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Edito – Avec la lutte des cheminots, ce sont tous les travailleurs qui ont perdu une bataille, mais les succès futurs appartiennent toujours à la lutte des classes

mardi 24 juin 2014, par Robert Paris

LA VOIX DES TRAVAILLEURS

« Travailleurs de tous les pays unissez-vous »

Karl Marx


Edito – Avec la lutte des cheminots, ce sont tous les travailleurs qui ont perdu une bataille, mais les succès futurs appartiennent toujours à la lutte des classes

Une grande partie des cheminots reprennent progressivement le travail. Cela ne signifie pas qu’ils aient eu tort de mener ce combat ni que ceux qui le poursuivent aient tort. Les défaites sans combat sont pires que les défaites après une lutte. Il ne faut pas se le cacher quand on a été battu lors d’un combat, car les leçons des défaites sont les principales sources des victoires de demain. Le pire est de cacher les défaites en les faisant passer pour des victoires partielles quand ce n’est pas le cas. Le but principal des cheminots était de contrer l’une des étapes cruciales de la privatisation du Rail et ce n’est pas un succès. Il ne faut ni rire, ni pleurer mais comprendre, comme le disait un philosophe.

Il nous faut comprendre pourquoi nos adversaires nous ont vaincu et prendre la mesure que nos adversaires n’étaient pas seulement ceux qui se déclarent tels mais aussi les faux amis, ceux de la gauche comme ceux des syndicats. Il nous prendre la mesure de l’attaque, à la fois patronale et gouvernementale, et aussi syndicale, connaître les vrais buts de nos adversaires, ouverts et cachés. C’est le manque de clarté de la compréhension de la situation qui amène bien des travailleurs à se dire aujourd’hui un peu déboussolés. Ils ne voient pas pourquoi, à leur manière, gauche et syndicats contribuent à diviser les salariés, par exemple en les opposant aux cheminots, pourquoi ils contribuent à semer la division entre les salariés et les milieux populaires, pourquoi ils contribuent à l’isolement des luttes, contribuant à la séparation de la lutte contre la privatisation du Rail de celle de l’Hôpital public, de l’EDF, de l’Enseignement, de la Sécu, etc… Ils avaient cru que gauche et syndicats rimaient avec défense des services publics et lutte contre les privatisations, avec combat contre les intérêts financiers et le grand capital et ils s’aperçoivent que ce n’est nullement aussi simple.

Bien des travailleurs ne voient pas pourquoi la gauche et les syndicats contribuent à affaiblir le camp des travailleurs et à renforcer celui du patronat mais ils savent qu’ils se sont trompés en croyant qu’il y avait d’un côté la droite et le patronat et de l’autre la gauche et les syndicats aux côtés des travailleurs et des services publics. Ils savent désormais qu’il n’y a pas d’un côté l’Etat avec le service public et de l’autre le patronat et les intérêts privés. La gauche est aussi pro-patronale que la droite et la direction des syndicats, liée à la gauche, et est liée aussi au patronat et à l’Etat.

Si les travailleurs sont aujourd’hui déboussolés, c’est qu’on a tout fait pour qu’ils le soient. Aux cheminots, par exemple, on avait dit : la privatisation, c’est Sarkozy ; la casse du statut des cheminots, c’est Sarkozy ; la casse du service public, c’est Sarkozy, c’est la « droite dure ». Tant qu’elle sera au gouvernement, il n’y aura, nous disait-on alors, aucune bonne réforme et nos luttes se heurteront à un butoir. Et que constate-t-on ? Avec la gauche gouvernementale, ce n’est pas mieux et c’est même pire car le soutien syndical est encore plus grand pour des politiques tout aussi pro-patronales et anti-sociales qu’avec la fameuse « droite dure ». Avec Valls-Hollande, on a même la version « gauche dure » qui n’est autre que la gauche ouvertement anti-sociale et pro-patronale. qui casse la grève des cheminots et prépare la privatisation du Rail en le livrant aux intérêts capitalistes privés, qui dénonce les cheminots comme des privilégiés en même temps qu’il dégrade le service public du Rail pour le rendre impopulaire !

Mais qui nous a dit que tout venait de Sarkozy et de la droite dure, et pas des patrons et banquiers, et pas des intérêts du grand capital qui ne changent pas à la faveur d’une élection, qui ne sont ni de droite ni de gauche ? Qui sinon les dirigeants syndicaux, non seulement ceux de la CFDT mais aussi ceux de la CGT ! C’est eux qui nous ont dit que l’Etat bourgeois était là pour défendre les intérêts publics et notamment le service public. C’est eux qui nous ont dit que cela dépendait d’abord de l’élection présidentielle et qu’il fallait virer Sarkozy d’abord. C’est eux qui nous ont dit que la lutte ne servait à rien face à Sarkozy car il était sourd à nos demandes et entièrement au service des patrons, des banquiers et des financiers, sous-entendant que la gauche ne le serait pas. Ils ont tenu par exemple ce discours face à la lutte des salariés pour la défense des retraites, soutenant ouvertement les partis de gauche et appelant à voter Hollande.

La vérité n’a pas traîné à montrer le bout de son nez, à peine cette élection acquise notamment grâce à leur appui public. Il s’est avéré immédiatement que cette gauche gouvernementale était du côté des patrons qui licencient, du côté des banques, du côté des trusts, du côté du grand capital, du côté de la privatisation, du côté des suppressions d’emploi, du côté de la casse du code du travail, de la casse du statut des intermittents et de celui des cheminots, du côté de la casse des services publics comme de la continuation des attaques contre les retraites. Pas un sou pour les salariés, les chômeurs, les retraités et des cadeaux de dizaines de milliards sous toutes les formes aux capitalistes, y compris ceux qui licencient, y compris ceux qui désinvestissent, y compris ceux qui ferment des entreprises…

Cette politique anti-sociale a été menée par le premier gouvernement de gauche et aggravée encore par le gouvernement Valls-Hollande. Et les écologistes ont continué à dire qu’ils appartenaient à cette gauche. La gauche de la gauche, bien que critique, a continué à dire qu’elle appartenait à cette gauche qui mène une politique encore plus antisociale que la droite et qui a davantage le soutien des dirigeants syndicaux pour le faire. Les dirigeants syndicaux qui nous avaient affirmé qu’il suffisait de voter à gauche et qu’il fallait « suspendre le mouvement des retraites » en attendant un nouveau président nous ont bel et bien menti. Et ils disaient aussi qu’il fallait suspendre la défense du service public à cet objectif politicien qui n’avait pourtant rien à voir avec les intérêts des travailleurs, la gauche gouvernementale n’ayant jamais au cours de l’Histoire été plus pro-sociale, plus anti-patronale que la droite.

Oui, la gauche est liée aux appareils syndicaux mais cela ne veut pas dire qu’elle soit liée aux intérêts des travailleurs. Cela signifie, au contraire, que les dirigeants syndicaux sont liés à la bourgeoisie et à l’Etat bourgeois, qu’ils participent à nombre de ses instances comme le Conseil Economique Social et Environnemental (les cheminots entendront parler de cette participation syndicale qui lance la privatisation). L’Etat bourgeois finance les directions syndicales et les grands patrons eux-mêmes financent directement les syndicats, devenant la principale source de revenu de ceux-ci, devant les cotisations des salariés sans que la loi n’y oblige les patrons. Et ne croyez pas que les trusts comme Renault, que les entreprises publiques comme EDF, donnent de l’argent aux syndicats y compris à la CGT en pure perte…Les cadeaux ne sont pas dans les mœurs de ces gens-là !

Les dirigeants des grands syndicats sont plus liés à l’Etat et à la classe dirigeante qu’ils ne l’ont jamais été. Ils ne participent pas seulement aux négociations avec patronat et Etat au nom des salariés. Ils participent également à de nombreux lieux de débats patronaux, directs et secrets, aux côtés des patrons comme « Le Siécle » ou « Le Quadrilatère ».. Au point que le journal pro-patronal et de droite « Le Figaro » sait faire la différence entre les cheminots en grève et les dirigeants CGT Lepaon et Garel, auxquels il reproche à peine de n’avoir pas su empêcher la grève et qu’il charge de la limiter, de la canaliser et de l’envoyer dans une voie de garage, ce qu’ils ont fait très efficacement en se débrouillant pour éviter d’être accusés d’avoir cassé le mouvement, mais en l’isolant, en le divisant, en l’affaiblissant par leurs déclarations et par leurs actions, ouvertes ou en cachées …

Avec les dirigeants syndicaux, y compris ceux de la CGT et pas seulement ceux de la CFDT ou de la CGC, nous avons des adversaires de poids que nombre de travailleurs et que la plupart des militants ouvriers ont évité de reconnaître et de combattre, y compris les militants syndicalistes de SUD, y compris ceux de la gauche de la gauche (PCF et PG), y compris ceux de l’extrême gauche (LO, NPA et POI).

Lequel d’entre eux s’est préoccupé publiquement des dérives dangereuses du syndicalisme ? Lequel d’entre eux s’est inquiété de la stratégie de l’intersyndicale qui a dirigé le mouvement des retraites dans le mur, le faisant s’achever par une grève… le premier mai, jour férié, par une grève… un dimanche puis par un baroud d’honneur après avoir discrédité publiquement l’idée de la généralisation des grèves ?

Lequel d’entre eux s’est préoccupé publiquement de voir Lepaon, un représentant CGT au Conseil Economique, Social et Environnemental, y faire voter son propre rapport par tous les représentants syndicaux salariés, patronaux et par les représentants de l’Etat en vue de… la privatisation du Rail en France ! Combien se sont inquiétés de le voir y défendre la manière de blouser les cheminots et les usagers en présentant astucieusement la manière de faire pour éviter que les cheminots lèvent le drapeau rouge de la grève contre la privatisation ! Ce sont les termes eux-mêmes de Lepaon dans on rapport.

Lequel d’entre eux s’est inquiété que le même Lepaon, déjà spécialiste de la casse des grèves contre les licenciements, devienne, après un tel rapport, le secrétaire général de la CGT ?

Lequel d’entre eux s’était battu contre la décision de son prédécesseur de transformer la CGT ouvertement de syndicat lutte de classe en « syndicat de négociation et de compromis » se rapprochant de la CFDT ?

Lequel s’est démarqué publiquement de la méthode de Bernard Thibault en 1995 dans l’arrêt brutal du mouvement, juste en sortant de ses négociations avec le ministre, passant par-dessus les décisions démocratiques des assemblées générales de cheminots et interprofessionnelles, lâchant les agents RATP, les enseignants et autres salariés qui s’étaient mis en grève en solidarité avec les cheminots, cassant durablement les liens entre salariés SNCF/RATP ? Lequel s’est inquiété que cet arrêt brutal d’un mouvement ouvrier montant victorieusement et commençant à se joindre au privé casse la dynamique des luttes ouvrières sous prétexte d’un recul momentané et partiel ?

L’ancien secrétaire général de la CGT, Bernard Thibault, son prédécesseur n’avait-il pas milité publiquement contre la grève générale lors de lutte des retraites, prétendant que la grève générale n’avait rien à voir avec les traditions du mouvement ouvrier en France pour justifier son refus de généraliser les grèves afin de faire céder le gouvernement sur l’attaque contre les retraites ? Quel dirigeant de la gauche politique et syndicale, de la gauche de la gauche ou de l’extrême gauche officielle avait relevé publiquement ces propos de Thibault pour les combattre ? Aucun !

Lequel s’est inquiété que cette gauche syndicale se mette à la remorque de la gauche politicienne, pour la faire arriver au pouvoir, sans même s’assurer, sans même exiger que celle-ci prenne le moindre engagement réel de désavouer les lois de Sarkozy, de défendre les retraites, de défendre les emplois contre les patrons licencieurs, de défendre les droits des chômeurs, de cesser de financer sur fonds publics les capitalistes et les banquiers. Lequel s’est inquiété du refus de la gauche gouvernementale postulant à l’Elysée de s’engager pour le service public ferroviaire et contre sa privatisation programmée ? Aucun d’entre eux et en aucune manière n’a prévenu les travailleurs, n’a exigé la moindre garantie, n’a soulevé la moindre objection ! Aucun dirigeant syndical, aucun dirigeant de gauche, aucun dirigeant de la gauche de la gauche, aucun dirigeant d’extrême gauche ! Pourtant, tout le passé social et politique de la France, pour ne prendre que cette expérience-là, ont montré que la gauche gouvernementale s’est toujours placée dans le camp de patrons, des capitalistes, des banquiers, de l’Etat bourgeois, contre les travailleurs et les milieux populaires, y compris à l’époque du Front Populaire, y compris dans les années 50, y compris à l’époque de la Libération, ou encore avec Mitterrand comme avec Jospin. C’est la gauche gouvernementale qui a cassé les grèves de 1936. C’est elle qui a cassé le mécontentement social et politique après la deuxième guerre mondiale. C’est elle qui a cassé le mouvement de grève de 1968. Comme elle a cassé la grève Talbot ou la lutte contre les licenciements des sidérurgistes !

Et les mêmes trompeurs et faux amis nous présentent aujourd’hui les politiques antisociales de la gauche gouvernementale comme une surprise aussi étonnante que consternante !

Si des travailleurs ont pu en être trompés, ce n’est pas une erreur de la part des dirigeants syndicaux qui ont contribué à préparer ce piège.

Est-ce que les dirigeants syndicaux ont seulement pris le soin d’imposer quoique ce soit des revendications et préoccupations des salariés aux candidats de gauche qui prétendaient les représenter ? Absolument pas ! Le seul fait de faire croire que c’est par les élections que nous pouvons changer notre sort sur le terrain social alors que cela ne s’est jamais révélé vrai au cours de l’Histoire en dit long sur le piètre intérêt qu’ils portent à l’expérience ouvrière, à l’histoire ouvrière, aux leçons tirées des luttes de classe du passé, pourtant indispensables pour réussir les luttes sociales et politiques d’aujourd’hui et de demain…

Lequel d’entre eux s’est soucié quand on nous a présenté l’unité intersyndicale des retraites comme la panacée pour gagner la lutte, alors qu’il s’agissait d’une alliance avec la CFDT, sur les bases de la CFDT, syndicat ouvertement pro-patronal de longue date, syndicat qui signe aujourd’hui la casse des intermittents comme il a signé la casse du code du travail, la casse des emplois à PSA et ailleurs dans le privé, la casse des services publics, de la sécu et des intérêts des chômeurs, et cautionne la casse des retraites, avant de cautionner activement la casse du mouvement actuel des cheminots… L’union avec ce syndicat aurait pourtant dû mettre la puce à l’oreille de tous les travailleurs, militants syndicalistes et militants politiques qui se réclament de la classe ouvrière !!! Même l’extrême gauche, qui participe partout aux tromperies des dirigeants syndicaux, a cautionné celle de l’intersyndicale du mouvement des retraites… Et ne parlons pas de la gauche et de la gauche de la gauche qui est l’artisan direct, pour sa direction, de toutes ces tromperies.

Qui s’est soucié quand la CGT a déclaré se rapprocher de la CFDT et qu’elle l’a fait sur des bases qui ne concernaient en rien la défense des intérêts ouvriers, par exemple pour défendre le gouvernement Hollande face aux « bonnets rouges », ou encore pour se retrouver ensemble à défendre la candidature de Bernard Thibault pour la représentation de la France au Bureau International du Travail ? Qui a relevé que la CGT était en train de converger avec une CFDT dont deux dirigeants étaient invités à participer au gouvernement Hollande alors que cette CFDT s’était fait un drapeau de la non participation à la politique, pour ne jamais se mouiller politiquement dans les luttes sociales !

Mais la direction de la CGT, elle-même, est-elle réellement en désaccord avec la privatisation du Rail puisque ses dirigeants ont préparé celle-ci par le rapport Lepaon au CESE. L’étaient-ils quand le secrétaire général de la CGT et le responsable cheminots de la CGT ont signé le projet Hollande-Valls qui vient d’être combattu par les cheminots ? Le sont-ils devenus parce qu’ils ont fait mine de soutenir la grève des cheminots qui vient d’avoir lieu, pour mieux la cantonner, la limiter et ensuite faire reprendre le travail ?

Qu’y a-t-il alors d’étonnant que Lepaon, secrétaire général de la CGT, ponctue la grève des cheminots de déclarations antigrèves savamment graduées aux média, qu’il déclare qu’il n’est pas contre la loi, qu’il est pour une réforme (alors que « réforme » est le mensonge qui cache la privatisation), qu’il vaudrait mieux que la grève s’arrête dimanche, qu’il est préoccupé par les problèmes des usagers comme si les cheminots ne luttaient pas aussi dans l’intérêt des usagers et du service public, qu’il remarque que le parlement est en train de tenir compte des revendications alors que c’est faux, qu’il estime que le gouvernement a tenu compte des revendications alors que c’est faux, qu’il considère que la grève est entrée dans sa transition vers la fin de grève alors que les cheminots n’ont pas, pour l’essentiel, repris le travail, qu’il démobilise la grève en prétendant qu’elle a obtenu pour l’essentiel satisfaction, qu’il pousse les militants syndicalistes à quitter la grève et les AG tout en déclarant que la CGT n’a pas encore appelé à la reprise, etc, etc ?

Quoi d’étonnant que les dirigeants CGT soient parfaitement satisfaits de la manière dont ils ont mené le mouvement des cheminots… à la défaite, avec une entente factice avec le syndicat SUD, avec une méthode consistant à isoler les secteurs SNCF les uns des autres, à empêcher les méthodes permettant aux cheminots de discuter et de s’organiser sur les lieux de travail, avec une méthode de lutte isolant la lutte des cheminots de celle des agents hospitaliers en grève en même temps, avec les postiers également en grève, avec les intermittents au plus haut de leur lutte, avec les personnels des crèches, avec les enseignants, etc, etc… Quoi d’étonnant que ces mêmes dirigeants n’aient eu aucune envie de mettre en grève le RER parisien (A, B, C, D et E) pour donner plus de force à la lutte et plus de raisons de céder au gouvernement ?

Les gauches syndicales, les gauches de la gauche et les extrêmes gauche n’ont eu de cesse au cours du mouvement que de faire croire que les appareils syndicaux menaient une lutte sans faute, en se cachant derrière des étiquettes syndicales pour faire comme si les syndicats organisaient la coordination des cheminots entre eux ou avec d’autres secteurs de la classe ouvrière. Ils n’ont fait qu’empêcher les travailleurs, à commencer par les cheminots, de tirer des leçons de leur propre lutte !

Oui, il faut tirer des leçons du fait que les dirigeants syndicaux n’aient pas proposé aux cheminots de faire converger leur lutte avec les autres secteurs du service public eux aussi menacés par la privatisation comme l’hôpital public ou l’EDF. Oui, il faut tirer des leçons du fait que les appareils syndicaux ont empêché les grèves des hôpitaux de converger, que les mêmes ont empêché les grèves des postiers de converger, que les mêmes ont empêché la convergence des luttes des cheminots avec les autres salariés en lutte, les intermittents, les postiers, les hospitaliers et les enseignants par exemple. Oui, il faut tirer des leçons du fait que les dirigeants syndicaux, une fois encore couverts par les gauche et extrême gauche, aient fait en sorte d’isoler la grève de PSA contre les licenciements au seul site d’Aulnay, menant inévitablement cette grève dans le mur… Oui, il faut tirer des leçons du fait que les grèves du secteur privé menacé par des fermetures, des suppressions de postes et des licenciements aient été contraints par les mêmes dirigeants syndicaux à se battre site par site, entreprise par entreprise, catégorie par catégorie.

Oui, il est indispensable de se poser la question clé : les défaites sont-elles une fatalité du moment que la politique antisociale de la gauche n’est pas vraiment combattue par les dirigeants syndicaux, du moment que les appareils syndicaux sont liés à l’Etat et à la classe dirigeante ?

Non ! Cela fait belle lurette que la force des travailleurs ne réside plus dans ces appareils syndicaux et que les intérêts des salariés ne sont plus la préoccupation de leurs dirigeants. Si les travailleurs ne se souviennent pas que la CGT a fait reprendre le travail contre une poignée de lentilles en 1936 cassant l’élan ouvrier, s’ils ne se rappellent pas que les « il faut savoir terminer une grève » entonnés aujourd’hui contre les cheminots venaient de la gauche, du PCF et de la CGT, il convient au moins qu’ils se souviennent que lors de la première guerre mondiale, dès son début, en 1914, les dirigeants de la CGT ont pris fait et cause pour les classes dirigeantes et pour l’Etat bourgeois, en faveur de la grande boucherie mondiale, en faveur d’envoyer le peuple comme chair à canons ! C’est depuis cette époque (cela ne date pas d’hier !) que les dirigeants CGT ne sont plus des leaders de la lutte des classe, ce que Bernard Thibault n’avait fait qu’entériner ouvertement dans un congrès ! Et les mêmes militants de la gauche, de la gauche de la gauche et de l’extrême gauche officiels s’étaient bien gardés d’entrer en lutte contre cet affichage anti-lutte des classes de la direction de la CGT.

Cela ne veut pas dire que la lutte des classes n’est plus possible ni que les prochaines luttes de classes seront fatalement battues. Cela signifie, par contre, qu’il est plus qua jamais indispensable que les travailleurs se dotent d’une organisation autonome sous la forme de comités, de conseils, d’assemblées, de coordinations, de tous les moyens qu’ils estimeront bons pour diriger et fédérer eux-mêmes leurs luttes, pour imposer l’action directe et non la supplication comme mode de lutte, pour imposer les décisions de la base et non les négociations secrètes des dirigeants syndicaux.

Avec la crise actuelle de la domination capitaliste sur le monde, crise initiée en 2007-2008 et dont l’effondrement économique n’a pas été enrayé mais seulement retardé, cela est d’autant plus indispensable car la perspective de tous les syndicats se situe au sein du capitalisme alors que la nécessité urgente devient d’en sortir, maintenant qu’il ne peut plus que détruire massivement les emplois, les droits sociaux et la vie des masses populaires et pousser à tous les crimes comme les guerres et les fascismes. Vive l’auto-organisation des travailleurs sur des bases de classe, gage des victoires des luttes de demain !

8 Messages de forum

  • Mr Thierry Lepaon,membre du Conseil Economique, Social et Environnemental, le CESE, a émis un rapport sur la manière de privatiser la SNCF sans faire de vagues intitulé rapport sur « l’ouverture à la concurrence des services ferroviaires régionaux de voyageurs », séance du 27 juin 2012 où il déclare notamment : « Il n’aura échappé à personne dans cette assemblée que la locution « ouverture à la concurrence » appliquée à un noyau dur du service public peut agir immédiatement comme un chiffon rouge. Dans le monde ferroviaire, agiter un chiffon rouge est justement le moyen le plus ancien, mais toujours en vigueur, pour signifier l’arrêt d’urgence notamment lorsqu’il s’agit d’une manœuvre. (…) Nous avons imaginé des évolutions possibles au plan social dans la perspective d’une ouverture à concurrence qui semble se dessiner. »

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  • Citation du rapport Lepaon au CESE :

    « Pour aller à l’essentiel, je voudrais maintenant présenter la méthode et le calendrier législatif et social que nous préconisons. J’insiste bien sur le fait que nous proposons d’abord une méthode car nous avons voulu mettre l’accent sur le « comment faire » et pas seulement sur le « quoi faire ».

    Cette méthode se décline en six recommandations qui tracent un chemin, c’est-à-dire un cap, une succession d’étapes et une méthode permettant de conduire à terme une telle expérimentation (en vue de la privatisation de la SNCF), si elle était décidée, et d’en tirer les enseignements. C’est ensuite à son heure que viendra le moment de la décision.

    Je l’ai dit, le thème de l’ouverture à la concurrence du transport ferroviaire régional de voyageurs a donné lieu à de nombreuses initiales ayant produit des études et des rapports. Pour autant, notre contribution ne constitue pas une synthèse au sens de la compilation condensée et plus ou moins hiérarchisée des préconisations des rapports précités, et ce, malgré leur qualité.

    Nous avons extrait de ce corpus ce qui nous a semblé le plus élaboré et le plus cohérent pour inventer l’avenir. Pour cela, il nous faut d’abord bien comprendre les spécificités du cadre social des cheminots, spécificités du cadre social des cheminots, spécificités qui découlent du statut même de l’entreprise SNCF, qui s’est vue confier des missions de service public.

    Ensuite, nous avons imaginé des évolutions possibles au plan social dans la perspective d’une ouverture à concurrence qui semble se dessiner.

    Cette idée prenant progressivement corps, elle s’est traduite en quelques scénarios descriptifs assez précis pour que l’on comprenne le sens de l’histoire qui pourrait s’écrire et suffisamment ouvert pour laisser toute sa place et sa créativité au dialogue social. »

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  • Lepaon poursuit :

    « Comme le dit le projet d’avis, si l’on veut que l’expérimentation d’une ouverture à la concurrence soit réussie, il convient de faire en sorte que l’opérateur historique et ses salariés s’y reconnaissent.

    Une autre recommandation – la deuxième – qui s’est imposée porte sur la nécessité d’une évaluation préalable des résultats des expérimentations régionales avant de mettre en place un cadre social harmonisé, c’est-à-dire un socle commun en matière de durée et d’organisation du travail. (…)

    Je voudrais aussi évoquer une autre question essentielle, celle du devenir des personnels en cas de changement d’opérateur. Ce projet d’avis se distingue des rapports d’experts, puisqu’il préconise le reclassement interne à la SNCF avant d’envisager un éventuel transfert de personnels. (…) »

    Etc, etc…

    On aura compris que tout l’effort de Lepaon consiste à faire passer sans levée de drapeau rouge de la part des cheminots… la privatisation de la SNCF !!!!

    Il rajoute :

    « Le Transport Express Régional de voyageurs (TER) a connu grâce à la régionalisation un essor remarquable. Mais son coût tend à s’accroître et son développement paraît sous contrainte, alors que l’Union européenne a engagé une libéralisation progressive des transports ferroviaires. Dans ce contexte, le Premier ministre a demandé l’avis du CESE sur l’ouverture à la concurrence des transports régionaux de voyageurs, en particulier quant au périmètre géographique, à la propriété du matériel roulant, aux relations contractuelles entre région et exploitant, ainsi qu’à sa dimension sociale.Pour le CESE, la décision d’ouvrir, même à titre expérimental, les TER à la concurrence est politique et relève du gouvernement. Dans cet esprit, l’avis esquisse un chemin de réforme qui permette, via une expérimentation maîtrisée, d’avancer prudemment sur ce dossier sensible, en associant l’ensemble des parties prenantes. L’enjeu est en effet de maintenir, voire d’amplifier le succès de la régionalisation des TER, afin de favoriser la compétitivité et l’accessibilité des territoires, la mobilité des personnes, la préservation de l’environnement et le développement de la filière ferroviaire. »

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  • Pour les cheminots comme pour tous les travailleurs, les succès futurs appartiennent toujours à la lutte des classes et pas à la négociation et pas à la collaboration de classe !

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  • Certes, les usagers ont subi la grève comme une aggravation de leurs conditions de vie mais il y a eu un grand nombre de réactions selon lesquelles ils comprenaient cette lutte et se trouvaient plutôt du côté des travailleurs qui ne se laissent pas faire par le gouvernement et le patronat. N’oublions pas qu’au plus fort des blocages, la popularité de la grève était plus élevée que la popularité du gouvernement ! Et ne parlons pas de sa popularité s’il avait reconnu ouvertement que sa réforme préparait la privatisation...

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  • "L’émancipation des ouvriers ne peut être l’oeuvre que des ouvriers eux-mêmes. Il n’y a donc pas de plus grand crime que de tromper les masses, de faire passer des défaites pour des victoires, des amis pour des ennemis, d’acheter des chefs, de fabriquer des légendes, de monter des procès d’imposture, — de faire en un mot ce que font les staliniens. Ces moyens ne peuvent servir qu’à une fin : prolonger la domination d’une coterie déjà condamnée par l’histoire. Ils ne peuvent pas servir à l’émancipation des masses. Voilà pourquoi la IVe Internationale soutient contre le stalinisme une lutte à mort."

    Léon Trotsky dans "Leur morale et la nôtre"

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  • Seul le prolétariat a la solution

    C’est bien sur ces deux terrains que la bourgeoisie est contrainte, par son système pourrissant, d’agir de façon radicale et rapide. Elle doit s’attaquer à notre classe, à ses conditions de salaire et de vie, en même temps qu’elle doit préparer directement l’affrontement guerrier généralisé. C’est cette situation que nous allons confronter dans les mois qui viennent et la classe sera amenée à défendre ses conditions d’existence sur le terrain revendicatif et salarial et à s’opposer, sur son propre terrain, aux menées guerrières de la bourgeoisie, de toutes les bourgeoisies nationales. L’enjeu est énorme !

    Et nous devons et nous pouvons faire confiance à notre classe. Des combats ont commencé de s’engager et, bien qu’ils semblent encore en-deçà des exigences du moment et de cet enjeu, c’est sur cette base que notre classe – avec l’intervention décidée de ses minorités communistes – se fondera pour avancer vers un rapport de forces lui permettant de renverser la situation en sa faveur.

    Les choses, bien sûr, n’iront pas d’elles-mêmes ; le combat sera difficile et probablement jalonné de revers, de défaites ponctuelles, de reculs momentanés plus ou moins profonds. Le défi pour notre classe et pour nous, minorités communistes, sera de savoir discerner dans chaque situation ce que sont les enjeux ponctuels et les plus globaux, d’être capables, à chaque phase de la lutte, de distinguer ce que sont les possibilités du moment et de les porter le plus loin possible.

    Les luttes qui s’annoncent seront exigeantes pour nous tous et il importe que nous remplissions la tâche que l’histoire nous confie de façon décidée et cohérente.

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