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Dans ses attaques, la classe dirigeante a un but : ce n’est pas de relancer l’économie mais de détruire les travailleurs en tant que classe

jeudi 21 février 2013, par Robert Paris

Suppressions d’emploi, fermetures d’usine, licenciements, chômage, plans sociaux,.... On croirait que ce sont des mots qui n’existent qu’en français. Mais layoff, cut jobs, jobless, plant closing, job losses, dismissal, c’est aussi aux USA et en Chine !

Dans ses attaques, la classe dirigeante a un but : ce n’est pas de relancer l’économie mais de détruire les travailleurs en tant que classe

A entendre les média, le gouvernement et le patronat, il n’y a pas de vague de licenciements : il y a seulement des cas particuliers. Le patron de Titan refusant de reprendre l’usine fermée par Goodyear, sa lettre l’a parfaitement démontré, méprise les travailleurs français. Le patron indien d’ArcelorMittal s’attaque à l’Europe pour favoriser l’Inde. A Petroplus, c’est plutôt, nous dit-on, une défaillance des repreneurs des pays pétroliers qui n’auraient pas été au delà de leurs velléités, par incompétence sans doute... A PSA, c’est un patron bien français mais qui, justement, aurait tellement misé sur la France qu’il aurait omis d’investir suffisamment à l’étranger et est maintenant contraint de rééquilibrer. D’autres ont préféré désigner du doigt la "famille Peugeot" comme si c’était une exception dans la vacherie patronale ! A Renault, c’est encore autre chose, nous dit-on, - surtout ne faites pas de lien entre Renault et PSA ! - le patron veut au contraire éviter les licenciements et demande seulement qu’on l’autorise par accord syndical à supprimer 8250 emplois sans licenciement ni fermeture de site. Comment peut-on prétendre que cela fait partie des suppressions d’emplois alors que c’est seulement… des suppressions d’emplois ! La SNCF supprime des emplois de fonctionnaires, externalise massivement, donne de plus en plus de tâches à des sociétés privées ou semi-privées en cassant les salaires, les emplois et les conditions de travail, mais cela n’est pas pareil : c’est du public. La qualité des transports se dégrade à grande vitesse mais le lien avec les suppressions massives d’emplois de cheminots et d’entretien n’est pas faite. C’est l’Etat qui est endetté et doit se remettre à flot. A la banque Crédit Agricole, c’est la faillite mais pas de problème : c’est l’Etat qui a tellement d’argent qu’il a couvert la faillite et le Crédit Agricole va faire seulement des économies. Les licenciements sont retardés mais on ne le dit pas. A l’Hôpital public, la situation devient critique par défaut d’embauches mais la direction des hôpitaux ne semble pas trouver de personnels qualifiés. A moins qu’il s’agisse aussi d’économies, c’est-à-dire d’un Etat qui fait comme les patrons du privé : qui supprime des emplois massivement. Pour les postiers, on va dire que c’est l’évolution de la profession, par exemple les gens enverraient moins de lettres. C’est ce que l’on dit dans certaines banques : les gens utiliseraient plus internet que les guichets et on supprime des guichets. Chez Sanofi, Bouygues, Doux, Air France, et bien d’autres, ce serait encore autre chose. Et ne parlons pas des petites et moyennes entreprises qui ferment ou licencient. Là, c’est paraît-il le manque de compétitivité et de flexibilité des salariés français qui va être améliorée maintenant que des centrales syndicales ont signé un accord permettant aux patrons de ramener un salaire au SMIC, de diminuer ou d’augmenter sa charge de travail comme le patron le souhaite ou de changer un salarié de site lui faisant parcourir des centaines de kilomètres par jour… Après un tel traitement, le patron pourra encore licencier ou fermer l’entreprise ensuite… On rend ainsi précaire le contrat non précaire et cela va, paraît-il, sauver les contrats non précaires. Comme on favorise les jeunes en les embauchant directement et seulement dans des contrats précaires, où les patrons ne paient presque rien car ils sont aidés par l’Etat…

Tout cela est faux : c’est la même attaque sur les emplois dans tous les secteurs d’activité et dans tous les pays. Si on saucissonne ainsi les explications et les plans sociaux, c’est pour éviter que les travailleurs ne s’unissent. Et les syndicats sont aux manettes pour réaliser cette belle oeuvre qui ne profite qu’aux classes dirigeantes. Ils hurlent à Goodyear qu’on insulte les travailleurs français mais ils ont aussi hurlé dès que Mélenchon avait proposé une manifestation nationale de soutien aux Goodyear parce qu’on leur enlevait leur petit rôle indépendant des politiques. Mélenchon a d’ailleurs remballé aussitôt sa marchandise. il ne voulait surtout pas heurter le monopole syndical sur la direction des luttes : direction le mur !

Il est très significatif que les centrales syndicales tiennent à ne pas relier les suppressions d’emplois du public et du privé, des différents sites de PSA, des PSA et des Renault, des constructeurs automobile et des sous-traitants, des hôpitaux entre eux, des hospitaliers, des postiers et des cheminots, des salariés et des chômeurs, etc, etc…

Par exemple, ces syndicats font semblant d’être très radicaux pour refuser la remise en cause des rythmes scolaires alors qu’il est évident que le vrai problème est celui des effectifs et que le gouvernement de gauche, ami de ces directions syndicales, s’y entend à faire baisser la réalité des emplois dans l’enseignement comme ailleurs... Quant à l’université, c’est dans un grand silence syndical qu’elle est en train de sabrer dans les enseignements...

La réaction des syndicats de Gooyear est tout aussi significative. Ils affirment défendre les travailleurs français en déclarant hautement que ceux-ci sont très productifs et très exploitables...

On croirait presque que Goodyear ne licencierait qu’en France, par nationalisme et hostilité aux travailleurs français nous dit-on. Ben voyons ! Le trust Goodyear abandonne également et massivement ses activités pneumatiques agricoles dans toute l’Europe, en Afrique et au Moyen-Orient. Ou la suppression de 400 emplois en Nouvelle-Zélande… Elle a également massivement supprimé des emplois aux USA même. En 2006, Goodyear ferme son usine du Texas supprimant 1100 emplois. Goodyear a massivement supprimé des emplois entre 2008 et 2012 dans ses sites de Danville, Fayetteville, Akron, Union City, etc... 5000 en 2008, 4000 en 2009, et encore 900 en 2012 et déjà 241 emplois aux USA en 2013, car le trust réduit la part de ses capitaux dans l’investissement productif aux USA comme ailleurs. Non pas à cause de difficultés, non pas par haine des Français, mais pour rechercher le meilleur profit, tout simplement…

Quant à prétendre que les seuls ouvriers français auraient des syndicats et feraient des grèves qui amèneraient les patrons américains à refuser de les employer (Goodyear a prétendu avoir fermé pour conflit avec la CGT)… rappelons que le 5 octobre 2006, le syndicat United Steelworkers a voté une grève à l’usine Goodyear du Kansas, suite à un conflit social. Elle prit fin le 2 janvier 2007 et coûta à l’entreprise une perte de 358 millions de dollars.

Quant au patron de Titan qui a tant fait parler de lui pour son mépris des travailleurs français, il ne méprise pas plus les travailleurs français qu’américains. Il vient de se faire remarquer en licenciant directement sans avertissement 71 salariés américains d’une usine de tracteurs et équipements de ferme. Aux syndicats américains qui protestaient que la négociation n’était pas terminée, le même patron a répondu qu’il n’était pas là pour jouer avec les syndicats…

Toutes les affirmations précédentes massivement relayées par les média et tous les partis et syndicats, et particulièrement par le gouvernement de gauche ne sont que des mensonges éhontés. Le trust indien ArcelorMittal ne licencie pas qu’en France et en Belgique, mais s’attaque aussi aux emplois en Allemagne, en Espagne, au Luxembourg et même en Pologne et en Tchécoslovaquie, des pays où les salaires sont plus bas et les conditions de travail plus mauvaises. Il faut rappeler qu’en 2006, quand ArcelorMittal semblait une solution parfaite pour la Moselle, elle licenciait déjà 30.000 salariés dans le monde et qu’en décembre 2008, ArcelorMittal annonçait la fermetures de nombreuses usines aux USA dont Bethlehem Steel plant à Lackawanna, New York, et LTV Steel à Hennepin, Illinois. ArcelorMittal a aussi annoncé en 2013 la suppression de 2000 emplois au Kazhakstan sans faire surréagir Arnaud Montebourg alors que sur le même site kazakh de Temirtaus, le même trust avait déjà supprimé 1500 emplois l’année passée… Mais les Etats européens font semblant que seule l’Europe de l’Ouest serait visée par les suppressions d’emplois, car elle serait considérée comme moins compétitive… ArcelorMittal a également cassé les emplois en Ukraine en 2012 et aussi en Amérique latine (Brésil, Mexique, Argentine), toujours en 2012 mais ce n’est pas sur le gouvernement, les politiciens, les média, les partis politiques ni les syndicats français qu’il faut compter pour en être informés. Tous sont arqués dans une direction : défendre la France…

Le gouvernement français, en prétendant qu’ArcelorMittal favoriserait les emplois en Inde, suggère aux syndicats et aux travailleurs la voie piégée du nationalisme économique qui consiste à considérer que l’ennemi ne seraient pas les patrons mais les travailleurs des autres pays…

Il faut remarquer, pour ceux qui ne le sauraient pas, que le patron indien... n’a encore construit aucune usine en Inde !!!

Il suffit de taper « Goodyear cut jobs » sur internet pour savoir que la décision de fermeture en France ne cible pas spécifiquement la France mais visiblement les politiciens comme Montebourg, le gouvernement, les média et les syndicats n’ont pas envie de le savoir…

Ils n’ont pas envie de dire plus exactement ce qu’est cette crise actuelle. Ils veulent faire croire que ce qui est en cause, ce serait l’emploi en France, ce serait l’emploi en Europe. Que ce serait une concurrence entre les salariés français et ceux des autres pays. Ils veulent faire monter les haines nationales, les divisions de la classe ouvrière. Alors que c’est le système capitaliste qui prend l’eau. Le Titanic coule et ce navire n’est pas celui de chaque pays. Le système est le même dans tous les pays et c’est lui qui prend l’eau…

Dire qu’il coule ne suffit pas. Il faut expliquer ce qui se passe. Partout dans le monde, les capitalistes privés, qui avaient fait leur beurre durant des centaines d’années en augmentant le nombre de salariés pour augmenter la plus-value extraite du travail humain, y renoncent massivement. Là où ils maintiennent une activité, c’est uniquement à cause des aides massives des Etats qui déboursent pour cela des centaines de milliards de dollars, d’euros et de yens. Y compris des centaines de milliards de yuans. Car la Chine ou l’Inde, eux aussi, ne maintiennent leur production que par des aides étatiques massives.

La « famille Peugeot » ne fait pas exception. Renault ne fait pas exception. Tous se désinvestissent massivement de la production. Sans l’argent d’Etat, aucun trust productif au monde ne fonctionnerait actuellement. Et cela depuis la chute de 2007-2008.

Dans ces conditions, il est clair que parler dans chaque pays des seules activités productives nationales est risible. C’est un mensonge pur et simple. C’est pourtant le discours permanent de tous les gouvernants, de tous les média, de tous les partis politiques et de tous les syndicats…

Une seule conclusion est possible. L’exploitation de la plus-value issue de la production, qui a été la source de la domination mondiale du système, n’est plus réalisable au sein même du système. Le système n’a plus aucun avenir et la classe capitaliste cherche à camoufler cette vérité derrière de misérables arguments comme les différentiels de compétitivité entre un travailleur français et travailleur chinois. Malheureusement pour ces menteurs, le travailleur chinois n’a jamais eu de salaires aussi élevés, les grandes luttes des travailleurs chinois, de véritables insurrections parfois, ayant imposé de considérables hausses de salaires. Et c’est vrai de toute l’Asie, accusé de voler les emplois…

La vérité, c’est que tous les partis, tous les syndicats, tous les média sont trop attachés au système capitaliste pour imaginer sa fin, pour admettre ce qui crève les yeux et ils entendent transformer la réalité en changeant le discours dominant. Mais la réalité est plus forte que tous les menteurs du monde…

Les gouvernants, les grands patrons des banques et des trusts, les dirigeants politiques des classes dirigeantes savent parfaitement que le système prend l’eau et que les mesures d’aides financières massives ne font que charger la barque et accélérer le coulage. Ils ne le font pas pour sauver l’économie, pour sauver les emplois mais pour se donner du temps et en profiter pour développer des campagnes politiques visant à détruire moralement, socialement et politiquement les travailleurs en tant que classe. Faire croire que l’ennemi qui vous vole votre emploi, c’est le travailleur du pays d’à côté est l’un des moyens. On présente ainsi aux travailleurs grecs, les étrangers en général, y compris les Européens comme l’ennemi qui vous a mis dans la misère comme on présente aux Européens les travailleurs grecs comme ceux qui ont trop profité du système. Les classes dirigeantes ne vont bien entendu pas quitter la scène en reconnaissant : le système ne marchera plus. Elles vont s’accrocher, développer des dictatures, trouver des bais, retarder et aggraver. La réponse ne peut pas venir des Etats, des hommes politiques, ni de toute organisation attachée à ce système que ce soit par intérêt ou par réformisme. La réponse doit venir du prolétariat lui-même. Il y va de sa vie et de son avenir.

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Les chantages d’ArcelorMittal et les politiques syndicales

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