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Qu’est-ce qui caractérise finalement la vie et son évolution ? Quelle leçon tirer de l’existence de la vie, de l’existence de l’homme ?

vendredi 22 novembre 2013, par Robert Paris

Qu’est-ce qui caractérise finalement la vie et son évolution ? Quelle leçon tirer de l’existence de la vie, de l’existence de l’homme ?

Un lecteur nous pose cette question suite au texte sur les idées fausses à propos de la théorie de l’évolution et son implication en termes de philosophie.

La première des idées fausses sur le vivant et l’évolution consiste à chercher un caractère non contradictoire qui piloterait ces mécanismes : complexité sans simplicité et inversement, évolution sans conservation (et inversement…), évolution lente et graduelle sans évolution rapide et brutale, variation sans inhibition du changement, utilité des transformations alors qu’il y a aussi inutilité, nécessité alors qu’il y a aussi absence de nécessité, transformation dans un but alors que la transformation est aussi sans but, principe d’économie alors que la vie produit des milliers de fois plus que ce qui est nécessaire et détruit le reste (combien d’œuf produit par la femme pour un œuf fécondé ?). Le gène est là pour s’activer mais il est toujours, par avance, bloqué par un gène inhibiteur, qui doit lui-même être inhibé pour le premier puisse s’activer et produire des protéines. Pas de nécessité biologique sans hasard biologique et inversement. Pas de destruction sans construction et inversement. Pas d’espèce sans les multiples tentatives de sortir de l’espèce. Pas d’espèce sans de multiples variations au sein de l’espèce. Pas de groupes d’êtres vivants sans des caractéristiques individuelles non déterminées par le groupe. Le groupe existe mais aussi le sous-groupe et le sur-groupe, le groupe de groupe… L’existence de multiples échelles hiérarchiques a tous les niveaux exige des contradictions dialectiques puisqu’un être vivant doit être à la fois élément de plusieurs groupes à plusieurs niveaux, tout en étant lui-même, c’est-à-dire un individu qui ne ressemble exactement à aucun autre, qui n’est même pas identique exactement à lui-même puisqu’il change au cours du temps.

Tous les fonctionnements, toutes les règles, tous les mécanismes sont contredits au sein du vivant. Les contraires appartiennent au même mécanisme et sont aussi inséparables que notre tête et notre corps, à moins de détruire la vie. Le mécanisme de la vie est inséparable du mécanisme de la mort (élimination, vieillesse mais aussi nécrose, apoptose). Tout mécanisme de conservation opère sur la base d’autres mécanismes qui ne prévoient pas la conservation. Toute sélection opère sur des fonctionnements qui ne la prévoient pas. Les uns sont indispensables aux autres.

Sont couplés de manière imbriquée et inséparable perfectionnement et imperfection, adaptation et inadaptation, progrès et non progrès, spécialisation et non spécialisation, hasard et nécessité, fonctionnement unique et redondance, etc…

Aucun principe unique ne peut décrire la vie si on ne le couple pas avec son opposé dialectique.

Par exemple, les cellules d’un être vivant suivent une évolution vers la spécialisation, passant de totipotentes (pouvant donner aussi bien des cellules sanguines que musculaires ou nerveuses) mais ce mécanisme est relancé par différents moyens : production de nouvelles cellules totipotentes, production d’autres êtres vivants. Ainsi, l’évolution vers la spécialisation ne peut être considérée en soi comme un principe non contradictoire du vivant.

Même ce caractère dialectique ne peut pas être considéré en soi comme un principe du vivant, ne serait-ce que parce qu’il est aussi à l’œuvre dans l’inerte. Mais aussi parce qu’il est couplé lui-même à son inverse. Les principes contradictoires ne sont en effet pas nécessairement symétriques. Ils peuvent subir des ruptures de symétrie. L’existence de principes opposés couplés ne signifie pas deux principes de niveau ni d’efficacité équivalente. Le principe opposé peut être en permanence coexister mais en étant bloqué par le fonctionnement.

Personne n’est jamais parvenu à ramener le mécanisme de la vie à un ou plusieurs mécanismes non contradictoires. La définition que Darwin suggère n’a qu’un caractère historique, c’est-à-dire qu’il remarque que le vivant ne peut provenir que du vivant et que tout ce qui est produit par l’évolution fait partie de la vie. Mais c’est déjà une définition contradictoire puisque seulement ce qui change reste du vivant. La continuité du vivant nécessite la discontinuité de l’évolution.

Pas de vie sans combat contre la mort, pas de vie adulte sans développement de l’embryon (c’est-à-dire un être qui n’est pas encore l’être vivant), pas de vie sans mécanisme d’apoptose-suicide cellulaire, pas de gènes de la vie sans gène de la mort cellulaire, pas de développement de l’être vivant sans destruction des étapes passées, pas de vie sans destruction en permanence de l’immense majorité des cellules, des molécules, des gènes, des protéines, des œufs et des spermatozoïdes, etc... La vie est sans cesse un mécanisme à la limite de sa propre destruction totale. Ce n’est pas accidentel : cela fait partie du phénomène. C’est un fonctionnement loin de l’équilibre dont toutes les formes d’organisation sont des émergences d’ordre issu d’un grand désordre. Sans cela, il serait impossible au vivant d’être néguentropique, c’est-à-dire producteur d’ordre émergent à l’encontre de la thermodynamique de l’équilibre.

Le vivant nous impressionne de multiples manières, que ce soit par sa durabilité malgré des chocs climatiques et chimiques extrêmes, que ce soit par sa capacité de s’adapter à des conditions changeantes, par sa capacité à créer de nouvelles structures qualitativement différentes de celles qui existaient déjà, que ce soit par son caractère conquérant de nouveaux espaces.

L’erreur classique des hommes est de tirer de cette admiration l’envie d’en extraire un principe moral permettant de guider l’action et la pensée des hommes. Le vivant est pris ainsi comme un exemple de réussite qui devrait nous guider. Les religions ont souvent agi ainsi. Les moralistes prétendent aussi tirer des règles morales de l’admiration des bienfaits et des succès du vivant.

Mais la vie ne met en avant un principe que pour mieux le contredire…

Aucun principe ne caractérise la vie et son évolution. Le simple fait de ne pas pouvoir séparer la vie et son évolution est significatif. L’actuel du vivant n’est pas la vie. Le passé du vivant n’est pas la vie. Le futur du vivant est imprédictible. Il existe seulement une histoire du vivant mais celle-ci ne peut prétendre à faire émerger un principe spécifique.

Certains auteurs ont prétendu tirer un principe de la comparaison entre les espèces mais ils ont commis l’erreur de tirer un concept abstrait d’un objet unique. Car la vie, malgré son foisonnement d’individus et d’espèces, n’est qu’une. C’est un seul phénomène qui a donné une grande diversité de formes.

Des unicellulaires aux pluricellulaires, de la vie dans un univers d’oxygène ou de soufre ou de gaz carbonique, dans l’air ou dans l’eau, que ce soient des bactéries, des champignons, des mousses, des plantes ou des animaux, tout cela, c’est une seule vie. On ne peut pas comparer une vie à une autre vie car nous ne connaissons qu’une seule vie.

C’est cela qu’a tenté de démontrer Darwin.

On ne peut donc pas dire que nous cherchons le principe commun à plusieurs êtres vivants puisqu’en fait c’est le même monde vivant qui se développe sous de multiples formes.

Economie ou absence d’économie, perfection et imperfection, adaptation ou inadaptation, progrès ou retour en arrière, spécialisation ou absence de spécialisation caractérisent à la fois les processus de la vie sans que l’on puisse dire que l’un d’entre eux l’emporte.

Certains auteurs ont affirmé que c’est la planète Terre qui caractérisait la vie. Il est vrai que nous ne connaissons que la vie sur terre mais nous ne connaissons pas nécessairement toute l’histoire de la vie et elle peut très bien avoir eu une vie dans le cosmos. Cela ne change pas le fond de la question philosophique : aucun principe ne caractérise le vivant car le lieu d’existence de la vie n’est pas un principe. La Terre elle-même contient ou a contenu des milieux très différents les uns des autres et la vie s’y est adaptée. On pourrait en déduire que le propre du vivant est de s’adapter à tous les milieux mais cela est faux : la plupart des milieux physiques sont au contraire totalement destructeurs pour la vie !

Certains ont conclu du darwinisme que la vie ne conserve que les plus aptes. Certains en ont déduit que l’on devrait en faire autant avec les êtres humains… Mais, indépendamment de l’horreur que représente une telle proposition, est-il exact que le vivant repose sur un rel principe ?

En fait, on pourrait même se demander si elle ne repose pas sur la conservation d’espèces inadaptées à l’état de traces ou de fragments, afin que celles-ci puissent ensuite se développer, se diversifier et se multiplier dans le cadre d’un changement de cadre environnemental. Car adapté ne peut signifier qu’adapté aux conditions d’existence du moment. Or les conditions changent radicalement et brutalement. S’il faut attendre un changement lent, graduel, continue, insensible, darwinien, pour que de nouvelles espèces apparaissent qui soient mieux adaptées, la vie aurait disparu depuis longtemps. Donc des espèces inadaptées n’ont pas entièrement disparu. L’adaptation n’est pas une règle absolue ni univoque. Adapté est un critère relatif et pas absolu. Le relatif ne peut intervenir que dans un cas de compétition or toutes les espèces ne sont pas directement en compétition et cela pour diverses raisons. par exemple, pour des raisons géographiques d’isolement, il n’y pas compétition. Ou encore pour des raisons de taille, de nourriture, de mode d’existence (les uns le jour, les autres la nuit), etc… Il en résulte que la lutte pour l’existence n’est pas la lutte de tous contre chacun. Certaines espèces ne se comparent pas aux autres et ne se confrontent qu’avec leurs semblables pour la nourriture ou pour la procréation. Cette lutte pour la vie n’est pas une lutte entre espèces mais au sein des espèces. Et toutes les sélections sont loin d’agir au seul niveau des espèces contrairement à ce que croyait Darwin : il y a une sélection au niveau du matériel biologique et jusqu’au niveau des groupes d’espèces. Et ces groupes nécessitent de prendre en compte des collaborations inattendues comme entre un animal et un poux…

Un autre point qu’il faut prendre en compte et que Darwin avait souligné mais qui a rarement été retenu par le grand public : des caractères qui n’ont rien de commun sont corrélés au sein de l’évolution. Cela signifie que la sélection naturelle peut favoriser un caractère de manière tout à fait indirecte, du seul fait de cette corrélation qui n’obéit nullement à une logique adaptative, de progrès ou d’un but. Un caractère peut donc être favorisé indirectement par la sélection naturelle sans aucune raison ni adaptative, ni de pression de sélection. Voir un caractère favorisé par la sélection ne prouve donc nullement que ce caractère soit plus adapté au milieu ni qu’il favorise relativement l’espèce. Rien que pour cette raison, on ne peut absolument pas dire que l’évolution suive l’adaptation au milieu.

L’évolution ne suit aucun modèle préétabli ce qui explique qu’on ne puisse nullement prédire les suites de l’évolution des espèces. Aucune théorie ne permet de prédire que telle ou telle nouvelle espèce devrait apparaître dans tel ou tel délai.

On connaît l’adage fameux selon lequel la vie ne peut être comprise qu’au regard de l’évolution. Cela peut sembler un principe directeur du vivant mais ce n’est en fait que l’expression du caractère dialectiquement contradictoire du vivant. La vie n’a pu se conserver globalement qu’en changeant structurellement. Ce n’est pas vrai qu’au niveau des espèces. C’est vrai au niveau d’un individu, d’une cellule, d’une structure biochimique.

Le changement serait donc le fondement de la structure de la vie. Certes mais cela n’en fait pas un principe directeur car cela serait aussi le principe directeur de toutes les structures émergentes fondant un ordre sur un désordre sous-jacent et ce modèle est celui de toutes les structures de la matière, qu’elles soient inertes ou vivantes….

La vie n’est pas établie sur un modèle théorique, sur un principe, sur un seul fonctionnement, sur une seule règle, sur un mode unique

Cela ne signifie pas que la théorie n’ait pas pu comprendre le vivant. Cela signifie que ce type de recherche de « principes directeurs ou moraux » équivaut à la recherche d’un pilote, d’une conscience dirigeant l’univers et que cette recherche n’est nullement créditée par la découverte scientifique.

Comprendre la vie, ce n’est pas la ramener à un fonctionnement, à une formule de molécule biochimique (pas plus l’ADN que l’ARN, l’acide nucléique, la protéine ou le virus), à une forme d’interaction quelconque.

Bien sûr, l’unicité du vivant comme l’unité de la matière peuvent servir d’argument à tous ceux qui disent qu’il y a eu une création. Mais cela n’est pas l’essentiel. Les créationnistes défendaient à une époque qu’il y avait eu de multiples créations et l’étude de la nature n’a pas pour seul but de défendre ou de démolir la thèse créationniste. En fait, aucune découverte scientifique ne peut suffire à la démolir. Même Darwin qui souhaitait démolir la conception théologique de la nature n’a fait que la combattre de manière publique, ce qui est déjà une avancée considérable. Il n’a pas construit un autre principe à opposer au principe théologique de perfection de la création divine. Ceux qui prétendent que l’évolution est le principe de la perfection de l’adaptation ne font que remplacer la fausse morale religieuse par une fausse morale athée, tout aussi métaphysique.

La réalité de la nature, que ce soit le vivant ou l’inerte, ne répond pas au principe moral et métaphysique du oui/non exclusif. Les morales du type bien/mal, adapté/inadapté, évolutif/ non évolutif, progressif/non progressif, espèce ou fonctionnement supérieur/inférieur ne font nullement partie de la conception de Darwin qui insistait sur le fait qu’il ne fallait pas tirer de conclusion morale de l’étude de la vie.

Que peut-on conclure du fait que l’inerte ait produit le vivant ? Rien de plus que si on parlait d’une zone du cosmos où l’inerte n’a pas produit le vivant. Rien de plus non plus que du fait que là où nous sommes aucune autre sorte de vie n’existe. Un auteur a le droit, si ça lui chante, de faire des raisonnements sur l’apparition de la vie comme il pourrait en faire sur l’existence de la terre ou du système solaire. Mais s’il décide de trouver des raisons morales, mystiques ou métaphysiques à cette existence, cela ne signifie pas que ces raisons découlent de cette existence, qu’elles soient indispensables à sa compréhension. Les thèses du type « dessein intelligent » ne sont que des manières, au sein d’un monde envahi de technicité pour ne pas dire de sciences, de ramener le créateur dans la philosophie des hommes… Ce ne sont pas les résultats de la science qui le nécessitent mais les désirs de ceux qui veulent ramener l’humanité à ses anciens modes de raisonnement car la société humaine a atteint une limite sociale, que le capitalisme n’est plus capable d’aller au delà.

Rien n’indique que le cosmos existe dans un but et encore moins que ce but soit seulement l’homme sur la terre. Rien n’indique qu’il y ait une leçon à tirer que la vie soit apparue sur terre ni que l’homme soit issu de l’évolution du vivant. Rien n’indique que, si ce hasard n’avait pas eu lieu, la vie serait fondamentalement différente. En tout cas pas plus que l’on ne peut tirer de leçon générale du fait que les poux soient apparus et ensuite n’aient pas disparu… L’intelligence humaine n’est pas une raison de privilégier l’homme par rapport à l’évolution des espèces. Pourquoi se polariser sur ce caractère particulier et pas sur le bec de canard de l’ornithorynque couplé à une queue de castor ? Nous voyons très bien l’intérêt d’avoir une conscience mais nous n’avons aucune raison de penser que cette conscience soit un but pour l’ensemble du vivant ou pour l’ensemble du cosmos ! En tout cas pas plus que le cou de la girafe… Si, pour une raison ou une autre, une espèce disparaît, l’ensemble du processus du vivant n’a pas changé pour autant de signification et de fonctionnement. Si c’est l’espèce humaine, c’est important pour nous mais cela ne change pas davantage la signification de ce qu’est la vie.

Donc il n’y a aucune message moral ni aucune principe philosophique métaphysique qui soit diffusé par le vivant et qui découle de son existence.

Tout discours qui consiste à spécifier le vivant en l’opposant à l’inerte, en le présentant comme miraculeux par rapport au non-vivant, n’est ni scientifique ni juste philosophiquement. Bien sûr, chacun a le droit de choisir sa soupe philosophique librement mais il ne peut pas prétendre alors que cela découle des observations des sciences. Ces dernières ne spécifient aucune philosophie métaphysique.

Or, opposer l’inerte et le vivant, comme le hasard et la nécessité, comme l’homme et l’animal, démarches qui ne sont nullement nécessitées par les observations des sciences, c’est de la métaphysique !

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