également.

§ 5. Les deux repos aussi sont contraires, le repos n’est que l’opposé du mouvement ; mais deux repos peuvent être contraires l’un à l’autre, comme les mouvements le sont entr’eux. - A ces mouvements, j’ai ajouté ces mots pour que la pensée fût plus claire.

§ 6. Ce sont alors les repos dans les contraires ; et, par exemple, le repos dans la santé est contraire au repos dans la maladie, connue il est opposé au mouvement qui va de la santé à la maladie ; car il serait absurde qu’il fût opposé au mouvement qui va de la maladie vers la santé. Le mouvement vers l’état même où il y a temps d’arrêt, est plutôt une tendance au repos ; et cet état peut parfaitement coexister avec le mouvement. Mais il faut nécessairement que ce soit l’un on l’autre de ces mouvements ; car le repos dans la blancheur n’est pas contraire au repos dans la santé.

§ 6. Les repos dans les contraires, les exemples qui suivent dans le texte expliquent ce qu’il faut entendre par là. - Au mouvement qui va de du maladie vers la santé, le repos dans la santé se confondrait plutôt avec le mouvement qui va vers la sang ; il ne peut lui être ni opposé ni contraire. - Une tendance au repos, je n’ai pas pu rendre sans cette périphrase la force du mot grec, qui est un dérivé du mot même qui signifie Repos. - De ces mouvements, j’ai ajouté tout ceci pour plus de clarté. Ces mouvements sont, ou celui qui va vers la santé, ou celui qui s’en éloigne. - Dans la blancheur... Dans la santé, ce seul des genres différents, et il ne peut pas y avoir de contraires ailleurs que dans un même genre.

§ 7. Là où il n’y a pas de contraires, il y a changement, le changement qui part de tel état étant opposé en changement vers le même état ; mais il n’y a pas de mouvement. Ainsi, le changement qui part de l’être est opposé à celui qui va vers l’être ; et il n’y a pas là de repos à proprement dire ; il n’y a qu’immuabilité.

§ 7. Là où il n’y a plus de contraires, et où il n’y a que des opposés. - Il y a changement, et non pas mouvement à proprement parler, le mouvement supposant toujours deux termes réels, l’un d’où il part, et l’autre où il tend. - Le changement, qui part de d’être, pour aller au non-être ; c’est la destruction. - A celui qui va vers l’être, en partant du non- être, c’est la génération. La génération et la destruction sont opposées l’une à l’autre ; mais ce ne sont pat de vrais contraires. - Il n’y a qu’immuabilité, parce qu’il n’y a pas de mouvement à proprement parler, attendu qu’il n’y a qu’un seul terme au lieu de deux. Cette distinction est aussi vraie qu’elle est fine.

§ 8. Si le non-être était quelque chose, l’immuabilité dans l’être serait contraire à l’immuabilité dans le non-être. Mais comme le non-être n’est pas quelque chose, on peut se demander à quoi est contraire l’immuabilité dans l’être, et si elle est du repos.

§ 8. Et si elle est du repos, la question vaut la peine d’être posée, et l’immuabilité, bien qu’elle se rapproche du repos, ne peut pas être tout à fait confondue avec lui.

§ 9. Si elle est du repos, alors ou doit admettre, ou que tout repos n’a pas pour contraire un mouvement, ou bien que la génération et la destruction sont des mouvements aussi. Il est donc clair qu’on ne peut pas dire que cette immuabilité soit du repos, à moins qu’on ne voie aussi des mouvements dans la destruction et la génération. Mais on doit dire que l’immuabilité est quelque chose de semblable au repos.

§ 9. Si elle est du repos, Aristote ne veut pas confondre l’immuabilité et le repos, parce qu’il s’ensuivrait deux conséquences absurdes selon lui : l’une que tout repos n’a pas de mouvement contraire, et l’autre que la destruction et la génération sont de véritables mouvements, au lieu d’être de simples changements. - Mais on doit dire, le texte n’est pas tout à fait aussi formel.

§10. Ainsi donc, ou elle n’est contraire à rien, ou elle est contraire, soit à l’immuabilité dans le non-être, soit à la destruction. Mais la destruction part de cette immuabilité, et la génération y va.

§ 10. A l’immuabilité dans de non-être, Aristote a repoussé cette hypothèse dans le § 8, attendu que le nom être n’est rien, et qu’il ne peut y avoir immuabilité en lui. - Soit à la destruction, c’est à la destruction, en effet, que l’immuabilité est contraire.

CHAPITRE IX.

De l’opposition du mouvement et du repos naturels et contre nature ; opposition générale de ce qui se fait par force et de ce qui se fait selon la nature, dans les différentes espèces de mouvement. Le mouvement contre nature est contraire au mouvement selon la nature, plus que le repos est contraire au mouvement. - Questions diverses. - Résumé de la comparaison du mouvement et du repos.

§ 1. On peut se demander pourquoi, lorsque dans le changement selon le lieu, il y a et des repos et des mouvements qui sont ou suivant la nature ou contre nature, on ne trouve dans les autres espèces de changements rien de pareil : par exemple, une altération selon la nature et une altération contre nature ; car la santé n’est pas plus selon la nature ou contre nature que ne l’est la maladie ; la noirceur ne l’est pas plus que la blancheur. Et de même encore pour l’accroissement et le dépérissement, ces changements ne sont pas contraires les uns aux autres en tant que selon la nature, ou contre nature, non plus que l’accroissement n’est pas contraire à l’accroissement. On peut encore en dire autant de la génération et de la destruction. Ainsi la génération n’est pas selon la nature, et la destruction contre nature, puisque rien n’est plus naturel que de vieillir ; et nous ne voyons pas non plus que telle génération, soit selon la nature et que telle antre soit contre nature.

Ch. IX, § 1. On peut se demander, la question qui va être traitée dans la première partie de ce chapitre, n’est pas très clairement exposée ici. Aristote se demande pourquoi toutes les espèces de changement ne présentent pas les mêmes oppositions que le changement dans l’espace. Dans ce dernier changement, il y a l’opposition du repos et du mouvement, qui peuvent être l’un et l’autre, ou selon la nature, ou contre nature ; dans les autres espèces de changement, il n’y a pas une opposition analogue à celle du repos et du mouvement ; mais il n’y a que l’opposition de ce qui est naturel et de ce qui est violent. Pour les diverses espèces de changements au nombre de six, voir les Catégories, ch. 14, p. 128 et suiv. de ma traduction. Seulement dans les Catégories, Aristote donne le nom de Mouvements à toutes ces espèces de changements ; et ce n’est que dans la Métaphysique et la Physique que son langage est devenu plus précis. - Le changement selon le lieu, ou : Dans l’espace, ce qui est le mouvement véritable, le corps passant d’un lieu à un autre. - Et des mouvements, Aristote distingue ici le mouvement et le changement. - Dans les autres espèces de changements, qui vont être successivement étudiées, et qui sont au nombre de cinq : l’altération ou modification de qualité, l’accroissement et le dépérissement, la génération et la destruction. - Une altération selon la nature, un peu plus bas, § 2, Aristote reconnaîtra des altérations naturelles, et des altérations violentes. - La santé n’est pas plus selon la nature, celte assertion peut être contestée, et il semble que la santé est plutôt selon la nature que la maladie. - De même encore pour l’accroissement et le dépérissement, ici les deux termes paraissent, en effet, également dans la nature, puisque tout ce qui naît et se développe est, par la loi même de la nature, destiné à périr.- De la génération et de la destruction, qui sont en effet l’une la conséquence inévitable de l’autre. - Que de vieillir, il semble qu’il faudrait Que de mourir ; car la vieillesse n’est qu’un dépérissement, et n’est pas encore une destruction. - Que telle génération soit selon la nature, celte opinion un peu trop absolue est modifiée dans le § suivant.

§ 2. Mais si c’est ce qui arrive par force qui est contre nature, la destruction par force, comme étant contre nature, sera contraire à la destruction naturelle. Il y a donc certaines générations qui se font par force et qui ne sont pas fatalement régulières, auxquelles les générations naturelles sont contraires. Il y a aussi des accroissements et des destructions violentes : par exemple, les accroissements de ces corps auxquels la volupté donne une puberté précoce ; ou bien encore les accroissements de ces froments qui sont forts tout à coup, sans avoir de profondes racines en terre. Mais pour l’altération, comment se passent les choses ? Est-ce de la mérite manière ? Les altérations sont-elles les unes violentes, et les autres naturelles ? Par exemple tels malades ne sont pas guéris dans les jours critiques ; et tels autres sont guéris dans les jours critiques. Ceux qui sont guéris hors les jours critiques sont altérés contre nature ; les autres le sont naturellement.

§ 2. La destruction par force, par exemple, une mort violente, au lieu d’une mort naturelle ; l’opposition que notre langue fait dans ce cas est précisément celle qu’Aristote indique ici. - Certaines générations qui se font par force, toutes celles qui sont dues à l’industrie humaine, forçant le cours habituel des choses. - Fatalement régulières, il n’y a qu’un seul mot dans le texte ; mais il indique ces deux nuances. - La volupté donne une puberté précoce, l’exemple n’est pas très clair, et il pourrait être mieux choisi, quoique d’ailleurs le fait physiologique auquel il est fait allusion soit très exact. - Qui sont forts tout à coup, c’est-à-dire qu’on les a peu enfoncés dans le sol. - Pour l’altération, voir le § précédent. - Les unes violentes et les autres naturelles, il semble qu’il ne puisse pas y avoir de doute à cet égard, et que c’est surtout dans les altérations subies par les corps qu’on peut distinguer la nature et la violence. - Tels malades ne sont pas guéris dans les jours critiques, il semble encore que ce nouvel exemple n’est pas très bien choisi. Les jours critiques sont ceux où la maladie prend décidément son cours, et peut être jugée précisément par l’habile médecin.

§ 3. Mais alors les destructions seront contraires les unes aux autres, et ne le seront pas aux générations. Et où est la difficulté ? C’est parfaitement possible ; car telle destruction peut être agréable, tandis que telle autre est pénible. Par conséquent, la destruction n’est pas contraire à la destruction d’une manière absolue ; mais elle l’est seulement en tant que l’une des destructions est de telle façon, et que l’autre est de telle façon différente.

§ 3. Mais alors, il semble que ceci soit une sorte d’objection à laquelle répond Aristote. La destruction est contraire à la destruction en tant que l’une est violente et l’autre naturelle, ce qui n’empêche pas que, d’une manière générale et absolue, la destruction ne soit contraire à la génération. - Et où est la difficulté ? Aristote répond à l’objection précédente. - D’une manière absolue, comme elle l’est à la génération. - Est de telle façon, c’est-à-dire qu’elle est agréable par exemple, comme il vient de le dire, quoiqu’on ne comprenne pas fort bien comment une destruction peut âtre agréable, à moins que ce ne soit la destruction de quelque mal.

§ 4. Ainsi donc, d’une manière générale, les mouvements et les repos sont contraires, selon le sens qui vient d’être expliqué. Par exemple le mouvement en haut est contraire au mouvement en bas ; ce sont là des oppositions de lieux contraires. Le feu, suivant sa tendance naturelle, se porte en haut, tandis que la terre se porte eu bas. Leurs tendances sont donc contraires, puisque naturellement le feu va en haut, et que s’il va en bas, c’est contre nature ; son mouvement de nature est contraire à son mouvement contre nature. Il en est de même des repos. Ainsi le repos en haut est contraire au mouvement de haut en bas. C’est ce repos contre nature qui serait celui de la terre, « si elle restait en haut. » Mais son mouvement de haut en bas est selon sa nature. Par conséquent, le repos contre nature est contraire au mouvement selon la nature pour le même objet, puisque les mouvements de ce même objet sont également contraires ; et que l’un des deux, soit en haut soit en bas, sera selon la nature tandis que l’autre sera contre nature.

§ 4. Dans le sens qui vient d’être expliqué, c’est-à-dire quand, de deux mouvements qui se passent dans le même lieu, l’un est naturel et l’autre violent, la même distinction pouvant s’appliquer aussi au repos, qui est tantôt violent et tantôt naturel. -Il en est de même des repos, il semblerait que ceci veut dire que le repos est contraire au repos, comme le mouvement est contraire au mouvement ; mais la suite prouve que ce n’est pas tout à fait ainsi que l’entend Aristote. - « Si elle restait eu haut, » j’ai cru devoir ajouter ces mots pour que la pensée fût plus claire. - Contraire au mouvement selon la nature, en même temps qu’au repos selon la nature. - Les mouvements, le texte a le singulier au lieu du pluriel.

§ 5. Mais on peut se demander s’il y a génération du repos tontes les fois qu’il n’est pas éternel, et si cette génération du repos est précisément le temps d’arrêt du corps.

§ 5. S’il y a génération du repos, cette expression est obscure, et je ne vois rien dans le contexte qui puisse tout à fait l’éclaircir. Si je la comprends bien, elle revient à savoir si le repos est dans le corps comme y est le mouvement, ou s’il peut y être produit à un moment donné par une cause étrangère.

§ 6. Certainement il y a génération du repos pour un corps qui s’arrête contre nature ; et par exemple, pour la terre quand elle reste en haut ; c’est parce qu’elle a été portée par force en haut, qu’elle s’y est arrêtée.

§ 6. Certainement il y a génération, Aristote résout d’abord la question par l’affirmative ; mais ce n’est pas là sa vraie solution, comme la suite le prouve, et il soutient, au contraire, qu’il n’y a pas de repos ainsi entendu. - Il y a génération du repos, c’est-à-dire que le repos se produit.

§ 7. Mais le corps qui s’arrête semble toujours avoir un mouvement de plus en plus rapide, tandis que celui qui est mu par force éprouve tout le contraire. Ainsi donc le corps sera en repos sans devenir précisément en repos.

§ 7. Mais le corps qui s’arrête, c’est ce qu’on observe dans la chute des graves, et plus les corps qui tombent s’approchent de la terre, où ils doivent s’arrêter, plus leur chute est rapide. - Éprouve tout le contraire, c’est encore un fait d’observation que le corps qui est mu contre nature, par exemple, une pierre qui est lancée en haut, ralentit d’autant plus son mouvement d’ascension qu’il approche davantage du point où il doit s’arrêter. - Sans devenir précisément en repos, c’est-à-dire sans qu’il y ait une cause permanente du repos, puisque si l’obstacle qui s’oppose à la chute du corps venait à cesser, le corps reprendrait à l’instant même son mouvement de translation vers son lieu naturel.

§ 8. Et pour un corps, s’arrêter, c’est absolument la même chose qu’être porté vers son lieu spécial, ou du moins l’un se produit toujours simultanément avec l’autre.

§ 8. La même chose qu’être porté vers son lieu spécial, c’est trop dire ; et si un corps s’arrête en effet quand il est arrivé ait lieu qui lui est spécial d’après les lois de la nature, on ne peut pas dire cependant que le repos de ce corps se confonde avec le mouvement qui l’a amené en ce lieu. Mais l’expression de S’arrêter signifie sans doute ici la tendance nu repos plus que le repos lui-même.

§ 9. Une autre question, c’est de rechercher si le repos en tel état est contraire au mouvement qui s’éloigne de ce même état. En effet, quand le corps est mis en mouvement pour sortir de tel état, ou qu’il perd quelque état antérieur, il n’en semble pas moins garder encore quelque temps ce qu’il perd. Si donc c’est le même repos qui est contraire au mouvement parti de cet état pour aller à l’état contraire, il s’ensuit que les contraires seront simultanément dans l’objet.

§ 9. Le repos en tel état, on ne voit pas bien comment cette question se rattache aux précédentes ; et de plus elle est présentée d’une manière trop peu claire. - Qui s’éloigne de ce même état, le texte n’est pas tout à fait aussi précis. - Le corps est mis en mouvement, des exemples auraient été bien nécessaires ici, pour fixer nettement la pensée. - N’en semble pas moins garder encore quelque temps, le teste n’est pas aussi précis. - Les contraires seront simultanément dans l’objet, ce qui est impossible.

§ 10. Ou bien ne peut-on pas dire que le corps est de quelque façon déjà en repos, si d’ailleurs il s’arrête plus tard, et qu’en général le corps qui est mis en mouvement est en partie ce qu’il est, et en partie ce en quoi il change ?

§ 10. Ou bien ne peut-on pas dire, formule habituelle d’Aristote quand il présente la solution qui lui est propre. - Est de quelque façon déjà en repos, parce que le repos commence en quelque sorte quand le mouvement se ralentit ; et alors le mouvement et le repos sont, on peut dire, simultanément dans le corps. - Ce qu’il est.., ce en quoi il change, et alors les contraires coexistent.

§ 11. Et c’est là ce qui fait que le mouvement est plus contraire au mouvement que le repos.

§ 11. Le mouvement est plus contraire, parce que les mouvements contraires ne peuvent coexister, tandis que le repos et le mouvement peuvent, dans une certaine mesure, coexister l’un à l’autre.

§ 12. Il y a enfin pour le repos la question de savoir si tous les mouvements contre nature out aussi un repos opposé.

§§ 12 à 18. Il y a des manuscrits où tout ce passage est omis comme étant en grande partie une simple reproduction de tout ce qui précède, et surtout du § 5. Simplicius le commente, tout en remarquant que ce n’est guère qu’une répétition. Saint Thomas fait une observation analogue. - Un repos opposé, et qui soit comme eux contre nature. Par exemple, la pierre qu’on lance en l’air et qui s’y arrête en rencontrant quelqu’obstacle, a un repos violent et contre nature, comme le mouvement qui l’a portée au lieu où elle s’est arrêtée.

§ 13. Si l’on soutenait qu’il n’y en a pas, ce serait absurde ; car le corps reste en place ; et il y reste par force.

§ 13. Car le corps reste en place, dans le lieu où il a été porté par un mouvement contre nature.

§ 14. Il y aurait donc alors quelque chose qui serait en repos, et non éternellement, sans que le repos eût eu une cause.

§ 14. Sans que le repos eût eu une cause, le texte n’est pas aussi précis.

§ 15. Mais il est clair qu’il y aura un repos de cette espèce ; car il peut y avoir repos contre nature comme il y a mouvement contre nature.

§ 15. Un repos de cette espèce, c’est-à-dire qu’il y aura des repos contre nature, de même qu’il y a des mouvements contre nature.

§ 16. D’autre part, il faut se rappeler qu’il y a mouvement selon la nature et mouvement contre nature pour certains corps ; ainsi, pour le feu le mouvement naturel est en haut ; et le mouvement en bas est contre nature. Est-ce ce dernier mouvement qui est contraire à l’autre ? Ou bien est-ce celui de la terre, qui naturellement est portée en bas ?

§ 16. D’autre part, la question indiquée dans ce§ n’est pas assez nettement exposée. Aristote se demande si deux mouvements sont contraires, lorsqu’appliqués à un même corps, l’un est naturel, et l’autre contre nature ; ou bien, s’il faut prendre des corps dont le mouvement naturel est contraire, pour avoir des mouvements contraires.

§ 17. Il est clair que tous les deux sont contraires ; seulement ce n’est pas de la même manière. Mais, d’une part le mouvement selon la nature est opposé au mouvement selon la nature ; et d’autre part, pour le feu, c’est le mouvement en bas qui est opposé au mouvement en haut, comme étant, l’un de nature, et l’autre, contre nature.

§ 17. Tous les deux sont contraires, c’est-à-dire d’une part le mouvement contre nature pour le feu, et d’autre part le mouvement naturel pour la terre, puisque le feu se porte naturellement en haut, et la terre naturellement en bas. - Le mouvement selon la nature, celui de la terre on du feu. - Au mouvement selon la nature, c’est le sens indiqué par la suite du raisonnement, et c’est la leçon la plus généralement admise ; mais quelques manuscrits ont une leçon différente : « Au mouvement contre nature. » Évidemment ce serait faire double emploi avec ce qui suit.

§ 18. Or, il eu est de même aussi pour le repos.

§ 18. De même aussi pour le repos, voir plus haut la note sur le § 12.

§ 19. Voilà ce qu’il y avait à dire du mouvement et du repos, pour expliquer ce qu’ils sont chacun dans leur unité, et comment l’un peut être opposé à l’autre.

§ 19. Voila ce qu’il y avait à dire, c’est le sujet des deux derniers chapitres qui est résumé ici. Mais la théorie du mouvement occupera encore trois livres entiers.

3 Messages de forum

  • Aristote, l’anti-dialecticien 17 février 2010 12:06, par ZONGO DE BKO

    cher lecteursetlectrice du site, chez Aristote,
    pourkoi il parle de vie bestiale à propos d’une vie dominée par le plaisir ou la passion ?
    pourkel raison on dit qu’il est anti-dialecticien ?
    quel est l’enseignement qu’on peut tiré sur la politique d’Aristote
    chez Aristote qu’esque la forme,la matiere,la métaphysique ?
    Le Dieu d’Aristote est-il un Dieu créateur ?
    Aristote parle de quoi dans son livre intitule ((L’ethique à nicomanque ?
    Pourquoi Aristote pense k la femme ne doit pas gouverner
    Amicalement,Zongo.

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    • Aristote, l’anti-dialecticien 18 février 2010 16:32, par Robert Paris

      Tu poses d’autre part la question : pourquoi Aristote pense que la femme ne doit pas gouverner ?

      Comme je te le disais précédemment, Aristote défend un certain ordre social dans lequel il y a des formes d’oppression et son idéologie est donc là pour les jsutifier. Ce n’est pas lui qui a chosi que les les esclaves soient exploités ni les femmes opprimées, ni les étrangers soumis ou les pauvres exploités. Lui, il s’attribue le rôle de justifier tout cela par des soi-disant raisonnements. Telle est sa philosophie.

      Ce qui cause ces raisonnements, c’est qu’il est du côté de l’ordre établi, à peu près exactement comme nous n’avons pas besoin de raisonnements pour chosiir d’être dans le camp des opprimés. Et, après avoir fait ce choix, nous faisons les raisonnements qui nous semblent être tuiles et même indispensables pour se libérer de cette oppression.

      Lui, il fait les raisnnements pour nous enfermer idéologiquement dans les chaînes de cette société. L’esclave est, selon lui, en esclavage du fait de sa nature. La femme est, dit-il, faible par nature et incapable, toujours par nature, de gouverner. Exactement comme il décide que le corps qui tombe répond à sa nature. De même aussi qu’il décrète que "la nature a horruer du vide".

      Pour lui, le dominant domine du fait des lois de la nature et le dominé est également dans cette position du fait de sa nature.

      Bien sûr, la révolution, courante à cette époque, lui semble contre nature. Pourtant, la faiblesse de l’argument d’Aristote provient du fait que l’on pourrait lui répondre que, si l’oppression existe du fait des lois d’oppression, la révolution sociale existe elle aussi parce qu’il y a des lois des révolutions.....

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  • Aristote, l’anti-dialecticien 17 février 2010 12:15, par Robert Paris

    Aristote a été élevé à l’école des événements qu’a vécu la Grèce et de la société qui y existait, fondée sur l’esclavagisme (ne pas oublier que c’était l’esclavage des blancs avant celui de Noirs par les Blancs en Afrique) et les débuts de la mise en place de l’Etat. Il a été un théoricien de l’Etat et le formateur de l’empereur. Il n’a pas été choisi au hasard. c’était un partisna de l’ordre établi. Les autres philosophes auraient-ils été des partisans du désordre ? Oui, il y avait des partisans du renversement de la dictature des classes dominantes comme Zénon et Socrate.

    Aristote a été élève de Platon, lui-même élève de Socrate. Platon a appris la dialectique de Socrate mais n’a pas fait les choix sociaux et politiques de celui-ci car il est revenu dans le giron de sa famille qui était de la classe dirigeante (des grands propriétaires de terres et d’esclaves). Aristote, lui-même très doué, n’a retenu des leçons de son professeur que ce qui permettait d’étayer le pouvoir.

    Ce pouvoir avait changé de nature. Des villes commerçantes et indépendantes on était passé à un pouvoir d’Etat centralisé. Cela nécessitait une philosophie de l’ordre qui justifie cet ordre. Ce fut celle d’Aristote.

    La dialectique enseignait que l’ordre pouvait être renversé. C’est pourquoi Aristote a été partisan de la métaphysique, cette anti-dialectique.

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