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Ni Dieu ni Maitre ! Bombarder les ’musulmans’ de Syrie pour les ’civiliser’ : une longue tradition de la gauche impérialiste, d’ A. Millerand à F. Hollande

dimanche 17 janvier 2016, par Alex

Depuis les attentats du 13 novembre 2015 à Paris, le gouvernement français tente de rassembler la population derrière l’armée, la police, le drapeau français, et pour les citoyens de seconde zone, derrière les Imams.

On ne peut que dénoncer les massacres commis par des fascistes déguisés en religieux. Et ces attentats du vendredi 13 doivent faire comprendre que c’est une question de vie ou de mort pour la classe ouvrière de commencer à se défendre.

L’Etat au service de la classe dominante, le pire ennemi des travailleurs

La première leçon à tirer de ces évènements est que la police et l’armée, l’Etat ne sont pas faits pour protéger la population. Seuls des naïfs candidats au suicide peuvent continuer à le penser. L’anarchiste (marxiste) Daniel Guérin le rappelle dès la première ligne de son livre-référence Fascisme et grand capital :

L’Etat, depuis qu’il existe un Etat, est l’organe de la domination d’une classe sociale sur d’autres classes sociales

L’anarchiste (anti-marxiste) Bakounine dénonçait également la ’religion de l’Etat’ :

Qu’est-ce que l’État ? C’est, vous répondent les métaphysiciens et les docteurs en droit, c’est la chose publique : les intérêts, le bien collectif et le droit de tout le monde, opposés à l’action dissolvante des intérêts et des passions égoïstes de chacun. C’est la justice et la réalisation de la morale et de la vertu sur la terre. Par conséquent il n’est point d’acte plus sublime ni de plus grand devoir pour les individus, que de se dévouer, de se sacrifier, et au besoin de mourir pour le triomphe, pour la puissance de l’État.

Voilà en peu de mots toute la théologie de l’État. Voyons maintenant si cette théologie politique, de même que la théologie religieuse, ne cache pas sous de très belles et de très poétiques apparences, des réalités très communes et très sales.(...)

L’État a toujours été le patrimoine d’une classe privilégiée quelconque : classe sacerdotale, classe nobiliaire, classe bourgeoise ; classe bureaucratique à la fin, lorsque, toutes les autres classes s’étant épuisées, l’État tombe ou s’élève, comme on voudra, à la condition de machine ; mais il faut absolument pour le salut de l’État qu’il y ait une classe privilégiée quelconque qui s’intéresse à son existence. Et c’est précisément l’intérêt solidaire de cette classe privilégiée qui s’appelle le patriotisme. (Bakounine, Aux compagnons de l’Association internationale des Travailleurs au Locle et à la Chaux-de Fonds, avril 1869).

Le drapeau bleu-blanc-rouge n’est plus le drapeau des travailleurs depuis la révolution de 1830

Depuis le 13 novembre des ’veillées patriotiques’ sont proposées à la population en mémoire des victimes. La maire de Paris Anne Hidalgo a participé à une messe à Notre-Dame mais pour l’ensemble de la population, c’est le drapeau français qui est proposé comme nouvel objet de culte. Il symboliserait ’l’esprit français’, vecteur de liberté, voire de révolution pour les ’progressistes’ du monde entier. Le peuple français se voit proposer ce rôle de ’peuple élu’, privilégié dans une sorte de ’Nouvelle Alliance’ avec les ’dieux du progrès’. Tout cela a un caractère très biblique, mais c’est surtout faux, c’est une illusion mortelle comme l’a définitivement montré le révolutionnaire Blanqui dans ses discours aux ouvriers au lendemain de la révolution de février 1848 :

Nous ne sommes plus en 1793 ! Nous sommes en 1848 ! Le drapeau tricolore n’est pas le drapeau de la République ; il est celui de Louis-Philippe et de la monarchie.

C’est le drapeau tricolore qui présidait aux massacres de la rue Transnonain , du faubourg de Vaise, de Saint-Étienne. Il s’est baigné vingt fois dans le sang des ouvriers.

Le peuple a arboré les couleurs rouges sur les barricades de 48, comme il les avait arborées sur celles de juin 1832, d’avril 1834, de mai 1839. Elles ont reçu la double consécration de la défaite et de la victoire. Ce sont désormais les siennes.

Hier encore, elles flottaient glorieusement au front de nos édifices. Aujourd’hui la réaction les renverse ignominieusement dans la boue et ose les flétrir de ses calomnies.

On dit que c’est un drapeau de sang. Il n’est rouge que du sang des martyrs qui l’a fait l’étendard de la République.

Sa chute est un outrage au peuple, une profanation de ses morts. Le drapeau de la garde municipale ombragera leurs tombes. Déjà la réaction se déchaîne. On la reconnaît à ses violences. Les hommes de la faction royaliste parcourent les rues, l’insulte et la menace à la bouche, arrachant les couleurs rouges de la boutonnière des citoyens. Ouvriers ! c’est votre drapeau qui tombe. Écoutez bien ! La République ne tardera pas à le suivre. (...)

Point de hochets ! Nous ne sommes plus des enfants.

(...) pour les prolétaires qui se laissent amuser par des promenades ridicules dans les rues, par des plantations d’arbres de liberté, par des phrases sonores d’avocat, il y aura de l’eau bénite d’abord, des injures ensuite, enfin, de la mitraille, de la misère toujours !

QUE LE PEUPLE CHOISISSE.

(Auguste, Blanqui, février-mars 1848, 1851)

Blanqui avait raison : en juin 1848 un massacre du prolétariat de Paris, d’ampleur plus grande que ceux du vendredi 13 novembre, a eu lieu au nom de la ’République française’.

Comment comprendre la nature de ce « remue-ménage » provoqué le terrorisme ?

Pour comprendre ce que sont des bandes de tueurs politiques, la compréhension de ce que sont les bandes fascistes est bien plus instructive que la lecture du Coran. Car l’islam utilisé par les terroristes n’est qu’un cas particulier d’idéologie mystique, la mystique étant un voile dont les fascistes des années 30 avaient déjà besoin :

A ses troupes, le fascisme offre, avant tout, une mystique. Pourquoi cette primauté ?

D’abord, parce que ses recrues manquent d’homogénéité : chacune des catégories sociales auxquelles il s’adresse a ses revendication et ses aspirations particulières. Sans doute leur servira-t-il une démagogie anticapitaliste « passe-partout » et y ajoutera-t-il des formules destinées spécialement au prolétaires conscients, aux paysans, etc. Mais cette démagogie, souvent contradictoire, ne suffit pas à lier entre eux tous ces mécontents. Il faut trouver d’abord le ciment qui les unisse : une mystique volontairement vague, et dans laquelle tous quelles que soient leurs divergence d’intérêts ou de conceptions, communient ; une mystique grâce à laquelle, suivant les termes d’un national socialiste, « les nombreux individus d’une foule rassemblée s’amalgament en une unité spirituelle, en une union sentimentale. » D’autre part le fascisme préfère susciter la foi plutôt que s’adresser à l’intelligence. Un parti soutenu par les subsides du grand capital et dont le but secret est de défendre les privilèges des possédants n’a pas intérêt à faire appel à l’intelligence de ses recrues ; ou plutôt il considère comme plus prudent de ne faire appel à leur entendement qu’après les avoir complètement envoûtés. (Daniel Guérin, Fascisme et grand capital)

Pour l’instant nous avons l’air de rester loin du sujet annoncé en titre. Mais on ne peut comprendre le ’terrorisme islamiste’ qu’en ayant ces fondamentaux en tête. C’était la démarche de Daniel Guérin lorsqu’il proposa une anlyse de ce phénomène ’nouveau’ qu’était le fascisme :

Lorsqu’un Etat change de physionomie, lorsqu’un régime politique fait place à un autre, la première pensée qui vient à l’esprit est donc celle-ci : que se passe-t-il dans les coulisses de l’histoire ? Est-ce une nouvelle classe qui accède au pouvoir ? Mais lorsqu’un certain nombre de signes non équivoques indiquent que c’est bien toujours la même classe qui gouverne, la question devient : quel intérêt la classe dominante peut-elle avoir à ce remue-ménage ?

Or la politique de F. Hollande contre la Syrie n’ rien de très nouveau, il est bon de rappeler quelques faits que nos ’patriotes’, c’est étonnant, n’utilisent pas pour faire de la publicité au drapeau bleu-blanc-rouge. L’histoire de France est-elle si honteuse ? Oui, nous allons le voir.

1916 : la révolution gronde en Syrie

L’histoire contemporaine de la Syrie commence avec la fin de l’empire Ottoman (1453-1918).

La première intervention militaire de la France dans cette ère moderne est marqué dès juillet 1920 par la bataille de Maysaloun (sur la route de Beyrouth à Damas) où le général Gouraud écrase l’armée de Faysal, mettant fin au rêve de ’grand royaume arabe’ de ce pion de Lawrence d’Arabie.

Certes Faysal, descendant de Mahomet, arrière grand-oncle d’ Abdallah II actuel roi de Jordanie était un réactionnaire religieux et féodal. Alors est-il légitime de parler de révolution au moyen-orient à cette époque ? Lawrence d’Arabie, agent de l’impérialisme anglais, avait bien conscience que l’effondrement de l’empire ottoman n’était qu’un aspect particulier de la vague révolutionnaire qui à partir de 1916-1917 vit s’ effondrer de grands états féodaux, monarchiques et religieux comme l’empire germanique et l’Autriche-Hongrie, et qu’il fallait préparer les troupes contre-révolutionnaires, pro-impérialistes recrutées parmi les populations locales :

La révolte arabe commença en juin 1916 par une offensive arabe, une attaque surprise menée par des tribus à demi-armées et inexpérimentées contre les garnisons turques de Médine et des environs de la Mecque.

Une si grande partie de la Russie tsariste est en Asie qu’on peut à juste titre considérer sa révolution comme un phénomène asiatique.

Le succès bolchévique a fournit à l’Orient un exemple convaincant de la ruine d’un gouvernement ancien, pour ainsi dire de droit divin qui pesait sur l’Asie de tout le poids d’une immense organisation militaire.

Ce nouvel état de chose, un nationalisme politique conscient et logique, aujourd’hui élément dominant de tous les mouvements indigènes de l’Asie de l’Ouest est trop universel pour être passager (...). C’est une transformation si radicale de l’ancien visage de l’Asie de l’Ouest qu’elle nous force à une révision de notre politique au Moyen-Orient.

Ce nouvel impérialisme ne doit pas se traduire par un retrait ou un abandon de notre part. Nous devons exiger des populations indigènes qu’elles créent leurs propres troupes pour remplacer nos armées d’occupation sur le point de se retirer.

(...) En suivant cette voie nous trouverons nos meilleurs auxiliaires non parmi les plus obéissants sujets d’autrefois mais chez ceux qui nous combattirent avec le plus de zèle.

Cette description du mode de domination impérialiste après la fin des colonies est encore actuelle : on voit que les ’terroristes’ que combat une armée impérialiste sont ses futurs serviteurs pour écraser les populations locales, des remplaçants de l’armée française ou anglaise.

L’armée et la police française, un Pôle-emploi pour truands et terroristes, de Vidocq à Mohammed Merah

Ce recrutement d’"ennemis" par l’armée, tel que décrit par Lawrence d’Arabie, n’est pas un ’accident’. Le Colonel Trinquier, un des organisateurs de la Bataille d’Alger en 1957 a théorisé cette pratique de recrutement de ’terroristes’ par l’armée dans son manuel ’La Guerre moderne’ (1961)

Nos meilleurs agents nous seront fournis par l’adversaire lui-même. Au cours des interrogatoires nous devons toujours avoir à l’esprit la pensée que la plupart des individus arrêtés, si nous avons assez de souplesse, peuvent changer de camp (...). Si nous leur offrons généreusement une autre vie et notre protection, ils seront nos collaborateurs les plus sûrs (...)

La meilleure solution pour être bien informés consistera à introduire nos propres agents dans l’organisation et provoquer ainsi son pourrissement (...)

Nous devons les faire passer rapidement à notre service, en les laissant dans leur organisation après avoir établi avec eux un code de liaisons sûres (Roger Trinquier, La Guerre moderne’, 1961)

Quant à la police, sa collaboration avec les truands pour ’maintenir l’ordre’ est dans son ADN, comme Einaudi et Rajsfus le rappellent à propos des nombreuses tueries contre la population de Paris perpétrées par la police de Paris :

L’exemple de Vidocq doit demeurer dans toutes les mémoires. Cet exemple n’est pas isolé et les 4500 policiers épurés à la Libération seront , pour la plupart, réintégrés quelques années plus tard par le préfet socialiste Baylot, y compris les 500 membres des brigades spéciales dont certains ont terminé leur carrière dans l’état-major des ministres Marcellin et Poniatowski (...) Ce qui me fait frémir c’est que ces hommes auraient pu être les assassins de mes parents même si depuis la Libération ils ont le droit au port de la fourragère rouge les jours de cérémonie. (Enaudi et Rajsfus, Les silences de la police - 16 juillet 1942 - 17 octobre 1961)

En effet la biographie de Vidocq est édifiante, elle nous rappelle que c’est un truand qui est fondateur de ’notre’ police moderne :

. Forçat évadé du bagne, il fut également chef de la police de sûreté. À la tête de cette brigade de sûreté, d’abord officieuse et qui deviendra par la suite le service de sûreté de la préfecture de police de Paris, ancêtre de la direction régionale de la police judiciaire parisienne, il est le père de la police judiciaire (Wikipedia, Eugène-François Vidocq

Les impérialismes rivaux français et anglais main dans la main pour écraser la révolution anti-coloniale en Syrie

A l’aube de la première guerre mondiale, la Syrie n’est qu’une province de l’empire ottoman qui n’est lui-même qu’une des nombreuses régions du globe objet des rivalités entre puissances impérialistes pour le partage du monde.

Comme aujourd’hui, c’est cette question des rivalités entre puissances impérialistes qui est un facteur primordial expliquant ce qui se passera en Syrie.

Or une caractéristique majeure du système impérialiste qui s’est définitivement mis en place vers 1900 est la rivalité sur les mers entre l’Angleterre et l’Allemagne.

Les impérialistes français, anglais, russes, américains, allemands, italiens se détestent tous et rêvent de prendre possession des territoires dominés par l’un des autres. Mais vers 1900, l’Angleterre a décidé que l’impérialisme allemand est son « ennemi principal », depuis que l’Allemagne s’est lancée dans la construction d’une flotte puissante. L’Angleterre et la France signent un accord d’ « Entente cordiale » entre impérialistes en 1904 :

Liée avant tout à la montée en puissance de l’Allemagne, manifeste notamment avec le développement d’une marine de guerre capable de menacer la suprématie navale britannique, l’Entente cordiale marqua la fin de la neutralité britannique en Europe. Elle mit un terme à un antagonisme de plusieurs siècles entre la France et l’Angleterre (puis la Grande-Bretagne et le Royaume-Uni), qui considéraient chacun l’autre pays comme leur principal ennemi, notamment pendant la période féodale (débouchant sur la guerre de Cent Ans), puis pendant presque tout le XVIIIe siècle et jusqu’en 1815. L’Entente cordiale, Wikipedia

En 1912 cet accord est complété par un redéploiement des flottes anglaises et françaises, coopérant pour protéger les deux métropoles et leurs colonies :

En mai 1912 Winston Churchill, premier Lord de l’Amirauté prend la décision, à la conférence de Malte, de dégarnir les forces navales britanniques en Méditerranée. L’escadre de Méditerranée est ramenée de Malte à Gibraltar et pourra servir autant dans les eaux métropolitaines que dans les eaux méditerranéennes. (...) Poincaré décide d’accepter les avances britanniques (...) Une entente navale renforce l’alliance franco-britannique, alors que l’Allemagne a tenté au début de l’année d’obtenir un accord avec la Grande-Bretagne ; elle laisse le champ libre à l’influence française en Syrie.

(La France et la Question de Syrie, V. Cloarec)

Même après la fin de la guerre en 1918 cette alliance entre les impérialismes français et anglais est fondamentale, aucun des deux impérialismes n’est capable de dominer le Moyen-Orient à lui seul, comme le rappelle un des artisans du partage de l’empire ottoman entre la France et l’Angleterre :

La France et l’Angleterre se sont rendu compte qu’aucune intervention militaire n’était possible en Syrie si un accord précis ne liait pas les deux gouvernements, l’un ne permettant jamais à l’autre d’agir sans lui. (Georges-Picot, 1919)

La France impérialiste en guerre se présente en libératrice des « musulmans de Syrie »

La défaite militaire de l’Empire Ottoman en 1918 provoque son effondrement, un vide du pouvoir dangereux pour la domination impérialiste. Cette situation avait été envisagée par la France et l’Angleterre pendant la guerre. Les gouvernements des deux pays annoncent qu’ils prendront la place des Turcs, et cela dans un but seulement généreux pour les populations.

Le 10 janvier 1917 une « note interalliée » stipule comme but de guerre « l’affranchissement des populations sous le joug ottoman. » En ce mois de Janvier 1917 c’est un gouvernement d’Union sacrée qui dirige la France, le Ministre de l’Armement et des Fabrications de guerre est le socialiste Albert Thomas.

Des esprits « anti-France » pourraient malicieusement voir du néo-colonialisme dans ces ambitions française de « libérer » les Syriens. Les politiciens français font de beau discours pour écarter cette hypothèse.

Le haut fonctionnaire Jean Gout, dans une déclaration au « Comité central syrien » déclare :

Repoussant toute idée de domination coloniale, les deux Alliés se sont résolus chacun dans sa sphère d’action à guider les populations de langue arabe et celle de toute autre langue qui habitent les régions qui s’étendent des monts Anatoliens à la Mer des Indes, vers un régime d’autonomie et de de développement civilisé dans le mutuel respect des croyances et des nationalités. Guide vers un meilleur avenir, arbitre entre les groupes religieux et ethniques, conseiller amical de civilisation, tel est le rôle que la France et la grande-Bretagne sont prêtes à assurer, l’une dans le nord, l’autre dans le sud.

(Jean Gout, direction d’Asie au ministère des affaires étrangères, 23 décembre 1917)

Le membre du Parti radical socialiste (le parti PRS dont la devise est « Laïcité, Solidarité, Humanisme, Tolérance, Universalisme ») Stephen Pichon, ministre des affaires étrangères du gouvernement Clémenceau annonce au parlement :

C’est d’ailleurs une vieille et glorieuse tradition de la France, depuis Charlemagne, des défendre contre la tyrannie des populations d’Asie Mineure (...) Je tiens à dire au nom du gouvernement que la France, consciente de son devoir d’humanité et de ses obligations historiques, est décidée à ne plus laisser ces populations au caprice et au couteau des Turcs ; elle veut leur assurer la libération que leurs mérites divers et leurs souffrances passée justifient. Dans ces régions de l’antique Syrie où ces populations se trouvent mélangées, elle leur prêtera tout son concours pour organiser, dans le respect mutule des croyances et des races, une autonomie féconde et pour accomplir, guidées par elle, leurs destinées de races, dignes de la civilisation.

Stephen Pichon, projet de déclaration au parlement, 17 décembre 1917

Le lecteur « civilisé » ou de « race supérieur » aura compris que les populations de Syrie (le peuple syrien n’existe pas pour l’impérialisme français à cette époque) sont, pour Pichon, « dignes » certes de la civilisation, mais ne sont « pas encore » civilisées, elles font partie des « races inférieures » que la France doit éduquer donc dominer politiquement « temporairement ».

Cette vision est tout à fait en accord avec les principes de la nouvelle Société des Nations concernant les Mandats (nouveau nom des colonies),

Traité de Versailles (1919)

Pacte de la Société des Nations

Les hautes parties contractantes, Considérant que, pour développer la coopération entre les nations et pour leur garantir la paix et la sûreté, il importe D’accepter certaines obligations de ne pas recourir à la guerre, D’entretenir au grand jour des relations internationales fondées sur la justice et l’honneur, D’observer rigoureusement les prescriptions du droit international, reconnues désormais comme règle de conduite effective des gouvernements, De faire régner la justice et de respecter scrupuleusement toutes les obligations des traités dans les rapports mutuels des peuples organisés, Adoptent le présent pacte qui institue la Société des Nations.

Article 22

1. Les principes suivants s’appliquent aux colonies et territoires qui, à la suite de la guerre, ont cessé d’être sous la souveraineté des États qui les gouvernaient précédemment et qui sont habités par des peuples non encore capables de se diriger eux-mêmes dans les conditions particulièrement difficiles du monde moderne. Le bien être et le développement de ces peuples forment une mission sacrée de civilisation, et il convient d’incorporer dans le présent pacte des garanties pour l’accomplissement de cette mission.

2. La meilleure méthode de réaliser pratiquement ce principe est de confier la tutelle de ces peuples aux nations développées qui, en raison de leurs ressources, de leur expérience ou de leur position géographique, sont le mieux à même d’assumer cette responsabilité et qui consentent à l’accepter : elles exerceraient cette tutelle en qualité de mandataires et au nom de la Société.

3. Le caractère du mandat doit différer suivant le degré de développement du peuple, la situation géographique du territoire, ses conditions économiques et toutes autres circonstances analogues.

4. Certaines communautés qui appartenaient autrefois à l’Empire ottoman, ont atteint un degré de développement tel que leur existence comme nations indépendantes peut être reconnue provisoirement, à la condition que les conseils et l’aide d’un mandataire guident leur administration jusqu’au moment où elles seront capables de se conduire seules. Les voeux de ces communautés doivent être pris d’abord en considération pour le choix du mandataire.

5. Le degré de développement où se trouvent d’autres peuples, spécialement ceux de l’Afrique centrale, exige que le mandataire y assume l’administration du territoire à des conditions qui, avec la prohibition d’abus, tels que la traite des esclaves, le trafic des armes et celui de l’alcool garantiront la liberté de conscience et de religion, sans autres limitations que celles que peut imposer le maintien de l’ordre public et des bonnes moeurs, et l’interdiction d’établir des fortifications ou des bases militaires ou navales et de donner aux indigènes une instruction militaire, si ce n’est pour la police ou la défense du territoire et qui assureront également aux autres membres de la Société des conditions d’égalité pour les échanges et le commerce.

Le texte détaillant le Mandat pour la Syrie et la France comporte :

Article 16. Le français et l’arabe seront les langues officielles de la Syrie et du Liban.

Il est étonnant que les « patriotes » d’aujourd’hui ne nous rappellent pas cette grande date de l’histoire de France : la Syrie est de fait une colonie française à partir de 1920, elle le restera jusqu’à 1946. Toutes les bonnes intentions exprimées par le gouvernement de gauche d’aujourd’hui sont exactement celles de la la France de 1918 appuyée par la Société des Nations. Le drapeau françai a flotté sur Raqqa, la capitale actuelle de l’Etat islamique.

La réalité de l’action française en Syrie : mensonge et répression

Un des artisans de tous ces mensonges, le ministre des affaires étrangère et président du conseil Alexandre Ribot l’avouera lui-même dans son journal intime :

Il faut bien reconnaitre que nous sommes loin des préoccupations qu’on avait à l’origine de la guerre. Ce n’est plus à défendre les petites nations qu’on s’applique, mais à faire un véritable partage, sans que l’intérêt des populations soit mis en avant.

(Journal d’Alexandre Ribot, mars 1917)

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