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La crise du capitalisme et les perspectives pour les révolutionnaires

lundi 11 mai 2009, par Robert Paris

Le point de vue de Matière et révolution

1- Parler de crise n’est pas une avancée de la compréhension de la situation du monde ni de ses perspectives. En effet, ce que fait le système mondial depuis nombre d’années, c’est au contraire d’empêcher la crise cyclique par des interventions financières, politiques et militaires, des USA et des autres Etats impérialistes. La crise aurait dû éclater à l’échelle mondiale au moins depuis 2000. La guerre qui a suivi le 11 septembre a permis d’y pallier.

2- Pour éviter les crises cycliques, le système a pourvu le grand capital de revenus de plus en plus fictifs. C’est la source de la situation dans laquelle s’est enferré le système en titrisant des dettes. Le capital ne peut pas supporter de ne plus avoir des revenus de son capital. Cette méthode lui en a donné malgré le recul économique créant une reprise artificielle, dont la seule reprise réelle était celle de la course aux armements.

3- En intervenant massivement face à la crise de 2007-2009, avec des injections invraisemblables de fonds publics, les Etats, à commencer par les USA, continuent cette politique consistant à fournir des profits au capital, même si ces profits n’ont plsu rien de commun avec des réalités économiques : échanges, crédit, investissements, ventes et production. Alors que la production et les investissements s’effondrent produisant un chômage massif, les Etats, à coups de dons massifs, provoquent de nouveaux profits fictifs qui redressent momentanément les bourses. Mais le caractère fictif de ces profits n’en est qu’accru. Il est évident que les lendemains seront des effondrements des monnaies à commencer par le dollar. Et encore cela n’aura éviter durablement ni l’effondrement des banques ni celui des bourses. L’effondrement de la confiance n’en aura été que retardé.

4- Les années de profits en grande partie artificiels de la période de la mondialisation et de la financiarisation n’ont fait que faire croitre la masse des capitaux privés dans des proportions inconnues jusque là. Mais la contrepartie de ce succès des années 2000, c’est justement cette masse de capitaux qui ne correspondent pas à des investissements productifs possibles. Au point que l’on a atteint en 2007 un niveau de capitalisation tel qu’il n’est plus possible de faire marche arrière. Ce n’est pas une crise de surproduction de marchandises (ou de sous consommation) mais une crise de surproduction ... de capital ! La suraccumulation du capital a pris des proportions telles que le seul moyen trouvé par les Etats pour éviter une ffondrement total et immédiat du capitalisme en 2008 a été de continuer à faire croitre les capitaux privés en injectant des centaines de milliards des banques centrales et institutions financière sinternationales... Ce qui est reculer pour mieux sauter ! Ils ont ainsi accru la taille du problème tout en étendant aux etats l’endettement... Il n’y a pas de possibilité pour le capitalisme de s’en sortir par des moyens classiques, par des politiques économiques. l’effondrement du système a été retardé mais ce n’est que partie remise.

5- La crise n’est donc même pas une reproduction de la crise de 1929. le capitalisme a atteint un niveau beaucoup plus élevé, de moyens, de richesses, de mondialisation et, en même temps, l’impasse où parvient le système est bien plus bloquée qu’en 1929.

6- Toutes les propositions de changement radical du fonctionnement du système ne sont que poudre aux yeux. le seul changement que le système va produire n’est ni sa moralisation, ni la fin de la financiarisation mais l’attaque massive, sociale et politique contre la classe ouvrière et contre les peuples. La bourgeoisie mondiale va se servir du répit que lui donnent les interventions financières des Etats pour s’y préparer.

7- L’économie n’est pas et n’a jamais été seulement de l’économie. Elle est une politique de classes dirigeantes contre la classe exploitée. Et aujourd’hui cette politique signifie inévitablement un recul sans précédent, social, économique et politique. Il n’y a pas de "solution économique". Il n’y a pas de solution en dehors de la révolution prolétarienne !

Robert Paris

La crise du capitalisme et les perspectives pour les révolutionnaires

Fracción Trotskista - Cuarta Internacional

lundi 15 décembre 2008

En quelques mois la crise financière, à l’origine de laquelle se trouve l’explosion de la bulle immobilière et des subprimes aux Etats-Unis, s’est transformée en la pire crise de l’économie capitaliste depuis le krach de 1929 et la Grande dépression des années 1930.

Les mesures prises par les Etats capitalistes afin d’essayer de contenir la crise parlent d’elles-mêmes. Ce n’est effectivement pas tous les jours que les représentants étasuniens décident de destiner 700 milliards de dollars afin d’éviter une banqueroute bancaire généralisée ou encore que les Etats européens s’engagent à destiner à cet effet rien de moins que 1,9 billions de euros. En dépit de l’importance des fonds accordés, rien n’indique que ces mesures seront suffisantes pour contenir la débâcle. C’est ce dont témoigne d’ailleurs la volte-face de l’administration Bush au sujet de l’achat des « actifs toxiques » auprès des banques.

Les conséquences politiques de la crise sont déjà visibles, à commencer par la victoire électorale de Barak Obama, qui s’apprête à devenir le premier président afro-américain de la principal puissance impérialiste. Obama est bien entendu l’option la plus adéquate, pour de larges portions de la bourgeoisie impérialiste étasunienne, et ce afin de donner une nouvelle légitimité aux Etats-Unis sur l’échiquier international et afin d’utiliser la carte du Parti démocrate qui historiquement a joué un rôle de contention face à une éventuelle poussée de la lutte de classes. En revanche, pour de larges secteurs de la jeunesse, des travailleurs, des afro-américains ainsi que des autres minorités, ce qui les a décidé à voter massivement pour Obama, c’est sans aucun doute la récession économique et le bourbier dans lequel se trouvent les Etats-Unis en Irak et en Afghanistan.

La situation économique internationale a cependant continué de se détériorer après les élections américaines comme en témoignent l’avancée de la récession aux Etats-Unis et des pays de la zone euro ainsi que la décélération de l’économie chinoise, ayant conduit à de nouveaux replis boursiers.

Une crise aux dimensions historiques

La chute sans commune mesure des bourses mondiales accompagnée d’une dévalorisation des actions des principales multinationales a signifié une grande destruction de capital. Selon des chiffres de la mi-octobre, les bourses auraient déjà perdu prés de 27 billions de dollars.

Bien que la crise ait commencé en juillet-août 2007 avec la chute du marché de « subprimes » aux Etats-Unis, la banqueroute de la Lehman Brothers suivi de celle de AIG, la principale compagnie d’assurance, mi-septembre 2008, menant à la nationalisation de cette dernière, ont entraîné le monde dans une spirale infernale de chutes boursières, de crises monétaires et de hausse du coût et de raréfaction du crédit interbancaire. Ce manque de crédit a bien failli paralyser le fonctionnement du système capitaliste, obligeant les gouvernements des principales puissances mondiales à intervenir de manière décisive afin de restaurer au moins le crédit interbancaire.

Au cours de la période “néolibérale”, le système capitaliste a connu plusieurs crises : le krach de Wall Street en 1987, l’explosion de la “bulle” immobilière japonaise en 1990, la crise du système monétaire européen en 1992, la crise mexicaine de 1994, la crise sud-asiatique et indonésienne de 1997, la crise russe en 1998, la brusque dévaluation du réal brésilien en 1999, la crise de la « nouvelle économie » ou « dot economy » ainsi que la récession étasunienne de 2001, le krach de l’économie argentine fin 2001.

Aucune de ces crises néanmoins n’avaient l’ampleur de la crise actuelle. Celle que nous vivons aujourd’hui a pour origine le centre même du système capitaliste mondial, les Etats-Unis. Elle s’est par la suite étendue au reste de la planète, frappant durement l’Europe, le Japon, la Russie et les pays de la périphérie capitaliste. L’impact de cette crise est particulièrement forte dans la zone euro. Elle laisse d’ailleurs voir combien derrière le projet de l’Union Européenne et de la monnaie unique ce sont les intérêts des Etats nationaux qui font partie de l’UE qui continuent de primer. C’est ce qui explique la difficulté, due en grande partie aux réticences allemandes, d’arriver à l’accord pris par les principaux pays de l’UE à la mi-octobre. Les quinze principaux pays de l’UE s’engagent à mener une action coordonnée face à la crise afin d’essayer d’éviter toute banqueroute dans le secteur bancaire. Cet accord n’implique pas en revanche la création d’un fonds commun anti-crise comme l’avait à l’origine demandé Sarkozy. Le plan se limite à souligner que chaque pays prendra en charge les prêts inter-bancaires dans le cadre de ses frontières, sans pour autant assurer l’argent emprunté aux banques des pays voisins.

Cette crise pourrait remettre en question le projet européen lui-même. Il a déjà porté un coup aux théories de ceux qui pensaient qu’il est possible d’avancer harmonieusement vers une plus grande intégration européenne. Cette situation n’est pas une surprise pour les marxistes. Le capitalisme est un système fondé sur la concurrence. Au niveau international les puissances impérialistes entrent en concurrence et défendent les intérêts de leurs propres multinationales, ce qui s’exacerbe dans les moments de crise tel que celui que nous traversons. C’est ainsi que, si d’une part, il existe de fortes pressions afin que l’UE prenne des mesures communes défensives face aux autres puissances, chaque Etat, d’autre part, se trouve confronter à des problèmes spécifiques dont la tentative de résorption entre tendanciellement en opposition avec les nécessités de ses voisins. De plus les concentrations capitalistes les plus puissantes à échelle européenne ne voient pas d’un mauvais œil la faillite de leurs concurrents les plus faibles.

Après la crise du marché immobilier dans de nombreux pays et la chute des grandes banques d’investissement et des bourses, on assiste à une série de crise monétaires qui affectent principalement les économies dites « émergentes », catégorie assez floue qui se réfère en réalité aux pays les moins avancés et semi-coloniaux. On assiste effectivement à une dépréciation des monnaies locales par rapport au dollar. Cela a également conduit à une hausse du yen obligeant le gouvernement japonais à intervenir afin de freiner la tendance ascendante prise par la devise nippone.

On songera également aux pays d’Europe de l’Est qui avaient été présentés jusqu’à il y a peu comme des modèles réussis de restauration capitaliste. La Hongrie a ainsi montré ces dernières semaines la faiblesse de son économie exposée à la crise internationale. L’Ukraine a pour sa part sollicité un prêt du FMI qui a mis à disposition un fonds d’aide pour les pays exposés en échange de l’application de mesures d’ajustement économique. Le FMI ne possède cependant pas les fonds nécessaire afin d’intervenir comme il l’a fait dans le passé, au cours des années 1990. Les Etats-Unis ont pour leur part réduit leur financement au Fonds et les annonces faites par différents pays de mettre de nouveaux capitaux à disposition de l’institution mondiale (à l’image du Japon qui a promis 100 milliards de dollars) sont largement insuffisants face à profondeur de la crise. Face à celle-ci, le « Sommet du G-20 » réuni à Washington à la mi-novembre a souligné la nécessité de « réformer le FMI et la Banque Mondiale », ainsi que d’établir de nouveaux contrôles sur les banques et le système financier international. Les changements annoncés jusqu’à présent ne sont autre qu’une liste de bonnes intentions acceptées à contrecœur par les Etats-Unis.

Le développement de la crise est également en train de mettre à mal le mythe de d’une économie chinoise qui, à l’image d’autres économies importantes de la périphérie capitaliste, aurait pu « éviter » la crise. La croissance soutenue de l’économie chinoise au cours des vingt dernières années a conduit de nombreux analystes bourgeois mais également de « gauche » à considérer que la Chine pourrait devenir le nouveau moteur de l’économie internationale, se substituant aux Etats-Unis. Mais les chiffres actuellement disponibles indiquent que la Chine reste un pays économiquement dépendant qui n’a pas la capacité d’agir en tant que grande puissance. En terme de PBI par habitant, la Chine se situe au centième rang mondial et son économie ne représente que 6% de l’économie mondiale. Si l’on relie sa production au pouvoir d’achat, son économie n’équivaut qu’à 10% de l’économie mondiale. Avec près de 1,3 milliards d’habitants, la Chine n’a consommé en 2007 que de 1,2 billions de dollars alors que les Etats-Unis, avec une population de 300 millions d’habitants, a consommé à la même période prés de de 9,7 billions. La productivité du travail de l’économie chinoise est bien inférieure à celle de l’économie étatsunienne, japonaise ou des principaux pays européens. Comme cela arrive dans le reste du monde, la Chine commence à être sérieusement touchée par la crise et son économie se trouve en pleine décélération alors que la bourse de Shanghai a perdu prés de 60%de sa valeur.

Face à cette situation le gouvernement chinois a annoncé un plan de financement public de prés 588 milliards de dollars pour les prochaines années, destiné principalement à des projets de grandes infrastructures, visant à réduire les impôts, à amoindrir les garanties demandées pour l’émission de prêts et à disposer d’un fonds d’aide social pour soutenir les chômeurs. Ce plan, à l’image de tous les autres projets adoptés dernièrement, ne pourra en aucun cas éviter la décélération de l’économie.

La Chine, qui destine une partie importante de sa production au marché étasunien, fait face à l’éventualité d’une crise de surproduction. D’après certaines analyses, des milliers d’usines seraient en train de fermer et certains patrons seraient déjà en fuite, laissant derrière eux des salaires et des dettes impayés. Cette situation commence à donner lieu à une vague de manifestations ouvrières qui s’ajoutent aux mouvements paysans déjà existants ainsi qu’à ceux d’autres secteurs sociaux. Cela signifie que la crise économique pourrait se transformer en une crise politique du régime et conduire à un grand retour de la lutte de classe dans ce pays qui compte la plus grande concentration ouvrière au monde.

En Amérique latine, la plupart des gouvernements avaient dans un premier temps affirmé que les différents pays échapperaient à la crise compte tenu de l’apparente « solidité » des réserves des Banques centrales. La chute des bourses sur le continent, la fuite de capitaux et la dévaluation des devises locales ont rapidement démontré combien ces affirmations étaient hasardeuses.

Le Brésil, qui était pourtant considéré comme l’économie phare de la région et disposait d’une qualification de crédit élevée auprès des bailleurs de fonds internationaux, a été un des pays les plus durement touchés. Cela montre sa dépendence par rapport au système financier international. En raison de son poids sur la région et au sein du Mercorsur, la dévaluation du réal brésilien et une éventuellement chute de la consommation intérieure pourraient avoir des répercussions incalculables sur les économies du reste de l’Amérique latine. Cette situation commence à générer une certaine division au sein du gouvernement sur les solutions à apporter afin de répondre à la crise.

La fin du cycle de croissance qu’a vécu l’Amérique latine au cours des cinq dernières années est un fait indéniable. Il suffit de se référer à la chute importante des cours des matières premières –pétrole et soja notamment-, à la hausse du coût du crédit, aux retraits de capitaux, aux programmes d’ajustement de la production dans différents secteurs industriels, sans que cela ne permette cependant d’évaluer précisément quels seront les conséquences concrètes de la crise internationale sur la région.

Il est désormais clair qu’aucun pays ne pourra se maintenir en marge des répercussions de la crise dont les dimensions sont globales.

Dans ce contexte, les propositions faites par certains intellectuels regroupés au sein de la « Déclaration de Caracas », insistant sur la nécessité de renforcer le rôle de l’ALBA et du Banco del Sur, de renforcer le rôle de nouvelles institutions économiques régulées ainsi que sur le fait d’aller vers un accord monétaire latino-américain pour faire face à la crise semblent totalement utopiques. Ces projets qui n’ont même pas pu être sérieusement mis sur pied au cours de la précédente période de croissance économique seraient encore plus difficiles à être mis en œuvre alors que le continent affronte les premiers symptômes de la crise. Plus qu’avancer vers un système coordonné, les différents pays de la région montrent à l’inverse qu’ils défendent les affaires de leurs propres bourgeoisies.

L’exemple le plus significatif est très certainement celui du Brésil défendant les intérêts d’Oderbrecht et de Petrobras au cours des dernière négociations avec l’Equateur ou la défense du patronat agro-industriel du secteur du soja qui représente aujourd’hui le plus grand propriétaire latifundiste du Paraguay, ce qui a mené à la réalisation d’une série de manœuvres militaires brésiliennes sur sa frontière Ouest et dans la zone du barrage d’Itaipú afin de montrer au nouveau président paraguayen Lugo que Brasilia n’entend pas que l’on s’attaque à ses intérêts.

Les limites de l’interventionnisme étatique

Face à la perspective d’une faillite de l’ensemble du système financier qui s’est dangereusement matérialisée fin septembre et face à l’échec des politiques traditionnelles mises en œuvre par la Réserve fédérale américaine, les gouvernements des pays capitalistes avancés ont décidé l’utilisation d’énormes quantités de fonds publics afin d’éviter une banqueroute complète du système financier et bancaire.

Aux Etats-Unis, après un premier rejet dû à l’opposition de la majorité du Parti Républicain au plan de sauvetage proposé par son propre gouvernement, le Congrès a fini par approuver le plan sauvetage de 700 milliards de dollars mis sur pied par le secrétaire au Trésor Henry Paulson. A l’origine, le plan Paulson, deux courtes pages présentées aux élus, se contentait de gommer, à l’aide de fonds publics, les « actifs toxiques » contaminés par les crédits hypothécaires toxiques des principales banques d’inversion. Le projet initial a été considérablement retouché comme en témoigne le document de 450 pages approuvé au final par le Congrès.

Paulson a par la suite convoqué les instances dirigeants des neuf principales banques du pays pour leur présenter un plan basé sur l’acquisition par l’Etat d’actions préférentielles de ces mêmes banques en échange de l’injection initiale de prés de 250 milliards de fonds publics. Le 12 novembre, ce plan a connu un énième changement avec l’annonce faite par le secrétaire du Trésor de laisser sans effet la proposition d’acquisition par l’Etat des actifs toxiques des banques.

Le gouvernement Bush a lancé son plan après que les puissances européennes, suivant l’exemple britannique, ont mis sur pied un énorme programme d’aide aux banques en difficulté. L’Allemagne a ainsi décidé l’injection de 460 milliards d’euros, 360 milliards dans le cas français, 200 dans le cas de la Hollande, 100 pour l’Espagne et l’Autriche. Si l’on ajoute à cela le plan britannique, les plans de sauvetage européens avoisinent les 1,9 billions de dollars.

L’utilisation de fonds publics afin de sauver le capitalisme en phase de crise n’est en aucun cas comparable à une « mesure socialiste » comme l’avaient ironiquement affirmé certains des fers-de-lance du libre-échange. Cela ne fait que confirmer que les gouvernements capitalistes défendent les intérêts de la classe au nom de laquelle ils gouvernent. Le plan Paulson et ceux de ses homologues européens ne constituent même pas une « nationalisation » de la banque comme avaient pu le faire certains gouvernements bourgeois au cours de l’Après-guerre. Le gouvernement Bush s’est empressé de souligner que l’Etat resterait un « investisseur passif », c’est-à-dire qu’il n’occuperait aucun poste dirigeant au sein des banques et ne percevrait pas de dividendes si les banques venaient à sortir du marasme. Les banques à leur tour ne sont aucunement obligées d’émettre de nouveaux crédits ou à renégocier les hypothèques avec les ménages endettés qui sont sur le point de perdre leur logement. Les dirigeants aux salaires mirobolants continuent à rester aux commandes et les actionnaires continuent à percevoir leurs dividendes.

Cette injection massive de capital est la plus importante intervention étatique depuis la crise des années 1930. La conséquence logique de cela sera bien entendu une augmentation des dettes des Etats, une confiscation des revenus populaires et une hypothèque millionnaire faite sur l’avenir des prochaines générations.

Dans le cas des Etats-Unis, le plan de sauvetage augmentera considérablement la dette de l’Etat. Certains annoncent d’ailleurs que le déficit étatsunien pourrait avoisiner les 10% du PBI, plaçant ainsi l’Etat aux portes du défaut de paiement.

Les milliards de dollars débloqués ont certes momentanément éloigné la perspective d’une banqueroute du système financier international. Ils ne sont pas suffisant en revanche pour contrer la tendance à la baisse des bourses et encore moins pour éviter une récession généralisée, le spectre qui se dresse derrière ce que la presse présente comme « le vent de panique sur les marchés » et l’extrême volatilité des cours boursiers.

La crise financière a commencé à frapper ce que l’on appelle vulgairement « l’économie réelle », c’est-à-dire la sphère de la production et le monde des multinationales non financières, montrant bien qu’il n’existe qu’un seul et même système capitaliste. Les principales multinationales sans exception ou presque, de Sony à Samsung en passant par Microsoft, ont déjà annoncé des pertes sur les ventes et les profits annoncés. Les trois grandes entreprises automobiles américaines, General Motors, Chrysler et Ford, les emblèmes du capitalisme outre-Atlantique, se trouvent dans une crise profonde et en attente d’un fonds d’aide de l’Etat pour se maintenir au dessus de la ligne de flottaison.

D’après les derniers chiffres communiqués au mois d’octobre, l’économie chinoise aurait déjà commencé à décélérer et les prévisions indiquent que la croissance sera au plus bas depuis 2003.

La situation de l’économie étasunienne est alarmante. Les chiffres communiqués par le département au Commerce fin octobre indiquent que la croissance économique a sérieusement décliné pour se situer autour de 0,3% au troisième trimestre 2008. Si la contraction économique n’a pas été plus forte, cela se doit en partie à deux facteurs conjoncturels : une importante hausse des exportations, favorisée pendant ce trimestre par une dépréciation momentanée du dollar, ainsi qu’une augmentation des dépenses de l’Etat, notamment dans le secteur de l’armement.

La tendance récessive se voit également dans la chute de la consommation, ayant baissé de 3,2%, pour la première fois depuis 1991, et se trouvant ainsi au niveau le plus bas depuis 1980. Les logements continuent à perdre de leur valeur. Cela conduit à ce que la valeur des hypothèques dépasse chaque jour davantage celle des logements hypothéqués. Cela aggrave les défauts de paiement des ménages et l’on estime que, à ce jour-ci, environ quatre millons de logements seraient exécutés, ce qu’on doit rajouter à l’énorme quantité des logements qui existent déjà et que n’arrivent pas à être vendus.

L’autre indicateur fondamental de l’économie américaine est la perte d’emplois. Plus de 1,2 millions de postes de travail ont été détruits depuis le début de l’année 2008, dont la moitié ont eu lieu en septembre, octobre et novembre. Le taux moyen de chômage s’élève aujourd’hui à prés de 6,7%. Le département au Travail américain reconnaît lui-même que ce chiffre pourrait s’élever à 11% si l’on comptait les quelques cinq millions de travailleurs qui ont cessé de chercher un emploi au cours des dernières semaines. La récession concerne également l’économie japonaise et la zone euro. L’Euroland a d’ailleurs annoncé en novembre que c’est la première fois que l’ensemble de la zone traverse une situation de ce genre depuis sa création. L’Allemagne, la France, l’Espagne et l’Italie sont déjà en récession tout comme la Grande-Bretagne. Il faudrait ajouter à cela la situation délicate que traversent des pays de moindre envergure comme l’Irlande, mais également la crise grecque et la faillite du système bancaire islandais.

Partant du fait que pour la première fois depuis 1973 les principales économies capitalistes vont entrer de concert en récession, les analystes s’accordent pour dire que dans le meilleur de cas cette chute sera profonde et pourrait durer plusieurs années. D’autres considèrent que les perspectives sont extrêmement sombres et que la récession pourrait être longue et profonde, suivie d’une faible reprise, allant vers une stagnation « à la japonaise », c’est-à-dire une économie ne croissant pas pendant une décennie. Pour d’autres enfin, il n’est pas non plus exclu que nous allions vers une grande dépression de dimension internationale, avec une contraction significative du PIB des principaux pays et une dislocation du commerce mondial conduisant à une situation proche de celle qu’avait connu l’économie pendant les années 1930 à la suite de la Crise de 29.

Cette situation économique commence déjà à générer d’importantes crises politiques et on commence à voir ses effets sociaux en termes de licenciements, compression salariale, perte des logements et pauvreté. Il ne fait aucun doute que cette situation donnera lieu à de nouveaux phénomènes politiques et de lutte classes.

Les “néo-keynésiens” à la rescousse du capitalisme

La crise économique actuelle est en train de remettre en cause les fondements-mêmes des mythes sur les vertus du « libre-échange » qui ont servi de fondement idéologique à l’offensive néolibérale. Ceux qui avaient annoncé la « fin de l’histoire » et la victoire définitive du système capitaliste prétendent aujourd’hui terroriser la population qui s’oppose au sauvetage des multimillionnaires de Wall Street en affirmant que si on ne les sauve pas, les conséquences seront terribles pour tout le monde.

Comme cela a déjà eu lieu lors de crises antérieures, à l’image de celle des société d’épargne et de prêt aux Etats-Unis à la fin des années 1980, l’élite financière internationale et l’Etat capitaliste américain, à l’image de ses homologues européens et japonais, tentent d’imposer une politique basée sur un phénoménal transfert d’argent public, fruit du travail de millions de personnes, en direction des secteurs les plus riches de la société dont la fortune a considérablement augmenté pendant l’âge d’or du néo-libéralisme.

On estime d’ailleurs qu’au cours des trente dernières années, la portion du PIB américain contrôlé par la minorité (1%) la plus riche de la société étasunienne est passé de 8%à 17% actuellement. Face à la débâcle évidente du paradigme néolibéral, certains économistes bourgeois libéraux et néo-keynésiens, à l’image de Paul Krugman, le dernier prix Nobel d’économie, soutiennent que la crise actuelle est due au manque de contrôle étatique sur le système financier nord-américain et mondial. Ils fondent leur explication sur le fait indéniable qu’au cours des trente dernières années la financiarisation de l’économie a atteint des niveaux sans précédents, ce qui a généré la prolifération d’instruments spéculatifs extrêmement sophistiqués qui ont contribué à générer la bulle basée sur les titres « subprimes ».

Pour les néo-keynésiens actuels la sortie de la crise impliquerait le sauvetage étatique de l’ensemble du système, c’est-à-dire l’injection de milliards de dollars en provenance des fonds publics, accompagnée cependant de la mise en place de certaines mesures capable de mettre un frein à la spéculation financière. Certains soutiennent qu’il faudrait également sauver les ménages endettés. Dans une moindre mesure, d’autres proposent également un retour à une sorte d’Etat providence allant de pair avec la mise en place d’une politique similaire au New Deal appliqué par le président Roosevelt à partir de 1933. Ces derniers passent généralement sous silence néanmoins que le New Deal rooseveltien n’a eu que des effets limités et que l’économie américaine n’a commencé réellement à renouer avec la croissance que lorsque les Etats-Unis ont commencé à se préparer à entrer dans la Seconde Guerre mondiale. Nombreux sont ceux qui, évoluant dans les cercles proches des « progressistes » étasuniens, soutiennent que le gouvernement de Barack Obama sera plus perméable aux pressions de gauche, bien que le programme électoral du candidat démocrate était loin d’inclure des mesures ressemblant de prés ou de loin à celle prise â Roosevelt, omettant également de dire que le nouveau président a été l’un des principaux défenseurs du programme de sauvetage des banques approuvé en dernière instance par le Congrès. Les conseillers économiques d’Obama pour guider la transition ne sont autres que ceux qui figuraient au sein de l’ancienne équipe Clinton –sous la présidence de qui l’économie a continué à être régie par les paramètres imposés par la restauration conservatrice de Reagan et Bush père-, lorsqu’il ne s’agit pas directement de multimillionnaires à l’image de Warren Buffet.

Le keynésianisme, avec ou sans Etat providence, est une des grandes illusions qu’a alimenté le capitalisme à partir de l’Après-guerre. Cette théorie soutenait qu’il était possible de maintenir une croissance harmonieuse régulée par l’intervention de l’Etat qui neutraliserait certaines des tendances structurelles du capitalisme qui en dernière instance conduisent à la crise. La crise de 1973-1975 a cependant démontré qu’il est impossible de contrecarrer la dynamique même du capitalisme. A la suite de la période connue sous le nom des « Trente Glorieuses », c’est la tendance à la baisse du taux de profit qui s’est imposée, conduisant à la crise et, postérieurement, au virage néolibéral en tant que politique capitaliste visant à combattre cette tendance. On peut également songer à l’exemple du Japon où l’intervention de l’Etat à grande échelle n’a pas permis de sortir l’économie de la stagnation dans laquelle elle entra à partir du début des années 1990.

L’autre grande illusion des partisans de l’interventionnisme est celle d’un Etat qui pourrait agir en tant qu’arbitre ou agent neutre. Henry Paulson, actuel secrétaire au Trésor de l’administration Bush, a été président de Goldman Sachs, à l’instar de Robert Rubin, qui a occupé le même poste sous Clinton. Le Parti Démocrate répond autant aux intérêts de l’oligarchie financière que le Parti Républicain. Il suffit de s’attarder sur le financement apporté par Wall Street à la campagne d’Obama ou le soutien des démocrates au plan Paulson. Plus généralement, les opérations de sauvetage des banques auxquelles nous assistons montrent combien l’Etat agit bien en tant que « conseil d’administration des affaires » des capitalistes. Pendant les périodes de croissance, il garantit leur rentabilité. Pendant les moments de crise, il essaie de les sauver de la faillite. Comme le disait déjà Marx il y a un siècle et demi, c’est-là l’essence du système capitaliste :garantir l’appropriation privée des bénéfices et la socialisation des pertes. En cela, il n’existe aucune différence entre les néolibéraux et les néo-keynésiens.

Pourquoi la crise est-elle si profonde

La crise des subprimes a été un révélateur des déséquilibres internes et externes de l’économie nord-américaine sur lesquels s’est basé le dernier cycle de croissance de l’économie mondiale. Elle a été plus généralement l’élément déclencheur d’une crise qui remet en cause les bases sur lesquelles ont reposé le capitalisme au cours des trente dernières années.

Sur le plan interne, le capitalisme américain a vécu au cours des dernières années en se basant sur l’endettement, au-delà de leurs possibilités de remboursement, de millions de ménages, ainsi que sur l’augmentation de l’endettement des entreprises et de l’Etat lui-même. Au cours de ces années les Etats-Unis ont joué le rôle de consommateur, en dernière instance, des marchandises produites dans différentes parties du monde, notamment des exportations chinoises, contribuant ainsi à augmenter son déficit commercial. La croissance de la consommation a été rendue possible par l’extension du crédit et du capital fictif par le biais de l’impressionnant développement du marché des actions, des dérivés, etc.. Cela a produit « l’effet richesse » qui a eu une double conséquence. D’une part cela a favorisé les banques qui se sont appropriées une partie de la plus-value par le recouvrement des intérêts. De l’autre, cette situation a réduit à néant l’épargne des ménages.

L’endettement nord-américain a pu se maintenir grâce au financement en provenance d’autres Etats, notamment de la Chine, du Japon et des pays producteurs de pétrole, qui ont investi en bons du Trésor étasunien et dont une bonne partie des réserves sont en dollars. Ce type de financement a été rendu possible par le fait que les Etats-Unis continuent à être, en dépit de leur déclin, la seule puissance impérialiste hégémonique et que le dollar continue à être la seule monnaie de réserve mondiale. Ceci signifie en même temps que les Etats-Unis se trouvent exposés aux décisions que pourraient prendre d’autres gouvernements par rapport à leurs réserves, exprimant ainsi l’état de crise de l’hégémonie nord-américaine.

Cette spirale faite de dettes et de crédits qui a généré à court terme « l’effet richesse » et qui a dynamisé l’économie mondiale est devenue insoutenable. En quelques mois nous sommes passés d’une crise du marché immobilier et des hypothèques à une crise des principales banques d’investissement de New York qui s’est par la suite étendue au système financier mondial pour se transformer au bout du compte en une crise de l’ensemble de l’économie capitaliste.

Cette crise n’est pas, comme le soutiennent certains, une crise cyclique qui après l’orage conduira à un nouvel équilibre capitaliste. Cette crise est le débouché logique des mécanismes à travers lesquels le capitalisme est sorti de la crise de suraccumulation au milieu des années 1970 qui marqua la fin du boom économique d’après-guerre.

Chez les économistes bourgeois, certains pensent que malgré la gravité de la crise, la puissance relative de l’économie étasunienne permettra au pays de sortir du marasme et même de tirer profit de la situation actuelle. Selon eux effectivement, bien qu’en déclin, l’économie nord-américaine continue à représenter un quart de l’économie mondiale et il faudrait considérer l’augmentation de la productivité du travail au cours des dernières décennies, les innovations technologiques, et le fait qu’aucune puissance n’est à même disputer aux Etats-Unis son rôle sur l’échiquier mondial. D’autres considèrent en revanche que les Etats-Unis perdront leur prééminence mais que le capitalisme sera sauvé par la Chine et le dynamisme de son économie.

Au sein de la gauche radicale certains analystes ont considéré que la période néolibérale, et plus précisément les années 1990, avait ouvert un cycle long de croissance capitaliste. Ils soutenaient donc que pendant une période historique prolongée le capitalisme avait réussi à dépasser les contradictions qui avaient mené aux crises antérieures du système. Parmi les facteurs permettant d’expliquer cette situation, on retrouverait ce qui a été appelé une croissante « globalisation » économique et financière ainsi que la « révolution technologique », mais surtout la restauration du capitalisme dans les anciens Etats ouvriers bureaucratisés comme la Chine par exemple qui a joué un rôle clef pour le capitalisme en tant que fournisseur d’une main d’œuvre à bas prix. D’après cette interprétation, les processus restaurationnistes auraient eu la capacité de relancer les perspectives du système capitaliste dans son ensemble pour toute une période historique et ne pas reconnaître cette tendance aurait conduit à défendre une vision « stagnationniste » du capitalisme et, politiquement, un point de vue catastrophiste. La crise actuelle ne serait donc qu’un frein momentané qui n’arrêterait aucunement la dynamique ascendante plus générale.

A la différence cependant de la croissance économique survenue au cours des Trente Glorieuses, rendue possible fondamentalement par une destruction massive de forces productives advenue dans les années 1930 et au cours de la guerre elle-même, la sortie de la crise des années 1970 n’a supposé qu’un nettoyage partiel de capital. L’offensive néolibérale lancée au début des présidences Reagan et Thatcher a impliqué une augmentation brutale de l’exploitation du monde du travail, tant dans les pays centraux que dans les semi-colonies, où ont été appliqués les plans d’ajustement fondés sur des privatisations massives et l’ouverture des économies nationales aux capitalistes impérialistes. Les conditions favorables pour le capital générées par la défaite de la montée révolutionnaire allant de 1968 à 1981 se sont ultérieurement renforcées avec la chute du Mur de Berlin et la restauration capitaliste dans les anciens Etats ouvriers, notamment en Russie et en Chine, cette dernière repassant dans l’orbite du capitalisme mondial en tant que fournisseur de main d’œuvre à bas prix, favorisant par là-même la baisse du prix de la force de travail au niveau mondial.

Cette situation, combinée à d’autres mécanismes tels que la baisse du prix des matières premières, la dérégulation des marches et une nouvelle division internationale du travail dans le cadre d’une plus grande internationalisation et financiarisation de l’économie, a conduit à une récupération du taux de profit bien qu’à des niveaux moindre que ceux atteints pendant les années de croissance de l’Après-guerre.

Ces conditions de rentabilité n’ont cependant pas été accompagnée d’une augmentation durable et soutenue de l’accumulation de capital, à l’exception de la Chine. Cette situation a conduit à l’existence de niches de valorisation productive et au reversement de masses considérables et toujours plus importantes de capital en direction de la spéculation, provoquant ainsi une hypertrophie sans précédents de la sphère financière et la création de bulles successives qui, pendant de courtes périodes, permettaient de tirer d’importants bénéfices.

La politique de la Réserve fédérale étasunienne, à la suite de la crise asiatique, a été de baisser les taux d’intérêts et d’injecter une grande liquidité dans le système bancaire. Cela a conduit à la création de la bulle de la « nouvelle économie » et, pour reprendre les propos du président de la FED, Alan Greenspan, à « une exubérance irrationnelle des marchés ».

Après l’explosion de la bulle de la « nouvelle économie » en 2000 et à la suite des attentats du 11 septembre, l’économie nord-américaine est entrée dans une phase de récession dont elle est sortie en générant une nouvelle bulle : celle du boom immobilier et de la flexibilisation de l’accès au crédit à la consommation, accompagnée d’une sophistication et d’une diversification des instruments financiers, à l’image de la vente du levage et des dettes, ce qui a donné de grands profits aux banques et aux fonds d’inversion.

La profondeur de la crise actuelle, qui rend tout à fait justifiée la comparaison avec le krach de 1929 et la Grande dépression, se base sur le fait que les deux contre-tendances sur lesquelles reposait le néo-libéralisme –augmentation de la plus-value absolue et relative et l’annexion de nouveaux territoires pour l’exploitation capitaliste- en plus de la financiarisation, ces instruments ayant fonctionné pendant au moins un quart de siècle ont échoué et n’ont pas permis d’asseoir les bases d’une nouvelle période de croissance capitaliste prolongée.

Il est en ce sens correct d’affirmer que le « néo-libéralisme » touche à sa fin. Il est également correct de souligner que, surcroît, la crise actuelle montre combien les mécanismes mis en œuvre au cours des vingt-cinq dernières années visant à contrecarrer la chute du taux de profit se sont révélés être bien insuffisants pour donner lieu à une période de développement capitaliste soutenu que certains avaient pronostiqué de manière erronée.

Nous ne faisons pas face à une des crises récurrentes qui ont eu lieu sous le néo-libéralisme mais nous sommes bien face à une crise qui met en lumière la crise historique de tout régime social au sein de laquelle s’exprime de manière exacerbée la crise entre la socialisation croissante de la production et l’appropriation privée de la richesse sociale. Nous nous trouvons face à un de ces phénomènes qui, toujours selon Greenspan, n’ont lieu « qu’une fois tous les cent ans ».

Le capitalisme essaiera de sortir de sa crise en faisant appel aux mécanismes capables de restaurer ses niveaux de rentabilité : dévalorisation des capitaux et augmentation de la plus-value. La crise déclenche en même temps une concurrence effrénée entre les capitalistes afin de décider qui conserve les dépouilles des entreprises et des banques en faillite, conduisant ainsi à une concentration du capital. Aux Etats-Unis par exemple, la crise est en train de conduire à la restructuration du système bancaire. Quatre grandes multinationales, JP Morgan, Citigroup, Bank of America y Wells Fargo, concentrent désormais prés de la moitié de l’épargne du pays après avoir bénéficié de la faillite de leurs concurrents. Cela n’a cependant pas évité la chute des actions de Citigroup mi-novembre et l’annonce de 50.000 licenciements.

Cette concurrence capitaliste s’exprimera tôt ou tard en une concurrence et une série de conflits entre les Etats impérialistes. Nous ne sommes pas encore dans cette situation. Cependant, dans un moment beaucoup moins problématique du point de vue de l’économie internationale, nous avons assisté en 2002/2003 (durant la préparation de la deuxième Guerre du Golfe), à la première grande affrontation diplomatique et géopolitique entre les Etats-Unis d’un côté et la France de Chirac et l’Allemagne de Schröder de l’autre côté. Maintenant, nous pouvons dire que, avec le durcissement de la crise et l’offensive interne et externe que vont déclencher les bourgeoisies impérialistes pour essayer de sortir de la crise, cette situation ne va pas tarder à générer des croissants affrontements entre les principales puissances. Nous pouvons déjà voir la façon dans laquelle, à travers ses multinationales et ses fractions locales interposées, les puissances impérialistes mènent des affrontements dans plusieurs parties périphériques du monde semi-colonial, comme par exemple dans la région est de la République Démocratique du Congo et en Somalie. Ces scénarios nous font prévoir une précipitation beaucoup plus rapide des contradictions impérialistes que l’on voyait dans le passée.

Il est indéniable qu’une nouvelle période historique s’est ouverte au sein de laquelle s’inscrit inexorablement l’accroissement des tensions interétatiques et des affrontements entre les classes fondamentales composant la société.

La crise de l’hégémonie américaine La crise économique se combine avec un important affaiblissement de la position des USA en tant que la seule superpuissance, ce qui accélère sa décadence hégémonique.

Après les attentats du 11 septembre le gouvernement de George Bush et l’establishment néoconservateur, regroupé autour du “ Projet pour un Nouvel Siècle Américain ”, ont entamé une politique extérieure offensive. Celle-ci se basait essentiellement sur la supériorité militaire et visait à renforcer la domination américaine dans la planète, à commencer pour “ reconcevoir ” le Moyen Orient. Selon ces faucons de l’impérialisme américain, malgré avoir profité pendant les années 90 d’une domination incontestable, les USA n’avaient pas mis à profit leur triomphe dans la Guerre Froide contre l’Union Soviétique pour réaffirmer leur rôle en tant que la seul puissance mondiale. Cela impliquait non seulement imposer leurs intérêts aux pays semi-coloniaux et dépendants, mas aussi aux autres puissances impérialistes concurrentes. La mise en place de la doctrine de “ la guerre préventive ” avait pour but ces objectifs. En effet, elle établissait une politique impérialiste offensive basée sur l’unilatéralisme et sur l’avantage militaire des USA par rapport aux autres puissances.

Cependant, la dite “ guerre contre le terrorisme ” s’est révélée être un échec et son résultat a été l’accélération de la décadence hégémonique américaine.

La guerre et l’occupation de l’Irak avaient pour but la reconfiguration politique de Moyen Orient, une zone d’un grand intérêt géopolitique et économique pour les USA, en mettant en place dans les principaux pays de la région des gouvernements pro-américains et pro-israéliens. Or, cela a été une débâcle pour les troupes impérialistes.

La conséquence non voulue de la guerre en Irak a été le renforcement de l’Iran, le principal ennemi des USA dans la zone, qui est devenu une puissance régional. En outre, son influence sur les fractions shiites qui gouvernent l’Irak est maintenant indispensable pour Washington pour maintenir une relative stabilité dans le pays et éviter un scénario de guerre civile hors de contrôle et les attaques contre les troupes impérialistes. L’autre aspect clé de la politique de Bush pour décomprimer la situation en Irak a été réussir à avoir la collaboration des groupes sunnites qui antérieurement résistaient à l’occupation. Pour cela il aura fallu les promettre de l’argent et leur intégration à l’appareil de sécurité de l’Etat. Cette politique double est source de tensions récurrentes.

En Afghanistan les troupes de l’OTAN ont perdu le contrôle du pays. Le régime marionnette dirigé par le président Karzaï est très impopulaire et ne se maintient que grâce à la protection militaire américaine et européenne. Les talibans et les autres “ seigneurs de la guerre ” ont récupéré leur base sociale et territoriale dans le pays. Le champ de bataille s’est élargi au Pakistan. Ce pays, après s’être aligné derrière les USA dans la “ guerre contre le terrorisme ”, a vu le resurgissement significatif d’organisations islamistes d’opposition avec un important soutient populaire. Suite à la chute du dictateur ami de Washington, Parvez Musharraf, les actions armées des partisans des talibans et les bombardements impérialistes dans les zones frontalières se sont intensifiés ; ce qui a créé une situation très instable.

Ainsi que l’Inde, le Pakistan possède des armements nucléaires. Pendant ces dernières années les USA avaient réussie à diminuer la rivalité historique entre ces deux pays ; mais maintenant celle-ci a repris, notamment autour du conflit de Cachemire. Le gouvernement de Bush semble s’être penché vers la réaffirmation de son alliance avec l’Inde, avec laquelle a signé un accord nucléaire ; ce à quoi le Pakistan a répondu en consolidant ses relations militaires avec le régime chinois.

De son côté, la crise du Caucase, déclenchée par le conflit entre la Russie et la Géorgie, dont le gouvernement est un produit des dénommées “ révolutions colories ” impulsées par les USA, a mis en exergue la faiblesse américaine et le surgissement de puissances régionales, comme l’Etat Russe. En effet, bien que ces Etats ne disputent pas l’hégémonie mondiale, ils défendent ce qu’ils considèrent leur “ zone d’influence ”. Ce bref conflit a montré d’avance les tensions géopolitiques qui, certainement, deviendront plus profondes à mesure que la crise économique avance.

Pour le moment l’expectative est mise sur le rechange gouvernemental, après huit ans d’administration républicaine et dans l’espérance d’utiliser la figure d’Obama pour gagner une nouvelle légitimité. Or, il est évident que la magnitude de la crise conditionne la possibilité que le nouveau président puisse maquiller le régime impérialiste américain face à l’énorme discrédit de la présidence Bush, aussi bien sur le plan intérieur qu’extérieur.

Depuis le Deuxième Guerre Mondiale les deux piliers de l’hégémonie américaine ont été le Pentagone et le dollar comme la seule monnaie de référence. Le dollar et les bons du trésor américain ont continué à être perçus comme l’option la plus sure pendant ces mois de crise financière internationale, ce qui a conduit a leur réévaluation. Ce phénomène s’explique en partie parce que l’euro ne peut pas jouer le rôle de monnaie de substitution et parce que prévaut encore l’“ héritage ” de la puissance économique, politique et militaire des USA en tant que superpuissance. Néanmoins, la profondeur de la crise américaine est en train de mettre en cause, pour la première fois depuis les accords de Bretton Woods, le rôle du dollar en tant que monnaie de réserve internationale.

L’hégémonie du dollar, qui a remplacé la libre sterling, s’est établi sur un équilibre économique, politique et militaire qui a régi l’ordre capitaliste depuis le deuxième après-guerre. La convertibilité entre l’or et le dollar établie dans les accords de Bretton Woods en 1944 s’est brisée et a été substitué en 1973 par un système de libre fluctuation des monnaies, ce qui a permis que l’économie américaine récupère sa compétitivité face à l’Allemagne et le Japon.

Libérée de l’or, la valeur du dollar n’est soutenue que par la puissance économique et politique des USA. Pendant les années où la première puissance impérialiste jouait le rôle d’acheteur en dernière instance, des millions de dollars affluaient de toute la planète pour financer l’endettement américain, soutenant ainsi la valeur du dollar. Désormais cette situation commence à changer. La résolution de la crise de l’hégémonie britannique a débouché sur la montée des USA en tant que puissance hégémonique. Or, aujourd’hui il n’y a aucun pays ou bloc impérialiste en mesure de disputer cette hégémonie-là.

Au-delà des oscillations conjoncturelles, il est probable que le monde se dirige vers une fragmentation en zones où différentes monnaies soient hégémoniques et vers un recadrage d’alliances et blocs. Ce scénario de crise de direction impérialiste mondiale facilitera le développement de conflits régionaux et ouvrira une période de grande instabilité et de tensions interétatiques au niveau international. Cette situation de crise économique et politique conduira à l’approfondissement de la lutte de classes et à une grande polarisation sociale et politique, comme on peut déjà le voir. Pour synthétiser, les conditions que sont en train de se profiler au début de cette crise, redonnent de l’actualité à la définition de l’époque impérialiste comme une époque de crises, de guerres et de révolutions, avancée par les marxistes du début du XXe siècle.

La crise offre nouvelles opportunités pour les révolutionnaires

Les trois décennies de néolibéralisme et de recul du mouvement ouvrier a conduit à plusieurs personnes à considérer que le capitalisme était devenu un horizon indépassable et à déserter des rangs du marxisme et de la gauche révolutionnaire.

Le collapse des régimes staliniens, la disparition de l’Union Soviétique et la restauration du capitalisme, ont provoqué un fort recul de l’influence du marxisme en tant qu’idéologie et que courant politique. Aussi bien les sociaux-démocrates que les bureaucraties, les partis et les politiciens d’origine stalinienne ont abandonné toute référence au marxisme et au socialisme et ont implémenté les politiques néolibérales à l’instar des gouvernements de la droite traditionnelle. Même une grande partie de l’intellectualité qui avait le marxisme comme référence en est venue à donner une valeur anhistorique et illimitée à l’efficacité des contre-tendances du capitalisme pour éviter les crises. De fait, ils reproduisaient le discours selon lequel le capitalisme avait atteint un tel développement que les crises étaient chose du passé (il réussissait cela à travers la globalisation, la flexibilisation de la force de travail, de l’innovation technologique, etc.). Par exemple, l’historien marxiste britannique Perry Anderson considérait au début des années 2000 que le triomphe et l’extension du néolibéralisme avait établi un tel rapport de forces que seulement une crise économique profonde en occident pourrait changer. D’après ses propres mots “ seulement une dépression d’une ampleur de celle de la période d’entre deux guerres serait en mesure de secouer les paramètres du consensus actuel ”. Il disait cela pour signaler, sans aucune conviction, que seulement un évènement inimaginable, au moins à court terme, pouvait secouer les fondements de l’ordre capitaliste.

Cet évènement était plus près qu’il ne le croyait. La crise du “ consensus ” bourgeois qui a dominé ces dernières années ouvre une nouvelle perspective pour la reconstruction du mouvement ouvrier au niveau international et pour le développement de partis révolutionnaires. On a démontré encore une fois que le capitalisme est incapable de dépasser ses contradictions ; ou plutôt que les solutions que le capitalisme a trouvées pour l’une des crises de ces années n’ont été qu’une “ fuite vers l’avant ” qui ont provoqué l’éclatement actuel. Avec Trotski on pourrait dire que “ la ‘théorie du collapse’ l’a emporté sur la théorie du développement pacifique ”. Il résulte évident que l’on est au début d’évènements de signification historique dont les conséquences on ne les peut prévoir que de manière générale.

Le crack de 1929 a donné lieu à une décennie catastrophique, d’énorme instabilité, de crise du commerce international et de processus révolutionnaires et contre-révolutionnaires, une situation qui a préparé le terrain pour le déclanchement de la Deuxième Guerre Mondiale.

Face au bouleversement économique, les Etats capitalistes ont entamé leurs préparatifs de guerre. En Allemagne, après la défaite de la classe ouvrière trahie par la social-démocratie et les staliniens, Hitler a pu s’imposer au pouvoir en 1933. Aux USA, la réponse a été la politique du New Deal implémentée par le président Roosevelt avec un objectif double : revitaliser le capitalisme américain et éviter la radicalisation des travailleurs et des masses pauvres dans le cadre d’un taux de chômage qui atteignait 25%. Mais quand le New Deal s’est montré insuffisant pour faire redémarrer l’économie et en 1937 s’est produite une nouvelle crise, Roosevelt n’a pas douté à emprunter le chemin d’une économie orientée vers les préparatifs pour la guerre, ce qui a permis la récupération économique.

La révolution prolétarienne a été l’autre facteur agissant dans les convulsionnées années 30, notamment avec la guerre civile espagnole et la vague de grèves et occupations d’usines en France qui a abouti au gouvernement du Front Populaire. Même aux USA, où la classe ouvrière était politiquement plus arriérée, s’est développé un puissant mouvement de chômeurs, a surgi le syndicalisme combatif regroupé dans la CIO et la classe ouvrière a été au centre de grèves historiques comme celle des Teamsters de Minneapolis en 1934 où les trotskistes ont joué un rôle déterminant.

Il est vrai que l’histoire ne se répète pas. Mais, il est vrai aussi que les crises de cette ampleur bouleversent les conditions de stabilisation du système, et quand cela arrive s’ouvrent scénarios de lutte de classe et de luttes entre les Etats très aigües, même les guerres et les révolutions.

Les révolutionnaires devons nous préparer pour intervenir dans une nouvelle période dont les facettes se définiront à partir des attitudes de la classe dominante pour essayer de dépasser cette crise et des réponses des masses. Il s’agit d’une période où des millions de personnes sont en train de percevoir l’irrationalité de ce système social.

La crise de différents gouvernements néolibéraux en Amérique Latine, qui a anticipé ce qui se passe aujourd’hui de manière généralisée, a conduit depuis le début de la décennie à une tendance persistante à l’action directe. Celle-ci, en certains pays, a débouché sur le renversement de certains gouvernements, comme on l’a vu dans les soulèvements révolutionnaires en Bolivie ou dans les journées de décembre 2001 en Argentine qui ont mis fin au gouvernement de De la Rua.

Cette réponse à la crise économique a laissé des expériences d’une grande valeur pour la classe ouvrière internationale. Par exemple, en Argentine on a vu naître un mouvement de chômeurs organisé qui a fait appel à des méthodes radicales comme les piquets de routes. Un autre phénomène que l’on a vu surgir c’est celui des occupations d’usines qui ont été mises à produire par les travailleurs dont le contrôle et la gestion ouvrière de Zanon a été et continue à être l’expérience la plus avancée.

Cette situation a été en partie déviée par la montée des gouvernements “ progressistes ” qui ont trouvé leur base sociale parmi les masses populaires grâce à la récupération économique générée par la hausse des prix internationaux de matières premières. La croissance économique a atténué les tensions entre les classes, mais ces conditions n’existent plus.

Au niveau mondial, la crise surement multipliera les réponses des travailleurs et des masses populaires. Mais aussi elle rendra plus dure la répression de l’Etat et les variantes bourgeoises qui proposent une discipline plus grande pour les opprimés. Les premières expressions de résistance ont été la grève générale en Belgique, en plein effondrement des bourses, en exigeant l’actualisation des salaires selon l’inflation, la grève générale en Grèce et la lutte massive des étudiants et des travailleurs en Italie contre les mesures de réduction budgétaire du gouvernement Berlusconi. L’Espagne est aussi en train de vivre une réponse importante avec les actions des travailleurs de Nissan qui résistent aux licenciements et les mobilisations étudiantes sous la consigne « aux capitalistes de payer la crise ». En Grèce, la mort d’un étudiant par la police a déclenché une véritable rébellion nationale en début décembre 2008, menée par des ouvriers, étudiants et jeunes.

Pendant plusieurs jours, ils se sont affrontés à la police et ont gagné les rues des principales villes. Ils ont fait une grève générale le 10 décembre et ils ont aussi occupé les facs, les lycées et ils ont organisés des manifesations presque tous les jours qui demandaient la chutte du gouvernement conservateur de Caramanlis. Les événements en Grèce, en Italie et en Espagne, où les étudiants ont occupé les universités, montrent que les étudiants et la jeunesse qui a subi la précarisation au travail, le chômage et la manque de perspective, peuvent être le moteur de la lutte des exploités en Europe. Le mouvement étudiant joue jusqu’à présent un rôle très important dans ces actions de résistance. Cela donne lieu à la possibilité de développer secteurs radicalisés de la jeunesse qui reprennent et dépassent le meilleur de l’expérience du “ mouvement anti-globalisation ” et des actions anti-guerre qui l’on succédé. En effet, en ce moment-là ce sont les jeunes qui étaient descendus dans la rue des capitales des pays impérialistes pour dénoncer la misère du capitalisme contemporain –bien qu’ils aient eu tout genre d’illusions vis-à-vis des variantes réformistes et autonomistes.

Nous devons nous devons être prêts à qu’au fur et à mesure que les gouvernements et les patrons déchargent la crise sur les masses, les conflits de classe deviendront plus aigus et avec une grandissante polarisation sociale et politique. Dès maintenant, on voit un renforcement de l’extrême droite dans certains pays impérialistes qui font appel au racisme et à la haine aux travailleurs immigrants. Cela peut anticiper la façon dont la bourgeoisie va se préparer pour faire face aux scénarios des affrontements futurs.

La crise capitaliste et le programme révolutionnaire

Avec le développement de la crise capitaliste et la récession, on est en train de préparer une nouvelle catastrophe qui mettra en danger la subsistance de millions de travailleurs, de paysans pauvres et d’opprimés dans le monde entier.

En même temps, la crise est devenue un facteur révélateur de la nature du capitalisme, en exposant ouvertement qu’il s’agit d’un système en profonde décadence. Le capitalisme est un système où l’infime minorité de la population composée par des entrepreneurs, des banquiers et des financiers qui contrôlent les principaux moyens de production et d’échange et qui ont à leur service l’Etat bourgeois, accumulent des fortunes inimaginables sur l’exploitation acharnée de millions d’êtres humains qui ne possèdent que leur force de travail. Lors des périodes de prospérité capitaliste ils augmentent le taux d’exploitation de leurs esclaves salariés pour augmenter leurs profits et lors des périodes de crises jettent leurs travailleurs au chômage, à la détresse et à la faim pour préserver leur rentabilité.

Dans cette période historique, le programme de transition sera de plus en plus d’actualité, non seulement en tant qu’instrument de propagande mais aussi en tant que programme d’action. Mais évidemment, on devra tenir compte des particularités que prenne la lutte de classes dans les différents pays, le degré de maturité politique du prolétariat et le développement d’organisations ouvrières révolutionnaires. Il s’agit de ces moments où la contradiction entre les conditions objectives pour la solution révolutionnaire et le retard de la conscience politique des masses devient aiguë. Le programme de transition est justement un pont pour que les exploités arrivent à la conclusion qu’il faut lutter non pas pour réformer le capitalisme mais pour que les travailleurs prennent le pouvoir.

Evidemment on ne veut pas dire qu’il n’y ait qu’une formule adéquate pour les situations variées qu’affronte la classe ouvrière dans les différents pays et régions. Mais effectivement il y a un certain nombre de demandes qui avec la crise tendent à occuper une place centrale dans les luttes plus ou moins en général.

Comme cela se passe à chaque fois que leurs profits baissent, les capitalistes ferment les usines ou licencient massivement et baissent les salaires, alors que réclament à grands cris l’assistance de l’Etat pour sauver leurs entreprises de la banqueroute.

Les travailleurs ne peuvent permettre à nouveau que les patrons transforment à millions d’ouvriers en chômeurs chroniques en les poussant avec leurs familles à une existence misérable, alors qu’ils utilisent le spectre du chômage pour faire peur aux travailleurs occupés et pour faire baisser les salaires.

Face à cela on propose l’échelle mobile des salaires, c’est-à-dire l’ajustement des salaires selon l’inflation et le partage des heures de travail entre tous les travailleurs disponibles, c’est-à-dire la réduction de la journée de travail sans toucher au salaire.

Face à la menace de fermeture d’entreprises, on propose l’ouverture des livres de comptabilité et l’expropriation sans indemnisation de toute entreprise qui ferme ou qui licencie et sa mise à production sous contrôle et gestion ouvrière.

Les principaux Etats capitalistes dépensent des milliards de dollars et d’euros pour le sauvetage des grandes banques et de l’élite financière, et ils appellent cela des “ nationalisations ”. Contre cette fraude basée sur un transfert massif de ressources vers les poches des capitalistes, il faut une vraie nationalisation sans indemnité des banques privées et l’établissement d’une banque de l’Etat unique sous administration ouvrière. Celle-ci concentrerait le système de crédit et d’investissements pour les mettre au service des travailleurs et du peuple. Cela empêchera en même temps la fuite de capitaux, notamment dans les pays semi-coloniaux, et l’expropriation des petits épargnants de la part des banquiers.

Cette mesure doit être accompagnée de la nationalisation du commerce extérieur pour éviter la fuite de devises, fréquemment réalisé dans les pays semi-coloniaux et dépendants sous la forme de virements de bénéfices depuis les filiales des corporations industrielles et bancaires à leurs maisons mère.

Il faut exiger aux syndicats qu’ils rompent avec leur subordination aux politiques capitalistes et qu’ils adoptent un programme ouvrier indépendant avec lequel on pourra lutter pour l’union des travailleurs ayant un emploie et ceux au chômage, les travailleurs effectifs et les sous-traitants. Dans les pays impérialistes en particulier il faut prendre la défense des immigrants qui sont les premiers à sentir les effets de la crise actuelle. Il faut exiger la régularisation de tous les sans-papiers sans aucune condition et la fin de toutes les lois anti-immigration. Comme on dit dans l’Etat Espagnol : “ native ou étrangère, la même classe ouvrière ”.

Les révolutionnaires intervenons dans les syndicats et luttons pour que ceux-ci aient une direction de classe et combative. Or, les syndicats, dirigés par des bureaucraties pro-patronales et cooptées par l’Etat, n’organisent qu’à un secteur des travailleurs, généralement les couches les plus privilégiées, alors que la plupart n’a aucun type d’organisation, ce qui aggrave la division dans les rangs ouvriers. C’est pour cela que l’activité des révolutionnaires dans les usines et les entreprises vise à encourager la création d’organisations comme les comités de grève, dans les moments de lutte, ou les comités d’usine qui regroupent tous les secteurs des travailleurs. Les comités d’usine élus par tous les travailleurs sont des organisations infiniment plus démocratiques. En effet, ils représentent la totalité des ouvriers d’une usine ou d’un établissement, ils constituent un “ contrepoids ” ou une sorte de “ double pouvoir ” face au pouvoir patronal.

Les luttes à venir poseront aussi le problème de la nécessité de développer organes de front unique pour la lutte qui rassemblent les exploités en lutte indépendamment de leur catégorie professionnelle, du genre des coordinations ou conseils qui deviennent de vrais embryions de pouvoir ouvrier.

Les puissances impérialistes essayeront de décharger leur crise sur les épaules des peuples opprimés, soumettant les pays semi-coloniaux pour défendre les intérêts des multinationales des pays impérialistes. De même, les Etats-Unis avec leur nouveau président Obama essayeront d’obtenir une victoire des alliés de l’OTAN en Afganistan, en même temps qu’ils essayeront de finir avec l’occupation de l’Irak tout en laissant un gouvernement pro-nord-américain. C’est pour cela qu’il est nécessaire de soutenir la lutte pour le retrait des troupes impérialistes de l’Irak, l’Afganistan et le Moyen Orient. En Amérique Latine, il faut se battre pour finir avec le blocage à Cuba, le Plan Colombie et l’occupation de l’Haïti par les troupes MINUSTAH envoyées par les gouvernements de Lula, Kirchner, Bachelet et Tabaré Vazquez.

Les révolutionnaires avons pleine confiance en qu’au cours des expériences de la lutte de classes notre programme se fera chair à nouveau dans l’avant-garde de travailleurs et de masses populaires et sera une alternative pour l’ensemble des exploités. Un programme qui permette, à travers la révolution sociale, faire réalité l’“ expropriation des expropriateurs ”, ce qui est la seule voie pour en finir avec la barbarie capitaliste.

C’est faux que les alternatives pour le futur se réduisent à la démocratie libérale ou au totalitarisme bureaucratique. Dans le XXe siècle la classe ouvrière a perfectionné l’œuvre entamée lors de la Commune de Paris et a posé les bases sur lesquelles développer la transition au socialisme : un nouvel Etat avec la plus large démocratie pour les exploités et le despotisme seulement sur une petite minorité des classes exploiteuses et la réaction impérialiste. Sur la liquidation de l’ordre bourgeois, nous luttons pour établir un Etat des travailleurs appuyé sur la base d’un régime de conseils ouvriers. Celui-ci doit assurer le pluralisme politique aux organisations des exploités et doit permettre de dépasser “ l’anarchie de la production sociale ”, typique du système capitaliste, à travers la planification démocratique de l’économie, en introduisant “ la raison dans la sphère des relations économiques ”.

Nous sommes dans une période où le capitalisme est en train de perdre de la légitimité à un rythme très accéléré. Les idées marxistes et la perspective du socialisme peuvent devenir une référence pour des millions de personnes, en reversant le climat idéologique réactionnaire qui s’est installé après le collapse de l’Union Soviétique et la progression de la restauration capitaliste.

Le trotskisme a été le seul courant qui s’est battu systématiquement contre le stalinisme qui avait exproprié la révolution d’Octobre de 1917, en liquidant le régime des soviets et en le remplaçant par un régime totalitaire et bureaucratique. Contre le socialisme dans un seul pays, contre la dégénérescence de l’Etat ouvrier soviétique et contre le régime de parti unique qui cherchait à maintenir les privilèges de la caste gouvernementale qui, comme on l’a vu, en dernière analyse conduirait à la restauration capitaliste, Trotski a soutenu la nécessité d’une révolution politique dans l’URSS. Cette révolution devait renverser la bureaucratie, régénérer les bases révolutionnaires de l’Etat ouvrier, les soviets, la planification démocratique de l’économie, établir un régime basé sur le pluralisme soviétique et reprendre la lutte pour la révolution internationale. C’est pour cela que nous considérons que le trotskisme c’est le seule marxisme réellement révolutionnaire de nos jours.

Pour la construction de partis révolutionnaires de la classe ouvrière et pour la reconstruction de la IV Internationale

Dans ces dernières années on a entendu au sein de la gauche mondiale des chants de sirène prônant l’adaptation “ au moindre mal ”. Or, cette politique-là a conduit à l’adaptation aux gouvernements “ sociaux-libéraux ”. On a pu voir cela dans la participation de Refondation Communiste dans le gouvernement de Prodi en Italie et au Brésil avec Miguel Rosetto (membre du courant Démocratie Socialiste du PT, qui se revendiquait du Secrétariat Unifié de la IV Internationale) comme ministre de Lula, qui a continué toutes les politiques néolibérales appliquées par Cardoso. On a entendu que c’était le moment de construire des “ partis larges ” sans délimitation entre réformistes et révolutionnaires et sans ancrage de classe. Par exemple, ceux qui ont quitté le PT et ont fondé le Parti Socialisme et Liberté (PSOL) n’ont pas opté pour une politique de classe mais de conciliation reprenant des arguments patronaux “ marché-internistes ”, en allant même jusqu’à voter une loi favorable à la flexibilisation du travail dans les petites et moyennes entreprises. Plus en général, en Amérique Latine nous avons vu une forte adaptation de la gauche non seulement aux phénomènes “ populistes ” comme le chavisme au Venezuela ou le MAS d’Evo Morales mais aussi, dans le cas de l’Argentine, un alignement incroyable derrière le pire de la réaction patronale. C’est le cas du MST et d’autres agroupements mineurs qui ont soutenu les propriétaires agricoles lors du conflit entre ceux-ci et le gouvernement à cause des impôts mobiles aux exportations de soja entre mai et juin 2008.

En Grande-Bretagne, le Socialist Workers Party (SWP) a impulsé la coalition RESPECT avec le député laboriste Georg Galloway et avec une partie de la bourgeoisie musulmane. Leur programme soutenait la collaboration des classes. Ce projet n’a finalement pas réussi.

En France, la Ligue Communiste Révolutionaire va être dissolue dans un Nouveau Parti Anticapitaliste, qui propose un programme ambigu entre réforme et révolution.

Les révolutionnaires qui faisons partie de la FT-QI nous préparons pour intervenir dans une période où il y aura nouveaux processus politiques et, au fur et à mesure que la lutte de classe s’intensifie, de réorganisation de la classe ouvrière. Nous le faisons en disant clairement que pour que la crise ne soit pas déchargée sur les épaules des travailleurs, il faut que ceux-ci construisent leur propre outil politique révolutionnaire. Dans cette perspective, nous n’impulsons pas seulement la construction et le développement de nos organisations mais aussi, sans aucun sectarisme, nous luttons pour développer des ailes révolutionnaires dans tout regroupement qui se revendique indépendant de la bourgeoisie et qui puisse attirer les forces des secteurs les plus combatifs des travailleurs et de la jeunesse, et nous sommes prêts à discuter avec les courants du mouvement trotskiste qui revendiquent la stratégie de la révolution prolétarienne et la nécessité d’un programme de transition.

Nous faisons un appel aux camarades de la CRCI, regroupement lancé par le Parti Ouvrier (Argentine), sans ignorer les différences qu’il y a eu et qu’il y a entre nos organisations, pour donner des pas pratiques pour coordonner une intervention commune face à la crise sur le plan national et international. La crise en cours pose la question aux révolutionnaires de redoubler les efforts pour unir nos forces dans une intervention commune et explorer la possibilité de construire partis révolutionnaires unifiés, ce que le PTS argentin propose depuis des mois au Parti Ouvrier. Nous faisons également cet appel à la LIT-QI, bien que ce courant proclame la nécessité de reconstruire la IV Internationale sa politique regrettablement se dirige essentiellement à unir les groupes issus de la tradition “ moreniste ”, (comme par exemple la CITO) et à concevoir sa propre tendence en tant que « l’international », refusant de façon sectaire à ouvrir une discussion politique sérieuse et fraternelle. Nous sommes convaincus de la nécessité d’avancer dans cette perspective. Si nous ne pouvons pas avancer sur ce point, nous ne serons pas à l’hauteur des situations aiguës dans la lutte des classes qui vont certainement se dérouler pendant la prochaine période. En conséquence, nous les appelons à ouvrir une discussion afin de mettre au point un programme de transition international pour faire face à la crise et agir dans les pays aux quels on est. Cela fait partie de la bataille pour la reconstruction de la IV Internationale.

Nous ne sommes pas naïfs et nous sommes conscients que le capitalisme ne tombera pas tout seul : il doit être renversé ! C’est pour cela que l’on a besoin de construire des partis révolutionnaires. La crise aide à dégager le panorama par rapport à plusieurs discussions que se posées ces dernières années. Il résulte très difficile aujourd’hui affirmer que les Etats nationaux n’ont plus d’importance et qu’il n’y a plus besoin de lutter pour le pouvoir pour réussir vraiment à “ changer le monde ”. Nous avons la pleine conviction que la perspective de la révolution socialiste internationale est la seule capable d’éviter la barbarie à laquelle nous conduit la survie du capitalisme.

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