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Etes-vous des partisans de l’unité, nous demande-t-on dans l’extrême gauche

samedi 9 mai 2020, par Karob, Robert Paris

Etes-vous des partisans de l’unité, nous demande-t-on dans l’extrême gauche...

Bien sûr, la question est souvent posée en termes « oui ou non » mais on ne peut y répondre ainsi, en termes généraux, abstraits et dichotomiques, car il y a de nombreuses sortes d’unité, qui vont dans des sens complètement opposés et souvent dans un sens complètement opposé aux intérêts du prolétariat, de la révolution et du socialisme, et même plus généralement des êtres humains. Car il y a dans le fait de clamer l’unité bien des tendances à taire les oppositions de classes, les divergences sociales mais aussi les divergences politiques indispensables, à faire taire les révolutionnaires et à cacher des pièges, et finalement à détourner les travailleurs révolutionnaires de leur chemin.

Nous sommes contre toutes les confusions entre l’unité qui renforce le camp des exploités et celle qui l’affaiblit et qui affaiblit la révolution sociale. La proclamation d’une unité sans principes peut nuire aux intérêts immédiats ou à plus long terme des travailleurs et du socialisme. Elle peut servir à museler les tendances à l’auto-organisation comme les tendances véritablement révolutionnaires.

Nous distinguons trois types d’unité qui peuvent avoir notre soutien :

1°) l’unité de classe de défense et de lutte du prolétariat, par exemple dans une grève, dans une manifestation, dans une assemblée ouvrière, dans un comité de lutte et de grève

2°) le front unique comme tactique des révolutionnaires pour démasquer les réformistes et les opportunistes

3°) l’unité des révolutionnaires sur des bases réellement révolutionnaires et de classe

Voyons à quelle occasion la question nous a été posée récemment…

Il y a d’abord ceux qui prônent « l’unité face à la pandémie », ce qui signifie que toutes es victimes de Covid-19 doivent se mettre ensemble pour réagir et qui mène souvent à l’idée d’ « unité nationale ». Nous y avons répondu ici

Il y a aussi ceux qui considèrent que patrons et salariés ont les mêmes intérêts face à l’effondrement économique et social qui vient. On a ainsi vu apparaître une déclaration unitaire des syndicats patronaux et des syndicats de salariés. On peut en lire une ici

D’ailleurs, ce type d’accord syndicats-patrons n’a pas attendu la crise actuelle ni la pandémie : voir ici

Il y a eu le débat à propos de l’unité de la gauche, réformiste, gouvernementale, avec la gauche faussement extrême, opportuniste : Lire ici

On peut lire ici un débat lié à cet article :

Le débat sur l’unité des révolutionnaires :

Voici comment nous la concevons et la défendons :

Les bases communes des révolutionnaires face à l’effondrement du système capitaliste

Voici le texte que nous envoient maintenant A. et N. :

Adresse aux organisations révolutionnaires, aux militants libertaires, trotskystes, anticapitalistes,

Le système capitaliste vacille, la crise qui s’annonce sera sans doute aussi importante que la crise de 1929 qui a précédé la deuxième guerre mondiale. La lutte de classe va s’exacerber de par le monde, d’autant plus qu’elle avait déjà commencé dans plusieurs pays (France, Chili, Hong Kong, Algérie, Liban, Irak) avant le confinement. La bourgeoisie va s’accrocher becs et ongles à son pouvoir politique, économique et social. Et pour ça, elle se servira du personnel politique prêt à lui offrir ses services. De la gauche réformiste à la droite extrême avec le concours de toutes les bureaucraties syndicales, ils seront là pour faire obstacle aux masses laborieuses dans leur lutte émancipatrice. Cette bourgeoisie pourra même faire appel à l’armée en dernier recours comme en Egypte par exemple.

Fort de toutes les références historiques du combat de notre classe, nos courants politiques respectifs ont élaboré leur programme politique, développer leur organisation. Aujourd’hui, il existe un grand nombre de groupes plus ou moins importants qui ont tous en commun de n’avoir pas réussi, sans pour autant avoir essayé, à s’implanter largement dans les masses laborieuses. Aucun groupe ne s’est développé pour devenir un parti reconnu et influent chez l’ensemble des travailleurs.

Toujours est-il que ces groupes ont permis, jusqu’à aujourd’hui, la transmission d’idées communistes, libertaires, révolutionnaires et tous ont raison d’en être fiers. Mais aucun groupe ne peut revendiquer une expérience révolutionnaire vécue, pour la simple raison que depuis l’après-guerre aucun évènement majeur, hormis mai 68, ne s’est produit. Aucune organisation n’a pu vérifier si sa politique était la meilleure et offrait des succès aux travailleurs.

Encore une fois, nous avons raison d’être fiers d’arborer nos drapeaux respectifs, symboles de l’internationalisme, de la défense des minorités opprimées, Convaincus aussi qu’il n’y a pas de sauveur suprême et que les élections bourgeoises ne changeront pas la société. Nous n’avons aucune raison de mettre notre drapeau dans la poche pour engager un travail unitaire car nous savons que ce qui nous rassemble avant tout c’est notre volonté de renverser la bourgeoisie et son système capitaliste. Mais nous serons une force réelle, un véritable pôle révolutionnaire qu’à la seule condition de nous investir avec et aux côtés des masses laborieuses et d’abandonner l’entre soi. Comment lutter côte à côte avec nos différences ? Quelles sont nos tâches les plus immédiates de propagande, d’agitation, d’organisation, pour que se forge un véritable parti révolutionnaire ?

L’actualité récente, le mouvement des Gilets Jaunes, les réactions de la population face à la pandémie, a montré qu’une partie du monde du travail prenait ses affaires en main, pour demander des comptes, pour s’organiser. Le mouvement des Gilets Jaunes a fait peur au gouvernement et à donner quelques sueurs froides à la bourgeoisie car il a demandé des comptes, Les pauvres se sont invités là où l’on n’avait pas l’habitude de les voir, ils ont pourchassé des députés et des ministres, ils se sont organisés et parfois coordonnés, En grand nombre, ils ont dénoncé la démocratie bourgeoise et ces politiciens, provoqué des débats comme jamais depuis très longtemps. Cette frange de la population, des petites villes et des villages, hétéroclite et apolitique a montré elle aussi qu’elle faisait fonctionner la société, et qu’elle avait une envie grandissante de participer aux décisions politiques.

Aujourd’hui, face à l’incurie gouvernementale devant l’épidémie, des milliers de gens s’approprient la santé de tous. Grâce à la simple ASH, à la caissière de supermarché, à l’aide à domicile, aux petites mains, aux sans-dents, à ceux d’en bas, on découvre que la société peut continuer à fonctionner, que des solidarités se mettent en place sans l’aide des politiciens professionnels. Il y a les balbutiements d’une prise de conscience de représenter une force, une force collective naissante.

Des salariés de Luxfer proposent de réquisitionner leur entreprise fermée pour produire des bouteilles d’oxygène nécessaires aux hôpitaux. Ceux de Cargill menacés de fermeture veulent relancer la production d’amidon pour les médicaments qui manquent et il y a aussi tous ceux qui se sont mis à produire des masques ou bien autre chose, et ceux qui ont pris en charge la sécurité alimentaire des personnes âgées, sans attendre l’intervention improbable du gouvernement, que beaucoup juge aujourd’hui incompétent.

Alors, nous camarades, n’avons-nous pas déjà une longueur de retard ? Toutes nos forces doivent bien sûr contribuer à favoriser l’auto-organisation des travailleurs, à aider à la création de structures qui permettront de contrôler, voire de produire de notre plein gré. Mettre en place avec les travailleurs, les jeunes, les petits paysans des comités de quartier, d’usine qui prendront des initiatives.

Depuis le mouvement des Gilets Jaunes jusqu’à aujourd’hui, de modestes travailleurs et travailleuses se révèlent les futurs militants révolutionnaires de demain. Si nous sommes à leurs côtés, dans l’action, nos idées pourront faire alors tâche d’huile, c’est au cours de ces évènements que se forgera l’avant-garde consciente du rôle qu’elle aura à jouer,

Des débats d’idées, des propositions d’actions variées peut-être de nos organisations verront le jour dans ces assemblées populaires, ces comités et tant mieux, mais ce sont les masses en lutte qui décideront en dernier recours de l’orientation et des décisions à prendre.

De ces évènements naîtra une direction révolutionnaire reconnue.

Alors, cessons ces querelles intestines, ces divisions, ces scissions qui intéressent peu de monde et qui desservent notre cause. Engageons-nous humblement aux côtés des masses laborieuses en lutte, des jeunes en sachant qu’aujourd’hui nous ne détenons qu’une part de vérité et que surtout nous avons à faire nos preuves. Nous n’avons pas dans nos cartons ou nos bibliothèques les tactiques et les stratégies qu’il faudra élaborer et débattre au jour le jour, il faut nous en convaincre.

L’histoire s’accélère, nous avons peu de temps et c’est sans doute un véritable pari que de réussir à construire un mouvement révolutionnaire indispensable pour aller jusqu’à la victoire finale.

Voici la réponse de Robert à ce texte :

cher camarade, j’ai lu ton point de vue avec intérêt. tu sembles penser que ce sont les débats stériles qui nuisent aux organisations se revendiquant du prolétariat. ce n’est pas du tout notre point de vue. La vraie unité révolutionnaire ne s’est jamais opposée aux débats, du moins pour les grands auteurs révolutionnaires ! c’est l’absence totale de débat qui marque notamment la période dans les organisations en question. ce qui manque selon moi à ton texte, c’est justement sur quels fondements ceux qui sont révolutionnaires peuvent se reconnaitre. s’il suffit de dire je m’engage dans le mouvement sans idée ni programme a priori, on ne voit pas bien à quoi sert d’être un militant révolutionnaire. c’est un peu la thèse : la culture, c’est ce qui reste quand on oublie tout.

La réponse de Karob :

Salut A et N

Juste une remarque ce que vous écrivez : "Toujours est-il que ces groupes ont permis, jusqu’à aujourd’hui, la transmission d’idées communistes, libertaires, révolutionnaires". Je m’inscris en faux....

Quelles idées ou pratique ces groupes ont-ils transmis ?
- l’adaptation au syndicalisme cad au réformisme dans les entreprises. Dans les syndicats ont fait du syndicalisme donc du réformisme. Marx critiquait d’ailleurs la devise des syndicats à savoir "à travail égal, salaire égal" et y opposait "l’abolition du salariat". Il dénonçait leur nationalisme. Lénine appelait a créer des fractions communistes en leur sein et non pas à les construire.

- lutte contre toutes formes d’auto-organisation ou mise en place de pseudo comité auto-organisé qui ne contestent pas la direction des luttes des bureaucraties.

- demande à l’Etat d’intervenir entre patrons et ouvrier (Mercier de la CGT lors de la fermeture de son usine)

- demande police de proximité

- électoralisme (dévoiement de la tactique révolutionnaire électorale)

- intervention dans les luttes en défendant des intérêts particulier de groupe pour se construire....

- adaptation à des courants petit-bourgeois comme les décroissants, les indigénistes ou à des courants post-modernistes...

- collaboration avec des partis de la gauche bourgeoise dans des municipalités

Et je dois encore en oublier....

Il ne peut avoir de regroupement sans une critique ouverte et une condamnation du réformisme qui gangrène l’extrême gauche opportuniste.

En fait, une 2eme remarque, ce n’est pas une crise cyclique du capitalisme comme la crise de 1929 à laquelle nous sommes confrontés....

Je ne développe pas plus mais je pense que nous devrions discuter avec eux de tous ces aspects.

Karob

Citons aussi l’unité syndicale conçue comme moyen d’encadrer la classe ouvrière et l’empêcher de s’organiser elle-même et de décider : Voir ici

Pourquoi cette unité syndicale là mène systématiquement à la défaite

Ne pas confondre le front uni qui est une alliance de classe donc une trahison à la stratégie des révolutionnaires dite du « front unique » qui vise à démasquer publiquement les réformistes aux yeux de leurs militants et de larges masses

Ne pas confondre front prolétarien et front populaire

N’oublions pas que les organisations réformistes et staliniennes comme syndicales ont refusé le front prolétarien contre le grand capital même quand celui-ci faisait basculer la société dans le fascisme

Pour conclure :

La question de l’unité des organisations ouvrières n’a pas de solution unique, convenant pour toutes les formes de l’organisation et pour toutes les conditions

Ne pas s’unir sur n’importe quelles bases avec ceux qui étouffent la classe ouvrière

Les trois pièges de l’unité

Quand la fausse extrême gauche a refusé l’unité de lutte aux côtés des Gilets jaunes

Voir aussi

L’unité de classe du prolétariat nécessite des organisations de classe, conseils, comités, asemblées décisionnelles

La vraie perspective : la lutte de classe révolutionnaire

Une pandémie mondialement mortelle, est-ce bien le moment de parler de révolution et de renversement du capitalisme ?

L’extrême gauche officielle se défend en nous taxant de sectarisme et de secte mais c’est oublier que sectarisme et opportunisme agissent en frères jumeaux

1 Message

  • Léon Trotsky :

    « Il y a des époques où la tendance révolutionnaire est réduite à une petite minorité dans le mouvement ouvrier. Mais ces époques n’exigent pas des arrangements entre les petits groupes pour se cacher mutuellement leurs péchés mais exigent au contraire une lutte doublement implacable pour une perspective correcte et une formation des cadres dans l’esprit du marxisme authentique. Ce n’est qu’ainsi que la victoire est possible. »

    Trotsky - Extraits de « Syndicalisme et Communisme » (1929)

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