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Principaux textes de l’Internationale communiste de Lénine et de Trotsky

mardi 11 mars 2008, par Robert Paris

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1- Les tâches principales de l’Internationale communiste

2- Question nationale et coloniale

3- Le parti communiste et le parlementarisme

4- Thèses sur la question d’Orient

Deuxième Congrès de l’Internationale.Communiste

Juillet 1920

Les tâches principales de l’Internationale Communiste

1. Le moment actuel du développement du mouvement communiste international est caractérisé par le fait que, dans tous les pays capitalistes, les meilleurs représentants du mouvement prolétarien ont parfaitement compris les principes fondamentaux de l’Internationale Communiste, c’est-à-dire : la dictature du prolétariat et le gouvernement des Soviets, et se sont rangés à ses côtés avec un dévouement enthousiaste. Plus important encore est le fait que les plus larges masses du prolétariat des villes et des travailleurs avancés des campagnes manifestent leur sympathie sans réserve pour ces principes essentiels. C’est là un grand pas en avant. D’autre part, deux fautes ou deux faiblesses du mouvement communiste international, qui croît avec une rapidité extraordinaire, se sont fait remarquer. L’une, très grave et qui présente un grand danger immédiat pour la cause de la libération du prolétariat, consiste en ce que certains anciens leaders, certains vieux partis de la II° Internationale, en partie inconsciemment sous la pression des masses, en partie consciemment - et alors les trompant pour conserver leur ancienne situation d’agents et d’auxiliaires de la bourgeoisie au sein du mouvement ouvrier - annoncent leur adhésion conditionnelle ou sans réserve à la III° Internationale, tout en restant, en fait, dans tout leur travail pratique quotidien, au niveau de la II° Internationale. Cet état de choses est absolument inadmissible. Il introduit parmi les masses un élément de corruption, il empêche la formation ou le développement d’un Parti Communiste fort, il met en cause le respect dû à la III° Internationale en la menaçant du recommencement de trahisons semblables à celle des social-démocrates hongrois hâtivement travestis en Communistes. Une autre faute, beaucoup moins importante et qui est bien plutôt une maladie de croissance du mouvement, est la tendance « à gauche » qui conduit à une appréciation erronée du rôle et de la mission du Parti par rapport à la classe ouvrière et à la masse, et de l’obligation pour les révolutionnaires communistes de militer dans les parlements bourgeois et dans les syndicats réactionnaires. Le devoir des Communistes n’est pas de taire les faiblesses de leur mouvement, mais d’en faire ouvertement la critique afin de s’en débarrasser promptement et radicalement. A cette fin, il importe tout d’abord de définir, selon notre expérience pratique, le contenu des notions de dictature du prolétariat et de pouvoir des Soviets ; en second lieu, en quoi peut et doit consister dans tous les pays le travail préparatoire, immédiat et systématique, en vue de la réalisation de ces mots d’ordre ; et en troisième lieu, quels voies et moyens nous permettent de guérir notre mouvement de ses faiblesses. I. L’ESSENCE DE LA DICTATURE DU PROLÉTARIAT ET DU POUVOIR DES SOVIETS. 2. La victoire du socialisme (première étape du Communisme) sur le capitalisme exige l’accomplissement par le prolétariat, seule classe réellement révolutionnaire, des trois tâches suivantes : La première consiste à renverser les exploiteurs et, en premier lieu, la bourgeoisie, leur représentant économique et politique principal ; il s’agit de leur infliger une défaite totale, de briser leur résistance, de rendre impossible de leur part toute tentative de restauration du capital et de l’esclavage salarié. La deuxième consiste à entraîner à la suite de l’avant-garde du prolétariat révolutionnaire, de son Parti Communiste, non seulement tout le prolétariat, mais aussi toute la masse des travailleurs exploités par le capital, à les éclairer, à les organiser, à les éduquer, à les discipliner au cours même de la lutte impitoyable et téméraire contre les exploiteurs, - à arracher dans tous les pays capitalistes cette écrasante majorité de la population à la bourgeoisie, à lui inspirer pratiquement confiance dans le rôle de directeur du prolétariat de son avant-garde révolutionnaire. La troisième, de neutraliser ou de réduire à l’impuissance les inévitables hésitants entre le prolétariat et la bourgeoisie, entre la démocratie bourgeoise et le pouvoir des Soviets, de la classe de petits propriétaires ruraux, industriels et négociants, encore assez nombreux bien que ne formant qu’une minorité de la population et des catégories d’intellectuels, d’employés, etc., gravitant autour de cette classe. La première et la deuxième tâches exigent chacune des méthodes d’action particulières à l’égard des exploités et des exploiteurs. La troisième découle des deux premières ; elle n’exige qu’une application habile, souple et opportune des méthodes appliquées aux premières et qu’il s’agit d’adapter aux circonstances concrètes. 3. Dans la conjoncture actuelle, créée dans le monde entier, et surtout dans les pays capitalistes les plus avancés, les plus puissants, les plus éclairés, les plus libres, par le militarisme, l’impérialisme, l’oppression des colonies et des pays faibles, la tuerie impérialiste mondiale et la « paix » de Versailles, la pensée d’une paisible soumission de la majorité des exploités aux capitalistes et d’une évolution pacifique vers le socialisme, n’est pas seulement un signe de médiocrité petite-bourgeoise : c’est aussi une duperie, la dissimulation de l’esclavage du salariat, la déformation de la vérité aux yeux des travailleurs. La vérité est que la bourgeoisie la plus éclairée, la plus démocratique, ne recule pas devant le massacre de millions d’ouvriers et de paysans à seule fin de sauver la propriété privée des moyens de production. Le renversement de la bourgeoisie par la violence, la confiscation de ses propriétés, la destruction de son mécanisme d’Etat, parlementaire, judiciaire, militaire, bureaucratique, administratif, municipal, etc. jusqu’à l’exil ou l’internement de tous les exploiteurs les plus dangereux et les plus obstinés, sans exception, l’exercice sur leurs milieux d’une stricte surveillance pour la répression des tentatives qu’ils ne manqueront pas de faire dans l’espoir de restaurer l’esclavage capitaliste, telles sont les mesures qui peuvent seules assurer la soumission réelle de la classe entière des exploiteurs. D’autre part, l’idée coutumière aux vieux partis et aux vieux leaders de la II° Internationale, que la majorité des travailleurs et des exploités peut, en régime capitaliste, sous le joug esclavagiste de la bourgeoisie - qui revêt des formes infiniment variées, d’autant plus raffinées et à la fois plus cruelles et plus impitoyables que le pays capitaliste est plus cultivé - acquérir une pleine conscience socialiste, la fermeté socialiste, des convictions et du caractère, cette idée, disons-nous, trompe aussi les travailleurs. En fait, ce n’est qu’après que l’avant-garde prolétarienne, soutenue par la seule classe révolutionnaire ou par sa majorité, aura renversé les exploiteurs, les aura brisés, aura libéré les exploités de leurs servitudes et immédiatement amélioré leurs conditions d’existence au détriment des capitalistes expropriés - ce n’est qu’alors, et au prix de la plus âpre guerre civile, que l’éducation, l’instruction, l’organisation des plus grandes masses exploitées pourra se faire autour du prolétariat, sous son influence et sa direction, et qu’il sera possible de vaincre leur égoïsme, leurs vices, leurs faiblesses, leur manque de cohésion, entretenus par le régime de la propriété privée, et de les transformer en une vaste association de libres travailleurs.

4. Le succès de la lutte contre le capitalisme exige un juste rapport des forces entre le Parti Communiste comme guide, le prolétariat, la classe révolutionnaire et la masse, c’est-à-dire l’ensemble des travailleurs et des exploités. Le Parti Communiste, s’il est véritablement l’avant-garde de la classe révolutionnaire, s’il s’assimile tous ses meilleurs représentants, s’il est composé de Communistes conscients et dévoués, éclairés et éprouvés par l’expérience d’une longue lutte révolutionnaire, s’il a su se lier indissolublement à toute l’existence de la classe ouvrière et par son intermédiaire à celle de toute la masse exploitée et leur inspirer une pleine confiance, ce Parti seul est capable de diriger le prolétariat dans la lutte finale, la plus acharnée, contre toutes les forces du capitalisme. Et ce n’est que sous la direction d’un Parti semblable que le prolétariat peut annihiler l’apathie et la résistance de la petite aristocratie ouvrière, composée des leaders du mouvement syndical et corporatif corrompus par le capitalisme, et développer toutes ses énergies, infiniment plus grandes que sa force numérique parmi la population, par suite de la structure économique du capitalisme lui-même. Enfin, ce n’est que libérée effectivement du joug du capital et de l’appareil gouvernemental de l’Etat, ce n’est qu’après avoir obtenu la possibilité d’agir librement que la masse, c’est-à-dire la totalité des travailleurs et des exploités organisés dans les Soviets, pourra développer, pour la première fois dans l’histoire, l’initiative et l’énergie de dizaines de millions d’hommes étouffés par le capitalisme. Ce n’est que lorsque les Soviets seront devenus l’unique mécanisme de l’Etat, que pourra être assurée la participation effective des masses autrefois exploitées à toute l’administration du pays, participation qui, dans les démocraties bourgeoises les plus éclairées et les plus libres, était impossible quatre-vingt quinze fois sur cent. Dans les Soviets, la masse des exploités commence à apprendre, non des livres, mais de son expérience pratique, ce qu’est l’édification socialiste, la création d’une nouvelle discipline sociale et la libre association des travailleurs libres. II. EN QUOI DOIT CONSISTER LA PRÉPARATION IMMÉDIATE DE LA DICTATURE PROLÉTARIENNE 5. Le développement actuel du mouvement communiste international est caractérisé par ce fait que dans nombre de pays capitalistes, le travail de préparation du prolétariat à l’exercice de la dictature n’est pas achevé et très souvent n’a pas encore été commencé de façon systématique. Il ne s’ensuit pas que la révolution prolétarienne soit impossible dans un avenir très prochain ; elle est, au contraire, tout ce qu’il y a de plus possible, la situation politique et économique étant extraordinairement riche en matières inflammables et en causes susceptibles de provoquer leur embrasement inopiné ; un autre facteur de la révolution, en dehors de l’état de préparation du prolétariat, est notamment la crise générale en présence de laquelle se trouvent tous les partis gouvernants et tous les partis bourgeois. Mais il résulte de ce qui a été dit que la tâche actuelle des Partis Communistes consiste à hâter la révolution, sans toutefois la provoquer artificiellement avant une préparation suffisante ; la préparation du prolétariat à la révolution doit être intensifiée par l’action. D’autre part, les cas signalés plus haut dans l’histoire de beaucoup de partis socialistes, obligent de bien veiller à ce que la reconnaissance de la dictature du prolétariat ne puisse pas rester purement verbale. Pour ces raisons, la tâche principale du Parti Communiste, du point de vue du mouvement international prolétarien, est à l’heure présente le groupement de toutes les forces communistes éparses, la formation dans chaque pays d’un Parti Communiste unique (ou le renforcement et le renouvellement des partis déjà existants) afin de décupler le travail de préparation du prolétariat à la conquête du pouvoir sous forme de dictature du prolétariat. L’action socialiste habituelle des groupes et des partis qui reconnaissent la dictature du prolétariat, est loin d’avoir subi cette modification fondamentale, ce renouvellement radical, qui est nécessaire, pour qu’on en reconnaisse l’action comme étant bien communiste et comme correspondant aux tâches de la veille de la dictature prolétarienne.

6. La conquête du pouvoir politique par le prolétariat n’interrompt pas la lutte de classe de celui-ci contre la bourgeoisie, mais au contraire, ne fait que la rendre plus large, plus acerbe, plus impitoyable. Tous les groupes, partis, militants du mouvement ouvrier qui adoptent en totalité ou en partie le point de vue du réformisme, du « centre », etc., se placeront inévitablement, par suite de l’extrême exacerbation de la lutte, soit du côté de la bourgeoisie, soit du côté des hésitants ou (ce qui est plus dangereux) tomberont dans le nombre des amis indésirables du prolétariat victorieux. C’est pourquoi la préparation de la dictature du prolétariat exige non seulement le renforcement de la lutte contre la tendance des réformistes et des « centristes », mais aussi la modification du caractère de cette lutte. Celle-ci ne peut pas se limiter à la démonstration du caractère erroné de ces tendances, mais elle doit aussi démasquer inlassablement et impitoyablement tout militant du mouvement ouvrier qui manifestera ces tendances, le prolétariat ne pouvant pas savoir sans cela avec qui il marche à la lutte finale contre la bourgeoisie. Cette lutte est telle, qu’elle peut changer à tout instant et transformer, comme l’a déjà démontré l’expérience, l’arme de la critique en critique par les armes. Tout manque d’esprit de suite, ou toute faiblesse dans la lutte contre ceux qui se conduisent comme des réformistes ou des « centristes », a pour conséquence un accroissement direct du danger de renversement du pouvoir du prolétariat par la bourgeoisie, qui utilisera demain pour la contre-révolution ce qui ne paraît aux bornés qu’un « désaccord théorique » d’aujourd’hui.

7. Il est impossible de se limiter à la négation habituelle de principe de toute collaboration avec la bourgeoisie, de tout « coalitionnisme ». Une simple défense de la « liberté » et de « l’égalité » avec le maintien de la propriété privée des moyens de production, se transforme dans les conditions de la dictature du prolétariat, qui ne sera jamais en état d’abolir d’un coup la propriété privée en entier, en « collaboration » avec la bourgeoisie qui sapera directement le pouvoir de la classe ouvrière. Car la dictature du prolétariat signifie l’affermissement gouvernemental et la défense, par tout le système d’Etat, non pas de « la liberté » pour les exploiteurs de continuer leur œuvre d’oppression et d’exploitation, non pas de « l’égalité » du propriétaire (c’est-à-dire de celui qui conserve pour sa jouissance personnelle certains moyens de production créés par le travail de la collectivité) et du pauvre. Ce qui nous paraît jusqu’à la victoire du prolétariat n’être qu’un désaccord sur la question de la « démocratie » deviendra inévitablement demain, après la victoire, une question qu’il faudra trancher par les armes. Sans transformation radicale de tout le caractère de la lutte contre les « centristes » et les « défenseurs de la démocratie » la préparation même préalable des masses à la réalisation de la dictature du prolétariat est donc impossible. 8. La dictature du prolétariat est la forme la plus décisive et la plus révolutionnaire de la lutte de classes du prolétariat et de la bourgeoisie. Pareille lutte ne peut être victorieuse que lorsque l’avant-garde la plus révolutionnaire du prolétariat entraîne derrière elle l’écrasante majorité ouvrière. La préparation de la dictature du prolétariat exige pour ces raisons, non seulement la divulgation du caractère bourgeois du réformisme et de toute défense de la démocratie impliquant le maintien de la propriété privée sur les moyens de production ; non seulement la divulgation des manifestations de tendances, qui signifient en fait la défense de la bourgeoisie au sein du mouvement ouvrier ; mais elle exige aussi le remplacement des anciens leaders par des Communistes dans toutes les formes d’organisation prolétarienne, politiques, syndicales, coopératives, d’éducation, etc. Plus la domination de la démocratie bourgeoise a été longue et ferme, dans un pays donné, plus la bourgeoisie a réussi a amener aux postes importants du mouvement ouvrier des hommes éduqués par elle, par ses conceptions, par ses préjugés, très souvent directement ou indirectement achetés par elle. Il est indispensable, et il faut le faire avec cent fois plus de hardiesse qu’on ne l’a fait jusqu’ici, de remplacer ces représentants de l’aristocratie ouvrière par des travailleurs même inexpérimentés, proches de la masse exploitée et jouissant de sa confiance dans la lutte contre les exploiteurs. La dictature du prolétariat exigera la désignation de tels travailleurs inexpérimentés aux postes les plus importants du gouvernement, sans quoi le pouvoir de la classe ouvrière restera impuissant et ne sera pas soutenu par la masse.

9. La dictature du prolétariat est la réalisation la plus complète de la domination de tous les travailleurs et de tous les exploités, opprimés, abrutis, terrorisés, éparpillés, trompés par la classe capitaliste, mais conduits par la seule classe sociale préparée à cette mission dirigeante par toute l’histoire du capitalisme. C’est pourquoi la préparation de la dictature prolétarienne doit être partout et immédiatement commencée, entre autres par les moyens que voici : Dans toutes les organisations sans exception, - syndicats, unions, etc. - prolétariennes d’abord et ensuite non-prolétariennes, des masses laborieuses exploitées (qu’elles soient politiques, syndicales, militaires, coopératives, postscolaires, sportives, etc.), des groupes ou des noyaux communistes doivent être formés, de préférence ouvertement, mais, s’il le faut, clandestinement - ce qui devient obligatoire toutes les fois que leur mise hors la loi et l’arrestation de leurs membres sont à craindre ; ces groupes, rattachés les uns aux autres et rattachés au centre du Parti, échangeant le résultat de leur expérience, s’occupant d’agitation, de propagande et d’organisation. s’adaptent à tous les domaines de la vie sociale, à tous les aspects et à toutes les catégories de la masse laborieuse, doivent procéder par leur travail multiple à leur propre éducation, à celle du Parti, de la classe ouvrière et de la masse. Il est, cependant, de la plus haute importance d’élaborer pratiquement, - dans leur développement nécessaire - des méthodes d’action, d’une part, à l’égard des leaders ou des représentants autorisés des organisations, complètement corrompus par les préjugés impérialistes et petits-bourgeois (ces leaders, il faut impitoyablement les démasquer et les exclure du mouvement ouvrier) et, d’autre part, à l’égard des masses qui, surtout depuis la tuerie impérialiste, sont disposées à prêter l’oreille à l’enseignement de la nécessité de suivre le prolétariat, seul capable de les tirer de l’esclavage capitaliste. Il convient de savoir aborder les masses avec patience et circonspection, afin de comprendre les particularités psychologiques de chaque profession, de chaque groupe au sein de cette masse. 10. Il est un groupe ou fraction de Communistes qui mérite tout particulièrement l’attention et la surveillance du Parti : c’est la fraction parlementaire, autrement dit, le groupe des membres du parti élus au Parlement (ou aux municipalités, etc.). D’une part, ces tribunes sont, aux yeux des couches profondes de la classe laborieuse retardataire ou farcie de préjugés petits-bourgeois, d’une importance capitale ; c’est d’ailleurs la raison qui fait que les Communistes doivent, du haut de ces tribunes, mener une action de propagande, d’agitation, d’organisation, et expliquer aux masses pourquoi était nécessaire en Russie (comme il le sera, le cas échéant, dans tous les pays) la dissolution du Parlement bourgeois par le congrès pan-russe de Soviets. D’autre part, toute l’histoire de la démocratie bourgeoise a fait de la tribune parlementaire, notamment dans les pays avancés, la principale ou l’une des principales arènes des duperies financières et politique, de l’arrivisme, de l’hypocrisie, de l’oppression des travailleurs. C’est pourquoi la haine vivace nourrie à l’égard des parlements par les meilleurs représentants du prolétariat est pleinement justifiée. C’est pourquoi les Partis Communistes et tous les partis adhérents à la III° Internationale (dans les cas surtout où ces partis n’ont pas été créés par suite d’une scission des anciens partis après une lutte longue et acharnée, mais se sont formés par l’adoption souvent nominale d’une nouvelle position par les anciens partis) doivent observer une attitude très rigoureuse à l’égard de leurs fractions parlementaires, c’est-à-dire exiger : leur subordination complète au Comité Central du Parti ; l’introduction de préférence dans leur composition d’ouvriers révolutionnaires ; l’analyse la plus attentive dans la presse du Parti et aux réunions de celui-ci, des discours des parlementaires du point de vue de leur attitude communiste ; la désignation des parlementaires pour l’action de propagande parmi les masses, l’exclusion immédiate de tous ceux qui manifesteraient une tendance vers la II° Internationale, etc.

11. Un des obstacles les plus graves au mouvement ouvrier révolutionnaire dans les pays capitalistes développés dérive du fait que grâce aux possessions coloniales et à la plus-value du capital financier, etc., le capital a réussi à y créer une petite aristocratie ouvrière relativement imposante et stable. Elle bénéficie des meilleures conditions de rétribution ; elle est, par-dessus tout, pénétrée d’un esprit de corporatisme étroit, de petite bourgeoisie et de préjugés capitalistes. Elle constitue le véritable « point d’appui » social de la II° Internationale des réformistes et des « centristes », et elle est bien près, à l’heure actuelle, d’être le point d’appui principal de la bourgeoisie. Aucune préparation, même préalable, du prolétariat au renversement de la bourgeoisie n’est possible sans une lutte directe, systématique, large, déclarée, avec cette petite minorité, qui, sans aucun doute (comme l’a pleinement prouvé l’expérience) donnera nombre des siens à la garde blanche de la bourgeoisie après la victoire du prolétariat. Tous les partis adhérant à la III° Internationale doivent, coûte que coûte, donner corps dans la vie à ce mot d’ordre, « plus profondément dans les masses », en comprenant par masse tout l’ensemble des travailleurs et des exploités par le capital, et surtout les moins organisés et les moins éclairés, les plus opprimés et les moins accessibles à l’organisation. Le prolétariat ne devient révolutionnaire qu’autant qu’il ne s’enferme pas dans les cadres d’un étroit corporatisme et pour autant qu’il agit dans toutes les manifestations et tous les domaines de la vie sociale, comme le chef de toute la masse laborieuse et exploitée. La réalisation de sa dictature est impossible sans préparation et sans la résolution de consentir aux pertes les plus grandes au nom de la victoire sur la bourgeoisie. Et sous ce rapport, l’expérience de la Russie a une importance pratique de principe. Le prolétariat russe n’aurait pas pu réaliser sa dictature, n’aurait pas pu conquérir la sympathie et la confiance générales de toute la masse ouvrière, s’il n’avait pas fait preuve de plus d’esprit de sacrifice et s’il n’avait pas plus profondément souffert de la faim que toutes les autres couches de cette masse, aux heures les plus difficiles des attaques, des guerres, du blocus de la bourgeoisie mondiale. L’appui le plus complet et le plus dévoué du Parti Communiste et du prolétariat d’avant-garde est tout particulièrement nécessaire à l’égard de tout mouvement gréviste large, violent, considérable, qui est seul en état, sous l’oppression du capital, de réveiller véritablement, d’ébranler et d’organiser les masses, de leur inspirer une confiance pleine et entière en le rôle directeur du prolétariat révolutionnaire. Sans une semblable préparation, aucune dictature du prolétariat n’est possible, et les hommes capables de prendre fait et cause contre les grèves comme le font Kautsky en Allemagne et Turati en Italie, ne doivent pas être tolérés au sein des partis qui se rattachent à la III° Internationale. Ceci concerne certainement plus encore les leaders parlementaires et trade-unionistes qui, à tout moment, trahissent les ouvriers, en leur enseignant par la grève le réformisme et non la révolution (exemples : Jouhaux en France, Gompers en Amérique, G.-H. Thomas en Angleterre).

12. Pour tous les pays, même pour les plus « libres », les plus « légaux », les plus « pacifiques » au sens de la plus faible exacerbation de la lutte de classe, le moment est venu où il est d’une nécessité absolue pour tout Parti communiste, d’unir l’action légale et illégale, l’organisation légale et l’organisation clandestine. Car dans les pays les plus cultivés et les plus libres, ceux du régime bourgeois-démocratique le plus « stable », les gouvernements, en dépit de leurs déclarations mensongères et cyniques, établissent déjà de secrètes listes noires de communistes, violent à tout instant leur propre constitution en soutenant plus ou moins secrètement les gardes-blancs et l’assassinat des communistes dans tous les pays, préparent dans l’ombre les arrestations des communistes, introduisent parmi eux des provocateurs, etc. Il n’est que le plus réactionnaire esprit petit-bourgeois, quelle que soit la beauté des phrases « démocratiques » et pacifiques dont il se pare, qui puisse nier ce fait et la conclusion obligatoire qui en découle : la formation immédiate par tous les partis communistes légaux d’organisations clandestines en vue de l’action illégale, organisations qui seront prête pour le jour où la bourgeoisie se mettra à traquer les communistes. Une action illégale dans l’armée, dans la flotte, dans la police est de la plus haute importance ; depuis la grande guerre impérialiste tous les gouvernements du monde ont pris peur de l’armée populaire et ont eu recours à tous les procédés imaginables pour constituer spécialement des unités militaires avec des éléments spécialement triés parmi la bourgeoisie et armés des engins meurtriers les plus perfectionnés. Il est d’autre part également nécessaire dans tous les cas, sans exception, de ne pas se borner à une action illégale, mais aussi de poursuivre l’action légale en surmontant à cet effet toutes les difficultés, en fondant des journaux légaux et des organisations légales sous les désignations les plus différentes, et le cas échéant en changeant fréquemment leurs dénominations. Ainsi agissent les partis communistes illégaux en Finlande, en Hongrie, en Allemagne et dans une certaine mesure, en Pologne, Lituanie, etc. Ainsi doivent agir les Travailleurs Industriels du Monde (I.W.W.) en Amérique, et devront agir tous les autres partis communistes légaux, au cas où il plairait aux procureurs de leur intenter des poursuites pour la seule acceptation des résolutions des Congrès de l’Internationale Communiste, etc. L’absolue nécessité d’unir l’action légale et illégale n’est pas déterminée en principe par l’ensemble des conditions de l’époque que nous traversons, période de veille de dictature prolétarienne, mais par le besoin de montrer à la bourgeoisie qu’il n’y a pas et qu’il ne peut pas y avoir de domaines et de champs d’action, que n’aient pas conquis les communistes, et aussi parce qu’il existe encore partout de profondes couches du prolétariat, et dans des proportions plus vastes encore une masse laborieuse et exploitée non prolétarienne, qui font toujours confiance à la légalité bourgeoise démocratique, et qu’il est très important pour nous de dissuader.

13. L’état de la presse ouvrière dans les pays capitalistes les plus avancés montre de façon éclatante le mensonge de la liberté et de l’égalité en démocratie bourgeoise, de même que la nécessité d’unir systématiquement l’action légale et illégale. Tant dans l’Allemagne vaincue que dans l’Amérique victorieuse, toutes les forces de l’appareil gouvernemental de la bourgeoisie et toute l’astuce des rois de l’or sont mises en mouvement pour dépouiller les ouvriers de leur presse : poursuites judiciaires et arrestations (ou assassinats commis par des spadassins) des rédacteurs, confiscation des envois postaux, confiscation du papier, etc. Et tout ce qui est nécessaire à un journal quotidien en fait d’information se trouve entre les mains des agences télégraphiques bourgeoises, les annonces sans lesquelles un grand journal ne peut pas couvrir ses frais sont à la « libre » disposition des capitalistes. En résumé, la bourgeoisie, par le mensonge, par la pression du capital et de l’Etat bourgeois dépouille le prolétariat révolutionnaire de sa presse. Pour lutter contre cet état de choses, les Partis Communistes doivent créer un nouveau type de presse périodique destiné à la diffusion en masse parmi les ouvriers, comportant : 1° des publications légales qui apprendraient, sans se déclarer communistes et sans parler de leur dépendance du Parti, à tirer parti des moindres possibilités légales, comme les bolcheviks l’ont fait sous le tsarisme après 1905 ; 2° des tracts illégaux, ne fût ce que d’un format minime, paraissant irrégulièrement, mais imprimés par les ouvriers dans un grand nombre de typographies (clandestinement, ou si le mouvement s’est renforcé, par la mainmise sur les typographes) donnant au prolétariat une information libre, révolutionnaire, et des mots d’ordre révolutionnaires. Sans une bataille révolutionnaire, qui entraînera les masses, pour la liberté de la presse communiste, la préparation de la dictature du prolétariat est impossible. III. MODIFICATION DE LA LIGNE DE CONDUITE, ET PARTIELLEMENT, DE LA COMPOSITION SOCIALE DES PARTIS ADHÉRANT OU DÉSIREUX D’ADHÉRER À L’INTERNATIONALE COMMUNISTE 14. Le degré de préparation du prolétariat des pays les plus importants, au point de vue de l’économie et de la politique mondiales, à la réalisation de la dictature ouvrière se caractérise avec le plus d’objectivité et d’exactitude, par le fait que les partis les plus influents de la II° Internationale, tels que le Parti Socialiste Français, le Parti Social-Démocrate Indépendant Allemand, le Parti Ouvrier Indépendant Anglais, le Parti Socialiste Américain sont sortis de cette Internationale Jaune et ont décidé, sous condition, d’adhérer à la III° Internationale. Il est ainsi prouvé que l’avant-garde n’est pas seule, que la majorité du prolétariat révolutionnaire a commencé, persuadée par toute la marche des événements, à passer de notre côté. L’essentiel maintenant est de savoir achever ce passage et solidement affermir par l’organisation ce qui a été obtenu, afin qu’il soit possible d’aller de l’avant sur toute la ligne sans la moindre hésitation.

15. Toute l’activité des partis précités (auxquels il faut encore ajouter le Parti Socialiste Suisse si le télégramme nous informant de sa décision d’adhésion à la III° Internationale est exact) prouve (et n’importe quelle publication de ces partis le confirme indubitablement), qu’elle n’est pas encore communiste et va fréquemment à l’encontre des principes fondamentaux de la III° Internationale en reconnaissant la démocratie bourgeoise au lieu de la dictature du prolétariat et du pouvoir soviétique. Pour ces raisons le 2° Congrès de l’Internationale Communiste déclare qu’il ne considère pas comme possible de reconnaître immédiatement ces partis ; qu’il confirme la réponse faite par le Comité Exécutif de l’Internationale Communiste aux indépendants allemands ; qu’il confirme son consentement d’entrer en pourparlers avec tout parti qui sortira de la II° Internationale et qui exprimera le désir de se rapprocher de la III° Internationale ; qu’il accorde voix consultative aux délégués de ces partis à tous ses Congrès et Conférences ; qu’il pose les conditions suivantes pour l’union complète de ces partis (et partis similaires) avec l’Internationale Communiste. 1. Publication de toutes les décisions de tous les Congrès de l’Internationale Communiste et du Comité Exécutif dans toutes les éditions périodiques du Parti ; 2. Examen de ces dernières à des réunions spéciales de toutes les organisations locales du Parti ; 3. Convocation, après cet examen, d’un Congrès spécial du Parti afin d’en exclure les éléments qui continuent à agir dans l’esprit de la II° Internationale. Ce Congrès devra être convoqué aussi vite que possible dans un délai maximum de quatre mois après le 2° Congrès de l’Internationale Communiste ; 4. Expulsion du Parti de tous les éléments qui continuent à agir dans l’esprit de la II° Internationale ; 5. Passage de tous les organes périodiques du Parti aux mains de rédacteurs exclusivement communistes ; 6. Les partis qui voudraient adhérer maintenant à la III° Internationale mais qui n’ont pas encore modifié radicalement leur ancienne tactique doivent préalablement veiller à ce que les deux tiers des membres de leur comité central et des institutions centrales les plus importantes soient composés de camarades qui, déjà avant le 2° Congrès, s’étaient ouvertement prononcés pour l’adhésion du Parti à la III° Internationale. Des exceptions peuvent être faites avec l’approbation du Comité Exécutif de l’Internationale Communiste. Le Comité Exécutif se réserve aussi le droit de faire des exceptions en ce qui concerne les représentants de la tendance centriste mentionnés au paragraphe 7 ; 7. Les membres du Parti qui rejettent les conditions et les thèses établies par l’Internationale Communiste doivent être exclus du Parti. Il en est de même des délégués au Congrès extraordinaire.

16. En ce qui concerne l’attitude des communistes qui forment la minorité actuelle parmi les militants responsables des Partis précités et similaires, le 2° Congrès de l’Internationale Communiste décide que par suite de l’allure rapide du développement actuel de l’esprit révolutionnaire des masses la sortie des communistes de ces Partis n’est pas désirable, aussi longtemps qu’ils auront la possibilité d’y mener une action dans le sens de la reconnaissance de la dictature du prolétariat et du pouvoir soviétique, de critiquer les opportunistes et les centristes qui y demeurent encore. Toutefois lorsque l’aile gauche d’un parti centriste aura acquis une force suffisante elle pourra, si elle le juge utile au développement du communisme, quitter le Parti en bloc et former un parti communiste. En même temps le 2° Congrès de la III° Internationale approuve également l’adhésion des groupes et organisations communistes ou sympathisant au communisme au Labour Party anglais, bien que ce dernier ne soit pas encore sorti de la II° Internationale. Aussi longtemps que ce Parti laissera à ses organisations leur liberté actuelle de critique, d’action, de propagande, d’agitation et d’organisation pour la dictature du prolétariat et pour le pouvoir soviétique, aussi longtemps qu’il conservera son caractère d’union de toutes les organisations syndicales de la classe ouvrière, les communistes doivent faire toutes les tentatives et aller jusqu’à certains compromis afin d’avoir la possibilité d’exercer une influence sur les grandes masses des travailleurs, de dénoncer leurs chefs opportunistes du haut des tribunes en vue des masses, de hâter le passage du pouvoir politique des mains des représentants directs de la bourgeoisie aux mains des lieutenants ouvriers de la classe ouvrière pour délivrer au plus tôt les masses des dernières illusions a ce sujet.

17. En ce qui concerne le Parti Socialiste Italien, le 2° Congrès de la III° Internationale, reconnaissant que la révision du programme voté l’année dernière par ce Parti dans son Congrès de Bologne marque une étape très importante dans sa transformation vers le communisme, et que les propositions présentées par la Section de Turin au conseil général du Parti publiées dans le journal l’Ordine Nuovo du 8 mai 1920 correspondent à tous les principes fondamentaux de la III° Internationale, prie le Parti Socialiste Italien d’examiner, dans le prochain Congrès qui doit être convoqué en vertu des statuts du Parti et des dispositions générales sur l’admission à la III° Internationale, les susdites propositions et toutes les décisions des deux Congrès de l’Internationale Communiste, particulièrement au sujet de la fraction parlementaire, des Syndicats et des éléments non communistes du Parti.

18. Le 2° Congrès de la III° Internationale considère comme inadéquates les conceptions sur les rapports du Parti avec la classe ouvrière et avec la masse, sur la participation facultative des Partis Communistes à l’action parlementaire et à l’action des syndicats réactionnaires, qui ont été amplement réfutées dans les résolutions spéciales du présent Congrès, après avoir été surtout défendues par « le Parti Ouvrier Communiste Allemand », et quelque peu par le « Parti Communiste Suisse », par l’organe du bureau viennois de l’Internationale Communiste pour l’Europe Orientale, Kommunismus, par quelques camarades hollandais, par certaines organisations communistes d’Angleterre (dont la « Fédération Ouvrière Socialiste »), etc., ainsi que par les « I.W.W. » d’Amérique et par les « Shop Stewards Committees » d’Angleterre, etc., etc. Néanmoins le 2° Congrès de la III° Internationale croit possible et désirable la réunion à la III° Internationale de celles de ces organisations qui n’y ont pas encore officiellement adhéré, car dans le cas présent, et surtout à l’égard des « Shop Stewards Committees » anglais, nous nous trouvons en présence d’un profond mouvement prolétarien, qui se tient en fait sur le terrain des principes fondamentaux de l’Internationale Communiste. Dans de telles organisations, les conceptions erronées sur la participation à l’action des Parlements bourgeois s’expliquent moins par le rôle des éléments issus de la bourgeoisie qui apportent leurs conceptions, d’un esprit au fond petit-bourgeois, telles que le sont souvent celles des anarchistes, que par l’inexpérience politique des prolétaires vraiment révolutionnaires et liés avec la masse. Le 2° Congrès de la III° Internationale prie pour ces raisons toutes les organisations et tous les groupes communistes des pays anglo-saxons de poursuivre même au cas où les « I.W.W. » et les « Shop Stewards Committees » ne se rattacheraient pas immédiatement à la III° Internationale, une politique de relations plus amicales avec ces organisations, de rapprochement avec elles et avec les masses qui sympathisent avec elles, en leur faisant comprendre amicalement du point de vue de l’expérience de toutes les révolutions russes du XX° siècle, le caractère erroné de leurs conceptions, et en réitérant les tentatives de fusion avec ces organisations dans un Parti Communiste unique.

19. Le Congrès attire l’attention de tous les camarades, surtout des pays romans et anglo-saxons, sur ce fait : depuis la guerre une profonde division d’idées se produit parmi les anarchistes du monde entier au sujet de l’attitude à observer vis-à-vis de la dictature du prolétariat et du pouvoir soviétique. Dans ces conditions, parmi les éléments prolétariens qui on souvent été poussés à l’anarchisme par la haine pleinement justifiée de l’opportunisme et du réformisme de la II° Internationale, on observe une compréhension particulièrement exacte de ces principes, et qui ne fait que s’étendre davantage au fur et à mesure que l’expérience de la Russie, de la Finlande, de la Hongrie, de la Lituanie, de la Pologne et de l’Allemagne est mieux connue. Pour ces raisons le Congrès croit du devoir de tous les camarades de soutenir par tous les moyens le passage de tous les éléments prolétariens de masses de l’anarchisme à la III° Internationale. Le Congrès considère que le succès de l’action des Partis vraiment communistes doit être apprécié entre autres, dans la mesure où ils auront réussi à attirer à eux tous les éléments vraiment prolétariens de l’anarchisme.

Deuxième Congrès de l’I.C. Juillet 1920 Thèses et additions sur les questions nationales et coloniales A. Thèses 1. La position abstraite et formelle de la question de l’égalité - l’égalité des nationalités y étant incluse - est propre à la démocratie bourgeoise sous la forme de l’égalité des personnes, en général ; la démocratie bourgeoise proclame l’égalité formelle ou juridique du prolétaire, de l’exploiteur et de l’exploité, induisant ainsi les classes opprimées dans la plus profonde erreur. L’idée d’égalité, qui n’était que le reflet des rapports créés par la production pour le négoce, devient, entre les mains de la bourgeoisie, une arme contre l’abolition des classes combattue désormais au nom de l’égalité absolue des personnalités humaines. Quant à la signification véritable de la revendication égalitaire, elle ne réside que dans la volonté d’abolir les classe. 2. Conformément à son but essentiel - la lutte contre la démocratie bourgeoise, dont il s’agit de démasquer l’hypocrisie - le Parti communiste, interprète conscient du prolétariat en lutte contre le joug de la bourgeoisie, doit considérer comme formant la clef de voûte de la question nationale, non des principes abstraits et formels, mais : 1. une notion claire des circonstances historiques et économiques ; 2. la dissociation précise des intérêts des classes opprimées, des travailleurs, des exploités, par rapport à la conception générale des soi-disant intérêts nationaux, qui signifient en réalité ceux des classes dominantes ; 3. la division tout aussi nette et précise des nations opprimées, dépendantes, protégées - et oppressives et exploiteuses, jouissant de tous les droits, contrairement à l’hypocrisie bourgeoise et démocratique qui dissimule, avec soin, l’asservissement (propre à 1’époque du capital financier de l’impérialisme) par la puissance financière et colonisatrice, de l’immense majorité des populations du globe à une minorité de riches pays capitalistes. 2. La guerre impérialiste de 1914-1918 a mis en évidence devant toutes les nations et toutes les classes opprimées du monde la duperie des phraséologies démocratiques et bourgeoises - le traité de Versailles, dicté par les fameuses démocraties occidentales, ne faisant que sanctionner, à l’égard des nations faibles, des violences plus lâches et plus cyniques encore que celles des junkers et du kaiser à Brest-Litovsk. La Ligue des Nations et la politique de l’Entente dans leur ensemble ne font que confirmer ce fait et développer l’action révolutionnaire du prolétariat des pays avancés et des masses laborieuses des pays colonisés ou assujettis, hâtant ainsi la banqueroute des illusions nationales de la petite-bourgeoise, quant à la possibilité d’un paisible voisinage et d’une égalité véritable des nations, sous le régime capitaliste. 4. Il résulte de ce qui précède que la pierre angulaire de la politique de l’Internationale Communiste, dans les questions coloniale et nationale, doit être le rapprochement des prolétaires et des travailleurs de toutes les nations et de tous les pays pour la lutte commune contre les possédants et la bourgeoisie. Car ce rapprochement est la seule garantie de notre victoire sur le capitalisme, sans laquelle ne peuvent être abolies ni les oppressions nationales, ni l’inégalité. 5. La conjoncture politique mondiale actuelle met à l’ordre du jour la dictature du prolétariat ; et tous les événements de la politique mondiale se concentrent inévitablement autour d’un centre de gravité : la lutte de la bourgeoisie internationale contre la République des Soviets, qui doit grouper autour d’elle d’une part les mouvements soviétiques des travailleurs avancés de tous les pays, de l’autre tous les mouvements émancipateurs nationaux des colonies et des nationalités opprimées qu’une expérience amère a convaincues qu’il n’est pas de salut, pour elles, en dehors d’une alliance avec le prolétariat révolutionnaire et avec le pouvoir soviétique victorieux de l’impérialisme mondial. 6. On ne peut donc plus se borner à reconnaître ou proclamer le rapprochement des travailleurs de tous les pays. Il est désormais nécessaire de poursuivre la réalisation de l’union la plus étroite de tous les mouvements émancipateurs nationaux et coloniaux avec la Russie des Soviets, en donnant à cette union des formes correspondantes au degré d’évolution du mouvement prolétarien parmi le prolétariat de chaque pays, ou du mouvement émancipateur démocrate bourgeois parmi les ouvriers et les paysans des pays arriérés ou de nationalités arriérées. 7. Le principe fédératif nous apparaît comme une forme transitoire vers l’unité complète des travailleurs de tous les pays. Le principe fédératif a déjà montré pratiquement sa conformité au but poursuivi, tant au cours des relations entre la République Socialiste Fédérative des Soviets russes et les autres républiques des Soviets (hongroise, finlandaise, lettone, par le passé ; azerbaïdjane et ukrainienne, présentement), qu’au sein même de la République russe, à l’égard de nationalités qui n’avaient auparavant ni Etat, ni existence autonome (exemple les républiques autonomes des Bashkirs et des Tartares, créées en Russie soviétique en 1919 et 1920). 8. La tâche de l’Internationale Communiste est d’étudier et de vérifier l’expérience (et le développement ultérieur) de ces nouvelles fédérations basées sur la forme soviétique et sur le mouvement soviétique. Considérant la fédération comme une forme transitoire vers l’unité complète, il nous est nécessaire de tendre à une union fédérative de plus en plus étroite, en tenant compte : 1. de l’impossibilité de défendre, sans la plus étroite union entre elles, les républiques soviétiques entourées d’ennemis impérialistes infiniment supérieurs par leur puissance militaire ; 2. de la nécessité d’une étroite union économique des républiques soviétiques, sans laquelle la réédification des forces productrices détruites par l’impérialisme, la sécurité et le bien-être des travailleurs ne peuvent être assurés ; 3. de la tendance à la réalisation d’un plan économique universel dont l’application régulière serait contrôlée par le prolétariat de tous les pays, tendance qui s’est manifestée avec évidence sous le régime capitaliste et doit certainement continuer son développement et arriver à la perfection par le régime socialiste. 9. Dans le domaine des rapports sociaux à l’intérieur des Etats constitués, l’Internationale Communiste ne peut se borner à la reconnaissance formelle, purement officielle et sans conséquences pratiques, de l’égalité des nations, dont se contentent les démocrates bourgeois qui s’intitulent socialistes. Il ne suffit pas de dénoncer inlassablement dans toute la propagande et l’agitation des Partis communistes - et du haut de la tribune parlementaire comme en dehors d’elle - les violations constantes du principe de l’égalité des nationalités et des droits des minorités nationales, dans tous les Etats capitalistes (et en dépit de leurs « constitutions » démocratiques) ; il faut aussi démontrer sans cesse que le gouvernement des Soviets seul peut réaliser l’égalité des nationalités en unissant les prolétaires d’abord, l’ensemble des travailleurs ensuite, dans la lutte contre la bourgeoisie ; il faut aussi démontrer que le régime des Soviets assure un concours direct, par l’intermédiaire du Parti communiste, à tous les mouvements révolutionnaires des pays dépendants ou lésés dans leurs droits (par exemple, l’Irlande, les noirs d’Amérique, etc.) et des colonies. Sans cette condition particulièrement importante de la lutte contre l’oppression des pays asservis ou colonisés, la reconnaissance officielle de leur droit à l’autonomie, n’est qu’une enseigne mensongère, comme nous le voyons par la II° Internationale. 10. C’est la pratique habituelle non seulement des partis du centre de la II° Internationale, mais aussi de ceux qui ont abandonné cette Internationale pour reconnaître l’internationalisme en paroles et pour lui substituer en réalité, dans la propagande, l’agitation et la pratique, le nationalisme et le pacifisme des petits-bourgeois. Cela se voit aussi parmi les partis qui s’intitulent maintenant communistes. La lutte contre ce mal et contre les préjugés petits-bourgeois les plus profondément ancrés (se manifestant sous des formes variées, telles que la haine des races, l’antagonisme national et l’antisémitisme) acquiert une importance d’autant plus grande que le problème de la transformation de la dictature prolétarienne nationale (qui n’existe que dans un pays et qui, par conséquent, est incapable d’exercer une influence sur la politique mondiale) en dictature prolétarienne internationale (celle que réaliseraient au moins plusieurs pays avancés et qui seraient capables d’exercer une influence décisive sur la politique mondiale) devient plus actuel. Le nationalisme petit-bourgeois restreint l’internationalisme à la reconnaissance du principe d’égalité des nations et (sans insister davantage sur son caractère purement verbal) conserve intact l’égoïsme national tandis que l’internationalisme prolétarien exige : 1. La subordination des intérêts de la lutte prolétarienne dans un pays à l’intérêt de cette lutte dans le monde entier ; 2. De la part des nations qui ont vaincu la bourgeoisie, le consentement aux plus grands sacrifices nationaux en vue du renversement du capital international. Dans le pays où le capitalisme atteint déjà son développement complet, où existent les partis ouvriers formant l’avant-garde du prolétariat, la lutte contre les déformations opportunistes et pacifistes de l’internationalisme, par la petite-bourgeoise, est donc un devoir immédiat des plus importants. 11. A l’égard des Etats et des pays les plus arriérés, où prédominent des institutions féodales ou patriarcales rurales, il convient d’avoir en vue : 1. La nécessité du concours de tous les partis communistes aux mouvements révolutionnaires d’émancipation dans ces pays, concours qui doit être véritablement actif et dont la forme doit être déterminée par le Parti communiste du pays, s’il en existe un. L’obligation de soutenir activement ce mouvement incombe naturellement en premier lieu aux travailleurs de la métropole ou du pays, dans la dépendance financière duquel se trouve le peuple en question ; 2. La nécessité de combattre l’influence réactionnaire et moyenâgeuse du clergé, des missions chrétiennes et autres éléments ; 3. Il est aussi nécessaire de combattre le panislamisme, le panasiatisme et autres mouvements similaires qui tâchent d’utiliser la lutte émancipatrice contre l’impérialisme européen et américain pour rendre plus fort le pouvoir des impérialistes turcs et japonais, de la noblesse, des grands propriétaires fonciers, du clergé, etc. ; 4. Il est d’une importance toute spéciale de soutenir le mouvement paysan des pays arriérés contre les propriétaires fonciers, contre les survivances ou les manifestations de l’esprit féodal ; on doit avant tout s’efforcer de donner au mouvement paysan un caractère révolutionnaire, d’organiser partout où il est possible. les paysans et tous les opprimés en Soviets et ainsi de créer une liaison très étroite du prolétariat communiste européen et du mouvement révolutionnaire paysan de l’Orient, des colonies, et des pays arriérés en général ; 5. Il est nécessaire de combattre énergiquement les tentatives faites par des mouvements émancipateurs qui ne sont en réalité ni communistes, ni révolutionnaires, pour arborer les couleurs communistes ; l’Internationale Communiste ne doit soutenir les mouvements révolutionnaires dans les colonies et les pays arriérés, qu’à la condition que les éléments des plus purs partis communistes - et communistes en fait - soient groupés et instruits de leurs tâches particulières, c’est-à-dire de leur mission de combattre le mouvement bourgeois et démocratique. L’Internationale Communiste doit entrer en relations temporaires et former aussi des unions avec les mouvements révolutionnaires dans les colonies et les pays arriérés, sans toutefois jamais fusionner avec eux, et en conservant toujours le caractère indépendant de mouvement prolétarien même dans sa forme embryonnaire ; 6. Il est nécessaire de dévoiler inlassablement aux masses laborieuses de tous les pays, et surtout des pays et des nations arriérées. la duperie organisée par les puissances impérialistes, avec l’aide des classes privilégiées dans les pays opprimés, lesquelles font semblant d’appeler à l’existence des Etats politiquement indépendants qui, en réalité, sont des vassaux - aux points de vue économique, financier et militaire. Comme exemple frappant des duperies pratiquées à l’égard de la classe des travailleurs dans les pays assujettis par les efforts combinés de l’impérialisme des Alliés et de la bourgeoisie de telle ou telle nation, nous pouvons citer l’affaire des sionistes en Palestine, où, sous prétexte de créer un Etat juif, en ce pays où les juifs sont en nombre insignifiant, le sionisme a livré la population indignée des travailleurs arabes à l’exploitation de l’Angleterre. Dans la conjoncture internationale actuelle, il n’y a pas de salut pour les peuples faibles et asservis hors de la fédération des républiques soviétiques. 12. L’opposition séculaire des petites nations et des colonies par les puissances impérialistes a fait naître, chez les masses laborieuses des pays opprimés, non seulement un sentiment de rancune envers les nations qui oppriment en général, mais encore un sentiment de défiance à l’égard du prolétariat des pays oppresseurs. L’infâme trahison des chefs officiels de la majorité socialiste en 1914-1919, alors que le socialisme chauvin qualifiait du nom de « défense nationale » la défense des « droits » de « sa bourgeoisie » à l’asservissement des colonies et à la mise en coupe réglée des pays financièrement dépendants, n’a pu qu’accroître cette défiance bien légitime. Ces préjugés ne pouvant disparaître qu’après la disparition du capitalisme et de l’impérialisme, dans les pays avancés, et après la transformation radicale de la vie économique des pays arriérés, leur extinction ne peut être que très lente, d’où le devoir, pour le prolétariat conscient de tous les pays, de se montrer particulièrement circonspect envers les survivances du sentiment national des pays opprimés depuis un temps très long, et de voir aussi à consentir à certaines concessions utiles en vue de hâter la disparition de ces préjugés et de cette défiance. La victoire sur le capitalisme est conditionnée par la bonne volonté d’entente du prolétariat d’abord et, ensuite, des masses laborieuses de tous les pays du monde et de toutes les nations. B. Thèses supplémentaires 1. La fixation exacte des relations de l’Internationale communiste et du mouvement révolutionnaire dans les pays qui sont dominés par l’impérialisme capitaliste, en particulier de la Chine, est une des questions les plus importantes pour le 2° Congrès de l’Internationale Communiste. La révolution mondiale entre dans une période pour laquelle une connaissance exacte de ces relations est nécessaire. La grande guerre européenne et ses résultats ont montré très clairement que les masses des pays assujettis en dehors de l’Europe sont liées d’une façon absolue au mouvement prolétarien d’Europe, et que c’est là une conséquence inévitable du capitalisme mondial centralisé. 2. Les colonies constituent une des principales sources des forces du capitalisme européen. Sans la possession des grands marchés et des grands territoires d’exploitation dans les colonies, les puissances capitalistes d’Europe ne pourraient pas se maintenir longtemps. L’Angleterre, forteresse de l’impérialisme, souffre de surproduction depuis plus d’un siècle. Ce n’est qu’en conquérant des territoires coloniaux, marchés supplémentaires pour la vente des produits de surproduction et sources de matières premières pour son industrie croissante, que l’Angleterre a réussi à maintenir, malgré ses charges, son régime capitaliste. C’est par l’esclavage des centaines de millions d’habitants de l’Asie et de l’Afrique que l’impérialisme anglais est arrivé à maintenir jusqu’à présent le prolétariat britannique sous la domination bourgeoise. 3. La plus-value obtenue par l’exploitation des colonies, est un des appuis du capitalisme moderne. Aussi longtemps que cette source de bénéfices ne sera pas supprimée, il sera difficile à la classe ouvrière de vaincre le capitalisme. Grâce à la possibilité d’exploiter intensément la main-d’œuvre et les sources naturelles de matières premières des colonies, les nations capitalistes d’Europe ont cherché, non sans succès, à éviter par ces moyens leur banqueroute imminente. L’impérialisme européen a réussi dans ses propres pays à faire des concessions toujours plus grandes à l’aristocratie ouvrière. Tout en cherchant d’un côté à maintenir les conditions de vie des ouvriers dans les pays asservis à un niveau très bas, il ne recule devant aucun sacrifice et consent à sacrifier la plus-value dans ses propres pays, celle des colonies lui demeurant. 4. La suppression par la révolution prolétarienne de la puissance coloniale de l’Europe renversera le capitalisme européen. La révolution prolétarienne et la révolution des colonies doivent concourir, dans une certaine mesure, à l’issue victorieuse de la lutte. L’Internationale Communiste doit donc étendre le cercle de son activité. Elle doit nouer des relations avec les forces révolutionnaires qui sont à l’œuvre pour la destruction de l’impérialisme dans les pays économiquement et politiquement dominés. 5. L’Internationale Communiste concentre la volonté du prolétariat révolutionnaire mondial. Sa tâche est d’organiser la classe ouvrière du monde entier pour le renversement de l’ordre capitaliste et l’établissement du communisme. L’Internationale Communiste est un instrument de lutte qui a pour tâche de grouper toutes les forces révolutionnaires du monde. La II° Internationale, dirigée par un groupe de politiciens et pénétrée de conceptions bourgeoises, n’a donné aucune importance à la question coloniale. Le monde n’existait pour elle que dans les limites de l’Europe. Elle n’a pas vu la nécessité de rattacher le mouvement révolutionnaire des autres continents. Au lieu de prêter une aide matérielle et morale au mouvement révolutionnaire des colonies, les membres de la II° Internationale sont eux-mêmes devenus impérialistes. 6. L’impérialisme étranger qui pèse sur les peuples orientaux, les a empêchés de se développer socialement et économiquement, simultanément avec les classes de l’Europe et de l’Amérique. Grâce à la politique impérialiste qui a entravé le développement industriel des colonies, une classe prolétarienne dans le sens propre de ce mot n’a pas pu y surgir, bien que, dans ces derniers temps, les métiers indigènes aient été détruits par la concurrence des produits des industries centralisées des pays impérialistes. La conséquence en a été que la grosse majorité du peuple s’est trouvée rejetée dans la campagne et obligée de s’y consacrer au travail agricole et à la production de matières premières pour l’exportation. La conséquence en a été une rapide concentration de la propriété agraire dans les mains soit des gros propriétaires fonciers, soit du capital financier, soit de l’Etat. De cette manière s’est créée une masse puissante de paysans sans terre. Et la grande masse de la population a été maintenue dans l’ignorance. Le résultat de cette politique est que, dans ceux d’entre ces pays où l’esprit révolutionnaire se manifeste, il ne trouve son expression que dans la classe moyenne cultivée. La domination étrangère entrave le libre développement des forces économiques. C’est pourquoi sa destruction est le premier pas de la révolution dans les colonies et c’est pourquoi l’aide apportée à la destruction de la domination étrangère dans les colonies n’est pas, en réalité, une aide apportée au mouvement nationaliste de la bourgeoisie indigène, mais l’ouverture du chemin pour le prolétariat opprimé lui-même. 7. Il existe dans les pays opprimés deux mouvements qui, chaque jour, se séparent de plus en plus : le premier est le mouvement bourgeois démocratique nationaliste qui a un programme d’indépendance politique et d’ordre bourgeois ; l’autre est celui des paysans et des ouvriers ignorants et pauvres pour leur émancipation de toute espèce d’exploitation. Le premier tente de diriger le second et y a souvent réussi dans une certaine mesure. Mais l’Internationale Communiste et les partis adhérents doivent combattre cette tendance et chercher à développer les sentiments de classe indépendante dans les masses ouvrières des colonies. L’une des plus grandes tâches à cette fin est la formation de partis communistes qui organisent les ouvriers et les paysans et les conduisent à la révolution et à l’établissement de la République soviétique. 8. Les forces du mouvement d’émancipation dans les colonies ne sont pas limitées au petit cercle du nationalisme bourgeois démocratique. Dans la plupart des colonies il y a déjà un mouvement social-révolutionnaire ou des partis communistes en relation étroite avec les masses ouvrières. Les relations de l’Internationale Communiste avec le mouvement révolutionnaire des colonies doivent servir ces partis ou ces groupes, car ils sont l’avant-garde de la classe ouvrière. S’ils sont faibles aujourd’hui, ils représentent cependant la volonté des masses et les masses les suivront dans la voie révolutionnaire. Les partis communistes des différents pays impérialistes doivent travailler en contact avec ces partis prolétariens dans les colonies et leur prêter une aide matérielle et morale. 9. La révolution dans les colonies, dans son premier stade, ne peut pas être une révolution communiste, mais si dès son début, la direction est aux mains d’une avant-garde communiste, les masses ne seront pas égarées et dans les différentes périodes du mouvement leur expérience révolutionnaire ne fera que grandir. Ce serait certainement une grosse erreur que de vouloir appliquer immédiatement dans les pays orientaux à la question agraire, les principes communistes. Dans son premier stade, la révolution dans les colonies doit avoir un programme comportant des réformes petites-bourgeoises, telles que la répartition des terres. Mais il n’en découle pas nécessairement que la direction de la révolution doive être abandonnée à la démocratie bourgeoise. Le parti prolétarien doit au contraire développer une propagande puissante et systématique en faveur des Soviets, et organiser des Soviets de paysans et d’ouvriers. Ces Soviets devront travailler en étroite collaboration avec les républiques soviétiques des pays capitalistes avancés pour atteindre à la victoire finale sur le capitalisme dans le monde entier. Ainsi les masses des pays arriérés, conduites par le prolétariat conscient des pays capitalistes développés, arriveront au communisme sans passer par les différents stades du développement capitaliste.

Deuxième Congrès de l’Internationale Communiste Juillet 1920 Le Parti Communiste et le parlementarisme

I. - LA NOUVELLE ÉPOQUE ET LE NOUVEAU PARLEMENTARISME

L’attitude des partis socialistes à l’égard du parlementarisme consistait à l’origine, à l’époque de la Première Internationale, à utiliser les Parlements bourgeois pour l’agitation. On envisageait la participation à l’action parlementaire du point de vue du développement de la conscience de classe, c’est-à-dire de l’éveil de l’hostilité des classes prolétariennes contre les classes dirigeantes. Cette attitude se modifia, non sous l’influence d’une théorie, mais sous celle du progrès politique. Par suite de l’augmentation incessante des forces productrices et de l’élargissement du domaine de l’exploitation capitaliste, le capitalisme et, avec lui, les Etats parlementaires acquirent une stabilité durable. De là, l’adaptation de la tactique parlementaire des partis socialistes à l’action législative « organique » des Parlements bourgeois et l’importance toujours croissante de la lutte pour l’introduction des réformes dans les cadres du capitalisme, la prédominance du programme minimum des partis socialistes, la transformation du programme maximum en une plate-forme destinée aux discussions sur un « but final » éloigné. Sur cette base se développèrent l’arrivisme parlementaire, la corruption, la trahison ouverte ou camouflée des intérêts primordiaux de la classe ouvrière. L’attitude de la III° Internationale envers le parlementarisme n’est pas déterminée par une nouvelle doctrine, mais par la modification du rôle du parlementarisme même. A l’époque précédente, le Parlement, instrument du capitalisme en voie de développement, a, dans un certain sens, travaillé pour le progrès historique. Dans les conditions actuelles, caractérisées par le déchaînement de l’impérialisme, le Parlement est devenu un instrument de mensonge, de fraude, de violences, de destruction, d’actes de brigandage, œuvres de l’impérialisme ; les réformes parlementaires, dépourvues d’esprit de suite et de stabilité et conçues sans plan d’ensemble, ont perdu toute importance pratique pour les masses laborieuses. Le parlementarisme a perdu sa stabilité de même que toute la société bourgeoise. La transition de la période organique à la période critique crée une nouvelle base à la tactique du prolétariat dans le domaine parlementaire. C’est ainsi que le parti ouvrier russe (le parti bolchevik) détermina déjà les bases du parlementarisme révolutionnaire à l’époque antérieure, la Russie ayant perdu depuis 1905 son équilibre politique et social et étant entrée dès lors dans une période de tourmentes et de bouleversements. Quand des socialistes, aspirant au communisme, soulignent que l’heure de la révolution n’est pas encore venue dans leurs pays et se refusent à se séparer des opportunistes parlementaires, ils procèdent, au fond, d’une représentation, consciente ou inconsciente, de la période qui s’ouvre, considérée comme une période de stabilité relative de la société impérialiste et pensent pour cette raison qu’une collaboration avec les Turati et les Longuet peut donner sur cette base des résultats pratiques dans la lutte pour les réformes. Le communisme doit prendre pour point de départ l’étude théorique de notre époque (apogée du capitalisme, tendances de l’impérialisme à sa propre négation et à sa propre destruction, aggravation continue de la guerre civile, etc.). Les formes des relations politiques et des groupements peuvent différer dans les divers pays, mais le fond des choses reste le même partout : il s’agit pour nous de la préparation immédiate, politique et technique, du soulèvement prolétarien qui doit détruire le pouvoir bourgeois et établir le nouveau pouvoir prolétarien. Pour les communistes, le Parlement ne peut être en aucun cas, à l’heure actuelle, le théâtre d’une lutte pour des réformes et pour l’amélioration de la situation de la classe ouvrière, comme il arriva à certains moments, à l’époque antérieure. Le centre de gravité de la vie politique actuelle est complètement définitivement sorti du Parlement. D’autre part, la bourgeoisie est obligée, par ses rapports avec les masses laborieuses et aussi par suite des rapports complexes existant au sein des classes bourgeoises, de faire approuver de diverses façons certaines de ses actions par le Parlement, où les coteries se disputent le pouvoir, manifestent leurs forces et leurs faiblesses, se compromettent, etc. Aussi le devoir historique immédiat de la classe ouvrière est-il d’arracher ces appareils aux classes dirigeantes, de les briser, de les détruire et de leur substituer les nouveaux organes du pouvoir prolétarien. L’état-major révolutionnaire de la classe ouvrière est d’ailleurs profondément intéressé à avoir dans les institutions parlementaires de la bourgeoisie des éclaireurs qui faciliteront son œuvre de destruction. On voit clairement dès lors la différence essentielle entre la tactique des communistes allant au Parlement à des fins révolutionnaires, et celle du parlementarisme socialiste qui commence par reconnaître la stabilité relative, la durée indéfinie du régime. Le parlementarisme socialiste se donne pour tâche d’obtenir à tout prix des réformes ; il est intéressé à ce que chaque conquête soit mise par les masses au compte du parlementarisme socialiste (Turati, Longuet et Cie). Le vieux parlementarisme d’adaptation est remplacé par un parlementarisme nouveau, qui est l’un des moyens de détruire le parlementarisme en général. Mais les traditions écœurantes de l’ancienne tactique parlementaire rapprochent certains éléments révolutionnaire des antiparlementaires par principe (les I.W.W., les syndicalistes révolutionnaires, le Parti ouvrier communiste d’Allemagne). Considérant cette situation, le II° Congrès de l’Internationale Communiste arrive aux conclusions suivantes : II. - LE COMMUNISME, LA LUTTE POUR LA DICTATURE DU PROLÉTARIAT ET « POUR L’UTILISATION » DU PARLEMENT BOURGEOIS

1.Le parlementarisme de gouvernement est devenu la forme « démocratique » de la domination de la bourgeoisie, à laquelle il faut, à un moment donné de son développement, une fiction de représentation populaire exprimant en apparence la « volonté du peuple » et non celle des classes, mais constituant en réalité, aux mains du Capital régnant, un instrument de coercition et d’oppression. 2. Le parlementarisme est une forme déterminée de l’Etat. Aussi ne convient-il en aucune façon à la société communiste, qui ne connaît ni classes, ni lutte de classes, ni pouvoir gouvernemental d’aucune sorte. 3. Le parlementarisme ne peut pas être non plus la forme du gouvernement « prolétarien » dans la période de transition de la dictature de la bourgeoisie à la dictature du prolétariat. Au moment le plus grave de la lutte de classes, lorsque celle-ci se transforme en guerre civile, le prolétariat doit bâtir inévitablement sa propre organisation gouvernementale, considérée comme une organisation de combat dans laquelle les représentants des anciennes classes dominantes ne seront pas admis ; toute fiction de volonté populaire est, au cours de cette phase, nuisible au prolétariat ; celui-ci n’a nul besoin de la séparation parlementaire des pouvoirs, qui ne pourrait que lui être néfaste ; la République des Soviets est la forme de la dictature du prolétariat. 4. Les Parlements bourgeois, constituant un des principaux appareils de la machine gouvernementale de la bourgeoisie, ne peuvent pas plus être conquis par le prolétariat que l’Etat bourgeois, en général. La tâche du prolétariat consiste à faire sauter la machine gouvernementale de la bourgeoisie, à la détruire, y compris les institutions parlementaires, que ce soit celles des Républiques ou celles des monarchies constitutionnelles. 5. Il en est de même des institutions municipales ou communales de la bourgeoisie, qu’il est théoriquement faux d’opposer aux organes gouvernementaux. A la vérité, elles font aussi partie du mécanisme gouvernemental de la bourgeoisie : elles doivent être détruites par le prolétariat révolutionnaire et remplacées par les Soviets de députés ouvriers. 6. Le communisme se refuse donc à voir dans le parlementarisme une des formes de la société future ; il se refuse à y voir la forme de la dictature de classe du prolétariat ; il nie la possibilité de la conquête durable des Parlements ; il se donne pour but l’abolition du parlementarisme. Il ne peut dès lors être question de l’utilisation des institutions gouvernementales bourgeoises qu’en vue de leur destruction. C’est dans ce sens et uniquement dans ce sens que la question peut être posée.

7. Toute lutte de classes est une lutte politique, car elle est, en fin de compte, une lutte pour le pouvoir. Toute grève, étendue à un pays entier, devient une menace pour l’Etat bourgeois et acquiert par là même un caractère politique. S’efforcer de renverser la bourgeoisie et de détruire l’Etat bourgeois, c’est soutenir une lutte politique. Nous devons créer un appareil de gouvernement et de coercition prolétarien, de classe, contre la bourgeoisie réfractaire ; c’est, quel que soit cet appareil, conquérir le pouvoir politique. 8. La lutte politique ne se réduit donc nullement à une question d’attitude envers le parlementarisme. Elle embrasse toute la lutte de la classe du prolétariat, pour autant que cette lutte cesse d’être locale et partielle et tend au renversement du régime capitaliste en général. 9. La méthode fondamentale de la lutte du prolétariat contre la bourgeoisie, c’est-à-dire contre son pouvoir gouvernemental, est avant tout celle des actions en masse. Ces dernières sont organisées et dirigées par les organisations de masse du prolétariat (syndicats, partis, soviets), sous la conduite générale du Parti communiste, solidement uni, discipliné et centralisé. La guerre civile est une guerre. Dans cette guerre, le prolétariat doit avoir de bons cadres politiques et un bon état-major politique dirigeant toutes les opérations dans tous les domaines de l’action. 10. La lutte des masses constitue tout un système d’actions en voie de développement, qui s’avivent par leur forme même et mènent logiquement à l’insurrection contre l’Etat capitaliste. Dans cette lutte de masse, appelée à se transformer en guerre civile, le parti dirigeant du prolétariat doit, en règle générale, fortifier toutes ses positions légales, en faire des points d’appui secondaires de son action révolutionnaire et les subordonner au plan de la campagne principale, c’est-à-dire à la lutte des masses. 11. La tribune du Parlement bourgeois est un de ces points d’appui secondaires. On ne peut pas invoquer contre l’action parlementaire, la qualité bourgeoise de l’institution même. Le Parti communiste y entre non pour s’y livrer à une action organique, mais pour saper de l’intérieur la machine gouvernementale et le Parlement (exemples : l’action de Liebknecht en Allemagne, celle des bolcheviks à la Douma du tsar, à la « Conférence démocratique » et au « Préparlement » de Kérenski, à l’Assemblée constituante, dans les municipalités ; enfin, l’action des communistes bulgares). 12.Cette action parlementaire, qui consiste surtout à user de la tribune parlementaire à des fins d’agitation révolutionnaire, à dénoncer les manœuvres de l’adversaire, à grouper autour de certaines idées les masses qui, surtout dans les pays arriérés, considèrent la tribune parlementaire, avec de grandes illusions démocratiques, doit être totalement subordonnée aux buts et aux tâches de la lutte extraparlementaire des masses. La participation aux campagnes électorales et la propagande révolutionnaire du haut de la tribune parlementaire ont une signification particulière pour la conquête politique des milieux de la classe ouvrière qui, comme les masses laborieuses rurales, sont demeurés jusqu’à présent à l’écart du mouvement révolutionnaire et de la politique. 13. Les communistes, s’ils obtiennent la majorité dans les municipalités, doivent : a) former une opposition révolutionnaire à l’égard du pouvoir central de la bourgeoisie ; b) s’efforcer par tous les moyens de rendre service à la partie la plus pauvre de la population (mesures économiques, création ou tentative de création d’une milice ouvrière armée, etc.) ; c) révéler en toute occasion les obstacles suscités par l’Etat bourgeois contre toute réforme radicale ; d) développer sur cette base une propagande révolutionnaire énergique, sans craindre le conflit avec le pouvoir bourgeois ; e) remplacer, dans certaines circonstances, les municipalités par des Soviets de députés ouvriers. Toute l’action des communistes dans les municipalités doit donc s’intégrer dans l’œuvre générale de désagrégation du système capitaliste ; 14. La campagne électorale elle-même doit être menée, non dans le sens de l’obtention du maximum de mandats parlementaires, mais dans celui de la mobilisation des masses sous les mots d’ordre de la révolution prolétarienne. La lutte électorale ne doit pas être le fait des seuls dirigeants du Parti, l’ensemble des membres du Parti doit y prendre part ; tout mouvement des masses doit être utilisé (grèves, manifestations, effervescence dans l’armée et la flotte, etc.) ; on établira avec ce mouvement un contact étroit ; l’activité des organisations prolétariennes de masse sera sans cesse stimulée ; 15. Ces conditions et celles qui sont indiquées dans une instruction spéciale étant observées, l’action parlementaire se trouve en complète opposition avec l’écœurante petite politique des partis socialistes de tous les pays, dont les députés vont au Parlement pour soutenir cette institution « démocratique », et, dans le meilleur des cas, pour la « conquérir ». Le Parti communiste ne peut admettre que l’utilisation exclusivement révolutionnaire du parlementarisme, à la manière de Karl Liebknecht, de Hoeglund et de bolcheviks. AU PARLEMENT

16. « L’antiparlementarisme » de principe, conçu comme le refus absolu et catégorique de participer aux élections et à l’action parlementaire révolutionnaire, n’est donc qu’une doctrine enfantine et naïve ne résistant pas à la critique, résultat parfois d’une saine aversion pour les politiciens parlementaires, mais qui n’aperçoit pas, par ailleurs, la possibilité du parlementarisme révolutionnaire. Il arrive, de plus, que cette opinion se base sur une notion tout à fait erronée du rôle du Parti, considéré non comme l’avant-garde ouvrière centralisée et organisée pour le combat, mais comme un système décentralisé de groupes mal reliés entre eux. 17. D’un autre côté, la nécessité d’une participation effective à des élections et à des assemblées parlementaires données ne découle nullement de la reconnaissance en principe de l’action révolutionnaire au Parlement. Tout dépend ici d’une série de conditions spécifiques. La sortie des communistes du Parlement peut devenir nécessaire à un moment donné. C’était le cas, lorsque les bolchéviks se retirèrent du Préparlement de Kérenski, afin de le torpiller, de le rendre du coup impuissant et de lui opposer plus nettement le Soviet de Pétrograd à la veille de se mettre à la tête de l’insurrection ; c’était le cas, lorsque les bolchéviks reportèrent le centre de gravité des événements politiques au III° Congrès des Soviets. En d’autres circonstances, le boycottage les élections peut s’imposer, ou l’anéantissement immédiat, par la force, de l’Etat bourgeois et de la coterie bourgeoise ; ou encore la participation aux élections coïncidant avec le boycottage du Parlement même, etc. 18. Reconnaissant ainsi, en règle générale, la nécessité de participer aux élections parlementaires et municipales et de travailler dans les Parlements et les municipalités, le Parti communiste doit trancher la question selon le cas concret, en s’inspirant des particularités spécifiques de la situation. Le boycottage des élections ou du Parlement, de même que la sortie du Parlement, sont surtout admissibles en présence de conditions permettant le passage immédiat à la lutte armée pour la conquête du pouvoir. 19. Il est indispensable d’avoir constamment en vue le caractère relativement secondaire de cette question. Le centre de gravité étant dans la lutte extraparlementaire pour le pouvoir politique, il va de soi que la question générale de la dictature du prolétariat et de la lutte des masses pour cette dictature ne peut se comparer à la question particulière de l’utilisation du parlementarisme. 20. C’est pourquoi l’Internationale communiste affirme de la façon la plus catégorique qu’elle considère comme une faute grave envers le mouvement ouvrier toute scission ou tentative de scission provoquée au sein du Parti communiste par cette question et uniquement par cette question. Le Congrès invite tous les partisans de la lutte de masse pour la dictature du prolétariat, sous la direction d’un parti centralisé sur toutes les organisations de la classe ouvrière, à réaliser l’unité complète des éléments communistes, en dépit des divergences de vues possibles quant à l’utilisation des Parlements bourgeois. III. - LA TACTIQUE RÉVOLUTIONNAIRE Les mesures suivantes s’imposent afin de garantir l’application effective d’une tactique révolutionnaire au Parlement : 1.Le Parti communiste dans son ensemble et son Comité central s’assurent, dès la période préparatoire qui précède les élections, de la sincérité et de la valeur communiste des membres du groupe parlementaire communiste ; il a le droit indiscutable de récuser tout candidat désigné par une organisation, s’il n’a pas la conviction que ce candidat fera une politique véritablement communiste. Les partis communistes doivent renoncer à la vieille habitude social-démocrate de faire exclusivement élire des parlementaires « expérimentés », et surtout des avocats. De règle, les candidats seront pris parmi les ouvriers : on ne craindra pas de désigner de simples membres du Parti sans grande expérience parlementaire. Les partis communistes doivent repousser avec un mépris impitoyable les arrivistes qui viennent à eux, à seule fin d’entrer au Parlement. Les Comités centraux ne doivent approuver que les candidatures d’hommes qui, de longues années durant, ont donné des preuves indiscutables de leur dévouement à la classe ouvrière. 2. Les élections achevées, il appartient exclusivement au Comité central du Parti communiste d’organiser le groupe parlementaire, que le Parti soit à ce moment légal ou illégal. Le choix du président et des membres du bureau du groupe parlementaire doit être approuvé par le Comité central. Le Comité central du Parti aura au groupe parlementaire un représentant permanent jouissant du droit de veto. Sur toutes les questions politiques importantes, le groupe parlementaire est tenu de demander les directives préalables du Comité central. Le Comité central a le droit et le devoir de désigner ou de récuser les orateurs du groupe appelés à intervenir sur des questions importantes et d’exiger que les thèses ou le texte complet de leurs discours, etc., soient soumis à son approbation. Tout candidat porté sur la liste communiste signe l’engagement officiel de résigner son mandat à la première injonction du Comité central, afin que le Parti ait toujours la possibilité de le remplacer. 3. Dans les pays où des réformistes, des demi-réformistes, voire simplement des arrivistes ont déjà réussi à s’introduire dans le groupe parlementaire communiste (c’est déjà le cas pour plusieurs pays), les Comités centraux des partis communistes sont tenus de procéder à une épuration radicale de ces groupes, en s’inspirant du principe qu’un groupe parlementaire peu nombreux, mais vraiment communiste sert beaucoup mieux les intérêts de la classe ouvrière qu’un groupe nombreux sans ferme politique communiste. 4. Tout député communiste est tenu, sur décision du Comité central, d’unir le travail illégal au travail légal. Dans les pays où les députés communistes bénéficient encore, en vertu des lois bourgeoises, d’une certaine immunité parlementaire, cette immunité doit servir à l’organisation et à la propagande illégale du Parti. 5. Les députés communistes sont tenus de subordonner toute leur activité parlementaire à l’action extraparlementaire du Parti. Le dépôt régulier de projets de loi purement démonstratifs conçus, non en vue de leur adoption par la majorité bourgeoise, mais pour la propagande, l’agitation et l’organisation, doit avoir lieu sur les indications du Parti et de son Comité central. 6. Le député communiste est tenu de se mettre en tête des masses prolétariennes, au premier rang, bien en vue, dans les manifestations et les actions révolutionnaires. 7. Les députés communistes sont tenus de nouer par tous les moyens (sous le contrôle du Parti) des relations épistolaires et autres avec les ouvriers, les paysans et les travailleurs révolutionnaires de toutes catégories, sans imiter en aucun cas les députés socialistes qui s’efforcent d’entretenir avec leurs électeur des relations d’affaires. Ils sont à tout moment à la disposition des organisations communistes pour le travail de propagande dans le pays. 8. Tout député communiste au Parlement est tenu de se rappeler qu’il n’est pas un « législateur » cherchant un langage commun avec d’autres législateurs, mais un agitateur du Parti envoyé chez l’ennemi pour appliquer les décisions du Parti. Le député communiste est responsable non devant la masse anonyme des électeurs, mais devant le Parti communiste légal et illégal. 9. Les députés communistes doivent tenir au Parlement un langage intelligible à l’ouvrier, au paysan, à la blanchisseuse, au pâtre, de façon que le Parti puisse éditer leurs discours en tracts et les répandre dans les coins les plus reculés du pays. 10. Les ouvriers communistes du rang doivent, même s’ils n’en sont qu’à leurs débuts parlementaires, aborder sans crainte la tribune des Parlements bourgeois et ne point céder la place à des orateurs plus « expérimentés ». En cas de nécessité, les députés ouvriers liront simplement leurs discours, destinés à être reproduits par la presse et en tracts. 11. Les députés communistes sont tenus d’utiliser la tribune parlementaire pour démasquer non seulement la bourgeoisie et sa valetaille officielle, mais aussi les social-patriotes, les réformistes, les politiciens équivoques du centre et, de façon générale, les adversaires du communisme, et, aussi, en vue de propager largement les idées de la III° Internationale. 12. Les députés communistes, n’y en aurait-il qu’un ou deux, sont tenus de jeter, par toute leur attitude, le défi au capitalisme et de ne jamais oublier que celui-là seul est digne du nom de communiste qui se révèle, non verbalement, mais par des actes, l’ennemi de la société bourgeoise et de ses serviteurs social-patriotes.

Quatrième congrès (1922)

Thèses générales sur la question d’Orient

I. La croissance du mouvement ouvrier en Orient Se fondant sur l’expérience de l’édification soviétique en Orient et sur la croissance des mouvements nationalistes révolutionnaires aux colonies, le 2° Congrès de l’Internationale Communiste a fixé la position principale de l’ensemble de la question nationale et coloniale à une époque de lutte à longue échéance entre l’impérialisme et la dictature prolétarienne. Depuis, la lutte contre le joug impérialiste dans les pays coloniaux et semi-coloniaux s’est considérablement intensifiée sur le terrain de l’aggravation de la crise politique et économique d’après-guerre de l’impérialisme. Les faits suivants le prouvent : 1.la faillite du traité de Sèvres, qui avait pour objet le démembrement de la Turquie, et la restauration de l’autonomie nationale et politique de celle-ci ; 2.une forte recrudescence du mouvement nationaliste révolutionnaire aux Indes, en Mésopotamie, en Egypte, au Maroc, en Chine et en Corée ; 3.la crise intérieure sans issue où se trouve engagé l’impérialisme japonais, crise qui a provoqué l’accroissement rapide des éléments de la révolution bourgeoise démocratique et le passage du prolétariat japonais à une lutte de classe autonome ; 4.l’éveil du mouvement ouvrier dans tous les pays orientaux et la formation, dans presque tous ces pays, de partis communistes. Les faits précités sont l’indice d’une modification survenue à la base sociale du mouvement révolutionnaire des colonies ; cette modification provoque une intensification de la lutte anti-impérialiste dont, de cette façon, la direction n’appartient plus exclusivement aux éléments féodaux et à la bourgeoisie nationaliste qui sont prêts à des compromis avec l’impérialisme. La guerre impérialiste de 1914-18 et la longue crise du capitalisme, surtout du capitalisme européen, qui s’ensuivit, ont débilité la tutelle économique des métropoles sur les colonies. D’un autre côté, les mêmes circonstances qui ont eu pour résultat un rétrécissement de la base économique et de la sphère d’influence politique du capitalisme mondial ont accentué encore davantage les compétitions capitalistes autour des colonies, d’où une rupture d’équilibre dans l’ensemble du système du capitalisme mondial (lutte pour le pétrole, conflit anglo-français en Asie Mineure, rivalité américano-japonaise pour la domination sur l’océan Pacifique, etc.). C’est précisément cet affaiblissement de l’ascendant capitaliste sur les colonies, en même temps que la rivalité croissante des divers groupes impérialistes, qui a facilité le développement du capitalisme indigène dans les pays coloniaux et semi-coloniaux ; ce capitalisme a déjà débordé et continue à déborder le cadre étroit et gênant de la domination impérialiste des métropoles. Jusqu’à présent, le capital des métropoles persistant à vouloir monopoliser la plus-value de l’exploitation commerciale, industrielle et fiscale des pays arriérés, tâchait d’isoler ces derniers de la circulation économique du reste du monde. La revendication d’une autonomie nationale et économique arborée par le mouvement nationaliste colonial est l’expression du besoin de développement bourgeois éprouvé par ces pays. Le progrès constant des forces productrices indigènes aux colonies se trouve ainsi en contradiction irréductible avec les intérêts du capitalisme mondial, car l’essence même de l’impérialisme comporte l’utilisation de la différence de niveau qui existe dans le développement des forces productrices des divers secteurs de l’économie mondiale, dans le but de s’assurer la totalité de la plus-value monopolisée. II. Les conditions de la lutte Le caractère retardataire des colonies s’accuse dans la diversité des mouvements nationalistes révolutionnaires dirigés contre l’impérialisme et reflète les divers niveaux de transition entre les corrélations féodales et féodalo-patriarcales et le capitalisme. Cette diversité prête un aspect particulier à l’idéologie de ces mouvements. Dans ces pays, le capitalisme surgit et se développe sur une base féodale ; il prend des formes incomplètes, transitoires et bâtardes qui laissent la prépondérance, avant tout, au capital commercial et usuraire (Orient musulman, Chine). Aussi la démocratie bourgeoise prend-elle, pour se différencier des éléments féodalo-bureaucratiques et féodalo-agrariens, une voie détournée et embrouillée. Tel est le principal obstacle au succès de la lutte contre le joug impérialiste, car l’impérialisme étranger ne se fait pas faute de transformer dans tous les pays arriérés la couche supérieure féodale (et en partie semi-féodale, semi-bourgeoise) de la société indigène en instrument de sa domination (gouverneurs militaires, ou toukoiuns en Chine, bureaucratie et aristocratie en Perse, fermiers de l’impôt foncier, zémindars et taloukdars aux Indes, planteurs de formation capitaliste en Egypte, etc.). Ainsi les classes dirigeantes des pays coloniaux et semi-coloniaux n’ont-elles ni la capacité ni le désir de diriger la lutte contre l’impérialisme, à mesure que cette lutte se transforme en un mouvement révolutionnaire de masses. Là seulement où le régime féodalo-patriarcal ne s’est pas suffisamment décomposé pour séparer complètement les hautes couches indigènes des masses du peuple, comme par exemple chez les nomades et semi-nomades, les représentants de ces hautes couches peuvent jouer le rôle de guides actifs dans la lutte contre l’oppression capitaliste (Mésopotamie, Mongolie, Maroc). Dans les pays musulmans, le mouvement national trouve tout d’abord son idéologie dans les mots d’ordre politico-religieux du panislamisme, ce qui permet aux fonctionnaires et aux diplomates des métropoles de se servir des préjugés et de l’ignorance des multitudes populaires pour combattre ce mouvement (c’est ainsi que les Anglais jouent au panislamisme et au panarabisme, déclarant vouloir transporter le Khalifat aux Indes, etc., et l’impérialisme français spécule sur les « sympathies musulmanes »). Cependant, à mesure que s’élargit et mûrit le mouvement d’émancipation nationale, les mots d’ordre politico-religieux du panislamisme sont évincés par des revendications politiques concrètes. Ce qui le confirme, c’est la lutte commencée dernièrement en Turquie pour enlever au Khalifat son pouvoir temporel. La tâche fondamentale, commune à tous les mouvements nationaux-révolutionnaires, consiste à réaliser l’unité nationale et l’autonomie politique. La solution réelle et logique de cette tâche dépend de l’importance des masses travailleuses que tel ou tel mouvement national saura entraîner dans son cours, après avoir rompu toutes relations avec les éléments féodaux et réactionnaires et incarné dans son programme les revendications sociales de ces masses. Se rendant fort bien compte que dans diverses conditions historiques les éléments les plus variés peuvent être les porte-parole de l’autonomie politique, l’Internationale Communiste soutient tout mouvement national-révolutionnaire dirigé contre l’impérialisme. Toutefois, elle ne perd pas de vue en même temps que, seule, une ligne révolutionnaire conséquente, basée sur la participation des grandes masses à la lutte active et la rupture sans réserve avec tous les partisans de la collaboration avec l’impérialisme peut amener les masses opprimées à la victoire. La liaison qui existe entre la bourgeoisie indigène et les éléments féodalo-réactionnaires permet aux impérialistes de tirer largement parti de l’anarchie féodale, de la rivalité qui règne entre les divers clans et tribus, de l’antagonisme entre la ville et les campagnes, de la lutte entre castes et sectes nationalo-religieuses pour désorganiser le mouvement populaire (Chine, Perse, Kurdistan, Mésopotamie). III. La question agraire Dans la plupart des pays d’Orient (Inde, Perse, Egypte, Syrie, Mésopotamie), la question agraire présente une importance de premier ordre dans la lutte pour l’affranchissement du joug du despotisme métropolitain. En exploitant et en ruinant la majorité paysanne des pays arriérés, l’impérialisme la prive des moyens élémentaires d’existence, cependant que l’industrie peu développée, disséminée sur divers points du pays, est incapable d’absorber l’excédent de population rurale qui, en outre, ne peut même pas émigrer. Les paysans pauvres restés sur leur sol se transforment en serfs. Si, dans les pays civilisés, les crises industrielles d’avant-guerre jouaient le rôle de régulateur de la production sociale, ce rôle régulateur est rempli dans les colonies par les famines. L’impérialisme, ayant un intérêt vital à recevoir le plus de bénéfices avec le moins de dépenses, soutient jusqu’à la dernière extrémité dans les pays arriérés les formes féodales et usuraires d’exploitation de la main-d’œuvre. Dans certains pays, comme par exemple aux Indes, il s’attribue le monopole, appartenant à l’Etat féodal indigène, de la jouissance des terres et transforme l’impôt foncier en une redevance qui doit être versée au capital métropolitain et à ses commis, les « zémindaram » et « taloukdar ». Dans d’autres pays, l’impérialisme se saisit de la rente foncière en se servant pour cela de l’organisation indigène de la grosse propriété foncière (Perse, Maroc, Egypte, etc.). Il s’ensuit que la lutte pour la suppression des barrières et des redevances féodales qui restent sur le sol revêt le caractère d’une lutte d’émancipation nationale contre l’impérialisme et la grande propriété foncière féodale. On peut prendre pour exemple le soulèvement des Moplahs contre les propriétaires fonciers et les Anglais, en automne 1921, aux Indes, et le soulèvement des Sikhs, en 1922. Seule, une révolution agraire ayant pour objet l’expropriation de la grosse propriété féodale est capable de soulever les multitudes paysannes et d’acquérir une influence décisive dans la lutte contre l’impérialisme. Les nationalistes bourgeois ont peur des mots d’ordre agraires et les rognent tant qu’ils peuvent (Indes, Perse, Egypte), ce qui prouve l’étroite liaison qui existe entre la bourgeoisie indigène et la grande propriété foncière féodale et féodalo-bourgeoise ; cela prouve aussi qu’idéologiquement et politiquement les nationalistes dépendent de la propriété foncière. Ces hésitations et ces incertitudes doivent être utilisées par les éléments révolutionnaires pour une critique systématique et divulgatrice de la politique hybride des dirigeants bourgeois du mouvement nationaliste. C’est précisément cette politique hybride qui empêche l’organisation et la cohésion des masses travailleuses, comme le prouve la faillite de la tactique de la résistance passive aux Indes (non-coopération). Le mouvement révolutionnaire dans les pays arriérés d’Orient ne peut être couronné de succès que s’il est basé sur l’action des multitudes paysannes. C’est pourquoi les partis révolutionnaires de tous les pays d’Orient doivent nettement déterminer leur programme agraire et exiger la suppression totale du féodalisme et de ses survivances qui trouvent leur expression dans la grande propriété foncière et dans l’exemption de l’impôt foncier. Aux fins d’une participation active des masses paysannes à la lutte pour l’affranchissement national, il est indispensable de proclamer une modification radicale du système de jouissance du sol. De même, il est indispensable de forcer les partis bourgeois nationalistes à adopter la plus grande partie possible de ce programme agraire révolutionnaire. IV. Le mouvement ouvrier en Orient Le jeune mouvement ouvrier oriental est un produit du développement du capitalisme indigène de ces derniers temps. Jusqu’à présent, la classe ouvrière indigène, si même on prend son noyau fondamental, se trouve traverser une époque transitoire, s’acheminant du petit atelier corporatif à la fabrique du grand type capitaliste. Pour autant que les intellectuels bourgeois nationalistes entraînent dans le mouvement révolutionnaire la classe ouvrière pour lutter contre l’impérialisme, leurs représentants assument tout d’abord un rôle directeur dans l’action et l’organisation professionnelle embryonnaire. Au début, l’action de la classe ouvrière ne dépasse pas le cadre des intérêts « communs à toutes les nations » de démocratie bourgeoise (grèves contre la bureaucratie et l’administration impérialiste en Chine et aux Indes). Bien souvent, comme l’a indiqué le 2° Congrès de l’Internationale Communiste, les représentants du nationalisme bourgeois, exploitant l’autorité politique et morale de la Russie des Soviets et s’adaptant à l’instinct de classe des ouvriers, drapent leurs aspirations démocratico-bourgeoises dans du « socialisme » et du « communisme » pour détourner ainsi, parfois sans s’en rendre compte, les premiers organes embryonnaires du prolétariat de leurs devoirs d’organisation de classe (tel le Parti Behill Ardou en Turquie, qui a repeint le panturquisme en rouge, et le « socialisme d’Etat » préconisé par certains représentants du parti Kuomintang). Malgré cela, le mouvement professionnel et politique de la classe ouvrière des pays arriérés a grandement progressé dans ces dernières années. La formation de partis autonomes de la classe prolétarienne dans presque tous les pays orientaux est un fait symptomatique, bien que la majorité écrasante de ces partis doive faire encore un grand travail intérieur pour se libérer de l’esprit de coterie et de beaucoup d’autres défauts. L’Internationale Communiste a, dès le début, apprécié à sa juste valeur l’importance potentielle du mouvement ouvrier en Orient, et cela prouve bien que les prolétaires du monde entier sont unifiés internationalement sous le drapeau du Communisme. Les Internationales II et 2 1/2 n’ont, jusqu’à présent, trouvé de partisans dans aucun des pays arriérés, parce qu’elles se bornent à jouer un « rôle auxiliaire » en face de l’impérialisme européen et américain. V. Les objectifs généraux des partis communistes de l’ Orient Les nationalistes bourgeois apprécient le mouvement ouvrier selon l’importance qu’il peut avoir pour leur victoire. Le prolétariat international apprécie le mouvement ouvrier oriental au point de vue de son avenir révolutionnaire. Sous le régime capitaliste, les pays arriérés ne peuvent pas prendre part aux conquêtes de la science et de la culture contemporaine sans payer un énorme tribut à l’exploitation et à l’oppression barbares du capital métropolitain. L’alliance avec les prolétariats des pays hautement civilisés leur sera avantageuse, non seulement parce qu’elle correspond aux intérêts de leur lutte commune contre l’impérialisme, mais aussi parce que c’est seulement après avoir triomphé que le prolétariat des pays civilisés pourra fournir aux ouvriers de l’Orient un secours désintéressé pour le développement de leurs forces productrices arriérées. L’alliance avec le prolétariat occidental fraie la voie vers une fédération internationale des républiques soviétiques. Le régime soviétique offre aux peuples retardataires le moyen le plus facile pour passer de leurs conditions d’existence élémentaires à la haute culture du Communisme, qui est destinée à supplanter dans l’économie mondiale le régime capitaliste de production et de répartition. Le meilleur témoignage en est l’expérience de l’édification soviétique dans les colonies affranchies de l’ex-Empire Russe. Seule, une forme d’administration soviétique est à même d’assurer le couronnement logique de la révolution agraire paysanne. Les conditions spécifiques de l’économie agricole dans une certaine partie des pays orientaux (irrigation artificielle), entretenues jadis par une organisation originale de collaboration collective sur une base féodale et patriarcale et compromises actuellement par la piraterie capitaliste, exigent également une organisation politique capable de servir systématiquement les besoins sociaux. Par suite de conditions climatiques, sociales et historiques particulières, un rôle important appartient généralement en Orient, dans la période transitoire, à la coopération des petits producteurs. Les tâches objectives de la révolution coloniale dépassent le cadre de la démocratie bourgeoise. En effet, sa victoire décisive est incompatible avec la domination de l’impérialisme mondial. Au début, la bourgeoisie indigène et les intellectuels indigènes assument le rôle de pionniers des mouvements révolutionnaires coloniaux ; mais dès que les masses prolétariennes et paysannes s’incorporent à ces mouvements, les éléments de la grosse bourgeoisie et de la bourgeoisie foncière s’en écartent, laissant le premier pas aux intérêts sociaux des couches inférieures du peuple. Une longue lutte, qui durera toute une époque historique,. attend le jeune prolétariat des colonies, lutte contre l’exploitation impérialiste et contre les classes dominantes indigènes qui aspirent à monopoliser tous les bénéfices du développement industriel et intellectuel et veulent que les masses restent comme par le passé dans une situation « préhistorique ». Cette lutte pour l’influence sur les masses paysannes doit préparer le prolétariat indigène au rôle d’avant-garde politique. Ce n’est qu’après s’être soumis à ce travail préparatoire et après lui avoir soumis les couches sociales adjacentes que le prolétariat indigène se trouvera en mesure de faire face à la démocratie bourgeoise orientale, qui porte un caractère de formalisme encore plus hypocrite que la bourgeoisie d’Occident. Le refus des communistes des colonies de prendre part à la lutte contre l’oppression impérialiste sous le prétexte de « défense » exclusive des intérêts de classe, est le fait d’un opportunisme du plus mauvais aloi qui ne peut que discréditer la révolution prolétarienne en Orient. Non moins nocive est la tentative de se mettre à l’écart de la lutte pour les intérêts quotidiens et immédiats de la classe ouvrière au nom d’une « unification nationale » ou d’une « paix sociale » avec les démocrates bourgeois. Deux tâches confondues en une seule incombent aux partis communistes coloniaux et semi-coloniaux : d’une part, ils luttent pour une solution radicale des problèmes de la révolution démocratique-bourgeoise ayant pour objet la conquête de l’indépendance politique ; d’autre part, ils organisent les masses ouvrières et paysannes pour leur permettre de lutter pour les intérêts particuliers de leur classe et utilisent à cet effet toutes les contradictions du régime nationaliste démocratique-bourgeoise. En formulant des revendications sociales, ils stimulent et libèrent l’énergie révolutionnaire qui ne se trouvait point d’issue dans les revendications libérales bourgeoises. La classe ouvrière des colonies et semi-colonies doit savoir fermement que, seules, l’extension et l’intensification de la lutte contre le joug impérialiste des métropoles peuvent lui donner un rôle directeur dans la révolution, et que, seules, l’organisation économique et politique et l’éducation politique de la classe ouvrière et des éléments semi-prolétariens peuvent augmenter l’amplitude révolutionnaire du combat contre l’impérialisme. Les partis communistes des pays coloniaux et semi-coloniaux d’Orient, qui sont encore dans un état plus ou moins embryonnaire, doivent participer à tout mouvement apte à leur ouvrir un accès aux masses. Mais ils doivent mener une lutte énergique contre les préjugés patriarco-corporatifs et contre l’influence bourgeoise dans les organisations ouvrières pour défendre ces formes embryonnaires d’organisations professionnelles contre les tendances réformistes et les transformer en organes combatifs des masses. Ils doivent s’employer de toutes leurs forces à organiser les nombreux journaliers et journalières ruraux, de même que les apprentis des deux sexes sur le terrain de la défense de leurs intérêts quotidiens. VI. Le front anti-impérialiste unique Dans les pays occidentaux qui traversent une période transitoire caractérisée par une accumulation organisée des forces, a été lancé le mot d’ordre du front prolétarien unique ; dans les colonies orientales, il est indispensable, à l’heure présente, de lancer le mot d’ordre du front anti-impérialiste unique. L’opportunité de ce mot d’ordre est conditionnée par la perspective d’une lutte à longue échéance contre l’impérialisme mondial, lutte exigeant la mobilisation de toutes les forces révolutionnaires. Cette lutte est d’autant plus nécessaire que les classes dirigeantes indigènes sont enclines à des compromis avec le capital étranger et que ces compromis portent atteinte aux intérêts primordiaux des masses populaires. De même que le mot d’ordre du front prolétarien unique a contribué et contribue encore en Occident à démasquer la trahison, par les social-démocrates, des intérêts du prolétariat, de même le mot d’ordre du front anti-impérialiste unique contribuera à démasquer les hésitations et les incertitudes des divers groupes du nationalisme bourgeois. D’autre part, ce mot d’ordre aidera au développement de la volonté révolutionnaire et à la clarification de la conscience de classe des travailleurs en les incitant à lutter au premier rang. non seulement contre l’impérialisme, mais encore contre toute espèce de survivance du féodalisme. Le mouvement ouvrier des pays coloniaux et semi-coloniaux doit, avant tout, conquérir une position de facteur révolutionnaire autonome dans le front anti-impérialiste commun. Ce n’est que si on lui reconnaît cette importance autonome et s’il conserve sa pleine indépendance politique que des accords temporaires avec la démocratie bourgeoise sont admissibles et même indispensables. Le prolétariat soutient et arbore des revendications partielles, comme par exemple la république démocratique indépendante, l’octroi aux femmes des droits dont elles sont frustrées, etc., tant que la corrélation des forces qui existe à présent ne lui permet pas de mettre à l’ordre du jour la réalisation de son programme soviétique. En même temps, il essaye de lancer des mots d’ordre susceptibles de contribuer à la fusion politique des masses paysannes et semi-prolétariennes avec le mouvement ouvrier. Le front anti-impérialiste unique est lié indissolublement à l’orientation vers la Russie des Soviets. Expliquer aux multitudes travailleuses la nécessité de leur alliance avec le prolétariat international et avec les républiques soviétiques, voilà l’un des principaux points de la tactique anti-impérialiste unique. La révolution coloniale ne peut triompher qu’avec la révolution prolétarienne dans les pays occidentaux. Le danger d’une entente entre le nationalisme bourgeois et une ou plusieurs puissances impérialistes hostiles, aux dépens des masses du peuple, est beaucoup moins grand dans les pays coloniaux que dans les pays semi-coloniaux (Chine, Perse) ou bien dans les pays qui luttent pour l’autonomie politique en exploitant à cet effet les rivalités impérialistes (Turquie). Reconnaissant que des compromis partiels et provisoires peuvent être admissibles et indispensables quand il s’agit de prendre un répit dans la lutte d’émancipation révolutionnaire menée contre l’impérialisme, la classe ouvrière doit s’opposer avec intransigeance à toute tentative d’un partage de pouvoir entre l’impérialisme et les classes dirigeantes indigènes, que ce partage soit fait ouvertement ou sous une forme déguisée, car il a pour but de conserver leurs privilèges aux dirigeants. La revendication d’une alliance étroite avec la République prolétarienne des Soviets est la bannière du front anti-impérialiste unique. Après l’avoir élaborée, il faut mener une lutte décisive pour la démocratisation maximum du régime politique, afin de priver de tout soutien les éléments socialement et politiquement les plus réactionnaires et afin d’assurer aux travailleurs la liberté d’organisation leur permettant de lutter pour leurs intérêts de classe (revendications de la république démocratique, réforme agraire, réforme des impositions foncières, organisation d’un appareil administratif basé sur le principe d’un large self-government, législation ouvrière, protection du travail, des enfants, protection de la maternité, de l’enfance, etc.). Même sur le territoire de la Turquie indépendante la classe ouvrière ne jouit pas de la liberté de coalition, ce qui peut servir d’indice caractéristique de l’attitude adoptée par les nationalistes bourgeois à l’égard du prolétariat. VII. - Les tâches du prolétariat des pays du Pacifique La nécessité de l’organisation d’un front anti-impérialiste est dictée en outre par la croissance permanente et ininterrompue des rivalités impérialistes. Ces rivalités revêtent actuellement une telle acuité qu’une nouvelle guerre mondiale, dont l’Océan Pacifique sera l’arène, est inévitable, si la révolution internationale ne la prévient. La conférence de Washington était une tentative faite pour parer à ce danger, mais en réalité elle n’a fait qu’approfondir et qu’exaspérer les contradictions de l’impérialisme. La lutte qui a eu lieu dernièrement entre Hu-Peï-Fu et Djan-So-Lin en Chine, est la conséquence directe de l’échec du capitalisme japonais et du capitalisme anglo-américain dans leur tentative d’accorder leurs intérêts à Washington. La nouvelle guerre qui menace le monde entraînera non seulement le Japon, l’Amérique et l’Angleterre, mais aussi les autres puissances capitalistes, telles que la France et la Hollande, et tout laisse prévoir qu’elle sera encore plus dévastatrice que la guerre de 1914-18. La tâche des partis communistes coloniaux et semi-coloniaux des pays riverains de l’Océan Pacifique consiste à mener une propagande énergique ayant pour but d’expliquer aux masses le danger qui les attend et de les appeler à une lutte active pour l’affranchissement national et à insister pour qu’elles s’orientent vers la Russie des Soviets, soutien de tous les opprimés et de tous les exploités. Les partis communistes des pays impérialistes tels que l’Amérique, le Japon, l’Angleterre, l’Australie et le Canada ont le devoir, vu le danger imminent, de ne pas se borner à une propagande contre la guerre, mais de s’efforcer par tous les moyens d’écarter les facteurs capables de désorganiser le mouvement ouvrier de ces pays et de faciliter l’utilisation par les capitalistes des antagonismes de nationalités et de races. Ces facteurs sont : la question de l’émigration et celle du bon marché de la main-d’œuvre de couleur. Le système des contrats reste jusqu’à présent le principal moyen de recrutement des ouvriers de couleur pour les plantations sucrières des pays du sud du Pacifique où les ouvriers sont importés de Chine et des Indes. Ce fait a déterminé les ouvriers des pays impérialistes à exiger la mise en vigueur de lois prohibant l’immigration et l’emploi de la main-d’œuvre de couleur, aussi bien en Amérique qu’en Australie. Ces lois prohibitives accusent l’antagonisme qui existe entre les ouvriers blancs et les ouvriers de couleur, divisent et affaiblissent l’unité du mouvement ouvrier. Les partis communistes des Etats-Unis, du Canada et d’Australie doivent entreprendre une campagne énergique contre les lois prohibitives et montrer aux masses prolétariennes de ces pays que des lois de ce genre, excitant les inimitiés de races, se retournent en fin de compte contre les travailleurs des pays prohibitionnistes. D’un autre côté, les capitalistes suspendent les lois prohibitives pour faciliter l’immigration de la main-d’œuvre de couleur, qui travaille à meilleur marché, et pour diminuer ainsi le salaire des ouvriers blancs. Cette intention manifestée par les capitalistes de passer à l’offensive peut être déjouée efficacement si les ouvriers immigrés entrent dans les syndicats où sont organisés les ouvriers blancs. Simultanément, doit être revendiquée une augmentation des salaires de la main-d’œuvre de couleur, de façon à les rendre égaux à ceux des ouvriers blancs. Une telle mesure prise par les partis communistes démasquera les intentions capitalistes et en même temps montrera avec évidence aux ouvriers de couleur que le prolétariat international est étranger aux préjugés de race. Pour réaliser les mesures ci-dessus indiquées, les représentants du prolétariat révolutionnaire des pays du Pacifique doivent convoquer une conférence des pays du Pacifique qui élaborera la tactique à suivre et trouvera les formes d’organisation pour l’unification effective du prolétariat de toutes les races des pays du Pacifique. VIII. Les tâches coloniales des pays métropolitains L’importance primordiale du mouvement révolutionnaire aux colonies pour la révolution prolétarienne internationale exige une intensification de l’action aux colonies des partis communistes des puissances impérialistes. L’impérialisme français compte, pour la répression des forces de la révolution prolétarienne en France et en Europe, sur les indigènes des colonies qui, dans sa pensée, serviront de réserves à la contre-révolution. Les impérialismes anglais et américain continuent, comme par le passé, à diviser le mouvement ouvrier en attirant à leurs côtés l’aristocratie ouvrière par la promesse de lui octroyer une partie de la plus-value provenant de l’exploitation coloniale. Chacun des partis communistes des pays possédant un domaine colonial doit se charger d’organiser systématiquement une aide matérielle et morale au mouvement révolutionnaire ouvrier des colonies. Il faut, à tout prix, combattre opiniâtrement et sans merci les tendances colonisatrices de certaines catégories d’ouvriers européens bien payés, travaillant dans les colonies. Les ouvriers communistes européens des colonies doivent s’efforcer de rallier les prolétaires indigènes en gagnant leur confiance par des revendications économiques concrètes (hausse des salaires indigènes jusqu’au niveau des salaires des ouvriers européens, protection du travail, etc.). La création, aux colonies (Egypte et Algérie), d’organisations communistes européennes isolées n’est qu’une forme déguisée de la tendance colonisatrice et un soutien des intérêts impérialistes. Construire des organisations communistes d’après le principe national, c’est se mettre en contradiction avec les principes de l’internationalisme prolétarien. Tous les partis de l’Internationale Communiste doivent constamment expliquer aux multitudes travailleuses l’importance extrême de la lutte contre la domination impérialiste dans les pays arriérés. Les partis communistes agissant dans les pays métropolitains doivent former auprès de leurs comités directeurs des commissions coloniales permanentes qui travailleront aux fins indiquées ci-dessus. L’Internationale Communiste doit aider les partis communistes de l’Orient, au premier chef, en leur donnant son aide pour l’organisation de la presse, l’édition périodique de journaux rédigés dans les idiomes locaux. Une attention particulière doit être accordée à l’action parmi les organisations ouvrières européennes et parmi les troupes d’occupation coloniales. Les partis communistes des métropoles doivent profiter de toutes les occasions qui se présentent à eux pour divulguer le banditisme de la politique coloniale de leurs gouvernements impérialistes ainsi que de leurs partis bourgeois et réformistes.

à venir ...

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  • LENINE (1919) : Discours d’ouverture au Premier Congrès de l’Internationale Communiste

    Discours prononcé le 2 mars 1919

    Le comité central du Parti communiste russe m’a chargé d’ouvrir le premier congrès communiste international. tout d’abord, je propose à tous les participants de se lever afin d’honorer la mémoire des meilleurs représentants de la IIIe Internationale : Karl Liebknecht et de Rosa Luxemburg.

    Camarades, notre réunion est un événement historique de portée universelle. Elle témoigne de la faillite de toutes les illusions de la démocratie bourgeoise. Car ce n’est plus seulement en Russie, mais aussi dans les pays capitalistes les plus développés, comme l’Allemagne, que la guerre civile est devenue une réalité.

    La bourgeoisie est affolée et terrorisée devant la montée révolutionnaire du prolétariat. C’est compréhensible si l’on songe que le cours des événements, depuis la fin de la guerre impérialiste, se déroule inéluctablement en faveur du prolétariat, et que la révolution mondiale internationale commence et grandit dans tous les pays.

    Le peuple a conscience de la grandeur et de l’importance de la lutte qui s’engage actuellement. Il faut seulement trouver la forme pratique qui permette au prolétariat de réaliser sa domination. Cette forme, c’est le régime des soviets avec la dictature du prolétariat. La « dictature du prolétariat » : c’était jusqu’à maintenant du latin pour les masses. Maintenant, grâce au rayonnement du système des soviets dans le monde, ce latin est traduit dans toutes les langues modernes : les masses ouvrières ont trouvé la forme pratique de la dictature. Elle est devenue compréhensible pour les grandes masses ouvrières grâce au pouvoir des soviets en Russie, aux spartakistes en Allemagne, à des organisations ou mouvement analogues dans d’autres pays, comme, par exemple, les Shop stewards Committees en Angleterre. Tout cela montre que la forme révolutionnaire de la dictature du prolétariat est trouvée, que le prolétariat est maintenant capable de mettre en pratique sa domination.

    Camarades, je pense qu’après les événements de Russie, après les combats de janvier en Allemagne, il est particulièrement important de noter que la forme moderne du mouvement prolétarien est en train de frayer sa voie et de s’imposer également dans d’autres pays. C’est ainsi qu’aujourd’hui j’ai lu dans un journal antisocialiste une dépêche annonçant que le gouvernement anglais avait reçu le conseil des délégués ouvriers de Birmingham et s’était déclaré prêt à reconnaître les conseils comme des organisations économiques. Le système soviétique a vaincu non seulement dans la Russie arriérée, mais aussi dans le pays le plus avancé d’Europe, en Allemagne, et dans le plus ancien pays capitaliste, en Angleterre.

    La bourgeoisie peut se déchaîner, elle aura beau assassiner encore des milliers d’ouvriers, la victoire est à nous, la victoire de la révolution communiste mondiale est assurée.

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