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Côte d’Ivoire : après la guerre civile de 2011, les classes dirigeantes se réconcilient une fois de plus sur le dos du peuple

lundi 26 septembre 2011, par Robert Paris

COTE D’IVOIRE :

LE FORUM DE RECONCILIATION DES POLITICIENS… ET DE TROMPERIE NATIONALE

Le forum dit de réconciliation nationale, qui a pris fin au début du mois dernier, s’est achevé sur une image qui semble avoir surpris, voire choqué certains : le jour de la clôture de ces assises, on a y vu, en effet, Laurent Gagbo, Alassane Ouattara et Robert Guéï, ces politiciens qui, quelque temps auparavant, ont poussé le pays vers des massacres xénophobes et ethniques généralisés sous prétexte de luttes politiciennes, tomber les uns dans les bras des autres, s’embrasser, se donner des accolades, des tapes sur le dos, etc.. Dans son discours prononcé pour la circonstance, Laurent Gbagbo s’est même permis, sans honte ni scrupules, de déclarer : « Aujourd’hui, Henri Konan Bédié, Robert Guéi¨, Alassane Ouattara et Laurent Gbagbo sont les vieux de la Côte d’Ivoire. C’est nous les doyens parce que c’est nous qui avons la responsabilité de conduire le pays à la paix ... » .

Pour ces politiciens sont donc oubliés (mais pas effacés pour la population) le poison de la xénophobie, de l’ethnisme et la haine des uns contre les autres que ces gens-là avaient inoculés dans le pays ! Oubliées aussi les conséquences désastreuses de cette politique : les massacres, les assassinats, le charnier de Yopougon, les viols, les vols, les expulsions de ceux qui étaient désignés comme des « étrangers », les incendies des maisons, des cases, des mosquées ou des églises ! Effacés également les emprisonnements, les arrestations arbitraires, les bastonnades des gens dont le seul tort étaient d’être d’une autre région ou religion !

Rien d’étonnant, cependant, dans tout cela ! L’image de ces politiciens s’embrassant comme de vieux complices et les propos de Laurent Gbagbo démontrent tout simplement que, au-delà des apparences et des rivalités de circonstances, ces gens-là partagent en commun bien de choses qui les lient les uns aux autres : ils défendent essentiellement le même ordre social, les intérêts des riches de la Côte d’Ivoire et surtout ceux de l’impérialisme, français notamment. Cela les condamne nécessairement à s’entendre un jour ou l’autre, d’autant plus que ni les couches possédantes locales, ni les dictateurs des pays voisins, ni la France surtout ne voyaient pas d’un bon oeil le pourrissement de la situation. Tous, nos politiciens bourgeois locaux comme leurs parrains africains ou français, avaient peur du risque d’être débordés par la colère populaire et de voir celle-ci s’attaquer à l’ordre des riches, non seulement en Côte d’Ivoire mais aussi dans la sous-région. Aussi était-il de leur intérêt de désamorcer la crise politique en Côte d’Ivoire par le biais d’un compromis entre les différents prétendants au pouvoir. Voilà les raisons profondes et de l’organisation du forum et du ridicule dont Gbagbo, Alassane, Bédié et Guéï ont fait montre, révélant ainsi de quoi ils sont capables : pour arriver au pouvoir ou s’y maintenir, ils peuvent même, sans aucune hésitation, utiliser des cadavres comme marchepieds.

C’est ainsi aussi que s’explique le fait que ce forum n’a parlé d’aucun des problèmes essentiels des masses laborieuses, des travailleurs, des paysans pauvres, des petits soldats, des étudiants, des femmes, des jeunes désoeuvrés, etc... Il s’est limité à discuter de la nationalité d’Alassane Ouattara, de l’immigration, de la constitution et autres choses pour le moins loin des préoccupations essentielles des masses opprimées. Par contre, de celles-ci elles-mêmes, aucun mot, rien n’a été dit ! Rien sur la misère, la pauvreté dans lesquelles s’enfoncent des pans entiers de la société, des milliers de familles qui ne mangent le plus souvent qu’une fois par jour ! Rien sur les salaires misérables dont dépendent des dizaines de personnes par famille ! Rien sur les maladies bénignes qu’on peut soigner à moindre frais, 10 000 FCFA par exemple, c’est-à-dire le prix d’un mouton à Port Bouët, et qui pourtant font des milliers de ravages au sein des masses populaires ! Rien sur le manque d’eau potable qui tue des milliers d’entre nous à Abobo, à Adjamé, à Yopougon, à Marcory ou dans les villages alors que dans les quartiers des riches, à Cocody, aux Deux Plateaux, à Riviéra, une minorité de parasites utilise cette matière-là pour remplir ses piscines, arroser ses jardins ou laver ses voitures ! Rien sur les logements vétustes, les baraques, les cours communes, où sont entassés des millions des nôtres, sans le moindre confort, sans eau, sans électricité, à côté des égouts à ciel ouvert alors que, à quelques pas de là, comme à Angré, s’étalent sur des kilomètres des villas luxueuses et autres châteaux que construisent nos exploiteurs de façon insolente ! Rien sur la pénurie des écoles, des collèges, des lycées ou des universités, moyens indispensables pour donner à nos enfants l’éducation moderne nécessaire comme celle que nos bourgeois offrent à leurs progénitures dans les grandes écoles des métropoles occidentales ! Rien également sue le manque de dispensaires, d’hôpitaux, de maternités, dont nos populations ont grandement besoin, surtout les femmes, réduites majoritairement à accoucher dans des conditions dignes du Moyen-Age !

Si au cours de ce forum les Gbagbo, Alassane, Bédié, Guéï et autres ont parlé de tout sauf de ce qu’il faudrait faire pour que les choses changent réellement, pour que chacun puisse manger à sa faim, se soigner dans les meilleures conditions qui soient, se loger de façon décente, accéder à la culture moderne, etc., c’est tout simplement parce qu’ils n’ont cure des préoccupations des masses pauvres. Ce qui les intéresse ce n’est pas de changer les conditions de vie des opprimés mais de tout faire pour sauver l’ordre social existant qui est à l’origine de l’exploitation et de tous les problèmes auxquels les masses opprimées sont confrontées : ils sont aux service des riches et de leur mode d’organisation, le capitalisme.

C’est pourquoi les travailleurs et l’ensemble des opprimés ont intérêt à ne pas se faire la moindre illusion par rapport à ces politiciens-là. Quand ces derniers se battent entre eux, leur combat n’est pas le nôtre : ce qu’ils cherchent, ce n’est pas mettre fin à notre misère mais se servir de nous comme force de manoeuvre ou chair à canon pour accéder ou se maintenir au pouvoir tout en continuant à nous imposer l’exploitation et les salaires de misère pour que les riches le soient davantage sur notre dos. Parallèlement, quand ils se réconcilient entre eux, nous n’avons aucun intérêt à nous laisser berner : c’est toujours pour mieux nous river à l’exploitation, à l’ordre des riches et au profit de ces dernier.

Ils peuvent très bien réintégrer Ouattara comme un candidat potentiel au pouvoir et Gbagbo peut même lui proposer tout de suite un poste de ministre. Ouattara peut aller visiter Gueï dans son fief et lui prêter allégeance alors que c’est ce même Gueï qui l’a écarté. Mais tout cela ne veut pas dire du tout que les menaces qui pèsent sur les masses pauvres de Côté D’Ivoire vont cesser, les divisions sur des prétextes ethniques, religieux ou régional. Car tous ces politiciens bourgeois en auront à nouveau besoin dès que la révolte des populations exploitées reprendra. Et la misère sans cesse accrue ne peut manquer de provoquer de nouvelles révoltes comme celles qui ont amené au renversement de Bédié puis de Gueï.

Pour nous, les travailleurs, les paysans pauvres, les petits soldats, les étudiants, les femmes et les jeunes désoeuvrés, la voie de notre émancipation passe par notre organisation et nos luttes. Les derniers événements que le pays a connus ont montré que nous ne manquons ni de courage ni de détermination. Mais se battre ou mourir derrière Gbagbo, Alassane, Bédié ou Guéï ; c’est se battre ou mourir « cadeau » sans que rien ne change dans nos conditions. Si nous voulons que les choses changent réellement, il est temps que nous nous battions pour nous mêmes ! Mais pour cela, nous avons besoin d’être organisés, de nous doter d’organisations et de partis révolutionnaires qui nous soient propres, indépendants de ceux des politiciens bourgeois.

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