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L’Arabie, tout sauf un désert resté en dehors de l’histoire

dimanche 18 août 2019, par Alex

Un des livres par lequel peut être abordée l’histoire de l’Arabie est la biographie d’Ibn Séoud par l’écrivain d’extrême droite Benois-Méchin.

On a peine à se représenter l’Arabie autrement que comme une masse désertique de pierres et de sable, comme un brasier qui se consumme lentement sous un soleil dévorant. Contriairement à beacoup d’autres contrées du monde, c’est un pays où le rôle primordial de la terre a été confisqué au profit de la lumière et du ciel. Il semble avoir été façonné dans une substance immatérielle et ses horizons ressemblent moins à des paysages qu’à ces images incandescentes qui naissent au coeur du feu.(...)

Pendant plusieurs milliers d’années, les choses restèrent inchangées. Aux lisières de l’Arabie, telles des fusées étincelantes, des civilisations naquirent montèrent vers leur zénith, brillèrent d’un éclat fulgurant, puis déclinèrent. Leur ascension et leu chute étaient si rapide que leur splendeur s’effaçait devant le sentiment de leur fragilité.

Des royaumes surgirent ainsi et retournèrent au néant. A l’est, sur les rives du Tigre et de l’Euphrate, on vit grandir successivement Ur, Babylone, Ninive, Cstésiphon, et autour de ces opulentes cités, les empires des Sumériens, des Akkadiens, des Assyriens et des Perses. Tous sombrèrent les uns après les autres, ne laissant subsister à l’horizon qu’un chapelet de villes défuntes, dont les arches triomphales achevaient de se dissoudre sous le soleil. A l’ouest, dans la vallée du Nil, autour de Thèbes et de Memphis, l’Egypte des Pharaons monta et atteignit au sommet de sa magnificence. A son tour elle sombra dans la mort, et l’on entendit plus que le cris aigu des éperviers, planant sur les décombres des hypogées royaux.

Cette grandiose introduction à la fondation du royaume d’Arabie Séoudite contient une philosophie de l’histoire : l’histoire est faite de cycles grandeur et décadence de « civilisations » distinctes, tout n’est que vanité, nous sommes poussière et retourneront à la poussière. L’Arabie incarnerait plus que les autres cette destinée fatale en ne parcourant même pas de cycles, car elle serait restée en dehors de l’histoire, dans un état de ruine non seulement comme état final, mais aussi comme état initial, incarnant une sorte de vérité éternelle non soumise à l’évolution, à l’Histoire

Mais l’Arabie resta à l’écart de ces mouvements. Repliée sur elle-même, immobile et silencieuse, elle se refusait au temps, au changement, à l’Histoire. Le monde civilisé ne parvenait pas à franchir le rideau de feu qui la dérobait aux regards.

Benoist-Méchin, Ibn-Seoud ou la naissance d’un royaume (1955)

Certes nous forçons peut-être un peu le trait en essayant de dégager une philosophie de l’histoire de ces quelques lignes. Cependant cette vision pèse sur le lecteur occidental non informé, renforcée par la promotion des livres d’explorateurs souvent mystiques.

Benoist-Méchin lui même donne une clé pour la compréhension de l’Arabie, dans un passage en contradiction avec son introduction :

Koweït - ce n’étaient pas les ruelles étroites et tortueuses de Ryad, ni l’immensité désolée du Ruba-al-Khali (le quart vide, région désertique explorée par Wilfred Thesyger). C’était un port important situé non loin de l’embouchure de l’Euphrate, le « Marseille de l’Orient » comme le disaient, non sans quelque forfanterie, les caboteurs du Golfe Persique.

La population de Koweït était accueillante et bigarrée. Ses rues et ses quais bourdonnaient d’une activité pittoresque. On y coudoyait des marchands venus de Téhéran et de Bombay, des Persans et des Hindous, des Syriens originaires d’Alep et de Damas, des Arméniens, des Turcs, des Juifs et des Européens. De Koweït, des caravanes partaient dans toutes les directions : vers la Perse, vers l’Arabie centrale, vers l’Egypte , vers la Syrie. Le commerce y florissait, mais aussi l’espionnage. La plupart des grandes puissances y entretenaient des représentants — consuls et agents secrets — camouflés en négociants, en missionnaires ou en archéologues.

Au milieu de cette animation, si nouvelle pour lui, Abdul-Aziz mena la vie des jeunes Arabes de son âge. Il flânait sur les quais, se mêlant aux conversations des matelots et des trafiquants qui venaient de Périm ou d’Aden, de Goa ou de Ceylan. Il écoutait avec avidité les récits des voyageurs et y cueillait au passage des bribes d’informations émanant de Bagdad, de Damas ou de Constantinople. Il avait l’impression de se touver au centre de l’univers.

Certes la description ci-dessus est celle de Koweït en 1895. Une des mensonges de l’histoire contemporaine, véhiculées par y compris par les auteurs locaux, est le fait que c’est le colonialisme anglais qui a propulsé cette région dans l’histoire, certes avec les regrettables effets secondaires :

C’est à ce premier mythe qu’il faut tordre le cou : la description du Koweït en 1895 aurait pu être appliquée à un des nombreux ports de la Péninsule de l’Antiquité jusqu’à l’époque de l’irruption des puissances navales coloniales (Portugal, Hollande Angleterre, France).

Dès l’antiquité, le commerce de l’Orient et de l’Occident avait tracé deux voies principales : la route de la mer Rouge et de l’Egypte, et la route du Golfe et d’al-Châm (la grande Syrie), toutes deux sous domination arabe. Omanais et Yéménites évoluaient dans le Golfe et l’océan Indien tandis que les Phéniciens sillonnaient la mer Rouge et le bassin méditerranéen. Leur rôle était alors parallèle et complémentaire.

La Phénicie (al-Bunduqiyya, en arabe), l’une des principales plaques tournantes du commerce antique, était, grâce à sa flotte, l’intermédiaire obligatoire entre l’Orient et l’Occident.

Oman - Une Démocratie Islamique Millénaire. (Hussein GHUBASH, 1998)

Cette situation sur les routes du commerce maritime est fondamentale. L’Arabie fut liée à tous les empires maritimes depuis que l’Histoire a commencé, par exemple au travers de l’exploration de matières premières présentes dans Péninsule, bien avant le pétrole :

De nombreuses statues du roi Gudea (pour la plupart en diorite) et des fragments de bas-reliefs ont été découverts sur le site de Tello, anciennement Girsu. La matière première, belle pierre dure importée sans doute d’Arabie méridionale, a été retrouvée en telle quantité que l’on doit songer à un approvisionnement régulier et quantitativement important, ce qui implique des relations suivies et un système économique équilibré. On sait d’après les textes que la diorite, qui est la pierre majoritairement utilisée pour les représentations de Gudea provenait du « pays de Magan » qui correspond à l’actuel sultanat d’Oman. Gudea,

L’historien Pirenne mentionne aussi cette contribution d’Oman (Magan) au commerce. L’Histoire commence à Sumer et un des piliers de ce développement est le commerce lointain, qui par diffusion fait apparaitre d’autres foyers de développement, dont certains se trouvent en Arabie :

La simple énumération des matériaux de construction et des produits divers que les Sumériens amenaient régulièrement dans leurs villes, groupées dans le delta mésopotamien, prouve le rôle que le commerce lointain joua dans leur développement, et l’importance qu’ils durent attacher à la sécurité des voies fluviales, maritimes et caravanières dont dépendait entièrement leur richesse. Tout naturellement ces voies ont donné naissance à des centres de commerce. (...)

Ce n’est guère qu’avec la domination exercée par la ville maritime d’Our, qu’il devient possible de fixer approximativement une chronologie. Elle se placerait entre 2600 et 2500 (avant J.C.). Our est à ce moment une grande place de commerce international. Elle importe le bitume de Soubartou, le cuivre du Caucase, l’argent de Cilicie ou d’Elam, l’or d’Elam, de Cappadoce et de Syrie, la pierre calcaire de la vallée supérieure de l’Euphrate, la diorite de Maga sur le Golfe Persique, l’albâtre de Perse. De Syrie où elle va chercher le bois de cèdre, elle trafique avec l’Egypte. Le lapis-lazuli est amené en Extrême-Orient par des marchands que les caravanes sumériennes rencontrent à la « Montagne du lapis » en Iran.

Civilisations Antiques (Jacques PIRENNE, 1951)

Le commerce lointain est depuis des millénaires une des bases de l’insertion de la Péninsule arabe dans l’économie mondiale. Prenons à nouveuau le cas d’Oman :

L’existence d’établissements humains du troisième millénaire en Oman est à présent bien établie (...) On sait aussi que Magan (=Oman pour les Perses), exportateur à destination de la Mésopotamie, avait exploré des sites pour la fonte du cuivre. Autrement dit, une civilisation ancienne se développa sur le territoire actuel d’Oman. Et celle-ci ne fut pas seulement basée sur l’agriculture, l’exportation de mastic vers l’Egypte ou de cuivre vers Sumer. Elle s’adonna également à la construction navale et au commerce maritime. (...) A partir du IVe siecle avant J-C, il est possible de suivre l’activité commerciale des anciens Omanais jusqu’en Chine. On sait qu’ils s’implantèrent dans la ville de Canton. Et la relation omano-chinoise demeura établie dès lors, jusqu’à la fin du Moyen Age, date à laquelle de nouvelles circonstances intérieures et extérieures, dues à l’arrivée de Portugais dans l’Océan Indien et dans le Golfe Arabe, mirent fin à la relation entre les deux pays.

A l’épouque de lq conquête musulmane les routes commerciales maritimes jouent un rôle fondamental

A cette époque la route maritime vers la Chine prédomine, du Golfe Persique jusqu’à Canton où, dès le VIIIe siècle, des colonies de marchands musulmans et juifs sont installées. (...) C’est à cette époque que se place l’origine des communautés musulmanes du nord de la Chine. (...) Le palmier-dattier est l’arbre de la Mésopotamie du golfe Persique, son pays d’origine et sa région privilégiée. Avant les conquêtes musulmanes, il avit déjà gagné la Syrie du sud, l’Egypte et le sud tunisien. La conquête en accroit l’extension : vers la Syrie du nord, la Cilicie notamment et surtout vers le Sahara occiedental, où l’extension de l’élevage du chameau, celle des forages de puits et celle de la culture du plamier sont liées et constituent les facteurs essentiels de la colonisation du désert.

L’Islam dans sa première grandeur, VIIIème-XIème siècle (Maurice Lombard, 1971)

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