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Accueil du site > 06- Livre Six : POLITIQUE REVOLUTIONNAIRE > 4- Ce qu’est le socialisme et ce qu’il n’est pas > Marxisme et anarchisme

Marxisme et anarchisme

samedi 7 novembre 2009, par Robert Paris

Extraits de "L’Etat et la révolution" de Lénine :

La doctrine "social-démocrate" qui règne aujourd’hui ayant complètement dénaturé l’attitude du marxisme à l’égard de l’anarchisme dans la question de la suppression de l’Etat, il est particulièrement utile de rappeler certaine polémique de Marx et d’Engels avec les anarchistes.

POLEMIQUE AVEC LES ANARCHISTES

Cette polémique remonte à 1873. Marx et Engels avaient publié des articles contre les proudhoniens "antiautoritaires" dans un recueil socialiste italien ; et ce n’est qu’en 1913 que ces articles parurent en traduction allemande dans la Neue Zeit.

"Si la lutte politique de la classe ouvrière, écrivait Marx, raillant les anarchistes et leur négation de la politique, revêt des formes révolutionnaires ; si, à la place de la dictature de la bourgeoisie, les ouvriers établissent leur dictature révolutionnaire, ils commettent un crime effroyable de lèse-principes, car, pour satisfaire leurs misérables et grossiers besoins du jour, pour briser la résistance de la bourgeoisie, ils donnent à l’Etat une forme révolutionnaire et passagère, au lieu de déposer les armes et d’abolir l’Etat" (Neue Zeit, 1913-1914, 32e année, tome I, p. 40).

C’est uniquement contre cette "abolition-là" de l’Etat que s’élevait Marx quand il réfutait les anarchistes ! Il ne s’élevait pas du tout contre l’idée que l’Etat disparaîtra avec les classes, ou sera aboli avec leur abolition, mais contre le refus éventuel, de la part des ouvriers, d’employer les armes, d’user de la violence organisée, c’est-à-dire de l’Etat, qui doit servir à "briser la résistance de la bourgeoisie".

Marx souligne expressément - pour qu’on ne vienne pas dénaturer le sens véritable de sa lutte contre l’anarchisme - la "forme révolutionnaire et passagère " de l’Etat nécessaire au prolétariat. Le prolétariat n’a besoin de l’Etat que pour un temps. Nous ne sommes pas le moins du monde en désaccord avec les anarchistes quant à l’abolition de l’Etat en tant que but . Nous affirmons que, pour atteindre ce but, il est nécessaire d’utiliser provisoirement les instruments, les moyens et les procédés du pouvoir d’Etat contre les exploiteurs, de même que, pour supprimer les classe, il est indispensable d’établir la dictature provisoire de la classe opprimée. Marx choisit la façon la plus incisive et la plus nette de poser la question contre les anarchistes : les ouvriers doivent-ils, en renversant le joug des capitalistes, "déposer les armes" ou les utiliser contre les capitalistes afin de briser leur résistance ? Or, si une classe fait systématiquement usage de ses armes contre une autre classe, qu’est-ce donc sinon une "forme passagère" de l’Etat ?

Que chaque social-démocrate s’interroge : est-ce bien ainsi qu’il posait lui-même la question de l’Etat dans la polémique avec les anarchistes ? Est-ce bien ainsi que posait cette question l’immense majorité des partis socialistes officiels de la IIe Internationale ?

Engels expose les mêmes idées d’une manière beaucoup plus détaillée et plus populaire encore. Tout d’abord, il raille la confusion d’idées chez les proudhoniens, qui s’intitulaient "antiautoritaires", c’est-à-dire qui niaient toute autorité, toute subordination, tout pouvoir. Prenez une usine, un chemin de fer, un navire en haute mer, dit Engels ; n’est-il pas évident que, sans une certaine subordination, donc sans une certaine autorité ou un certain pouvoir, il est impossible de faire fonctionner aucun de ces établissements techniques compliqués, fondés sur l’emploi des machines et la collaboration méthodique de nombreuses personnes ?

"Lorsque j’avance de semblables arguments contre les plus furieux antiautoritaires, écrit Engels, ceux-ci ne savent que me répondre : "Ah ! cela est vrai, mais il ne s’agit pas ici d’une autorité que nous donnons à des délégués, mais d’une mission !" Ces messieurs croient avoir changé les choses quand ils en ont changé les noms."

Après avoir ainsi démontré qu’autorité et autonomie sont des notions relatives ; que le domaine de leur application varie suivant les différentes phases de l’évolution sociale ; qu’il est absurde de les prendre pour des absolus ; après avoir ajouté que le domaine de l’emploi des machines et de la grande industrie s’étend de plus en plus, Engels passe, des considérations générales sur l’autorité, à la question de l’Etat.

"Si les autonomistes, écrit-il, se bornaient à dire que l’organisation sociale de l’avenir restreindra l’autorité aux seules limites à l’intérieur desquelles les conditions de la production la rendent inévitable, on pourrait s’entendre ; au lieu de cela, ils restent aveugles devant tous les faits qui rendent nécessaire la chose, et ils se dressent contre le mot.

Pourquoi les antiautoritaires ne se bornent-ils pas à s’élever contre l’autorité politique, contre l’Etat ? Tous les socialistes sont d’accord que l’Etat politique et, avec lui, l’autorité politique disparaîtront en conséquence de la prochaine révolution sociale, à savoir que les fonctions publiques perdront leur caractère politique et se transformeront en simples fonctions administratives protégeant les véritables intérêts sociaux. Mais les antiautoritaires demandent que l’Etat politique autoritaire soit aboli d’un coup, avant même qu’on ait détruit les conditions sociales qui l’ont fait naître. Ils demandent que le premier acte de la révolution sociale soit l’abolition de l’autorité.

Ont-ils jamais vu une révolution, ces messieurs ? Une révolution est certainement la chose la plus autoritaire qui soit ; c’est l’acte par lequel une partie de la population impose sa volonté à l’autre au moyen de fusils, de baïonnettes et de canons, moyens autoritaires s’il en est ; et le parti victorieux, s’il ne veut pas avoir combattu en vain, doit maintenir son pouvoir par la peur que ses armes inspirent aux réactionnaires. La Commune de Paris aurait-elle duré un seul jour, si elle ne s’était pas servie de cette autorité du peuple armé face aux bourgeois ? Ne peut-on, au contraire, lui reprocher de ne pas s’en être servi assez largement ? Donc, de deux choses l’une : ou les antiautoritaires ne savent pas ce qu’ils disent, et, dans ce cas, ils ne sèment que la confusion ; ou bien, ils le savent et, dans ce cas, ils trahissent le mouvement du prolétariat. Dans un cas comme dans l’autre, ils servent la réaction." (p.39)

Dans ce passage sont abordées des questions qu’il convient d’examiner en connexion avec le problème des rapports entre la politique et l’économie lors de l’extinction de l’Etat (ce thème sera traité dans le chapitre suivant). Telle la question de la transformation des fonctions publiques, de politiques qu’elles étaient, en simples fonctions administratives ; telle la question de l’"Etat politique". Cette dernière expression, particulièrement susceptible de soulever des malentendus, est une allusion au processus d’extinction de l’Etat : il arrive un moment où l’Etat en voie d’extinction peut être appelé un Etat non politique.

Ce qu’il y a de plus remarquable dans ce passage d’Engels, c’est encore la façon dont il pose la question contre les anarchistes. Les social-démocrates qui veulent être les disciples d’Engels ont polémiqué des millions de fois avec les anarchistes depuis 1873, mais le fait est qu’ils n’ont pas discuté comme les marxistes peuvent et doivent le faire. L’idée de l’abolition de l’Etat est, chez les anarchistes, confuse et non révolutionnaire : voilà comment Engels posait la question. C’est précisément la révolution que les anarchistes se refusent à voir, sa naissance et son développement, ses tâches spécifiques en ce qui concerne la violence, l’autorité, le pouvoir et l’Etat.

La critique de l’anarchisme se réduit habituellement, pour les social-démocrates actuels, à cette pure banalité petite-bourgeoise : "Nous admettons l’Etat, les anarchistes non !" Naturellement, une telle banalité ne peut manquer de répugner à des ouvriers tant soit peu réfléchis et révolutionnaires. Engels dit autre chose : il souligne que tous les socialistes reconnaissent la disparition de l’Etat comme une conséquence de la révolution socialiste. Il pose ensuite la question concrète de la révolution, question que les social-démocrates laissent habituellement de côté par opportunisme, abandonnant pour ainsi dire aux seuls anarchistes le soin de l’"étudier". Et, en posant cette question, Engels prend le taureau par les cornes : la Commune n’aurait-elle pas dû se servir davantage du pouvoir révolutionnaire de l’Etat , c’est-à-dire du prolétariat armé, organisé en classe dominante ?

La social-démocratie officielle, qui donnait le ton, éludait généralement la question des tâches concrètes du prolétariat dans la révolution, soit tout simplement par un sarcasme de philistin, soit, dans le meilleur des cas, par ce sophisme évasif : "On verra plus tard". Et les anarchistes étaient en droit de dire de cette social-démocratie qu’elle manquait à son devoir, qui est de faire l’éducation révolutionnaire des ouvriers. Engels met à profit l’expérience de la dernière révolution prolétarienne justement pour étudier de la façon la plus concrète ce que le prolétariat doit faire en ce qui concerne à la fois les banques et l’Etat, et comment il doit s’y prendre.

1 Message

  • Marxisme et anarchisme 6 juin 2015 07:49, par R.P.

    "Tous les socialistes entendent par anarchie ceci : le but du mouvement prolétaire, l’abolition des classes, une fois atteint, le pouvoir de l’État [...] disparaît et les fonctions gouvernementales se transforment en de simples fonctions administratives."

    (Karl Marx, Les Prétendues Scissions dans l’Internationale, 1872).

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