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Construction et déconstruction du vivant

mercredi 20 août 2008, par Robert Paris

CONSTRUCTION ET DECONSTRUCTION : LA DIALECTIQUE DU VIVANT

Henri Atlan explique dans « Entre le cristal et la fumée » : « Deux courants convergents ont conduit à se représenter aujourd’hui l’organisation d’un système vivant comme le résultat de processus antagonistes, l’un de construction, l’autre de déconstruction ; l’un d’ordonnancement et de régularités, l’autre de perturbations aléatoires et de diversité ; l’un de répétition invariante, l’autre de nouveauté imprévisible. »

L’immunologue Jean Claude Ameisen expose dans « La sculpture du vivant ou le suicide cellulaire, une mort créatrice » : « Rien – ou presque – de ce qui émerge au cours de la longue histoire du vivant n’est de nature définitive. L’ évolution est une succession infinie d’accidents, construisant, déconstruisant et reconstruisant, sans cesse, faisant naître de la nouveauté. (…) Essayons d’imaginer des accidents qui auraient pour effet de délivrer une bactérie infectée (par une toxine) de l’étreinte d’un plasmide qui l’asservit, et de permettre à la bactérie de survivre. (…) Les informations génétiques du plasmide permettent à la bactérie de fabriquer en permanence l’antidote et de contrer ainsi l’effet de la toxine. (…) L’efficacité du module (toxine/antidote) de dépendance repose sur un mécanisme d’une merveilleuse simplicité : l’existence d’une différence de stabilité dans le temps entre l’exécuteur – la toxine -, capable de détruire la bactérie, et l’antidote – le protecteur -, capable de neutraliser l’effet de la toxine. La raison pour laquelle l’antidote disparaît plus vite que la toxine est que la protéine antidote est rapidement dégradée, découpée en morceaux, par une enzyme, une protéase, un « ciseau » moléculaire. (…) Le « programme » qui condamne la bactérie et le plasmide à l’interdépendance est un programme interactif (…) qui dépend des modalités du dialogue – des interactions – entre les protéines à l’intérieur de la cellule. (…) Il existe une circonstance qui permettrait à une bactérie de se libérer du plasmide. Elle ne correspondrait pas, pour la bactérie qui guérirait, à une véritable victoire, à un véritable retour en arrière, au temps « avant l’infection ». Elle correspondrait à une plongée dans la nouveauté. Toute bactérie qui par hasard capturerait dans son chromosome les gènes plasmidiques du module toxine/antidote pourrait désormais se défaire du plasmide et survivre à sa disparition. (…) Au cœur du mystère du vivant, ce que nous commençons à entrevoir, c’est l’intrication profonde, l’interchangeabilité et l’interdépendance, entre les outils de construction et les outils de destruction. Et nous avons vu se brouiller les frontières qui séparent les notions apparemment antagonistes de vie et de mort, de « bâtisseur » et d’ « exécuteur », de « suicide » et de « meurtre ». »

LA PLASTICITE DU CERVEAU

L’immunologue Jean Claude Ameisen dans « La sculpture du vivant ou le suicide cellulaire, une mort créatrice » :

« Il existe dans certaines espèces d’oiseaux, au cours de la vie adulte, des phénomènes spectaculaires de déconstruction et de reconstruction du cerveau. (…) Durant plusieurs dizaines d’années, une théorie s’était imposée selon laquelle les neurones de notre cerveau, qui deviennent stériles à partir de notre petite enfance, ne peuvent pas être renouvelés. (…) L’incapacité de notre cerveau à produire dès notre enfance de nouveaux neurones a représenté jusqu’à une période très récente un des dogmes centraux de la neurologie. (…) Mais cette idée d’une extraordinaire longévité de nos neurones – qui égalerait celle de nos corps – correspond sans doute à une illusion. La présence dans les cerveaux humains adultes capables d’enfanter des neurones a été identifiée récemment par différentes approches qui laissent peu de place au doute. (…) Une image nouvelle, plus dynamique et plus riche, de notre cerveau commence à se dessiner. Un cerveau capable de se remodeler. Un cerveau qui se construit, comme l’ensemble de notre corps, tout au long de notre existence. Depuis quelques années, il est apparu que certains des signaux qui parcourent normalement notre cerveau ont le pouvoir d’entraîner le suicide de neurones. Parce que l’idée que les neurones du cerveau ne peuvent pas être renouvelés a été une idée persistante, la plupart des médecins et des biologistes considèrent que le suicide des neurones ne peut pas être une des conséquences normales des dialogues cellulaires à l’intérieur du cerveau et ne peut donc survenir qu’au cours de maladies du vieillissement. Mais s’il existe des cellules capables d’enfanter des neurones, le suicide et le renouvellement des neurones pourraient au contraire représenter des phénomènes qui freinent le vieillissement et permettent de maintenir intactes pendant plusieurs dizaines d’années nos capacités d’apprentissage. (…) Le pouvoir de se reconstruire est lié au pouvoir de s’autodétruire. »

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