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Les manifestations font chuter le gouvernement en Islande

lundi 2 février 2009, par Robert Paris

Les manifestations de colère font chuter le gouvernement en Islande samedi 31 janvier 2009 (19h17) 1 commentaire Quelques jours de manifestations, où des protestataires qui jetaient des œufs ont fait face à la police anti-émeute et à son gaz lacrymogène, ont réussi à forcer l’organisation de nouvelles élections. Les masses protestent dans un pays qui est, jusqu’à présent, celui qui a été le plus fortement touché par la crise économique. Parmi ceux qui sont descendus dans les rues, des discussions se développent au sujet du besoin d’une nouvelle force politique.

Par Per-Åke Westerlund, Rättvisepartiet Socialisterna (CIO-Suède)

Le gouvernement a dû donner sa démission ce lundi 26 janvier pour tenter de désamorcer le mouvement de protestation.

Il y a seulement trois mois, en octobre, l’Islande est passée du cinquième pays le plus riche au monde - en PIB par habitant - à une situation où le pays est plongé dans la pire des crises, jusqu’ici en tout cas. Les banques islandaises super-endettées ont été nationalisées afin d’essayer de limiter la crise. Aujourd’hui, 70% de toutes les compagnies et 40% des ménages sont techniquement en faillite. On s’attend à ce que le PIB chute de 10% cette année. Le chômage a grimpé de six jusqu’à 9% uniquement au cours du mois de décembre. L’inflation est proche de 20% alors que les taux d’intérêt sont de 18%. La devise, la couronne islandaise, est maintenant à peine échangeable.

La colère se répand

La haine est largement répandue contre les banquiers qui ont orchestré la crise et leurs amis les politiciens. Tandis que les banquiers semblent avoir quitté le pays, les politiciens sont restés au pouvoir. Jusqu’à la semaine dernière.

Dès le mardi 20 janvier, quand les parlementaires sont rentrés de vacances, des protestations quotidiennes ont été organisées. Le slogan principal était « gouvernement incompétent » et de nouvelles élections étaient exigées. La plupart des participants avaient apporté des casseroles ou d’autres objets pour faire du bruit.

Mercredi passé, la protestation s’est déroulée devant un meeting de l’Alliance Sociale Démocratique, partenaire du gouvernement de coalition, et la foule exigeait la démission de l’ASD. Plus tard la même nuit, les protestataires ont entouré la limousine du Premier Ministre Geir Haarde, en frappant sur le toit de sa voiture et en lui envoyant des oeufs et des bouteilles, des cannettes,… La police antiémeute a été envoyée défendre Haarde, également dirigeant du Parti de l’Indépendance. À ce stade, il refusait encore toute éventualité d’une élection avant celles prévues en 2011.

Tard dans la nuit, le jeudi, des pierres ont été jetées vers la police, et deux policiers ont été blessés. La police a recouru au gaz lacrymogène et au spray au poivre, et 20 personnes ont été arrêtés au cours de la première véritable charge contre une manifestation depuis 1949, quand les Islandais manifestaient contre l’adhésion de leur pays à l’OTAN. Le gouvernement islandais, qui ne dispose que d’une poignée de soldats, a même envisagé d’appeler au secours les forces armées norvégiennes.

Le site Web Ice News a relayé les déclarations d’un manifestant : « Personne n’a démissionné et personne n’a été viré. Ils travaillent dur pour avoir le peu qui reste ici et le donner ensuite à ceux qui ont brisé notre économie. »

« Les gens ont peur et sont à la merci des criminels impitoyables non seulement de notre gouvernement, mais également des entreprises et des banques. Ces banques leur ont été données avec une fausse privatisation en 2005, pour presque rien, mais pour recevoir beaucoup ensuite. Maintenant que tout est foutu, vous voudriez leur donner davantage ? »

Les manifestants revendiquaient que l’argent promis par le FMI et les gouvernements étangers ne soit pas versé au gouvernement actuel. Au total, dix milliards de dollars ont été promis. L’accord du FMI comprend de graves coupes budgétaires et des taux d’intérêt élevés, deux mesures qui ne vont qu’approfondir la crise.

De nouvelles élections

Vendredi, le Premier Ministre Haarde a soudainement déclaré la tenue de nouvelles élections pour le 9 mai. À la même conférence de presse, il a annoncé sa démission en tant que chef du Parti de l’Indépendance, en déclarant qu’il était malade du cancer, comme le chef du parti social-démocrate, le ministre des affaires étrangères Ingibjorg Solrun Gisladottir. Le jour suivant, le ministre du commerce, Bjorgvin Sigurdsson, a démissionné après avoir renvoyé le patron de l’autorité de l’État responsable de la surveillance financière.

Ces déclarations n’ont cependant pas cassé l’élan des protestations. Samedi, plus de 6.000 personnes se sont rasemblées en exigeant la démission immédiate du gouvernement.

« Nous ne laisserons plus rien passer. Le gouvernement doit s’en aller. Nous en avons assez de leur contrôle sur tout et du fait qu’ils ne prennent soin que d’eux-mêmes sans s’inquiéter des gens » a déclaré l’un des orateurs à cette occasion, sous les acclamations de la foule. Le quotidien suédois Dagens Nyheter a dit dans son reportage de cette manifestation que cet oratrice « et d’autres en Islande veulent voir une nouvelle société, sans le népotisme et la corruption qui sont aujourd’hui selon eux dominant après le long règne du Parti de l’Indépendance. »

Le même article continue : « Les différents mouvements de protestation se sont répandus, avec l’aide de Facebook ». [96% des 20-29 ans sont sur Facebook.] « Ils ont très vite réuni des milliers de partisans et ont pu de cette façon facilement convoquer des rassemblements. Maintenant, différents mouvements discutent d’un manifeste commun pour une nouvelle société. »

Dans les sondages d’opinion, le parti d’opposition Gauche-Vert a doublé son soutien depuis les dernières élections il y a deux ans, jusqu’à obtenir 32,6%. Les deux partis du gouvernement ont perdu ensemble 22%. Le Parti de l’Indépendance serait tombé à 22,1% et l’Alliance Sociale Démocratique à 19,2%. Un ancien partenaire du Parti de l’Indépendance, le Parti Progressiste, maintenant dans l’opposition également, a également augmenté son soutien de 11,7% à 16,8.

C’est une indication claire que les gens sont à la recherche d’une alternative plus radicale. Le Parti Gauche-Vert est vu comme le parti le plus anticapitaliste. Ce parti préconise par exemple la nationalisation de toutes les ressources naturelles. Les Gauche-Verts veulent aussi de nouvelles négociations au sujet de l’accord conclu avec le FMI et veut quitter l’OTAN. L’opinion favorable à ce que l’Islande rejoigne l’Union Européenne, qui avait augmenté quand la devise s’etait effondrée l’an dernier, retombe déjà. Aujourd’hui, 38% de la population veut rejoindre l’UE, comparé à plus de 50% en octobre. Beaucoup ont compris que l’aide étrangère ne viendra pas sans problèmes.

Revolution ?

Les manifestations de masse qui se sont déroulées en Islande, comme dans d’autres pays européens, illustrent la volonté des gens de contrôler eux-mêmes leurs vies. Ils ne font confiance plus aux politiciens ou aux capitalistes. Aux manifestations de Reykjavik, le patron de la banque centrale, l’ancien Premier Ministre David Oddsson, a été comparé à Hitler !

Il est clair que les manifestants en ont eu assez et qu’ils représentent un sentiment généralement répandu en Islande. Cal a provoqué beaucoup de discussion pour savoir si ce qui est en train de se passer est oui ou non une révolution.

« Le mot ‘révolution’ pourrait être un peu exagéré, mais au vu du tempérament calme qui règne habituellement dans la politique islandaise, ces événements sans précédent représentent une révolution dans l’activisme politique » a écrit Eirkur Bergmann dans le journal britannique The Guardian.

Un autre récent visiteur de l’Islande, le professeur Robert Wade de la London School of Economics, a déclaré que « la situation est très tendue et très instable ». Il a comparé la situation à d’autres manifestations parfois violentes qui se sont déroulées le mois dernier en Bulgarie, en Hongrie, en Lettonie, en Lithuanie et en Grèce.

Un autre observateur, Fredrik Erixon du Centre Européen pour l’Economie Politique Internationale, a dit que la situation rappelait « la Révolution française de 1789 », plutôt que 1968. La colère est certainement présente, mais l’Islande capitaliste est de loin différente à la France féodale.

La leçon des mouvements de masse qui ont pris place dans d’autres pays ces dernières années est que des régimes impopulaires peuvent être renversés. Mais pour changer les conditions économiques et politiques dans la société, la classe ouvrière et ses alliés ont besoin de leur propre parti avec un programme pour un changement socialiste.

L’Islande connaitra une campagne du capital national et international pour se soumettre aux conditions du FMI, ce qui comprendra le chantage économique. Tout gouvernement qui n’est pas disposé à défier les capitalistes qui ont causé la crise subira une énorme pression pour de grandes coupes dans les conditions de vie des travailleurs. Ce sera le cas même avec un gouvernement Gauche-Vert ou un gouvernement « d’experts », comme certains des manifestants l’ont proposé.

Les travailleurs et la jeunesse d’Islande ont déjà tiré des conclusions importantes. De nouvelles expériences les forceront à regarder vers d’autres solutions. Sortir de la situation actuelle en Islande nécessite un programme entièrement socialiste de nationalisation de tous les secteurs clés de l’économie, sous le contrôle et la gestion démocratiques des travailleurs. La crise a prouvé que des banquiers, les capitalistes et les politiciens ne sont pas les bienvenus ; les organismes démocratiquement élus de travailleurs, de jeunes et de pensionnés pourraient gérer la société sans eux. Les débuts d’un mouvement contre le capitalisme en Islande doivent être accueillis et encouragés par les travailleurs et les militants partout à travers le monde. C’est juste la première indication de ce qui est à venir. Au plus les pays tomberont dans la récession, au plus la révolte des masses commencera à se développer.

1 Message

  • A qui profite la crise ?

    Nouveau gouvernement de centre-gauche en Islande
    AP | 01.02.2009 | 20:57

    Le nouveau gouvernement islandais de centre-gauche emmené par la sociale-démocrate Johanna Sigurdardottir a été officiellement investi dimanche par le président Olafur Ragnar Grimsson, à l’issue d’une semaine tumultueuse marquée par la chute de la coalition de centre-droit sur fond de crise.

    Mme Sigurdardottir a précisé que l’une de ses premières actions serait de "changer la direction de la banque centrale" de l’île nordique.

    Le gouverneur de la Banque d’Islande, l’ancien Premier ministre David Oddsson, est détesté par un grand nombre de ses concitoyens qui accusent les autorités d’avoir provoqué la faillite du pays en ne soutenant pas les banques en difficultés et la monnaie.

    La nouvelle cheffe du gouvernement, une ancienne hôtesse de l’air et syndicaliste âgée de 66 ans, était ministre des Affaires sociales dans le gouvernement sortant.

    Mme Sigurdardottir est la première femme à diriger un gouvernement en Islande et son équipe est la première à respecter le principe de la parité homme-femme. Le nouveau Premier ministre est aussi le premier dirigeant islandais affichant ouvertement son homosexualité.

    Son gouvernement s’appuie sur une coalition réunissant l’Alliance sociale-démocrate et le parti Gauche-Verts. Il ne devrait rester en fonctions que quelques mois, des élections anticipées, promises par la précédente équipe, étant fixées au 25 avril.

    Signe important, le dirigeant du parti Gauche-Verts, Steingrimur Sigfusson, est le nouveau ministre islandais des Finances, ce qui semble annoncer un virage économique à gauche, après des années de politique conservatrice.

    "Aujourd’hui, le laissez-faire économique quitte l’Islande, qui est gravement blessé par les années passées à appliquer cette politique", a-t-il affirmé. AP

    Trouvé sur :
    http://tempsreel.nouvelobs.com/depe...

    La "droite", les conservateurs sont discrédités au point d’avoir dû quitter le gouvernement, mais quels sont les espoirs réels que les "réformistes" fraichement arrivés, suscitent ?

    Les déceptions que ce nouveau gouvernement vont susciter ne vont pas tarder, de même que pour Obama.

    Mais les Islandais en sont-ils conscients ? Existe-t-il des communistes en Islande pour préparer l’opinion face à ce gouvernement qui mènera ce que nos "socialistes" à nous nous préparent : un néo-protectionnisme sous couvert de critique d’une soi-disant "politique néo-libérale".

    Car c’est précisément ce que reproche notre PS à Sarkozy, alors qu’il n’est pas libéral, en tous cas pas si libéral que le PS et la gauche veulent le faire croire... non sans arrière-pensées de protectionnisme (rappelons-nous l’exception culturelle française chère à la gauche caviar : un pur protectionnisme bien chauvin !).

    Doit-on attendre ce même courant national-protectionniste de la part du gouvernement "de gauche" islandais ?

    Quels sont les coups qui attendent nos camarades de ce pays ? Comment se préparent-ils à les recevoir ? en se préparant à courber l’échine ou en restant mobilisés, sans laisser de répits au gouvernement ?

    De nombreuses questions se posent. De nombreux enjeux sont à discuter et à avoir en tête pour suivre ce qui va se passer dans les jours et les semaines qui viennent.

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