English German Espagnol Portugese Chinese Japanese Arab Rusian Italian Norvegian Dutch Hebrew Polish Turkish Hindi
Accueil du site > 26- HISTOIRES COMIQUES > Gargantua et Pantagruel, grands ouvrages athées de Rabelais

Gargantua et Pantagruel, grands ouvrages athées de Rabelais

vendredi 9 juillet 2021, par Robert Paris

Avertissement : bien des auteurs et commentateurs (souvent les mêmes qui refusent de voir dans de grands auteurs comme Diderot et Einstein des athées) affirment que Rabelais ne pouvait pas être athée car l’époque ne le rendait pas possible en France, comme si ce grand intellectuel, philosophe, médecin et écrivain, ne pouvait pas avoir lu les grands auteurs athées de l’Antiquité !!! On remarquera notamment que Pantagruel est tout simplement une parodie farcesque de la Bible !!! Le lecteur se fera par lui-même son opinion. Pour nous, Rabelais est l’un des plus grands auteurs athées.

« Ici n’entrez pas, hypocrites, dévots, vieux matagots, marmiteux, boursouflés. »

François Rabelais, Gargantua, Fronton de l’abbaye de Thélème

"Qui est la fin unique et intention première des fondateurs [de l’abbaye de Thélème] : en contemplation de ce qu’ils ne mangent mie pour vivre, ils vivent pour manger, et n’ont que leur vie en ce monde."

(François Rabelais / 1484-1533 / Le Tiers-Livre / 1546)

Gargantua : « - Semblablement, un moine (j’entends de ces moines-ci) ne laboure, comme le paysan ; ne garde le pays, comme l’homme de guerre ; ne guérit les malades, comme le médecin : ne prêche ni endoctrine le monde, comme le bon docteur évangélique et pédagogue ; ne porte les commodités et choses nécessaires à la république, comme le marchand. C’est la cause pour laquelle de tous sont hués et abhorrés. »

- Voir mais (dit Grandgousier) ils prient dieu pour nous.

- Rien moins (dit Gargantua). Vrai est qu’ils molestent tout leur voisinage à force de trinqueballer leurs cloches.

- Voir dit le moine, une messe, une matines, une vêpres bien sonnées, sont à demi dites.

- Ils marmonnent grand renfort de légendes et psaumes nullement par eux entendus. Ils content force patenôtres entrelardées de longs Ave Maria, sans y penser ni entendre. Et cela, j’appelle moque-Dieu, non oraison. Mais ainsi leur aide dieu s’ils prient pour nous, et non par peur de perdre leurs miches et soupes grasses."

(François Rabelais / Gargantua / 1534)

« Je ferai prêcher ton Saint Évangile purement, simplement et entièrement, si que les abus d’un tas de papelards et faux prophètes, qui ont, par constitutions humaines et inventions dépravées, envenimé tout le monde, seront d’entour moi exterminés. »

François Rabelais / Pantagruel / 1532)

"Qui est la fin unique et intention première des fondateurs [de l’abbaye de Thélème] : en contemplation de ce qu’ils ne mangent mie pour vivre, ils vivent pour manger, et n’ont que leur vie en ce monde."

(François Rabelais / Le Tiers-Livre / 1546)

"Cette sphère intellectuelle dont le centre est partout et dont la circonférence est nulle part, que nous appelons Dieu."

(François Rabelais / 1484-1533 / Pantagruel / 1532)

"Le grand Dieu fit les planètes et nous faisons les plats nets."

(François Rabelais / 1484-1533 / Pantagruel / 1532)

"Je ferai prêcher ton Saint Évangile purement, simplement et entièrement, si que les abus d’un tas de papelards et faux prophètes, qui ont, par constitutions humaines et inventions dépravées, envenimé tout le monde, seront d’entour moi exterminés."

(François Rabelais / 1484-1533 / Pantagruel / 1532)

"Le peuple de Paris est tant sot, tant badaud et tant inepte de nature, qu’un bateleur, qu’un porteur de rogatons, un mulet avec ses cymbales, un vielleux au milieu d’un carrefour, assemblera plus de gens que ne ferait un bon prêcheur évangélique."

(François Rabelais / 1484-1533 / Gargantua / 1534)

Gargantua

Grandgouzier estoit bon raillard en son temps, aymant à boyre net autant que home qui pour lors feust on monde, & mangeoit volentiers salé. A ceste fin avoit ordinairement bonne munition de iambons de Magence et de baione, force langues de bœuf fumées, abondance de andouilles en la saison et bœuf sallé à la moustarde. Renfort de boutargues, provision de saulcisses, non de Bouloigne (car il craignoit ly bouconé de Lombard) mais de Bigorre, de Lonquaulnay, de la Brene, de Rouargue. En son eage virile espousa Gargamelle fille du roy des Parpaillos, belle gouge et de bonne troigne. Et faisoient eulx deux souvent ensemble la beste à deux douz, ioieusement se frotans leur lard, tant qu’elle engroissa d’un beau filz, et le porta iusques à l’unziesme mois. Car autant, voire d’adventage, peuvent les femmes ventre porter, mesmement quand c’est quelque chef d’œuvre, & personnage qui doive en son temps faires grandes prouesses. Comme dict Homere que l’enfant (du quel Neptune engroissa la nymphe) nasquit l’an après revolu : ce fut le douziesme mois. Car (comme dict A. Gelle lib. 3.) ce long temps convenoit à la maiesté de Neptune, affin qu’en icelluy l’enfant feust formé à perfection. A pareille raison Iupiter feist durer vlviii. heures la nuyct qu’il coucha avecques Alcmene. Car en moins de temps n’eust il peu forger Hercules : qui nettoia le monde de monstres & tirans. Messieurs les anciens Pantagruelistes ont conformé ce que ie dis, & ont declairé non seulement possible, mais aussi legitime l’enfant né de femme l’unziesme moys après la mort de son mary. Hyppocrates lib. de alimento. Pline li. 7 cap. 5. Plaute in Cistellaria. Marcus Varro en la satyre inscripte, Le Testament, allegant l’autorité d’Aristoteles à ce propous. Censorinus li. De die natali. Aristoteles lib. vii. cap. iii & iiii de nat. alalium. Gellius li iii ca. xvi. Et mille aultres folz. Le nombre desquelz a esté par les legistes accreu. ff. de fuis & legit. l. Intestato. › fi. Et in Autent, de restitut & ea que parit in. vi. mens. Dabundant en ont chaffourré leur robidilardicque loy Gallus. ff. de lib. & posthu. & l. Septimo. ff. de flat. homi. & quelques aultres, que pour le present dire n’ause. Moiennans lesquelles loys, les femmes veusves peuvent franchement iouer du serrecropière à tous enviz & toutes restes, deux moys après le trespas de leurs mariz. Ie vous prie par grace vous aultres mes bons averlans si d’icelles en trouvez que vaillent le desbraguetter, montez dessus & me les amenez. Car si on troisiesme moys elles engroissent : leur fruict sera heritier du deffunct. Et la groisse congneue, poussent hardiment oultre, & vogue la gualée, puisque la panse est pleine. Comme Iulie fille de l’empereur Octavian ne se abandonnoyt à ses taboureurs, sinon quand elle se sentoyt grosse, à la forme que la navire reçoyt son pilot, que premierement ne soyt callafatée & chargée. Et si personne les blasme de soy faire rataconniculer ainsi suz leur groisse : veu que les bestes suz leurs ventrées n’endurent iamais le masle masculant : elles responderont que ce sont bestes, mais elles sont femmes : bien entendentes les beaulx & ioyeux menuz droictz de superfetation : comme iadis respondit Populie scelon le raport de Macrobe li. ij Saturnal. Si le diavol ne vieult qu’elles engroissent, il fauldra tortre le bouzil, et bouche clause.

Lire Gargantua de Rabelais

Lire Pantagruel

Le Tiers Livre

Le Quart Livre

Le Cinquième et dernier Livre

Qui était Rabelais

Ci n’entrez pas hypocrites, bigots, Vieux matagots, marmiteux boursouflez. Torcous, badauds plus que n’étaient les Goths Ni Ostrogoths, précurseurs des magots ; Hères, cagots, cafards empantouflés. Gueux mitouflés, frappards écorniflés, Befflés, enflés, fagoteurs de tabus, Tirez ailleurs pour vendre vos abus.

Vos abus méchants Rempliraient mes camps De méchanceté. Et par fausseté Troubleraient mes chants Vos abus méchants.

Ci n’entrez pas mâche-faims praticiens, Clercs, basochiens mangeurs du populaire. Officiaux, scribes et pharisiens, Juges anciens, qui les bons paroissiens Ainsi que chiens mettez au capulaire. Votre salaire est au patibulaire. Allez y braire : ici n’est fait excès, Dont en vos cours on dût mouvoir procès.

Procès et débats Peu font ci d’ébats >Où l’on vient s’ébattre. À vous pour débattre Soient en pleins cabas Procès et débats.

Ci n’entrez pas, vous usuriers chichards, Briffaux, léchards, qui toujours amassez, Grippeminauds, avaleurs de frimars Courbés, camards, qui en vos coquemars De mille marcs jà n’auriez assez. Point esgassez n’êtes quand cabassez Et entassez poltrons à chicheface. La male mort en ce pas vous défasse.

Face non humaine

De tels gens qu’on mène Raire ailleurs : céans Ne serait séant. Videz ce domaine, Face non humaine. Ci n’entrez pas, vous rassotés mâtins, Soirs ni matins, vieux chagrins et jaloux. Ni vous aussi, séditieux mutins, Larves, lutins, de danger palatins, Grecs ou latins plus à craindre que Loups, Ni vous galous vérolés jusqu’à l’ous Portez vos loups ailleurs paître en bonheur >Croûtelevés remplis de déshonneur.

Honneur, los, déduit Céans est déduit Par joyeux accords. Tous sont sains au corps. Par ce, bien leur dit Honneur, los, déduit.

Ci entrez-vous, et bien soyez venus Et parvenus, tous nobles chevaliers.

Ci est le lieu où sont les revenus Bien avenus : afin qu’entretenus Grands et menus, tous soyez à milliers. Mes familiers serez et péculiers >Frisques galliers, joyeux, plaisants mignons En général tous gentils compagnons.

Compagnons gentils Sereins et subtils Hors de vilité De civilité Ci sont les outils Compagnons gentils.

Ci entrez-vous qui le saint Évangile En sens agile annoncez, quoi qu’on gronde Céans aurez un refuge et bastille Contre l’hostile erreur, qui tant postille Par son faux style empoisonner le monde Entrez, qu’on fonde ici la foi profonde Puis qu’on confonde et par voix, et par rolle Les ennemis de la sainte parole.

La parole sainte, Jà ne soit exteinte

En ce lieu très saint. Chacun en soit ceint, Chacune ait enceinte La parole sainte.

Ci entrez-vous dames de haut parage En franc courage. Entrez-y en bon heur. Fleurs de beauté, à céleste visage, À droit corsage, à maintien prude et sage En ce passage est le séjour d’honneur. Le haut seigneur, qui du lieu fut donneur Et guerdonneur, pour vous l’a ordonné, Et pour frayer à tout, prou or donné,

Or donne par don Ordonne pardon À cil qui le donne. Et très bien guerdonne Tout mortel prud’homme Or donne par don.

Lettre de Rabelais à Erasme

Lire aussi le commentaire d’Anatole France

Pantagruel

Comment Pantagruel, estant à Paris, receut letres de son pere Gargantua, et la copie d’icelles.

Pantagruel estudioit fort bien, comme assez entendez, et proufitoit de mesmes, car il avoit l’entendement à double rebras et capacité de memoire à la mesure de douze oyres et botes d’olif. Et, comme il estoit ainsi là demourant, receut un jour lettres de son pere en la maniere que s’ensuyt :

" Tres chier filz, entre les dons, graces et prerogatives desquelles le souverain plasmateur, Dieu tout puissant, a endouayré et aorné l’humaine nature à son commencement, celle me semble singuliere et excellente par laquelle elle peut, en estat mortel, acquerir espece de immortalité et, en decours de vie transitoire, perpetuer son nom et sa semence ; ce que est faict par lignée yssue de nous en mariage legitime. Dont nous est aulcunement instauré ce que nous feut tollu par le peché de nos premiers parens, esquelz fut dict que, parce qu’ilz n’avoyent esté obeyssans au commendement de Dieu le createur, ilz mourroyent et, par mort, seroit reduicte à neant ceste tant magnificque plasmature en laquelle avoit esté l’homme créé. Mais, par ce moyen de propagation seminale, demoure es enfans ce que estoit de perdu es parens, et es nepveux ce que deperissoit es enfans, et ainsi successivement jusques à l’heure du jugement final, quand Jesuchrist aura rendu à Dieu le pere son royaulme pacificque hors tout dangier et contamination de peché : car alors cesseront toutes generations et corruptions, et seront les elemens hors de leurs transmutations continues, veu que la paix tant désirée sera consumée et parfaicte et que toutes choses seront reduites à leurfin et periode. Non doncques sans juste et equitable cause je rends graces à Dieu, mon conservateur, de ce qu’il m’a donné povoir veoir mon antiquité chanue refleurir en ta jeunesse ; car, quand, par le plaisir de luy, qui tout regist et modere, mon ame laissera ceste habitation humaine, je ne me reputeray totallement mourir, ains passer d’un lieu en aultre, attendu que, en toy et par toy, je demeure en mon image visible en ce monde, vivant, voyant et conversant entre gens de honneur et mes amys, comme je souloys, laquelle mienne conversation a esté, moyennant l’ayde et grace divine, non sans peché, je le confesse, (car nous pechons tous et continuellement requerons à Dieu qu’il efface noz pechez), mais sans reproche. Par quoy, ainsi comme en toy demeure l’image de mon corps, si pareillement ne reluysoient les meurs de l’ame, l’on ne te jugeroit estre garde et tresor de l’immortallite de nostre nom ; et le plaisir que prendroys, ce voyant seroit petit, considerant que la moindre partie de moy, qui est le corps, demoureroit, et que la meilleure, qui est l’ame et par laquelle demeure nostre nom en benediction entre les hommes, seroit degenerante et abastardie ; ce que je ne dis par defiance que je aye de ta vertu, laquelle m’a esté jà par cy devant esprouvée, mais pour plus fort te encourager à proffiter de bien en mieulx. Et ce que presentement te escriz n’est tant affin qu’en ce train vertueux tu vives, que de ainsi vivre et avoir vescu tu te resjouisses et te refraischisses en courage pareil pour l’advenir. A laquelle entreprinse parfaire et consommer, il te peut assez souvenir comment je n’ay rien espargné ; mais ainsi te y ay je secouru comme si je n’eusse aultre thesor en ce monde que de te veoir une foys en ma vie absolu et parfaict, tant en vertu, honesteté et preudhommie, comme en tout sçavoir liberal et honeste, et tel te laisser après ma mort comme un mirouoir representant la personne de moy ton pere et, sinon tant excellent et tel de faict comme je te souhaite, certes bien tel en desir. Mais, encores que mon feu pere, de bonne memoire, Grandgousier eust adonné tout son estude à ce que je proffitasse en toute perfection et sçavoir politique, et que mon labeur et estude correspondit très bien, voire encores oultrepassast son desir, toutesfoys, comme tu peulx bien entendre, le temps n’estoit tant idoine ne commode es lettres comme est de present, et n’avoys copie de telz precepteurs comme tu as eu. Le temps estoit encores tenebreux et sentant l’infelicité et la calamité des Gothz, qui avoient mis à destruction toute bonne literature. Mais, par la bonté divine, la lumiere et dignité a esté de mon eage rendue es lettres, et y voy tel amendement que de present à difficulté seroys je receu en la premiere classe des petitz grimaulx, qui, en mon eage virile, estoys (non à tord) reputé le plus sçavant dudict siecle. Ce que je ne dis par jactance vaine, - encores que je le puisse louablementfaire en t’escripvant, comme tu as l’autorité de Marc Tulle, en son livre de Vieillesse, et la sentence de Plutarche au livre intitulé : Comment on se peut louer sans envie, - mais pour te donner affection de plus hault tendre. Maintenant toutes disciplines sont restituées, les langues instaurées : Grecque, sans laquelle c’est honte que une personne se die sçavant, Hebraïcque, Caldaïcque, Latine ; les impressions, tant elegantes et correctes, en usance, qui ont esté inventées de mon eage par inspiration divine, comme à contrefil, l’artillerie par suggestion diabolicque. Tout le monde est plein de gens savans, de precepteurs tres doctes, de librairies tres amples, qu’il m’est advis que, ny au temps de Platon, ny de Ciceron, ny de Papinian, n’estoit telle commodité d’estude qu’on y veoit maintenant. Et ne se fauldra plus doresnavant trouver en place ny en compaignie, qui ne sera bien expoly en l’officine de Minerve. Je voy les brigans, les boureaulx, les avanturiers, les palefreniers de maintenant plus doctes que les docteurs et prescheurs de mon temps. Que diray je ? Les femmes et filles ont aspiré à ceste louange et manne celeste de bonne doctrine. Tant y a que, en l’eage où je suis, j’ay esté contrainct de apprendre les lettres Crecques, lesquelles je n’avois contemné comme Caton, mais je n’avoys eu loysir de comprendre en mon jeune eage ; et voluntiers me delecte à lire les Moraulx de Plutarche, les beaulx Dialogues de Platon, les Monumens de Pausanias et Antiquitez de Atheneus, attendant l’heure qu’il plaira à Dieu, mon createur, me appeller et commander yssir de ceste terre. Parquoy, mon filz, je te admoneste que employe ta jeunesse à bien profiter en estudes et en vertus. Tu es à Paris, tu as ton precepteur Epistemon, dont l’un par vives et vocables instructions, l’aultre par louables exemples, te peut endoctriner. J’entends et veulx que tu aprenes les langues parfaictement : premierement la Grecque, comme le veult Quintilian, secondement la Latine, et puis l’Hebraïcque pour les sainctes letres, et la Chaldaïcque et Arabicque pareillement ; et que tu formes ton stille, quand à la Grecque, à l’imitation de Platon, quand à la Latine, àCiceron. Qu’il n’y ait hystoire que tu ne tienne en memoire presente, à quoy te aydera la Cosmographie de ceulx qui en ont escript. Des ars liberaux, geometrie, arismeticque et musicque, je t’en donnay quelque goust quand tu estoys encores petit en l’eage de cinq à six ans ; poursuys la reste, et de astronomie saiche en tous les canons ; laisse moy l’astrologie divinatrice et l’art de Lullius, comme abuz et vanitez. Du droit civil, je veulx que tu saiches par cueur les beaulx textes et me les confere avecques philosophie. Et, quand à la congnoissance des faictz de nature, je veulx que tu te y adonne curieusement : qu’il n’y ayt mer, riviere ny fontaine, dont tu ne congnoisse les poissons ; tous les oyseaulx de l’air, tous les arbres, arbustes et fructices des forestz, toutes les herbes de la terre, tous les metaulx cachez au ventre des abysmes, les pierreries de tout Orient et Midy, rien ne te soit incongneu. Puis songeusement revisite les livres des medicins Grecs, Arabes et Latins, sans contemner les Thalmudistes et Cabalistes, et par frequentes anatomies, acquiers toy parfaicte congnoissance de l’aultre monde, qui est l’homme. Et, par lesquelles heures du jour commence à visiter les sainctes lettres : premierement, en Grec, le Nouveau Testament et Epistres des Apostres, et puis, en Hebrieu, le Vieulx Testament. Somme, que je voy un abysme de science. Car, doresnavant que tu deviens homme et te fais grand, il te fauldra yssir de ceste tranquillité et repos d’estude, et apprendre la chevalerie et les armes pour defendre ma maison, et nos amys secourir en tous leurs affaires contre les assaulx des malfaisans. Et veux que, de brief tu essaye combien tu as proffité, ce que tu ne pourras mieulx faire que tenent conclusions en tout sçavoir, publiquement, envers tous et contre tous, et hantant les gens lettrez qui sont tant à Paris comme ailleurs. Mais parce que, selon le saige Salomon, sapience n’entre poinct en ame malivole et science sans conscience n’est que ruine de l’ame, il te convient servir, aymer et craindre Dieu, et en luy mettre toutes tes pensées et tout ton espoir, et par foy formée de charité, estre à luy adjoinct, en sorte que jamais n’en soys désamparé par peché. Aye suspectz les abus du monde. Ne metz ton cueur à vanité, car ceste vie est transitoire, mais la parolle de Dieu demeure eternellement. Soys serviable à tous tes prochains et les ayme comme toy mesmes. Revere tes precepteurs ; fuis les compaignies des gens esquelz tu ne veulx point resembler, et, les graces que Dieu te a données, icelles ne reçoipz en vain. Et, quand tu congnoistras que auras tout le sçavoir de par delà acquis, retourne vers moy, affin que je te voye et donne ma benediction devant que mourir. Mon filz, la paix et grace de Nostre Seigneur soit avecques toy. Amen. De Utopie. ce dix septiesme jour du moys de mars.

Ton père,

GARGANTUA "

Ces lettres receues et veues, Pantagruel print nouveau courage, et feut enflambé à proffiter plus que jamais, en sorte que, le voyant estudier et proffiter, eussiez dict que tel estoit son esperit entre les livres comme est le feu parmy les brandes, tant il l’avoit infatigable et strident.

Répondre à cet article

SPIP | squelette | | Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0