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Pourquoi on a comparé le mouvement des Gilets jaunes à la Révolution française ?

mardi 5 mars 2019, par Robert Paris

Pourquoi on a comparé le mouvement des Gilets jaunes à la Révolution française ?

Tout a commencé pour une question d’impôts et de taxes qui révoltaient la population, les dépenses de l’Etat étant somptueuses pour financer les plus riches parmi les classes possédantes, elles-mêmes de plus en plus gourmandes alors que le peuple devenait plus pauvre, et de plus en plus insuffisantes quand il s’agissait d’aider les plus démunis et de développer des services publics (eau, voirie, santé, etc.).

L’aile marchante du mouvement s’est trouvée non parmi les bourgeois mais dans les milieux les plus pauvres, ceux qui ne mangeaient pas tous les jours à leur faim, ceux qui craignaient de ne plus avoir de quoi subvenir aux besoins de leurs familles.

Ce n’était pas un simple coup de colère, violent mais passager. C’était un mouvement de fond, durable, modifiant la conscience collective. L’événement le plus remarquable n’était pas « une émotion » collective, « une révolte ». C’était une vague d’auto-organisation des plus démunis, événement remarquable dans toute société de classe, car la classe inférieure n’y est que très exceptionnellement désireuse de s’organiser par elles-même, de tout décider par elle-même, non seulement pour ses revendications et ses modes d’action mais pour tout le fonctionnement de la société.

Et ce mode d’organisation s’est caractérisé en plusieurs points : sur des bases géographiques et non professionnelles, en masse et pas par des minorités, sur l’ensemble du territoire, jusque dans les régions reculées, et surtout « en permanence » et pas de manière discontinue.

Que les plus démunis se réunissent pour discuter et que leurs débats mènent à des décisions, qu’ils tiennent à débattre à fond de toutes les questions les concernant mais aussi concernant l’ensemble du fonctionnement de la société, y compris de l’Etat à son plus haut sommet, voilà qui a caractérisé ce mouvement.

Disons encore que les femmes étaient en tête, les plus pauvres mais aussi d’autres qui les rejoignaient et qui militaient avec elles, et on trouvera décidément que le parallèle entre les Gilets jaunes et la Révolution française n’était pas superficiel.

L’idée principale qu’on trouve dans ce parallèle consistait à dire que les plus démunis se considéraient comme une manifestation plus représentative de l’intérêt général de la population que ne l’étaient la classe des nantis, profiteurs, grands bandits, seigneurs et saigneurs du peuple !

La deuxième idée de fond affirmait qu’on n’arrêterait qu’en supprimant la misère ! Que des classes possédantes puissent dépenser des fortunes pendant que le peuple travailleur ne pouvait plus s’en sortir empêchait les plus démunis d’abandonner la lutte. Celle-ci devenait donc permanente.

Un autre point consiste dans la prise de conscience par les plus démunis de la dimension historique de leur mouvement, de son caractère révolutionnaire, non par sa violence mais par sa profondeur, par le fait qu’il s’attaquait au mal par la racine.

Un autre point remarquable, c’est que les pauvres, les gueux, les misérables, non seulement ne se cachaient plus, ne craignaient plus la répression, mais qu’ils tenaient la place publique, tenaient la rue, étaient sur le devant de la scène, eux qui avaient pourtant appris, de génération en génération, que, pot de fer contre pot de terre, ils devaient céder le pas aux plus riches.

En finir non seulement avec la pauvreté mais aussi avec l’Etat au service des riches, voilà encore un point déterminant qui rapproche les deux mouvements.

Bien sûr, on pourrait se dire que la République est depuis longtemps installée solidement en France et que le peuple n’a plus besoin de détrôner la royauté. Mais c’est là que l’on ferait une erreur dans la comparaison : le système capitaliste est bien moins démocratique que son système politique électoral voudrait le faire croire. Au sein des entreprises, dans l’économie capitaliste, on nage en pleine dictature des plus riches et de domination violente de ceux qui ne vivent que de leur travail. Autrefois, c’étaient les sans culottes et les bras nus qui s’étaient unis dans les comités de piques et qui avaient mené radicalement la révolution. Aujourd’hui, ce sont les travailleurs, les chômeurs, les travailleurs précaires, ceux qui n’ont que des emplois à temps partiel et à paies encore plus partielles, les femmes seules qui se sont retrouvés avec les petits bourgeois ruinés ou menacés, les auto-entrepreneurs et auto-exploiteurs ruinés ou menacés.

Au lieu des comités de sans culotte, de bras nus, de piques, on a eu les rassemblements de ronds-points.

Un autre point remarquable, c’est que rapidement la répression a été dépassée, devenant incapable d’arrêter le mouvement. La peur des forces de l’Etat a vite cessé de faire de l’effet. La force de la colère sociale et la conscience de la profonde signification du mouvement l’ont largement emporté. Les semaines ont passé et la lutte s’était organisée pour durer, personne ne pouvant dire jusqu’où elle allait entraîner la société…

Oui, le capitalisme a un caractère de royauté jusqu’au plus haut sommet de l’Etat !

« Les ouvriers découvrent soudain que le capital est aussi tyrannique qu’une monarchie absolue » écrivait déjà Herbert G. Gutman dans « Work, Culture and Society in Industrializing America » en 1973.

Et, sur ce point, le capitalisme ayant atteint ses limites, mourrant de son propre succès, dépassé même par la trop grande quantité de ses capitaux, incapable de proposer des investissements nouveaux à des sommes d’argent aussi colossales, rejoint le capitalisme des débuts, de l’accumulation primitive et violente.

Il est tout aussi destructeur de la vie humaine, de la société humaine, de la bonté humaine, de la vie sociale, du bien-être social. Et il est tout aussi violent qu’à l’époque où on pendait en masse les pauvres, ou on les traitant de barbares et de bandits pour les envoyer aux galères, à l’époque des « Misérables » d’Hugo !

Aujourd’hui, le grand capital fait gouvernants arrache des yeux, des joues, des nez, des visages, des bras, des mains, des jambes, détruit des vies, handicape à vie, gaze des enfants et des vieillards en fauteuils, assassine des vieilles femmes dans leur maison !

Une autre remarque conclura ce rapprochement historique entre 2019 et 1789 : le peuple travailleur a décidé de ne plus suivre mais de dicter les événements, de décider du cours des choses, et cela jusqu’au plus haut sommet, de changer l’ordre établi, de modifier les constitutions, les lois, le droit, le pouvoir…

Ainsi parlait Dostoïevski :

« Si un grand peuple ne croît pas que c’est en lui seul qu’il doit trouver la vérité… S’il ne croît pas que lui seul peut et doit élever et sauver tout le reste par cette vérité, il perd aussitôt sa qualité de grand peuple… »

Donnons pour finir, et pour donner une perspective au mouvement des Gilets jaunes, la parole au contre-révolutionnaire Edmond de Goncourt qui expliquait le caractère profond de la révolution du peuple travailleur, à propos de la Commune de Paris de 1871 :

« Le gouvernement quitte les mains de ceux qui possèdent pour aller aux mains de ceux qui ne possèdent pas, de ceux qui ont un intérêt matériel à la conservation de la société à ceux qui sont complètement désintéressés d’ordre, de stabilité, de conservation… Peut-être, dans la grande loi du changement des choses d’ici-bas, les ouvriers sont-ils ce qu’ont été les Barbares pour les sociétés anciennes, de convulsifs agents de dissolution et de destruction. »

Goncourt aurait été, de nos jours, un très bon journaliste des média du pouvoir, un suppôt des Macron des banquiers et des milliardaires !

Comme on le voit, ce n’est pas d’aujourd’hui que les puissants et les exploiteurs estiment que les pauvres sont violents, sont destructeurs, sont des casseurs et des barbares.

Le un pourcent de saigneurs du peuple a changé de classe sociale, ce n’est plus la noblesse, mais c’est toujours la même révolution sociale qui peut les renverser, celle du peuple travailleur !

Tant que celui-ci se contente de belles paroles, de promesses, de discours, il n’y aura pour lui que des répressions violentes et des politiques violentes des classes possédantes. Il faudra qu’il se persuade qu’il est capable de changer tout l’ordre politique et social en prenant lui-même en charge tout le pouvoir ! Certes, le peuple des prolétaires n’est qu’une minorité mais il est bien plus important en nombre et en utilité sociale pour toute la population que le un pourcent des milliardaires, profiteurs et prévaricateurs, détourneurs de fonds publics, et bandits de grand chemin, ainsi que de ses pantins politiciens !

Le grand capital à la lanterne !

Les gueux au pouvoir !

Et finissons-en avec la misère et la dictature des milliardaires !

Allez ! Que le gouvernement quitte les mains de la petite minorité qui possède toutes les richesses pour aller à ceux qui ne possèdent pas !

11 Messages de forum

  • L’homme des milliardaires, Macron, le représentant du un pourcent de possesseurs du grand capital, s’est élevé contre "les samedis de violence" et "la démocratie de l’émeute".

    Il préfère les samedis de la faim et de la misère et la démocratie du grand capital !

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  • Cela fait un peu plus de trois mois que nous, Gilets jaunes, avons débuté notre mouvement et cela malgré toutes les attaques et calomnies, attaques que nous avons subies, attaques physiques, attaques morales, attaques psychologiques, attaques politiques comme attaques répressives, opérations de division et de diversion de toutes sortes. C’est un témoignage de plus non seulement de ma ténacité de notre mouvement mais de sa valeur profonde et de son enracinement chez tous ceux qui sont victimes de la violence de cette société. Nous voulons, avant même de dénoncer la violence par laquelle on attaque notre mouvement, dénoncer la violence de la misère et de l’organisation sociale et politique de cette société, cat c’est cette violence qui nous a mis tous en mouvement.

    S’il y a eu les rassemblements des ronds-points, s’ils ont regroupé ceux pour qui les fins de mois sont difficiles, ceux qui se sentent étranglés, ce n’est pas seulement à cause de la taxe sur les carburants, c’est à cause de tout : des bas salaires, des pensions de misère, des allocations chômage qui s’arrêtent ou qui ne suffisent pas pour vivre, des emplois qu’on ne trouve pas comme des emplois précaires, à temps partiel, mal payés qu’on trouve, des sales boulots qu’on accepte ou qu’on n’accepte plus, parce que notre santé ne le permet plus, parce qu’on n’arrive pas à gérer en même temps une famille, comme les femmes seules au foyer, et il fallait, par-dessus tout cela accepter d’avoir un pouvoir qui nous fait de la morale, qui se moque du pauvre monde, qui lance des petites phrases assassines sur les « sans-dents » pour l’un, sur les « fainéants » pour l’autre, et qui traitait les nouveaux misérables, comme les appelait Victor Hugo, comme des voleurs de fonds publics alors que les véritables détourneurs des finances publiques sont au pouvoir ! Je voudrai rappeler que, si on a trouvé parmi les gens en colère quelques manifestants qui étaient violents, ce n’est rien, absolument rien à côté des violences qu’ils ont subies, que nous avons tous subies ! On nous demande sans cesse de dénoncer les casseurs et il est vrai que la casse a été médiatisée et utilisée par le pouvoir depuis le début pour réduire notre mouvement, pour le déconsidérer. Mais nous ne pouvons pas affirmer que les casseurs ne soient pas des personnes poussées à bout par cette société de bandits. Nous savons que certaines casses ont été manipulées par le pouvoir en vue d’attaquer l’ensemble de notre mouvement. Nous savons que certains policiers se sont faits casseurs pour favoriser une telle opération. Nous savons que des policiers ont eu ordre de laisser faire des casses pour que cela nous nuise. Mais nous savons surtout que la véritable casse, c’est celle qui détruit des milliers de vies par le chômage et la misère et elle est organisée d’en haut par toute ces société.

    Ainsi, nous, Gilets jaunes, sommes accusés de bloquer une entreprise et nous sommes licenciés quand nous appartenons à celle-ci comme c’est arrivé à des salariés d’Amazon. Mais ce sont les milliardaires et leur gouvernement qui cautionnent les fermetures d’usines, définitives celles-là comme aux Fonderies du Poitou, à Ford Blanquefort ou à Ascoval et ce ne sont que des exemples. On nous montre du doigt dans des cas de vitrines brisées mais combien de commerces et d’artisanats ferment parce qu’ils ont été bloqués par des financiers, par des banquiers. Là, ce n’est pas seulement la vitrine qui est foutue !

    Nous sommes entrés en lutte il y a un peu plus de trois mois parce que nous ne voulons plus que d’un côté les pauvres qui crèvent soient plus nombreux et de l’autre les milliardaires soient plus nombreux et plus riches. Nous sommes entrés en lutte parce que nous ne voulons plus que l’argent de nos impôts publics servent autre chose que l’intérêt public, qu’on ferme nos hôpitaux, nos crèches, nos postes, nos gares, nos lignes de transport, nos postes, et que tout l’argent économisant se transforme en instruments financiers, en banques, en spéculations, en vols de toutes sortes par les grands voleurs et avec la caution de ceux qui gouvernent quelle que soit leur étiquette politique, quelle que soient leurs origines et leurs personnalités.

    Nous sommes entrés en lutte parce que nous ne voulons plus que, sous prétexte d’une démocratie électorale, on étouffe nos voix, qu’on n’entende jamais parler le travailleur qui est licencié, le boutiquier, l’artisan ou le paysan étranglé par la banque ou par les impôts. Nous sommes entrés en lutte pour décider par nous-mêmes, pour discuter collectivement de nos buts, de nos modes d’action et de nos perspectives et ne laisser personne décider à notre place, en notre nom, qu’il s’agisse du personnel politique, du personnel gouvernemental, des appareils institutionnels de toutes sortes, y compris les appareils syndicaux ou associatifs, quelles que soient les bonnes intentions dont les uns et les autres se parent. Nous ne savions pas nous organiser, nous ne savions pas nous diriger, nous ne savions pas si nous allions parvenir à nous faire entendre, mais ce que nous savions c’est que nous allions cesser de nous taire, de nous laisser faire, de laisser d’autres s’organiser à notre place, d’autres parler à notre place, d’autres décider à notre place.

    Trois mois après le début de notre lutte, nous n’avons certes pas remporté la victoire, même s’il y a déjà quelques petites victoires, nous sommes certes plus fatigués qu’au début et certains nous ont quitté provisoirement ou durablement du fait des difficultés ou des déceptions mais les Gilets jaunes sont toujours là…

    Nous avons imposé quelques reculs au pouvoir et aux milliardaires que cet Etat couvre. On vient encore d’apprendre que les salariés du trust automobile PSA vont distribuer une prime de plusieurs milliers d’euros à leurs salariés, et ils ne font ainsi que suivre le trust Renault, comme nombre de patrons que le gouvernement a convaincus de faire le calcul de payer une prime plutôt que de se payer une vague de travailleurs rejoignant massivement les Gilets jaunes ! Et le recul de la taxe des carburants est loin d’être le seul point sur lequel nous montré l’efficacité de notre mouvement. Le recul de la réforme des retraites est un exemple aussi important.

    Mais ces petites victoires, le gouvernement nous les fait payer bien cher ! Il nous gaze, il nous matraque, il nous attaque à la grenade prétendument défensive alors qu’on n’attaquait pas, il nous tire dessus, en tir direct, à bout portant, au visage, aux membres, il nous incarcère comme des bandits, pire que des bandits, il nous accuse de tous les crimes et réprime bien plus les manifestants pacifiques que les casseurs. Il nous accuse de crimes que nous n’avons pas commis.

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  • Ce ne sont pas des mouvements qui sont contre l’impôt, mais contre l’impôt tel qu’il frappe les plus fragiles. En 1789, les caricatures dénonçaient les paysans souffrant sous les impôts. Aujourd’hui les gilets jaunes disent ce n’est plus possible. Les impôts doivent être répartis équitablement. Cela devient une critique générale des injustices

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  • Les sans-dents, méprisés depuis des années pour ne pas dire des décennies, sont les dignes descendants des sans-culottes de 1789.

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  • Pour la gamelle et contre la gabelle, ce n’est pas nouveau…

    Ils n’ont rien à bouffer et ils veulent tout bouffer : pouvoir, institutions, classes possédantes !!!

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  • Selon le journaliste chinois Hu Xijin, la France est considérée comme « le centre historique de la Révolution en Europe »… Comme en 1789 !!!

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  • « La Révolution n’a été faite et soutenue que par les dernières classes de la société, par les ouvriers, les artisans, les détaillistes, les agriculteurs, par la plèbe, par ces infortunés que la richesse impudente appelle canaille et que l’insolence romaine appelait les prolétaires ». Jean-Paul Marat (1743-1793)

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  • ah ça ira ça ira ça ira !
    les milliardaires à la lanterne !
    les politiciens véreux avec eux !

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  • Milliardaires à la lanterne, est-ce injuste ?

    Près de 5.000 banquiers et traders gagnent plus d’un million d’euros par an en Europe !!!!
    Pendant ce temps l’Europe des démunis sombre dans la misère !!!

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  • Un sondage de l’IFOP annonce que, pour 39% des personnes interrogées (chiffre considérable), seule une révolution pourra changer les choses en France.

    "L’adhésion à une logique révolutionnaire chez une grosse minorité des Français (39%) indique un niveau de tension politique élevé", explique David Nguyen, directeur conseil en communication au Département Opinion & Stratégies d’Entreprise de l’Ifop.

    Même la presse est amenée à en rendre compte :

    Les Gilets jaunes de Brioude veulent que 2019 soit " l’année des bonnes révolutions "

    « Notre mouvement, c’est plus une révolte, c’est une révolution »

    « Vivons-nous une révolution ? »

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