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Quand le PCF servait de marchepied au parti « socialiste »…

dimanche 14 septembre 2014, par Robert Paris

Alors que la dernière fête de l’Huma est placée sous le signe de l’opposition à la social-démocratie gouvernante de Hollande-Valls, il convient de rappeler que le PCF-PG font partie de la "majorité électorale" qui a mis en place Hollande et que le PCF a toujours cautionné les tromperies de la social-démocratie en France... On en remontera pas à la caution du PCF au Front Populaire de 1936 avec Blum (qui désarmait la classe ouvrière face au fascisme et à la guerre) et au Front Républicain de 1956 (qui organisait la guerre d’Algérie alors qu’il était élu sur la programme de paix en Algérie). En 1981, Mitterrand est élu président comme candidat unique de la gauche, avec la caution du PCF et de la CGT. Pourtant Mitterrand a un lourd passé... Mitterrand, le social-démocrate choisi par le parti stalinien pour revenir au pouvoir, a accepté mais, ensuite, a ciblé le PCF et.. tiré ! Le crédit du PCF dans la classe ouvrière ne s’en est jamais relevé...

Tracts du PCF à Renault Billancourt

Quand le PCF servait de marchepied au parti « socialiste »… pour servir la bourgeoisie au gouvernement capitaliste et le payait de son influence dans la classe ouvrière et de son poids électoral

Avec une petite tentative de bande à part... C’est reparti pour l’alliance PCF-PS et la grande entente de façade Mitterrand-Marchais

Rappel historique

En mai 1968, le PCF, fer-de-lance de la contre-révolution depuis des décennies, allait se retrouver rapidement face à près de dix millions de grévistes. Avec son auxiliaire cégétiste, c’est lui qui réagit le plus rapidement, passés la surprise et l’affolement général de toute la bourgeoisie. Nous ne reviendrons pas sur le déroulement des faits largement repris dans notre presse. Le parti stalinien intervient sans cesse contre la plus grande grève de l’histoire de la classe ouvrière mondiale pour tenter de l’enrayer à plusieurs niveaux.

Comme le reste de la bourgeoisie, le PCF et la CGT sont d’abord pris de court par la grève sauvage de l’usine Sud-Aviation près de Nantes le matin du 14 mai, suivie le 15 par les chantiers navals de Bordeaux et par le débrayage spontané de l’usine Renault-Cléon près de Rouen qui envoie une délégation pour étendre la grève dans les autres usines de la Régie. Le 16, c’est l’usine de Renault-Flins près du Mans qui se met à son tour en grève et une délégation ouvrière de Cléon et de Flins pousse à son tour ceux de Billancourt à propager la lutte, atelier par atelier. Cette grève au cœur de la plus importante concentration ouvrière du pays et phare pour l’ensemble de la classe ouvrière, encourage des millions d’ouvriers à se lancer à leur tour dans la lutte. Deux heures plus tard, en accord avec le PCF, pour reprendre le contrôle d’un mouvement ouvrier qui lui échappe totalement, qui s’est déclenché contre sa volonté et qu’elle est incapable d’endiguer, la CGT, prenant le train en marche, lance elle-même un "appel à la lutte", bientôt imitée par les autres syndicats et décide de participer à l’occupation de Billancourt. Pour les syndicats et le PCF, il s’agit, au nom "de la protection de l’outil de travail" d’instaurer dans les grèves ouvrières un esprit-forteresse. Ce "cordon sanitaire" corporatiste, en apparence contre les "provocateurs gauchistes" qui auraient "infiltré" les étudiants, visait en réalité à permettre aux syndicats de reprendre le contrôle de la situation. Ceux-ci mirent en œuvre tout un travail de division, isolant entre eux les différents secteurs de la classe ouvrière, chacun dans son coin, pour empêcher celle-ci de se constituer en une force unie qui représenterait un danger bien plus important pour la bourgeoisie et serait bien plus difficile à vaincre par cette dernière. Les ouvriers qui tentaient de briser l’isolement syndical se voyaient dénoncés comme étant des provocateurs extérieurs à l’entreprise. Dans L’Humanité du 3 mai 68, l’éditorial de Georges Marchais intitulé "De faux révolutionnaires à démasquer", accuse le Mouvement du 22 Mars "dirigé par l’anarchiste allemand Cohn-Bendit" d’aller à l’encontre des intérêts de la masse des étudiants et de favoriser les provocations fascistes. Il dénonce "leur malfaisante besogne (des "gauchistes") qui tente de semer le trouble, le doute, le scepticisme parmi les travailleurs et, notamment les jeunes". Le 23 mai, la CGT approuve la décision d’interdiction de séjour du pouvoir gaulliste prise à l’encontre de Cohn-Bendit. Suite au célèbre "non à la chienlit !", prononcé par De Gaulle, et après les violences des 24 et 25 mai au Quartier latin, alors que le ministre de l’Intérieur incrimine "la pègre qui sort des bas-fonds de Paris dans la rue", L’Humanité renvoie le même écho en dénonçant les agissements de "la lie de la société". Toute cette diatribe qui focalise l’attention sur l’agitation étudiante et les menées des gauchistes, en tentant d’en faire un repoussoir pour la classe ouvrière, vise avant tout à empêcher les prolétaires de gagner massivement la rue à leur tour et à les empêcher de participer ainsi activement à une politisation plus intense de leur combat de classe. Et Waldeck Rochet retrouve les accents chauvins de Thorez lors d’un meeting parisien le 1er juin : "Nous avons dit et nous disons : (...) le drapeau des luttes de la classe ouvrière, dans le monde moderne, (...) c’est tout à la fois le drapeau rouge du socialisme et le drapeau tricolore de la grande Révolution française, le drapeau de la nation. (...) Le seul parti révolutionnaire (...), c’est le parti communiste français servant efficacement les intérêts des travailleurs, du peuple et du pays. A l’inverse, les pseudo révolutionnaires (...) visent à diviser la classe ouvrière, à défigurer le mouvement révolutionnaire et la démocratie. Ils font le jeu du pouvoir gaulliste. Nous ne permettrons pas que la gesticulation et l’aventurisme compromettent le succès de la lutte pour la démocratie et pour le socialisme."

Après une entrevue secrète entre Krasucki, alors numéro 2 de la CGT et membre du comité central du PCF, et Chirac, secrétaire d’Etat à l’emploi, les syndicats appellent à l’ouverture de négociations avec le patronat que le gouvernement Pompidou s’empresse d’accepter. Les négociations commencent le 25 mai. Dès le premier jour, le leader de la CGT, Séguy et le gouvernement s’entendent en coulisses sur le montant de l’augmentation du salaire minimum garanti qu’ils vont faire semblant de négocier. Mais d’entrée, le patronat, qui ignore cet accord secret, accepte sans tergiverser le montant maximum lancé par les syndicats. Le 27 au matin, après la signature des accords de Grenelle, Séguy confie à un journaliste son soulagement : "La reprise ne saurait tarder". Dans la foulée, il se rend à l’usine de Billancourt pour présenter les accords et appeler à la reprise du travail. Il est copieusement sifflé par les ouvriers pour qui les 10% d’augmentation de salaires promis apparaissent comme une vaste mascarade. Séguy est contraint de désavouer les accords qu’il venait de parapher. Partout, les ouvriers refusent la reprise dans ces conditions et le mouvement de grèves s’élargit encore. La bourgeoisie devra lâcher d’autres concessions pour pouvoir amorcer une reprise du travail, alors que la CGT pousse aux côtés du gouvernement à négocier les accords secteur par secteur, branche par branche. Après l’annonce de la dissolution de l’Assemblée nationale le 30 mai, le PCF et la CGT multiplient leurs appels à la reprise pour que les élections, présentées comme "un pas de plus vers la victoire des ouvriers", puissent se tenir. Le PCF et la CGT ont systématiquement recours au mensonge et à l’intimidation pour casser la dynamique de la lutte ouvrière. Ainsi, à la RATP, ils font courir la fausse information d’une reprise dans certains dépôts. Et L’Humanité titre à l’avance dans sa "une" début juin : "Forts de leur victoire, des millions de travailleurs reprennent le travail". Malgré tous les efforts des staliniens pour faire reprendre le travail rapidement, conjointement avec les violentes évacuations policières des usines, ils ne parviendront à leurs fins qu’après la mi-juin dans la plupart des cas.

Le PCF décide qu’il est urgent de proposer une alternative en accélérant la dynamique "d’union des forces de gauche". Il demande désormais le départ de De Gaulle et appelle dès lors à la constitution de "comités pour un gouvernement populaire d’union démocratique". Cependant il exprime sa réprobation envers la manifestation conjointe de la CFDT et du PSU avec les "gauchistes" au stade parisien de Charléty le 27 mai et tente de la court-circuiter en organisant à la même heure, via la CGT, une douzaine de rassemblements différents dans la capitale. Le 29, la veille de la contre-manifestation des gaullistes, il organise avec les troupes de la CGT son propre défilé, conçu comme un contrepouvoir et fait savoir parallèlement, par l’intermédiaire du député gaulliste de Lipkowski, qu’il "est prêt, comme après la Libération, à assumer des responsabilités gouvernementales", sous la direction du général-président...

Cependant, le PCF et son auxiliaire syndicale sont poussés par la situation à s’engager de plus en plus résolument dans une dynamique d’union de la gauche et dans un programme commun de gouvernement, qui se posent comme seule alternative politique possible pour la bourgeoisie française au pouvoir gaulliste. Pour développer cette orientation, le parti stalinien se livre alors à une théorisation du capitalisme monopolistique d’Etat qui vient justifier tout son programme capitaliste d’Etat. Il s’agirait d’arracher le pouvoir des mains des monopoles du grand capital qui le confisquent. Cette pseudo-théorie sous couvert "d’orthodoxie" aux textes classiques du marxisme n’est qu’une dénaturation grossière de l’interprétation des monopoles évoquée par Lénine dans "L’impérialisme, stade suprême du capitalisme". Elle est officiellement intégrée dans les orientations du 18e congrès du PCF en 1967 et définitivement adoptée en 1971 par la section économique du comité central. Sous ce vernis "théorique", le rôle de l’Etat dans l’économie capitaliste en crise n’est souligné que pour justifier sa propagande : le pouvoir d’Etat est le levier essentiel dont il faut s’emparer à travers les élections et en s’appuyant sur le développement des nationalisations, présentées comme autant de mesures socialistes de "transformation" de la société capitaliste. C’est aussi pourquoi ces nationalisations sont posées comme l’enjeu fondamental du futur programme commun de la gauche.

Malgré le cuisant recul de la gauche aux élections du 30 juin 1968 et le refus opposé par la FGDS à l’appel du PCF pour une candidature commune de la gauche aux présidentielles de juin 69, le parti stalinien va enfourcher de plus belle son nouveau cheval de bataille : la conquête du pouvoir par l’union de la gauche à travers un programme "de démocratie avancée" qui "ouvre la voie au socialisme à la française". Ce cheval de bataille est exclusivement dirigé contre la reprise des combats de la classe ouvrière à l’échelle mondiale, dont mai 68 a été la première et la plus éclatante manifestation. Il est encouragé par les plus de 20% recueillis par Duclos aux présidentielles de 69, alors que l’échec de la candidature Defferre, qui se traduit par le pire score électoral jamais enregistré par la social-démocratie en France, pousse aussi le parti de Mitterrand à adopter une "nouvelle stratégie" pour ravaler sa façade.

En décembre 1969, c’est la reprise des discussions entre le PCF et la FGDS. Au 19e congrès du PCF en février 70, est officialisé "l’engagement du parti dans la voie du programme commun". Dans lemême temps, Georges Marchais est promu "secrétaire général adjoint" et prend les rênes du parti à la faveur de la maladie de Waldeck Rochet. Il sera officiellement intronisé au congrès suivant, en 1972. L’accord de désistements réciproques aux municipales de juin 1971 entre sociaux-démocrates et staliniens permet au PCF de gagner plusieurs municipalités importantes. Le 9 octobre de la même année, le "programme" du PCF est publié sous le titre "Changer de cap, programme pour un gouvernement démocratique d’union populaire" avec en vedette une liste de nationalisations, définies comme "l’instrument déterminant du programme de changement démocratique".

Le parti stalinien va désormais, à partir de 1970, et pendant toute une décennie, avec l’aide de son appendice syndical cégétiste, mobiliser massivement les prolétaires avec la mystification de l’application du "programme commun" et systématiquement piéger, dévoyer toutes les luttes ouvrières derrière la perspective d’un gouvernement de gauche, sur le terrain électoral. Ce programme commun de gouvernement est signé le 27 juin 1972 par les deux grands partis bourgeois de gauche auquel le Mouvement des radicaux de gauche ne tarde pas à se rallier. Lors du comité central du 29, Marchais s’en félicite et souligne dans son rapport : "L’essentiel, c’est que le programme commun (...) fournit un point d’appui très positif à un développement considérable de l’action unie des travailleurs, (...) permettant de créer les conditions les plus favorables pour mettre les masses en mouvement sur nos idées, nos solutions, nos objectifs". Ainsi, grâce au projet en grande partie dû à son initiative, et à sa capacité à mystifier de cette manière la classe ouvrière, le parti stalinien aura puissamment contribué à rassurer la classe dominante et à éloigner à nouveau le spectre de la révolution prolétarienne qui, en ressurgissant brusquement en mai 1968, venait de tant effrayer l’ensemble de la bourgeoisie. Le PCF en vient en janvier 1976, à travers les déclarations de Marchais à la veille du 22e congrès du PCF, à l’abandon de toute référence à "la dictature du prolétariat". Cet abandon n’a dans sa bouche, rien à voir de près ou de loin avec la classe ouvrière. Depuis près d’un demi-siècle qu’il est devenu un parti bourgeois, le parti de Marchais est totalement étranger à l’organisation du prolétariat en période révolutionnaire pour assurer sa domination et son contrôle politique sur l’ensemble de la société. "L’abandon de la dictature du prolétariat" en termes staliniens ne signifie pas autre chose que l’annonce du renoncement à la fidélité à l’Etat russe, et l’ensemble de la bourgeoisie ne s’y trompe pas. Cette déclaration idéologique n’a qu’un seul but : amadouer et rassurer les autres fractions de la bourgeoisie, ainsi que les couches de la petite-bourgeoisie dont il aspire à gagner les voix au moment des élections, en tentant de les persuader de son sérieux en matière de prise de distance avec le bloc russe. Dans cette période, le PCF va d’ailleurs jusqu’à "soutenir" le mathématicien dissident Plioutch en 1976 et multiplie les critiques contre "les atteintes aux droits de l’homme et à la démocratie" en URSS. Pour la première fois, il admet même officiellement ce qu’il se refusait à reconnaître vingt ans plus tôt, "certaines erreurs commises en Russie sous l’ère de Staline". C’est aussi à ce moment-là qu’il reprend avec force les discours chauvins et nationalistes, à la manière de Thorez de 1936 et de 1945 : "Tout ce qui est national est nôtre !" pour réaffirmer son attachement à la défense du capital national. Il se lance dans de grandes campagnes idéologiques sur le thème "produisons français" :"pour acheter français, il faut d’abord fabriquer français." Entre autres exemples, L’Humanité du 10/02/1977 stigmatise le manque de civisme de ces "maîtres de la France qui se permettent de fermer les mines et d’acheter du charbon à l’étranger, de liquider les entreprises françaises et de s’installer à Hong-Kong ou en Thaïlande, de placer leurs capitaux un peu partout et notamment en Suisse, et de laisser des pans entier de notre économie passer sous domination étrangère." Tandis que les municipalités staliniennes, en campagne électorale permanente, multiplient caricaturalement les "rallyes de la lutte", les fêtes, les goûters, les vins d’honneur "communistes", le PC déverse son poison nationaliste. A longueur de meetings, de "journées d’action" ou de manifs, il martèle, puissamment relayé par la CGT, que les patrons et le gouvernement bradent, cassent, sabotent l’économie nationale. La rupture du Programme commun Grâce à la stratégie du Programme commun, la bourgeoisie française est ainsi parvenue à atteindre son objectif essentiel : remettre en selle l’ensemble de ses forces de gauche derrière la mystification électorale et, par ce moyen, contrer efficacement la remontée des luttes ouvrières (ainsi, la bourgeoisie se vante d’avoir obtenu en 1976 le plus bas niveau d’heures de grève de la décennie). Mais, parvenue à ce point, les rouages de cette machine se grippent. Le PCF ne tarde pas à remettre en cause le programme commun. Une des raisons en est qu’il s’aperçoit que, malgré ses concessions, ces accords et la dynamique d’union de la gauche profitent essentiellement à son "allié" qui, lui, est pleinement soutenu par l’oncle Sam, le PS. Ce dernier se sert en effet du programme commun de la gauche comme d’un tremplin, depuis sa reprise en mains par Mitterrand. Celui-ci avait d’ailleurs promis devant l’Internationale Socialiste en 1972 de "prendre", à travers cette stratégie, "3 millions de voix au PC". Sur le plan électoral, après être descendu à 6% des voix aux présidentielles de 1969, le PS est remonté à plus de 19% et talonne désormais le PCF qui se maintient à 21,4% aux élections législatives de mars 1973. Et aux présidentielles de 1974, c’est en pure perte que le PCF accepte dès le premier tour de faire de Mitterrand le candidat unique de la gauche, puisque celui-ci déclare aussitôt sans ambages ne pas être lié par le programme commun, ni par ses accords électoraux avec le PC. Le déclin du PC au profit du PS allait se confirmer à travers différentes élections partielles. Le PCF persévère pourtant et multiplie les concessions, d’abord sur le nombre et le rythme des nationalisations qui constituent pourtant son grand cheval de bataille. De même, au printemps 1977, il ne s’oppose plus à l’élection au suffrage universel du Parlement européen qu’il avait vivement combattue au nom de la défense de la "souveraineté nationale". Et surtout, en mai de la même année, il renonce à sa traditionnelle opposition "pacifiste" (en fait au bénéfice de l’URSS) à l’armement nucléaire. Mais au fur et à mesure qu’il transige avec le PS et qu’il s’éloigne de la tutelle du bloc russe, il manifeste de plus en plus clairement ses craintes de se faire phagocyter par le PS. Il redoute de subir une usure rapide de crédit en cas de participation au gouvernement, alors qu’il ne dispose plus d’une marge de manœuvre et de moyens suffisants pour mener sa propre politique capitaliste d’Etat. Bref, il craint de devenir le dindon de la farce et, une fois au pouvoir, de perdre son emprise sur la classe ouvrière. C’est pourquoi en prenant l’initiative de la rupture du programme commun en septembre 1977, le PCF réaffirme la spécificité de son programme stalinien et, sous prétexte de ses désaccords avec le PS, il se prépare à mieux disposer de ses forces dans l’opposition, contre le développement de la lutte de classe.

Au Parti socialiste, la position de François Mitterrand, premier secrétaire depuis 1971, est fragilisée par la double défaite de la gauche, à l’élection présidentielle en 1974, et aux élections législatives de 1978. C’est le soutien du PCF qui va le sauver…

Contesté en interne, en particulier par Michel Rocard, François Mitterrand conserve cependant la maîtrise du parti, bien qu’il puisse sembler, à bien des égards, être un « homme du passé », comme lui a cruellement dit Valéry Giscard d’Estaing lors du débat télévisé de la présidentielle en 1974. Candidat battu en 1965 et en 1974, plusieurs fois ministre important sous la IVe République, qualifié de manipulateur « florentin » par ses adversaires, sa carrière politique a failli être définitivement compromise lors de l’affaire de l’Observatoire en 1959, et par sa déclaration de candidature prématurée lors des événements de mai 1968. À force d’opiniâtreté et grâce à son habileté de stratège, il a néanmoins réussi à s’imposer comme chef de file de la gauche non communiste. D’abord en s’affirmant comme principal opposant au général De Gaulle en 1965. Ensuite, en prenant le contrôle du Parti socialiste, au cours du congrès d’Épinay en 1971, en s’appuyant à la fois sur l’aile droite (motion Mauroy/Gaston Defferre) et l’aile gauche (motion Chevènement) du parti. L’année suivante, l’Union de la gauche, stratégie poursuivie par Mitterrand depuis le début des années 1960, se concrétise avec l’adoption d’un programme commun de gouvernement par le Parti socialiste, le Parti communiste français, et le Mouvement des radicaux de gauche, portant notamment sur les nationalisations, la réduction du temps de travail et le désarmement nucléaire.

Malgré la défaite sur le fil de François Mitterrand à l’élection présidentielle en 1974, la dynamique électorale du PS est bien enclenchée dans les années 1970, et les socialistes prennent le dessus sur les communistes. Le PCF est encore devant le PS en nombre d’électeurs lors des législatives de 1973, mais ce rapport de force s’inverse au cours des élections suivantes. La percée du Parti socialiste est spectaculaire lors des élections municipales de 1977 : il prend à la droite les mairies de Nantes, Montpellier, Angers, Rennes, Brest, Poitiers, Angoulême, Valence, La Roche-sur-Yon, Chartres, Cherbourg, Chambéry, Albi, Belfort, Hyères, Beauvais, Épinal, Alençon, Bourg-en-Bresse, Castres, Dreux, Roanne, Aurillac, Saint-Malo, etc. Les conquêtes du PCF ne sont pas négligeables (Le Mans, Saint-Étienne, Reims, Châlons-sur-Marne, Tarbes, Béziers, Bourges, Évreux, Montluçon, Saint-Quentin, La Ciotat, Thionville, etc.), mais moindres. L’ennui, pour les communistes, c’est que l’idée selon laquelle l’Union de la gauche lui donnerait la possibilité de « plumer » les socialistes, et de s’en servir pour accéder au pouvoir, est en train de s’inverser. Tandis que le PS progresse, le PCF stagne et est menacé d’être réduit à une force d’appoint.

Lors des élections législatives de 1978, pour la première fois depuis la Seconde Guerre mondiale dans une élection de ce type, les socialistes (22,79 %) font mieux que les communistes (20,61 %) au premier tour. Le PS progresse de 3,69 points par rapport aux précédentes législatives et se classe premier parti de France. Jusque alors, la somme des voix de la gauche parlementaire n’a jamais été aussi élevée depuis la fondation de la Ve République. Cependant, malgré les prédictions des sondages, ce n’est pas suffisant pour faire gagner la gauche, qui ne recueille que 48,57 % des voix au second tour, alors que 50,2 % des voix exprimées au premier tour s’étaient portées sur un parti de ce bord. Georges Marchais a rechigné sur le principe de désistement au second tour au profit du candidat de gauche le mieux placé, moquant la « discipline républicaine » prônée par François Mitterrand. De plus, malgré la rupture de l’Union de la gauche, cette alliance était toujours revendiquée par le PS, et les analyses électorales reflètent clairement que nombre d’électeurs modérés ont renoncé à voter pour les candidats socialistes, de crainte de voir les communistes parvenir au pouvoir.

Rupture de l’Union de la gauche oblige, les communistes présentent leur propre candidat à l’élection présidentielle, ce qu’ils n’avaient plus fait depuis la campagne de Jacques Duclos, qui était arrivé en tête de la gauche en 1969, avec 21,27 % des voix. Désigné pour la forme par une conférence nationale du PCF le 12 octobre 1980, Georges Marchais est le premier candidat important à se présenter officiellement à la présidentielle.

Le candidat communiste est si virulent vis-à-vis de son ex-partenaire de l’Union de la gauche, François Mitterrand, qu’il affirme qu’il ne se désisterait pas automatiquement en sa faveur au deuxième tour, continuant à considérer la « discipline républicaine » comme une formule « périmée ». Le 13 septembre 1980, à la Fête de l’Humanité, il a déclaré que si Mitterrand est élu à la tête de l’État, il ferait la même politique de droite que Valéry Giscard d’Estaing. Il continue par la suite à dénoncer les « convergences » entre le PS et l’Élysée. En janvier 1980, Georges Marchais va encore plus loin en prétendant révéler qu’une « vaste opération politique » est en cours ; selon lui, Michel Debré et Jacques Chirac prendraient contact avec François Mitterrand pour constituer « une sorte de trait d’union entre le Parti socialiste et la majorité actuelle », ce qu’il appelle « le consensus à trois ». Il accuse ainsi les socialistes d’être opposés à une politique de relance par la consommation, d’être complices d’un plan européen de démantèlement de l’industrie, et de vouloir exercer une répression contre les travailleurs.

Au nom de la défense de l’intérêt des ouvriers et des habitants des quartiers populaires, le Parti communiste mène une campagne sur l’immigration qui suscite de vives polémiques. Elle commence le 5 novembre 1980, lorsque le bureau politique du PCF réclame l’arrêt de l’immigration. Le 23 décembre, une troupe dirigée par le maire communiste de Vitry-sur-Seine dévaste un foyer pour immigrés dans lequel devaient être logés des travailleurs maliens. La fédération du Val-de-Marne du PCF déclare : « Après le coup de force du maire giscardien de Saint-Maur, soutenu par le préfet du Val-de-Marne, qui a chassé 300 travailleurs maliens de Saint-Maur et les a installés clandestinement dans une propriété de l’office municipal de Vitry, une tapageuse campagne de calomnies a été déclenchée - du parti giscardien au parti socialiste en passant par la FEN et la CFDT - contre les communistes et particulièrement contre la municipalité et son maire, Paul Merciera, qui se sont opposés à cette opération visant à maintenir et à développer les cités ghettos dans les communes ouvrières » Georges Marchais approuve cette action, et participe à une ’« manifestation contre le racisme »’ le 10 janvier 1981 dont les mots d’ordre sont : « pour riposter au racisme du pouvoir giscardien, exprimer leur solidarité avec le maire de Vitry, exiger le relogement des travailleurs maliens à Saint-Maur dans des conditions décentes » et "« contre le coup de force du maire raciste giscardien de Saint-Maur »). Les communistes veulent faire valoir que les foyers d’immigrés sont pour la plupart situés dans des communes de gauche, et que leur répartition n’est donc pas équitable. Des initiatives de la même teneur se multiplient dans les rangs du PCF. La fédération d’Ille-et-Vilaine proteste, au nom de la laïcité, contre la construction d’un centre islamique à Rennes. Le quotidien Libération révèle que les municipalités communistes de Nanterre et Saint-Denis, tout comme celle d’Amiens, cherchent à limiter la proportion d’immigrés dans les HLM. Le maire communiste d’Ivry-sur-Seine décide d’en faire autant avec les colonies de vacances. La plupart des organisations de la gauche non communiste s’indignent de ces positions qu’elles comparent à celles de l’extrême-droite, et des intellectuels, tels qu’Alain Badiou qui est alors militant de l’Union des communistes de France marxiste-léniniste, accusent le PCF de racisme. Hassan Bouakra, membre du Comité fédéral de Paris du PCF, démissionne. La campagne antidrogue du maire communiste de Montigny-lès-Cormeilles, Robert Hue, suscite une nouvelle polémique à partir du 7 février 1981, en stigmatisant encore une fois des immigrés selon certaines sources. Une manifestation a en effet été organisée devant le domicile d’une famille marocaine accusée de vendre de la drogue à des enfants. Dans cette affaire, le PCF fait l’unanimité parmi les autres candidats, de droite comme de gauche, contre lui. Georges Marchais, en conférence de presse, soutient le maire de Montigny, en réfutant les accusations de délation et en estimant qu’il vient en aide à la jeunesse.

La campagne de 1981 est marquée par une hausse du nombre d’adhésion au PCF. Les sondages sont de plus en plus favorables à Georges Marchais qui passe de 17 % en janvier 1981 à 20 % à la veille du premier tour, tandis que François Mitterrand passe de 24,5 % en février 1981 à 21,5 % à la veille du premier tour. Pour les communistes, cette élection est un moyen de retrouver le leadership à gauche. Georges Marchais propose notamment le rétablissement de la planification économique, la nationalisation de toute les grandes entreprises et la hausse du SMIC. Enfin, il devient un personnage extrêmement populaire parmi les médias. Mais le 26 avril 1981, le choc est de taille, Georges Marchais n’obtient que 15,35 % des voix, se retrouvant dix points derrière François Mitterrand. Il rallie Mitterrand au second tour. Aux élections législatives de 1981, le PCF confirme son déclin : avec 16,13 %, il tombe à 44 députés, perdant des sièges notamment pour la première fois en Seine-Saint-Denis au profit du PS alors qu’il y avait réalisé le grand chelem en 1978. Il obtient alors, comme il l’avait toujours réclamé, le droit de participer à un gouvernement de gauche de la Ve République avec le PS, le MRG, et plus tard à partir de mars 1983 le PSU. Mais cette participation est modeste : quatre ministres sur quarante-deux.

Malgré les relations houleuses entre le PS et le PCF, les communistes, de plus en plus isolés, n’en continuent pas moins à réclamer vigoureusement des ministères en cas de victoire de François Mitterrand. Georges Marchais affirme ainsi, le 3 février 1981, que c’est une condition indispensable pour mettre en place une « véritable politique nouvelle », car seuls les communistes seraient réellement pour le changement. À cette question plusieurs fois renouvelée, François Mitterrand se contente de réponses évasives quand il ne renvoie pas la balle aux communistes en déclarant que cela dépendra de leur comportement.

François Mitterrand est officiellement désigné comme candidat du Parti socialiste le 24 janvier 1981 lors du congrès de Créteil, après un vote lors duquel 83,64 % des adhérents s’expriment en sa faveur. Sa fonction de premier secrétaire du parti, laissée vacante, est dès lors occupée par Lionel Jospin. À cette occasion, le PS fait la démonstration de son unité, tous les courants, y compris ceux de ses anciens adversaires comme Michel Rocard, se rangent derrière Mitterrand. Au cours du même congrès, Le PS adopte un manifeste dessinant un programme de gouvernement en 110 propositions. D’après Michel Charasse, dans un livre qu’il a publié en 1996, c’est lui que Mitterrand aurait chargé, peu de temps avant le Congrès, de rédiger un programme clair en plusieurs points, comme celui que les communistes venaient d’élaborer pour la candidature de Georges Marchais. Toutefois, ce programme ne sera vraiment mis en avant qu’après l’élection, et est éclipsé, durant la campagne par le simple slogan « Changer la vie ».

À gauche, Arlette Laguiller, Huguette Bouchardeau et Michel Crépeau se rallient rapidement à François Mitterrand, entre le soir et le surlendemain du premier tour. C’est le cas de plusieurs leaders syndicaux, tels que Edmond Maire, secrétaire général de la CFDT. Le 28 avril, le comité central du PCF se réunit. Charles Fiterman tance les sympathisants qui ont voté utile dès le premier tour : « Vous n’avez pas mesuré le risque que vous avez pris en contribuant à diminuer l’influence de notre parti. » Les dirigeants communistes se résolvent à soutenir le candidat socialiste, ne pouvant pas vraiment faire autrement, risquant soit de ne pas être suivis dans le cas contraire, soit d’être accusés de faciliter la victoire de la droite. Le même jour, Georges Marchais appelle donc à voter pour Mitterrand. À la télévision, il déclare avoir obtenu certaines garanties en vue de l’adoption de certaines parties du programme communiste, et ajoute : « M’avez-vous déjà vu rouler gratuitement ? »

Mitterrand a obtenu 51,76 % des voix exprimées, choisi par 15 708 602 électeurs, soit 1 065 956 de plus que son adversaire, et 8 202 302 de mieux que son résultat du premier tour, quand Valéry Giscard d’Estaing n’a rallié que 6 419 874 nouveaux électeurs.

Il a été élu président grâce au soutien du PCF.

Avec 37,77 % des suffrages et 266 sièges sur 491 (on parle de « vague rose »), le Parti socialiste obtient à lui seul la majorité absolue, sans besoin de l’appoint des 44 députés du PCF. Sa position de parti hégémonique de la gauche, qu’il ne quittera plus, est ainsi confirmée.

Après les élections, quatre communistes (Charles Fiterman, Anicet Le Pors, Jack Ralite, Marcel Rigout) obtiennent des ministères (de second ordre) dans le deuxième gouvernement Mauroy…

Les ministres "communistes" du gouvernement bourgeois

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  • Marchais s’est même livré à une critique de l’attitude du Parti Communiste : « c’est ainsi que nous avons décidé de soutenir en 1965 la candidature de François Mitterrand, qui n’était membre ni du Parti Communiste, ni du Parti Socialiste... En 1974, dans les conditions nouvelles ouvertes par la signature du programme commun avec le Parti Socialiste, notre parti revint au soutien d’une candidature commune : celle de François Mitterrand devenu premier secrétaire du Parti Socialiste... Mais il faut bien aujourd’hui l’admettre, au lieu d’affronter ces difficultés considérables en présentant à chaque fois un candidat au premier tour, il (le parti) a cru pouvoir contourner l’obstacle en oevrant en faveur d’une candidature unique de la gauche. Cette attitude, c’est certain et nous le voyons aujourd’hui, n’a pas permis de faire face à la mise en cause de la crédibilité de notre parti dans cette bataille, devenue essentielle, de l’élection présidentielle. Elle a même contribué à nourrir chez nos électeurs l’idée du « vote utile » en faveur d’un candidat de gauche non communiste »...

    Marchais conclut par une formule aussi lapidaire qu’obscure : « C’est la forme d’union que nous avions conçue qui était porteuse de ces défauts. Je dis bien la forme d’union, car il n’a jamais été question, à l’opposé de la façon tendancieuse dont certains présentent notre attitude, de renoncer à l’union de la gauche pour battre la droite, assurer la victoire et aller de l’avant. J’y reviendrai » .

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