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Accueil du site > 04 - Livre Quatre : HISTOIRE CONTEMPORAINE > 21- Rwanda : de la révolte au génocide > Quelle était la raison du génocide rwandais ? Pour les classes dirigeantes (...)

Quelle était la raison du génocide rwandais ? Pour les classes dirigeantes rwandaises ? Et pour l’impérialisme français ?

mercredi 6 octobre 2010, par Robert Paris

Une première remarque : ce génocide a touché un million de personnes. Il a été préparé pendant deux ans par les forces armées rwandaises, les forces spéciales fascistes, le Hutu power (au sein de l’Etat rwandais avant la mort d’Habyarimana et formant le nouveau gouvernement génocidaire à sa mort) et l’Etat français. Tous les Etats "démocratiques" et la "communauté internationale" savaient tout et n’ont rien fait contre. Il faut des solides raisons pour pratiquer ainsi froidement un tel crime. Et pour le laisser faire consciemment. Même s’il persiste à nier sa responsabilité, l’Etat français est l’un des acteurs les plus évidents de ce crime de masse. Il a préparé, organisé, formé, financé, armé, protégé puis sauvé les génocidaires.

First comment : the genocide has affected a million people. It has been prepared for two years by Rwandan armed forces, fascist Special Forces, Hutu power (inside the Rwandan government of Habyarimana and forming the rwandan government after the death of Habyarimana) and French State. All "democratic" states and the "international community" knew everything and have done nothing against the genocide. They needed strong reasons to practice and coldly such a crime. And to let him consciously be done. Even if it continues to deny its responsibility, the French state is one of the most visible players in this mass murder. He has prepared, organized, trained, financed, armed, protected and saved the genocide criminals.

Les troupes françaises encadrent ici les interahamwe, troupes fascistes, peu avant le génocide qu’ils vont perpétrer Entrainement des Interahamwe

Un militaire français à un poste de contrôle !!! Or, ces postes sont tenus par les génocidaires, pour repérer et enlever les tutsis !!!

Abstract : What is the reason of the genocide ? What is the purpose of the Rwandan ruling classes ? And of French imperialism ? The root of this ethnical genocide is not of ethnic type and there is no military purpose in the genocide. Moderate Hutu personalities were killed first. The military attack by the RPF is not the cause of genocide. Ethnic genocide was the means but not the goal. This is not a spontaneous action but organized at the highest level of the State, the Rwandan ruling classes as French ruling class. The Rwandan Genocide was a genocidal mass slaughter of Tutsi and moderate Hutu in Rwanda by members of the Hutu Power. During the approximate 100-day period from April 7, 1994 to mid-July, an estimated 1,000,000 Rwandans were killed, constituting as much as 30% of the country’s total population and 80% of the Tutsi then living in Rwanda. The genocide was planned by members of the core political elite known as the akazu, many of whom occupied positions at top levels of the national government. Perpetrators came from the ranks of the Rwandan army, the National Police (gendarmerie), government-backed militias including the Interahamwe and Impuzamugambi, and the Hutu civilian population. The cause is to be sought in the social and civil revolt of 1990-1992 people of Rwanda (Kigali massive demonstrations against the regime and not on ethnic grounds or to support the RPF war) who scares the ruling class, that ’they are Rwandan and French. Fascism Hutu Power has social roots, those of a revolution against. At the same time, all of Africa is threatened by political and social unrest, for example in 1988 in Algeria, Côte d’Ivoire in 1990 and Mali in 1991. French imperialism was frightened by this revolution ...

Résumé : Quelle est la raison du génocide ? De la part des classes dirigeantes rwandaises ? De la part de l’impérialisme français ? La cause du génocide n’est pas de type ethnique et n’est pas non plus militaire. L’attaque militaire du FPR n’est pas la cause du génocide. Le génocide ethnique est le moyen mais pas le but. Ce n’est pas une action spontanée mais organisée au plus haut sommet de l’Etat, des classes dirigeantes rwandaises comme françaises. La cause est à chercher dans la révolte sociale et civile du peuple rwandais de 1990-1992 (des manifestations massives à Kigali contre le régime et pas sur des bases ethniques ni pour soutenir la guerre du FPR) qui ont fait peur aux classes dirigeantes, qu’elles soient rwandaises ou françaises. Le fascisme du Hutu Power a des racines sociales, celles d’une contre-révolution. A la même époque, toute l’Afrique est menacée par des révoltes politiques et sociales, par exemple l’Algérie en 1988, la Côte d’Ivoire en 1990 et le Mali en 1991. L’impérialisme français était effrayé par cette révolution…

List of concerned french personalities accused by the rwandan commission of inquiry for their supposed political and military responsability in the rwandan genocide -

Liste des personnalités françaises concernées par l’acte d’accusation rwandais pour responsabilité politique et militaire supposée dans le génocide rwandais :

François Mitterrand

Head of French State (1982-1995) - Chef de l’Etat français

Édouard Balladur

French Prime Minister - Premier ministre français

Alain Juppé

Minister of Foreign Affairs (1993-1995) - Ministre des affaires étrangères

François Léotard

Minister of Defence (1993-1995) - Ministre de la défense

Dominique de Villepin

Office of Foreign Affairs - Ministère des affaires étrangères

Hubert Védrine

Secretary-General to the Presidency - Secrétaire général de la présidence

Bruno Delaye

Head of African Affairs at the Presidency (successor Jean-Christophe Mitterrand since 1992) - Chef des Affaires Africaines de la présidence (successeur de Jean-Christophe Mitterrand depuis 1992)

Marcel Debarge

Minister of Cooperation and Development (1992, 1993) - Ministre de la coopération et du développement

Jean-Christophe Mitterrand

Head of Africa Cell (1986-1992) - Chef de la cellule spéciale africaine de l’Elysée pour le Rwanda

Paul Dijoud

Director of African and Malagasy Affairs, Ministry of Foreign Affairs - Directeur des affaires africaines et malgaches, ministre des affaires étrangères

Georges Martres

Ambassador of France to Rwanda (1989-1993) - Ambassadeur de France au Rwanda

Jean-Michel Marlaud

Ambassador of France to Rwanda (1993-1994) - Ambassadeur de France au Rwanda

Jean-Bernard Mérimée

French Permanent Representative to the UN Militaries - Représentant français auprès des forces armées des Nations Unies

Lanxade

Admiral and French Chief of Staff - Amiral et Chef d’Etat-Major des armées

Christian Quesnot

General and Chief of Staff to the President of the Republic - Général et Représentant des armées auprès de la présidence de la république

Jean-Pierre Huchon

General and Head of military cooperation at the Ministry of Cooperation - Général et Chef de la coopération auprès du ministère de la coopération

Germanos

General and Vice-head of Military Missions May 1994 - Sept. 1995 - Général et commandant en second des missions militaires

Jean-Jacques Maurin

Lieutenant-Colonel and Chief Defence Operations 1992 – 1994 - Lieutenant-colonel et chef des opérations militaires

Chollet

Colonel and Chef DAMI March 1991 – Feb. 1992 - Colonel et Chef du DAMI

Didier Tauzin /alias Thibault

Colonel and Military Advisor to the French government - Colonel et conseiller militaire du gouvernement français

Canova

Colonel and Advisor of Military - Colonel et conseiller militaire

Bernard Cussac

Colonel and French military attaché and head of the French military assistance mission to Rwanda - Chief Military Cooperation July 1991 – April 1994 - Colonel et attaché militaire français au Rwanda - Chef de la coopération militaire

Galinié

Colonel and French military attaché and head of the French military assistance mission to Rwanda - Chief Military Cooperation August 1988 – July 1991

Jacques Rosier

Colonel and Chief COS during Turquoise - Colonel et chef du COS durant l’opération Turquoise

Grégoire de Saint Quentin

Commander and Technical Advisor Military - Commandant et conseiller technique militaire

Michel Robardey

Major and Technical Advisor Gendarmery - Major et conseiller technique de la gendarmerie

Denis Roux

Major and Technical Advisor Presidential Guard - Major et conseiller technique de la garde présidentielle

Etienne Joubert

Capitain and Chief DAMI December 1992 – May 1993 - Capitaine et chef du DAMI

Patrice Sartre

Colonel and Chief group North Turquoise - Colonel et chef de l’opération Nord de Turquoise

Marin Gillier

Captain and Responsible detachment Turquoise Gishyita - Capitaine et responsable du détachement Turquoise à Gishyita

Eric de Stabenrath

Lieutenant-Col. and Commander Turquoise at Gikongoro - Lieutenant-colonel et commandant de l’opération Turquoise à Gikongoro

Jacques Hogard

Colonel and Chief group Turquoise - colonel et chef de groupe de l’opération Turquoise

Jean-Claude Lafourcade

General and Commander Operation Turquoise - Général et commandant de l’opération Turquoise

Les troupes fascistes génocidaires ont été préparées deux ans à l’avance, en 1992, de manière nullement camouflée, avec l’encadrement militaire rwandais et avec l’aide militaire et financière française.

Les génocidaires

À l’initiative du Colonel BAGOSORA, les milices fascistes hutus ont reçu des entraînements militaires intenses fin 1993 et début 1994, notamment dans les camps militaires de Bugesera, de Bigogwe et de Mutara. Elles ont également reçu des armes –fusils R4, Kalachnikovs, grenades, machettes- dans le cadre du programme d’auto défense civile lancé dès 1993. Au cœur même du génocide, entre mai et juillet 1994, une brigade de gendarmerie de Kigali était mise à leur disposition pour leur ravitaillement en armes et munitions, au même titre que les militaires.

Au départ, les recrutements concernaient essentiellement des jeunes désœuvrés, des personnes issues des marges les plus pauvres de la population des villes et des campagnes. Avec l’amplification des hostilités contre le FPR, ils furent rejoints par des réfugiés burundais, mais aussi d’anciens militaires, des repris de justice…

En 1994, ils auraient atteint le nombre de 50 000 hommes.

Note de Guy Penne à François Mitterrand sur la collaboration avec le dictateur sanguinaire Habyarimana

L’armée française, accusée à tort de passivité, s’est complètement impliquée dans le génocide rwandais : aux côtés des génocidaires Autorités françaises au Rwanda La France a été aux avant-postes de la guerre contre le FPR mais aussi à ceux du génocide, dans sa conception, dans sa décision, dans son organisation et dans son exécution.

Les génocidaires manifestent leur sympathie à Mitterrand et de la France

Pendant le génocide, les villages pro- Hutu Power ont un drapeau français !

L’appui des prêtres blancs catholiques au pouvoir

Habyarimana s’était engagé auprès de ses partisans, les génocidaires, à ne pas respecter un accord avec les opposants. A son retour de sa signature des accords d’Arusha, les radicaux de l’Akazu l’ont éliminé avec l’aide française

Pas de militaires français pendant le génocide selon la thèse officielle française !

Le gouvernement génocidaire reçu officiellement à Paris après le génocide !!!! Jean Bosco Barayagwiza chef du parti extrémiste hutu, le CDR, et de la radio des mille collines, et Jérôme Bicamumpaka ministre des affaires étrangères du gouvernement génocidaire, dit intérimaire, sont accueillis le 27 avril 1994 à l’Elysée, à Matignon et au quai d’Orsay. Cela fait 21 jours que le massacre bat son plein. Ils sont reçus à l’Elysée par Bruno Delaye et à Matignon par Edouard Balladur et Alain Juppé.

Lire un rapport secret belge sur les troupes fascistes

L’aide militaire de la France

"Il faut ouvrir les ventres de ces Tutsis que vous tuez pour qu’ils coulent et que les satellites ne les voient pas." Soldats français au Rwanda lors du génocide (cité par Andrew Wallis)

"Nous livrons des munitions aux FAR en passant par Goma. Mais bien sûr nous le démentirons si vous me citez dans la presse."

Philippe Jehanne (correspondant de la DGSE, à l’historien Gérard Prunier, en plein génocide rwandais, le 19 mai 1994)

"On avait ordre de ne pas bouger, de ne rien faire, surtout pas bouger, rien faire. (…) Les gens nous parlaient d’une vallée, Bisesero, où il y aurait des Tutsis armés jusqu’aux dents. Un jour, on a désobéi (…) aux ordres de notre propre chef (…) le commandant Marin Gillier. Il nous avait interdit d’aller là-bas. » En allant à Bisesero, « on a découvert le pot aux roses : c’est une vallée où 10 000 victimes avaient été tuées. Il en restait 800 dans un état lamentable. Là on s’est rendu compte que c’était pas du tout les Tutsis qui tuaient les Hutus, c’étaient les Hutus qui tuaient les Tutsis, qui les massacraient carrément , tous les jours."

Adjudant Thierry Prungnaud (ancien gendarme du GIGN, France Culture, le 22 avril 2005)

Un des premiers ouvrages qui ont rapporté la responsabilité de l’impérialisme français

Le président Mitterrand et son ami Habyarimana

L’impérialisme français au Rwanda

Rwanda : le génocide programmé par le pouvoir rwandais et l’impérialisme français

Lire sur le Rwanda

Les fournitures d’armes et leur financement Le rapport Poncet sur le Rwanda ou comment cacher la vérité sur l’intervention de la France

Le rapport Quilès sur le Rwanda

Le film


Le Rwanda : réformisme puis fascisme contre une mobilisation populaire de masse

« Dans ces pays-là, un génocide, ce n’est pas trop important » Le président François Mitterrand

Déclaration de l’été 1994, citée par Le Figaro du 12/01/1998

Les responsables du génocide

Le régime de dictature féroce d’Habyarimana, soutenu par la France, a de plus en plus de mal à se maintenir au pouvoir. Depuis 1990, la population pauvre du pays est en révolte, toutes ethnies confondues, contre la dictature et la misère. En 1992, le régime a été contesté par un véritable soulèvement de la population de la capitale Kigali. Il est menacé d’autre part par le FPR (Front Patriotique Rwandais), parti à majorité tutsi, soutenu par l’Ouganda, avec derrière les USA et l’Angleterre. Il est contraint de reculer, accepte que le pouvoir soit partagé avec les dirigeants de la mobilisation démocratique. Le 6 avril 1994, l’avion du président est abattu. Cet événement sert de prétexte au nouveau Gouvernement intérimaire rwandais (GIR), constitué dans l’ambassade de France sous l’égide de l’ambassadeur, pour déclencher le génocide des Tutsis planifié depuis longtemps. La Radio des Mille collines exhorte les Hutus à se « éradiquer les cafards tutsis », tandis que l’armée montre l’exemple et distribue les machettes. Les Hutus qui refusent de participer au massacre sont assassinés. Plus d’un million de Tutsis seront massacrés dans les 100 jours qui suivront.

L’impérialisme français, sous la direction du président « socialiste » François Mitterrand (ainsi que de la cellule spéciale de l’Elysée pour la Rwanda) et du gouvernement de droite Balladur-Léotard, n’a pas été passif : il a apporté son soutien, plein et entier, aux extrémistes hutus à plusieurs niveaux :

- militaire : avant le génocide en bloquant l’avancée du FPR sur Kigali et en enseignant l’art de tuer aux futures milices génocidaires ; pendant le génocide en livrant des armes et du matériel de communication et en aidant au tri ethnique des victimes en éditant les cartes d’identités avec la mention « hutu » et « tutsi » et ensuite lors des contrôles d’identité. N’oublions pas que, durant les années qui ont précédé le génocide, le chef d’Etat major de l’armée rwandaise est un officier français.

- diplomatique : en accueillant à Paris, en plein génocide, des membres du GIR et en dissuadant l’ONU de voter l’embargo qui aurait rendu la vente d’arme au Rwanda illégale…

- financier : durant tout le génocide en avançant des fonds qui serviront à des achats d’armes

- médiatique : en faisant passer ce génocide pour une « guerre tribale » de plus, grâce à la collaboration zélée de la presse hexagonale (notamment Le Monde)

Ce soutien continuera après le génocide avec l’opération Turquoise, véritable opération de sauvetage des génocidaires, déguisée en action humanitaire.

Pourquoi ?

Ce sommet atteint dans l’horreur constitue le point d’orgue d’une politique menée par la France dans ses anciennes colonies depuis leur indépendance. Pour assurer le pillage des matières premières et la mainmise sur des pans entiers de l’économie locale par des grands groupes français (tels Bolloré, Total, Bouygues, France Telecom…), l’Etat français n’hésite pas à soutenir les pires dictatures, du moment qu’elles sont aptes à garantir le bon déroulement des affaires.

Le régime extrémiste hutu avait par le passé démontré sa fidélité aux intérêts de la France en couvrant la vente illégale d’armes et d’équipement nucléaire à l’Afrique du Sud, alors frappée d’embargo. Le Rwanda devait devenir une plate-forme française, solide et sûre, au cœur d’une Afrique orientale peu fiable ou largement pro-américaine.

Plutôt que de voir ce bastion tomber sous influence « anglo-saxonne » (le FPR étant supposé être financé par la CIA), les décideurs français ont choisi la fuite en avant en soutenant l’extermination totale de tous les opposants au régime et de la minorité tutsi susceptible de soutenir le FPR dans sa marche au pouvoir. Cette ultime manœuvre n’empêcha d’ailleurs pas le GIR d’être chassé de Kigali…

Ce génocide n’est pas une irruption spontanée de la « folie des hommes », il est le résultat d’un choix stratégique de « nos » dirigeants : Mitterrand et Balladur, commis lors d’une cohabitation gauche/droite ! Ce crime est toujours assumé par les hommes politiques français qui ont, d’un commun accord, signé le rapport Quilès (extraits joints en annexe) selon lequel la France n’aurait fait que des erreurs limitées, mais ne serait pas responsable du génocide

Troupes françaises encadrant les milices fascistes en formation

Barrage des milices fascistes avec arrestation

Document sur la complicité française

Troupes françaises intervenant au Rwanda

Rwanda : un génocide encouragé et couvert par la France

L’opinion publique française commence à être informée, avec dix ans de retard, sur l’implication de la France dans le génocide rwandais de 1994. Mais cette seule information est loin d’éclairer toutes les responsabilités.

Les responsabilités françaises

On sait maintenant que c’est bien le gouvernement rwandais de l’époque qui a organisé le massacre, utilisant tous les moyens de l’Etat, avec l’aide et la bénédiction du président socialiste de la République française François Mitterrand que ses amitiés liaient à la famille du dictateur rwandais, Juvénal Habyarimana. Mais si Mitterrand, et la cellule spéciale de l’Elysée qu’il dirigeait, ont effectivement pris les décisions essentielles, c’est avec l’accord des ministres et conseillers de droite du gouvernement Balladur, des Juppé, Léotard et autres Villepin. Le Rwanda n’est pas une affreuse affaire échappée à leur contrôle mais une décision mûrement pesée par les dirigeants français de l’époque. D’ailleurs ceux-ci, droite et gauche confondues, refusent toujours de reconnaître leur implication et font donner diplomatie et médias pour maintenir le rideau de fumée. Les procès des représentants politiques, diplomatiques et militaires impliqués dans un génocide, c’est bon pour les Yougoslaves, voire les Rwandais eux-mêmes, pas pour ceux de l’impérialisme français.

Ceux-ci estimaient qu’une défaite du régime du dictateur Habyarimana revenait à voir le Rwanda, porte d’entrée vers le riche Zaïre, tomber dans l’escarcelle des USA. Pour l’empêcher il fallait une implication militaire et financière massive de la France aux côtés du gouvernement rwandais dans le conflit qui l’opposait aux forces armées de l’opposition réfugiée en Ouganda, le Front patriotique rwandais, à majorité tutsie. Très vite, le gouvernement français a couvert et même encouragé la tactique du gouvernement rwandais consistant à faire payer par des massacres de la population tutsie chaque avancée militaire du FPR. Ainsi l’offensive du FPR d’octobre 1990 repoussée avec l’aide des militaires français (opération dite Noroît) a été suivie de massacres de Tutsis au nord du pays, près de Bigogwe, à proximité du camp militaire français du DAMI.

A partir de 1990, le lieutenant-colonel français Chollet, est le véritable chef militaire des forces armées rwandaises. En 1992, Paul Dijoud, directeur des affaires africaines de l’Etat français, déclare à Paul Kagamé (dirigeant du FPR à l’époque et actuel chef d’Etat du Rwanda) : « si vous vous emparez du pays, vous ne retrouverez pas vos femmes et vos familles, parce que tous auront été massacrés ». [1] au nom du président Mitterrand est envoyée à l’un des massacreurs connus, Jean Bosco Barayagwiza, leader du CDR qui vient d’organiser des massacres à Kibuye. Le 28 février 1993, le ministre de la coopération Marcel Debarge appelle, officiellement et au nom de la France, « tous les Hutus à s’unir contre le FPR » [2]. L’ex-spécialiste de la cellule spéciale de l’Elysée, Gérard Prunier, reconnaît : « c’est un appel à la guerre raciale ». Une semaine plus tard, le « Hutu Power », front uni des partis et des milices génocidaires, est né. Jean-Paul Gouteux [3] écrit : « Le mouvement Hutu Power n’a rien d’exotique. Il est occidental et moderne. Ce n’est pas l’expression d’un atavisme tribal enraciné dans l’Afrique profonde. (..) Des Français, hommes politiques, journalistes, ministres, universitaires ou chercheurs ont justifié la politique française au Rwanda à l’aide de considérations ethniques. » [4]

Les mécanismes du génocide

La responsabilité des dirigeants français est bien écrasante. Reste à comprendre pourquoi leurs protégés de la classe dirigeante rwandaise ont voulu ce génocide et comment ils ont trouvé dans la population des centaines de milliers d’exécutants. Dans les années 1988-1991, une vague de mouvements populaires déstabilise la plupart des régimes africains et en renverse même plusieurs (par exemple, la dictature militaire de Moussa Traoré en 1991 au Mali). Le Rwanda en proie aux mêmes problèmes économiques et politiques, le poids de la dette extérieure et celui de la dictature, n’y échappe pas. Le 8 et le 15 janvier 1990, plus de 100 000 manifestants parcourent les rues de la capitale Kigali. “ Au début de l’automne 1990, le Rwanda traversait une crise profonde qui gagnait petit à petit tout le pays ”, écrit M. Gérard Prunier. Les questions brûlantes qui causent cette mobilisation ne sont nullement les questions dites ethniques mais les questions sociales et politiques, la crise, la misère, la corruption du régime et la dictature. C’est la corruption en matière de scolarité qui donne l’étincelle mettant le feu aux poudres. Une enseignante, Agathe Uwilingiyimana, qui sera la première assassinée au démarrage du génocide, dénonce les trafics dans les résultats du baccalauréat qui permettent aux enfants de la classe dirigeante d’être reçus en rayant les premiers de la liste des reçus. Elle subit une violente répression de la part de l’armée, mais la population prend fait et cause pour elle. La mobilisation en sa faveur est impressionnante en va faire d’elle une des leaders de l’opposition démocratique qui vise à la démocratisation du pays, dont le multipartisme.

En fait, la révolte populaire avait une base sociale d’autant plus importante que la classe dirigeante était absolument incapable de satisfaire les aspirations populaires, ayant même du mal à imaginer comment elle allait partager un gâteau sans cesse plus restreint entre des équipes concurrentes de la bourgeoisie, du pouvoir, du FPR et de l’opposition. Les recettes du café et du thé, durement touchées par la chute des cours sur les marchés mondiaux, connaissent une baisse inquiétante. Quant aux espoirs suscités par le développement du tourisme, ils auront été fauchés net avec le déclenchement de la guerre. En 1991, le déficit budgétaire, censé ne pas dépasser 2,6 milliards de francs rwandais, a atteint 10,5 milliards. Les dépenses de l’Etat ont monté en flèche : les effectifs de l’armée, guerre oblige, ont quasiment triplé.

Dans les deux années qui suivent le mouvement populaire contre le régime va aller sans cesse croissant. Il culmine en 1992 avec des manifestations monstres à Kigali et dans les grandes villes. Dans la capitale, c’est presque la moitié de la population qui descend dans la rue et conspue les militaires.

Les leaders démocrates du mouvement sont alors appelés à participer au gouvernement aux côtés des membres du pouvoir liés à l’armée et à l’extrême-droite. Les opposants démocrates « réalistes » acceptent de gouverner avec les assassins qui ont déjà maintes fois démontré leur capacité de nuisance. Dans le mouvement d’opposition à la dictature, il y a à la fois des Hutus et des Tutsis. Mais si le régime militaire a momentanément reculé, remisé le parti unique et appelé certains opposants à la direction du gouvernement, ce n’est que partie remise. Pris entre deux feux, entre FPR à l’extérieur et révolte populaire à l’intérieur, les dirigeants partent à la recherche d’une solution de type fasciste.

Pour retrouver une base populaire, les classes dirigeantes se tournent vers les déclassés de la capitale et les pauvres des campagnes et se fondent pour cela sur le préjugé si fréquemment employé en Afrique : l’ethnisme. Des médias qui appellent ouvertement au génocide des Tutsis, comme la « radio des mille collines » affirment que Tutsi est synonyme de pro-FPR et prétendent que si les Hutus ne tuent pas les Tutsis, c’est eux qui seront tués. Et pour lier à eux une partie de la population ils l’obligent à se mouiller à leurs côtés. Tous ceux qui auront tué ne pourront plus ensuite prendre parti pour le FPR qui les accuserait de crime. D’où de premiers massacres, dès 1990, puis en 1993, dans lesquels des Hutus sont poussés à tuer des Tutsis. D’où aussi la formation de milices de pauvres embrigadés et formés à tuer.

Les massacres

Cette « stratégie », largement encouragée par des dirigeants politiques et militaires français , est adoptée à partir du moment où, sous la pression des USA, le président Habyarimana est contraint de signer les accords d’Arusha. Dans ces accords qui prévoient le partage du pouvoir entre la dictature, l’opposition intérieure et le FPR, la classe dirigeante rwandaise comme les dirigeants français voient la fin de leur domination du pays. L’ambassade de France au Rwanda affirme « les accords d’Arusha ne sont ni bons ni inéluctables » [5]. C’est un appui au clan le plus radical dit « Akazu » ou clan zéro qui, autour de la femme du président, prépare le génocide. Le plan en a été préparé dès 1992 (époque où des ambassadeurs et des personnels de l’ONU en ont transmis l’information tant à la Belgique qu’au Canada), lorsque le mouvement populaire est devenu menaçant. L’assassinat d’Habyarimana, quels que soient ceux qui l’ont commis (Kagamé est maintenant accusé de l’avoir fomenté, ce qui est peut-être vrai mais qui ne change rien à l’infamie des responsables du génocide), en donne le signal au soir du 6 avril.

Le premier acte des bandes de tueurs a consisté à assassiner les Hutus dits « modérés », c’est-à-dire tous ceux qui, d’une manière ou d’une autre s’étaient opposés à la dictature ou encore avaient pris une part dans la révolte contre la misère. Le massacre a alors atteint en quelques jours le génocide, visant à l’extermination de tous les Tutsis ainsi que de tous les Hutus qui refusaient d’y participer. En plein génocide, les dirigeants rwandais, et pas des sous-fifres, sont reçus officiellement à Paris [6]. Jean Bosco Barayagwiza chef du parti extrémiste hutu, le CDR, et de la radio des mille collines, et Jérôme Bicamumpaka ministre des affaires étrangères du gouvernement génocidaire, dit intérimaire, sont accueillis le 27 avril 1994 à l’Elysée, à Matignon et au quai d’Orsay. Cela fait 21 jours que le massacre bat son plein. L’Etat français continue à les armer et à les financer. Il leur maintiendra son soutien dans les mois et les années qui suivront.

Il n’est sans doute pas surprenant, ni nouveau, de voir dans un pays pauvre et arriéré africain un pouvoir avoir recours aux méthodes qui furent celles de pouvoirs fascistes européens (on peut même craindre de le voir se reproduire à l’avenir, en Côte d’Ivoire par exemple, où le gouvernement semble parfois regarder de ce côté). Et il n’est pas plus étonnant de voir la France « démocratique » lui apporter son soutien. Jadis dictature féroce dans tout son empire colonial, aujourd’hui soutien des dictateurs, souvent tout aussi féroces, qui maintiennent en retour l’ordre impérialiste.

[7] Cité par Le Figaro du 23 novembre 1997 et par Patrick de Saint Exupéry dans « L’inavouable » [8] cité par Jean-Paul Gouteux dans « La nuit rwandaise » [9] cité par Gérard Prunier dans « Rwanda, le génocide » [10] docteur en entomologie médicale, employé par la coopération en Afrique et qui a dénoncé le génocide rwandais et la responsabilité française, notamment dans « Un génocide secret d’Etat » et « La nuit rwandaise » [11] Mitterrand parle d’un « gouvernement représentant à Kigali une ethnie majoritaire à 80%. » [12] cité par Jean-Paul Gouteux dans « La nuit rwandaise » [13] Cité notamment par Mehdi Ba dans « Rwanda, un génocide français » et par Patrick de Saint Exupéry dans « L’inavouable ».

« Autopsie d’un génocide planifié » « Connivences françaises au Rwanda » de Verschave François-Xavier

« Faute d’être soumise à une autorité démocratique, la politique française en Afrique - et en particulier au Rwanda - met en scène une pluralité d’acteurs : politiques, militaires, affairistes, agissant pour leurs propres intérêts en dehors de tout contrôle.

Pendant trois ans (1990-1993), l’armée française a tenu à bout de bras les troupes d’un régime rwandais - ou plutôt d’un clan - s’enfonçant dans le génocide, le racisme et la corruption. Engagée dans le combat contre le Front patriotique rwandais (FPR) (1), l’"ennemi" diabolisé en "Khmer noir", la France a massivement équipé les Forces armées rwandaises (FAR) ; elle les a instruites dans des camps où se pratiquaient la torture et le massacre de civils (à Bigogwe par exemple) ; elle a encouragé une stratégie "antisubversive" qui passait par la création de milices enivrées de haine, et enivrées tout court. Après la publication, en février 1993, du rapport d’une commission internationale dénonçant - déjà - des "actes de génocide", le mot d’ordre, venu directement de l’Elysée, n’a pas changé : "Casser les reins du FPR."

Tout un pan du dispositif franco-africain défini à La Baule sombrera alors dans le jusqu’au-boutisme : sabotage des accords d’Arusha ; (possible) implication dans l’attentat du 6 avril 1994 contre l’avion du président Juvénal Habyarimana (près d’accepter l’application de ces accords), puis accueil dans les locaux de l’ambassade de France à Kigali d’une sorte d’assemblée générale extraordinaire du "Hutu power", des partisans de l’épuration ethnique et du massacre des Tutsis.

Après la mort du président, une partie des concepteurs de la "solution finale du problème tutsi" sont à Paris, tandis que se constitue, sous l’aile de la France, un "gouvernement intérimaire" qui continuera d’encourager les appels au meurtre de Radio libre des Mille Collines (lire article page 8). Au Conseil de sécurité de l’Organisation des Nations unies (ONU), la France fera cause commune avec ce "gouvernement" et s’opposera, cinq semaines durant, à la reconnaissance du génocide. D’avril à juin 1994, pendant que les massacres se poursuivaient et qu’étaient tués à la machette environ 500 000 Tutsis, une fraction de l’armée française n’aura qu’une obsession : continuer de ravitailler et d’assister les FAR - sous la protection desquelles "travaillaient" les tueurs. Elle y parvint assez longtemps pour faire le joint avec l’opération "Turquoise" : cette démonstration de force protégea certes quelques rescapés tutsis, mais permit surtout aux responsables du génocide de se mettre à l’abri au Zaïre ou ailleurs. Certains d’entre eux, tel M. Jérôme Bicamumpaka, conservent des visas de longue durée qui leur permettent de venir régulièrement en France et d’y entretenir d’utiles contacts.

Ce bref aperçu montre que la compromission de la France et sa responsabilité dans l’un des plus grands crimes collectifs de cette fin de siècle ne furent pas marginales (2). Comment la République en est-elle arrivée là, quel système de décision et quelle absence de contrôle politique ont-ils pu autoriser de telles aberrations ?

(…)

La présence de la France dans le camp des responsables du génocide rwandais illustre l’agencement désordonné des acteurs et des motivations. Du côté des décideurs, MM. François et Jean-Christophe Mitterrand ont tenu un rôle majeur, en raison des liens très forts les unissant à la famille du dictateur Habyarimana. Le président de la République française suivait avec une exceptionnelle attention, y compris en déplacement, l’évolution de la situation militaire au Rwanda ; durant la période de cohabitation (1993-1995), il nommera à la tête de la Mission militaire de coopération, rue Monsieur à Paris, son homme de confiance, le général Jean-Pierre Huchon - second personnage de l’état-major élyséen, fortement imprégné des schémas anti-Tutsis.

Le gouvernement de M. Edouard Balladur n’a pas contrecarré les tragiques desseins élyséens : la politique franco-africaine profite d’une grande continuité qui dépasse les clivages partisans. M. Charles Pasqua a la même approche des problèmes que M. François Mitterrand (son fils Pierre est l’un des "messieurs Afrique" du ministre de l’intérieur). L’ancien ministre de la coopération, M. Michel Roussin, passé du service de M. Jacques Chirac à celui de M. Edouard Balladur, s’est parfaitement entendu avec l’Elysée. Dans ces conditions, le premier ministre, qui ne s’intéresse guère au continent noir, a choisi de laisser faire. Deux membres du gouvernement se sont pourtant distingués : le ministre des affaires étrangères, M. Alain Juppé, en tentant d’introduire la rationalité du Quai d’Orsay (d’où l’inflexion de l’attitude officielle de la France à la mi-1993, en faveur des accords d’Arusha - inflexion compromise par la suite et par les autres acteurs) ; et celui de la défense, M. François Léotard, en contribuant à cantonner l’opération "Turquoise" dans ses objectifs affichés (fort éloignés des impulsions premières).

La détermination du président Mitterrand à combattre le FPR - ces "anglophones ougandais", "avant-garde du Tutsiland" (4) - a conduit à installer au Rwanda le plus gros dispositif de combat français en Afrique depuis l’affaire tchadienne. Puisque, officiellement, on ne faisait pas la guerre, toute la panoplie des missions discrètes (instruction, encadrement, conseil, renseignement, mise à disposition du régime rwandais de soldats antillais ou de mercenaires semi-publics, manipulation d’opposants politiques) a été utilisée. Le compte-rendu de la rencontre à Paris, le 9 mai 1994 (un mois après le déclenchement du génocide et alors que les massacres se poursuivaient), entre le général français Jean-Pierre Huchon et l’officier émissaire des FAR, M. Ephrem Rwabalinda, est édifiant. Par-delà les fournitures et soutiens militaires que pouvait apporter la France, la question du jour n’était pas comment arrêter le génocide, déjà à moitié accompli, mais comment retourner les médias en faveur du camp en train de le commettre (5) ?

L’engagement de la France au Rwanda est révélateur des dégâts que peuvent causer en Afrique des acteurs politiques, militaires, affairistes, voire mafieux (il y avait notamment un narco-trafic rwando-français), lorsqu’ils ne sont plus soumis à l’autorité démocratique. Certains ressuscitent le "syndrome de Fachoda", une paranoïa face aux "menées anglo-saxonnes" qui légitime les alliances avec le dictateur zaïrois Mobutu et le régime islamiste de Khartoum, contre l’Ouganda et le Rwanda actuel (6). Paris n’hésite pas à sacrifier des populations (Tutsis, Noubas, Dinkas, etc.) à la défense d’une ligne Maginot imaginaire, abritant le commerce français et la francophonie (7). Ce microcosme franco-africain reste lié à ses correspondants locaux par diverses formes de "solidarité" : la cogestion de comptes en Suisse, alimentés par le dépeçage de l’aide publique ou le détournement de marchandises ; la "fraternité d’armes" avec d’anciens élèves des écoles militaires hexagonales, intégrés dans une armée ou une garde présidentielle claniques, avec des officiers acheteurs d’armes ou matériels français, très largement commissionnés...

Mais l’horreur de l’histoire n’est pas faite que de décisions cyniques : elle se nourrit aussi de mesquineries et de lâchetés. Ni l’opinion ni les médias ne peuvent vraiment être exonérés. Ils n’ont rien dit lorsque M. François Mitterrand a affirmé solennellement : "Il n’y a pas de Monsieur Afrique à l’Elysée." C’était le 14 juillet 1990. Quatre mois plus tard, répondant à une demande téléphonique du dictateur Juvnal Habyarimana, M. Jean-Christophe Mitterrand lui promettait l’envoi des parachutistes français...

Notes :

(1) Composé en majorité d’exilés tutsis.

(2) Cf. Colette Braeckman, Rwanda : histoire d’un génocide, Fayard, Paris, 1994 ; François-Xavier Verschave, Complicité de génocide ? La politique de la France au Rwanda, La Découverte, Paris, 1994 ; "Dossier" noir de la politique africaine de la France, par la Coalition pour ramener à la raison démocratique la politique africaine de la France, trois livraisons déjà parues, c/o Survie, 57, avenue du Maine, 75014 Paris.

(3) Selon Jean-François Médard. Lire son intervention lors de la "mise en examen" de la politique africaine de la France, les 8 et 9 novembre 1994 à Biarritz reproduite dans L’Afrique à Biarritz, Agir Ici et Survie, Karthala, Paris, 1995.

(4) Dont la carte, centrée sur l’Ouganda, ornait sous cette appellation le bureau du chef d’état-major des armées. D’après Antoine Glaser et Stephen Smith, L’Afrique sans Africains, Stock, Paris, 1994, pp. 184-185.

(5) Lors du "flagrant délit" rwandais, l’ambassade de France a porté beaucoup plus d’attention à la sauvegarde de ses archives qu’au massacre du personnel rwandais de la coopération.

(6) Jusqu’à la "transformation complète de notre politique au Rwanda" annoncée par le ministre Bernard Debré dans Le Monde, 29 décembre 1994 : l’ancienne était indéfendable dans le cadre de la présidence française de l’Union européenne.

(7) Mais, observe Colette Braeckman, "peut-on sérieusement imaginer que la défense de la francophonie puisse coïncider avec la protection d’un régime digne des nazis ? Aucune loi Toubon ne pourra jamais réparer un tel outrage à l’esprit même de la langue française".

Chronologie

1973 : Habyarimana prend le pouvoir dans un coup d’Etat sanglant. Années 90 : révolte sociale contre la misère et politique contre la dictature, avec des manifestations monstres à Kigali (100.000 le 8 janvier 90, puis le 15 janvier)

Avril 1990 : Le chef d’Etat du Rwanda M. Juvenal Habyarimana a achevé, le vendredi 6 avril, une visite officielle en France au cours de laquelle il a rencontré M. Mitterrand.

20 juin 1990 : discours de Mitterrand en faveur du multipartisme au sommet franco-africain de La Baule.

fin 1990 : le lieutenant-colonel Chollet, de l’armée française, organise l’armée rwandaise et Paul Barril travaille pour l’Akazu, clan familial présidentiel

Octobre 1990 : Le 17 octobre, le Zaïre retire ses troupes du Rwanda où elles aidaient le régime en place. Le 18 octobre 1990, le dictateur Juvenal Habyarimana, en visite à l’Elysée, reçoit du président François Mitterrand la promesse de l’aide militaire française en échange d’une promesse d’ouverture politique à l’opposition. Opération Noroit : engagement français dans la guerre contre le FPR sous prétexte d’aide à l’évacuation des Français. Le contingent français stoppe l’offensive du FPR aux portes de Kigali une première fois, puis sert à aider le gouvernement à arrêter ses opposants dans la capitale. Le pouvoir accuse la communauté tutsie tout entière de complicité avec les forces armées du FPR qui attaquent le pouvoir depuis l’Ouganda. 4000 Tutsis rwandais traités de « suspects » de sympathie avec le FPR sont arrêtés sans jugement. " Il nous faut démasquer au plus vite les assaillants infiltrés dans la population ", déclare le président pour expliquer la campagne de délation nationale à laquelle les Rwandais sont aujourd’hui conviés. Une occasion rêvée pour les autorités et pour les particuliers de se débarrasser d’un voisin, d’un collègue de travail ou d’un opposant. Un simple coup de téléphone suffit, les militaires arrivent quelques minutes après, embarquent le suspect en remettant le contrôle d’identité à plus tard. Il a fallu ouvrir un stade pendant quelques jours pour y mettre le trop-plein des interpellés. Novembre 1990 : " Nous sommes prêts à vous aider financièrement pour régler le problème des réfugiés ", a déclaré, jeudi 8 novembre, le ministre français de la coopération, M. Jacques Pelletier, à l’issue d’une mission dans la région.

Décembre 1990 : Dans son numéro de décembre, le tout nouveau bimensuel Kangura (proche de la direction de l’armée rwandaise) énonce " les dix commandements " que les Hutus (ethnie majoritaire, au pouvoir depuis 1959), sont censés appliquer. Sera ainsi considéré comme " traître " tout citoyen Hutu " qui fait alliance avec les Tutsis dans ses affaires ". Pire : " les Hutus doivent cesser d’avoir pitié des Tutsis " et, s’alliant à " leurs frères bantous ", se montrer " fermes et vigilants contre leur ennemi commun tutsi ". Cet appel à la haine raciale ne semble pas avoir ému le gouvernement du président Habyarimana pas plus que les institutions judiciaires pourtant promptes, semble-t-il, à réagir dès qu’il s’agit de " suspects " d’origine tutsie.

Juin 1991 : instauration du multipartisme qui donne naissance à une douzaine de partis officiels et à une soixantaine de journaux privés. En fait, les partis, associations et journaux qui sont critiques du régime sont sans cesse inquiétés et attaqués, alors que la presse et les organisations d’extrême-droite hutu sont favorisés par le pouvoir. Pourtant, les opposants du MDR, du PL et du PSD cultivent le réalisme, la modération et se refusent à s’appuyer sur la révolte populaire. Novembre 1991 : manifestation massive, à Kigali, contre la dictature en place, le dimanche 24 novembre. Le président est obligé de céder le multipartisme. Le 1er novembre 1990, retrait des troupes belges, remplacées par les troupes françaises.

Janvier 1992 : « Le 8 janvier 1992, des manifestations d’une ampleur inconnue au Rwanda secouèrent les principales villes du pays, notamment Butare, Gitarama et surtout Kigali, où 50 000 personnes défilèrent pour manifester contre le nouveau Gouvernement. Une nouvelle journée de manifestation est convoquée pour le 15 janvier, mais le pouvoir l’interdit et les manifestants qui passent outre sont arrêtés. » (citation du rapport Quilès)

Février 1992 : la journaliste pro-française Simon Catherine écrit : « Les militaires français ne combattent pas directement, mais c’est vrai qu’ils apportent un "plus à l’armée rwandaise". Paradoxalement, cette présence française est à la fois critiquée par l’opposition et saluée comme une sorte de "gage" donné au processus de démocratisation. Même ceux qui la contestent admettaient, encore récemment, qu’elle avait permis d’éviter de "trop grosses bavures sur le plan humanitaire". » Les média français s’y entendent à cautionner au nom de l’humanitaire les exactions soutenues au Rwanda par la France.

Mars 1992 : massacres organisés par le pouvoir dans le sud-est du pays, répétition de ce que sera la génocide. Dans la région de Bugesera, 13.000 habitants ont du fuir face aux massacres de Tutsis par des Hutus, massacre organisé quasi ouvertement par le pouvoir. Maisons brûlées, personnes violées et gravement blessées sont aussi des moyens utilisées d’une terreur de masse qui reste pour le moment localisée. Le mouvement fasciste hutu tente ainsi d’offrir un dérivatif au mécontentement populaire. Alphonse Mobito de l’Association rwandaise des droits de l’homme affirme que des centaines de personnes « ont été brûlées ou bien jetées dans des fosses d’aisance ». Un tract aux accents violemment tribalistes, lu le 3 mars sur les ondes de la radio nationale, est " en partie " à l’origine du drame, a reconnu, lundi 9 mars, dans un entretien accordé à Radio France internationale (RFI), le premier ministre, M. Sylvestre Nsanzimana. En plus de la radio, il faut citer comme média ouvertement génocidaire et lié au pouvoir le journal « Kangura », qui en appelle régulièrement au " salut du peuple bantou " et dénonce, à longueur de colonne, la " croisade " des Tutsis - ces " serpents venimeux ", qui ont " vendu leurs filles-vipères aux Américains, aux Européens, et même aux Africains " – et qui, malgré ses appels au meurtre des tutsis, n’a jamais été inquiété.

14 mars 1992 : l’opposition démocratique annule la manifestation de protestation contre les massacres qu’elle envisageait du fait de ses négociations avec le pouvoir, accord qui prévoit que le Premier ministre rwandais sera choisi par l’opposition.

Début mars 1992 : la France envoie de nouvelles troupes du 2e Régiment d’Infanterie de Marine.

16 avril 1992 : le pouvoir est contraint de mettre en place un gouvernement d’union des partis politiques, y compris l’opposition démocratique, dont le dirigeant du MDR, Nsengiyaremye, est nommé chef du gouvernement.

Juillet 1992 : Selon M. Habyarimana, interrogé par Radio France internationale, la France est au Rwanda pour protéger ses intérêts, sans autre précision (RFI, 19 juillet 1992).

Août 1992 : le 26 août 1992, signature d’un avenant à l’accord d’assistance militaire de la France au Rwanda : l’Ambassadeur Georges Martres a simplement précisé “ s’être aperçu en 1992 que la coopération militaire destinée à l’armée rwandaise manquait de base juridique puisque l’accord en vigueur à cette époque ne mentionnait que la coopération avec la Gendarmerie ”.

1er septembre 1992 : lettre officielle du président François Mitterrand de remerciements à Jean Bosco Barayagwiza, leader fasciste du CDR qui vient d’organiser des massacres à Kibuye pour torpiller les accords.

Novembre 1992 : les violences des bandes fascistes hutus Interahamwe se multiplient.

28 février 1993 : le ministre de la coopération, Marcel Debarge, en visite à Kigali, appelle tous les Hutus à s’unir contre le FPR. Selon un ex-spécialiste africain de l’Elysée Gérard Prunier, c’est « un appel à la guerre raciale » (dans Rwanda, le génocide). Une semaine plus tard, le front « Hutu power » est fondé.

L’aide à l’armée rwandaise ­ officiellement, en 1993, 12 millions de francs de matériel, et le détachement de quelques dizaines d’instructeurs ­ n’avait jamais cessé, accompagnant la "montée en puissance" de ces troupes : en cinq ans, ses effectifs étaient passés de 15 000 à 40 000 hommes, alors que la guérilla elle-même se renforçait (Cf. Philippe Leymarie, "La France et le maintien de l’ordre en Afrique", le Monde diplomatique, juin 1994).

17 juillet 1993 : formation d’un nouveau gouvernement avec Agathe Uwilingiyimana comme premier ministre.

4 août 1993 : les accords d’Arusha sont signés par le président rwandais et le FPR, en vue d’un partage du pouvoir et d’une fin de la guerre, accords signés sous la pression américaine.

Janvier 1994 : La France a pris part à des fournitures d’armes qui ont servi aux massacres : le rapport de Human Rights Watch de janvier 1994 souligne que des mortiers, des voitures blindées, des pièces d’artillerie, des hélicoptères, ont été livrés au Rwanda. Des conseillers militaires et jusqu’à 680 militaires ont été présents au Rwanda, officiellement pour protéger les expatriés, en fait pour contenir l’avance du Front patriotique. En outre, une vente d’armes égyptiennes, pour une valeur de 6 millions de dollars, a été garantie par le Crédit Lyonnais.

Jusqu’en avril 94 : Opération militaire française « Amaryllis » qui évacue tous les Blancs et quelques gros bonnets des fascistes hutus.

De janvier 1993 à mars 1994 : le régime achète l’essentiel des machettes du génocide ; 581 tonnes soit une machette pour trois adultes hutus

6 avril 1994 : c’est le début du génocide déclenché à l’annonce de la mort du président dont l’avion a été abattu. La garde présidentielle (dont le sommet a été formé en France) démarre assassinant l’opposition politique et les Hutus modérés puis les Interahamwe miliciens du MRND ex parti unique, affilié à l’internationale démocrate chrétienne, installent des barrages où les Tutsis sont systématiquement tués. Puis l’armée et les miliciens contraignent la population hutu à tuer les Tutsis.

Juillet 1994 : opération Turquoise

Historique

La révolte de 1990-92

Le prétexte de la politique des classes dirigeantes et de l’impérialisme français a consisté à prétendre qu’il s’agissait seulement de se défendre contre l’attaque extérieure d’une armée financée et aidée par l’étranger. On ne voit pas pourquoi l’attaque militaire extérieure justifierait-elle une agression intérieure violente contre la moitié de la population civile qui n’avait nullement pris fait et cause dans cette guerre. Si, le 1er octobre 1990, le FPR, opposition organisée et armée à partir de l’Ouganda, lance sa première attaque, le choix de cette période n’était pas fortuit. 1990 était une année charnière dans toute l’Afrique. En effet, cette année-là, à cause de la crise économique du système capitaliste dans laquelle le monde s’enfonçait inexorablement depuis plus de vingt ans, tout le continent africain était pris dans une tourmente de luttes sociales sans précédent. Plus qu’aucune région du monde, l’Afrique plus vulnérable, parce qu’exploitée depuis des siècles, subissait douloureusement les conséquences de la crise. A cause de la chute des prix des matières premières sur le marché mondial, les conditions de vie des masses populaires s’étaient profondément dégradées, essentiellement à cause, d’une part, du fait que les caisses étant de plus en plus vides, les Etats n’avaient plus les moyens d’assurer les services publics nécessaires et d’augmenter les salaires, et d’autre part, de ce que, sous la pression du FMI et respectant les plans d’ajustement structurel de celui-ci, ces mêmes Etats bloquaient les salaires, diminuaient les bourses des étudiants et organisaient des licenciements massifs, tant dans le public que dans le privé, en édictant des lois permettant aux patrons de faire ce qu’ils voulaient.

Toutes ces attaques de la bourgeoisie mondiale à travers la politique de ses valets locaux finirent par déclencher la colère des différentes couches populaires africaines. Celle-ci s’exprima de différentes façons : des émeutes de la faim suite à une augmentation du prix du pain, comme au Maroc ou en Tunisie, mais surtout des grèves et des révoltes. C’était l’ensemble du continent africain qui était secoué. A Abidjan, à Douala, à Lomé, à Libreville, à Bamako, à Kinshasa, à Douala, etc, dans la plupart des capitales africaines, des milliers de gens, des travailleurs, des étudiants, des femmes, des jeunes s’élevaient pour dire qu’ils n’acceptaient plus de vivre comme avant. Ils descendaient dans la rue pour crier leur colère contre la misère. Ils s’érigeaient contre les plans d’ajustement du FMI, réclamaient les arrêts des licenciements, l’augmentation des salaires, des bourses et des meilleures conditions d’études. Ces grèves, émeutes, révoltes allaient ébranler les dictatures, en faire reculer certaines ou même tomber d’autres, comme au Mali, par exemple, en 1991.

Ce déferlement d’événements sans précédent, dont certains, comme la révolte des jeunes en Algérie en 88, avaient commencé des années avant 1990, ce déferlement d’événements donc contraignit l’impérialisme français à faire pression sur ses laquais locaux afin qu’ils modifient quelque peu la façade de leurs régimes dictatoriaux. Ainsi nombre de dictateurs qui, auparavant, avaient juré que de leur vivant ils n’instaureraient pas le multipartisme allaient finalement faire marche arrière et accepter qu’il y ait des partis autres que les leurs. Pour compléter le tableau, ajoutons que c’était dans la même période que, sous la pression des puissances impérialistes, en Afrique du sud, effrayée par l’explosion quasi permanente des townships et des ghettos, la bourgeoisie blanche a décidé d’aller rencontrer la direction de l’ANC à Lusaka, en Zambie, afin de discuter de la perspective d’un changement en douceur de l’apartheid sous la forme d’une solution négociée avec la bourgeoisie noire. Ici et là, le but visé par toutes ces opérations était évidemment de chercher à désamorcer la colère des masses populaires, à la domestiquer, en la détournant vers des changements formels afin d’éviter qu’elle ne débouche sur une remise en cause contagieuse de l’ordre social.

Le Rwanda aussi avait connu les mêmes problèmes que les autres pays africains. La chute des cours des matières premières avait créé au pays d’énormes difficultés : entre 1985 et 1988, le prix du café avait baissé de 30%, celui du thé, de 40%. Le prix de l’étain aussi avait chuté à tel point que, en 1985, la Somirwa, une société minière dont les exploitations d’étain assuraient à l’Etat 25% de recettes en devises et qui employait 8 000 personnes, avait fait faillite. Aussi les masses étaient-elles confrontées aux mêmes problèmes qu’ailleurs : précarité, misère, licenciements, suivis d’un profond mécontentement.

Dès 1989, le régime du parti unique était de plus en plus critiqué, y compris de l’intérieur. Dans la même année, trente trois intellectuels ont osé publier une lettre ouverte réclamant des élections libres. En 1990, sous la pression de la rue et de l’impérialisme français, comme les autres dictateurs, Habyarimana accepta de mettre sur pied une commission nationale en vue de l’instauration du multipartisme. Mais avant que celle-ci ne dépose les résultats de ses travaux, plusieurs paris politiques d’opposition, des syndicats indépendants, des associations de droits de l’homme et une presse libre diverse se créèrent.

En face de l’ancien parti unique le MRND, le Mouvement Révolutionnaire National pour le Développement, qui changea de nom pour devenir le MRNDD, le Mouvement Républicain National pour la Démocratie et le Développement, se créèrent toute une série de partis politiques bourgeois, des modérés libéraux aux partis ouvertement racistes, anti-tutsis. Le plus important d’entre eux était le MDR, le Mouvement Démocratique Républicain. Dirigé par des Hutus rivaux d’Habyarimana, originaires de la région du Centre et du Sud, ce parti se voulait l’héritier du Parmehutu de l’ancien dictateur Kayibanda.

Bon nombre de ces partis, pour ne pas dire la plupart, étaient de bouts du MNRD, le parti de la dictature. Leur ambition à tous était surtout de partager le pouvoir avec la clique de "l’Akazu", "la maisonnée" du dictateur. Par ailleurs, quoique se définissant généralement d’obédience hutue ou tutsie, ces partis étaient souvent organisés autour des ambitions personnelles de quelques individus et apparaissaient plus comme représentant les intérêts de telle ou telle région et non telle communauté ethnique. Par exemple Le MDR, issu du MNRD et dirigé par des Hutus, prétendait défendre les intérêts des Hutus du centre et du sud écartés de la gestion des affaires depuis la prise du pouvoir par les Hutus du Nord. Il en était de même pour tous les autres partis. C’est pourquoi, reprochant au parti du dictateur Habyarimana de concentrer exclusivement le pouvoir entre les mains des Hutus du Nord, la seule ambition de tous ces partis était de faire pression sur la dictature afin d’aboutir à un repartage du pouvoir sous la forme d’un rééquilibrage au profit des uns et des autres.

Dans tous les cas, la dictature de Habyarimana s’est trouvée ébranlée par cette situation. Elle était affaiblie par le mouvement de contestation qui se développait dans le pays. Elle avait surtout perdu la confiance d’une frange de sa base sociale petite-bourgeoise. Et ce fut dans cette situation-là qu’intervint la première attaque du FPR.

Les grandes puissances visent à un partage du pouvoir avec le FPR S’ajoutant au mouvement de contestation intérieur de plus en plus grandissant et aux pressions des pays riches qui souhaitaient une stabilité politique, cette attaque mit la dictature de Habyarimana sous la coupe d’une triple pression. La conjonction de ces trois éléments, à savoir les manifestations des rues, les pressions des puissances impérialistes et les raids du FPR, dans un contexte marqué par d’énormes difficultés économiques dues à la chutes des prix des matières premières, tout cela allait peser plus encore sur le pouvoir au point de l’obliger à composer avec l’opposition et d’accepter de discuter avec elle. Ainsi au mois de mars 1992 et au mois de juin 1993, un gouvernement de transition fut formé avec les partis de l’opposition. Au mois d’août1992, entre la dictature de Habyarimana et l’ensemble de l’opposition, tant politique que militaire, s’engagèrent des discussions et des négociations qui allaient durer plusieurs mois avant d’aboutir à un ensemble d’accords appelés "les Accords d’Arusha", du nom d’une ville tanzanienne où ils ont été conclus en août 1993.

Sur le papier, ces accords prévoyaient que le chef de l’Etat ne dirigerait plus. Le véritable pouvoir serait entre les mains des partis politiques qui s’appuieraient sur une Assemblée Nationale souveraine, avec un gouvernement de transition à base élargie devrait. Entre autres choses, dans ces accords, il y avait aussi la fin de la guerre, la réconciliation, la mise en place d’un Etat de droit, le retour des exilés éparpillés à travers le monde, le partage du pouvoir entre l’ancien parti unique, les partis d’opposition et le FPR. Celui-ci se transformerait en un parti et ses troupes intégreraient les rangs de l’armée. Enfin des élections présidentielles et législatives devraient avoir lieu en 1995.

Les puissances impérialistes ainsi que les partis de l’opposition pensaient tenir à travers ces accords la clé de la crise rwandaise. Ils croyaient qu’il suffirait de coucher sur du papier quelques idées généreuses sur la paix, l’Etat de droit, etc, pour que Habyarimana et sa bande d’Akazu acceptent tout, au point d’abandonner les privilèges. Mais c’était compter sans les dignitaires de la dictature qui firent seulement semblant d’admettre le compromis. Lors d’un meeting en 1992, Habyarimana traita les négociations d’Arusha de "simple chiffon de papier". Des négociations, lui et les siens se servaient surtout comme une couverture afin de mieux préparer la guerre. Car, pour ces gens-là, l’idée d’un simple partage du pouvoir était quelque chose d’inadmissible, une menace sur leurs intérêts. Par ce temps de crise où le gâteau à partager s’était réduit du fait de la chute des revenus de l’exportation, l’avidité de la petite minorité proche du pouvoir s’en était accrue d’autant. Les dignitaires du régime étaient désespérément accrochés à leurs postes, source principale de leur enrichissement, comme les hommes d’affaires qui avaient prospéré sous la parti unique ; les chefs de l’armée et autres militaires avaient peur de la concurrence de leurs rivaux du FPR et d’une démobilisation qui les conduirait au chômage. Par conséquent tout ce monde-là, plus tant d’autres profiteurs du système Habyarimana, ne voulait pas du moindre compromis avec leurs rivaux de l’opposition. Alors, en se servant de l’appareil d’Etat, il allait se liguer, faire bloc afin de s’opposer par tous les moyens à la perspective du partage du pouvoir et, afin de défendre ses privilèges, opter pour un génocide méthodiquement préparé.

La montée fasciste

Ainsi, dès la première attaque du FPR, en octobre 1990, les principaux dignitaires du régime réagirent brutalement. Comme aux sombres heures de la dictature de Habyarimana, ils brandirent le spectre de "l’ennemi intérieur" et ne cachèrent pas leurs intentions de ne pas se laisser faire : en quelques heures, 10 000 personnes, généralement des Tutsis mais aussi des Hutus modérés considérés comme alliés du FPR, furent arrêtées et parquées dans le stade de Kigali. Dans les provinces, les autorités, les bourgmestres, les préfets, les commandants des zone, poussèrent les Hutus à s’attaquer à leurs voisins tutsis : dans la préfecture de Giseny, par exemple, 300 Tutsis furent tués, des milliers d’autres blessés ou obligés de s’enfuir, leurs maisons brûlées, leurs biens pillés. D’autres massacres de ce genre eurent lieu ailleurs. En 1991, suite à une autre attaque du FPR à Ruhengeri, sous la conduite de la police, de l’armée et des hauts fonctionnaires du coin, des Hutus massacrèrent 300 personnes d’une communauté des pasteurs tutsis. Avant ce massacre, un tract, signé par le préfet et le ministre de l’intérieur, avait circulé, appelant les paysans à détruire "les buissons et tous les rebelles qui s’y cachent. Et surtout n’oubliez pas, dit le tract, que celui qui coupe une mauvaise herbe doit aussi détruire ses racines". En 1992, au cours d’un meeting tenu à Gisenyi, un certain Léon Mugeséra, vice-président du MRND, le parti de la dictature, déclare : "Je prie instamment toutes les personnalités importantes du MRND de collaborer. Celui qui est à la tête du Trésor Public, qu’il nous apporte l’argent... L’homme d’affaires doit toucher à sa caisse et nous apporter de l’argent pour que nous allions trancher les têtes de ces salauds. Rappelez-vous que notre mouvement a ses racines dans les cellules et les secteurs. Le président vous a bien dit qu’un arbre bien en branches et en feuilles seulement, mais sans racines, est un arbre mort. Nos chefs de cellule doivent se mettre au travail, même s’ils ne sont pas payés. Tout élément étranger à la cellule doit être noté. Si c’est un complice des Inyenzis (Tutsis), il doit périr sans autre forme de procès... Notre faute, en 1959, c’est que j’étais enfant, c’est que nous les avons laissés sortir saints et saufs...Je vous répète que nous devons vite nous mettre à l’ouvrage... Sachez que celui à qui vous n’avez pas tranché la tête, c’est lui qui tranchera la vôtre." En fait, à partir de 1990, c’est ouvertement, au vu et au su de tout le monde, que les dignitaires rwandais, utilisant l’encadrement étatique totalitaire, préparaient psychologiquement la populations aux futurs massacres par le biais d’une propagande basée sur la menace des Tutsis.

Pendant 4 ans, ce type de discours alimenté par la haine des Tutsis en général allait être tenu non seulement par les dignitaires du régime mais aussi véhiculé, relayé par les média, notamment à la radio nationale d’abord et la radio dite libre des Milles Collines, et dans les colonnes d’un journal appelé le Kangura. En 1990, par exemple, dans une édition de celui-ci où, sur toute la première page il y avait une photo de Mitterrand avec la mention "Un véritable ami du Rwanda", était publié un texte appelé "Les Dix Commandements du Muhutu". Dans ce texte, on pouvait lire :" Tout Hutu doit savoir que toute femme tutsie, où qu’elle soit, travaille à la solde de son ethnie tutsie. Par conséquent, est traître tout Hutu qui épouse une Tutsie, qui fait d’une Tutsie sa concubine, qui fait d’une Tutsie sa secrétaire ou sa protégée. Tout Hutu doit savoir que tout tutsi est malhonnête dans les affaires. Il ne vise que la suprématie de son ethnie. Par conséquent, est traître tout hutu qui fait alliance avec les Tutsis dans les affaires, qui investit son argent ou l’argent de l’Etat dans une entreprise d’un Tutsi... Les Hutus doivent cesser d’avoir pitié des Tutsis... Tout Hutu doit diffuser largement la présente idéologie..."

L’objectif de toute cette propagande anti-tutsie était de chercher à resserrer les rangs de la communauté hutue autour du clan de l’Akazu au nom du nationalisme hutu, en faisant croire aux Hutus, surtout aux privilégiés de cette communauté, notamment aux hommes d’affaires et aux intellectuels qui avaient rejoint l’opposition hutue modérée, qu’ils risqueraient de tout perdre en acceptant un quelconque compromis avec le FRP, présenté comme le bras armé des Tutsis. Ainsi, dans tous les partis d’opposition, allaient se constituer des cercles et des groupes dirigés par des intellectuels qui se rallièrent à la dictature d’Habyarimana pour former ce qu’ils appelaient le Hutu power, le pouvoir hutu, une sorte de large cadre politique fasciste organisé d’en haut pour défendre les intérêts des privilégiés de cette communauté.

Pour se reconstituer une base sociale populaire qui s’était effritée depuis l’appauvrissement du pays et l’apparition du multipartisme, les dignitaires du pouvoir n’utilisaient pas seulement le spectre de la menace tutsie. Ils se servaient aussi d’autres moyens, comme la corruption. Ce fut à coup d’argent qu’ils se rallièrent certains dirigeants des partis adverses. C’est ainsi que le principal parti de l’opposition, le MDR, éclata en deux, entre, d’un côté, une tendance décidée à aller au bout du compromis avec le FPR, et, de l’autre, une autre qui rejoignit le camp de l’Akazu, au nom de la défense des intérêts des Hutus. La Parti Libéral qui avait la particularité d’avoir des Tutsis et son sein et d’être même dirigé par un président tutsi explosa lui aussi en deux fractions, l’une tutsie, l’autre hutue et sensible aux thèses du hutu power.

Et quand la corruption ne suffisait pas, on avait recours aux assassinats, qui se multiplièrent : parce qu’il refusait de se rallier au hutu power, Félicien Gatabazi, le dirigeant hutu du Parti social-démocrate fut assassiné au mois de février 1994. Pour renforcer son camp, le pouvoir encouragea également la création de plusieurs formations satellites, comme le Parti du bas peuple dirigé par une grande bourgeoise, mais surtout la CDR, la Coalition de la défense de la République, une organisation formée à la droite du MRND. Celle-ci était constituée de militants purs et durs de la cause hutue, originaires de la région du centre et du sud et fidèles à l’ancien dictateur Kayibanda. Ils se voulaient plus extrémistes que la clique de l’Akazu et refusaient tout compromis avec le FPR.

Ainsi, tout en participant aux négociations avec les partis d’opposition et le FPR, Habyarimana et les siens regroupèrent autour d’eux une partie des notables hutus et, de ce fait, constituèrent une force, une base sociale privilégiée, au service de laquelle ils mirent tout le savoir faire du parti unique, ses cadres, ses jeunes, ses réseaux, ses cellules, au service d’une violence planifiée et systématique. Et ils s’armèrent pour cela. L’Etat rwandais, grâce à l’encadrement de l’armée française, augmenta considérablement les affectifs de ses forces armées. De 7000, celles-ci passèrent à 40 000 soldats, équipés aussi en achetant des armes auprès de l’Egypte et de l’Afrique du Sud, avec garantie financière du... Crédit Lyonnais. Les transactions se faisaient de la façon la plus simple : le Rwanda mettait en gage sa production de thé, le Crédit Lyonnais donnait sa caution bancaire et le tour était joué : 6 millions de dollars d’achat d’armes à l’Egypte, 5,9 millions à l’Afrique du Sud. Grâce à la garantie politique et économique de l’impérialisme français, l’Etat rwandais s’est ainsi considérablement équipé auprès de l’Egypte et de l’Afrique du sud, sans oublier les armes livrées par la France : des mortiers, des canons légers, des pièces de rechanges, des douzaines de blindés légers Panhard, des transporteurs des troupes et six hélicoptères Gazelles. Sans oublier des milliers de machettes commandées par le pouvoir. Comme par hasard peu avant les massacres de 94 et pas dans un but de travail agricole.

En 1994, 30 0000 soldats rwandais disposaient d’armes légères en grande quantité, de lance-grenades, de mines terrestres et d’une artillerie à moyenne et longue portées. Une partie des armes a été distribuée à des civils, qui constituaient ainsi des "groupes d’autodéfense". Ceux-ci étaient organisés d’une façon méthodique. La plus petite autorité administrative du pays avait son groupe d’autodéfense dont le noyau avait pour nom le "Nyumba Kumi". Chaque noyau de ce type, contrôlé par les autorités, pouvait comprendre deux ou trois personnes et disposait d’une arme. Les "Nyumba Kumi" étaient reproupés par 10 et constituaient à leur tour une cellule.

Ces milices, créés et organisés par le MRND, étaient appelées "les Interahamwes", ce qui veut dire "ceux qui combattent ensemble". Leurs membres étaient recrutés dans la jeunesse désoeuvrée, les chômeurs, mais aussi parmi les réservistes de l’armée et de la gendarmerie. Les privilégiés du régime, leurs enfants, les intellectuels, les commerçants, eux aussi, ont fourni leurs contingents.

Ces groupes dits d’autodéfense étaient formés, entraînés par des militaires français et rwandais. Ils étaient directement placés sous l’autorité du clan de l’Akazu, notamment de Habyarimana lui-même, de son épouse et leur entourage. C’étaient ces milices-là qui allaient plus tard être lâchées sur les Tutsis. Mais bien avant le génocide, elles avaient été entraînées à massacrer, comme lors des différentes attaques du FPR, ou à agresser, tuer ou faire disparaître des opposants politiques et autres défenseurs des droits de l’homme.

A la fin de 1993, sous la conduite de l’appareil d’Etat, toutes les 146 communes de Rwanda étaient ainsi organisées en milices. Chacune d’elle, en fonction de son importance, avait entre 300 et 500 hommes armés de fusils d’assaut, de grenades et de machettes. Dans la ville de Gitamara, il y avait 50 000 fusils pour une population de 144 000 habitants.

Ces milices n’étaient pas seulement équipées. Elles étaient aussi entraînées, rôdées. Galvanisées par les dignitaires du pouvoir et surtout par une radio, la Radio des Mille Collines qui, à longueur des journées, critiquait "la démocratie importée", appelait à "sauvegarder la révolution de 1959" et leur désignait les Tutsis comme des ennemis à abattre, ces hommes savaient à quoi ils avaient été formés, quel travail on attendait d’eux, voire qui ils devaient éliminer, car des listes nominatives avaient été dressées.

Le printemps 94 des assassins

Voilà comment, contrairement aux partis de l’opposition qui se faisaient tant d’illusions par rapport aux négociations, méthodiquement, avec le soutien de l’impérialisme français, le clan d’Akazu s’est préparé, en recrutant, en armant, mettant au point une formidable machine à tuer, pour défendre son pouvoir et ses privilèges ! Et ce fut ainsi aussi, c’est-à-dire par en haut, en s’appuyant sur l’Etat et ses moyens à leur service, et de façon organisée, qu’ils allaient mettre leurs desseins en application le 6 avril 1994.

Sous la pression des puissances impérialistes, Habyarimana avait fini par accepter les Accords d’Arusha. Il était allé signer les signer à Arusha rentrait à Kigali, ce jour-là, pour promulguer à son retour la liste du gouvernement de transition élargi qui lui avait été imposé. Mais pour les extrémistes de l’Akazu, notamment pour les responsables de la Coalition pour la Défense de la République, cela était hors de question ! Ils allèrent jusqu’au bout de leur logique en abattant son avion et déclenchèrent les massacres qui en peu de temps se transformèrent au génocide.

Dès le crash de l’avion, ils mirent sur pied un comité militaire dirigé par des gens comme Bagosora, un colonel à la retraite, membre du clan hutu hostile à tout compromis avec les autres partis. Alors qu’il y avait un gouvernement dans le pays, ils en formèrent un autre de leur cru, dans les enceintes de l’Ambassade de France. Ce gouvernement, totalement à la solde des extrémistes de l’Akazu, était en réalité une sorte de direction, d’état major politique d’où allaient être orchestrés tous les massacres à grande échelle.

La dite radio libre des Milles Collines rendit les Tutsis responsables de l’attentat. Alors munis des listes nominatives et des adresses, les escadrons de la mort, mirent en exécution ce à quoi ils avaient été minutieusement préparés. Les premières victimes étaient d’abord les Hutus modérés qui n’avaient pas rejoint le camp du Hutu power. Certains étaient membres du gouvernement d’union nationale ou de l’opposition qui voulait un compromis avec le FPR ; d’autres, des responsables des associations des droits de l’homme ou de simples citoyens qui au nom de la légalité et du fait qu’il y avait un gouvernement dans le pays refusaient de se mettre à la remorque des militaires du clan d’Akazu. Ils furent tous assassinés. Les massacres commencèrent, en quelque sorte, par un génocide politique, avec l’assassinat de quelques 10 000 opposants ou modérés hutus. Ensuite ce fut le tour des Tutsis, notamment les plus en vue, les plus riches donc les plus connus. Enfin, ce furent les massacres à grande échelle.

A Kigali, la capitale, sous les appels de la Radio des Mille Collines qui les invitait à tuer, les miliciens dressèrent des barrages sur les rues, les routes, les ruelles. Ils fouillèrent les voitures et filtrèrent les passants. Les Tutsis étaient systématiquement éliminés, à coups de fusils, de mitraillette, de machettes. D’autres miliciens perquisitionnaient dans les quartiers, fouillaient dans les maisons, obligeaient les gens dénoncer ou tuer leurs voisins et laissaient des cadavres à leur passage. Tous les Hutus qui hésitaient ou refusaient de participer aux massacres étaient tués à leur tour. Aucun lieu n’était épargné : les bureaux, les écoles, les hôpitaux étaient transformés en mouroirs. A l’université de Kigali, 87 professeurs dénoncés par leurs collègues hutus ont été assassinés par des miliciens tandis qu’à l’hôpital 170 blessés et malades étaient égorgés dans leurs lits ainsi que tout le personnel soignant tutsi.

Dans les villes et les villages des provinces aussi les miliciens agirent avec méthode et organisation. Ils persécutèrent les Tutsis et les massacrèrent, y compris dans les églises. Partout, les opérations étaient dirigées par les bourgmestres, les secrétaires communaux, les responsables de cellule, des prêtres. Chaque massacre était précédé par un meeting organisé par les autorités locales, où prenait la parole le dirigeant national le plus prestigieux. On appelait au "défrichage". Puis la milice locale partait "travailler". On estime à 32 000, le nombre des responsables à tous les niveaux de l’Etat et de l’administration qui ont participé aux massacres collectifs et à 80 à 100 000 celui des tueurs.

Alors, haine ethnique tout cela ? Evidemment non ! Comme on vient de le voir, ce qui s’est passé au Rwanda n’a rien à voir avec ce que certains ont dit ou voulu faire croire, à savoir que le génocide était la conséquence d’une guerre civile entre deux groupes ethniques, des Hutus, majoritaires, massacrant des Tutsis, minoritaires. Aussi horribles qu’ils aient pu être, les massacres dont le Rwanda a été le théâtre étaient le fruit d’une volonté politique conçue, organisée et méthodiquement appliquée par les dignitaires hutus du clan de l’Akazu, au moyen de l’Etat, en se servant de ses institutions, de l’armée, de la police, des pouvoir locaux, de la radio et même de l’église. Ces massacres ont été préparés, organisés, encadrés et consciencieusement exécutés, par des gens mobilisés, éduqués à cette fin, qui savaient ce qu’ils faisaient et pourquoi ils le faisaient.

Quant aux pauvres qui ont été entraînés dans ce massacre, dont de nombreux jeunes du lumpen prolétariat, il y en a eu des dizaines de milliers qui ont suivi mais qui l’ont fait passivement et, le plus souvent sous la menace. Ils étaient isolés, sans organisation, sans moyen pour résister. Ils avaient en face d’eux des assassins consciemment organisés et armés. On leur a donné des machettes mais les militaires et l’encadrement fasciste était sérieusement armé.

Par ailleurs, leurs victimes n’étaient pas que des Tutsis. Nombreux étaient les Hutus qui ont été assassinés par les bandes armées de la dictature. Nombreux aussi étaient les Tutsis qui ont été protégés, cachés, par des Hutus qui avaient refusé de s’associer à ces massacres collectifs.

Annexes

Bien qu’il serve exclusivement à justifier la politique de l’impérialisme français dans ce génocide, le rapport de la « commission Quilès » mérite d’être lu, car il contient aussi un certain nombre de vérités. Ce rapport est accessible sur internet. Nous n’en citons ici que les extraits les plus intéressants.

Extraits du Rapport parlementaire Quilès enregistré le 15 décembre 1998 (consultable sur internet)

“ Nous entretenons des relations amicales avec le Gouvernement du Rwanda qui s’est rapproché de la France après avoir constaté la relative indifférence de la Belgique à l’égard de son ancienne colonie. ” Intervention du Président de la République M. François Mitterrand en Conseil des Ministres du 17 octobre 1990.

LES ACCORDS DE COOPERATION MILITAIRE

L’article premier de l’accord prévoit les conditions dans lesquelles les personnels militaires français sont mis à la disposition du Gouvernement rwandais et précise leur mission : “ le Gouvernement de la République française met à la disposition du Gouvernement de la République rwandaise les personnels militaires français dont le concours lui est nécessaire pour l’organisation et pour l’instruction de la Gendarmerie rwandaise ”.

“ Les personnels militaires français mis à la disposition du Gouvernement de la République rwandaise sont désignés par le Gouvernement de la République française après accord du Gouvernement de la République rwandaise ” et que “ les intéressés sont placés sous l’autorité de l’officier français le plus ancien dans le grade le plus élevé mis à la disposition de la République rwandaise ”. Les personnels français “ servent sous l’uniforme rwandais, avec le grade dont ils sont titulaires ou, le cas échéant, son équivalent au sein des forces armées rwandaises. Leur qualité d’assistants techniques militaires est mise en évidence par un badge spécifique " Coopération Militaire " porté sur la manche gauche de l’uniforme à hauteur de l’épaule ”.

L’avenant du 26 août 1992, en remplaçant dans les articles premier et 6 de l’accord de 1975 “ la Gendarmerie rwandaise ” par “ les forces armées rwandaises ”, étend la coopération militaire française à l’ensemble des missions des forces armées du Rwanda.

LES RAISONS DE LA PRÉSENCE DE LA FRANCE AU RWANDA

En lui-même, ce petit pays d’Afrique, enclavé, surpeuplé et sans richesses, ne justifiait guère que l’on s’y intéressât autant. Comme l’a souligné le Ministre des Affaires étrangères, M. Hubert Védrine, lors de son audition, ce pays “ ne revêtait aucun intérêt stratégique particulier pour la France (...) L’indépendance du Zaïre, du Burundi et du Rwanda ne s’étaient pas déroulées dans des conditions optimales (...) Ces trois pays se sont tournés vers la France car elle était le seul pays qui conservait encore une politique exprimant son intérêt et son amitié pour un continent qui semblait largement abandonné par les autres puissances. ” L’engagement de la France au Rwanda est donc issu des conditions dans lesquelles ce pays a eu accès à l’indépendance. Mais il fallait aussi que le Rwanda fût francophone et voisin du Zaïre. Géographiquement, le Rwanda dispose en effet d’une frontière commune avec l’Est du Zaïre immensément riche en ressources minières (uranium, cobalt, diamants...) et constitue de ce fait un poste d’observation privilégié des évolutions de cette région. Il est clair que l’amorce d’une coopération franco-zaïroise ne pouvait prendre forme en laissant de côté le Rwanda et le Burundi qui, d’un point de vue géographique, constituent une voie de pénétration vers le Zaïre et le Sud du continent pour les populations du Nord-Est de l’Afrique.

LES ÉVÉNEMENTS AU RWANDA DE 1990 À 1994

On assiste d’abord à une montée persistante de la contestation. (…) L’historien Gérard Prunier observe ainsi que “ la stabilité politique du régime suivit presque exactement la courbe des prix du café et de l’étain ”. Il ne s’agit d’ailleurs pas là d’une simple coïncidence : le même auteur fait ainsi valoir que l’agriculture de subsistance paysanne, base de l’économie rwandaise, n’offrant que peu de possibilité d’excédent direct, seules restaient “ pour l’élite du régime, (...) trois sources d’enrichissement : les exportations de thé et de café, pendant peu de temps l’exportation d’étain, et les ponctions sur l’aide internationale. Etant donné qu’une bonne part des deux premières sources allait au fonctionnement du Gouvernement, en 1988, la diminution des sources de revenus ne laissait que la troisième comme recours viable ”. D’où une exacerbation de la concurrence pour l’accès aux postes de responsabilité au fur et à mesure que les ressources se tarissaient. (…)

1990

L’année 1990 représente un tournant important dans l’histoire politique contemporaine du Rwanda. Le poids des facteurs internes, tant politiques qu’économiques, n’est pas à sous-estimer. (…) Le Président Juvénal Habyarimana comprend alors qu’il n’échappera pas à une évolution politique de son régime : ainsi, alors qu’en janvier 1989, il soulignait que tout changement politique ne pouvait se concevoir qu’au sein du système du parti unique, son discours du 5 juillet 1990 marque l’acceptation du principe de séparation entre l’Etat et le MRND, seul parti politique autorisé, et la reconnaissance de la nécessité de réformes constitutionnelles, fondées sur l’instauration du multipartisme. (…) L’évolution du régime faisait donc de plus en plus de mécontents, et les mécontentements s’exprimaient d’autant plus que le niveau scolaire et l’alphabétisation du pays s’étaient développés. Le Gouvernement, ou les proches du régime, tentèrent d’enrayer par la force la protestation. En août 1989, M. Félécula Nyiramutarambirwa, membre du Parlement et originaire de Butare, dans le sud du pays, fut renversé par un camion après avoir accusé le Gouvernement de corruption sur des contrats pour la construction des routes. En novembre de la même année, le Père Silvio Sindambiwe, un journaliste dont la parole était libre, fut également tué dans un “ accident de la circulation ”. Des journalistes tentèrent de relater ces événements. Ils furent arrêtés. (…) C’est dans ce contexte qu’eut lieu, en avril 1990, le sommet franco-africain de La Baule. Sur l’insistance du Président Mitterrand, le Président Juvénal Habyarimana fit une déclaration en faveur du multipartisme le 5 juillet 1990. (…) Dans ces conditions, l’attaque du FPR, le 1er octobre, en montrant l’incapacité du régime du Président à assurer seul la sécurité du pays, contribua durement à l’affaiblissement de sa légitimité. Cette crise de légitimité l’obligea à composer avec son opposition interne et à demander un renforcement de la coopération militaire française. (…) En lieu et place de l’organisation de la résistance au FPR dans Kigali, une vague d’arrestations massive fut organisée. Le 9 octobre 1990, le ministère de la Justice rwandais admettait l’arrestation de 3 000 personnes environ. En fait, les chiffres sont évalués à 10 000. Selon M. Gérard Prunier “ de toute évidence, ces arrestations ne visent pas des partisans du FPR (très peu nombreux, et pas tous connus des services de police) ; elles frappent à l’aveuglette Tutsis éduqués et Hutus contestataires’’. (…) Le Ministre de la Défense, intervenant à la radio nationale, demandera à la population de traquer les infiltrés. Cet appel sera immédiatement suivi d’effet. Une partie des soldats du FPR, vaincus, se réfugieront dans la région du Mutara, au nord-ouest du Rwanda. Cette région est une zone traditionnelle de l’émigration tutsie vers l’Ouganda. Or, 348 civils tutsis y seront massacrés entre le 11 et le 13 octobre 1990, et plus de 500 maisons seront incendiées dans la seule commune de Kibilira. S’il s’agit là d’un massacre dont l’ampleur est relative, compte tenu du caractère massif des exterminations constatées dans la région, ses caractéristiques méritent qu’on s’y arrête. D’abord, aucune des victimes n’est un combattant du FPR ; il ne semble pas non plus qu’il s’agisse de sympathisants avérés de ce mouvement : il serait en effet extraordinairement risqué d’afficher de telles sympathies et les Tutsis conservent le souvenir des persécutions de la période de 1959 à 1962. Ensuite, les massacres sont commis par les paysans sous la conduite des autorités civiles, selon les règles bien connues de la corvée collective. Interrogé sur la révolte qui aurait poussé les paysans du nord-ouest à massacrer les Tutsis, le Président Juvénal Habyarimana répond placidement dans une conférence de presse : “ Il ne s’agit pas d’une révolte. Tout le monde obéit. ” Enfin, les dirigeants locaux sous l’autorité desquels les massacres ont été commis ne seront pas inquiétés par le pouvoir central. (…)

1991

Avec le redéploiement de la vie politique s’est aussi créée, entre novembre 1991 et janvier 1992, toute une série de petits partis. Leur audience ne pourra jamais être mesurée. En fait, il semble que, pour l’essentiel d’entre eux, la perspective ait été d’exister comme parti enregistré de façon à pouvoir réclamer de participer à une “ conférence nationale ”, si une telle conférence était convoquée. Or, si certains de ces partis semblent être le fait d’initiatives indépendantes, comme le Parti pour la démocratie islamique, l’autonomie de nombre d’entre eux semble assez largement sujette à caution. C’est ainsi que, selon M. Dismas Nsengiyaremye, le Parti socialiste rwandais (PSR) et l’Union démocratique du peuple rwandais (UDSR) évoluaient dans le sillage du FPR. Mais, la plupart furent carrément suscités par le pouvoir rwandais, soucieux de créer un effet de nombre et d’expression de sensibilités proches autour du MRND. (…) A compter du 24 janvier 1991, le Lieutenant-Colonel Gilbert Canovas exerce à nouveau la fonction de conseiller du Chef d’état-major des FAR qu’il occupera jusqu’en juin 1991, le Président de la République ayant une fois de plus accepté la prolongation de sa mission. Le 21 mars 1991, la Mission d’assistance militaire est renforcée par l’envoi de 30 militaires du DAMI Panda. La coopération militaire française change d’échelle. La justification officielle en est le souci de prévenir “ les conséquences néfastes que peut avoir pour la paix dans la région la poursuite d’actions militaires déstabilisatrices ”. (…)

1992

Le 8 janvier 1992, des manifestations d’une ampleur inconnue au Rwanda secouèrent les principales villes du pays, notamment Butare, Gitarama et surtout Kigali, où 50 000 personnes défilèrent pour manifester contre le nouveau Gouvernement. Une nouvelle journée de manifestation est convoquée pour le 15 janvier, mais le pouvoir l’interdit et les manifestants qui passent outre sont arrêtés. Cependant, devant l’ampleur de la pression, le Président Juvénal Habyarimana finit par accepter de signer un compromis avec l’opposition réunie. Aux termes de ce compromis, le Gouvernement Nsanzimana serait remplacé par un Gouvernement de coalition. Celui-ci, qui comprendrait des Ministres MRND, serait cependant dirigé par un membre du MDR. (…) Le 7 avril, le Premier Ministre Dismas Nsengiyaremye prêtait serment et le nouveau Gouvernement était mis en place le 16 avril, couronnant ainsi la réussite de la stratégie d’union de l’opposition. (…) L’arrivée au pouvoir du Gouvernement Nsengiyaremye ne signifiait en aucun cas que l’opposition venait de remporter une victoire totale. En effet, si le Général Juvénal Habyarimana, son entourage et son parti étaient, pour la première fois depuis 1973, contraints de partager le pouvoir, ils restaient présents aux affaires. Juvénal Habyarimana restait Président de la République et Chef d’état-major de l’armée. (…) Pour nombre de membres du MRND, l’arrivée au pouvoir de l’opposition et la perspective de négociations, en vue d’un partage du pouvoir, entre l’Etat hutu rwandais et le FPR ne devait susciter qu’un refus absolu. C’est ainsi qu’en mars 1992 apparaît sur la scène politique un nouveau parti, la Coalition pour la défense de la République (CDR). Au contraire des petits partis ci-dessus évoqués, la CDR va jouer un rôle important et largement autonome dans la vie du Rwanda jusqu’à la fin du régime. La CDR se positionne comme un mouvement beaucoup plus intransigeant que le MRND dans son opposition au FPR et à la coalition emmenée par le MDR. Ses dirigeants, M. Jean-Bosco Barayagwiza, son fondateur, M. Jean Barahinyura, son Secrétaire général, M. Martin Bucyana, harcèlent le régime et le MRND, pour leur mollesse envers le FPR et ceux qu’il appelle ses complices (“ ibyitso ”, c’est-à-dire les partis d’opposition). Il est à remarquer que ces personnalités, et de façon générale celles de la frange radicale qu’emmène la CDR, ne sont pas forcément les moins talentueuses, ni les moins brillantes de la vie politique rwandaise. Le journal kinyarwanda “ Kangura ” (“ Réveillez-le ”), dirigé par l’un d’entre eux, M. Hassan Ngeze, est d’une efficacité politique redoutable grâce à des attaques personnelles contre les dirigeants de l’opposition, la corruption voire la criminalité n’étant pas l’apanage des seuls dirigeants du MRND. C’est aussi parmi ces sympathisants que se recrutera plus tard l’essentiel des journalistes de l’extrémiste “ Radio-télévision libre des Milles Collines ” (RTLM). Pour nombre de membres du MRND, l’arrivée au pouvoir de l’opposition et la perspective de négociations, en vue d’un partage du pouvoir, entre l’Etat hutu rwandais et le FPR ne devait susciter qu’un refus absolu. C’est ainsi qu’en mars 1992 apparaît sur la scène politique un nouveau parti, la Coalition pour la défense de la République (CDR). Au contraire des petits partis ci-dessus évoqués, la CDR va jouer un rôle important et largement autonome dans la vie du Rwanda jusqu’à la fin du régime. La CDR se positionne comme un mouvement beaucoup plus intransigeant que le MRND dans son opposition au FPR et à la coalition emmenée par le MDR. Ses dirigeants, M. Jean-Bosco Barayagwiza, son fondateur, M. Jean Barahinyura, son Secrétaire général, M. Martin Bucyana, harcèlent le régime et le MRND, pour leur mollesse envers le FPR et ceux qu’il appelle ses complices (“ ibyitso ”, c’est-à-dire les partis d’opposition). Il est à remarquer que ces personnalités, et de façon générale celles de la frange radicale qu’emmène la CDR, ne sont pas forcément les moins talentueuses, ni les moins brillantes de la vie politique rwandaise. Le journal kinyarwanda “ Kangura ” (“ Réveillez-le ”), dirigé par l’un d’entre eux, M. Hassan Ngeze, est d’une efficacité politique redoutable grâce à des attaques personnelles contre les dirigeants de l’opposition, la corruption voire la criminalité n’étant pas l’apanage des seuls dirigeants du MRND. C’est aussi parmi ces sympathisants que se recrutera plus tard l’essentiel des journalistes de l’extrémiste “ Radio-télévision libre des Milles Collines ” (RTLM). (…) Le mois de mars 1992 voit en effet le début d’une série d’attentats terroristes. Par deux fois, des grenades sont jetées dans la foule, à la gare routière de Kigali, faisant cinq morts la première fois et un mort et 34 blessés la seconde. (…) Le mois de mars 1992 est aussi celui de la reprise des massacres de Tutsis dans les provinces. (…) Dans la région du Bugesera, (…) les massacres durèrent du 4 au 9 mars, et causèrent la mort d’un nombre de personnes évalué à 300 (l’administration rwandaise d’alors en a admis 182). Comme dans le cas des massacres du Mutara (voir ci-dessus), ils furent accomplis par les paysans sous la conduite de leur bourgmestre dans le cadre d’une “ umuganda ”. (…) M. Filip Reyntjens, auteur d’un rapport au nom de la Fédération internationale des droits de l’homme, écrit quant à lui que : “ début mars, on remarque la présence de militaires de la garde présidentielle en civil, munis de poignards et de pistolets. Par ailleurs, des membres des milices Interahamwe du MRND sont introduits dans la région à bord de véhicules de la Direction des Ponts et Chaussées du ministère des Travaux publics, service dirigé par M. Ntirivamunda, gendre du Chef de l’Etat ; l’essence nécessaire à l’opération est fournie par Séraphin Rwabukumba, beau-frère du Président et par l’ancien Ministre Joseph Nzirorera, proche de la famille présidentielle ”. (…) Dès que l’ampleur en fut connue, les massacres du Bugesera firent l’objet d’une démarche des ambassadeurs des pays de l’OCDE auprès du Président Juvénal Habyarimana. A ce propos, il a été écrit que l’Ambassadeur de France au Rwanda, M. Georges Martres, ne s’était pas associé à cette démarche. (…) Selon l’ancien Ministre de la Défense MRND, M. James Gasana, dans un document remis à la Mission et intitulé La violence politique au Rwanda de 1991 à 1993 : témoignage sur le rôle des organisations de jeunesse des partis politiques, c’est le MRND qui aurait le premier créé sa propre organisation de jeunesse, dénommée “ Inkuba ” (foudre), dès juin 1991, pour organiser troubles et manifestations destinés à déstabiliser le régime. Ont été créés par le MRND les “ Interahamwe ” (ceux qui combattent ensemble) et, par la CDR, dès sa constitution, les “ Impuzamugambi ” (ceux qui poursuivent le même but). (…)“ Dès la mi-1992, la décentralisation des Interahamwe autour des personnalités politiques riches alliées à l’entourage de Habyarimana se renforce. Leur mobilité couplée au regain de force du MRND va leur permettre d’opérer au niveau national, en particulier pour des meetings politiques. Il ne se forme pas de groupes préfectoraux car les préfets redoutent une action disciplinaire du Gouvernement. Même si les groupes créés sont généralement communaux, ils se créent par secteur dans la préfecture de la ville de Kigali et dans les environs. Les luttes entre les organisations des jeunesses ont plus fréquemment lieu par quartier en ville de Kigali. “ La prolifération des Interahamwe vers mi-1992 est due principalement à la perte du contrôle des FAR par Habyarimana et le MRND dans un contexte insurrectionnel d’Ukubohoza ou libération créé par les partis FDC(59). Elle est aussi due au positionnement de certaines personnalités du MRDN face à leurs rivaux de même région, au sein du même parti, dans la perspective des élections générales. Enfin, l’adhésion aux Interahamwe était pour les malfaiteurs une façon de trouver une protection politique contre les poursuites en justice, et pour les jeunes chômeurs une façon de subvenir à leurs besoins de survie sous la protection des dignitaires riches.’’ (…) Les premiers contacts officiels entre le nouveau Gouvernement rwandais et le FPR ont lieu à peine un peu plus d’un mois après l’investiture. Le 24 mai en effet, le Ministre Ngulinzira rencontre le FPR à Kampala. Un calendrier de négociation est alors établi. Dès le 29 mai, soit cinq jours seulement après cette première rencontre, les pourparlers de paix commencent à Bruxelles entre le FPR et des représentants du Gouvernement membres des trois partis MDR, PSD et PL, dont la coalition prend désormais le nom de FDC (Forces démocratique pour le changement). Le 5 juin, un accord de cessez-le-feu est trouvé entre le FPR et la coalition gouvernementale FDC, malgré l’opposition du MRND. (…) Le 1er août, le cessez-le-feu entre en application, et le 18 août, soit un mois après le début des négociations des accords de paix proprement dit, le premier protocole d’accord est signé (à Arusha). (…) Les négociations s’engagent alors dans une seconde phase, plus concrète. Celle-ci aboutit à la signature d’accords sur le partage du pouvoir dans le cadre d’un “ Gouvernement de transition à base élargie ”. Ces accords sont signés en deux temps : le 30 octobre 1992 pour les dispositions les plus générales, le 9 janvier 1993 pour les parties les plus difficiles, notamment la répartition concrète des postes ministériels et le nombre des représentants à l’Assemblée nationale de transition. (…) M. Gérard Prunier, lors de son audition par la Mission, a tenu sur ce point les propos suivants : “ en 1992, le Président Juvénal Habyarimana avait demandé au Ministre de la Défense James Gasana de le débarrasser d’un certain nombre d’hommes de son entourage, qu’il trouvait peu sûrs, voire dangereux pour lui, en les marginalisant ou en les éliminant de leur poste (...) parmi ceux-ci figuraient les Colonels Rwagafilita, Serubuga, Sagatwa, avant qu’il ne change de camp, et Bagosora ”. Il a ajouté que “ si James Gasana avait réussi pour les Colonels Rwagafilita, Serubuga et Sagatwa, il avait toujours échoué dans le cas du Colonel Theoneste Bagosora qui représentait l’ultime point de résistance de Madame et de ses frères. Tant qu’il demeurait secrétaire administratif du ministère de la Défense, eux et leur groupe gardaient, dans ce ministère, un accès qu’ils estimaient absolument vital, non seulement pour le contrôle de l’armée, mais aussi parce que l’anse du panier dansait énormément ”. A ce propos, il a fait observer que “ le décuplement, en trois ans, de l’effectif de l’armée, de 5 200 à 50 000 hommes, en accroissant de façon considérable le budget de la défense, avait ouvert de façon tout aussi considérable les possibilités de détournement de fonds, d’abord pour financer les milices -ainsi les milices comme les Interahamwe ou les Impuzamugambi ont-elles été financées par de l’argent volé au ministère de la Défense- mais aussi dans un but d’enrichissement personnel ou politique ”. (…) Conscient de l’inquiétude de ses partisans, le Président Juvénal Habyarimana tente alors de les rassurer. Le même jour, il fait savoir dans un discours à la radio que toute latitude dans les négociations n’est pas laissée au Premier Ministre et au Ministre des Affaires étrangères et que leurs initiatives sont sous contrôle. “ Nos négociateurs à Arusha ont reçu des instructions... les positions qu’ils adoptent ne sont donc pas improvisées... C’est pourquoi je pense que le peuple rwandais peut être rassuré : toutes les précautions sont prises pour s’assurer que les actions individuelles ne mènent pas notre pays vers une aventure dont il ne veut pas ”. Cette déclaration ne suffit pas à apaiser la colère de certains Hutus radicaux. Selon un processus désormais connu, des massacres s’ensuivent donc. Cette fois, c’est la préfecture de Kibuye qui est le théâtre des événements. Selon M. Gérard Prunier, le bilan de ceux-ci se monterait à 85 morts environ, 200 blessés et plus de 5 000 déplacés. La négociation puis la conclusion des deux accords du 30 octobre 1992 puis du 9 janvier 1993 s’accompagnent d’une tension grandissante. Le 2 octobre 1992, le professeur belge Filip Reyntjens dénonce l’existence d’un “ réseau zéro ”. Cette expression, à laquelle on donne souvent le sens de “ zéro Tutsi ” (…)Le “ réseau zéro ” est une sorte d’escadron de la mort formé de miliciens du MRND et de soldats détachés et équipés par l’armée sous le contrôle de proches du Chef de l’Etat, c’est-à-dire des membres les plus notables de l’Akazu. Le professeur Filip Reyntjens cite ainsi les trois frères de Mme Habyarimana, le directeur des travaux publics et gendre du Président, M. Ntirivamunda, le Colonel Elie Sagatwa, secrétaire personnel du Président et son beau-frère, le chef du service de renseignement militaire, le commandant de la Garde présidentielle, et enfin le Colonel Theoneste Bagosora, directeur de cabinet du Ministre de la Défense. (…)Dans le témoignage déjà cité, M. James Gasana expose que “ dès septembre 1992, l’alliance des Interahamwe et des Impuzamugambi est plus forte que les Inkuba. Avec la CDR, ils constituent la base politique des " durs " des FAR. Ils mènent une campagne auprès des militaires pour le renversement du Gouvernement de Dismas Nsengiyaremye. ” De fait, le 18 octobre, la CDR organise une manifestation réclamant le départ du Premier Ministre et de son Gouvernement, s’insurgeant contre l’évolution gouvernementale de Radio Rwanda et remerciant la France pour sa présence. Les manifestants réclament aussi que tous les partis enregistrés participent au Gouvernement. Il s’agit bien, compte tenu de ce qui a été dit de ceux-ci, de tenter de paralyser l’action gouvernementale. (…) La tension continue à monter. Le 22 novembre 1992, M. Léon Mugesera, membre influent du MRND, s’adresse en ces termes aux militants de la ville de Kabaya, en préfecture de Gisenyi. “ Les partis d’opposition ont comploté avec l’ennemi pour faire tomber la préfecture de Byumba aux mains des Inyenzi (...). Ils ont comploté pour saper nos forces armées (...). La loi est très claire sur ce point : " Toute personne coupable d’actes visant à saper le moral des forces armées sera condamnée à mort. " Qu’est-ce que nous attendons ? (...) Et ces complices (Ibyitso) qui envoient leurs enfants au FPR ? Qu’attendons-nous pour nous débarrasser de ces familles ? Nous devons prendre en main la responsabilité et supprimer ces voyous. (...) Nous devons agir. Il faut les liquider tous ! ” (…) M. Michel Cuingnet, ancien chef de la Mission de coopération au Rwanda, a affirmé que dès les premières émissions de la RTLM en avril 1993, “ on annonçait sur les ondes qu’il fallait “ terminer le travail et écraser tous les cafards ”. Après le 6 avril 1994, MSF a rapporté que l’on pouvait entendre sur RTLM ce type de message : “ Il reste de la place dans les tombes. Qui va faire du bon boulot et nous aider à les remplir complètement ? ”. De fait, ces organes de presse, qui n’ont jamais été ni censurés ni interdits, ne font que relayer les propos des officiels du régime. Maître Eric Gillet a rappelé devant la Mission que dans un discours prononcé à Ruhengeri en novembre 1992, “ le Président Juvénal Habyarimana appelle les milices Interahamwe qu’il a créées à le soutenir dans son action et leur donne carte blanche ”.

1993

Maître Gillet a cité également le mot du Colonel Bagosora, qui a déclaré lors d’un retour d’Arusha en janvier 1993 : “ je reviens préparer l’apocalypse ”. Cette volonté d’éradiquer les Tutsis imprègne tout particulièrement l’armée composée uniquement de Hutus. le Général Jean Varret a rapporté devant la Mission : “qu’à la suite de divers attentats, la gendarmerie rwandaise avait demandé, avec l’appui de l’ambassadeur, une formation d’officier de police judiciaire (OPJ), afin de pouvoir mener efficacement des enquêtes intérieures ”. (…)M. Faustin Twagiramungu a toutefois fait entendre une voix légèrement dissonante ou, plus exactement, apportant un complément. Il a précisé que “ les partisans de la CDR que l’on voyait chanter publiquement : "nous allons exterminer", n’avaient jamais dit qu’ils allaient exterminer seulement les Tutsis, mais qu’ils visaient aussi l’opposition qui, si elle comportait des Tutsis, était d’abord constituée par des Hutus”. (…) La signature du deuxième accord sur le partage du pouvoir, le 9 janvier 1993, radicalise encore la situation. D’abord, conformément aux craintes des Hutus radicaux, les accords fixent la répartition des sièges de l’Assemblée de transition devant laquelle répondra le Gouvernement. Celle-ci ne sera donc pas élue mais nommée. Les membres du MRND et de la CDR y voient une concession intolérable au FPR, celui-ci s’assurant ainsi d’une présence en nombre alors que, eu égard à la faible proportion de Tutsis du Rwanda, et au fait que nombre d’entre eux sont des proches du parti libéral, des élections tenues immédiatement ne lui auraient donné qu’une faible représentation. De plus, s’agissant du Gouvernement, les partis FDC et le PDC conservent tous leurs postes ministériels. Les cinq postes attribués au FPR sont, à part une création destinée à prendre en charge les réfugiés, tous pris sur le contingent du MRND, qui perd ainsi au profit du FPR quatre de ses sièges, dont le ministère de l’Intérieur. Eu égard au caractère stratégique de ce ministère, la colère du pouvoir MRND et de ses sympathisants déferle. Le 19 janvier, le MRND et la CDR organisent de violentes manifestations contre l’accord. Le 21 janvier, le Secrétaire général du MRND déclare que son parti le rejette purement et simplement. La présence d’une commission d’enquête internationale sur les violations des droits de l’homme au Rwanda, du 7 au 21 janvier 1993, avait eu un impact certain sur le ralentissement des violences. Son départ le 21 janvier, au moment même où le MRND rejette l’accord, libère leur expression. Pendant six jours, des violences meurtrières menées par des miliciens extrémistes associés aux populations locales dévastent le nord-ouest du Rwanda. Voici comment M. Dismas Nsengiyaremye les présente : “ avec la caution des autorités locales, le MRND organisa des manifestations violentes à travers tout le pays du 20 au 22 janvier 1993 et proclama son intention de paralyser toutes les activités. Les partis d’opposition ne se laissèrent pas intimider et organisèrent des contre-manifestations qui neutralisèrent les activistes du MRND et de ses satellites, dans les préfectures de Byumba, Kibungo, Kigali-ville, Kigali rural, Gitarama, Butare, Gikongoro, Cyangugu et Kibuye (sauf commune Rutsiro). Dans les préfectures de Gisenyi, Ruhengeri, Kigali rural (zone de Bumbogo et de Buliza), Byumba (commune Tumba) et Kibuye (commune Rutsiro), ces manifestations se transformèrent rapidement en émeutes et les prétendants manifestants se mirent à tuer les Tutsis et des membres des partis d’opposition. Il y eut environ 400 morts et 20 000 personnes déplacées ”. (…) Le développement de ces massacres amène le FPR à suspendre les contacts à Arusha. En fait, le 8 février 1993, il décide de rompre le cessez-le-feu et passe à l’attaque dans les environs de Byumba et de Ruhengeri. L’offensive est couronnée de succès. Le FPR enfonce les lignes rwandaises, l’annonce de la paix ayant par ailleurs largement démotivé les FAR. Il s’empare de l’essentiel de leur équipement, occupe la plus grande part des préfectures de Ruhengeri -ville qu’il conquiert dès le 8 février- et de Byumba, et avance jusqu’à Rulindo, à 30 km au nord de Kigali. Cependant, le 20 février, le FPR proclame un cessez-le-feu unilatéral. Il semble que deux éléments aient pu l’arrêter. D’une part l’annonce du renforcement de Noroît le plaçait dans la perspective risquée d’un affrontement direct avec les forces françaises. (…)En même temps, la perte de contrôle du Gouvernement sur l’ordre public devient totale. Le développement des milices devient incontrôlable. M. James Gasana en fait une des conséquences de l’offensive de Byumba : “ Malgré l’action de la gendarmerie, les Interahamwe ne cessent de se renforcer. La reprise des hostilités par le FPR a poussé les populations de Byumba en direction de Kigali, notamment. Il y a ainsi des milliers de jeunes gens déplacés de guerre, déscolarisés, sans autre occupation, aigris, et poussés dans la haine ethnique par la guerre, l‘abandon et la misère qui se font recruter dans les Interahamwe pour survivre. Il s’y ajoute aussi des centaines de militaires qui ont déserté le front ou qui ont été renvoyés pour indiscipline. Il faut scruter la frustration et la colère des milliers de jeunes déplacés de guerre, abandonnés à eux-mêmes dans la misère et l’angoisse des camps, pour comprendre la force que les Interahamwe vont avoir à Kigali. Dans leur long calvaire, ces jeunes ont côtoyé la mort dans les camps. Ils ont vu des centaines de corps mutilés par les bombes des rebelles du FPR. Les victimes sont soit leurs amis ou les membres de leur parenté. N’ayant rien à perdre et cherchant où s’accrocher pour la survie élémentaire, ils deviennent un réservoir de recrutement d’Interahamwe et sont utilisés avec d’autres jeunes dans les affrontements contre ceux qu’ils considèrent comme alliés au responsable de leur misère, le FPR. ” Les attentats aveugles reprennent. (…) Etape supplémentaire et gravissime dans la décomposition de l’Etat, le 14 juin 1993 est marqué par l’évasion spectaculaire et massive de la prison de Kigali de militaires, d’Interahamwe et d’individus impliqués dans les événements de décembre 1992 et janvier 1993. Dans son rapport d’expertise, André Guichaoua note que “ cette évasion de personnes ayant des dossiers très lourds (meurtres, viols, pillages) n’a pu se faire qu’avec la complicité des militaires de garde et des forces de l’ordre aux alentours de la prison ”. (…) Des liens existaient entre le groupe de Paul Barril “ SECRETS ” et l’entourage du Président Juvénal Habyarimana avant que l’attentat ne soit exécuté. Ces contacts auraient été plus particulièrement noués par certains responsables rwandais en vue d’aider à la bonne exécution du contrat de vente d’armes passé le 3 mai 1993 entre le Ministre de la Défense rwandais, M. James Gasana et M. Dominique Lemonnier, gérant de la société Dyl-Invest. Le Gouvernement rwandais n’ayant jamais reçu livraison des armes achetées dans le cadre de ce contrat, malgré le règlement d’une avance de 4 millions de dollars virés sur le compte de M. Lemonnier, le Colonel Elie Sagatwa aurait une première fois chargé M. Paul Barril, en novembre 1993, de veiller à la bonne exécution de ce contrat.

1994

Le 20 mai 1994, M. Jérôme Bicamumpaka, Ministre des Affaires étrangères et de la Coopération du Gouvernement intérimaire hutu aurait donné procuration à M. Paul Barril afin qu’il mette en oeuvre toutes les démarches nécessaires pour récupérer l’acompte versé en novembre 1993. Paul Barril n’ayant pas réussi à obtenir satisfaction, a diligenté une procédure judiciaire devant le tribunal de grande instance d’Annecy contre Dominique Lemonnier, M. Sébastien Ntahobari étant intervenu dans cette procédure au nom du Gouvernement rwandais. Or, M. Ntahobari a bénéficié pour ce faire du concours de maître Hélène Clamagirand, avocate du groupe de Paul Barril mais aussi avocate de Mme Agathe Habyarimana consécutivement à l’attentat. Ceci témoigne des relations ayant pu exister entre ces différents protagonistes. Tous ces éléments ont pu être établis par la Mission sur la base d’informations communiquées par M. Patrick de Saint-Exupéry. (…) Tout concorde pour dire que l’extermination des Tutsis par les Hutus a été préparée de longs mois à l’avance, à la fois en termes d’idéologie, par la manipulation de la population avec l’aide des médias notamment, et en termes d’instruments du génocide, par la distribution systématique d’armes, l’utilisation de caches et la formation des milices. Ces faits étaient pour l’essentiel connus au moins depuis décembre 1993, comme l’a rappelé M. Eric Gillet lors de son audition devant la Mission. M. Georges Martres a estimé que le génocide était prévisible dès octobre 1993 “ sans toutefois qu’on puisse en imaginer l’ampleur et l’atrocité ”. Il a du reste ajouté que “ le génocide constituait une hantise quotidienne pour les Tutsis ”. (…) Ce qui a frappé, semble-t-il, le plus, les témoins de l’époque lors du déclenchement du génocide, c’est, ainsi que l’a rapporté M. Jean-Hervé Bradol, “ qu’il ne s’agissait pas de massacres ou d’une quelconque fureur populaire faisant suite au décès d’un président, mais bien davantage d’un processus organisé et systématique. Ce n’était pas une foule énervée qui procédait à ces tueries, mais des milices agissant avec ordre et méthode ”. (…) Mme Alison Des Forges a également estimé que “ les massacres avaient été déclenchés par un groupe très restreint qui avait décapité le Gouvernement légitime pour pouvoir prendre le pouvoir ”. Ce petit groupe, composé de gens convaincus et organisés, “ disposait de collaborateurs au nord-ouest, à Gisenyi, au sud-ouest à Cyangugu, au sud-centre, à Gikongoro, et à l’est, à Kibungo ”. S’attaquant d’abord aux personnalités qui auraient pu s’opposer aux massacres, manipulant les populations par des messages radio destinés à semer la panique, ce petit groupe a réussi à contrôler la quasi-totalité du système administratif, militaire et politique. “ La preuve du caractère centralisé de ce génocide ” est apportée selon Mme Alison Des Forges par l’organisation systématique de mises en scènes fallacieuses tendant à prouver l’imminence d’une attaque des Tutsis et destinées à attiser la haine des populations contre ces derniers. “ L’extraordinaire efficacité de la machine du génocide ” a expliqué M. José Kagabo, serait donc le reflet de l’efficacité du système de contrôle de la société sous le régime Habyarimana : “ dans chaque préfecture un préfet, appartenant au parti, avait pour mission d’organiser le quadrillage des communes, elles-mêmes quadrillées en quartiers, chaque quartier étant divisé en îlots de dix maisons placés sous l’autorité et la surveillance constante d’un fonctionnaire du parti surnommé " Monsieur dix maisons " ”. Le Colonel Patrice Sartre et le Général Jacques Rosier ont fait part à la Mission de leur impression que l’administration, aussi bien les préfets que les bourgmestres, était sérieusement compromise dans tout ce qui s’était passé. La force d’action la plus importante et la mieux organisée demeure toutefois les milices hutues “ Interahamwe ” (ceux qui attaquent ensemble), proches du MRND, et “ Impuzamugambi ” (ceux qui ont le même but), proches de la CDR, dont les effectifs ont été estimés à 50 000 hommes en avril 1994. Elles disposaient surtout d’armes blanches (machettes, couteaux, massues cloutées..), mais également d’armes à feu, même si de nombreux responsables français ont fait observer que leurs cadres avaient évité de les doter de telles armes. Selon le témoignage du Lieutenant-Colonel Jacques Hogard devant la Mission, les milices s’en prenaient à la population civile tutsie, mais également hutue pour peu qu’elle ne soit pas de leur sensibilité. (…) Le ministère des Affaires étrangères répond le 8 avril à 22 heures : “ devant les risques que présente la situation au Rwanda, des dispositions sont prises pour procéder à l’évacuation de nos ressortissants ”. L’opération Amaryllis vient d’être déclenchée par la France de façon unilatérale. Cette intervention, strictement limitée dans le temps -elle se déroulera du 8 au 14 avril- a vocation d’assurer la protection et l’évacuation des ressortissants français ou étrangers. (…) La spécificité de l’opération d’évacuation Amaryllis tient dans la demande d’évacuation “ en avant-première ” d’une soixantaine de personnes, si les circonstances le permettent. C’est ainsi que 43 Français et 12 personnes de la parenté du Président Juvénal Habyarimana, parmi lesquelles son épouse et ses trois enfants, partiront le 9 avril par le premier avion qui décollera à 17 heures de l’aéroport de Kigali. (…) La France a été accusée d’avoir, d’une part, procédé à l’évacuation exclusive des dignitaires du régime hutu sans s’être préoccupée du sort des représentants de l’opposition hutus modérés ou tutsis, d’autre part, d’avoir appliqué un traitement différent aux personnels français de l’ambassade et aux personnels rwandais. La France a effectivement évacué par le premier avion la veuve du Président Juvénal Habyarimana ainsi que deux de ses filles, un de ses fils, deux de ses petits-enfants et quelques membres proches de son entourage limité, conformément aux ordres, à une dizaine de personnes. Les membres du “ deuxième cercle ” de la famille Habyarimana figuraient bien sur la liste des passagers à évacuer au cours des rotations ultérieures mais ces personnes, comme il a été indiqué, sont parties par la route à Gisenyi. (…)Le génocide commence dans la nuit du 6 avril 1994, dure quatre mois, fait un nombre de victimes de l’ordre de 800 000. Il est couvert ou organisé par des membres du gouvernement intérimaire mis en place après la disparition d’Habyarimana, mais aussi par des responsables militaires, ainsi que les membres de la CDR, du MRND et leurs milices. Une responsabilité lourde pèse sur eux, et notamment sur le Colonel Bagosora, directeur des services du ministère de la Défense, Augustin Bizimungu, Ministre de la Défense, et de nombreux responsables militaires et civils qui ont coordonné le génocide. (…) A partir de quelle date la communauté internationale a-t-elle pris acte qu’un génocide était en train d’être commis au Rwanda ? Le mot “ génocide ” apparaît pour la première fois dans la résolution 925 du 8 juin 1994 qui précise les modalités de mise en oeuvre de la résolution 918. Ce n’est que ce jour que le Conseil de sécurité prend “ note avec la plus vive préoccupation des informations suivant lesquelles des actes de génocide ont été commis au Rwanda ”. Auparavant on ne parlait que de “ violences généralisées ” (résolution 912 du 21 avril 1994) ou de “ très nombreux massacres de civils ” (résolution 918 du 17 mai 1994). L’hypocrisie la plus totale avait été atteinte dans la déclaration du Président du Conseil de sécurité du 30 avril 1994, dans laquelle le Conseil se déclarait atterré d’apprendre “ le massacre de civils innocents à Kigali et dans d’autres régions du Rwanda ” et évoquait “ des attaques contre des civils sans défense ”. Le mot de “ génocide ” était soigneusement évité mais on a eu cependant recours à sa définition juridique puisque le Conseil s’est cru obligé de rappeler “ que l’élimination des membres d’un groupe ethnique avec l’intention de détruire ce groupe totalement ou partiellement constitue un crime qui tombe sous le coup du droit international ”. Il ne s’agit pas d’une simple querelle sémantique. L’emploi du terme de génocide aurait entraîné, en vertu de l’article VIII de la Convention des Nations Unies sur la prévention et la répression du crime de génocide de 1948, une obligation pour les organes compétents de l’Organisation des Nations Unies de prendre “ les mesures appropriées pour la prévention et la répression des actes de génocide ”. Or la communauté internationale, et plus précisément les Etats-Unis, n’y étaient pas prêts. M. Herman Cohen a franchement reconnu devant la Mission que les Américains “ ont longtemps refusé de reconnaître le génocide, pour échapper aux conséquences juridiques d’une telle reconnaissance ”. Il est faux de croire que les Nations Unies ne savaient pas ce qui se passait ; au contraire elles ne le savaient que trop, mais ne voulaient pas reconnaître la réalité, préférant pratiquer la politique de l’autruche. Le Secrétaire général de l’ONU avait employé le mot de génocide pour la première fois le 4 mai 1994 dans une interview accordée à une télévision américaine, durant laquelle il avait déclaré “ Here you have a real genocide, in Kigali ”. Il l’a réutilisé le 25 mai 1994 dans une conférence de presse donnée à New York aux Nations Unies. Mais ce n’est que le 31 mai qu’il l’emploie pour la première fois par écrit dans l’un de ses rapports : “ D’après les témoignages recueillis, il ne fait guère de doute qu’il y a génocide, puisque des communautés et des familles appartenant à un groupe ethnique particulier ont été victimes de massacres de grande ampleur ”. (…) Le 22 juin 1994, le Premier Ministre, M. Edouard Balladur, annonçait devant l’Assemblée nationale l’intention de la France d’organiser une opération humanitaire. Il s’est ensuite rendu personnellement devant le Conseil de sécurité le 11 juillet 1994 pour présenter le bilan de l’opération. Lorsqu’il est intervenu devant l’Assemblée nationale, il s’est exprimé dans les termes suivants : “ Le Conseil de sécurité des Nations Unies va examiner, dans quelques heures, le projet de résolution autorisant la France à intervenir au Rwanda dans le cadre d’une opération humanitaire pour sauver les populations menacées. Pourquoi cette intervention ? » (…) L’opération Amaryllis s’achève le 14 avril, l’opération Turquoise s’ouvre le 22 juin. (…) L’opération Turquoise, qui s’est déroulée du 22 juin au 22 août, se différencie des opérations militaires précédentes menées par la France au Rwanda, qu’il s’agisse de Noroît ou d’Amaryllis. Elle concerne les Rwandais eux-mêmes et non plus les ressortissants français ou les ressortissants européens. Elle ne s’inscrit pas dans le cadre d’un accord d’assistance d’Etat à Etat. Revendiquée par la France, au nom d’une exigence morale, elle est d’emblée définie comme une opération humanitaire, placée sous mandat de l’ONU, et soumise à certaines conditions. Elle est autorisée par la résolution 929 qui prévoit la possibilité de recourir à la force. (…) Dénoncée par les uns comme une opération écran destinée en réalité à permettre aux FAR et aux milices de s’exfiltrer armés vers le Zaïre, en vue d’une reconquête militaire, elle a été critiquée par d’autres, comme M. Jean-Hervé Bradol, pour avoir été dans sa nature même “ une force neutre en période de génocide ”... alors qu’il aurait fallu “ non pas une opération humanitaire, qui lui paraissait inutile, mais une intervention militaire française ou internationale pour s’opposer aux tueurs ” puisque, selon lui, la convention de 1948 sur la prévention et la répression du crime de génocide s’appliquait clairement en la circonstance. (…) Pas plus les milices que les FAR n’ont été systématiquement désarmées dans la ZHS. Un télégramme du 10 juillet 1994 indique à propos de cette zone : “ sauf à provoquer des réactions générales contre l’opération Turquoise, le désarmement des milices ne peut être systématique. Il est actuellement pratiqué ponctuellement dans les cas où des miliciens menacent des groupes de population ”. (…) Le Ministère des affaires étrangères répond par la publication du communiqué suivant : “ Devant la présence constatée de membres du Gouvernement intérimaire dans la zone humanitaire sûre, les autorités françaises rappellent qu’elles ne toléreront aucune activité politique ou militaire dans la zone sûre, dont la vocation est strictement humanitaire. » (…)Toutefois, le ministère des Affaires étrangères a déclaré le 16 juillet : “ Nous sommes prêts à apporter notre concours aux décisions que prendraient les Nations Unies à l’égard de ces personnes (Gouvernement intérimaire), mais notre mandat ne nous autorise pas à les arrêter de notre propre autorité. Une telle tâche pourrait être de nature à nous faire sortir de notre neutralité, meilleure garantie de notre efficacité. ” (…) Le Président de la République française, dans un entretien accordé le 9 septembre 1994, répondait lorsqu’on l’interrogeait sur le soutien de la France au Président Juvénal Habyarimana : “ Son pays était à l’ONU et il représentait à Kigali une ethnie à 80 % majoritaire. Il était reconnu par tout le monde. Pourquoi y aurait-il eu un interdit ? C’est la France, au contraire, qui a facilité la négociation entre les deux ethnies ”. (…) Comme l’a souligné Gérard Prunier au cours de son audition, “ la France (…) avait effectivement entraîné des miliciens qui ont participé au génocide sans avoir pris conscience -bêtise ou naïveté- de ce que représentait son action. ” (…)En cette année 1993, la question récurrente reste celle de la connaissance ou non par l’armée française de la constitution de milices “ dérivées ” des forces armées rwandaises : les milices “ Interahamwe ” (du MRND) et “ Impuzamugambi ” (de la CDR), constituées en 1992, de même que le “ réseau zéro ” et la société secrète “ Amasasu ” créée au sein des FAR par des officiers extrémistes. Le Colonel Jean-Jacques Maurin a confirmé de façon la plus catégorique que jamais au cours des réunions d’état-major auxquelles il avait assisté il n’avait été fait allusion devant lui à un équipement des milices. »

La France prête à accueillir les génocidaires

Bas les masques

Qui cache quoi sur l’attentat contre l’avion de l’ancien président Habyarimana ?

Des missiles français ?

Le 12 janvier 1994, toutes les autorités mondiales étaient parfaitement au courant du projet de génocide qui va démarrer le 6 avril 1994

Un témoignage français

Demandes d’aide de la France

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Quand l’armée française formait sur place les futurs génocidaires

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Sur l’aide militaire française au régime rwandais

Un article de presse

La France prête à aider la dictature rwandaise

L’association Survie

Un rapport complet

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Le rôle du général Quesnot, anti-FPR notoire

Réunie à Paris du 22 au 26 mars 2004, la Commission d’enquête citoyenne sur le rôle de la France durant le génocide des Tutsi au Rwanda en 1994 a examiné durant cinq jours un ensemble de documents et témoignages portés à sa connaissance, suggérant que l’État français et certains de ses représentants, officiels ou officieux, pourraient avoir été complices dans ce génocide. Au terme de ses travaux, qui seront diffusés sous diverses formes écrites et audiovisuelles, la Commission fait état de ses premières conclusions :

1. Au plan militaire, la Commission constate :

– 1.1 Les troupes spéciales françaises, ce qui n’est pas contesté, ont formé de 1991 à 1993 dans plusieurs camps d’entraînement des milliers d’hommes qui pour beaucoup allaient devenir les encadreurs du génocide ; la France admet avoir formé les commandos de la Garde présidentielle et les troupes d’élite de l’armée rwandaise, mais plusieurs témoignages avancent que, dans le recrutement massif opéré à l’époque, les hommes formés par les instructeurs français pouvaient aussi bien être (ou devenir) des membres d’escadrons de la mort, des instructeurs ou leaders des milices qui participeront au génocide.

– 1.2 Dès janvier 1993, il était difficile pour ces instructeurs français (DAMI) de ne pas voir la volonté exterminatrice de certains chefs et groupes militaires ou miliciens aux moyens ainsi renforcés, puisqu’un important massacre avait eu lieu à proximité du camp de Bigogwe où travaillaient une partie de ces DAMI.

– 1.3 Un témoin visuel entendu par la Commission assure que, déjà en avril 1991, des militaires français arrêtaient les Tutsi à un barrage routier près de Ruhengeri, sur la base de leur carte d’identité ethnique, et les remettaient aux miliciens en bord de route qui les assassinaient aussitôt ; il reste à rechercher si ces militaires auraient agi seuls ou en obéissant à des ordres, et dans le second cas le niveau hiérarchique de ces ordres.

– 1.4 Plusieurs témoignages recueillis au Rwanda, visionnés par la Commission, allèguent d’une sorte de partage des tâches concerté dans le Sud-Ouest du Rwanda, lors de l’opération Turquoise, entre certains militaires français et des miliciens ; l’un de ces derniers et plusieurs rescapés assurent que la découverte des survivants par les premiers éléments de l’opération Turquoise sur les collines de Bisesero a coïncidé avec une série d’attaques sans précédent des milices beaucoup mieux armées, qui auraient massacré une partie des survivants, le reste n’étant sorti de ce piège que 3 jours plus tard par les moyens de transport français ; des témoins interrogés récemment sur place par la Commission, parmi les rescapés et les miliciens, estiment que ce retard a été voulu ; il s’agit là encore d’accusations d’une extrême gravité, qui nécessitent une enquête complé­mentaire.

– 1.5 Selon le journaliste Patrick de Saint-Exupéry, le colonel Rosier aurait fait faire demi-tour à un détachement français parti porter secours à des rescapés ; bien que ne relevant pas d’une complicité active dans le génocide, cet ordre, qui contredit l’objectif affiché de l’opération Turquoise, ne peut rester sans explication.

– 1.6 Il n’est pas contesté que l’opération Turquoise n’a rien fait pour empêcher les militaires et miliciens du génocide de partir s’installer avec armes et bagages à quelques kilomètres du Rwanda, au Kivu (à l’est du Zaïre) ; un rapport de 1995 de Human Rights Watch (HRW) assure que l’armée française aurait transporté l’organisateur présumé du génocide, Théoneste Bagosora, le chef milicien Jean-Baptiste Gatete, et plusieurs autres responsables de l’extermination des Tutsi.

– 1.7 Le même rapport de HRW affirme, à partir de plusieurs témoignages, que des militaires et miliciens du camp génocidaire en fuite ont été amenés dans une base française en Centrafrique pour y être entraînés de nouveau ; ce rapport a été rejeté en bloc par les autorités françaises, mais l’affirmation de HRW s’inscrit dans une constellation de faits montrant que les troupes spéciales françaises ont considéré dès la fin du génocide que ceux qui l’avaient commis pouvaient rester leurs alliés.

– 1.8 Il n’est pas contesté que les forces militaires et miliciennes du génocide ont entrepris dès l’été 1994 de se reconstituer au Kivu (Zaïre) ; c’est le moment où la France, par l’entremise entre autres de Jacques Foccart et du général Jeannou Lacaze, renoue officiellement avec le dictateur zaïrois Mobutu et lui envoie des instructeurs militaires ; plusieurs témoignages, dont celui du général Roméo Dallaire, montrent la proximité entretenue entre l’armée française et le général Augustin Bizimungu, commandant les Forces armées rwandaises (FAR) qui encadraient le géno­cide ; quatre ans plus tard, ce général et ses troupes seront à nouveau les alliés de la France dans la guerre civile au Congo-Brazzaville ; la Commission s’est interrogée sur la coopération continuée avec des forces impliquées dans le génocide pour une succession de guerres en Afrique centrale.

– 1.9 À l’aéroport de Goma au Nord-Kivu – contrôlé directement par les Français durant l’opération Turquoise (de fin juin à début août 1994), ou par des forces zaïroises alliées de la France avant et après cette opération –, les avions-cargos chargés d’armes n’ont cessé d’affluer pendant et après le génocide, à destination des forces armées qui ont encadré les massacres (les FAR) ; plusieurs rapports en attestent (HRW, Amnesty International, NISAT… ) ; un témoin a décrit à la Commission comment, fin juin 1994, ces cargaisons d’armes étaient transférées aux FAR ; il estime qu’à cette époque, le transit par Goma supposait l’accord de l’armée française.

– 1.10 Deux de ces livraisons d’armes pour les FAR pendant le génocide, les 25 et 27 mai (après l’embargo voté le 17 mai par l’ONU), ont été l’objet d’une enquête de HRW ; le consul de France à Goma, Jean-Claude Urbano, a indiqué à l’enquêtrice de HRW qu’il s’agissait d’honorer des commandes à la France antérieures au 17 mai ; il a démenti par la suite, mais a renoncé à sa plainte contre HRW.

– 1.11 Selon l’historien Gérard Prunier, Philippe Jehanne, conseiller DGSE du ministre de la Coopération Michel Roussin, a admis que la France livrait des armes au camp du génocide ; dans une entretien avec Médecins sans Frontières, le ministre des Affaires étrangères, Alain Juppé, a déclaré avoir mis fin aux livraisons d’armes fin mai 1994 (alors que le génocide est aux trois-quarts achevé), tout en suggérant que l’Élysée pourrait continuer d’en livrer.

– 1.12 Selon un compte-rendu examiné par la Commission, recueilli en 1994 à Kigali par la journaliste Colette Braeckman, le lieutenant-colonel Ephrem Rwabalinda a rencontré à Paris le 9 mai (plus d’un mois après le début du génocide), le général Jean-Pierre Huchon, chef de la Mission militaire de coopération (MMC) et pivot de l’alliance entre l’armée française et les FAR ; le compte-rendu mentionne l’intention de la France de porter secours à ses alliés et la mise en place d’une liaison cryptée entre la MMC et les FAR ; il impute au général Huchon le souci de s’installer dans une guerre longue et de renverser la mauvaise « image du pays » ; la critique interne de ce document et les effets qu’il semble avoir eu les jours suivants sur les messages émis par les radios rwandaises penchent en faveur de son authenticité ; celle-ci pourrait être confirmée ou infirmée à partir de vérifications factuelles (agenda du général, paiement du matériel de communication, etc.) ; s’il était authentique, ce document ferait paraître la profondeur de l’alliance entre une partie de l’armée française et les FAR durant le génocide ; la Commission regrette que ni le Parlement, ni des médias, n’aient cherché à enquêter à ce sujet.

– 1.13 Selon l’historienne Alison Des Forges et le journaliste Patrick de Saint-Exupéry (qui fait état d’un document), le lieutenant-colonel Cyprien Kayumba, acheteur d’armes des FAR, attaché à l’ambassade du Rwanda en France, aurait séjourné 27 jours à Paris au printemps et au début de l’été 1994, et aurait été en contact fréquent avec le général Huchon.

– 1.14 Mi-juin 1994 est organisée par le colonel Bagosora, orchestrateur présumé du génocide, une double livraison d’armes depuis les Seychelles jusqu’à Goma ; l’intermédiaire est un Sud-Africain, Willem Petrus Ehlers, un ancien responsable du régime d’apartheid, qui a reçu une formation militaire en France et serait proche d’un important agent français ; l’argent de la vente a été tiré sur la BNP Paris.

– 1.15 L’ex-capitaine de gendarmerie Paul Barril apparaît au cœur du dispositif militaire franco-rwandais ; il ne cache pas ses liens avec la mouvance porteuse du génocide, ni qu’il a été présent au Rwanda pendant le génocide ; deux sources sérieuses, Alison Des Forges et Patrick de Saint-Exupéry, indiquent qu’il a signé avec le gouvernement du génocide un contrat “insecticide” (les Tutsi étaient appelés “cafards”) ; il est peu compréhensible que, sur ce point comme sur d’autres, ce militaire semble bénéficier d’une totale immunité ; la Commission ne comprend pas non plus qu’il n’ait pas été entendu par la Mission d’information parlementaire.

– 1.16 Plusieurs témoignages, et les propos recueillis par divers journalistes, montrent l’anti­tutsisme virulent voire prosélyte affiché par des militaires français, depuis certains soldats intervenant durant l’opération Turquoise jusqu’à de hauts gradés.

– 1.17 Plus généralement, la présence militaire française au Rwanda de 1990 à 1994 paraît bien avoir été entièrement captée par les forces spéciales imbriquées aux services secrets, avec l’appoint des commandos de la gendarmerie (GIGN et EPIGN) ; avec Patrick de Saint-Exupéry, la Com­mission constate qu’une guerre secrète a été menée au Rwanda par une « légion présidentielle » hors hiérarchie, le commandement des opérations spéciales (COS), affranchi de tout contrôle démocratique hors la personne du Président ; cette situation est d’autant plus dangereuse que, selon le chercheur Gabriel Périès, la doctrine militaire enseignée et transmise parmi ces forces spéciales privilégie des formes de manipulation de l’opinion et de contrôle des populations, ainsi que le renforcement des réflexes identitaires ; on peut dès lors se demander si, à l’occasion de la guerre menée par la France au Rwanda pour des objectifs obscurs, des « apprentis sorciers » n’auraient pas franchi – comme le soutient Patrick de Saint-Exupéry – un palier dans la guerre psychologique et l’instrumentalisation de l’ethnicité jusqu’à amorcer, dans un contexte « favorable », la dynamique génocidaire ; cet amorçage pourrait être un résultat non souhaité, mais pourquoi en ce cas les plus hautes autorités politiques et militaires, rattachées à la Présidence de la République, ont-elles mis si peu d’empressement à combattre dès avril un génocide que certains officiers ou diplomates laissaient présager depuis 1990 ou 1991 ?

2. Au plan financier, la Commission constate :

– 2.1 La Banque nationale du Rwanda, trésor de guerre des organisateurs du génocide, a pu tirer des sommes importantes sur la Banque de France et la BNP Paris : 2 737 119,65 FF en six prélè­vements du 30 juin au 1er août pour la Banque de France, 30 488 140,35 FF en sept prélèvements du 14 au 23 juin 1994 pour la BNP ; la CEC se demande comment la Banque de France a pu procurer des moyens financiers (dont 1 500 000 FF le 1er août, alors que le Gouvernement responsable du génocide et sa banque ont quitté le Rwanda depuis un mois) aux auteurs d’un génocide commencé le 7 avril ; comment l’autorité de tutelle de la place financière de Paris a pu ne pas demander de couper les liens financiers avec les autorités génocidaires ; comment la BNP a pu ignorer la portée de ces prélèvements.

– 2.2 La Commission se demande pourquoi la France et la BNP n’ont pas davantage coopéré avec la commission d’enquête des Nations unies à propos de la double livraison d’armes aux FAR évoquée plus haut, en provenance des Seychelles mi-juin 1994, impliquant l’intermédiaire Ehlers et le colonel Bagosora, et dont le paiement est provenu de la BNP Paris.

Quand l’ambassade de France à Kigali se chargeait de faire des demandes de matériel militaire pour les forces de répression rwandaises

Sur l’implication française

Sur une visite de Saint Quentin à l’avion abattu

C’est une note explosive... où l’on peut lire (fac-similé ci-dessous) : " ... avec un souci permanent de ne pas leur [aux médias présents sur le terrain] montrer des soldats français limitant l’accès aux centres de regroupement aux seuls étrangers sur le territoire du Rwanda (Directive n°008/DEF/EMA du 10 avril) ou n’intervenant pas pour faire cesser des massacres dont ils étaient les témoins proches."

Cette note se trouve dans le compte rendu officiel de l’opération Amaryllis d’avril 1994.

On sait désormais que le rapport Poncet, publié depuis quelques mois sur plusieurs sites Internet dont le nôtre, est authentique.

questions à l’ambassadeur français Jean Michel Marlaud (JMM pour ses intimes du Hutu Power) :

- Quels sont les documents qui ont été détruits à l’ambassade de France au cours de l’opération Amaryllis ?

– Pourquoi ont-ils été détruits ?

– Pourquoi avez vous consenti à recevoir à l’ambassade et contribué à y constituer ce « Gouvernement Intérimaire Rwandais »(GIR) qui, non seulement était issu du coup d’Etat que vous ne pouviez ignorer, mais était aussi exclusivement composé de membres des mouvances MNRD et Hutu Power les plus ouvertement extrémistes, rassemblées autour du projet annoncé d’exterminer les tutsi ?

– Qui a dressé la liste des ressortissants rwandais qui ont été évacués au cours de l’opération Amaryllis dont la mission officielle était d’évacuer au plus vite tous les ressortissants français et non « (.)pas les rwandais », selon les propos que votre épouse à tenu aux familles qui la suppliaient ?

– Ne vous a-t-il pas au moins paru étrange que la quasi totalité des rwandais dont vous supervisiez l’évacuation, soient les responsables politiques les plus engagés dans la propagande visant à l’extermination des tutsi au moment même où celle-ci prenait corps ?

Il ne répond bien entendu rien à tout cela !

Voici le genre d’archives de l’ambassade de France :

Et l’armement des anciens génocidaires hutus rwandais par la France a continué après le génocide :

En 1994, Guillaume Ancel, militaire français, officier de la Force d’action rapide, est intégré dans le détachement de la Légion étrangère, qui intervient au Rwanda. Aujourd’hui, il affirme qu’avant de devenir humanitaire, l’opération Turquoise a clairement été une opération offensive.

Cette opération millitaire a toujours été officiellement présentée comme "humanitaire" par les dirigeants politiques de l’époque : François Mitterrand, à l’Elysée, Edouard Balladur, à Matignon, Alain Juppé, au Quai d’Orsay, et François Léotard, au ministère de la Défense.

Depuis, la nature de cette opération extérieure n’a jamais été remise en cause, ni par la Mission Quilès (Mission d’information parlementaire, 1998), ni par les autorités politiques ou militaires. Seul un ancien sous-officier de Turquoise, Thierry Prungnaud (issu du GIGN), s’était inscrit en faux contre cette "version officielle", dès 2005, en donnant son témoignage au micro de France Culture. Témoignage confirmé dans son livre, Silence Turquoise (Editions Don Quichotte, 2012).

En ignorant Agathe Uwilingiyimana, le grand public ignore tout ce qui s’est joué au Rwanda, entre la révolution et la contre-révolution, c’est-à-dire le jeu des démocrates réformistes petits-bourgeois qui ont cru et fait croire qu’ils pouvaient utilement composer au pouvoir avec les tueurs et les réformer… Agathe a été la leader de ces réformistes qui est parvenue jusqu’au poste de premier ministre, les forces fascistes choisissant momentanément de composer avec les démocrates, le temps d’affaiblir la montée sociale et révolutionnaire et de préparer le mouvement génocidaire de masse. La contre-révolution violente n’est pas nécessaire tant que les classes dirigeantes ne se sentent pas menacées mortellement par la révolution sociale. Les classes dirigeantes rwandaises et françaises l’ont été par le soulèvement populaire et social des civils à Kigali de 1990 à 1992 qui n’était nullement un mouvement ethnique ni pro-FPR. Ne l’oublions jamais !

Sur cette question lire ici : Aux origines du génocide rwandais : la révolte sociale (sans aucun caractère ethnique) de janvier 1990 et janvier 1992

N’oubliez pas que la grande bourgeoisie bascule aisément de la démocratie au fascisme si ses intérêts sociaux sont en jeu !

Quand les fascistes du Hutu Power faisaient fête à la France de Mitterrand-Balladur

Lire sur le génocide :

L’Impérialisme français contraint de regarder ses crimes

118 Messages de forum

  • POINT DEE VUE SUR L’ARTICLE

    REVOLTES EN COTE D’IVOIRE :

    bonsoir ! je viens à peine de lire l’un des thèmes les plus fascinant du site, qui est le texte dédié à la révolte en Côte-d’ivoire ; après la lecture de ce texte, j’ai compris que cette guerre en Côte-d’ivoire était une guerre posthume de l’ancien président Félix Houphouët Boigny, dont le régime a été qualifié comme un régime dictatorial, plus la discrimination des classes sociales:ethnique,politique et même religieux ; en plus de tous ces actes sidérants viennent s’aouter la gourmandise des dirigeants des partis politiques au profit du pouvoir pour profiter des biens publies, qui donnera naissance à une guerre dont l’histoire de ce pays n’avait jamais enregistré pareille calamité, une guerre qui coûté la perte de vie à plusieurs personnes innocentes, et détruit l’èconomie du pays ; par suite de cette lecture je viens de me rendre compte que c’est à nous de chercher des solutions à toute choses futures et présentes en se basant sur le passé... et ma question est la suivante : face à cette situation destructive que peut-on nous dire des Européens qui se sont présentés pour encourager les différents camps en guerre ?
    MERCI....à la prochaine !!!!!

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    • Comme tu le relèves, la guerre de Côte d’Ivoire ne peut être comprise qu’en étudiant le passé des luttes de ce pays, y compris celles à l’époque d’Houphouët Boigny de la fin des années 80. C’est à cette époque que la dictature a commencé à être contestée par des manifestations monstres de la jeunesse et des classes populaires.
      Cependant, c’est après sa chute que la contestation sociale a pris un tour plus radical, avec la venue de Bédié. Celui-ci a choisi de détourner le mécontentement social en développant une espèce de fascisme contre les Ivoiriens du nord, contre les dioulas, contre les étrangers, etc...
      En même temps, la crise sociale et politique s’est développée menant à deux affrontements majeurs en 1999 et 2000 où des masses aux mains nues ont fait chuter la dictature en attaquant la présidence malgré la répression. il s’agissait d’épisodes de révolte qui n’avaient pas de caractère ethnique, religieux, régional mais un caractère évident de révolte social.

      Malheureusement ces masses pauvres et cette jeunesse ne disposaient pas d’une organisation à eux, défendant leurs intérêts en tant qu’opprimés. ce sont donc des bourgeois qu’ils se disent de gauche ou du nord qui en ont pris la tête. Puis c’est la révolte militaire qui a pris le dessus sur la révolte sociale.

      La question qui se pose est : devons nous attendre que les situations de viennent explosives pour nous organiser politiquement en tant qu’opprimés ? Ou plutôt, devons-nous préparer une perspective politique des exploités qui ne s’aligne sur aucun camp de la bourgeoisie, même de gauche ?

      En attendant de lire à nouveau ....

      Robert Paris

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  • bonsoir fraternel à tous les miséreux travalleurs ou sans travail du monde .je suis S de Bamako ,je suis vraiment touché par la condition de vie des sans rien du soudan,qui sont dans une situation délicate, vous qui vivez une avec des maladies très graves,vous qui ne manger à votre faim vous dans un monde si industrialisé et que l’âne reste toujours votre moyen de déplacement. vous qui êtes victimes des guerres civiles et des oppressions que je peux qualifier faxcistes.le mandant d’arrêt lancé contre le criminel El bechir ?ces étas ne haisse pas les travalleurs et le reste de la population pauvre dans tous les domaines de la vie ?.et retenons tous que la classe des opprimés ou qu’il soit sur la terre c’est nous tous.

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  • En ce moment et pendant toute la semaine, la radio France Culture(93,5 à Paris) diffuse une série d’émissions qui traite du génocide et de son histoire, qui commençait le 6 avril 1994.
    Pour écouter en direct et voir le programme.

    Répondre à ce message

  • En ce moment et pendant toute la semaine, la radio France Culture(93,5 à Paris) diffuse une série d’émissions qui traite du génocide et de son histoire, qui commençait le 6 avril 1994.
    Pour écouter en direct et voir le programme.

    Evidemment, le point de vue de France Culture n’est pas de combattre l’impérialisme. Je viens de commencer à écouter les émissions et c’est globalement des discussions, interviews qui renvoient le génocide à un terrible massacre, "qui est un massacre populaire" selon l’expression d’un historien rwandais. "les casques bleus qui sont partis en laissant faire le massacre, ce sont des laches" expliquent un autre invité.

    Parmi ce consensus, il y a des Saint Exupéry qui dénoncent ce qu’ils ont vu et qui s’arrête à ces constats.(ceux là ont un courage personnel, mais ils sont surtout révoltés par ce qu’ils ont vécu)
    C’est de toute manière intéressant, mais pour l’instant personne n’explique pourquoi d’un coup des humains s’entretuent. La folie collective ou l’inexplicable massacre est défendu par l’Etat et les institutions idéologique d’Etat qui veulent dégager leur responsabilités.
    Le fascisme dans les années 30, ce serait la faute aux gens qui mettent au pouvoir des fous.

    Comme si l’Etat cessait d’exister dans ces périodes.
    Ou sont les milliers de hauts fonctionnaires d’Etat, les géneraux, les commissaires de police, les préfets, qui disent défendre l’ordre en permanence ?
    Ou sont les casques bleus qui prétendre défendre la paix dans le monde ?

    Non ils ne disparaissent pas, ils agissent avec des "traditions" comme dit la ministre française de l’interieur à propos hier de la répression en Corse.
    Justement, le fait même que le pouvoir ne parle plus du rôle de la machine d’Etat pendant un génocide, alors que ce sont les principales forces armées dans les pays qui répriment toutes les révoltes en temps "normal", interrogent.

    Pourquoi ces silences ?

    Pourquoi parler uniquement du rôle du peuple comme si plus rien d’autre n’existait ?

    Pourquoi un journal comme l’Humanité (PCF)titrait à la fin de la 2eme guerre mondiale "A chacun son boch" pour appeler les ouvriers à s’en prendre aux ouvriers Allemand. L’Etat francais de Pétain et de la collaboration a lui aussi cesser d’exister ? La police française qui raflait les militants anti fascistes, les familles de confession juive, s’est évaporée ?

    La 2eme guerre mondiale est une guerre contre le fascisme ?
    Pourquoi Blum, socialiste français du front populaire, en 1936, ne fait rien pour contrer Franco et s’opposer aux armées fascistes europpénnes qui viennent le soutenir en Espagne contre les paysans et ouvriers qui s’y opposent pendant plus d’une année ?

    La soit disant "folie" des peuples a bon dos pour expliquer les boucheries capitalistes.
    Ces explications ont pour destinataire les exploités du monde entier, car la vérité démasquerait le rôle de l’Etat.
    Cette Etat qui prétend défendre la stabilité des sociétés humaines, défendre la paix, l’égalité pour tous, l’éducation, la santé...

    Comment l’Etat serait en réalité une illusion, un mensonge, responsable des pires crimes de masse.
    Mais le simple fait de constater ces évènements et les responsabiltés de l’Etat sont déja trop dangereuses pour son existence. Car si nous instruisons la réalité de l’Etat, nous devons chercher alors les causes profondes de ces cararctéristiques de l’Etat, ses mécanismes de mise en place, de transformation, de rupture etc...

    Toutes ces questions admettent toute un constat : l’Etat est une construction sociale qui a un début et une fin comme tout élément social. Il n’est pas indépendant du temps, il n’est au dessus des sociétés.

    Donc comme tout comme Dieu, l’Etat peut mourir.
    Par quelle processus ?

    La lutte des classes y répond : la classe des exploités, des prolétaires doit au final détruire l’Etat bourgeois, pour construire une société organisée sans classe et sans Etat.

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  • Rwanda : que de silence pour le dernier génocide du 20eme siecle.

    Il y a 15 ans, le 6 avril 1994, commençait l’un des pires massacres de l’histoire, en Afrique . Plus de 1,5 millions de morts en 3 mois. Une vraie barbarie fasciste, telle que l’a connu le monde entier pendant la 2eme guerre mondiale. Alors que vient faire la France dans ce génocide ? Elle défend depuis la fin officielle de la colonisation en Afrique, ses zones d’influences politiques et économiques. Toutes les multinationales privées ou publiques, comme Total, Bouygues, Alsthom, Areva, Vivendi, France Telecom etc. ;sont directement présentes en Afrique. On l’a vu récemment en 2007 en Birmanie ou Total profitent et financent la dictature militaire, qui protègent l’activité de ce trust français. Le Rwanda est, quant à lui, plus un pays qui va servir de champs de bataille entre 2 grandes puissances, les USA et la France. Car, les richesses minières et pétrolifères, sont à coté, au Congo (ex Zaire), au Gabon, Centre Afrique, Angola. Depuis le début des années 90, plusieurs pays africains sont touchés par de graves crises économiques, qui vont provoquées des révoltes sociales, comme au Rwanda. Ainsi, la France va tout faire pour éviter l’évincement de leurs alliés politiques au Rwanda. Tout faire pour détourner une crise sociale aboutissant à une crise politique du régime pro-français et son remplacement par une opposition pro-américaine. Pendant les 4 ans qui vont précéder le génocide, la France va préparer et mettre en place la future armée génocidaire et consolider sa tête, c’est à dire le gouvernement fasciste du Hutu Power. Pour preuve le général de l’armée rwandaise est un militaire français pendant ces années là. Le 7 avril 1994, au début du génocide, la famille du dictateur assassiné, est reçu à l’Elysée. Les financements d’armes blanches, machettes, couteaux et d’armes à feux, avant et pendant le génocide, sont réalisés par la B.N.P. et le Crédit Lyonnais, à la demande de la France. Tous ces agissements sont réfutées par la France, et les archives de l’armée interdites sous prétexte de secret défense. Comme pour la guerre d’Algérie qui a été officiellement désignée comme une opération de maintien de l’ordre pendant 40 ans. Le génocide au Rwanda, a été coorganisé au plus haut sommet de l’Etat français. A l’époque, c’était la cohabitation Gauche/Droite. Mittérand était président et Balladur chef d’un gouvernement dont le porte parole et ministre du budget n’était ni plus ni moins que le président actuel Sarkozy. Aucun homme d’Etat, général, politique, ambassadeur ou ministre n’ont été inquiétés. Ces crimes montrent à quel point, l’Etat, le même Etat, qui dit ne rien pouvoir faire contre des licenciements et qui fait la chasse aux chomeurs "fraudeurs" et immigrés "illégaux", est un Etat voyou et assassin pour des peuples qui continuent à garder les vieilles chaînes de la colonisation. Nous devons refuser d’être associer à ce crime commis en notre nom et refuser que l’Etat français continue ses sales guerres partout en Afrique et au Moyen Orient comme en Afghanistan.

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  • Il y a 15 ans, l’’État français supervisait et participait au génocide d’’1 million de Tutsi.
    En une centaine de jours, l’’’État français et les autorités extrémistes rwandaises de l’’époque accomplirent l’’extermination d’’une partie de la population rwandaise désignée comme ennemi intérieur.

    Le 22 mai 1994, le président du gouvernement intérimaire qui assure l’’exécution du génocide, Sindikubwabo, adresse à François Mitterrand une lettre.
    Alors que les cadavres de plusieurs centaines de milliers de Tutsi et opposants politiques jonchent le sol rwandais, cette lettre, lue et commentée à l’Élysée, montre à quel point les deux instances sont soudées autour du projet d’’extermination : « Le Peuple rwandais vous exprime ses sentiments de gratitude pour le soutien moral, diplomatique et matériel que Vous lui avez assuré depuis 1990 jusqu’à ce jour. En son nom, je fais appel à Votre généreuse compréhension et celle du Peuple français en Vous priant de nous fournir encore une fois Votre appui tant matériel que diplomatique. Sans Votre aide urgente, nos agresseurs risquent de réaliser leurs plans et qui Vous sont connus. »
    Dès 1990, les militaires français ont formé les futurs « cadres » du génocide.
    Entre 1990 et 1994, l’’armée rwandaise passe ainsi de 5000 à 50000 hommes.
    Des rescapés et des bourreaux témoignent de l’implication directe de l’armée française dans l’extermination de Tutsi*.
    Des « conseillers » militaires français, comme ceux qui officient encore aujourd’’hui dans les dictatures françafricaines, sont restés au Rwanda pendant le génocide.
    Avant le déclenchement des massacres, lorsque la majeure partie des effectifs a déjà plié bagage, certains d’’entre eux se font surprendre à Kigali et déclarent alors y être revenus pour passer des « vacances ».
    L’appel au front racial, qui a permis de cimenter les forces du génocide, ainsi que la formation du gouvernement intérimaire, ont été réalisés sous la houlette de la diplomatie française
    Les livraisons d’armes par la France se sont poursuivies tout au long du génocide, en dépit de l’’embargo de l’ONU.

    Ce que nos médias et représentants politiques ont qualifié de « massacres interethniques », de « double génocide », de « guerre tribale », ou encore de colère spontanée suite à un attentat. C’était un génocide, une destruction planifiée perpétrée sur un groupe désigné comme « ennemi intérieur » par ses bourreaux. Ce fut l’aboutissement de l’idéologie coloniale et raciale, telle qu’elle a été élaborée au XIXè siècle. Ce crime des crimes n’a été que l’application de la guerre dite révolutionnaire, une technique militaire théorisée dans les années 50 par les colonels Trinquier et Lacheroy.

    Monsieur Kouchner et Monsieur Quilès, malgré tous vos efforts pour masquer la réalité, nous savons désormais qu’’il ne s’agit en aucun cas d’ « erreurs d’appréciation » ou d’ « aveuglement ». Il ne s’agit pas non plus d’une simple complicité, au sens de celui qui participe au crime commis par un autre. Dans une Vème république qui n’a que des intérêts, les dictateurs africains du pré-carré français ne sont pas les « amis » de la France, mais bien ses vassaux. La Françafrique, terme aujourd’hui galvaudé dans la presse, n’est ni un club de papys ringards voué à une fin certaine, ni une somme de petites combines permettant d’acheter des hôtels particuliers dans Paris. La Françafrique est un système néocolonial, responsable des crimes d’État les plus abjects et macabres. Le néocolonialisme français a exercé sa mainmise sur le Rwanda, petit pays dont le PIB était équivalent à la ville de Quimper. Derrière le masque des indépendances, la République française a su, à coups d’actions psychologiques, fanatiser jusqu’au dernier degré ses tirailleurs néocoloniaux du Hutu Power, et endormir une opinion publique, de droite comme de gauche, déjà passablement soumise et partisane des clichés les plus vendeurs et éculés de la négrophobie.

    Aucune idéologie, aucune géopolitique, ni même la lutte contre l’impérialisme anglo-saxon, chinois ou autre ne justifieront les crimes de l’État français au Rwanda comme ailleurs.

    *Cécile Grenier, Carnets, six mois d’’enquête au coeur du génocide français, in La Nuit rwandaise numéro 3, avril 2009, Izuba éditions, L’Esprit Frappeur http://izuba.info/Nuitrwandaise/spi...

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  • Le génocide rwandais est parfaitement connu dans le monde et pourtant il reste inconnu de la plupart dans ses buts profonds. Si les classes dirigeantes rwandaises ont reçu le soutien de l’impérialisme français et bénéficié de la passivité des autres impérialismes, c’est que la menace était sérieuse. il ne s’agissait pas seulement des risques que faisait courir une démocratisation pour les anciens dirigeants. il s’agissait d’une lutte sociale qui menaçait de prendre un tour révolutionnaire à l’intérieur du pays. La réponse aux classes pauvres a été la formation de milices fascistes, les Interhamwe, puis leur utilisation dans le massacre.

    C’est justement le fait que les dirigeants de la lutte de 1990, démocrates petits-bourgeois, aient limité la lutte à la prétendue démocratisation du pouvoir avec leur propre participation à ce pouvoir qui a permis au pouvoir de se maintenir puis de réagir en prenant l’offensive.

    Le génocide rwandais est un des exemples de contre-révolution préventive que l’histoire récente nous ait donné.

    Il démontre que lorsque la situation est explosive, il est dramatique que les seuls dirigeants de la lutte soient des réformistes.

    On ne peut pas taquiner le tigre. Quant on est face à face, ou on le tue ou il vous tue.

    Il en va de même du pouvoir des classes dirigeantes. La démocratie, c’est l’illusion que le peuple peut avoir la parole tout en préservant la société d’exploitation. cette illusion n’a plus aucun contenu quand la lutte des classes se radicalise. Il est alors criminel de faire renaitre ces illusions en prétendant former des gouvernement de grande coalition, d’union nationale et autres ententes qui ne peuvent pas éviter l’affrontement.

    La seule alternative, c’est la révolution sociale. C’est que les masses pauvres s’organisent pour mettre en place la seule véritable démocratie : le pouvoir des opprimés. Le premier geste de cette démocratie prolétarienne devra être de désarmer l’ancien pouvoir et d’armer les travailleurs. Un autre point essentiel du pouvoir populaire devra être l’organisation de comités sur tous les lieux de travail et quartiers, comités qui seront le véritable nouveau pouvoir. Sans de telles mesures, toute réforme démocratique ne peut que mener à de nouveaux massacres.

    Robert Paris

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  • Un réseau basé en France aide, finance et arme les hutus rwandais génocidaires qui assassinent au Zaïre

    Alors qu’une opération militaire d’envergure des forces armées de la République démocratique du Congo (RDC), appuyées par les Nations unies, est en cours contre les rebelles hutus des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), un rapport d’experts mandatés par l’ONU a mis en évidence l’important réseau international sur lequel ils s’appuient.

    Le texte, examiné à huis clos par le Conseil de sécurité, mercredi 25 novembre, n’a pas été rendu public. Selon une copie dont Le Monde a possession, il montre l’étendue du réseau à l’étranger de la rébellion hutue rwandaise. Celle-ci a été créée autour d’un noyau de miliciens et d’ex-soldats impliqués dans le génocide rwandais de 1994. Avec le temps, ces "génocidaires" ont été rejoints par de nouvelles recrues dans l’est de la RDC, où ils ont longtemps opéré.

    Parallèlement, les FDLR se sont dotés à l’étranger d’une structure politique "propre" (non impliquée dans le génocide), de réseaux de soutien et de financement dans une vingtaine de pays décrits par les experts mandatés par les Nations unies.

    Le rapport établit les liens entre la structure militaire des FDLR et ses responsables politiques installés en Europe et aux Etats-Unis. Des factions dissidentes de la rébellion hutue, comme le RUD Urunana, sont dans le même cas, selon les auteurs du rapport qui concluent que, "sans ce soutien extérieur, les opérations des FDLR, du RUD Urunana sur le terrain seraient considérablement entravées".

    ATTAQUES CONTRE LES CIVILS

    Les experts des Nations unies ont pu retracer les virements et les communications téléphoniques qui permettaient à la direction des FDLR de se livrer à des achats d’armes, mais aussi d’intervenir dans la stratégie militaire. Ainsi, une conversation rapportée dans le texte surprend l’un des ordres émanant d’un haut commandement à un responsable local lui enjoignant d’"attaquer des civils et des hôpitaux", une trace corroborée par d’autres témoignages de la volonté d’instaurer la terreur pour des motifs politiques.

    Plusieurs hauts responsables des FDLR basés en France, dont Callixte Mbarushimana, le secrétaire exécutif du mouvement, n’ont pas été inquiétés. En revanche, le chef des FDLR, Ignace Murwanashyaka, et son adjoint, Straton Musoni, ont été arrêtés le 17 novembre en Allemagne, où ils devraient répondre d’accusations de "crimes contre l’humanité ".

    Depuis janvier, les attaques contre les civils ont augmenté. Cette période correspond à deux opérations successives contre les FDLR, menées par l’armée rwandaise et ses alliés locaux, puis par l’armée congolaise avec le soutien de la Mission de l’ONU au Congo, la Monuc.

    Cette seconde phase, "Kimia II", est un échec, analysent les auteurs du rapport. Au cours de cette période les FDLR n’ont pas été neutralisés et l’extraction illégale de minerais dans l’est du Congo a fait un bond. Les rebelles exportent notamment de grandes quantités d’or à travers l’Ouganda, la Tanzanie et le Burundi, démontrent les experts des Nations unies, dégageant des "millions de dollars qui vont directement remplir les coffres des FDLR". Les minerais sont exportés vers de nombreuses destinations. On trouve, par exemple, une compagnie basée aux îles Samoa, acheminant du minerai à Hongkong.

    Autre dimension du réseau des FDLR, celui du recrutement et du trafic d’armes, qui impliqueraient des responsables politiques ou des agences de renseignement au Burundi et en Tanzanie. L’enquête des experts leur permet d’établir que des responsables militaires congolais continuent aussi d’apporter un soutien "résiduel mais significatif" aux rebelles hutu.

    Chaque camp, à cet égard, mène souvent un double jeu, sur fond de pillage généralisé des ressources minières par les rébellions et les pays de la région. Le rapport décrit comment une opération conjointe de l’armée rwandaise de la rébellion tutsie, le CNDP, dont l’objectif devait être de combattre les rebelles hutus, s’est accompagnée en janvier de campagnes pour vider de leurs habitants certaines zones près de Walikale, pour y installer les rebelles alliés de Kigali dans une zone particulièrement riche en cassitérite, un minerai servant à la fabrication de l’étain.
    Jean-Philippe Rémy

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  • Soutien et complicité militaires

    De 1991 à 1993, les troupes spéciales françaises ont formé dans des camps d’entraînement la garde présidentielle et les leaders des milices rwandaises, et en tout des milliers d’hommes, qui pour beaucoup allaient préparer, encadrer ou participer au génocide. Il est évident que les Français présents au Rwanda dans ces camps savaient parfaitement ce qui se passait autour d’eux, en raison de massacres de Tutsis perpétrés dès janvier 1993, tandis que des témoins ont assuré que dès 1991, il est arrivé à des soldats français de livrer des Tutsis aux miliciens après vérification de la carte ethnique. De plus il a été prouvé que, lorsque l’armée du régime était mal en point en 1993, c’est l’armée française qui a mené la guerre du côté du pouvoir dictatorial en plus de conseiller l’armée. Les militaires français ont donc côtoyé les idéologues et les acteurs militaires du génocide, et ont soutenu militairement le régime qui leur a permis d’accomplir ce crime contre l’humanité.

    Bien-sûr, le gouvernement français a longtemps caché ce soutien, de 1990 à 1993, avant de le reconnaître en 1994 au moment de la signature des accords d’Arusha. Il refuse par contre de reconnaître l’implication d’éléments de l’armée française dans le déclenchement et le déroulement du génocide, et dément son soutien aux Forces armées rwandaises (FAR) pendant le génocide. Pourtant, un document découvert par la journaliste Colette Braeckman rendant compte de la visite d’un dirigeant des FAR auprès du général Jean-Pierre Huchon, commandant la mission militaire du ministère de la Coopération, fait clairement état de cette connivence, véritable collaboration dans les faits. Les FAR étaient clairement impliquées dans le génocide, puisqu’elles ont prêté main forte aux groupes et institutions engagées dans les massacres : garde présidentielle, milices et autorités locales.

    En juin 1994, le gouvernement français met en place l’opération Turquoise, officiellement désignée comme opération humanitaire ; en réalité, comme nous le détaillerons plus loin, durant l’opération Turquoise, de la fin juin au 15 août, la France a permis à des responsables du génocide de s’enfuir. L’armée française a donc soutenu les génocidaires pendant le génocide, tout en faisant passer son intervention comme une nécessité humanitaire et salvatrice.

    Selon des témoignages recueillis par l’Human Rights Watch, des entraînements militaires ont continué d’être délivrés à des militaires et miliciens hutus dans une base militaire française en Centrafrique, après la défaite des génocidaires du FAR, en juin, juillet et août 1994. Conjugué aux ventes d’armes, ce soutien direct ou via Mobutu (duquel le gouvernement français se rapprochait alors officiellement) a permis aux ex-FAR réfugiés au Zaïre de se constituer peu de temps après le génocide en guérilla dans le but de déstabiliser le nouveau régime de Kigali en lançant des attaques régulières au Rwanda. Les troupes zaïroises du président Mobutu ont joué aux côtés de la France un rôle moteur dans cette reconstruction militaire des forces responsables du génocide. De fait, les liens militaires franco-zaïrois ont pris une nouvelle ampleur avec l’opération Turquoise, avec notamment la constitution d’une ligue franco-zaïro-soudanaise pour lutter contre la résistance sud-soudanaise aux intégristes religieux du Nord Soudan. L’idée de revanche contre le FPR n’est alors pas absente des rangs de l’armée française humiliée par la victoire des combattants du FPR contre des soldats en partie formés par les Français. La volonté de se venger s’est largement développée dans les rangs hutus réfugiés au Zaïre, et les miliciens ont continué de fréquentes incursions au Rwanda dans les années qui ont suivi le génocide. En 2004, ces groupes Interahamwe semblent cependant devenus très faibles.

    - Soutien financier et ventes d’armes

    En 1990, la France transfère 135 millions de francs au Rwanda pour son armement. Mais les Français ont également fourni l’armée rwandaise en armes pendant le génocide. Un sénateur belge a mené une enquête au sein de la Banque centrale du Rwanda qui a attesté qu’entre mai et août, la Banque de France et la BNP ont accepté plusieurs prélèvements de sommes très importantes par le gouvernement rwandais. De plus, la France a fait cause commune avec l’ambassadeur du Gouvernement intérimaire rwandais (GIR), qui tentait de s’opposer au vote d’un embargo sur les armes à destination du Rwanda au Conseil de Sécurité de l’ONU, le 17 mai. Des ventes d’armes en mai et en juin, postérieures donc au vote par l’ONU de l’embargo sur les armes, ont été attestées par un rapport publié par l’Human Rights Watch en mai 1995. Même durant l’opération « humanitaire » Turquoise, à partir de la mi-juin, et même facilitées par cette opération qui permettait aux militaires français de contrôler l’aéroport de Goma au Zaïre, les livraisons d’armes ont continué, avec l’appui de l’armée et du régime zaïrois de Mobutu.

    Le gouvernement français a sans cesse démenti ces ventes d’armes, ou leur a attribué des buts autres que leurs objectifs véritables. Pourtant, la France a bien financé le génocide des Tutsis. Et après la défaite des Forces armées rwandaises (FAR), donc après le génocide, les livraisons d’armes ont continué en direction des troupes vaincues réfugiées au Zaïre.

    - Soutien diplomatique

    Sur le plan diplomatique, la France a reconnu immédiatement comme nous l’avons noté plus haut le Gouvernement intérimaire rwandais, formé au sein de l’ambassade de France avec les éléments les plus radicaux de la classe politique rwandaise. La France, pourtant très influente sur le GIR, n’a pas exercé de pressions sur lui pour lui faire cesser les massacres ; de fait, des propos rapportés qu’auraient tenu Mitterrand et son « monsieur Afrique » Bruno Delaye vont dans le sens d’une complète indifférence à l’égard du génocide. Mais la France a également étouffé sur le plan international l’idée d’un génocide perpétré à l’encontre des Tutsis, en soutenant la thèse d’une simple guerre. Elle a d’ailleurs trouvé un formidable soutien en la personne de l’Egyptien Boutros Boutros-Ghali, secrétaire général des Nations Unies, qui n’a eu de cesse de relayer le point de vue de Paris et de Kigali pendant le génocide. Tout cela a concouru à retarder la reconnaissance du génocide sur le plan international et les éventuelles réactions qui auraient pu en découler.

    La France a par ailleurs reçu, hébergé et protégé des responsables du génocide, et notamment des membres du GIR ; on peut noter le sauvetage par les Français de nombreux membres du clan Habyarimana, de responsables divers du génocide, ou encore l’accueil de la femme d’Habyarimana en France, avec l’aide financière du ministère de la Coopération.

    Quand, à la mi-juillet 1994, pendant l’opération Turquoise, l’ONU demande à la France de désarmer les soldats rwandais réfugiés dans sa « zone humanitaire sûre », soi-disant « enclave humanitaire », les responsables français invoquent un manque de moyens. Les journalistes de la Radio des Mille Collines sont également réfugiés dans cette zone contrôlée par la France. Finalement, les militaires français décident d’obliger tous ces responsables du génocide à quitter la zone, les laissant s’enfuir alors qu’ils les avaient tous sous la main. Entre juillet et septembre 1994, les militaires français ont emmené par avion depuis l’aéroport de Goma des chefs militaires de premier plan dont Théoneste Bagosora, mais aussi des miliciens. Certains se sont réfugiés dans des pays africains « amis » de la France, comme le Cameroun ou le Gabon.

    Jusqu’à la fin novembre 1994, la France a bloqué toute décision d’aide financière, au niveau national et européen, au nouveau gouvernement multiethnique de Kigali (qui n’est certes sans doute pas un modèle démocratique), formé le 17 juillet 1994, tandis qu’elle tentait d’esquiver les procédures d’arrestation, de jugement et de sanction des responsables du génocide. Pourtant, selon le Code pénal français et la Convention de Genève, la France a le devoir de poursuivre les auteurs et complices de génocide se trouvant sur son sol, et cela sans attendre la constitution d’un Tribunal international. Les plaintes déposées par des particuliers ou des organisations n’ont pu aboutir, à cause d’un nombre considérable de verrous mis en place par les gouvernants français, au niveau national et international.

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    • je pense que le génocide rwandais est l’un des crimes que l’humanité a enregistré et que plusieurs versions sont dites sur son origine ;et sur coupables selon moi une chose est sûr c’est la méchanté pure du pouvoir qui a été masquée en poussant les pauvres à s’entretuer.ma question est la suivante,peut-on s’attendre un verdict sur des coupables ?

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      • Je ne comprend pas ce que peut bien être cette fameuse "méchanceté pure du pouvoir"...

        Pourquoi aurait-elle cours au Rwanda, pas ailleurs et pourquoi a-t-elle lieu justement aussi ailleurs ?

        Qu’a-t-elle à voir avec les intérêts des gens qui ont ce pouvoir ?

        Est-elle rationnelle ou ... pure ?

        Est-ce qu’il s’agit seulement de pauvres qui se sont entretués dans ce que tu as lu sur ce texte ?

        Non, il s’agit du fascisme, c’est-à-dire d’une situation où les classes dirigeantes ne voient comme perspective que la possibilité d’un massacre orchestré par le pouvoir, car, sinon, les travailleurs vont s’en prendre aux riches, aux puissants, vont menace rde prendre le pouvoir...

        Et cela, ça n’a rien à voir avec de la méchanceté pure...

        C’est purement ... et simplement la défense des intérêts de la bourgoeisie poussée à son terme logique dans le cas d’une crise sociale extrême et ce terme logique est le massacre fasciste.

        que ce soit dans l’Allemagne moderne de 1933-1944, que ce soit dans le Rwanda où les classes dirigeantes sont menacées par la vague de protestation de la fin des années 1980. Ou encore dans la France de Vichy.

        La méchanceté est un critère bien trop moral, bien trop individuel pour décrire la situation des classes dirigeantes quand elles sont au bord du gouffre et qu’elles nous plongent nous dans l’enfer plutôt que de tomber elles....

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      • Tu poses la question : peut-on s’attendre à un verdict des coupables ?

        Oui, il est très possible que des criminels en chef jugent d’autres criminels en chef pour se blanchir et préparer plus facilement d’autres crimes.

        Ainsi, certains nazis ont été tués par l’impérialisme mais c’est ce dernier qui avait voulu et organisé le fascisme.

        L’impérialisme avait soutenu et armé les khmers rouges et il les juge aujourd’hui.

        On en sait pas si l’impérialisme français livrera agathe habyarymana qu’il protégeait jusque là mais ce qu’i est évident c’est qu’il ne livrera pas villepin, léotard, védrine et autres responsables français civils et militaires.

        Et surtout, il ne jugera jamis que c’est le moment de dire la vérité.

        Su ce dernier plan, la vérité qui nous intéresse, ce n’est pas seulement celle qui voit des bourreaux et des victimes mais celle qui développe des moyens d’en finir définitivement avec l’ennemi et ses crimes...

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  • Communiqué de La Nuit rwandaise

    Appel de la décision d’annulation des plaintes contre La Nuit rwandaise

    http://www.izuba.info/info/appel-de...

    7 des neufs officiers plaignants, Hogard et Rosier s’étant désistés, ont fait appel de la décision d’annulation de leurs plaintes rendue par la 17ème chambre, ce 5 avril 2013.

    Si cet appel était reçu, la procédure suivrait son cours, et une nouvelle date serait fixée pour ce procès.

    S’ils étaient déboutés, notre avocate, Maître Heinich-Luijer, pense qu’ils redéposeraient une plainte, en bonne et due forme, pour éviter une nouvelle annulation.

    Le procès ne serait ainsi que reporté.

    Les officiers qui ont fait appel :

    • Bernard Cussac

    • Christian Quesnot

    • René Galinié

    • Michel Robardey

    • Jean-Jacques Maurin

    • Jean-Claude Lafourcade

    • Étienne Joubert

    Si cet appel était reçu, nous auront donc l’occasion de présenter devant une cour de justice les éléments recueillis à ce jour sur l’implication française au Rwanda et le rôle de chacun des 7 plaignants dans ce crime imprescriptible.

    Information à propos de ce procès : www.lanuitrwandaise.org/proces

    La revue La Nuit rwandaise fera état de cette procédure lors des Rencontres qu’elle organise les 21 et 22 avril 2013, au Lavoir Moderne Parisien, à Paris.

    http://www.izuba.info/info/rwanda-2...

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  • L’explosion de l’avion présidentiel le 6 avril 1994 est le coup de sifflet qui déclenche le génocide ; l’implication de la France dans cet attentat est possible.

    10 janvier 2012. L’enquête scientifique dirigée par le juge Trevidic sur l’attentat contre l’avion du président rwandais Habyarimana est catégorique : les missiles sont partis du camp de la Garde présidentielle. Avant ça, d’innombrables médias avaient pris pour argent comptant la thèse inverse, celle du juge Bruguière et du journaliste Pierre Péan, accusant le FPR d’avoir sciemment tué le président pour prendre le pouvoir, sans se soucier du risque de génocide qui s’en suivrait. Bien sûr, certains ont dit que la responsabilité éventuelle du FPR ne changeait rien à la planification de l’extermination des Tutsi. Mais Michel Sitbon fut, dès le départ, l’un des rares à écarter sans ambiguïté cette thèse mais surtout a avoir mis en avant la piste française sur cet attentat.

    A lire "Rwanda 6 avril 1994, un attentat français ? "
    de Michel Sitbon

    Extrait ci dessous de
    L’attentat du 6 avril 1994 Pistes pour une enquête en souffrance.
    Jacques Morel, Georges Kapler

    Les missiles auraient-il été tirés par des Français ?
    25.1.1 Des militaires français sont revenus début 1994
    Partis officiellement à la mi-décembre 1993, des militaires français seraient revenus au Rwanda. Le
    lieutenant-colonel Maurin l’aurait reconnu, mais c’était pour faire du tourisme : « Il est exact qu’en février
    1994, deux anciens coopérants militaires sont revenus au Rwanda du Burundi comme touristes pour aller
    dans les parcs de l’Akagéra. » L’un d’eux serait le capitaine Lallemand du 1er RPIMa.
    Ainsi Michel Campion a vu revenir à Butare, fin mars 1994, un lieutenant français :
    Aussi, en mars 1994, à la terrasse de l’hôtel Ibis, j’ai retrouvé un officier français, un lieutenant.
    J’étais très étonné de le voir parce que, l’armée française avait quitté le Rwanda pour céder la place à
    la MINUAR. Et bizarrement, j’ai retrouvé cet officier français, fin mars 1994. Je lui ai posé la question
    de savoir ce qu’il faisait là. Il me dit voilà : « J’ai une copine anglaise ici que j’ai connu pendant la
    période où j’étais au Rwanda, que je viens visiter. » Et j’ai dit : « Où es-tu basé actuellement ? » Il
    me dit : « Je suis à Djibouti. » Mais c’était curieux parce que, effectivement peut-être il était venu
    voir sa copine. Mais venir de Djibouti au Rwanda alors que la présence militaire n’est plus requise !
    Il venait peut-être en tourisme, mais une semaine après, on avait sauté l’avion [sic] de Habyarimana !
    On peut se poser tout un tas de questions.

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  • Le corrigé d’un sujet de français envoyé par le Cned, le centra ntional d’études à distance, à des élèves de troisième a confondu les rôles des Hutus et des Tutsis dans le génocide rwandais, une "boulette" qu’a dénoncée jeudi 19 décembre un collectif de victimes.

    A la question "Est-il important de rappeler à la mémoire certains épisodes particulièrement noirs de l’histoire ?", le corrigé citait en exemple "le génocide des Hutus par les Tutsis au Rwanda".

    Nous avons pris connaissance de l’incident concernant la rédaction d’un document du Cned relatif au génocide au Rwanda. Nous comprenons et nous associons à l’émotion suscitée au Rwanda et en France par cette erreur grave", a réagi le ministère des Affaires étrangères dans un communiqué.

    "Le directeur du Cned a pris des mesures immédiates dont celle d’envoyer, dans les plus brefs délais, une nouvelle version du texte incriminé, accompagné d’un courrier aux parents pour corriger cette erreur manifeste qui heurte les consciences."

    Quelque 3.000 élèves de troisième inscrits au Centre national d’enseignement à distance (Cned) ont reçu ce corrigé erroné. "Nous voulions que les enfants réfléchissent à l’histoire, au travail de mémoire", a expliqué une porte-parole du centre joint par téléphone, regrettant l’erreur.

    "C’est un enseignant d’un lycée français à Kigali qui a tiré la sonnette d’alarme en découvrant cette ’boulette’" la semaine dernière, a expliqué Alain Authier, membre du Collectif des parties civiles pour le Rwanda, joint par téléphone.

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  • L’accusation a requis la perpétuité mercredi contre Pascal Simbikangwa, premier Rwandais jugé en France en lien avec le génocide, vingt ans après le drame. L’avocat général Bruno Sturlese a demandé au jury de déclarer le capitaine Simbikangwa, qui nie les faits, coupable de "génocide" et non pour la seule complicité pour laquelle il était renvoyé devant la cour.

    Au cours de son long réquisitoire, l’avocat général a fustigé un "épurateur d’avant l’heure" à "l’engagement radical, extrémiste", un "homme capable du pire" servant dans "la police politique, un service tout puissant qui fiche, qui rafle, qui torture", doublé d’un propagandiste de la frange dure du régime hutu faisant monter la haine anti-Tutsi avant même le génocide.

    Il avait aussi rappelé la dimension "historique à plus d’un titre de ce procès", le premier pour génocide en France et le premier lié au drame rwandais, dont le verdict tombera à quelques semaines des commémorations des 20 ans du génocide, alors même que Kigali a souvent reproché à la France d’avoir soutenu le régime génocidaire hutu et protégé ses responsables. Les avocats de la défense plaideront jeudi 13 mars et le verdict est attendu vendredi 14, après les dernières déclarations de l’accusé.

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  • Ce soir sur France3 à 23H10 —>Sept jours à Kigali_ documentaire de Mehdi Ba

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  • Dans une interview à Jeune Afrique, parue la veille du lancement des commémorations officielles, M. Kagame accuse notamment des soldats français d’avoir été non seulement "complices" mais aussi "acteurs" des massacres.

    L’ancien ministre Paul Quilès (PS), qui dirigea la mission parlementaire d’enquête sur le Rwanda, a qualifié dimanche d’"ignominieuse" cette accusation. "Les victimes et la mémoire du génocide terrible du Rwanda méritent mieux que cette accusation ignominieuse", a déclaré l’ancien ministre de la Défense sur RTL. "Je pense que M. Kagame est actuellement en difficulté au plan international et il essaie de détourner l’attention et ce n’est pas bien", selon M. Quilès qui a pointé "un régime autoritaire" à Kigali.

    Que Kagame soit un chef d’Etat qui n’est nullement meilleur qu’un autre, certes ! Mais que la France génocidaire prétende faire la leçon à celui qui a arrêté le génocide rwandais alors que celui-ci a été de bout en bout conseillé et aidé par la France, c’est fort de café !!!!

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  • L’ancien Premier ministre Edouard Balladur (1993-95), qui était à Matignon au moment du génocide au Rwanda a qualifié de « mensonge intéressé » les accusations de Paul Kagame impliquant Paris dans cette tragédie. Sur Europe 1, il a regretté qu’il ait été envisagé d’envoyer un ministre à Kigali pour les commémorations du massacre, car « les incidents qui se produisent étaient prévisibles compte tenu de ce qu’est M. Kagame et sa pratique constante ». « Il cherche sans cesse à mettre en cause la France alors que lui-même n’a pas réussi, au bout de vingt ans, à rassembler le peuple rwandais », a poursuivi le responsable UMP.

    Selon lui, « la France n’est en rien complice du génocide, au contraire elle est de tous les pays du monde le seul qui ait pris l’initiative d’organiser une opération humanitaire pour éviter un massacre généralisé ». « Le gouvernement que je dirigeais a, dès qu’il a été installé, mis fin à toute livraison d’armes au Rwanda et retiré les troupes françaises », a-t-il poursuivi. « Il fallait surtout que la France ne soit pas prise en tenaille dans une guerre civile qui se développait et qu’on ne pouvait pas arrêter », a-t-il encore fait valoir.

    Guillaume Ancel a donné, lui, un autre son de cloche. Cet ancien officier français engagé en 1994 au Rwanda a contesté lundi le caractère officiellement « humanitaire », au moins à ses débuts, de l’opération Turquoise lancée cette année-là par la France sous mandat de l’ONU pour tenter de mettre fin aux massacres dans le pays. « Je suis parti avec l’ordre d’opération de préparer un raid sur Kigali. Quand on fait un raid sur Kigali, c’est pour remettre au pouvoir le gouvernement qu’on soutient, pas pour aller créer une radio libre », a affirmé Guillaume Ancel, ancien officier de l’armée de Terre, sur France Culture.

    « L’ordre que j’ai reçu pour partir au Rwanda était extrêmement offensif », dit-il. L’ex-militaire affirme avoir ensuite reçu, entre le 29 juin et le 1er juillet, un autre ordre, qui « était d’arrêter par la force l’avancée des soldats du FPR » : « On n’est toujours pas dans une mission humanitaire ». Alors qu’il était dans l’hélicoptère qui décollait « pour aller déclencher les frappes aériennes sur le FPR » - le Front patriotique rwandais, rébellion tutsie de l’époque -, les militaires français auraient reçu l’ordre de stopper leurs préparations de combat. « On nous a annoncé qu’en fait on avait trouvé un accord avec le FPR et que nous allions protéger une zone humanitaire », affirme Guillaume Ancel.

    Selon lui, la France aurait ensuite continué à soutenir le gouvernement génocidaire rwandais et son armée en rendant, vers la mi-juillet, « à ce qui restait des forces armées rwandaises, les dizaines de milliers d’armes » que les militaires français avaient confisquées dans la zone humanitaire. « On a clairement été à l’origine d’une continuation des combats qui a duré pendant des années, qui a fait de nouveau des centaines de milliers de morts », affirme-t-il.

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  • Le 6 avril 1994, Jean-Hervé Bradol est en France lorsque l’avion du président rwandais hutu Juvénal Habyarimana est abattu dans la soirée au-dessus de Kigali. « Là, on a su que les massacres allaient démarrer », confie vingt ans plus tard celui qui était alors responsable des programmes de Médecins sans frontières (MSF) dans la région des Grands Lacs. Sillonnant depuis juillet 1993 la région, de camps de réfugiés en dispensaires, le médecin a vu s’amplifier les violences entre Rwandais, à mesure que s’amenuisaient les espoirs d’une cessation des hostilités opposant depuis 1990 le régime hutu en place et la rébellion à majorité tutsi du Front patriotique rwandais (FPR).

    « Le MNDR [le parti du président Habyarimana] dérivait vers les appels au meurtre et le personnel tutsi de MSF claquait des dents. Certains jours, dès la fin 1993, les miliciens Interahamwe [affiliés au MNDR] déclaraient des journées “ville morte”, mettaient sur pied des barrières et commettaient des exactions. En toute impunité. Ni l’armée ni la gendarmerie ni les casques bleus ne faisaient rien », se souvient Jean-Hervé Bradol.

    Face à la multiplication de ces journées « ville morte », les organisations humanitaires se préparent au pire dès février-mars 1994. « Il y avait déjà des pogroms de Tutsi et on savait que ça allait s’amplifier. A chaque journée ville morte, il y avait des blessés et des morts par dizaines », raconte-t-il. « On savait que les milices s’armaient. On savait que les opposants seraient les premières victimes. On savait que les FPR massacraient aussi. On voyait que ça allait de plus en plus mal, mais jamais on aurait imaginé ce qui allait se passer dès avril : que le pouvoir se mettrait en tête de tuer tous les Tutsi dans le pays, et qu’il y arriverait presque. »

    L’étincelle allumée le 6 avril au soir va définitivement enterrer les négociations de paix d’Arusha entre le pouvoir et la rébellion. Dans les préfectures de Kibungo, à l’est, et de Bugesera, au sud-est, les massacres se généralisent en quelques jours. Des membres du personnel rwandais de MSF sont tués. Les équipes expatriées ne peuvent plus rester.

    Jean-Hervé Bradol revient à Kigali le 13 avril, à la tête d’une mission chirurgicale qui doit prendre ses quartiers au centre hospitalier de Kigali (CHK). Cela leur sera impossible. « Le CHK était devenu comme un abattoir. Des piles de corps s’entassaient à la morgue. Les miliciens venaient la nuit, parfois la journée, chercher les survivants tutsi pour les exécuter. Avec le coordinateur médical du Comité international de la Croix-Rouge (CICR), on a décidé qu’il était impossible de travailler et on a ouvert un hôpital de campagne », raconte Jean-Hervé Bradol. Installé au sein de la délégation du CICR, avec l’accord du gouvernement intérimaire, l’hôpital devient le seul endroit de la ville où les miliciens n’entrent pas. « Mais ils pourchassaient les gens jusqu’à nos portes. »

    M. Bradol accompagne chaque jour l’équipe effectuant le ramassage des blessés en ville. Le médecin trentenaire « fait le tri » parmi les blessés dont le pronostic vital est engagé et qu’il faut emmener. « Seulement les femmes et les enfants. Des hommes, on n’en prenait pas. » Le transport est à hauts risques. Le 14 avril, deux ambulances de la Croix-Rouge rwandaise ont été arrêtées par des miliciens, qui ont sorti et exécuté les blessés sur le bord de la route. « On partait tôt le matin, quand la plupart des miliciens dormaient. Il fallait négocier notre passage aux barrages installés dans toute la ville. L’autorisation du chef d’état-major de l’armée rwandaise, collée sur notre pare-brise, ne suffisait plus. Ils disaient vouloir “tous les tuer” et nous menaçaient aussi. » Chaque passage est l’objet d’une âpre négociation. L’homme s’appuie sur les plus dociles, qu’il a repérés parmi les jeunes miliciens et à qui il va volontairement acheter bière et cigarettes.

    Les blessés laissés derrière ne sont pas plus en sécurité. « A la Sainte-Famille, où nous passions régulièrement, les miliciens venaient exécuter les Tutsi blessés. Un jour, un vieux monsieur blessé au thorax, dont je faisais le pansement, m’a demandé à quoi bon le soigner, puisqu’ils viendraient la nuit pour le tuer », se remémore-t-il. Le personnel rwandais de MSF est lui aussi la cible des milices. De cent à deux cents employés locaux ont péri durant le génocide. « Les miliciens demandaient à nos collègues hutu de dénoncer leurs collègues tutsi. Dans certains camps, les miliciens ont demandé aux Hutu de massacrer leurs collègues tutsi. Pendant les temps morts, on quadrillait l’hôpital pour s’assurer que rien ne se passait », se souvient le médecin.

    « Il m’a fallu plusieurs jours pour me convaincre qu’il s’agissait d’un véritable plan systématique et organisé d’extermination », avoue Jean-Hervé Bradol. « Au début, par inconscience, on laissait même partir les malades guéris (...). Puis j’ai vu qu’ils tuaient tout le monde, jusqu’aux femmes enceintes et aux enfants. J’ai vu les miliciens fouiller une à une les maisons pour tuer les gens. »

    La responsable de MSF chargée des réfugiés rwandais à Goma, en République démocratique du Congo, est la première à parler de « génocide » dans un rapport, le 13 avril. « Moi, j’avais un obstacle cognitif à reconnaître qu’ils faisaient ce que les nazis ont fait aux juifs en Europe. Formuler cela, c’était trop pour mon petit cerveau et ma petite personne », admet Jean-Hervé Bradol. « Mais quand les massacres se sont généralisés à Butare le 22 avril, que plus de 150 personnes ont été massacrées dont une partie de notre personnel, on a compris. »

    Les Nations unies et les ambassades étrangères se refusent elles aussi à employer le terme qui, conformément à la Convention sur le génocide de 1948, sous-tend une obligation légale à intervenir contre les génocidaires. Quand il rentre en France, fin avril, Jean-Hervé Bradol multiplie les plateaux télévisés pour appeler à une intervention internationale. « Les Nations unies étaient complètement dépassées. Elles n’avaient ni la volonté ni les moyens. Les casques bleus avaient été réduits à 270 hommes. On ressentait une sorte d’abandon », s’explique Jean-Hervé Bradol.

    A la télévision, comme plus tard devant la mission d’enquêtre parlementaire, M. Bradol dénonce « les responsabilités écrasantes de la France », alliée du pouvoir hutu, qui « finance, entraîne et arme » l’armée rwandaise. « On était très surpris en juillet 1993 de voir les militaires français participer aux points de contrôle routiers sur les grandes routes qui sortaient au nord de Kigali. Quand les casques bleus sont arrivés en novembre, les militaires français contrôlaient l’aéroport », raconte-t-il. Lorsqu’il rencontre en mai des responsables français de l’Elysée, M. Bradol supporte mal leur « déni » et leur « satisfecit » de ce qu’ils présentent comme la « mission pacificatrice et démocratique » de la France, principal artisan des accords d’Arusha. Alain Juppé, ministre des affaires étrangères, sera le premier à employer publiquement, le 15 mai, le terme « génocide ».

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  • Les déclarations récentes du président rwandais Paul Kagamé permettent aux dirigeants français qui ont eu à conduire ou à connaître la politique menée au Rwanda de 1990 à 1994 de reprendre la posture de l’indignation outragée : comment peut-on accuser la France de complicité dans le génocide des Tutsi ? Cette imposture a déjà été dénoncée par le journaliste Patrick de Saint-Exupéry : le noyau de responsables politiques et militaires qui, sous la houlette de François Mitterrand, a conduit une politique secrète à l’insu du Parlement tente, en s’abritant derrière « la France », de rendre les citoyens français solidaires d’une politique menée en leur nom sans qu’ils en aient été informés.

    Si l’on en croit les responsables français de l’époque, leur objectif aurait été d’obliger toutes les parties (le président Habyarimana, son opposition et le Front patriotique rwandais, FPR) à trouver un accord politique refusé, selon eux, aussi bien par les extrémistes hutu que par le FPR, désireux d’exercer un pouvoir sans partage. Puis, une fois le génocide enclenché, la France aurait été le seul pays à intervenir pour y mettre fin avec l’opération « Turquoise ». Ce récit édifiant n’est qu’une falsification des événements visant à dissimuler de lourdes responsabilités individuelles, dissimulation qui explique que, vingt ans après, aucune conséquence n’ait encore été tirée des choix politiques qui ont été faits, de 1990 à 1994, au plus haut niveau de l’Etat français. Et ce en dépit des travaux menés par de nombreux chercheurs et journalistes qui, depuis 1994, ont soulevé quantité de questions demeurées sans réponse. En voici quelques-unes.
    Une politique de conciliation ou une guerre contre les Tutsi ? Pourquoi, en avril 1991, à Ruhengeri, dans le nord du Rwanda, des militaires français ont-ils participé avec leurs collègues rwandais à des contrôles d’identité lors desquels ils ont trié les Tutsi, qui étaient tués par les miliciens à quelques mètres d’eux ? Pourquoi, en septembre 1991, Paul Dijoud, directeur des affaires africaines et malgaches au Quai d’Orsay, a-t-il dit à Paul Kagamé que si les combattants du FPR s’emparaient du pays, ils retrouveraient leurs familles exterminées à leur arrivée à Kigali ?
    Pourquoi l’armée française a-t-elle sauvé le régime Habyarimana en juin-juillet 1992 et en février-mars 1993, alors que des massacres de Tutsi avaient déjà lieu de manière récurrente depuis octobre 1990 ? Pourquoi, après l’assassinat, le 7 avril 1994, des responsables politiques rwandais partisans des accords de paix signés à Arusha, l’ambassadeur Marlaud a-t-il accueilli les responsables politiques extrémistes à l’ambassade de France et cautionné la formation du gouvernement intérimaire rwandais (GIR) qui encadra le génocide ? Pourquoi le colonel Poncet ne s’est-il pas opposé, à Kigali, à « l’arrestation et l’élimination des opposants et des Tutsi », mentionnées en ces termes dans l’ordre d’opération « Amaryllis » du 8 avril 1994 ?
    Pourquoi, dans la nuit du 8 au 9 avril 1994, l’un des avions d’« Amaryllis » a-t-il débarqué des caisses de munitions de mortier qui ont ensuite été chargées sur des véhicules des Forces armées rwandaises (FAR) ? Pourquoi, les 14 et 16 juin 1994, des fonds en provenance de la BNP sont-ils venus créditer un compte suisse permettant au colonel Bagosora, directeur de cabinet du ministère de la défense du GIR, de régler deux livraisons d’armes en provenance des Seychelles ? Pourquoi, le 18 juillet 1994, une cargaison d’armes destinées aux FAR a-t-elle été débarquée sur l’aéroport de Goma où se trouvait le PC du général Lafourcade, commandant de la force « Turquoise » ?
    Pourquoi le premier ministre, Edouard Balladur, le ministre des affaires étrangères, Alain Juppé, et le conseiller « Afrique » de François Mitterrand, Bruno Delaye, ont-ils reçu, le 27 avril 1994, en plein génocide, le ministre des affaires étrangères du GIR et son directeur des affaires politiques ?
    Pourquoi, lors de sa rencontre du 9 mai 1994 avec le lieutenant-colonel Rwabalinda, conseiller du chef d’état-major des FAR, le général Huchon, chef de la mission militaire de coopération, a-t-il estimé : « Il faut sans tarder fournir toutes les preuves de la légitimité de la guerre que mène le Rwanda de façon à retourner l’opinion internationale en faveur du Rwanda et pouvoir reprendre la coopération bilatérale », à un moment où des centaines de milliers de Tutsi avaient déjà été massacrés ?
    Comment se fait-il que Bruno Delaye détenait, début mai 1994, une autorité suffisante sur les tueurs pour arrêter, d’un coup de téléphone, une attaque sur l’Hôtel des Mille Collines où étaient réfugiées des centaines de Tutsi ? Le contrat d’assistance militaire et de livraison d’armes signé par Paul Barril, ex-gendarme de l’Elysée, avec le premier ministre du GIR, le 28 mai 1994, faisait-il partie de la « stratégie indirecte » qu’évoque, dans une note du 6 mai 1994, le général Quesnot, chef d’état-major particulier de Mitterrand ? Pourquoi, le 18 mai 1994, à l’Assemblée, Alain Juppé a-t-il employé le mot « génocide » et précisé que « les troupes gouvernementales rwandaises livrées à l’extermination systématique de la population tutsi », avant, le 16 juin 1994, d’incriminer les « milices » et non plus les FAR, et d’évoquer « les » génocides commis au Rwanda, inaugurant ainsi le thème mensonger du « double génocide » ?
    Mettre fin au génocide ou secourir les assassins ? Pourquoi l’ordre d’opération « Turquoise » du 22 juin 1994 dédouane-t-il les autorités rwandaises de leurs responsabilités dans le génocide en attribuant les massacres à des « bandes formées de civils ou de militaires hutu incontrôlés (…) exhortés à la défense populaire par les chefs de milice » ? Pourquoi le ministre de la défense, François Léotard, et l’amiral Lanxade, chef d’état-major des armées, n’ont-ils pas donné l’ordre de porter assistance aux survivants tutsi de Bisesero alors que, le 27 juin 1994, une patrouille française avait découvert qu’ils étaient attaqués quotidiennement par les tueurs ? Pourquoi n’ont-ils été secourus que trois jours plus tard, grâce à l’initiative de militaires du GIGN et du 13e RDP qui ont dû outrepasser les ordres ? Pourquoi des militaires français ont-ils entraîné des civils rwandais durant l’opération « Turquoise » ?
    L’ex-secrétaire général de l’Elysée Hubert Védrine a-t-il quelque chose à nous apprendre sur ce qui a été dit chez le premier ministre sur le sort des responsables politiques du génocide ? Pourquoi, alors que le Quai d’Orsay avait affirmé, le 15 juillet 1994, que les membres du GIR qui trouveraient refuge dans la zone « Turquoise » y seraient arrêtés, l’état-major tactique du lieutenant-colonel Hogard a-t-il organisé leur évacuation vers le Zaïre ?
    Ce n’est qu’en répondant à ces questions que les dirigeants français de l’époque pourraient être lavés des soupçons de complicité de génocide qui pèsent sur eux. Les citoyens de notre pays ont le droit d’obtenir des réponses de la part de ceux qui, depuis 1994, dressent des écrans de fumée pour ne pas avoir à rendre compte de leurs actes. Il en va de l’avenir de notre démocratie.

    Raphaël Doridant et Charlotte Lacoste sont coauteurs de l’article « Peut-on parler d’un négationnisme d’Etat ? » dans Cités, PUF, no57, mars 2014

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  • Ce qui suit est raconté par Jean-Dominique Merchet, considéré comme l’un des meilleurs connaisseurs de la chose militaire dans l’Hexagone. Il écrit :

    (…) "La cinquantaine de bérets rouges français n’étaient ainsi qu’à quelques centaines de mètres des « rebelles »" Qu’y faisaient-ils ? L’exemple des artilleurs est assez cocasse. Lors d’une opération connue sous le nom de Chimère (22 février-28 mars 1993), les instructeurs français furent chargés d’une « mission de conseil en vue de l’utilisation des batteries de 122D30 et de 105 mm » qui sont des canons de forte puissance. « Les artilleurs (français, ndlr) n’étaient pas au pied de la pièce en train de tirer », a assuré le colonel Txxxx, mais, « éventuellement, si l’artilleur local était perdu dans ses comptes, ceux-ci l’aidaient, pour se retirer ensuite à l’arrière ». Dans l’artillerie, la principale difficulté n’est pas de glisser un obus dans un canon puis de tirer, mais de connaître la position exacte des cibles et d’orienter précisément le tube de l’obusier. C’est une affaire d’équation" dont se chargeaient les Français, lorsque les Rwandais étaient « perdus dans leurs comptes ». Pas besoin en effet d’être « au pied de la pièce », surtout si elle est à moins d’un kilomètre.

    Lors de cette même opération Chimère, des instructeurs du génie furent également engagés « à proximité souvent immédiate des contacts ». En jargon militaire, ils étaient en charge de l’« organisation défensive du terrain ». C’est-à-dire qu’ils enseignaient les « techniques de piégeage et de minage, suggérant pour cela les emplacements les plus appropriés ». Ce qui revient à dire que des mines antipersonnel ont été posées au Rwanda sous la responsabilité de militaires français, alors même que l’armée jurait ses grands dieux qu’elle n’en utilisait plus depuis les opérations au Liban, dix ans plus tôt.

    Comme l’écrivent les rapporteurs, peu avares en circonlocutions : « La Mission parlementaire ne peut totalement écarter l’idée qu’un instructeur français aurait pu, pour des raisons diverses, apporter ponctuellement un concours plus effectif lors de l’aide au maniement d’une pièce de mortier ou dans une autre situation. »

    Lorsque les militaires français ne faisaient pas la guerre, ils faisaient la police. En procédant notamment à des contrôles d’identité sur les citoyens rwandais. Selon le rapport, "entre février et mars 1993, les forces françaises ont mis en place, sur ordre de l’état-major des armées, un dispositif de surveillance des accès de Kigali très développé". Une "surveillance active, sous forme de patrouilles et de check-points" qui "conduit incontestablement à pratiquer des contrôles sur les personnes".

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  • Sur France Culture, l’ancien officier Guillaume Ancel, membre de l’élite militaire française, révèle que :

    Au début de l’opération Turquoise menée pendant le Génocide , un raid terrestre avait été programmé pour aller jusqu’à Kigali.
    Ce raid terrestre devait être accompagné de frappes aériennes contre les résistants Tutsi.
    Le raid avait pour but de stopper l’avancée l’avancée du FPR (Front Patriotique Rwandais) la seule force qui luttait contre les génocidaires.
    A la mi-juillet 1994, la France a rendu aux militaires rwandais (génocidaires) réfugiés dans les camps du Zaïre les armes qui leur avaient été confisquées.
    Toujours à la mi-juillet 1994 la France a payé en dollars la solde des génocidaires exfiltrés au Zaïre (*).

    (*) La France a exfiltré 150.000 génocidaires au Zaïre accompagnés de leurs familles.

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  • 2 octobre 1990 : Jean-Christophe Mitterrand, responsable de la cellule africaine à l’Elysée, reçoit un coup de fil de Juvénal Habyarimana. Après avoir raccroché, il annonce à Gérard Prunier présent dans son bureau : « nous allons lui envoyer des bidasses, au petit père Habyarimana. Nous allons le tirer d’affaire. »11

    4 octobre 1990 : arrivée des premiers militaires français. 300 militaires débarqueront au Rwanda12 en octobre. Ces troupes apportent, entre autres, des mortiers de 60, 81, et 120 mm. C’est l’opération Noroît, déployée par François Mitterrand. L’objectif avoué de Noroît est de protéger (voire évacuer) les citoyens français du Rwanda face à l’avancée du RPF. En fait, Noroît a surtout été utilisée pour stopper la progression des rebelles13,14. L’armée rwandaise recevant, en plus de l’aide française, l’aide du Zaïre de Mobutu (plusieurs centaines de troupes de la Division Spéciale Présidentielle). Le ministre de la Coopération, M. Jacques Pelletier, a ainsi déclaré15 (au cours de son audition du 16 juin 1998 par la mission d’information parlementaire sur le Rwanda) : « le gouvernement français avait eu deux objectifs dès le début du conflit : un objectif très visible, à savoir, aider un pays à assurer sa sécurité contre une agression extérieure, et un objectif dont on a moins parlé, mais qui était tout aussi important, faire évoluer le régime en place. » Robert Galley, ex-ministre de la coopération, témoignera que les parachutistes français, bien que relativement peu nombreux (125), ont bien servi à stopper le RPF (dont l’armée est à l’époque composée de 2000 à 3000 soldats)16. Deux compagnies françaises Noroît resteront au Rwanda jusqu’en 1993. Le nombre officiel de militaires engagés dans Noroît atteindra 688 personnes (rapport de la mission d’information parlementaire, page 167). A cela s’ajoute la présence non officielle de personnels de la DGSE (voir par exemple le témoignage du capitaine Barril cité plus bas). Autre indice de cette présence de la DGSE : en 1993, le Régiment Parachutiste d’Infanterie de Marine (RPIMa) est présent sur place ; ce régiment est connu pour fournir des commandos aux services secrets français17. La Belgique, ancienne puissance coloniale de la région des Grands Lacs, s’est rapidement désolidarisée du gouvernement rwandais en annulant, fin octobre 1990, toute coopération militaire avec le régime d’Habyarimana, estimant que le conflit en cours était une guerre civile. Le député français Pierre Brana fera également remarquer que l’offensive du RPF relève d’une guerre civile et non pas d’une invasion étrangère18. Le gouvernement français n’a pas eu ce genre de préoccupation : il ne voulait voir dans le RPF qu’une armée étrangère (et anglophone) attaquant un régime ami (et francophone). La légitimité des revendications du RPF et le fait qu’Habyarimana était corrompu et dictatorial ont été occultés.

    4 octobre 1990 : le jour du déploiement français, le gouvernement rwandais monte une fausse attaque du RPF sur Kigali, afin de justifier l’arrestation de plusieurs milliers de Tutsi et d’opposants politiques Hutu19 qui ont le tort de demander plus de démocratie (la mission d’information parlementaire confirme l’attaque sur Kigali comme étant un coup monté en page 127 de son rapport). Certains accusent des militaires français d’avoir participé à cette opération bidon19.

    Après le 8 octobre 199020 : alors que les compagnies parachutistes Noroît s’installent au Rwanda, les forces armées rwandaises ne perdent pas de temps : elles massacrent environ 1000 Bahima (considérés comme des Tutsi) à Mutara, 348 Tutsi dans la préfecture de Kibilira (à partir du 11 octobre). En janvier 1991, environ 1000 Bagogwe (également considérés Tutsi) sont tués dans les préfectures de Ruhengeri et Gisenyi. En mars 1992, au moins 300 Tutsi sont tués à Bugesera. Ces victimes n’ont aucun lien connu avec le RPF.

    15 octobre 1990 : je recopie ici un passage du rapport de la mission d’information parlementaire (p 141) : « L’Ambassadeur de France à Kigali, Georges Martres, a également souligné les risques de violences ethniques. Il adresse, le 15 octobre 1990, au Quai d’Orsay et au Chef d’état-major particulier du Président de la République, l’amiral Jacques Lanxade, le télégramme suivant : “ la population rwandaise d’origine tutsie pense que le coup de main militaire a échoué dans ses prolongements psychologiques... Elle compte encore sur une victoire militaire, grâce à l’appui en hommes et en moyens venus de la diaspora. Cette victoire militaire, même partielle, lui permettrait d’échapper au génocide. ” ». Par conséquent, les autorités françaises ont assez tôt été informées du risque bien réel d’un génocide contre les Tutsi (malgré ce que nombre d’hommes politiques affirmeront par la suite). Cela ne les empêchera évidemment pas de poursuivre l’aide au régime d’Habyarimana...

    10 décembre 1990 : le journal rwandais Kangura, journal raciste anti-Tutsi financé par des proches d’Habyarimana, publie une photo de François Mitterrand en 4ème de couverture avec la légende : « Les grands amis, on les rencontre dans les difficultés » . Dans ce même numéro on trouve les infames « Dix commandements du Hutu », texte raciste qui appelle clairement à la haine anti-tutsi21. Un des paragraphes (le 8ème) de ce texte est : « Les Bahutu doivent cesser d’avoir pitié des Batutsi »22. Le 4ème paragraphe explique « Tout Muhutu doit savoir que tout Mututsi est malhonnête dans les affaires. Il ne vise que la suprématie de son ethnie. », quant au 5ème : « Les postes stratégiques tant politiques, administratifs, économiques, militaires et de sécurité doivent êtres confiés aux Bahutu ». Le texte dénonce également les Hutu mariés à des Tutsi comme traîtres. Ce pamphlet a été très largement diffusé au Rwanda. Il semble très improbable que les représentants français n’en aient pas entendu parler. Pourquoi ne l’ont-ils pas dénoncé alors ?

    1991 : pendant ce temps là, en dépit de l’ampleur des massacres commis par le régime d’Habyarimana au cours de l’année passée, la France verse 70 millions de francs au gouvernement rwandais au titre de l’aide à la balance des paiements23. L’augmentation des dépenses militaires de 2 à 7% du PIB par le Rwanda en 2 ans n’alarme pas les autorités françaises (on voit donc à quoi sert une partie de l’argent du contribuable français). L’armée rwandaise passe de 9335 à 27913 soldats entre 1990 et 1991. En 1993 la France devient, avec la Belgique, le 1er bailleur de fonds du Rwanda, avec des actions de coopération représentant 232 millions de francs24. Sur le plan de l’armement : entre 1987 et 1994, ce sont 591 millions de francs de livraison d’équipement militaire par la France au Rwanda qui sont agréés par la CIEEMG (commission interministérielle). Outre des armes à feu, des lance-roquettes, des mortiers, des mitrailleuses, et des munitions, 6 radars Rasura25 ont fait l’objet d’autorisation AEMG (autorisation d’exportation). Des mines anti-personnelles (20000) ont reçu l’accord CIEEMG, mais n’auraient pas été livrées26. Suite à l’assaut du RPF en 1990 le gouvernement d’Habyarimana se voit forcé de lâcher du lest et de faire des concessions, plus conséquentes que celles qui ont suivi le discours de La Baule, aux opposants politiques qui réclament des ouvertures démocratiques. Mais chaque concession du régime va s’accompagner de vagues d’attentats contre les Hutu modérés et les Tutsi, considérés comme traîtres et collaborateurs du RPF. La faction extrémiste du MRND va se radicaliser.

    dès février 1991 : Janvier Africa, un milicien repenti, affirme avoir assisté à la formation de miliciens interahamwe (qui commettront l’essentiel des meurtres lors du génocide) par des soldats français27 : « Les militaires français nous ont appris à capturer nos victimes et à les attacher. Cela se passait dans une base au centre de Kigali. C’est là qu’on torturait et c’est là également que l’autorité militaire française avait ses quartiers. [...] Dans ce camp, j’ai vu les Français apprendre aux Interahamwe à lancer des couteaux et à assembler des fusils. Ce sont les Français qui nous ont formés ». Vénuste Kayimahe, Tutsi rwandais employé au centre culturel français, affirme également avoir vu des militaires français former des miliciens28. Les interahamwe sont des groupes de jeunes affiliés au parti présidentiel MRND et formés en 1991. Violents, ils vont d’abord être utilisés pour terroriser les opposants politiques à Habyarimana, puis pour tuer les civils Tutsi lors du génocide.

    Septembre 1991 : Paul Kagamé déclare à Renaud Girard (cité dans Le Figaro du 22/11/1997) que le directeur des Affaires africaines et malgaches au ministère des affaires étrangères, Paul Dijoud, lui a dit en septembre 1991 : « Si vous n’arrêtez pas le combat, si vous vous emparez du pays, vous ne retrouverez pas vos frères et vos familles parce que tous auront été massacrés ». Paul Dijoud affirmera ne pas se souvenir de cette rencontre avec Kagamé, pourtant confirmée par un télégramme diplomatique29.

    27 octobre 1991 : Sixbert Musang(w)amfura écrit dans le journal rwandais Isibo : « Si nous n’exterminons pas les Tutsi, ce sont eux qui nous exterminerons ». Difficile de faire plus explicite. Décidément, les français en poste au Rwanda à l’époque ne doivent pas beaucoup lire les journaux...

    22 janvier 1992 : le colonel Bernard Cussac envoie un télégramme mentionnant la création de « milices d’autodéfense » par le ministère de l’intérieur rwandais. Comme mentionné précédemment, ces milices seront les principales responsables du génocide30. A aucun moment la France n’utilise son influence auprès d’Habyarimana pour qu’il désarme ces milices. Elles comprennent principalement les interahamwe du MRND et les impuzamugambi du CDR (Coalition pour la Défense de la République, un parti Hutu extrémiste). Le 25 février 1994, un groupe rwandais appelé Association des Volontaires de la Paix dénoncera par voix de presse le génocide des Tutsi programmé par les extrémistes du MRND et du CDR31.

    Mars 1992 : un contrat d’armement de 6 millions de dollars est passé entre l’Egypte et le Rwanda32. Il inclut des mortiers de 60 et 81 mm, 16000 obus de mortier, des mines antipersonnelles, des roquettes, des obusiers Howitzer D-30 de 122 mm, et plus de 3 millions de munitions d’armes légères. Le paiement rwandais a été garanti par une banque française32 : le Crédit Lyonnais33, banque nationalisée à l’époque.

    26 août 1992 : deuxième modification de l’accord AMT entre la France et le Rwanda. La coopération militaire française, jusque là limitée à la gendarmerie rwandaise, est étendue à toutes les forces armées du Rwanda34. Cette modification s’avère nécessaire pour faire rentrer l’opération Noroît dans le cadre de l’accord militaire Paris-Kigali. La justification de Noroît n’est pas seulement l’évacuation des ressortissants français, mais la prévention de la destabilisation du Rwanda35. Dans une note adressée le 16 février 1992 à l’ambassade de France à Kigali, un conseiller militaire français, le lieutenant-colonel Gilles Chollet, est par ailleurs nommé conseiller militaire spécial du « président » Habyarimana36. Epinglé dans la presse belge, Chollet est obligé d’être « retiré »37.

    1 septembre 1992 : une lettre officielle de remerciement du cabinet présidentiel de Mitterrand, signée par le nouveau responsable de la cellule africaine, Bruno Delaye, est envoyée au leader extrémiste du CDR Jean-Bosco Barayagwiza38 : celui-ci était responsable d’une lettre ouverte remerciant « l’armée française pour sa coopération avec l’armée rwandaise ». Barayagwiza a depuis été condamné pour génocide et crime contre l’humanité par le Tribunal Pénal International pour le Rwanda (TPIR). Il était peu apprécié des soldats belges de la MINUAR qui, lassés de ses appels répétés au meurtre des casques bleus de l’ONU, ont finalement décidés début 1994 de le passer à tabac à son domicile devant sa famille39 avant de menacer de le tuer. Apparemment, tout le monde ne peut pas faire preuve du même calme débonnaire de la belle diplomatie française face aux criminels contre l’humanité.

    Janvier 1993 : Jean Carbonare, ex-président de l’association SURVIE, déclarera au Nouvel Observateur du 4 août 1994 (et au journal télévisé de Bruno Masure) avoir assisté en janvier 1993 à la présence de militaires français dans les camps militaires rwandais de Bigogwe, alors que des civils y étaient torturés puis tués40. Il fera part à Bruno Delaye, conseiller du président Mitterrand, des témoignages qu’il a recueilli sur cette dérive meutrière du régime d’Habyarimana.

    Du 22 au 31 janvier 1993 : 300 personnes (principalement Tutsi) sont assassinées par des miliciens (principalement du CDR) et soldats de l’armée rwandaise dans les préfectures de Ruhengeri et Gisenyi41. Il semblerait que ces tueries étaient destinées à saboter les accords de paix d’Arusha. Depuis juillet 1992, des discussions sont en effet en cours entre le RPF et le gouvernement rwandais, qui se réunissent en Tanzanie à Arusha, afin de mettre en place un partage du pouvoir entre le RPF, Habyarimana, et les partis d’opposition.

    8 février 1993 : le RPF lance un deuxième assaut sur le Rwanda depuis l’Ouganda. Officiellement, il s’agit de mettre un terme aux massacres de Tutsi opérés dans le nord fin janvier (en particulier contre les Bagogwe). Effectivement, les troupes du RPF seront accusées plus tard d’avoir tué des fonctionnaires impliqués dans ces massacres. Un cessez-le-feu sera signé fin février entre le RPF et l’armée rwandaise. Officieusement, certains pensent que le RPF aurait attaqué pour se retrouver en position de force aux négociations d’Arusha face à Habyarimana. Quoi qu’il en soit, Paris annonce l’envoi de 2 compagnies supplémentaires au Rwanda42,43 : sans soutien français, l’armée rwandaise ne peut pas résister à l’avancée du RPF. Le message envoyé par Paris est, encore une fois, un message clair de soutien à Habyarimana. L’avancée du RPF s’accompagne de déplacements massifs de civils : on estime à presque 1 million le nombre de réfugiés dus à la guerre civile.

    Février 1993 : La livraison d’armes au Rwanda par la France se poursuit. Le colonel Philippe Tracqui, commandant des troupes de l’opération Noroît, rapporte que le vendredi 12 février 1993 un DC8 transportant 50 mitraillettes de 12.7 mm et 100000 munitions pour l’armée rwandaise s’est posé. Alors que le mercredi 17 février, il s’agit d’un Boeing 747 avec des obus de 105 mm et des roquettes de 68 mm44. L’opération « d’assistance opérationnelle » menée par des militaires français commandés par le lieutenant-colonel Didier Tauzin dès le 23 février permettra, une fois de plus, à l’armée rwandaise de stopper l’avancée du RPF44.

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  • 11 janvier 1994 : le major-général Roméo Dallaire de l’UNAMIR envoit son fameux « genocide fax » au quartier général de l’ONU à New York, dans lequel il décrit la présence de caches d’armes pour les milices autour de Kigali et l’existence de listes de noms de Tutsis dressées en vue de leur extermination. Si ce fax est resté tristement célèbre, il n’est que l’un des très nombreux indices que les occidentaux ont reçus concernant la préparation du génocide. Accessoirement, ce fax à lui tout seul tord le cou à la thèse du génocide comme « acte spontané et non planifié » survenu uniquement en représailles à la destruction de l’avion d’Habyarimana. Autre preuve de la planification, comment expliquer autrement qu’en février 1994, les autorités rwandaises ont acheté plus de machettes (principale arme utilisée au cours du génocide) que pendant toute l’année 1993 ? Ou encore qu’entre 1993 et 1994, 581,175 tonnes de machettes ont été achetées en premier lieu en Chine à la companie Oriental Machinery Incorporated. Cela représente une machette neuve pour 3 rwandais mâles ! Comment ignorer les appels répétés aux meurtres de Tutsi par la radio RTLM (Radio Télévision Libre des Milles collines) créée en novembre 1992 ? L’ambassadeur belge Johan Swinnen a rapporté au Ministère des Affaires Etrangères à Bruxelles que la RTLM diffusait ces appels à l’extermination des Tutsi. Radio Rwanda diffusait également de fausses informations destinées à exacerber les tensions ethniques, comme en mars 1992 quand elle prétend que des leaders Hutu de Bugesera vont être assassinés par des Tutsi. Comment ignorer que plusieurs journaux ont annonçé la mort d’Habyarimana dès le début de l’année 1994 (Gérard Prunier rapporte que l’extrémiste Hassan Ngeze du CDR a écrit par deux fois dans le quotidien Kangura qu’Habyarimana mourrait en mars 1994) ? Comment ignorer enfin la montée en puissance des milices interahamwe et impuzamugambi, et les attentats politiques contre les leaders Hutu modérés que le major-général Roméo Dallaire ne cesse de mentionner dans son livre ? Finalement on peut également remarquer que Johan Swinnen avait écrit le 15 janvier 1994 au ministre belge des affaires étrangères que l’ONU possédait la preuve de l’existence d’au moins 4 caches d’armes : le « genocide fax » ne pouvait pas être inconnu des autorités françaises, détentrices d’un siège au conseil de sécurité de l ‘ONU. Le Rwanda de début 1994 est une poudrière qui n’attend qu’à exploser...

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  • 21 janvier 1994 : fouille d’un avion DC8 à Kigali par les observateurs militaires de l’ONU (de la mission MINUAR). L’avion est chargé de tonnes de munitions d’artillerie et de mortiers. La paperasse à bord mentionne des compagnies domiciliées dans plusieurs pays, dont la France.

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  • Le 1er Sgt Ntwarane faisait partie de la section qui attendait le président Habyarimana, le soir du 06 avril 1994. Ntwarane rapporte l’attentat comme suit :

    « J’ai vu l’avion en approche d’atterrissage dans le ciel de Masaka aux alentours
    de 20h. Il était visible et avait des phares clignotants. Lorsque il a entamé la descente, se tr
    ouvant au-dessus de la colline de Kanombe, le premier projectile de couleur rouge est monté et n’a pas complètement atteint l’avion ; puis au bout de cinq secondes environ, un second projectile a suivi et a explosé l’avion. Le point de départ de ces deux projectiles est Kanombe derrière l’habitation du président Habyarimana.
    Vers cette zone-là. Les tirs partaient vers l’avion en venant de devant ».

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  • Que faisaient au Rwanda ces militaires français, avant et pendant le dernier génocide du XXe siècle ? Ont-ils joué un rôle, et lequel, dans l’attentat contre l’avion du président Habyarimana, cette « ténébreuse affaire » qui a déclenché le début des massacres le 6 avril 1994 ? Quelles opérations militaires clandestines ont été conduites au Rwanda ? Dans quel but ? Des armes ont-elles été vendues et livrées au gouvernement du génocide ? Auprès de qui ces soldats, dont le plus célèbre d’entre eux, Paul Barril, prenaient-ils leurs ordres à Paris ? Et que savaient les hauts responsables politiques et administratifs français de ce qui se préparait ?
    Pour répondre à ces questions toujours brûlantes, Benoît Collombat et David Servenay ont retrouvé des archives inédites et rencontré les témoins : politiques, militaires, « barbouzes », etc., dont certains, vingt ans après les faits, ont souhaité témoigner pour l’Histoire.
    Dans ce livre d’enquête, ils démontent les entreprises d’intoxication politico-médiatiques qui ont voulu exonérer la responsabilité de notre pays, et racontent l’engrenage qui a conduit la France à mener une diplomatie secrète aux confins de l’Afrique. Pour finir par compromettre son armée dans une guerre qui s’est accompagnée d’un génocide : le massacre planifié de près d’un million de Tutsi et Hutu modérés par le régime extrémiste de Kigali, durant l’été 1994.

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  • Sur France Culture, l’ancien officier Guillaume Ancel, membre de l’élite militaire française, révèle que :

    Au début de l’opération Turquoise menée pendant le Génocide , un raid terrestre avait été programmé pour aller jusqu’à Kigali.

    Ce raid terrestre devait être accompagné de frappes aériennes contre les résistants Tutsi.

    Le raid avait pour but de stopper l’avancée l’avancée du FPR (Front Patriotique Rwandais) la seule force qui luttait contre les génocidaires.

    A la mi-juillet 1994, la France a rendu aux militaires rwandais (génocidaires) réfugiés dans les camps du Zaïre les armes qui leur avaient été confisquées.

    Toujours à la mi-juillet 1994 la France a payé en dollars la solde des génocidaires exfiltrés au Zaïre (*).

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  • Aujourd’hui, à Kigali, les rescapés se souviennent de ces militaires français qui, après avoir instruit certains des futurs génocidaires, ont évacué, au début des tueries, les ressortissants étrangers, abandonnant derrière eux les civils tutsis, y compris les employés de l’ambassade ou du centre culturel français.

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  • C’est une lettre de quelques lignes, tapée à la machine. Signée par Augustin Bizimana, le ministre de la Défense rwandais, elle est adressée « au Capitaine Paul Barril ». « Monsieur,… la situation dans mon pays devient de plus en plus critique… Vu l’évolution actuelle du conflit, je vous confirme mon accord pour recruter, pour le gouvernement rwandais, 1000 hommes devant combattre aux côtés des Forces Armées Rwandaises.

     » La missive insiste sur « l’urgence » de la requête. Elle est datée du 27 avril 1994.

    A cette date, le génocide rwandais a commencé depuis trois semaines. Depuis que, le 6 avril, l’avion du président Juvénal Habyarimana a été abattu. Les Hutus, accusant les Tutsis du Front patriotique rwandais (FPR) d’avoir commis l’attentat, lancent un effroyable génocide. Hommes, femmes, vieillards, enfants : en quatre mois, essentiellement à coups de machette, ils massacrent 800000 Tutsis (évaluation de l’ONU).

    3M$ de factures d’armes, de munitions et d’hommes

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  • Fin 90, la France accorde un prêt de 84 millions de francs « pour le développement », puis un second, par le biais de la Caisse centrale de coopération économique, de 49 millions, « pour la réalisation de divers projets ». Ils serviront en réalité à l’achat, par Kigali, de nouveaux armements. De 1990 à 1993, les livraisons d’armes seront de 86 millions de dollars par an, par l’intermédiaire de la manufacture d’armes sud-africaine Armscor.

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  • Plusieurs éléments attestent de la présence d’instructeurs français pour former les officiers les plus radicaux de l’armée rwandaise, qui constitueront peu après le noyau dur de l’appareil génocidaire. Il y a d’abord le témoignage de Janvier Africa, ancien membre des escadrons de la mort, le « Réseau Janvier » : le 30 juin 1994, il confie au journaliste sud-africain Mark Huband, du Weekly Mail and Guardian de Johannesbourg, avoir été formé par des instructeurs français : « Les militaires français nous ont appris à capturer nos victimes et à les attacher. Cela se passait dans une base au centre de Kigali. C’est là qu’on torturait, et c’est là également que l’autorité militaire française avait ses quartiers. [...] Dans ce camp, j’ai vu les Français apprendre aux Interahamwe à lancer des couteaux et à assembler des fusils. Ce sont les Français qui nous ont formés - un commandant français - pendant plusieurs semaines d’affilée, soit au total quatre mois d’entraînement entre février 1991 et janvier 1992. » [6]. En mars 1993, une enquête internationale est diligentée sur les massacres de Tutsis au Rwanda : l’un des membres de cette commission, Jean Carbonate, affirme avoir vu des instructeurs français dans le camp de Bigogwe, où « l’on amenait des civils par camions entiers. Ils étaient torturés et tués ». Ces informations seront confirmées ultérieurement par la Mission d’information parlementaire.

    La coopération entre les deux pays va même plus loin : en février 1992, le Quai d’Orsay envoie une note à l’ambassade de France à Kigali selon laquelle « le lieutenant-colonel Chollet, chef du Dami, exercera simultanément les fonctions de conseiller du Président de la République, chef suprême des Forces armées rwandaises, et les fonctions de conseiller du chef d’état-major de l’armée rwandaise ». Le responsable des forces françaises déployées au Rwanda devient, par là même, le commandant de l’armée rwandaise. Les responsabilités de la France sont donc bien plus importantes que celles officiellement avouées : lors du déclenchement du génocide, à l’occasion de l’attentat contre l’avion présidentiel de Juvénal Habyarimana, la France peut compter, sur place, sur la présence de onze militaires du Département d’assistance militaire à l’instruction (Dami), en civil, pourtant sensés avoir officiellement quitté le Rwanda en décembre 1993. Sur place également, le capitaine Paul Barril, prestataire de services spéciaux.

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  • Pour stopper le génocide, le Front patriotique rwandais (FPR) attaque l’armée régulière (FAR), et gagne quelques batailles. L’attitude des autorités françaises traduit une précipitation à la limite de la panique : l’ambassade de France détruit toutes ses archives sur ordre de l’ambassadeur Jean-Michel Marlaud. Dans le même temps, les ressortissants français et les principaux tenants hutus de l’idéologie génocidaire sont exfiltrés via Bangui, en Centrafrique : notamment la propre femme du président assassiné, Agathe Habyarmina, ses frères Séraphin Rwabukumba et Protais Zigiranyirazo, et l’idéologue Ferdinand Nahimana. Contrairement à ce qu’affirme aujourd’hui la diplomatie française, les livraisons d’armes se poursuivent. Le gouvernement intérimaire, composé des éléments les plus extrémistes de l’ancienne garde rapprochée d’Habyarimana, est reçu à plusieurs reprises par les responsables français à Paris. Le 9 mai, le lieutenant-colonel Ephrem Rwanbalinda, conseiller du chef d’état-major de l’armée rwandaise, est reçu à la Mission militaire de Coopération par le général Jean-Pierre Huchon. Selon ce dernier, « il faut sans tarder fournir toutes les preuves prouvant la légitimité de la guerre que mène le Rwanda, de façon à retourner l’opinion internationale en faveur du Rwanda et pouvoir reprendre la coopération bilatérale. Entre-temps, la Mission militaire de coopération prépare les actions de secours à mener en notre faveur. » Jean-Pierre Huchon promet également de fournir du matériel de communication cryptée pour maintenir le contact entre les FAR et Paris.

    Devant l’ampleur surprenante des succès militaires du Front Patriotique Rwandais, la France décide d’intervenir au grand jour, officiellement « pour des raisons humanitaires ». Ce sera l’opération Turquoise. Les propos du président François Mitterrand sont sans ambiguïtés : le 18 juin, il déclare que « c’est désormais une question d’heures et de jours. (...) Je le répète, chaque heure compte ». Cela fait pourtant deux mois que le génocide a commencé. C’est donc que ce n’est pas cela qui motive l’urgence. En revanche, les forces du FPR commencent à s’approcher de la victoire finale. Et la France doit absolument l’empêcher.

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  • On dispose aussi désormais d’innombrables témoignages d’anciens militaires ou miliciens rwandais qui détaillent comment les Français prenaient en charge en particulier leur formation idéologique, insistant sur la dimension d’ennemi intérieur Tutsi, tous les Tutsi devant être considérés comme des alliés potentiels du FPR... C’est le même raisonnement qui conduira à considérer que les Tutsi réfugiés dans les collines de Bisesero étaient forcément une « cinquième colonne » du FPR, puisqu’en plus ils se défendaient, qui plus est avec succès dans un premier temps.

    Qui manipulait qui ? Vraiment passionnante, dans ce numéro de La Nuit rwandaise, l’interview de Jean-François Dupaquier, qui raconte l’extraordinaire opération de désinformation à laquelle se livrait Richard Mugenzi, au sein des services de renseignement rwandais, sous la direction du colonel Anatole Nsengiyumva – enquête qui est l’objet de son livre, L’agenda du génocide. Ainsi, Mugenzi avait été formé, par des Français, à produire un flux continu de faux compte-rendus d’écoutes, « désinformant », en travaillant méthodiquement, tous les jours, en moyenne sept fois par jour dit-il, à trafiquer de prétendues « interceptions » des communications du FPR pour leur faire dire ce que le parti génocidaire voulait faire croire qu’elles disaient. Comme le souligne Dupaquier, ce travail d’intoxication servait d’abord et avant tout à tromper... les militaires français – ce dont atteste le fait que ces prétendues « interceptions » de messages originellement en anglais ou en swahili étaient directement rendues en français...

    Les services français travaillaient ainsi à intoxiquer l’armée française... Mais pas seulement, bien sûr : ces « documents » prétendant attester de la méchanceté du FPR servaient aussi à sa diabolisation auprès des rwandais et des observateurs de manière générale. Qui manipulait qui ? Dupaquier n’a pas tort de relever le talent machiavélique du colonel Nsengiyumva, donnant ses instructions au jour le jour à Richard Mugenzi. Or le colonel Nsengiyumva était le principal correspondant des français à l’état-major, en plus d’être le bras droit du colonel Bagosora, lui-même animateur principal du parti génocidaire et militaire le plus proche des Français, le premier rwandais à avoir fait l’École de Guerre en France, et compère du lieutenant-colonel Maurin qui dirigeait les opérations.

    Ainsi, Nsengiyumva intoxiquait tout le monde, y compris les Français, mais il le faisait pour le compte des Français, et selon une méthode, une recette, enseignée par les Français et, en l’occurrence, plausiblement le colonel Robardey, qui était précisément chargé de la mise au point des méthodes des services de renseignements rwandais.

    Qui manipulait qui ? Était-ce l’Église qui, en amont, manipulait aussi bien le parti raciste rwandais que l’armée française, son gouvernement et sa présidence ? Ou bien l’Église – dont il n’est pas abusif de dire qu’elle aura suscité ex nihilo le « nationalisme » hutu –, avait-elle prêté son concours au projet de guerre révolutionnaire pour les « zones densément peuplées du Ruanda-Urundi » concocté par le colonel Marlière bien avant que Perraudin ne commence ses prêches ?

    Était-ce le parti raciste rwandais – avec à sa tête ce qu’on appelait l’Akazu, en l’occurrence l’entourage de la femme du président – qui manipulait Paris ou Paris qui tirait les ficelles à Kigali ? Dans l’interview qu’il accorde à La Nuit rwandaise, Jean-François Dupaquier évoque aussi le fait, déjà relevé par d’autres observateurs, qu’il aurait été possible d’arrêter le processus génocidaire à tout moment, et le fait que celui-ci avait été nettement facilité par l’appui inconditionnel et systématique que Paris apportait au parti raciste, contre les démocrates, aussi bien au sein de l’armée que de l’État rwandais.

    On parle là d’instrumentalisation, mais qui payait ? Sait-on que l’opération génocide aura été entièrement sous subvention du contribuable français, puisque l’État d’Habyarimana était endetté au-delà de tout, et ne pouvait subsister que par l’effacement de ses dettes par la coopération française ? Un analyste financier, Martin Marschner, a déjà pu dénoncer à répétition le fait qu’un milliard aurait été débloqué par le Budget français, à l’époque sous la responsabilité de Nicolas Sarkozy, ministre du Budget, pour financer cette opération très spéciale – une accusation qui n’aura fait l’objet d’aucun démenti à ce jour.

    Richard Mugenzi, sous les instructions du colonel Nsengiyumva, balançait en moyenne sept « télégrammes » par jour, désinformant sur les communications internes du FPR – comme sur les communications d’autres acteurs, si on comprend bien –, dans le sens exclusif d’une radicalisation de l’affrontement. Ainsi, on voit les services rwandais très en pointe dans l’entreprise de manipulation. Mais que faisait pendant ce temps la DRM, cette direction du renseignement militaire – tout nouveau service à l’époque – créée postérieurement à la guerre du golfe, en 1992, et dont les premiers terrains d’action seront le Rwanda et la Bosnie ? On sait que son patron, le général Jean Heinrich, considérait son service comme le mieux renseigné sur le Rwanda, mieux que tout autre service occidental, ainsi qu’il pouvait s’en glorifier devant la Mission d’information parlementaire. On sait aussi que la DRM incarnait en Bosnie la ligne pro-serbe de l’état-major français, et au Rwanda les pro-hutu, ce service se distinguant par ses œillères idéologiques et la violence de ses analyses, partageant le point de vue des tueurs, en Bosnie comme au Rwanda. Peut-on dire que Heinrich se laissait manipuler par Nsengiyumva ? Ça ne semble pas raisonnable.

    Et qui manipulait qui, de Mitterrand ou d’Habyarimana ? On sait ce qu’il advint d’Habyarimana, et on a toutes les raisons de penser que c’est François Mitterrand qui aura pris personnellement la responsabilité de son élimination [1]. Mitterrand était-il alors manipulé par Bagosora, qu’on appellera un temps « le cerveau du génocide » ?

    On insiste beaucoup pour suggérer qu’à aucun moment, bien sûr, Mitterrand n’aurait pu concevoir une chose telle qu’un génocide, et que celui-ci lui aurait en quelque sorte échappé des mains, les massacres, prévisibles, prenant une ampleur inattendue. Or, le fait est là, que ce génocide était tout sauf imprévisible – surtout pour les services de renseignement les mieux informés... –, et la surprise à laquelle prétendent les acteurs principaux du dossier ne pouvait être que feinte. Cela faisait trente-cinq ans que ce génocide était au programme, et la preuve avait été faite plus d’une fois que ce n’était pas une intention en l’air.

    En ce début 1994, la chose n’était pas moins claire. Pour ce vingtième anniversaire, Jean-Hervé Bradol, à l’époque responsable de MSF au Rwanda, se remémore ces pages douloureuses, et rappelle comment en février-mars 94, à Kigali, se multipliaient les journées « ville morte » où les miliciens Interahamwe installaient leurs barrages meurtriers, interdisant de fait aux Tutsi de circuler. « Il y avait déjà des pogroms de Tutsi et on savait que ça allait s’amplifier. A chaque journée ville morte, il y avait des blessés et des morts par dizaines », raconte-t-il dans une interview au Monde.

    On peut regretter que le même journal se soit insuffisamment intéressé à ce précieux témoin à l’époque, préférant laisser la place aux reportages lénifiants de Jean Hélène, ou aux redoutables analyses de Jacques Isnard, qui l’un comme l’autre véhiculaient le pipeau des massacres interethniques qui polluera l’information pendant des semaines ...

    Extraits de Michel Sitbon

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  • La justice française refuse d’extrader vers le Rwanda un génocidaire présumé...

    La chambre de l’instruction de la cour d’apppel d’Aix-en-Provence a émis un avis défavorable à la demande du Rwanda, en faisant valoir une jurisprudence récente de la Cour de cassation. Toutefois, « cela ne veut pas dire que la cour est convaincue que vous n’êtes pas impliqué dans les faits qui vous sont reprochés », a déclaré sa présidente, Nicole Besset, à l’attention de Pierre Tegera.

    La chambre a suivi les réquisitions de l’avocate générale, qui s’était également opposée à cette demande en vertu de la jurisprudence rendue en février, selon laquelle une extradition vers le Rwanda serait contraire au principe de « non-rétroactivité de la loi pénale » : on ne peut être jugé pour une infraction qui n’était pas définie par la loi au moment des faits.

    Or les demandes rwandaises d’extradition concernent « des faits qualifiés de génocide et de crimes contre l’humanité qui n’étaient pas incriminés par l’Etat requérant à l’époque où ils ont été commis », souligne la Cour de cassation. Le génocide est poursuivi au Rwanda en vertu de lois datant de 1996 et 2004.

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  • Entre 1990 et 1994, la France est, avec l’Egypte (6 M$ d’armes en 1992, via le Crédit Lyonnais), l’un des principaux fournisseurs en armes du régime Habyarimana.

    Pour le génocide de 1994, l’armée rwandaise gouvernementale a pu compter sur : les kalachnikov albanaises, les grenades tchèques, les Uzi israëliens, les M16 américains, les armes et les munitions d’Egypte, et quelque... 500 000 machettes chinoises, livrées entre 1993 et 1994, soit-disant pour les agriculteurs qui ont « besoin de travailler ».

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  • Comment se fait-il que le fasciste De Grossouvre était personnellement chargé de toutes les communications directes entre le Rwanda et François Mitterrand ?!!!!

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  • Le 27 avril 1994, François Mitterrand, Alain Juppé et Bruno Delaye, alors responsable de la cellule africaine à l’Élysée, ont reçu à Paris une délégation rwandaise formée de Jérôme Bicamumpaka, ministre des Affaires étrangères du GIR (Gouvernement Intérimaire Rwandais), et de Jean Bosco Barayagwiza, responsable de la CDR (Coalition pour la Défense de la République). La CDR était, avec le parti présidentiel MRND, le noyau dur du Hutu Power qui s’était élargi en « front commun » contre le FPR plus d’un an plus tôt, et appelait à la « guerre raciale » contre les Tutsi. Au moment où eut lieu cette rencontre franco-rwandaise, le GIR se livrait à l’extermination des Tutsi depuis près d’un mois.

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  • Un exemple de la parfaite hypocrisie du rapport Quilès qui estime que trois jours n’étaient pas suffisants pour laisser les génocidaires massacrer une région :

    « Il a été reproché au Capitaine de frégate Marin Gillier, responsable d’un des trois groupements, d’être arrivé en reconnaissance dans la zone relevant de sa responsabilité (Bisesero), puis d’en être reparti immédiatement pour ne revenir sur place que trois jours plus tard, laissant ainsi le champ libre aux Hutus de la région pour poursuivre les massacres des derniers 50 000 Tutsis qui s’y trouvaient encore.
    Ces accusations proviennent de témoignages de rescapés, de commentaires contenus dans le rapport d’African Rights et de M. Michel Peyrard, reporter présent à Bisesero pour le compte du journal Paris Match. De la confrontation des éléments contenus dans le rapport d’African Rights, du témoignage envoyé par le Capitaine de frégate Marin Gillier à la Mission et du compte rendu de l’audition particulière du reporter Michel Peyrard, il apparaît que rien ne vient sérieusement à l’appui de ces accusations. Si trois jours se sont effectivement écoulés entre le moment où le groupement du Capitaine de frégate Marin Gillier a procédé le 27 juillet à une reconnaissance de la zone de Bisesero et le moment où il est intervenu, le 30 juillet, pour protéger et sauver les populations du lieu-dit Bisesero, ce délai n’apparaît pas intentionnel. »

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  • Qui a financé le génocide ?

    1. Les paiements par la Banque de France et la BNP jusqu’au 1er août 1994

    De 1991 à mars 1994, L’ensemble des bailleurs de fond, dont la Banque Mondiale et la coopération française, ont financé à vannes ouvertes un régime dont ils savaient qu’il affectait une grande partie de ces versements extérieurs à l’achat d’armes, et en particulier à celui de plus d’un million de machettes.

    Enquêtant sur le financement des armes du génocide, Pierre Galand, ancien directeur d’Oxfam-Belgique et ex-président des ONG européennes, a pu consulter le circuit des paiements initiés durant le génocide par la Banque nationale du Rwanda (BNR) – l’instrument finan­cier du Gouvernement génocidaire. Parmi les paiements ordonnés, une série ont eu lieu à un moment où plus un banquier, plus une tutelle de place bancaire ne pouvait ignorer à quels crimes servait cet argent.

    GME International Paris pourrait être Global Mobil Electronics, « télécommunication sans frontières », 53 avenue de la Grande Armée, 75016-Paris, filiale de Global Satellite à Fort-Lauderdale (USA). On resterait dans le domaine de la télécommunication, à laquelle le général Huchon attachait tant de prix.

    À moins qu’il ne s’agisse de GME International Consulting, qui se proclame spécialisée en « International conflict resolution issues », avec 30 ans d’expérience en « dealing with foreign governments and individuals ». Un lobbying désespéré aux États-Unis ? Cette firme est liée à Earthlink, d’Atlanta, fournisseur d’Internet à 5 millions de clients.

    Ou GME International Motors, filiale de General Motors ?

    Quoi qu’il en soit, au moins 33 millions de francs de financement du camp génocidaire sont passés par la place financière de Paris.

    Le 05/05/94 a été prélevé sur le compte de la Banque de France au profit de la BNR :

    435 000,00 FF. Bénéficiaire : Alcatel (téléphones cryptés ?).

    Le 14/06/94 a été prélevé sur le compte BNP Paris au profit de la BNR :

    8 415 000,00 FF. Bénéficiaire : inconnu.

    Le 15/06/94 a été prélevé sur le compte BNP Paris au profit de la BNR :

    673 920,00 FF. Bénéficiaire : inconnu.

    Le 15/06/94 a été prélevé sur le compte BNP Paris au profit de la BNR :

    2 043 887,00 FF. Bénéficiaire : inconnu.

    Le 15/06/94 a été prélevé sur le compte BNP Paris au profit de la BNR :

    3 330 063,34 FF. Bénéficiaire : inconnu.

    Le 15/06/94 a été prélevé sur le compte BNP Paris au profit de la BNR :

    4 123 890,50 FF. Bénéficiaire : inconnu.

    Le 15/06/94 a été prélevé sur le compte BNP Paris au profit de la BNR :

    5 616 000,00 FF. Bénéficiaire : inconnu.

    Le 23/06/94 a été prélevé sur le compte BNP Paris au profit de la BNR :

    6 285 379,51 FF. Bénéficiaire : inconnu.

    Le 30/06/94 a été prélevé sur le compte de la Banque de France au profit de la BNR :

    317 882,96 FF. Bénéficiaire : GME International Paris.

    Le 01/07/94 a été prélevé sur le compte de la Banque de France au profit de la BNR :

    490 450,61 FF. Bénéficiaire : inconnu.

    Le 07/07/94 a été prélevé sur le compte de la Banque de France au profit de la BNR :

    176 918,58 FF. Bénéficiaire : Ambassade Rwanda en Éthiopie.

    Le 07/07/94 a été prélevé sur le compte de la Banque de France au profit de la BNR :

    81 151,36 FF. Bénéficiaire : Consulat du Rwanda à Pretoria.

    Le 07/07/94 a été prélevé sur le compte de la Banque de France au profit de la BNR :

    170 716,14 FF. Bénéficiaire : Ambassade Rwanda en Égypte.

    Le 01/08/94 a été prélevé sur le compte de la Banque de France au profit de la BNR :

    1 500 000,00 FF. Bénéficiaire : Inconnu.

    Total : 33 660 260 FF.

    2. La facture des achats d’armes aux Seychelles par le colonel Bagosora est passée par la BNP

    On se réfère ici essentiellement à deux sources : l’enquête des Nations Unies (UNICOI) et Patrick de Saint-Exupéry confirme les achats d’armes par Willem Petrus Ehlers aux Seychelles. Plus de 1,3 millions de dollars sont passés les 14 et 16 juin par les comptes de la BNR à la BNP :

    « Nous relevons que, selon les données officielles, le gouvernement des tueurs a effectué, à partir de la BNR, des transferts à hauteur de 17 820 000 dollars entre les mois d’avril et d’août 1994. Plus de 6 440 200 dollars en chèques de voyage ont également été emportés par les anciens dignitaires. Une partie de ces fonds ont, d’évidence, pris la direction de la France. Et ce trésor de guerre sert à acheter des armes. […] Les autorités françaises ne peuvent ignorer la transaction des Seychelles. Elle est “couverte”, c’est-à-dire clandestine mais assumée. »

    Brian Wood et Johan Peleman résument les résultats de l’enquête des Nations Unies :

    « Deux paiements séparés ont été effectués sur le compte de la Banque centrale des Seychelles à la Federal Reserve Bank de New York pour l’achat des armes [2]. Deux montants de 179 965 $ et 149 982,50 $ ont été transférés sur le compte des Seychelles à partir d’un compte de l’Union Bancaire Privée à Genève. Dans un premier temps, les demandes d’infor­mation concernant le titulaire du compte adressées par l’UNICOI au Département fédéral du ministère des Affaires étrangères suisse n’ont donné aucun résultat. Le Département fédéral suisse a répondu à l’UNICOI que “les investigations rencontrent de multiples problèmes d’ordre juridique et pratique”[3]. Cependant, en août 1997, le Procureur général de Suisse a envoyé une lettre à l’UNICOI lui notifiant qu’une en­quête sur les transactions financières relatives à l’affaire avait été ouverte. Le gouvernement suisse a donné des détails qui attestent qu’Ehlers était en effet le titulaire d’un compte numéroté – 82-113 CHEATA – à l’agence de Lugano de l’Union Bancaire Privée en Suisse.

    Le Procureur général suisse a confirmé que les deux paiements sépa­rés de 179 965 $ et 149 982,50 $ ont été effectués respectivement les 15 et 17 juin 1994. Il a de plus affirmé que les 14 et 16 juin 1994, le compte d’Ehlers avait été crédité de 592 784$ et 734 099$. En d’autres termes, un million de dollars a été transféré sur le compte d’Ehlers en plus de ce qui a été payé sur le compte de la Banque centrale des Seychelles à New York.

    Le Procureur général a dit à L’UNICOI que ces fonds importants arri­vant sur le compte d’Ehlers provenaient d’un compte à la Banque nationale de Paris SA, à Paris, lui-même actionné au nom de “Banque nationale du Rwanda, Kigali”. Alors, d’où cet argent venait-il vraiment ?

    Le journal français Le Figaro a tenté de reconstituer ces transactions en avril 1998, mais la Banque nationale de Paris et l’Union Bancaire Privée en Suisse ont décliné tout commentaire sur l’affaire. Des repré­sentants de la Federal Reserve Bank de New York ont renvoyé les journa­listes du Figaro vers la banque suisse. »

    François-Xavier Verschave

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  • De 1990 à 1994, les principaux fournisseurs d’armes et de crédits au Rwanda avaient été la France, l’Egypte, l’Afrique du Sud, la Belgique et la République populaire de Chine. Les livraisons d’armes égyptiennes étaient garanties par le CREDIT LYONNAIS.

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  • Le 6 avril 1994, jour ou l’avion gouvernemental de Juvenal Habyarimana, l’ancien président du pays a été abattu, privant par un tir de roquette venue, pour l’instant, on ne sait d’où, tout un pays de son gouvernement.

    Or cette roquette était une arme française, un missile Mistral, à l’époque il n’avait pas fait l’objet d’une AEMG (autorisation d’exportation de matériel de guerre), et sa présence sur le sol Rwandais était donc tout à fait illégale.

    Plus tard, ce fut le journal « Libération » qui, le 10 janvier 2013, donna une information qui jeta un certain trouble : 2 gendarmes français, et l’épouse de l’un d’eux, furent tués à Kigali dans des circonstances non élucidées, mais le certificat de décès établi pour l’un des gendarmes serait, d’après le quotidien, un faux, le décès étant assuré comme « accidentel ».

    Ces gendarmes étaient chargés de la mission de coopération française avec celle de l’armée rwandaise.

    Auraient-ils eu des informations sur l’identité de ceux qui avaient tiré le missile ? s’interroge le quotidien

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  • Un témoin

    Identification : Né en 1972, cultivateur, recruté et formé au camp Mukamira en 1991 comme

    Interahamwe ; transféré en septembre 1991 au camp Gisenyi ; a participé à

    l’expédition des ex-FAR, Gendarmes et Interahamwe partis de Gisenyi à

    Kibuye en renfort pour le massacre à Bisesero ; a combattu dans l’armée sans

    matricule ; s’est exilé au Congo par bateau ; a vécu au camp Bulengo ; est

    ensuite revenu au Rwanda déguisé en civil ; réside aujourd’hui à Gisenyi.

    Eléments essentiels de son témoignage :

    - Les Français ont formé les Interahamwe. Confirmant les témoignages recueillis lors de la première journée d’audition, le témoin a indiqué avoir été formé par des soldats français au camp Mukamira. Il a plusieurs fois évoqué la présence d’un capitaine Français qui avait son bureau au camp Mukamira, et de trois ou cinq autres soldats Français qui se relayaient selon les jours.

    - Les Français ont fourni les armes du génocide.

    Le témoin a également confirmé – comme d’autres avant lui- avoir participé au déchargement d’armes fournies par les Français à l’aéroport de Goma.

    - Les Français étaient complices des génocidaires.

    Le témoin a évoqué une série de massacres de Tutsi auxquels les soldats Français ont assisté, et d’autres où ils ont joué un rôle actif :

    . « Les Français ont accueilli avec joie les Interahamwe partis de Gisenyi en renfort pour tuer à Bisesero. L’accueil a eu lieu au camp de gendarmerie de Kibuye. »

    . Un convoi de soldats Français a escorté plus d’une centaine de Tutsis, de Mukamira au camp Gisenyi où ils ont été tués et leurs cadavres jetés dans le lac vert entre Goma et Sake. « Le Lieutenant Habyarimana Alexis qui était chargé de notre peloton m’a dit que c’était des complices arrêtés à Mulindi. Leurs corps ont été jetés au lac vert. C’était vers le 15 avril 1994. »

    - Les Français ont continué à former les Interahamwe et les ex-FAR en exil au Congo. Le témoin évoque le camp de Bulengo, où il a vécu.

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  • Un autre témoin :

    Identification : Ex-FAR, entré dans l’armée en 1989 ; formé à l’Ecole des sous officiers

    (Butare) jusque mai 1991 ; instructeur au camp Bigogwe ; affecté au

    bataillon 64 (appelé Zoulou, célèbre pour ses méfaits) ; puis au bataillon

    65 au Mutara ; formé à l’artillerie à Mukamira ; retour au bataillon 65 au

    Mutara ; affecté à Ruhengeri ; exilé

    au Congo ; retour au pays et réintégration dans l’armée ; inculpation pour

    génocide ; aveu de culpabilité en 2000 ; condamné en 2006 à 12 ans de

    prison par Gacaca ; actuellement libre parce qu’il avait déjà épuisé les 12

    ans en détention.

    Eléments essentiels de son témoignage :

    - Les Français ont donné un entraînement militaire et idéologique aux miliciens Interahamwe et aux ex-FAR. Le témoin évoque spécialement les militaires Français du DAMI (Détachement d’Assistance Militaire et d’Instruction) au camp Bigogwe et Mukamira. « Comme instructeur, j’étais une sorte d’intermédiaire entre les Français et les jeunes qu’on formait. Le Français faisait la démonstration d’une tactique sur moi ; ensuite j’appliquais la même tactique sur un autre tout en traduisant. »

    - Les Français participaient aux combats aux côtés des FAR. Le témoin indique qu’à trois

    reprises, il a fait partie de l’équipe chargée de tirer au mortier contre les positions du FPR

    dans la localité de Kirambo (Ruhengeri).

    « Il y avait en tout 12 mortiers 105, et sur chaque engin étaient affectées 7 personnes.

    J’étais responsable du numéro 5. J’avais un adjoint français ainsi que deux autres à des postes techniques importants. Ces trois postes étaient particulièrement importants pour chaque engin, et ils étaient toujours occupés par des Français. Les Rwandais n’étaient pas encore bien formés pour manier ces nouvelles armes. La coordination de l’opération était assurée par un général français qui opérait à une certaine distance en compagnie du Colonel Serubuga, et c’est ce général qui nous donnait les institutions par transmission Radio (icyombo). »

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  • Quinze après le génocide des Tutsi du Rwanda, la France ne regrette pas. Et pour preuve, l’Elysée a fait inscrire plusieurs officiers français ayant servi au Rwanda pendant la période agitée de 1990 à 1994 dans le contingent de croix de la Légion d’honneur du 15 mai pour la période du 1er janvier 2006 au 31 décembre 2008.

    Ont ainsi été promus, au grade d’officier avec traitement, le colonel Jacques Hogard, ancien chef du Groupement Sud Turquoise (Cyangugu), et le colonel Jean-Jacques Maurin, ex-chef adjoint des opérations au Rwanda auprès de l’attaché de défense ; et, sans traitement, le colonel Michel Robardey, ancien conseiller technique pour la Gendarmerie nationale (criminologie), et Etienne Joubert, chef du DAMI Panda (1992-1993), puis chef des opérations Turquoise Gikongoro.

    L’ordre national de la Légion d’honneur est la plus haute décoration honorifique française. Elle a été instituée le 19 mai 1802 par Napoléon Bonaparte. Elle récompense les mérites éminents militaires rendus à l’impérialisme français en Afrique...

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  • Les militaires et la diplomatie française, très implantés au Rwanda et proche des extrémistes ne sont évidemment que trop bien informés de ce qui se passe et conscients des risques à venir. Ainsi, dès le 13 octobre 1990, le colonel Galinié, attaché de Défense à l’ambassade de France indique dans un télégramme que « les paysans hutus organisés par le MRND ont intensifié la recherche des Tutsis suspects dans les collines, des massacres sont signalés dans la région de Kibilira à 20 kilomètres nord-ouest de Gitarama. Le risque de généralisation, déjà signalé, de cette confrontation, paraît ainsi se concrétiser ».

    Le même mois, l’ambassadeur français Martres remonte à Paris que « les Tutsi sont convaincus que si la victoire du pouvoir actuel était totale [face au FPR], le départ des troupes françaises et belges aurait pour résultat d’aggraver la répression et les persécutions et conduirait à l’élimination totale des Tutsi » (même si la suite des événements éclaire cette intuition d’un jour très différent sur le supposé rôle protecteur des troupes françaises).

    A l’inverse, le colonel Galinié considère fin octobre 1990 que c’est le rétablissement d’un « royaume tutsi » qui entraînerait « selon toute vraisemblance l’élimination physique à l’intérieur du pays des Tutsis, 500 000 à 700 000 personnes, par les Hutus, 7 000 000 d’individus. » Quelles que soient les divergences dans ces analyses, elles démontrent dès 1990, que la France intervient auprès du régime rwandais en toute conscience du risque génocidaire.

    Les autorités françaises continuent aussi à fournir des armes au régime rwandais alors qu’elles savent pertinemment qu’il arme la population. Ainsi le colonel Cussac, attaché de défense à Kigali écrit dans un télégramme du 22 janvier 1992 : « Le ministère de l’Intérieur rwandais a décidé [...] d’armer la population de la zone frontalière. 300 armes [...] seront distribuées dans le secteur de Ruhengeri et Byumba et 76 dans le Mutara ». Il indique que les armes sont données à des « personnes constituées en milice d’auto-défense » et s’interroge : « Les armes ne seront-elles utilisées que contre le FPR ? Ne risquent-elles pas de servir à l’exécution de vengeances person­nelles, ethniques ou politiques ? »

    Les réponses à ces questions semblent pour le moins évidentes dans les contexte des massacres qui se déroulent de 1990 à 1993.

    L’ambassadeur français rend même compte du numéro de décembre 1990 de la revue Kangura comme accentuant « la nervosité de la population au sein de laquelle l’idéologie de l’extrémisme hutu gagne du terrain chez les uns, tandis qu’elle terrorise les autres ».

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  • Dans un entretien à France Culture, un ancien membre du GIGN affirme que des militaires français ont "formé des miliciens civils rwandais" en 1992. Ces civils sont accusés d’avoir participé, deux ans plus tard, au génocide contre les Tutsis.

    Des militaires français ont "formé des miliciens civils rwandais", accusés d’être responsables du génocide de 1994 au Rwanda, a affirmé vendredi un ex-membre d’une unité d’élite de la gendarmerie française, Thierry Prungnaud, dans un entretien à la radio France-Culture. "J’ai vu des militaires français former des civils miliciens rwandais, en 1992, au tir", a accusé l’adjudant-chef du Groupe d’intervention de la gendarmerie nationale (GIGN), aujourd’hui en retraite. "Il y avait une trentaine de miliciens qui étaient formés. Je suis formel, catégorique. Je les ai vus, c’est tout", a-t-il ajouté.

    "C’étaient forcément des miliciens, parce que les militaires sont tous en treillis là bas, c’étaient des civils. Je pense que (les militaires français) étaient des gens du 1er RPIMA (Régiment parachutiste d’infanterie de marine), c’était l’unité qui était là-bas", a poursuivi Thierry Prungnaud. Il a estimé que ce type de formation, "a dû durer peut-être jusqu’en 1994, probablement. Ca ne m’a pas choqué (...), je ne voyais pas la finalité du truc, ça me paraissait normal".

    "La France l’a toujours nié, bien sûr"

    Lorsque la journaliste lui fait remarquer que la France a toujours nié avoir entraîné des miliciens, il répond : "la France l’a toujours nié, bien sûr, comme beaucoup de choses d’ailleurs. Mais bon, j’affirme". Cette formation, selon l’ex adjudant-chef, a eu lieu dans le parc de La Kagera, dansl’Est du pays, un grand parc naturel peu habité du Rwanda.

    La France est accusée par le pouvoir à Kigali d’avoir entraîné et armé des miliciens rwandais hutus, dans les années précédant le génocide, alors que le Front patriotique rwandais (rébellion tutsie), tentait de prendre le pouvoir depuis ses bases en Ouganda. Les extrémistes Hutus, dont les miliciens Interahamwe, ont mené le génocide de 1994, massacrant plus de 800.000 Tutsis et Hutus modérés. Ces accusations ont toujours été niées par les gouvernements français successifs.

    M. Prungnaud se trouvait "au Rwanda en 1992, pour une mission de quatre mois de formation de membres de la Garde présidentielle rwandaise", a déclaré à l’AFP la journaliste qui l’a interviewé, Laure de Vulpian.

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  • "Je n’accepte pas les accusations injustes, indignes, qui pourraient laisser penser que la France ait pu être complice d’un génocide au Rwanda, alors que son honneur c’est toujours de séparer les belligérants", a déclaré le nouveau premier ministre Valls, prenant la suite des autorités françaises, Le Drian et compagnie.

    Mais cela témoigne une fois de plus que la France est restée sur la thèse des "bélligérants" alors que les victimes étaient une population civile désarmée et pas des bélligérants.

    La thèse selon laquelle tous les Tutsis du Rwanda étaient des alliés potentiels du FPR était la thèse des génocidaires et... de la France de Mitterrand qui reste celle de Hollande-Valls !!!

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  • De Grossouvre est retrouvé mort par balle le 7 avril 1994 dans son bureau du Palais de l’Élysée, sans que personne n’ait entendu le moindre coup de feu. La coïncidence de la date de sa mort avec celle de l’attentat contre le président Rwandais (le soir du 6 avril 1994), et sa grande connaissance des relations de la France avec le Rwanda ont suscité des commentaires et des interrogations. L’enquête judiciaire, écourtée, conclut au suicide malgré des indices troublants : le rapport d’autopsie précise que le corps présentait « une luxation avant de l’épaule gauche et une ecchymose à la face », alors que le corps de François de Grossouvre a été retrouvé assis dans son fauteuil. De même, le rapport de police va « oublier » de préciser la disparition d’un manuscrit en cours de ses mémoires et de nombreuses archives, dont la totalité de ses notes à destination de François Mitterrand. Le capitaine Paul Barril.

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  • En plein génocide, les dirigeants rwandais, et pas des sous-fifres, sont reçus officiellement à Paris. Jean Bosco Barayagwiza chef du parti extrémiste hutu, le CDR, et de la radio des mille collines, et Jérôme Bicamumpaka ministre des affaires étrangères du gouvernement génocidaire, dit intérimaire, sont accueillis le 27 avril 1994 à l’Elysée, à Matignon et au quai d’Orsay. Cela fait 21 jours que le massacre bat son plein. L’Etat français continue à les armer et à les financer. Il leur maintiendra son soutien dans les mois et les années qui suivront.

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  • L’ancien premier ministre français du génocide, Balladur, déclare :

    « Les accusations de Kagamé sont un mensonge intéressé.... En ce qui me concerne, ça ne me pose aucun problème. Mais en matière de secret défense, il faut se comporter comme quelqu’un de responsable et savoir exactement ce qu’il y a dans les dossiers. Mais je suis certain qu’il n’y a rien qui puisse mettre en cause l’action de l’armée française en tant que telle et l’action du gouvernement français de l’époque. »

    Selon lui, "la France n’est en rien complice du génocide, au contraire elle est de tous les pays du monde le seul qui ait pris l’initiative d’organiser une opération humanitaire pour éviter un massacre généralisé".

    De l’humanitaire à plus d’un million de morts, on ne fait pas mieux !!!!

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  • Les anciens responsables français et la mission d’information parlementaire sur le Rwanda ont toujours insisté sur le caractère strictement humanitaire de l’opération, à l’inverse le lieutenant-colonel Guillaume Ancel, capitaine au moment des événements et présent au Rwanda en 1994, rappelle qu’elle a été créée avec un but clairement offensif contre le FPR pour sauver le gouvernement hutu. Il rappelle que de nombreuses armes et de l’argent ont été livrés par l’armée française aux génocidaires des Forces armées rwandaises présents dans les camps de réfugiés qui passeront au Zaïre dans les mois qui suivent, provoquant la Première guerre du Congo. Ce témoignage rejoint celui d’autres militaires français et renforce la thèse de l’engagement « de l’État français aux côtés du régime hutu, y compris pendant l’opération Turquoise ».

    Entre 1990 et 1994 grâce principalement au soutien de la France, l’armée rwandaise passe de 5 500 à 35 000 hommes. La France fournit des armes par plusieurs canaux (vente d’armes par des groupes installés en France, cessions directes et indirectes de matériels de l’Armée française) ; au total la France a fourni la plupart des armes lourdes, des véhicules d’assaut et des hélicoptères utilisés par le gouvernement rwandais pendant la guerre contre la FPR.

    Selon Olivier Lanotte, ces armes ont eu un impact sur le génocide. Les troupes françaises entraînent des troupes, y compris des miliciens civils, elles conseillent et encadrent les troupes du gouvernement rwandais. Des miliciens Interamwhe[non neutre] ont pu aussi être formés par les conseillers français, notamment dans le camp de Bagogwe. Des militaires français ont contribué aux contrôles de cartes d’identité entre octobre 1990 et 1993. À la même période de nombreux contrôles de ce type ont été l’occasion, selon Lanotte, de l’élimination de personnes étiquetées tutsi. Lanotte avance que les autorités françaises ont gardé ces engagements militaires largement secrets.

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  • Le 6 avril 1994, avec la destruction de l’avion portant le président rwandais, a commencé le génocide des Tutsis, l’élimination systématique d’un groupe sur des bases raciales, l’un des plus grands massacres de l’Histoire. Celui-ci n’a aucun fondement traditionnel ni ethnique contrairement à ce qui a été prétendu : c’est la mise en place d’un pouvoir fasciste au Rwanda et il n’a pas été voulu par la population mais par les classes dirigeantes rwandaises et réalisé sous l’égide directe de la France de Mitterrand et Léotard.

    Beaucoup de Français ne parviennent pas à admettre que la France ait pu jouer le rôle de pourvoyeur du fascisme puisqu’en France même les classes dirigeantes et les hommes politiques de droite et de gauche alors au pouvoir n’ont pas eu une politique fasciste ! Vision à courte vue : toutes les classes dirigeantes du monde ont accueilli avec soulagement l’arrivée au pouvoir d’Hitler en Allemagne en janvier 1933 alors qu’elles n’en étaient pas encore à la souhaiter pour la plupart dans leur propre pays. Elles ont estimé que le risque qu’Hitler lance la guerre mondiale était moins important que le risque que représentait le prolétariat allemand, risque de début d’une révolution communiste mondiale menant à la fin de l’isolement de la révolution russe.

    Bien sûr, il n’y a pas qu’un aveuglement provenant de l’ignorance communément partagée de ce qu’est la réalité du fascisme. Admettre le rôle de la France au Rwanda, c’est détruire toutes les croyances sur l’Etat français et la « démocratie » française qui fondent l’image que les gens ont de « leur pays ».

    Pourtant l’incroyable est vrai. Il n’y a là aucune exagération : l’Etat français a bel et bien organisé, planifié, armé, financé les génocidaires fascistes depuis l’Elysée, avec la caution de la gauche et de la droite. Et cette action a toujours la caution de la gauche et de la droite puisqu’on trouve au bas du rapport Quilès qui blanchit la France au Rwanda les signatures du PS mais aussi de Buffet pour le PCF aussi bien que de Voynet pour les Verts ou de la droite.

    Mais le grand organisateur demeure Mitterrand qui, président de la République, chef des armées, décideur de la diplomatie française, commandant aux ambassadeurs, a planifié l’action depuis la « cellule spéciale de l’Elysée pour le Rwanda ».

    Là encore, on trouve la plus grande incrédulité des gens : pourquoi aurait-il fait cela, il n’y a pas de pétrole au Rwanda ! Le phénomène « fascisme » est largement inconnu du grand public même si chacun a entendu parler d’Hitler, de Mussolini et de Franco ou encore de Pinochet. Pour la plupart, c’est idéologique, on est pour la démocratie ou pour le fascisme. Ils n’imaginent nullement que cela ait un quelconque rapport avec la lutte des classes, avec la menace que représenterait le prolétariat révolutionnaire puisque les prolétaires eux-mêmes ne se voient pas comme une telle force de transformation de la société. Ils croient que les démocraties se sont opposées au fascisme et que c’est même la cause de la dernière guerre mondiale. En réalité, quand Hitler a pris le pouvoir, il l’a fait avec leur aval. Si une seule puissance impérialiste l’avait voulu, elle l’aurait immédiatement renversé car l’Allemagne nazie à sa naissance ne disposait d’aucune armée sérieuse, les accords de l’après première guerre mondiale ayant réduit celle-ci à la portion congrue. Le fascisme est bel et bien une transformation interne du mode de domination bourgeoise qui passe à un nouveau degré d’oppression et d’exploitation et ce n’est pas un nouvel Etat. L’Etat allemand n’a pas changé sous Hitler et n’a pas tellement eu à changer les lois du pays, seulement à les appliquer ! La collaboration avec les partis et syndicats ouvriers réformistes s’est transformée en leur destruction systématique et toute forme d’organisation des travailleurs a été abolie. La destruction des Juifs elle-même reposait sur la question de la révolution prolétarienne en Europe. La population juive de l’Europe de l’Est et de Russie subissait une oppression particulière qui l’avait rendue sensible à la vague révolutionnaire qui avait parcouru l’Europe après la première guerre mondiale. Les classes dirigeantes du monde s’étaient fait la remarque que ces Juifs de Pologne ou de Hongrie étaient une gêne considérable avec la nouvelle déstabilisation à prévoir avec la crise de 1929. Hitler était loin d’être le seul à penser qu’il valait mieux se débarrasser des Juifs. Les bourgeoisies occidentales pensaient la même chose et Staline aussi ! Quant au mythe de la démocratie contre le fascisme, c’est l’inverse qui est vrai : c’est la démocratie bourgeoise qui s’est partout livrée au fascisme, en Italie comme en Allemagne, en France ou en Espagne, sans parler du Chili.

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  • Eh bien, le Rwanda a lui aussi connu sa révolution, un an avant, en 1990. Ce n’avait rien d’une révolte des Hutus contre les Tutsis, ni des Tutsis contre les Hutus. Non, Hutus et Tutsis étaient ensemble dans les rues de la capitale Kigali pour hurler leur haine du pouvoir dictatorial et corrompu de Habyarymana et de sa clique. La dictature avait longtemps été crainte car elle ne craignait pas d’éliminer ses opposants, d’arrêter et de torturer. Mais, pendant un an et demi, le peuple travailleur est descendu dans la rue et la dictature est devenue très craintive face à la moitié de la population du pays déferlant dans la capitale, conspuant les militaires et le pouvoir. La réponse, comme en Algérie et dans toute l’Afrique, celle conseillée par Mitterrand en chef de la françafrique : faire le dos rond, autoriser le mutipartisme, faire appel aux opposants au pouvoir, prétendre mettre en place la démocratie, puis, dès que les illusions ont ramené un peu de calme, préparer des bains de sang préventifs pour éviter que, la deuxième fois, la révolution soit radicale et prenne le pouvoir. Et c’est l’Etat français qui a aidé à la formation militaire des milices fascistes rwandaise dans les camps militaires français au Rwanda. C’est elle qui les a financé et armé. C’est elle qui imprimé les passeports où, pour la première fois dans ce pays, étaient inscrits les mentions ethniques : hutu et tutsi, indispensables puisqu’il ne s’agit justement pas d’ethnies et qu’il y a des couples mixtes et, du coup, on ne reconnait pas un hutu d’un tutsi.

    C’est la France de Mitterrand qui a acheté massivement les machettes du génocide. C’est la France qui a mis en place, dans son ambassade à Kigali, le gouvernement génocidaire. C’est elle qui l’a défendu au plan international. C’est qui, après la défaite de ce régime, a protégé ses assassins, leur a permis de se réfugier en république du Congo. Et c’est encore elle qui, là-bas, les a armés et financés pour y défendre ses intérêts, ce qui était l’un des objectifs de la France en s’implantant politiquement au Rwanda, cette porte du riche Congo, pays de toutes les ressources minières.

    La « démocratie » française a bel et bien aidé les classes dirigeantes rwandaises à se débarrasser des réformistes qu’elle avait amené au pouvoir depuis les manifestations massives de 1990, dont la premier ministre elle-même.

    La leçon du Rwanda, il n’y a pas que les peuples d’Afrique qui ne l’aient pas tiré. Ce sont les peuples du monde qui en ont besoin et l’ignorent : les classes dirigeantes qui présentent la face riante d’une relative démocratie peuvent, du jour au lendemain à la faveur d’une crise sociale et politique, se transformer en chiens sanglants du fascisme. L’immense majorité des français ne croit pas son Etat capable de tels crimes et elle se trompe lourdement. Et il est indispensable, face à la crise actuelle qui frappe mondialement l’ensemble du système, de le savoir : les classes dirigeantes voient à nouveau dans le prolétariat une menace mortelle. Elles savent qu’elles vont faire chuter massivement le niveau de vie des peuples, casser le consensus qu’elles avaient elles-mêmes établi, détruire leur belle entente avec les syndicats, dégrader massivement le mode de vie de toute la population. Du coup, il leur est nécessaire de lever de nouvelles troupes fascistes et de susciter, pour cela, de nouvelles haines entre les parties du peuple travailleur.

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  • Ce qui suit est raconté par Jean-Dominique Merchet, considéré comme l’un des meilleurs connaisseurs de la chose militaire dans l’Hexagone. Il écrit :

    (…) "La cinquantaine de bérets rouges français n’étaient ainsi qu’à quelques centaines de mètres des « rebelles »" Qu’y faisaient-ils ? L’exemple des artilleurs est assez cocasse. Lors d’une opération connue sous le nom de Chimère (22 février-28 mars 1993), les instructeurs français furent chargés d’une « mission de conseil en vue de l’utilisation des batteries de 122D30 et de 105 mm » qui sont des canons de forte puissance. « Les artilleurs (français, ndlr) n’étaient pas au pied de la pièce en train de tirer », a assuré le colonel Txxxx, mais, « éventuellement, si l’artilleur local était perdu dans ses comptes, ceux-ci l’aidaient, pour se retirer ensuite à l’arrière ». Dans l’artillerie, la principale difficulté n’est pas de glisser un obus dans un canon puis de tirer, mais de connaître la position exacte des cibles et d’orienter précisément le tube de l’obusier. C’est une affaire d’équation" dont se chargeaient les Français, lorsque les Rwandais étaient « perdus dans leurs comptes ». Pas besoin en effet d’être « au pied de la pièce », surtout si elle est à moins d’un kilomètre.

    Lors de cette même opération Chimère, des instructeurs du génie furent également engagés « à proximité souvent immédiate des contacts ». En jargon militaire, ils étaient en charge de l’« organisation défensive du terrain ». C’est-à-dire qu’ils enseignaient les « techniques de piégeage et de minage, suggérant pour cela les emplacements les plus appropriés ». Ce qui revient à dire que des mines antipersonnel ont été posées au Rwanda sous la responsabilité de militaires français, alors même que l’armée jurait ses grands dieux qu’elle n’en utilisait plus depuis les opérations au Liban, dix ans plus tôt.

    Comme l’écrivent les rapporteurs, peu avares en circonlocutions : « La Mission parlementaire ne peut totalement écarter l’idée qu’un instructeur français aurait pu, pour des raisons diverses, apporter ponctuellement un concours plus effectif lors de l’aide au maniement d’une pièce de mortier ou dans une autre situation. »

    Lorsque les militaires français ne faisaient pas la guerre, ils faisaient la police. En procédant notamment à des contrôles d’identité sur les citoyens rwandais. Selon le rapport, "entre février et mars 1993, les forces françaises ont mis en place, sur ordre de l’état-major des armées, un dispositif de surveillance des accès de Kigali très développé". Une "surveillance active, sous forme de patrouilles et de check-points" qui "conduit incontestablement à pratiquer des contrôles sur les personnes".

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  • La « présence physique de militaires français au Rwanda », mercenaires ou non, aux côtés des génocidaires, est attestée par des témoignages de plus en plus nombreux.

    Ainsi celui de l’ancien chauffeur du colonel Bagosora, « cerveau » du génocide, qui dit avoir vu, le 24 avril 1994, deux militaires français avec deux soldats des FAR et quatre miliciens Interahamwe. Les deux Français contrôlaient les cartes d’identité et « triaient » les Tutsi, livrés ensuite aux miliciens qui les tuaient. Si ce témoignage recueilli par Cécile Grenier est fiable, il s’agit d’une participation directe au génocide.

    Georges Ruggiu, l’animateur de la Radio des Mille Collines, affirme quant à lui avoir vu à Kigali, puis à Gisenyi, quatre militaires français arrivés autour du 16 avril 1994 et repartis le 21 mai. Soldats réguliers ou mercenaires ? Ruggiu ne le dit pas, mais il décrit ces militaires comme circulant deux par deux, la plupart du temps avec le général Bizimungu, chef d’état-major de FAR, et avec le général Kabiligi, dans des véhicules camouflés avec forte escorte.

    Paul Barril a été aperçu à maintes reprises au Rwanda avant et pendant le génocide, à la tête d’un groupe de mercenaires.

    Il est temps de l’interroger sérieusement sur ce qu’il sait de l’attentat du 6 avril 1994, et l’on peut raisonnablement penser que les juges Trévidic et Poux vont s’en charger bientôt. Mais au-delà, Barril a entraîné des soldats rwandais pendant le génocide. Le 28 mai 1994, il a signé un contrat d’assistance avec le Premier ministre du GIR pour deux millions de cartouches et des milliers de grenades, utilisées dans la guerre contre le FPR, mais également pour commettre le génocide.

    L’ancien gendarme de l’Elysée a bel et bien joué un rôle crucial dans l’implication française au Rwanda. Il est, selon Patrick de Saint-Exupéry, « le pivot d’une toile d’araignée entre l’Elysée de Mitterrand et les extrémistes qui commettront le génocide » et ce, bien avant 1994. Au point qu’en 1993, un des plus hauts gradés de l’armée française demande à François Mitterrand : « L’ancien capitaine Barril est-il­ chargé officiellement ou officieusement d’une mission [au Rwanda] ? » Mitterrand lui répond que Barril n’est mandaté par personne (Complices de l’inavouable, p.282).

    Pourtant, Barril travaillait depuis 1989 pour la sécurité du Président Habyarimana... après avoir assuré celle de François Mitterrand au début des années 80. Peut-on alors croire que Barril est un mercenaire qui travaille pour son propre compte ? N’est-il pas plutôt un « corsaire de la République », avec lettres de marque signées des plus hautes autorités ? Est-ce pour cela qu’il est intervenu en permanence dans l’enquête sur l’attentat du 6 avril 1994 ? Est-ce la raison pour laquelle les parlementaires qui réalisaient la Mission d’information de 1998 n’ont jamais pu l’entendre ? [1]

    Si les autorités françaises ont suivi une stratégie indirecte de soutien aux génocidaires aussi longtemps qu’elles l’ont pu, elles ont dû pour finir intervenir directement face à la débâcle militaire de leurs protégés : c’est l’opération Turquoise.

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  • « Le génocide des Tutsis, qu’on nous présente comme un combat préhistorique entre ethnies sauvages, est en fait un instrument de guerre totale extrêmement sophistiqué : c’est l’invention de la quatrième arme de destruction massive au vingtième siècle, après les armes chimiques pendant la Première Guerre mondiale, l’arme nucléaire pendant la Seconde Guerre mondiale, puis les essais d’armes bactériologiques notamment en Afrique du Sud. Et la France est non seulement complice de ce crime abominable, mais on peut maintenant penser sérieusement qu’elle en est co-actrice, co-initiatrice. » (François-Xavier Verschave, lors d’une conférence à Marseille en avril 2004)

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  • Des militaires français ont contribué aux contrôles de cartes d’identité entre octobre 1990 et 1993. À la même période de nombreux contrôles de ce type ont été l’occasion de l’élimination de personnes étiquetées tutsi. Les autorités françaises ont gardé ces engagements militaires largement secrets.

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  • Entre 1990 et 1994 grâce principalement au soutien de la France, l’armée rwandaise passe de 5 500 à 35 000 hommes. La France fournit des armes par plusieurs canaux (vente d’armes par des groupes installés en France, cessions directes et indirectes de matériels de l’Armée française ; au total la France a fourni la plupart des armes lourdes, des véhicules d’assaut et des hélicoptères utilisés par le gouvernement rwandais pendant la guerre contre la FPR La169-171 et aussi Le Monde 23 juin 1994 "Une aide militaire intense et souvent clandestine, Jacques Isnard), et reçoit des équipements militaires pour une valeur supérieure à plusieurs millions d’euros.

    Ces armes ont eu un impact sur le génocide.

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  • Lors de cette intervention française de 1990, dès le premier jour, il sera question d’une attaque du FPR sur Kigali, laquelle servira de prétexte à une rafle de 10000 Tutsi. Or, comme le révélait Mr Chrétien, il s’agissait là d’une fausse attaque, d’une pure provocation... Les lignes du FPR étaient bien loin de Kigali alors, et des tirs et des explosions avaient été produits dans les environs de la ville pour faire croire à une telle attaque, aux seules fins de justifier de l’intervention française et de la répression anti-tutsi qui l’accompagnait sans attendre.

    C’est aussi dès les débuts de l’intervention française que se mettra en œuvre le génocide des Bagogwe, et on ne peut que relever que celui-ci se produit dans un secteur au cœur duquel les français ont installé un de leurs camps – et leur complicité dans ce premier épisode génocidaire est indubitable, même si elle mériterait d’être étudiée de façon plus complète, en « focalisant » sur cette dimension particulièrement scandaleuse et tragiquement annonciatrice de ce qui suivra.

    On sait après comment les moyens de l’alliance française permettront au régime d’Habyarimana de décupler son armée monoethnique, non seulement en hommes, mais avec tout l’équipement nécessaire et, mieux encore, un encadrement pléthorique fournit gracieusement par les moyens de la coopération française.

    On dispose aussi désormais d’innombrables témoignages d’anciens militaires ou miliciens rwandais qui détaillent comment les Français prenaient en charge en particulier leur formation idéologique, insistant sur la dimension d’ennemi intérieur Tutsi, tous les Tutsi devant être considérés comme des alliés potentiels du FPR... C’est le même raisonnement qui conduira à considérer que les Tutsi réfugiés dans les collines de Bisesero étaient forcément une « cinquième colonne » du FPR, puisqu’en plus ils se défendaient, qui plus est avec succès dans un premier temps.

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  • Balladur, génocidaire, persiste et signe...

    Sur Europe 1, Balladur a regretté qu’il ait été envisagé d’envoyer un ministre à Kigali pour les commémorations du massacre, car "les incidents qui se produisent étaient prévisibles compte tenu de ce qu’est (le président rwandais) M. Kagame et sa pratique constante". "Il cherche sans cesse à mettre en cause la France alors que lui-même n’a pas réussi, au bout de vingt ans, à rassembler le peuple rwandais", a poursuivi le responsable UMP. Selon lui, "la France n’est en rien complice du génocide, au contraire elle est de tous les pays du monde le seul qui ait pris l’initiative d’organiser une opération humanitaire pour éviter un massacre généralisé". Dire que la France a participé est "un mensonge, un mensonge intéressé", a-t-il insisté.

    "Le gouvernement que je dirigeais a, dès qu’il a été installé, mis fin à toute livraison d’armes au Rwanda et retiré les troupes françaises", a poursuivi celui qui fut de 1993 à 1995 premier ministre de cohabitation sous François Mitterrand. "Il fallait surtout que la France ne soit pas prise en tenaille dans une guerre civile qui se développait et qu’on ne pouvait pas arrêter", a-t-il encore fait valoir. Edouard Balladur a rendu "hommage à l’armée française et à son rôle" et relevé qu’au moment du génocide il avait "demandé qu’ils n’interviennent pas au centre du Rwanda. Je ne voulais pas que l’armée française soit prise en tenailles dans une guerre civile".

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  • Oui, il y a bien une sorte de hiérarchie dans le groupe d’hommes responsables de la politique de François Mitterrand sur le Rwanda.

    Les donneurs d’ordre Alain Juppé, Edouard Balladur, François Mitterrand, Roland Dumas. Et les exécutants...

    Il y a « trois cercles du pouvoir » comme suit :

    Le premier cercle est « politique », composé des très proches conseillers du président de la République : son fils, Jean-Christophe, conseiller Afrique, le chef d’état-major particulier, le général Christian Quesnot et le secrétaire général de l’Elysée, Hubert Védrine.

    Le deuxième cercle est composé de haut-fonctionnaires et officiers supérieurs, au Quai d’Orsay, à l’état-major et au ministère de la Coopération. Ces gens jouent un rôle essentiel car ils sont l’interface entre les concepteurs du premier cercle et les opérationnels de terrain.

    Le troisième cercle est composé d’officiers déployés au Rwanda, dans la chaîne hiérarchique politico-militaire. Ce sont la plupart du temps des hommes des Forces spéciales et des gendarmes. Mais aussi quelques diplomates comme l’ambassadeur Georges Martres. Vous trouvez aussi des « exécutants » comme Paul Barril, qui agit en « privé » au Rwanda, avec le feu orange des autorités, en particulier des services de renseignements qui le « traitent » et le suivent de près.

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  • Dès le début des années 90, la France est engagée au Rwanda, officiellement pour protéger les ressortissants européens. L’opération Noroît est lancée par les troupes françaises, belges et zaïroises, après une offensive des rebelles tutsi sur la frontière nord. La France reste sur place, pour soutenir le régime du président hutu Juvénal Habyarimana.

    Le Nouvel Obs raconte comment la France va « de facto » prendre le commandement de l’armée rwandaise face au rebelles du Front patriotique rwandais (FPR). Dans un livre publié en 2011, le général Didier Tauzin décrit ainsi comment, sur le terrain, ses hommes règlent les batteries pour que les servants rwandais n’aient plus qu’à appuyer sur le bouton.

    Ces opérations n’ont aucun fondement légal. Un accord militaire de 1975 ne recouvre que l’organisation et l’instruction de la gendarmerie. Ce « parapluie militaire » aurait permis au régime de préparer le génocide des Tutsi.

    La France craint alors que l’offensive tutsi ne soit télécommandée via l’Ouganda par les Anglo-saxons, et ne vise à enfoncer un coin dans l’influence de la France sur la région.

    Ainsi, François Mitterrand déclare à ses ministres, le 3 mai 1993 :

    « A cette querelle ethnique s’ajoute la volonté de puissance du président de l’Ouganda, qui appartient à l’ethnie tutsi et qui représente l’Afrique anglophone. »

    Le Nouvel Observateur cite également le directeur de cabinet de Pierre Joxe, alors ministre de la Défense, qui se souvient avoir entendu Roland Dumas – prédécesseur d’Alain Juppé aux ministères des Affaires étrangères – comparer la situation à Fachoda, site d’une bataille franco-britannique perdue par la France au Soudan en 1898.

    Cette référence à une défaite française, point culminant de la course aux territoires entre la France et le Royaume Uni sur le continent noir, marque la crainte de perdre en influence dans la région.

    Le 26 février 1993, Pierre Joxe, le ministre de la Défense, écrit au Président pour lui faire part de ses inquiétudes : Juvénal Habyarimana se sent trop protégé par la France, et n’est donc pas enclin à se soumettre aux accords de paix d’Arusha.

    Pourtant, plutôt que de mettre la pression sur son allié, François Mitterrand va choisir de poursuivre le soutien militaire de la France au régime. Le Nouvel Obs note également que la France ne semble pas s’intéresser outre mesure aux négociations de paix. C’est un second couteau – Jean-Christophe Belliard – qui est envoyé à Arusha, en Tanzanie, après le départ rapide de l’ambassadeur.

    Enfin, les accords signés auraient été jugés par la France trop favorables au Front patriotique rwandais. L’Obs cite le général Christian Quesnot :

    « De fait, les forces armées rwandaises passaient sous la coupe de Kagame. On considérait que ce n’était pas acceptable pour les Hutu. »

    Les massacres commencent après que l’avion du président Habyarimana a été abattu, le 6 avril 1994. Il faudra toutefois attendre le 18 mai pour qu’Alain Juppé parle de « génocide » plutôt que de « tueries interethniques ». Mis en cause ce dimanche par Kagame, l’ancien ministre des Affaires étrangères réagit sur son blog :

    « Il serait aujourd’hui intolérable que nous soyons désignés comme les principaux coupables. [...] Il est rigoureusement faux que la France ait aidé en quelque manière les auteurs du génocide à préparer leur forfait. »

    La France de Mitterrand est pourtant accusée d’avoir pris parti pour les génocidaires, de les avoir reçus à Paris et d’avoir livré en sous-main du matériel militaire. Edouard Balladur, alors Premier ministre de cohabitation, jure avoir mis le holà aux livraisons officielles, mais d’autres canaux auraient continué à fonctionner malgré l’embargo imposé par les Nations unies.

    Deux jours après le déclenchement du génocide, les troupes françaises sont sur place pour évacuer les ressortissants européens, ainsi que quelques dignitaires hutu. En revanche, les soldats n’embarquent pas le personnel tutsi présent à l’ambassade de France (sauf une personne). Ils seront tous massacrés. Etrangement, les télégrammes diplomatiques de cette période ont disparu.

    Quant à l’opération Turquoise, lancée sous mandat de l’ONU à l’été 1994, elle continue à diviser : elle a certainement permis de sauver des vies tutsi, mais l’armée est accusée d’être restée passive – et donc complice – face aux atrocités. A Bisesero, les soldats ont ainsi laissé des rescapés tutsi à la merci de tueurs pendant plus de trois jours.

    Pour certains, l’intervention française aurait même eu pour but de contrer une nouvelle fois les rebelles du Front patriotique rwandais, et de faciliter la fuite des génocidaires.

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  • Voir le compte-rendu de son opération d’évacuation Amaryllis consignant en creux que les soldats français avaient reçu l’ordre de Paris de ne pas intervenir pour « faire cesser les massacres dont ils étaient les témoins proches ». Un ordre qui a au moins le
    mérite d’être clair quant aux intentions de la France officielle de l’époque. Voir le " Compte-rendu de l’opération Amaryllis" N° 018/3°RPIMa/EM/CD adressé à l’Amiral Lanxade par le colonel Henri Poncet le 27 avril 1994. Note « Confidentiel Défense » révélée par
    l’auteur, le 25 janvier 2008, ayant entraîné une plainte du Ministère de la Défense suite à quoi l’auteur a été convoqué par la DCRI.

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  • Non, il n’y a pas eu de haine ancestrale entre Hutus et Tutsis. S’il en fallait une preuve, il suffirait de dire que c’est la France - la plus proche du régime à l’époque - qui a réalisé des passeports avec la mention "hutu" et "tutsi" car, sans la mention, impossible de reconnaître Hutus et Tutsis tant les mariages entre les deux groupes étaient fréquents, ce qui n’est pas le cas entre ethnies...

    Et la France a fait bien d’autres cadeaux de ce type. Elle était présente par ses forces armées sur place aux barrages qui faisaient le tri à l’aide de ces fameux passeports ethniques afin d’envoyer sous terre les Tutsis. Vous ne pouvez pas le croire et comme on vous comprend.

    Les forces armées avaient des mois avant formé les tueurs à la manière la plus sure de tuer avec une machette... Vous ne pouvez pas le croire et c’est bien normal...

    Ils avaient d’ailleurs formé dans des camps français au Rwanda toutes les troupes fascistes du génocide. Vous ne pouvez pas le croire mais il y a eu des images de ces entraînements...

    Ils ont d’ailleurs formé le gouvernement génocidaire dans l’enceinte même de l’ambassade de France à Kigali. Si c’était vrai, ça se saurait. Tiens donc ! On croyait que vous saviez tout sur le génocide ?...

    L’impérialisme français, sous la direction du président « socialiste » François Mitterrand (ainsi que de la cellule spéciale de l’Elysée pour la Rwanda) et du gouvernement de droite Balladur-Léotard, n’a pas été passif : il a apporté son soutien, plein et entier, aux extrémistes hutus à plusieurs niveaux : militaire : avant le génocide en bloquant l’avancée du FPR sur Kigali et en enseignant l’art de tuer aux futures milices génocidaires ; pendant le génocide en livrant des armes et du matériel de communication et en aidant au tri ethnique des victimes en éditant les cartes d’identités avec la mention « hutu » et « tutsi » et ensuite lors des contrôles d’identité. N’oublions pas que, durant les années qui ont précédé le génocide, le chef d’Etat major de l’armée rwandaise est un officier français.

    Quel intérêt pouvait donc avoir la France, dirigée par François Mitterrand aidé de Védrine et aussi Balladur, Léotard aidés de De Vilepin, à aider des fascistes africains pour réaliser un tel massacre ? C’est vraiment incroyable !

    Les génocides fascistes ont toujours l’air incroyables, inexplicables et les grandes puissances font toujours semblant de les découvrir mais elles ont toujours été complices. Et ce pour une raison de classe : il n’y a jamais eu de massacre fasciste sans que pèse sur les classes dirigeantes une grave menace sociale. En l’occurrence, plus de la moitié de la population, tous les opprimés étaient mobilisés, dans la rue, dans la capitale et refusait de craindre les forces armées de la dictature. Voilà les conditions qui nécessitaient pour les classes dirigeantes de fabriquer des forces supplétives fascistes. On ne trouve pas ainsi des troupes de la contre-révolution quand les classes dirigeantes ne se sentent pas menacées par la révolution. On ne trouve pas de complicité chez tous les impérialismes non plus si cette menace sociale n’existe pas. Voir les fascismes italiens, allemands ou français...

    En 1990, c’est la révolte sociale qui est descendue dans les rues de la capitale, Kigali, bravant la dictature militaire, dans le cadre d’un soulèvement presque général à l’Afrique (rappelez-vous la chute de Moussa Traoré au Mali). Pendant deux ans, tous les opprimés se sont soulevés quelque soient leurs origines et ils ont bravé le pouvoir au point que celui-ci a été contraint, pour calmer la révolte, de mettre des membres de l’opposition démocratique à la tête du gouvernement.

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  • Depuis les révélations faites en février 2010 par le Wall Street Journal, l’accusation portée contre certains politiques et militaires français quant à leur implication dans le génocide des Tutsis au Rwanda a radicalement changé de nature. Ce n’est en effet plus de complicité dont il est aujourd’hui question, mais de la participation directe de soldats français aussi bien à l’organisation de ce génocide qu’à son exécution.

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  • Il fait aujourd’hui peu de doute que ceux qui planifièrent le génocide des Tutsis sont ceux-là même qui perpétrèrent l’attentat du 6 avril, deux événements bien distincts qu’ils auront déclenchés l’un après l’autre tout en faisant en sorte que le second ne soit perçu que comme
    la conséquence directe du premier.

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  • Un témoin lors de la IIème phase des auditions de la Commission sur le rôle de la France dans le génocide de 1994 au Rwanda.

    Né en 1972, cultivateur, recruté et formé au camp Mukamira en 1991 comme Interahamwe ; transféré en septembre 1991 au camp Gisenyi ; a participé à l’expédition des ex-FAR, Gendarmes et Interahamwe partis de Gisenyi à Kibuye en renfort pour le massacre à Bisesero ; a combattu dans l’armée sans matricule ; s’est exilé au Congo par bateau ; a vécu au camp Bulengo ; est ensuite revenu au Rwanda déguisé en civil ; réside aujourd’hui à Gisenyi.

    Eléments essentiels de son témoignage :

    - Les Français ont formé les Interahamwe. Confirmant les témoignages recueillis lors de la première journée d’audition, le témoin a indiqué avoir été formé par des soldats français au camp Mukamira. Il a plusieurs fois évoqué la présence d’un capitaine Français qui avait son bureau au camp Mukamira, et de trois ou cinq autres soldats Français qui se relayaient selon les jours.

    - Les Français ont fourni les armes du génocide.

    Le témoin a également confirmé – comme d’autres avant lui- avoir participé au déchargement d’armes fournies par les Français à l’aéroport de Goma.

    - Les Français étaient complices des génocidaires.

    Le témoin a évoqué une série de massacres de Tutsi auxquels les soldats Français ont assisté, et d’autres où ils ont joué un rôle actif :

    . « Les Français ont accueilli avec joie les Interahamwe partis de Gisenyi en renfort pour tuer à Bisesero. L’accueil a eu lieu au camp de gendarmerie de Kibuye. »

    . Un convoi de soldats Français a escorté plus d’une centaine de Tutsis, de Mukamira au camp Gisenyi où ils ont été tués et leurs cadavres jetés dans le lac vert entre Goma et Sake. « Le Lieutenant Habyarimana Alexis qui était chargé de notre peloton m’a dit que c’était des complices arrêtés à Mulindi. Leurs corps ont été jetés au lac vert. C’était vers le 15 avril 1994. »

    - Les Français ont continué à former les Interahamwe et les ex-FAR en exil au Congo. Le témoin évoque le camp de Bulengo, où il a vécu.

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  • c’est l’ambassadeur de France, Marlaud, et l’attaché militaire adjoint, Maurin, qui enjoignent le 7 avril au « cerveau du génocide », le colonel Bagosora, de « reprendre le contrôle de la situation ».

    Celui-ci forme le gouvernement intérimaire avec la « bénédiction » de Marlaud. Cette coopération entre Marlaud et Bagosora est qualifiée d’« étape indispensable à la réalisation du programme génocidaire » Le communiqué s’avance en parlant de « la désignation du colonel Bagosora comme successeur au président Habyarimana » par l’ambassadeur de France, considéré comme un « faiseur de roi ». Le fait est probable, Bagosora dit au juge Bruguière qu’avec Maurin, ils étaient comme des camarades[3], mais il n’y a pas de documents trahissant ce pacte entre la France et Bagosora et, devant le discrédit du gouvernement intérimaire, celle-ci mettra en avant, début juillet 1994, le chef d’état-major des FAR et non Bagosora.[4]

    Il faut regretter que dans la liste des personnalités politiques françaises les plus impliquées dans le génocide, le nom de Michel Roussin ait été oublié. C’est dans le cadre du ministère de la Coopération que les actions de soutien à l’armée rwandaise pendant le génocide, dont les fournitures d’armes, ont été organisées. Le communiqué les détaillent et cite le général Huchon et Philippe Jehanne qui agissaient sous l’autorité de Roussin.

    A été oublié également Dominique Pin, adjoint au conseiller à la présidence de la République pour les Affaires africaines. Il accompagna à Kigali Marcel Debarge, ministre de la Coopération, le 28 février 1993, quand celui-ci appela les partis d’opposition à « faire front commun avec le président Habyarimana contre le FPR », ce que le communiqué estime être un appel à la guerre raciale. Cet appel fut entendu par les partis d’opposition et mena à la création de la coalition Hutu Power qui, estime le communiqué, « était une condition nécessaire à la mise en œuvre réussie du génocide ».

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  • « Nous allons lui envoyer des bidasses, au petit père Habyarimana. Nous allons le tirer d’affaire. En tous cas, cette histoire sera terminée en deux ou trois mois. » Propos de Jean-Christophe Mitterrand relaté par Gérard Prunier dans Rwanda : le génocide.

    « Non, ne pas retirer nos troupes, m’en parler. » Ordre signé François Mitterrand à la demande du Général Christian Quesnot de retrait des troupes françaises du Rwanda en 1991. Cité par Gabriel Périès et David Servenay dans Une Guerre noire, p.194.

    Peu après l’attentat contre l’avion d’Habyarimana, le 06.04.1994, François Mitterrand déclare à Hubert Védrine « Cela va être terrible ». « Il n’a rien ajouté d’autre, précise aujourd’hui Hubert Védrine, mais je connaissais le raisonnement derrière. Depuis 1990, Mitterrand était convaincu que ce serait un massacre général. Jamais les Hutu ne laisseraient les Tutsi revenir au pouvoir comme ça. Attention, il ne faut pas refaire l’histoire à l’envers. Personne n’avait anticipé le génocide mais.Mais Mitterrand avait la hantise des massacres importants » Hubert Védrine cité par David Servenay et Gabriel Périès, ibid, p. 246.

    Après les révélations d’anciens génocidaires repentis, après les révélations de journalistes ou d’ONG (dont Survie et Human Rights Watch) ou de la Commission d’enquête citoyenne organisée à Paris (CEC) et de Thierry Prungnaud, ancien sous-officier du Groupe d’intervention de la gendarmerie nationale (GIGN) affirmant sur France Culture que des militaires français avaient été expressément envoyés au Rwanda avant le génocide pour entraîner les milices extrémistes du « petit père » Habyarimana (« ami » de François Mitterrand dans la digne tradition françafricaine vichyste et gaullienne pétrie d’impérialisme colonial), c’est au tour d’un officier belge de faire des révélations. Pour rappel, Thierry Prungnaud avait révélé avoir participé à l’entraînement de la garde présidentielle (du « petit père ») qui s’illustra de manière active durant le génocide. Il s’agissait dans le cadre d’un partenariat spécifique avec la gendarmerie française de former et d’encadrer la garde présidentielle (G.P). Pendant plus d’un an, officiellement de novembre 1991 à février 1993, deux officiers du GIGN et un officier du Groupe spécial de la Présidence de la République (GSPR) ont formé la GP. Ils forment le DAMI-Garde présidentiel. Mais l’ex sous-officier du GIGN a révélé avoir vu aussi des soldats français entraîner les Interahamwe - milice extrémiste hutu bras armé du génocide en 1994 et qui officiait à l’époque comme un véritable escadron de la mort - dans des camps rwandais avant le génocide.

    Selon Walter Ballis, un ex-officier belge de la Mission des Nations unies pour l’assistance au Rwanda (Minuar), témoignant devant la commission d’enquête rwandaise à Kigali sur l’implication française dans le génocide de 1994, des soldats français ont entraîné les milices extrémistes jusqu’au début de 1994 après le départ officiel du contingent militaire français du Rwanda en 1993. Il fait état notamment de la présence de membres du DAMI (détachement d’assistance militaire et d’instruction de l’armée française).

    « Notre cellule des renseignement faisait état des camps d’entraînement où des instructeurs français apprenaient aux Interahamwe des éléments de combat et de la guerre [.] Au cours des briefings journaliers, (la cellule) signalait la présence des gens du DAMI. Nous n’étions pas autorisés à les arrêter ou même à leur demander ce qu’ils faisaient à Kigali [.] ». Selon cet ex-officier, des soldats français sont restés au Rwanda déguisés en civils alors que leur contingent avait officiellement quitté le pays, en décembre 1993. « Ils ont continué à faire ce qu’ils faisaient avant ». (AFP 25.04.07 Génocide, un ex-officier belge accuse des soldats français d’avoir entraîné des miliciens extrémistes ).

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  • Et il aura fallu plus longtemps encore pour apprendre, à partir de 2003, 2004, que des français sont restés « tout le long » du génocide, comme l’expliquait le général Dallaire à Daniel Mermet, il y a dix ans. Surtout, ont commencé à affluer les témoignages de bourreaux et de rescapés pour expliquer combien des « Blancs » ou « Français » ont pu être présents à des étapes cruciales du génocide, comme le 13 mai 1994, pour le grand massacre des résistants Tutsi de Bisesero.

    Mais dès juillet 1994, on avait des indications sérieuses de ce qu’il pouvait y avoir responsabilité française dans l’attentat contre le Président Habyarimana qui servira de signal au lancement du génocide. Une dénonciation en provenance d’un chef de milice de Kigali était publiée, après authentification, par Colette Braeckman, dans Le Soir, de Bruxelles. Y étaient désignés les deux soldats français responsables du tir. Ne pouvait alors qu’ajouter à la suspicion l’absence de dénégation ou même d’enquête de l’armée française alors que même que celle-ci détenait les pièces à conviction. Un officier français, le commandant de Saint-Quentin, aujourd’hui général, s’était précipité sur les débris de l’avion encore fumants. Ainsi qu’on le sait aujourd’hui grâce à l’expertise ordonnée par le juge Trévidic, les tirs étaient partis d’à côté de son cantonnement, au camp de Kanombe, où il se chargeait par ailleurs d’entraîner les para-commandos qui seront – avec la Garde présidentielle également encadrée par des français –, les fers de lance de l’entreprise génocidaire.

    C’est aussi ce mois de juillet 94 que paraissait dans Libération un article du journaliste spécialisé en affaires africaines, Stephen Smith, dans lequel celui-ci prétendait dévier l’accusation précise lancée contre l’armée française par Le Soir de Bruxelles, sans même l’évoquer, et en soulevant une contre-accusation sans fondement contre le FPR, d’avoir été l’auteur de l’attentat du 6 avril. Cette accusation, manifestement concoctée par les services de désinformation de l’armée, sera reprise au fil des ans, par le capitaine Barril, le juge Bruguière, Pierre Péan ou d’autres. Elle sera poussée jusqu’à l’ignominie lorsque sera osé le syllogisme suivant lequel le FPR porterait y compris la responsabilité du génocide pour l’avoir « provoqué »...

    Après quatre années de scandaleuse absence d’enquête, en 1998, le juge Bruguière finira par en ouvrir une, non seulement très tardivement, mais destinée d’abord à empêcher une commission d’enquête parlementaire de s’emparer de ce dossier – deux juridictions ne pouvant, en théorie, examiner les mêmes faits. Il n’y aura pas de commission d’enquête, mais une simple mission d’information, présidée par Paul Quilès, qui aura largement l’occasion de vérifier l’étendue des responsabilités françaises – ce qui n’empêchera pas son Président d’en tirer des conclusions diamétralement inverses.

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  • « Interrogez les rescapés du massacre de Bisesero en juin 1994 et ils vous diront ce que les soldats français de l’opération Turquoise y ont fait. Complices certes, à Bisesero comme dans toute la zone dite ’humanitaire sûre’, mais aussi acteurs. »

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  • L’ONG Survie vient de publier un rapport de la "Direction du Renseignement Militaire" (DRM) rédigé il y a 20 ans jour pour jour. Il montre que les Forces Armées Rwandaises (FAR) demandaient encore instamment, au gouvernement français, durant les massacres, de leur fournir des munitions.

    Le rapport de la DRM montre également que les FAR indiquaient, en toute transparence, aux responsables politiques et militaires français de l’époque, le nom et le contact d’un trafiquant d’armes français, qui n’a jamais inquiété par les autorités françaises.

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  • L’implication de la France dans le génocide rwandais est indiscutable. Sans le soutien français, le régime d’Habyarimana se serait effondré dès 1990, prévenant ainsi le génocide de 1994 au cours duquel plus de 800000 Tutsis (et Hutus modérés) se sont fait tuer dans des conditions effroyables indignes du genre humain. Ce soutien absurde au régime d’Habyarimana est difficilement compréhensible si on ne raisonne qu’en termes militaires (guerre au FPR) ou en termes uniquement ethniques. En effet, quel intérêt militaire, contre le FPR, de tuer des civils désarmés. Et, pour la France, quel intérêt d’épouser un point de vue raciste ethnique ?

    Non la raison de tout ce crime, caché derrière l’ethnisme est bel et bien d’écraser une révolution sociale qui a failli, début 1990, d’emporter les dictature.

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  • The cause of the Rwandan genocide has been the subject of enormous, deliberate obfuscation. The most vulgar example is the mantra of "age-old tribal rivalries." The Hutu and Tutsi are not tribes—a word applied to Africa with careless indiscretion—but share a common language, territory and, in parts of Rwanda, culture. Journalists often refer to the "Hutu genocide of the Tutsi," in a tropical rendition of the Goldhagen thesis that Germans bear "collective guilt" for the Holocaust. This distortion has provided a cover for mass reprisals against the Hutu. The driving force behind the genocide was fundamentally political. This was a systematic plan of eradication targeting Hutu opponents of the regime and the entire Tutsi civilian population—the potential base of support for an invading Tutsi-led army from Uganda. But it would not have occurred without the legacy of German and Belgian colonialism, without the role of the UN and without the direct military support of French imperialism.

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  • Au Rwanda comme ailleurs en Afrique, c’est l’explosion économique puis sociale et politique. En 1980, les cours des matières premières s’effondrent, l’étain d’abord puis le café et le thé. Les prêts consentis par les organismes mondiaux de la finance amènent le FMI à imposer un plan d’ajustement structurel draconien. C’est la spirale de l’endettement pour rembourser la dette. De 1976 à 1994, la dette extérieure est multipliée par 20. D’autant qu’une catastrophe n’arrivant jamais seule, le franc rwandais dévalué de 67 %, les prix des biens importés explosent ( + 79 % pour l’essence). Le FMI impose donc le gel des salaires, les licenciements dans la fonction publique et bloque le prix du café à l’export. Dans le même esprit, les sociétés étrangères connaissent une baisse des plus sensibles des impôts alors même que les taxes sur la consommation sont augmentées. Toutes les couches de la population sont touchées, en particulier les jeunes qui n’ont rien à perdre et vont constituer un réservoir de recrues pour les milices hutu et l’armée. Le mécontentement est profond et les frustrations nombreuses ; en effet, le régime a été incapable de développer une industrie nationale et des services publics, son caractère ruralisant et catholique l’a amené à refuser d’introduire un contrôle des naissances, l’explosion démographique se traduit par conséquent, par un manque de terres et l’apparition massive d’un sous prolétariat désoeuvré. L’épidémie du SIDA qui sévit rend fou et sans espoir les démunis. Les riches face à la masse appauvrie sont par ailleurs de plus en plus riches et plus rapaces : en 1982, 10 % des plus riches prélevaient 20 % du revenu rural ; en 1994, c’est 51 % du revenu rural qui est accaparé par cette couche des 10 % les plus riches, sans compter la corruption et les revenus " compradore " qu’elle empoche.

    Le pouvoir ne reste pas indifférent, pour autant, vis-à-vis de cette montée des périls, face à la rage sociale qui monte, le seul frein étant la vindicte raciste, l’enrôlement dans l’armée est plus efficace. Les dépenses militaires triplent de 1990 à 1992.

    Pour calmer ses sueurs froides, le régime étend sa répression à tout le pays, 8 000 suspects sont jetés en prison.

    Face au soulèvement social, le régime dictatorial fait semblant de jeter du lest : la liberté de la presse est rétablie, le pluripartisme autorisé, les partis d’opposition accèdent au gouvernement. Ce n’est qu’une façade, un intermède en attendant de préparer la riposte.

    Les Forces Armées Rwandaises passent en 4 ans de 5 000 à 50 000 hommes. Hubert Védrine, secrétaire général de l’Elysée de 1991 à 1995, justifie cette politique d’armement massif, d’encadrement et de formation des FAR par la " nécessité de sécuriser les Etats alliés ", d’ailleurs, Raison d’Etat oblige " en politique on fait avec ce que l’on a ". Plus grave, de 1991 à 1994, des machettes, des pics, des haches, des faux, des serpes sont achetées en masse. Beaucoup plus tard, la commission sénatoriale belge révélera que 3 365 568 kg de ces matériels ont été acquis pour 4 671 583 dollars.

    En 1992, sont créées les milices hutu interahamwe (ceux qui agissent ensemble… et tueront ensemble) puis les Comités de Défense de la République (les CDR) et à l’intérieur de ceux-ci émerge le Hutu Power. Les 10 commandements du Hutu, un véritable évangile de haine contre " les cafards, les cancrelats et leurs complices " sont largement diffusés. Mais l’écrit n’est guère satisfaisant pour toucher, mobiliser les masses en particulier les jeunes. Le clan élyséen et l’Akazu ont une idée géniale. A côté de Radio Rwanda trop officielle, il suffit de créer une radio indépendante (!), de copier la formule NRJ, la musique, les chansons populaires seront ponctuées d’appels aux meurtres. Radio des Mille collines naît en 1993, elle touchera des milliers d’auditeurs et effectivement elle sera terriblement efficace. A chaque fois que les négociations se traduisent par une ouverture politique vers la paix, des tueries et des pogroms la compromettent. Ainsi, en octobre 1993, la Croix Rouge dénombrera plus de 100 000 victimes.

    Le 6 avril toujours, dans la soirée, le génocide a commencé. Des groupes de militaires et de miliciens, munis de listes, entament méthodiquement le massacre des Tutsi et des " Hutu complices ". Simultanément des tueries débutent dans différentes préfectures frontalières, les machettes sortent des caches pour être distribuées. Radio Mille Collines prêche la " nécessité de faire le travail " au nom de " l’autodéfense civile ". " Ce sont des antéchrist, c’est une race de gens très mauvais. Je ne sais comment Dieu va nous aider à les exterminer… Mais continuons à les exterminer… Venez chers amis, félicitons-nous ! Dieu est juste !… (chants)… Il faut éradiquer les cafards, les rats, les serpents, procéder au balayage des feuilles sèches de bananiers avant de les brûler … (chants) ". Les autorités locales réticentes sont éliminées, les écoles deviennent des abattoirs, des lieux d’aménagement de charniers. Les gens armés rabattent le gibier humain débusqué, les miliciens armés de machettes " font le travail ", les diplomates chargés de justifier les tueries les présentent, dans les enceintes de l’ONU, comme des mouvements populaires spontanés. Si l’hystérie est sans conteste collective, l’ethnicide a été une affaire de cadres avant d’être un vécu rural.

    Bilan, après quelques mois, 1 million de morts dont la moitié de Tutsi représentant les ¾ de ceux qui résidaient encore au Rwanda ou qui y étaient revenus dans l’espoir du retour à la paix.

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  • Voilà des mois que le Rwanda annonçait la publication prochaine du rapport de la commission chargée d’enquêter sur l’implication de l’Etat français dans le génocide de 1994. Le rapport de 500 pages, qui vient d’être officiellement rendu public, avait été remis au président Paul Kagamé en novembre dernier. Il a été transmis au ministre rwandais de la Justice et il est accablant. D’après les conclusions de celui-ci, la France aurait participé aux initiatives les plus importantes de préparation du génocide et, surtout, elle aurait participé à sa mise en exécution. Le gouvernement français n’a pas encore reçu officiellement une copie de ce rapport.

    La commission était chargée de rassembler « les preuves montrant l’implication de l’Etat français dans le génocide ». C’est donc ce qu’elle a fait durant les dix-huit mois qu’ont duré ses travaux. Le rapport remis ce mardi au ministre rwandais de la Justice est un pavé de 500 pages qui analyse le rôle de la France avant, pendant et après le génocide. D’après nos informations, pour la période de 1990 à 1993, le rapport dénonce, premièrement, une participation directe aux côtés de l’armée rwandaise, aux combats qui l’opposaient alors à la rébellion du Front patriotique rwandais (FPR).

    Les militaires français sont également accusés d’avoir participé à la formation des milices interahamwe, puis contribué à l’établissement des listes de Tutsis, et participé à la ségrégation ethnique, notamment lors de contrôles d’identité sur les barrages. Des faits de viols et de mauvais traitements sont aussi avancés. En conclusion : la France savait qu’un génocide se préparait et elle aidait le gouvernement d’Habyarimana à le mettre en œuvre.

    Plus graves sont encore les accusations sur l’implication directe de la France. Le rapport dénonce l’appui militaire des Français et les livraisons d’armes pendant le génocide, puis s’attache au rôle de l’opération Turquoise. Selon le rapport, des militaires français auraient participé aux assassinats de Tutsis, notamment à Gikongoro, l’un des QG de l’opération militaro-humanitaire.

    Enfin, selon les Rwandais, la France aurait continué à appuyer les pontes du régime génocidaire en exil en République démocratique du Congo avec, entre autres, de nouvelles livraisons d’armes. En conclusion la commission recommande au gouvernement rwandais de porter plainte contre l’Etat français devant les instances judiciaires internationales : le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR).

    Le génocide rwandais a fait, selon les Nations unies, environ 800 000 morts, parmi la minorité tutsie et les Hutus modérés. Kigali a rompu fin novembre 2006 ses relations diplomatiques avec Paris après que le juge français Jean-Louis Bruguière eut réclamé des poursuites contre le président Kagamé pour sa « participation présumée » à l’attentat contre l’avion de l’ex-président rwandais Juvénal Habyarimana le 6 avril 1994, qui a précédé le déclenchement du génocide.

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  • Le ministre de la Justice rwandais, Tharcisse Karugarama, a présenté à la presse mardi les conclusions du rapport de 500 pages de la commission d’enquête rwandaise sur le rôle de la France dans le génocide, qui avait entamé ses travaux en avril 2006.

    Selon ce rapport rédigé en français, la France était « au courant des préparatifs » du génocide, a « participé aux principales initiatives » de sa mise en place et « à sa mise en exécution ».

    « Des militaires français ont commis eux-mêmes directement des assassinats de Tutsis et de Hutus accusés de cacher des Tutsis (…) Des militaires français ont commis de nombreux viols sur des rescapées tutsies », accuse le communiqué du ministère de la Justice diffusé à la presse.

    « Vu la gravité des faits allégués, le gouvernement rwandais a enjoint les instances habilitées à entreprendre les actions requises afin d’amener les responsables politiques et militaires français incriminés à répondre de leurs actes devant la justice », poursuit le communiqué.

    Au rang des 13 dirigeants français incriminés par le rapport figurent notamment le président de la République à l’époque des faits François Mitterrand (mort en janvier 1996), le Premier ministre Edouard Balladur, le ministre des Affaires étrangères Alain Juppé ou encore le secrétaire général de l’Elysée Hubert Védrine.

    Les militaires français de l’opération militaro-humanitaire Turquoise (fin juin-fin août 1994) « ont laissé en place les infrastructures du génocide, à savoir les barrières tenues par les Interahamwe (extrémistes hutus). Ils ont demandé de façon expresse que les Interahamwe continuent à contrôler ces barrières et à tuer les Tutsis qui tenteraient de circuler », poursuit le communiqué.

    Le génocide rwandais a fait, selon les Nations unies, environ 800.000 morts, parmi la minorité tutsie et les Hutus modérés.

    Kigali a rompu fin novembre 2006 ses relations diplomatiques avec Paris après que le juge français Jean-Louis Bruguière eut réclamé des poursuites contre le président Paul Kagame pour sa « participation présumée » à l’attentat contre l’avion de l’ex-président rwandais Juvénal Habyarimana le 6 avril 1994, l’élément déclencheur du génocide.

    En octobre et en décembre 2006, la commission d’enquête rwandaise, composée d’historiens et de juristes, avait organisé à Kigali des auditions publiques de témoins, dont des militaires de l’ancienne armée rwandaise, mettant en cause la France.

    Les autorités françaises avaient fait savoir en février 2007 qu’elles ne reconnaissaient « ni légitimité ni compétence » à cette commission.

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  • On savait, notamment depuis les auditions de la commission rwandaise datant de décembre 2006 (commission Mucyo), que la France avait, tout au long du génocide perpétré en 1994 à l’encontre des Tutsi du Rwanda, livré des armes aux forces génocidaires. On apprend aujourd’hui que des machettes faisant partie de ces livraisons ont été utilisées par les milices Interahamwe - milices formées par l’armée française dans les années antérieures au génocide - au cours des deux principaux massacres anti-Tutsi de Bisesero (ouest du Rwanda).

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  • Pour la première fois depuis 1994, l’opération Turquoise au Rwanda s’éclaire d’un jour nouveau grâce au témoignage d’un officier français de l’armée de terre. Selon lui, l’objectif "humanitaire" officiellement affiché par Paris se confond avec un autre, beaucoup moins avouable : celui de freiner ou de stopper l’avancée militaire du Front patriotique rwandais (FPR), tout en ménageant les forces gouvernementales génocidaires.

    Lancée le 22 juin 1994, l’opération française Turquoise aurait eu pour objectif initial de faire le coup de feu contre le Front patriotique rwandais (FPR), la rébellion – essentiellement tutsie – qui se battait contre les forces gouvernementales hutues à l’origine du génocide. Ce n’est pas le président Paul Kagamé qui le dit, mais un ancien officier français, chevalier de la Légion d’honneur et décoré à titre militaire en opérations. Dans un long entretien accordé à “Jeune Afrique”, Guillaume Ancel, 48 ans, à l’époque capitaine au 68e régiment de l’artillerie d’Afrique, évoque sans détour le décalage entre la version officielle française et ce qu’il a vécu il y a vingt ans sur les collines du Rwanda. Si lui et ses compagnons d’arme ont effectivement mené, à partir du début juillet 1994, des missions de protection et d’extraction au bénéfice de rescapés tutsis, ils avaient auparavant, selon lui, reçu l’ordre de stopper l’avancée du FPR au moment où la victoire militaire de celui-ci devenait inexorable.

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  • Il faut remarquer que la première photo a été commentée par certains média comme "véhicule militaire français doublant une démonstration des interahamwe" ! Mais la photo est un peu floue. Certaines versions de cette photo, plus claires, montrent qu’en queue de manifestation fasciste hutu, il y a une autre jeep militaire fançaise. L’armée française encadre donc la manifestation !

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  • La commission Quilès déclarait :

    « Il est regrettable qu’il ait fallu attendre près de quatre ans pour qu’une investigation parlementaire soit entreprise sur pareille tragédie. Les liens de la France avec le Rwanda, les actions de coopération civile et militaire que notre pays y a menées, les efforts qu’y ont déployés les organisations non gouvernementales françaises, la mort de plusieurs de nos compatriotes auraient dû inciter le Parlement à ouvrir le débat plus tôt.
    Le silence de l’exécutif, qui s’explique largement par les traditions de discrétion, sinon de secret, cultivées par notre diplomatie et notre défense, l’apparente indifférence du Parlement ont suscité des interrogations, des suspicions, voire des mises en accusation de la politique de la France d’autant plus préoccupantes que les éléments objectifs d’information qui auraient pu les infirmer ou les étayer étaient rares. »

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  • Encore la commission Quilès :

    « Procéder à des opérations d’instruction, réaliser une assistance technique militaire en temps de paix ne pose pas de problèmes particuliers en termes de principes. Intervenir sur la base d’un accord de défense ou en vertu d’un engagement politique aux côtés d’un Etat auquel un autre Etat souhaite apporter son soutien dans le cas d’une agression extérieure, ne soulève pas non plus de questions d’ordre éthique. Il s’agit là d’un jeu classique d’alliances exprimant tel ou tel équilibre politique. Que l’agression ne puisse être véritablement caractérisée comme une agression extérieure, que le pays qui la subit soit lui-même auteur ou complice d’exactions graves sur ses propres populations en représailles aux offensives qui le menacent et la situation devient dès lors beaucoup plus complexe. »

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  • Le 27 novembre 2004, Paul Quilès défendait l’intervention militaire française de 1990 en situant l’opération Noroît dans le cadre des « Accords de défense » signés avec le Rwanda. Il se réclamait même de sa qualité d’ancien ministre de la Défense contre ceux qui méconnaissent les obligations dues par la France à ces « accords de défense » : « Donc, dit-il, en 90, il y avait nécessité pour la France conformément à ses accords de venir aider le pouvoir en place contre une agression extérieure ; ce n’était pas une guerre civile, c’était une agression extérieure. »22

    Paul Quilès fait ici référence aux accords d’assistance et de défense signés par la France avec les pays africains francophones lors des indépendances. Mais cet argument est fallacieux pour plusieurs raisons. Outre l’interprétation tendancieuse qui consiste à faire de l’offensive du FPR en exil une « agression extérieure », confondue avec celle d’un État, un tel accord de défense ne fut pas signé avec le Rwanda. Avec le Rwanda c’est un accord non de défense mais de coopération civile qui fut signé le 18 juillet 1975. Or rien dans la lettre de ces accords, y compris dans le texte modifié de 1983, n’obligeait la France à intervenir contre une agression extérieure.

    Comme le rappelle le rapport de la mission d’information parlementaire, l’accord de 1975 stipulait que le gouvernement de la République française mettait à la disposition du Gouvernement de la République rwandaise « les personnels militaires français dont le concours lui est nécessaire pour l’organisation et pour l’instruction de la Gendarmerie rwandaise ». Il précisait (art. 2) que l’officier français dirigeant ces hommes relevait de l’ambassadeur de France, et que les militaires français ne devaient « en aucun cas être associés à la préparation ou à l’exécution d’opérations de guerre, de maintien ou de rétablissement de l’ordre ou de la légalité ».

    Les modifications apportées au texte de juillet 1975 en 1983, puis en 1992, montrent que la coopération devait devenir militaire et rendre une guerre possible. En 1983, l’article 3 – modifié à la demande du gouvernement rwandais – précise que les personnels français serviront « sous l’uniforme rwandais » et que leur « qualité d’assistants techniques militaires » serait « mise en évidence par un badge spécifique “Coopération Militaire” », sur la manche de l’uniforme. Surtout, la révision de 1983 supprime l’interdiction faite aux coopérants militaires français d’être associés à toute opération de guerre. Puis l’avenant du 26 août 1992 remplace la « gendarmerie rwandaise » par les « forces armées rwandaises » : la coopération française est ainsi étendue à l’ensemble des missions militaires rwandaises.

    Le problème est que cette modification majeure est apportée au texte deux ans après l’intervention militaire de la France en 1990. Les actions françaises menées au Rwanda pendant ces deux ans ne relevaient donc pas des accords signés par la France et le Rwanda, puisque le texte de 1983 ne comportait aucune obligation d’intervenir. De quel texte relevaient-elles alors, qui, du reste, contredirait les Accords d’Arusha programmant le retrait des militaires français ? Par ailleurs, en quoi consistèrent ces actions ?

    L’intervention française prit la forme officielle de l’opération Noroît. Tandis que les soldats belges se retiraient, de nouveaux soldats français vinrent rejoindre ceux qui, déjà présents, allaient rester trois ans encore. Trois détachements militaires français, en tout une centaine d’hommes, étaient ainsi présents au Rwanda au début 1991 : 1. une mission militaire locale d’assistance de 24 soldats (Mission Militaire de Coopération) ; 2. un détachement militaire chargé de l’évacuation des ressortissants (Noroît) ; 3. un Détachement d’Assistance Militaire et d’Instruction (DAMI), dirigé par le lieutenant-colonel Chollet, conseiller aussi du chef de l’état-major rwandais.

    La présence de ce DAMI devait rester secrète, comme le montre un fax envoyé alors de France à l’ambassadeur français Georges Martres : « Nous n’avons pas l’intention d’annoncer officiellement la mise en place du Dami. Vous direz au président Habyarimana que nous souhaiterions qu’il agisse de la même manière. » Quelques semaines plus tôt, le 15 octobre 1990, l’Élysée avait été informé par le même Georges Martres des risques d’extermination des Tutsis au Rwanda. D’après le rapport de la Mission d’information parlementaire, « Georges Martres a estimé que le génocide était prévisible dès octobre 1993 “sans toutefois qu’on puisse en imaginer l’ampleur et l’atrocité” ».Il a du reste ajouté que « le génocide constituait une hantise quotidienne pour les Tutsis. » (p. 297). Prévoir un génocide sans en imaginer l’ampleur ni l’atrocité : cette performance inédite relève un peu de la technique jésuite de « restriction mentale ». Pour d’autres hauts militaires cités dans le même rapport, le génocide était prévisible dès 1990 : « Cette volonté d’éradiquer les Tutsis imprègne tout particulièrement l’armée composée uniquement de Hutus. Le général Jean Varret, ancien chef de la Mission militaire de coopération d’octobre 1990 à avril 1993, a indiqué devant la mission comment, lors de son arrivée au Rwanda, le colonel Rwagafilita lui avait expliqué la question tutsie : « ils sont très peu nombreux, nous allons les liquider »(p. 292).

    C’est donc en toute connaissance de cause, en l’absence de tout texte d’accord contraignant, et à l’insu des députés et, semble-t-il, des ministres, que commence en 1990, à la faveur de l’offensive du FPR, la guerre secrète menée par la France au Rwanda. Le colonel Canova, envoyé au Rwanda dès octobre 1990, puis le colonel Chollet organisent une lutte antiguérilla contre le FPR devenu ennemi intérieur. Cette lutte menée aux côtés des FAR (Forces Armées Rwandaises) se comprend comme une guerre totale, et répond pleinement aux normes de la doctrine, formation de milices comprises. La question cruciale est donc celle de la nature exacte de « l’assistance » et de « l’instruction » apportée – et à qui exactement ? – par les Français du DAMI, et de la nature de ces « ennemis » intérieurs, militaire ou civile et ethnique.

    D’après le rapport de la MIP, la France est « intervenue sur le terrain de façon extrêmement proche des FAR. Elle a, de façon continue, participé à l’élaboration de plans de bataille, dispensé des conseils à l’état-major et aux commandements de secteurs, proposant des restructurations et des nouvelles tactiques. Elle a envoyé sur place des conseillers pour instruire les FAR au maniement d’armes perfectionnées. Elle a enseigné les techniques de piégeage et de minage, suggérant pour cela les emplacements les plus appropriés » (p. 163). Bernard Cazeneuve, co-rapporteur de la mission, conclut ainsi : « Sous couvert d’assistance au détachement Noroît, une centaine de militaires français menaient quasiment des actions de guerre sans qu’on puisse clairement établir quelle autorité politique le leur avait précisément demandé. »

    Mais le même Bernard Cazeneuve, commentant la modification apportée en 1983 aux accords de coopération, soulignait que le port de l’uniforme local par l’armée française « est une concession politique et un signe militaire fort qui ne doit pas être galvaudé ». Or une telle « concession politique » ne peut émaner déjà que du plus haut degré des autorités françaises.

    L’armée française a donc mené des « actions de guerre » décidées en haut lieu, par le Président, conseillé par son état-major : les porte-parole de la doctrine de la guerre révolutionnaire auprès de Mitterrand étaient l’amiral Lanxade et les généraux Quesnot et Huchon. Le dispositif des hiérarchies parallèles fut assuré par des anciens d’Algérie, les officiers Lacaze et Heinrich. Le grand problème fut que la guerre que menaient les FAR n’était pas seulement une guerre contre le FPR. C’était une guerre menée contre des civils, et ces civils étaient des Tutsis. Cette guerre était un génocide.

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  • Immaculée Cattier

    Je m’appelle Immaculée Cattier, Mpinganzima est mon nom de naissance, et je viens de la région de Gisenyi, qui est la région de l’ancien président Habyarimana, à l’ouest du Rwanda, juste au bord du lac Kivu. En 1990, j’ai été emprisonnée comme tous les autres Tutsi. À ma sortie, je n’avais plus nulle part où aller. Je suis allée me cacher chez des frères canadiens, qui dirigeaient une école. Les rejoindre, déjà, a été très difficile. J’aurais pu mourir deux ou trois cents mètres avant d’atteindre l’endroit.

    Les frères canadiens ont tenu à me protéger. Le directeur de l’école m’a proposé de me faire passer avec eux, en mettant mon nom sur un ordre de mission, à l’occasion d’un voyage qu’ils devaient faire à Kigali pour une réunion au ministère de l’Éducation. Avec un ordre de mission, j’évitais de devoir présenter aux barrages ma carte d’identité, qui portait la mention « Tutsi ». Il devait pourtant demander l’avis des autres participants. C’était un bus scolaire, qui transportait des gens du sémi­naire, du lycée, des jeunes qui voulaient être prêtres, des frères. Tous ont été d’accord. Sauf deux Français, qui pensaient qu’il était risqué pour eux de me prendre avec eux, parce que je sortais de prison et que le bourgmestre me cherchait. Ils ont préféré voyager dans une voiture à part. Nous avons passé toutes les barrières sans problème, jusqu’à la sortie de Ruhengeri. Il y avait une grande barrière et beaucoup de gens. C’était la période où le FPR avait ouvert la prison et libéré les prisonniers poli­tiques. Le commandant de place était en prison, accusé d’avoir collaboré avec le FPR. Les militaires du barrage étaient donc des militaires de Kigali, des gens du Président, accompagnés de Français.

    Il y avait là une queue de véhicules qui attendait un contrôle. La tension était à vous couper le souffle. De loin j’ai aperçu les autos blindées prêtes à attaquer. Avec comme chauffeurs des militaires blancs. Mes amis canadiens ont chuchoté : « les Français »… Nous avons vu les militaires qui contrôlaient, les miliciens qui tenaient les barrières en agitant les machettes dans tous les sens. Mon vieux protecteur m’a regardé dans le rétroviseur d’un œil qui me rappelait que je devais garder le calme et le sang froid comme le jour où je suis arrivée chez eux sous une pluie de lances et de bambous bien aiguisés.

    Les prières ne venaient plus en moi, je me croyais déjà morte. On avançait d’un ou deux mètres après le départ d’une voiture. Je me suis rendue compte que parmi les militaires il y avait des Français qui deman­daient aussi les cartes d’identités des Rwandais où figurait la mention « hutu », « tutsi », ou « twa ». Les Tutsi se faisaient sortir de la voiture et les militaires français les remettaient aux mains des miliciens agacés qui les coupaient à coups de machettes et les jetaient dans une rigole au bord de la grande route asphaltée Ruhengeri-Kigali. Après le couvre-feu un camion-benne de la commune venait charger les cadavres et les mettre je ne sais où (probablement dans une des fosses communes que la FIDH (Fédération Internationale des Droits de l’Homme) a découvertes en janvier-février 1993 dans la commune Kigombe-Ruhengeri).

    Malgré les consignes des frères de faire semblant de ne rien craindre, j’ai tout de même jeté un coup d’œil dans le rétroviseur de notre minibus Hiace pour voir ce qui se passait dans d’autres voitures et j’ai vu un Tutsi qui se faisait sortir d’une voiture un peu plus loin que la nôtre. Après la vérification de sa carte d’identité, un militaire français et un autre officier rwandais l’ont donné aux miliciens qui ont commencé tout de suite, devant ces voitures, à le frapper de leurs machettes et de toutes autres armes qu’ils avaient, comme des ntampongano (gourdins), pour le jeter après dans la rigole (tout cela vite fait pour s’attaquer aux suivants).

    Quand j’ai vu cela, j’ai regardé autour de nous dans la rigole où j’ai aperçu quelques corps qui gisaient sans bruit (ils meurent tous sans bruit). J’ai fermé mes yeux jusqu’à ce que notre moteur ait tourné long­temps sans s’arrêter et j’ai compris que nous avions eu l’autorisation de partir sans perte puisque j’étais la seule à être visée. Personne de notre voiture n’a commenté ce qui s’est passé, juste le frère directeur qui a de­mandé une petite prière dans nos cœurs pour ces gens qui se faisaient tuer.

    Géraud de la Pradelle

    C’était à quelle date ?

    Immaculée Cattier

    En avril, je ne me souviens pas précisément de la date. C’était à la mi-avril 1991.

    Géraud de la Pradelle

    Les militaires qui contrôlaient les papiers, c’étaient des Rwandais, des Français ?

    Immaculée Cattier

    Des Français et des Rwandais.

    Catherine Coquio

    Vous souvenez-vous, à peu près, de la proportion des soldats français et des soldats rwandais ?

    Immaculée Cattier

    Deux blindés étaient conduits par les Français et deux militaires français contrôlaient les papiers. Les miliciens autour attendaient.

    Sharon Courtoux

    Et les militaires français étaient dans quel uniforme ?

    Immaculée Cattier

    C’était la guerre, ils portaient tous des treillis.

    Sharon Courtoux

    C’était au mois d’avril ?

    Immaculée Cattier

    Oui, 1991.

    Sharon Courtoux

    Il est donc possible de retrouver les noms des Français qui dirigeaient des troupes sur place.

    Géraud de la Pradelle

    Est-ce qu’ils avaient des insignes militaires, des écussons, des badges sur la poche ?

    Immaculée Cattier

    Je ne peux pas vous dire parce que je ne pouvais pas les observer, je risquais d’attirer l’attention.

    Géraud de la Pradelle

    Ils ont eux-mêmes contrôlé des cartes d’identité ?

    Immaculée Cattier

    Oui, sauf dans notre voiture, puisque nous avions un ordre de mission.

    Géraud de la Pradelle

    Que faisaient-ils de ceux qu’ils sortaient des voitures après avoir vérifié leur carte ?

    Immaculée Cattier

    Ils les donnaient aux miliciens.

    Sharon Courtoux

    Et ils regardaient les miliciens frapper ?

    Immaculée Cattier

    Oui.

    Sharon Courtoux

    Sans réagir ?

    Immaculée Cattier

    Non. C’est eux qui les donnaient, c’est eux qui les livraient, les miliciens n’avaient pas le droit d’aller vraiment dans les voitures chercher les personnes, les personnes montraient les cartes d’identité aux officiers rwandais et français qui étaient devant.

    [Carte de visite donnée par Jean Antoine Murzi à Immaculée]

    Devant la Commission Mucyo, le 30 avril 2007, Pierre Jamagne a témoigné connaître aussi "Tony" Murzi :
    "Le responsable de la sécurité à l’Ambassade de France à Kigali, Tony Murzi, avec qui Pierre Jamagne avait des contacts privilégiés s’était dit étonné de constater que l’Ambassade de Belgique ne prenait pas de mesures sérieuses de sécurité alors que celle de la France était au courant de ce qui se passe. « L’Ambassade de France suivait tout ce qui se passe dans les quartiers, elle avait un réseau d’information efficace », a-t-il déclaré. "
    cf.Auditions Mucyo sur notre site.

    Sharon Courtoux

    Est-ce que vous êtes en mesure de retrouver les Canadiens qui vous ont protégée à l’époque ?

    Immaculée Cattier

    J’ai cherché à les contacter. Je sais qu’ils ont été plus tard menacés, qu’ils ont dû fermer leur école. J’ai la trace d’un d’entre eux, un ancien combattant de la Seconde Guerre Mondiale, qui m’avait dit qu’il voyageait avec une bouteille contenant un reste de bombe qu’il ferait exploser si jamais on cherchait à nous tuer. J’ai essayé de le joindre, je lui ai écrit. Mais il était très vieux, je pense qu’il n’est plus là. J’ai perdu la trace du directeur.

    Géraud de la Pradelle

    Vous avez déjà été amenée à témoigner de ces choses, devant des instances françaises quelconques ?

    Immaculée Cattier

    J’ai parlé avec plusieurs personnes, mais je n’ai pas témoigné officiellement. Jusqu’à récemment, j’avais un statut de réfugiée, et j’ai la charge de plusieurs orphelins. Il fallait que je me protège. Aujourd’hui, j’ai la nationalité française, je peux parler.

    François-Xavier Verschave

    Je voudrais simplement vous faire confirmer un point essentiel : au moins dans un cas, celui du Tutsi qui était dans la voiture derrière vous, vous avez vu que la remise par des militaires français aux miliciens se traduisait par une mise à mort instantanée ?

    Immaculée Cattier

    Peut-être les Français ne savaient-ils pas s’il allait mourir tout de suite ou après, mais ils savaient qu’il allait mourir. Je ne sais pas si les Français savaient ce qu’était une machette. Ce n’est pas un petit bout de plastique, et un gourdin avec des clous, ce n’est pas quelque chose qui vous caresse. Ils savaient bien ce qu’ils faisaient.

    Sharon Courtoux

    Et il y avait des gens, des corps, à côté de l’endroit où vous êtes passée ?

    Immaculée Cattier

    Peut-être pas morts vraiment, mais qui allaient mourir.

    Géraud de la Pradelle

    Qu’est-ce qui vous est arrivé après, quel a été votre parcours ?

    Immaculée Cattier

    Ce jour-là, les Canadiens m’ont déposée chez une famille que je connaissais à Kigali. Le vieux Canadien est revenu me voir le lendemain, pour me dire qu’il fallait que je trouve du travail. Je lui ai répondu que c’était impossible, que je devais me cacher. Finalement, il a été voir la coopération canadienne, et ils m’ont trouvé un bureau. Je suis restée comme ça un an, et puis ils m’ont donné une bourse d’études, pour que je puisse partir.

    François-Xavier Verschave

    L’un des éléments qui atteste d’une planification, et qui a été déjà maintes fois débattu, c’est l’existence de listes de personnes à abattre, qui s’étoffaient au fur et à mesure de la préparation du génocide. Or il me semble que, lorsque vous étiez à Kigali, après l’épisode que vous venez de décrire, vous avez eu connaissance par hasard du fait qu’un officier français de l’ambassade de France à Kigali connaissait très bien, non seu­lement l’existence de telles listes, mais les noms qui se trouvaient dessus. Pourriez-vous expliquer comment vous avez eu connaissance de cela ?

    Immaculée Cattier

    À Gisenyi, j’avais une amie, une veuve, que j’ai retrouvée à Kigali. Elle avait alors une liaison avec un attaché militaire de l’ambas­sade de France au Rwanda. Elle et moi avions une amie en commun, une fille qui travaillait au PNUD, à l’ONU. Elle se maquillait de telle sorte qu’en octobre 1990, les miliciens n’ont pas vu qu’elle était rwandaise, tout le monde pensait que c’était une étrangère qui travaillait à Kigali. Plus tard, ils se sont rendu compte qu’elle était Tutsi et ils ont décidé de l’éliminer. Le soir, elle rentrait du travail avec un minibus qui, lorsqu’il pleuvait, devait la laisser à quelque 800 mètres ou peut-être 1 kilomètre de chez elle, à cause de la boue. Elle finissait le chemin à pied. Un soir de pluie, le minibus l’a déposée à l’endroit habituel. Elle a marché quelque deux ou trois cents mètres et un jeune garçon est sorti d’une petite rue, entre les maisonnettes, l’a attrapée, étranglée, l’a fait tomber, l’a écrasée, l’a frappée avec des cailloux ramassés par terre. Et puis il est parti, vite, pour qu’on ne l’attrape pas, la croyant morte.

    Une voiture est passée, un de ses voisins qui rentrait. Il l’a vue couchée dans la rue, l’a déposée à l’hôpital et a prévenu la gendarmerie. C’est petit le Rwanda, les nouvelles circulent rapidement. Quelques heures plus tard, j’étais déjà au courant qu’elle avait été assassinée. Mon amie et son copain français ont alerté le PNUD, qui a prévenu la police. Trois jours plus tard, elle sortait du coma et racontait son histoire, mais il n’y a pas eu de suite. L’ami français lui a dit qu’il fallait qu’elle s’enfuie, qu’elle quitte le Rwanda, que la prochaine fois, elle y passerait. Il a parlé des listes, et lui a dit que son nom y était. C’était en janvier 1992, cela faisait déjà quelques mois que j’étais à Kigali.

    La jeune fille est partie, elle a fui. Nous l’avons accompagnée à l’aéroport. Avec l’ami français, elle a évité le contrôle, est passée par la voie des officiels, des ministres et des ambassadeurs. L’officier l’a accompagnée jusque dans l’avion. Nous avons fait enregistrer ses bagages, grâce à une complice qui travaillait à l’aéroport et n’a pas demandé à voir leur propriétaire. Après, sa maison a été fouillée, mais ils n’ont rien trouvé parce que le départ était bien préparé.

    François-Xavier Verschave

    Vous souvenez-vous du nom de cet officier français ?

    Immaculée Cattier

    J’ai même sa carte de visite.

    François-Xavier Verschave

    Pouvez-vous nous le dire ?

    Immaculée Cattier

    Il s’appelait… il s’appelle Antoine Murzi. J’ai cherché aussi à le contacter…

    Sharon Courtoux

    Quelle fonction sa carte de visite indique-t-elle ?

    Immaculée Cattier

    Attaché militaire à l’ambassade de France.

    Sharon Courtoux

    À l’ambassade de France à Kigali ?

    Immaculée Cattier

    Oui. Je l’ai revu après que la fille est partie. Au moment où il y a eu un terrible combat dans le Nord-Est au Mutara. Il est venu un soir m’attendre après mon travail, et m’a proposé de venir chez lui boire un verre. Je l’ai suivi. Il a commencé à me demander ce que je pensais de la guerre. Je lui ai répondu qu’il devait en savoir plus que moi. Je voyais bien qu’il cherchait à me faire parler de ma région, de ma famille. Je n’ai rien dit. Je lui ai même dit que c’était à lui de me donner des nouvelles de mes frères. Je provoquais. Il a insisté, me disant que je ne devais rien lui cacher. Il cherchait des informations, mais je n’ai rien dit. La radio criait qu’il fallait éliminer tous les Tutsi. Il m’a raccompagnée chez moi, je ne l’ai plus jamais revu. J’ai tenté de le contacter, depuis. J’ai appris qu’il était au Gabon.

    Sharon Courtoux

    À quel moment ?

    Immaculée Cattier

    Entre 1995 et 1996, j’ai cherché à le contacter, il était en Afrique.

    Géraud de la Pradelle

    Quel était le grade de ce conseiller, de cet officier ? Lieutenant, capitaine ?

    Immaculée Cattier

    Je ne peux pas vous dire, je sais qu’il était attaché militaire, c’est tout.

    François-Xavier Verschave

    S’agissait-il d’un attaché militaire parmi d’autres, ou était-il « l’attaché militaire de l’ambassade » ?

    Immaculée Cattier

    Je crois qu’il était un informateur des militaires français de l’ambassade.

    Sharon Courtoux

    Et vous avez encore sa carte ?

    Immaculée Cattier

    Oui, je l’ai encore

    François-Xavier Verschave

    Vous pouvez peut-être nous la faire circuler si vous voulez…

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  • Gerard Prunier :

    « There is no doubt that certain officers of the Interahamwe … were trained by the French. Why ? That’s quite easy to understand. The French maintained a training programme for officers and NCOs (non-commissioned officers) of the Rwandan Armed Forces… When the Interahamwe were created, the Rwandans skilfully palmed off – there’s no other expression – the Interahamwe as NCOs in training. The French thus trained them. »

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  • In his book Silent accomplice. The untold story of France’s role in the Rwandan genocide, Andrew Wallis cites a testimony from an ex-militia member who claims that he received military training from French instructors at camp Bigogwe. This statement is confirmed by an independent human rights investigator. Wallis concludes :

    « The French actually helped to train some of these militias. Equally, the French military knew full well that the Interahamwe were terrifying and killing innocent civilians. (..) The French effectively took over running the campaign against the RPF, using their frontline troops to do everything bar fire the impressive armaments and field batteries flown in to assist their Rwandan allies. (..) Operation Noroît quietly went about shoring up a regime that was murdering political opponents and civilians alike. »

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  • Jacques Morel écrit notamment dans son ouvrage "La France au cœur du génocide des Tutsi" :

    «  L’ex-capitaine Barril a organisé la formation au camp de Bigogwe d’une unité d’élite CRAP1 pour attaquer l’arrière des lignes du FPR pendant le génocide. La Mission d’information parlementaire s’abstient de l’évoquer. Mais dans les annexes de son rapport, une lettre atteste que Barril a obtenu un contrat avec le ministère de la Défense du Gouvernement intérimaire rwandais. 2 Ce contrat a été rendu public. Barril était envoyé probablement par le ministère de la Coopération. L’envoi dans le cadre de la coopération d’un contingent d’instructeurs pour les actions de coups de main et pour saboter les arrières de l’ennemi a été évoqué lors des entretiens que le général Huchon a eus du 9 au 13 mai avec le colonel Rwabalinda. Chef de la Mission militaire de Coopération, le général Huchon agissait sans doute sur l’ordre du général Quesnot qui, avec le feu vert de Mitterrand, a mis en oeuvre une stratégie indirecte de soutien aux Forces armées rwandaises. Ces faits démontrent la complicité active de la France avec les organisateurs du génocide. »

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  • Le génocide d’environ un million d’hommes, de femmes et d’enfants, des civils qui n’étaient pas en train de contester ni de se mobiliser et qui, pourtant, ont été massacrés.

    Oui, je sais, vous êtes au courant... Vous savez tout ce qu’"il faut savoir" sur ce "malheur" qui a frappé l’Afrique une fois de plus... Et vous pensez que les grandes puissances ont été trop silencieuses ou trop impuissantes, la France en premier bien sûr...

    Eh bien, désolé de vous contredire. Les grandes puissances ont été particulièrement présentes et efficaces, la France en premier mais aussi le groupe USA-Angleterre...

    Non, il n’y a pas eu de haine ancestrale entre Hutus et Tutsis. S’il en fallait une preuve, il suffirait de dire que c’est la France - la plus proche du régime à l’époque - qui a réalisé des passeports avec la mention "hutu" et "tutsi" car, sans la mention, impossible de reconnaitre Hutus et Tutsis tant les mariages entre les deux groupes étaient fréquents, ce qui n’est pas le cas entre ethnies...

    Et la France a fait bien d’autres cadeaux de ce type. Elle était présente par ses forces armées sur place aux barrages qui faisaient le tri à l’aide de ces fameux passeports ethniques afin d’envoyer sous terre les Tutsis. Vous ne pouvez pas le croire et comme on vous comprend.

    Les forces armées avaient des mois avant formé les tueurs à la manière la plus sure de tuer avec une machette... Vous ne pouvez pas le croire et c’est bien normal...

    Ils avaient d’ailleurs formé dans des camps français au Rwanda toutes les troupes fascistes du génocide. Vous ne pouvez pas le croire mais il ya eu des images de ces entrainements...

    Ils ont d’ailleurs formé le gouvernement génocidaire dans l’enceinte même de l’ambassade de France à Kigali. Si c’était vrai, ça se saurait. Tien donc ! On croyait que vous saviez tout sur le génocide ?...

    Quel intérêt pouvait donc avoir la France dirigée par François Mitterrand aidé de Védrine et aussi Balladur, Léotard aidés de De Vilepin à aider des fascistes africains à réaliser un massacre ? C’est vraiment incroyable ! C’est exactement pour que vous le pensiez qu’on a fait semblant de vous informer de ce qui s’est passé.

    Et d’abord, on vous a caché l’origine de ces fascistes rwandais. On ne trouve pas ainsi des troupes de la contre-révolution quand les classes dirigeantes ne se sentent pas menacées par la révolution. On ne trouve pas de complicité chez tous les impérialismes non plus si cette menace sociale n’existe pas. Voir les fascismes italiens, allemands ou français...

    En 1990, c’est la révolte sociale qui est descendue dans les rues de la capitale, Kigali, bravant la dictature militaire, dans le cadre d’un soulèvement presque général à l’Afrique (rappelez-vous la chute de Moussa Traore au Mali). Pendant deux ans, tous les opprimés se sont soulevés quelque soient leurs origines et ils ont bravé le pouvoir au point que celui-ci a été contraint pour en finir avec la révolte de mettre des membres de l’opposition à la tête du gouvernement.

    Les dictateurs, futurs génocidaires, ont côtoyé au pouvoir les réformistes qui voulaient calmer les choses et réformer. Ce sont ces réformistes qui ont été les premières victimes du génocide programmé par la classe dirigeante au pouvoir. Les réformistes ont réussi à calmer la révolte sociale avant que ces classes dirigeantes ne détournent une partie de la colère sociale vers des bandes d’extrême droite. Et sur cette politique, toutes les grandes puissances ne pouvaient qu’être d’accord. Elles le sont toujours pour cautionner les contre-révolutions quand la révolution sociale menace...

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  • Le génocide des Tutsis qui débute le 6 avril 1994 n’est pas un embrasement soudain. Il a été méthodiquement planifié par le pouvoir hutu d’Habyarimana.
    À tel point que, dès 1990, de nombreux acteurs français sur place (services, militaires, diplomates) font remonter à l’Élysée des alertes de plus en plus précises.

    Devant la Mission d’information parlementaire, le colonel Galinié précise « qu’il avait déjà fait état, en janvier 1990, dans son rapport d’attaché de défense, de ce risque d’élimination physique et des massacres. »
    Dans un télégramme diplomatique déclassifié du 15 octobre 1990, l’ambassadeur Martres évoque clairement la crainte d’un génocide de la part de la population tutsi :
    « Cette victoire militaire [du FPR], même partielle, lui permettrait d’échapper au génocide. [...] Les Tutsi sont convaincus que si la victoire du pouvoir actuel était totale, le départ des troupes françaises et belges aurait pour résultat d’aggraver la répression et les persécutions et conduirait à l’élimination totale des Tutsi. »
    Le 24 octobre, l’attaché de défense à Kigali reconnaît, lui aussi, ce risque génocidaire contre les Tutsi qu’il lie directement à une victoire militaire du FPR et à la mise en place d’un « royaume tutsi ». « Ce rétablissement avoué ou déguisé [d’un royaume tutsi] entraînant, selon toute vraisemblance, l’élimination physique à l’intérieur du pays des Tutsi, 500000 à 700 000 personnes, par les Hutu 7 000 000 d’individus », écrit le colonel Galinié.
    La diplomatie française est également parfaitement au courant des appels au meurtre lancé par la revue des extrémistes hutu Kangura (« Réveillez-le ! »), destinés à préparer les esprits au génocide. Dans le numéro du 6 décembre 1990 de Kangura, figure en toutes lettres « les dix commandements du Hutu », ordonnant notamment de « cesser d’avoir pitié » des Tutsi. Le texte est publié en français avec une grande photo de François Mitterrand, et cette légende : « Un véritable ami du Rwanda. C’est dans le malheur que les véritables amis se découvrent. »

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  • Hasard. C’est presque par hasard, dans le cadre d’une recherche historique, que Linda Melvern, journaliste britannique, tombe sur la fameuse liste évoquant la présence de missiles Mistral, dans les archives de l’ONU. Le document avait été adjoint et noyé au milieu d’un autre rapport. Pourquoi est-ce si important ? Parce que, depuis 1994, les anciens officiers rwandais inculpés par le Tribunal pénal international pour le Rwanda n’ont cessé d’affirmer qu’aucun des leurs ne pouvait être mêlé à cet attentat, car ils ne possédaient pas de missiles. Les autorités françaises, qui les ont trop longtemps soutenus, formés et équipés, ont suivi le même raisonnement : sans arme, pas de crime possible. Mais alors, que viennent faire ces Mistral dans les stocks de l’armée rwandaise ? Et qui savait ?

    La liste des armes de l’armée rwandaise, dans laquelle apparaissent les missiles français, a été établie avant le génocide, puis a été oubliée durant deux décennies.

    C’est une simple liste qui énumère des stocks d’armes, sans aucun commentaire. Depuis près de vingt ans, elle se trouvait dans les archives des Nations unies, à New York. Aujourd’hui, soudain exhumé de l’oubli, ce document relance quelques questions troublantes sur le rôle de la France dans l’attentat qui a coûté la vie au président rwandais Juvénal Habyarimana, le 6 avril 1994.

    Ce soir-là, l’avion présidentiel amorce sa descente sur Kigali, lorsqu’il est abattu par deux tirs de missiles sol-air. L’attentat ne sera jamais revendiqué mais, dans les heures qui suivent, une machine de mort se met en marche : le génocide des Tutsis vient de commencer, il va durer trois mois et faire près d’un million de victimes. Le président assassiné était hutu, et c’est au nom d’une prétendue « vengeance spontanée », que les ultras du camp présidentiel vont justifier le massacre systématique de la minorité tutsie, collectivement accusée du meurtre du chef de l’Etat.

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  • 27 avril 1994 : Paris reçoit les organisateurs du génocide rwandais : Jérôme Bicamumpaka et Jean-Bosco Barayagwiza.

    Le 27 avril 1994, François Mitterrand, Alain Juppé et Bruno Delaye, alors responsable de la cellule africaine à l’Élysée, ont reçu à Paris une délégation rwandaise formée de Jérôme Bicamumpaka, ministre des Affaires étrangères du GIR (Gouvernement Intérimaire Rwandais), et de Jean Bosco Barayagwiza, responsable de la CDR (Coalition pour la Défense de la République). La CDR était, avec le parti présidentiel MRND, le noyau dur du Hutu Power qui s’était élargi en « front commun » contre le FPR plus d’un an plus tôt, et appelait à la « guerre raciale » contre les Tutsi. Au moment où eut lieu cette rencontre franco-rwandaise, le GIR se livrait à l’extermination des Tutsi depuis près d’un mois.

    Cette hospitalité était une singularité française : excepté la France et l’Égypte, les gouvernements avaient alors refusé de recevoir les émissaires du gouvernement rwandais. Les deux représentants de ce gouvernement génocidaire ayant été reçus non seulement à l’Élysée, mais aussi à Matignon, la politique élyséenne sortait du pré carré présidentiel. Comme le génocide des Tutsi est le second que l’ONU ait reconnu au cours du siècle, ces poignées de main franco-rwandaises sont des moments d’Histoire. Ils devraient figurer dans les livres d’histoire contemporaine et les manuels scolaires. Ceux-ci ne devront pas oublier de mentionner aussi que grâce aux militaires français du DAMI (Détachement d’Assistance Militaire d’Instruction), envoyés en 1990 et restés sur place pendant le génocide, l’Élysée pouvait suivre jour après jour ce qui se passait au Rwanda. Si le capitaine Paul Barril, qui s’est vanté d’avoir hissé à ce moment le drapeau français à l’Ambassade de France, pouvait fournir pour l’illustration quelques photos de cet acte héroïque, ce serait parfait. Les enfants des écoles apprendront ainsi que sous la présidence de François Mitterrand, la République française a soutenu un État génocidaire au point de contribuer à la réalisation d’un génocide.

    A. Des Forges commente ainsi l’incroyable soutien diplomatique que les responsables français ont apporté au gouvernement génocidaire dont ils avaient reconnu la légitimité :

    « La France accorda au gouvernement intérimaire un soutien politique discret mais vital, devant les Nations Unies, lors des échanges diplomatiques avec d’autres gouvernements et dans certaines déclarations publiques. [Les responsables français] avancèrent le même argument que les autorités de Kigali, en soutenant que les massacres étaient une réponse pratiquement inévitable à la progression militaire du FPR Ils refusèrent souvent de reconnaître le rôle des autorités rwandaises dans la direction du génocide ; même le 22 juin les officiers militaires français parlaient toujours de la nécessité d’aider les autorités à rétablir le contrôle sur les tueurs.
    […] Si les responsables français choisirent de garder le contact de manière aussi visible avec le gouvernement génocidaire, ils le firent en ayant pleinement conscience du message politique qu’ils transmettaient. Cela rendait le génocide respectable à Paris, ses partisans au Rwanda étaient encouragés et le gouvernement intérimaire disposait ainsi d’un levier lui donnant accès à d’autres capitales étrangères »

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  • L’ancien chauffeur du colonel Bagosora, « cerveau » du génocide dit avoir vu, le 24 avril 1994, deux militaires français avec deux soldats des FAR et quatre miliciens Interahamwe. Les deux Français contrôlaient les cartes d’identité et « triaient » les Tutsi, livrés ensuite aux miliciens qui les tuaient.

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  • Un ancien officier belge de la Mission des Nations unies aux Rwanda (MINUAR), le colonel à la retraite Walter Ballis, a accusé, lundi, des soldats français d’avoir entraîné militairement les miliciens Interahamwe, principaux bras armés du génocide de 1994, a rapporté mardi l’agence rwandaise d’information (ARI).

    Le colonel Ballis, qui était chef adjoint des opérations à l’état-major de la MINUAR, a fait cette déclaration lors de sa déposition devant la Commission rwandaise d’enquête sur le rôle présumé de la France pendant le génocide de 1994.

    « Notre cellule des renseignements faisait état de camps d’entraînement où des instructeurs français apprenaient aux Interahamwe des éléments de combat et de la guerre », a témoigné l’officier belge cité par ARI.

    « Au cours des briefings journaliers, elle signalait la présence des gens du Détachement d’assistance militaire, (DAMI). Nous n’étions pas autorisés à les arrêter ou même à leur demander ce qu’ils faisaient à Kigali », a-t-il précisé.

    « Une fois, (le général) Roméo Dallaire (commandant de la MINUAR, ndlr) a envoyé une patrouille après qu’il avoir reçu des informations faisant état d’entraînements des Interahamwe par des instructeurs français au nord de l’aéroport de Kigali », a relaté le témoin.

    « Arrivés sur place, ils (les casques bleus de la MINUAR) n’ont vu personne », a indiqué Ballis, expliquant que les instructeurs français avaient certainement été avertis de l’arrivée de la patrouille MINUAR.

    Selon lui, des soldats français sont restés au Rwanda déguisés en civils alors que leur contingent avait officiellement quitté le pays à la mi-décembre 1993.

    « Certains Français, censés avoir quitté le Rwanda à la mi- décembre 1993, s’étaient déguisés en civils et ont continué à faire ce qu’ils faisaient avant. J’ai reconnu un d’entre eux que j’ai rencontré à l’Hôtel Méridien », a dit le colonel Walter Ballis, qui a affirmé avoir été surpris de constater le 09 ou le 10 avril 1994 que son uniforme de militaire belge avait disparu de l’hôtel Méridien où il logeait et en a conclu qu’il avait été volé.

    Le colonel Ballis a indiqué que des témoignages faisaient état de la présence de militaires habillés en uniforme belge mais portant des bérets de l’armée française dans la nuit du 6 avril 1994 à Masaka, la colline d’où auraient été tirés les missiles qui ont abattu l’avion du président Juvénal Habyarimana.

    Sans désigner explicitement les Français comme responsables de l’attentat, il a déclaré que les missiles qui ont été utilisés pour abattre cet avion n’existaient pas dans l’arsenal belge à cette époque.

    « Je doute fort que les ex-Forces armées rwandaises (ex-FAR) du président Habyarimana disposaient de ces missiles, moins encore le Front patriotique rwandais (FPR, ex-rébellion, actuellement au pouvoir), a-t-il indiqué. »Ce n’est pas la France qui a commis le génocide, ce ne sont pas les Hutus comme ethnie qui ont commis le génocide. Dans chaque groupe de personnes, il y a de malins génies. Dans les hautes sphères de la politique française, il y a eu des gens qui ont eu des idées mauvaises sur le Rwanda", a-t-il conclu.

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  • Lorsque François Mitterrand arrive à la présidence, la France a déjà remplacé la Belgique au Rwanda, depuis les accords de 1962. Il établit aussitôt des relations amicales avec le président Habyarimana. Il lui déclare, en 1982 : « Nos relations sont anciennes et la France a déjà reconnu en vous un ami fidèle, un homme sur lequel nous pouvons fonder une amitié durable. »

    Le président français est informé de l’offensive du FPR d’octobre 1990 alors qu’il se trouvait dans un avion revenant d’Oman. Il prend seul et secrètement la décision d’envoyer des troupes pour soutenir l’armée rwandaise. Le 10 décembre 1990, le journal rwandais Kangura, publication raciste financée par des proches d’Habyarimana, publie un portrait de François Mitterrand avec en légende : « Les grands amis, on les rencontre dans les difficultés. C’est dans ce même numéro que furent publiés les fameux » Dix commandements du Hutu » qui appellent à la haine raciale anti-tutsi.

    “Nous entretenons des relations amicales avec le Gouvernement du Rwanda qui s’est rapproché de la France après avoir constaté la relative indifférence de la Belgique à l’égard de son ancienne colonie.” Intervention du Président de la République M. François Mitterrand en Conseil des Ministres du 17 octobre 1990.

    De 1990 à 1994, M. Mitterrand attache une importance particulière à un pays dont il affirme que le dictateur « représentait à Kigali une ethnie majoritaire à 80 % ». Lors de ses déplacements, il se tient en permanence informé de la situation militaire au Rwanda (Politique africaine, octobre 1993). Durant le génocide, il apparaît comme le responsable français le mieux informé de la question. Lors des innombrables réunions de cellules de crise ou comités interministériels consacrés au problème, il expliquait aux autres la situation. Il continue de recevoir les concepteurs et les réalisateurs du génocide alors même que celui-ci était dénoncé par la communauté internationale. Il fait porter des fleurs à Agathe Habyarimana à son arrivée en France, bien qu’elle soit membre du clan des ultras qui ont planifié les massacres. Au cours du mois d’avril 1994, il reçut Jean-Bosco Barayagwiza et Jérôme Bicamumpaka, deux responsables du génocide, respectivement leader du parti raciste CDR et ministre des Affaires étrangères du gouvernement intérimaire, que la France fut le seul État à reconnaître.

    Mitterrand parle d’un « gouvernement représentant à Kigali une ethnie majoritaire à 80%. » cité par Jean-Paul Gouteux dans « La nuit rwandaise ». Cité également par Mehdi Ba dans « Rwanda, un génocide français » et par Patrick de Saint Exupéry dans « L’inavouable ».

    Le 22 mai 1994, le président du gouvernement intérimaire qui assure l’’exécution du génocide, Sindikubwabo, adresse à François Mitterrand une lettre. Alors que les cadavres de plusieurs centaines de milliers de Tutsi et opposants politiques jonchent le sol rwandais, cette lettre, lue et commentée à l’Élysée, montre à quel point les deux instances sont soudées autour du projet d’’extermination : « Le Peuple rwandais vous exprime ses sentiments de gratitude pour le soutien moral, diplomatique et matériel que Vous lui avez assuré depuis 1990 jusqu’à ce jour. En son nom, je fais appel à Votre généreuse compréhension et celle du Peuple français en Vous priant de nous fournir encore une fois Votre appui tant matériel que diplomatique. Sans Votre aide urgente, nos agresseurs risquent de réaliser leurs plans et qui Vous sont connus. » Dès 1990, les militaires français ont formé les futurs « cadres » du génocide. Entre 1990 et 1994, l’’armée rwandaise passe ainsi de 5000 à 50000 hommes. Des rescapés et des bourreaux témoignent de l’implication directe de l’armée française dans l’extermination de Tutsi*. Des « conseillers » militaires français, comme ceux qui officient encore aujourd’’hui dans les dictatures françafricaines, sont restés au Rwanda pendant le génocide. Avant le déclenchement des massacres, lorsque la majeure partie des effectifs a déjà plié bagage, certains d’’entre eux se font surprendre à Kigali et déclarent alors y être revenus pour passer des « vacances ». L’appel au front racial, qui a permis de cimenter les forces du génocide, ainsi que la formation du gouvernement intérimaire, ont été réalisés sous la houlette de la diplomatie française Les livraisons d’armes par la France se sont poursuivies tout au long du génocide, en dépit de l’’embargo de l’ONU.

    Ce que nos médias et représentants politiques ont qualifié de « massacres interethniques », de « double génocide », de « guerre tribale », ou encore de colère spontanée suite à un attentat. C’était un génocide, une destruction planifiée perpétrée sur un groupe désigné comme « ennemi intérieur » par ses bourreaux. Ce fut l’aboutissement de l’idéologie coloniale et raciale, telle qu’elle a été élaborée au XIXè siècle. Ce crime des crimes n’a été que l’application de la guerre dite révolutionnaire, une technique militaire théorisée dans les années 50 par les colonels Trinquier et Lacheroy.

    « Dans ces pays-là, un génocide, ce n’est pas trop important » Le président François Mitterrand dans une déclaration de l’été 1994, citée par Le Figaro du 12/01/1998

    Pour minimiser le génocide, François Mitterrand défend alors l’idée d’un double génocide. Ainsi, au sommet franco-africain de Biarritz, fin 1994, il parle « des » génocides. Interrogé sur la question, il répond : « De quel génocide voulez-vous parler ? De celui des Tutsis ou celui des Hutus ? » 8 novembre 1994

    Dans le texte écrit du discours de François Mitterrand aux participants du Sommet franco-africain de Biarritz, il est question "des génocides " du Rwanda, les adversaires étant renvoyés à leur envie réciproque de " s’autodétruire ".

    « Je ne suis pas né à gauche, encore moins socialiste, on l’a vu. Il faudra beaucoup d’indulgence aux docteurs de la loi marxiste, dont ce n’est pas le péché mignon, pour me le pardonner. J’aggraverai mon cas en confessant que je n’ai, par la suite, montré aucune précocité. (…) J’ai pensé qu’il était possible d’obtenir de la société capitaliste qu’elle se réformât elle-même. (…) Bref, j’ai dialogué. Et la société en question a dialogué avec moi, comme elle a dialogué avec tous les autres qui lui parlaient aussi poliment. » dans « Ma Part de vérité »

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  • Quand les réformistes rwandais négociaient avec les loups rwandais : ici

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  • La France de Hollande-Valls et son armée sont en train d’organiser un contre-feu pour répliquer aux accusations sur le génocide rwandais. ils prétendent tout simplement que ce serait le FPR de Kagamé qui aurait poussé les extrémistes hutus en les infiltrant pour les pousser au crime contre les tutsis. C’est comme si on accusait les Juifs d’avoir infiltré les nazis pour les pousser au génocide !!! Les criminels se portant en accusateur, c’est pas mal et la gauche qui avait la présidence à l’époque est défendue par la gauche quia aujourd’hui la présidence. Il y a une continuité de l’Etat !

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  • Une première remarque : ce génocide a touché un million de personnes. Il a été préparé pendant deux ans par les forces armées rwandaises, les forces spéciales fascistes, le Hutu power (au sein de l’Etat rwandais) et l’Etat français. Tous les Etats "démocratiques" savaient. Il faut des solides raisons pour pratiquer ainsi froidement un tel crime. Et pour le laisser faire consciemment. Même s’il persiste à nier sa responsabilité, l’Etat français est l’un des acteurs les plus évidents de ce crime de masse. Il a préparé, organisé, financé, armé, protégé puis sauvé les génocidaires.

    Voilà qui est parler clair !

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  • L’ancien lieutenant-colonel de l’armée de terre Guillaume Ancel a été entendu ce jeudi par le juge d’instruction Claude Choquet, du pôle génocide et crimes contre l’Humanité du Tribunal de grande instance de Paris. Le magistrat enquête notamment sur le rôle des militaires français pendant l’opération Turquoise (juin-août 1994) au Rwanda, alors que le génocide des Tutsis et des Hutus modérés était en train de s’achever. Ancien officier de la Force d’action rapide, alors intégré dans la Légion étrangère avec le grade de capitaine, Guillaume Ancel a récemment déclaré dans la presse que l’opération Turquoise, officiellement présentée comme "humanitaire", avait clairement été une opération offensive contre les rebelles du FPR (Front patriotique rwandais). Selon Guillaume Ancel, des frappes aériennes avaient initialement été programmées contre l’avancée du FPR, mettant ainsi la France dans une position de soutien du gouvernement génocidaire en déroute. L’ancien officier (auteur d’un livre à clés : "Vents sombres sur le lac Kivu") explique également que dans la deuxième quinzaine de juillet 1994, des dizaines de milliers d’armes ont été livrées dans les camps du Zaïre par les militaires français aux Forces armées rwandaises (FAR) impliquées dans le génocide. Un témoignage susceptible de relancer les questions sur le rôle de la France au Rwanda, à cette époque.

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  • En plein embargo sur les armes pour le Rwanda, pendant le génocide, les achats ont continué via de grandes banques, en particulier françaises.

    Le 18 mai 1994, le Conseil de sécurité adopta un embargo sur les livraisons d’armes à destination du Rwanda en vertu du chapitre VII de la charte des Nations Unies [1]. La France vota pour alors que le général Quesnot, chef d’état­-major particulier du Président de la République, y était opposé. Il faisait observer début mai à François Mitterrand que « les forces gouvernementales rwandaises sont à court de munitions et d’équipements militaires.

    En 1998, Le Figaro publie un document du 16 juin 1994 signé Bagosora certifiant que l’avion QC9LV était affrété par l’armée zaïroise pour transporter des armes des Seychelles au Zaïre sous la responsabilité du ministère de la Défense zaïrois. Petrus Willem Ehlers a été secrétaire de Pieter Willem Botha, Premier ministre d’Afrique du Sud. Ehlers connaît bien la France : de 1970 à 1972, il a suivi un entraînement militaire sur les sous­ marins à Toulon et Lorient, et il est en contact avec Jean­Yves Ollivier, proche de Michel Roussin, ministre de la Coopération en 1994. Interrogée par Le Figaro sur cette transaction, la BNP n’a pas répondu.

    Lors de la même Commission, le sénateur belge Pierre Galand a montré que d’autres banques françaises, d’autres officines de ventes de matériels militaires, ont continué à travailler avec le gouvernement génocidaire après la décision d’embargo. Pourquoi n’auraient­-elles pas à rendre des comptes et à verser des réparations aux victimes ?

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  • Rafaëlle Maison dans un article de 2010 de la revue Esprit analysant les archives de l’Élysée pendant cette période, la rhétorique et les cadres d’analyse du pouvoir hutu, soutenu par les autorités françaises depuis le début des années 1990, étaient fréquemment repris par les conseillers de François Mitterrand.

    « Ces archives permettent de saisir l’atmosphère intellectuelle qui régnait alors l’Élysée, explique-t-elle. On parle de “Khmers noirs” pour désigner le Front patriotique rwandais de Paul Kagamé, on évoque le risque d’un Tutsiland et les massacres à venir que commettraient les Tutsi si le FPR continuait d’avancer. Les acteurs élyséens témoignent d’une grande proximité avec le pouvoir rwandais, dans un esprit de co-belligérance et d’association avec ceux aidés précédemment. Tous les moyens sont envisagés pour maintenir l’autorité du gouvernement intérimaire, qui est pourtant un gouvernement génocidaire. Le 6 mai 1994, un mois après le début du génocide, le général Quesnot, chef d’état-major particulier de François Mitterrand, envisage même une “stratégie indirecte” afin de “rétablir un certain équilibre” entre les belligérants. Il s’agit là davantage que de ne pas empêcher le génocide, il existe un projet de soutien à un pouvoir génocidaire ».

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  • Le fait est que la France depuis 1975 avec Giscard, davantage sous Mitterrand et Balladur -premier ministre de cohabitation- a procuré une aide totale aux génocidaires, avant les massacres en formant l’armée ethnique hutu dont un des probables organisateurs des tueries, en stoppant militairement en 1990 dans une guerre secrète décidée à l’Elysée, le FPR [Front patriotique rwandais] en provenance d’Ouganda, l’armée des exilés tutsi qui tentaient de rentrer dans leur pays. Ces interventions connues du monde politique, des journalistes de la cour, de l’élite militaire et intellectuelle ont été soigneusement cachées au peuple français avec la complicité des plus éminents médias. En fait depuis 1990 des officiers français sont mêlés aux opérations les cruelles de tortures, de tueries, de massacres de Tutsi dans le cadre d’opération spécifique, Noroît, Turquoise, Amaryllis, ou dans le cadre du contrat d’assistance militaire liant les deux pays.

    La France poussera sa contribution, sa co-production du génocide jusqu’à livrer des armes aux exécuteurs du plan macabre que toutes les représentations diplomatiques occidentales connaissaient pour en avoir été alertées par des sources directes hutu. Une radio haineuse et à fort impact hutu diffusait sur les ondes nationales des messages quotidiens antitutsi, d’appel à l’extermination, la tristement célèbre Radio des Mille Collines. Outre les aides par prêts garantis par le Crédit Lyonnais pour l’achat d’armes -y compris de machettes- visant l’anéantissement des Tutsi, la continuation de cette politique de subvention de l’horreur devait se poursuivre malgré les tueries. La France allait apporter son appui au gouvernement intérimaire rwandais, le GIR, qui se chargerait des basses œuvres, pis elle aurait co-constitué ce gouvernement extrémiste, l’ambassade de France à Kigali en abritant une réunion. Tout aussi grave, alors que tous les Occidentaux civils et militaires étaient censés avoir quitté le pays pendant les massacres, des soldats français sont restés sur le territoire rwandais, en marge de toute légalité, légitimité et mandat officiel…

    La France développa une intense activité diplomatique liée au secrétaire général de l’Onu Boutros Boutros-Ghali qu’elle soutenait, et qui serait après son éviction onusienne recyclé à la Francophonie, afin d’assurer la présence du Rwanda, dirigé par les exterminationistes hutu, aux Nations Unis. Hasard du calendrier [?], le Rwanda était opportunément membre non permanent du Conseil de sécurité et y maintenait sa place grâce aux euphémismes et aux contrevérités de Boutros Boutros-Ghali sur la situation rwandaise.

    Lorsque l’armée tutsi arrêta les massacres par son entrée victorieuse à Kigali, la France décida de protéger et d’ex-filtrer une partie des durs du régime Habyarimana, notamment la femme du président assassiné, connue pour son appartenance à la ligne hutu radicale. Devant la pression du FPR triomphant des FAR [armée hutu], l’armée française protectrice, sous prétexte d’humanitaire, monta une opération de sauvetage des criminels hutu via l’opération Turquoise, qui faisait suite à une première opération militaire tout aussi douteuse, Amaryllis, officiellement conçue pour rapatrier les européens. Mais aussi pour livrer des armes aux criminels …

    Il faut préciser que l’église catholique et ses hautes sphères s’investirent de toute leur énergie pour soustraire les prêtres génocidaires à la justice rwandaise et lancèrent leurs réseaux -opus dei en tête- dans une campagne d’intoxication et de falsification des faits véridiques relatant le génocide rwandais. Cette institution avait dès la période coloniale soutenu, préformé la constitution d’une élite hutu exterminationiste antitutsi, et le premier président du Rwanda indépendant, l’extrémiste hutu Kayibanda qui a organisé des massacres et persécutions de masses de Tutsi, est un ancien séminariste, ancien secrétaire particulier de l’archevêque de Kigali. L’église aura suscité une part significative de son action criminelle.

    La France, l’armée française couvrit ainsi la fuite des responsables des massacres et permis à beaucoup d’échapper à la justice de leur pays et au FPR, en renouant attache avec un des dirigeants les plus contestés si ce n’était à l’époque un des plus honnis dans son pays, sur le fil d’un règne finissant et ensanglanté, le Maréchal Mobutu Sese Séko…

    Depuis, les dirigeants français ont fait bloc autour d’une stratégie de négation, de brouillage de pistes, s’aliénant des médias de grande renommée dont la face cachée d’agent de propagande sur des questions françafricaines, tombe au clair dans le domaine public. Précisons, depuis que la séquence des faits est établie sans ambiguïté, les Etats-Unis se sont excusés de leur inaction pour stopper la machine du génocide, la Belgique. Aucun commencement de remords du côté des officiels français…

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  • Années 90 : révolte sociale contre la misère et politique contre la dictature, avec des manifestations monstres à Kigali (100.000 le 8 janvier 90, puis le 15 janvier). Novembre 1991 : manifestation massive, à Kigali, contre la dictature en place, le dimanche 24 novembre. Le président est obligé de céder le multipartisme. Le 1er novembre 1990, retrait des troupes belges, remplacées par les troupes françaises. Le 8 janvier 1992, des manifestations d’une ampleur inconnue au Rwanda secouèrent les principales villes du pays, notamment Butare, Gitarama et surtout Kigali, où 50 000 personnes défilèrent pour manifester contre le nouveau Gouvernement. Une nouvelle journée de manifestation est convoquée pour le 15 janvier, mais le pouvoir l’interdit et les manifestants qui passent outre sont arrêtés. Mars 1992 : massacres organisés par le pouvoir dans le sud-est du pays, répétition de ce que sera la génocide. Dans la région de Bugesera, 13.000 habitants ont du fuir face aux massacres de Tutsis par des Hutus, massacre organisé quasi ouvertement par le pouvoir. Maisons brûlées, personnes violées et gravement blessées sont aussi des moyens utilisées d’une terreur de masse qui reste pour le moment localisée. Le mouvement fasciste hutu tente ainsi d’offrir un dérivatif au mécontentement populaire.

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  • Quatorze ans après le génocide d’une partie de sa population, le Rwanda dénonce les responsabilités françaises. Il aura fallu attendre les travaux d’une commission indépendante, diligentés à Kigali depuis deux ans, pour que soit enfin dénoncé officiellement le scandale de la politique française qui a conduit et encadré le processus génocidaire de bout en bout, avant, pendant, après l’extermination de plus d’un million de tutsis en cent jours, d’avril à juillet 1994.

    Trentre-trois hauts responsables politiques et militaires français sont visés. Ayant à répondre de crime contre l’humanité - imprescriptible.

    Si Mitterrand est mort, Édouard Balladur par contre, qui était alors premier ministre, Alain Juppé, ministre des affaires étrangères, François Léotard, ministre de la défense, eux sont encore vivants. Tout comme Dominique de Villepin, qui officiait aux affaires étrangères. De même que Hubert Védrine ou Bruno Delaye, qui assistaient à l’époque la présidence de la République. Mais aussi Marcel Debarge, ministre de la coopération sous le précédent gouvernement, Jean-Christophe Mitterrand, chargé auparavant des affaires africaines à l’Élysée, ou Paul Dijoud, antérieurement directeur des affaires africaines et malgaches au ministère des affaires étrangères. Ainsi que les diplomates, Georges Martres, ambassadeur au Rwanda de 1993 ou son successeur l’année du génocide, Jean-Michel Marlaud, et le représentant de la France à l’ONU, Jean-Bernard Mérimée. Eux aussi pourraient avoir à répondre de leurs reponsabilités - imprescriptibles.

    Mais il y a aussi les militaires, à commencer par l’amiral Lanxade, chef d’état-major particulier du président de la République (1989-1991), puis chef d’état-major des armées, de 1991 à 1995, et à ce titre co-responsable du Commandement des opérations spéciales, conjointement avec François Mitterrand.

    En deuxième place vient le général Quesnot, qui aura été chef d’état-major particulier du président de la République après Lanxade, jusqu’en 1995, considéré comme « l’officier le plus brillant de sa génération » - et comme un idéologue particulièrement convaincu dans la gestion du dossier rwandais.

    Suit le général Huchon, chef de la mission militaire de coopération entre 1993 et 1995, à ce titre « employeur » des soldats qui étaient sur le terrain. Dans l’état-major parisien, le général Germanos, sous-chef des opérations à l’état-major des armées de mai 1994 à septembre 1995 est également visé.

    Sur le terrain, le lieutenant-colonel Maurin, chef adjoint des opérations auprès de l’attaché de défense de 1992 à 1994, considéré comme le chef d’état-major de fait de l’armée rwandaise qui a commis le génocide. Il succédait au colonel Chollet, chef du DAMI de mars 1991 à février 1992 et qui cumulera ensuite cette fonction avec celle de conseiller militaire du président de la République, chef suprême des FAR, et de conseiller du chef d’état-major des FAR. Mais il y avait aussi le colonel Tauzin alias Thibault, qui servait de conseiller militaire de président de la République rwandaise de 1990 à fin 1993, également chef du DAMI Panda et de l’opération chimère (22 février - 28 mars 1993). Chargé d’un commandement pendant l’opération Turquoise, à Gikongoro. Et leur prédécesseur, le colonel Canovas, qui, d’octobre à novembre 1990 remplira les fonctions d’adjoint opérationnel auprès de l’attaché de défense et conseiller de chef d’état-major de la gendarmerie.

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