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Niger : Acte deux de la campagne de l’impérialisme français en Afrique de l’Ouest

vendredi 15 février 2013, par Robert Paris

Niger : Acte deux de la campagne de l’impérialisme français en Afrique de l’Ouest

La campagne au Mali n’est pas terminée, et déjà la France a ouvert un deuxième front au Niger .

Il est évident pour tout le monde que le rapace impérialisme français a l’intention de recoloniser toute la zone du Sahel. Comme pour le Mali, l’excuse est de déblayer le terrain du terrorisme djihadiste, pour assurer la stabilité de ses amis, et de se présenter comme le champion de la démocratie contre le totalitarisme de la charia. En fait, le véritable objectif n’est pas avancé, l’exploitation des ressources énergétiques et des matières premières stratégiques de la région, mais il est poursuivi avec toute la force et la détermination que le gouvernement Hollande peut rassembler. Derrière les mensonges habituels, il y a un facteur d’accélération à cette action politique et militaire de Paris : la présence chinoise. Au Mali, par exemple, l’impérialisme de Pékin est aussi discret qu’envahissant. Il utilise le « soft power » pour mettre la main sur des projets de construction, d’infrastructures de transport, ce qui donne naissance à un certain nombre d’entreprises qui produisent des biens et du petit outillage. Il a également créé des usines textiles, utilisant les travailleurs locaux, payés bien en dessous des travailleurs chinois, il se positionne également dans la production et le raffinage du sucre et des produits pharmaceutiques. Il a une présence au Tchad, au Soudan et étend son influence dans la plupart des pays du Sahel.

Pour le Niger, la situation est exactement la même, la seule différence étant que dans son sous-sol, il y a aussi d’importantes réserves pétrolières que le troisième gisement mondial d’uranium, contrôlé par la multinationale française Areva.

Le 4 Janvier 2012, le Ministre chinois des Affaires étrangères Yang Jiechi, a été reçu à Niamey, capitale du Niger avec tous les honneurs. Il a tenu une longue et fructueuse réunion avec son homologue, M. Mohamed Bazoum et le président de la République du Niger Issoufou Mahamadou. La visite officielle a pris fin avec la signature de deux accords importants de coopération économique et technique, ainsi que d’aide alimentaire pour laquelle le pays a un fort besoin pour prévenir des troubles et des émeutes populaires qui, compte tenu de la crise économique internationale, en particulier dans ces latitudes, sont toujours à l’ordre du jour.

Depuis 2001, la Chine s’est engagée à mener à bien un certain nombre de projets d’infrastructure économique stratégiques. Le premier est le développement des liaisons intérieures pour un deuxième pont sur le fleuve Niger à Niamey, la capitale, appelé le Pont de l’amitié Chine-Niger. Elle a construit l’hôpital le plus important et moderne de l’ensemble du pays et des routes reliant la capitale aux centres locaux les plus importants. Elle a construit des écoles, mis en place un projet pilote pour l’éclairage à l’énergie solaire et fourni des tonnes de médicaments, de matériel médical et informatique pour l’administration de l’Etat. Cela a permis à la Chine, non seulement d’établir une garnison importante au Niger, mais aussi d’avoir une certaine influence diplomatique dans l’obtention de pas moins de 70 licences pour le forage de puits au Niger. Mais l’objectif principal de cette coopération est représenté par le projet pétrolier intégré d’Agadem qui est entré en vigueur le 28 Novembre, 2011 : avec la China National Petroleum Corporation (CNPC) et sa Société de raffinage de Zinder (SORAZ) pour l’exploitation des champs de pétrole d’Agadem dans l’extrême nord-est du Niger, au moyen d’une nouvelle joint-venture avec des capitaux mixtes sino-nigériens.

Avec cela, le Niger fera un "saut qualitatif" sur la scène pétrolière internationale sous l’égide de l’impérialisme chinois. Actuellement, la production de pétrole est de 20.000 barils par jour, dont 7.000 seulement restent au Niger et les 13.000 restants sont exportés. L’ambition du président Issoufou, grâce à l’assistance technique chinoise, est d’augmenter la production à 80.000 barils par jour dans les premiers mois de 2014, dont 60.000 seront destinés à l’exportation. Non seulement ces faits, mais la prochaine menace chinoise contre la France porte sur le semi-monopole de l’exploitation des mines d’or et des champs pétrolifères. Ceux-ci sont de petites tailles et les réserves non vérifiées, mais assez importantes compte tenu des besoins internationaux en énergie pour les nouvelles sources, entrainant dans un passé récent des guerres qui ne sont pas encore entièrement terminées.

Last but not least, Pékin « charité bien ordonnée… » a réussi également à obtenir des concessions pour l’exploitation de certains gisements d’uranium ce qui a alarmé le gouvernement de Paris. Les progrès de la Chine en termes d’exploitation de l’uranium du Niger, ont déjà commencé en 2006, avec les premières largesses de Tegguida. Ils se sont poursuivis en 2007 avec la mise en place des accords sino-nigériens de Somina pour l’utilisation d’un second champ à Azilik dans l’Agadez qui se sont concrétisés en 2008 lorsque Pékin est devenu le premier investisseur dans les mines d’uranium au Niger, dépassant l’important investissement financier français et en forçant Paris à une bousculade financière effrénée pour ne pas perdre trop de terrain face à son rival impérialiste asiatique.

Après environ un an d’expérience pilote, le premier transport d’uranium en Chine a commencé le 30 octobre 2012, avec des projets d’augmentation de la production à 5000 tonnes en 2020, ce qui équivaut à celle de ses concurrents français, qui, en conformité avec un accord du gouvernement de Niamey, a renégocié le 5 Janvier 2009, un contrat de 35 ans d’exploitation des gisements d’Imourare pour 5000 tonnes par an. Jusque-là, la multinationale française Areva (90% de capital français) exploitait cette zone comme un monopole pour 40% de ses besoins d’uranium en termes civils pour ses centrales nucléaires et en termes militaires pour ses armes nucléaires. À l’heure actuelle la situation pour les intérêts français évolue dangereusement. La présence chinoise érode progressivement non seulement le pouvoir de Paris ainsi que ses intérêts économiques et stratégiques, mais est susceptible de remettre en cause l’ensemble du projet, si cher à l’impérialisme français, de recolonisation de toute la zone du Sahel, à la fois sur le plan économique et politique pour le contrôle stratégique de "ses" anciennes colonies. Parmi les autres pays, il y a intérêt à mettre la main sur les réserves de pétrole du Tchad et de la Mauritanie. Ces derniers viennent de signer des accords d’exploration et de forage éventuels. Total, comme toujours, en collaboration avec le russe Gazprom, prévoit un pipeline 4.000 km depuis le Nigeria qui se connecterait au système de l’Algérie pour rejoindre l’Europe via l’Espagne ou l’Italie. Par conséquent, le calendrier et l’arrogance avec laquelle la machine de guerre française a mis en scène les deux derniers épisodes de guerre dans le Sahel n’est pas surprenant, tout comme le même comportement n’était pas surprenant en Libye contre le gouvernement de Kadhafi pour faire place à Total Fina dans les champs pétrolifères, en écartant ses rivaux méditerranéens, y compris l’italien ENI.

Il est banal de dire que ces épisodes sont « normaux » du fait des conflits impérialistes entre deux concurrents agressifs en Afrique sub-saharienne, mais il est également vrai que la crise mondiale dévastatrice a produit une accélération criminelle des conflits du fait des intérêts économiques et stratégiques. La crise mondiale a réduit encore davantage les marges de profit du capitalisme et de l’économie capitaliste réelle. Elle a encouragé la spéculation et la création de masses énormes de capital fictif qui ont ensuite explosé dans l’économie même qui les avait générées, avec pour résultat que le prolétariat mondial est écrasé sous le poids d’une boucherie sociale sans fin. Elle a également secoué les grandes puissances impérialistes qui, afin de poursuivre à tout prix, la survie de leurs économies, justifient même la violence de la guerre, et produisent des désastres humains et environnementaux partout uniquement pour avoir un minimum d’avantages économiques.

C’est la face tragique que le capitalisme présente tous les jours. La crise a mis des millions de travailleurs dans la rue. Le capitalisme a fait appel à eux pour payer les frais de sa survie. Appétits impérialistes et agression criminelle sont ravivés. Hier, nous avons eu les épisodes de l’Irak et de l’Afghanistan, aujourd’hui ceux du Mali et du Niger, demain on peut s’attendre à ce que la guerre éclate n’importe s’il y a une valeur économique, stratégique ou « seulement » une certaine valeur géopolitique. Les « dommages collatéraux » seront alors la faim et la misère de peuples entiers, l’hyper-exploitation du prolétariat, le chômage galopant joint à un processus de paupérisation incontrôlable ; l’impérialisme n’a aucun intérêt pour ces derniers ni maintenant ni à l’avenir. Si l’impérialisme a un intérêt pour quelque chose, c’est à capturer la colère et le désespoir des dépossédés qu’il a produit puis les entraîner, pour ses propres intérêts, au nom de la démocratie, sous la bannière du nationalisme - à la fois laïc et religieux - pour une guerre « juste » contre le terrorisme et pour la liberté des peuples.

Ce faisant, l’impérialisme ne cherche pas seulement la chair à canon habituelle, la même qui, dans les périodes normales, est l’outil de l’exploitation de son capital, mais il veut aussi, et ce n’est pas une question secondaire, rendre plus difficile toute réponse de classe en tant que classe « pour soi » que le système capitaliste génère continuellement.

FD pour la TCI

Jeudi, 31 janvier 2013

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