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Chronologie de la révolte ouvrière et de la jeunesse dans l’Italie des années 1970

vendredi 29 octobre 2021, par Robert Paris

Chronologie de la révolte ouvrière et de la jeunesse dans l’Italie des années 1970

1968-1978, dix années de luttes de classes intenses en Italie se sont achevées sur un échec global, social et politique qui allait mener à la fin de l’auto-organisation ouvrière qui avait connu un long et massif développement, à la remise en selle des appareils syndicaux bureaucratiques un moment débordés et à une entente sociale et politique contre la classe ouvrière entre le parti stalinien PCI et le parti chrétien démocrate. L’extrême gauche, un temps massivement soutenue dans la classe ouvrière et la jeunesse, a fini de se discréditer durant cette période, faute de réelles perspectives et de compréhension des mécanismes fondamentaux de la lutte des classes. Trop peu de leçons ont été tirées de ces événements cruciaux pour la lutte des classes en Italie et dans le monde, mais d’abord place aux faits…

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Quand la bourgeoisie italienne envisageait de répondre à la révolte sociale par un pouvoir fasciste

Déjà en 1968

Au printemps 68, il se produit dans toute l’Italie une série de luttes dans les usines qui ont comme objectif des augmentations de salaire égales pour tous qui soient en mesure de compenser les "maigres" accords de 1966. Parmi les premières usines à se mobiliser, il y a la Fiat où les ouvriers mènent le plus grand conflit depuis plus de 14 ans, et à Milan où partent en grève Borletti, Ercole Marelli, Magneti Marelli, Philips, Sit SIEMENS, Innocenti, Autelco, Triplex, Brollo, Raimondi, Mezzera, Rhodex, Siae Microelettronica, Seci, Ferrotubli, Elettrocondutture, Autobianchi, AMF, Fachini, Tagliaferri, Termokimik, Minerva, Amsco et une autre vingtaine de petites entreprises. (…) Au début, la lutte est dirigée par les vieux activistes et par le syndicat extérieur à l’usine, et donc dirigée de façon plutôt autoritaire, mais après un mois, de jeunes ouvriers s’imposent, qui "critiquent vivement les syndicalistes et les membres du CI sur la façon de lutter et sur les étapes de la lutte", et qui modifient qualitativement les formes de la mobilisation, avec des piquets très durs et des cortèges à l’intérieur pour obliger les employés à faire grève. Une fois, ces ouvriers ont prolongé spontanément une grève de quelques heures, obligeant les syndicats à les appuyer. Ce souffle de la jeunesse provoque une participation massive à la lutte, les heures de grève se multiplient, des manifestations se produisent à travers les rues de Sesto San Giovanni, parviennent à défoncer le portail du bâtiment qui héberge la direction de l’entreprise. Les grèves continuent, bien que l’Assolombarda pose comme condition de l’ouverture de négociations l’arrêt de celles-ci : la participation est totale chez les ouvriers et presque nulle au contraire chez les employés.

Dans toute l’Italie, l’agitation gagne, s’étendant notamment à Pise, Milan, Florence, Rome, Naples, Venise, Catane, Palerme et Trente. L’année 1968 marque la rupture définitive du mouvement spontané des ouvriers avec les syndicats dans les usines, ce qui mène à la création des Comités Unitaires de Base (CUB) : sabotages, autoréductions et manifestations à l’intérieur des usines deviennent des pratiques courantes. Les autoréductions (autoriduzione) visent à réduire la quantité de travail imposée à chaque ouvrier. Par exemple, sur la chaîne de montage, sur quatre voitures qui passent, les ouvriers n’en font que trois, et si les contremaîtres interviennent, les ouvriers sont défendus par d’autres camarades qui somment les contremaîtres de les laisser tranquilles, sous peine d’être caillassés.

L’auto-organisation des ouvriers donne aussi naissance aux journaux d’usine. Ces journaux, expression immédiate de l’autonomie ouvrière, naissent de la nécessité pour les travailleurs d’organiser et de gérer leurs propres luttes, en dehors de la direction des partis (vendus, rappelons-le), des syndicats et des groupes extraparlementaires. En donnant des descriptions détaillées des situations internes de chaque usine, ils permettent aux travailleurs de se connecter avec les autres ouvriers qui mettent en place des initiatives semblables : Lavoro Zero (Travail Zéro), journal des ouvriers de Porto Marghera, Senza Padroni (Sans maître), le journal de l’Assemblée Autonome d’Alfa Romeo, ou encore Direzione Operaia (Direction Ouvrière) du Groupe Autonome de Lanerossi sont des exemples de ces journaux d’usine. Rapidement, la gauche parlementaire et institutionnelle est dépassée par sa propre base, qui préfère la démocratie directe et la spontanéité à la délégation et aux négociations habituelles. Les comités d’usines deviennent tellement puissants que leurs actions sont capables de paralyser la production dans la majorité des usines du Nord de l’Italie.

1969

En 1969, une lutte ouvrière majeure éclate à l’usine Fiat avec une victoire qui démontre que les ouvriers peuvent former une puissance collective capable de déstabiliser le puissant patronat italien. Mais les ouvriers décident de bloquer non seulement leur usine, mais aussi toute la ville, pour s’approprier le territoire. Ce blocage total dure trois jours mais marque durablement les pratiques du mouvement ouvrier qui sort de l’usine pour occuper l’ensemble de l’espace urbain. Mais le blocage de la production renvoie également au refus du travail, pour vivre enfin pleinement. « Bloquer la production signifiait laisser libre cours aux flux du désir », résume Marcello Tari. Cantines illégales, squats, « marchés rouges » : de nouvelles pratiques, par la construction d’espaces autonomes et autogérés, se répandent depuis l’usine de Mirafiori de Turin pour embrasser l’ensemble du territoire métropolitain.

Le 9 avril 1969, pendant les échauffourées de Battipaglia (province de Salerne), Carmine Citro, typographe et Teresa Ricciardi, enseignante, sont tués par les forces de l’ordre pendant une manifestation contre la fermeture d’une usine de tabacs.

Le 25 avril 1969, une bombe éclate à Milan, dans le pavillon FIAT de la Foire, causant plusieurs blessés graves, mais pas de morts. Une bombe est découverte dans le bureau de change de la Gare Centrale. Quelques mois plus tard, le 9 août, huit bombes explosent à bord de plusieurs trains, faisant 12 victimes, morts ou blessés.

« L’automne chaud » de 1969 est massif et surprend d’abord les syndicats, même si, assez vite, ils intègrent ses participants et ses revendications dans leurs appareils et discours. Toutes les années 1970 sont très agitées avec des milliers d’heures de grève et des mouvements parfois très durs et déterminés. Mais la montée d’une violence politique, d’abord présente dans les usines, se déplace entre l’État et les mouvements armés

C’est dès le printemps que commence chez Fiat l’automne chaud de 1969 qui, dans toute l’Italie, donne le départ des deux années qu’on a appelées le Mai rampant. Le 13 mai 1969, les 8 000 ouvriers des " auxiliaires ", aux presses sud, se mettent en grève. Il s’agit d’ouvriers qualifiés qui sont inquiets de l’apparition de nouvelles machines, à commande numérique, remettant en cause une part de leur autonomie. Ils demandent la suppression de la troisième catégorie, le passage de tous à la qualification supérieure et la réglementation des superminimi. A partir de cette grève catégorielle, tout Mirafiori va exploser.

Les 18, 19 et 20 mai 1969, les 1 000 caristes de Mirafiori Sud entrent dans la grève. Le 21, ce sont les grutiers, le 22 les travailleurs des grandes presses, le 23 ceux des presses moyennes et petites, le 26 ceux de la tôlerie (lastroferatura). Le 27 mai, 5 000 ouvriers défilent dans l’usine. C’est le début de cette forme de lutte qu’est la formation de cortèges internes à l’usine. En même temps, les AG se multiplient et les premiers délégués élus par la base des ateliers, sans passage par les syndicats, apparaissent.

Le 28 mai 1969, les syndicats et la direction signent un accord, mais la grève continue. Les ouvriers de la carrosserie rejoignent même la grève. Ils sont 15 000, immigrés, avec un turnover de 1 000 ouvriers par mois. Ils ont un mode de lutte propre : arrêts de travail brusques et imprévisibles, élections de leurs propres représentants, envahissement de l’atelier voisin. Ils sont peu syndiqués et ont des revendications bien à eux : plus d’argent et moins de travail, la deuxième catégorie pour tous, la baisse des cadences.

Ces nouvelles formes de lutte, qu’ont bien du mal à contrôler les syndicats traditionnels, avaient d’abord éclaté, dans une certaine confusion, avec les émeutes des 7, 8 et 9 juillet 1962 sur la Piazza Statuto à Turin, où se trouve le siège régional du syndicat confédéral UIL (historiquement lié aux partis socialiste et laïc) qui compte beaucoup de petits chefs dans ses rangs. Les négociations de la branche métallurgie n’ont pas abouti, mais la direction de FIAT a réussi à signer un accord séparé avec son « syndicat maison » et la UIL. Les jeunes ouvriers, les moins soumis à la discipline syndicale, s’en prennent aux forces de l’ordre qui défendent les locaux du syndicat. Les syndicats et partis de gauche vont condamner cette violence comme « manifestations d’anarchisme du sous-prolétariat », sans saisir les causes de ce qui leur semble une révolte brutale et inorganisée. Mais on peut considérer que là se dessine dès lors une ligne de partage « entre la période de la Reconstruction disciplinée et celle de la réouverture d’une conflictualité qui débouchera, sept ans plus tard, dans le grand événement de "l’automne chaud" de 1969 ».

L’automne chaud proprement dit commence dès l’été. Pour ne parler ici que de Fiat, des grèves d’atelier ont lieu pendant le mois d’août parce que la direction n’applique pas l’accord de juillet sur les promotions automatiques. Le 2 septembre 1969, la grève repart dans l’atelier 32, qui est au confluent des presses, de la carrosserie et de la mécanique. Ce jour-là, une équipe a décidé de débrayer à 10 heures. Un ouvrier doit donner le signal à l’équipe. A 10 heures, il quitte sa machine et sort dans l’allée. Son équipe s’arrête aussitôt, et les équipes voisines aussi, de proche en proche, certaines sans savoir pourquoi : 1 000 ouvriers en tout, qui bientôt seront 3 000 car cet atelier tourne en 3 x 8. Quelques heures plus tard, la Commission interne (sortes de délégués syndicaux) vient dans l’atelier pour demander la reprise du travail en raison de la préparation des négociations contractuelles, qui sont imminentes. Les ouvriers refusent d’obtempérer et opposent leurs revendications : 100 lires et les 36 heures. Revelli ne dit pas s’ils obtiennent gain de cause. Presque aussitôt, la direction annonce la mise au chômage technique de 30 000 ouvriers en raison de la grève. Celle-ci dure quand même jusqu’au 7 septembre. Le 8, débutent les grèves syndicales pour la négociation du contrat

Dans la plupart des grandes usines, quel que soit le secteur industriel concerné et la composition de classe (le nombre d’ouvriers qualifiés, d’OS, de techniciens et d’ingénieurs), des ouvriers, au départ minoritaires, rejettent ou sont déçus de la politique syndicale et de celle des partis politiques (principalement le PCI). Ils décident de créer eux-mêmes leurs organes qu’ils nomment comités unitaires de base, comités ouvriers, assemblées autonomes, assemblées ouvrières. Dans ces usines, pendant le printemps et l’été 1968, ces ouvriers essayent au départ de faire avancer l’action à partir des luttes déclenchées par les syndicats, mais assez rapidement ils se rendent capables de lancer eux-mêmes des luttes, de les mener et d’obtenir satisfaction comme à l’usine Pirelli à Milan (fabrique de pneus). A ce moment-là toutes les grandes usines sont concernées, et seulement elles, à l’exception de la FIAT à Turin. Cette dernière qui n’explosera qu’à partir de mai 1969 donnera à ce mouvement une dimension beaucoup plus grande, selon l’adage » quand FIAT éternue, l’Italie s’enrhume « . A partir de là, les comités ouvriers, tous les petits groupes constitués autour de cette agitation vont donner naissance à des groupes politiques nationaux (Lotta Continua, Potere Operaïo). Mais ce qui est important, c’est que l’action des ouvriers, quelle que soit sa forme organisée, ne se cantonne pas à l’usine. Au départ ce sont des luttes pour les augmentations uniformes et non au pourcentage, pour le passage des ouvriers en bas de l’échelle dans les catégories supérieures tout en réduisant l’échelle des salaires vers le haut. Il s’agit aussi pour les ouvriers d’obtenir la parité avec les employés par rapport aux jours de maladie indemnisés et aux jours de congés. Se manifeste aussi la volonté d’intégrer dans la lutte de l’usine tous ceux qui sont précaires : ouvriers de cantine, du nettoyage, intérimaires (déjà à l’époque une bonne partie de la force de travail est en contrat précaire). Une fois que la base à l’usine est acquise, il s’agit alors d’en sortir et d’élargir les luttes. Ce n’était pas une décision réfléchie mais mûrie tout simplement par la nécessité. Comme disaient les ouvriers de FIAT : » à quoi ça sert de faire des heures de grève pour avoir des augmentations si toute la paye passe dans le loyer » ?

Parmi les premières usines à se mobiliser, il y a la Fiat où les ouvriers mènent le plus grand conflit depuis plus de 14 ans, et à Milan où partent en grève Borletti, Ercole Marelli, Magneti Marelli, Philips, Sit SIEMENS, Innocenti, Autelco, Triplex, Brollo, Raimondi, Mezzera, Rhodex, Siae Microelettronica, Seci, Ferrotubli, Elettrocondutture, Autobianchi, AMF, Fachini, Tagliaferri, Termokimik, Minerva, Amsco et une autre vingtaine de petites entreprises. En ce qui concerne la représentativité ouvrière, ce qui est caractéristique de cette période, c’est le slogan : "nous sommes tous délégués", ce qui signifie le refus de toute médiation syndicale et qu’on impose au patronat un rapport de forces direct au moyen de la lutte des ouvriers.

Ce qui se tiendra les 26/27 juillet 1969 au Palasport de Turin sera un "rassemblement national des avant-gardes ouvrières". Des ouvriers de toute l’Italie, qui rendent compte des grèves et des manifestations, parlent et avancent des revendications comme l’abolition des catégories, la réduction de l’horaire de travail à 40 heures, des augmentations de salaires égales pour tous en absolu et pas en pourcentage et la reconnaissance de la parité avec les employés. "Toute l’industrie italienne est représentée : par ordre d’intervention, après Mirafiori, la Pétrochimie de Marghera, la Dalmine et Il Nuovo Pignone de Massa, Solvay de Rossignano, Muggiano de La Spezzia, Piaggio de Pontedera, l’Italsider de Piombino, Saint Gobain de Pise, la Fatme, l’Autovox, Sacet et Voxon de Rome, la SNAM, Farmitalia, Sit Siemens, Alfa Romeo et Ercole Marelli de Milan, Ducati et Weber de Bologne, Fiat de Marina di Pisa, Montedison de Ferrare, Ignis de Varese, Necchi de Pavie, la Sir de Porto Torres, les techniciens de la Rai de Milan, Galileo Oti de Florence, les comités unitaires de base de Pirelli, l’arsenal de la Spezzia". Quelque chose qu’on n’avait jamais vu, une assemblée nationale des avant-gardes ouvrières de toute l’Italie, un moment où la classe ouvrière s’affirme et auquel il n’est possible d’assister que dans un moment de forte montée de la combativité ouvrière, comme l’était justement l’Automne chaud.

Fin août 1969, les ouvriers de Pirelli occupent le centre de Milan.

A partir du mois de septembre 1969, l’Italie est secouée par une vague sans précédent de grèves, manifestations, révoltes, occupations, qui relie le Nord au Midi et aux Iles, et à laquelle s’ar¬ticulent de nombreuses revendications portant sur les loyers et les tarifs des services publics (électricité, chauffage, transports en commun). Certaines organisations syndicales furent les seules institutions à soutenir les instances de ce mouvement et à essayer de le canaliser en direc¬tion d’une politique de réformes substantielles : les partis politiques, les forces de l’ordre et les organisations patronales choisirent au contraire d’opposer au mouvement des réactions hysté¬riques devant la menace portée contre la propriété et l’ordre public. En 1969, les pratiques de lutte qui dépassent les bornes de la légalité deviennent un phénomène de masse, vu par les ouvriers comme un moyen parfaitement légitime d’ob¬tenir ce qu’ils demandent. Face à la répression étatique, le mouvement tend à sortir de l’usine et à rechercher des alliances avec les luttes des étudiants, des chômeurs, des populations des quartiers pauvres.

Début septembre, deux millions de travailleurs de la Métallurgie, de la Chimie et du Bâtiment sont en grève nationale pour le renouvellement des conventions collectives.

2/09/1969 : grève des ouvriers et des employés à Pirelli pour la prime à la production et les droits syndicaux. A Fiat, les ouvriers des départements 32 et 33 de Mirafiori se mettent à lutter, contrevenant aux directives syndicales, contre la discrimination de l’entreprise sur les changements de catégorie ;

4/09/1969 : Agnelli, patron de Fiat, met à pied 30 000 travailleurs ;

5/09/1969 : la tentative des directions syndicales d’isoler les ouvriers d’avant-garde de Fiat échoue, Agnelli est obligé de retirer les mises à pied ;

6/09/1969 : plus de deux millions de métallos, d’employés du bâtiment et de la chimie partent en lutte pour le renouvellement du contrat salarial ;

11/09/1969 : à la suite de la rupture des négociations concernant le renouvellement du contrat des métallos le 8 septembre, un million de métallurgistes fait grève dans toute l’Italie. À Turin, 100 000 ouvriers bloquent la Fiat ;

Le 11 septembre 1969, un million de métallos font grève. La FIAT de Turin est bloquée par cent mille ouvriers manifestant dans l’usine.

12/09/1969 : grève nationale des ouvriers du bâtiment, tous les chantiers du pays sont fermés. Manifestations des métallurgistes à Turin, Milan et Tarente ;

16-17/09/1969 : grève nationale de 48 heures des ouvriers de la chimie, grève nationale dans les cimenteries et nouvelle journée de lutte des ouvriers du bâtiment ;

22/09/1969 : manifestation de 6000 ouvriers d’Alfa Roméo à Milan. Journée de lutte des métallurgistes à Turin, Venise, Modène et Cagliari ;

Le 23 septembre 1969, des milliers d’ouvriers agricoles occupent des maisons vides à Rome.

23-24/09/1969 : nouvelle grève générale de 48 heures des ouvriers des cimenteries ;

25/09/1969 : lock-out à Pirelli, suspension pour un temps indéterminé de 12.000 ouvriers. Réaction immédiate des ouvriers qui bloquent tous les établissements du groupe ;

26/09/1969 : manifestation des métallurgistes à Turin où un cortège de 50 000 ouvriers part de Fiat. Grève générale à Milan et manifestations de centaines de milliers d’ouvriers qui imposent ainsi à Pirelli la fin du lock-out. Cortèges de dizaines de milliers de travailleurs à Florence et Bari ;

29/09/1969 : manifestations des métallurgistes, ouvriers de la chimie et du bâtiment à Porto Marghera, Brescia et Gènes ;

30/09/1969 : grève des ouvriers du bâtiment à Rome, manifestations de 15 000 métallurgistes à Livourne ;

Fin septembre 1969, de nombreuses villes connaissent d’importantes grèves contre des loyers trop élevés.

7/10/1969 : grève des métallurgistes dans la province de Milan, 100 000 ouvriers provenant de 9 cortèges se rejoignent sur la Place du Dôme ;

8/10/1969 : grève générale nationale des employés de la chimie. Grève dans la région de Terni. Manifestations des métallurgistes à Rome, Sestri, Piombino, Marina di Pisa et L’Aquila ;

9/10/1969 : 60 000 métallurgistes font grève à Gènes. Grève générale dans le Frioul et la Vénétie Julienne ;

10/10/1969 : pour la première fois, se tient une assemblée à l’intérieur des ateliers de Fiat-Mirafiori. Des assemblées et des défilés ont également lieu à l’intérieur des autres usines du groupe. La police charge à l’extérieur des établissements. Grève à Italsider de Bagnoli contre la suspension de 5 ouvriers ;

Le 10 octobre 1969, 250.000 métallurgistes de Turin sont à nouveau en grève.

Les 15 et 16 octobre 1969, la grève est générale à Milan contre la vie chère. Cent mille personnes y manifestent. A Naples, ce sont 40.000 métallos qui sont en grève.

16/10/1969 : les hospitaliers, les cheminots, les postiers, les travailleurs des administrations locales et les ouvriers journaliers partent en lutte pour le renouvellement de leurs contrats. Des grèves générales ont lieu dans les provinces de Palerme et Matera ;

Le 17 octobre 1969, des millions de travailleurs participent à la grève générale dans toute l’Italie. A la FIAT-Mirafiori, les piquets de grève sont violemment chargés par la police.

Le 22 octobre 1969, 90.000 métallos en grève imposent le droit d’assemblée dans quarante usines.

Le 27 octobre 1969, à Pise, Cesare Pardini, étudiant en droit, est tué par la police pendant une manifestation. Les affrontements entre la population de Pise et la police durent un jour et une nuit.

Le 29 octobre 1969, la lutte continue de se durcir à la FIAT : des cortèges internes et des affrontements ont lieu à l’intérieur de l’enceinte. Cent autos sont détruites et la cantine est dévastée. A Milan aussi, des affrontements ont lieu entre les travailleurs de la chimie pharmaceutique et la police.

Le 6 novembre 1969, 50.000 ouvriers manifestent contre la désinformation organisée par la radiotélévision italienne. La police charge, faisant 56 blessés.

Le 7 novembre 1969, alors que les grèves et les manifestations des ouvriers de la Métallurgie, de la Chimie et du Bâtiment se multiplient dans toute l’Italie, accompagnées de violents affrontements, les syndicats signent la Convention du Bâtiment.

8/11/1969 : le contrat des ouvriers du bâtiment est signé : il prévoit l’augmentation de 13% sur les plus basses rétributions, la réduction graduelle du temps de travail à 40 heures, le droit de faire des assemblées sur les chantiers ;

Le 13 novembre 1969, les syndicats signent un accord avec le patron à l’usine Pirelli sous la huée des ouvriers. A Turin, 50.000 ouvriers occupent le centre-ville et affrontent la police.

Le 19 novembre 1969, lors d’une manifestation organisée à Milan par l’Union des Communistes italiens, de longs et durs affrontements ont lieu sur la Via Larga entre manifestants et policiers au cours desquels l’agent de police Antonio Annarumma est tué lors du choc entre deux véhicules de police. La police prétendra qu’il a été touché par un tuyau d’acier alors qu’il était au volant d’une jeep et accusera les manifestants. Pour plusieurs historiens, il est la première victime des « années de plomb ».

Le 25 novembre 1969, alors que se déroulent les obsèques du policier, des groupes fascistes assemblés lors des funérailles organisent des chasses à l’homme pour attaquer des révolutionnaires, des manifestants ou des démocrates. De l’extrême droite aux démocrates chrétiens se regroupent pour mener la contre-révolution active et ce mouvement va se développer jusqu’en mars 1971 où il trouvera son apogée lors de la manifestation contre-révolutionnaire de Piazza San Carlo à Milan.

25/11/1969 : grève générale dans la chimie ;

28/11/1969 : des centaines de milliers de métallurgistes animent, à Rome, une des plus grandes et des plus combatives manifestations qui ait jamais eu lieu en Italie pour soutenir leurs revendications ;

Début décembre 1969, 20.000 ouvriers de la carosserie de FIAT paralysent l’usine par une grève autonome (auto-organisée et sans l’appui des syndicats).

Le 4 décembre 1969, cent mille métallos manifestent à Milan.

3/12/1969 : grève totale des ouvriers des carrosseries à Fiat, manifestation des employés des administrations locales ;

7/12/1969 : un accord est trouvé pour le contrat dans la chimie : il prévoit des augmentations de salaire de 19.000 lires par mois, un horaire hebdomadaire de 40 heures sur 5 jours, et trois semaines de congés payés ;

8/12/1969 : accord sur le contrat dans les entreprises de la métallurgie dans lesquelles l’État a une participation : le contrat prévoit l’augmentation de 65 lires par heure, augmentation égale pour tous, la parité légale entre ouvriers et employés, le droit de faire des assemblées dans l’entreprise pendant les heures de travail à raison de 10 heures par an, payées, et 40 heures de travail hebdomadaire ;

10/12/1969 : grève générale des ouvriers agricoles pour le pacte national, des centaines de milliers manifestent dans toute l’Italie. Début de la grève de 4 jours des employés des sociétés pétrolières privées pour le renouvellement du contrat ;

Alors que la lutte des classes s’excerbe, les syndicats continuent de plus belle de s’entendre avec le patronat. Le 7 décembre 1969, ils signent la convention de la Chimie et le 8 décembre, c’est la convention de la Métallurgie du secteur public qui est signée par eux.

Les directions syndicales, et en particulier la CGIL, liée au Parti communiste, en organisant les journées de grève en fonction de la négociation du contrat collectif de chaque catégorie, émiettaient les luttes afin d’en garder le contrôle. Alors que la combativité des travailleurs se manifestait chaque jour un peu plus, elles évitèrent ainsi un mouvement d’ensemble de la classe ouvrière, qui aurait pu se transformer en un affrontement politique avec la bourgeoisie.

Les luttes de l’automne chaud restèrent ainsi cantonnées au terrain économique. Les appareils syndicaux en sortirent renforcés, mais la bourgeoisie et ses appareils politiques avaient eu peur de la réaction ouvrière. Cela se manifesta dans l’attentat sanglant de Piazza Fontana à Milan, le 12 décembre. Fomenté par l’extrême droite et une partie de l’appareil d’État, c’était le premier d’une série d’attentats visant à préparer l’opinion à une reprise en main autoritaire. La classe ouvrière n’était nullement préparée à ce bouleversement du climat politique.

La revendication du « pouvoir ouvrier », slogan repris avec enthousiasme dans les manifestations par les ouvriers les plus radicaux et par les étudiants, montrait cependant que bien des manifestants de cet « automne chaud » en attendaient autre chose et espéraient confusément qu’il ouvre des perspectives révolutionnaires. Du PC aux appareils syndicaux, du gouvernement aux partis et aux groupes d’extrême droite, toutes les forces politiques conjuguèrent leurs efforts pour conjurer ce danger.

Mais toute cette savante tactique permit aux dirigeants syndicaux d’éviter qu’à aucun moment toute la classe ouvrière ne se retrouve ensemble contre les patrons.

C’est au cours de tous ces mouvements, et au cours des accords de catégorie ou des accords d’entreprise sur lesquels ils débouchèrent, que l’existence des délégués d’atelier fut généralisée. En outre, les trois confédérations syndicales CGIL, CISL et UIL, qui face aux travailleurs avaient un intérêt commun à défendre, s’orientèrent vers un pacte d’unité syndicale. Elles se mirent d’accord pour considérer les délégués d’atelier comme la « structure de base » du syndicat unitaire qui n’existait pas encore.

C’est ainsi que se généralisèrent ce qu’on appela les « conseils d’usine », constitués en fait par l’assemblée des délégués d’atelier d’une entreprise, indépendamment de leur appartenance (ou non-appartenance) à telle ou telle confédération. Dans le cadre de la montée ouvrière, ces organismes avaient nécessairement un caractère de représentation assez démocratique, assez proche des travailleurs. Mais les trois confédérations voulaient s’assurer, pour la suite, qu’à mesure que la mobilisation ouvrière s’essoufflerait, elles pourraient les contrôler de mieux en mieux. Et c’est en effet ce qui se produisit les années suivantes, où les « Conseils d’usine » dirigés par les syndicats en sous-main prirent un caractère de plus en plus bureaucratique.

Dés lors, la place était ouverte pour la contre-révolution fasciste…

Le 12 décembre 1969, cinq attentats frappent l’Italie dans un intervalle de 53 minutes. Le plus grave est celui de piazza Fontana, à Milan. Une bombe explose dans le foyer de la Banque Nationale de l’Agriculture, faisant 17 morts et 88 blessés. La police procède immédiatement à une rafle dans les milieux anarchistes. Le premier suspect, Giuseppe Pinelli, meurt pendant sa garde à vue, en chutant de la fenêtre de la préfecture de police. Les institutions, les organisations po¬litiques et les médias hostiles aux mouvements parleront d’une continuité entre l’usage de la violence dans les grèves et le massacre de la Piazza Fontana ; les organisations de la gauche extraparlementaire – qui constituent désormais un vaste archipel de groupes et collectifs issus en particulier de la rencontre entre étudiants et ouvriers – verront dans l’attentat la réponse cri-minelle de l’État à la séquence des luttes et à la perspective d’une transformation radicale de la société. Il s’avérera, beaucoup plus tard, que l’attentat a été organisé par des réseaux d’extrême droite.

Du massacre de la Piazza Fontana jusqu’en 1974 se déroulèrent d’autres attaques de matrice fasciste, deux dans cette même année pour un total de 20 morts. De 1969 à 1974, on compta 92 morts pour des faits politiques, dont 63 à cause de violences et d’actes terroristes de droite, 10 morts dans des heurts avec les forces de l’ordre, 8 dans d’autres circonstances et 9 attribuables à des actions de groupes de gauche. 1 706 attentats, dont 71 % sont attribuables à l’extrême droite et 5,5 % à l’extrême gauche. Sur 2 359 actes de violence recensés, 2 304 étaient attribuables à des organisations néofascistes et 152 à des organisations de gauche.

19/12/1969 : grève nationale des travailleurs de l’industrie pour soutenir le conflit des métallurgistes. Nouvelle grève nationale des ouvriers agricoles ;

23/12/1969 : signature de l’accord pour le nouveau contrat des métallurgistes : il prévoit des augmentations salariales de 65 lires par heure pour les ouvriers et de 13.500 lires par mois pour les employés, le treizième mois, le droit de faire des assemblées dans l’usine, la reconnaissance des représentants syndicaux d’entreprise et la réduction de l’horaire de travail à 40 heures par semaine ;

24/12/1969 : le pacte national pour les ouvriers agricoles est signé après 4 mois de lutte, il prévoit la réduction progressive de l’horaire de travail à 42 heures par semaine et 20 jours de congés

1970

Le 11 mars 1970, durant une grève du textile, le patron Giuseppe Chiccarello et son fils tirent contre les ouvriers de Torrebelvicino (province de Vicenze). Dix blessés.

Le 14 mai 1970, approbation définitive par les deux chambres du Statut des travailleurs. Le PCI s’abstient. Le législateur entendrait avec cet ensemble protéger les droits constitutionnels des travailleurs à l’intérieur des usines (droit de constitution de représentations syndicales à l’intérieur de l’usine, impossibilité de licenciement sans une raison juste(*), libertés politiques et religieuses, etc.) Dans les faits, le Statut est la retombée parlementaire des nouveaux rapports de force instaurés dans les usines par les luttes lors des deux années précédentes.

Le 7 septembre 1970, avec au moins quatre attentats à la dynamite, commence à Reggio de Calabre la deuxième partie de la révolte (la première en juillet avait été conduite facifiquement par les notables démo-chrétiens de la région) pour que Reggio devienne chef-lieu de province. A présent, l’hégémonie sur le mouvement revient au boss fasciste local du mouvement « Boia chi molla » (« Salaud qui se dégonfle »), Ciccio Franco. Durant tout l’automne, la ville et en particulier le quartier prolétaire de Sbarre, sont le théâtre de barricades et de très violents affrontements avec la police ; les sièges du PSI et la perception communale sont pris d’assaut. Seule l’intervention de l’armée réussira avec le temps à ramener le calme.

Décembre 1970

Une conférence de presse de Gianni Agnelli traite de la« question de l’absentéisme » : « A Turin, tous les matins, 18 000 ouvriers sont absents. » La Cofindustria (organisation patronale) reviendra avec insistance sur ce thème ainsi que celui du coût du travail, au cours des années suivantes.

Des grèves ouvrières secouent les usines (Pirelli et Siemens en particulier), ce qui conduit une partie du mouvement ouvrier à adopter la « propagande armée » comme méthode de lutte. Les premières actions — destruction des véhicules de contremaîtres ou séquestration de cadres — reflètent la composition sociale des groupes armés

Dans la nuit du 7 au 8 décembre 1970, mystérieuse et farcesque tentative de coup d’Etat conduite par Valerio Borghese jr. ancien chef de la Xe flotte MAS (torpilleurs) durant la République sociale italienne (République de Salò), à présent chef d’un maigre groupuscule d’extrême-droite, le Fronte nazionale. Son groupe de gardes forestiers et d’ex-parachutistes occupe quelques heures le Ministère de l’Intérieur pour ensuite l’abandonner, sans coup férir, aux premières lueurs de l’aube.

Le 12 décembre 1970, la manifestation pour l’anniversaire du massacre de la piazza Fontana, et la queue de la manifestation anarchiste pour les six militants de l’ETA condamnés à mort en Espagne, sont suivies de très violentes bagarres entre la police d’une part et les anarchistes et le mouvement étudiant d’autre part. Une lacrymogène à tir tendu tue l’étudiant Saverio Salaterelli, militant du Parti communiste internationaliste (Révolution communite).

1972

À Milan, le 3 mars 1972, les Brigades Rouges organisent leur premier enlèvement, aux dépens de l’ingénieur Idalgo Macchiarini, un cadre de l’entreprise Sit-Siemens. Enlevé devant l’établissement, il est photographié avec un panonceau pendu autour du cou et sur lequel est écrit : « Mordre et fuir. Rien ne restera impuni. En frapper un pour en éduquer cent. Tout le pouvoir au peuple armé ! ». Il est soumis à un interrogatoire (appelé par les Brigades Rouges « Procès prolétarien dans la prison du peuple ») de quinze minutes sur le processus de restructuration en cours dans l’usine. D’autres actions suivent, allant crescendo en intensité et pour le niveau des personnes ciblées.

Le 8 mars 1972, la traditionnelle journée de lutte est marquée par de grandes manifestations dans toute l’Italie. A Rome, le cortège, ouvert par une banderole qui proclame : « Pas de révolution sans libération, pas de libération sans révolution », subit de dures charges de la police. Le mouvement féministe se bat pour la défense du droit au divorce, revendique une loi pour le droit à l’avortement et contre la violence sexuelle.

Le 11 mars 1972, à Milan durant une manifestation réclamant la libération de Pietro Valpreda et pour empêcher une réunion du MSI, appelée par toute la gauche extraparlementaire, de violents affrontements éclatent, alimentés principalement par Potere Operaio qui veut mettre ainsi en pratique sa ligne « insurrectionnaliste ». A cette occasion, un retraité, Giueseppe Tavecchio, est tué par une lacrymogène.

Du 13 au 17 mars 1972, à Milan, XIIIe Congrès du PCI, qui sanctionne le changement de direction. Enrico Berlinguer, qui succède à Luigi Longo, ne manque pas, à l’approche des élections anticipées de mai, de lancer une violente attaque contre l’extrême-gauche.

Le 14 mars 1972, à Segrate (province de Milan), au pied d’un pylône, on retrouve le corps déchiqueté de l’éditeur Gianfrano Feltrinelli. Une partie de l’extrême-gauche accusera au début les services secrets et la police. Plus tard, la thèse majoritairement acceptée sera que l’éditeur est mort en plaçant de la dynamite pour un attentat. Depuis longtemps, Feltrinelli était convaincu que la situation italienne évoluait vers un régime autoritaire de droite et pensait qu’il fallait commencer à agir clandestinement. Il avait crée dans ce but une organisation clandestine (GAP - Groupes d’action partisane). Gianbattista Lazagna, métaille d’or de la Résistance, sera soupçonné par la magistrature d’en avoir fait partie.

Mai 1972

La campagne électorale, centrée par les partis modérés et de droite sur le thème de l’ordre public, connaît une fin tragique.

Le 5 mai 1972, très violents affrontements consécutifs à une manifestation de Lotta Continua qui voulait empêcher une réunion électorale du MSI Giuseppe Niccolai. Le 7, Franco Serrantini, vingt ans, frappé par la police durant la manif, meurt en prison juste au moment où s’ouvrent les bureaux de vote pour les premières élections anticipées de l’histoire de la République italienne. Elles favorisent la campagne pour la loi et l’ordre, menée par le « fascisme en complet trois pièces » de Giorgio Almirante qui bondit de 4,4% à 8,7%.

Le 17 mai 1972, à Milan, le commissaire Luigi Calabresi est tué devant chez lui. Depuis longtemps Potere Operaio et Lotta Continua menaient une campagne insistante qui identifiait dans le commissaire le responable au moins moral de l’assassinat de Pino Pinelli. Le lendemain de l’attentat, le quotidien de LC écrit : « Le meurtre politique n’est certes pas l’arme décisive de l’émancipation des masses (...) de même que l’action armée clandestine n’est certainement pas la forme décisive de la lutte de classe dans les phases que nous traversons. Mais ces considérations ne peuvent absolument pas nous pousser à déplorer le meurtre de Calabresi, geste dans lequel les exploités reconnaissent leur propre volonté de justice. » En 1988, Leornardo Marino, ex-militant de LC et ex-ouvrier de la FIAT s’auto-accusera d’avoir matériellement exécuté l’attentat en même tamp qu’Ovidio Bompressi tandis qu’il indiquera en Adriano Sofri et Giorgio Pietrostefani, alors dirigeants de LC, les commanditaires. En 1996, les accusés, qui, entre-temps, s’étaient rangés des voitures (Sofri s’est rapproché des socialistes), se sont déclarés innocents et ont été défendus par une grande mobilisation d’intellectuels. En 1996, les accusés ont été condamnés définitivement.

Le 7 juillet 1972, à Salerne, un groupe de fascistes agresse un jeune étudiant de gauche. Le militant anarchiste Giovanni Marini, intervenu pour le défendre, frappe à mort le nervi Franco Falvella. La campagne de l’extrême-gauche pour lui faire reconnaître son état de légitime défense n’empêche pas Marini de prendre 14 ans de prison.

Le 27 juillet 1972, l’ouvrier de LC, Mario Lupo est assassiné à Parme dans un guet-apens tendu par les néofacistes.

Le 28 août 1972, Frano Freda et Giovanni Ventura, deux personnages connus de l’extrême-droite sont accusés d’être les auteurs du massacre de la piazza Fontana. Les constructions de l’accusation contre les anarchistes s’effondrent. Dans les années suivantes, remonteront à la surface les collusions, les dissimulations, l’effacement de pistes opérés par les appareils d’Etat et les services secrets autour du terrorisme noir en Italie, l’alliance des fascistes et de secteurs étatiques dans une des manœuvres visant à freiner la vague de lutes ouvrières dans le pays (« stratégie de la tension »).

Novembre 1972, création du Comité d’usine Montedison à Porto Marghera. Des ouvriers, hors syndicat, ont alors cherché à comprendre par eux-mêmes le fonctionnement exact des processus de production. A la suite de cette étude à l’usine Petrolchimico (groupe Montedison) l’un des ateliers parmi les plus dangereux, celui qui fabriquait l’acétylène, a été arrêté par les ouvriers en grève eux-mêmes ; après avoir réussi à le mettre à l’arrêt ils l’ont remis en marche et livré au patron après la grève. Preuve s’il en est de leur capacité à contrôler leur outil et savoir s’en servir. De plus les problèmes de santé engendrés par la pollution ont provoqué des actions ouvrières de visites médicales » sauvages » en liaison avec des comités de médecins hospitaliers afin de constater les maladies et les faire reconnaître comme maladies professionnelles. Aujourd’hui il suffit d’aller à Venise pour constater que la pollution est partout. La spécificité des ces ouvriers, du fait de leurs dénonciations, de leurs enquêtes et de leurs actions est aussi d’avoir été dès cette époque parmi les premiers écologistes. En se battant pour leur survie en tant qu’ouvriers de la chimie, ils ont remis en cause la production chimique. Mais ils ont également accompli une chose unique en Italie : partant de leur place forte, l’usine Montedison, ils se sont répandus dans la zone industrielle de Marghera et plus largement sur la province de Venise, de Padoue à Pordenone où il y avait des usines Zanussi (matériel électroménager). Ainsi pendant trois ans ils ont animé une Assemblée autonome qui fédérait des comités ouvriers, des comités de locataires et des comités d’usagers des transports. C’est unique, car même dans la région milanaise, entre 1976 et 1977, la coordination des comités (des usines Alfa Romeo, Magnetti-Marelli, Pirelli etc.) n’a duré que très peu de temps et a coïncidé avec la fin de l’épisode des grandes luttes en Italie (1968-1977) : échec du mouvement de 1977, enlèvement d’Aldo Moro (1978), répression tous azimuts avec assimilation au terrorisme des actions ouvrières autonomes. A Porto Marghera cette répression s’abat aussi sur les dirigeants ouvriers en 1979.

1973

Entre 1973 et 1975, des collectifs autonomes déclenchent des luttes dans les quartiers populaires romains à partir des problèmes liés au logement. Ses conflits semblent massifs avec 3000 logements occupés et 25 000 auto réductions qui concernent l’électricité, le gaz, l’eau, le téléphone. A Turin, des auto réductions s’organisent dans les transports en commun. A Milan des expropriations se déroulent dans les supermarchés. En 1974, des groupes tentent d’entrer gratuitement dans des concerts de rock. Ses diverses piques se répandent et traduisent le mot d’ordre issu des luttes ouvrières : de la revendication à l’appropriation.

Le 23 janvier 1973, durant des incidents devant l’université Bocconi de Milan, Roberto Franceschi, militant du mouvement étudiant est tué d’une balle dans le dos par la police.

Le 21 février 1973, lors d’une manifestation à Naples contre la réintroduction de la garde à vue, Vincenzo Caporale, militant du Parti communiste d’Italie (Lutte de longue durée), est tué par une grenade lacrymogène à tir tendu de la police.

Le 16 mars 1973, accord patronat-syndicats sur un nouveau contrat pour les métallurgistes. Pour la première fois, le patronat du secteur a constitué sa propre organisation : la Federmeccanica.

En mars 1973, à Bologne, l’Autonomie ouvrière organisée réunit les assemblés et comités ouvriers de différentes villes.

Le 23 mars 1973, 400 délégués se réunissent à Bologne pour fonder la coordination italienne des comités autonomes ouvriers.

Le 29 mars 1973, les ouvriers qui se revendiquent de Lotta Continua occupent de manière autonome la FIAT Mirafiori.

En avril 1973, durant une manifestation du MSI interdite par la Questure, à laquelle participe aussi le chef de « Boia qui molla ! », Ciccio Franco, l’agent de police Antonio Marino est tué par une grenade. Dans les jours suivants, la fédération milanaise du MSI se décharge de toute responsabilité sur des milieux qui « n’ont rien à voir avec le parti », met un contrat sur les auteurs du meurtre et enfin, les dénonce. Les deux jeunes sanbabilini (de San Babila, nom d’une place qui, dans les années 70, était contrôlée par diverses bandes de jeunes de la droite outsider, qui en faisaient une zone interdite à quiconque, de près ou de loin, pouvait sembler de gauche), Vittorio Loi et Maurizio Murelli furent condamnés à des peines préventives, qui en firent des paratonnerres de la cynique opération de Pisanò et Servello. Le 16, dans la nuit, un incendie éclate chez le secrétaire de la section MSI de Primavalle (Rome). Deux de ses enfants, Virgilio et Stefano Mattei, meurent carbonisés.

Le 12 avril 1973 (le « jeudi noir de Milan ») une manifestation d’extrême droite fait de nombreux blessés et un mort parmi les forces de l’ordre.

Le 7 avril 1973, Nico Azzi, un militant d’extrême droite, est arrêté alors qu’il tente de déposer des explosifs à bord de l’express Turin-Gênes-Rome, après s’être volontairement fait repérer avec une copie du journal d’extrême gauche Lotta Continua.

À Milan, le 12 avril 1973, une manifestation interdite, organisée par le MSI (Movimento Sociale Italiano) « contre les violences rouges », débouche sur ce que la presse décrit alors comme « le jeudi noir de Milan », une série de saccages au cours duquel de nombreuses personnes sont blessées et un membre des forces de l’ordre, Antonio Marino, âgé de 22 ans, meurt, victime d’un engin explosif lancé par un manifestant.

Le 7 mai 1973, la magistrature incriminera pour les deux meurtres trois militants de Potere Operaio : Achille Loro, Manlio Grillo et Marino Clavo. En 1986, tous trois seront condamnés définitivement à 18 ans de détention.

Le 17 mai 1973, Gianfranco Bertoli, anarchiste individualiste, jette une bombe durant une manifestation institutionnelle pour l’anniversaire du meurtre de Calabresi, à laquelle assiste le ministre de l’Intérieur Rumor. 4 tués.

Le 12 septembre 1973, imposantes manifestations dans toute l’Italie contre le coup d’Etat au Chili. L’Italie, pour le moment, ne reconnaît pas le nouveau régime de Santiago. C’est l’occasion pour Berlinguer de faire paraître trois articles dans l’hebdomadaire du parti la Rinascita, dans lesquels il présente la stratégie que la presse appelera « le compromis historique » : alliance du PC avec la Démocratie chrétienne pour gouverner.

Le 15 décembre 1973, à l’aéroport de Rome, un groupe de militants palestiniens attaque un Boeing américain, tuant 32 passagers. Les palestiniens réussissent à se réfugier au Koweit avec des otages qu’ils libèreront ensuite.

1974

Le 18 avril 1974, Mario Sossi, procureur au procès contre le groupe de lutte armé de gauche XXII Ottobre est enlevé par les BR à Gênes. Le 23, la demande des BR d’arrêt des enquêtes est acceptée par le procureur en chef de Gênes, Lucio Grisolia. En outre, la Cour d’appel de Gênes concèdera la liberté provisoire et l’autorisation de détention de passeport aux huit militants du XXII Ottobre, cédant ainsi aux exigences des BR qui, le 23 mais, relâcheront Sossi.

Le 9 mai 1974, révolte des détenus de la prison d’Alessandria. L’intervention des carabiniers sous la direction du général Carlo Alberto della Chiesa se traduit par 7 morts et 14 blessés.

Le 28 mai 1974, bombe contre une manifestation syndicale, piazza della Loggia, à Brescia : 8 morts. Les responsables n’ont jamais été identifiés.

Le 4 août 1974, à hauteur de S. Benedetto Val di Sambro (province de Bologne), une bombe explose sur le train Italicus qui relie Rome-Münich : 12 morts, 48 blessés. Les responsables n’ont jamais été identifiés.

En septembre 1974, Fabrizio Caruso, 19 ans, meurt dans les affrontements entre la police et des squatters à San Basilio (les occupations de maison étaient organisées par des collectifs autonomes). Le même jour, Renato Curcio et Alberto Franceschini sont arrêtés à Pinerolo (province de Turin) grâce à la trahison de « frère mitraillette », un religieux, agent provocateur infiltré par les carabiniers dans les BR.

Le 8 septembre 1974, les carabiniers du général Carlo Alberto dalla Chiesa arrêtent Renato Curcio et Alberto Franceschini, deux fondateurs des Brigades rouges. Les Brigades rouges passent alors sous l’influence de Mario Moretti, tenant de la ligne dite « militariste », qui planifiera l’enlèvement d’Aldo Moro.

De 1974 à 1976, Milan devient le lieu de convergences de multiples luttes et expériences autonomes. La contestation sociale s’étend au-delà du mouvement ouvrier et des usines de Turin. « Prenons la ville ! » devient le slogan de l’organisation Lotta Continua et de tout un mouvement. L’Autonomie forme alors « une constellation de collectifs, de revues, de comités, de singularités qui se reconnaissent dans ce paradigme de la subversion » selon Marcello Tari.

Des actions directes sont organisées. Mais le mouvement autonome se distingue des groupes clandestins, comme les Brigades rouges, qui fétichisent la violence pour prendre le pouvoir et non pour le détruire. L’action violente doit exprimer le désir du mouvement et non être planifier par une avant-garde qui se vit comme une « délégation prolétarienne ». Les exploités, ouvriers mais aussi employés, critiquent l’assujettissement au travail, à l’image de la caissière obligée de sourire. Les chômeurs, les étudiants, les femmes et les minorités sexuelles, composent la « plèbe » selon l’expression de Foucault, et deviennent des nouveaux sujets révolutionnaires.

Des journaux, comme Rosso, et autres revues permettent d’exprimer une subjectivité radicale, avec une critique de la culture, de l’intellectuel et toute forme de médiation. « La théorie de la révolution veut dire une pratique directe de la lutte de classes » affirme Mario Tronti. Les rues et les places deviennent des « territoires libérés » pour permettre une convergence des désirs. Le Mouvement transforme le quotidien en ouvrant des espaces de rencontres. « C’était un autre monde, oui, tout autre que les places désertifiées, plastifiées et hypersurveillées des métropoles européennes aujourd’hui » souligne Marcello Tari.

Les lycéens s’opposent à « l’organisation capitaliste des études ». La « société de répression », contre les drogues et l’homosexualité, est critiquée y compris au sein des organisations politiques.

Le 2 octobre 1974, la FIAT met au chômage 65 000 ouvriers. C’est le signal le plus spectaculaire de la fin de l’ère de plein emploi, de l’attaque qui commence contre les acquis des luttes de la classe ouvrière dans les années précédentes, du début de la restructuration.

En novembre 1974, l a Cour constitutionnelle déclare inconstitutionnels les articles du Code pénal qui interdisent la grève politique.

1975

Le 25 janvier 1975 est signé l’accord entre la Cofindustria et les syndicats, qui instaure l’indexation des salaires et l’accrochage des retraites aux dynamiques salariales. L’organisation patronale juge positivement l’accord qui devrait permettre de contenir la combativité ouvrière, alors que l’économiste Modigliani prévient, dans les colonnes du Corriere que l’indexation donnera un « nouveau coup de fouet à l’inflation ».

Le 18 février 1975, Renato Curcio s’évade de la prison de Casale Monferrato (province d’Alessandria).

Le 28 février 1975, Miki Mantakas, 21 ans, militants du FUAN, est tué à coup d’arme à feu durant une tentaive d’assaut menée par des jeunes de la gauche extra-parlementaire contre un local du MSI. Accusé du meurtre, Alavaro Lojacono, 20 ans, se met en cavale. Lotta Continua définit Mantakas comme un « délinquant nazi » et décrète : « Les fascistes ont récolté ce qu’ils avaient semé ».

Le 13 mars 197(, Sergio Ramelli, militant du FdG (Fronte della giuventù, organisation de jeunesse du MSI) est bastonné par le service d’ordre d’Avanguardia Operaia au moment où il sort de l’école. Il mourra de ses blessures à la tête après 47 jours de coma.

Le 16 avril 1975 au soir, s’ouvre la « semaine sanglante » avec l’assassinat à Milan de Claudio Varalli, 18 ans, militant du Mouvement étudiant, par Antonio Braggion, militant de l’organisation néo-fascite Avanguardia Nazionale. Le lendemain, le centre de Milan est occupé par les forces de l’extrême-gauche de la ville qui déclenchent de très violents affrontements avec la police. Le siège provincial du MSI est pris d’assaut par les services d’ordre des organisations extraparlementaires. Durant les incidents avec la police, meurt Giannino Zibecchi, 26 ans, militant des Comités antifascistes, renversé par un camion de carabiniers. Cent mille personnes assistent aux funérailles des deux jeunes gens, dans un climat de forte tension émotive.

Les jours suivants, les imposantes manifestations antifascistes s’étendent à toute l’Italie. Le 18 avril 1975, à Florence, durant le déroulement de l’une d’elles, la police tue le militant du PCI Rodolfo Boschi, alors que Tonino Miccichè, militant de LC, a été flingué la veille, par un vigile, au cours d’une lutte pour le logement dans le quartier ouvrier de la Falchera, à Turin. Pour l’anniversaire de la Libération, dans toute l’Italie, des appelés de l’armée proches des organisations d’extrême-gauche manifestent le visage masqué au cri de « contre la violence d’Etat/aujourd’hui et toujours, résistance ! »

Le 17 mai 1975, à Naples, durant une manifestation de « chômeurs organisés », le retraité Gennaro Costantino est tué par la police. Le 21 est approuvé par le parlement la loi Reale sur l’ordre public qui introduit la détention judiciaire, étend un peu plus l’usage des armes à feu par les forces de l’ordre, limite les possibilités de liberté provisoire. Le PCI vote contre. Entre 1975 et mi-84, les victimes de cette loi s’élèveront à 254 morts et 371 blessés.

Le 25 mai 1975 au soir, à Milan, Alberto Brasili, étudiant travailleur, sympathisant de gauche, est poignardé à mort par un groupe de néo-fascistes. Juin Le 5, vingt-quatre heures à peine après l’enlèvement de l’industriel Vittorio Vallarino Gancia, la police identifie la ferme près d’Acqui Terme, où les BR le gardent prisonnier. Dans l’échange de coups de feu qui s’ensuit, un carabinier est tué, ainsi que la compagne de Renato Curcio, Margherita Cagol, dite « Mara ».

Le 8 juillet 1975, durant l’assaut des carabiniers à un repaire des NAP (Noyaux armés pour l’Autonomie prolétarienne), Anna Maria Mantini, 23 ans, est tuée.

Le 22 novembre 1975, Pierro Bruno, 22 ans, militant de LC est tué à Rome par la police durant les bagarres consécutives à une manifestation pour l’indépendance de l’Angola.

1977

1er janvier 1977

Révolte à la prison de Piacenza, la police tire sur les prisonniers, un mort. Les "Noyaux combattants communistes" plastiquent une caserne de carabiniers à Monza. Augmentation du téléphone.

2 janvier1977

Treize détenus de la prison de Trévise s’évadent, parmi eux, un membre du groupe clandestin d’extrême gauche : les "Brigades rouges".

3 janvier 1977

Révolte à la prison de Venise.

Prise d’otage à la prison de Saluzzo.

5 janvier 1977

Quatre prisonniers s’évadent de la prison de Fossombrone.

Le président du Conseil, Andreotti, propose de bloquer l’échelle mobile des salaires et de réduire la consommation, afin de freiner l’inflation.

6 janvier 1977

Les syndicats rejettent les propositions d’Andreotti.

9 janvier 1977

Quatre détenus s’évadent de la prison de Cuneo.

Expropriations à Milan : une vingtaine de jeunes pillent un salon de thé.

12 janvier 1977

Les "brigades rouges" enlèvent l’armateur génois Piero Costa.

16 janvier 1977

Un commando attaque la prison de Lecco et libère trois prisonniers.

18 janvier 1977

Ouverture à Catanzaro (Calabre) du quatrième procès des bombes de Milan (décembre 1969). Parmi les inculpés : des néofascistes, des membres des services secrets, un général...

23 janvier 1977

Deux militantes des "Noyaux armés prolétariens", Maria Pia Vianale et Franca Salerno, s’évadent de la prison de Pozzuoli.

24 janvier 1977

Quatre prisonniers s’évadent de la prison de Monza.

25 janvier 1977

Accord syndicat-patronat sur la réduction du coût du travail (contrôle del’absentéisme, mobilité de la main d’œuvre).

Procès des jeunes, arrêtés lors des l’incidents qui marquèrent, en décembre 1976, l’ouverture de la Scala de Milan. Certaines condamnations atteignent deux ans de prison ferme.

27 janvier 1977

Trois détenus s’évadent de la prison de Mantoue.

Le fils du juge d’instruction chargé du procès du massacre de Brescia, qui fit en 1974 une dizaine de morts, est arrêté pour avoir participé à l’attentat commis par un groupe néofascistes.

Le parlement discute du krach des autoroutes (4 000 milliards de lires).

28 janvier 1977

Le président de la Cour de cassation de Rome, Carlo Spagnuolo, est suspendu pour avoir favorisé la fuite d’un banquier Sindona (responsable d’un krach colossale, ami de nombreux "parrains" de la Démocratie-Chrétienne, et de Nixon).

29 janvier 1977

La "Ronde armée des jeunes prolétaires" attaque une société milanaise de matériel électrique et affirme : "Il faut créer des contre-pouvoirs et organiser la lutte armée dans les quartiers".

30 janvier 1977

Le gouvernement abolit une partie de l’échelle mobile des salaires. Arrestation de 77 personnes à Naples à la suite d’auto-réductions de billets de théâtre.

Février 1977

La révolte des étudiants, des chômeurs, des sous-prolétaires éclate brusquement en Italie. Quelques mois plus tard, les journaux italiens et étrangers publient en première page la photo d’un manifestant, le visage masqué, en position presque parfaite de tir, en train d’ouvrir le feu sur la police à Milan. Depuis, nous nous sommes habitués à ces images violentes, les attentats politiques, les morts de manifestants par balles semblent être devenus comme naturels. Mais ce serait une erreur de ne retenir de ce mouvement que les faits mis en avant par les médias. Il y a autre chose que les images sensationnelles, derrière cette révolte. Et c’est cette autre chose qui nous interpelle. Les évènements italiens posent en effet une série de questions qui nous concernent tous : l’Eurocommunisme fait ses premiers pas dans l’aide gouvernementale, ouvrant le débat sur la prise du pouvoir non violente par la gauche. Formulé au lendemain de la tragédie chilienne, le compromis semble être, au printemps 1977, à son faîte : depuis les élections législatives du 20 juin 1976, la Démocratie-Chrétienne poursuit son règne grâce au silence du PCI qui est ainsi entraîné sur un terrain de plus en plus dangereux. Réduit à cautionner des lois antiterroristes, un plan de lutte gouvernementale d’austérité, les communistes voient grandir de jour en jour le nombre des voix dissidentes. Grâce à une politique suivie dès la fin de la Seconde Guerre mondiale, le PCI est enfin arrivé au seuil de la salle du trône. Mais le moment est délicat ; le désespoir des couches sociales exclues du cycle de la production et de la consommation s’accroît. C’est ce désespoir qui a fait brusquement irruption dans les rues des grandes métropoles de la péninsule. L’Italie pose donc le problème d’un système où l’absence de solutions économiques et un accord tactique entre Démocratie-Chrétienne et partis d’opposition rejettent plus violemment encore les oppositions de gauche dans l’illégalité, en font des hors-la-loi, les "criminalisent".

1er février 1977

Une centaine de néofascistes attaquent une université de Rome, ouvrent le feu sur une assemblée générale et blessent grièvement un étudiant.

2 février 1977

Violents incidents à Rome où policiers et manifestants échangent des coups de feu.

4 février 1977

Nouvelle vague d’augmentations (TVA, carburant, etc....).

Les "Equipes ouvrières combattantes" attaquent une agence de publicité milanaise pour protester contre le travail au noir.

5 000 ouvriers milanais sont mis au chômage.

6 février 1977

Un groupe clandestin d’extrême gauche commet cinq attentats à Rome contre des commissariats et des casernes de carabiniers.

La police désamorce une bombe dans le train Naples-Brennero. Les journaux affirment que les services secrets sont impliqués dans l’attentat revendiqué par le mouvement clandestin néofasciste "Ordine Nuovo". 8 février 1977

Les syndicats renoncent à la grève générale de protestation contre les augmentations. Les universités de Milan, Bologne, Padoue, Florence, Bari, Palerme, Cagliari, Gênes sont occupées par les étudiants qui protestent contre la réforme universitaire (loi Malfatti).

9 février 1977

Le Fonds monétaire international pose ses conditions à l’octroi d’un prêt symbolique à l’Italie : réduction du coût de travail.

Les ouvriers de nombreuses usines du Nord de la péninsule réclament la grève générale. Des grèves sauvages ont lieu à Milan, Porto, Marghera et Trieste.

"Dépense prolétaire" à Rome : une centaine de jeunes pillent deux magasins.

10 février 1977

30 000 étudiants manifestent à Rome pour protester contre la loi Malfatti. A la suite de la manifestation, trois personnes sont blessées par balles, des magasins incendiés et des sièges du "MSI" (néofasciste) attaqués.

Les ouvriers du textile se mettent en grève pour protester contre l’attaque portée à l’échelle mobile des salaires.

12 février 1977

L’assassin du juge Occorsio, tué à Rome en juillet dernier, est arrêté, c’est le néofasciste Concutelli.

13 février 1977

les "Brigades rouges" tirent dans les jambes d’un inspecteur de police à Rome. 15 février 1977

Arrestation de l’ennemi public numéro un, un bandit Vallanzasca. L’enquête révélera qu’il travail avec Concutelli.

16 février 1977

Le procès de vingt-quatre membres des "Noyaux armés prolétariens", qui s’était ouvert à Naples en novembre dernier, se clôt par de lourdes condamnations (en tout trois siècles). Manifestations d’étudiants à Rome, Turin, Venise, Florence, Naples, Palerme, Milan, Bari.

17 février 1977

Le secrétaire général du principal syndicat italien, la CGIL, Luciano Lama, qui avait l’intention de parler dans une des facultés de Rome, se fait violemment expulser par des étudiants qui affrontent pendant quatre heures et le service d’ordre du PCI et la police.

18 février 1977

Assemblées dans de nombreuses usines de la péninsule, pour protester contre ce que Lama appelle "de nouvelles formes de fascisme".

23 universités se mettent en grève.

Le ministre de l’Intérieur déclare "notre pays ne sera pas le Far West" et annonce une série de décrets-lois lui permettant de fermer quand bon lui semble les "repaires" des groupes d’extrême gauche ; il supprime les permissions pour les prisonniers et renforce les peines pour port d’arme prohibé.

Un directeur du personnel et un contremaître de Fiat Turin sont blessés aux jambes par les "Equipes de prolétaires armés".

19 février 1977

Rome : 50 000 étudiants descendent dans la rue pour demander l’abrogation de la loi Malfatti.

21 février 1977

Nouvelles mesures sur l’ordre public (renforcement des barrages routiers, etc....). Ouverture à Brescia du procès des groupes néofascistes SAM-MAR qui doivent répondre de tentatives de coup d’Etat, de préparation à la guerre civile, etc...

24 février 1977

Le Parti socialiste italien sauve l’ancien président du Conseil, le démocrate-chrétien Rumor (impliqué dans le scandale des pots-de-vin Lockheed), en refusant de signer au Parlement une pétition demandant sa mise en accusation.

Un journaliste de l’hebdomadaire Tempo condamné à six mois de prison ferme pour avoir diffamé un juge.

25 février 1977

La base du PSI se révolte et occupe de nombreux sièges du Parti.

26 février 1977

Assemblée nationale du Mouvement des étudiants à Rome.

1er mars 1977

Le Gouvernement reporte la réforme sanitaire par crainte des réactions du FMI.

3 mars 1977

Le Parlement et le Sénat se réunissent ensemble pour décider du renvoi en justice des deux anciens ministres (Tanassi et Gui) impliqués dans le scandale des pots-de-vin Lockheed.

4 mars 1977

Les "Femmes combattantes pour le communisme" attaquent une entreprise milanaise qui vit du travail au noir.

L’étudiant Fabrizio Panzieri est condamné à neuf ans de prison pour "complicité morale" dans le meurtre d’un fasciste grec.

Incidents à l’université de Rome.

5 mars 1977

Violents incidents à Rome après la condamnation de Panzieri. Des policiers et des étudiants blessés par balles.

Application des nouvelles mesures antiterroristes ; le bandit Vallanzasca est condamné en flagrant délit à sept ans de prison pour port d’arme.

6 mars 1977

Fermeture de l’université de Rome.

7 mars 1977

Le Parti radical demande l’inculpation du président de la République, Leone, qui aurait, lui aussi, touché des pots-de-vin de Lockheed.

Dialogue étudiants-intersyndicale de la métallurgie (FML) à Florence.

8 mars 1977

Le nord de l’Italie paralysé à la suite de la grève des transporteurs d’essence.

10 mars 1977

Gui et Tanassi seront jugés par la Cour suprême. Fin de la grève des camionneurs.

11 mars 1977

Bologne : un militant du mouvement d’extrême gauche "Lotta continua", Francesco Lo Russo, est tué par la police. De violents incidents éclatent dans le centre de la ville. Les syndicats appellent à une grève générale de trois heures pour le lendemain.

Pour maîtriser les réactions, le Ministre de l’Intérieur Francesco Cossiga envoie des blindés dans le centre de Bologne. Au mois de septembre suivant, un carabinier, Massimo Tramontani, est accusé d’être à l’origine du tir mortel et arrêté. Il est ensuite relâché faute de preuve, déclenchant des réactions indignées de la gauche italienne.

12 mars 1977

Manifestation nationale des étudiants à Rome. La police impose aux 100 000 manifestants un parcours des plus chaud. Résultat : de violents affrontements, des armureries pillées, des fusillades et Rome en état de siège.

Bologne : la police ferme la radio démocratique Radio Alice, des affrontements ont lieu durant la nuit entre policiers et manifestants.

Milan : des autonomes tirent contre un immeuble du patronat.

13 mars 1977

Les chars blindés entrent dans Bologne à l’appel du préfet démocrate-chrétien, sans que le maire communiste émette aucune protestation.

Radio Alice, qui a repris avec des moyens de fortune, est à nouveau fermée. Elle rouvrira sous un autre nom ; un des animateurs de Radio Alice, Franco Berardi dit Bifo, est en fuite.

14 mars 1977

Le PCI fait l’éloge de la police.

Affrontements à Bologne lors des funérailles de Lo Russo.

15 mars 1977

Bologne est quadrillée par les forces de police.

Un des responsables du PCI, Giorgio Amendola, critique les syndicats qu’il accuse d’être "corporatistes" car trop combatifs.

La Démocratie-Chrétienne propose d’adopter le "fermo di pubblica sicurezza" (arrestation préventive) qui permet à la police d’arrêter n’importe quel suspect.

L’université de Rome est rouverte, mais la police quadrille le campus.

16 mars 1977

150 000 personnes manifestent à Bologne, à l’appel du PC et de la DC, contre la violence. Une contre-manifestation appelée par les étudiants, rassemble prés de 15 000 personnes.

18 mars 1977

Grève générale à l’appel des trois confédérations syndicales, CGIL, CISL, UIL, pour demander une relance des investissements dans le Sud et contre le chômage. A la suite des manifestations, de violents incidents ont lieu à Milan et à Naples.

22 mars

A Rome, l’agent de police Claudio Graziosi est tué, à bord d’un autobus, par Antonio Lo Muscio, militant des NAP (Nuclei armati proletari), au moment où il s’apprête à arrêter deux terroristes, Maria Pia Vianale et Franca di Salerno. Un passant, Ange Cerrai, est par ailleurs tué lors de l’échange de coups de feu.

23 mars 1977

Le Parti socialiste italien propose aux partis politiques d’entamer des négociations sur un programme politique de gouvernement.

Rome : deux militants des "Noyaux armés prolétariens", dont Maria Pia Vianale, sont reconnus par un policier qu’ils abattent sur-le-champ. Dans les minutes qui suivent, le quartier est quadrillé ; une erreur de coordination et la police tue un garde-chasse qui servait d’auxiliaire.

25 mars 1977

Ouverture à Rome du procès des violeurs de Claudia Caputi qui s’est portée partie civile. Début avril les violeurs, espérant intimider Claudia, l’enlèvent et la torturent. Une fois relâchée, elle sera inculpée par le ministère public pour simulation.

28 mars 1977

5 000 féministes descendent dans les rues de Milan dès qu’elles apprennent par une radio libre qu’une femme enceinte est morte après qu’on lui eut refusé l’avortement thérapeutique.

30 mars 1977

Les syndicats cèdent au chantage exercé par le FMI pour l’octroi d’un prêt "symbolique", et signent un accord avec le Gouvernement afin de réduire le coût de travail.

31 mars 1997

Venise est secouée par des émeutes qui s’en prennent d’abord aux grands magasins (Standa, Coin), le siège du groupe hôtelier CIGA, la police et la presse (Il Gazzettino). Plusieurs commerces sont incendiés et des coups de feu sont tirés. La nuit tombée, les émeutiers s’attaquent au siège du MSI et à celui de la Démocratie chrétienne, à des écoles, des consulats, des banques, des entreprises, des cabinets médicaux, des chapelles, des associations et des domiciles privés appartenant à des enseignants, des responsables de l’université.

1er avril 1977

La mafia abat deux carabiniers qui avaient fait irruption au milieu d’une réunion de "boss" de la ‘ndrangetta (mafia calabraise). La police recherche depuis un maire élu sur les listes du PCI et un dirigeant provincial de la DC.

3 avril 1977

Les "Brigades rouges" libèrent l’industriel Costa contre rançon d’un milliard et demi de lires.

4 avril 1977

Un des chefs des "Brigades rouges" passe en procès à Bologne. Il est condamné à sept ans pour port d’arme.

5 avril 1977

A Naples, Guido De Martino, fils de l’ancien secrétaire socialiste Francesco De Martino, est enlevé. Il est relâché le 15 mai, après des négociations confuses qui débouchent sur le versement d’une rançon d’un milliard de lires. L’enlèvement est initialement revendiqué par un groupe militant de Sesto San Giovanni, proche des NAP, revendication plus tard démentie par les NAP, qui mettent en cause l’extrême droite. Les tenants et les aboutissants de cet enlèvement, le premier à impliquer un homme politique d’un certain niveau, n’ont jamais été totalement éclaircis.

Après Bologne et Padoue, la vague de répression atteint Florence : des dizaines d’arrestations et des centaines de perquisitions dans les milieux d’extrême gauche ont lieu dans cette ville.

6 avril 1977

300 conseils d’usines "rebelles" et des milliers de délégués d’établissements lombards tiennent à Milan la première assemblée de la "dissidence syndicale". Ils ont pour mot d’ordre : "Pour le syndicat des conseils d’usine, contre la cogestion de la crise."

7 avril 1977

Un bureau privé du ministre de l’Intérieur est détruit par une bombe à Rome. Le policier qui tua, en 1975, un militant florentin du PCI est condamné à huit mois de prison.

12 avril 1977

Début des rencontres bilatérales entre la DC et les partis politiques qui l’appuient par leur abstention.

15 avril 1977

Les "Unités communistes combattantes" détruisent une usine de bioprotéines à Saline Joniche (Calabre).

16 avril 1977

Le FMI accepte les garanties italiennes et octroie au Gouvernement un prêt de 500 millions de dollars.

17 avril 1977

Révolte à la prison de Catania.

18 avril1977

Le CEE prête 500 millions de dollars à l’Italie.

Elections partielles communales : le PCI perd 11% de ses voix à Castellammare (dans le Sud) et se stabilise dans le Nord.

19 avril 1977

15 usines de Caseno Maderna (prés de Seveso) sont fermées pour contamination par la dioxyne.

20 avril 1977

La Cour constitutionnelle abolit le secret politico-militaire. Celui-ci empêchait la justice d’établir les responsabilités des hommes politiques et des militaires qui ont participé à diverses tentatives de coups d’Etat. Cette décision ne sera révélée qu’un mois après. Les journaux italiens souligneront alors que les dossiers sont vides.

21 avril 1977

Les étudiants de Rome occupent quatre universités. Le recteur appelle la police. A Rome, au cours des opérations de police destinées à évacuer l’université, des militants autonomes font feu sur les forces de l’ordre, tuant de deux balles l’élève-officier Settimio Passamonti. Trois autres policiers et un carabinier sont blessés, ainsi que la journaliste Patrizia Bermier.

22 avril 1977

Le ministre de l’Intérieur, Cossiga, interdit toute manifestation pendant un mois en affirmant : "Je ne supporterai pas que les fils des paysans du Sud se fassent tuer par les fils de la bourgeoisie romaine."

Révolte à la prison de Brescia.

Les "Brigades rouges" tirent dans les jambes d’un contremaître de Fiat-Turin. Les "équipes ouvrières armées" attaquent une firme qui se sert du travail au noir à Milan.

23 avril 1977

Le ministre de l’Intérieur demande de nouvelles mesures antiterroristes. Les universités ne sont plus zones franches .

Les syndicats demandent le retrait de l’interdiction de toutes les manifestations à Rome. Les radicaux annoncent leur intervention de tenir une manifestation à Rome le 12 mai. Le Vatican, la DC demandent (en vain) le renvoi de l’acteur-auteur Dario Fo de la télévision à la suite d’une émission anticléricale.

25 avril 1977

Un juge romain accuse le ministre de l’Intérieur de ne rien faire pour arrêter les autonomes.

26 avril 1977

La radio romaine d’extrême gauche, Radio Città Futura, est poursuivie en justice pour incitation à l’émeute.

27 avril 1977

Levée de l’interdiction des manifestations à Rome pour le 1er mai.

28 avril 1977

A Turin, l’avocat Fulvio Croce, président de l’Ordre des avocats de Turin, est assassiné par une cellule des Brigades Rouges composée de Rocco Micaletto, Lorenzo Betassa, Raffaele Fiore et Angela Aller, dans le but de faire annuler le procès du « noyau historique » de l’organisation.

29 avril 1977

Modifications du Code pénal, la durée de la détention préventive est augmentée. Un "Noyau armé contre le travail au noir" attaque une usine à Milan.

30 avril 1977

Les autonomes sont isolés lors de l’Assemblée nationale des étudiants.

1er mai 1977

Violents affrontements à Padoue et à Milan.

Un responsable médical de Seveso blessé aux jambes.

2 mai 1977

Arrestation d’un des avocats des "Noyaux armés prolétariens", Maître Senese, accusé d’appartenir à ce groupe clandestin d’extrême gauche.

3 mai 1977

Ouverture à Turin du procès des "Brigades rouges". Il est renvoyé dès la première audience, la plupart des jurés, terrorisés par les menaces des "BR", ne se sont pas présentés au tribunal. Une dizaine de prisonniers s’évadent de la prison de San Vittore à Milan.

4 mai 1977

Mesures spéciales de protection autour des prisons.

7 mai 1977

Révolte à la prison de San Vittore.

Perquisitions dans les milieux d’extrême gauche de nombreuses villes de la péninsule. De nombreux documents et revues sont saisis dans des librairies. Parmi les personnes arrêtées : l’éditeur de Vérone, Bertrami, chez qui l’on a trouvé un pistolet lance-fusées.

8 mai 1977

Evasion à la prison de Ravenne.

Prise d’otage à la prison de Bergame.

10 mai 1977

Une "Ronde armée de jeunes prolétaires" attaque des bureaux de l’éditeur milanais Rizzoli.

12 mai 1977

Malgré l’interdiction gouvernementale, les radicaux essaient de tenir un meeting Piazza Navona à Rome. La police intervient, une jeune fille de 19 ans, l’étudiante Giorgina Masi, est tuée par balles par les forces de l’ordre et Elena Ascione est blessée..

Onze militants du mouvement d’aide aux prisonniers politiques, "Secours rouge", sont arrêtés. Parmi eux, deux avocats de renom.

13 mai 1977

Le ministre de l’Intérieur prend de nouvelles mesures antiterroristes. Les auteurs d’attentats seront désormais condamnés à la prison à vie.

Incidents à Rome.

Le quotidien romain, Il Messagero, publie des photos des équipes spéciales de policiers en jeans, armes au poing.

Attentats contre quinze voitures de la police à Rome.

14 mai 1977

A Milan, au cours d’une manifestation, des autonomes font feu sur les forces de l’ordre, tuant Antonio Custra, un policier. Un photographe saisit la scène où un homme cagoulé pointe son arme sur les policiers (il s’avérera plus tard qu’il n’était pas l’auteur du coup de feu mortel), qui deviendra l’image emblématique des années de plomb.

Rome : un gardien de la paix blessé par balles.

15 mai 1977

Libération de Guido De Martino.

Les journaux milanais publient des photos des autonomes en train de tirer contre la police. Deux jours après ils seront arrêtés, ils ont 17 ans.

16 mai 1977

Rome : des néofascistes tirent contre les militants d’extrême gauche.

Le ministre de l’Intérieur justifie l’emploi des équipes spéciales lors des émeutes du 12 mai.

18 mai 1977

À Rome, les autonomes renoncent à tenir une manifestation quadrillée par la police.

Le groupe clandestin d’extrême gauche, "Prima Linea", attaque une usine milanaise.

19 mai 1977

Des bombes explosent à 4h du matin, dans le metro de Milan. Les attentats sont revendiqués par "Prima Linea".

Violents incidents à Padoue.

Attentat manqué contre un gynécologue génois. Il sera revendiqué par l’"Organisation féministe pour la libération communiste".

20 mai 1977

Un responsable du "MSI" (néofasciste) de Rome est grièvement blessé à coups de revolver. Les quatre députés radicaux qui ont appelé à la tenue d’une manifestation pour le 12 mai à Rome, sont menacés de comparaître devant la justice.

25 mai 1977

Un étudiant romain est condamné à trois ans de prison pour avoir lancé un cocktail Molotov.

28 mai 1977

Les syndicats italiens déclarent que, pour ce qui est du chômage, le pire est encore à venir (il y a plus de 2 millions de chômeurs en Italie).

30 mai 1977

Ouverture à Rome, du procès du coup d’Etat manqué du prince Borghèse (décembre 1970). Parmi les inculpés : des généraux, des députés, des gradés de la police et des carabiniers.

1er juin 1977

Gênes ; les "Brigades rouges" tirent dans les jambes du vice-directeur du journal Secolo XIX.

2 juin 1977

Milan : les "Brigades rouges" tirent dans les jambes du directeur du journal Il Giornale, Indro Montanelli.

Florence : attentat contre des voitures du journal La Nazione.

3 juin 1977

Rome : les "Brigades rouges" tirent dans les jambes du directeur du journal télévisé de la première chaîne (DC).

7 juin 1977

Le Sénat repousse la loi sur l’avortement.

9 juin 1977

Un "Commando contre le travail au noir" dévaste une librairie de Rome.

10 juin 1977

Révolte à la prison de Spoleto.

30 étudiants de Bologne condamnés à des peines de prison variant entre deux mois et un an pour leur participation aux événements qui suivirent la mort de Francesco Lo Russo.

20 000 féministes manifestent à Rome pour protester contre la décision du Sénat.

300 ouvriers de Fiat-Turin dévastent les bureaux de leur établissement.

Un commando détruit l’ordinateur de l’université de Rome.

13 juin 1977

Deux carabiniers qui escortaient le président de la Cour de cassation de Milan sont blessés par balles.

15 juin 1977

Ouverture à Milan du procès des membres des "Brigades rouges" qui doivent répondre d’une fusillade.

16 juin 1977

Milan : un militant des "BR" condamné à cinq ans de prison pour port d’arme prohibé et faux papiers.

17 juin 1977

Le directeur général de la RAI-TV démissionne afin de protester contre les "interférences des hommes politiques".

18 juin 1977

La clôture du congrès de la CISL voit la victoire de la gauche de ce syndicat traditionnellement proche de la Démocratie-Chrétienne.

19 juin 1977

Milan : deux commandos déguisés en carabiniers font sauter les entrepôts de la Marelli et de la Siemens. Ces attentats, revendiqués par "Prima Linea", causeront près de 50 milliards de lires de dégâts. Il faudra six équipes de pompiers et un jour de travail acharné pour éteindre les brasiers.

Turin : "Prima Linea" exproprie les bureaux d’un géomètre responsable de la construction de nouvelles prisons.

20 juin 1977

Les "Equipes ouvrières armées" blessent aux jambes un dirigeant de la Siemens de Milan.

Turin : les deux administrateurs de l’usine à cancer (prés de 130 ouvriers sont morts de cancer à la vessie) sont condamnés à six ans de prison chacun. Les syndicats s’étaient portés partie civile.

Incidents à l’université de Rome, les examens sont à nouveau interrompus.

Affrontements à la faculté de Cagliari entre autonomes et militants du PCI.

21 juin 1977

Rome : les "Brigades rouges" tirent dans les jambes du doyen démocrate-chrétien de la faculté d’économie et de commerce.

Les 1 500 ouvriers de la Lancia de Vérone occupent leur établissement à la suite d’un licenciement.

22 juin 1977

Pistoia : "Prima Linea" tire dans les jambes d’un dirigeant démocrate-chrétien.

23 juin 1977

Milan : un des chefs des "Brigades rouges", Renato Curcio, est condamné à sept ans de prison pour port d’arme ; le ministère public, qui avait demandé vingt et un ans, fait appel. Le Sénat approuve les décisions gouvernementales concernant la fermeture des "repaires" de l’extrême gauche et l’interdiction de casque ou de quelque autre moyen de protection pouvant rendre difficile l’identification des manifestants.

Prise d’otages à la prison de San Gimignano.

24 juin 1977

Le président de l’Ordre des médecins de Milan est blessé par sept balles de P.38. L’attentat est revendiqué par "Prima Linea".

Pour la première fois depuis trente ans, les dirigeants des partis de l’"Arc constitutionnel" (communistes compris) se rencontrent afin de signer le nouveau programme de gouvernement. Padoue : deux manifestants, arrêtés en mai, sont condamnés, de flagrant délit, à deux ans de prison. Policiers et manifestants échangent des coups de feu.

Milan : une dizaine d’ouvriers de la Magneti Marelli et de la Falk sont arrêtés, ils sont accusés de faire partie des "Brigades rouges".

25 juin 1977

Nouvelle révolte à la prison de San Gimignano. Trois gardiens sont pris en otage pendant 14 heures.

Rome : une "Ronde de prolétaires" incendie le cabinet d’un médecin sympathisant du "MSI".

27 juin 1977

Un "Groupe d’ouvriers combattants pour le communisme" tire dans les jambes d’un dirigeant de l’Alfasud de Naples.

Ouverture du procès contre dix-sept ouvriers de l’Alfasud : on leur reproche d’avoir participé aux grèves sauvages de février 1976.

Dix prisonniers, dont trois militants du groupe clandestin d’extrême gauche "NAP", s’évadent de la prison d’Asti.

28 juin 1977

Gênes : un ingénieur est blessé aux jambes de sept coups de pistolet par les "Brigades rouges".

29 juin 1977

Les six partis de l’"Arc constitutionnel" (démocrate-chrétien, communiste, socialiste, social-démocrate, républicain, libéral) signent, après trois mois de discussions, le préambule de l’accord sur le programme de Gouvernement. L’accord porte sur : l’ordre public (arrestation préventive, écoutes téléphoniques), l’économie, les nominations des dirigeants du secteur public...

Turin : deux voitures appartenant à des dirigeants de Fiat sont incendiées.

Cassino : un commando incendie une partie de l’usine Fiat. Pérouse : onze détenus, dont un membre des "Brigades rouges", ayant participé à la mutinerie de février sont condamnés chacun à cinq ans de prison.

30 juin 1977

Turin : les "Brigades rouges" blessent aux jambes et au thorax un dirigeant de Fiat.

Milan : les "Brigades rouges" blessent aux jambes un dirigeant de Fiat.

Des attentats sont perpétrés dans une dizaine de villes : à Pordenone, le "Front combattant" fait sauter trois wagons chargés de matériel électroménager ; à Spolète, les "Brigades rouges" font sauter une bombe devant la prison ; à Catania, les "NAP" tirent contre une caserne de carabiniers....

Florence : trois néofascistes tuent à coups de revolver un gardien de la paix. 1er juillet 1977

Rome : une patrouille de carabiniers abat un des chefs des "Noyaux armés prolétariens", Antonio Lo Muscio, et arrête Maria Pia Vianale et Franca Salerno. Les "Unités combattantes communistes" font sauter un siège du patronat à Palerme.

4 juillet 1977

Les six partis politiques de l’"Arc constitutionnel" (PCI, DC, PSI, PRI, PLI, PSDI) ratifient l’accord sur le programme du Gouvernement.

6 juillet 1977

La Démocratie-Chrétienne fait voter par la Chambre des députés une loi prévoyant l’augmentation de 50% des loyers. Les partis de gauche ont voté contre en affirmant : "On donne 400 milliards de lires aux propriétaires".

Un dirigeant communiste demande l’ouverture d’une enquête sur la mort de Lo Muscio. L’autopsie établira qu’il a été abattu d’un coup de pistolet à la tête à bout portant par un policier, alors qu’il avait été cloué au sol par une rafale de mitraillette.

7 juillet 1977

Un commando du "Front communiste combattant" tire dans les jambes d’un journaliste à Padoue.

Un des animateurs de Radio Alice, Francesco Barardi dit Bifo, recherché pour instigation à l’émeute, est arrêté à Paris par des policiers français et italiens. 8 juillet 1977

Grève générale en Calabre pour protester contre la crise du Mezzogiorno. Le gouvernement consacre 100 milliards de lires à la police pour qu’elle modernise son équipement.

11 juillet 1977

Gênes : les "Brigades rouges" tirent dans les jambes du secrétaire régional de la Démocratie-Chrétienne pour la Ligurie.

Rome : les "Brigades rouges" tirent dans les jambes du trésorier du mouvement intégriste "Communion et Libération".

Paris : la Chambre d’accusation remet en liberté Bifo.

13 juillet 1977

Turin : les "Brigades rouges" tirent dans les jambes d’un conseiller provincial de la Démocratie-Chrétienne.

Rome : Maria Pia Vianale et Franca Salerno sont condamnées en flagrant délit à quatre ans de prison pour détention d’armes de guerre.

15 juillet 1977

Le Parlement approuve l’accord signé par les partis politiques. La police perquisitionne la cité universitaire et arrête quatre étudiants chez qui elle a trouvé un tract des "BR" et des cartouches.

17 juillet 1977

Révolte à la prison de Trani, une des plus sûres d’Italie. Quatre militants des "NAP" prennent onze gardiens en otage. Les "Noyaux armés d’action révolutionnaire" font exploser des bombes sur les chantiers de deux prisons en construction à Florence et à Livourne.

9 septembre 1977

Pendant la grève générale et durant un meeting avec Lama, secrétaire général de la C.G.I.L (équivalent italien de la C.G.T.), un groupe d’ouvriers a tenté d’exprimer son désaccord avec Lama. Le service d’ordre du P.C.I., composé d’environ mille cinq cents personnes munies de matraques, ont attaqué le groupe contestataire jusqu’au sang. Le P.C.L voulait ainsi réaliser plusieurs objectifs : 1) S’assurer un contrôle entier de la première manifestation d’automne. 2) Empêcher que se répètent les faits qui se sont déroulés lors du meeting à Milan de la C.I.S.L (Syndicat de la Démocratie Chrétienne), démontrant ainsi la crédibilité du syndicat du PC I par rapport à celui de la Démocratie Chrétienne. 3) Relever l’échec de Lama à Rome au printemps dernier, au meeting des étudiants. Ceci était d’autant plus important que cela se passait à Milan et que le P.C.I. voulait démontrer qu’il n’était pas contesté par les ouvriers à Milan, comme il l’avait été par les étudiants à Bologne.

3 octobre 1977

A Turin, meurt Roberto Crescenzio, à la suite de graves brûlures : il se trouvait dans le bar l’Angelo azzurro quand celui-ci a été pris pour cible par des cocktails Molotov, en marge d’une manifestation organisée par des groupes de gauche

1978

Le début de l’année 1978 est marqué par le massacre d’Acca Larentia, un événement qui aura des répercussions dans les rangs de l’extrême droite les années suivantes. Le soir du 7 janvier, Franco Bigonzetti et Francesco Ciavatta, deux jeunes gens appartenant à la section Acca Larentia du MSI, dans le quartier romain de Tuscolano, sont tués, à coups de mitraillette Skorpion, par un groupe armé qui se revendique « Noyaux Armés pour le contre-pouvoir territorial ». Le soir même, à la suite d’affrontements avec les forces de l’ordre, un troisième militant du Front de la jeunesse, Stefano Recchioni, est tué par un coup de pistolet tiré à hauteur d’homme par le capitaine des carabiniers Edoardo Sivori. Ces événements marquent le début d’une vague de terrorisme d’extrême droite (revendiquée par le groupe armé des NAR), non seulement contre la gauche anti-fasciste et l’extrême gauche, mais également contre l’État, considéré comme co-responsable de ces effusions de sang.

Entre janvier et février 1978, Carmine De Rosa, contremaître à l’usine FIAT de Cassino, le policier Fausto Dionisi, de Florence et le notaire Gianfranco Spihi, de Prato, sont abattus par des groupes d’extrême gauche, tandis que les Brigades rouges assassinent Riccardo Palma, conseiller de la cour de cassation (Rome, 14 février 1978) ainsi que le maréchal Rosario Berardi (it) (Turin, le 10 mars 1978).

Le 16 mars 1978, lors d’une embuscade tendue via Fani, à Rome, les Brigades rouges bloquent et anéantissent l’escorte d’Aldo Moro, alors président de la Démocratie chrétienne. Il est ensuite séquestré et finalement assassiné, le 9 mai 1978, dans une action revendiquée par les Brigades rouges, comme une « attaque au cœur même de l’État ». L’enlèvement d’Aldo Moro, son exécution et les conditions dans lesquelles son corps est découvert soulèvent en Italie et dans le monde entier une émotion et une réprobation considérables.

Le 18 mars 1978, deux jours après l’enlèvement de Moro, des militants d’extrême droite assassinent, à Milan, Fausto Tinelli et Lorenzo Iannucci, âgés de dix-huit ans et familiers du centre social Leoncavallo. Les NAR revendiquent plus tard cet attentat.

Après la découverte du corps d’Aldo Moro, le 10 mai 1978, le Ministre de l’Intérieur Francesco Cossiga démissionne. Le 10 août, le général Carlo Alberto dalla Chiesa est nommé, par décret du Président du Conseil Andreotti), coordinateur de la lutte contre le terrorisme. Employant des méthodes innovantes, il obtient des résultats remarquables.

Le 19 décembre 1978, sont perpétrés, en Vénétie, une quinzaine d’attentats visant des associations patronales (Confindustria à Vicence), les universités de Padoue et de Venise, des entreprises (Montedison à Porto Marghera), des banques et des casernes. Le 30 avril 1979, alors que le juge Pietro Calogero mène l’opération « 7 aprile » destinée à démanteler l’organisation Autonomia Operaia, considérée comme la vitrine politique des Brigades rouges, 28 attentats à l’explosif visent les cibles déjà frappées en décembre 1978, ainsi que le tribunal de Padoue. Le 3 décembre 1979, 15 nouveaux attentats frappent la Vénétie.

En guise de conclusion

Contre l’ouvriérisme

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