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Dialogue avec un lecteur, assidu mais très critique, du site « Matière et Révolution »

vendredi 23 octobre 2015, par Robert Paris, Tiekoura Levi Hamed

Je retranscris ici une conversation dont j’ai retenu les questions. Je répondrai plus tard point par point à chacune de ces questions sur cette même page. Merci d’y revenir les jours prochains…

Dialogue avec un lecteur, assidu mais très critique, du site « Matière et Révolution » :

Question 0 : C’est votre grand-mère qui m’a poussé à vous lire, parce que le récit de sa vie et de son point de vue me paraît véridique, important et très touchant. Mais la lecture de votre site ne me fait pas le même effet. Je dirai même qu’il me repousse plus encore qu’il ne m’attire. Je ne comprends pas pourquoi vous abordez tous les domaines, pourquoi vous passez comme cela d’un sujet à un autre. Bien sûr, toute connaissance est intéressante en soi, mais où est votre fil conducteur, cela m’échappe complètement. Pourquoi je ne retrouve pas dans le site ce qui m’a plu dans le récit de la vie de la grand-mère qui vous a pourtant visiblement marqué ?

Question 1 : Comment se fait-il que vous critiquez tout le monde en politique, en économie, dans les questions sociales mais pas en sciences. Vous soutenez les conceptions de tous les grands scientifiques alors que vous dénoncez la plupart des politiques, la plupart des économistes, la plupart des sociologues et même quasiment tous ! Dans vos éditoriaux, par exemple, on comprend ce que vous combattez et ce que vous défendez. Mais dans vos articles de sciences ou de philosophie sur les sciences, on ne le voit plus. Or les scientifiques et les philosophes fondés sur les sciences font partie de la même société dominante que les politiques, les économistes ou les sociologues, y compris aussi que les bourgeois, les juges ou les militaires. Pourquoi ne pas les dénoncer eux aussi ? Pourquoi ne pas les combattre politiquement et idéologiquement ?

Question 2 : Vos articles sont souvent intéressants mais je ne vois pas là-dedans quel est votre apport personnel, quelle graine « Matière et Révolution » essaie de semer. En somme quelle est votre idée originale, qui vous distingue et constitue le fondement de votre conception et de votre combat ?

Question 3 : Bien sûr, il est très intéressant d’étudier tout un tas de domaines, de connaissances, que ce soit en Histoire, en Sciences, en Economie, en Philosophie et on en passe, mais il n’empêche que quand on veut se soigner on va voir un médecin parce qu’il s’est spécialisé en médecine. Pourquoi suivrait-on des militants politiques révolutionnaires pour avoir un avis en physique, en chimie, en médecine, en psychologie, en économie, en biologie, en conception du vivant et aussi en philosophie ? Il y a, dans ces domaines aussi, des spécialistes que l’on peut consulter valablement.

Question 4 : Vraiment, avec Hegel, Marx, Trotsky, Freud, tous ceux dont personne ne veut plus, vous ne levez votre verre qu’aux damnés !!!

Question 5 : Vous admirez les arbres plus que les hommes ! Comment expliquer cette étrangeté qui se rajoute à votre affirmation que l’homme ne se place pas au dessus du vivant, que le singe est un homme et autres affirmations qui vont à l’encontre de ce que notre expérience nous enseigne ?

Question 6 : Vous faites comme si Hegel avait découvert la dialectique mais c’est une idée que l’on trouve dans toutes les religions monothéistes, dans la Bible comme dans le Coran notamment.

Question 7 : Vous êtes accrochés à la Philosophie comme si c’était la source de toutes vos idées et que ce n’était pas le cas des autres penseurs ou des autres personnes. Or, je pense que nous avons tous notre philosophie personnelle et aucune raison de suivre la votre.

Question 8 : L’historicité est votre mot-clef, votre animal fétiche. Certes, l’étude du passé a son importance mais on ne peut pas en tirer des lois car rien ne se reproduit jamais à l’identique. L’Histoire ne permet pas de prédire quoique ce soit. En quoi pouvez-vous affirmer que l’Histoire serait déterministe ?

Question 9 : Hegel est un philosophe en même temps révolutionnaire et réactionnaire. Si vous voulez être exclusivement révolutionnaires, pourquoi vous fonder sur sa philosophie ? Il invente l’historicité sans être purement déterministe. Vous êtes matérialistes et lui idéaliste. Vous êtes contre l’Etat et lui est pour…

Question 10 : Avec votre attachement à l’hégélianisme, au marxisme, au collectivisme, au léninisme, au communisme, au trotskisme, au freudisme, vous êtes passéistes alors que vous prétendez vouloir démolir le vieux monde et ses vieilles conceptions. Un exemple de vos conceptions passéistes : alors que les sciences ont confirmé la notion fondamentale d’hérédité du vivant, et de l’humain en particulier, vous affirmez que le vivant n’est pas fondé sur l’hérédité !

Réponse 0 : Je suis très touché que l’histoire de ma grand-mère vous ait autant et si profondément marqué. Ce n’est pas seulement sa personnalité attachante mais aussi le monde qu’elle a connu et qui n’existe plus, même à l’état de traces, qui est remarquable et émouvant et attirant. Ce monde qui résonne avec les noms d’Irak ancien, de Mésopotamie, de Syrie ancienne, etc., des noms qui ne sont pas seulement les dénominations de régions, de provinces et de pays mais d’un monde englouti, disparu, de peuples, de civilisations, de culture. Je n’ai pas pu décrire cette grand-mère de manière très objective et c’est déjà la manière dont elle s’est réfractée en moi que j’ai décrite. Ce que j’ai retenu et souligné, c’est l’effet qu’elle a produit sur moi bien plus que sa réalité objective. C’est l’influence d’une autre langue, d’un autre monde, d’une autre civilisation d’une grande richesse et d’une grande finesse, marquée par un monde d’avant les nations, d’avant la première guerre mondiale, d’une vie sans frontière, d’une intelligence profonde sans écriture, sans civilisation unique, sans croyance unique, sans mode de vie unique, sans mœurs uniques et, tout particulièrement, sans croyance en la supériorité du monde capitaliste occidental ou européen, le seul monde que j’aie connu à part au travers d’elle. Bien entendu, comme vous l’avez fait remarquer, je ne suis pas ma grand-mère. Je n’ai pas été un grand voyageur comme elle. Je n’ai pas fondé mes idées sur mon expérience personnelle mais sur mes lectures, ce qui est tout le contraire de sa démarche puisqu’elle était quasi illettrée. Vous pouvez tout à fait aimer ma grand-mère et son point de vue et détester le mien. Je n’ai jamais prétendu que je défendais la même philosophie qu’elle, ni la même politique, ni les mêmes perspectives. Les points de vue défendus dans notre site Matière et Révolution ne sont d’ailleurs pas là pour plaire au lecteur mais pour l’interroger, et même d’abord pour le déranger, pour casser des fausses impressions, des préjugés, des croyances, pour lui démontrer que ce qu’il croit déjà connaître est en fait un monde encore à découvrir et qui pose bien plus de problèmes qu’il n’apporte de solutions toutes faites. Nous ne sommes pas un puits de connaissances, dans lequel on s’enfonce et dont on ne ressort pas, mais une porte ouverte vers un on ne sait quoi qui reste à chercher… Le monde nouveau n’est pas derrière nous mais devant nous. Nous ne faisons pas de nos connaissances un passé qui écrase et impose le respect mais une preuve que nous, les humains, nous sommes non pas arrêtés mais dans un cheminement dont il ne faut pas perdre le sens. Nous cherchons à dévoiler ce qui est oublié, ce qui est effacé, ce qui est interdit, ce qui est caché, ce qui est combattu par l’ancien monde actuellement dominant. Nous cherchons à souligner ce dont les questions elles-mêmes ont été méthodiquement supprimées et que personne ne pose plus, persuadé que la réponse en a certainement été donnée. Nous ne le faisons pas pour imposer nos réponses ou éliminer nos adversaires. Nous avons besoin, au contraire, de ces adversaires et nous devons rappeler leurs idées au lecteur. Même si cela donne à notre site un air de fouillis, de buissonnement, de variété de sujets, de bizarrerie en somme, nous avons notre chemin et il se maintient dans toute cette jungle. Nous ne visons pas le succès médiatique, le nombre de lecteurs et d’admirateurs. Nous comptabilisons aussi bien les ennemis, les adversaires de nos idées que ceux à qui elles plaisent. Car ce qui nous motive, c’est de stimuler le débat, celui-ci ayant toujours stimulé le développement de nos idées. Nous ne concevons pas le développement de conceptions en dehors d’un mouvement des idées et d’une construction par ce mouvement et au cours de celui-ci. Nous ne voulons pas opposer des idéologies mortes entre elles mais donner vie aux courants de pensée et à leur combat constructif. Si notre site vous pousse à développer votre propre pensée, y compris contre la nôtre, notre site aura, à nos yeux, complètement rempli sa tâche qui n’est pas de convaincre, pas de recruter, pas de fonder un culte, un groupe, une école, mais de relancer un intérêt, une confiance dans les idées, dans la recherche, dans la pensée, dans la richesse de la confrontation. Une confiance dans les possibilités d’avenir de l’humanité qui n’en est qu’à ses débuts balbutiants alors qu’on la présente sans cesse comme un monde qui ne peut que décliner, où le changement ne pourrait qu’être un recul, où la seule perspective consisterait à défendre et protéger un passé déjà mort. Le monde actuellement dominant est en train de s’effondrer mais cela ne signifie pas que le monde humain s’effondre. Nous n’intervenons pas en détenteurs de « la vérité » mais comme des chercheurs de vérités et nous pensons que des milliards d’humains sont comme nous des chercheurs de vérité. C’est pour cela que nous estimons faire partie d’un mouvement des idées qui est issu d’un mouvement des hommes. Ce mouvement ne part pas de rien et c’est pourquoi la connaissance du passé est pour nous une richesse à ne pas perdre. C’est ce qui m’a motivé par exemple pour raconter ma grand-mère. Mais cela ne signifie pas que nous nous accrochions au passé, bien au contraire. L’avenir de la région où vivait ma grand-mère ne se calquera certainement pas sur son passé qui, d’ailleurs n’a pas besoin d’être encensé ni glorifié, puisqu’il est fait lui aussi de monde effondrés, de systèmes oppressifs, de guerres, de grands massacres. L’avenir du monde n’est pas écrit dans le passé mais dans la marche du monde. Le monde matériel, vivant, humain, économique, social, politique, idéologique s’est construit en marchant, en faisant émerger des structures nouvelles. Le prolétariat, sur le plan des idées, de la conscience, de l’organisation se construit en marchant. Nous ne voulons pas construire des idées, des luttes, des organisations en dehors de la marche de l’Histoire. C’est seulement ce qui vient d’elle qui peut en transformer le cours. Nous sommes très éloignés de toutes les idéologies se prétendant éternelles ou inchangées et qui nient l’existence de l’Histoire. Or celles-ci sont prédominantes dans les idéologies, dans les religions, dans l’idéologie sociale dominante, y compris dans l’idéologie de la science.

Réponse 1 : Vous remarquez, à juste titre, que nos éditos sont des affirmations directes et ouvertes de notre opposition à la plupart des courants politiques ou sociaux, de quasiment tous les bords, de tous les média et de la plupart des origines ou idéologies. Et, du coup, vous avez le sentiment que nous sommes bien plus neutres ou gentils vis-à-vis des grands scientifiques. Il vous semble que nous leur tressons des lauriers alors qu’ils sont eux aussi des fondateurs de la société bourgeoise, pas moins que les politiques, que les industriels, que les militaires ou les banquiers. Et ce n’est pas tout à fait faux. Les patrons de recherche, comme les responsables de l’enseignement, les patrons de laboratoire, les patrons de médecine sont… des patrons et, comme tels, ce sont des bourgeois, petits, moyens ou grands. Nous ne parlons pas tellement d’eux en fait ou pas spécialement car nous les englobons alors dans « la bourgeoisie ». Nous parlons en fait des penseurs scientifiques. C’est très différent. Notre problème n’est pas de les encenser, de leur tresser des lauriers mais nous avons besoin de la pensée qui sort de leur travail, quand il s’agit de grands penseurs des sciences. Bien sûr, la société capitaliste, étant industrielle, s’appuie sur les résultats des sciences et des techniques mais la classe dirigeante étant sur la défensive et non à l’offensive socialement, devant défendre son ordre établi, cette classe dirigeante se garde de propager une pensée philosophique issue des sciences. C’est le prolétariat qui, comme toujours la classe révolutionnaire, a intérêt à disposer d’une conception scientifique et a besoin de toutes les connaissances les plus avancées des sciences. Ce n’est en effet pas un hasard si, dans le domaine philosophique, les classes dirigeantes ne souhaitent pas que les peuples apprennent à raisonner sur le monde, apprennent à philosopher et si ces classes exploiteuses préfèrent que les peuples en restent aux idéologies d’il y a des milliers d’années, par exemple les monothéismes ou certaines philosophies athées mais renonçant à la capacité de l’homme de connaître le monde comme l’indéterminisme, l’idéalisme, le fatalisme, le pragmatisme, le dualisme ou encore l’éclectisme. Ce n’est pas un hasard si les sciences elles-mêmes ne propagent pas la philosophie matérialiste, la philosophie historique et encore moins la philosophie dialectique, qui sont pourtant des philosophies directement liées aux découvertes des sciences. Elles ne veulent pas que les peuples apprennent à raisonner sur le monde et son histoire, sur le fonctionnement de l’univers. Elles ne veulent pas que les peuples raisonnent en comprenant qu’il y a un seul monde et non des domaines d’étude séparés, isolés, déconnectés. Nous ne faisons pas une fleur à l’ensemble des scientifiques mais nous soutenons seulement ceux qui montrent le lien entre les différents domaines d’étude, ceux qui montrent le caractère historique de l’univers et de ses lois, ceux qui montrent le déterminisme, y compris des phénomènes présentant une apparence de désordre. Nous n’avons nullement craint de critiquer certains individus scientifiques reconnus ou certains courants de pensée parmi les scientifiques. Nous défendons des points de vue bien précis au sein des scientifiques. Prenons des exemples : nous avons critiqué l’école de Copenhague de la Physique quantique avec l’indéterminisme d’Heisenberg, le dualisme de Bohr, le courant des climatologues qui défend l’idée du « réchauffement anthropique », le courant des physiciens qui défend l’idée du « principe anthropique », le courant des biologistes qui défend l’idée du « dessein intelligent », le courant néo-darwinien de la sociobiologie, le courant des scientifiques affirmant que tout est mathématique, le courant scientifique qui pousse à remplacer toute étude par des modèles, le courant des sciences qui affirme que l’essentiel est l’expérience, le courant qui nie que l’on puisse affirmer si le monde matériel existe en dehors de l’observateur humain, le courant qui affirme que l’histoire n’existe pas et que le temps doit être expurgé des sciences, le courant qui affirme que le vide n’est pas la source de la matière et de la lumière, le courant des biologistes qui affirment que tout est génétique, etc, etc… Nous menons donc un combat au sein de la pensée scientifique et ne nous contentons pas de décerner un satisfecit à tout ce qui vient des grands scientifiques. Nous savons que nombre de scientifiques sérieux ont sombré dans la technoscience, ne cherchent plus que ce qui peut mener à des applications rentables rapides, se sont adaptés complètement à l’idée que la science ne cherche pas à comprendre le monde mais seulement à trouver des résultats profitant rapidement à l’industrie. Nous combattons la tendance d’Einstein à privilégier la continuité, la tendance de la physique actuelle à se soumettre aux mathématiques, la tendance de la cosmologie des cordes à développer des schémas sans possibilité de vérification, la tendance de certains physiciens à développer une physique sans images, la tendance au subjectivisme, à l’idéalisme, à l’indéterminisme au sein de la physique quantique, la tendance de la physique à se séparer en domaines déconnectés, la tendance des sciences à se couper des philosophies, la tendance de certains scientifiques à se soumettre aux religions, etc… Mais nous soutenons les autres, ceux qui continuent à affirmer que les sciences cherchent à comprendre le monde… Et nous qui voulons transformer le monde avons particulièrement besoin de le comprendre. Nous ne pouvons pas en rester à la seule politique, ou encore y rajouter seulement l’économie et la sociologie. Il nous faut comprendre l’Histoire, les Sciences et la Philosophie car le monde ne se découpe pas en tranches indépendantes ! Bien sûr, si votre souhait était que nous donnions raison aux divers créationnismes, aux métaphysiques, aux notions idéalistes contre les idées tirées des connaissances scientifiques comme l’évolution des espèces, l’histoire de l’Univers matériel, c’est raté. Notre attitude est l’inverse : nous pouvons reprocher plutôt aux scientifiques de n’avoir pas assez la conception de Darwin et d’Einstein en sciences…

Réponse 2 : Quelle est notre graine, à Matière et Révolution, voilà une bonne question, même s’il est difficile d’y répondre, tant nous ne prétendons pas avoir découvert par nous-mêmes et tout seuls quoique ce soit. Quelle originalité dites-vous donc ? Je pense que c’est justement ce qui te dérange et le chagrine dans notre site : cette philosophie qui fait reposer la dynamique du monde sur « une construction en marchant », sur des discontinuités révolutionnaires fondées sur des contradictions irréductibles, interdépendantes et s’interchangeant donc sur tout le contraire d’une philosophie morale du bien et du mal. Cette conception, que nous voulons continuer à faire vivre au grè des découvertes des sciences, des problèmes politiques et sociaux qui se posent à nous, nous ne l’avons pas inventée. Nous n’avons aucun amour propre d’auteurs qui nous pousserait à ne penser que par nous-mêmes. Nous voulons, au contraire, tout lire, nous enrichir à toutes les sources possibles. Nous n’avons aucun blocage nous empêchant de reprendre des idées à d’autres auteurs si elles nous semblent aller dans le sens de ce que nous comprenons. Nous ne diffusons en tout cas pas l’idée que ce serait nous qui aurions découvert ceci ou cela. Bien au contraire, il nous semble que nous ne faisons que reprendre ici ou là des idées découvertes par d’autres mais c’est le fait de les mettre ensemble qui donne une tonalité particulière à notre site car la plupart des auteurs s’en tiennent à un domaine ou à un autre. Souvent ces auteurs pourraient à bon droit s’étonner de l’utilisation que nous faisons de leur travail car, en les mêlant d’autres, en les confrontant à d’autres questions, nous leur donnons un autre sens. Le fait de mêler la politique, la science, la philosophie, l’économie, l’histoire et la sociologie ne nous est pas particulier. Bien des penseurs l’ont fait, à commencer par les marxistes. Mais c’est plutôt rare aujourd’hui dans les courants politiques de l’extrême gauche qui pratiquent plutôt l’activisme et se détournent de la réflexion théorique et plus encore de la philosophie, affirmant pour la plupart que Marx aurait dit qu’il marquait la fin de la philosophie, interprétation erronée d’un propos mal lu de Marx… La philosophie historique et dialectique, fondée sur les discontinuités produites par les éléments contraires en lutte, certes, nous sommes bien loin de l’avoir inventée mais qui se sert vraiment de cette conception, qui la fait vivre, qui prend le marxisme pour une conception vivante, sans cesse en train de changer, bien peu à coup sûr et cela fait de notre point de vue un cas original actuellement. Ceux qui se revendiquent du marxisme ont pour la plupart tendance à en faire un dogme achevé, sans vie, sans nouveauté, sans nouvelles recherches, sans interaction avec les sciences et l’histoire contemporains. Nous ne pensons pas non plus qu’on puisse efficacement lutter pour changer le monde sans vouloir en même temps se donner le maximum de moyens de comprendre la philosophie du changement, la conception révolutionnaire dialectique. Pour nous, le marxisme continue à être une conception scientifique enrichie par toutes les découvertes récentes des sciences. Le marxisme n’est pas une Bible, pas plus que le léninisme ou le trotskisme. Nous ne craignons pas de dire qu’il y a des erreurs ici ou là, ou que les conditions ont pu changer. Nous pensons que l’histoire des hommes et des sociétés n’est pas la seule à être déterminée par des révolutions. Le concept de « matierevolution », que nous avons créé, signifie d’ailleurs que la matière est inséparable des révolutions, idée que nous avons eu maintes fois l’occasion d’illustrer, concernant aussi bien la matière dite à tort inerte que la matière vivante.

Réponse 3 : Bien sûr, nous ne disons pas aux gens : « N’allez pas voir le médecin, détournez-vous de la science officielle, ne lisez pas la philosophie académique, tout est dans Matière et Révolution » ! Nous ne disons pas davantage que nous détenons « la vérité » et que le reste, ce serait « le mensonge » ou « l’erreur ». Avant nous, Marx soulignait qu’il ne comptait pas fonder une pensée devant laquelle il fallait s’incliner en affirmant : voici la vérité, dehors le mensonge ! Ce n’est pas parce que nous voulons construire une pensée globale que cela signifierait qu’il s’agit d’une nouvelle religion, d’un nouveau dogme, d’une nouvelle métaphysique. Ce que nous disons par contre, c’est que nous refusons de limiter la réflexion sur le monde à des domaines cloisonnés, même si cela a une certaine efficacité professionnelle d’agir ainsi, de produire des spécialiste qui ont une pensée et une activité spécialisée. Nous affirmons cependant que « penser le monde » n’est pas liée à un domaine spécialisé et nécessite au contraire de franchir toutes les frontières des domaines spécialisés. L’une des limites de la pensée actuelle est justement cette spécialisation, ces philosophes qui ne connaissent pas la science, ces scientifiques qui ne connaissent pas la philosophie, ces médecins ou ces neuroscientifiques qui ne connaissent pas la psychanalyse, ou ces psychanalystes qui ne connaissent pas la médecine, ces artistes qui ne connaissent pas la science et ces scientifiques qui ne connaissent pas l’art, ces militants politiques qui n’étudient que quelques matières pratiques pour développer un activisme militant sans pensée militante, sans théorie militante, sans étude d’une conception qui leur soit propre. Voilà ce qui nous semble manquer le plus actuellement. Quand le vieux monde s’effondre, il est nécessaire d’en bâtir un nouveau mais, pour cela, il faut bâtir à nouveau une pensée sur le monde. Il faut le faire avec les briques dont nous disposons, briques qui sont, de préférence, prises dans les meilleures briques issues de l’ancienne société et modifiées, autant que possible, en fonction des connaissances actuelles. Vous pouvez penser que les scientifiques, les médecins, les philosophes, les ingénieurs, les économistes, les militants se débrouillent très bien en travaillant sur des petits domaines qu’ils ont explorés en tous sens et sur lesquels ils ont des avis compétents alors que n’importe qui ne peut pas avoir des avis intéressants sur des sujets à propos desquels il n’a pas de formation professionnelle. C’est une manière de penser qui est courante aujourd’hui mais elle ne l’a pas toujours été. Les penseurs chinois, grecs, iraniens, arabes anciens, les penseurs européens de la Renaissance, les penseurs des Lumières, les penseurs des débuts de la révolution bourgeoise ne voyaient pas les choses ainsi et considéraient que les connaissances d’un domaine ouvraient des horizons nouveaux à la réflexion sur un autre domaine. Sans cette interpénétration, bien des découvertes n’auraient jamais été faites. On a eu l’occasion bien des fois sur ce site de rappeler comment des scientifiques d’un domaine ont fait faire un bond en avant à un autre domaine. Mais le problème de fond est ailleurs : c’est le fait que monde est « un », même s’il est en même temps contradictoire. Intégrer que l’univers est unique est indispensable. Il faut que notre pensée sur la matière soit compatible avec notre pensée sur la matière, avec notre pensée sur le vide, avec notre pensée sur la vie, avec notre pensée sur l’homme. Il faut que notre pensée sur la matière à notre échelle soit compatible avec notre pensée sur la matière à petite échelle, celle des molécules, des atomes, des particules, du vide quantique. Il faut que notre pensée sur le corps soit compatible avec notre pensée sur l’esprit et inversement. Il faut que notre pensée sur la vie soit compatible avec notre pensée sur la matière et inversement. Car tous ces domaines coexistent et interagissent, parce qu’ils font partie d’une histoire commune. Même lorsque la science s’est développée en domaines séparés qui ont parfaitement réussi séparément, ils se sont trouvés encore plus en difficulté ensuite pour fusionner, comme la physique quantique et la physique relativiste, comme la microphysique et la macrophysique, comme la médecine du corps et la médecine du cerveau, comme l’étude des espèces par les ossements et l’étude biologiques des espèces, comme l’étude de la Terre par la géologie et celle par la tectonique des plaques, comme la météorologie et la climatologie, comme la physique des particules et la physique des matériaux, comme la physique et l’astrophysique, etc. Même si, historiquement, ces domaines se sont développés séparément, ils ne peuvent pas rester séparés car ils décrivent le même monde, vu sous des angles ou à des échelles différentes, et il est indispensable que ces images finissent par se rejoindre d’une manière ou d’une autre. Gravitation et autres forces ne peuvent pas rester séparés et incompatibles comme ils le sont actuellement en physique. Philosophie et Sciences ne peuvent qu’être handicapées par une séparation forcée et absurde. Les dualismes qui séparent tout, corps et esprit, matière et lumière, quantique et classique, étoiles et planètes, sont un obstacle intellectuel à la compréhension du monde. La société, l’homme, la conscience humaine ne sont pas des mondes à part du reste de l’univers, pas plus que la Terre, le soleil, le système solaire n’est un monde à part relativement au reste de l’univers. Penser l’univers est indispensable et cela ne doit pas être une pensée séparée des autres domaines de réflexion et de recherche, de même que l’action des hommes ne doit pas être séparée de la pensée, les penseurs vivant en dehors du domaine de l’action. Après s’être développés de manière séparée, avec des succès certains, la physique des particules et la cosmologie sont contraints de trouver le moyen de vivre ensemble, de même que la psychanalyse et les neurosciences, que la géologie et l’évolution des espèces, que la science et la philosophie, que le militantisme et la pensée théorique… Le développement des connaissances ne s’est pas accompagné de celui d’une pensée globale sur le monde et ce n’est pas un hasard. Ce n’était plus l’intérêt des classes dirigeantes capitalistes de donner aux peuples une conception scientifique sur le monde et, au contraire, c’était leur intérêt de maintenir en place les visions antiques du monde qui donnaient également une vision fataliste des malheurs que subit l’humanité, oppression, exploitation, guerres, fascismes, destructions… La divergence entre nos connaissances de l’univers et de l’histoire avec la conception philosophique et générale que nous en avons est devenu un fossé qui apparaît à beaucoup comme infranchissable. Cependant, plus que jamais, il nous apparaît à nous indispensable de refuser cette séparation, cette opposition diamétrale entre le monde des sciences et des techniques, celui de l’activité pratique, y compris l’activité sociale et militante, et celui de la pensée.

Réponse 4 : Oui, peut-être que l’opinion publique s’est détournée de ces auteurs. Mais qui détermine en temps normal ce que pense l’opinion, sinon les classes dirigeantes ? Est-ce une raison pour les considérer nous comme des gens qu’on doit rejeter ? Est-ce que leurs thèses se sont révélées fausses, mensongères, ne correspondant pas à la réalité ? Est-ce que le monde actuel serait moins que jamais celui des classes sociales, de la lutte des classes, de la lutte pour en finir avec le capitalisme ou bien est-ce qu’au contraire, comme la perspective de l’effondrement du capitalisme est plus actuelle que jamais, les classes dirigeantes mènent une offensive idéologique d’autant plus forte pour tenter d’éradiquer leurs idées, vu les dangers de la situation sociale et économique, le capitalisme n’étant plus capable de se redresser ? Est-ce que nous devons décider des auteurs à rejeter en suivant les classes dirigeantes ? Ou, au contraire, devons-nous en décider nous-mêmes, en tant qu’exploités ? La lutte des classes est-elle dépassée parce que la réalité sociale n’est plus celle d’une division en classes sociales opposées ou parce que les classes dirigeantes poussent les peuples vers l’affrontement inter-communautaire, comme Bush qui lançait la croisade prétendument chrétienne en Afghanistan ou en Irak, qu’elles poussent les peuples occidentaux contre les peuples orientaux, les Juifs et les Chrétiens contre les Musulmans, tous contre les Roms et les immigrants, etc. Mais qu’est-ce qui pousse les classes dirigeantes dans le sens de la guerre entre civils, du fascisme, sinon le risque de la montée de la révolution sociale, y compris dans les pays riches ? Les malheurs de la planète, misère, dictature, guerre, guerre civile, fascisme, massacres, proviennent-ils du fait que les peuples seraient trompés par Marx, par Freud ou par Trotsky, pour que vous les considériez comme des damnés ? Qu’y a-t-il à condamner dans leurs discours ? Sont-ils à rejeter du point de vue de la pensée humaine ? Ces hommes-là ont tous combattu les guerres, les oppressions, les exploitations, toute forme de soumission de l’homme par l’homme, y compris la soumission de la femme par l’homme, toute forme de dégradation des êtres humains et ils l’ont combattu en particulier en cherchant la source de ces horreurs, en les dénonçant, en les démasquant, et en ne craignant pas de risquer l’opprobre de l’opinion publique, y compris de l’opinion populaire ou prolétarienne. Ils n’ont jamais participé aux tromperies et aux mensonges qui présentaient le peuple d’à côté comme l’ennemi numéro un, la religion d’à côté, l’ethnie d’à côté. Ils n’ont cautionné aucun massacre, aucun fascisme, aucune oppression. Leur pensée est rejetée aujourd’hui par le plus grand nombre ? C’est possible mais est-ce que cela les juge ? Cela juge plutôt du caractère plus réactionnaire que jamais de la classe capitaliste qui décide de l’opinion publique. Cette classe bourgeoise a eu des opinion d’autant plus révolutionnaire qu’elle devait combattre l’ancienne société féodale et d’autant plus réactionnaire qu’elle s’appuie sur ce qui reste d’antique et de féodal dans la vieille société afin de faire reculer la lutte des classes. Peut-on être révolutionnaire et craindre de se heurter à l’opinion publique ? Peut-on l’être et perdre confiance dans le fait que la vérité peut naître de l’expérience des masses face à la crise de la domination sociale des classes dirigeantes ? Est-ce que vous croyez que Marx avait le soutien de l’opinion publique de son temps, lui dont l’enterrement avait amené son compagnon Engels à déclarer : « Marx était avant tout un révolutionnaire. Contribuer, d’une façon ou d’une autre, au renversement de la société capitaliste et des institutions d’Etat qu’elle a créées, collaborer à l’affranchissement du prolétariat moderne, auquel il avait donné le premier la conscience de sa propre situation et de ses besoins, la conscience des conditions de son émancipation, telle était sa véritable vocation. » ? Eh bien, à cet enterrement du père du socialisme moderne, il y avait exactement huit personnes ! Et pourtant cet enterrement se déroulait dans un pays où régnait la liberté formelle de pensée, d’écriture et de manifestation, l’Angleterre !!! Est-ce qu’Hegel a eu un soutien de masse après avoir développé ses idées ? Pas du tout ! L’Allemagne des années qui ont suivi sa disparition a totalement effacé ses œuvres de son étude de la philosophie ! Est-ce que vous croyez que Giordano Bruno ou Galilée ont eu un soutien de masse ? Est-ce que Freud a eu un soutien de masse ? Même Einstein dont le nom a été très populaire n’a jamais vu ses idées véritablement diffusées et partout les classes dirigeantes comme les institutions de la science (et de la politique !) se sont méfiés de lui. Tout cela n’a rien d’étonnant ! Est-ce que les classes dirigeantes allaient remercier Marx de montrer les limites et les contradictions du capitalisme ? Est-ce qu’elles allaient remercier Freud de dénoncer les mensonges idéologiques de ces mêmes classes dirigeantes quand elles se cachent derrière le masque de la religion pour commettre des crimes ? Pourquoi remercieraient-elles Trotsky d’être resté jusqu’au bout fidèle à la révolution prolétarienne quand Staline la discréditait et l’assassinait ? Est-ce que cela peut avoir un intérêt de défendre des idées, quitte à aller complètement en sens contraire de l’opinion, y compris celle des travailleurs, des peuples ou des milieux populaires ? Oui, tout à fait, si on pense que des situations nouvelles, remplaçant la passivité par l’élan révolutionnaire, peuvent permettre à ces idées de prouver leur validité devant les masses révoltées, s’organisant, se réunissant, décidant par elles-mêmes de leur avenir. Est-ce que cela aurait un intérêt de ne défendre que des points de vue qui sont acceptés par la population ? Aucun pour des révolutionnaires car le seul intérêt d’être révolutionnaire quand les masses ne le sont pas encore consciemment, c’est de se préparer à défendre de telles idées devant les masses populaires, devant les travailleurs et les jeunes, devant tous les opprimés. Si dans la période qui précède la situation révolutionnaire, les militants révolutionnaire reculent du fait des pressions, les opprimés ne disposeront plus, le moment venu, de gens pour proposer un tel programme révolutionnaire, de gens préparés à le comprendre et à le défendre, et le changement social, politique, historique sera dès lors impossible. Aujourd’hui seule une toute petite minorité révolutionnaire peut organiser son travail autour d’une pensée armée des conceptions de Hegel, Marx et autres. Ce n’est pas pour nous étonner. Mais cela ne juge en rien de la valeur de ces idées. S’il existe de larges masses pour penser que les travailleurs du pays d’à côté sont des ennemis, cela ne valide pas une telle absurdité mais cela montre à quelle catastrophe les classes dirigeantes nous mènent. Cela souligne, au contraire, la nécessité pour les révolutionnaires de préparer un avenir en dehors du capitalisme. Le courage personnel du militant révolutionnaire ne consiste pas à suivre les larges masses, à épouser leurs mouvements, à développer des idées démagogiques pour leur plaire ou pour devenir leurs dirigeants, y compris en les emmenant dans le mur. Non, le courage du révolutionnaire consiste à être capable d’aller longtemps à contre-courant, pour permettre aux masses de disposer d’une orientation juste au moment même, ce rare moment, où les masses sont décidées à ne plus suivre les classes dirigeantes dans toutes les impasses catastrophiques et sanglantes où elles décident de les emmener. Aucune pensée révolutionnaire ou même simplement novatrice n’aurait été possible s’il fallait se contenter de suivre l’opinion, la majorité ou s’il fallait recevoir les félicitations du public. Et il ne faut pas en faire un critère justement au moment où les opinions publiques sont entraînées vers des abattoirs de masse, vers des guerres civiles, vers des fascismes, vers des guerres mondiales. Plus que jamais, il ne faut pas craindre de s’opposer aux illusions des masses. Plus que jamais, il ne faut pas craindre de dire la vérité à ces mêmes masses travailleuses, sans mépriser bien entendu celles-ci lorsqu’elles ne sont pas encore en état de mesurer la validité de nos idées.

Réponse 5  : C’est vrai ! Nous admirons les arbres et nous ne cherchons nullement à le cacher ! Pourquoi en aurions-nous honte ? Darwin a affirmé que l’étude qui l’avait principalement inspiré, dans sa théorie de l’évolution des espèces vivantes, n’était pas celles des animaux et des hommes mais celle des arbres et des plantes. La diversité et la complexité de ces derniers sont une source sans cesse renouvelée de réflexions et de pensées. C’est y compris une source pour comprendre les hommes. L’humanité qui est sortie, partiellement, de l’animalité était celle qui vivait dans les forêts, qui s’y nourrissait physiquement mais aussi spirituellement ! Les peuples de la forêt équatoriale et tropicale sont un vivant témoignage de nos sources humaines qui plongeaient directement dans les forêts. Les arbres continuent de nous toucher car, même quand nous vivons dans des villes, nous avons besoin d’eux, de leur vue, de leur contact, de leur présence ! Nos écrits tendent à montrer que le vivant est bien plus une source de nouveauté qu’on ne le pense, que le classement qui met l’homme très au-dessus des animaux, lesquels sont placés très au-dessus des plantes est tout à fait erroné. Les plantes sont aussi complexes et développés que les animaux, et autant que l’homme. Les hommes qui croient être les seuls être vivants doués d’une forme de langage ont encore beaucoup à apprendre de la nature, et en particulier des arbres et des plantes… Nous sommes bien heureux de leur apprendre que non seulement les animaux communiquent entre eux mais les arbres aussi ! Ces derniers parviennent même à s’informer mutuellement de changements rapides de l’environnement, afin de s’y adapter. Ils s’envoient des signaux, via l’air, via la terre, par les racines, par les plantes et les animaux qu’ils sélectionnent dans leur entourage. Nos préjugés humains, qui nous ont amenés à nous croire au dessus des règnes animaux et végétaux, nous trompent et même la séparation étanche entre « règnes » est illusoire, sans parler de la signification même de « règne » qui signifie qu’un esprit règne sur l’ensemble. Il n’y a pas de dessus et de dessous en termes d’évolution des espèces. Il n’y a pas, dans la nature, un jardin construit par avance pour l’homme. Il n’y a pas de but dans les créations naturelles. Et l’homme n’est pas un but, pas plus que les animaux ou les arbres. Rien de ce qui existe n’a été pensé à l’avance par un créateur et, s’il y a émergence de nouveauté, elle n’est pas préétablie, préconçue, ni en vue d’un but. Les animaux ou les arbres sont aussi perfectionnés que l’homme, aussi complexes que lui, pleins de propriétés étonnantes, capables de nombre de phénomènes fantastiques mais ce fantastique est naturel, provient des lois naturelles et de rien d’autre. Les propriétés étonnantes des arbres ne nous amènent jamais à prêter aux arbres une force mystique, un rôle surnaturel, à leur attribuer un esprit, une âme, une aura, un magnétisme et autres balivernes. Mais il faut dire aussi que nous ne devons pas plus attribuer à l’homme ce type de propriétés spirituelles détachées de la matière réelle, participant d’une dualité de propriétés séparées, indépendantes, dans des univers différents. La sélection naturelle fait des espèces actuelles le produit de toute une transformation mais elle ne nous dit pas que les arbres seraient moins évolués que les animaux ou moins que les plantes, ou moins que l’homme. L’homme s’attribue bien sûr à lui-même un caractère plus actif, plus dynamique, plus capable, plus susceptible d’effectuer des changements mais toutes ces supériorités sont fausses. Nous avons souligné les propriétés des arbres parce que notre parti pris est de souligner ce qui ne tombe pas sous le sens, ce qui n’est pas évident, ce qui n’est pas déduit de notre intuition et va même à l’encontre. Dans d’autres domaines, cela est tout aussi nécessaire, notamment dans celui des relations sociales : les apparences y sont trompeuses et les illusions sont légions. La plupart des gens ne raisonnent pas plus scientifiquement sur les relations sociales qu’ils ne raisonnent scientifiquement sur la météo, sur la nature, sur les tsunamis, sur le volcanisme ou sur le soleil. Nous avons notre philosophie spontanée sur le monde et je ne cherche pas à la renier ou à la ridiculiser mais tout l’effort historique des scientifiques et des philosophes a consisté à essayer de la dépasser. Si les classes dirigeantes font aujourd’hui exprès de dénigrer cet effort de compréhension du monde, de diffuser l’idée que la science ne peut pas comprendre le monde, de faire croire que cela laisserait place à tous les mysticismes, à toutes les métaphysiques, cela montre seulement que le système qui domine le monde a atteint ses limites et ne peut plus faire progresser la société humaine. Ce n’est pas une limite de la connaissance que nous atteignons, ni une limite de l’humanité mais seulement une limite d’un système particulier, d’une étape de la société humaine, sa phase capitaliste. Quand la bourgeoisie était révolutionnaire, la science était à ses balbutiements et la bourgeoisie développait l’idée progressiste selon laquelle la société n’avait aucune limite ni sociale ni de connaissance s’opposant à sa progression. Aujourd’hui, alors que les sciences ont fait un bond spectaculaire en avant, la classe dominante diffuse l’idée que le progrès atteint des limites et prétend que ce ne serait pas son système social, fondé sur la propriété privée des moyens de production au travers du capital et par l’exploitation du travail salarié, qui serait en cause. Elle prétend que ce serait une crise de l’homme et de sa domination sur la nature, une crise climatique, une crise des ressources, une crise énergétique, tout mais pas une crise sociale ! Ben voyons ! Et en 2007, c’est la nature, c’est les ressources énergétiques, c’est le climat qui a entraîné un effondrement économique !!! Le mensonge est grossier ! Non, plus que jamais nous pouvons développer une philosophie du monde nous permettant d’en comprendre les reflux et les avancées brutales, révolutionnaires, et d’intégrer l’évolution humaine au mode d’évolution historique de la matière, vivante comme inerte. Les arbres ne sont que l’une de ces révolutions de la matière. Ils sont l’émergence de propriétés entièrement nouvelles, sans qu’il soit besoin pour cette apparition de miracle spirituel quelconque. Ce type de miracle, que la physique appelle émergence, a lieu tous les jours dans de multiples phénomènes naturels et n’a rien de mystique ou de mystérieux. Les arbres sont issus des plantes par une révolution des espèces qui provient du mode dialectiquement contradictoire du mode conservation/transformation de la vie, lui-même issu du mode conservation/transformation de la matière que nous appelons « matierevolution » car la révolution est intégrée au processus permanent de la matière. Quand la bourgeoisie était une classe socialement révolutionnaire, au sens qu’elle avait besoin de révolutionner toute la société, sur le plan économique comme social et politique, elle avait aussi besoin de révolutionner l’idéologie et poussait à tous les développements des connaissances et de la philosophie, s’attaquant aussi aux religions qui avait pris parti pour les anciennes classes dirigeantes, royales, féodales, nobles, qui étaient passéistes, conservatrices, bornées et prétendaient que le monde ne pouvait pas changer, que les connaissances étaient des production du diable. Aujourd’hui, c’est cette bourgeoisie, dépassée par le développement historique, qui a pris le relai des anciennes classes réactionnaires. C’est elle qui favorise les idéologies retardataires. C’est elle qui cultive toutes les idéologies racistes, ethniques, mystiques, métaphysiques et in déterministes, qui diffuse l’idée que l’homme ne pas progresser davantage, ne peut pas comprendre davantage, ne peut que reculer, tout cela parce que la société bourgeoise, elle, ne peut que nous faire reculer et s’apprête même à nous ramener dans l’abime, dans l’enfer des guerres civiles, des guerres mondiales, des massacres, des fascismes. Quand nous réfléchissons aux arbres, quand nous voyons que cela remet en cause nos préjugés sur le monde, nous avons la même démarche que lorsque nous réfléchissons à notre capacité de changer le mode social de domination, nous franchissons intellectuellement les mêmes barrières des préjugés que l’on a prétendu ériger devant nous pour nous bloquer. C’est ce qu’affirmait par exemple un Diderot, le plus grand philosophe des Lumières, en diffusant par son Encyclopédie des idées révolutionnaires sur tous les sujets, sur tous les thèmes, sur l’univers entier. Il savait parfaitement qu’un tel édifice était la véritable bombe pour l’ancienne société, accrochée aux vieilles idéologies et aux vieux préjugés. Il savait que de cet amas de connaissances sortait une philosophie révolutionnaire sur le monde qui ne manquerait pas de remettre en question tout l’édifice réactionnaire des anciennes classes dirigeantes.

Réponse 6 : Il est vrai que les religions ont relevé des contradictions dans leur interprétation du monde mais c’est toujours sous la forme de contradictions diamétrales, de dualismes, à commencer par le dualisme du corps et de l’esprit, en continuant par celui du diable et du bon dieu, et il s’agissait toujours de deux mondes opposés mais séparés, indépendants, sans point commun, sans échange, sans passerelle, sans besoin l’un de l’autre, sans mise en commun de propriétés, sans inséparabilité. Dans le combat religieux des contraires, il y a une lutte entre le Bien et le Mal qui visent à s’éliminer mutuellement et ne vont nullement coexister. Dans la dialectique de Hegel, les contraires ne se détruisent pas mutuellement, ils coexistent, interagissent, sont mutuellement indispensables, fondent des structures nouvelles, elles-mêmes basées sur de nouvelles contradictions. La conception religieuse est un dualisme et non une dialectique : dualisme de l’être et du néant, dualisme de la vie et de la mort, dualisme de la santé et de la maladie, dualisme du moral et de l’immoral, dualisme du divin et du non divin, dualisme de l’inerte et du vivant, dualisme de l’homme et de l’univers, dualisme de la matière et du vide, dualisme du paradis et de l’enfer, dualisme de l’ordre et du désordre, dualisme du juste et de l’injuste, dualisme du faux et du vrai, dualisme du positif et du négatif, dualisme du déterminisme et de l’indéterminisme, de la vérité et du mensonge, de la loi et du chaos, de l’homme et de la femme. Nous défendons la philosophie de Hegel justement parce qu’elle nous sort des dualismes des religions et parce que la dynamique historique du monde nécessite la compréhension du caractère moteur des contradictions dialectiques. Sans les contradictions dialectiques, il n’y aurait pas de production de nouveauté, pas d’histoire. Les religions affirment qu’il existe un pouvoir supérieur au monde et à l’homme. Leur but est d’amener l’homme à considérer son sort comme préétabli, fatal, sans rationalité accessible à l’homme et sans moyen de s’y soustraire. L’exploitation et l’oppression, les injustices et les violences de toutes sortes seraient voulues par dieu, incompréhensibles pour l’homme. Si les religions avaient défendu l’idée révolutionnaire d’Hegel selon laquelle tout ordre mérite de périr, jamais les pouvoirs d’Etat et les classes dirigeantes n’auraient soutenu les religions et jamais elles ne les auraient financées. Certes, la Bible dénonce le pouvoir du Pharaon mais elle ne dit pas que c’est l’action des hommes qui a renversé ce pouvoir par une révolution sociale et elle prétend que c’est dieu qui a frappé Pharaon en… faisant subir au peuple égyptien les plaies d’Egypte ! Seul dieu pourrait combattre le mal mais l’homme ne pourrait pas le faire, voilà le message des religions ! Quant à Hegel, il est vrai que personnellement il était un partisan de l’Etat, de l’ordre, mais il était aussi entraîné par le flux des révolutions en Europe et il choisissait de s’en faire le défenseur. C’est contradictoire mais il avait en lui-même autant de contradictions que chacun d’entre nous et il ne le niait pas…

Réponse 7 : Nous ne cherchons pas à fonder une école de pensée, une secte philosophique, un groupe à part ni une nouvelle idéologie. Peu nous importe que les gens nous suivent ou nous critiquent. C’est à eux d’en décider. Nous ne sommes pas des curés ni des rabbins, ni des prêcheurs de bonne parole ou de paroles mystiques qu’il suffirait de prononcer pour être sauvés. Nous ne croyons pas à « la » vérité mais à la démarche désintéressée de recherche de vérité opposée à la démarche opportuniste. Nous ne prenons pour les chefs de personne et ne disons à personne de nous suivre. Nous ne voulons pas faire des adeptes mais discuter avec des hommes qui se veulent libres, qui réfléchissent et agissent par eux-mêmes, qui ne s’interdisent pas d’échanger des avis, d’aller fouiller partout pour comprendre et agir en fonction de cette compréhension. Contrairement aux religieux et autres fabricants d’idéologie, nous acceptons les critiques, nous modifions nos points de vue en fonction de ce qui nous convainc, nous ne sommes pas détenteurs de vérités toutes faites. Nous ne croyons pas en une idéologie détachée du cours de l’Histoire mais, au contraire, au développement des idées en liaison avec le cours de celle-ci, ce qui signifie aussi bien le développement des situations et de l’action des hommes. Les idées ne viennent pas aux hommes indépendamment de ce qu’ils vivent, de la société, des rapports sociaux, des événements économiques, sociaux et politiques. Nous ne sommes pas des idéalistes (au sens philosophique) ce qui signifie que nous ne croyons pas qu’il existe des idées qui domineraient la réalité. Nous ne croyons que les idées, par elles-mêmes, puissent transformer la société. Mais nous pensons que lorsque les hommes se posent la question de la transformer, ils ont besoin des idées révolutionnaires, celles qui se sont toujours attachées au mode révolution de transformation du monde. Les idées actuellement dominantes ne sont pas parvenues à leur influence actuelle sur les hommes par leur seule force de conviction. Elles y sont parvenues par la force des classes sociales qui les soutenaient, par la force des Etats et autres institutions qui les appuyaient. Par exemple, jamais les monothéismes n’auraient convaincu des peuples entiers sans l’action des Etats, sans l’appui des forces armées qui conquéraient les territoires, qu’il s’agisse de l’Etat romain pour le christianisme, de l’Etat de Mahomet pour l’islam, des Etats des Juifs en Palestine pour le judaïsme. Bien sûr, même si les conditions d’existence, les systèmes sociaux, les traditions, les familles, les religions, les moeurs dominantes influencent les hommes, ceux-ci pensent par eux-mêmes, choisissent par eux-mêmes ce qu’ils veulent croire ou ne pas croire et c’est ce qui nous permet de penser comme nous le faisons. Nous ne demandons pas aux gens de cesser de penser par eux-mêmes ni de nous suivre les yeux fermés. Nous préférons les contradicteurs que les béni-oui-oui. Le chemin de la vérité est pavé de combats d’idées. Cependant, si chacun a sa philosophie, bien peu étudient vraiment la philosophie. La plupart en suivent une aveuglément et sans le savoir. Ils n’en connaissant les critiques ou ne les acceptent pas. La plupart admettent simplement la philosophie dominante dans leur pays, dans leur milieu, dans leurs familles, dans leur communauté. Même une philosophie qui serait juste n’aurait pas un grand intérêt si elle est simplement acceptée, sans discussion, sans confrontation. Elle ne tarderait pas à devenir fausse. Nous admettons parfaitement que la plupart des hommes de cette planète ne sont pas prêts de raisonner comme nous le faisons, qu’ils en sont très loin. Nous respectons les gens et ne voulons nullement leur dire qu’ils n’auraient que des idées bêtes en tête. Par contre, nous savons que des sociétés ont changé brutalement dans le passé et que les idées ont suivi le même chemin. Ce n’est pas parce qu’aujourd’hui le gens seraient très loin de notre point de vue que cela sera toujours le cas. Nous savons que toutes les idéologies nouvelles ont été le produit d’efforts considérables de la société humaine, de grandes transformations historiques, que ces idéologies ont été des avancées à leur époque car elles nécessitaient de grandes luttes pour vaincre les conservatismes. On l’oublie volontiers quand on voit que ces idéologies sont devenues des moyens de nouveaux conservatismes. Cela ne veut pas dire que l’Histoire n’avance pas mais que les anciennes classes opprimées sont parfois devenues elles aussi, si elles ont pris le pouvoir, des nouvelles classes oppresseuses qui, à nouveau, ont eu besoin de s’appuyer sur un édifice idéologique conservateur pour asseoir leur domination. Ce n’est pas une limite des idées mais un fonctionnement général de la société : les idées ne planent pas dans les airs au-dessus de la lutte des classes, elles en font partie intégrante. Les religions elles-mêmes ont souvent accompagné des mouvements révolutionnaires de leur temps. Elles ne s’en souviennent plus et ne veulent surtout pas s’en souvenir. Le christianisme n’a plus rien à voir avec la révolte des Juifs opprimés par les Romains en Palestine mais c’est pourtant là son origine. Le protestantisme n’a plus rien à voir avec la révolution bourgeoise contre le féodalisme et pourtant il en est sorti. Et ce ne sont là que deux exemples. Même les religions du monde arabe ou asiatique proviennent de tels mouvements révolutionnaires. La religion des Pharaons elle-même, celle qui a finalement été inculquée au peuple égyptien de l’Antiquité est sortie d’une révolution sociale qui a éradiqué durant de longues années le régime des Pharaons et c’est seulement après cette révolution que le régime a décidé de donner au peuple un droit d’accès au paradis, ce qu’il ne faisait pas avant cette révolution… On peut transformer des idées révolutionnaires en idéologie réactionnaire. Le stalinisme en est une excellente preuve. Le syndicalisme aussi. Ainsi que la social-démocratie. Cela ne signifie pas que toutes les idées se valent et que toutes doivent aller à la poubelle de l’Histoire mais seulement qu’il ne faut jamais les traiter comme de dogmes achevés et morts.

Nous sommes accrochés à l’idée d’avoir une philosophie, dis-tu. Ce n’est pas tout à fait cela car ce serait un point de vue idéaliste au sens philosophique (l’idée prime sur la réalité). Nous sommes en fait surtout accrochés à l’idée d’aller au fond des choses, de relier entre elles toutes les réalités au lieu de les séparer car le monde est un même si les contradictions opposent les éléments ou les forces, de ne pas craindre d’étudier ce qui fonde nos conceptions du monde, de ne pas rester en surface des événements, de ne pas passer notre temps à seulement juger en termes de « bon » et de « mauvais » mais prendre conscience que le « mauvais » est parfois issu du « bon » et inversement. Le « faux » est parfois issu du « vrai » et inversement. Chercher la vérité, c’est aussi chercher la plus grande généralité possible d’une idée, chercher si dans des domaines divers la même question ne se serait pas posée et si les découvertes d’un domaine ne pourraient pas servir à un autre, tirer les leçons les plus générales possibles de nos expériences, de nos connaissances, de nos raisonnements. C’est cela vouloir disposer d’une philosophie du monde : c’est refuser de s’en tenir à un simple pragmatisme, refuser d’en rester à la philosophie qui nous est imposée par la société ou par la tradition mais rechercher celle qui est la plus avancée possible au regard de nos connaissances et de nos capacités actuelles sur la nature, sur l’homme et sur la société. C’est aussi vouloir une philosophie qui soit compatible avec l’action de l’homme, avec la transformation révolutionnaire du monde et pas une philosophie de la compassion, de la tristesse ou de la joie, pas une philosophie de passivité, de fatalité, de soumission de l’homme pour lui faire accepter que son passage terrestre serait inévitablement marqué par des souffrances. Une philosophie du monde en vue de le changer radicalement, voilà ce dont il s’agit. Ce n’est pas une philosophie extérieure au monde, pour agir de l’extérieur sur lui, mais une philosophie issue du monde parce qu’il est en train de se changer lui-même. Car une telle philosophie comprend le monde comme un changement autant que comme une conservation, comme une révolution c’est-à-dire comme un couple entre réaction contre-révolutionnaire et mouvement de transformation révolutionnaire. Une philosophie qui n’affirme pas que tout a toujours été pareil et que tout sera toujours pareil. Même le marxisme n’est pas toujours le même, y compris le léninisme ou le trotskisme. Quand le monde apporte de la nouveauté, la philosophie ne peut s’en isoler et elle ne peut qu’en être marquée. C’est pour cela que c’est une philosophie dialectique et en même temps historique qu’il nous faut.

Réponse 8 : C’est vrai que le monde ne reproduit jamais deux fois les mêmes événements. Ce n’est pas seulement vrai en histoire des sociétés humaines, en politique, en économie, en sociologie. C’est vrai aussi pour l’homme. Jamais deux caractères identiques. Jamais deux animaux ou deux plantes identiques. Mais aussi jamais deux roches identiques ni mêmes deux automobiles issues de la même usine qui puissent l’être. Et une même chose n’est même pas identique à elle-même : elle change au cours du temps. La Terre change. L’Homme change. Les animaux et les plantes changent. La génétique change au cours du temps de vie d’un individu. La conservation fait partie d’un couple qui contient la révolution comme autre pôle dialectique. Rien donc d’identique en physiologie, en géographie, en chimie, en physique pas plus que dans l’industrie, en médecine. Et pourtant, les sciences y recherchent des lois ? Eh oui ! Une grippe n’est jamais la même mais on y cherche des lois ! Il faut comprendre comment la réalité peut être à la fois désordonnée (jamais la même) et en même temps obéissant à des lois déterministes. C’est parce que les lois ne sont pas seulement un ordre mais un emmêlement dialectique d’ordre et de désordre et même on peut dire que la loi indique les passages de l’ordre au désordre et inversement. C’est la conception métaphysique qui oppose diamétralement ordre et désordre mais aucune de nos connaissances scientifiques, sociales, historiques ne le fait. L’ordre est issu du désordre et le désordre issu de l’ordre. La rétroaction est à la fois le fait d’événements brutaux, producteurs de nouveauté, et du fonctionnement permanent où la base de la structure est une agitation sous-jacente. L’existence de lois ne nécessite pas que tout se produise chaque fois de la même manière. On peut parler, étudier, analyser un virus, d’une bactérie, d’un être vivant, d’une matière particulière, d’un phénomène physique ou chimique sans pour autant que cela veuille dire que « tout se produit toujours de la même manière ». Ce n’est d’ailleurs jamais le cas puisque même les vrais jumeaux ne peuvent pas être physiquement identiques. Une loi ne signifie ni la prédictibilité, ni la reproduction à l’identique. Ce n’est pas vrai qu’en sciences humaines. C’est vrai aussi en physique, en chimie, en biologie, en études des espèces vivantes, etc…C’est vrai dans les labos comme dans l’industrie. Deux médicaments identiques ne peuvent pas être parfaitement identiques. Deux corps humains ne sont jamais identiques et cependant il y a des lois. La production d’un être vivant est un emmêlement à l’infini d’ordre et de désordre, de nécessité et de hasard, de lois et d’agitation. Dans le domaine du vivant comme dans celui de la matière inerte, la prédictibilité pose problème et pourtant il y a des lois, il y a un déterminisme, il y a une histoire, histoire du vivant mais aussi histoire de la matière. Il y a même un déterminisme historique et pas seulement dans l’histoire des sociétés humaines. Cela ne veut pas dire que tout se reproduit à l’identique ou qu’on peut faire deux fois exactement la même expérience. Dès qu’on a une « sensibilité aux conditions initiales », un « rôle des individus dans l’Histoire », une intervention des niveaux hiérarchiques inférieurs de structure, il y a à la fois une reproduction des structures et une imprédictibilité des détails et des évolutions lointaines. Bien sûr, étudier l’Histoire ne permet pas de connaître par avance le futur. Mais cela permet d’écarter des évolutions improbables ou impossibles. Cela permet d’écarter des politiques fausses ou mensongères. Cela permet de comprendre les politiques des classes dirigeantes et de dévoiler les pièges cachés. Cela permet de décider en connaissance de cause à chaque moment. Tu me dis qu’on va voir le médecin pour se soigner mais ce n’est pas le médecin qui décide, c’est le malade. L’étude théorique est du même type : elle donne une certaine conscience de la réalité mais c’est aux exploités et aux opprimés de décider ce qu’ils vont tirer ce cette conscience, ce qu’ils vont décider d’en penser et ce qu’ils vont décider de faire. Dire qu’il y a une Histoire, c’est être conscient que le monde change, y compris de manière radicale, avec des sauts qualitatifs. La société n’est plus la même que celle d’hier et d’avant-hier, l’économie, les relations sociales, les rapports de force changent et les idéologies elles aussi ne sont plus les mêmes, y compris les vieilles religions ne peuvent plus être pratiquées et comprises de la même manière et l’homme lui-même change. Des changements d’hier on ne peut pas tirer directement les changements de demain. Cela ne signifie pas que tout change n’importe comment. Par exemple, s’il y a des individus différents, il y a cependant des fonctionnements communs, s’il y a des sociétés pré-étatiques différentes, elles ont des points communs, s’il y a des différences entre les sociétés du monde capitaliste, elles ont aussi des points communs, elles obéissent aux même type de lois économiques et sociales. La science trouve elle aussi des lois qui ne signifient pas une capacité prédictive sur l’avenir. Le simple vase qui se brise est impossible à prédire pour le physicien, même s’il connaît en détails la composition du vase. Cela ne signifie pas que la science atteigne des limites de connaissance. Cela signifie seulement que tout niveau de structure est fondé sur une agitation sous-jacente et qu’elle s’exprime dès qu’on descend dans les détails. L’histoire est déterministe au sens où l’évolution n’est pas de n’importe quel type, qu’elle obéit à des nécessités et ne peut s’en libérer mais elle n’est pas prédictible parce que plusieurs évolutions sont possibles dans toutes les situations et il n’est pas possible à chaque niveau de trancher quel chemin sera pris dans la réalité. Les lois mettent en relation les possibles et non les réels. Il en va de même pour les hommes et les révolutions. Ces dernières sont de l’ordre des potentialités. Le socialisme également. La conscience est le moyen de pouvoir réaliser les potentialités mais rien ne garantit d’avance que cela se réalise. Tout dépend de l’action des hommes, y compris l’action de quelques individus. C’est ce qui rend la vie aussi passionnante… Le déterminisme historique signifie que l’action des hommes ne peut pas agir en n’importe quel sens. Il est possible de faire en sorte que les hommes croient en des idéologies qui sont contraires aux lois du monde mais cela ne permet pas de changer la réalité. Celui qui croit que la gravitation n’existe pas chutera quand même du fait de celle-ci. Celui qui estime que la nation, l’ethnie, la race, la religion sont supérieurs aux intérêts de classe ne fera que se duper lui-même. Y compris si on convainc les prolétaires que la lutte des classes n’existe plus, la réalité sociale n’est pas changée pour autant car la lutte des classes est une réalité historique de notre époque et ne peut être supprimée que par sa propre action, pas par une affirmation idéologique qui s’imposerait aux hommes. Ce n’est pas la croyance qui crée la réalité. Nous ne cherchons pas à convaincre les hommes de la réalité de la lutte des classes pour les y pousser. Ce sont les exactions des classes dirigeantes qui soulignent la réalité de la lutte des classes et poussent à son exacerbation. Nous cherchons seulement à rendre les exploités et les opprimés conscients de la réalité de cette exploitation et de cette oppression, des bases réelles des deux et des moyens de les combattre et de les supprimer. La seule manière de supprimer la lutte des classes n’est pas de dire que nous sommes tous des individus car cela ne supprime pas les intérêts de classe. Non, le seul moyen c’est que la classe exploitée n’accepte plus la domination de l’infime minorité dominante et supprime la propriété privée des moyens de production et le monopole du pouvoir par les propriétaires d’entreprises et de capitaux.

Réponse 9 : Tu as parfaitement raison de dire qu’Hegel était en même temps révolutionnaire et réactionnaire. C’était à la fois un conservateur allemand et un penseur entraîné par la révolution européenne, un théoricien de l’Etat et un enthousiaste de la vague de liberté révolutionnaire des peuples entraînés par la révolution bourgeoise, un théoricien de l’ordre légal et un fan des révolutions sociales. Hegel affirmait que la contradiction est intrinsèque à chaque chose. C’était vrai dans tout son système de pensée et il en était lui-même une parfaite illustration. Belle démonstration du caractère intérieurement contradictoire du monde : lui-même était une contradiction vivante ! Cela ne démontre pas l’inanité de sa conception. Il était fondamentalement idéaliste tout en affirmant le caractère objectif de la rationalité du monde ! On peut même dire que sa conception idéaliste était fondée sur un matérialisme objectif et scientifique ! Et le réactionnaire affirmait que « tout ce qui existe mérite de mourir ». Il a reconnu le désordre historique des faits tout en affirmant qu’il y avait des lois au sein de l’apparent désordre.

On ne peut pas dire simplement qu’Hegel était conservateur car il était révolutionnaire en même temps, même si le mélange choque tout le monde, nous compris, Marx et Lénine compris. Hegel a été un enthousiaste de la révolution en Europe, même si elle bouleversait ses conceptions. Certes, il considérait que l’Etat était le principe même du règne de la Raison et que l’idée primait sur la matière, deux thèses fondamentalement opposées aux nôtres. Cela ne nous empêche pas de voir dans ses textes des idées philosophiques fondamentales et qui restent indépassées sur certains points jusqu’à nos jours. Nous ne pouvons, pour comprendre le monde et pour le transformer, nous passer des idées philosophiques de Hegel. Cela ne nous gène pas d’être en accord avec certains aspects de l’hégélianisme et pas d’autres. Nous ne voulons pas édifier une statue à Hegel pour l’adorer mais nous ne voulons pas avantage ériger de statue à quiconque. Nous n’adulons aucun leader, aucun penseur, aucun chef, aucun dirigeant. C’est la bourgeoisie qui fait cela. C’est aussi le stalinisme qui l’a fait. Mais pas les révolutionnaires. Il n’existe pas un penseur avec lequel nous voulions à tout prix être en accord sur tout. Ne serait-ce que parce que le monde change. Par exemple, Hegel a vécu à une époque où la bourgeoisie avait un rôle révolutionnaire même si c’était déjà une classe exploiteuse et oppresseuse. La bourgeoisie avait besoin de changer le monde, besoin de révolutionner l’économie et la société, besoin aussi de révolutionner les sciences et les idées philosophiques. C’est cela qui explique que Hegel soit intrinsèquement contradictoire. Mais même Marx, Engels, Lénine et Trotsky, pour ne citer que ceux-là ne sont pas à l’abri d’erreurs. La preuve, c’est qu’eux-mêmes ont évolué au cours de leur vie. Ils n’ont jamais prétendu avoir toujours eu raison. Ils n’ont jamais défendu une pensée figée, immuable, éternelle et cela leur aurait même fait horreur. Nous non plus nous ne défendons pas une pensée métaphysique, éternelle, inchangée, immuable, indiscutable, incritiquable. Bien au contraire, nous défendons une pensée qui se construit en marchant, dans l’action, en liaison avec le cours de la vie, en liaison avec l’histoire. L’Histoire n’est pas pour nous un mythe fondateur mais une réalité en marche. La première caractéristique de la dialectique de Hegel et des penseurs dialecticiens du marxisme est d’être une conception dynamique fondée sur des contradictions, contradictions réelles comme contradictions d’idées et pas une pensée affirmant des thèses éternelles ou un monde tournant éternellement dans un cercle fermé.

Réponse 10 : Tu affirmes que nous sommes passéistes parce que nous continuons à défendre la dialectique de Hegel, la conception communiste de Marx, la dialectique de la nature d’Engels, la politique révolutionnaire de Lénine, la révolution permanente de Trotsky, la physique d’Einstein ou la psychanalyse de Freud. Mais, comme tu peux le constater dans ce qui vient d’être dit, nous ne les défendons pas de manière figée, sans discussion, sans critique, sans réflexion et sans une recherche de ce qui a changé depuis leurs écrits. Nous ne retenons pas tout de chacun d’eux. Nous ne prenons aucune de leurs idées pour un présupposé indiscutable, pour un a priori qui ne pourrait jamais être remis en question. Nous ne les pensons pas comme un système de pensée fermé, achevé, définitif. Bien au contraire, nous estimons que tout doit être repensé, y compris pour seulement les comprendre. Nous ne défendons pas la conception selon laquelle la science s’apprendrait mais ne se réfléchirait pas. Au contraire, nous pensons que la philosophie consiste d’abord en discussions, y compris en discussions internes de chacun, en combat d’idées et pas en affirmation péremptoire d’une seule idée. Nous n’opposons pas diamétralement les idées. Nous ne considérons pas que défendre Marx, Engels, Lénine, Trotsky, Freud, Einstein, cela consisterait à ne jamais lire ceux qui s’opposent à eux, au contraire ! Nous ne cherchons nullement à dire que nous savons tout, que nous ne commettons aucune erreur, que l’on doit nous suivre en tout et pour tout, que nos idées sont à accepter en totalité, qu’elles ne peuvent pas être contredites. Nous n’opposons pas diamétralement le juste et le faux, le bien et le mal, l’erreur et la vérité. Nous sommes loin de cette manière de faire des pensées magiques, des pensées transcendentales, des pensées révélées, des pensées figées, des pensées qui prétendent dominer l’homme. Nous ne voulons pas dominer l’homme mais tirer, avec lui, grâce à lui, au travers de lui, des leçons de l’expérience humaine au cours de celle-ci. Comme tu le vois dans ce texte, rien ne nous stimule plus que le fait d’être contredits. Nous y voyons le caractère dynamique, vivant, contradictoire, dialectique de la pensée.

Tout te révolte dans nos études, dans nos analyses, dans nos prises de position, dans nos attitudes, en somme dans notre philosophie. Tout te prend à rebrousse-poil. Rien d’étonnant : tu t’es formé au sein d’une culture où l’homme est dominé, à la fois par les éléments naturels, par le système social, par la connaissance, par les autorités (les intellectuelles comme les autres).

Nous ne croyons pas aux vérités révélées, aux pouvoirs écrasants, aux obstacles définitifs contre l’entendement humain, aux réalités préétablies. Nous défendons plutôt l’idée de la construction de la réalité en marchant, au travers de contradictions réelles des forces opposées de la matière produisant des synthèses et de la nouveauté structurelle, de l’émergence (non créationniste car sans créateur) de réalités nouvelles au cours de l’histoire.

Ton exemple, l’hérédité par la molécule d’ADN, est tout à fait révélatrice. Elle est souvent présentée comme la preuve d’une réalité préexistante qui s’imposerait à nous dès la naissance, d’une filiation contraignante et ne permettant aucune variation, d’un déterminisme strict sans possibilités de modifications. Elle est souvent présentée comme une preuve du poids insurmontable de la fatalité.

Eh bien, nous la voyons tout autrement : comme une dynamique des contradictions qui permet la production de nouveauté aussi bien qu’elle est fondée sur la conservation par réplication, comme un mécanisme à la fois ordonné et désordonné, déterministe et fondé sur la contingence dont on a pu dire qu’il était véritablement l’image du hasard et de la nécessité.

Contradictoire en effet puisque l’ADN est déterminant mais n’est pas tout. Il n’est même rien sans la lecture par les protéines et les ARN.

Contradictoire puisque la génétique n’est pas tout : elle est contredite par l’épigénétique !

Contradictoire puisque le même ADN pourrait donner d’autres espèces vivantes. C’est l’ordre des intervention des gènes et pas seulement le contenu des gènes qui détermine l’espèce produite.

Contradictoire puisque les gènes d’un même ADN sont mutuellement bloquant.

Et contradictoire dialectiquement puisque toutes ces contradictions, loin de s’éliminer mutuellement, se combinent pour donner les propriétés dynamiques du vivant…

C’est cela qui explique notamment l’évolution des espèces qui a un caractère à la brutal et progressif.

C’est cela qui explique les rétroactions du vivant et de l’inerte.

Ce sont les contradictions dialectiques de la matière, elle-même ayant un caractère dynamique et révolutionnaire, qui explique que la matière vivante ait pu être produite par la matière inerte, comme la matière par le vide et les étoiles par l’espace de l’Univers.

C’est pour cela que l’Histoire a un sens en sciences. Il s’est produit des événements marquants qui ont changé le cours des choses. Tout n’a pas toujours été identique. Même s’il y a toujours des exploiteurs et des exploités, cela ne signifie pas que la société soit toujours la même. Même si nous voyons tous les matins le soleil se lever, cela ne siginifie pas qu’il ne change pas et que nous ne changions pas. Même si nous sommes des hommes et si nos ancêtres d’il y a des millions d’années étaient aussi des hommes, cela ne signifie pas que nous soyons identiques à eux. Le monde a connu de grandes époques qui sont des bouleversements considérables et, après ces événements, rien ne sera plus comme avant. A grande comme à petite échelle, les hommes constatent ce type d’événements marquants, dans leur vie, dans la société, comme dans la situation objective : des guerres, des crises, des effondrements, des constructions de nouveauté.

La nouveauté provient du fait que l’édifice précédent qui apparaissait stable était fondé sur des contradictions dialectiques, que la structure apparemment stationnaire était le produit de forces opposées, que l’ordre était le produit du désordre, que la conservation reposait sur la transformation comme la transformation sur la conservation, comme la matière identique à elle-même sur le changement et l’agitation sous-jacente et permanente.

C’est cette manière de voir le changement en tout et partout qui te déplait sans doute, toi qui aurais plutôt tendance à chercher des fondements moraux pour les hommes dans des principes stables, durables et mêmes éternels, ne dépendant ni des événements, ni des choix personnels, ni des aventures de l’existence.

Ce n’est pas nous qui cherchons à développer les contradictions : elles nous apparaissent aveuglantes et incontournables. On ne peut pas les effacer, ni les nier, ni les oublier, ni les négliger. Elles s’imposent à nous. Elles fondent la réalité. Elles sont indispensables pour imaginer un changement, une transformation, que ce soit pour comprendre les transformations du passé ou pour réfléchir à celles du futur.

Le vivant en est effectivement un très bon exemple. Il a été produit par un monde qui ne le contenait pas et c’est une révolution considérable. Mais cette révolution est loin d’être la seule du monde matériel qui en produit d’autres tous les jours. C’est en permanence que du vide se change en matière et de la matière en vide, que lumière et matière s’échangent, que l’ordre sort de l’agitation et inversement, que la vie apparaît et disparaît. Pour la matière, ce ne sont plus des miracles : c’est le fonctionnement permanent.

C’est pour cela que la philosophie des révolutions, la dialectique matérialiste historique, est indispensable à l’étude et à la transformation du monde, indispensable pour vivre en êtres humains conscients.

Bien entendu, cela ne signifie pas du tout que nous nions que les êtres humains qui ne connaissent ni ne reconnaissent pas la philosophie dialectique aient une conscience, qu’ils aient un rôle, qu’ils agissent par eux-mêmes eux aussi pour fonder le monde et pour le changer.

Encore une fois, pour nous, la dialectique de l’Histoire, n’est nullement une religion révélée pour laquelle seuls les possesseurs de ce talisman pourraient être sauvés.

C’est seulement que nous estimons qu’on ne peut pas faire voler des avions sans connaissance scientifique, et qu’on ne peut changer le monde sans connaissance sur son fonctionnement dynamique. Une philosophie non dynamique, non révolutionnaire ne peut pas permettre de comprendre et de réussir les révolutions qui sont nécessitées par la situation mondiale.

Ce n’est pas nous qui inventons les contradictions du capitalisme : la dernière crise de 2007 s’en charge, le fait que le capitalisme ne s’en sorte toujours pas s’en charge, qu’il soit incapable de se réformer s’en charge. Notre rôle consiste seulement à enlever de nos yeux les voiles qui pourraient nous cacher la réalité car nous avons besoin de nos yeux. Le meilleur boxeur au monde ne peut pas gagner ses combats avec un bandeau sur les yeux. Le prolétariat du capitalisme, la dernière classe exploitée de l’Histoire, est un très rude combattant et la classe capitaliste l’a mesuré bien des fois mais il ne peut pas vaincre les yeux fermés, en étant aveuglés par ses ennemis et par ses faux amis. Notre combat consiste d’abord et avant tout à démasquer ces voiles qui cachent la réalité, voiles qui essaient notamment de nous faire voir un capitalisme éternel, une exploitation de l’homme par l’homme éternelle et une guerre des hommes contre les hommes éternelle.

Nous ne défendons pas le socialisme comme les religions promettent le paradis. Nous nous contentons d’étudier l’évolution historique de la propriété privée et en chercher les lois, exactement de la même manière que les biologistes et évolutionnistes étudient l’évolution du vivant et en cherchent les lois. Nous remarquons que cette propriété privée n’a pas toujours existé, qu’elle n’a rien de fatale ni de naturelle à l’homme puisque l’être humain a développé ses principales créations sans cette propriété privée. Nous remarquons que la propriété privée a changé à chaque changement du mode de production. Nous remarquons que le capitalisme, dernier changement social radical de la société humaine, a encore modifié considérablement la propriété privée. Nous constatons que les crises ont développé considérablement l’intervention publique dans la sphère économique, sociale et politique. Nous constatons que le grand capital est plus public et collectif que jamais en même temps que les richesses sont de plus en plus possédées par une minorité infime de propriétaires de capitaux. Nous constatons qu’au moment où le capitalisme affirme avoir convaincu les peuples du monde de l’inexistence de la lutte des classes, celle-ci reprend de plus belle.

Voilà ce qui nous motive, voilà ce qui nous plait, voilà ce qui nous fait rêver, voilà ce qui stimule notre imagination.

Et, comme tu le constates dans ce texte, ce sont les contradictions qui sont porteuses, et celle fois, c’est toi, le contradicteur, qui nous pousse à développer nos conceptions, bien plus que ne le feraient des dizaines d’adeptes ou de béni oui oui !

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