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Les fins d’empire de domination se ressemblent

lundi 30 mars 2020, par Khider Mesloub

Les fins d’empire de domination se ressemblent

« Les moutons vont à l’abattoir. Ils ne disent rien, et ils n’espèrent rien. Mais du moins ils ne votent pas pour le boucher qui les tuera et pour le bourgeois qui les mangera. Plus bête que les bêtes, plus moutonnier que les moutons, l’électeur nomme son boucher et choisit son bourgeois », dixit Octave Mirbeau (qui le maintiennent dans le confinement misérable social, économique, politique et aujourd’hui résidentiel, ajouterai-je).

La politique de confinement est l’ultime tentative désespérée d’un système capitaliste en déclin de freiner sa chute, accélérée par l’irruption du coronavirus, qu’il rend mensongèrement responsable de l’effondrement de l’économie. Pour juguler la pandémie, dans l’affolement et l’improvisation, de nombreux gouvernements affligés par ailleurs d’une une crise économique plus mortelle que le coronavirus, incapables d’aligner des équipements médicaux et une armée de médecins pour combattre efficacement la pandémie du COVID-19, ont préféré abattre stratégiquement leur population par confinement, cette arme de destruction massive psychologique censée anéantir le virus de la contestation populaire mondialement répandu ces récentes dernières années, pour conjurer l’amorce de soulèvements sociaux dans ce contexte d’effondrement économique marqué par les faillites d’entreprises et l’explosion du chômage.

Dans cette crise du COVID-19, faut-il redouter la maladie ou le confinement ? L’internement des citoyens innocents en bonne santé, décidé au nom de la prétendue protection des personnes âgées et vulnérables, à notre époque hautement technologique censée être équipée d’infrastructures médicales de pointe, interpelle à plus d’un titre.

Sans conteste, le confinement, ce moyen « moyenâgeux », pour reprendre la formule du professeur Didier Raoult, constitue une mesure qu’aucun dictateur n’aurait imaginé. D’aucuns s’interrogent sur l’auteur de l’invention du virus. La vraie question à poser serait plutôt : les virus ayant toujours existé, connaissant leur taux de létalité ( estimé à moins de 2 % de décès), pourquoi avoir suscité une telle peur panique parmi les populations sinon pour légitimer le confinement, décrété, lui, pour des desseins inavoués et inavouables. Mais, aujourd’hui, ces desseins sont clairement identifiables, à considérer l’incessante activité ministérielle des différents gouvernements de la majorité des pays, autrement dit le nombre incommensurable d’ordonnances promulguées ces deniers jours. Chaque Etat, à la faveur du confinement, blinde son pouvoir despotique par l’instauration de mesures sécuritaires et attentatoires à la liberté, sous couvert de pandémie du Covid-19. Globalement, les premiers résultats salutaires nés de ce confinement ne profitent qu’aux classes dominantes. Profitant de notre panique et de notre confinement, de l’état de siège et de l’interdiction de rassemblement et de manifestation, les classes possédantes du monde entier ont fait voter par leur État, en l’espace de quelques jours, des centaines de lois de régression sociale et de répression politique qu’aucun tyran n’aurait osé imposer. Concomitamment, ces classes possédantes ont instauré, pour sauver leurs richesses aux moyens du renflouement des banques, de subventions aux entreprises, d’exemptions fiscales, de nationalisations de certains secteurs, le socialisme pour les riches, et perpétué en l’aggravant le capitalisme pour les pauvres. Comme on le relève, la gestion de la crise prétendument « sanitaire » confine davantage à une opération de sauvetage de la santé (momentanément) de l’économie des capitalistes plutôt que de la protection de la vie des malades (qui en dépit du confinement partiel à géométrie variable ne cessent de décéder par milliers). Assurément, excepté les discours incantatoires, le volet sanitaire n’a bénéficié d’aucune mesure concrète matérialisée par l’acquisition d’équipements médicaux toujours cruellement défaillants dans les établissements de soin, ni dans la « société civile » où la population est toujours en butte à la pénurie de matériels de protection (masques, solutions hydro alcooliques, tests de dépistage, gants).

Le déclin des « civilisations » barbares se produit souvent dans la terreur, la débandade, en « dégoulinant la boue et le sang par tous leurs pores », dirait Marx. Et surtout dans la manipulation et l’intoxication mentale, l’imposture, ultimes armes de la classe agonisante pour duper son ennemi, la classe révolutionnaire émergeante appelée à décapiter le système moribond pour le remplacer par un mode de production supérieur fondé sur de nouveaux rapports sociaux plus humains.

Ironie de l’histoire, cette opération de confinement sécuritaire promulguée par les gouvernants de nombreux pays s’inscrit dans les mêmes velléités colonialistes matérialisées par l’instauration de mesures d’exception et de parquement décrétées notamment par la puissance impérialiste française pour enrayer l’éruptive contagieuse lutte de Libération nationale de l’Algérie et d’autres pays colonisés. Elle rappelle également la politique d’apartheid imposée aux Noirs américains par le pouvoir blanc raciste aux fins de dompter la déferlante aspiration émancipatrice civique portée par l’ensemble de la population afro-américaine longtemps cantonnée à vivre en marge de la société dans un confinement discriminatoire. Excepté que dans le contexte de la crise sanitaire du COVID-19, le véritable ennemi n’est pas le virus, cet agent pathogène invisible solitaire dépourvu d’armée, comme le prétendent les gouvernants, mais la majorité de la population prolétarienne mondiale, agent homogène historique sécrété par la lutte des classe, devenue menaçante sous l’effet de la débâcle économique, population dotée d’une force populaire invincible.

Ainsi, pour pérenniser leur système en phase dégénérative finale, aux poumons productifs asphyxiés, menacés d’apoplexie, les classes dominantes de la majorité des pays, affolées, se protègent-elles par la séquestration de leurs respectives populations soumises à un enfermement total dans leur lieu d’habitation placé sous contrôle social et quadrillage policier, prémices à la militarisation de la société, qu’aucun tyran n’aurait désavoué.

Autant les dirigeants français et américains des époques coloniale et ségrégationniste, avec le désespoir d’une bête blessé de sauver leur domination menacée par l’indéfectible volonté d’émancipation brandie par les colonisés, avaient réagi par l’application d’une politique de cantonnement concentrationnaire et de massacres de masse, autant les gouvernants actuels réagissent à l’effondrement de leur système, précipité par le COVID-19, par l’instauration de mesures de confinement généralisé et de répression légalisée, sous couvert de lutte contre le coronavirus.

De même les classes dominantes colonialistes françaises et racistes américaines, faute d’avoir envisagé la perspective du réveil des peuples opprimés, n’avaient aucun projet d’émancipation économique et politique à concéder à leurs « indigènes » longtemps maintenus dans la servitude, sinon celle de l’internement massive et de la répression meurtrière, de même les classes bourgeoises mondialistes contemporaines, faute de disposer par incurie d’artilleries de défense médicale pour enrayer la propagation du coronavirus, ont misé sur la politique de confinement de leurs populations respectives pour enrayer leur virale propension à la révolte, particulièrement enflammée ces derniers mois, de surcroît appelée inéluctablement à s’embraser dans ce contexte actuel d’effondrement économique, d’expansion pandémique du chômage, d’augmentation dramatique de la paupérisation généralisée.

Au reste la terminologie employée pour gérer la crise sanitaire trahit l’état d’esprit des classes dirigeantes apeurées par l’approche de leur fin précipitée par l’importune classe ouvrière et populaire déterminée à se rapprocher du pouvoir accaparé par les classes dominantes. Juste un exemple. Les gouvernants ne cessent de prôner la « distanciation sociale », terminologie utilisée pour signifier à la population de conserver la même distanciation sociale… de classe de la société, seule politique assurant la sauvegarde de leur système, de leur domination. La distanciation sociale « subliminalement » prônée est celle qui permet d’éviter toute dissémination virale de l’esprit de révolte aujourd’hui en pleine effervescence, toute « proximité sociale » propice à la politisation des consciences, à la continuation des mouvements sociaux depuis plusieurs mois galvanisés.

Une chose est sûre : contre le virus de la révolte sociale aucun rempart ne peut le neutraliser. Ni le confinement, ni la répression, ni l’emprisonnement ne peuvent ligoter les soulèvements populaires, museler la voix de la contestation radicale exprimée en acte.

Mieux : contre la pandémie de la révolution sociale imminente, aucune mesure gouvernementale de confinement ne peut endiguer sa violente propagation mondiale.

Enfin, je conclus mon texte par une interrogation effilée. Au cours de la lutte de Libération, le peuple algérien en lutte contre la France coloniale aurait-il cessé son combat pour sa libération sous prétexte que la France était menacée d’être attaquée par L’URSS, afin de ne pas gêner l’effort de guerre de la France ou pour éviter d’être occupé par la Russie, voire afin de s’enrôler, dans une union nationale prêchée par la France, dans l’armée française pour combattre l’envahisseur soviétique ? Le peuple algérien aurait-il poursuivi sa lutte contre le Virus colonial français ou aurait-il déposé les armes pour se battre avec les troupes françaises contre la « Peste bolchévique » menaçant la métropole française et son département algérien ? Autrement dit, se serait-il détourné de sa primordiale mission historique, en raison de la menace d’invasion soviétique de la France, plus clairement serait-il tombé dans le piège de la collaboration coloniale tendu par son ennemi dans un contexte d’intoxication médiatique et un climat de psychose d’invasion par l’Ogre russe, entretenus par la France coloniale ?

Mesloub Khider

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