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La Révolution française contre le christianisme

mardi 11 mars 2008, par Robert Paris

Site : Matière et révolution

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Extrait de « Bourgeois et bras nus » de Daniel Guérin :

"La question religieuse joua dans la révolution française un rôle à peine moins important que les problèmes politiques fondamentaux qui viennent d’être évoqués (lutte contre l’Ancien régime, contre les puissances européennes, luttes de classes entre bourgeoisie et bras-nus).

Tout d’abord, elle était partie intégrante de l’assaut que les masses populaires donnèrent à l’Ancien Régime abhorré. L’hostilité des sans-culottes à l’égard de l’Eglise était une des formes de leur instinct de classe. Tandis que, dans le calme de leur cabinet, les philosophes du 18ème siècle s’étaient rangés contre la religion au nom de principes abstraits, ceux de la « base » avaient vu dans l’Eglise un des principaux obstacles à l’émancipation humaine. Le scandale que qu’offraient les mœurs des hommes noirs, leur corruption et leur vénalité en même temps que leur complicité avec l’aristocratie et l’absolutisme, avaient plus fait pour ouvrir leurs yeux que les méditations des philosophes. (…) Au début du 18ème siècle, un modeste curé d’origine plébéienne, Jean Meslier, avait poussé le premier cri de révolte contre l’Eglise. (…) De modestes travailleurs, copistes, colporteurs, artisans, typographes déchiffrèrent passionnément ces manuscrits et lièrent la lutte anti-religieuse à celle pour l’émancipation sociale. Longtemps avant 1789, ils avaient ouvert la voie à la déchristianisation. Quant à la bourgeoisie du 18ème siècle, elle était tiraillée entre deux impulsions contradictoires. D’une part, elle poursuivait l’Eglise d’une haine tenace, parce qu’elle était l’un des plus fermes soutiens du vieux monde absolutiste à survivances féodales, un des plus sérieux obstacles à sa pleine émancipation, et aussi parce qu’elle convoitait les riches biens temporels du clergé. Mais, d’autre part, elle considérait, à juste titre, la religion comme une force de conservation sociale. Elle lui savait gré de maintenir le peuple dans l’obéissance, de lui apprendre à révérer la propriété bourgeoise, de le faire renoncer à une amélioration de son sort terrestre en lui promettant le bonheur dans l’au-delà. Elle redoutait qu’un peuple ayant cessé d’être encadré par les prêtres, ayant rejeté les principes moraux inculqués par l’Eglise, livré à ses seuls instincts, ne mît en danger sa propre domination de classe. (…) Dès le début de la révolution, la peur des masses populaires incita la bourgeoisie à ménager l’Eglise. Ce ne fut qu’à très petits pas qu’elle s’achemina vers la solution démocratique bourgeoise du problème des rapports entre l’église et l’Etat, à savoir la séparation des deux puissances rivales ; plus de budget des cultes ; plus de culte dominant et privilégié ; plus de manifestations publiques d’un seul culte ; la religion « affaire privée ».

Le compromis bâtard auquel elle s’arrêta tout d’abord, la constitution civile du clergé (12 juillet 1790), resta très en deçà de ce programme. Les constituants accordèrent au catholicisme la situation d’un culte privilégié, dont les desservants étaient salariés et nommés par l’Etat, liés à lui par un serment. (…) Mais la cléricaille ne leur su aucun grè de leur timidité. Le Vatican engagea le fer contre la constitution civile du clergé. Il incita les prêtres à refuser de prêter serment, organisant contre la révolution le sabotage des prêtres réfractaires. La bourgeoisie révolutionnaire se trouva donc obligée de dépasser la constitution civile du clergé. Mais le fit avec prudence (…) Les moins timorés étaient les bourgeois qui acquirent des biens nationaux : le spectre d’une revanche de l’ancienne Eglise, avec pour corollaire la restitution des domaines confisqués au clergé, hantait leurs nuits.

N’osant supprimer le budget des cultes, on s’était bornés à le grignoter. Parallèlement, l’on s’engagea tout doucement dans la voie de la séparation de l’Eglise et de l’Etat ; avant de cesser ses travaux, le 20 septembre 1792, l’Assemblée législative décida que la tenue de l’état-civil incomberait non plus à l’Eglise mais à l’Etat. Enfin, des mesures furent prises qui constituèrent un premier pas vers la suppression des manifestations extérieures du culte catholique (…)

Les girondins préféraient arrêter la révolution plutôt que d’acheter le concours des bras-nus Or, en révolution, s’arrêter, c’est reculer. Fatigués de la révolution, les girondins, par une pente insensible, glissèrent dans les bras des royalistes. Du fait qu’ils tournaient le dos à la révolution, ils ne pouvaient plus considérer comme définitive l’expropriation des biens du clergé et des émigrés.

(...) En un mot les girondins préféraient arrêter la révolution plutôt que d’acheter le concours des bras-nus Or, en révolution, s’arrêter, c’est reculer. Fatigués de la révolution, les girondins, par une pente insensible, glissèrent dans les bras des royalistes. Du fait qu’ils tournaient le dos à la révolution, ils ne pouvaient plus considérer comme définitive l’expropriation des biens du clergé et des émigrés. Ils répugnaient donc à retirer leurs capitaux du commerce pour les investir en biens nationaux (...) Parallèlement à leur glissement vers la contre-révolution à l’intérieur, les girondins louchèrent vers une transaction à l’extérieur. Ils avaient voulu cette guerre mais ils l’avaient voulue rapide et offensive. Le résultat : une guerre défensive, la France envahie et coupée du monde entier, une guerre révolutionnaire, animée par l’énergie de la plèbe. D’où leur volte-face. (...) Dumouriez s’était fait battre à plate couture et avait dû évacuer précipitamment la Belgique. De nouveau, la France fut menacée par l’invasion. A Paris, on revit l’atmosphère de septembre 1792. Les faubourgs se levèrent, exigèrent des mesures de terreur et de salut public.

(...) Une fraction importante de la bourgeoisie de 1793 en arriva, pour servir ses intérêts particuliers, à trahir les intérêts généraux de la révolution bourgeoise. L’autre fraction, celle dont les intérêts étaient liés à la continuation de la guerre et de la révolution, se résigna à la rupture. Entre les deux scissions, celle avec la Gironde ou celle avec les bras-nus, elle dut choisir (…) La Montagne ne pouvait se dispenser de faire appel au peuple, mais dans une mesure rigoureusement circonscrite : le peuple devait se borner à exercer une pression sur l’Assemblée (…) à inspirer à la Convention le courage de se donner le coup de bistouri. (…) Pour organiser la pression populaire, on ne rechigna pas à utiliser les organes extra-légaux qui avaient déclenché les mouvements du 10 août 1792 et du 10 mars 1793. Le moyen était risqué mais il n’y en avait pas d’autre. (…) Le 5 mai, la section du Contrat social invita les 48 sections à désigner les délégués pour former un « Comité central révolutionnaire ». La réunion se tint le 12 et regroupa 80 membres. (…) Les Jacobins n’agissaient qu’en sous-main ; ils laissaient l’initiative du mouvement à des comités sans sanction officielle (…) La Commune officielle, où dominaient les Jacobins (…) s’appliquait à camoufler l’activité clandestine du Comité central révolutionnaire. (…) Mais le jeu n’était pas sans risques. L’avant-garde populaire n’allait-elle pas, dans un élan irrésistible, dépasser les limites fixées ? Au dernier moment, à la veille même de la crise, Robespierre comprit que les organes réguliers et légaux devaient rentrer en scène, sous peine d’être débordés. (...) Cependant Robespierre et les chefs montagnards n’avaient pas perdu tout contrôle sur les événements ; ils avaient encore plus d’un tour dans leur sac : après s’être joués des girondins, ils se jouèrent des enragés. (...)

(...) La scission entre bourgeois et bras-nus avait été évitée. par des concessions appropriées, la bourgeoisie montagnarde avait réussi à capter l’énergie des bras-nus, à la faire servir à la défense de la révolution menacée.

Qu’advint-il des enragés qui, un moment, avaient été à la tête de l’avant-garde populaire ? La Montagne, en mettant à execution une partie de leur programme, leur avait enlevé l’audience des sans-culottes. (...) Depuis quelques temps déjà, les chefs jacobins s’appliquaient à saper l’audience des enragés. Mais ils ne se risquèrent à leur fermer tout à fait la bouche qu’en septembre. (...)

Les enragés avaient mené campagne contre la vie chère et l’agiotage, avec un réel succès. ils avaient réussi à entraîner dans leur sillage non seulement un certain nombre de sections mais aussi le club des Cordeliers, et bien qu’avec réticences, la Commune, et jusqu’aux jacobins eux-mêmes. (...) Avant d’éliminer Jacques Roux par des moyens policiers, il fallait lui enlever ses points d’appui dans les masses, le perdre aux yeux des sans-culottes, le déloger des diverses assemblées qu’il avait réussi, plus ou moins, à entraîner dans sa campagne. A commencer par la Société des jacobins. Le 26, Robespierre y déclara la guerre au chef des enragés. Pour le perdre, il n’hésita pas à présenter Jacques Roux comme un "agent de l’étranger".

(...) Le 1er juillet, le Conseil général de la Commune, "considérant que le citoyen Jacques Roux a été chassé des sociétés populaires pour ses opinions anticiviques", désapprouva à l’unanimité sa conduite. (...) Dans "L’ami du peuple", Marat le traita d’"intriguant cupide (...)"

Cependant la section des Gravilliers n’abandonnait pas Jacques Roux. Elle fit, les 22 et 25 août, deux démarches en sa faveur à la commune. (...) La société des jacobins décida finalement de le déférer au comité révolutionnaire de sa section. Entré libre dans la salle des jacobins, Jacques Roux en sortit prisonnier. (...) Le 28 novembre, le comité révolutionnaire de la section des Gravilliers d’incarcérer neuf partisans de Jacques Roux. (...) Le 10 février, le chef des enragés, décidé d’échapper au tribunal révolutionnaire ; se suicida. (...)

Ce fut au début de septembre 1793 que les hébertistes après avoir contribué à la liquidation des enragés, prirent leur succession à la tête des masses. Ils se servirent de l’effervescence des faubourgs pour arracher un certain nombre d’avantages politiques auxquels ils étaient directement intéressés. mais, en même temps, ils s’appliquèrent à canaliser, à dériver le mouvement populaire, à détourner des revendications d’ordre purement économique qui avaient prévalu en juillet-août et qui risquaient de conduire à un conflit social.

Le 4 septembre, une foule composée presque exclusivement d’ouvriers avait envahi l’hôtel de ville et son porte-parole, Tiger, avait réclamé du pain. Lorsque Chaumette revint de la Convention, ne rapportant qu’une promesse, la colère des bras-nus éclata. (...)

La pression populaire persistait, malgré tous les calmants que lui administraient les plébéiens hébertistes et la bourgeoisie révolutionnaire dut finalement tenir l’engagement qu’elle avait dû prendre, celui d’entrer dans la voie de la taxation. Et ce fut, le 29 septembre, le vote de la loi du maximum suivi de toute une série de mesures de contrainte visant à faire réapparaître les marchandises sur les marchés et dans les boutiques.

Ces moyens radicaux rendirent pour un temps la question des subsistances moins aigüe. C’est alors que les hébertistes estimèrent le moment favorable pour dériver le mouvement des masses vers un terrain moins brûlant que le terrain économique, vers des formes de lutte n’opposant pas directement les bras-nus aux bourgeois. Ils ouvrirent la campagne dite de déchristianisation, à travers laquelle ils comptaient mobiliser les masses, les mettre, avec le minimum de risque au service de leurs ambitions politiques.

La reprise de la lutte contre l’Eglise bénéficiait, dans une certaine mesure des sympathies de la bourgeoisie révolutionnaire. En effet, sur le plan religieux, la révolution bourgeoise était loin d’être achevée. Au surplus, après avoir tenté de diviser le clergé, elle avait vu se reformer contre elle le front de tous les prêtres : le sabotage des prêtres constitutionnels avait succédé à celui des prêtres réfractaires. En conséquence, chaque coup porté à la prétraille, non seulement consolidait ses conquêtes, confirmait la confiscation des biens ecclésiastiques, lui permettait de faire de nouvelles économies sur le dos des prêtres, mais aussi et surtout assurait sa sécurité contre le sabotage clérical.

La campagne déclenchée par les hébertistes correspondait bien davantage au sentiment profond des bras-nus. (...) leur intinct de classe élémentaire leur faisait sentir que la pratique de la religion était un instrument d’oppression de l’homme par l’homme. Croire que la campagne de déchristianisation n’a été l’ouvre que de quelques démagogues serait donc faire erreur. (...)

Les hébertistes soufflèrent sur ce feu pour détourner les bras-nus de la lutte contre les possédants, de la lutte pour le pain. En lançant les masses à l’assaut du ciel, ils visèrent à leur faire oublier le plus possible les préoccupations terrestres, les questions matérielles telles que vie chère, subsistances. Une fois le mouvement ainsi dérivé, ils comptaient en conserver la maîtrise et le faire servir à leurs fins propres. Les dates parlent d’elles-mêmes. Le 4 septembre, les ouvriers parisiens envahissaient l’hôtel de ville, réclamaient le maximum. Le 5, Chaumette et Hébert réussissaient, non sans peine, à canaliser le mouvement. Le 29, le maximum était voté. C’est entre ces deux dates que s’ouvre la campagne de déchristianisation.

Elle ne débuta pas à Paris même. les hébertistes jugèrent plus prudent de tâter d’abord le terrain en province. (...) Chaumette quitta donc Paris pour Nevers (...) Les hébertistes avaient trouvé dans le représentant en mission Joseph Fouché l’homme qu’il leur fallait. (...) Chaumette fut l’inspirateur et le guide de Fouché. Avant son arrivée dans la Nièvre, le second y avait plutôt fait figure de modéré ; il n’avait pas pris de mesure particulière contre la religion et contre les prêtres ; sous l’influence du premier, il réunit le 26 septembre à Moulins la société populaire dans l’église paroissiale Notre-dame et prétendit qu’il avait mission de "substituer aux cultes superstitieux et hypocrites auxquels le peuple tient encore malheureusement celui de la république et de la morale naturelle".

Le 10 octobre, il prit un arrêté en conséquence : "Tous les cultes des diverses religions ne pourront être exercés que dans leurs temples respectifs (...) La République ne reconnaissant point de culte dominant ou privilégié, toutes les enseignes religieuses qui se trouvent sur les routes, sur les places, et généralement dans tous les lieux publics, seront anéanties (...) Dans chaque municipalité, tous les citoyens morts, de quelque secte qu’ils soient, seront conduits au lieu désigné pour la sépulture (...) lieu où s’élèvera une statue représentant le sommeil. Tous les autres signes seront détruits." (...)

Les hébertistes parisiens n’avaient plus qu’à s’autoriser du précédent nivernais. (...) Le 1er novembre, les déchristianisateurs firent admettre à la Convention une députation de citoyens nivernais qui demanda la suppression des ministres du culte catholique.

La campagne de déchristianisation avait accueilli l’adhésion non seulement du Conseil général de la Commune, mais des sections, des sans culottes eux-mêmes. Le 6 novembre, un organisme de coordination (...) le Comité central des sociétés populaires, vint donner lecture aux jacobins d’un projet de pétition à présenter à la Convention et tendant à supprimer la rémunération des prêtres. Le 8, ce fut le tour de la Commune d’entendre lecture de la pétition. Elle fut fort applaudie. (...) Les sans-culottes des sections emboitaient le pas et la Convention semblait acquiescer

Tard dans la soirée du 6, après la séance du club des jacobins, une délégation du comité central des sociétés populaires se rendit chez l’évêque de Paris, Gobel. Le vieillard dormait. on le réveilla. On lui fit comprendre que l’heure était venue de se démettre de ses fonctions ecclésiastiques. (...) Le 13, l’Assemblée décréta que toutes les autorités constituées étaient autorisées à recevoir des ecclésiastiques et ministres de tout culte la déclaration qu’ils abdiquaient leur qualité.

(...) Les déchristianisateurs se crurent maîtres de la situation. le succès du mouvement qu’ils avaient déclenché dépassait leur attente. (...) Les sans-culottes se passionnèrent pour la déchristianisation. (...) Les servitudes de l’Ancien Régime s’étaient toutes écroulées sous la hache de la révolution ; une seule n’avait pas encore été complètement abattue : l’Eglise. Pour achever la révolution il fallait que les complices du seigneur et du riche fussent chassés.

Cependant le préjugé religieux, héritage des siècles, était terriblement lourd à soulever, plus lourd que l’Ancien Régime lui-même, et, sans une aide extérieure, le peuple n’eut pas osé accomplir le geste libérateur. Ce geste, les déchristianisateurs l’avaient accompli pour lui. (...) Les sans-culottes eurent le sentiment qu’on venait de les décharger d’un grand poids. Ce fut une explosion de joie, un cri de délivrance. "Un torrent" maugréèrent ensemble Danton et Robespierre.

Les bras-nus donnèrent libre cours à leur fantaisie, à leur verve. C’est à qui fêterait avec le plus d’éclat, avec le plus d’humour, la libération du genre humain. (...) Des représentations extraordinaires furent jouées (...) Une troupe d’hommes revêtus d’habits sacerdotaux, portant bannières et croix, s’en dépouillèrent soudain et l’on vit sauter en l’air étoles, mitres, chasubles et dalmatiques aux cris de "Vive la liberté" et au son de la Carmagnole. Sur les airs révolutionnaires, l’imagination au pouvoir inventa de nouveaux refrains :

Abbés, chanoines gros et gras, Curés, vicaires et prélats, Cordeliers fiers comme gendarmes Capucins, Récollets et Carmes, Que tout disparaisse devant le peuple sans-culotte !

La vague de fond populaire entraîna les déchristianisateurs au-delà de leurs intentions. On ne pouvait, en effet, s’arrêter en chemin. La logique populaire se refusait aux demi-mesures : si les prêtres étaient des charlatans, comme on venait d’aider le peuple à en prendre conscience, pourquoi bannir seulement les manifestations extérieures du culte ? Pourquoi priver seulement les hommes noirs de leur salaire et les laisser exercer librement leur fonction nocive ? On avait mis le doigt dans l’engrenage. (...) Bientôt, on s’attaqua aux églises elles-mêmes. (...) La décision d’abolir le culte ne vint pas d’en haut, mais d’en bas, des sections, des sans-culottes eux-mêmes. L’une après l’autre, les sections de Paris fermèrent les églises ou les désaffectèrent. Le Conseil général de la Commune n’eut plus qu’à entériner cette unanimité. Le 23 novembre, après le réquisitoire de Chaumette, il arrêta que toutes les églises ou temples de toutes religions et de tous cultes qui ont existé à Paris seraient sur le champ fermées, et que quiconque demanderait l’ouverture soit d’un temple soit d’une église serait arrêté comme suspect. (...) En de nombreuses régions, la rupture entre les paysans et leurs prêtres fut tout à fait sérieuse et profonde. (...) Il y eut certes des régions où la déchristianisation suscita d’assez fortes résistances, régions arriérées, depuis toujours réfractaires à la révolution, et qui virent dans la suppression du culte catholique une occasion nouvelle de témoigner leur hostilité au régime. La Bretagne se plaça en tête des récalcitrants. (...) Ce qui frappe, par contre, c’est l’aisance avec laquelle les masses, aussi bien urbaines que rurales, acceptèrent la suppression du culte catholique. (...) Toutefois, la religion fut-elle vraiment extirpée de la conscience paysanne ? L’affirmer serait sous-estimer les mobiles d’ordre économique et social qui poussent l’homme misérable à chercher un refuge, une consolation, dans l’idée de dieu. La révolution n’améliora pas la condition humaine au point de permettre à l’homme de se passer de dieu.

(...) Il n’était possible de mener jusqu’au bout l’œuvre de déchristianisation entreprise, d’extirper définitivement le christianisme du cœur de l’homme que si l’on parvenait à modifier les causes profondes qui font éprouver à l’homme le besoin de dieu. Si on n’allait pas jusque là l’ouvre accomplie ne pouvait être que superficielle et elle risquait d’être éphémère (...) Le bonheur sur terre dont un Saint-Just ne fit que rêver eût pu seul détourner les hommes de la recherche du bonheur céleste. Mais la révolution bourgeoise était incapable de rendre lle peuple heureux sur terre. Elle remplaça les vieilles formes d’assujettissement par de nouvelles. Si, temporairement et pour obtenir leur concours dans la lutte contre l’ennemi intérieur et extérieur, elle fit quelques concessions aux bras-nus, celles-ci n’améliorèrent que très faiblement, et pendant une très brève période, leurs conditions d’existence.

suite à venir....

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