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Accueil du site > 03 - Livre Trois : HISTOIRE > 3ème chapitre : Révolutions bourgeoises et populaires > La Révolution "française" de 1789-1795

La Révolution "française" de 1789-1795

lundi 5 juillet 2010, par Robert Paris

SITE MATIERE ET REVOLUTION

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« Révolution, le plus grand pas fait pour l’affranchissement total du genre humain. »

L’historien Léonard Gallois dans « Histoire pittoresque de la révolution française »

« La Révolution française est le premier essai de l’humanité pour prendre ses propres rênes et se diriger elle-même. (...) Les révolutions seules savent détruire les institutions depuis longtemps condamnées. En temps de calme, on ne peut se résoudre à frapper, lors même que ce qu’on frappe n’a plus de raison d’être. Ceux qui croient que la rénovation qui avait été nécessitée par tout le travail intellectuel du 18ème siècle eût pu se faire pacifiquement se trompent. On eût cherché à pactiser, on se fût arrêté à mille considérations personnelles, qui en temps de calme sont fort prisées ; on n’eût osé détruire franchement ni les privilèges ni les ordres religieux, ni tant d’autres abus. La tempête s’en charge. Le pouvoir temporel des papes est assurément périmé. Eh bien ! Tout le monde en serait persuadé qu’on ne se déciderait point encore à balayer cette ruine. Il faudrait attendre pour cela le prochain tremblement de terre. Rien ne se fait par le calme : on n’ose qu’en révolution. » Ernest Renan dans « L’Avenir de la science, Pensées de 1848 »

« Prend la révolution française (...) Aussi naturel que la pluie qui tombe. D’abord, on ne le fait pas pour son plaisir. On le fait parce que quelque chose vous y pousse. (...) Tout aussi naturel que la pluie qui tombe. » John Steinbeck dans « Les raisins de la colère »

L’idée que les révolutions sont la clef de l’Histoire, rythmée par la lutte entre des classes aux intérêts antagonistes n’est nullement nouvelle. Ce n’est pas seulement une idée développée, à l’époque de la révolution prolétarienne, par Karl Marx et les auteurs marxistes, mais une idée qui a été développée à chaque fois qu’une classe commence à remettre en cause l’ordre établi. Nous connaissons l’exemple de la bourgeoisie européenne du 18e siècle qui s’est sentie pousser des ailes au point que ses idéologues ont alors admiré et aimé l’essor révolutionnaire de l’Histoire. Le plus connu de ces auteurs bourgeois révolutionnaires est sans doute l’historien Augustin Thierry. Sa pensée va rester révolutionnaire tant que sa classe le sera et va décliner avec elle. Jusqu’en 1848 [1], il n’a pas de mot assez fort pour acclamer la lutte des opprimés productrice d’un monde nouveau : « Nous sommes les fils des hommes du Tiers-Etat ; le Tiers-Etat sortit des communes ; les communes furent l’asile des serfs ; les serfs étaient les vaincus de la conquête. (...) Sachons nous rallier, par des souvenirs populaires, aux hommes qui ont compris comme nous les libertés de la terre de France (...) Ne nous y trompons pas, ce n’est pas à nous qu’appartiennent les choses brillantes du passé ; ce n’est pas à nous de chanter la chevalerie : nos héros ont des noms plus obscurs. Nous sommes les hommes des cités, les hommes des communes, les hommes de la glèbe, les fils de paysans que des chevaliers menacèrent près de Meaux, les fils de ces bourgeois qui firent trembler Charles V, les fils des révoltés de la jacquerie. (...) Le meilleur commentaire pour l’histoire du passé se trouve dans les révolutions contemporaines. Après de longues années de troubles politiques, les esprits doivent être disposés à comprendre la série de mouvements et de crises dont se compose la vie des sociétés. (...) Il a fallu que le temps vint où l’on pourrait appliquer aux révolutions du passé le commentaire vivant de l’expérience contemporaine, où il serait possible de faire sentir, dans le récit du soulèvement d’une simple ville, quelque chose des émotions politiques, de l’enthousiasme et des douleurs de notre grande révolution. Ce sont les événements, jusque-là inouïs, des cinquante dernières années, qui nous ont fait comprendre les révolutions du Moyen-Age. » (dans « Dix ans d’études historiques »)

Reconnaissons tout d’abord que le mode de pensée dominant (sans même parler de celui qui domine depuis la chute du mur de Berlin), loin de viser à intégrer le concept de révolution sociale dans le mécanisme naturel des sociétés, aurait même tendance à le gommer de l’étude politique, économique et sociale, en somme de l’Histoire. Elles les effacent autant que possible de leurs chronologies, les marginalise, les transformant en accidents malheureux, sans importance, sans signification profonde et sans intérêt. La violence, dont Karl Marx voyait l’accoucheuse de toute nouvelle société, apparaît dans l’idéologie actuelle comme un débordement peu recommandable et sans utilité. La révolution russe de 1917 est dénoncée en l’assimilant à la contre-révolution bureaucratique stalinienne à laquelle elle est diamétralement opposée dans ses buts comme dans ses méthodes. Même la révolution bourgeoise française du 18e siècle, les idéologues de la bourgeoisie n’en parlent que pour en regretter la radicalité. La révolution française est condamnée pour la Terreur comme si le mouvement engagé en 1789-90 aurait pu triompher sans 1793-94 et sans la radicalité des masses pauvres (urbaines et rurales). Les auteurs qui présentent la révolution de 1789-90 comme la réalisation politique et juridique de la république bourgeoise oublient volontairement que la révolution devait d’abord déraciner l’ordre ancien, défaire la noblesse, briser le catholicisme féodal, casser l’Etat et changer le mode de propriété et les lois. Très loin des enthousiasmes de Michelet et Jaurès, historiens de la révolution française, et encore plus loin des dynamiques politiques des Robespierre, Danton ou Marat, certains historiens ou économistes, comme Furet ou Braudel, affirment que la révolution française aurait plutôt retardé le cours (naturel ?) de l’évolution économique et sociale de la société française vers le capitalisme ! Que ne ferait-on pas pour faire croire que l’histoire n’est pas tirée par la locomotive de la lutte des classes [2] !

Lors des révolutions, les masses font l’histoire. Ce sont les historiens français de la Restauration qui l’ont reconnu après la révolution de 1789, parlant de « luttes de classe » avant que Karl Marx ne développe cette conception. Ils ont, du coup, analysé la révolution anglaise et européenne sur le même modèle. Cette leçon s’est perdue depuis et on nous raconte à nouveau l’histoire des grands chefs d’état et des grands généraux. Même la Révolution française est souvent plus perçue comme l’action parlementaire des assemblées que par celle des masses populaires, citadines et paysannes. Comme si, dans la nuit du 4 août 1789, les parlementaires de la noblesse auraient songé même à proposer la suppression de leurs privilèges si la révolution qui parcourait les campagnes (la « grande peur »), n’avait brûlé les terriers des droits féodaux, les châteaux et leurs maîtres, n’avait terrorisé y compris les possédants des villes, et ne les y avait contraint ! Comme si les députés des assemblées de la révolution auraient pris des décisions radicales sans la pression des bras nus, les travailleurs et chômeurs de Paris organisés dans les comités de piques, qui garnissaient les corbeilles et les menaçaient de mettre leur tête au bout d’une pique s’ils votaient mal ! Comme si un politicien bourgeois nommé Schoelcher aurait pu proposer avec succès la suppression de l’esclavage sans la révolte des esclaves des Antilles qui s’était développe avec succès bien avant, notamment en Haïti ! Parler de l’abolition de l’esclavage par la France en 1848 « à l’initiative de Victor Schoelcher », c’est « oublier » que l’esclavage colonial a continué bien après. Et surtout, c’est oublier que ce sont les esclaves eux-mêmes qui s’étaient révoltés pour se libérer. Par exemple, en 1656, 1710, 1730, 1752, 1802 en Guadeloupe, en 1733 en Guyane, en 1678, 1699, 1748, 1752, 1822 et 1833 en Martinique, en 1791 à Saint Dominigue, et 1810 à Cuba.…

La Révolution française de 1789 apparaît souvent comme la victoire « naturelle » de la bourgeoisie française, puis européenne. Naturelle signifie en l’occurrence que cette bourgeoisie aurait été logiquement portée au pouvoir par son rôle, par sa conscience et par se capacité à diriger les autres classes opprimées. La date de 1789 serait donc le moment inévitable pour lequel la bourgeoisie devait nécessairement gouverner. C’est loin d’être aussi simple. Il est exact que les circonstances historiques ont joué favorablement à ce moment. Le caractère inévitable de cette victoire est loin d’être établi. Quant à concevoir que c’était forcément le bon moment, ce n’est pas ainsi que l’Histoire semble nous raconter cette histoire de la bourgeoisie. La bourgeoisie européenne (et ne parlons pas de la bourgeoisie mondiale !) a gouverné des villes-Etats bien avant 1789. Elle a plus ou moins durablement pris le pouvoir des centaines d’années avant. Un seul exemple en dira assez long : la révolution de 1356 au cours de laquelle la bourgeoisie a momentanément eu le pouvoir d’Etat. Si la révolution de 1789 en France a marqué l’Histoire, les multiples révolutions bourgeoises qui l’ont précédé, elles, sont souvent oubliées. Pourquoi la bourgeoisie française qui présente comme naturelle sa prise de pouvoir en 1789, aurait-elle intérêt à se souvenir qu’elle a pris le pouvoir une première fois à Paris en 1358, avec la révolution d’Etienne Marcel , soit plus de 400 ans avant la « grande révolution » française ? Voilà qui ne pourrait que nuire à l’image simple et tranquille d’une évolution naturelle vers la société bourgeoise. Combien ont appris que la bourgeoisie française a échoué une dizaine de fois dans ses tentatives révolutionnaires avant de prendre le pouvoir ? N’oublions pas qu’en 1306, 1358, 1382, 1410, 1588, 1648, 1789, 1793, 1830, 1848 et 1871, le petit peuple de la ville de Paris est apparu comme le drapeau de la révolution aux yeux du monde. La nécessité de la révolution est d’autant plus masquée que 1789 est présenté comme un événement à part, isolé de la transformation du monde, de la révolution américaine, de la révolution anglaise, de la révolution européenne. Se souvient-on, par exemple, que la révolution « française », avant de gagner la France, a débuté en 1782 en Suisse, puis en 1783-87 aux Pays Bas et en 1789 en Belgique, avant de gagner la France en 1789 et d’exploser à nouveau en 1793 ? Bien peu de gens, en France, connaissent la révolution bourgeoise anglaise, qui a eu lieu environ cent ans avant la française. La bourgeoisie anglaise ne fait-elle pas elle-même semblant de n’avoir jamais été révolutionnaire en conservant une royauté sans utilité autre que décorative et dépensière. Elle a pourtant initié la révolution bourgeoise et coupé la tête du roi bien avant d’en faire de même sur le continent européen. La société actuelle fait tout ce qu’elle peut pour ne pas se souvenir qu’elle a été engendrée par des révolutions . L’Angleterre, la première à réussir sa révolution bourgeoise, a voulu le nier et la camoufler sous une alliance de la bourgeoisie avec la noblesse et par le rétablissement de la monarchie, comme le rapporte Engels dans « Socialisme scientifique et socialisme utopique ». Elle a même prétendu dénoncer les « excès révolutionnaires français de 1789 ». Comme si l’Angleterre n’avait pas été révolutionnaire bien avant la France. Pourtant Voltaire racontait dans ses « lettres philosophiques » : « Voyez quelles révolutions arrivent dans les opinions comme dans les empires. (...) Ce qui devient une révolution en Angleterre n’est qu’une sédition dans les autres pays. (...) Les Français pensent que le gouvernement de cette île est plus orageux que la mer qui l’environne, et cela est vrai. (...) Ce qu’on reproche le plus en France aux Anglais, c’est le supplice de Charles 1er (...) », ou encore « Il en a coûté sans doute pour établir la liberté en Angleterre, c’est dans des mers de sang qu’on a noyé l’idole du pouvoir despotique ; mais les Anglais ne croient point avoir acheté trop cher de bonnes lois. Les autres nations n’ont pas eu moins de troubles, n’ont pas versé moins de sang qu’eux ; mais ce sang qu’elles ont répandu pour la cause de la liberté n’a fait que cimenter leur servitude. » Quant au reste du monde qui n’a pas connu la révolution bourgeoise mais l’irruption du capitalisme au sein du système féodal, il conserve souvent les aspects arriérés de l’ancienne société dont s’accommode très bien la bourgeoisie. Celle-ci n’est plus révolutionnaire à l’échelle mondiale. La révolution, la bourgeoisie et ses défenseurs ne la considèrent plus que comme une menace. Du coup, il se gardent bien de la faire étudier. Même lorsqu’il s’agit de la révolution bourgeoise. Il est remarquable qu’on soit aujourd’hui aussi incapables de répondre à cette simple question : de quand date les premières révolutions bourgeoises et de quelles régions sont-elles venues ? La plupart des Européens croient encore que la bourgeoisie conquérante est née et s’est battue pour la première fois en Europe au Moyen Age !

Qui se souvient des combats des bourgeoisies des villes antiques du monde contre les féodaux et l’Etat ? Qui a retracé les luttes d’une des plus grandes bourgeoisies de l’Histoire, celle de Chine contre l’Empire du Milieu ? Qui a étudié la lutte de la bourgeoisie, y compris chez les Aztèques, à une époque beaucoup plus proche de nous ? Il faut redire que la bourgeoisie chinoise a une expérience largement plus ancienne que toutes les bourgeoisies occidentales. Le grand commerce, la Chine l’a développé bien avant son Etat central. 3500 ans avant J-C, se développe déjà ce que sera l’empire commercial bourgeois chinois dont l’extension suit sa monnaie, le cauri, de l’Inde aux Iles du Pacifique, alors que l’Etat central chinois, l’Empire du Milieu, n’apparaît qu’au 4ème siècle avant J.-C ! L’échec de la bourgeoisie chinoise dans sa tentative d’arriver au pouvoir, avec l’écrasement de la révolution des Turbans jaunes au 2ème siècle avant J.-C, sonne le glas de la supériorité (économique, social et culturelle) de la Chine, les féodaux ayant détruit le pays pour conserver leur mainmise (voir chapitre précédent). C’est seulement beaucoup plus tard que d’autres bourgeoisies vont se développer, en Inde, en Mésopotamie et ailleurs dans le monde. La Grèce développera une bourgeoisie florissante qui conquerra des marchés dans toute la Méditerranée, et qui s’effondrera dès que l’Etat athénien essayera de s’imposer aux villes commerciales grecques. Les bourgeoisies d’Europe vont développer beaucoup plus tard, fondant de grands empires commerciaux sur le grand commerce de villes artisanales et marchandes comme Bruges, Venise, Anvers, Gênes, Amsterdam et, finalement, Londres où naîtra le capitalisme… Mais, surtout, la seule supériorité de la bourgeoisie européenne proviendra que l’affaiblissement de l’Etat féodal d’Europe de l’ouest, à cause des guerres intestines des familles régnantes et de la dissolution de la société féodale par les dépenses de luxe et de guerre, l’argent devenant le principal pouvoir social. La réaction de la noblesse et du clergé n’a pu empêcher la croissance de l’importance de la bourgeoisie et celle-ci a cependant mis plus de 400 ans pour parvenir au pouvoir, entre sa première tentative en 1356 à Paris et celle triomphante de 1789 toujours à Paris. C’est dire que, si la bourgeoisie cherche à prétendre qu’il y a eu un développement linéaire et continu dans la mise en place de la société bourgeoise, ce n’est pas du tout ce qu’enseigne l’Histoire.

Beaucoup ont retenu de la Révolution française une lutte démocratique de tout le peuple et pas une lutte de classes. Pourtant, les épisodes de cette révolution ne s’expliquent qu’ainsi, comme le montre notamment Daniel Guérin, notamment dans « Bourgeois et bras nus » et dans « Les luttes de classe sous la première république ». Si la révolution française de 1789-1795 est mondialement connue, la révolution bourgeoise américaine, qui a précédé la révolution française, est quasiment ignorée dans son caractère de révolution sociale, par l’histoire officielle. Si la révolution de 1789 en France a marqué l’Histoire, les multiples révolutions bourgeoises qui l’ont précédé, elles, sont souvent oubliées. Pourquoi la bourgeoisie française qui présente comme naturelle sa prise de pouvoir en 1789, aurait-elle intérêt à se souvenir qu’elle a pris le pouvoir une première fois à Paris en 1358, avec la révolution d’Etienne Marcel [3], soit plus de 400 ans avant la « grande révolution » française ? Voilà qui ne pourrait que nuire à l’image simple et tranquille d’une évolution naturelle vers la société bourgeoise. Combien ont appris que la bourgeoisie française a échoué une dizaine de fois dans ses tentatives révolutionnaires avant de prendre le pouvoir ? N’oublions pas qu’en 1306, 1358, 1382, 1410, 1588, 1648, 1789, 1793, 1830, 1848 et 1871, le petit peuple de la ville de Paris est apparu comme le drapeau de la révolution aux yeux du monde. La nécessité de la révolution est d’autant plus masquée que 1789 est présenté comme un événement à part, isolé de la transformation du monde, de la révolution américaine, de la révolution anglaise, de la révolution européenne. Se souvient-on, par exemple, que la révolution « française », avant de gagner la France, a débuté en 1782 en Suisse, puis en 1783-87 aux Pays Bas et en 1789 en Belgique, avant de gagner la France en 1789 et d’exploser à nouveau en 1793 ? Bien peu de gens, en France, connaissent la révolution bourgeoise anglaise, qui a eu lieu environ cent ans avant la française. La bourgeoisie anglaise ne fait-elle pas elle-même semblant de n’avoir jamais été révolutionnaire en conservant une royauté sans utilité autre que décorative et dépensière. Elle a pourtant initié la révolution bourgeoise et coupé la tête du roi bien avant d’en faire de même sur le continent européen. La société actuelle fait tout ce qu’elle peut pour ne pas se souvenir qu’elle a été engendrée par des révolutions [4]. L’Angleterre, la première à réussir sa révolution bourgeoise, a voulu le nier et la camoufler sous une alliance de la bourgeoisie avec la noblesse et par le rétablissement de la monarchie, comme le rapporte Engels dans « Socialisme scientifique et socialisme utopique ». Elle a même prétendu dénoncer les « excès révolutionnaires français de 1789 ». Comme si l’Angleterre n’avait pas été révolutionnaire bien avant la France. Pourtant Voltaire racontait dans ses « lettres philosophiques » : «  Voyez quelles révolutions arrivent dans les opinions comme dans les empires. (...) Ce qui devient une révolution en Angleterre n’est qu’une sédition dans les autres pays. (...) Les Français pensent que le gouvernement de cette île est plus orageux que la mer qui l’environne, et cela est vrai. (...) Ce qu’on reproche le plus en France aux Anglais, c’est le supplice de Charles 1er (...) », ou encore « Il en a coûté sans doute pour établir la liberté en Angleterre, c’est dans des mers de sang qu’on a noyé l’idole du pouvoir despotique ; mais les Anglais ne croient point avoir acheté trop cher de bonnes lois. Les autres nations n’ont pas eu moins de troubles, n’ont pas versé moins de sang qu’eux ; mais ce sang qu’elles ont répandu pour la cause de la liberté n’a fait que cimenter leur servitude. » Quant au reste du monde qui n’a pas connu la révolution bourgeoise mais l’irruption du capitalisme au sein du système féodal, il conserve souvent les aspects arriérés de l’ancienne société dont s’accommode très bien la bourgeoisie. Celle-ci n’est plus révolutionnaire à l’échelle mondiale. La révolution, la bourgeoisie et ses défenseurs ne la considèrent plus que comme une menace. Du coup, il se gardent bien de la faire étudier. Même lorsqu’il s’agit de la révolution bourgeoise. Il est remarquable qu’on soit aujourd’hui aussi incapables de répondre à cette simple question : de quand date les premières révolutions bourgeoises et de quelles régions sont-elles venues ? Qui se souvient des combats des bourgeoisies des villes antiques contre les féodaux et l’Etat ? Qui a retracé les luttes d’une des plus grandes bourgeoisies de l’Histoire contre l’empire de Chine ? Qui a étudié la lutte de la bourgeoisie, y compris chez les Aztèques, beaucoup plus proches de nous ? Pour la plupart des Européens, la bourgeoisie est née et s’est battue pour la première fois en Europe au sein du Moyen Age !

La raison de cet aveuglement des historiens vis-à-vis de la lutte des classes révolutionnaire est à rechercher dans la lutte de classe elle-même. Elle est clairement montrée par Arnold Toynbee dans son ouvrage « L’Histoire ». Il ne faudrait pas, dit-il, qu’en étudiant les luttes de classes dans la société des pharaons ou dans les révolutions bourgeoises, cela nous fasse penser à la révolution sociale ! Il est bien entendu normal que la classe capitaliste, qui reste menacée par le prolétariat, attache une grande importance à faire oublier ou à discréditer la révolution, y compris aux yeux des prolétaires eux-mêmes. L’Histoire officielle a toujours pris bien soin de faire comme si on pouvait séparer l’Etat de la Révolution, les deux pôles pourtant inséparables de la contradiction. C’est d’autant plus facile que les révolutions sont toujours des épisodes très brefs. Mais comme le disait Alphonse Lamartine à propos de la révolution française, « La révolution n’a duré que cinq ans. Ces cinq années sont cinq siècles (...)  »

Les « Lumières » et la Révolution française
« Tout ce que je vois jette les semences d’une révolution qui arrivera immanquablement et dont je n’aurai pas le plaisir d’être témoin. »
Voltaire le 2 avril 1764

« D’ailleurs, dans toute nation l’état de conservation est un état dans lequel il est presque impossible de se maintenir ; et le terme d’agrandissement d’un empire doit être regardé comme un présage presque certain de sa décadence. »
Helvétius
dans « De l’esprit »

« Aussi fallut-il au genre humain, pour sortir de la barbarie, une de ces révolutions qui font prendre à la terre une face nouvelle (...) »
D’Alembert
dans « Discours préliminaire »

Lettre de convocation des Etats Généraux à Versailles

« De par le roi
« Nous avons besoin du concours de tous nos fidèles sujets pour Nous aider à surmonter toutes les difficultés où Nous Nous trouvons, relativement à l’état de nos finances, et pour établir, suivant nos vœux, un ordre constant et invariable dans toutes les parties du gouvernement qui intéressent le bonheur de nos sujets et la prospérité de notre royaume. Ces grands motifs nous ont déterminé à convoquer l’assemblée des Etats de toutes les provinces de notre obéissance, tant pour Nous conseiller et Nous assister dans toutes les choses qui seront mises sous ses yeux, que pour nous faire connaître les souhaits et les doléances de nos peuples (...) »
Le Roi de France
Fait à Versailles le 24 janvier 1789

Les revendications contradictoires des cahiers de doléances de la Révolution « française »
« Sa Majesté sera très humblement suppliée d’ordonner la suppression de tous les privilèges attribués à tous les fonds de terre réputés nobles, quelle que soit la qualité de leur possesseur ; et que les impositions de toutes natures (. .) soient supportés par tous les fonds de terre indistinctement (...) »
Cahiers de doléances de la communauté d’Uchau, sénéchaussée de Nimes, 14 mars 1789

« (...) La conservation des exemptions personnelles et des distinctions dont la noblesse a joui dans tous les temps sont des attributs qui la distinguent essentiellement et qui ne pourraient être attaqués ou détruits qu’en opérant une confusion des ordres. L’abus qui résulterait d’une telle innovation est trop évident pour qu’il soit nécessaire de le discuter. La Noblesse du bailliage d’Amont demande donc que l’ordre dont elle fait partie soit maintenu dans toutes ses prérogatives personnelles (...) Tous les ordres étant unanimement convenus de respecter les propriétés, la Noblesse n’entend en aucune manière se dépouiller des droits seigneuriaux honorifiques et utiles tels que justice haute, moyenne et basse, chasse, pêche, mainmorte, tailles, corvées, lods, colombiers, censes, redevances, dîmes, commise, mainmise, droit de retrait, consentement, et autres quels qu’ils soient (...) Si l’inamovibilité des juges des justices seigneuriales est contestée par le Tiers Etat, les députés la maintiendront de tout leur pouvoir, ainsi que la justice des seigneurs dans son état actuel, et ce pour l’intérêt même des communautés. »
Cahiers de doléance de la Noblesse du Bailliage d’Amont
12 août 1789

« On demande la suppression entière de la gabelle, vrai fléau de l’Etat, la vente libre du tabac, la suppression des traites dans l’intérieur du royaume, la chasse libre à tout propriétaire, n’étant pas juste que les moissons soient ravagées pour flatter l’ostentation des nobles et ruiner le laboureur, l’amortissement des rentes dues au seigneur (...), un égal d’impôts (...), l’extinction de la taille, capitation et accessoires, l’abolition de la féodalité (...), suppression des francs-fiefs, (...) faire rendre compte aux ministres des fonds qui leur sont confiés. »
Assemblée du bourg de Chérances, 6 mars 1789

« Sire, ce n’est qu’avec la plus vive douleur que nous voyons de grosses pensions accordées à des courtisans vils et intrigants, qui se parent aux yeux de Votre majesté des dehors du mérite. Des émoluments considérables sont attachés à des charges sans fonctions. Si vous saviez, Sire, de combien de sueurs, de combien de larmes est arrosé l’argent qui entre dans vos trésors (...) Nous ne pouvons nous dissimuler, Sire, que c’est la noblesse qui consume la majeure partie des revenus de l’Etat. (...)
Cahier de doléances de Saint-Quintin et Cayra

« Pour nous représenter aux Etats Généraux, nous ne pouvons choisir ni seigneur ni noble sans le plus grand danger. Il est des seigneurs humains, généreux, bienfaisants ; mais ils ne sont pas moins jaloux de leurs droits, de leurs privilèges et de nous tenir dans leur dépendance. »
Cahier de doléances de Vieuvic

« Nous déclarons ici, au nom de l’humanité, l’extinction de certains droits féodaux que l’ignorance des siècles barbares a consacrés à l’orgueil féroce des nobles possesseurs de quelques vieux châtels. »
Cahier de doléance des vitriers de Saint-Maixent

« Nous déclarons ne jamais consentir à l’extinction des droits qui ont caractérisé jusqu’ici l’Ordre Noble et que nous tenons de nos ancêtres. .. Nous prescrivons formellement à notre député de s’opposer à tout ce qui pourrait porter atteinte aux propriétés utiles et honorifiques de nos terres (...) »
Cahier de doléances de la Noblesse du Bailliage de Montargis

« Nous respectons les droits légitimes de Messieurs de la Noblesse, mais n’y a-t-il pas des droits illégitimes, des droits ridicules, des droits tyranniques ? Le franc-fief, le rachat : parce que l’un de nos parents meurt, il faut payer une somme (...) Les lods et ventes perçus quand il n’est question que de l’échangez d’un champ avec un autre, la servitude, l’esclavage des moulins. (...) »
Cahier de doléances de Ruca et Landébia

« Que le Tiers état, satisfait de tous les droits qu’il a acquis et de ceux que la noblesse a perdus, cesse enfin de se plaindre, qu’il jette les yeux sur tous les Etats de l’Europe : il y verra dans tous les royaumes une noblesse plus privilégiée que la noblesse française. »
Cahier de doléances de la Noblesse de la sénéchaussée de Castres

« Nous ne paierons plus aux seigneurs de rachats ni lods ni ventes, mais nous les paierons aux hôpitaux à l’avenir, pour l’entretien, pour la nourriture des mineurs, orphelins, infirmes, vieillards, incapables de gagner leur vie dans l’étendue du fief. (...) Que toutes les abbayes soient supprimées au profit de Sa Majesté pour payer la dette nationale. »
Cahier de doléances des artisans de Pont-L’abbé

« Que la loi catholique et romaine, qui depuis Clovis a toujours été la foi du royaume très chrétien, y soit la seule permise et autorisée, sans mélange d’aucun autre culte public ; qu’il soit pris des précautions contre l’abus que les protestants commencent à faire de l’édit qui leur rend l’état civil (...) Que les ecclésiastiques soient maintenus dans la jouissance de toutes les dîmes dont ils sont en possession, de quelque nature qu’elles puissent être (...) »
Cahier de doléances du Clergé du bailliage d’Orléans

« D’ordonner que, conformément aux anciennes lois de l’Eglise et à l’administration primitive des revenus affectés aux ecclésiastiques, les décimateurs soient obligés de laisser annuellement, dans l’ étendue de leurs bénéfices, une portion déterminée de leur dîme, pour être appliquée à la subsistance des pauvres. (...) Que cette communauté, ayant éprouvé une émigration des sujets non catholiques de Sa Majesté, par l’effet de la révocation de l’Edit de Nantes en 1685 (...) ne peuvent s’empêcher de supplier sa Majesté d’étendre ses bienfaits jusqu’à révoquer entièrement les exceptions protées par le susdit édit (...) »
Cahier de doléances de la communauté d’Uchau – sénéchaussée de Nîmes

« Par reconnaissance pour la haute-noblesse, par reconnaissance pour les gentilshommes qui, par leur bravoure, aux dépens de leur vie, soutiennent nos intérêts, éloignent l’ennemi, défendent et gardent la patrie, on souhaiterait que leur principal manoir et le chef-lieu de leur fief d’où ils tirent leur nom, fussent exempts d’impôts (...) »
Cahiers de doléances d’Orléans

« Nous disons que le premier Ordre du Royaume offre au premier coup d’œil des richesses extraordinaires presque toujours employées à des dépenses d’ostentation, qui peuvent tout à la fois suffire à l’acquit des dettes de l’Etat et à leur honnête entretien. Pour poursuivre ce but, il faut réduire tout le Haut-Clergé au tiers de leur revenu (...) et tout le bas clergé ou séculier à 1500 livres de pension (...) »
Cahiers de doléances de Le Burgaud (Haute Garonne)

« Ainsi la noblesse jouit de tout, possède tout, et voudrait s’affranchir de tout ; et cependant si la noblesse commande les armées, c’est le Tiers état qui les compose ; si la noblesse verse une goutte de sang, le tiers état en répand des ruisseaux. La noblesse vide le trésor royal, le Tiers état le remplit ; enfin le Tiers état paie tout et ne jouit de rien. »
Cahiers de doléance d’Aix

« On fermerait en vain les yeux sur la révolution (...) elle n’en est pas moins réelle. »
Sieyés, un des initiateurs de la révolution française
dans « Qu’est-ce que le tiers état ? »

« Un Anglais qui n’est pas pénétré d’estime et d’admiration pour la façon sublime dont se réalise en ce moment une des plus importantes révolutions que le monde ait jamais vu, est sans doute mort à tout sens de la vertu et de la liberté (...). »
Journal anglais The Morning Post du 21 juillet 1789,
sur la prise de la Bastille

« Le dimanche 12 juillet au matin, jusqu’à dix heures, personne encore à Paris ne savait le renvoi de Necker. (…) Mais la nouvelle se confirme, elle circule, la fureur aussi… Un jeune homme, Camille Desmoulins, sort du café de Foy, saute sur une table, tire l’épée, montre un pistolet : « Aux armes ! » (…) Le cortège, armé de bâtons, de pistolets, de haches, suit d’abord la rue Richelieu, puis en tournant le boulevard, les rues Saint Martin, Saint denis, Saint Honoré et vient à la place Vendôme. Là, devant les hotels des fermiers généraux, un régiment de dragons attendait le peuple et fondit sur lui. (…) Vers l’après-midi, le commandant Besenval, voyant le trouble augmenter, (…) craignant à la fin qu’on ne lui reprochât à Versailles de n’avoir rien fait, donna l’ordre insensé, barbare digne de son étourderie, de pousser ce peuple avec les dragons. (…) Alors, on court aux armureries, on prend ce qu’on trouve. (…) A l’Hotel de ville, la foule a déjà cherché les armes, les a trouvées et prises. (…) Le lundi 13 juillet, (…) l’Assemblée indignée arrêté que Mr Necker emportait les regrets de la nation, qu’elle insistait pour l’éloignement des troupes, que non seulement les ministres mais les conseillers du roi seraient tenus pour responsables des malheurs présents (…) L’Assemblée reprit ainsi sa noble attitude ; désarmée au milieu des troupes, sans autre appui que la loi, menacée pour le soir de dispersion, d’enlèvement, elle marqua bravement ses ennemis à la face du nom de banqueroutiers. (…) L’Assemblée, après ce vote, n’avait qu’un asile, l’assemblée elle-même, la salle qu’elle occupait ; hors de là, pas un pouce de terre au monde ; aucun de ses membres n’osait plus coucher chez lui. (…) Le prévôt Flesselle, le même jour, était convoqué à Versailles par le roi et à l’Hotel de ville par le peuple. (…) Il alla à l’Hotel de ville, fut acclamé dans le Grève. (…) Le prévôt hasarda alors une question grave : « A qui prêtera-t-on serment ? » « – A l’assemblée des citoyens ! », dit vivement un électeur. (…) La situation était terrible, (…) Mais le cœur était immense, chacun le sentait grandir d’heure en heure dans sa poitrine. Tous venaient à l’Hotel de ville s’offrir au combat : c’étaient des corporations, des quartiers qui formaient des légions de volontaires. (…) Il ne manquait plus que des fusils. (…) Le 13 juillet, Paris ne songeait qu’à se défendre. Le 14, il attaqua. (…) L’attaque de la Bastille ne fut nullement raisonnable. Personne ne proposa. Mais tous y crurent. Tous agirent. (…) On sait ce qui se fit au Palais-Royal, à l’Hotel de ville ; mais ce qui se passa au foyer du peuple, c’est là ce qu’il faudrait savoir. »
Jules Michelet
Dans « La Révolution française »

L’abolition du système féodal ... appelée par les féodaux

« Les hommes assemblés, à l’exception dudit M. Riondet, curé, et de quelques autres habitants en très petit nombre (pour rendre hommage à la vérité), ont déclaré s’être armés et attroupés hier matin en très grand nombre, transportés dans la maison dudit Me Bertray, notaire de ce lieu, dans celle de nous châtelain, et dans celle de notre greffier, qu’ils ont de force et avec menaces fait exhiber tous les titres, papiers, documents qui intéressaient le seigneur de Vaulx et plusieurs autres particuliers, qu’ils s’en sont emparés, les ont porté sur la place publique, de ce lieu où ils les ont fait brûler. »
Saint Alban (30 juillet 1789)
D’après « La grande peur de 1789 » de Georges Lefebvre

« Le but du projet d’arrêté (relatif à la sûreté du royaume) que l’Assemblée vient d’entendre est d’arrêter l’effervescence des provinces, d’assurer la liberté publique et de confirmer les propriétaire dans leurs véritables droits. Mais comment peut-on espérer d’y parvenir sans connaître quelle est la cause de l’insurrection qui se manifeste dans le royaume. (...) Les communautés ont fait des demandes : ce n’est pas une constitution qu’elles désiré (...) Qu’ont-elles demandé ? (...) Que les droits seigneuriaux fussent allégés ou échangés. (...) Ces communautés voient depuis trois mois leurs représentants s’occuper de ce que nous appelons et de ce qui est, en effet, la chose publique ; mais la chose publique leur paraît être surtout la chose qu’elles désirent et qu’elles souhaitent ardemment obtenir. (...) Qu’est-il arrivé dans cet état de choses ? Elles ont cru devoir s’armer contre la force, et aujourd’hui, elles ne connaissent plus de frein ; aussi résulte-t-il cette disposition que le royaume flotte dans ce moment entre l’alternative de la destruction de la société ou d’un gouvernement qui sera admiré et suivi par toute l’Europe. Comment l’établir ce gouvernement ? Par la tranquillité publique. Comment l’espérer cette tranquillité ? En calmant le peuple, en lui montrant qu’on ne lui résiste que dans ce qui est intéressant pour lui de conserver. Pour parvenir à cette tranquillité si nécessaire, je propose : (...) 1°) l’impôt sera payé par tous les individus du royaume 2°) toutes les charges publiques seront à l’avenir supportées également par tous (...) 3°) tous les droits féodaux seront rachetables par les communautés (...) 4°) corvées seigneuriales, mainmortes et autres servitudes personnelles seront détruites sans rachat. (...)
Ce ne sont point seulement des brigands qui, à main armée veulent s’enrichir dans le sein des calamités : dans plusieurs provinces, le peuple tout entier forme une espèce de ligue pour détruire les châteaux, pour ravager les terres et surtout pour s’emparer des chartiers, où les titres de propriétés féodales sont en dépôt. Il cherche à secouer enfin le joug qui, depuis tant de siècles, pèse sur sa tête et il faut l’avouer, Messieurs, cette insurrection quoique coupable (car toute agression violente l’est) peut trouver son excuse dans les vexations dont il est victime. (...) Le peuple, impatient d’obtenir justice et las de l’oppression, s’empresse de détruire ces titres, monuments de la barbarie de nos pères. Soyons justes, Messieurs : qu’on nous apporte ici des titres qui outragent non seulement la pudeur mais l’humanité même ; qu’on nous apporte ces titres qui humilient l’espèce humaine, en exigeant que les hommes soient attelés à une charrette comme les animaux du labourage ; qu’on nous apporte ces titres qui obligent les hommes à passer les nuits à battre les étangs pour empêcher les grenouilles de troubler le sommeil de leurs voluptueux seigneurs ! Qui de nous, Messieurs, dans ce siècle de lumières, ne ferait pas un bûcher expiatoire de ces infâmes parchemins et ne porterait pas le flambeau pour en faire un sacrifice sur l’autel du bien public ? Vous ne ramènerez, Messieurs, le calme dans la France agitée que quand vous aurez promis au peuple que vous allez convertir en prestation en argent, rachetables à volonté, tous les droits féodaux quelconques (...) »
Vicomte de Noailles à l’Assemblée Nationale
présentant le Projet d’arrêté du 4 août 1789

« Monsieur, la séance du mardi au soir, 4 août, est la séance la plus mémorable qui se soit tenue jamais dans aucune nation. (...) Monsieur le Vicomte de Noailles fit une motion, et demanda que les droits de banalité, rentes nobles foncières, droits de minage, exclusifs de chasse, de fuie, colombier, cens, redevances, dîmes, rachats, tous droits qui pèsent sur le peuple, et sont la source des déprédations des justices subalternes, des vexations des officiers, puissent être rachetés à un taux fixé par l’Assemblée nationale. Le comte Mathieu de Montmorency appuyé fortement cette motion. Plusieurs membres de la Haute Noblesse se joignirent à lui. Les ducs d’Aiguillon, du Châtelet proposèrent que, dès le moment, la Noblesse et le Clergé prononçassent le sacrifice de leurs privilèges pécuniaires. Le président Saint-Fargeau ajouté qu’ils consentissent à faire rétrograder le sacrifice, pour les six derniers mois de 1789. Les circonstances malheureuses où se trouve la Noblesse, l’insurrection générale élevée de toutes parts contre elle, les provinces de Franche-Comté, de Dauphiné, de Bourgogne, d’Alsace, de Normandie, de Limousin, agitées des plus violentes convulsions, et en partie ravagées, plus de cent cinquante châteaux incendiés, les titres seigneuriaux recherchés avec une espèce de fureur, et brûlés, l’impossibilité de s’opposer au torrent de la Révolution, les malheurs qu’entraînerait une résistance même inutile, la ruine du plus beau royaume de l’Europe en proie à l’anarchie, à la dévastation (...) tout nous prescrivait la conduite que nous devions tenir, il n’y eut qu’un mouvement général. Le Clergé, la Noblesse se levèrent et adoptèrent toutes les motions proposées. (...) Il eût été inutile, dangereux même pour vous, de s’opposer au sens général de nation. C’eût été vous désigner, vous et vos possessions, pour victimes de la fureur de la multitude ; c’eût été vous exposer à voir incendier vos maisons.. (...) Les connaissances plus détaillées que nous avons de l’état malheureux de la noblesse ne nous ont pas permis de balancer un instant. »
Marquis de La Ferrière
Lettre au Chevalier de Rabreuil (7 août 1789)

« Les citoyens timides, les hommes qui aiment leur repos, les heureux des siècles, les sangsues de l’Etat et tous les fripons qui vivent des abus publics ne redoutent rien tant que les émeutes populaires : elles tendent à détruire leur bonheur en amenant un nouvel ordre des choses. »
Le révolutionnaire Jean-Paul Marat
dans « L’ami du peuple », journal du 10 novembre 1789.

La révolution s’étend en Europe
« Sacrée Majesté !
« Les nouvelles de France deviennent toujours plus alarmantes et l’effet qu’elles font sur les esprits dans ce pays ne l’est pas moins. Il est cruel de se voir à la veille de perdre, par des événements absolument imprévus, le fruit de tout ce qui s’est fait jusqu’ici. (...) ce qui est certain est que la folie des Français gagne de façon étonnante. On s’en ressent déjà en Hollande et je viens de recevoir une lettre de l’évêque de Liège qui s’en plaint également chez lui. « 
Lettre de Hans Schlitter, ministre des Pays-Bas autrichiens à l’empereur Joseph II

Les révolutions en Europe – 1780-1790
« Quelles révolutions ? Celles qui bouleversèrent le monde occidental entre 1770 environ, et 1850. Nous avons montré, qu’à notre avis, la Révolution « française » ne pouvait être isolée d’un vaste mouvement révolutionnaire qui commença dans les colonies anglaises d’Amérique vers 1770 et ne termina son cycle qu’après les troubles européens de 1848-1849. Le mouvement a été provoqué par les transformations de tous ordres qui ont perturbé la société occidentale : démographiques, économiques, sociales, intellectuelles, politiques. Dans ce grand mouvement, la France tient une place éminente, et sans doute prépondérante, mais on ne saurait plus aujourd’hui parler de Révolution française sans rappeler que cette révolution n’est que l’un des maillons d’une vaste chaîne qui a déroulé ses anneaux pendant quatre-vingt ans et fait passer l’Occident du système féodal (plus ou moins dégradé) au régime capitaliste. La révolution des Etats-Unis s’étale sur près de vingt ans (1770-1789). (...) Les révolutions en Europe eurent lieu de 1780 à 1790. (...) C’est de 1780 à 1799 que la révolution a été la plus violente et la plus riche en conséquences, c’est en 1789 qu’elle a atteint en France ses résultats les plus décisifs, l’abolition du régime féodal, et c’est de 1792 à 1796 qu’en France aussi, elle a formulé les théories les plus audacieuses et tenté la construction d’un régime démocratique (...)
C’est aux Etats-Unis que l’explosion se produisit d’abord. (...) le mouvement ne tarda pas à gagner l’Europe. Dès 1760, à l’intérieur même de la Grande-Bretagne, alors au plus fort de la lutte contre les « insurgents » d’Amérique, des mouvements révolutionnaires éclataient. Les Irlandais (...) profitaient de leur rassemblement sous les armes pour réclamer plus de liberté, et l’égalité entre catholiques et protestants d’Irlande. (...) A Londres, toujours la même année 1780, éclataient des émeutes très graves. (...) Les concessions accordées aux catholiques irlandais provoquèrent à Londres une gigantesque insurrection qui perdit tout caractère religieux pour se transformer en une lutte des pauvres contre les riches, les Gordon Riots, en juin 1780. (...) Le gouvernement britannique parvint à se rendre maître des soulèvements irlandais et anglais, mais il n’est pas douteux que la reconnaissance de l’indépendance des Etats-Unis et la signature de la paix en aient été précipitées (1782-1783. Aux Provinces-Unies, alliées de Etats-Unis, de la France et de l’Espagne contre l’Angleterre, le mouvement fût plus grave et prit une véritable allure révolutionnaire. (...) La bourgeoisie hollandaise qui occupait la majorité des sièges dans les municipalités, les états provinciaux et les états généraux, (...) se révolta. (...) En 1783, commence une insurrection qui, quatre ans plus tard, contraint le stathouder ( Guillaume V d’Orange) à quitter La Haye. (...) Guillaume V demanda l’aide des forces armées britanniques et prussiennes. (...) la révolution des Provinces-Unies succombait devant l’assaut des forces de la réaction. Si Guillaume V avait demandé l’aide des armées étrangères, c’est qu’il avait sous les yeux l’exemple d’une révolution facilement vaincue par les troupes des puissances conservatrices : la révolution genevoise de 1782. La population de la ville de Genève au 18ème siècle était divisée en quatre groupes : les patriciens, les bourgeois, les natifs et les étrangers. Le pouvoir appartenait en fait aux patriciens (...) En 1781, les natifs obtinrent le soutien des bourgeois contre les patriciens, et en avril 1782 ils s’emparèrent du pouvoir (...) Cependant la révolution genevoise devait être plus éphémère encore que celles des Provinces-Unies. Les patriciens qui avaient été imprudemment laissés en liberté appelèrent à l’aide les anciens alliés de la République de Genève, les bernois, les Zurichois, les rois de France et de Sardaigne. Ceux-ci envoyèrent des troupes qui bloquèrent la ville puis y entrèrent le 2 juillet 1782 ; c’était la première fois qu’en Europe, au 18ème siècle, une révolution était vaincue par l’intervention armée de l’étranger. (...) Cependant l’échec de la révolution genevoise ne découragea pas les patriotes des différents pays ; A partir de 1787, la révolution gronde, pour des raisons diverses, dans les Pays-Bas autrichiens, l’évêché de Liège et en France. De Liège en 1786 (...) aux Pays-Bas autrichiens la même année (...) et aux Etats provinciaux du Brabant (...), les troubles ne cessèrent de croître pour prendre, en 1789, comme en France, une allure révolutionnaire. Le 12 octobre 1789, les Etats de Liège, le 24 octobre ceux du Brabant publiaient des déclaration qui affirmaient les doits des habitants, et leur indépendance à l’égard des anciens souverains. Elles étaient imitées par les autres Etats des Pays-Bas et le 11 janvier 1790 ceux-ci signaient le « Traité d’Union des Etats belgiques. ». (...) La division des patriotes permit aux troupes autrichiennes de rentrer dans les Pays-Bas en novembre-décembre 1790. En même temps les troupes allemandes restauraient le Prince-Evêque à Liège. (...)
La Révolution qui se développa en France à partir de 1787 et y atteignit un degré de violence et d’intensité supérieur à celui qu’elle revêtit ailleurs, a réveillé et généralisé un mouvement qui, nous l’avons dit, avait commencé dès 1770 dans les colonies anglaises d’Amérique et s’était propagé en Europe, notamment en Grande Bretagne, aux Pays-Bas et en Suisse, à partir de 1780. »
Jacques Godechot
« La pensée révolutionnaire 1789-1799 »

S’attaquer à la propriété bourgeoise pour mieux défendre
la Révolution bourgeoise
« La force des choses nous conduit peut-être à des résultats auxquels nous n’avons point pensé. L’opulence est dans les mains d’un assez grand nombre d’ennemis de la Révolution ; les besoins mettent le peuple qui travaille dans la dépendance de ses ennemis. Concevez-vous qu’un empire puisse exister si les rapports civils aboutissent à ceux qui sont contraires à la forme d’un gouvernement ? Ceux qui font les révolutions à moitié n’ont fait que se creuser un tombeau. La Révolution nous conduit à reconnaître ce principe que celui qui s’est montré l’ennemi de son pays n’y peut être propriétaire. Il faut encore quelques coups de génie pour nous sauver. (...) Vous reconnaîtrez ce principe : que celui-là seul à des droits dans notre patrie, celui qui a contribué à l’affranchir. Abolissez la mendicité qui déshonore un Etat libre. (...) Les malheureux sont les puissances de la terre ; ils ont le droit de parler en maître aux gouvernements qui les négligent. (...) Que l’Europe apprenne que vous ne voulez plus un malheureux ni un oppresseur sur le territoire français, que cet exemple fructifie la terre (...) Le bonheur est une idée neuve en Europe. »
Saint Just
dans son Rapport sur les décrets des 8 et 23 ventose An II, 26 février et 3 mars 1794

Des esclavagistes candidats à représenter … les Noirs
« Les Planteurs de nos Colonies demandent à avoir 21 députés aux Etats Généraux. Ils ont calculé ce nombre, non seulement d’après la population blanche, mais d’après les populations noires. Comment ces mêmes hommes qui ne rougissent pas d’acheter les Africains et de les traiter comme des bêtes de somme, veulent aujourd’hui les élever non seulement d’hommes mais d’hommes libres ! Ainsi, ils osent aujourd’hui mettre des Noirs sur la ligne des Français, tandis que nous les avons vus constamment, et dans leurs écrits et dans leurs discours, les dégrader au dessous du niveau de l’espèce humaine ! Ah ! Si ce changement de langage n’avait d’autre objet que de réparer une erreur, que d’expier les délits des siècles passés, si les Planteurs ne demandaient à représenter les Noirs que pour avouer, enfin à la face de l’univers, qu’ils sont hommes comme nous, ayant les mêmes droits que nous (...) il ne serait pas de Français sensibles, éclairé, qui ne s’écriât : partageons nos droits avec les Noirs, ils sont hommes, ils sont nos frères. Mais gardons-nous ici du piège qu’on leur tend ; ce n’est pas pour faire rendre aux Noirs leur liberté, ce n’est pas pour en proscrire à jamais l’horrible trafic, que les Planteurs réclament une représentation nombreuse ; non, c’est pour continuer, pour faire sanctionner par la Nation, le régime actuel (...) »
Brissot
dans « Note sur l’admission des Planteurs »

« Bourgeois et bras nus
ou La guerre sociale sous la révolution
« Un phénomène caractéristique de toutes les révolutions consiste dans la coexistence momentanée de deux formes antagonistes de pouvoir politique. La dualité de pouvoirs, bien qu’encore relativement embryonnaire, se manifesta, avec une certaine netteté déjà, au cours de la révolution française. Elle fut (en partie) entrevue par un contemporain, le représentant en mission Ysabeau, qui écrivit, le 19 novembre 1793, au ministère de la Guerre Bouchotte : « Quel est le nouveau pouvoir qui prétend s’élever contre l’autorité légitime ? Ou plutôt, est-il deux pouvoirs en France ? Nous voyons les premiers symptômes de ce phénomène apparaître dès juillet 1789. A l’orée de la révolution, il y a dualité de pouvoirs non seulement entre le roi et l’Assemblée nationale, mais déjà entre l’Assemblée nationale, interprète des volontés de la haute bourgeoisie, et la Commune de Paris, cette dernière s’appuyant sur les couches inférieures du tiers-état de la capitale. Le second pouvoir, émanation directe du peuple, ne traitait pas seulement le parlement d’égal à égal, il lui parlait à peine né sur le ton de la protection (…) La dualité de pouvoirs se manifesta de façon beaucoup plus accusée à l’occasion de l’insurrection du 10 aoüt 1792. Dès la seconde quinzaine de juillet, les sections avaient nommé des délégués qui s’étaient réunis à l’Hotel de Ville. Le 10 août, l’assemblée des sections se substitua à la Commune légale et se constitua en Commune révolutionnaire. Celle-ci se présenta face à l’Assemblée bourgeoise comme l’organe de la volonté populaire. (…) Mais la dualité de pouvoirs est un fait révolutionnaire et non constitutionnel. Elle ne peut être que transitoire. Tôt ou tard, l’un des deux pouvoirs doit éliminer l’autre. Au lendemain du 10 août 1792, les pouvoirs de la Commune révolutionnaire de Paris et ceux de l’Assemblée s’équilibrent un instant. Cette situation, qui provoqua une crise politique aigüe, ne persista que quelques semaines. La Commune eut le dessous. Le 31 mars 1793, la dualité de pouvoirs prit de nouveau une forme ouverte. Comme au 10 août, une Commune révolutionnaire s’était substituée à la Commune et, face à la Convention et à son Comité de Salut public, elle avait fait figure de nouveau pouvoir. Mais la dualité ne dura cette fois, que l’espace d’un matin. Le pouvoir officiel s’empressa de faire rentrer dans le néant la Commune insurrectionnelle. Après la chute des Girondins, la lutte entre la Convention et la Commune, entre le pouvoir bourgeois et le pouvoir des masses, continua sourdement. Elle prit, à nouveau, un caractère aigu, en novembre 1793, lorsque la Commune, se substituant à la Convention, entraîna le pays dans la campagne de déchristianisation et imposa à l’Assemblée le culte de la Raison. La bourgeoisie riposta en rognant les pouvoirs de la Communs qui, par le décret du 4 décembre, fut étroitement subordonnée au pouvoir central. En février-mars 1794, la lutte se raviva entre les deux pouvoirs. Celui issu des masses fut, alors, d’avantage représenté par les sociétés populaires des sections, groupées en un comité central, que par la Commune elle-même. Mais les dirigeants de cette dernière, sous la pression populaire, eurent, à deux reprises, avant la chute des hébertistes, avant celle de Robespierre, de velléités de coup d’Etat. Ce fut le chant du cygne de la dualité de pouvoirs. La bourgeoisie accusa les partisans de la Commune de vouloir « avilir la représentation nationale » et elle brisa le pouvoir populaire, donnant ainsi le coup de grâce à la Révolution. (…) Du moment où la bourgeoisie se mettait en travers du torrent populaire, elle devait se forger une arme lui permettant de résister à la pression des bras nus : le renforcement du pouvoir central. Le synchronisme des dates – cette fois encore – est frappant : le décret sur la liberté des cultes est du 6 décembre (1793) ; le grand décret par lequel furent mis définitivement en place les premiers éléments d’un pouvoir central fort, est du 4 décembre. On assiste à une étape de la formation de la machine de l’Etat par laquelle la bourgeoisie va asservir le prolétariat. L’Etat centralisé, bureaucratique et policier, « cet effroyable corps parasite qui enveloppe le corps de la société française et en bouche tous les pores » (selon Marx dans « Le dix-huit brumaire de Louis Bonaparte, 1852) (…). L’une des raisons pour lesquelles l’évolution que l’on va retracer a été mal comprise provient sans doute de ce que le régime de 1793 a confondu, sous les divers noms de « dictature de salut public », « dictature montagnarde », « dictature jacobine », « gouvernement révolutionnaire », deux sortes de contrainte : d’une part, un pouvoir populaire, démocratique, décentralisé, propulsé du bas vers le haut, celui des sans culottes en armes, groupés dans leurs sections, leurs comités révolutionnaires, leus clubs, leurs communes, exigeant à l’occasion de revers extérieurs le châtiment impitoyable de l’ennemi intérieur ; d’autre part, une dictature bourgeoise, autoritaire, centralisée, propulsée du haut vers le bas et dirigée certes contre les résidus de l’Ancien Régime, mais aussi, et de plus en plus, contre les bras-nus. (…) Le décret du 4 décembre stipulait, par ailleurs, que les comités révolutionnaires relèveraient directement et sans aucun intermédiaire du Comité de sureté générale. Ils devenaient des organes subalternes de police, des rouages d’Etat. Les communes, dans toute l’étendue de la France, et, du même coup, leurs sociétés populaires, leurs comités révolutionnaires, se virent interdire toutes relations directes entre eux, toute réunion dite centrale englobant plusieurs localités ou plusieurs départements. (…) Dans le décret du 4 décembre, un article entier leur fut consacré : « Tour congrès ou réunions centrales établis, soit par les représentants du peuple, soit par les sociétés populaires, sous quelque dénomination qu’ils puissent avoir sont révoqués et expressément défendus par ce décret, comme subversifs de l’unité d’action du gouvernement, et tendant au fédéralisme. »
(…) Les militants d’avant-garde ne se méprirent pas sur le sens du renforcement du pouvoir central, dont les premiers signes s’étaient manifestés dès l’été 1793. Ils comprirent que le gouvernement fort qui, peu à peu, s’établissait avait une pointe dirigée contre l’avant-garde populaire. Les enragés, les premiers, avaient dénoncé l’évolution qui se dessinait. Le 4 août, Leclerc avait commenté en ces termes la proposition de Danton d’ériger le Comité de Salut public en Comité de gouvernement : « Je ne vois, dans cette masse de pouvoirs réunis dans le Comité de salut public, qu’une dictature effrayante. » Les enragés constatent avec stupeur que la Terreur, dont ils avaient tant de fois réclamé l’institution n’était plus la la terreur par en bas mais une terreur par en haut qui broyait indistinctement la contre-révolution et la révolution militante. Les hébertistes, qui voyaient le Conseil exécutif, où ils étaient influents, réduit par la dictature à un rôle subsidiaire, avaient aperçu, eux aussi, le danger, et l’avaient dénoncé. (…) Opposer le Conseil exécutif au Comité de Salut public, c’était mal poser la question : la vraie rivalité n’était pas tant entre ces deux organismes qu’entre le pouvoir central (Convention et Comité de Salut public) et la Commune, entre le pouvoir bourgeois

Notes

[1] Lorsque la révolution prolétarienne remet en cause le leadership de la bourgeoisie, pendant la révolution de 1848 en France, Augustin Thierry change complètement de point de vue sur la légitimité de la révolution. Il écrit ainsi à Madame Circourt en 1850 : « Notre déplorable révolution en a joint une autre qu’il faut combattre. (...) Le présent a bouleversé mes idées sur le passé et à plus forte raison sur l’avenir ; j’ai perdu ma foi historique et, chose que je n’aurai jamais cru, ma foi politique s’en va. » Lui qui affirmait que toute l’Histoire est celle de la lutte des classes, il déclare maintenant dans sa préface à « Essai sur l’histoire de la formation et des progrès du Tiers-Etat » condamner « les préjugés répandus par des systèmes qui tendent à diviser en classes mutuellement hostiles la masse nationale aujourd’hui une et homogène. » Voir l’étude de Loïc Rignol intitulée « Augustin Thierry et la politique de l’histoire ».

[2] Comme le physicien John Barrow dans son ouvrage « Les constantes de la nature », je ne résiste pas à l’envie de citer Robert Benchley : « On pourrait dire qu’il y a deux classes de gens dans le monde : ceux qui divisent constamment les gens dans le monde en deux clases, et ceux qui ne le font pas. »

[3] Ressemblant par bien des traits à 1789-94, la révolution de 1356-58 a eu des conséquences sur la fondation de l’Etat moderne. Dans la foulée, le roi Charles V, suivant le modèle du gouvernement d’Etienne Marcel et les conseils du savant-religieux Oresme, fonde les principes nouveaux du gouvernement national : centralisation des textes de lois et archives nationales, gouvernement responsable, administration centralisée, gestion rigoureuse du trésor, etc… Charles V avait tiré de multiples leçons de la révolution dont il avait lui même essuyé les attaques.

[4] L’historien Marc Ferro appuie cette remarque dans son ouvrage « Révoltes, révolutions », notant qu’il n’y pas de fête de la révolution de 1763 aux USA alors que cette date marque la révolution américaine contre l’Angleterre, que cette dernière nation est tout aussi réticente à se souvenir de ses propres épisodes révolutionnaires de 1603 à 1689 et notamment ceux où l’élan révolutionnaire menait le 6 février 1649 à la décapitation du roi Charles 1er. Et ne parlons pas des réticences de l’Europe à se souvenir qu’en 1917-20, sa domination bourgeoise a bien failli prendre fin sous les coups de la vague révolutionnaire prolétarienne.

3 Messages de forum

  • La Révolution "française" de 1789-1795 27 mai 2008 20:47, par himbush

    La grève des fonctionnaires en Algérie vise à dénoncer la dégradation du pouvoir d’achat et exiger une hausse plus significative des salaires.
    mardi 15 janvier 2008.
    Ainsi, la Coordination autonome des syndicats de la Fonction publique part en rangs serrés pour un débrayage, dont l’annonce de la grève des fonctionnaires en Algérie a été faite depuis plusieurs jours. Pour le CLA, la situation que vivent les travailleurs de l’Education appelle à une grève nationale. « La sourde oreille des pouvoirs publics quant aux revendications des fonctionnaires, les tentatives du ministère de tutelle de faire diversion sur le mouvement de grève » appellent aussi à une mobilisation massive, afin de réussir la grève.

    Sous d’autre cieux, les mouvements de grèves sont une preuve du dynamisme de la société. En Algérie, même s’ils sont synonymes d’un malaise social très profond, les réponses des pouvoirs publics n’ont pas évolué d’un iota. Contre ces mouvements, on oppose mépris, répression ou dans les meilleurs des cas, un dialogue de sourds. On choisissant la Centrale syndicale comme unique interlocuteur du monde des travailleurs, le pouvoir de par sa mission de pompier, occulte le sacro-saint principe de représentativité. La nouvelle grille des salaires, annoncée à tambour battant par le Chef du gouvernement pour ce début d’année, semble affecter la masse ouvrière dans ses tréfonds. L’attitude affichée par le Cnapest en s’attaquant à la Coordination des syndicats autonomes reproduit, implicitement, la mono-représentativité syndicale, dont il a été victime durant plusieurs années. Suite à ce genre de guéguerres d’arrière-garde, le pouvoir dispose d’un avantage, non négligeable de diversions et de sape du mouvement des fonctionnaires.

    Synthèse de Rayane, www.algerie-dz.com
    D’après La Dépêche de Kabylie

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    • La Révolution "française" de 1789-1795 28 mai 2008 11:15, par Robert Paris

      CGT-ESPAGNE INFORME : GRÈVES À LA FONCTION PUBLIQUE À L´ALGÉRIE ET AU MAROC EN FÉVRIER

      GRÈVE À LA FONCTION PUBLIQUE ALGÉRIENNE 10, 11 ET 12 FÉVRIER

      L’Intersyndicale autonome de la fonction publique (IAFP), composée par sept syndicats des secteurs de l’éducation, de l’enseignement supérieur, de la santé et de l’administration publique ont décidé d’appeler les fonctionnaires à observer un grève de 3 jours pour protester contre la politique des salaires et l’érosion du pouvoir d’achat. La grève est prévue pour les 10, 11 et 12 février, ponctuée d’un sit-in devant le palais du gouvernement le dernier jour de cette grève, 12 février.

      Les revendications de l’intersyndicale sont principalement :
      Le réajustement des salaires de façon à pouvoir faire face à l’inflation, c’est à dire, un salaire égal au pouvoir d’achat, qui freine la perte de 30% du pouvoier d´achat dans les dernières années et la mise en place d´un organisme publique independant d’évaluation du pouvoir d’achat, composé de représentants de l´état, des syndicats, ainsi que de la société civile.
      la révision des statuts particuliers avec l’ouverture de sérieuses négociations sur l’actuel projet qui est rejeté parce qu’il ne répond à aucune de revendications défendues par les enseignants et les fonctionaires. L’Etat veut tout imposer, sans les syndicats autonomes, le statut particulier qui contient des dispositions pénales qui répriment la dynamique syndicale,
      l’intégration des contractuels et des vacataires
      l’amélioration du pouvoir d’achat pour les retraités.
      une indemnité pour les chômeurs, qui ménent les revendications au delà du cadre des fonctionaires, proposé par le Snapap

      Cette movilisation c’est une. protestation contre la nouvelle grille des salaires, signée par l’UGTA, syndicat du gouvernement, entrée en vigueur depuis janvier 2008, et contre le statut général de la Fonction publique, élaboré sans consultation des partenaires sociaux et ne répondant nullement aux attentes des fonctionnaires.

      Les syndicats dénoncent la marginalisation des syndicats autonomes des débats concernant l’avenir des travailleurs et l’absence de dialogue avec leurs représentants véritables, en rejettant le pacte économique et social signé par l’UGTA avec le gouvernement.

      L’acord de l’Intersyndicale c’est aussi un coup dur contre les manoeuvres du gouvernement de créer des organisations parallèles pour casser les véritables syndicats autonomes et aspirer le mécontentement social » après que l’UGTA eut signé le pacte.

      La lutte par la reconnaissance des libertés syndicales c’est tout à fait nécessaire Les syndicats qui composent l’Intersyndicale autonome de la fonction publique (IAFP) sont : SNAPAP (Syndicat national autonome des personnels de l’administration publique). CLA (Conseil des lycées d’Algérie) CNAPEST (Conseil national autonome des professeurs de l’enseignement secondaire et technique). SATEF (Syndicat autonome des travailleurs de l’éducation et de la formation) SNTE (Syndicat national des travailleurs de l’éducation), SNPEPM (Syndicat national des professeurs d’enseignement paramédical) CECA (Coordination des enseignants contractuels algériens).

      Alger le 23/01/2008

      COMMUNIQUE

      APPEL À LA PARTICIPATION A LA GREVE NATIONALE LE SYNDICAT NATIONAL AUTONOME DES PERSONNELS DE L’ADMINISTRATION PUBLIQUE, APPELLE TOUS LES TRAVAILLEURS ET TRAVAILLEUSES DE TOUS LES SECTEURS DE LA FONCTION PUBLIQUE, À PARTICIPER MASSIVEMENT À LA GREVE NATIONALE DE TROIS (03) JOUR DU 10/11/et 12 FEVRIER 2008. GREVE, QUI FINIRA PAR UN SIT-IN DEVANT LE PALAIS DU GOUVERNEMENT A 10H LE 12 FEVRIER 2008. POUR LA SATISFACTION DES REVENDICATIONS DES TRAVAILLEURS ET TRAVAILLEUSES DE TOUS LES SECTEURS DE LA FONCTION PUBLIQUE DONT :

      Un salaire compatible avec le pouvoir d’achat.
      Révision des statuts particuliers de la fonction publique avec intégration des syndicats autonomes dans les travaux.
      Titularisation des vacataires et contractuels avec Création de postes d’emploi.
      Instauration d’une pension de retraite, digne en harmonie avec le pouvoir d’achat.
      Prévoir un Revenu Minimum aux chômeurs demandeurs d’emploi.

      UNE GREVE REUSSI EST LE GAGE D’UNE PRISE EN CHARGE REELLE DES REVENDICATIONS DES TRAVAILLEURS.

      Nassira GHOZLANE La Secrétaire Générale du SNAPAP 23rueBoualem Zeriat Belfort, EL-Harrach ALGER Tel/Fax : 021.52.03.72 Email : snapap_snata(a)yahoo.com

      MAROC : Grève à la fonction publique 13 février, convoqué par la USF-UMT, ODT y FDT

      Communiqué L’Union Syndicale des Fonctionnaires ? UMT ? Appelle à une Grève Nationale des Fonctionnaires Pour le Mercredi 13 Février 2008

      Lors de sa réunion du 23 Janvier 2008, le Conseil National de l’Union Syndicale des Fonctionnaires affiliée à l’Union Marocaine du Travail (USF ? UMT) a dénoncé la dégradation des conditions de vie et professionnelles des fonctionnaires, ainsi que l’absence d’une volonté effective du gouvernement d’accéder à leurs revendications pressantes concernant les salaires, les retraites, leur carrière professionnelle et leurs conditions sociales. De ce fait, le Conseil National a appelé à une Grève Nationale de 24h pour l’ensemble des fonctionnaires tout en chargeant le Bureau National ou le Secrétariat Exécutif de l’USF-UMT de fixer la date et les modalités de cette grève. C’est ainsi que, le Secrétariat Exécutif réuni le 29 janvier 2008 a décidé de fixer la date de la grève Nationale pour le Mercredi 13 février 2008. En conséquence, l’Union Syndicale des Fonctionnaires ? UMT appelle l’ensemble des fonctionnaires et agents ? femmes et hommes ? de tous les départements ministériels et des collectivités locales à participer massivement à la grève nationale du 13 février prochain. A cette occasion le Secrétariat Exécutif appelle toutes les Fédérations Nationales et Syndicats Nationaux qui encadrent les fonctionnaires, les sections de l’USF-UMT, les organisations catégorielles des fonctionnaires (techniciens, administrateurs, informatistes et corps assimilés, ingénieurs, agents publics, fonctionnaires des échelles inférieures, licenciés non encore intégrés, ?), l’Union des Femmes Fonctionnaires, le Syndicat National des Fonctionnaires Retraités à se mobiliser pour le succès de la Grève Nationale. Rabat le 29 Janvier 2008 Le Secrétariat Exécutif de l’USF- UMT

      ODT : GRÈVE DE LA FONCTION PUBLIQUE ET DES COLLECTIVITÉS LOCALES Suite aux décisions prises par son conseil national, au terme de sa réunion du 6 janvier 2008 à Rabat, l’organisation démocratique du travail / odt, appel à une grève générale de 24H le Mercredi 13 février dans la fonction publique et les collectivités locales, suivie d’ une manifestation devant le siège du ministère de la modernisation des services publics, pour protester contre la grave détérioration du pouvoir d’achat des fonctionnaires de ces deux secteurs étatiques ; résultant des augmentations continues des denrées et produits de première nécessités, de la cherté du coût de la vie, et, du gel des salaires depuis plusieurs années. et pour faire face aux défit imposés par les choix politiques neolibérales de l’Etat et du gouvernement visant la destruction du service public. L’odt réclame :
      Le respect des libertés syndicales,et l’ouverture de réelles négociations avec notre centrale syndicale sans conditions préalables ;
      L’augmentation des salaires en fonction du coût de la vie ;
      L’annulation urgente de tous les décrets relatifs à la promotion interne,la notation,le système actuel de l’horaire continue et du projet de loi rectificatif du dahir de 1958 portant statut de la fonction publique ;
      L’augmentation du pourcentage attribué au quota dans la promotion interne à 33% et l’organisation de l’examen d’aptitude professionnelle pour toutes les catégories , après 4 années d’ancienneté dans le grade ;
      Révision des statuts des administrateurs et corps assimilés, ingénieurs, médecins, enseignants et professeurs de l’éducation nationale, infirmiers diplômes d’états et techniciens, chefs de chantiers, administratifs, agents publics, agents de service et toute autre catégorie de fonctionnaires de l’état et des collectivités locales ;
      La création de grade HORS ÉCHELLE pour les professeurs du primaire, du premier cycle et pour les techniciens et infirmiers diplômes d’état, à l’instar des autres catégories de fonctionnaires ;
      La refonte globale des statuts de la fonction publique et des collectivités locales
      La revalorisation du système des salaires, de la grille indiciaire et indemnitaires avec un salaire minimum de 3000dh par mois net ;
      L’organisation immédiate d’une promotion interne exceptionnelle pour les années 2003,2004,2005, 2006,2007 pour débloquer la situation pour plusieurs catégories de fonctionnaires ;
      la reforme du système de retraite pour une unification de caisse et de mode de pension, et, l’amélioration des pensions des retraités et de leur ayants droits ;
      La réforme du système fiscal,particuliè rement L’IR, qui constitue un lourd fardeau sur les salaires, et ,l’exonération des salaires de 30.000dh par an ;
      La prise en charge globale des fonctionnaires de l’Etat et des collectivités locales en cas de maladies ou pour examens de diagnostic dans les hôpitaux publics

      Les luttes sociales ne s’arrêteront pas tant que nos revendications légitimes ne sont pas satisfaites Nous refusons de continuer à travailler plus pour que d’autres gagnent plus ou dilapident plus Ensemble, tous en grève le13 février pour défendre nos droits,nos salaires, nos retraites notre avenir, notre dignité

      — Colectivo Anti-Autoritário e Anti-Capitalista de Luta de Classes, baseado em Portugal www.luta-social.org

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      • La Révolution "française" de 1789-1795 6 juillet 2010 10:48, par MOSHE

        Reconnaissons tout d’abord que le mode de pensée dominant (sans même parler de celui qui domine depuis la chute du mur de Berlin), loin de viser à intégrer le concept de révolution sociale dans le mécanisme naturel des sociétés, aurait même tendance à le gommer de l’étude politique, économique et sociale, en somme de l’Histoire. Elles les effacent autant que possible de leurs chronologies, les marginalise, les transformant en accidents malheureux, sans importance, sans signification profonde et sans intérêt. La violence, dont Karl Marx voyait l’accoucheuse de toute nouvelle société, apparaît dans l’idéologie actuelle comme un débordement peu recommandable et sans utilité.

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