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Accueil du site > 01 - Livre Un : PHILOSOPHIE > LIVRE UN - Chapitre 02 : Matière à philosopher ? > Un seul monde, deux mondes ou plusieurs mondes ?

Un seul monde, deux mondes ou plusieurs mondes ?

mercredi 6 juillet 2016, par Robert Paris

« Matérialisme et idéalisme, c’est à cela que se ramènent les grandes directions de la pensée philosophique. Il a certes presque toujours existé parallèlement des systèmes dualistes érigeant l’esprit et la matière en substances distinctes et indépendantes. Mais le dualisme n’a jamais pu fournir de réponse satisfaisante à une question impossible à éluder : comment deux substances distinctes, ne possédant rien de commun entre elles, peuvent-elles exercer une influence l’une sur l’autre ? Aussi les penseurs les plus conséquents et les plus profonds ont-ils toujours incliné au monisme, c’est-à-dire à l’explication des phénomènes par un seul principe fondamental (« monos » en grec, veut dire unique). Tout idéaliste conséquent est moniste, au même titre que tout matérialiste conséquent. Sous ce rapport, il n’y a aucune différence entre Berkeley, par exemple, et d’Holbach. Le premier fut un idéaliste conséquent, le second un matérialiste non moins conséquent, mais l’un et l’autre furent également des monistes ; et, l’un comme l’autre, ils se rendaient également compte de l’impuissance des systèmes dualistes, les plus répandus, peut-être, jusqu’à nos jours. La première moitié de notre siècle a vu le règne du monisme idéaliste en philosophie ; la seconde moitié a assisté dans le domaine de la science — avec laquelle, pendant cette période, a fusionné la philosophie — au triomphe d’un monisme matérialiste qui, au reste, n’est pas toujours logique ni avoué. »

G. Plékhanov, Essai sur le développement de la conception moniste de l’histoire

« Les particules élémentaires sont divisées en deux grandes familles, les fermions et les bosons. Pourtant il n’y a pas de dichotomie entre les deux familles. Il y a unité dans la différence, qui se manifeste par les transformations mutuelles de fermions en bosons et vice-versa. Une autre grande division est celle entre particules et antiparticules. (...) Dans ce cas aussi, l’opposition est dialectique : l’unité ontique se manifeste pendant la fusion des contraires, pour donner naissance à d’autres particules. (...) Une autre opposition formelle de la physique pré-relativiste était celle entre la matière et le champ. (...) Or le photon se transforme en particules massives. (...) L’unité ontique des particules dites élémentaires se manifeste aussi via deux types de lois, les lois de transformation et les lois de conservation. Les deux types de lois, d’ailleurs, sont intrinsèquement corrélés, étant donné que la conservation d’un élément de réalité se manifeste pendant une transformation. »

Le physicien et philosophe Eftichios Bitzakis, dans « Microphysique : pour un monisme de la matière », article de l’ouvrage collectif « Les matérialismes (et leurs détracteurs) »

« La position de référence en la matière est sans conteste le dualisme cartésien, qui admet que le corps et l’esprit sont deux principes premiers, irréductible l’un à l’autre. (...) La position la plus communément adoptée est une espèce de dualisme implicite, accompagné d’une coupure schizophrène. Quand on met le chapeau scientifique, on adopte une position mécaniste et matérialiste : dès lors, en tant que tel, est quelque chose qui, en étant impensable, n’existe pas. Quand (et si) on redevient un être humain normal, on adopte une position préscientifique : l’ « esprit » existe en toute simplicité comme une réalité directe et la question de son rapport à la matérialité scientifique ne se pose pas. »

John Stuart dans « la relation du corps et de l’esprit » dans l’ouvrage collectif « Dictionnaire de l’ignorance ».

« Je propose donc, comme Descartes, l’adoption d’un point de vue dualiste bien que je ne préconise pas bien entendu de parler de deux sortes de substances en interaction. Mais je crois qu’il est utile et légitime de distinguer deux sortes d’états (ou d’événements) en interaction : des états physico-chimiques et des états mentaux. »

Popper, dans « La connaissance objective »

Un seul monde (monisme), deux mondes (dualisme) ou pluralité des mondes ?

L’idée de pluralité des mondes n’est pas celle de plusieurs objets comme plusieurs planètes, plusieurs galaxies ou plusieurs civilisations. C’est l’idée que coexistent des univers séparés et indépendants : le corps et l’esprit, le matériel et le spirituel, l’homme et le monde, le vivant et le non-vivant, le naturel et le surnaturel, le matériel et le divin, la matière et la matière noire, la matière et la lumière, le conscient et l’inconscient, etc…

L’existence d’oppositions entre éléments peut être interprété de manière diverses. On peut considérer que les éléments qui semblent opposés sont en fait tributaires d’une seule logique fondamentale, comme la lumière et la matière, l’onde et le corpuscule, etc… On peut considérer aussi qu’il y a une seule base fondamentale aux deux : c’est le réductionnisme.

On trouve des interprétations holistes qui s’opposent aux points de vue réductionnistes. Les réductionnistes vont ainsi montrer que l’esprit découle du corps. Les holistes verront qu’ils forment un tout.

On peut considérer que l’univers est un en étant réductionniste comme en étant holiste. Changeux est un moniste réductionniste et ramène l’esprit au neurone et au réseau de neurones. Damasio est un moniste holiste.

D’autres divergences méritent d’être soulignées : la conception métaphysique et la conception dialectique ou encore la conception matérialiste et la conception idéaliste. On trouve des monistes dialecticiens comme des monistes métaphysiciens. On trouve des monistes matérialistes comme Marx et des monistes idéalistes comme Hegel.

Ces différents courants de pensée se sont opposés depuis l’Antiquité.

Les penseurs français sont restés marqués par le dualisme de Descartes et continuent de croire à l’existence d’univers séparés et indépendants du corps et de l’esprit. Nombre d’entre eux pensent que cette conception est le nec plus ultra des sciences ! Les penseurs qui ont été influencés par les penseurs anglais étaient davantage portés vers le monisme.

Les grands philosophes se partagent à peu près également entre monistes et dualistes :

- Descartes est dualiste et Spinoza est moniste.

- Hegel est moniste et Kant est dualiste, par exemple.

- Popper est dualiste et Einstein est moniste.

- Darwin est moniste et Eccles est dualiste

Etc, etc….

Aucune de ces philosophies n’a définitivement et solidement réussi à démolire les autres. Chacune a son type d’argumentation et ses éléments de pruve mais cela ne veut pas dire que toutes les conceptions se valent. Pour notre part, nous sommes monistes matérialistes dialectique et nous pensons que les arguments en faveur de cette thèse sont celles qui découlent le mieux des découvertes des sciences. Mais nous devons reconnaître que très peu de scientifiques sont matérialistes dialectiques même si nombre d’entre eux sont monistes. La plupart ne connaissent même pas le matérialisme dialectique !

Les monistes non dialecticiens sont amenés à nier les contradictions du fait qu’ils ne peuvent intégrer un même domaine, ne concevant pas des forces antagonistes qui s’unissent, deviennent interdépendantes et mutuellement emboitées au sein d’un même ensemble.

Certains auteurs affirment que ces conceptions seraient des a priori qui ne leur semblent pas nécessaires pour réfléchir au fonctionnement du monde. Pourtant, les études philosophiques ou scientifiques du monde ne peuvent pas être indifférentes à ces diverses façons de voir. Et elles ont y compris des conséquences en science comme l’ont montré certains auteurs comme Damasio en médecine.

Sans aucun a priori, certaines sciences se sont heurtées au problème du dualisme et du monisme, comme la physique quantique. Elle a reconnu la dualité onde/corpuscule aussi bien pour la matière que pour la lumière ou pour le vide, mais elle a aussi reconnu que ces contraires (onde et corpuscule) devaient être considérés comme inséparables et interdépendants !

La dialectique moniste matérialiste qui unifie les mondes considérés comme opposés n’est pas une vision parmi tant d’autres, pouvant être aussi bien acceptée que rejetée. Et si elle est si peu connue, c’est du fait d’un a priori social et politique, pas seulement idéologique : c’est la conception du révolutionnaire Karl Marx et on ne peut pas demander aux bourgeoisies de scier la branche sur laquelle elles sont assises !

Même si les auteurs pouvaient reconnaître intellectuellement le triomphe de la conception dialectique moniste matérialiste, ils ne le pourraient pas socialement car la classe dirigeante n’en veut pas !

La société bourgeoise tient aux religions qui opposent le corps et l’esprit, l’âme et le corps, le divin du naturel.

Par contre, il n’est pas exact que nos connaissances sur le monde permettent de mettre un signe égal entre ces différentes conceptions. Nous n’avons jamais trouvé un domaine d’étude de l’Univers qui soit d’un autre monde. Les différents domaines des sciences peuvent correspondre à des niveaux différents d’organisation et de taille mais ces niveaux sont imbriqués les uns dans les autres et interdépendants en permanence, se produisant mutuellement sans cesse. Il n’y pas de domaines séparés et indépendants, ni du réel et du virtuel, ni de microscopique et du macroscopique, ni de la physique terrestre et de l’astrophysique, ni du conscient et de l’inconscient.

Du temps de Descartes, sa conception était déjà retardataire comme Spinoza l’a bien montré et ce que démontre le fait que des conceptions cartésiennes continuent d’exister, c’est le caractère retardataire du système social dominant et celui des idéologies chargées de lui donner un appui.

Descartes affirme en effet que la matière et l’esprit sont deux substances différentes (cfr. « Méditations métaphysiques »). Il affirme cependant dans le « Traité des passions » que l’esprit a un pouvoir sur le corps. Descartes ne parvient pas à expliquer clairement les rapports de ces deux substances.

Par contre, Spinoza affirme clairement au livre III de « l’Éthique » que « l’esprit est l’idée du corps ». Spinoza ne pose pas deux substances, mais une seule ce qui est bien le sens métaphysique du Deus sive Natura. Cette substance possède cependant une infinité d’attributs. Le psychisme est une manifestation de la substance, au même titre que la matière et que tout ce qui se trouve dans l’étendue. Mais selon des modalités différentes. L’apparente relation de cause à effet entre corps et esprit (quand on boit de l’alcool par exemple, ou quand la volonté de bouger son bras est suivie d’effet) et le résultat d’une causalité commune. Corps et esprit sont deux manifestations d’une même substance et d’une même cause, tout comme l’image et le son au cinéma sont deux manifestations de la même pellicule, que pourtant le spectateur ne voit pas.

Certains neurologues, comme Antonio Damasio, donnent raison à Spinoza sur l’absence d’une relation de cause à effet entre corps et esprit conçus comme deux entités différentes et sur le parallélisme corps/esprit, sur la base de leurs recherches expérimentales.

On doit à Baruch Spinoza une deuxième idée puissante : celle du Conatus. En réunissant l’Esprit et la Chair, et en réhabilitant le Désir, Baruch Spinoza est probablement le plus antichrétien et le plus avant-gardiste des philosophes.

Les dualismes, philosophies du découpages de l’univers en deux mondes séparés (entre particules de masse et de lumière, matière et vide, onde et particule, classique et quantique, inerte et vivant, homme et animal ou monde matériel et être conscient), ont atteint leurs limites. Les frontières artificielles qu’ils établissent se sont effondrées. Elles cherchaient à découvrir une frontière entre deux mondes recouvrant généralement la prétendue séparation entre l’âme et le corps. Elles n’ont pas cédé la place à une continuité, mais à de multiples discontinuités. Chaque sorte de particule est une transition. Les diverses sortes d’atomes sont des transitions produites par des décompositions (fusion, fission) nucléaires ou par des explosions d’étoiles. Le passage du vide à la matière correspond à de multiples transitions avec le virtuel et aussi le virtuel de virtuel. De l’animal à l’homme, il y a un grand nombre de transitions, comme du vide à la matière. Inutile de chercher LE saut entre les deux. Il n’y a pas eu un jour UN homme. Il y a une multiplicité d’événements historiques, de sauts, qui ont mené à l’Homme. Aucun d’entre eux n’est négligeable et aucun n’est unique. L’homme se différencie de l’animal mais il ne s’y oppose pas diamétralement, pas plus que la matière et le vide ou la vie et la matière inerte. Il n’y a pas eu un beau jour la vie mais de multiples sauts qui ont mené à de multiples étapes toutes aussi importantes pour l’Histoire de la matière, celle du vivant comme celle de la société. De même qu’il n’y a pas eu une transition mais plusieurs de la féodalité à la bourgeoisie. Ce qui compte, ce n’est pas de trouver une étape dite fondamentale, mais le fonctionnement dynamique qui a permis de tels changements. C’est à ce stade que la philosophie dialectique est déterminante. Comme le relevait Engels dans la Préface à l’ « Anti-Dühring » : « C’est la dialectique qui est aujourd’hui la forme de pensée la plus importante pour la science de la nature, puisqu’elle est la seule à offrir l’élément d’analogie et, par suite, la méthode d’explication pour les processus évolutifs qu’on rencontre dans la nature, pour les liaisons d’ensemble, pour les passages d’un domaine de recherche à un autre. »

L’opposition diamétrale entre des pôles, celle de la logique formelle, est remplacée par une contradiction dialectique dans laquelle les contraires se complètent, s’interpénètrent, se changent l’un dans l’autre et fondent ensemble une unité en mouvement, sans cesse changeante et pleine de potentialités. Cela provient du fait que ces pôles fondent des interactions dynamiques au travers desquelles de nouvelles lois de conservation, des structures émergentes apparaissent. Cette philosophie dialectique est issue des découvertes scientifiques elles-mêmes et non d’un quelconque a priori. Parlant à la fois du vivant, de la génétique et du mode de fonctionnement social, le philosophe Yves Michaud note « Il y a une dialectique de l’innovation et de la transmission, de la diversité et de son contrôle. » (dans l’exposé pour l’Université de tous les savoirs de juillet 2002). Les contradictions sont partout présentes dans la nature et elles sont la source du dynamisme du monde. Pas de vie sans les contradictions codon/anticodon, antigène/anticorps, molécule agoniste/ molécule antagoniste d’un récepteur, brin sens (de l’ADN) / brin antisens, protéine activatrice / protéine inhibitrice de la transcription du gène, etc, etc… Il en va de même pour la morphogenèse : « Nos modèles attribuent toute morphogenèse à un conflit entre deux ou plusieurs attracteurs. » écrit en 1972 le mathématicien René Thom à propos du développement du vivant. La matière inerte présente elle aussi des contradictions dans son fondement, tout comme la vie. La matière (atomes et molécules) est polarisée, en particules positives (proton) et négatives (électron). Elle est constituée de particules et d’antiparticules (par exemple électrons et positons ou quarks et antiquarks). Le neutron est un complexe de proton et d’électron. La lumière est polarisée (transformation du photon en couple électron négatif et positif). Chaque caractéristique de la matière a son opposée : action / réaction, attraction / répulsion, charge / anticharge, saveur / antisaveur, étrangeté / antiétrangeté, concentration / radiation et gravitation / expansion… Le vide est polarisé (particules positives et négatives éphémères) et l’énergie l’est également (matière et anti-matière). Ces opposés ne fonctionnent pas selon la logique formelle mais dialectique. Ils se combinent et ne se contentent pas de se détruire mutuellement. Les contraires coexistent. Leur combat change de forme, passe des caps pour construire des niveaux supérieurs, porteurs de nouvelles formes de contradiction interne. La contradiction peut être masquée, dépassée mais jamais supprimée. Espérant trouver le niveau où la réalité n’est plus contradictoire, la physique microscopique n’a fait que rencontrer celui où le virtuel et le réel se rencontrent et s’échangent sans cesse. C’est le caractère profondément dialectique du monde qu’elle a mis en évidence. La potentialité ne devient réalité qu’au travers de l’interaction. La potentialité n’est jamais unique et contient donc toujours la contradiction. L’interaction ne rompt cette contradiction que pour lui en substituer une autre : celle entre deux potentialités agissant l’une sur l’autre. On ne pourrait ni bouger ni changer un être sans contradiction interne. La philosophie y avait pensé depuis longtemps. La physique quantique l’a redémontré à son propre étonnement.

La gravité de l’erreur du dualisme corps/esprit ne peut être sous-estimée, comme l’a souligné le neuroscientifique Antonio R. Damasio dans « L’erreur de Descartes » : « Comme vous l’avez vu, j’ai combattu dans ce livre à la fois la conception dualiste de Descartes selon laquelle l’esprit est distinct du cerveau et du corps et ses variantes modernes. Selon l’une de ces dernières, il existe bien un rapport entre l’esprit et le cerveau, mais seulement dans le sens où l’esprit est une espèce de programme informatique pouvant être mis en œuvre dans une sorte d’ordinateur appelé cerveau (…) Quelle a donc été l’erreur de Descartes ? (…) On pourrait commencer par lui reprocher d’avoir poussé les biologistes à adopter – et ceci est encore vrai à notre époque – les mécanismes d’horlogerie comme modèle explicatif pour les processus biologiques. Mais peut-être cela ne serait-il pas tout à fait équitable ; aussi vaut-il mieux se tourner vers le « Je pense, donc je suis ». (…) Prise à la lettre, cette formule illustre précisément le contraire de ce que je crois être la vérité concernant l’origine de l’esprit et les rapports entre esprit et corps. Elle suggère que penser, et la conscience de penser, sont les fondements réels de l’être. Et, puisque nous savons que Descartes estimait que la pensée était une activité complètement séparée du corps, sa formule consacre la séparation de l’esprit, la « chose pensante », et du corps non pensant qui est caractérisé par son « étendue » et des organes mécaniques. (…) A mes yeux, le fait d’exister a précédé celui de penser. Ceci est d’ailleurs vrai pour chacun de nous : tandis que nous venons au monde et nous développons, nous commençons par exister et, seulement plus tard, nous pensons. (…) C’est là qu’est l’erreur de Descartes. Il a instauré une séparation catégorique entre le corps, fait de matière, doté de dimensions, mû par des mécanismes, d’un côté, et l’esprit, non matériel, sans dimensions et exempt de tout mécanisme, de l’autre. (…) Et spécifiquement, il a posé que les opérations de l’esprit les plus délicates n’avaient rien à voir avec l’organisation et le fonctionnement d’un organisme biologique. (…) Dans le problème de l’esprit, du corps et du cerveau, l’erreur de Descartes continue à exercer une grande influence. (…) En fait, si l’on peut considérer l’esprit séparément du corps, on peut peut-être même essayer de le comprendre sans faire appel à la neurobiologie, sans avoir besoin de tenir compte des connaissances de neuro-anatomie, de neurophysiologie et de neurochimie. (…) On peut aussi voir un certain dualisme cartésien (posant une séparation entre le cerveau et le corps) dans l’attitude des spécialistes des neurosciences qui pensent que les processus mentaux peuvent être expliqués seulement en termes de phénomènes cérébraux, en laissant de côté le reste de l’organisme, ainsi que l’environnement physique et social (…) L’idée d’un esprit séparé du corps a semble-t-il également orienté la façon dont la médecine occidentale s’est attaquée à l’étude et au traitement des maladies. (…) Le phénomène mental n’a guère préoccupé la médecine classique et, en fait, n’a pas constitué un centre d’intérêt prioritaire pour la spécialité médicale consacrée à l’étude des maladies du cerveau : la neurologie. (…) Depuis trois siècles, le but des études biologiques et médicales est de comprendre la physiologie et la pathologie du corps proprement dit. L’esprit a été mis de côté, pour être surtout pris en compte par la philosophie et la religion, et même après qu’il est devenu l’objet d’une discipline spécifique, la psychologie, il n’a commencé à être envisagé en biologie et en médecine que récemment. (…) La conséquence de tout cela a été l’amoindrissement de la notion d’homme telle qu’elle est prise en compte par la médecine dans le cadre de son travail. Il ne faut pas s’étonner que l’impact des maladies du corps sur la psychologie ne soit considéré que de façon annexe ou pas du tout. (…) On commence enfin à accepter l’idée que les troubles psychologiques, graves ou légers, peuvent déterminer des maladies du corps proprement dit (…) La mise à l’écart des phénomènes mentaux par la biologie et la médecine occidentales, par suite d’une vision cartésienne de l’homme, a entraîné deux grandes conséquences négatives. La première concerne le domaine de la science. La tentative de comprendre le fonctionnement mental en termes biologiques généraux a été retardée de plusieurs décennies, et il faut honnêtement reconnaître qu’elle a à peine commencé. Mieux vaut tard que jamais, bien sûr, mais cela veut dire tout de même que les problèmes humains n’ont jusqu’ici pas pu bénéficier des lumières qu’aurait pu leur apporter une compréhension profonde de la biologie des processus mentaux. La seconde conséquence négative concerne le diagnostic et le traitement efficace des maladies humaines. (…) Une conception faussée de l’organisme humain, combinée à l’inflation des connaissances et à une tendance accrue à la spécialisation, concourent à diminuer la qualité de la médecine actuelle plutôt qu’à l’augmenter. "

Certains auteurs ne voient pas deux mondes mais plusieurs….

Le neurologue John Eccles, collaborateur de Karl Popper, théorise la même séparation cerveau/conscience dans « Comment la conscience contrôle le cerveau » : « Le présent ouvrage a pour objectif de défier et de nier le matérialisme afin de réaffirmer la domination de l’être spirituel sur le cerveau. (...) Cette conclusion a une portée théologique inestimable. Elle renforce puissamment notre foi en une âme humaine d’origine divine. Cela va dans le sens d’un dieu transcendant, créateur de l’univers. Il rappelle un autre livre que j’écrivis en compagnie de Popper : « La Conscience et son cerveau » (1977). (...) La transmission synaptique chimique constitue donc le fondement de notre monde conscient et de sa créativité transcendantale. » Au cœur de cette métaphysique poppérienne, on trouve « la théorie des Mondes 1, 2 et 3 » : • Le « Monde 1 » est celui des phénomènes physico-chimiques. « Par « Monde 1 », j’entends ce qui, d’habitude, est appelé le monde de la physique, des pierres, des arbres et des champs physiques des forces. J’entends également y inclure les mondes de la chimie et de la biologie. • Le « Monde 2 » est celui de la conscience, de l’activité psychique essentiellement subjective. « Par « Monde 2 » j’entends le monde psychologique, qui d’habitude, est étudié par les psychologues d’animaux aussi bien que par ceux qui s’occupent des hommes, c’est-à-dire le monde des sentiments, de la crainte et de l’espoir, des dispositions à agir et de toutes sortes d’expériences subjectives, y compris les expériences subconscientes et inconscientes. » • Le « Monde 3 » est celui de la connaissance objective (des « contenus de pensée » ou « idées »). « Par « Monde 3 », j’entends le monde des productions de l’esprit humain. Quoique j’y inclue les œuvres d’art ainsi que les valeurs éthiques et les institutions sociales (et donc, autant dire les sociétés), je me limiterai en grande partie au monde des bibliothèques scientifiques, des livres, des problèmes scientifiques et des théories, y compris les fausses. »

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Les divers dualismes

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