Face à la crise économique et sociale, la défense du monde du travail ne consiste pas à sauver les capitalistes
La crise ? Quelle crise ? Qu’est-ce que cela signifie pour notre avenir et celui de nos enfants ?
Bien des hommes politiques, bien des organisations politiques et syndicales nous proposent des « solutions » face à la catastrophe actuelle. Ils disent savoir comment « relancer l’économie ». Ils ont soutenu la financiarisation de l’économie, que ce soit comme gouvernants (de droite et de gauche), comme dirigeants des entreprises et des banques, et ils prétendaient alors que la mondialisation allait régler tous les problèmes du capitalisme. Mais, si ceux qui nous ont inoculé la maladie se proposent aujourd’hui comme médecins, ils ne nous livrent pas leur diagnostic. Quelle est la nature de cette maladie ? Parler de « crise », c’est ne rien dire. Quelle est la racine de la crise ? On nous a annoncé qu’il s’agissait d’une crise américaine avant de reconnaître qu’elle était mondiale. On a prétendu qu’elle était financière avant d’admettre que la récession aux USA avait débuté un an avant la faillite financière. Pourquoi les trous financiers continuent-ils de creuser les comptes des banques et des sociétés ?
Il y a toutes sortes de crises avec toutes sortes de conséquences très différentes. Toute stratégie de lutte devrait commencer par une appréciation de l’importance et de la signification de la crise. Se mobiliser sans savoir contre quoi, c’est comme se taper la tête contre les murs ! C’est très différent de se mobiliser contre une crise conjoncturelle qui va mener à une relance dans un an ou face à une crise systémique qui ne peut mener qu’à de nouvelles catastrophes jusqu’à des guerres mondiales comme les deux crises systémiques de 1873 et 1929.
Si les banquiers ne veulent plus prêter, si les possesseurs privés de capitaux ne veulent plus investir, et même pas dans des entreprises comme Airbus, ce n’est pas un signe de confiance dans l’avenir du capitalisme. Cela signifie qu’il s’agit d’une crise de suraccumulation du capital et non d’une crise conjoncturelle. Pourquoi, nous les travailleurs, devrions nous faire plus confiance au système que ses dirigeants et que les possesseurs de capitaux ? Accepter un chômage technique longue durée en attendant la reprise, c’est accepter un licenciement sans prime de licenciement. Parler de sacrifices nécessaires pour relancer une entreprise, c’est mentir, car c’est tout le système qui ne parvient plus à se relancer. Les travailleurs ont d’autres perspectives que de s’accrocher au Titanic du capital !
Ce que les capitalistes et leurs économistes disent sur la crise actuelle
« L’économie est tombée d’une falaise. ( …) Je n’ai jamais vu un tel niveau de peur auparavant » déclare le milliardaire américain Warren Buffet à la chaîne américaine CNBC le 9 mars 2009.
Le 23 octobre 2008, Alan Greenspan, ancien directeur de la FED, la réserve fédérale américaine, admet lors de son audition par la commission chargée du contrôle de l’action gouvernementale : « Oui, je reconnais que j’ai vu une faille. (...) La crise cependant a pris une dimension beaucoup plus grande que ce que j’avais imaginé. (...) C’est un tsunami comme on en voit un par siècle."
L’économiste Bezbakh pense que.« Le capitalisme n’est plus en voie de développement, mais en voie d’achèvement. Les puissances occidentales ne peuvent plus faire payer à d’autres pays le coût de la crise, comme ils l’avaient fait en 1929 avec la baisse du prix des matières premières. Nous assistons à un processus d’autodestruction soit du système, soit de son fonctionnement ».
L’économiste Immanuel Wallerstein déclare : "Je pense que nous sommes entrés depuis trente ans dans la phase terminale du système capitaliste. Ce qui différencie fondamentalement cette phase de la succession ininterrompue des cycles conjoncturels antérieurs, c’est que le capitalisme ne parvient plus à "faire système" ( ...) Le capitalisme touche à sa fin. (…) Cela dit, la crise la plus récente similaire à celle d’aujourd’hui est l’effondrement du système féodal en Europe, entre les milieux du XVe et du XVIe siècle, et son remplacement par le système capitaliste. Cette période, qui culmine avec les guerres de religion, voit s’effondrer l’emprise des autorités royales, seigneuriales et religieuses sur les plus riches communautés paysannes et sur les villes."
Le LEAP, prévisionniste du capital européen, annonce qu’"Aux Etats-Unis comme en Europe, en Chine ou au Japon, les dirigeants persistent à faire comme si le système global en question était seulement victime d’une panne passagère et qu’il suffisait d’y ajouter quantité de carburants (liquidités) et autres ingrédients (baisse des taux, achats d’actifs toxiques, plans de relance des industries en quasi-faillite,(...) pour faire repartir la machine. Le système global est désormais hors d’usage. (...) A l’issue d’une phase de dislocation géopolitique, le monde risque de ressembler à l’Europe de 1913 plus qu’à la planète de 2007. »
La relance, mythe ou réalité ? Obama ou le G20 vont-ils sauver le système ?
Les vingt chefs de bande du capitalisme mondial, réunis à Londres, se sont distribués des félicitations. Enfin des gens contents malgré la crise ! Il y a de quoi… Ils étaient tous d’accord ! Mais d’accord sur quoi ? Relancer le capitalisme, le moraliser, limiter les profits des entreprises et banques en faillite aidées par l’Etat, combattre les paradis fiscaux, éviter le retour au protectionnisme. Ah bon ! Il n’y aura plus de profits insolents dans les entreprises qui licencient, ni spéculations fondées sur du vent, ni paradis fiscaux, ni concurrence effrénée entre grandes puissances ? Le capitalisme moralisé, c’est quoi ? Le titre d’un film comique ou une pièce satirique ? De quoi être plié si on ne payait pas - et cher ! - les frasques de ce système.
Ces chefs d’Etat réunis à Londres ont entonné tous en cœur qu’ils étaient unis pour faire face ensemble à la crise. Mais, quelques jours avant, ne tenaient-ils pas un autre discours ? Obama avec son « achetez américain », Sarkozy avec ses prétendus « véhicules Renault rapatriés de leur site de production en Slovénie ». Ils prétendent préparer un avenir sans affrontements économiques ni militaires ? N’est-ce pas Obama ce fameux défenseur d’un monde plus pacifique qui vient de faire voter la plus grande dépense militaire pour des interventions militaires extérieures des USA ?
Et il faudrait les croire, ces gouvernants, alors qu’ils sont eux-mêmes les meilleurs amis des financiers et des capitalistes qui ont ruiné leurs sociétés en spéculant sur des titres sans valeur. Il faudrait s’imaginer qu’ils ont des solutions face à la crise du système, qu’ils vont faire repartir la machine, en panne malgré l’injection de centaines de milliers de milliards. Quant à leur morale, elle consiste à prendre l’argent public, celui qui devrait servir aux hôpitaux, à l’enseignement, aux transports, et à en faire cadeau à toutes les grandes sociétés qui ont flambé au casino des subprimes ! Ils voudraient même que les peuples les remercient de ce cadeau massif aux riches en prétendant qu’ils sauvent ainsi les travailleurs de la faillite … Il faudrait les croire aussi quand ils prétendent limiter les distributions de bonus, de stocks-options et autres revenus dans les sociétés qui licencient. Ou encore quand ils dénoncent les paradis fiscaux ou la spéculation sans limite !
Cette prétention des incendiaires à éteindre les feux ne devrait pas susciter d’illusions des classes ouvrières et des peuples, s’ils ne recherchaient pas eux-mêmes des sauveurs et ne comptaient que sur leur propre force…
Contrairement aux objectifs affichés des gouvernants, ce n’est pas le système qu’il faut sauver mais nos emplois, nos salaires, nos vies et celles de nos familles.
Qui va payer la crise ? Ce sera les travailleurs ou les patrons des trusts …
Le coût de la crise est déjà colossal : plus de dix mille milliards de dollars (et peut-être bien plus) seulement pour l’aspect financier de la crise, des "actifs pourris" de la finance notamment. Les aides aux banques et aux patrons des trusts font partie de la note. La manière dont les gouvernants entendent le rembourser est claire. C’est les peuples qui paieront, pas les capitalistes. Ils paieront d’abord par l’effondrement des monnaies qui a débuté en Angleterre, en Ukraine ou en Russie et va bientôt se propager au monde, provoquant d’abord une inflation massive aux USA.
Ensuite, ils vont augmenter les impôts et diminuer les services publics en prétextant de la faillite des Etats. Cela signifie des licenciements massifs à venir d’enseignants, d’infirmières et de cheminots. Cette faillite de l’Etat, ils l’ont eux-mêmes provoquée par leurs cadeaux massifs aux banquiers, aux financiers et aux industriels. Ils ont fait passer ces cadeaux pour des interventions sous prétexte d’éviter l’écroulement du système. En fait, ils voulaient seulement éviter aux capitalistes de payer eux-mêmes les frais de leur faillite. Cette politique d’injection de milliers de milliards des Etats va seulement rajouter au coût de la crise le coût des cadeaux aux capitalistes !
Le « coût » ne sera pas seulement un coût financier. Ce sera également un coût social et politique. La société actuelle ne pourra pas se maintenir dans un monde largement gangrené par la misère. La classe dirigeante s’y prépare. Elle sait que la révolte des populations est inévitable. Les capitalistes et leurs gouvernants envisagent déjà les moyens de la détourner par la montée des nationalismes, des extrêmes droites et des affrontements guerriers. Il suffit de présenter à nouveau des boucs émissaires comme les immigrés, les juifs (on dira les financiers juifs), les pays voisins (qui nous prennent nos emplois ?). Les seuls gagnants seront les vrais responsables de la crise, ceux qui auront monté ce bel avenir d’une nouvelle barbarie pour l’humanité.
Il y a une alternative : c’est que la classe ouvrière prenne la tête de la lutte pour faire payer aux riches les frais de leur crise. Cela suppose que, dans cette lutte pour se défendre, la classe ouvrière passe à l’offensive. L’effort est certes considérable. Il s’agira d’une lutte internationale. Elle nécessitera certes des sacrifices. Les riches et leurs Etats ne vont pas se laisser faire. Mais ces sacrifices ne seront certainement pas supérieurs à ceux que les classes dirigeantes vont nous faire subir dans les années à venir si on se laisse faire, avec la misère, les fascismes et les guerres. A nous de choisir : préparer notre avenir ou subir les souffrances qu’on nous imposera.
Comment lutter contre les licenciements ? Faut-il suivre la stratégie des centrales syndicales ?
Nous sommes nombreux dans la rue ce premier mai pour exprimer notre colère face aux sacrifices que l’on entend nous imposer dans la crise, alors que nous ne faisons nullement partie de ceux qui ont profité du système et encore moins de ceux qui ont causé sa perte. Cependant, cette démonstration suffira-t-elle pour imposer au gouvernement et aux patrons des reculs significatifs ? Elle n’y prépare même pas !
De journée d’action en … journée d’action
Deux millions et demi de salariés dans la rue en janvier et trois millions en mars ! Bien des travailleurs ont débrayé ou manifesté pour la première fois. Pourtant, le gouvernement ne retire aucun de ses projets anti-sociaux. Il maintient ses milliers de suppressions d’emplois dans les services publics, parmi les infirmières, les aides-soignantes, les cheminots ou les enseignants, de la maternelle à l’université. Il projette même des licenciements dans ces secteurs. Le gouvernement continue de faire des cadeaux aux patrons des trusts et des banques et qu’il ne doit pas donner un centime pour des aides sociales aux plus démunis ni pour des augmentations de salaires, y compris pour le SMIC. Il aide même des patrons qui licencient et imposent le chômage technique aux dépens des salariés.
Jetés comme des kleenex !
Il n’y a pas de journée qui passe sans qu’une entreprise ferme, laissant sur le carreau des centaines ou des milliers de salariés. Levé à cinq heures, embauché à six heures et, à peine une demi-heure après, la hiérarchie nous invite à une « réunion de travail ». Là, on nous annonce, comme si de rien n’était, la suppression l’an prochain de plus d’un millier d’emplois sur le site. C’est chez Continental. Les syndicats sont sur le cul : « On a accepté la flexibilité, la réduction des salaires, travailler 40 heures payés 35, pour éviter la fermeture » osent dire les responsables du syndicat majoritaire CFTC ! C’est eux qui ont conseillé aux salariés d’accepter ce marché de dupes, ce chantage. Ils ont tenu leur promesse et s’étonnent que les patrons ne tiennent pas la leur… Il en va de même des syndicalistes de Caterpilar. Ils ont négocié une baisse des licenciements qui les ramène … au chiffre mis en avant précédemment par le patron et ils ont signé cet « accord » ! Les syndicats, de Continental à Arcelor-Mittal, s’indignent d’avoir reçu des engagements non tenus.
Comme si il pouvait y avoir un contrat « de confiance » entre des salariés et des patrons. Comme si on n’apprenait pas aussi tous les jours qu’ils ferment des entreprises rentables, qu’ils se sucrent à coups de millions pendant que l’entreprise licencie, ferme des sites ou reçoit des milliards de l’Etat. Total supprime des emplois alors qu’il a réalisé des profits records. Valeo ou Société Générale licencient alors que leurs patrons se distribuent des sommes colossales. Pour ces riches-là, le profit sans limite, que ce soit des revenus, des dividendes, des bonus, des stocks-options, c’est une raison de vivre, même si toute la société doit en crever !
Salariés de tous secteurs, même combat !
Face aux licenciements, les occupations d’usines se multiplient mais, usine par usine, elles ne peuvent faire vraiment reculer patrons et gouvernement. Les patrons maintiennent leurs licenciements.
Malgré les grands rassemblements des journées d’action, on est encore loin de connaître un renforcement de l’organisation des salariés et de la coordination des luttes. Dès le lendemain des journées de mobilisation, les salariés se retrouvent seuls à nouveau, dans leur secteur, dans leur usine. Alors que leur force serait de s’unir par delà les sites, les secteurs et les professions. Le 19 mars, les salariés des usines qui sont menacées de fermeture étaient dans la rue. Mais le lendemain, les salariés de Sony et ceux de Valeo ou de Continental n’étaient pas davantage organisés ensemble pour réagir. Pour faire face à la situation, l’organisation de comités de travailleurs sur chaque site, du privé et du public, reliés entre eux, et élaborant revendications communes et stratégie de lutte est la seule viable.
Tous ensemble, on peut interdire les licenciements, le chômage technique et les suppressions d’emplois à condition de ne pas défendre chacun son entreprise, chacun son emploi. Unir les travailleurs par delà les secteurs et les professions pour se payer sur les profits présents, passés et futurs des patrons, c’est vital.
Sur quelles revendications unir la classe ouvrière ?
Interdire les distributions de fonds publics aux capitalistes et défendre les services publics
Interdire les suppressions d’emplois, les fermetures d’usine et le chômage technique
Réquisitionner les logements vides et les entreprises abandonnées par leurs patrons
Imposer l’embauche en CDI des chômeurs et des travailleurs précaires
Confisquer les actions, les capitaux spéculatifs, les biens des capitalistes des entreprises qui ferment et licencient
Imposer un revenu minimum pour tous (salariés, chômeurs, ménagères et retraités) : 1500€/mois.
La révolution sociale, c’est bien la seule chose qu’ils n’auront pas volée
Mais, si on ne peut plus compter sur les institutions de la société ni sur le système social qui a gouverné pendant de si longues années, beaucoup de travailleurs se disent : comment on va vivre ? Eh bien oui, on a tous vécus sous le capitalisme et il faut bien reconnaître la vérité : ce système s’effondre de lui-même. Il a atteint ses limites. Si le Capital refuse de fournir un salaire au Travail, les travailleurs doivent se passer du Capital pour faire fonctionner la société. Certains sont sceptiques. « Ce n’est pas possible. Ça n’a pas marché. » se disent-ils. A quelques jours de l’anniversaire de la Commune de Paris du 18 mars 1871, il convient de rappeler que la Commune, dirigée et gouvernée par de simples ouvriers avait tellement bien marché que la seule solution qu’a trouvé la bourgeoisie française, c’est de massacrer tous les ouvriers parisiens !
Aujourd’hui, 138 ans plus tard, la classe ouvrière est devenue une classe mondiale, qui joue un rôle central socialement dans toutes les villes du monde, sur tous les continents. Il lui reste à changer une très mauvaise habitude : laisser des membres des classes profiteuses gouverner. Il faut faire comme le faisaient les communards de 1871 : s’organiser en comités de travailleurs et d’habitants qui prennent les décisions et ne gouvernent jamais en fonction des intérêts d’une petite minorité de profiteurs. Alors oui, si on cesse de croire à la fatalité de l’exploitation, la crise aura eu quelque chose de bon !
La révolution sociale, bien des travailleurs la craignent en se disant que ce sera des sacrifices. C’est vrai : les capitalistes et leurs Etats ne vont pas se laisser faire. Mais qui peut croire que, pour nous faire payer une crise systémique, les patrons ne sont pas prêts à toutes les violences, même si les travailleurs n’enclenchent pas de grandes luttes ? Quand Hitler a pris le pouvoir, il n’y avait pas encore de lutte révolutionnaire. Le fascisme a eu un rôle préventif.
On n’évitera pas les luttes de classe. Il vaut mieux les mener consciemment. Et, pour cela, il faut dès maintenant mener la lutte défensive des emplois et des salaires, afin de transformer le rapport de forces et, ensuite, passer de la défensive à l’offensive. C’est la classe capitaliste qui est arrivée à une impasse et, avec elle, toutes les organisations réformistes, mais la classe ouvrière conserve toutes ses capacités.
La classe travailleuse est la plus grande force sociale à l’échelle internationale. L’avenir dépend d’elle. Elle seule a la capacité d’éviter à l’humanité la catastrophe que l’on nous prépare. Cela nécessite qu’elle ne s’accroche pas à des « sauveurs » comme Obama, Sarkozy ou d’autres, qu’elle ne craigne pas de s’unir par delà les frontières et repousse les sirènes nationalistes, protectionnistes et xénophobes, pour adopter clairement son propre drapeau : le drapeau rouge des travailleurs du monde !
C’est le « Financial Times » du 3 avril 2009, qui s’appelle lui-même « journal du business », qui le dit : « Ce que la Révolution française peut apprendre à l’Amérique » : « Il faut bouffer du riche ! », les termes féroces utilisés par certains manifestants la veille du sommet du G20 à Londres évoquent les pires excès de la Révolution française. La colère anti-capitaliste à l’Ouest ne se limite pas à l’Europe. (…) Certes, l’Amérique de 2009 n’est pas la France de 1789, peu avant la prise de la Bastille. La chute de la banque Lehman Brothers, en septembre 2008, n’a rien de commun avec la prise de la Bastille et les symboles du profit ne devraient pas être confondus avec des symboles d’oppression. (…) Cependant, je sens la peur, l’anxiété et un profond sentiment d’injustice, comme à la veille de la Révolution française. Il suffit de remplacer les expulsions de paysans par les enclosures par les licenciements, les aristocrates par les banquiers, et les nobles privilégiés par les aristocrates de la finance qui n’ont pas à payer d’impôts pour leurs stock-options. (…) L’explosion de révolte populaire qui a accompagné le scandale de l’assureur AIG (…) dévoile la souffrance de l’Amérique profonde. Le peuple de la rue est aussi scandalisé que l’étaient le petit peuple de France au 18ème siècle. La peur pour leur présent et pour leur avenir se combine à la colère contre ceux qu’elle considère comme les responsables de la crise et qui en subissent beaucoup moins les conséquences. Les dirigeants des banques d’aujourd’hui ne sont-ils pas comme les aristocrates d’hier, eux dont les privilèges ne sont plus justifiés par leurs fonctions sociales. Les uns n’avaient plus la fonction d’être les seuls à défendre leur roi avec leur épée et les autres n’ont plus celui de créer et de distribuer les richesses. Le problème avec l’équipe en économie du nouveau président, c’est que, comme la cour du roi de France dans la période pré-révolutionnaire, il a hérité tous les mauvaises habitudes de l’Ancien régime, mêlant une sympathie excessive pour la logique dépassée du monde de la finance, qu’il a aidé à construire, à une insensibilité aux émotions des gens ordinaires, qu’il tâche d’ignorer. (…) Si Obama échoue, l’ensemble des lois économiques actuelles d’aujourd’hui va se retrouver en face de la même destinée tragique que celle qui a frappé les droits féodaux de l’Ancien régime. « Le 1er mai 2009
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