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Ce que nous désapprouvons dans la campagne électorale de l’organisation trotskiste Lutte ouvrière aux élections européennes.

dimanche 18 mai 2014, par Robert Paris

Ce que nous désapprouvons dans la campagne électorale de l’organisation trotskiste Lutte ouvrière aux élections européennes.

Il n’y a pas de principe contraire au fait que des révolutionnaires prolétariens se présentent aux élections, qu’elles soient nationales ou supra-nationales. Il n’y a pas de fatalité que cette présentation mène à une trahison. Il n’y a pas de trahison dans le simple fait de participer car nous participons à quelque chose de bien plus grave que les élections bourgeoises c’est-à-dire la société bourgeoise elle-même. Nous acceptons, contraints et forcés, d’y travailler, de laisser les forces de l’ordre bourgeois faire la loi, de les laisser arrêter, matraquer éventuellement et de laisser les forces armées de cet Etat dit démocratique massacrer aux quatre coins du monde soi-disant pour libérer les peuples.

Mais nous ne sommes pas contraints de couvrir par des mensonges (ou par des non dits) ces faits là.

Nous ne sommes pas contraints, que nous participions ou pas aux campagnes électorales de la bourgeoisie, de faire comme si ces campagnes étaient un terrain qui participe de l’action prolétarienne car cela est faux. Si la participation de groupes ou partis révolutionnaires peut leur permettre de s’adresser aux travailleurs, cela doit être en disant clairement les choses, en appelant un chat un chat et pas en transformant par notre paroles la comédie prétendument démocratique de la dictature du capital en participation des travailleurs.

Ainsi, lorsqu’Arthaud déclare que les élections européennes sont « utiles pour dire la colère des travailleurs contre le gouvernement », cela signifie que la tromperie électorale pseudo-démocratique de la bourgeoisie, Lutte Ouvrière la trouve utile aux travailleurs !

Pourtant, ce n’est pas la classe ouvrière qui s’y exprime, ses voix sont divisées par la non participation de sa fraction immigrée et sa voix est étouffée par le règne de la bourgeoisie sur la société et les média et par l’absence de tout droit à l’organisation autonome des travailleurs sur les lieux de travail. Et ce n’est pas un détail !

Mais passons au discours de l’organisation Lutte ouvrière dans cette campagne des élections européennes.

Il s’agit d’abord de dire que les travailleurs sont victimes du capitalisme et pas de l’Europe. Pourquoi pas mais examinons comme Lutte ouvrière dit cela.

Voyons par exemple cette affiche : « Contre le capitalisme qui plonge l’Europe dans la crise ».

Cela paraît bien bon et pourtant…

Pourquoi dire aux travailleurs européens que le capitalisme plonge l’Europe dans la crise au lieu de leur dire que le capitalisme y plonge le monde entier, ou plutôt tous les travailleurs du monde. Pourquoi ne pas leur dire qu’ils font partie d’une classe internationale et pas seulement européenne ? Pourquoi ne pas leur dire qu’ils sont loin d’être les seules victimes ? Pourquoi ne pas leur dire que la crise est mondiale ? Les travailleurs américains, canadiens, chinois, russes, japonais ou australiens sont-ils mieux lotis, sans parler des travailleurs sud-africains, guinéens ou vietnamiens ? Suffit-il de dire que l’on veut « faire entendre la voix du monde du travail » pour que cela soit un axe prolétarien communiste dans cette période où les limites du capitalisme sont atteintes ? Est-ce que le monde du travail fait autre chose aujourd’hui, par la voix des syndicats, que supplier les forces politiques et sociales de la bourgeoisie (son Etat, ses patrons, ses politiciens) pour qu’elle le sauve de la catastrophe du chômage ?

Une autre affiche annonce : « Ce n’est pas telle ou telle monnaie qui nous pourrit la vie, mais le capitalisme et l’exploitation ». Là, direz-vous, rien à redire, on accuse bien directement l’exploitation capitaliste, non ? Mais se plaindre des maux dus au système dominant est-ce tout ce que faisaient Marx, Lénine ou d’autres révolutionnaires communistes du passé ? Suffit-il de dire que tous les malheurs qu’on subit sont dus à la société d’exploitation ? Il faudrait peut-être dire où en est la capacité des classes dirigeantes de faire fonctionner ce système. Lutte ouvrière a-t-elle un avis sur la pérennité du système ? Elle ne le dit pas dans cette campagne ni dans ses éditos qui s’adressent à la classe ouvrière.

Dénoncer le système d’exploitation et l’accuser de tous les maux subis par la classe ouvrière, on pouvait le faire depuis que ce système est né : il n’y avait pas besoin de cette campagne-là pour cela. Par contre, nous expliquer ce qui se passe de particulier en ce moment dans le système capitaliste cela valait le coup et ce n’est pas Lutte ouvrière qui le fera. Ce n’est quand même pas si courant que le capitalisme ne fonctionne plus qu’avec des aides étatiques massives de milliers de milliards de dollars et celles des banques centrales. Ce n’est quand même pas si courant que le capitalisme doive renoncer à lâcher les canards boiteux en période de crise. Quand même, c’est la première crise capitaliste de l’histoire où aucun trust et aucune banque n’ont fait faillite !

On peut trouver une autre affiche qui peut sembler du bon et du bien : « Pas besoin de chercher hors des frontières les responsables des bas salaires et du chômage : ils sont ici à notre portée. C’est la classe capitaliste qui licencie, qui bloque les salaires, qui mène la guerre au monde du travail. C’est elle qui doit payer ! »

On pourrait croire que c’est une profession de foi internationaliste par laquelle Lutte ouvrière explique aux travailleurs de France que leur premier ennemi est dans leur propre pays mais…

Car il y a un et même plusieurs mais…

D’abord, dans ce texte (ni dans aucun autre) on n’apprend que, si on nous dit que la France est victime du capitalisme mondial, on oublie de nous dire que des peuples entiers sont des victimes directes de la France. On ne nous dit pas que la France exploite le monde, licencie dans le monde entier, tue dans le monde entier, bombarde dans le monde entier. Car les trusts français n’exploitent pas que les travailleurs français et pas seulement de la manière dont ils exploitent en France !

Ensuite, dans ce texte, on affirme encore quelque chose qui n’a rien de particulier par rapport à la situation actuelle du capitalisme, situation qui n’a rien de nationale mais qui est bel et bien mondiale. Jamais il n’a été plus clair que l’avenir de la société humaine n’est ni national ni européen mais mondial comme l’est la crise de la société capitaliste. Aucun pays, aucune région ne peut s’en tirer toute seule. Et la classe ouvrière ne peut pas s’en tirer dans l’Europe seule, pas plus que dans la France seule.

Et dernier point (pour s’en tenir là) qui manque absolument dans cette campagne censée donner la voix des travailleurs : comment se fait-il que la voix des travailleurs soit aussi étouffée ? Pourquoi les travailleurs ont-ils cru à la gauche et ont-ils accepté d’arrêter la lutte qu’ils avaient démarrée sur les retraites, en croyant ce que leur disaient les syndicats c’est-à-dire que le seul obstacle était Sarkozy ?

Cela non plus, Lutte ouvrière ne le dira pas parce qu’elle ne se veut que l’aile politique de gauche du syndicalisme et pas une direction communiste du prolétariat qui n’a rien à perdre à dire la vérité aux travailleurs sur leur principal point faible : la trahison pure et simple des appareils syndicaux passés avec armes et bagages dans le camp de la bourgeoisie. Et en particulier, en période d’effondrement du capitalisme, ne comptons pas sur Lutte ouvrière pour nous apprendre les conséquences dramatiques qui pourraient advenir si la classe ouvrière continuait à suivre les appareils syndicaux qui s’accrochent comme à une bouée au Titanic du capitalisme !

Enfin, dernier point et non le moindre, l’enjeu politique et social de la période actuelle n’est nullement abordé par Lutte ouvrière : l’Etat essaie de monter la petite bourgeoisie contre le prolétariat (par exemple en ponctionnant par l’impôt les classes moyennes et en faisant semblant que c’est pour favoriser les milieux les plus démunis). L’enjeu est les risques fascistes. Pas un mot là dessus dans la propagande de Lutte ouvrière !

En période d’effondrement du capitalisme, et plus celui-ci est de grande ampleur, plus la crise touche les fondements du système, plus le fait que la classe ouvrière ne suive que des directions réformistes devient très dangereux car celles-ci se gardent d’appeler les travailleurs à devenir un pôle d’attraction des milieux petits bourgeois qui vont être menacés ou frappés. Le réformisme appelle, au contraire, à se solidariser avec la bourgeoisie « de gauche » liée au pouvoir d’Etat et aux classes dirigeantes et nous coupe ainsi des petits bourgeois remontés contre la gauche gouvernementale.

Pas un mot non plus dans la propagande de Lutte ouvrière sur ce qui fait la montée du fascisme : la nécessité pour la classe capitaliste de casser le prolétariat, de l’isoler, de l’empêcher de devenir la direction de toutes les couches mécontentes et pas seulement de l’exploiter ou de le licencier. Du coup, cette organisation se garde d’aborder dans sa campagne tout ce qui permettrait de définir les tâches de l’heure du prolétariat. Notamment pas un mot sur ce que devrait être l’attitude du prolétariat international (et pas européen) face à la guerre mondiale qui monte entre les deux camps impérialistes : USA, Europe, Japon, Australie et Corée du sud d’un côté et Chine, Russie, Iran, Syrie de l’autre… Pas un mot sur le fait que l’Europe n’a rien de pacifique, pas plus que la France notamment et qu’elle vient de pousser au pouvoir le fascisme en Ukraine !!!

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