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Accueil du site > 12- Livre Douze : OU EN SONT LES GROUPES REVOLUTIONNAIRES ? > Appel au milieu pro-révolutionnaire (Perspective Internationaliste)

Appel au milieu pro-révolutionnaire (Perspective Internationaliste)

lundi 11 juin 2012, par Robert Paris

Appel au milieu pro-révolutionnaire (Perspective Internationaliste)

A regarder le monde actuel, nous y voyons un urgent besoin de révolution qui contraste avec une profonde faiblesse des forces révolutionnaires. Certaines de leurs divergences sont importantes. Et pourtant, ces forces révolutionnaires ont aussi des choses essentielles en commun, des positions internationalistes et révolutionnaires qui les séparent de ceux dont le discours contestataire n’est finalement qu’un prétexte pour la perpétuation de la forme capitaliste de la valeur. Nous utilisons délibérément le terme de ‘pro-révolutionnaire’, parce que seule l’histoire sera capable de juger si ce que nous faisons, discutons, publions, intervenons, etc. possède un impact révolutionnaire ou non. Nous le voulons très certainement. Mais agissons-nous en conséquence ?

1- La crise économique actuelle n’est pas juste une baisse conjoncturelle, le résultat d’une avidité débridée. Ce n’est pas une crise du néolibéralisme mais une crise du capitalisme. Elle démontre l’obsolescence historique du capitalisme, le besoin urgent de l’éradiquer dans son essence et de le remplacer par un monde dans lequel la satisfaction des besoins humains constituera la force motrice et non plus le profit, un monde qui ne sera plus gouverné par la loi de la valeur, plus divisé en nations, races et religions, un monde dans lequel l’auto-émancipation des exploités fera, pour la première fois, de la liberté individuelle une réalité.

2- Les conséquences de cette crise sont et seront de plus en plus dévastatrices. Dans ses tentatives désespérées de réduire les coûts pour restaurer son taux de profit, la classe capitaliste inflige un chômage de masse, des coupes dans les salaires et allocations pour les ouvriers, la faim, les maladies et la perte de logement pour tous les déshérités. Pour la même raison, elle continue son attaque contre l’environnement. De plus, la crise renforce la voie qui mène à la guerre. Quand les moyens économiques classiques pour l’obtention du profit sont bloqués, l’utilisation de la violence devient de plus en plus tentante, le besoin de dévalorisations au sein du procès d’accumulation engendre des destructions encore plus grandes.

3- La seule force capable d’empêcher le capitalisme d’entraîner l’humanité dans les abysses est la révolution internationale de la classe ouvrière. La seule façon pour cette révolution de réussir c’est via le développement de l’auto-organisation collective de la classe ouvrière en lutte brisant toutes les divisions que le capitalisme lui impose. De cette auto-organisation des luttes émergera l’auto-organisation d’un monde post-capitaliste.

4- La crise provoque inévitablement des convulsions sociales. Dans chacune d’elles, des forces contradictoires sont à l’œuvre. Il y aura des voix plaidant pour l’abandon de la lutte. Il y aura ceux qui défendront le particularisme de chaque lutte pour la maintenir isolée. Il y aura ceux qui essaieront d’aiguiller la colère envers le capitalisme contre les ouvriers de nationalités différentes, contre les immigrants ou autres boucs émissaires. Mais dans chaque lutte, apparaîtra aussi le besoin de la pousser en avant, d’emmener le mouvement aussi loin qu’il peut aller ; il y aura des voix pour plaider en faveur de l’extension des luttes, de l’unité des exploités, pour une auto-organisation collective, contre le respect des lois et institutions capitalistes. Et, de plus en plus, il y aura clairement des voix disant que le réel ennemi c’est le capitalisme lui-même.

5- Ce que seront les résultats de la confrontation de ces forces contradictoires n’est pas prédéterminé. Les pro-révolutionnaires reconnaissent qu’ils sont un facteur de l’équation. La force sociale qui travaille au renversement du capitalisme prend plusieurs formes et ils sont une de celles-ci. Ainsi, ils participent dans les luttes des exploités autant qu’ils peuvent du côté de ceux qui poussent à élargir le combat.

6- Leur clarté théorique peut être un important catalyseur dans le développement de la compréhension, dans toute la classe ouvrière et plus largement, de ce qui est en jeu. Mais pour jouer son rôle, le milieu pro-révolutionnaire doit dépasser sa fragmentation en se présentant ensemble pour défendre les positions révolutionnaires de base avec une voix forte et claire.

7- Il est temps que le milieu pro-révolutionnaire reconnaisse ouvertement que l’accélération de la crise capitaliste, dans sa profondeur et son étendue, a considérablement élevé les enjeux. Ceci nécessite de mesurer ses divergences et désaccords en regard de ces responsabilités urgentes de l’heure. Bien sûr, les groupes et cercles dans le milieu révolutionnaires sont profondément divisés, mais si chacun a une volonté de défendre les positions révolutionnaires alors la base est présente pour les mettre en avant ensemble. A la lumière de ces enjeux, il nous faut diffuser nos idées de façon publique et le plus souvent possible au travers de discussions communes, de meetings communs, de prises de position communes et d’interventions. Si le milieu pro-révolutionnaire ne met pas en avant cette perspective, qui le fera ? Qui discutera ouvertement au sein de la classe ouvrière à la fois de la signification historique de ses luttes en regard de cette crise et des implications au cas où la classe dominante imposerait ses choix ?

8- Les désaccords théoriques ne constituent pas un obstacle à travailler ensemble, ils font partie des choses courantes de la vie révolutionnaire prolétarienne ; l’obstacle est le sectarisme. Le milieu a un choix crucial à faire. Etre d’accord avec l’appel ci-dessus ne sera qu’une première étape ; nous devons le faire aujourd’hui. Et nous n’avons pas l’éternité pour y réfléchir. Le capitalisme ne va pas mourir de lui-même. Quant à nous, nous sommes décidés à assumer notre contribution.

2 mars 2009.


La réponse de CCI :

Paris, le 25 avril 2009

La Fraction interne du CCI à Perspective internationaliste

Chers camarades,

Nous avons reçu l’Appel au milieu pro-révolutionnaire que vous avez envoyé largement à tous ceux que vous considérez comme pouvant faire partie d’un camp "pro-révolutionnaire" selon vos propres termes. Nous ne répondons pas favorablement à cet Appel car nous ne considérons pas qu’il puisse représenter un pas en avant dans le regroupement des forces communistes. Nous pensons même qu’il représente une voie opposée à cette nécessité.

Il est particulièrement significatif que cet Appel, au nom de l’internationalisme et des "pro-révolutionnaires", ne fasse aucune mention de la question de l’organisation politique du prolétariat, encore moins évidemment du parti. De même tout aussi significative, et cela exprime bien la nature politique de cet Appel, est la référence pour le moins anarchisante à la révolution : "la seule voie pour que cette révolution puisse réussir est au moyen du développement de l’auto-organisation collective de la classe ouvrière dans la lutte, en brisant toutes les divisions que le capitalisme lui impose. C’est de cette auto-organisation de la lutte que surgira l’auto-organisation du monde post-capitaliste" ["The only way this revolution can succeed is through the development of collective self-organization of the working class in struggle ; breaking through all the divisions capitalism imposes on it. From this self-organization of the struggle will arise the self-organization of the post-capitalist world."] (nous soulignons). Aucun mot sur l’insurrection prolétarienne, aucun mot sur la dictature du prolétariat, aucun mot sur le parti, aucun mot sur l’Etat, etc. Vous n’osez même pas utiliser le mot communisme lui substituant "monde post-capitaliste". Donc aucun critère communiste dans cet Appel dans lequel tout bon anarchiste peut se reconnaître.

Par ailleurs, élément additionnel à nos yeux pour éclairer la nature politique attrape-tout et sans base marxiste de votre Appel, le seul critère politique que vous mettez en avant, est "les positions internationalistes et révolutionnaires". Etes-vous conscients que même des forces ouvertement contre-révolutionnaires, comme des regroupements trotskystes et même staliniens, peuvent très bien se reconnaître aujourd’hui dans ce critère ? En tout cas, il est clair que vous considérez, consciemment, l’anarchisme et les éléments anarchistes comme susceptibles de faire partie de ces forces "pro-révolutionnaires". Il suffit de lire la liste des destinataires de votre Appel pour le vérifier. Bref, le seul critère politique que vous mettez en avant n’est en rien discriminant vis-à-vis des forces et courants politiques contre-révolutionnaires de l’extrême-gauche du capital. Dans ce sens, à notre avis, votre Appel ne peut être, au mieux, qu’un facteur de confusion et de dispersion politiques qui s’oppose à un véritable processus de clarification politique et de regroupement des forces réellement communistes.

Dans ces conditions de "large ouverture" de votre Appel, vous estimez que "les désaccords politiques ne constituent pas un obstacle à travailler ensemble". Pour ce qui concerne notre Fraction, aujourd’hui, dans la situation historique actuelle, nous pensons au contraire que nos désaccords politiques, précisément sur la question de l’organisation politique et de son rôle, ne nous permettent pas de travailler sérieusement ensemble. Non seulement du fait de nos désaccords politiques en soi, mais aussi concrètement, comme nous avons pu le vérifier lors de notre intervention à votre dernière réunion publique à Paris dont le caractère non-militant, "a-politique", - à nos yeux bien évidemment - nous avait particulièrement frappé. Le compte-rendu de cette réunion que vous avez réalisé par la suite, n’a pas corrigé cette impression, bien au contraire. Y compris, votre démarche conseilliste et votre "culture du débat" - pour reprendre une expression à la mode dernièrement - qui se sont exprimés dans la tenue même de votre réunion publique, nous montrent clairement que nous voyons difficilement comment nous pourrions "travailler ensemble" dans la situation actuelle.

Enfin, vous nous pardonnerez de penser qu’il y a, de plus, dans votre Appel une certaine duplicité, voire une manoeuvre "tacticienne" - peu importe ici de savoir si elle est consciente ou non. En effet, votre Appel apparaît en même temps que la publication sur votre site internet d’un article sur l’Affaire Chénier qui avait provoqué une crise organisationnelle au sein du CCI en 1981. Dans cet article vous affirmez que "l’affaire Chénier n’était pas le signe d’un dysfonctionnement bureaucratique du CCI (...) mais plutôt une manifestation d’une conception Léniniste de l’organisation que nous rejetons" (traduit de l’anglais par nous). Au-delà de la question politique en elle-même - pour notre part, même si nous rejetons le terme "léniniste" (cf. Revue internationale n°96 et 97 du CCI, Sommes-nous devenus léninistes ?), nous nous revendiquons de la conception de Lénine en matière d’organisation, contrairement à vous -, la publication de cet article en ce moment précis, c’est-à-dire au moment où vous adressez votre Appel, exclut de fait le Courant Communiste International, c’est-à-dire une des principales organisations de la Gauche communiste, de votre initiative. Cette exclusion de fait du CCI est de plus réaffirmée sous la forme d’un ultimatum dans un autre document, dans la “Mise au point” qui suit votre annonce pour la réunion publique du 9 mai sur votre site : "il nous a paru logique qu’eu égard à cette orientation, que le CCI ne soit pas présent dans nos réunions de discussion. Si le CCI a changé de position, sa présence est la bienvenue. Si non, nous demandons que le CCI assume de manière cohérente sa position en ne participant pas à cette réunion de discussion".

Résultat : votre Appel, et la liste des ex-militants et "déçus" du CCI destinataires de votre mail vient l’illustrer, vise aussi, ou pour le moins ouvre la porte - dans laquelle nombreux sont ceux qui vont s’engouffrer - à un regroupement dans un front anti-CCI. Inutile de vous rappeler ici que, pour notre part, si nous luttons contre la dérive opportuniste - caractérisation politique qui a un contenu de classe - de l’actuel CCI, c’est pour défendre cette organisation et limiter, freiner, voire inverser, le processus qu’elle subit. Pas pour constituer ou renforcer un front anti-CCI.

Pour nous, aujourd’hui, toute initiative visant au développement d’un processus de regroupement n’aurait de sens que si le critère de l’organisation politique et du parti communiste mondial est au centre d’un tel appel. Et, concrètement, elle ne pourrait représenter une perspective réelle, c’est-à-dire réalisable, que si les principales organisations politiques du camp prolétarien, celles se revendiquant et luttant justement pour le regroupement des forces communistes et la constitution du parti, en étaient les principales animatrices. Vu la grave dérive opportuniste et sectaire du CCI, seul le BIPR nous parait représenter, en ce moment, le pôle autour duquel un tel processus de regroupement pourrait s’articuler et se développer.

Votre Appel est non seulement éloigné d’une telle perspective, mais il semble même qu’il lui tourne le dos.

Salutations communistes.

La Fraction interne du CCI.


En faveur de l’Appel des camarades de Perspective Internationaliste. Quelques camarades de la rédaction de Connexions pour la lutte de classe.

Février 2012

Ces derniers mois, nous nous efforçons, sur les pages de notre blog, de produire et d’insérer des matériaux et des thèses ayant trait aux expressions des nouveaux rapports sociaux apparaissant au sein même de la lutte des classes, de même, nous voulons offrir un large espace à ceux qui (concernant l’histoire ou le présent) développent une critique de la domination capitaliste de la loi de la valeur. Nous avons publié l’Appel des camarades de Perspective Internationaliste car il appelle à se saisir de l’opportunité ouverte par la dynamique de la crise du capitalisme. Nous partageons ce constat : de nouvelles configurations surgissent aujourd’hui ainsi que de nouvelles tâches pour tous ceux qui veulent développer la critique de l’économie politique, il suffit de penser au phénomène de dé-intégration qui se développe désormais dans la classe ouvrière. Nous souscrivons et défendons donc cet Appel.

Cet Appel est destiné à tous les camarades qui s’engagent dès aujourd’hui dans la critique de l’économie politique. Il ne faut pas le comprendre comme un appel à l’unité des gauches. Ces mêmes gauches qui, à plusieurs reprises, comme l’ont rappelé les camarades de Perspective Internationaliste dans leur publication, sont dans la logique du capital et dont les variantes les plus radicales défendent même la possibilité d’une mutation d’ampleur du capitalisme en faisant croire que Taylor pourrait être utilisé dans le socialisme…

Toutefois, nous pensons qu’en rester au constat que la division rend plus faible comme le fait l’Appel ne suffit pas à expliquer la raison pour laquelle existe une dynamique ‘groupusculaire’ ou une ‘atomisation’ des groupes révolutionnaires et des militants (d’où le problème : celui-ci n’est pas l’opposition des dizaines aux centaines, mais plutôt l’aspect confiné aujourd’hui de toute perspective révolutionnaire rompant avec la logique de l’Etat et du capital).

La raison pour laquelle existent des sectes (communiste, anarchiste ou autonome, importe peu) n’est pas tant du à leur faiblesse numérique qu’à une série de pratiques politiques qui sont le reflet de la phase que l’on traverse. Le prétendu lien entre réforme et révolution, la lutte quotidienne pour les revendications immédiates qui se transforme en lutte contre le système n’engendre pas un développement d’une conscience de classe révolutionnaire. La manifestation de nouveaux rapports sociaux dans la lutte des classes (dans une grève, un mouvement, dans une occupation, etc. ...), compte tenu de leur l’extrême parcellisation (les rapports sociaux ne sont pas les rapports de production), tend à être immédiatement récupérée. Les organisations qui naissent en ce moment, ou auparavant, sont simplement des organisations de la lutte des classes incapables de faire le saut passant de la réforme à la révolution et à tenir compte de l’émergence et de la généralisation des nouveaux rapports sociaux. Il reste une expérience prolétarienne des luttes et de la pratique, et ceci est important pour leurs potentialités futures, non pas au niveau immédiat, prise en compte qui amène chacun à considérer l’importance de chaque moment de la lutte des classes.

Cependant, les attentes de Marx à propos des conséquences révolutionnaires de l’accumulation du capital sur la conscience de la classe se sont révélées erronées, pour le moins dans la phase ascendante du développement capitaliste. Il faut voir si ces attentes se vérifieront effectivement dans un processus de déclin du développement capitaliste, dans ce sens, nous considérons la notion de dé-intégration comme essentielle ainsi que les changements au niveau de l’armée industrielle de réserve pour mettre en évidence les mutations de paradigme issu de la crise sociale.

C’est sur ces bases qu’il faut analyser le développement du sectarisme et son possible dépassement. Le concept de secte s’illustre par le fait qu’un groupe de personnes se réunit - sur la base de quelques idées - pour se lancer ensuite dans une activité de propagande et de diffusion de ces idées. Les sectes se caractérisent aussi par un rituel organisationnel indépendant de la réalité et des luttes. Elles se réunissent en congrès, assemblées, etc., à quelques dizaines ou centaines de personnes, d’où émanent ‘des résolutions d’importance historique’, et d’où s’effectuent, entre autre, ‘d’historiques’ scissions. Ce n’est guère mieux chez les militants de base ou les syndicalistes, où le caractère de secte est certes moins perceptible, mais où la course à l’efficacité et au succès est conçu dans une perspective de rupture, chose inévitable au sein des rouages d’intégration qui, de fait, rendent impossible toute opposition, surtout si elle se confronte directement sur un terrain de complicité de classes à la position la plus adéquate aux nécessités de la période.

Nous constatons que toute tentative de se placer au dessus des dynamiques sociales engendre inévitablement le retour à une supériorité prétentieuse, avec son corollaire de contrôle, d’hégémonie et de comportements qui reproduisent en petit (ou même en grand) les mêmes défauts de la société qu’elle prétend combattre. Il est nécessaire, par dessus tout, de savoir rompre avec l’abstraction idéologique et les vieilles formes propres à un terrain de confrontations lié à la totalité abstraite et se situer dans la totalité concrète de la lutte des classes et des rapports sociaux capitalistes. Rien que ce premier pas nous inciterait à discuter de la logique des sectes.

L’avant-gardisme (formel ou informel), conçu comme un raccourci aux contradictions (c’est là son attrait), aboutit en réalité à s’éloigner de la critique de l’économie politique. Donc, la question n’est pas l’opposition entre l’horizontalité ou la verticalité organisationnelle, même s’il ne fait aucun doute qu’il y a des qualités et des défauts entre ces méthodes prises dans leur pureté et leur abstraction.

Si une des possibles facettes du sectarisme est inscrite dans l’avant-gardisme, c’est parce qu’il se croit absolument indispensable et essentiel, d’où aussi le fétichisme de l’organisation se substituant à l’autonomie prolétarienne, cependant, cela implique aussi d’autres aspects : le culte de l’intellectuel, des mains calleuses, du professionnalisme, etc., investissements de secteurs qui sur le plan théorique rejettent ces logiques. Toutes ces dynamiques prennent, dans les périodes caractéristiques d’intégration, une dimension paroxystique.

Cela dit, nous ne considérons pas comme inutile la recherche de l’action concertée entre camarades, mais nous pensons qu’il est nécessaire de relativiser la portée de nos actions et savoir saisir les dynamiques de classes qui sont spécifiques aux dynamiques du capital lui-même et dont la seule invariance c’est la lutte des classes et non le communisme. Nous sommes très proches de cette définition que nous donne Pannekoek qui analysait le vieux mouvement ouvrier dans un article de 1946, La défaite de la classe ouvrière : « Quand on parle de défaite de la classe ouvrière, il est question en réalité d’une défaite liée à des objectifs trop limités. La lutte réelle pour l’émancipation n’est pas encore commencée ; sous cet aspect, celui qu’on appelle communément le mouvement ouvrier des derniers cent ans, n’a pas été autre chose qu’une succession d’escarmouches d’avant-postes. Les intellectuels, qui ont pour habitude de réduire la lutte sociale aux formules les plus abstraites et de les banaliser, ont tendance à sous-évaluer la formidable ampleur de la transformation qui devra être réalisée ».

Nous avons voulu publier l’Appel des camarades de Perspective Internationaliste, dont nous apprécions l’expérience, car nous pensons que la période actuelle engendre une désillusion inédite se concrétisant par la méfiance entre l’État et les travailleurs et la possibilité d’une affirmation importante, qui fut un temps considérée comme l’autonomie prolétarienne, nécessaire à une vaste coordination et à la recherche. Chaque ensemble se construit mais ne se fonde pas. Même si elle date, et qu’elle est sûrement adaptable, l’intuition des communistes radicaux des années 30 nous semble exprimer encore aujourd’hui l’essence de l’action des révolutionnaires mettant au cœur de leur réflexion la critique de l’économie politique : « Les groupes ne prétendent pas agir au nom de la classe ouvrière, mais se considèrent eux-mêmes membres de la classe ouvrière, ils ont eu, pour une raison ou l’autre, la possibilité de constater que la tendance sociale actuelle va dans le sens de l’effondrement du capitalisme ; c’est dans cette direction qu’ils cherchent à coordonner l’activité concrète des ouvriers. Ils sont conscients de n’être rien d’autres que des groupes de propagande, en mesure de proposer les orientations nécessaires à l’action, mais incapables de les diriger dans l’intérêt de la classe. Cela, la classe devra l’accomplir elle-même », Paul Mattick, 1949, Socialisme du capital et autonomie ouvrière.

Le défi auquel nous sommes confrontés est que nous sommes immergés dans un contexte où la perception d’un bien-être continu s’estompe, ainsi ce n’est pas la volonté d’un autre monde possible qui active les dynamiques sociales, mais fondamentalement la perception que ce monde est impossible.

Nous pensons que la contribution des camarades de Perspective Internationaliste pourra être un stimulant pour tous ceux ayant pris conscience de l’inadéquation de leur pratique passée et pourra être une réflexion dès aujourd’hui pour des camarades qui proviennent d’horizons différents. Prendre conscience de ce qu’il ne faut pas faire est déjà, pour nous, un premier pas vers ce qu’il faut faire.


La réponse de Controverses

Nous saluons et nous soutenons l’appel de Perspective Internationaliste (PI) adressé aux groupes et cercles du milieu révolutionnaire->64]. Nous en partageons tous les constats essentiels ainsi que leurs conséquences.

La situation dramatique de crise accroît terriblement les enjeux contenus dans la situation présente. Le prolétariat est bien la seule force sociale en mesure d’apporter une réponse à la crise d’un système devenu obsolescent. Plus que jamais, le caractère généralisé de la crise du système capitaliste exige des réponses claires sur les voies et moyens que les révolutionnaires doivent proposer au prolétariat mondial lors de ses inévitables affrontements de classe à venir en vue de préserver l’humanité de l’avenir dévastateur que lui prépare la bourgeoisie.

L’internationalisme sera le point nodal de reconnaissance et de rassemblement des éléments les plus conscients parmi les avant-gardes du prolétariat. Malheureusement, non seulement ceux-ci sont dispersés et traversés de profondes divergences, mais aussi marqués par des conflits aux blessures douloureuses. Dès lors, nous soutiendrons tous les efforts qui seront faits visant à surmonter tous ces legs du passé.

En conséquence, en plus des nécessités et objectifs soulignés dans l’Appel de PI, nous pensons que, tout en tenant compte du contexte différent de période historique, il s’agira aussi de renouer avec l’esprit et les orientations qui animaient Bilan lorsqu’il traçait en 1933 dans l’introduction de son premier bulletin théorique que : « Notre fraction en abordant la publication du présent bulletin ne croit pas pouvoir présenter des solutions définitives aux problèmes terribles qui se posent aux prolétariats de tous les pays. […] elle n’entend pas se prévaloir de ses précédents politiques pour demander des adhésions aux solutions qu’elle préconise pour la situation actuelle. Bien au contraire, elle convie les révolutionnaires à soumettre à la vérification des évènements les positions qu’elle défend actuellement aussi bien que les positions politiques contenues dans ses documents de base. (…) Octobre 1917 a été possible parce qu’en Russie existait un parti préparé de longue date, qui avait, au cours d’une série ininterrompue de luttes politiques, examiné toutes les questions qui se posèrent au prolétariat russe et mondial après la défaite de 1905. C’est de cette défaite que surgirent les cadres capables de diriger les batailles de 1917. Ces cadres se sont formés au feu d’une critique intense qui visait à rétablir les notions du marxisme dans tous les domaines de la connaissance, de l’économie, de la tactique, de l’organisation : aucun dogme n’arrêta l’œuvre des bolcheviks et c’est justement pour cela qu’ils ont réussi dans leur mission [1]. […] Ceux qui opposent à ce travail indispensable d’analyse historique le cliché de la mobilisation immédiate des ouvriers, ne font que jeter de la confusion, qu’empêcher la reprise réelle des luttes prolétariennes . […] Et cette connaissance ne peut supporter aucun interdit non plus qu’aucun ostracisme . […] Notre fraction aurait préféré qu’une telle œuvre se fit par un organisme international, persuadée comme elle l’est de la nécessité de la confrontation politique entre ces groupes capables de représenter la classe prolétarienne de plusieurs pays. Aussi serons-nous très heureux de pouvoir céder ce bulletin à une initiative internationale garantie par l’application de méthodes sérieuses de travail et par le souci de déterminer une saine polémique politique ».

Nous pensons donc que la reprise des contacts au sein du milieu révolutionnaire devrait également se pencher sur les tâches consistant à : « Rétablir les notions du marxisme dans tous les domaines de la connaissance », et ce sans « aucun dogme », sans « aucun interdit non plus qu’aucun ostracisme », sans « opposer à ce travail indispensable d’analyse historique le cliché de la mobilisation immédiate des ouvriers » et « par le souci de déterminer une saine polémique politique ». Car c’est uniquement sur la base d’un tel bilan que, à l’image des Bolcheviks, pourront progressivement s’élaborer les bases pour réussir un nouvel Octobre 17.

Cependant, quels que soient les choix retenus par ceux qui répondront positivement à cet Appel, nous nous engageons d’ores et déjà à soutenir toutes les initiatives, aussi modestes soient-elles, allant dans le sens tracé. En ce qui nous concerne, nous nous sommes déjà activement engagés dans ce sens : (a) en participant positivement au débat sur ‘La crise’ organisé par PI en mars 2009 à Bruxelles ; (b) en répondant favorablement à son Appel ; (c) en nous engageant à y participer au maximum de nos moyens ; et (d) en proposant bientôt d’autres initiatives concrètes allant dans le même sens.

Nous souhaitons le plein succès à l’initiative de PI et sommes sûrs qu’elle rencontrera progressivement un soutien de plus en plus ample dans les semaines à venir, car nous avons des échos grandissants d’intentions de réponses positives de la part d’autres groupes et éléments avec lesquels nous sommes en contact.

Avec nos meilleures salutations révolutionnaires,

Forum de la Gauche Communiste Internationaliste, 29 mars 2009


L’APPEL AU MILIEU PRO-RÉVOLUTIONNAIRE : RÉACTIONS ET PERSPECTIVES

Début 2009, PI a lancé un Appel au milieu révolutionnaire, avec pour objectif de ré-initier un processus de discussion et d’échanges entre les groupes de ce milieu (voir l’Appel ci-dessous). Cet Appel a suscité de nombreuses réactions aux Etats-Unis, en Angleterre, en France, en Allemagne et en Belgique. Le texte introductif qui suit a pour but de préciser le contexte dans lequel a été lancé cet Appel, de donner un aperçu des réactions suscitées et de tracer les perspectives d’échanges et de collaborations possibles entre les groupes.

Le contexte de l’appel lancé par PI n’est autre que la crise du capitalisme, la plus profonde depuis les années ’30. Cette crise a été expliquée dans les médias par l’avidité, la mauvaise gestion, un manque de régulation par l’Etat. La solution prônée par la gauche peut être qualifiée de critique positive du capitalisme : plus d’interventionnisme, de régulation de l’économie par l’Etat, la nationalisation des banques et de l’économie.

Les révolutionnaires, quant à eux, développent une critique négative du capitalisme. Ils comprennent qu’une régulation plus grande, et même un remplacement complet des capitalistes privés par les fonctionnaires de l’Etat, ne stopperait pas la crise. C’est la loi de la valeur qui emprisonne la société humaine mondiale : chaque marchandise est produite pour rapporter un profit. Ce profit provient de la plus-value extraite du travail humain. L’accumulation de la valeur est le but réel de l’économie capitaliste, que celle-ci soit gérée par la gauche ou par la droite. Nous en sommes à un moment de l’histoire où l’augmentation de la productivité rend possible la production de beaucoup trop de marchandises pour un coût trop peu élevé (avec peu de travail humain impliqué) et où il est impossible que toute la valeur créée se maintienne en tant que valeur. Le capitalisme nous entraîne vers davantage de misère, de guerres, de destructions écologiques et autres catastrophes, parce que la destruction massive de la valeur existante est nécessaire pour restaurer les conditions de l’accumulation, afin que la valeur puisse à nouveau croître. La critique négative signifie que le capitalisme doit être attaqué à la racine. C’est l’ensemble du système interconnecté de travail salarié, d’argent, de marchés, de nations qui doit être éradiqué.

Les révolutionnaires doivent dire NON à beaucoup de choses. Ils doivent attaquer les illusions. Contrairement à la critique positive du capitalisme, la critique négative n’offre pas de propositions pratiques pour des améliorations concrètes ici et maintenant, mis à part la résistance sans compromis contre la misère que le capitalisme inflige à la classe ouvrière. Nous espérons que dans cette résistance la classe ouvrière se transformera en « classe pour soi », en une classe qui, en se libérant de sa condition d’exploitée, libérera ainsi toute l’humanité. Nous espérons que dans cette auto-organisation prendra forme l’organisation de la société post-capitaliste. Malgré l’urgence de la situation, ce n’est pas un projet à court terme. Les illusions sont encore fortes dans la classe ouvrière, de même que la crainte que la résistance empire encore la situation. Mais, même s’il y aura des pauses, la crise continuera à s’approfondir. La crise de confiance dans le système financier se transformera en une crise de confiance dans l’Etat. Les Etats peuvent sauver les banques (comme ils l’ont fait ces derniers mois), mais il n’y a pas d’instance supérieure qui puisse venir à la rescousse lorsque même les Etats les plus forts ne seront plus des refuges sécurisés pour la valeur. Les illusions dans l’Etat protecteur de la valeur, de l’avenir de la société et de l’avenir des travailleurs, vont tomber.

Les événements eux-mêmes pousseront la classe ouvrière à lutter. Mais si la lutte est inévitable et si elle conduit à l’auto-organisation du travailleur collectif (1) qui peut menacer le capitalisme, quel est le rôle des révolutionnaires ? Bien entendu, ils participent à la lutte, puisqu’ils font partie de la classe. Mais quel est leur rôle spécifique ? Il arrive que lorsqu’on entend quelqu’un parler (ou lorsqu’on lit un texte), on ait l’impression d’entendre (ou de lire) exactement ce que l’on était en train de penser. Ou bien que suite à cette expérience, on réalise qu’on était en train de penser et qu’on sait maintenant ce qui doit être fait ensuite. Voilà ce que les révolutionnaires peuvent faire. Exposer de manière intelligible, explicite, ce qui est ressenti de façon intuitive.

Cela ne signifie pas qu’ils soient les seuls à défendre la perspective révolutionnaire, la nécessité de détruire la loi de la valeur. Ceci se produit spontanément dans la résistance à la crise, comme l’illustre l’anecdote suivante à Cleveland (Ohio). Des travailleurs licenciés dans le domaine de la construction, et qui avaient perdu leur propre maison, ont réalisé à quel point la situation était absurde : après avoir construit tant de maisons pour « les autres » (le marché), ils s’en trouvent eux-mêmes dépourvus, de même que d’autres familles, alors que 15 000 logements étaient libres à Cleveland. Ils ont donc formé un groupe spontané et ont utilisé leurs compétences pour arranger des maisons vides et y transférer des familles sans logement. C’est un acte illégal, une attaque de la forme valeur, comme l’est la résistance à l’expulsion dans les quartiers ouvriers. C’est une des façons dont la forme valeur est en train de craquer, de montrer son obsolescence : la crise fait apparaître la contradiction entre les besoins du capital et les besoins humains et met en route l’imaginaire d’une société post-capitaliste. Pour que les révolutionnaires puissent jouer leur rôle dans la lutte et contrer les organisations qui tentent d’étouffer la résistance dans la « critique positive » du capitalisme, ils doivent dépasser deux fausses conceptions.

Premièrement : l’idée que la théorie révolutionnaire est plus ou moins achevée et que la seule tâche des révolutionnaires consiste à disséminer cette théorie dans la classe. Contre cette idée, qui conduit à la stérilité théorique, PI a souligné le caractère incomplet et les faiblesses de la théorie (sur laquelle nous nous sommes tous basés dans les années ‘60 et ‘70), la nécessité d’un effort théorique majeur pour comprendre comment le capitalisme a évolué au cours des 30 dernières années, comment ces changements affectent la conscience du prolétariat, la façon dont il est subjectifié . (2) Nous devons impérativement comprendre comment la conscience de classe se développe dans les conditions présentes, si nous voulons être un facteur de ce développement.

Deuxièmement : l’erreur de croire que ce dont la classe ouvrière a besoin avant tout, c’est une organisation telle que la nôtre, mais beaucoup plus grande et donc le fait de voir la croissance de l’organisation comme la priorité absolue. Cela conduit à mettre l’accent sur le recrutement, à mesurer sa propre activité en termes quantitatifs (nombre de publications, de membres, de ventes, de cotisations, de pages écrites …), à considérer que les autres organisations sont des compétiteurs, voire des parasites à exterminer, à adopter des attitudes sectaires, une impatience dans les débats.

C’est la raison pour laquelle PI, maintenant que la crise a donné une nouvelle urgence à la critique négative du capitalisme, a lancé un appel au milieu révolutionnaire. Ce que PI espérait ainsi susciter, c’est :

Que les groupes se focalisent sur la tâche essentielle, abandonnent les habitudes sectaires, diminuent les fixations sur des querelles secondaires et surmontent les frictions inutiles entre eux ; Que les groupes aient le désir de débattre d’une façon honnête, fraternelle, à la fois pour approfondir la compréhension théorique (évolution du capitalisme, développement de la conscience de classe dans le travailleur collectif) et pour défendre plus efficacement la critique négative du capitalisme dans la classe.

L’appel de PI n’est pas un appel au regroupement, à créer une organisation plus grande. Ce n’est pas non plus un appel à créer un pôle anti-CCI ou autre. Au risque de nous répéter : nous voudrions susciter au sein du milieu une attitude tournée vers ce que nous avons en commun (au lieu de se focaliser sur ce qui nous divise), une attitude tournée vers des discussions, des pratiques communes (au lieu d’être isolés les uns des autres), une attitude fondée sur un état d’esprit d’ouverture, tourné vers une vision du futur (au lieu d’être tourné vers les querelles du passé et vers les idées du passé).

L’Appel est-il utopique, le seul produit de notre volonté en dehors de tout contexte ? Nous ne le pensons pas. Différents signes nous font penser que le moment est approprié. L’an dernier s’est tenue une conférence en Corée, appelée par un groupe de militants coréens et à laquelle ont participé un certain nombre de groupes européens . Plus récemment, s’est tenue à Birmingham une conférence des groupes révolutionnaires appelée par le « Forum des Midlands », à laquelle PI, ainsi que d’autres organisations révolutionnaires, a également participé. La volonté de tenir ces réunions, ainsi que le caractère fraternel des discussions qui s’y sont tenues entre les groupes participants, témoignent bien de ce renouveau quant à l’esprit d’ouverture.

Depuis que PI a lancé son Appel (2 mars 2009), de nombreux groupes et individus ont répondu, parfois à plusieurs reprises. Certains groupes ont eux-mêmes sollicité les réactions d’autres groupes (3) , comme on peut s’y attendre dans un processus vivant. L’Appel a donc été entendu et son écho s’est répercuté dans de nouvelles directions.

Les réactions ont été nombreuses et généralement positives. Certaines sont fortement critiques par rapport aux positions de PI, d’autres soutiennent mais avec prudence, d’autres soutiennent avec plus d’enthousiasme et sont prêts à s’engager dans des initiatives communes. Dans le bref compte-rendu ci-dessous, nous synthétiserons la façon dont les groupes et individus se sont positionnés par rapport à l’Appel .

Les Irréductibles du Parti, attachés au Passé (très lointain)

La réaction la plus défavorable est venue de la Fraction interne du CCI (réponse en date du 25 avril 2009) : « Nous ne répondrons pas favorablement à cet Appel car nous ne considérons pas qu’il puisse représenter un pas en avant dans le regroupement des forces communistes. Nous pensons même qu’il représente une voie opposée à cette nécessité ». La Fraction dénonce la « nature politique, attrape-tout de l’Appel », qui serait une ouverture aux anarchistes : « (…) Aucun mot sur l’insurrection prolétarienne, aucun mot sur la dictature du prolétariat, aucun mot sur le parti, aucun mot sur l’Etat, etc. ». L’Appel serait (aussi !) une démarche masquée pour constituer un pôle anti-CCI : « votre Appel (…) vise aussi, ou pour le moins ouvre la porte (…) à un regroupement dans un front anti-CCI ». Pour la Fraction, l’initiative pour un processus de regroupement est lié à la reconnaissance du critère Parti : « Pour nous, aujourd’hui, toute initiative visant au développement d’un processus de regroupement n’aurait de sens que si le critère de l’organisation politique et du parti communiste mondial est au centre d’un tel appel (…) seul le BIPR nous paraît représenter, en ce moment, le pôle autour duquel un tel processus de regroupement pourrait s’articuler et se développer. Votre Appel est non seulement éloigné d’une telle perspective, mais il semble même qu’il lui tourne le dos ».

Les diatribes lancées contre les anarchistes, la revendication explicite de la conception de Lénine de l’organisation, ces outils conceptuels dont se prévaut la Fraction, voilà qui signe la référence au passé, comme s’il ne s’était rien produit depuis un siècle, comme si le prolétariat et ses organisations étaient restés immuables, comme s’il n’y avait rien de nouveau à comprendre concernant la trajectoire du capitalisme, la domination de la loi de la valeur, la façon dont la conscience se développe. Heureusement pour l’avenir des discussions et des contacts, nous n’avons reçu qu’une seule réponse de ce type.

Les supporters modérés : sceptiques, mais pourquoi ? Un deuxième groupe est constitué par des réponses qui se déclarent positives à l’Appel, tout en émettant des réserves à propos d’un enthousiasme trop grand, peut-être démesuré compte tenu de la période actuelle. Le CDP par exemple (Réponse en date du 11 avril) se déclare d’accord pour répondre favorablement à l’Appel et partage le désir de relancer et poursuivre la discussion.

Le CDP, comme DA de la revue « Letters » émet une réserve par rapport au caractère d’urgence souligné dans l’Appel et met en garde contre les initiatives prématurées : « Cependant, des voix se sont élevées pour nuancer le caractère d’urgence mis en avant dans l’Appel. Pour l’heure, il n’y a pas de mobilisation générale des forces sociales révolutionnaires même si on assiste ici et là à des frémissements. D’autres ont trouvé prématurées certaines de ses propositions, comme par exemple d’envisager dès maintenant des interventions communes ». Le CDP rappelle (avec raison) que d’autres initiatives de discussion collectives lancées par le passé, parmi lesquelles le Réseau de discussion, ont tourné court. « Le réseau international de discussion, ouvert au plus grand nombre avec un minimum indispensable de critères de participation, a, malgré de nombreux échanges fructueux et non négligeables surtout au début de son existence, rencontré de multiples difficultés et ne fait plus que vivoter parce qu’aussi nous n’avons pas su et pu remettre en question les analyses à la lumière de la dure réalité. PI nous invite à mesurer les divergences et les accords mais cela devrait aussi passer par comprendre les causes de la situation actuelle du réseau afin d’éviter un possible échec de ce dernier Appel ».

Il est vrai que le risque d’une retombée après un début enthousiasmant existe toujours. Mais il est vrai également que la situation a changé depuis la création du réseau de discussion. Les fissures économiques et sociales dans l’édifice capitaliste sont devenues plus évidentes aujourd’hui qu’elles ne l’étaient à l’époque. Le caractère déterminé, actif, de l’activité des révolutionnaires l’est également, sous la pression des interventions, de la clarification théorique, ainsi que des contacts et des discussions menées avec d’autres groupes.

Les supporters sceptiques soulèvent, à juste titre, la question de l’origine de la fragmentation actuelle du milieu révolutionnaire. Cette question est abordée à la fois par le CDP et par le groupe « Freundinnen and Freunde der klassenlosen Gesellschaft » (Les Amis de la société sans classe). Selon le CDP : « On ne peut qu’être d’accord avec PI sur le constat que le milieu révolutionnaire est profondément divisé, mais le sectarisme n’est pas la seule cause de cette fragmentation. Elle est aussi le produit des fractures nées dans le mouvement ouvrier du siècle passé que la réalité actuelle ne peut effacer parce qu’elle ne nous a pas encore contraint à nous débarrasser des idées mortes qui pèsent sur le cerveau des vivants et à réfléchir à partir du futur. Et pourtant, c’est surtout ce dernier qui doit donner le sens au présent ».

Les « Amis de la société sans classe » défendent une position similaire : « we see in the fragmentation within the « pro-revolutionary » milieu the result of more than 80 years in which after the defeat of the proletarian revolutionary wave the class itself has been fragmented and has acted in a fragmented way. Sectarianism is not the cause of the present lamentable situation of the milieu but partly the expression of the lamentable situation of the working class. So, overcoming the division of the “pro-revolutionary” milieu is desirable but is not essentially a matter of will, it is primarily a matter of how clearly and unequivocally the issues at stakes appear for the class and for the “milieu”. For the moment we do not see the real possibility of bringing together all the efforts done by multiple local pro-revolutionary groups, because of the diversity of regional situations and of the analysis and opinions about what are the essential and priority tasks”.

L’idée selon laquelle on ne peut pas faire des pas décisifs tant qu’on ne sait pas vers où on va, est correcte. Si PI a pris l’initiative de lancer l’Appel, c’est parce que, par ailleurs, nous travaillons depuis des années les questions théoriques liées à la trajectoire du capitalisme depuis la deuxième guerre mondiale : catastrophe écologique, génocides, mondialisation, crise économique, développement de la conscience de classe. C’est parce que nous pensons que des avancées théoriques sont POSSIBLES, des avancées qui capturent les changements de la réalité depuis 50 ans, que nous pouvons et voulons aborder la discussion ouverte avec d’autres groupes. Les enthousiastes

Parmi les réactions les plus enthousiastes à l’Appel, nous aimerions mettre en exergue celle du Forum pour la Gauche Communiste, qui publie la revue Controverse (Réponse en date du 29 Mars, en français et en anglais) : « Nous pensons donc que la reprise des contacts au sein du milieu révolutionnaire devrait également se pencher sur les tâches consistant à « rétablir les notions du marxisme dans tous les domaines de la connaissance », et ce « sans aucun dogme » … « sans opposer à ce travail indispensable d’analyse historique le cliché de la mobilisation immédiate des ouvriers » (…) « Nous nous engageons déjà à soutenir toutes les initiatives, aussi modestes soient-elles, allant dans ce sens ». Le Forum a ainsi soutenu l’Appel, en participant à nos réunions de discussion, en diffusant l’Appel à d’autres groupes, en organisant des réunions avec d’autres groupes qui se tiendront dans un avenir proche. Un début de concrétisation de l’Appel a donc eu lieu, grâce à l’enthousiasme d’un ensemble de groupes et de camarades (Tumulto, les Amis pour une société sans classe). La prise de position de l’ ex-Communist Bulletin Group (en Avril 2009, à la réunion de Birmingham) est également intéressante à citer : “internally, we must move away from the practice of seeing discussions as something that takes place primarily behind close doors and only “released” to the milieu when “done and dusted”. Externally we must encourage joint interventions, dissemination of press and leaflets notes as something pragmatically useful but as cementing solidarity between us”. Ces groupes, tout en reconnaissant l’existence de divergences et la nécessité de clarification de points théoriques, adoptent dès à présent une attitude pro-active d’ouverture à la discussion et aux initiatives communes. Conclusions

Nous avons reçu beaucoup d’autres réactions, qui n’ont pas été citées ici (Fr., La lettre Internationaliste et GS, Philippe Michel, B. York, Internationalism et le CCI, John Ayers, John Garvey, Against the Wage, Perry Sanders (Chirevnet), Victor (Montréal, au nom du BIPR), la revue ‘Letters’). Si l’ Appel de PI/IP a déjà révélé un élément important, c’est un certain degré d’ouverture au débat, qui témoigne d’une nouvelle période possible quant au fonctionnement des relations entre les groupes. Notre but est d’inciter les groupes à dépasser les attitudes sectaires (centrées sur « ce qui nous différencie » plutôt que sur « ce sur quoi nous voulons aller »), les attitudes de compétition. Nous voulons réaffirmer notre conviction : il faut être ouvert au « Nouveau » : « renouveau du marxisme » : nécessité de critiquer non seulement le léninisme, mais aussi les théories de la Gauche Communiste ; considérer les limites des apports des gauches et les développements dont nous avons besoin pour comprendre le monde aujourd’hui ;

Le « Nouveau » dans les formes d’organisation : comment le prolétariat met-il en question la « forme-valeur » aujourd’hui et quel rôle les révolutionnaires peuvent-ils jouer dans cette transformation ? Maintenant que l’Appel a été lancé, maintenant que plusieurs groupes et individus ont répondu favorablement, nous devons faire le pas suivant, en assumer concrètement le contenu.

En ce qui concerne la suite à donner à l’Appel, plusieurs propositions :

Publier les débats concernant cet Appel Échanger les informations concernant les réunions à venir planifiées par PI ainsi que par les autres groupes/participants ; Diffusion conjointe de la presse, des tracts ; Organiser ensemble des réunions de discussions à Bruxelles, Paris, New York, en Grande-Bretagne et dans plusieurs villes de France où se trouvent d’autres camarades/groupes intéressés ; Interventions conjointes dans des grèves et des manifestations Tenue d’une réunion commune dans 6 mois, dans laquelle chacun présentera son analyse de l’évolution de la situation ainsi que des initiatives entre les groupes. L’avenir nous dira jusqu’où l’Appel lancé par PI aura été utile pour faire avancer la clarification et l’engagement plus actif et plus efficace des révolutionnaires en ce qui concerne l’intervention dans les luttes.

Perspective Internationaliste

Notes

1. La notion de travailleur collectif a été formulée par Marx dans les Grundrisse. Au stade développé du capitalisme, il est utile de considérer les travailleurs salariés comme un corps participant de manière collective à la valorisation du capital. Ainsi, les enseignants, les travailleurs du transport de marchandises, les travailleurs dans le domaine de la santé sont inclus dans le concept de « travailleur collectif » dans la période où la loi de la valeur pénètre de plus en plus TOUS les aspects de la vie sociale.

2. Subjectifié se réfère à la façon dont le prolétariat est assujetti à l’idéologie capitaliste, de par sa position de classe exploitée. La subjectification se modifie en fonction des conditions historiques et sociales. Par exemple, les travailleurs de la 2ème moitié du 20ème siècle sont davantage assujettis via la consommation de marchandises, étant donné que l’augmentation de la productivité a permis la production à faible coût de la plupart d’entre elles. Les travailleurs sont également assujettis par la nécessité de produire de la valeur. La valeur est produite non en tant que travail créatif, mais en tant qu’élément subordonné à l’activité industrielle.

3. Le Forum de la Gauche Communiste Internationaliste a traduit l’Appel en plusieurs langues et a également sollicité la réaction de divers groupes en Europe.

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