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Accueil du site > 05 - Livre Cinq : ECONOMIE POLITIQUE > 1- Les lois économiques font partie de la lutte des classes > Transitions et pensée économique

Transitions et pensée économique

vendredi 27 juin 2008, par Robert Paris

Extrait de l’ouvrage de Gilles Dostaler

"Transition et pensée économique dans l’histoire"

L’exposé qui suit porte sur la manière dont la pensée économique a, dans l’histoire, perçu la transition, ainsi que sur les liens entre les « transitions historiques réelles » et l’évolution de cette pensée. Se trouve donc posée aussi, en filigrane, la question des transitions dans la pensée économique. Cette dernière ne doit pas être confondue avec l’économie politique classique formalisée par Ricardo. La pensée économique est présente dès l’Antiquité, sans être constituée comme savoir indépendant. Cela lui donne d’ailleurs une richesse qu’on ne retrouve plus dans la « science économique » contemporaine. Le savoir sur la société est global et multiforme, « pluridisciplinaire ». C’est donc par les philosophes grecs que nous commencerons ces réflexions informelles. On ne trouvera pas en effet dans ce qui suit de démonstration rigoureuse. Cela tient, entre autre, à l’ambiguïté de la notion de transition. Nous traiterons donc d’abord de ce mot, avant d’entamer notre survol historique.

1. La transition

Le mot de transition est de ceux qui renvoient à une réalité extrêmement difficile à cerner et à définir précisément. Il est utilisé dans le domaine des sciences sociales comme dans celui des sciences naturelles, en philosophie et en épistémologie, aussi bien qu’en art et en littérature. Selon les dictionnaires modernes, c’est à un procédé rhétorique qu’il renvoie en premier lieu ; il s’agit de la manière de « lier les parties d’un discours ». La définition la plus générale se lit : « passage d’un état à un autre, d’une situation à une autre » . Le passage peut être brutal, rapide, ou il peut s’agir d’une transformation progressive. Quant à l’état ou à la situation de départ et d’arrivée, il s’agit là de termes dont la définition soulève plus d’un problème. En physique, la situation est -relativement - simple : il s’agit du passage d’un état stationnaire à un autre (on sait que « l’état stationnaire » est l’un des nombreux emprunts de l’économie politique à la physique !).

Dans notre domaine, la « situation » ou « l’état » désigne une certaine forme d’organisation sociale. Cela implique l’organisation de la production matérielle, de la distribution, des échanges, de la consommation, ainsi que la « nature » des institutions politiques, juridiques, sociales, et les idéologies en cours. Le marxisme a tenté de présenter une articulation entre ces divers aspects de la réalité sociale, et a forgé le concept de mode de production pour caractériser l’organisation de la production et les rapports entre les classes sociales qui en découlent. Un mode de production désigne une réalité sociale mouvante, animée par la lutte entre ces classes. Cette réalité se transforme et l’histoire est caractérisée par une succession de modes de production. Marx et Engels en présentaient généralement la séquence suivante : le communisme primitif, l’esclavagisme, le féodalisme, le capitalisme et le communisme, à quoi Marx a parfois ajouté le mode de production asiatique. Plusieurs formes de production pouvant coexister dans une organisation sociale concrète, on a aussi élaboré le concept de « formation sociale » pour désigner la « combinaison historique concrète », en un temps et un lieu donné, de divers modes de production dont l’un est dominant. Par ailleurs, la typologie traditionnelle de Marx a été souvent discutée et remise en question. Ainsi certains auteurs lui préfèrent-ils la typologie suivante : communauté primitive, mode de production tributaire (dont le féodalisme serait une variante), mode de production capitaliste. L’esclavagisme et la production marchande simple constitueraient des formes particulières de production qui n’auraient vraiment jamais dominé dans une formation sociale .

Dans cette problématique, la transition concerne le passage d’une formation sociale dominée par un mode de production (par exemple le féodalisme) à une formation dominée par un autre mode (plus « développé », par exemple le capitalisme). Le moteur de cette transition est la lutte des classes. La violence est partie intégrante de ce processus. Entre l’ancien et le nouveau, des intérêts antagonistes se heurtent. Certaines classes sociales ont intérêt au maintien de l’organisation de la production dont elles profitent. Ce sont des forces de conservation. D’autres voient au contraire l’amélioration de leur situation liée à la transformation de l’organisation sociale. Ce sont les forces de changement. La transition se traduit par des luttes entre ces forces, luttes plus ou moins longues, plus ou moins violentes, au terme desquelles « l’ancien accouche du nouveau ».

Nous ne pourrons toutefois nous limiter à cette vision précise de la transition dans la suite de notre propos. Cette conception est en effet absente de l’économie politique, pour des raisons qui apparaîtront au cours de notre exposé. C’est donc dans un sens plus large que nous devrons concevoir le mot de transition : dans celui d’évolution, de changements, de modifications dans l’organisation économique et sociale. Cette évolution est permanente. En ce sens, nous sommes toujours en transition, parce que toujours des forces sociales se heurtent, dont les intérêts sont contradictoires. Il s’agit de voir comment la pensée économique reflète cette évolution. Les différentes écoles dans l’histoire de la pensée économique se distinguent, entre autres, par leur manière d’analyser ce processus. Et cette manière est elle-même liée à la période dans laquelle vivent les penseurs. On verra d’ailleurs que c’est dans les périodes de transition au sens marxiste traditionnel du terme que sont faites les « percées » les plus significatives dans la théorie.

1 Message

  • Transitions et pensée économique 22 juin 2009 13:16, par MOSHE

    Thomas Joseph Dunning cité par Karl Marx dans Le Capital

    « Le capital fuit le tumulte et les conflits. Il est peureux de nature. Cela est très vrai, mais n’est pourtant pas toute la vérité. Le capital a horreur de l’absence de profit ou des très petits profits comme la nature a horreur du vide. Quand le profit est adéquat, le capital devient audacieux. Garantissez-lui 10 pour cent, et on pourra l’employer partout ; à 20 pour cent, il s’anime, à 50 pour cent, il devient carrément téméraire ; à 100 pour cent il foulera aux pieds toutes les lois humaines ; à 300 pour cent, il n’est pas de crime qu’il n’osera commettre, même s’il encourt la potence. Si le tumulte et les conflits rapportent du profit, il les encouragera l’un et l’autre. La preuve : la contrebande et la traite des esclaves. »

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