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Luttes de classes en Egypte, janvier 2009

jeudi 29 janvier 2009, par Robert Paris

Sit in des conducteurs de train et de métro

Trois heures d’arrêt complet des lignes des chemins de fer. 500 chauffeurs ont organisé la semaine dernière un sit-in à la gare Ramsès, sur les rails du train express reliant Le Caire à Alexandrie. Une paralysie totale a frappé cette gare principale d’Egypte qui assure le transport de près de 20 000 citoyens quotidiennement. Les trains qui avaient pour destination la Haute-Egypte ont été les plus touchés par ce sit-in. Les voyageurs en attente remplissaient les halls de la gare, ce qui a poussé les responsables à lancer des appels à travers des haut-parleurs aux passagers qui voulaient se faire rembourser. Ce même 20 janvier, les conducteurs de métro ont eu recours à une autre stratégie pour faire valoir leurs demandes, toujours d’ordre salarial. Ils ont décidé de ralentir la vitesse des métros de 80 à 30 km/h. Le même encombrement de passagers a eu lieu dans les stations, notamment pendant les heures de pointe. A Ramsès, les conducteurs de train persistaient dans leur refus de mettre un terme à leur sit-in, tant que leurs doléances resteront ignorées. Leur revendication principale est de doubler leur salaire en augmentant sensiblement leurs primes mensuelles. Aujourd’hui, ces primes varient entre 200 L.E. pour les conducteurs expérimentés, et 75 L.E. pour les nouveaux. En plus de l’ancienneté, d’autres facteurs sont pris en compte, notamment la classe des trains que l’on conduit. La misère des conducteurs « Nous vivons depuis des années dans la gêne financière et notre situation est de plus en plus mauvaise. L’administration ne fait rien et personne ne défend nos intérêts. Alors nous avons décidé de faire entendre notre voix. Après 15 ans de service, mon salaire mensuel, y compris les primes, n’a pas dépassé les 400 L.E., alors que je dois en verser 180 rien que pour payer le loyer », assure William Zaki, qui a orchestré le sit-in. Pour souligner la « misère » de leurs primes, il explique qu’elles sont comptées au kilomètre. « C’est très ridicule de savoir que pour chaque kilomètre parcouru on a droit à 9 piastres comme prime », ajoute Am William, l’air un peu gêné. « Nos primes sont misérables et les conditions de travail sont très mauvaises. Je quitte la maison à 4h du matin, et je travaille 12 heures par jour, et après 10 ans de travail, je ne touche que 300 L.E. », renchérit Sayed, un autre conducteur. Mis dans l’embarras, le directeur de l’Organisme des chemins de fer, Mahmoud Sami, s’est dirigé vers les grévistes pour leur promettre de « trouver une solution ». Il leur a demandé d’attendre la nouvelle année fiscale qui commence en juillet prochain, mais en l’absence de garanties, les grévistes en ont suspecté un faux-fuyant. Dans un deuxième temps, le directeur leur a proposé d’augmenter les primes de 50 % au lieu de les doubler. Côté conducteurs, la réponse a toujours été négative. « Ce n’est que des ruses que le gouvernement utilise pour nous obliger à accepter le minimum », ont crié certains conducteurs. Dans la phase finale des négociations, ils ont accepté de mettre fin à leur protestation après une promesse d’un règlement à l’amiable « dans dix jours ». De son côté, tout en reconnaissant leur droit à de telles revendications salariales, M. Sami juge « irresponsable » le comportement des conducteurs. « Ils auraient pu exprimer leur demande différemment », lance-t-il. « Les chauffeurs ont toujours réclamé leurs droits légitimes sans entrer en grève, mais tout ce que fait l’Organisme des chemins de fer c’est de tergiverser pour gagner du temps. Maintenant, on vient nous accuser d’irresponsabilité », proteste Ramadan Al-Guindi, du syndicat des travailleurs de l’Organisme des chemins de fer. En fait, il ne s’agit pas d’une première dans le secteur des chemins de fer. Début 2008, des dizaines de conducteurs ont manifesté devant le bureau du directeur de l’organisme, avec les mêmes revendications. Et les promesses faites alors sont restées vaines. « Trouver une solution immédiate est impossible, d’autant plus que le gouvernement s’est engagé à améliorer les rémunérations des employés d’autres secteurs comme les médecins, les enseignants, etc. suite à des protestations similaires », confie Mahmoud Sami qui s’estime « dans une vraie impasse ». Selon lui, pour satisfaire les revendications des conducteurs, l’organisme a besoin de 7 millions de L.E. Sans doute les conducteurs ont-ils été encouragés par la série de grèves organisées par d’autres employés du secteur public. Prise de conscience « Il y a aujourd’hui une prise de conscience au sein de la classe ouvrière en Egypte quant à la nécessité de défendre ses intérêts par tous les moyens, y compris la grève », note Nabil Abdel-Fattah, du Centre d’Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram. Il explique que le recours à la grève était une pratique ouvrière avant les années 1950 mais la « nationalisation » du mouvement syndical a aidé à faire disparaître ce mode d’expression. « Aujourd’hui, ceux qui décident de faire grève n’ont souvent rien à perdre, ni à craindre. Ils répètent que rien de pire ne peut leur arriver. Ils sont déjà privés de leurs droits minimaux », commente Abdel-Fattah. Surtout que l’expérience récente a prouvé l’efficacité de la grève quand il s’agit de se faire entendre. Les études faites par l’Association d’assistance juridique signalent que le nombre de grèves, de sit-in et de manifestations est passé de 222 en 2005 à 700 en 2007. La majorité était axée sur des revendications sociales, contrairement aux années 2004 et 2005 où les manifestations étaient plutôt d’ordre politique. Marianne Youssef Voici le discours d’investiture de Barack Obama (traduction française). C’était le 20 Janvier 2009 « Nous le peuple, dans le but de former une union plus parfaite. Il y a deux cent vingt et un ans, un groupe d’hommes s’est rassemblé dans une salle qui existe toujours de l’autre côté de la rue, et avec ces simples mots, lança l’aventure inouïe de la démocratie américaine. Agriculteurs et savants, hommes politiques et patriotes qui avaient traversé l’océan pour fuir la tyrannie et les persécutions, donnèrent enfin forme à leur déclaration d’indépendance lors d’une convention qui siégea à Philadelphie jusqu’au printemps 1787. Ils finirent par signer le document rédigé, non encore achevé. Ce document portait le stigmate du péché originel de l’esclavage, un problème qui divisait les colonies et faillit faire échouer les travaux de la convention jusqu’à ce que les pères fondateurs décident de permettre le trafic des esclaves pendant encore au moins vingt ans, et de laisser aux générations futures le soin de l’achever. Bien sûr, la réponse à la question de l’esclavage était déjà en germe dans notre constitution, une constitution dont l’idéal de l’égalité des citoyens devant la loi est le cœur, une constitution qui promettait à son peuple la liberté et la justice, et une union qui pouvait et devait être perfectionnée au fil du temps. Et pourtant des mots sur un parchemin ne suffirent ni à libérer les esclaves de leurs chaînes, ni à donner aux hommes et aux femmes de toute couleur et de toute croyance leurs pleins droits et devoirs de citoyens des Etats-Unis Il fallait encore que, de génération en génération, les Américains s’engagent —en luttant et protestant, dans la rue et dans les tribunaux, et en menant une guerre civile et une campagne de désobéissance civile, toujours en prenant de grands risques—, pour réduire l’écart entre la promesse de nos idéaux et la réalité de leur temps. C’est l’une des tâches que nous nous sommes fixées au début de cette campagne —continuer la longue marche de ceux qui nous ont précédé, une marche pour une Amérique plus juste, plus égale, plus libre, plus généreuse et plus prospère. J’ai choisi de me présenter aux élections présidentielles à ce moment de l’histoire parce que je crois profondément que nous ne pourrons résoudre les problèmes de notre temps que si nous les résolvons ensemble, que nous ne pourrons parfaire l’union que si nous comprenons que nous avons tous une histoire différente mais que nous partageons de mêmes espoirs, que nous ne sommes pas tous pareils et que nous ne venons pas du même endroit mais que nous voulons aller dans la même direction, vers un avenir meilleur pour nos enfants et petits-enfants. Cette conviction me vient de ma foi inébranlable en la générosité et la dignité du peuple Américain. Elle me vient aussi de ma propre histoire d’Américain. Je suis le fils d’un noir du Kenya et d’une blanche du Kansas. J’ai été élevé par un grand-père qui a survécu à la Dépression et qui s’est engagé dans l’armée de Patton pendant la deuxième Guerre Mondiale, et une grand-mère blanche qui était ouvrière à la chaîne dans une usine de bombardiers quand son mari était en Europe. J’ai fréquenté les meilleures écoles d’Amérique et vécu dans un des pays les plus pauvres du monde. J’ai épousé une noire américaine qui porte en elle le sang des esclaves et de leurs maîtres, un héritage que nous avons transmis à nos deux chères filles. J’ai des frères, des sœurs, des nièces, des neveux des oncles et des cousins, de toute race et de toute teinte, dispersés sur trois continents, et tant que je serai en vie, je n’oublierai jamais que mon histoire est inconcevable dans aucun autre pays. C’est une histoire qui ne fait pas de moi le candidat le plus plausible. Mais c’est une histoire qui a gravé au plus profond de moi l’idée que cette nation est plus que la somme de ses parties, que de plusieurs nous ne faisons qu’un. Tout au long de cette première année de campagne, envers et contre tous les pronostics, nous avons constaté à quel point les Américains avaient faim de ce message d’unité. Bien que l’on soit tenté de juger ma candidature sur des critères purement raciaux, nous avons remporté des victoires impressionnantes dans les états les plus blancs du pays. En Caroline du Sud, où flotte encore le drapeau des Confédérés, nous avons construit une coalition puissante entre Afro-Américains et Américains blancs. Cela ne veut pas dire que l’appartenance raciale n’a joué aucun rôle dans la campagne. A plusieurs reprises au cours de la campagne, des commentateurs m’ont trouvé ou « trop noir » ou « pas assez noir ». Nous avons vu surgir des tensions raciales dans la semaine qui a précédé les primaires de la Caroline du Sud. Les médias ont épluché chaque résultat partiel, à la recherche de tout indice de polarisation raciale, pas seulement entre noirs et blancs mais aussi entre noirs et bruns. Et pourtant ce n’est que ces deux dernières semaines que la question raciale est devenue un facteur de division. D’un côté on a laissé entendre que ma candidature était en quelque sorte un exercice de discrimination positive, basé seulement sur le désir de libéraux [Ndt : gens de gauche] candides d’acheter à bon marché la réconciliation raciale. D’un autre côté on a entendu mon ancien pasteur, le Rev. Jeremiah Wright, exprimer dans un langage incendiaire des opinions qui risquent non seulement de creuser le fossé entre les races mais aussi de porter atteinte à ce qu’il y a de grand et de bon dans notre pays. Voilà qui, à juste titre choque blancs et noirs confondus. J’ai déjà condamné sans équivoque aucune les déclarations si controversées du Rev. Wright. Il reste des points qui en dérangent encore certains. Est-ce que je savais qu’il pouvait à l’occasion dénoncer avec violence la politique américaine intérieure et étrangère ? Bien sûr. M’est-il arrivé de l’entendre dire des choses contestables quand j’étais dans son église ? Oui. Est-ce que je partage toutes ses opinions politiques ? Non, bien au contraire ! Tout comme j’en suis sûr beaucoup d’entre vous entendent vos pasteurs, prêtres ou rabbins proférer des opinions que vous êtes loin de partager. Mais les déclarations à l’origine de ce récent tollé ne relevaient pas seulement de la polémique. Elles n’étaient pas que l’indignation d’un leader spirituel dénonçant les injustices ressenties. Elles reflétaient plutôt une vue profondément erronée de ce pays —une vue qui voit du racisme blanc partout, une vue qui met l’accent sur ce qui va mal en Amérique plutôt que sur ce qui va bien. Une vue qui voit les racines des conflits du Moyen-Orient essentiellement dans les actions de solides alliés comme Israël, au lieu de les chercher dans les idéologies perverses et haineuses de l’Islam radical. Le Rev. Jeremiah Wright ne fait pas que se tromper, ses propos sèment la discorde à un moment où nous devons trouver ensemble des solutions à nos énormes problèmes : deux guerres, une menace terroriste, une économie défaillante, une crise chronique du système de santé, un changement climatique aux conséquences désastreuses. Ces problèmes ne sont ni noirs ni blancs, ni hispaniques ni asiatiques mais ce sont des problèmes qui nous concernent tous. Au vu de mon parcours, de mes choix politiques et des valeurs et idéaux auxquels j’adhère, on dira que je ne suis pas allé assez loin dans ma condamnation. Et d’abord pourquoi m’être associé avec le Rev. Jeremiah Wright, me demandera-t-on ? Pourquoi ne pas avoir changé d’église ? J’avoue que si tout ce que je savais du Rev. Wright se résumait aux bribes de sermons qui passent en boucle à la télévision et sur YouTube, ou si la Trinity United Church of Christ ressemblait aux caricatures colportées par certains commentateurs, j’aurais réagi de même. Mais le fait est que ce n’est pas tout ce que je sais de cet homme. L’homme que j’ai rencontré il y a plus de vingt ans est l’homme qui m’a éveillé à ma foi. Un homme pour qui aimer son prochain, prendre soin des malades et venir en aide aux miséreux est un devoir. Voilà un homme qui a servi dans les Marines, qui a étudié et enseigné dans les meilleures universités et séminaires et qui pendant plus de trente ans a été à la tête d’une église, qui en se mettant au service de sa communauté accomplit l’œuvre de Dieu sur terre : loger les sans-abris, assister les nécessiteux, ouvrir des crèches, attribuer des bourses d’études, rendre visite aux prisonniers, réconforter les séropositifs et les malades atteints du sida. Dans mon livre, Les Rêves de mon père, je décris mes premières impressions de l’église de la Trinity : « L’assistance se mit à crier, à se lever, à taper des mains, et le vent puissant de son souffle emportait la voix du révérend jusqu’aux chevrons (…). Et dans ces simples notes — espoir ! — j’entendis autre chose. Au pied de cette croix, à l’intérieur des milliers d’églises réparties dans cette ville, je vis l’histoire de noirs ordinaires se fondre avec celles de David et Goliath, de Moïse et Pharaon, des chrétiens jetés dans la fosse aux lions, du champ d’os desséchés d’Ezékiel. Ces histoires —de survie, de liberté, d’espoir— devenaient notre histoire, mon histoire ; le sang qui avait été versé était notre sang, les larmes étaient nos larmes. Cette église noire, en cette belle journée, était redevenue un navire qui transportait l’histoire d’un peuple jusqu’aux générations futures et jusque dans un monde plus grand. Nos luttes et nos triomphes devenaient soudain uniques et universels, noirs et plus que noirs. En faisant la chronique de notre voyage, les histoires et les chants nous donnaient un moyen de revendiquer des souvenirs dont nous n’avions pas à avoir honte (…), des souvenirs que tout le monde pouvait étudier et chérir - et avec lesquels nous pouvions commencer à reconstruire. » Telle a été ma première expérience à Trinity. Comme beaucoup d’églises majoritairement noires, Trinity est un microcosme de la communauté noire : on y voit le médecin et la mère assistée, l’étudiant modèle et le voyou repenti. Comme toutes les autres églises noires, les services religieux de Trinity résonnent de rires tapageurs et de plaisanteries truculentes. Et ça danse, ça tape des mains, ça crie et ça hurle, ce qui peut paraître incongru à un nouveau venu L’église contient toute la tendresse et la cruauté, l’intelligence l’extrême et l’ignorance crasse, les combats et les réussites, tout l’amour et, oui, l’amertume et les préjugés qui sont la somme de l’expérience noire en Amérique. Et cela explique sans doute mes rapports avec le Rev. Wright. Si imparfait soit-il, je le considère comme un membre de ma famille. Il a raffermi ma foi, célébré mon mariage et baptisé mes enfants. Jamais dans mes conversations avec lui ne l’ai-je entendu parler d’un groupe ethnique en termes péjoratifs, ou manquer de respect ou de courtoisie envers les blancs avec qui il a affaire. Il porte en lui les contradictions — le bon et le mauvais— de la communauté qu’il sert sans se ménager depuis tant d’années. Je ne peux pas plus le renier que je ne peux renier la communauté noire, je ne peux pas plus le renier que je ne peux renier ma grand-mère blanche, une femme qui a fait tant de sacrifices pour moi, une femme qui m’aime plus que tout au monde, mais aussi une femme qui m’avouait sa peur des noirs qu’elle croisait dans la rue et que, plus d’une fois, j’ai entendu faire des remarques racistes qui m’ont répugné. Ces personnes sont une partie de moi. Et elles font partie de l’Amérique, ce pays que j’aime. D’aucuns verront ici une tentative de justifier ou d’excuser des propos tout à fait inexcusables. Je peux vous assurer qu’il n’en est rien. Je suppose qu’il serait plus prudent, politiquement, de continuer comme si de rien n’était, en espérant que toute l’affaire sera vite oubliée. Nous pourrions faire peu de cas du Rev. Wright, et ne voir en lui qu’un excentrique ou un démagogue, tout comme certains l’ont fait dans le cas de Geraldine Ferraro, l’accusant, à la suite de ses récentes déclarations, de préjugé racial. Mais je crois que ce pays, aujourd’hui, ne peut pas se permettre d’ignorer la problématique de race. Nous commettrions la même erreur que le Rev. Wright dans ses sermons offensants sur l’Amérique —en simplifiant, en recourant à des stéréotypes et en accentuant les côtés négatifs au point de déformer la réalité. Le fait est que les propos qui ont été tenus et les problèmes qui ont été soulevés ces dernières semaines reflètent les aspects complexes du problème racial que n’avons jamais vraiment explorés — une partie de notre union qui nous reste encore à parfaire. Et si nous abandonnons maintenant pour revenir tout simplement à nos positions respectives, nous n’arriverons jamais à nous unir pour surmonter ensemble les défis que sont l’assurance maladie, l’éducation ou la création d’emplois pour chaque Américain. Pour comprendre cet état de choses, il faut se rappeler comment on en est arrivé là. Comme l’a écrit William Faulkner : « Le passé n’est pas mort et enterré. En fait il n’est même pas passé. » Nul besoin ici de réciter l’histoire des injustices raciales dans ce pays Mais devons nous rappeler que si tant de disparités existent dans la communauté afro-américaine d’aujourd’hui, c’est qu’elles proviennent en droite ligne des inégalités transmises par la génération précédente qui a souffert de l’héritage brutal de l’esclavage et de Jim Crow. La ségrégation à l’école a produit et produit encore des écoles inférieures. Cinquante ans après Brown vs. The Board of Education, rien n’a changé et la qualité inférieure de l’éducation que dispensent ces écoles aide à expliquer les écarts de réussite entre les étudiants blancs et noirs d’aujourd’hui. La légalisation de la discrimination —des noirs qu’on empêchait, souvent par des méthodes violentes, d’accéder a la propriété, des crédits que l’on accordait pas aux entrepreneurs afro-américains, des propriétaires noirs qui n’avaient pas droit aux prêts du FHA [Ndt : Federal Housing Administration, l’administration fédérale en charge du logement], des noirs exclus des syndicats, des forces de police ou des casernes de pompiers, a fait que les familles noires n’ont jamais pu accumuler un capital conséquent à transmettre aux générations futures. Cette histoire explique l’écart de fortune et de revenus entre noirs et blancs et la concentration des poches de pauvreté qui persistent dans tant de communautés urbaines et rurales d’aujourd’hui. Le manque de débouchés parmi les noirs, la honte et la frustration de ne pouvoir subvenir aux besoins de sa famille ont contribué a la désintégration des familles noires —un problème que la politique d’aide sociale, pendant des années, a peut-être aggravée. Le manque de service publics de base dans un si grand nombre de quartiers noirs —des aires de jeux pour les enfants, des patrouilles de police, le ramassage régulier des ordures et l’application des codes d’urbanisme, tout cela a crée un cycle de violence, de gâchis et de négligences qui continue de nous hanter. C’est la réalité dans laquelle le Rev. Wright et d’autres Afro-Américains de sa génération ont grandi. Ils sont devenus adultes à la fin des années 50 et au début des années 60, époque ou la ségrégation était encore en vigueur et les perspectives d’avenir systématiquement réduites. Ce qui est extraordinaire, ce n’est pas de voir combien ont renoncé devant la discrimination, mais plutôt combien ont réussi à surmonter les obstacles et combien ont su ouvrir la voie à ceux qui, comme moi, allaient les suivre. Mais pour tous ceux qui ont bataillé dur pour se tailler une part du Rêve Américain, il y en a beaucoup qui n’y sont pas arrivés – ceux qui ont été vaincus, d’une façon ou d’une autre, par la discrimination. L’expérience de l’échec a été léguée aux générations futures : ces jeunes hommes et, de plus en plus, ces jeunes femmes que l’on voit aux coins des rues ou au fond des prisons, sans espoir ni perspective d’avenir. Même pour les noirs qui s’en sont sortis, les questions de race et de racisme continuent de définir fondamentalement leur vision du monde. Pour les hommes et les femmes de la génération du Rev. Wright, la mémoire de l’humiliation de la précarité et de la peur n’a pas disparu, pas plus que la colère et l’amertume de ces années. Cette colère ne s’exprime peut-être pas en public, devant des collègues blancs ou des amis blancs. Mais elle trouve une voix chez le coiffeur ou autour de la table familiale. Parfois cette colère est exploitée par les hommes politiques pour gagner des voix en jouant la carte raciale, ou pour compenser leur propre incompétence. Et il lui arrive aussi de trouver une voix, le dimanche matin à l’église, du haut de la chaire ou sur les bancs des fidèles. Le fait que tant de gens soient surpris d’entendre cette colère dans certains sermons du Rev. Wright nous rappelle le vieux truisme, à savoir que c’est à l’office du dimanche matin que la ségrégation est la plus évidente. Cette colère n’est pas toujours une arme efficace. En effet, bien trop souvent, elle nous détourne de nos vrais problèmes, elle nous empêche de confronter notre part de responsabilité dans notre condition, et elle empêche la communauté afro-américaine de nouer les alliances indispensables à un changement véritable. Mais cette colère est réelle, et elle est puissante, et de souhaiter qu’elle disparaisse, de la condamner sans en comprendre les racines ne sert qu’à creuser le fossé d’incompréhension qui existe entre les deux races. Et de fait, il existe une colère similaire dans certaines parties de la communauté blanche. La plupart des Américains de la classe ouvrière et de la classe moyenne blanche n’ont pas l’impression d’avoir été spécialement favorisés par leur appartenance raciale. Leur expérience est l’expérience de l’immigrant —dans leur cas, ils n’ont hérité de personne, ils sont partis de rien. Ils ont travaillé dur toute leur vie, souvent pour voir leurs emplois délocalisés et leurs retraites partir en fumée. Ils sont inquiets pour leur avenir, ils voient leurs rêves s’évanouir ; à une époque de stagnation des salaires et de concurrence mondiale, les chances de s’en sortir deviennent comme un jeu de somme nulle où vos rêves se réalisent au dépens des miens. Alors, quand on leur dit que leurs enfants sont affectés à une école à l’autre bout de la ville, quand on leur dit qu’un Afro-Américain qui décroche un bon job ou une place dans une bonne faculté est favorisé à cause d’une injustice qu’ils n’ont pas commise, quand on leur dit que leur peur de la délinquance dans les quartiers est une forme de préjugé, la rancœur s’accumule au fil du temps. Comme la colère au sein de la communauté noire qui ne s’exprime pas en public, ces choses qui fâchent ne se disent pas non plus. Mais elles affectent le paysage politique depuis au moins une génération. C’est la colère envers la politique d’assistance de l’Etat-Providence et la politique de discrimination positive qui ont donné naissance à la Coalition Reagan. Les hommes politiques ont systématiquement exploité la peur de l’insécurité à des fins électorales. Les présentateurs des talk-shows et les analystes conservateurs se sont bâti des carrières en débusquant des accusations de racisme bidon, tout en assimilant les débats légitimes sur les injustices et les inégalités raciales à du politiquement correct ou du racisme a rebours. Tout comme la colère noire s’est souvent avérée contre-productive, la rancœur des blancs nous a aveuglés sur les véritables responsables de l’étranglement de la classe moyenne —une culture d’entreprise où les délits d’initiés, les pratiques comptables douteuses et la course aux gains rapides sont monnaie courante ; une capitale sous l’emprise des lobbies et des groupes de pression, une politique économique au service d’une minorité de privilégiés. Et pourtant, souhaiter la disparition de cette rancœur des blancs, la qualifier d’inappropriée, voire de raciste, sans reconnaître qu’elle peut avoir des causes légitimes —voila aussi qui contribue à élargir la fracture raciale et faire en sorte que l’on n’arrive pas à se comprendre. Voilà où nous en sommes actuellement : incapables depuis des années de nous extirper de l’impasse raciale. Contrairement aux dires de certains de mes critiques, blancs ou noirs, je n’ai jamais eu la naïveté de croire que nous pourrions régler nos différends raciaux en l’espace de quatre ans ou avec une seule candidature, qui plus est une candidature aussi imparfaite que la mienne. Mais j’ai affirmé ma conviction profonde—une conviction ancrée dans ma foi en Dieu et ma foi dans le peuple américain—qu’en travaillant ensemble nous arriverons à panser nos vieilles blessures raciales et qu’en fait nous n’avons plus le choix si nous voulons continuer d’avancer dans la voie d’une union plus parfaite. Pour la communauté afro-américaine, cela veut dire accepter le fardeau de notre passé sans en devenir les victimes, cela veut dire continuer d’exiger une vraie justice dans tous les aspects de la vie américaine. Mais cela veut aussi dire associer nos propres revendications –meilleure assurance maladie, meilleures écoles, meilleurs emplois—aux aspirations de tous les Américains, qu’il s’agisse de la blanche qui a du mal à briser le plafond de verre dans l’échelle hiérarchique, du blanc qui a été licencié ou de l’immigrant qui s’efforce de nourrir sa famille. Cela veut dire aussi assumer pleinement nos responsabilités dans la vie — en exigeant davantage de nos pères, en passant plus de temps avec nos enfants, en leur faisant la lecture, en leur apprenant que même s’ils sont en butte aux difficultés et à la discrimination, ils ne doivent jamais succomber au désespoir et au cynisme : ils doivent toujours croire qu’ils peuvent être maîtres de leur destinée. L’ironie, c’est que cette notion si fondamentalement américaine –et, oui, conservatrice—de l’effort personnel, on la retrouve souvent dans les sermons du Rev. Wright. Mais ce que mon ancien pasteur n’a pas compris, c’est qu’on ne peut pas chercher à s’aider soi-même sans aussi croire que la société peut changer. L’erreur profonde du Rev. Wright n’est pas d’avoir parlé du racisme dans notre société. C’est d’en avoir parlé comme si rien n’avait changé, comme si nous n’avions pas accompli de progrès, comme si ce pays —un pays ou un noir peut être candidat au poste suprême et construire une coalition de blancs et de noirs, d’hispaniques et d’asiatiques, de riches et de pauvres, de jeunes et de vieux—était encore prisonnier de son passé tragique. Mais ce que nous savons – ce que nous avons vu—c’est que l’Amérique peut changer. C’est là le vrai génie de cette nation. Ce que nous avons déjà accompli nous donne de l’espoir —l’audace d’espérer —pour ce que nous pouvons et devons accomplir demain. Pour ce qui est de la communauté blanche, la voie vers une union plus parfaite suppose de reconnaître que ce qui fait souffrir la communauté afro-américaine n’est pas le produit de l’imagination des noirs ; que l’héritage de la discrimination —et les épisodes actuels de discrimination, quoique moins manifestes que par le passé- sont bien réels et doivent être combattus. Non seulement par les mots, mais par les actes —en investissant dans nos écoles et nos communautés ; en faisant respecter les droits civils et en garantissant une justice pénale plus équitable ; en donnant à cette génération les moyens de s’en sortir, ce qui faisait défaut aux générations précédentes. Il faut que tous les Américains comprennent que vos rêves ne se réalisent pas forcément au détriment des miens ; qu’investir dans la santé, les programmes sociaux et l’éducation des enfants noirs, bruns et blancs contribuera à la prospérité de tous les Américains. En fin de compte, ce que l’on attend de nous, ce n’est ni plus ni moins ce que toutes les grandes religions du monde exigent —que nous nous conduisions envers les autres comme nous aimerions qu’ils se conduisent envers nous. Soyons le gardien de notre frère, nous disent les Ecritures. Soyons le gardien de notre sœur. Trouvons ensemble cet enjeu commun qui nous soude les uns aux autres, et que notre politique reflète aussi l’esprit de ce projet. Car nous avons un choix à faire dans ce pays. Nous pouvons accepter une politique qui engendre les divisions intercommunautaires, les conflits et le cynisme. Nous pouvons aborder le problème racial en voyeurs —comme pendant le procès d’O.J. Simpson —, sous un angle tragique – comme nous l’avons fait après Katrina – ou encore comme nourriture pour les journaux télévisés du soir. Nous pouvons exploiter la moindre bavure dans le camp d’Hillary comme preuve qu’elle joue la carte raciale, ou nous pouvons nous demander si les électeurs blancs voteront en masse pour John McCain en novembre, quel que soit son programme politique. Oui, nous pouvons faire cela. Mais dans ce cas, je vous garantis qu’aux prochaines élections nous trouverons un autre sujet de distraction. Et puis un autre. Et puis encore un autre. Et rien ne changera. C’est une possibilité. Ou bien, maintenant, dans cette campagne, nous pouvons dire ensemble : « Cette fois, non ». Cette fois nous voulons parler des écoles délabrées qui dérobent leur avenir à nos enfants, les enfants noirs, les enfants blancs, les enfants asiatiques, les enfants hispaniques et les enfants amérindiens. Cette fois nous ne voulons plus du cynisme qui nous répète que ces gosses sont incapables d’apprendre, que ces gosses qui nous ne ressemblent pas sont les problèmes de quelqu’un d’autre. Les enfants de l’Amérique ne sont pas ces gosses-là, mais ces gosses-là sont pourtant bien nos enfants, et nous ne tolérerons pas qu’ils soient laissés pour compte dans la société du vingt-et-unième siècle. Pas cette fois. Cette fois nous voulons parler des files d’attente aux urgences peuplées de blancs, de noirs et d’hispaniques qui n’ont pas d’assurance santé, qui ne peuvent seuls s’attaquer aux groupes de pression mais qui pourront le faire si nous nous y mettons tous. Cette fois nous voulons parler des usines qui ont fermé leurs portes et qui ont longtemps fait vivre honnêtement des hommes et des femmes de toute race, nous voulons parler de ces maisons qui sont maintenant à vendre et qui autrefois étaient les foyers d’Américains de toute religion, de toute région et de toute profession. Cette fois nous voulons parler du fait que le vrai problème n’est pas que quelqu’un qui ne vous ressemble pas puisse vous prendre votre boulot, c’est que l’entreprise pour laquelle vous travaillez va délocaliser dans le seul but de faire du profit. Cette fois, nous voulons parler des hommes et des femmes de toute couleur et de toute croyance qui servent ensemble, qui combattent ensemble et qui versent ensemble leur sang sous le même fier drapeau. Nous voulons parler du moyen de les ramener à la maison, venant d’une guerre qui n’aurait jamais dû être autorisée et qui n’aurait jamais dû avoir lieu, et nous voulons parler de la façon de montrer notre patriotisme en prenant soin d’eux et de leurs familles et en leur versant les allocations auxquelles ils ont droit. Je ne me présenterais pas à l’élection présidentielle si je ne croyais pas du fond du cœur que c’est ce que veut l’immense majorité des Américains pour ce pays. Cette union ne sera peut-être jamais parfaite mais, génération après génération, elle a montré qu’elle pouvait se parfaire. Et aujourd’hui, chaque fois que je me sens sceptique ou cynique quant à cette possibilité, ce qui me redonne le plus d’espoir est la génération à venir —ces jeunes dont les attitudes, les croyances et le sincère désir de changement sont déjà, dans cette élection, rentrés dans l’Histoire. Il y a une histoire que j’aimerais partager avec vous aujourd’hui, une histoire que j’ai eu l’honneur de raconter lors de la commémoration de la naissance de Martin Luther King, dans sa paroisse, Ebenezer Baptist, à Atlanta. Il y a une jeune blanche de 23 ans, du nom d’Ashley Baia, qui travaillait pour notre campagne à Florence, en Caroline du Sud. Depuis le début, elle a été chargée de mobiliser une communauté à majorité afro-américaine. Et un jour elle s’est trouvée à une table ronde où chacun, tour à tour, racontait son histoire et disait pourquoi il était là. Et Ashley a dit que quand elle avait 9 ans sa maman a eu un cancer, et parce qu’elle avait manqué plusieurs jours de travail elle a été licenciée et a perdu son assurance maladie. Elle a dû se mettre en faillite personnelle et c’est là qu’Ashley s’est décidée à faire quelque chose pour aider sa maman. Elle savait que ce qui coûtait le plus cher c’était d’acheter à manger, et donc Ashley a convaincu sa mère ce qu’elle aimait par-dessus tout, c’était des sandwichs moutarde-cornichons. Parce que c’était ce qu’il y avait de moins cher. C’est ce qu’elle a mangé pendant un an, jusqu’à ce que sa maman aille mieux. Et elle a dit à tout le monde, à la table ronde, qu’elle s’était engagée dans la campagne pour aider les milliers d’autres enfants du pays qui eux aussi veulent et doivent aider leurs parents. Ashley aurait pu agir différemment. Quelqu’un lui a peut être dit a un moment donné que la cause des ennuis de sa mère c’était soit les noirs qui, trop paresseux pour travailler, vivaient des allocations sociales, soit les hispaniques qui entraient clandestinement dans le pays. Mais ce n’est pas ce qu’elle a fait. Elle a cherché des alliés avec qui combattre l’injustice. Bref, Ashley termine son histoire et demande a chacun pourquoi il s’est engagé dans la campagne. Ils ont tous des histoires et des raisons différentes. Il y en a beaucoup qui soulèvent un problème précis. Et pour finir, c’est le tour de ce vieillard noir qui n’a encore rien dit. Et Ashley lui demande pourquoi il est là. Il ne soulève aucun point en particulier. Il ne parle ni de l’assurance maladie ni de l’économie. Il ne parle ni d’éducation ni de guerre. Il ne dit pas qu’il est venu à cause de Barack Obama. Il dit simplement : « Je suis ici à cause d’Ashley. » « Je suis ici à cause d’Ashley ». A lui seul, ce déclic entre la jeune fille blanche et le vieillard noir ne suffit pas. Il ne suffit pas pour donner une assurance santé aux malades, du travail à ceux qui n’en n’ont pas et une éducation à nos enfants. Mais c’est par là que nous démarrons. Par là que notre union se renforce. Et comme tant de générations l’ont compris tout au long des deux cent vingt et une années écoulées depuis que des patriotes ont signé ce document a Philadelphie, c’est par là que commence le travail de perfection. » Colère massive en Egypte contre le régime de Moubarak Reportage de Johannes Stern au Caire 26 janvier 2009 Mohamed allume une cigarette et murmure un juron à l’adresse du président égyptien Hosni Moubarak. Ce jeune homme de 25 ans exprime ce que pensent de nombreux Egyptiens : « Moubarak est un porc qui travaille avec Israël pour faire de Gaza une prison et il est responsable de la souffrance des Palestiniens. » Cet étudiant du centre-ville du Caire poursuit ses critiques acerbes contre le gouvernement. Aujourd’hui, trois jours après que les troupes israéliennes ont commencé à se retirer de la bande de Gaza, sa colère ne retombe pas et il critique le rôle joué par l’Egypte dans le conflit de Gaza. « Moubarak a probablement donné à Livni [la ministre israélienne des Affaires étrangères] la permission d’attaquer le Hamas qu’il considère comme une épine dans le pied. » En fait, Livni avait rencontré Moubarak deux jours avant l’attaque israélienne selon un reportage du quotidien israélien Haa’retz, et des représentants du gouvernement égyptien avaient été informés à l’avance du projet d’offensive. De nombreux habitants du Caire partagent la colère et la révulsion de Mohamed. Ils sont choqués par les crimes perpétrés par Israël durant l’offensive de trois semaines dans la Bande de Gaza et furieux envers le gouvernement égyptien qui, en pleine lutte entre le Hamas et le Fatah en juin 2007, avait fermé sa propre frontière avec l’enclave ce qui était revenu à transformer la région densément peuplée en un camp de prisonniers. Le fait que Moubarak ait refusé d’ouvrir le passage de Rafah durant ces derniers bombardements incessants par Israël, abandonnant de ce fait les Palestiniens à leur destin, provoque chez de nombreux Egyptiens un sentiment de haine aussi prononcé à l’égard de leur propre gouvernement qu’envers le militarisme israélien et américain. Quand on lui demande ce qu’il pense du rôle des autres gouvernements arabes, Mohamed déclare : « Les plus traîtres sont bien sûr les régimes qui coopèrent plus ou moins ouvertement avec les Etats-Unis, c’est-à-dire la Jordanie et l’Arabie Saoudite aux côtés de l’Egypte. Le fait que le Venezuela renvoie l’ambassadeur israélien en signe de protestation, mais que l’Egypte ne le fasse pas, est une honte. » La manifestation la plus importante en Egypte a eu lieu le 9 janvier en Alexandrie où plus de 50 000 personnes ont défilé. Les unités de police anti-émeute, qui au départ avaient reçu l’ordre de réprimer et disperser la manifestation, ont été forcées, devant le nombre de manifestants, de se retirer et de laisser la manifestation se tenir. Une autre manifestation importante de plus de 15 000 participants s’est déroulée une semaine plus tard à Mahalla Al-Kubra. En avril dernier, cette ville avait été la scène des émeutes les plus importantes de ces dernières 30 années en Egypte contre l’augmentation des prix des produits alimentaires et la baisse des salaires. Cette fois, les manifestants protestaient contre les crimes de guerre perpétrés dans la bande de Gaza, mais il y avait aussi des slogans contre la complicité des gouvernements arabes et particulièrement du régime égyptien. Depuis le commencement du retrait israélien, on voit dans les rues du Caire un nombre important de policiers et d’unités d’escadrons anti-émeute lourdement armés, prêts à réprimer dans la violence toute forme de protestation spontanée. Samedi dernier, des milliers de manifestants ont répondu à l’appel du parti d’opposition le plus grand du pays mais officiellement interdit, les Frères musulmans de participer à une manifestation anti-guerre sur la Place Ramsès de la ville. La manifestation a été bloquée par d’importantes forces de police. Pour empêcher qu’elle n’ait lieu, la police et l’administration de la ville sont allées jusqu’à fermer la station de métro la plus proche de la Place Ramsès (ironiquement, cette station doit son nom à Moubarak) et les métros ne se sont pas arrêtés à cette station. Suite à des heurts avec les manifestants, la police a procédé à de nombreuses arrestations, dont un journaliste d’un quotidien indépendant, al-Masry al-Youm. Les protestations contre la guerre à Gaza ont révélé un fossé immense entre les masses arabes et les gouvernements despotiques et corrompus de la région. En Egypte ces tensions sont tellement marquées, qu’à chaque manifestation de taille le régime Moubarak craint pour sa survie. Le gouvernement riposte à son tour chaque fois plus brutalement pour réprimer l’opposition populaire. La résistance s’accroît notamment parmi les travailleurs et les étudiants qui ont organisé une série d’actions de protestations hors du contrôle des partis établis ou des syndicats. Le 10 janvier, le Comité populaire égyptien de solidarité avec le peuple palestinien a organisé un convoi de solidarité comprenant des centaines de militants, qui est parti en direction de Gaza et exigé l’ouverture du passage de Rafah. Après avoir passé trois postes de contrôle, le convoi a été stoppé juste avant el-Arish, au milieu du désert, par des forces de sécurité lourdement armés et a été contraint de faire demi-tour. Un autre convoi d’aide a été organisé par les dirigeants d’une grève à Mahalla Al-Kubra. Le 11 janvier près de 1000 travailleurs du secteur textile employés par Masr Spinning and Weaving ont organisé une grève devant les bureaux locaux du syndicat d’Etat. Les travailleurs protestaient contre la punition arbitraire de collègues qui avaient participé à une manifestation contre la privatisation de l’usine le 30 octobre dernier. Le sit-in se poursuit encore à ce jour et est principalement dirigé contre le syndicat que les travailleurs accusent de coopérer avec la direction. Malgré la radicalisation des travailleurs et des étudiants durant les semaines de protestations, il est clair que la plupart des grandes manifestations étaient organisées et dominées par les Frères musulmans. Les intégristes islamiques ne sont en mesure de retenir la direction de telles manifestations dans une période de pauvreté croissante que du fait de l’absence de toute alternative politique progressiste. Les Frères musulmans, un parti bourgeois jouissant du soutien de quelques riches hommes d’affaires, ne proposent aucune solution à la situation économique insupportable qui règne en Egypte, ni à la répression des Palestiniens. Quant à la « gauche » Tagammu, un parti comprenant divers nasséristes, staliniens et nationalistes se disant « progressistes », et fondé par Anouar el-Sadate en 1976 comme syndicat des courants de gauche au sein du vieux Nasserist Unity Party ASU (Union socialiste arabe), il a pris une trajectoire très droitière et est incapable d’offrir une quelconque alternative aux Frères musulmans et de fournir à ces manifestations une perspective progressiste. Une telle perspective est cependant nécessaire pour trouver une solution à la souffrance des Palestiniens et à la répression des masses arabes. L’objectif est de construire un mouvement politique qui cherche consciemment à unifier la classe ouvrière palestinienne, juive et arabe dans une lutte pour une fédération socialiste du Proche-Orient. Cela éliminerait les frontières artificielles par lesquelles les puissances impérialistes divisent et contrôlent la région. C’est l’unique moyen d’arrêter la machine de guerre israélienne et de fournir une solution durable aux besoins politiques, économiques et sociaux de tous ceux qui vivent dans la région.

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