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Quand les staliniens français étaient mobilisés contre le trotskisme, proclamé ennemi numéro un et agent du fascisme

mardi 27 mai 2014, par Robert Paris

Quand les staliniens français étaient mobilisés contre le trotskisme, proclamé ennemi numéro un et agent du fascisme

La lutte contre le trotskisme, agent du fascisme

(Texte de l’Internationale communiste (stalinienne) en juillet 1937)

Le présidium du Comité exécutif de l’Internationale communiste, ayant discuté la question des décisions de l’assemblée plénière de février du Comité central du PC de l’U. R. S. S., a adopté une résolution disant que l’assemblée plénière, qui a tiré les leçons politiques de l’activité d’espionnage et de diversion de l’agence trotskiste du fascisme, a une importance énorme non seulement pour le Parti communiste de l’URSS, mais aussi pour les Partis communistes des pays capitalistes et pour tout le mouvement ouvrier international.

L’infâme besogne de sabotage et d’espionnage des trotskistes contre le socialisme et le pouvoir soviétique en U.R.S.S. au profit de la Gestapo et du service de renseignements japonais est indissolublement liée à l’activité ignoble de provocation des trotskistes dans le mouvement ouvrier des pays capitalistes.

Dans ces pays, soit qu’ils se trouvent soudés et étroitement reliés aux agents de police, soit qu’ils s’avèrent eux-mêmes des agents de la police, les trotskistes s’efforcent, pour le compte du fascisme, de désorganiser le mouvement ouvrier, d’approfondir sa division, d’empêcher la formation du front unique ouvrier et du Front populaire, là où ils sont en train de se constituer et de les torpiller de l’intérieur là où ils existent, comme, par exemple, en Espagne et en France.

Pénétrant non seulement dans les Partis communistes, mais aussi dans les autres organisations ouvrières, dans les Partis socialistes et les syndicats, dans les organisations de la jeunesse ouvrière, les trotskistes s’appliquent, pour le compte du fascisme, à disloquer ces organisations, à affaiblir ainsi la classe ouvrière et à conduire les ouvriers à la défaite en provoquant des mouvements désorganisés et émiettés.

Pour le compte du fascisme, les trotskistes luttent contre le mouvement antifasciste des masses populaires, calomnient et discréditent les organisations antifascistes, intriguent contre les Etats où le régime parlementaire se maintient encore, en aidant ainsi le fascisme et en soutenant les mesures agressives et belliqueuses des Etats fascistes.

Pour le compte du fascisme, les trotskistes se comportent en instigateurs des guerres impérialistes et contrerévolutionnaires, en premier lieu contre l’U.R.S.S. et en ennemis féroces de l’indépendance et de la liberté des peuples, ils poursuivent le démembrement des petits Etats et l’asservissement des petites nations par les Etats fascistes.

Dans les pays coloniaux et semi-coloniaux, opprimés par l’impérialisme étranger, les trotskistes se dressent non pas contre l’impérialisme, principal oppresseur de la classe ouvrière et de l’ensemble du peuple, mais contre le Front populaire antiimpérialiste.

En Chine, les trotskistes se sont démasqués comme des agents mercenaires du service de renseignements japonais, jouant le rôle d’assassins, d’espions contre les militants du Parti communiste de Chine en lutte pour la création du Front national unique antijaponais.

On ne doit pas perdre de vue que Trotski et les trotskistes, comme tous les provocateurs, masquent leurs vrais buts, leur concours au fascisme dans ses plans scélérats sous une phraséologie « de gauche », en se couvrant bien souvent à l’aide de références mensongères à Lénine.

Si « à gauche » qu’ils se montrent en paroles, ils luttent, en fait, non pas contre le fascisme en Allemagne, mais contre le socialisme en U.R.S.S. ; non pas contre Franco et les interventionnistes fascistes en Espagne, mais contre le gouvernement du Front populaire, contre l’armée républicaine ; non pas contre Hitler et Mussolini, mais contre le Front populaire antifasciste ; non pas contre ceux qui divisent la classe ouvrière dans l’intérêt du fascisme, mais contre ceux qui l’unissent dans l’intérêt de la révolution.

Partout les trotskistes poursuivent la désagrégation et la destruction des organisations ouvrières, font échouer leur renforcement.

Ce rôle de sabotage joué par le trotskisme dans le mouvement ouvrier des pays capitalistes exige de la part des sections de l’Internationale communiste une attention d’autant plus grande que le mouvement ouvrier de ces pays ne dispose pas, contre les espions et provocateurs trotskistes, des moyens de défense qui sont aux mains de l’Etat prolétarien ; que derrière le trotskisme se tiennent, dans les pays capitalistes, les pires forces de la réaction mondiale par lesquelles il est financé (Hitler, Mussolini, Hearst, le Comité des Forges, la soldatesque japonaise, etc.), que la phrase « gauche » du trotskisme lui permet, çà et là, d’induire en, erreur les ouvriers social-démocrate évoluant à gauche et d’orienter leurs sentiments d’opposition à la politique de la social-démocratie sur une voie contrerévolutionnaire, au profit du fascisme, contre les forces de la. paix et de la liberté, contre les intérêts de la classe ouvrière, contre le socialisme.

L’indication de Staline que les communistes ne se sont pas aperçus de la transformation du trotskisme de courant politique au sein de la classe ouvrière qu’il était il y a sept ou huit ans, en une bande enragée et sans principe d’espions, d’agents de diversion, de terroristes et de saboteurs, est d’autant plus fondée en ce qui concerne les sections de l’IC que c’est précisément dans le mouvement communiste des pays capitalistes qu’est largement répandue l’idée que le trotskisme est encore maintenant un courant politique au sein du mouvement ouvrier.

Le présidium du Comité exécutif de l’I.C. constate que beaucoup de militants des Partis communistes des pays capitalistes, ainsi que beaucoup de militants de l’Internationale communiste, n’ont pas fait preuve de la vigilance nécessaire à l’égard du trotskisme et n’ont pas signalé à temps la soudure qui s’opérait entre le trotskisme et le fascisme, bien que tous les actes des trotskistes aient révélé la concordance ides positions politiques fondamentales du trotskisme et du fascisme ;

ils n’ont pas remarqué non plus en temps opportun que le monde capitaliste, et les Etats fascistes en premier lieu, passe à de nouvelles méthodes de lutte contre l’U.R.S.S. et le mouvement ouvrier mondial et que, en particulier, il organise son réseau de provocation et d’espionnage en y enrôlant les cadres trotskistes.

C’est seulement par un affaiblissement de la vigilance bolchevik envers l’ennemi de classe qu’on peut expliquer le fait que l’infâme campagne des calomnies menée durant des années par les canailles fascistes : Trotski, Souvarine, Eastman, Sheflo, contre le socialisme et le mouvement communiste mondial n’a pas toujours trouvé la riposte nécessaire dans les colonnes de la presse communiste.

C’est seulement par la faiblesse de notre campagne d’éclaircissement sur le vrai rôle, le rôle contrerévolutionnaire du trotskisme, que l’on peut expliquer que le P.O.U.M. en Espagne, malgré les faits criants de trahison ouverte, ait pu opérer librement à l’arrière des troupes républicaines, en organisant des putschs contrerévolutionnaires pour le compte du commandement fasciste.

C’est seulement par la dénonciation insuffisante du trotskisme en tant qu’agence fasciste que l’on peut expliquer que les trotskistes aient pu pénétrer dans des organisations telles que l’Independent Labour Party d’Angleterre, le Parti socialiste des Etats-Unis, les Jeunes Gardes de Belgique, etc.

La sous-estimation de l’importance énorme de la théorie marxiste-léniniste, l’absence d’un travail soutenu pour élever le niveau de la pensée politique chez les membres des Partis communistes des pays capitalistes ont fait que dans un certain nombre d’endroits, les organisations du Parti n’ont pas été assez fortes du point de vue politique pour empêcher les espions et provocateurs trostkisto-fascistes de pénétrer dans leurs rangs.

Tenant compte des enseignements de l’assemblée plénière du Comité central du P.C. de l’U.R.S.S., ainsi que de l’expérience propre des sections de l’I.C. dans la lutte contre l’activité provocatrice des trotskistes, le présidium de l’IC a décidé :

1. Proposer aux sections de l’I.C. de développer une lutte soutenue, dans les réunions comme dans la presse, contre le trotskisme en tant qu’agence du fascisme, en utilisant pour cela les données des procès intentés aux centres antisoviétiques zinoviéviste trotskiste et trotskiste-parallèle.

Alerter les masses ouvrières contre l’activité de provocation des trotskistes, en les faisant chasser des rangs du mouvement ouvrier comme agents fascistes.

2. Introduire dans le programme des écoles du Parti un cours spécial de lutte contre le fascisme et son agence trotskiste, en utilisant pour cela les documents relatifs à l’activité d’espionnage et de désorganisation des trotskistes en U.R.S.S., en Espagne, dans le mouvement ouvrier international et, en particulier, dans le mouvement ouvrier du pays aux ouvriers duquel ces cours sont destinés.

3. Faire systématiquement, à tous les échelons du Parti, un large travail de propagande tant par la parole que par la presse, pour expliquer le rôle contrerévolutionnaire du trotskisme en tant qu’agence du fascisme, en s’appliquant particulièrement à démasquer, par voie d’arguments, la phrase « de gauche » des trotskistes, qui cache en réalité leur travail de désagrégation fasciste dans le mouvement ouvrier.

Faire connaître, en s’appuyant sur les faits matériels, l’activité de provocation et d’espionnage des trotskistes en tant qu’agents de l’ennemi de classe, les méthodes qu’ils emploient pour pénétrer dans les organisations du Parti, leurs procédés pour désagréger les organisations ouvrières, les moyens de défendre le Parti contre les espions et provocateurs trotskistes.

4. Élever le niveau des organisations du Parti en décelant les éléments trotskistes qui donnent à leur désaccord radical avec la politique du Parti et de l’Internationale communiste la forme de réserves de toute espèce à l’égard des positions tactiques du Parti ; apprendre inlassablement aux communistes à reconnaître et à démasquer l’ennemi en exigeant des éléments de ce genre une réponse claire et sans équivoque aux questions suivantes :

Attitude envers l’U.R.S.S. et envers la direction du P.C. de l’U.R.S.S. ;

Attitude envers les positions tactiques du VII congrès ;

Attitude envers le front unique et l’unité du mouvement ouvrier ;

Attitude envers le fascisme et la politique du Front populaire antifasciste.

En même temps, il est nécessaire de distinguer des agents trotskistes du fascisme les ouvriers honnêtes qui sont tombés par hasard sous l’influence du trotskisme.

5. Épurer les organisations du Parti des éléments trotskistes à double face envoyés par l’ennemi de classe dans le but de désorganiser les Partis communistes, retirer des postes "responsables" les anciens trotskistes qui n’ont pas prouvé par leur travail durant un certain nombre d’années qu’ils ont abandonné sincèrement le trotskisme et qu’ils sont vraiment dévoués au Parti et à la cause de la classe ouvrière.

Le présidium du C.E. de l’IC a souligné l’importance capitale, pour le succès de la lutte contre le trotskisme, d’une étude approfondie de la théorie du marxisme-léninisme destinée à élever le niveau de la pensée politique chez les militants de l’IC et de ses sections. Le présidium du C.E. de l’IC a décidé en particulier :

Indiquer aux Comités centraux des Partis communistes la nécessité de porter à un niveau plus élevé l’étude de l’histoire du P.C. de l’Union Soviétique, l’étude de l’histoire de la lutte intransigeante et conséquente des bolcheviks pour les principes du marxisme-léninisme contre toute espèce de déformation de la théorie et de la pratique du marxisme-léninisme, déformation dont les tenante étaient les trotskistes et les restaurateurs droitiers du capitalisme qui ont dégénéré en agence fasciste.

Étant donné qu’en U.R.S.S. les restaurateurs droitiers du capitalisme se sont soudés aux trotskistes et sont devenus leurs complices dans l’exécution des ordres du fascisme ; que dans un certain nombre de pays, les éléments de droite soutiennent les trotskistes dans leurs attaques contre l’U.R.S.S., le PC de l’U.R.S.S. et l’Internationale communiste, les Partis communistes doivent, tout en développant la lutte contre le trotskisme, expliquer aux masses le caractère contrerévolutionnaire des délégués de droite et mener une lutte impitoyable contre eux.

Afin de préciser les tâches de chaque section de l’I.C. dans la lutte contre le trotskisme, le présidium du C.E. de l’I.C. a recommandé à toutes les sections de discuter et d’étudier la présente décision à tous les échelons du Parti, depuis les organismes supérieurs (Bureau politique, Comité central) jusqu’aux organisations de base.

Les sections devront, en même temps, tenir compte du fait que la lutte contre le trotskisme n’est pas une campagne politique momentanée, mais la tâche constante et quotidienne de chaque organisation du Parti et de chaque communiste, le devoir de toute organisation ouvrière qui a à cœur son intégrité et la pureté de ses rangs ; que la dénonciation du trotskisme est une partie intégrante de la lutte de la classe ouvrière contre le fascisme, contre la guerre, pour la victoire définitive du Travail sur le Capital, pour la victoire du socialisme dans le monde entier.

Cahiers du bolchevisme, 1937

Jacques Duclos

Georges Cogniot

Et encore

Le journal stalinien L’Humanité fait le procès du trotskisme

Un exemple d’élimination des trotskystes

Un deuxième exemple

Nos camarades en but au stalinisme

Les procès de Moscou

Quand Staline assassinait les révolutionnaires au nom de la « lutte contre le trotskisme

9 Messages de forum

  • révélatrice, dans ce charabia, la phrase où il est question de "l’infâme besogne de sabotage et d’espionnage des trotskistes contre le socialisme et le pouvoir soviétique en U.R.S.S. au profit de la Gestapo et du service de renseignements japonais". Il y eut donc des... hitléro-trotskistes, tout comme il y eut des... nippo-trotskistes ; tous n’étant jamais, il est vrai, que des variétés de... social-fascistes. En revanche il y eut peu de : mussolino-trotskistes. La raison étant que les staliniens avaient bien trop peur de se voir "mettre le nez dedans"... Même si beaucoup de militants communistes italiens n’ont jamais voulu l’admettre par la suite ils furent pendant plus de vingt ans sacrifiés à une politique étrangère -celle de Moscou- qui passait non seulement par le socialisme dans un seul pays cher à Staline mais par des liens privilégiés avec l’Italie fasciste. Ces liens culminèrent avec le... pacte italo-soviétique du 2 septembre 1933, sinistre anticipation -jusque dans ses termes- du pacte germano-soviétique...

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    • (suite) on imagine mal en 1937 l’IC faisant allusion à l’Italie après l’Appel aux fascistes lancé en août 1936 dans lo Stato operaio mais en réalité ce fut dès 1922 que commença un rapprochement que Mussolini reconnut lui-même devant les députés et à propos duquel il alla jusqu’à utiliser l’expression donnant, donnant : il ne poussa pas toutefois la franchise jusqu’à préciser en quoi consistaient les termes de l’échange -ce qui laissait supposer qu’il était de nature purement économique. Or, même s’il fallut attendre 1924 pour que les choses soient claires sur le terrain diplomatique (Angelica Balabanoff a rappelé dans ses Mémoires comment après le meurtre de Matteotti ce fut l’ambassadeur soviétique à Rome qui rompit la "mise en quarantaine" qui avait suivi, à l’égard du régime) ce fut dès 1922 que se dessina le deal : Mussolini comptait sur la neutralité bienveillante de Moscou, face à ses ambitions méditerranéennes et balkaniques ; et Moscou comptait sur l’Italie fasciste pour "enfoncer un coin" dans le club des vainqueurs de 1918 -club dont ce pays continuait de faire officiellement partie. On sait aussi comment Mussolini, qui caressait le rêve d’être le premier à reconnaître de jure le régime des Soviets, protesta lorsqu’il fut... devancé de quelques heures par la Grande-Bretagne.

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      • (fin) le langage en forme d’appel-au-meurtre, plus marqué à partir de 1928, fit parfois place de la part des staliniens au meurtre physique pur et simple, de ce-qui était-sur-leur-gauche. Même dans le cas de l’Italie que j’ai tenu à rappeler car il est trop souvent oublié (ou réduit au simple Appel aux fascistes d’août 1936) les trotskistes et anarchistes, contraints à la clandestinité du fait du fascisme, en firent les frais, en exil, lorsque les circonstances le permirent au grand parti des travailleurs. Ce fut le cas en Espagne à partir de 1936 avec l’arrivée de "commissaires politiques", dans le sillage des Brigades Internationales -le nom de Nin en tant que victime est emblématique, du côté trotskiste. Ce fut le cas en France pendant la Résistance -le cas le plus connu est celui de Pietro Tresso alias Blasco, mais il fut loin d’être la seule victime.

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  • (2/6, suite) Nin, n’était pas lui-même "italien", mais j’ai voulu rappeler le jeu en Espagne des togliattistes et autres Vittorio Vidali etc...

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  • Doris Lessing dans « Les enfants de la violence » rapporte son expérience de militante du parti communiste sud-africain (stalinien) :

    « Il avait traité Boris de trotskiste… Fait remarquable, aucune ne savait ce qu’était un trotskiste ; elles ne savaient d’ailleurs rien de Trotski, si ce n’est qu’il avait tenté de faire échouer la révolution russe. Elles associaient à ce mot une notion destructrice, négative, d’opposition pour le plaisir de l’opposition… Le groupe consacrait l’essentiel de son temps à échafauder des complots pour circonvenir les « trotskistes » bien que les gens qualifiés de trotskistes eussent bien peu de choses en commun. Ils parvinrent aux conclusions suivantes : il fallait les surveiller, ne leur laisser prendre le contrôle d’aucune organisation, ne pas leur divulguer l’existence du « groupe » et les « dénoncer » dans les réunions publiques. « 

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  • Dans les maquis de la résistance, les staliniens résistaient en premier contre les révolutionnaires : lire ici

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  • « L’exécution de quatre trotskystes du maquis du Wodli en Haute-Loire[28], fin octobre 1943, est l’épisode à la fois le plus connu et le plus significatif. Il serait sans doute à rapprocher de situations similaires dans les territoires européens libérés. Ainsi, en septembre 1941, la constitution du territoire libéré de Yougoslavie dit » république d’Uzice « , dans l’Ouest Serbe, où Zivojin Pavlovic, exclu communiste, auteur de Bilan du Thermidor de Staline, fut torturé et tué par les dirigeants communistes yougoslaves. Les exécutions connues se situent en France autour de la Libération. Citons deux cas à peu près élucidés. Marcel Brocard, ouvrier menuisier puis agent de lycée à Auxerre, fut trouvé le 23 décembre 1944 dans un bois, le corps décomposé. Il avait été enlevé de son domicile par des résistants le 22 septembre 1944. Cet ancien membre du Comité central du Parti communiste internationaliste, arrêté en août 1941 en qualité de » militant et propagandiste de la 4e Internationale » et emprisonné au camp de Vaudeurs (Yonne), n’avait pas caché ses convictions aux co-détenus communistes. Une enquête menée auprès des témoins et dans les archives indique nettement que ce sont les haines accumulées pendant ce séjour à Vaudeurs qui provoquent sa mort, à l’initiative d’anciens détenus. Le silence se fit pendant un demi-siècle.
    Mathieu Buchloz, d‘origine juive, militant trotskiste parisien, fréquente à la fin de la guerre les milieux communistes pour y gagner de nouveaux militants, qu’il formait à la lecture des classiques du marxisme. Il recrute aussi celui qui va devenir le dirigeant du courant Lutte ouvrière, Robert Barcia[29]. Arrêté par des militants communistes à la Libération, on retrouve son corps dans la Seine. Ces exécutions sont certes beaucoup moins nombreuses que les épurations internes qui touchent les militants communistes ayant » trahis « , soupçonnés de faiblesse ou même injustement accusés comme Georges Déziré exécuté le 17 mars 1942 à Château, puis jeté dans la Seine, avant d’être réhabilité par Jacques Duclos dans les années 1970. Son ami, Pierre Teruel-Mania se demanda si le fait d’avoir eu une sœur trotskyste, Jeanne Déziré, n’avait pas contribué à sa perte. A vrai dire, rien ne le prouve ; on ne peut que noter son insistance à se démarquer de celle-ci dans son autobiographie pour la commission des cadres, datée du 13 décembre 1937 :
    « J’ai dû par exemple entre août 1937 et maintenant mener la lutte dans le Parti contre ma sœur liée par le travail et sans doute aussi sentimentalement avec un trotskyste notoire, Leblond de Rouen, du syndicat des techniciens. Après avoir fait le travail d’éclaircissement dans sa cellule et auprès d’elle, devant son attitude provocatrice et sa volonté de lutter contre le Parti, j’ai demandé qu’elle comparaisse devant une commission de contrôle qui a conclu à son exclusion. Je mène parallèlement la lutte contre les membres de ce même groupe dont nous découvrons uns à uns les éléments. »[30]
    Dans ses » mémoires « , Annie Kriegel rappelle que la chasse aux trotskistes n’est pas ralentie par la mort du » chef « , la guerre ou la Libération. Dés le 19 septembre 1944, l’Humanité aurait parlé des » agents trotskistes de la Gestapo « . La conférence des responsables aux cadres de la Région Parisienne et de l’ex-zone nord du 7 octobre organisée à la Mutualité par la commission centrale des cadres traite des trotskistes et rappelle que » le trotskisme n’est pas un mouvement politique « . En décembre, la 8° conférence régionale de Paris-Est avait recommandé de déceler les trotskistes » partout où ils se trouvent « [31] . Si l’antitrotskisme est très puissant à la Libération au point de rendre difficile le retour à la légalité et la publication normale de la presse trotskiste, les succès, limités, sont réels dans les entreprises et les administrations — par exemple dans les PTT ou dans le Livre et la métallurgie, comme en témoignent Maurice Alline[32] ou Simonne Minguet[33], et comme l’indiquera le rôle déclencheur des trotskistes dans la grève Renault d’avril-mai 1947. En province, comme le décrit Marcel Thourel pour la région toulousaine, ce fut également la première percée électorale aux élections de juin 1946[34]. Elle inquiète la direction du PCF et sert d’argument à Etienne Fajon qui publie un article dans Les Cahiers du Communisme intitulé » Un instrument du fascisme et de la réaction : le trotskisme « , titré dans le sommaire, “ L’Hitléro-Trotskisme ” (1946)[35]. L’entrisme avait aussi donné quelques autres résultats : au sein du Mouvement uni des auberges de jeunesse (MUAJ) et à la direction des jeunesses socialistes. Les grèves de 1946-mai 1947 voient des trotskistes jouer un rôle non négligeable, en particulier chez Renault, conduisant le parti à décider d’ “ asphyxier ” l’audience trotskiste dans la classe ouvrière. Robert Mencherini, dans son étude sur les grèves de 1947-1948, fait état des appréhensions d’Alfred Costes dans son rapport au comité central face à cette “ menace ” trotskiste. Si ce dernier relate “ un passage à tabac des vendeurs de La Vérité ”, “ il fait part aussi des réticences de militants du parti pour y participer. Il y voit un manque de maturité politique ”. Si le PCF est parvenu à contenir l’influence trotskiste en milieu ouvrier, il n’en est pas de même dans le monde intellectuel[36]. Les “ trotskistes ” ou plutôt des trotskistes ont joué un rôle important durant la Guerre Froide, que ce soit David Rousset, ou bien des intellectuels comme Claude Lefort qui ont, très tôt, associé leur anti-totalitarisme au soutien et à la divulgation de témoignages sur le monde soviétique et les camps[37]. A ces entreprises de « révélation », le PCF oppose une politique de censure symbolique qui procède de la dénonciation des « dénonciateurs » comme traîtres. Avec plus ou moins de succès suivant les cas, la logique de guerre aidant, une vision conspiratoire de l’histoire sera alors sollicitée. L’un des livres le plus diffusé auprès des militants communistes fut La grande conspiration contre la Russie de Michel Sayers et Albert E. Kahn que publient les Editions d’Hier et Aujourd’hui en 1947. Les Cahiers du communisme d’octobre 1947 (n°10)[38] en font l’ éloge, invitant chaque communiste à le lire et à le méditer. Bien que la vision conspiratoire de l’histoire ne soit guère marxiste, elle est à la fois très populaire et partagée[39]. La grande conspiration contre la russie prend place dans la série des récits analogues aux succès publics sans précédent, comme Les protocoles des sages de Sion par exemple[40]. Effet mystifié de la distance au champ politique qui conduit à imputer à des acteurs des “intentions” dissimulées au principe de l’avènement des “évènements” (guerres, etc..), réélaboration pseudo-explicative de l’opposition entre « eux » et « nous » (Richard Hoggart), le schème de la vision conspiratoire de l’histoire vient se fondre, pour les lecteurs communistes, dans le schème de l’histoire comme lutte des classes, l’impérialisme américain « incarnant » alors le « mal absolu », insidieux, omniprésent, le trotskisme jouant quant à lui, pour partie, le rôle dévolu aux juifs[41] dans la propagande antisémite. Ces années de guerre froide, dans le sillage de la deuxième guerre mondiale, sont en effet, aussi bien avec les romans[42] que les films d’espionnage, particulièrement propices, dans les deux camps, à la vulgarisation d’une herméneutique cryptique[43]. Tout texte critique est donc redéfini dans la catégorie du faux[44], (au sens strict ou au sens large de texte faussé par son assujettissement à la propagande anticommuniste) laquelle ne ressortit pas de la logique du débat ou de la “conversation savante”…. »

    https://www.contretemps.eu/pudal-pe...

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