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L’opposition trotskiste russe répond à ceux qui ont capitulé devant le stalinisme

dimanche 15 mai 2022, par Robert Paris

Lettre de l’Opposition de Moscou

septembre 1929

La capitulation de Radek, Préobrajensky et Smilga vient de provoquer une réplique décisive Les camara­des Rakovsky, Okoudjava, et Kossior ont rédigé et fait circuler un appel à l’Opposition. C’est un document assez long, qui commence par une analyse de la situation actuelle et se consacre avant tout à une sévère dénonciation des capitulards Radek et compagnie.

Cet appel a fait l’objet d’une discussion approfondie dans les milieux de déportés et il joue un rôle important dans la consolidation des forces de l’Opposition. Malgré les difficultés que le régime stalinien crée aux communications entre les Oppositionnels déportés, on sait déjà que le 20 août, plus de la moitié des cent colonies de "Sibériens" se sont ralliées à l’appel de Rakovsky. Parmi les premières adhésions, on cite celle de N.I. Mouralov.

Ceux de nos camarades qui sont actuellement à l’isolateur de Cheliabinsk ‑ plus d’une centaine ‑ se sont déclarés solidaires de cet appel, Sosnovsky en tête. Par ailleurs, un projet de déclaration d’ I.N.Smirnov qui re­prend en les adoucissant certains passages de la honteuse lettre de Radek n’a été approuvé que par quelques colo­nies de déportés.

Ivan Nikititch Smirnov est depuis quelque temps en pleine crise. Doux et de tempérament conciliant comme il est, il essaie toujours de constituer des groupes-tampons dans l’espoir d’éviter des ruptures. Actuellement ses efforts sont voués à l’échec. Ceux qui sont en contact avec lui disent qu’il fait l’effet d’un homme égaré.

L’écho rencontré par l’appel de Rakovsky montre que la répression, même aggravée comme elle l’a été récemment, n’a pas réussi à ébranler l’Opposition. La presse est même obligée de reconnaître tacitement que, malgré quelques bruyantes capitulations, l’Opposition de gauche se renforce. Ainsi, on a annoncé il y a quelques jours l’exclusion de 23 membres du parti pour "trotskysme".

Ne vous laissez pas impressionner par le bruit qu’on fait autour de ces capitulations. Pour quelques‑uns qui partent, la majorité reste et reçoit souvent le renfort de nouveaux venus.

N.B. [1]

Notes

[1] Il semble qu’il s’agisse de l’Oppositionnel Boris. N. Viaznikovtsev.

Christian Rakovsky

L’opposition russe répond aux capitulards

(1929)

Le départ des capitulards de l’opposition a servi d’impulsion à la formation d’une crise qui mûrissait au sein de l’opposition (arrestations massives, provocations partout, isolement, conditions matérielles difficiles des exilés du fait de la réduction de la allocation de moitié, le bannissement de L. Trotsky, etc., et d’autre part une certaine division dans l’opposition causée par le « cours de gauche » de la direction centriste.) Sans les persécutions sévères, le cours de gauche aurait poussé de nouveaux sympathisants dans les rangs de l’opposition car cela signifierait la banqueroute intellectuelle du centrisme. Mais il est tout aussi vrai de dire que sans le nouveau cours, les persécutions n’auraient pas eu le même effet, qu’elles ont maintenant atteint.Le « cours de gauche » a joué le rôle de feuille de vigne pour une décadence et un opportunisme centristes.

Entre deux feux

Il est superflu de caractériser les méthodes de persécution. On notera seulement qu’elle s’est manifestée non seulement dans la violence ouverte mais aussi dans la privation à l’opposition des droits élémentaires de correspondance, et dans l’« aide technique » d’une nature particulière que la GPU a étendue aux capitulards, atteignant le point où l’appareil lui-même, au moins dans certaines localités, distribuait les documents des capitulaires. Certains des capitulards, restés avec l’opposition, ont agi selon les instructions de l’appareil (Istchenko) ou selon l’accord préalable avec lui, les négociations entre Preobrazhensky et Yaroslavsky, ou Preobrazhensky et Ordjonikidze) que le « bombardement » de l’opposition procèdent de deux rives : le centriste et les oppositionnels. L’opposition était prise entre deux feux.La fameuse « liberté de correspondance » se résumait en fait à une liberté réelle pour les seuls capitulaires, et à une « liberté abstraite » pour l’opposition léniniste. Il faut remarquer aussi que même ici une politique postale différenciée spéciale était appliquée : les documents des capitulaires n’étaient pas autorisés à parvenir aux camarades dont on aurait pu s’attendre à une résistance certaine. Les réponses aux documents des capitulards ont été entièrement supprimées.Les réponses aux documents des capitulards ont été entièrement supprimées.Les réponses aux documents des capitulards ont été entièrement supprimées.

La crise intellectuelle avait commencé il y a déjà un an en avril dernier. Preobrazhensky et Radek ont été les instigateurs de la « revalorisation des valeurs ». Le premier avec une certaine régularité, le second, comme d’habitude, se tortillant et faisant des sauts de la position très extrême Gauche à la très extrême Droite et vice-versa. Radek, en passant, a reproché à Preobrazhensky ses négociations avec Yaroslavsky.

Preobrazhensky écrivait et disait approximativement ce qui suit :

« La direction des Centristes commence à remplir une partie de la Plateforme, sa partie économique ; en ce qui concerne la partie politique de la Plateforme, elle sera réalisée par la vie elle-même. L’opposition a rempli sa mission historique. Il a épuisé ses valeurs. Il devrait revenir au Parti et s’en remettre au cours naturel des événements.

Ainsi la question de l’interprétation de la Plate-forme créa deux camps : le camp révolutionnaire léniniste luttant pour la réalisation de toute sa Plate-forme, comme autrefois le Parti luttait pour tout le programme, et le camp capitulard opportuniste, qui se déclarait prêt à se contenter de l’« industrialisation » et la politique d’agriculture collective, sans se soucier du fait que sans la réalisation de la partie politique de la Plate-forme, toute la construction socialiste pourrait s’envoler dans les airs.

Les défauts de l’opposition

L’opposition, issue du Parti, n’est pas exempte, dans certaines de ses sections, des défauts et des habitudes cultivées par l’appareil année après année. Elle n’est pas exempte, d’abord, d’une certaine dose de philistinisme. L’atavisme bureaucratique est particulièrement difficile à tuer chez les opposants qui se tenaient le plus près de la direction du Parti ou de l’appareil soviétique. Il est infecté en partie par le fétichisme du livre du Parti par opposition à la loyauté envers le Parti lui-même, à ses idéaux, sa tâche historique – loyauté inhérente uniquement à ceux qui veulent encore se battre pour la réforme du Parti. Enfin, il n’est pas exempt de cette psychologie la plus nuisible des falsificateurs du léninisme, qui a été cultivée par le même appareil. C’est pourquoi chaque capitulard, fuyant l’opposition, ne manquera pas une occasion de donner un coup de pied à Trotsky avec son petit sabot, chaussé des clous de l’usine Yaroslavsky-Radek. Dans des conditions différentes, cet héritage de l’appareil serait facilement dépassé. Dans les conditions actuelles de forte répression elle se manifeste sur le corps de l’opposition sous la forme d’une éruption de capitulations. Le criblage de ceux qui n’ont pas pensé la Plateforme jusqu’au bout, qui rêvent d’un confort tranquille, le cachant naïvement sous l’envie de participer à des « combats grandioses » était inévitable. De plus, ce tamisage peut avoir un effet salutaire dans les rangs de l’opposition. Resteront ceux qui ne considèrent pas la Plateforme comme une sorte de carte de restaurant dans laquelle chacun peut choisir un plat selon ses goûts. La Plateforme était et reste la bannière de guerre du léninisme,et seule sa réalisation complète peut faire sortir le Parti et la terre prolétarienne de l’impasse dans laquelle ils ont été entassés par la direction centriste.

Ceux qui comprennent que précisément le combat de l’Opposition est ce « combat grandiose » dont dépend l’avenir de la construction socialiste, le sort du pouvoir soviétique, de la révolution mondiale – ceux-là ne déserteront pas leur poste.

Comme leit-motiv dans les thèses des capitulards, la même pensée s’est répétée à maintes reprises : Il faut revenir au Parti. Celui qui ne connaît pas l’histoire de notre expulsion du Parti pourrait penser que nous l’avons quitté nous-mêmes et nous sommes volontairement exilés. Poser la question de cette façon signifie transférer la responsabilité de notre exil et hors du Parti de la direction du centre-droit à l’opposition.

Nous étions dans le Parti et nous voulions y rester même lorsque la direction du centre-droit niait la nécessité même d’élaborer un quelconque plan quinquennal et encourageait calmement « les koulaks à devenir socialistes ». Nous souhaitons encore plus être dans le Parti maintenant, alors que – ne serait-ce que dans une partie de celui-ci – un virage à gauche est en train de s’opérer, et qu’il a devant lui de gigantesques tâches à accomplir. Mais la question qui nous est posée est d’un tout autre ordre : accepterons-nous de sortir de la ligne léniniste pour plaire à l’opportunisme centriste ? Le plus grand ennemi de la dictature du prolétariat est une attitude malhonnête envers ses convictions. Si la direction du Parti, imitant l’église catholique, qui à son lit de mort oblige un athée à se convertir au catholicisme,extorque aux opposants la reconnaissance d’erreurs imaginaires et la négation de leurs propres convictions léninistes, il perd, de ce fait même, tout droit d’être respecté. L’opposant qui change ses convictions du jour au lendemain ne mérite qu’un mépris total. Cette pratique développe une attitude sceptique bruyante et légère à l’égard du léninisme, dont Radek est redevenu le représentant typique, répandant généreusement à droite et à gauche ses aphorismes philistins sur la « modération ». Les types de Shchedrinrépandant généreusement à droite et à gauche ses aphorismes philistins sur la « modération ». Les types de Shchedrinrépandant généreusement à droite et à gauche ses aphorismes philistins sur la « modération ». Les types de Shchedrin[1] sont éternels. Ils se reproduisent à chaque époque des rapports socio-politiques, seuls leurs costumes historiques étant modifiés.

Arguments des capitulards

L’une des méthodes préférées des capitulaires est de semer la panique en représentant les conditions présentes dans le pays comme des « conditions pré-Kronstadt » (expression de Preobrazhensky). En route pour Moscou, à la gare d’Ishim, Radek a représenté la lutte entre les droites et les centristes comme semblable à celle qui a eu lieu dans la Convention à la veille du 9 thermidor (révolution française). Il a déclaré : « Ils préparent des arrestations les uns pour les autres. » Radek a également souligné que les Droits pourraient obtenir la majorité au Comité central et à la Commission centrale de contrôle, bien que sur environ 300 membres et candidats au dernier Plénum, les Droits n’aient pas obtenu plus d’une douzaine de voix. Les mêmes personnes qui, dans leur déclaration du 13 juillet, affirment que la direction centriste a complètement empêché le recul ou le « roulis » (comme ils s’expriment avec délicatesse pour sauver la pudeur virginale de la direction) disent maintenant, dans d’autres circonstances, tout autre chose. Que croire ? Mais même si nous acceptons la première hypothèse, n’en découle-t-il pas qu’il faut sacrifier le léninisme à l’opportunisme centriste ? Bien sûr que non !

Dans les brèves périodes de son éveil intellectuel, Radek l’a parfaitement compris. L’année dernière, après le plénum de juillet du Comité central, il a écrit à Rakovsky à Astrachan que Staline avait complètement abandonné sa position, que les droites prendraient le pouvoir, que Thermidor était sur le seuil, que ce que l’opposition léniniste a à faire, c’est préserver l’« héritage théorique du léninisme ». Un homme politique doit prendre en considération les variations possibles des événements dans l’avenir, mais sa tactique deviendrait un aventurisme risqué s’il ne la fondait que sur des suppositions confuses. Le petit exemple suivant montre à quel point c’est inadmissible : IN Smirnov supposait que le CC, vu les conditions difficiles du pays, n’exigerait pas de la trinité un acte capitulard. Mais voyant les négociations ralentir,Smirnov a écrit une carte postale le 12 juillet : « Je pense que l’atténuation de la crise (la récolte) y a joué un rôle certain. Les capitulards eux-mêmes, d’ailleurs, ont répandu des rumeurs sur les humeurs conciliantes de la direction centriste envers les droites, en lien avec la récolte susmentionnée. Il est douteux que même ces humeurs durent. La liquidation des leaders de droite, leur éviction des postes de direction, semble être une question réglée.leur suppression des postes de direction, semble être une question réglée.leur suppression des postes de direction, semble être une question réglée.

Radek est « toujours prêt ! »

La direction centriste a frayé la voie à gauche et à droite pour se manœuvrer. S’il se décide à un nouveau virage à droite, la destitution des dirigeants de droite l’assurera contre la perte du pouvoir. Exactement de la même manière, il lui est indispensable de supprimer l’Opposition de gauche : de supprimer un groupe politique qui pourrait être à la tête du courant de gauche dans le parti, et qui lutte désormais particulièrement contre les méthodes bureaucratiques de rationalisation au détriment de la classe ouvrière. En réponse à une question sur Trotsky, Radek a dit à Ishim : « Nous devrons peut-être faire des concessions aux paysans, et Trotsky nous accusera de thermidorisme. Cela signifie-t-il qu’une sorte de rumeur est déjà parvenue à l’oreille avertie de Radek, ou est-ce que, souhaitant plaire aux désirs cachés de la direction centriste,cette « jeunesse communiste » politique crie d’avance : « Toujours prêt ! Personne ne peut garantir qu’en cas de nouvelle grève des céréales, la direction centriste ne passera pas de l’article 107 – contre les Koulak – au néo-Nep. Au contraire, il est très probable qu’ils le feront.

* * *

La déclaration du trio, le 13 juillet, est un document faux et opportuniste. Une partie de celui-ci est une continuation du travail que les trois ont déjà mené l’année dernière, et surtout au cours des derniers mois, répandant de fausses notions sur les opinions répandues au sein de l’opposition. En portant l’accusation contre Trotsky et l’opposition, prétendant qu’ils affirment que le pouvoir n’est pas entre les mains de la classe ouvrière, que Trotsky « révise le léninisme » et que l’opposition dans son ensemble va vers la création d’un nouveau parti, les trois capitulards fournissent, par ce fait même, une nouvelle arme à la direction du parti pour la poursuite de la persécution de l’opposition. Dans sa seconde partie, la déclaration du 13 juillet tente de réhabiliter non seulement la majorité du CC mais aussi toute la politique passée du bloc de centre-droit.La politique du bloc de centre-droit, qui a favorisé le renforcement de l’ennemi de classe, est désormais présentée comme une politique « léniniste » ; la politique de l’Opposition léniniste, au contraire, sous l’influence directe de laquelle la ligne du parti, ne serait-ce que partiellement, s’est redressée – est présentée sur « [mots manquants] ».

Avec leur déclaration du 13 juin [13] le trio a ouvertement [mots manquants] corruption du léninisme dans laquelle la majorité est engagée. Au lieu d’une discussion marxiste sur les changements concrets qui ont eu lieu dans l’État soviétique au cours de son existence (ses institutions économiques, politiques et juridiques et dans les rapports de classes dans le [mot manquant], les capitulards ont entamé une discussion métaphysique sur la « nature " et " l’essence " de la dictature du prolétariat en général. Ils imitent les métaphysiciens, les scolastiques et les sophistes raboteurs contre lesquels chaque page et chaque ligne des œuvres de Marx, Engels et Lénine se révoltent. Ceci, du point de vue du matérialisme historique, l’argument des vauriens a néanmoins poursuivi un but pratique déterminé : déformant sans ménagement les textes tirés des documents de leurs adversaires, remplaçant les termes « centrisme » et « direction centriste » par les termes « gouvernement soviétique » et « dictature prolétarienne », les capitulards entendaient s’approcher, étape par étape, jusqu’au point où ils pourraient appeler centrisme cent pour cent léninisme. Appeler de telles méthodes de polémique autre chose que de la contrefaçon théorique est impossible.

Ce que Radek & Co. a négligé

Dans leur document, les capitulards écrivent : « Nous avons négligé (!) le fait que la politique du CC était et reste léniniste ». Comment se fait-il qu’il soit «  » léniniste, alors qu’il était à moitié édicté par la droite, contre lequel les capitulards appellent à la lutte dans le même document ? Mais vous ne pouvez pas exiger des gens qui ont accepté la voie de la capitulation intellectuelle qu’ils soient logiques. Avant même la présentation effective de leur déclaration, le trio préparait les camarades en exil à leur « évolution ». Déjà dans une lettre de Radek à Barnaoul, le 21 mai, le mot « centrisme » disparaît et à sa place apparaît un « noyau stalinien », qui s’avère être plus de gauche que le secteur ouvrier du parti. Dans le document Questions et réponses– un commentaire sur le projet de déclaration avec lequel Préobrajenski était parti pour Moscou – le terme « centrisme » est déjà mis entre guillemets. Mais en usant les marches du CC, Preobrazhensky a perdu les guillemets ainsi que le terme lui-même, ainsi que son projet de déclaration. Certaines personnes affirment qu’il n’y a jamais eu qu’une seule copie de ce projet. Probablement Preobrazhensky n’a pas voulu laisser de traces matérielles des métamorphoses rapides auxquelles sa « nature » sociologique était vouée. Il ne restait rien non plus de la pose héroïque que Smilga, lors du voyage de Minusinnsk à Moscou, prit contre le centrisme.

La question fondamentale entre les capitulards et l’opposition léniniste était et reste le centrisme. A ceux dont la mémoire est courte, il faut rappeler comment le centrisme a été défini par la Plateforme. Le centrisme, comme son nom l’indique, représente une tendance « à rester assis sur la clôture » : il ne reflète systématiquement ni les intérêts du prolétariat ni les intérêts de la bourgeoisie. Le centrisme se distingue par son éclectisme. Il a introduit dans le communisme ses propres substituts intellectuels, comme la construction du socialisme dans un seul pays, le développement - sans conflit - de l’économie socialiste, la fabrication de paysans moyens à partir de toute la paysannerie, et des inventions similaires. La plate-forme considérée comme la base du centrisme le « upravlentzy » – le parti et la bureaucratie soviétique, se séparant de plus en plus de la classe ouvrière et aspirant à des emplois à vie, ou selon Preobrazhensky dans Questions et réponses – des emplois « héréditaires ».

La troisième particularité du groupe appareil-centriste consiste, selon la Plate-forme, dans sa volonté de se substituer au parti en s’emparant de plus en plus de pouvoir dans ses mains, dans une attitude hautaine et méprisante envers les masses – surtout envers les ouvriers non qualifiés. et les ouvriers agricoles, dans l’intolérance des discussions et la persécution de l’opposition de gauche (« Feu à gauche ! »).

Les capitulards se tournent vers la calomnie

Impuissants à combattre l’Opposition léniniste à l’aide de la Plate-forme, voyant qu’il est impossible d’acquérir un nombre considérable de sympathisants en marchant sur la corde raide métaphysique autour de « l’essence » du pouvoir, les capitulaires se tournent vers la calomnie, méthode favorite de tous d’un mouvement théoriquement battu. Ils accusent Trotsky de jouer avec « l’idée » d’une révolte et « l’idée d’un bloc avec les droits ». C’est une double hypocrisie quand de telles accusations viennent de gens qui connaissent la loyauté complète et durable de Trotsky non seulement envers le gouvernement soviétique mais aussi envers ses ennemis dans le parti. De leur côté, des accusations de ce genre sont un geste démagogique pour couvrir leurs propres sympathies envers les droits. C’est particulièrement vrai de Radek, dont il est prouvé que, étant en exil, il ne cachait pas ses sympathies pour les partisans de Brandler. Plus tard, Radek a donné quelques explications compliquées de son comportement, similaires à celles qu’il a données au moment où il a été découvert que lui, Radek, et personne d’autre, a insisté en janvier 1928 pour que Trotsky donne une interview approfondie (il serait plus correct de dire : vaste déclaration politique) au correspondant à Moscou duBerliner Tageblatt . Ces prétendus ennemis de la droite vont maintenant tenter d’étouffer l’opposition léniniste, en compagnie des droites et des centristes.

Le bannissement de Trotsky a uni la direction du centre-droit aux capitulards. De Boukharine, qui a voté pour le bannissement, à Radek et Smilga, un front uni s’est formé contre l’opposition léniniste. Nous pouvons affirmer avec assurance qu’en accomplissant son acte thermidorien, la direction centriste s’attendait à faciliter le travail des capitulards. A leur tour, Radek et Smilga, en lançant une campagne pour se séparer de Trotsky, venaient au secours de la direction du parti. Si celui-ci n’avait pas été sûr de l’appui des capitulaires, il ne se serait jamais risqué à une pareille folie.

Note

1. Célèbre satirique russe de la fin des années 1890.

Léon Trotsky

Une lettre sur les capitulards

Cher ami :

1. Les dernières dépêches de presse font état de l’arrivée de Préobrajenski à Moscou pour des négociations avec le Comité central. Il ne fait aucun doute que ces capitulaires et conciliateurs de la troisième vague seront traités de fous. A quelle participation à la fête différente de celle de Zinoviev rêvent-ils ? Marqué comme un capitulaire, Zinoviev est assis sur ses mains, effrayé de bouger, ne sachant pas à quoi s’attendre. Pendant ce temps, nous nous préparons activement mais lentement pour l’avenir, formant des cadres de jeunes bolcheviks. Quelle position entre nous et les zinovievistes les nouveaux capitulaires s’attendent-ils à occuper ? Il est douteux qu’ils en aient eux-mêmes une idée claire. Ils doivent espérer que Yaro-slavsky leur fera un lavage de cerveau, après quoi ils devront ramper hors du marais vers un endroit propre, sans pour autant augmenter leur autorité.

Ils affirment que les désaccords ont presque disparu. Comment expliquent-elles le caractère enragé des répressions ? L’exil et les prisons aux travaux forcés pour les bolcheviks en l’absence de désaccords très profonds et irréconciliables ne pouvaient être que le résultat d’un banditisme bureaucratique sans scrupules. Selon Radek et d’autres, c’est exactement la politique des staliniens. Mais alors, comment osent-ils murmurer un bloc avec ces bandits politiques qui, sans raison de principe, retiennent nos camarades dans des prisons de travaux forcés, les condamnant au bannissement et parfois à la mort ?

Nous n’avons jamais caractérisé les staliniens aussi impitoyablement et annihilant que Radek, au-delà de lui-même, simplement parce qu’il s’est égaré dans une forêt de trois arbres, rampe, tombe, patauge, essaie de se relever et retombe. Nous avons pensé, et pensons toujours, que les staliniens ne sont pas des bandits politiques aveugles, car ils ont des raisons profondes et fondées sur des principes pour leur impitoyable persécution contre nous. C’est un pauvre politicien qui adopte une ligne politique au coup par coup, sans se demander quels éléments appliquent cette ligne et pour quelles raisons. Pris dans une impasse économique, les cadres staliniens, serrant les dents, effectuent un zigzag à gauche qui par la force des choses et de la lutte elle-même les a poussés beaucoup plus à gauche qu’ils ne le souhaitaient.Quatre-vingt-dix pour cent de ces cadres rêvent de revenir à la première occasion à un cours plus « sain », « normal », « national », et nous haïssent à mort précisément parce que par notre attitude intransigeante nous les empêchons de le faire. Une capitulation de l’opposition signifierait : (a) nous condamner à une existence végétale zinovieviste - la nature ne connaît plus d’état honteux, et (b) un virage immédiat des staliniens vers la droite.

2. Les problèmes du Komintern n’intéressent en rien les partisans de la capitulation « dans un seul pays ». Le programme national-socialiste du Komintern les inquiète très peu. Ils se réconcilient le cœur léger avec la politique d’aventurisme qui, à Berlin comme à Canton, est une tentative de restaurer la réputation révolutionnaire du centrisme. le Komintern. Tout est piétiné et souillé par la botte du bureaucratisme. Comment remédier à cette affliction ? C’est assez simple : capituler devant cette même botte.

3. Une révolution est un puissant dévoreur de personnes. De l’ancienne génération, il y a un pourcentage énorme d’âmes désolées parmi la majorité au pouvoir - et un pourcentage non négligeable parmi les opposants. La réaction bat son plein dans le parti et le Komintern, reflétant le déplacement général des forces de classe à l’échelle mondiale. Dans de telles circonstances, les retraits et les capitulations deviennent inévitablement la norme. Le bolchevisme, de 1907 à 1910 puis de 1914 à 1917, a connu toute une série de tels départs, scissions, capitulations collectives et individuelles. Ce n’est que par un tel autonettoyage et auto-clarification qu’il a pu grandir et se renforcer pour la victoire d’octobre. Nous ne sommes pas du tout effrayés par le retrait des camarades, même ceux aux noms les plus « respectés ».Par l’exemple de leurs hésitations, nous enseignerons la fermeté aux jeunes.

4. Quelle pitoyable et lâche fausseté dans les approbations par ces nouveaux capitulaires des déclarations de Yaroslavsky concernant l’inadmissibilité d’employer la presse bourgeoise. Fallait-il s’abaisser à une telle trivialité ? Par l’intermédiaire de l’agence de presse Tass, les staliniens font circuler dans la presse bourgeoise du monde entier un mensonge et une calomnie monstrueux contre nous, préparant progressivement une justification pour des mesures répressives sanglantes. Et il ne faut pas oser dire la vérité sur nous-mêmes dans cette même presse ?!! Les staliniens négocient avec la police bourgeoise et les diplomates réactionnaires pour empêcher notre admission dans quelque pays que ce soit. Ils obligent les communistes norvégiens avec les réactionnaires à détruire le droit d’asile. Ils obligent la presse communiste officielle à accompagner cet acte de police réactionnaire de persécutions et de calomnies sauvages,qui se glisse dans les pages de toute la presse bourgeoise. Et nous devons modestement nous taire, conformément à une résolution de 1905 adaptée aux conditions d’un parti révolutionnaire, non à l’œuvre réactionnaire d’une bureaucratie thermidorienne nous attaquant en union sacrée avec la police capitaliste de toute l’Europe !

5. Il est clair que nous avons devant nous la perspective d’une lutte prolongée et d’un travail éducatif. Il faudra renouveler nos cadres. Que ceux qui ne sont pas à la hauteur du travail se retirent. Après avoir dérivé et hésité, certains reviendront vers nous. Dans l’intervalle, nous deviendrons plus forts. Nous devons éduquer une nouvelle génération dans l’esprit d’une inébranlable implacabilité bolchevique. Parallèlement au travail parmi les masses sur la base de notre plate-forme, nous devons approfondir l’activité éducative parmi les jeunes, sans craindre de nous efforcer ne serait-ce que pour un seul individu. Nous devons approfondir le travail de propagande à l’échelle internationale. Tout bolchevik sérieux doit avoir autour de lui des jeunes qu’il initiera, jour après jour, dans la sphère des problèmes fondamentaux du marxisme et de la révolution internationale.

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