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Un petit commentaire sur la politique de Lutte Ouvrière : la conférence « Cercle Léon Trotsky » intitulée : Algérie - Il y a 50 ans, la fin de la guerre d’Algérie, la fin du colonialisme mais pas de l’oppression

mardi 20 novembre 2012, par Robert Paris

Un petit commentaire sur la politique de Lutte Ouvrière  : la conférence « Cercle Léon Trotsky » intitulée :

Algérie - Il y a 50 ans, la fin de la guerre d’Algérie, la fin du colonialisme mais pas de l’oppression

Ecouter ici la conférence en mp3 :

Première partie

Deuxième partie

Nous voulons prendre ici un exemple de ce qu’est la politique de l’organisation Lutte ouvrière et de la signification de son discours radical pseudo-communiste révolutionnaire. Sur ce plan le dernier Cercle Léon Trotsky est très intéressant. Il contient tous les ingrédients des caractéristiques de la politique de ce groupe politique d’extrême gauche : des développements apparemment très révolutionnaires, très communistes, très prolétariens mais qui passsent complètement à côté de la réalité des situations révolutionnaires et potentialités concrètes des prolétaires. En première lecture, on ne trouvera rien à redire au discours de cet exposé. Il semble à la fois dénoncer l’impérialisme, dénoncer la bourgeoisie française, dénoncer la gauche réformiste, dénoncer les nationalistes eux-mêmes et affirmer que la seule classe qui aurait pu préparer un autre avenir est le prolétariat. Rien à redire dis-je, en apparence.

Mais d’abord tout le début donne l’objectif de l’exposé : dire que c’est ce seul courant qui a défendu et défend toujours, seul au monde, une perspective révolutionnaire. C’est un but en soi, visiblement plus important que les leçons à tirer du combat du peuple et des travailleurs, que ce soit en Algérie ou ailleurs. Plusieurs fois, l’exposé a non seulement affirmé que les camarades à l’origine de ce courant avaient défendu une perspective juste mais affirmé qu’ils étaient les seuls au monde à l’avoir fait. Quand on n’a pas été présent dans la situation du pays autrement que par quelques bulletins, faute de forces militantes suffisantes, on n’en rajoute pas pour autant de la crème pour faire monter la sauce….

Même si cela avait été vrai, le souligner ainsi plusieurs fois ne fait que montrer le but exclusivement auto-constructeur de ce groupe. Qu’en France Pablo ait soutenu le FLN et Lambert le MNA ne signifie pas que ce soient les seuls courants ou militants du monde qui aient soutenu le peuple algérien sans soutenir le nationalisme.

Il suffit de citer Socialisme ou Barbarie, des militants comme Castoriadis, Lefort et certains anarchistes pour montrer que certains groupes ont affronté les staliniens au sein de la classe ouvrière en ne cédant ni à l’impérialisme ni au colonialisme. LO a besoin, dans son travail de construction, d’empêcher la critique et donc de faire croire à un passé unique...

D’autre part, alors que Barta s’était d’emblée prononcé pour l’indépendance de l’Algérie, le groupe Voix Ouvrière (qui s’était écarté de lui) n’a pas osé reprendre dès sa création une telle perspective et avançait beaucoup plus modestement. Il a fallu plusieurs années pour que, l’opinion ouvrière changeant sur cette question, le groupe VO ose s’avancer vers cette idée… Cela montre qu’il était loin d’être aussi en pointe que le prétend aujourd’hui LO.

Donc une mythologie sur le groupe VO à l’origine de LO est le but de l’exposé. Ce dernier a le mérite de raconter bien des événements mais l’inconvénient de ne pas se centrer sur les épisodes révolutionnaires, pourtant les plus importants. Il a aussi l’inconvénient de dénoncer, dénoncer, encore dénoncer, au lieu d’analyser véritablement. Dénoncer le colonialisme, l’impérialisme, la bourgeoisie, les réformistes, tout cela est bien si on ne fait pas que cela.

Par exemple, la révolution d’Algérie en 1945-1947 se transforme en une manifestation organisée par le PPA-MTLD alors qu’en réalité c’est plutôt un soulèvement décommandé par lui auquel on avait assisté. Ce n’est pas la répression qui a cassé à l’époque ce parti mais le refus du combat. LO ne le dit pas. C’est pourtant ce qui explique plus tard la naissance d’un courant de droite au sein du PPA qui deviendra le FLN.

Sauf que l’histoire révolutionnaire de l’Algérie en est absente, l’histoire communiste de l’Algérie en est absente, l’histoire prolétarienne en est absente alors que ces trois histoires existent tout à fait et que tout le monde, impérialisme, bourgeoisies, nationalistes, gauche réformiste et stalinienne, syndicalistes réformistes ont toujours tout fait pour effacer ces trois histoires et présenter l’histoire comme allant inévitablement vers ce qui s’est finalement passé : l’impasse du FLN, tout fait pour faire croire qu’il y avait fatalité à ce que le FLN dirige et seulement possibilité de discuter de la politique du FLN. C’est ce que LO fait.

Si le CLT a été capable de se rappeler que les pied noirs votaient communistes, il ne s’est pas rappelé qu’il en allait de même de la population algérienne à un moment ni qu’ils faisaient bien plus que de voter…

Si le CLT n’a cessé de prétendre démontrer qu’il aurait fallu une révolution prolétarienne, il n’a jamais vu des occasions à citer pour montrer que cette révolution communiste existait dans les faits, dans les potentialités, dans des organisations même, dans des mouvements révolutionnaires réels. C’est seulement la gestion des entreprises quittées par les pieds noirs qui servent une fois au cours de l’exposé de telle démonstration.

Au plan des organisations algériennes, il y a deux grands absents : le PPA-MTLD et le PCA (parti communiste algérien) et ce n’est pas rien ! C’est le FLN qui au départ de la situation était presque rien !!! Le seul moment où on parle de ces groupes durant la lutte, c’est pour dire que le FLN ne supportait pas la contradiction et les a éliminés. Le MNA (issu du MTLD) disposait d’une véritable centrale syndicale notamment alors que l’UGTA mise en place par le FLN n’était alors qu’une coquille vide. Le syndicat du MNA n’est pas cité…

Or le PPA et le PCA étaient tout autre chose que le FLN…C’était des groupes prolétariens, très militants, très implantés et ayant une forte notoriété, malgré leur politique…

Les situations révolutionnaires qu’a « oublié » Lutte Ouvrière sont 1947 et 1988. Et ce n’est pas rien. Comme par hasard, elle démarre son étude quand la situation est déjà détournée de la voie révolutionnaire… Car le but est seulement de démontrer que le groupe LO est beaucoup plus révolutionnaire que tout cela… Pour LO, les événements de 1988 en Algérie, c’est seulement une révolte de la jeunesse à laquelle elle consacre une phrase et qui est juste le moyen de montrer la sauvagerie de la répression qui a suivi. « Heureusement » que LO n’a pas réédité son ancien Cercle Léon Trotsky où des camarades, aujourd’hui exclus « heureusement » aussi, exposaient en quoi 1988 était une révolte ouvrière porteuse de possibilités révolutionnaires qui avait été résorbée grâce au PAGS et à l’UGTA (respectivement parti stalinien et syndicat unique du pouvoir).

Il est remarquable notamment que LO conclue que si la lutte avait cassé les frontières et s’était liée à celle de tout le Maghreb, cela aurait permis de faire un ensemble national plus vaste pouvant mieux résister aux pressions impérialistes… Ils ne concluent pas que cela aurait été le point de départ de la révolution mondiale, à commencer par la France !

Lutte ouvrière remarque que des luttes ouvrières se développent actuellement et espèrent qu’elles ne resteront pas économiques mais politiques. C’est omettre qu’aux pires moments de l’histoire, les travailleurs n’ont cessé de lutter mais ont été trompés par le syndicat UGTA. Cette histoire aussi ne faisait pas partie de la soirée…

C’est aussi omettre la liaison des nouvelles luttes en Algérie avec la révolution du Maghreb et du monde arabe… Encore un oubli fâcheux !

Le faux radicalisme de LO ressemble au faux radicalisme utilisé autrefois par les staliniens, radical en paroles et en déclarations mais sans s’appuyer sur une analyse et une politique qui le soit réellement, et d’abord sans montrer le caractère objectif et nécessaire de la révolution prolétarienne : la crise de la domination de la bourgeoisie.

Nous ne pouvons que donner référence au lecteur à quelques uns de nos textes sur le même thème pour souligner la différence (et pas pour dire que nous serions les seuls à détenir la vérité ni à défendre le communisme révolutionnaire !) :

Le faux socialisme algérien ou l’Etat bourgeois dictatorial sans bourgeoisie

Quand le courant communiste était révolutionnaire, il était en tête des luttes d’indépendance au Maghreb

L’indépendance de l’Algérie : un faux socialisme

Algérie 1988 à 1995 : de l’explosion sociale à la guerre contre les civils pour éradiquer la menace prolétarienne

Luttes ouvrières en Algérie

Que se passe-t-il en Algérie

De quoi et de qui les classes dirigeantes ont peur en Algérie

Le début de la révolution « arabe » en Algérie et en Tunisie

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